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 Quand deux ne font qu'un

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MessageSujet: Quand deux ne font qu'un   Mar 14 Sep - 19:06

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-… Ecoute, on doit être à l’hôtel de ville dans une heure, alors on ne va pas y passer la nuit. Tu me mets cette robe, un point c’est tout ! dis-je sèchement à Elsa, avant de claquer la porte de sa chambre.

Nous n’allions pas épiloguer. Elle avait voulut que nous nous rendions à cette fichue réception donnée par les autorités françaises – ou plutôt ce qui en restait – alors maintenant, elle me laissait le contrôle pour des détails qu’elle jugeait sans doute dérisoires, mais qui étaient d’une importance capitale, à savoir la présentation, le maquillage, le maintient, et surtout les vêtements. Pensait-elle qu’avec son éternel pantalon chemise, elle allait entrer dans cet endroit rempli de nazi et gardé par des soldats armés jusqu’aux dents ? Il ne fallait pas rêver. Parmi toutes les affaires qu’elle avait ramenées de mon appartement après ma « mort » se trouvaient plusieurs robes de soirée et de cocktail. Elle ne les avait pas prises innocemment, bien sur, en pensant que cela me ferait plaisir. Non, c’était pour ce genre de chose qu’elle les avait conservées. Très bien ! Je lui avais choisi une robe plutôt simple, rose pâle, à fine bretelles. Si elle faisait un tel cinéma pour un morceau de satin, je me demandais ce que ça serait quand je lui présenterai des gants ivoire montant jusqu’au coude et fermés par une série de bouton qui allait avec, ainsi que les escarpins assortis….

Après mon échec cuisant au Lutécia, il fallait marquer un grand coup, et abattre un autre haut dignitaire nazi. Notre « choix » s’était arrêté sur un subalterne direct de von Hafer. Il n’était pas aussi important que le haut colonel, mais il nous faudrait faire avec. Je trouvais ça un peu risqué après le bazar précédent, mais nos sources nous avaient assurées qu’aucune personne présente au Lutécia ne serait à la réception, pas même von Hafer qui avait « autre chose de prévu ». Parfait donc… La veille, Sophie, mêlée au personnel organisant la réception, avait été déposé nos armes, deux mini brownings, dans l’une des cuvettes des toilettes pour dame. Personne n’aurait idée d’aller les chercher là, espérions-nous. De toute manière, il était hors de question d’emmener d’autres armes avec nous, pas même mon couteau. Les fouilles seraient trop évidentes. La deuxième partie de la mission de Sophie avait été de trouver deux invitations, une pour moi, une pour Elsa. Je persistai à penser qu’Elsa ne devait pas venir avec moi. Depuis quelques jours, elle dormait mal, et ses traits étaient tirés. Bien sur, elle était aussi follement adorable que d’habitude, mais cela ne changeait rien au fait que des cernes se creusaient sous ses yeux et que son teint palissait à vue d’œil.

Après avoir fermé – ou plutôt claqué – la porte, je restais un instant derrière celle-ci, me pinçant l’arrête du nez entre mes doigts pour garder mon calme. J’avais faillis lui demander pourquoi elle s’imposait cette « corvée » si mettre une robe lui était aussi insupportable. J’aurais très bien pu me débrouiller. Mais elle aurait été capable de me répondre qu’après mon fiasco, on ne pouvait pas me laisser seule cinq minutes. Après avoir inspiré et expiré à deux reprises pour retrouver un semblant de sérénité, je descendis les escaliers, pour aller me changer à mon tour. La robe que je m’étais choisie était bien plus tape à l’œil que celle d’Elsa, mais au milieu des bourgeoises françaises et des grandes dames allemandes, qui auraient sortis tout ce que leurs boites à bijoux comportaient comme verroterie, et sans doute aussi leurs fourrures malgré le temps plus que clément, ma robe noir à paillette, avec un col montant, et ouverte dans le dos, arrivant mi mollet, passerait totalement inaperçue, quoi que puisse en penser certaines. J’étais plutôt agacée malgré le fait que ma colère avait diminué d’un cran, aussi quand j’ouvris la porte du petit salon d’un grand coup, faisant sursauter Marcel et Emile en pleine partie de dame, je leur aboyais un :

-DEHORS ! auquel pas même notre méfiant de service osa protester.

Sans attendre leur reste, ils se levèrent et filèrent aussi vite que le parquet vermoulu le permettait, alors que j’envoyais le battant en bois rencontrer violemment le chambranle de la main. Mon sac duquel j’avais sorti la robe pour Elsa quelques minutes plus tôt trônait sur la grande table qui avait du, un jour, être plus ou moins vernie. J’en sortis l’étoffe noire, et un instant, plongeait mon visage dedans, respirant le parfum que je portais jadis. Avant tout ça. Ces robes étaient le vestige d’un passé pourtant encore si proche, qui me manquait atrocement, aussi essayai-je d’y penser au minimum, mais la chose était mal aisée dès que je voyais mes robes. Combien de fois les avais-je portés pour des cocktails, après les représentations, pour des diners, des galas de charité … ? Avec un pincement au cœur, je retirais mes escarpins à sangle gris, que je portais ce jour là, et ma jupe crayon, taille haute, bleu nuit, ainsi que mon chemisier blanc, pour enfiler à la place la robe pailletée. Au moment où j’attachais les petits sanglons qui maintenaient mon col fermé, et que j’ajustais les manches longues, on toqua à la porte.

-Entrez !

Me retournant, je vis Jeanne qui passait une tête un peu inquiète par l’embrasure de la porte.

-Tu as besoin d’aide ? me demanda-t-elle en regardant la robe avec des yeux brillants. Waaa, tu es superbe.

-Merci, répondis-je avec un petit sourire, en m’asseyant sur la table pour mettre l’autre paire de chaussure – les escarpins noirs que je portais quelques jours plus tôt, au Lutécia. Ils étaient la seule paire qui allait avec cette robe. Non, tout va bien pour moi. Par contre, tu peux aller voir si Elsa est prête. Et force la à se maquiller un peu, elle est tellement pâle qu’on dirait qu’elle va s’évanouir, dis-je en riant un peu, plus pour faire passer ma nervosité que parce que je voulais vraiment rire.

Et encore, si j’avais su à quel point j’étais proche de la réalité, sans doute n’aurais-je pas souris, bien au contraire.

-Pas de problèmes , me répondit Jeanne, en refermant la porte.

La pauvre… Elle n’osait toujours pas remettre le nez dehors depuis qu’elle était sortie du commissariat. C’était compréhensible, mais à chaque fois que l’un d’entre nous partait en mission, on pouvait lire la culpabilité dans son regard et sur son visage. La culpabilité de laisser les autres faire ce qu’elle aussi s’était engagée à faire, la culpabilité de mourir de peur à l’idée d’un nouveau passage dans les geôles froides, ou pire… Et pourtant, personne ne lui en voulait, au contraire. C’était assez courageux à elle de vouloir tout de même rester avec nous, malgré tout, alors qu’elle aurait pu partir de Paris, filer se cacher en province.

Une brosse dans une main, quelques outils à maquillage dans l’autre, j’entrepris de me refaire une beauté et donner un air de fête à mon visage fatigué. Nous étions tous épuisés, mais il fallait continuer. De nouveau, on toqua à la porte.

-Tu as oublié quelque chose ? demandais-je, pensant m’adresser à Jeanne.

-Te dire pour la millième fois que ni toi ni Elsa n’êtes en état de faire ça… répondit une voix à l’accent de l’Est que je connaissais bien.

-Edouard… lâchai-je, levant les yeux au ciel. Si on t’écoutait, on ne ferait plus rien.

-Si vous m’écoutiez une minute, Elsa n’aurait pas eut à aller te chercher au Lutécia… répondit-il.

Coup bas… Il savait à quel point je m’en voulais d’avoir foiré mon coup à ce point. Depuis le miroir, je lui lançai un regard noir et lourd de reproches, avant de lui jeter, cynique :

-La première, ou la deuxième fois ?

Il semblait encore plus nerveux que d’habitude. Pourtant, à un ou deux détails près, la mission se passerait à merveille. Un détail qu’il avait loupé, un énorme détail… Son regard ne me quittait pas. Il devait encore se poser des questions sur qui était l’allemand qui avait débarqué ici, disant vouloir me sauver et qui avait eut besoin d’Elsa pour le faire. Ce genre de détails qui lui échappait, il détestait toujours autant ça. L’ignorant un instant, je passais un dernier coup de brosse dans ma chevelure blonde. Aux racines, ma véritable couleur commençait à réapparaitre. Pourtant, je n’avais pas la moindre envie de recoloré mes cheveux, alors je les laisserais pousser, les coupant de temps à autre pour me débarrasser de leur couleur blonde. Me retournant, évitant de le regarder, je posais mes affaires dans mon sac, et y remit mes accessoires, avant d’en sortir les gants et les escarpins qu’Elsa devrait enfiler, ainsi qu’une étole pour elle et une autre pour moi. La soirée allait être mouvementée… et je ne parlais pas encore de l’hôtel de ville. Passant à côté de Edouard qui ne m’avait pas quitté des yeux un instant, je m’arrêtais à son niveau, juste le temps de planter une bise sonore sur la joue, et, passant la porte, je lui jetais :

-Tout ira bien, tu verras, on sera revenues avant que tu ais le temps de dire « SS ».

Humour stupide, j’en convenais, mais je n’allais pas le laisser nous faire avoir des ennuis juste parce qu’il avait un mauvais pressentiment. On parlait d’intuition féminine, mais l’intuition masculine était cent fois pire quand ils décident que quelque chose ne leur convient pas. Je remontais les escaliers que j’avais dévalé quelques minutes auparavant, mes talons claquant sur le sol, avant de pousser la porte légèrement entr’ouverte de la chambre de Elsa, et d’entrer sans frapper, claironnant :

-Alors, tu es prête ?!


Dernière édition par Caroline Lisieux le Dim 26 Sep - 1:32, édité 1 fois
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Elsa Auray
J'ai vu la mort se marrer et ramasser ce qu'il restait.



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MessageSujet: Re: Quand deux ne font qu'un   Jeu 16 Sep - 23:29

Irritable. Voilà ce qui n’allait pas. Elle était irritable. Elsa était irritable. Elle que tout ou presque, et ce depuis longtemps, laissait totalement indifférente, du détail le plus futile aux cadavres qu’elle laissait si souvent derrière elle au fil de ses actions, aujourd’hui, était irritable. Aujourd’hui… et depuis quelques jours. Contrariée, dérangée… sensible même parfois sous le masque glacial dont elle se couvrait incessamment. Là où son esprit de fer aurait envisagé froidement tout ce qui pouvait bien se passer sans que rien ne lui tire la moindre réaction, d’absurdes détails sans aucune espèce d’importance suffisaient à faire monter en elle ce vague agacement qui se fit à nouveau sentir lorsque Caroline commença, ce soir là, à lui parler tenue. Tenue de soirée, pour être exact. Ce qui pouvait s’avérer normal lorsque l’on savait que les deux résistantes s’apprêtaient justement à prendre part à – vous l’aurez deviné – une soirée. Plus que normal, la chose paraissait nécessaire. On n’entrait pas dans une réception donnée, à l’Hôtel de Ville, par les autorités françaises – si l’on pouvait encore les qualifier ainsi – en l’honneur de quelques hautes personnalités nazies dans n’importe quelle tenue. Certes. Mais quand Caroline avait brandit devant elle une robe fourreau couleur roses pastel, Elsa n’avait pu s’empêcher de poser sur son amie un regard froidement perplexe. Une robe. Une robe rose. Une robe rose, au décolleté honorable et dont le tissu valait sans doute plus cher à lui seul que le pantalon usé, la vieille chemise et la veste – d’homme à l’origine – que portait la jeune chef. Une robe, oui. Une robe de soirée… rose.

« … Ecoute, on doit être à l’hôtel de ville dans une heure, alors on ne va pas y passer la nuit. Tu me mets cette robe, un point c’est tout ! »
La porte claqua de la pièce claqua sur cette conclusion, mettant fin au semblant de conversation qui avait découlé de cette… robe. Inutile de préciser comment, pour que les choses en viennent là, Elsa avait clairement fait comprendre à la jeune femme ce qu’elle pensait du vêtement – tout comme on se doute de la nature de ces pensées, d’ailleurs. Ce qui, en temps normal, ne serait jamais arrivé. La porte refermée, la rousse ne fit pas un mouvement, restant appuyée contre une commode sur laquelle trônait son harmonica. Un soupir lui échappa. Une robe restait une robe. Peu importait la tenue lorsqu’il s’agissait de tuer. D’ailleurs, peu importait la tenue, point, en ce qui concernait Elsa. Sauf lorsqu’il s’agissait d’aller tuer au beau milieu d’une réception importante. Elle le savait, alors pourquoi est-ce que cette chose en satin l’agaçait ? Lentement, elle passa une main fébrile sur son visage livide. Dans le bout de miroir qui trônait dans sa chambre, elle aperçut vaguement son reflet. Lamentable. Ce regard voilé sous lesquels se creusaient des cernes, ces mèches ternes qui par moment le recouvrait, ces traits tirés au teint beaucoup trop pâle… Quelque chose n’allait pas. Et encore, s’il n’y avait que ces détails physiques pour le prouver. Si seulement elle avait pu se passer de cette fatigue qu’un sommeil mauvais et agité ne parvenait pas à combler. De ces élancements douloureux qui semblaient parfois serre son dos dans un étau. De ces étourdissements qu’elle ne parvenait pas toujours à dissimuler et qui la prenaient n’importe quand. Et surtout, de cette manie de s’agacer pour un rien. Oui, vraiment, quelque chose n’allait pas. Quoi ? C’était la question.

Question qui ne tarderait pas à trouver une réponse, d’ailleurs, au risque de mettre en péril la mission délicate qui attendait ce soir Caroline et sa chef. Et, encore une fois, s’il n’y avait que ça… Après être restée quelque seconde immobile, paupières fermées, comme si cela pouvait l’aider à recouvrer l’énergie nécessaire à s’introduire dans une soirée nazie, débusquer un homme parmi la foule, le tuer et s’échapper, la jeune femme finit par se diriger vers le lit sur lequel la fameuse robe était posée qui hérité d’un de ces regards éternellement froids qu’elle savait si bien donner. Lentement, elle retira son vieil ensemble avant d’enfiler le bout de satin qui laissait ses bras, sa gorge et une petite partie de son dos nus. Une moue tordit ses lèvres pâles, elles aussi, alors qu’elle se plaçait devant le vague morceau de glace. Ca ne fonctionnait pas. Sur l’un de ses bras, un bleu voyant persistait tandis que sur son poignet droit, l’entaille ne disparaissait pas. Par chance, les marques dans son dos étaient couvertes par le tissu mais on ne pouvait en revanche pas en dire autant de son visage qui lui donnait vraiment des airs maladifs. Ca n’allait pas fonctionner. Que ce soit ça, ou autre chose, il y avait un truc. Vous savez, ce sourd pressentiment qui laisse entendre que quelque chose ne va pas se dérouler comme prévu. Un quelque chose qui semblait presque trop clair, à la regarder. Elle n’était pas en état d’y aller. Ce qu’évidement, elle ne prendrait pas en compte. Il y avait trop longtemps qu’elle n’était pas en état de faire ce pourquoi, justement, elle avait été mise dans cet état.

Deux coups discrets furent soudain frappés à la porte de la chambre. Tournant à peine la tête, Elsa vit celle-ci s’ouvrir sur Jeanne, un sourire hésitant aux lèvres. Les yeux baissés, il y avait plus de deux semaines maintenant qu’elle n’osait plus regarder sa chef dans les yeux, ni même la dévisager. Sans doute à cause des souvenirs que devaient remuer en elle les marques qui se lisaient sur son visage. Et pourtant, elle aurait bien aimé pouvoir en parler. En parler, se livrer enfin à quelque capable de la comprendre totalement – même si Emile faisait un parfait confident. Elle avait même essayé une fois. Mais à la lueur qui s’était allumée dans les prunelles de la rousse à la première évocation, Jeanne avait aussitôt comprit que c’était peine perdue. Comme beaucoup de choses, semblait-il, avait Ice.
« Tu veux un coup de main ? demanda-t-elle non sans avoir parcouru la robe d’un œil. C’est joli… comma-t-elle d’ailleurs avec un léger sourire. »
Muette, l’intéressée se contenta de poser les yeux sur la jeune femme qui n’était certainement pas venue la voir naturellement.
« J’ai du maquillage, ajouta Jeanne en désignant la trousse qu’elle avait à la main. Tiens. J’peux t’aider…
- Ça ira, répondit aussitôt Elsa en attrapant ce qu’elle lui tendait. »
Comprenant le message, Jeanne hocha la tête et tourna les talons, quittant la pièce sans insister. Restée seule, la froide rousse appuyé un instant sa tête lourde contre le miroir duquel elle s’était rapprochée pour tenter de lui donner un air moins cadavérique. Ce qui promettait d’être compliqué.

Néanmoins, au bout d’un petit moment, juste le temps qu’il fallut à la porte pour s’ouvrir de nouveau, les choses finir par être légèrement arrangées. Au maximum, à vrai dire. Un maximum qui restait guère fameux. A la voix de Caroline, Elsa se retourna, déposant sur la table ustensiles de maquillage et autres accessoires du genre. Certes, elle ne s’en servait jamais. Du moins, pas depuis le début de la guerre. Mais heureusement, elle n’avait pas totalement perdu la main. Sans un mot, elle posa les yeux sur son amie, remarquant au passage ce qu’elle avait à la main. Une étole, de longs gants et des escarpins. Cette fois-ci, elle haussa réellement un sourcil. Pour la seconde fois, son opinion apparaissait clairement. Mais il était hors de question de se laisser aller à ce sourd agacement qui n’avait en aucun cas sa place dans ce qui allait se passer ce soir, aussi ne fit-elle pas le moindre commentaire, se contentant de tendre la main vers ce que l’ancienne danseuse avait à lui donne. Au moins, les gants montaient assez haut pour dissimuler le bleu sur son bras. Ces derniers arrangements fait, Elsa attrapa une cigarette qui traînait à côté de son harmonica puis prit la direction de la sortie.
« On y va, lança-t-elle. »
En bas, dans le salon de sa propre maison puis la planque trouvée par Edouard lors du coma de Caroline avait fini pas être débusquée, Jeanne, Marcel et Edouard discutaient. A leur entrée, ils levèrent la tête d’un même mouvement. Marcel, amusé par ces tenues qu’il n’avait absolument pas l’habitude de voir portées, et encore moins sans doute de la chef, siffla non sans une pointe d’amusement. Ses tensions avec la danseuse avaient fini par s’estomper, le jeune homme n’étant pas foncièrement rancunier. Aussi lui adressa-t-il un clin d’œil faussement provocateur tandis que Jeanne esquissait un sourire envieux. Edouard, quant à lui, fut le seul à ne pas exprimer grand-chose de plus que la réticence qu’il avait à les laisser partir. Inquiet, son regard passa de Caroline à Elsa qui, occupée à faire passer un étourdissement nauséeux, s’était un instant appuyé au chambranle de la porte.
« Vous êtes sûres de vous ? demanda-t-il, l’œil sévère.
- Certaines, Edouard, ça suffit. »
Le ton était une fois de plus, sans appel. D’une main, la rousse tendit les invitations que Sophie s’était procurées pour elles, puis ouvrit la porte, ferma un bref instant les yeux à l’ai frais qui lui faisait défaut puis sortit, suivie de Caroline et de Marcel qui faisait office de chauffeur – pour l’aller au moins, le retour étant toujours incertain – avec la voiture de Loïc. Les choses sérieuses commençaient. Certes. Et elle ne pouvait imagine à quel point.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
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MessageSujet: Re: Quand deux ne font qu'un   Sam 18 Sep - 19:23

Les gants dans une main, les chaussures dans l’autre, en montant les escaliers, je me demande ce qui m’attend dans la chambre d’Elsa. Est-ce qu’elle a fini par mettre sa robe ? Pas la moindre idée, mais si elle ne l’a pas fait, je ne sais pas comment je vais réussir à lui faire mettre ça et les accessoires qui vont avec. A vrai dire, j’aurais aimé la pousser à se faire belle pour autre chose que pour aller tuer un nazi. La situation pouvait paraitre amusante, et les moyens nécessaires, mais la fin me donnait mal au cœur. Je n’avais pas l’habitude de tuer. Oter la vie me donnait envie de vomir. Enfin, c’était peut être lié à autre chose en plus, mais je ne le savais pas encore. Comment me douter que la dernière fois que Reinhard et moi nous étions vus, il y avait eut quelque chose de plus…

Les escaliers craquaient sous mon poids et mes talons claquaient au sol, alors que j’approchais de la porte de la chambre et que j’y entrai, sans frapper, demandant à tue-tête si Elsa était prête. Intérieurement, je poussais un « ouf » de soulagement, avant de la détaillé un instant. D’accord, elle n’aimait pas ça, mais de il fallait au moins qu’elle l’admette, cette robe lui allait à ravir. D’accord, on voyait encore les traces, de moins en moins visible, de son passage à la gestapo. Un passage dont je préférai oublier la cause, et surtout celui qui avait imposé ces marques sur le corps frêle de mon amie. Comment penser que l’homme qui avait fait cela à Elsa était celui que j’aimais ? C’était deux facettes de sa personnalité totalement différentes qu’il m’était impossible de concilier. Pour Elsa il était un monstre, un homme qu’il fallait à tout prix exterminer, pour moi, il était doux et tendre… C’était un sujet que je refusais d’aborder avec elle, jamais nous ne serions d’accord sur aucun point.

Je souris à mon amie. J’aurais tant aimé qu’elle prenne le temps de vivre… Mais la guerre nous avait volé notre jeunesse et notre joie de vivre, et les minces lueurs d’espoirs n’en devenaient que plus cruelles. Se faire belle pour donner la mort, quelle mascarade. La mort est laide, inopportune et insupportable, alors lui donner un visage de fête est pour le moins inapproprié. Elsa posa le dernier pinceau qu’elle venait d’utiliser, se retournant vers moi, et immédiatement, son regard tomba sur les accessoires que j’avais apporté, comme un second assaut dans une bataille qu’elle avait déjà perdue. Je coulais un rapide regard à Jeanne, qui me fit un petit signe négatif de la tête avec un regard entendu. Elsa continuait à faire sa forte tête, et à prétexter qu’elle allait bien. C’était un mensonge, un mensonge énorme qu’elle pensait pouvoir nous faire avaler, mais non, aucun d’entre nous à la brigade n’était dupe. C’était une très mauvaise idée, j’en étais persuadée, et je ne savais pas encore à quel point les évènements me donneraient raison. Si je faisais la fière devant Edouard et les autres, intérieurement je n’en menais pas large, et je sentais la peur se réveiller en moi. Le regard d’Elsa sur le reste de sa tenue était plus que clair, « comment peut-on porter ce genre de choses ? ». Eh bien, qu’elle le croit ou non, certains, comme moi avant que ma vie ne se transforme en cauchemar, portaient ce genre de choses tous les soirs. Je m’apprêtai à devoir, encore, batailler quelques minutes avant qu’Elsa ne cède, mais, lutant déjà apparemment contre elle-même, elle tendis le bras et saisit ce qui lui manquait pour parachever sa transformation. Elle ne se paraitrait pas belle à elle-même, peut être, mais elle était magnifique. Si on avait eut le temps, je l’aurais mise devant son psyché et je lui aurais démontré à quel point elle était jolie, mais hélas, le temps était bien la seule chose contre laquelle nous ne pouvions lutter et il nous fallait accepter ses caprices.

-On y va ! finit-elle par lâcher, m’empêchant définitivement de dire quoi que ce soit.

-A vos ordres chef ! répondis-je en levant les yeux au ciel, soupirant.

Je persistais à penser que c’était une très mauvaise idée, mais hélas, elle avait décidé de mener cette mission à bien, alors il fallait obéir. Et je ne pouvais définitivement pas la laisser y aller seule. Alors, nous y allions ensemble. La descente des escaliers fut rapide. En bas, les garçons semblaient bien plus surpris de voir Elsa habillée ainsi que moi, ce qui était plutôt normal étant donné qu’elle passait sa vie en pantalon/chemisier alors que malgré notre statut de clandestin, je continuais à rester le plus féminine possible. On se raccroche à ce qu’on peut… Marcel alla jusqu’à nous siffler. Entrant dans son jeu, je fis une pirouette sur moi-même, un sourire exagéré digne de ceux qu’on pouvait voir sur les affiches de films américains avant la guerre aux lèvres. La peur que j’avais eus l’autre soir devait lui avoir suffit comme punition, et mon retour en grâce était signe qu’on pouvait continuer à me faire confiance. Cela lui avait sans doute suffit. Tout ça et une morale de Sophie sans doute. Le regard d’Edouard était toujours aussi sombre, et il ne semblait pas décidé à se dérider. Je tentais malgré tout de le faire sourire en lui faisant un clin d’œil, mais rien à faire. Elsa blêmit un peu plus, et je me tendis. Définitivement, c’était une mauvaise idée. Mais Elsa devait être encore plus butée que nous tous réunis, ce qui n’était pas peu dire… Une énième fois, Edouard voulut nous empêcher de partir, mais Elsa avait parlé, et décidé pour tout le monde. Encore une soirée qui se terminerait « mal ».

Je pris les deux cartons d’invitation dans le meuble qui nous servait à ranger ce genre de chose et, sans un mot, je mis mon étole sur mes épaules précédant Elsa dans le couloir qui menait à la porte d’entrée, et au-delà, à l’extérieur. Le trajet jusqu’à l’hôtel de ville se fit dans le silence le plus complet. Que dire ? Rabâcher encore une fois le plan qui était d’une simplicité extrême ne servait à rien. Nous arrivions ensemble à l’hôtel de ville, et une fois la sécurité passée, nous nous rendrions aux toilettes, récupérant nos armes, avant de nous séparer, chacune de son côté. La première à repérer le commandant agissait. Après, il faudrait se débarrasser des armes, et filer, le tout sans se faire remarquer bien sur.

L’hôtel de ville était éclairé de mille feux. Qui aurait vu deux meurtrières en puissance derrière ces jeunes femmes fardées et pomponnées, ressemblant à des poupées en porcelaine ? Personne. La preuve, alors que nous montions les marches des escaliers, deux officiers allemands descendant de voitures nous offrirent leur bras pour monter les escaliers. J’accrochai un sourire de circonstance à mes lèvres, charmante, et acceptais le bras de mon cavalier improvisé, jetant un coup d’œil inquiet à Elsa. Il fallait qu’elle joue le jeu, mais vu ce qui c’était passé à la Gestapo… Pourtant, rien ne se passa. Arriver en haut du perron, nos invitations et la compagnie des allemands nous permirent de passer l’entrée sans encombre. Obligeant, ils nous laissèrent rapidement. Avec un regard entendu, Elsa et moi nous dirigeâmes vers les toilettes. Il n’y avait personne encore, la soirée débutait à peine. Pendant que je faisais le guet, Elsa alla chercher les armes, me tendant la mienne. Je l’armais, et retirais la sécurité, glissant un regard inquiet à mon amie dont le teint si pâle et presque maladif ne cessait de m’inquiéter.

-On peut encore faire demi-tour, lui dis-je d’une petite voix, posant ma main sur son poignet intact.

Bien sur, il était utopique qu’elle accepte, mais j’aurais au moins essayé…
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Elsa Auray
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MessageSujet: Re: Quand deux ne font qu'un   Dim 19 Sep - 17:20

Oui, définitivement, c’était une mauvaise idée. Le problème n’était pas la mission, d’une simplicité déconcertante et à peine plus dangereuse qu’une autre si les choses se déroulaient comme prévu. Le problème, c’était les deux jeunes femmes qui se préparaient pour cette mission. Et plus particulièrement la plus rousse d’entre elles, dont l’état avait l’air vouloir prévenir qui voulait bien y prendre garde que, non, les choses ne se dérouleraient pas comme prévu. L’avertissement paraissait aussi clair que si le destin en personne était venu leur annoncer ce qui allait se passer et seule la principale intéressée semblait ne pas y prêter la moindre attention. Le problème étant, certainement, que c’était justement cette principales intéressée qui décidait de la poursuite ou non de cette mission. Or, à ses yeux, trop d’opérations avaient déjà été remises en cause par cet état que Caroline, Edouard ou d’autre passaient leur temps à lui faire valoir pour lui démontrer que ce qui devait être fait ne pouvait justement pas se faire. Depuis son passage à la gestapo, les choses semblaient n’avoir fait qu’empirer. D’abord les coups, puis la fatigue, le dos, les étourdissements… Conséquences qu’il pouvait paraître étrange, d’ailleurs, de voir découler d’une séance de torture, aussi infernale ait-elle pu être. Conséquences, ou plutôt symptômes, qui si elle avait seulement fait l’effort d’en parler au médecin de la brigade, auraient peut-être pu éviter la désagréable et dangereuse situation dans laquelle allaient se retrouver les deux jeunes femmes, d’ici une heure à peine. La surprise, qu’elle soit découverte par Edouard ou un quelconque autre docteur, n’en aurait été de tout façon pas moins cruelle.

Mais peu importait l’état des uns ou des autres. La mission était lancée, les armes dissimulées sur place, les invitations belle et bien écrites ; il n’était déjà plus possible de revenir en arrière. A l’instant même où Marcel claqua la porte du quartier général de la brigade, les dés pouvaient être considérés comme jetés. Et quel que soit le chiffre qu’il ne fallait surtout pas qu’ils indiquent pour que tout se passe bien, ils étaient allègrement tombés dessus. Évidement. Et pourtant, tous avaient presque été prévenus. Presque. Là résidait le problème sans doute, à côté de la glaciale obstination d’Elsa qui, à peine montée dans la voiture, appuya son front trop chaud sur la vitre fraîche du véhicule. Le moteur ne tarda pas à ronronner, tranquillement, avant de se mettre définitivement en marche. Il s’agissait de ne pas être en retard. Encore une fois, il y avait des rendez-vous qui ne se manquaient pas. Avec la mort, certes. Mais avec la vie, aussi. Une vie qui n’avait de cesse, visiblement, de vouloir montrer à la jeune femme à quel point elle pouvait se montrer cynique. Comme si les récents évènements ne s’en étaient pas déjà largement chargés. Comme si l’avenir, ce soir, le mois qui suivait, n’allait pas lui non plus le lui démontrer. Non, vraiment, avoir pénétré dans cette voiture, dans cette tenue et avec ces intentions était définitivement une très mauvaise idée.

La route, relativement courte, qui les séparaient de l’Hôtel de Ville fut marquée par un profond silence. La tension était là, comme avant chaque opération, aussi simple puisse-t-elle être. Quelle que soit la situation, il y avait toujours une part d’imprévu. Un part avec laquelle il fallait savoir agir car rares étaient les plans à voir le jour qui n’étaient pas prédestinés à ne pas fonctionner. Ou du moins, ne pas fonctionner entièrement, sans évènements… inopinés. Mais en plus de cette tension habituelle, ce soir, flottait cette angoisse, cette certitude qu’aucun d’entre eux, raisonnablement, ne devraient être là. La tête appuyée contre la vitre, Elsa avait fini par fermer les yeux, espérant ainsi faire passer tout ce qui n’allait pas. Espoir vain, elle en était parfaitement consciente. Et lorsque la voiture, plutôt vieille, dénotant légèrement parmi les riches véhicules qui traînaient dans les environs, s’arrêta enfin devant le lieu de la réception, les choses semblaient encore avoir empiré. Tant pis. Il n’y avait pas besoin d’être dans une forme olympique pour presser une détente. Soulevant ses paupières presque lourdes, donc, la rousse ouvrit la portière et sortit, se retournant à peine ensuite pour voir l’auto s’éloigner. Dans une autre direction. Marcel allait tourner un moment, afin d’être sûr que personne ne l’avait repéré, avant de rentrer au quartier général pour attendre les résultats de la mission. Encore une soirée angoissante, au sein de la brigade.

Caroline et Elsa, quant à elle, empruntèrent les premières marches de l’escalier menant à l’Hôtel de Ville, comme n’importe lesquelles des autres femmes présentes. Mais avec des intentions, sans le moindre doute, tellement différentes… Qui aurait seulement pu s’en douter ? A les voir ainsi, personne. Et surtout pas ces deux officiers nazis qui, s’adressant à elles dans un français aussi approximatif que haché par leur accent, offrirent leur bras aux deux résistantes. Dans une autre situation, Elsa aurait sans doute décliné l’offre. D’ailleurs, même là, elle l’aurait sans doute déclinée, si seulement elle en avait eu le temps. Avant même qu’elle ne puisse dire quoi que ce soit, l’un des allemands passa son bras droit sous le sien, en lui offrant un sourire entendu. S’il la vit, sans doute ne comprit-il pas la soudaine crispation de la jeune femme lorsque sa main se posa sur son poignet. Ce poignet. Froidement, elle releva les yeux vers lui. Qu’un officier nazi ne se permette ce geste, ne se permette de la toucher avait le don de la renvoyer à de bien plus sombres évènements dont, quoi qu’elle puisse en dire, elle ne parvenait pas à vider sa mémoire. Mais non, inutile de compliquer les choses. Muette donc, sans même esquisser une moue qui aurait pu s’apparenter à un sourire, elle se laissa conduire jusqu’aux portes et au-delà, renvoyant son regard inquiet à Caroline par une œillade ferme. Néanmoins, elle resta crispée jusqu’à ce que l’officier ne la lâche, s’éloignant avec son collègue en leur adressant à toutes deux quelques paroles polies. L’incident – qui n’en était pas un – était clos.

Et la mission continuait. Rapidement, les deux clandestines gagnèrent les toilettes, vides. Heureusement. Laissant Caroline à l’entrée, Elsa se dirigea vers la cabine du fond, celle où devaient être dissimulés les deux Brownings laissés par Sophie. Jusque là, les choses fonctionnaient. Sans perdre de temps, elle les extirpa de leur cachette puis, s’appuyant soudain contre le mur le plus proche sous peine de ne pas tenir sur ses pieds, entreprit d’actionner le chargeur et de décoincer le cran de sûreté.
« On peut encore faire demi-tour, souffla soudain la blonde. »
Avec un violent effort pour ne rien laisser paraître, la jeune chef planta deux prunelles profondément impassibles, mais toujours voilées, dans celles de son amie.
« Vas-y, lâcha-t-elle fermement. »
La discussion était, bien évidement, tout sauf ouverte. D’un geste et d’un regard, elle appuya ses paroles avant d’observer la danseuse s’éloigner, se mêlant à la foule qui commençait doucement à encombrer la salle. Seule, elle ferma un instant les yeux, prise d’un de ces élancements dont elle ne parvenait à définir la raison, et encore moins à se débarrasser. Au bout de quelques secondes, cependant, elle se redressa. Il était temps. Rien de bien compliqué. Trouver le commandant, l’abattre dans un coin tranquille et s’en aller aussitôt pour retrouver Caroline deux rues plus loin, leur point de ralliement. Simplissime, oui. Dit comme ça, certainement. Mais c’était sans compter ces évènements sur lesquels elle ne pouvait avoir aucun contrôle… A son tour, néanmoins, elle fit son entrée dans la salle, son arme dissimulée dans la petite pochette qu’elle avait prit soin de prendre.

D’un regard, elle fouilla rapidement la pièce depuis l'endroit où elle se trouvait. Le commandant était sensé être déjà sur place, la chose était certaine. Si l’on en croyait sa source. Ne voyant rien de satisfaisant, elle entreprit donc de faire quelques pas au milieu des allemands et des français, aussi bourgeois les uns que les autres, qui se mêlaient sans aucune rancœur particulière. Dieu que ces gens pouvaient être loin de la vie, de ce qui se passait réellement, pas plus loin qu’à leurs pieds, à quelques rues de chez eux parfois. Un officier, celui qui l’avait menée en haut des marches, interpella de nouveau Elsa, lui proposant cette fois-ci, un verre. D’un signe de tête, elle marmonna vaguement qu’elle attendait quelqu’un et, pour illustrer ses propos, jeta un nouveau regard autour d’elle. D’un signe de tête, l’allemand acquiesça. Une fois de plus, l’incident aurait pu être clos. Mais c’était sans compter, encore une fois, ces évènements sur lesquels elle n’avait aucun contrôle. Brusquement, et visiblement, Elsa blêmit, serrant les dents, livide, alors que l’allemand s’apprêtait à lui tourner le dos. Un vertige. Un vertige nauséeux qu’elle ne pu réprimer la força tout d’abord à poser une main sur la table la plus proche pour ne pas tomber. Non, pas ça. Pas ça, et surtout pas maintenant.
« Qu’avez-vous, mademoiselle ? demanda le nazi, de sa voix accentuée, visiblement inquiet. »
Elsa ferma un instant les yeux, tête baissée. Avec un effort violent, elle ouvrit la bouche pour murmurer que tout allait bien mais les mots peinèrent tellement à franchir ses lèvres que l’homme ne l’entendit certainement pas. D’ailleurs, il n’aurait pas eu le loisir de la croire. Alors qu’elle tentait de se redresser, Elsa sentit sa vue se brouiller et ce sentiment de nausée, cet étourdissement violent, implacable. Encore une fois, elle tenta de se retenir à la table, mais en vain. Brusquement, la jeune femme s’effondra.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
Alfred de Vigny ©️ .bizzle


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MessageSujet: Re: Quand deux ne font qu'un   Mar 21 Sep - 12:16

Malgré l’assurance de Elsa, sa certitude, sa manière bien à elle de nous faire croire que tout allait bien, je n’étais pas dupe, et pire, plus elle s’entêtait à faire semblant, plus je m’inquiétais. C’était ainsi. Je ne cessai de lui jeter des petits coups d’œil inquiet, auxquels elle répondait par un regard exaspéré. Mais ses efforts étaient loin de me rassurer, bien au contraire. Alors, cette mission, cette idée, pourquoi ? Pourquoi ce soir, alors qu’elle était au plus mal ? Qu’avait-elle à nous prouver ? Ou pire, à se prouver à elle-même ? Je ne comprenais pas, mais je restais là, pour elle, pour m’assurer que tout se passerait bien, parce que je ne voulais pas qu’elle s’effondre au milieu de cette foule compacte – ce que, précisément, elle allait faire dans quelques instants, alors que je me serais éloignée. Je n’avais pus m’empêcher de lui demander si elle ne voulait pas tout arrêter, j’étais même prête à la supplier de changer d’avis, mais, hélas, elle ne m’en laissa pas le temps. D’un geste ferme et autoritaire, elle me fit signe de sortir. Il y avait un ordre à exécuter – et quelqu’un également.

Après un dernier regard à mon amie, je me disparus dans la foule compacte qui se faisait de plus en plus nombreuse au fur et à mesure que les invités arrivaient. La description physique de notre cible était plutôt sommaire : la cinquantaine, fort, mince, avec un monocle. Heureusement que nous avions appris à reconnaitre les différents grades des nazis grâce aux distinctions présentent sur leurs uniformes, sinon, la tâche aurait été pour le moins impossible. L’air de rien, ma pochette dissimulant mon arme serrée contre moi, j’avançais, faisant un premier tour de la salle de réception, prenant au passage d’un serveur une coupe de champagne pour éviter de paraitre trop nerveuse et me donner une contenance, bien que je n’en avalais pas la moindre petite gorgée. Pas la moindre trace du commandant. Ma pochette semblait peser de plus en plus lourd dans ma main. Il ne faut jamais sous estimer le poids, psychologique ou réel, d’une arme à feu. Je me demandais si Elsa avait plus de succès que moi ou non, mais pas plus que le commandant, je ne la voyais nulle part. Dès qu’on commençait à me dévisager, je me dépêchai de me déplacer, affectant un désintérêt total pour la soirée. Désintérêt qui n’était pas vraiment ce que je ressentais, loin s’en faut. Bien au contraire. Intérieurement je bouillais. Je n’avais qu’une envie, en finir au plus vite et quitter cet endroit ou ni Elsa ni moi n’avions notre place. Du moins désormais. Il y a encore quelques mois, j’aurais sans doute servie de cavalière à l’un de ces hommes en costume trois pièces ou pire, en uniforme. J’avais peur, à chaque fois qu’on me détaillait, qu’on me reconnaisse, ou pire, qu’on ait donné mon signalement suite à l’altercation du Lutécia. Si quelqu’un avait parlé, décrit la jeune femme qui avait voulut abattre von Hafer, j’étais morte. Ou pire, si l’un des protagonistes présent là bas était finalement présent ce soir. C’était un risque à courir, mais cette fois, ni Reinhard ni Elsa ne seraient là pour me tirer d’affaire et assurer mes arrières. Alors autant en finir le plus rapidement possible.

Impossible de voir quoi que ce soit dans cette foule pour le moins imposante. L’air était de plus en plus insupportablement irrespirable, et ma nervosité n’arrangeait rien, commençant même à me donner mal à la tête, qui pourtant ces derniers temps, m’avait laissée plus ou moins en paix. La musique, pourtant agréable, accentuait le malaise qui commençait à se saisir de moi. J’avais besoin d’air, vite, maintenant. Heureusement pour moi, les baies vitrées de la salle de réception. Lentement, posant la coupe de champagne non entamée sur un guéridon, je me dirigeais vers la terrasse qui donnait sur les jardins de l’hôtel de ville, et qui étaient, disait-on, un chef d’œuvre artistique. Pourtant, à cause de la nuit, et de mes préoccupations, il n’était pas question pour moi que je les admire. Le contraste de température entre l’intérieur et l’extérieur se fit immédiatement sentir. Le léger courant d’air qui balaya mon visage me redonna immédiatement un peu de forces, et mon mal de tête, bien que toujours présent, se mit en sourdine alors que j’avançais vers la rambarde pour m’y appuyer un instant, et respirer pleinement l’air du soir. A ma gauche, deux hommes discutaient, dont l’un me tournait le dos. Je pouvais seulement voir son uniforme. Ouvrant ma pochette, je sortis mon paquet de cigarette, avant d’extraire une fine tige blanche, et de l’allumer, tendant l’oreille sans pourtant avoir l’air de prêter attention à leur discussion, qui avait lieu en allemand.

- Ja, die nächste Woche.
Oui, la semaine prochaine.

- Ist das auf?
C’est sur ?

- Ja, ungefähr drei hundert Personen
Oui, environ trois cent personnes

- Das wird aus der Leere machen...
Ca va faire du vide…

Conclut l’homme dont je pouvais voir le visage, jeune, la trentaine tout au plus, brun, en smoking, avec un rictus sinistre. Leurs paroles et le ton qu’ils employaient me glaçaient le sang. De quoi parlait-il ? Je ne le savais pas, mais toujours est-il que ce ne pouvait pas être positif. Je tentais tant bien que mal de garder une pause désintéressée de celle qui n’entendait pas, ou du moins ne comprenait pas, tirant lentement sur ma cigarette en inspirant de longues bouffées. Le jeune homme en smoking finit par regagner l’intérieur de la salle, après m’avoir salué d’un signe de tête galant, auquel je répondis par un sourire affecté, me laissant seule sur l’immense terrasse en pierre de l’hôtel de ville. Alors, l’homme en uniforme se tourna vers moi, et un sourire se dessina sur mon visage. Il s’agissait bel et bien de celui que je recherchai. Le grade de son colle, et le physique correspondaient parfaitement. L’air de rien, il s’approcha de moi, qui venais d’éteindre ma cigarette. Dans l’ombre, j’ouvris ma pochette, sortant l’arme, et la posant sur la bordure en pierre, sortant une nouvelle cigarette de mon étui. Prenant un air innocent et aguicheur à la fois, je me tournais vers l’allemand, bien décidée à l’aborder et à ne pas faire trainer ma mission.

-Excusez-moi, vous auriez du feu ? Mon briquet ne fonctionne plus.

Il me répondit par un demi-sourire, semblant penser que j’étais la dernière des idiotes. Nous verrons bien qui est le plus idiot de nous deux. Il sortit de sa poche un petit briquet argenté, et la flamme illumina brièvement le balcon. J’inspirai une bouffée de tabac, tenant ma cigarette de la main droite, alors que de la gauche, je pris la crosse de mon arme et la brandit vers lui, tirant deux coups de feu au niveau de son cœur.

-Merci… dis-je en reculant, un peu tremblante et pâle.

Il était mort avant d’avoir touché le sol, sans comprendre ce qu’il venait de lui arriver. Toujours se méfier des jolies femmes, elles sont comme les roses, sublimes et épineuses. Pourtant, malgré mon apparente assurance, mon geste me donnait la nausée. Je venais de tuer, pour la première fois. Et si psychologiquement, je n’y étais que trop bien préparée, la théorie et la pratique sont deux choses fondamentalement différentes. Je reculais encore, laissant tomber l’arme dans le jardin en contre bas, ne pouvant la garder en main. Personne à l’intérieur ne semblait avoir entendu les coups de feu. Tant mieux pour moi. Reculant, je regagnais l’intérieur de la salle, cherchant Elsa, qu’on puisse filer d’ici le plus vite possible. Pourtant, je ne la trouvais pas non plus. Ses cheveux roux étaient pourtant pour le moins reconnaissable. Proche de la sortie des toilettes, un attroupement attira mon attention. Immédiatement, mon sang se glaça, et un mauvais pressentiment me pris. Je traversais la salle à grand pas, et fendit les quelques rangs de personnes autour d’une jeune femme évanouie.

-Elsa ! m’écriai-je en m’agenouillant à son côté.

Les yeux clos, elle ne bougeait pas, ne réagissait pas. Peut être avait-ce été une erreur de dire son nom, mais pour le moment, ça n’avait aucune importance.

-Elsa, répond moi, je t’en pris !

-Que quelqu’un aille chercher un docteur, s’exclama un officier nazi, en qui je reconnu l’un des deux jeunes hommes qui nous avaient escortés à notre arrivée, qui était aussi à côté de mon amie, puis se tournant vers moi, nous allons la monter à l’étage, elle y sera plus à l’aise.

Je répondis par un simple signe de tête, me redressant, quand mon regard tomba sur son sac. Zut ! Si quelqu’un l’ouvrait et y trouvait l’arme, tout était perdu. D’un geste rapide, je la récupérai. Il serait toujours temps de me débarrasser du révolver plus tard. L’officier nazi passa un bras sous les épaules d’Elsa, et l’autre sous ses genoux. A l’instant, bien que nerveuse, j’étais reconnaissante à cet homme à qui rien n’avait été demandé, et je ne pus m’empêcher de penser qu’à places inversées, Elsa n’aurait certainement pas montré tant de sollicitude. Le chemin jusqu’au premier étage, où une femme de ménage nous ouvrit une pièce avec un canapé où l’officier allongea Elsa, m’avait parut une éternité. Il recula, et me salua avant de retourner vers la porte.

-Le médecin ne devrait plus tarder.

Je lui offris un sourire reconnaissant, avant de murmurer :

-Merci… vraiment…

Il me répondit par un sourire, avant de claquer les talons et de quitter la pièce. Sans doute d’ici quelques temps, devrions nous le tuer, mais pour l’instant, je lui étais réellement reconnaissante.
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Elsa Auray
J'ai vu la mort se marrer et ramasser ce qu'il restait.



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PAPIERS !
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MessageSujet: Re: Quand deux ne font qu'un   Jeu 23 Sep - 0:23

D’êtres parties sentant très bien que quelque chose ne pourrait que déraper ou, sachant cela, de n’avoir pas réussit à l’éviter, à se demander ce qui était le plus idiot. L’un autant que l’autre, sans doute. Avoir maintenu la mission était un risque qui aurait parfaitement pu être évité lorsqu’abattre cet officier dans ces conditions était déjà profondément dangereux. Elle le savait, avant même de monter dans la voiture : quelque chose tournerait mal. Quelque chose… venant d’elle ; son état le criait aussi clairement que mentaient les journaux à propagande nazie disposés dans un des coins de la salle de réception. Venant d’elle, oui. Là était tout le problème. Il aurait suffit que le doute ne vienne d’ailleurs. Des renseignements dont ils disposaient sur cette soirée et leur fiabilité, d’une vague incertitude sur la présence ou non du commandant, d’un éventuel danger concernant leur anonymat… de n’importe quoi ou qui d’autre, en somme, et compte tenu de tout ce qui menaçait de s’écrouler – sans mauvais jeu de mot – Elsa aurait sans doute annulé l’opération. Mais non. Il avait fallu que le doute ne vienne d’elle, et seulement d’elle. Elle, à savoir celle contre laquelle elle luttait sans cesse, quelque soit la situation, le mal ou les évidences. Les évidences comme celle qu’avaient hurlé toute la journée son teint cadavérique, ses prunelles voilées et sa démarches chancelante : elle était tout sauf en état d’aller tuer un nazi, aussi simple la chose puisse-t-elle paraître lorsque l’on s’appelait Ice. Simple, au premier abord du moins. Mais inévitablement, la donne changeait lorsque l’on était plus la seule à disposer de son corps. Que l’on soit Ice ou non. Que l’on en ait conscience… ou non.

Lutter contre la douleur, la peur, n’importe quel sentiment, ce qui pourrait faire tomber l’armure glaciale qu’elle s’était forgée… lutter contre elle-même, Elsa en avait tellement l’habitude. Plus qu’une habitude, sans doute était-ce devenu comme une seconde nature. Une première ? Certainement. Toujours est-il qu’elle n’avait déjà que trop souvent remporté ce combat perdu d’avance – et ce dans des situations avec lesquelles une missions compliquée par de simples étourdissements ne pouvait rivaliser. De simples étourdissements oui. Du moins, c’était ce qu’elle pensait. Des situations autrement plus difficiles ? C’était ce qu’elle croyait. Mais combien des évènements qui s’étaient produit ces derniers temps ne seraient pas arrivés si elle avait seulement pu imaginer ce que l’avenir lui avait réservé et surtout, lui réservait encore ? Un avenir qui, ce soir, se comptait dans les minutes qui allaient suivre. Et ce qui l’attendait ce soir, elle, ou son corps qu’elle savait si bien maitriser, ne souffrirait aucune lutte. Il y aurait longtemps, cette fois, que le combat serait perdu. Totalement perdu. Et la défaite se consommait déjà. Derrière sa pâleur extrême, les lancements de son dos, les vertiges et tout ce que la jeune femme s’obstinait à ignorer. D’ailleurs, elle ne se consommait plus. Non, à l’instant même où Elsa s’effondra, tentant en vain de se raccrocher à la table sur laquelle elle s’était d’abord appuyée, elle fut totale. Définitivement, le morceau de glace qu’elle voulait être avait perdu.

Pour la seconde fois en moins d’un mois, l’inconscience la happa, implacable. Une inconscience loin d’être salvatrice pourtant, ce soir, et bien moins profonde. Brutalement, la pâle rousse se sentit heurter le sol, dernier choc avant le noir. Un noir douloureux, secoué de d’éclats incompréhensibles, lointains, venant de tout côté, se mêlant dans un amas informe jusqu’à former un sourd brouhaha dont elle semblait être séparée par une chape feutrée, lourde, compacte. Et noire.

Au dessus de la jeune femme, l’officier, désemparé et interdit, n’avait pu réprimer un geste dans sa direction. Trop tard cependant, et aussitôt, les quelques personnes se trouvant dans l’entourage d’Elsa se retournèrent, surpris et vaguement inquiets pour certains, comme n’importe qui le serait dans une telle situation, vers la silhouette qui maintenant gisait sur le carrelage de l’Hôtel de Ville. Quelle ironie. Elle, une résistante active, dissimulant dans sa pochette une arme chargée et prête à être utilisée, s’effondrant au milieu d’une assemblée dont elle cherchait à éliminer les principaux participants, y compris l’homme qui se pencha immédiatement sur elle pour se préoccuper de son état. Définitivement, les choses prenaient d’étranges cours ces derniers temps. Sa collaboration d’un soir avec Fehmer, l’inquiétude ce nazi pour sa santé… Non, le monde ne tournait plus rond. Et sans doute le ferait-il encore moins d’ici quelques minutes. Quand enfin, après tant de « si elle avait su », Elsa saurait. Autour, un attroupement se forma rapidement, chacun interrogeant et spéculant, tandis que l’allemand tentait sans résultat de ramener à elle la pâle jeune femme. Inerte, cette dernière ne montrait pas plus de signe de vie que n’en ferait une morte, et la lividité cadavérique de ses traits l’en rapprochait tellement que l’homme déposa deux doigts à la base de son cou pour s’assurer qu’il n’y avait là rien de plus qu’un atout mortifère. Rassuré sur ce point, il se redressa, à l’instant même où une autre silhouette féminine se précipita auprès du corps de la rousse.

« Elsa ! s’écria Caroline. »
Si l’intéressée avait été réveillée, sans doute aurait-elle fait comprendre d’un regard à l’ancienne danseuse l’erreur, ou du moins le risque qu’elle prenait en prononçant ainsi son nom. Sans doute aurait-ce été rassurant qu’elle puisse être là pour noter un tel détail. Mais rien. Il n’y avait toujours rien que cette terrible immobilité et ce noir déchiré de quelques vagues éclats, plus ou moins lointains parfois auquel il lui était impossible de donner le moindre sens. Elle ne sentit pas non plus ces deux bras se glisser soudain sous son corps inerte, la soulevant avec précautions tandis qu’autour, l’on commençait à se désintéresser de l’incident ou bien à en tirer d’hâtives conclusions. Mais pas un seul de commérages ne put approcher la réalité. Rien que de vaines spéculations qui se tariraient certainement sans tarder, au fil de la soirée qui reprendrait sans doute aucun un cours normal. Du moins, encore une fois, c’était ce que chacun pensait. Ce dont chacun était convaincu, ignorant que le malaise de cette jeune femme rousse avait, involontairement, dissimulé une autre chute sur l’un des balcons. Une chute autrement plus sanglante dans un noir… définitif. Une vie s’était éteinte ce soir, une vie gradée, haut placée. Une autre, quant à elle, terriblement miraculée, allait se révéler. Et si la première marquerait les esprits, la seconde, discrète, inconnue, suffirait à en bouleverser une autre.

Doucement, le soldat étendit son léger fardeau sur le sofa de la pièce ouverte pour la nécessité. Lorsqu’il sortit, l’officier poussa la sollicitude, avant d’aller rejoindre ces collègues, jusqu’à s’assurer que l’homme qu’il croisa au pied des escaliers, une ou deux minutes plus tard, était bien le médecin dont avait besoin a frêle rousse. Ce dernier hocha la tête, monta à son tour et frappa discrètement à la porte de la pièce avant d’entrer. D’un œil où se lisait l’habitude, l’allemand balaya le corps immobile et la silhouette se tenant à ses côtés.
« Voulez-vous nous laisser, Fräulein ? Je vous tiendrais au courant en temps voulu, lança-t-il à Caroline en allant à son tour s’installer auprès d’Elsa. »
Ce qu’il allait trouver, sans doute Herr Graaf, à ce stade-là, ne s’en doutait-il pas.

Il y eut un comme sursaut qui, soudainement, agita le corps d’Elsa. Sortant enfin de ce noir opaque dans lequel tout ne lui était parvenu que de façon trop lointaine, trop trouble pour qu’elle ne puisse en avoir totalement conscience, la jeune femme ouvrit vivement les yeux, comme quelqu’un sortit d’un profond sommeil par un bruit inattendu. Aussitôt, ses prunelles hagardes rencontrèrent l’homme penché au dessus d’elle qui, sourcils froncés, s’était légèrement éloigné en voyant chez sa patiente un premier signe de réveil alors qu’il y avait quelques minutes déjà qu’il s’occupait d’elle. Quelques minutes suffisantes à le perturber. Ce que trahissait cette mimique contrariée qui siégeait sur son visage. Deux choses. Deux choses l’étonnaient chez cette frêle demoiselle dont il ignorait le nom. Les marques qu’il avait notées en l’examinant et ces symptômes qui ne pouvaient décemment être appliquée à une aussi frêle silhouette. Et pourtant, il y avait plus de vingt ans que Herr Graaf était médecin. Et il était des choses qui ne trompaient plus un médecin, après plus de vingt ans. D’un geste, cependant, il réprima le mouvement d’Elsa qui, ayant posé les yeux sur son uniforme et vu sa robe défaite, menaçait de se laisser aller à une brusque réaction. Mais rapidement, les choses lui revinrent. Caroline, la mission et ce vertige, soudain. Un éclat passa dans son regard. Ou était Caroline ? Qu’en était-il du commandant ? Et enfin, qu’est-ce qui lui avait prit de s’effondrer ainsi ?

« Vous avez simplement fait un petit malaise, mademoiselle, rien de très grave, l’informa-t-il sur ce ton rassurant si propre aux médecin rendant leur diagnostic. Est-ce que vous vous sentez mieux ?
- Ca va, souffla Elsa naturellement, sans même avoir besoin de songer à ce qu’elle disait tant mentir lui était devenu une habitude, passant un main sur son front pour rejeter quelques mèches collés en arrière.
- Bien… Néanmoins, j’aimerais vérifier quelque chose… Pouvez-vous vous asseoir ? »
Ce fut au tour de la jeune femme de le dévisager un instant. Quoi ? Froidement, comme elle ne tardait jamais à le redevenir, elle se redressa, réprima un nouveau mais bien plus léger vertige. Elle n’aimait pas ça. Elle n’aimait pas cette situation. Elle n’aimait pas cette mimique contrariée et surtout, elle n’aimait pas ces mains qui se posèrent dans son dos. Glaciale, elle se contenta de serrer les dents tandis que de nouveau, Graaf fronçait les sourcils. Certes, il y avait encore ces marques qu’il avait peur de savoir à quoi attribuer – des coups. Mais il y avait aussi cette chose, ce qu’il pouvait presque sentir sous ses doigts et qui expliquerait si bien ce qu’il avait pu constater par lui-même autant que ce que lui avait appris l’amie de sa patiente à laquelle il avait fini, plus tôt, par poser quelques questions. Un cas comme celui de cette jeune rousse, il en avait déjà rencontré. Deux. Et rien n’était jamais moins sûr.
« Excusez moi, Fräulein mais, à quand remontent vos dernières règles ? demanda-t-il enfin en revenant de nouveau face à elle.
- Je n’en sais rien… un mois, répondit-elle sans réfléchir à ce qu’impliquait une telle question, trop occupée à cette sourde migraine et à la mission dont elle n’avait aucune nouvelle. »

Trois coups furent soudain frappés à la porte, avant que celle-ci ne s’ouvre sur Caroline. Vivement, la jeune chef planta son regard dans celui de son amie, ignorant le fait qu’elle puisse s’inquiéter ou autres futilités de ce genre. Qu’en était-il du commandant ? La question, son amie pourrait sans doute la lire dans ses prunelles, mais une nouvelle fois, les paroles du docteur s’élevèrent. Et quelles paroles.
« Félicitations mademoiselle. Saviez-vous que êtes enceinte ? »
Il y eut… un silence. Un brusque silence. Comme de ceux qui suivaient ces annonces inattendues, profondément inattendues. Ce genre d’annonces. Vous êtes enceinte. Le temps de ce silence, Elsa resta interdite. Un éclat passa dans ses prunelles glaciales, intense, aussi inattendue que l’étaient les paroles du nazi – aussi médecin soit-il -, avant qu’elle ne tourne la tête dans sa direction. Enceinte ? Il se moquait d’elle.
« Vous n’êtes pas drôle, docteur, assena-t-elle durement.
- Nein, je suis très sérieux. Vous êtes enceinte. Et de huit mois, environ. »
De nouveau, il y eut un silence. Sauf que cette fois-ci, il n’était plus question de se cacher derrière une plaisanterie. Existait-il un mot pour décrire l’état de surprise d’Elsa ? Non, sans doute pas. Regard fixé sur le docteur, elle écarquilla les yeux dans une expression à la fois ahurie et… horrifiée. Profondément horrifiée tandis que, sans qu’elle ne puisse la retenir, l’une de ses mains alla se poser sur son ventre totalement plat. Brusquement, elle y baissa le regard, avant de redresser la tête, ses prunelles se posant sur Caroline puis de nouveau sur le médecin. Enceinte. Le mot était tellement clair qu’on l’obscurcirait à vouloir l’expliquer. De huit mois. Non…
« Pardon ? lâcha-t-elle dans un souffle. »

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MessageSujet: Re: Quand deux ne font qu'un   Ven 24 Sep - 10:59

La porte avait été fermée environ deux minutes auparavant. La pochette d’Elsa dans la main, je cherchai désespérément un endroit où je pourrais me débarrasser de son arme. Je savais que ce n’était pas une bonne idée, que cette mission était un suicide, que quelque chose se passerait mal, que… je ne sais pas, mais ce soir, je ne sentais pas du tout notre mission. Elsa était mal, elle était pâle, et elle était fatiguée. POURQUOI, Dieu du ciel, avait-elle maintenue cette mission qui ne servait à rien d’ailleurs, à peine à contrebalancer le Lutécia raté. Mais cela n’était pas le plus important. Le plus important était qu’avec son entêtement, elle risquait nos deux vies – enfin plutôt quatre – ce soir, et que cela était totalement inutile. Je me mis à faire les cents pas dans l’espèce de bureau où l’officier allemand avait installé Elsa, me tordant les mains nerveusement, ne sachant que faire. De temps à autre, je regardais Elsa qui était toujours aussi blême. Les séquelles de son séjour à la gestapo étaient certes peu visibles, mais il fallait admettre que si un médecin l’examinait, il ne manquerait pas de les remarquer. Je serrais les dents, ne sachant que faire, et surtout que dire quand le médecin serait là, si jamais il me posait des questions. J’avais envie de fuir, maintenant, mais ce n’était pas parmi les options qui s’offraient à moi. Et Elsa qui refusait obstinément de se réveiller… Edouard allait nous tuer si jamais nous nous en sortions vivantes. Ce que je ne pouvais pas deviner, c’est que la cause du malaise d’Elsa allait être tellement importante qu’Edouard se sentirait vraiment trop stupide de ne rien avoir vu pour nous faire le moindre reproche.

Enfin un bruit de pas retenti dans le couloir, et la porte s’ouvrit sur un homme d’un certain âge, en uniforme nazi lui aussi, une trousse de soin en cuir à la main, propre aux gens de son art. Je le saluais d’un bref signe de tête, ma main se resserrant nerveusement sur la pochette d’Elsa. Il fallait absolument que je me débarrasse de son arme, et au plus vite. Elle semblait s’alourdir au fur et à mesure que le temps passait, et ce n’était pas vraiment pour me rassurer. Le docteur me répondit par un sourire qui se voulait rassurant, avant de s’approcher d’Elsa, la considérant calmement. Puis, il se tourna vers moi :

- Voulez-vous nous laisser, Fräulein ? Je vous tiendrais au courant en temps voulu, me pria-t-il avec son accent allemand plus que reconnaissable en ces temps troublés.

Je déglutis, regardant tour à tour mon amie et l’allemand qui ne faisait ici que son travail, au service d’une nation qui finirait par périr. Sans doute, n’était-ce pas pour faire des expériences sur des prisonniers et soigner des hommes meurtris dans leurs chairs et dans leurs âmes par ce conflit absurde, déclencher uniquement par l’esprit de vengeance et de suprématie d’une poignée d’êtres sans conscience, que l’homme que j’avais en face de moi avait apprit à sauver des vies, mais il était désormais impossible de revenir en arrière, et les millions de morts de ce conflit international ne pourrait être évités. Pourtant, devant son air confiant et sérieux, ainsi que son ton doux mais autoritaire, je ne pouvais m’amuser à jouer les fortes têtes et m’obstiner à rester. Je finis par hocher la tête positivement, avant de me diriger vers la porte, non sans avoir lancé un dernier regard en direction du canapé, ne pouvant m’empêcher de m’inquiéter. Réveille-toi Elsa, je t’en pris !

Je refermais la porte derrière moi, m’y adossant un instant, baissant la tête et laissant échapper un soupir inquiet. Il ne fallait pas s’arrêter pour penser, sinon, la panique allait me gagner, et ce n’était vraiment pas le moment. Je jetais un rapide coup d’œil autour de moi, le couloir était désert. Personne, pas même quelqu’un s’occupant du service. Il était temps de me débarrasser de ce fichu pistolet qui risquait d’un instant à l’autre de nous faire prendre. Le couloir ne comptait des portes que sur un côté, le second n’était composé que d’une série de fenêtre. Je m’en approchais, refusant de trop m’éloigner du bureau où Elsa était entrain de se faire examiner, avant de jeter un coup d’œil à travers les carreaux. Nous étions dans l’une des ailes de l’hôtel de ville, et les grandes baies donnaient sur les jardins. A ma droite, je pouvais voir la salle de réception illuminée de mille feux. Avaient-ils trouvés le cadavre ? Peut être… peut être pas… Toujours était-il que je ne pouvais perdre mon temps en vaines réflexions. J’ouvris la fenêtre et m’y penchait légèrement, m’assurant que personne ne pourrait me voir ou m’entendre, la nuit aidant. Nerveusement, j’ouvris le sac de Elsa, et en sorti le morceau de métal servant à donner la mort. Elle n’aimerait surement pas ce que j’étais entrain de faire, mais tant pis. Le but premier était de préserver nos deux vies, voilà tout ! Je tendis le bras dans le vide, et lâchait l’arme qui tomba au sol entre les feuilles d’un bosquet dans un bruit mat. Elle serait sans doute retrouvée par les jardiniers d’ici quelques jours, et personne ne pourrait faire le lien entre elle et les deux jeunes femmes qui s’étaient trouvées là peu de temps auparavant. Ma tâche achevée, je sentis la boule dans ma gorge se desserrer quelque peu, alors qu’un soupir, rassuré cette fois-ci, m’échappa. Je pouvais retourner dans le bureau. Discrètement, je toquais deux fois à la porte, avant de l’ouvrir et d’y glisser un œil. Elsa avait heureusement reprit connaissance, et vu le regard qu’elle me lançait, elle était au mieux de sa forme. Son regard était limpide. Devant son « empêchement », avais-je réussis notre mission qu’elle s’était entêtée à mener à bien ? Un léger sourire se dessina sur mon visage et mes paupières clignèrent dans un signe positif. Mission accomplie chef ! Pourtant je ne sais pas si elle comprit mon signe car le médecin, ayant fini son examen, se releva, rangeant stéthoscope avant de nous déclarer son diagnostique, qui m’aurait arraché un cri de surprise si ma voix n’avait pas été coupée par le choc :

- Félicitations mademoiselle. Saviez-vous que vous êtes enceinte ?

Mon regard fixa un instant le médecin, avant de se tourner vers Elsa, me demandant si je ne rêvai pas. Elsa était… enceinte ?! Non, ce n’était pas possible, c’était une blague ?! Qui, quand… ? Elle fixait elle aussi le médecin, pensant à une mauvaise blague. Le silence était lourd, glaçant, et je ne savais que faire ni que dire. Si, la première surprise passée, j’avais d’abord été folle de joie pour mon amie, l’expression de son visage indiquait clairement qu’elle n’était pas dans le même état.

- Vous n’êtes pas drôle, docteur… finit-elle par lâcher.

- Nein, je suis très sérieux. Vous êtes enceinte. Et de huit mois, environ.

-Huit mois ?! répétai-je, manquant de m’étrangler.

J’étais éberluée, et visiblement, n’était pas la seule. Elsa semblait si surprise que l’expression habituellement si… inexpressive de son visage n’était plus. Je la regardais, me demandait si elle n’avait vraiment rien vu ou si elle avait préféré se taire. Encore, s’il n’avait s’agit que de trois ou quatre mois, je ne sais pas, entre le stress, les différentes actions que nous avions programmées, c’était compréhensible, mais huit mois ?! Non, je ne pouvais le croire. Finalement, Elsa sembla revenir de sa surprise, et par souffler :

-Pardon ?

Le médecin referma sa trousse, avant de se retourner vers mon amie. Lentement, je fis un pas vers elle, puis un second, pour m’asseoir à son côté, posant une main sur son épaule. Le médecin allemand se tourna vers nous, regardant Elsa.

-Vous ne vous doutiez de rien, n’est ce pas ? Cela arrive parfois.

Etait-ce sensé nous rassurer ? Je ne savais pas vraiment, mais toujours était-il que cela posait de sérieux problèmes, tout en étant une merveilleuse nouvelle. Elsa allait avoir un bébé, l’enfant de Marc… Leur amour allait dépasser la mort par ce petit être qui allait bientôt naitre.

-Reposez-vous, votre corps va subir de brusques changements d’ici peu, et vous risquez une grande fatigue. Fräulein …

Il nous salua d’un signe de tête, avant de sortir de la pièce, nous laissant seules.

-Elsa, c’est merveilleux... dis-je à mi-voix.
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MessageSujet: Re: Quand deux ne font qu'un   Sam 25 Sep - 11:52

Enceinte. Le mot pouvait être tourné, retourné et tourné de nouveau dans n’importe quel sens, le résultat restait fatalement le même, désespérément inchangé avec tout ce qu’il signifiait. Deux syllabes. Deux syllabes et tant de choses impliquées, tant de conséquences à en découler… L’écart semblait démesuré, vertigineux et pourtant, il était bien là, concret et réel. Bien trop réel. Enceinte. Certes, il y avait cet être qui s’était emparé de son corps à son insu, cet enfant qui grandissait en elle depuis trop, bien trop de temps pour qu’elle ne puisse y faire ou redire quoi que ce soit. Mais il y avait cet autre détail, à la fois implicite et tellement évident. Enceinte, le médecin avait était on ne peu plus clair, elle l’était, aussi incroyable la chose puisse-t-elle paraître. En revanche ce que Herr Graaf ne lui avait pas dit mais qu’elle savait, elle, et ce parfaitement… c’était qu’elle était enceinte, oui. Mais enceinte de Marc. Où était le pire ? Sans doute dans cette simple affirmation. Marc. Celui dont les images la hantaient malgré le combat acharné qu’elle leur livrait, dont elle chassait sans cesse le souvenir qui réveillait en elle des sentiments qu’elle voulait voir disparaître… Celui enfin dont elle n’avait rien voulu garder, tout simplement. Ni photos, ni objet, rien. Malgré tout, il lui avait laissé quelque chose. Marc lui avait laissé un enfant. L’homme qu’elle voulait oublier lui avait laissé un enfant. Son enfant.

« Pardon ? »
Le mot lui avait échappé, emportés dans un faible souffle. Dans sa gorge, un nœud se nouait tant et si bien que, même si elle l’avait voulu, sans doute n’aurait-elle pas pu élever la voix. Dans ses grandes prunelles bleues fixée sur le nazi, habituellement si froides, si détachées de ce qui se passait autour, quelque soit l’évènement, toute trace de cette glaciale indifférence avait disparu. Là où tout n’était toujours que dureté et impassibilité, une surprise sans nom s’était installée. Une surprise indiciblement mêlée d’horreur. Horrifiée, oui, c’était certainement le mot le plus approprié. Horrifiée comme un enfant réveillé en plein cauchemar qui croit encore voir autour de lui les images qui n’étaient finalement que des songes. Oui, voilà. Elsa était en plein cauchemar. Mais un cauchemar bien trop réel dans lequel un homme qu’elle avait tant aimé venait de prouver que même les cadavres pouvaient porter la vie. Que même cette femme qu’elle était devenue, morte à l’intérieur avant même de l’être réellement, pouvait donner la vie. Inconsciemment, la main d’Elsa se crispa violement sur son ventre. Non, elle ne pouvait pas. Comment donner quelque chose que l’on n’a pas ? Comment mettre au monde un enfant qui, jusque là… n’existait pas ? Et n’existerait sans doute jamais. Pas à ses yeux. Non, elle ne pouvait pas. Il suffisait de la regarder. Comment une silhouette aussi frêle pouvait-elle porter un bébé ?

Doucement, la main de Caroline se posa sur son épaule. Mais la jeune femme n’esquissa pas la moindre réaction, son regard troublé obstinément fixé sur le docteur qui, terminant de ranger ses affaires, se retourna vers elle. Il plaisantait. Ou alors il s’était trompé. Ce qu’il voulait, mais il fallait qu’il démente son affirmation. Qu’il lui dise que ça n’était pas vrai… Un petit sourire aux lèvres, un sourire de docteur, Herr Graaf reprit la parole.
« Vous ne vous doutiez de rien, n’est ce pas ? Cela arrive parfois. »
Elsa serra les poings, détournant vivement la tête. Oui, elle avait entendu parler de ces femmes qui ne savaient rien de leur grossesse. Oui, la chose pouvait arriver. Parfois. Rarement. Alors, pourquoi elle ? Serrant les dents, elle ne prêta pas même la moindre attention à la sortie de l’allemand, ne répondant absolument pas à son vague salut. Les yeux fixés droit devant elle, figés dans cette expression emplie d’horreur, elle tentait en vain de repousser les images qui s’imposaient à elle. Des images d’enfants. De Marc, et d’elle aussi. Mais rien qui n’allait ensemble. Rien qui ne pouvait s’accorder, rien de compatible. Marc était mort. Et elle n’était pas une mère. La preuve, elle ne s’était pas même rendu compte de ce qui grandissait en elle. Depuis huit mois. Non, elle n’était pas une mère. Elle ne le pouvait pas… et surtout, ne le voulait pas.

« Elsa, c’est merveilleux… fit Caroline, une fois le docteur sortit. »
Brusquement, la rousse tourna la tête vers son amie, vrillant son regard dans le sien. Un regard redevenu dur mais où persistait, bien trop visible, cette ineffable horreur. Merveilleux ? Elle trouvait le fait qu’elle soit enceinte de Marc merveilleux ? Qu’elle, une résistante susceptible de mourir, d’être arrêtée, et j’en passe, à tout moment, soit enceinte d’un homme mort depuis plusieurs semaines déjà, lui semblait merveilleux ? Vivement, elle se dégagea, se remettant sur ses pieds en ignorant royalement migraine, vertige et tout ce qui s’en suivait. Sa main, pourtant, crispée à l’extrême, n’avait pas quitté son ventre…
« Merveilleux ? siffla-t-elle sans regarder la blonde. Caroline, est-ce que tu te rend compte de ce que tu viens de dire ? »
Cette fois, elle planta son regard dans le sien, son ton montrant clairement tout ce qu’elle contenait. Non, jamais une chose pareille n’aurait du arriver. Jamais. Un enfant… Un enfant avait réussit à grandir en elle, malgré tout ce qui s’était passé. Il y avait eu la guerre, elle avait été blessée, elle avait couru, posé des bombes, tué des hommes, était tombée… avait été torturée. Oui, elle avait passé trente six heures à la Gestapo. Trente six heures d’enfer et un bébé avait… survécu. Quand elle avait cru ne pas en sortir. Ses dents se serrèrent violement. Fehmer n’avait pas été capable de la garder, encore moins de la faire parler… Pourquoi, bon Dieu, pourquoi n’avait-il pas même pu faire ça ? Un enfant. Un coup aurait suffit.

« Je ne veux pas de ce gosse. »
Glaciale, elle lâcha cette phrase en regardant droit devant elle. Enfin, la main posée sur son ventre retomba le long de son corps. Non, elle n’en voulait pas. Huit mois. Elle ne pouvait rien faire. Mais il était hors de question de garder un enfant. Un enfant… de Marc.


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MessageSujet: Re: Quand deux ne font qu'un   Dim 26 Sep - 10:46

Comment imaginer que le corps si frêle et si mince d’Elsa puisse abriter en lui une seconde vie ? Une vie insoupçonnée, qui avait déjà résisté à bien des tempêtes ? Huit mois… Elle aurait pu… Elle aurait pu le perdre avec ce que les nazis lui avaient infligés à la gestapo. Ce que Reinhard lui avait fait… Et alors, jamais elle ne se serait doutée de ce qui était en elle. Je ne savais pas quoi dire, bouche bée, et ayant du mal à y croire. Elsa allait être mère, et de l’enfant de Marc qui plus est, l’homme qu’elle avait aimé et, j’en étais presque certaine vu sa réaction à chaque fois que ce prénom était prononcé, aimait toujours. Pour moi, c’était une merveilleuse nouvelle. N’était-ce pas le meilleur moyen pour elle de réapprendre à vivre, à aimer, en mêlant son passé et un futur qui aurait pu être heureux ?

Pourtant, je ne savais pas encore que mon amie n’était pas du tout de mon avis, loin s’en faut. Pour l’instant, elle était encore trop choquée et incrédule pour me le faire comprendre. Ma main resta sur son épaule, en soutient, bien qu’elle ne semblait même pas en avoir conscience. Finalement, après un salut plus professionnel que galant, le médecin allemand nous laissa seules dans le bureau. Assises toutes les deux sur le canapé, j’attendis que le bruit de ses pas ait disparut pour exprimer ma joie à mon amie. Un instant, le silence se fit, lourd et pesant, puis, vivement, Elsa se tourna vers moi, vrillant ses pupilles dans les miennes, semblant ne plus vouloir les lâcher. Elle d’habitude si maitresse d’elle-même, on pouvait lire une immense détresse dans son regard et une colère sourde, malgré sa dureté et son assurance.

-Merveilleux ? siffla-t-elle entre ses dents. Caroline, est-ce que tu te rends compte de ce que tu viens de dire ?

Evidemment que je m’en rendais compte, sinon, je ne l’aurais pas dis ! La réaction d’Elsa faisait clairement entendre qu’elle ne partageait pas le moins du monde mon opinion, loin s’en fallait. Bien sur, je comprenais son désarroi. Apprendre à près d’un mois de l’accouchement qu’on était enceinte devait être pour le moins déstabilisant, mais ce n’était pas une raison pour paniquer de la sorte. Elle n’était pas seule, et ça aurait été ingrat de sa part de l’oublier.

- Je ne veux pas de ce gosse, finit-elle par cracher, haineuse.

Ma main, lentement, quitta son épaule, revenant sur mon genou. Que venait-elle de dire ? Elle ne pouvait pas faire ça ! De toute façon, il était trop tard pour pratiquer un avortement, aussi aléatoire soit-il. De plus, c’était interdis, mais nous n’étions certainement plus à cela près. Je la regardais, essayant de garder mon calme et faisait appel à tout mon self contrôle pour ne pas lui crier d’arrêter une minute de ne penser qu’à elle. Ce bébé, il était là, et n’avait rien demandé à personne, pas même à être conçu. Il était là, et, quoi qu’elle en dise, quoi qu’elle en pense, il avait et aurait besoin de sa mère. Pourrait-elle assumer le fait de l’abandonner ? Malgré tout le ressentiment en elle, il ne fallait pas nier que pendant toute la grossesse, consciente ou non, un lien se tissait entre l’enfant et sa mère, alors accepterait-elle ce vide ? Perdre encore une fois un être qui aurait pu lui être cher ? Un être qui était à moitié elle, à moitié Marc… ?

-Elsa… murmurai-je doucement, essayant d’apaiser la tension ambiante.

Un instant, je songeai à Edouard. Comment, bon Dieu, avait-il pu manquer ça ? Elsa était restée allongée pendant des jours sous ses soins, après son séjour à la gestapo, alors pourquoi n’avait-il rien vu ? Cela me dépassait. Il n’était ni le lieu ni l’heure d’avoir ce genre de discussion, et cela allait rapidement se rappeler à nous.

*Dans la salle de réception*

-Il fait une de ces chaleurs, s’exclama Madame Laruit, s’éventant de manière grandiloquente avec son éventail.

Madame Laruit était une femme d’un certain âge, pour ne pas dire d’un âge certain, et qui était ce genre de femme à aimer tout ce qui touche à la beauté et à la richesse. Elle avait épousé, à vingt et un ans, un homme de trois fois son âge, mort dans des circonstances on ne peut plus suspects près de deux ans après leur mariage. Evidemment, personne n’avait pu soupçonner la jeune veuve éplorée qui avait si bien su simuler la douleur et la peine de la perte de son mari. Après une période de deuil réglementaire, l’Europe des années 1900 offrait tant de possibilités à une jeune femme de son âge. Elle avait dépensé sans compter l’argent de son époux pour vivre une vie toujours plus belle et toujours plus luxueuse. Pour elle, la guerre n’avait pas changé grand-chose, et la paix n’en changerait pas plus…

-Puis-je vous offrir mon bras ? proposa son cavalier de la soirée, un homme deux fois plus jeune qu’elle dont elle avait oublié le nom, lui indiquant les grandes baies vitrées menant au balcon-terrasse donnant sur les jardins.

Elle le prit gracieusement, offrant un sourire mièvre au jeune homme. A l’extérieur, l’air frais de la nuit lui parut une bénédiction du ciel. Pourtant, quelque chose clochait sur cette terrasse à la française, sensée être parfaitement symétrique. Un homme gisait là, affaler par terre. Madame Laruit fronça le nez, trouvant inconvenant qu’on puisse être ivre mort à ce genre de soirée mondaine. Son regard détailla l’homme affalé là, et, s’habituant à l’obscurité, elle distingua son uniforme. Les allemands n’avaient réellement aucun savoir vivre ! Pourtant, sur cet uniforme, il y avait une chose étrange, une tâche, énorme, et belle et bien visible, brillante. Elle fronça les sourcils, lâchant le bras de son cavalier pour voir de plus prêt. Au moment où elle s’approchait de lui, le corps tomba brusquement, sur le dos, les yeux grands ouverts, une expression de peur et de surprise figée sur le visage.

Le hurlement de Madame Laruit déchira la nuit.

*Dans le bureau*

-Elsa… je t’en pris, pourquoi tu ne peux pas…

Ma phrase fut coupée par un hurlement strident provenant des jardins, coupant court à toute tentative de raisonnement de ma part. De raisonnement ou tout du moins de tentative de compréhension de sa réaction. Certes ce que nous faisions était dangereux, mais c’était pour nos enfants que nous nous bâtions, pour qu’ils aient une vie meilleure que celle que nous vivions à l’instant précis. Pourtant, je n’eus pas le temps de développer mon argumentation. Un instant, après le cri, la pièce fut figée dans le silence, et nos regards se croisèrent. Je sus, en mon fort intérieur, que l’on venait de découvrir ce que j’avais fais, et qui me donnait la nausée rien que d’y penser – à moins que ce ne soit les premiers symptômes d’un « mal » qui allait bientôt changer ma vie, allez savoir. Mon regard croisa celui d’Elsa, et d’une voix blanche, je réussis à articuler :

-Je crois qu’on vient de découvrir que j’avais réussis la mission…
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MessageSujet: Re: Quand deux ne font qu'un   Dim 26 Sep - 23:31

« Je ne veux pas de ce gosse. »
Comment expliquer cette douleur aigüe qui se réveilla si brusquement dans sa poitrine à l’instant même où les mots résonnèrent dans le silence pesant de la pièce ? Ça faisait mal, oui. Quoi ? Elle ne le savait pas même elle. Le fait de savoir qu’il y avait huit mois que cet enfant avait été conçu, peut-être. Huit mois. Et elle n’avait rien vu. Rien sentit. Pas une seule fois l’idée ne l’avait effleurée, même avant la guerre, même du temps où Marc était encore en vie. Car c’était là que l’erreur avait été commise. Avant que les allemands ne viennent, implacables, asseoir leur autorité sur un pays les ayant humilié trente ans plus tôt. C’était là, quand l’avenir ne semblait pas encore ne plus être qu’un trou noir à peine éclairé d’une vague lueur, quand les sourires, encore, effleuraient les lèvres de la jeune femme, là que cette vie intruse s’était insinuée en elle. Là, quand l’optimisme, les projets étaient encore de mise. Et pourtant jamais la jeune femme n’y avait songé. Elle avait vingt ans à l’époque et aurait dû avoir la vie devant elle… qu’aurait-elle fait d’un enfant ? Huit mois. Et puis la guerre était arrivée, éteignant tant de vies. Mais pas celle-ci alors que jamais elle n’aurait dû y survivre. Sa famille serait sûrement morte d’ici quelques mois si ça n’était déjà fait, Marc était tombé sous les balles allemandes, des amis avaient périt à leur tour... Le temps était passé et rien. Rien et pourtant, elle avait toujours été là, cette vie, grandissant, prenant forme. Rien et pas même cette cave dont Elsa n’aurait jamais dû ressortir vivante n’en était venue à bout. Quelle ironie. Fehmer avait vraiment tout raté.

Ça faisait mal, oui. Profondément. Et aussi forte Elsa soit-elle, elle ne pouvait empêcher l’horreur de son regard de le trahir. L’horreur et cette détresse infinie. Un mois. Un mois et elle n’aurait d’autre choix que de donner vie à ce… cette chose dont elle ne voulait pas. Un mois. Elle n’était pas prête. Rien ne l’y avait préparée, et le temps, soudain, lui sembla terriblement court. Elle ne pouvait pas… elle ne voulait pas. On ne s’improvisait pas mère du jour au lendemain, encore moins comme ça, dans ces condition, alors que tout autour n’était que mort. Cet enfant naîtrait dans la mort. Fils ou fille d’un père à l’état de cadavre et d’une mère dont le manque criant de sentiments l’en rapprochait implacablement. Une chose pareille ne devait, ne pouvait pas arriver. Un éclair passa dans les yeux d’Elsa. Un éclair que rares étaient les occasions à avoir vu passer. De la peur ? Oui. Une indicible, insatiable angoisse. Elle n’était pas une mère. Et jamais elle ne le serait, pas plus que cet enfant ne serait le sien. Non. Elle n’en voulait pas. Elle ne voulait pas de ce corps, de cet inconnu dont elle ne savait rien. Un inconnu oui. Une si petite chose qui, d’ici un mois, ne lui serait plus rien.
« Elsa… murmura Caroline. »
Brusquement, l’intéressée lui adressa un regard indéfinissable avant de s’éloigner. Au fond du bureau, une fenêtre avait été ouverte pour elle. Cherchant l’air elle s’en approcha, tout en réajustant la robe mise à mal pour les besoins de l’examen du médecin. Là, tournant le dos à son ami, elle ferma un instant les yeux. Du calme. Il fallait qu’elle se calme. D’un geste, elle repoussa de son front quelques mèches collées, de nouveau prise de cette nausée qui l’avait tant desservie ce soir. Peut-être se trompait-elle finalement. Peut-être son corps avait-il tenté de l’avertir… Mais comment imaginer ne serait-ce qu’un instant la vérité ?

Lui revinrent les dernières paroles du médecin. Doucement, elle souleva ses paupières et, dissimulée aux regards de la danseuse, baissa les yeux sur son ventre. L’enfer était loin d’être terminé. Pas plus ce soir que le lendemain, ni les jours suivants. Jusqu’à ce que tout s’arrête, que ce bébé ne disparaisse et que les choses ne rentrent dans l’ordre. Du moins était-ce ce qu’elle pensait… Et espérait.
« Elsa… je t’en pris, pourquoi tu ne peux pas… commença de nouveau son amie, avant d’être brutalement interrompue par un cri perçant. »
Vivement, la rousse redressa la tête. De nouveau, il y eut un instant de silence, mais la raison était toute autre. Le commandant. Caroline avait fini par l’abattre, Elsa l’avait compris dès son entrée dans le bureau, bien que n’ayant pas eu le temps de s’ay attarder. Le corps devait avoir été découvert. Serrant les dents, elle se retourna, croisant le regard de son amie. Elles ne devraient plus être ici.
« Je crois qu’on vient de découvrir que j’avais réussis la mission… »
La chose était même certaine. Elles n’avaient que trop traîné et au diable les histoires d’enfants ! Ce n’était ni le lieu ni le moment. Il était plus que temps de rentrer, autant pour ne pas être découvertes… que pour éviter un nouveau dérapage. Cette fois, inutile de le nier. L’état d’Elsa aurait dû la contraindre à tout annuler. Aussi insupportable la chose et le fond de l’histoire puissent-ils lui êtres.
« On file. Tout de suite, lâcha la rousse, recouvrant aussitôt son masque de froideur. »

Joignant le geste à la parole, elle récupéra sa pochette et ouvrit vivement la porte du bureau, la migraine ne lui laissant cependant pas un instant de répit. Elle inspira profondément. Il fallait se concentrer sur la mission. Sortir de là, et oublier tout le reste. Son malaise ne les servirait que trop bien. Elle se sentait mal et préférait quitter la soirée, d’autant plus qu’il semblait s’y passer des choses étranges. Quoi de plus naturel ? Dans son sac, elle sentit que le revolver avait disparu. Bien, Caroline et elle n’avaient plus rien à craindre s’ils faisaient des fouilles à l’entrée – ce qui n’était pas idiot d’envisager. S’agrippant à la rambarde, regard et pensées fixées sur son objectif – la sortie – elle entreprit la longue descente des escaliers qu’elle ne se souvenait absolument pas avoir montés. En bas, la foule semblait en proie à la plus grande agitation. Le cadavre du commandant avait été retrouvé sur l’un des balcons, disait-on. Par une vieille femme et son cavalier sortis prendre l’air, ajoutaient les plus renseignés tandis que deux cercles étaient formés : l’un autour de la dame en question et l’autre aux abords des grandes baies vitrées. Elsa resta imperméable, échangeant un simple regard avec son amie. Un barrage. A l’entrée. Personne ne sortait, évidement. Néanmoins, la jeune résistante s’y dirigea fermement.
« Personne ne sort, Fräulein, un meurtre a été commis, lui fit sans surprise remarquer le soldat qui gardait l’issue. »
Au regard qu’il jeta sur elles, il n’était que trop compréhensible qu’il se méfiait de tout et n’importe quoi – voir surtout n’importe qui. La rousse, qui n’était absolument pas en meilleur état que lorsqu’elle était rentrée serra les poings.

« Mesdemoiselles, attendez ! fit soudain une voix dans leur dos. »
Lentement, Elsa se retourna. Un officier se tenait face à elles, les dévisageant l’air d’avoir quelque chose derrière la tête. Quelque chose qui ne présageait rien de bon. S’ils avaient ne serait-ce que le moindre doute…
« C’est bon, ces jeunes femmes étaient avec moi. Vous pouvez les laisser sortir, lança alors Herr Graaf, apparaissant à son tour.
- Nein sind sie verdächtig !
VF : Non, elles sont suspectes !
- Eine von ihnen hat ein Unwohlsein gemacht, anderer war mit ihr, Obersturmführer.
VF : L'une d'elles a fait un malaise, l'autre était avec elle, lieutenant.
- Genau ! Zweifellos eine Ablenkung...
VF : Justement ! Sans doute une diversion...
- Nein, kann ich ihn Ihnen versichern. Lassen Sie sie zurück, und das ist eine Ordnung, Obersturmführer.
VF : Non, je peux vous l'assurer. Laissez-les, et ceci est un ordre, lieutenant. »
Il y eut un silence durant lequel le lieutenant les dévisagea attentivement. L’allemand étant une langue en très grande partie inconnue à Elsa, elle se contenta de fixer ses prunelles voilées sur chacun des deux interlocuteurs durant tout le temps de leur conversation. Dans son dos et sa tête, les élancements continuaient. Il fallait qu’elle sorte. Il fallait qu’elle et Caroline sortent. Au bout d’un moment, cependant, le soldat méfiant finit par hocher la tête.
« Vos papiers, demanda-t-il néanmoins. »
Non sans une certaine mauvaise volonté, il s’attarda sur les deux cartes d’identité, bien trop attentif. Oh, les faux papiers de la brigade étaient parfaitement viables. Mais la situation pouvait le pousser à chercher un peu trop loin… Heureusement, les dires du médecin, un supérieur, et l’ordre donné surtout fini par avoir raison de sa résistance. D’un signe de tête, il les autorisa à passer. Elsa échangea un regard entendu avec le docteur Graaf puis, sans traîner, passa le barrage, sortant enfin de l’Hôtel de Ville. Là, elle chancela un instant, avant de, aidée de la rambarde des escaliers, retrouver un équilibre précaire. Il n’était que trop temps de rentrer.




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Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
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MessageSujet: Re: Quand deux ne font qu'un   Mer 29 Sep - 19:08

Comment faire accepter à Elsa le fait qu’elle était enceinte de huit mois ? J’avais moi-même assez de mal à m’y faire. Mais le pire était sans doute le fait que personne n’avait rien vu. Ni elle, ni Edouard, ce qui était assez surprenant de sa part. Il était l’un des meilleurs médecins que j’avais jamais vu, la preuve, il avait pu me sauver d’une blessure qui aurait dû me tuer sur le coup, et pourtant, j’étais toujours là, face à mon amie qui n’en revenait pas. Comment assimiler d’avoir un petit être en soi, qui est presque près à sortir et devenir lui à part entière. Un corps de plus, une bouche de plus, difficilement nourrissable en ces temps troublés, pour lequel il fallait s’inquiéter et qui avait des besoins bien différents de ceux des adultes, mais un être né de l’amour de deux personnes qui malgré tout, avaient nourris des sentiments forts et inégalables avec d’autres. Elsa ne pouvait plus aimer une fois Marc disparut, et l’affection qu’elle ressentait encore, de temps à autre, était dissimulée derrière un masque de froideur inexpressif qui simulait un désintérêt total. Il n’y avait que la haine et ce qu’elle nous poussait à faire. Elsa, tu es entrain de t’autodétruire…

Pourtant, je n’eus pas le temps de dire quoi que ce soit de plus, un hurlement déchira la nuit auparavant si calme dans l’hôtel de ville de la ville lumière. Et il n’était pas difficile de deviner sa provenance. Je sentis le sang quitter mon visage, et une sueur froide me parcourut, ainsi qu’une sensation de dégoût profond pour ce que j’avais fait. Essayant de rester calme malgré tout, mon regard un peu inquiet croisa celui, toujours aussi froid et inexpressif, d’Elsa, alors que d’un ton mal assuré, j’annonçais une évidence, plus pour garder une contenance approximative que pour autre chose. La vérité était que j’étais morte de peur. Certes, ce n’était pas la première fois que je faisais ce genre de mission, mais jamais auparavant, je n’avais appuyé sur la détente moi-même et cette simple idée me terrifiait encore après coup. Elsa, oubliant totalement notre discussion qui, sans ce cri, aurait sans doute continué, ne perdit pas son temps en vaines réflexions.

-On file. Tout de suite ! me jeta-t-elle, joignant le geste à la parole.

La rapidité de réaction de mon amie, et chef pour le coup, me rendit mes moyens, et je bondis sur mes pieds m’élançant à sa suite dans les couloirs et escaliers. Cette fuite précipitée n’était pas sans me rappeler celle de l’attentat des bureaux de la SS, avenue du Recteur Poincaré, des mois plus tôt, avant… Avant tout ça, avant que je décide de me mettre une balle dans la tête. C’était le jour… Le jour où Reinhard avait su, où il avait tout comprit, où il m’avait vue m’enfuir. Alors, j’avais cru le perdre, sans savoir encore à quel point je tenais, et tiendrai à lui. Elsa et moi nous arrêtâmes un instant en haut des escaliers, pour regarder la panique ambiante que la découverte du corps avait provoqué. Avec un peu de chance, mélangées à la foule… Ni une ni deux, les escaliers furent dévalés le plus vite possible. Pourtant, il fallait bien reconnaitre une chose aux troupes allemandes, leur réactivité. D’ors et déjà, les issues avaient été bloquées. Je me sentais paniquer un peu plus, moi qui essayais toujours de garder mon calme pour gérer la situation. Etait-ce parce que j’avais appuyé sur la détente ? Sans doute. Ou alors une autre raison me poussait déjà à avoir bien plus peur que je n’aurais dû, sans en avoir encore conscience. Plus dure sera la chute… Elsa se dirigea d’un pas décidé vers la sortie, moi sur ses talons, aussi pâle qu’elle alors que ce n’était pas moi qui avais fait un malaise au beau milieu de la réception. Pourtant, un sous officier nous barra le passage, semblant bien décidé à nous empêcher de sortir, et ce malgré tout nos efforts. Je dansais d’un pied sur l’autre, essayant tant bien que mal de garder mon calme le plus longtemps possible. Heureusement pour nous, le médecin qui avait ausculté Elsa avait fendu la foule pour venir nous rejoindre. Je suivis son rapide échange avec son subalterne, qui fit preuve d’insubordination, mais dû finalement céder. Se doutaient-ils qu’ils venaient de laisser sortir une meurtrière ? Sans doute pas… Néanmoins, nous dûmes montrer nos papiers, ce que je fis en tremblant un peu, les miens étant toujours au nom de Giselle Lorien, Emile n’ayant pas eut le temps de m’en faire d’autres pour l’instant. Pourtant, malgré l’inspection insistante, il n’y décela rien et fut bien obligé de nous laisser partir. Je poussais un soupire de soulagement une fois la porte franchie, et les couleurs revinrent à mon visage. Elsa manqua de s’effondrer, je la rattrapais à temps.

-Vient, on rentre… dis-je avec douceur.

Elle n’était heureusement – ou malheureusement – pas en état de protester, et se laissa guider, et le chemin du retour se fit également en silence, mais un autre genre de silence, plus lourd, et plus inquiet. Je la regardai toujours, de temps à autre, attendant une réaction de sa part, un geste, quelque chose pouvant trahir son état, ses pensées mais rien. Elle restait obstinément stoïque, et indéchiffrable. Le silence perdura une fois de retour à notre nouveau quartier général. Edouard vint à notre rencontre, visiblement soulagé. Le pauvre ne le serait plus d’ici quelques instants. Précédent Elsa, je le pris par le bras et le poussait sans ménagement dans la petite cuisine, histoire d’avoir un tête-à-tête rapide avec lui, avant qu’Elsa ne le fasse elle-même, ce qui risquait d’être bien moins « drôle » qu’avec moi. Il avait pourtant eut le temps de voir le visage blême comme la mort de Ice par-dessus ma petite taille pourtant rehaussée de talons. Sans prendre le temps d’ôter mon manteau, j’avais refermé la porte du pied, avant qu’Edouard ait le temps de protester.

-Qu’est ce que… commença-t-il, surprit, mais je le coupai sans attendre :

-Dis-moi que tu l’avais vu ?! Je t’en pris dis le moi !

-Quoi… ?

Il ouvrit de grands yeux, visiblement ne comprenant pas le moins du monde où je voulais en venir.

-Edouard ! m’écriai-je, au bord des larmes, la tension accumulée ce soir retombant petit à petit.

-Mais qu’est ce qui se passe ?

-Elsa est enceinte !
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J'ai vu la mort se marrer et ramasser ce qu'il restait.



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MessageSujet: Re: Quand deux ne font qu'un   Ven 1 Oct - 0:26

Porter un enfant, c’est promettre au monde un peu d’éternité, avait un jour dit, ou peut-être dirait un illustre inconnu. C’est prolonger la vie d’un instant encore. Or, n’est-ce pas là la plus belle et exacte définition de l’espoir ? Donner naissance. Allumer la flamme encore fragile, pâle et vacillante d’une nouvelle vie. Oui, sans doute l’espoir avait-il toute sa place dans ce don si particulier dont la nature avait doté les femmes – à défaut d’autres. Avoir un enfant et faire briller du bout des doigts une nouvelle étoile, diraient les plus poétiques. La plus belle aventure qu’il ne soit donné de vivre, quelles que soient que les tempêtes qui s’agitaient dehors, les ombres noires qui s’étendaient au dessus ou les cadavres qui jonchaient les rues. Une aventure inaliénable, neuf mois que la plus imposante réforme du calendrier ne pourrait abréger… et au bout, ce petit miracle, ce mystère que l’homme n’éluciderait sans doute jamais totalement. Un miracle, oui. D’ailleurs, d’autres encore le diraient : « Vivre la naissance d’un enfant est notre chance la plus accessible de saisir le sens du mot miracle. » Un miracle, oui, même un ce qui concernait un Elsa. Un vrai miracle, littéralement. Ce qui ne le rendait que plus cruel. Cynique. Il était tant de choses impossibles qu’en cherchant bien, elle pourrait vouloir voir arriver. Tant d’idées qui n’étaient pas même à effleurer des pensées tant il était inconcevable de faire ne serait-ce que les espérer. Et parmi tous ces potentiels miracles, donc, en devenir, il avait fallu que le destin ne lui choisisse celui-ci. Une grossesse. Une grossesse que son corps, et même ses pensées avaient parfaitement nié. Trop parfaitement. Huit mois. Huit mois de ce mensonge impensable – mais ne dit-on pas les que les plus gros sont ceux que l’on croit le plus facilement ? Huit mois de déni total, oui. D’ailleurs, n’était-ce pas comme ça qu’on appelait ce qui lui était tombé dessus ? Un déni de grossesse.

Le poids de la nouvelle, de ses propres pensées, de la fatigue et tant d’autres eurent une nouvelle fois raison d’Elsa qui, enfin sortie de l’Hôtel de Ville, manqua encore de s’effondrer. Vive, Caroline su réagir à temps pour la rattraper, maintenant un instant debout le corps vidé – et pourtant… - de son amie qui ne songea pas un instant à se débattre. A l’intérieur, à la lumière, devant le médecin et puis les autres, la foules, les officiers… hors de question de se laisser aller. Mais là, enveloppée de nuit et seule ou presque, à l’abris des regards qui pourraient lui – leur – faire du tort, la lutte était devenue aussi impossible qu’inutile. Aussi ne lutta-t-elle pas contre Caroline. Pour une fois. Oh, la chose ne durerait sûrement pas. Le lendemain verrait certainement revenir ce besoin épidermique de faire comme si de rien n’était, de rester de glace et de couper court à toute émotions ; cette Elsa, en somme, qu’elle était toujours. Mais ce soir, trop de choses étaient venues s’accumuler les unes aux autres. Trop de choses, oui, dont la plus… dérangeant ne disparaîtrait sans doute pas le lendemain. Mais peu importait, il faudrait faire comme si. Il faudrait faire semblant, il aurait même fallu commencer dès maintenant. Mais ne serait-ce que s’y essayer n’était pas envisageable . La raison ? Ce soir, elle ne se lisait que trop bien à la dévisager. Sur ses traits affreusement livides, cette expression totalement perdue et la terrible détresse de son regard qui l’avait regagnée aussitôt la porte passée.
« Viens, on rentre…
Oui, elles rentraient. Elsa esquissa un vague signe de tête, tentative peu convaincante de réponse à ce qui n’en nécessitait finalement pas, puis se redressa, sur ses deux pieds. Leur nouvelle planque, sa propre maison, n’était pas loin. La prudence voudrait que les deux jeunes femmes ne tournent un moment avant de s’y rendre, afin de s’assurer de leur anonymat. Le bon sens faisait qu’elles ne devraient pas même êtres là. Et si l’idée effleura l’esprit de la rousse, elle ne desserra pas même les lèvres pour en parler. Oui, il fallait rentrer. Et vite.

Commença un trajet de retour plongé dans le plus profond silence. Perdue dans des pensées qu’elle tenait de masquer derrière un masque sinon froid, du moins le plus impassible possible, la jeune chef tentait d’occuper son esprit sur autre chose. Autre chose que cet être qui s’était insinué dans son corps. Son corps sans doute plus léger et frêle encore que celui de l’ancienne danseuse qui se trouvait à ses côtés. Un… bébé de huit mois ? Non. Impossible. Et pourtant. L’annonce de Herr Graaf expliquait tant de choses qu’elle n’avait pas une seule fois songé à interpréter de la sorte. Avait-elle des nausées ? La fatigue était la seule responsable. Des étourdissements ? Même responsable. Cette douleur aigüe dans le dos ? La gestapo. Il y avait tant de choses dans cette vie clandestine qu’elle menait qui pouvaient éclaircir de tels symptômes. Tant de choses que même un médecin l’ayant eu à l’œil pendant presque dix jours n’avait rien pu voir. Impensable, oui. Mais terriblement vrai. Si elle en doutait encore, quelque chose lui murmurait, insidieusement, que le doute, justement, n’était plus permit. Quelque chose, cette vague impression qui planait au-dessus d’elle. « Vous êtes enceinte. » Quelques mots, et le voile s’était déchiré. Brusquement. Emportant avec lui une partie du masque qu’il faudrait du temps, certainement, à modeler à nouveau. Ou pas. C’était sans compter sur cette aversion profonde, violente même qui enserrait sa gorge. Cette aversion pour… cet enfant. Et qui pouvait alors imaginer en quelle indifférence se changerait cette colère avec le temps, les courtes semaines qu’il lui restait ? Cet enfant n’était pas son enfant. Celui de Marc ? Peut-être. Mais Marc était mort, alors la chose n’avait plus la moindre importance. De l’indifférence, oui. Mais jusqu’à quel point ? Un père mort ? Oui… mais jusqu’à quel point ? Là où Elsa ne voyait plus qu’un mois, un seul mois se profiler devant elle, l’avenir avait décidé, une fois de plus, de tout contrarier.

Pas une seule fois le silence n’avait été brisé lorsque les deux jeunes femmes pénétrèrent dans le quartier général de la brigade. Concentrée, Elsa força ses traits à reprendre leur total et glacial vide d’expression, mais comment oublier leur teint cadavérique et cet éclat au fond de ses grandes prunelles bleues dont elle ne parvenait pas à se débarrasser. La porte claqua derrière elle et aussitôt, les visages d’Edouard et Marcel apparurent, tendus mais soulagés de les voir revenues. Soulagés, mais jusque quand ? L’espace d’un instant, Elsa posa les yeux sur le médecin. Elle ne lui en voulait pas, non. Comment aurait-il pu savoir ? Il avait soigné des coups, inutile d’aller chercher un bébé pour cela. L’espace d’un instant seulement. Instant à l’issue duquel elle se détourna et prit la direction de sa chambre. Dormir. Que Caroline ne semble vouloir prendre Edouard à part ne lui tira aucune réaction. De cette démarche toujours aussi chancelante, repoussa d’un geste de la main Marcel qui venait aux nouvelles, comprenant que quelque chose était arrivée, elle monta le plus rapidement possible les escaliers et gagné la pièce. Là, elle repoussa la porte et, brusquement, se laissa tomber sur son lit, paupières closes, dents et poings serrés. Doucement, sans qu’elle ne puisse l’en empêcher, l’une de ses mains alla de nouveau se poser sur son ventre. Plat. De brusques changements avait dit le docteur… Elle déglutit, laissant tomber sa tête en arrière. Non. Elle ne voulait pas de ce gosse.

En bas, l’atmosphère n’avait pas tardé à se tendre non plus. Dans le semblant de cuisine, quelques mots, impensables, venaient d’êtres lâchés.
« Elsa est enceinte ! »
Le silence qui suivit cette réplique fut-il le même que dans ce bureau de l’Hôtel de Ville ? Sûrement. Mais l’expression absolument ahurie qui traversa le visage d’ordinaire si calme et égal d’Edouard, en revanche, n’avait pas son pareil. Elsa ? Enceinte ? Impossible. Seulement voilà, il y avait cette lueur dans le regard de Caroline, ces larmes qui perlaient à ses yeux, cette émotion dans sa voix… bref, cet état face à lui. Un état qui laissa présager que quelque chose de grave était arrivé. Quelque chose comme… Elsa enceinte.
« Attends, enceinte, tu veux dire… s’étrangla le jeune homme, réalisant ce qui venait de lui être dit. »
Il y avait quelque chose dans l’esprit du hongrois qui ne collait pas. Etait-ce l’image de Ice affublée d’un enfant, ou la vision de sa silhouette dont la finesse l’avait bien assez inquiété ? Ou… le fait qu’il n’ai rien vu ? Dans sa tête, un engrenage infernal se mit en marches. Ces marques aux formes étranges, ces symptômes, cette fatigue visible, plus tout ce qu’elle ne lui avait pas dit… Enceinte, oui. Décrire le sentiment de honte, de culpabilité, bref, le mal être qui envahi le jeune homme à cet instant était sans doute peine perdue. Immobile, hébété, il dû attendre quelques secondes avant de poser les questions qui s’imposaient. Elsa, enceinte… Et il avait laissé passer une chose pareille… ! Ce qui se passa quelques moments plus tard, Edouard s’y attendait. Monté à la hâte, il s’arrêta devant la chambre de sa chef, mal au possible. Yeux fermés, celle-ci l’entendit mais ne fit pas le moindre mouvement. Les secondes filèrent, lentes, avant que les pas de médecin ne s’éloignent. Elle devait s’être endormie. Inspirant, la rousse repoussa de ses traits pâles une mèche de cheveux. Elle ne voulait pas parler de ce gosse.

FIN DU TOPIC

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