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 On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir

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MessageSujet: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Lun 18 Oct - 21:50

    J’ignore par quoi commencer. En fait, les débuts sont toujours un peu compliqués à lancer. Mais une fois qu’on est dedans, impossible de s’arrêter. Voilà, c’est à peu près ce que vous devez savoir à mon sujet. Mise à part le fait qu’au fond, c’est plus complexe que ça. Ne vous en faites pas, vous comprendrez, un jour. Je ne me fais aucun souci là-dessus… D’ailleurs, je me demande si ma chère mère, dont les yeux ne me quittent pas depuis au moins cinq minutes, n’a pas découvert la vérité sur son fils. Comment ça, quelle vérité ?

    Vous pensez qu’elle est dupe ? Moi, pas vraiment. Cela doit bien faire quatre soirs de suite que je lui dis que je passe chez André, et que je resterai dormir chez lui pour éviter de rentrer après le couvre-feu. Sauf que si « chez André » veut dire « alentours du Moulin Rouge pour mission top-secrète », alors elle n’a rien à craindre. Sauf que, « chez André », c’est beaucoup plus classe que les péripatéticiennes du bordel, ou le bureau de la Gestapo… Paris Sud, l’endroit le plus malfamé, soit disant, ne ressemble en rien au XVIème arrondissement. Croyez-en mon expérience. A force de jongler entre les deux milieux, on finit par s’en faire une opinion.

    Mais inutile de vous avouer que si ma mère apprenait où je traîne depuis quelques soirs, elle me tuerait. Non, ce n’est en rien une image. Elle pourrait le faire, juste pour protéger le reste de la famille de mes bêtises. Ce que je ne peux pas lui reprocher. Et alors que le regard de ma génitrice croise le mien, je ne peux m’empêcher de soupirer. Je n’aime pas bien qu’elle joue à la même chose que moi. Ou autrement dit, à deviner ce que je pense. Peut-être parce que je me reproche de mentir à la seule personne qui ait encore assez de tact pour me dire ce que je peux, ou ne peux pas faire. J’ai vingt-huit ans, toutes mes dents, et encore une maman sur qui veiller. Ou le contraire. C’est peut-être un truc de mec sensible, ce que je dis, mais sans cette dame dans mes pattes depuis toutes ces années, je ne serais sûrement pas le garçon que je suis aujourd’hui. Et encore moins ce résistant qui s’exprime de jour en jour –ou plutôt de nuit en nuit…

    « Je ne sais pas ce que tu prépares, mon gamin, mais tu sais à quoi t’en tenir. »
    Fait-elle simplement. Simple, mais efficace, dirons-nous. Elle a deviné. Je parie qu’elle a tenté d’aborder le sujet avec mon alibi. Sauf que, n’étant pas au courant, il ne risquait pas d’être la meilleure couverture au monde. Note : Penser à prévenir son alibi avant de décider de mentir à sa mère.

    Non mais, que je vous explique un peu le personnage. Cette fois, vous devriez comprendre pourquoi je suis le digne fils de cette femme. Est-ce que vous avez déjà vu une mère tenir tête aux nazis, et s’en sortir indemne ? Eh bien maintenant oui. Parce que, quelle que soit la situation, elle s’en sortira sans le moindre effort. Ma mère est admirable dans ce domaine. Pour avoir eu l’occasion de l’observer en train de hurler sur un allemand, en le menaçant avec un parapluie en piteux état, pour lui dire les quatre vérités sur les approvisionnements en nourriture, je peux vous assurer qu’il faut du culot. Ce petit bout de femme sans peurs est capable de ravages. Cette fois où elle menaça le nazi d’un coup de bâton dans les jambes, elle le fit tellement rire qu’elle repartit avec des tickets d’approvisionnement supplémentaires.

    Après, c’est peut-être un coup de chance… Mais dans ce cas, elle en est remplie à ras-bord. Je hausse les épaules à sa réplique, affichant un air désintéressé. En toute franchise, j’aime mieux lui montrer que je me fiche de ce qu’elle me dit, pour éviter d’être découvert jusqu’au bout. J’enfile une veste, m’enroule dans une écharpe en soie, que je tiens de mon père, et lui adresse un sourire qui se veut rassurant. Sauf que l’effet est annulé. Elle fond en larmes. Ma mère. A croire qu’elle veut démentir ce que je viens de dire. Ou alors… Ou alors elle veut me manipuler. C’est fort probable. Cependant, je l’interroge du regard, avec cette lueur d’étonnement que je ne me connais pas tellement.

    « Tu es le portrait craché de son père, Natanael. »

    Je sais que pour elle, c’est un compliment. Je suis incapable de juger, n’ayant pas connu mon père comme tout enfant normalement équilibré. Mais je suis certain qu’elle éprouve de la fierté. Elle ne me montre pas toujours, mais quand elle le fait, c’est toujours épatant. Alors je lui souris, pour la rassurer. Je rentrerai vivant, comme à chaque fois. Il m’est arrivé des ennuis terribles, et jamais je n’ai dû attendre quelques jours avant de rentrer chez moi.

    « Cesse d’être inquiète, et laisse-moi partir, ou je vais être en retard ! »

    Ou comment gâcher toute l’émotion d’une scène entre un enfant et sa mère. Mais je ne peux en aucun cas manquer mon rendez-vous. Les pu… Heu, pardon, les péripatéticiennes ne sont pas patientes.

    Eh ! Un instant, je vous ai vu faire ce drôle de regard, là… Retirez immédiatement ces ignobles pensées de votre tête. J’aime les femmes, mais pas au point de dépenser de l’argent pour quelques minutes de plaisir. Autant manipuler quelques jeunes demoiselles, la satisfaction est d’autant plus présente quand vous l’avez par vos propres moyens, autre que l’argent. Et en l’occurrence, je ne vais en sortie ni pour négocier un prix avec des vendeuses de rêve -comme elles s’appellent dans le coin-, ni pour passer la nuit avec qui que ce soit d’autre. Le problème est un peu plus… Subtile que ça. Je vous expliquerai bien, mais il serait trop indiscret de tout dévoiler comme ça, en si peu de temps. Creusez-vous en peu les méninges, et au pire, vous verrez.

    Sachez juste que ce soir, Natanael Blondel n’existe pas. Ou presque pas. Pour l’instant, dites Tout Court. Epsilon, tout court. Tout de noir vêtu, je sors de l’appartement familial pour me glisser dans la cage d’escalier, et dévaler les marches, avant de me rendre dans Paris. Ce Paris que le couvre-feu ne va pas tarder à endormir. Tout le monde se plie à la règle. Sauf les rebelles, dont je fais fièrement partie. Mains dans les poches, le plus décontracté possible, je me mets à marcher dans les ruelles qui s’éteignent peu à peu. Les seuls rires que je puisse entendre d’ici ne sont pourtant pas à côté. Et, croyez-le ou non, je peux deviner, rien que dans ces éclats de rire, l’accent germanique d’une brutalité sans nom. Pas que les allemands en eux-mêmes me dégoutent. C’est que leur langue est abusée par leur gouvernement, ainsi que leurs forces de l’ordre, et gâchent l’image que nous devrions avoir d’eux.

    Ce n’est pas pour exterminer les allemands que j’ai répondu à l’appel, ce soir. C’est pour faire dégager les nazis de chez nous. La nuance est immense. Des bruits de pas se rapprochant –je l’entends aux échos de ma petite ruelle-, je me plaque contre un mur, et retiens ma respiration. Un groupe d’officiers en service baissent un peu le ton. Je devine qu’ils cherchent le signe de n’importe qui oserait braver l’interdit. Dommage pour eux. Ce quartier, je commence à me l’approprier comme mon terrain de jeu. Parce que c’est celui de la Gestapo. Celui qui est rendu populaire pour sa réputation abjecte. Lorsqu’on pénètre ici, l’adrénaline monte. Ce n’est pas du goût de tout le monde, mais c’est là que les gens de la résistance sont les plus efficaces. Parce que les informations sont très proches, mais aussi parce que la peur d’être attrapé augmente les chances de réussite.

    Une fois que je suis « hors de danger », j’ose respirer normalement, et reprendre ma marche dans ce chemin qui mène tout droit au Moulin Rouge. Le fameux Moulin. J’accélère un peu le pas, plus pour me réchauffer qu’autre chose d’ailleurs. Personne n’ose interrompre les danseuses du cabaret des plumes et paillettes à leur sortie. Elles sont les seules à avoir le droit de rentrer après le couvre feu. Mais ça, personne ne le sait. Sauf les allemands, cela va de soi. Comment pourraient-elles répondre à leur besoins, si elles étaient enfermées à double tour chez elles ?

    Et je finis par atteindre mon but. L’endroit où cette femme m’a juré sur sa peau qu’elle avait des informations cruciales à me fournir. Elle sait à quoi s’en tenir, si ce qu’elle a prétendu est faux. Et je n’hésiterai pas à passer à l’acte si c’est pour protéger la Brigade et ses fidèles membres. Je me cale contre un coin de mur, tapi dans l’ombre, attendant tranquillement que celle que je souhaite voir arrive. Cela peut prendre longtemps, mais je suis prêt à courir ce risque. Et dans le pire des cas, il me restera toujours mon Opinel. Cette seule chose qui puisse me protéger en cas de légitime défense. Et uniquement, je précise. Ma main glisse doucement le long de l’objet, appréciant son bois d’olivier parfaitement poli, courbé au bout, admettant une certaine symétrie avec la lame repliée dans son manche, et dont le métal un peu oxydé me paraît glacial.

    Une silhouette m’apparaît. L’espoir grandit. Mais suis-je réellement en sécurité ? Seul Dieu le sait, s’il est quelque part là-haut.


Dernière édition par Natanael Blondel le Mer 1 Déc - 20:50, édité 1 fois
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Emy Hale
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MessageSujet: Re: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Ven 22 Oct - 17:34

« Tiens, ma chérie, alors, qu’est-ce ce que t’en as pensé ce soir ? lança la voix de Yelena Hale, en voyant passer la silhouette de sa fille dans les coulisses de l’Opéra Garnier. »
L’intéressée s’arrêta et chercha sa mère dans la foule compacte des danseurs et de leur entourage qui se massait dans le couloir. Les coulisses ? Le lieu le plus intéressant de l’Opéra, et le moment aussi. Quand après la représentation, chacun commentait, se faisait des réflexions, se disputait parfois même – oui oui, ça aussi c’était drôle… Croisant enfin deux yeux aussi verts que les siens, avec cette étincelle encore vaguement enfantine qui avait toujours illuminé ceux de sa mère, Emy se dirigea vers le petit groupe qui s’était formé autour de la danseuse dont le sourire s’agrandit encore à la vue de sa fille. Une moue du même genre aux lèvres, cette dernière se faufila aisément entre les quelques personnes qui lui barraient la route puis alla se planter devant sa mère.
« C’était laid, ça manquait cruellement de souplesse et la chorégraphie, n’en parlons pas, lâcha-t-elle, très sérieuse, en fixant Yelena dans les yeux. »
Elles se défièrent un instant, sans la moindre expression dans le regard vaguement médusé de l’assemblée… avant d’éclater littéralement de rire, s’étreignant l’une l’autre. Quel humour, mon dieu. Telle mère, telle fille vous diraient les personnes connaissant les deux phénomènes qu’étaient Yelena et Emy Hale, cette dernière ayant plus que largement hérité du caractère de la première, à une certain et non négligeable dose de maturité près. Lorsque c’était la fille de vingt cinq ans qui empêchait la mère de quarante cinq de sortir pompette du côté des bureaux de la gestapo deux heures après le couvre-feu, il y avait des questions à se poser – et ça n’est qu’un exemple. C’était à se demander parfois laquelle veillait sur l’autre.

La discussion tourna quelques minutes encore autour du ballet qui venait d’être présenté à l’Opéra – parce que tout de même, ne perdons pas de vue les priorités de la soirée – puis sur les mérites personnels et collectifs des différents danseurs et musiciens. C’était là que la discussion se corsait, et devenait intéressante – enfin, plus qu’elle ne l’était déjà. Mais d’un autre point de vue : celui de la commère qui se cache en chacun de nous. Et Emy et Yelena savaient à merveille profiter de ces moments de badinages dissimulant rancœurs, rivalités, jalousies et autre joyeux sentiments du genre pour se laisser aller aux plus gros fou rires de leur vie. Mais pas ce soir. Non, ce soir, Emy partait, certes, en quelques sortes, faire la commère… mais d’une autre façon. Une façon autrement dangereuse, si l’on y pensait. Ce soir, elle partait à la pêche à l’article dans des quartiers absolument non fréquentables pour une jeune femme – et n’importe qui d’autre de normalement constitué d’ailleurs, mais il y avait longtemps que celle dont nous parlons avait décidé que ce genre de généralités ne la concernaient pas. Alors tant pis pour l’heure du couvre-feu qui approchait, tant pis pour qui pouvait bien traîner dans ruelles de Paris Sud, tant pis pour les Ausweis, elle partait faire son travail. Tard dans un endroit relativement étrange quand elle pouvait très bien travailler dans son bureau le lendemain, certes. Mais qui vous parle d’un article officiel ? D’un de ces tissus de mensonges que l’orgueil et la censure germaniques les forçaient à écrire depuis maintenant plus d’un an ? De tout ça, Emy commençait sérieusement à se lasser, comme tous ses collègues d’ailleurs – ou presque, il y avait des idiots partout. Sentiment qui se ressentait d’ailleurs parfaitement au travers l’ironie de plus en plus mordante de ses papiers, derrière leur première apparences de parfaits articles purement collabos.

Les risques ? Emy avait ce vague défaut de ne pas foncièrement savoir faire autrement que de foncer tête baissée – sauf, ô grande exception lorsqu’un élément de nature aquatique et autre dérivés du genre entrait en jeu – sans réellement mesurer ce qui pourrait ensuite lui tomber dessus. Et jusque là, personne à part les sous-entendus mi sévères mi amusés de son patron et ceux divers et variés de quelconques collègues, n’était venu redire quoi que ce soit à ses papiers. Les allemands serraient les dents parfois, et elle se doutait parfaitement que d’autres auraient été arrêtés pour moins que ça. Etait-ce ce talent qu’elle avait de démontrer à n’importe qui et avec un aplomb remarquable ce qu’elle voulait que les autres croient ? Ou cet air faussement innocent, visiblement incapable de tromperie ? Ou peut-être cette sacrée dose de culot qui, souvent, traîne la chance dans son sillage ? Bonne question. Mais enfin, elle était là, libre comme l’air – ou pas, au vu de la situation de n’importe quel français depuis plus d’un an maintenant – et plus ou moins loin de toute menace sérieuse. Plus ou moins, au regard de la rapidité avec laquelle les choses pouvaient tourner en ce moment. Liberté relative, alors, mais lui permettant tout de même de sortir tranquillement de l’Opéra non sans avoir conseillé à sa mère de vérifier que son mari ne s’était pas perdu dans la foule, histoire qu’elle le retrouve en vie le lendemain. Et, sans plus donner d’explications, elle s’extirpa du grand bâtiment, cédant à la porte le passage à un couple allemand dont l’homme – aux milles et une médailles accrochées à l’uniforme d’ailleurs, à se demander comme il les portaient – lui adressa un signe de tête reconnaissant. Pour toute réponse, Emy le dévisagea un instant, un vague sourire aux lèvres, avant de passer la porte à son tour et de s’éloigner dans les rues parisiennes.

Il n’était pas foncièrement tard, aussi n’eut-elle pas de mal à s’embarquer dans une rame de métro, accompagnée du flot de parisiens pas si attardés que ça. Direction les quartiers sud de Paris, là où elle avait certainement le plus de chance de tomber sur quelque chose d’intéressant. Si toutefois elle tombait sur quelque chose – ou quelqu’un. Quelqu’un d’ailleurs, et pas n’importe quel quelqu’un. Mais de cela, Emy ne s’en doutait absolument pas lorsqu’elle finit, un certain nombre de minutes plus tard, par sortir des souterrains aux abords du Moulin Rouge où là, la fête battait encore son plein – dans tous les domaines possibles et imaginables certainement. De son sac, elle sortit distraitement un paquet à peine entamé de cigarette et en alluma une, sans s’arrêter, dépassant rapidement le bâtiment illuminé du célèbre cabaret. Sans hésiter, cigarette à la main, elle s’engagea dans des ruelles moins fréquentées – car moins on est fous, plus on rit, n’est-ce pas ? Enfin, dans ce genre de situations… Emy n’avait pas réellement une idée précise de ce qu’elle cherchait, d’ailleurs. Ni de ce qu’elle pourrait voir ou non, ou de ce qui pouvait se passer si on la trouvait à traîner dans ce genre de quartiers à une heure pareille. Tout dépendait de qui la trouvait, certainement. Des allemands ? Un simple quidam ? Des résistants ? Voilà qui serait plus intéressant – et vaguement inconscient, voir parfaitement imprudent. Ces soldats de l’ombre faisait bien assez parler d’eux pour que tout journaliste normalement constitué n’aspire à pourvoir écrire quelque chose. Dans un sens, ou dans l’autre. Et autant dire que celui dans lequel elle songeait à rédiger le siens ne plairait certainement pas aux occupants. A moins qu’elle n’aille pas jusqu’à en faire un papier, et qu’elle ne soit là que pour combler sa trop grand curiosité ? Peut-être, mais la question lui important peu, elle ne s’y arrêta pas.

Emy déambula quelques minutes, sans que rien ne se produise. Et d’ailleurs, plus elle y réfléchissait, plus elle se demandait s’il y avait une chance pour qu’elle ne tombe sur la moindre chose intéressante. Comme d’habitude, elle réfléchissait après avoir agit, bien que pour le moment, la chose ne porta pas réellement à conséquence. Du moins, jusqu’à ce qu’enfin, une ombre ne se dessine furtivement devant elle. Le briquet qu’elle était sur le point de faire fonctionner pour allumer sa deuxième cigarette resta suspendu en l’air. Retirant le bâton blanc de ses lèvres, elle eut un sourire énigmatique. Elle resta un instant immobile. L’inconnu ne l’avait pas encore vue, elle. Qui était-ce ? Un passant attardé ? Probable. Un allemand ? Aussi. Un résistant ? … Cruelle déception – ou pas, mais là n’était pas la question. Rapidement, les prunelles de la jeune femme reconnurent le jeune homme, dont la silhouette lui était plus que familière. Et pour cause.
« Je ne savais pas que les rendez vous avec les… charmantes demoiselles du Moulin Rouge se faisaient aussi dans les rues, lâcha une Emy profondément ironique à la vue de Natanael Blondel, levant les yeux au ciel. »
La cigarette remise entre ses lèvres et allumée, elle s’approcha légèrement.
« On ne t’as jamais dit que c’était mal de traîner dans les rues à cette heure-ci ? »
Un voilà un qu’elle n’avait pas vu depuis un certain temps…

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MessageSujet: Re: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Ven 22 Oct - 22:29

    Sécurité. En voilà un bien grand mot, dans ce monde de brutes assoiffées de sang. Paris et protection de riment pas, c’est bien connu. Et en période de guerre, j’imagine moyennement comment nous pourrions être à l’écart des problèmes de vie ou de mort. D’autant plus de les ruelles les plus fréquentées, finalement, ne sont pas les plus sures. Qui vous dit qu’il n’y aura pas un espion travaillant pour les forces nazies, camouflé en civil pour vous suivre dans tous vos gestes ? L’avantage à cette heure-ci, c’est qu’on ne risque pas de tomber nez à nez avec l’un de ces gens.

    Ben oui, qu’est-ce que vous croyez ! Ils nous prennent notre nourriture, nous suppriment nos biens les plus précieux pour les envoyer à leur peuple, à des centaines de kilomètres d’ici. Enfin, je dis nos, mais je ne suis pas le plus touché par ce problème. Imaginez un peu les juifs… A problème majeur, réponse majeure. C’est ça, la devise des allemands. Se servir de leur peuple, et mettre une bonne fois pour toute leurs valeurs dans le crâne de la jeunesse, je trouve ça révoltant. J’aimerais pouvoir aider la résistance de là-bas. Mais personne ne la connait. Je me demande même s’il y en a une. Les réseaux sont trop isolés. Si par malheur je venais à apprendre le nom d’un trop grand nombre de mes semblables, je deviendrais un danger potentiel. Plus nous sommes inconnus, et mieux nous nous portons. Même lorsqu’il s’agit d’un groupe qui concoure au même but que nous. Vaincre les nazis, c’est que ce n’est pas une affaire simple.

    Sauf que là, cette silhouette que je vois approcher est loin de m’être inconnue. Et pourtant, elle n’a absolument, mais absolument rien à voir avec la personne que je dois rencontrer ce soir. Vous comprendrez après, pas de panique. Le fait est, que je suis légèrement surpris de trouver ce genre de personne, dans ce genre d’endroit. C’est-à-dire, proche du Moulin Rouge, de la Gestapo, et surtout de la fameuse rue des vendeurs de rêves. Je veux bien que la prostitution soit un phénomène de mode chez les jeunes femmes, mais de là à y retrouver tout son quartier quand on y fait une visite surprise, ah ça non merci ! Quoi que…

    De grands yeux verts, une peau d’un blanc immaculé, et de jolies lèvres pulpeuses. Elle aurait bien le profil. Dommage qu’elle soit relativement jeune. De nos jours, plus elles sont ardentes du feu de la jeunesse, et plus les nazis les veulent. En plus de voler la liberté, et les biens matériels, ils aiment jouer aux pédophiles. Bravo, quel beau travail d’équipe… Merci Hitler. Cependant, je ne peux pas m’empêcher de la détailler encore.

    Elle s’appelle Emy. Hale de son nom de famille. Nous nous connaissons depuis quelques années maintenant, mais je n’arrive toujours pas à m’y faire. C’est un peu comme si je connaissais sa vie par cœur, sans vraiment la connaître, et vice versa. Pourtant, malgré tout ce que nous avons pu partager, nous sommes des contraires. Et si j’adore l’embêter, la jeter dans l’eau alors que je sais pertinemment qu’elle en a une phobie monstrueuse, ou même la manipuler, je sais que ce n’est en rien réciproque. Ou presque… Parfois, je n’ai même pas besoin de commencer. Elle doit surement anticiper ce que je me prépare à dire, pour se défendre avant même l’attaque.

    Tapi dans l’ombre, je ne peux m’empêcher de sourire. Il y avait un moment que nos chemins ne s’étaient pas croisés. Paris est une grande ville. Le hasard nous a souvent rapprochés, pourtant.

    « Je ne savais pas que les rendez vous avec les… charmantes demoiselles du Moulin Rouge se faisaient aussi dans les rues. »

    Aurait-elle oublié que tout est possible ? Surtout quand on a quelqu’un comme moi dans son champ de vision. Rien que le fait de me voir traîner dans la rue des prostituées, c’est un exploit. J’aime les femmes, mais pas jusqu’à aller dans le côté pervers et répugnant de l’homme. Si vous avez envie de satisfaire vos fantasmes, faites-le au moins avec quelqu’un qui ne vous demandera pas la peau des fesses pour le partager avec vous. Soyez stratégique !

    « Hum… J’avais demandé une fille attirante mais bon… Je ferai avec ! Appelez-moi Jack, ça fera plus sexy. »

    Je commence à ouvrir ma veste. Ben quoi ? Autant jouer le jeu jusqu’au bout, sinon, quel en est l’intérêt ? Cependant, je vois ses yeux se hausser, et son air agacé se mettre en place. Elle fait tellement jeune, quand elle fait la moue... Jeune, mais cela induit également le côté craquant qui fait que j’ai envie de continuer à l’énerver. Mais rassurez-vous, ce n’est que le début de la chose. Mes mains sortent de mes poches, laissant l’arme tomber au fond de ma pensée. Même si elle avait été une personne dangereuse, je n’aurais même pas eu besoin de l’utiliser tant elle est menue. Je dirais même frêle, depuis quelques temps. La guerre ne réussit à personne, en même temps. Je suis certain d’avoir perdu une dizaine de kilos depuis le début.

    Le plus remarquable reste le poids de ma mère. Se privant pour que je mange ce dont j’ai besoin, elle maigrit à vue d’œil. Et j’ai beau lui dire que je refuse qu’elle se tue pour moi, elle trouve toujours un moyen de me donner la double dose, sans que je m’en rende vraiment compte. Ces mères… Elles sont décidemment folles. Déjà, rien que le fait de nous porter neuf mois, pour ensuite avoir l’expérience la plus horrible de toute une vie, j’ai du mal à le concevoir. Le pire dans tout ça, c’est qu’elles nous aiment tellement, nous, nos frimousses et nos bêtises, qu’elles donneraient leur vie pour nous laisser continuer la notre. C’est en ça que j’admire ma mère.

    « On ne t’as jamais dit que c’était mal de traîner dans les rues à cette heure-ci ? »

    Heu… J’aimerais bien rire, là. Mais si je laisse mon cœur parler, je risque de briser la discrétion que je me suis imposé. C’est une gamine qui me sort un truc pareil ? Non mais oh ! Où va le monde ? Si les enfants se mettent à dicter à leurs aînés ce qu’ils doivent faire, on n’est pas sortis de l’auberge mes petits bouts. Je pouffe tout de même, de façon assez explicite pour lui montrer mon hilarité.

    Mais avant même que je n’aie le temps d’enchaîner du tac au tac sur une réplique sortie de derrière les fagots, j’entends des bruits de pas. Sauf qu’ils sont loin de la légèreté de ceux d’une femme. J’entends une patrouille. Des bottes qui raisonnent sur les pavés. Et ça, par contre, c’est inquiétant. Sauf qu’au lieu d’avoir mon propre réflexe, celui du résistant qui met la main sur son arme de poche pour parer une éventuelle attaque, mon regard va vers Emy, qui ne comprend peut-être pas ce qu’il se passe. Enfin ça c’est ce que je me dis en ce moment, puisqu’elle ne bouge pas du faisceau de lumière qui l’éclaire. Alors, d’un geste rapide et précis, je lui saisis un coude –le plus proche moi- et la tire pour aller la coller à mes côtés, contre le mur. Mieux vaut prévenir que guérir –ou ici, enterrer. Une main sur sa bouche, je fais tout mon possible pour que nos souffles soient négligeables. Et heureusement, ils n’ont aucun chien pour la patrouille… Ils s’en vont bredouille. Une fois certain que tout va bien, je la lâche, m’écarte un peu, et lui répond à voix basse.

    « Au lieu de donner des leçons de morale, petite, tu devrais te méfier un peu. Ce ne sont pas des soldats en plastique, ils marchent, ils violent, et ils tuent, eux. »
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Emy Hale
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MessageSujet: Re: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Mer 27 Oct - 0:14

Et dire qu’elle s’attendait presque à tomber sur quelque chose… d’intéressant. Un complot, un rendez-vous secret, ou même galant d’ailleurs, en tant pis pour l’article du moment qu’elle trouvait de quoi satisfaire sa curiosité - démarches vaguement puérile, certes. Mais non. En guise de complot, elle trouvait une joute verbale ; en lieu et place d’un rendez-vous galant… Hum. Non vraiment, elle était déçue. Parce qu’après tout, que pouvait bien avoir Nate d’intéressant ? Si ce n’est ses yeux définitivement superbes, son sourire terriblement charmant et… d’autres choses du même genre, rien de bien important. A ce genre de pensées, Emy se mettrait bien deux ou trois claques mais elle tenait un tant soit peu à ses joues et puis le jeune homme n’avait pas besoin d’être témoin d’une scène pareil. Non, il savait déjà très bien comment la mener par le bout du nez – oh que oui, et dieu qu’elle détestait ça – sans ce genre de scène à commenter. Aussi la jeune femme resta-t-elle plus ou moins impassible, ignorant la petite voix qui lui soufflait que tout de même, niveau intérêt, on avait vu pire que Natanael Blondel, à savoir l’homme qui lui tournait autour en essayant de la rendre folle depuis presque dix ans maintenant et qu’elle ne pouvait se résoudre à envoyer définitivement balader. Même si elle doutait totalement de l’efficacité d’une telle chose sur lui. Le remettre à sa place, elle ne comptait plus le nombre de fois où elle l’avait fait. Et malheureusement – ou pas – jamais il ne se l’était tenu pour dit et revenait constamment à la charge. Nate. Un phénomène. Il n’y avait pas d’autres mots.

Ah si, une déception, disions-nous. En voilà un qui en ferait un beau de résistant. Un sourire amusé aurait bien effleuré les lèvres de la jeune femme à cette pensée. Lui ? Résistant ? Elle ne saurait dire si la chose l’étonnerait ou la ferait rire mais bon, puisque tel ne semblait pas être le cas, la question n’était pas là.
« Hum… J’avais demandé une fille attirante mais bon… Je ferai avec ! Appelez-moi Jack, ça fera plus sexy. »
Et voilà. Le jeune homme dans toute sa splendeur et, après tout, elle n’en attendait pas moins de lui en lançant elle-même les hostilités. Mine de rien, elle commençait à le connaître le petit – oui, petit, si on comptait en maturité – et elle savait relativement bien anticiper ses réactions. Ses réactions seulement, parce que les répliques idiotes qu’il pouvait sortir… Inutile de chercher à tenter de les deviner à l’avance. Où les trouvait-il serait une question intéressante à résoudre, histoire d’aller tuer le mal à sa source, d’ailleurs. Mais le mystère demeurait entier et les mots toujours plus ahurissants d’un jour sur l’autre. Sauf que ce soir, elle n’était pas d’humer à se laisser faire.
« Et moi quelque chose d’intéressant mais là, on repassera… dans tous les domaines, répondit-elle sur le même ton avant de remarquer qu’il commençait à ouvrir sa veste. »
Emy haussa un sourcil, en le dévisageant, avant de lever vaguement les yeux au ciel. A ce petit jeu, elle savait à quel point il avait de talent pour prendre le dessus – et pourtant, ça n’était pas faute d’avoir une adversaire à sa taille. Sauf qu’il avait – même si elle n’était vraiment pas encline à l’admettre – une arme en plus que les autres, dotée d’une certaine efficacité sur la jeune femme.

A sa seconde réplique, elle n’eut pas besoin de le voir rire ou même pouffer pour se douter de son hilarité. Qu’il la traite comme un enfant était sans doute ce qui agaçait le plus la jolie brune ; et la réplique qui menaçait devrait sans doute aller dans ce sens. Seulement cette fois, ni l’un ni l’autre n’eut le temps de dire quoi que ce soit de plus avant que, soudain, des bruits de bottes ne se fassent entendre dans la rue. Des bruits reconnaissables à n’importe quel quidam ayant passé plus de quelques heures dans Paris. Des bottes nazies. Une patrouille, même, pour être exacte. Une patrouille qui n’apprécierait certainement pas de voir traîner après l’heure du couvre feu deux jeunes gens, et plus encore dans un tel quartier, réputé pour être le lieu des trafics tous aussi peu clairs les uns que les autres. Autrement dit, si les allemands les voyaient, Nate et Emy risquaient de passer une mauvaise nuit – et encore, elle ignorait ce que le jeune homme avait dans sa poche et pourquoi est-ce qu’il se trouvait là. Elle n’avait guère eut que le temps de se faire cette remarque que, brusquement, la lumière fut – sans mauvais jeu de mot. Et avant qu’elle n’ait pu réagir, Nate l’attrapa par le poignet, la plaquant brusquement contre le mur gris, loin du faisceau lumineux et bien trop révélateur. La belle grimaça, appréciant moyennement la brutalité du mouvement – et surtout la main plaquée sur sa bouche - mais garda le silence, attentive au passage des soldats. Soldats qui ne s’attardèrent pas et disparurent rapidement, entraînant avec eux leurs foutus bruits de bottes. Et bon débarras.

Vivement, dès lors que plus aucun danger ne traînant, Emy se dégagea, retirant la main du jeune homme de ses lèvres. Elle le dévisagea un instant, sourcils froncés mais n’eut cette fois encore, pas le temps de parler.
« Au lieu de donner des leçons de morale, petite, tu devrais te méfier un peu. Ce ne sont pas des soldats en plastique, ils marchent, ils violent, et ils tuent, eux, fit-il à voix basse, et sérieusement pour une fois. »
Une fois encore, elle haussa un sourcil perplexe. Il était à peu près aussi bien placé qu’elle pour lui faire la morale. Après tout, ils étaient deux à traîner ici.
« Merci de l’information, j’étais pas au courant, railla-t-elle, cynique, à mi-voix également. Je pense les côtoyer d’assez près pour avoir mon idée sur le sujet, tu vois ? ajouta-t-elle d’ailleurs en notant non sans agacement que si elle avait toujours son briquet, sa cigarette était tombée dans le feu de l’action. »
Par cette réplique, elle entendait qu’elle les voyait bien assez souvent rôder au journal et se renseignait bien assez sur eux pour ne pas avoir besoin qu’il la mette au parfum de ce genre de détails.
« Vous pouvez parler, monsieur je donne mieux les leçons que les autres, mais vous devriez au moins autant que moi vous méfier, ne se priva-t-elle pas de lui faire remarquer. Qu’est-ce que tu fiches ici, Nate ? »
Voilà qui avait le mérite d’être direct, mais on ne peut pas toujours tourner autour du pot, n’est-ce pas ? Estimant que la patrouille était assez loin et que le jeune homme, en revanche, était trop près, elle se dégagea légèrement et sortit tranquillement une nouvelle cigarette de son sac. Actionnant son briquet, elle l’alluma, prunelles dardée sur le jeune homme.

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MessageSujet: Re: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Ven 29 Oct - 19:29

    Non mais je rêve ! Essayez d’être sérieux deux minutes, et la seule chose que vous réussissez à récolter, c’est un air faussement convaincu. Non mais je vous jure, ces jeunes sont sans respect, ni compassion. Pourtant, mon discours tient largement la route. Dans les temps qui courent, une jeune fille ne devrait pas trainer ici, et encore moins toute seule. Oh ça non. Il serait bien étonnant, malgré son caractère ouvert à la rébellion, qu’elle soit en affaire pour un réseau de résistance. Impossible. Trop jeune, et trop innocente pour être sélectionnée… Je ne dois pas être le mieux placé pour lui donner des leçons, mais le fait est que je suis là pour quelque chose qu’elle risque bien de me faire louper. Sauf que si je lui dis que je n’ai pas besoin d’elle, elle pourrait très bien se venger pour tout ce que j’ai pu lui faire ces dernières années, et rester. Alors il vaut mieux attendre qu’elle s’en aille. Faites juste que mon rendez-vous n’en soit pas pour autant annulé. J’ai besoin d’informations…

    « Merci de l’information, j’étais pas au courant. Je pense les côtoyer d’assez près pour avoir mon idée sur le sujet, tu vois ? »

    Oh oh ! Madame fait sa grande fille. Ce n’est pas dans un métier de journalisme, aussi engagé soit-il, qu’on côtoie le mal dans toutes ses formes. La seule façon d’être bien informé, c’est de voir de ses propres yeux toute la douleur que font nos ennemis. A-t-elle déjà eu l’occasion de voir une famille juive entièrement pillée, des enfants mis à l’écart de façon plus que mal intentionnée par des adultes ? A-t-elle, ne serait-ce qu’entendu parler de ces viols qui se font de plus en plus nombreux ? Non, cette dernière option n’est pas divulguée, bien sûr. Si la presse l’entendait, ce qui est probable, et le faisait passer, alors les auteurs seraient exposés à des atroces dangers. Ce sont des informations, que nous les résistants voyons passer sous notre nez, et parfois-même devant nos yeux. Mais que faire, sinon attendre la bonne occasion ? Agir dans de telles conditions, c’est signer son arrêt de mort. Et autant vous dire qu’il est hors de question de perdre des maillons de la Brigade maintenant.

    Alors qu’elle s’occupe d’allumer une cigarette, je ne peux m’empêcher de la regarder, et elle ne me voit pas. La connaissant un minimum, depuis ce temps, je sais très bien que si une quelconque information lui parvenait, elle risquerait sa vie pour la donner. Même en sachant que le droit de véto d’un nazi est plus puissant que tout. Elle pourrait mourir pour rien, juste pour préserver sa fierté. Chose que je ferais aussi, dans son cas. Mais je ne suis pas journaliste. Mon but n’est pas de dévoiler la vérité au peuple, du moins pas pour l’instant, mais de convertir un maximum de personnes pour se joindre à nous, et vaincre Hitler. Le combat n’est pas gagné, c’est bien pour cette raison qu’il faut être prudent, et ne pas s’exposer à des dangers inutiles.

    « Arrêtes, tu sais aussi bien que moi qu’on ne peut pas les connaître. Pour le prétendre, il faut comprendre ce qu’il se passe dans leur tête. Et je doute que tu arrives à imaginer les horreurs qu’il y a dedans. Personne d’autre qu’eux ne peuvent le faire. »
    Bon sang, je m’étonne moi-même sur le coup. Raison, quand tu nous tiens… Heu, pas trop longtemps quand même, hein ? Mes yeux passent de sa chevelure de jais, que je fixe depuis déjà quelques secondes, pour aller se poser sur ses lèvres. Tiens donc, même en temps de guerre, mademoiselle parvient à se procurer de quoi continuer à se pourrir la santé. La cigarette ne risque pas de la lâcher, elle. Avec mon sourire le plus narquois possible, je m’approche d’elle, qui a pourtant fait un pas pour s’éloigner de moi. Mes yeux se plongent instantanément dans les siens. Tiens, comme c’est drôle, j’ai l’impression qu’elle ne va pas mettre bien longtemps à comprendre ce qui me trotte dans la tête.

    En un geste précis, et particulièrement agile, et avant que la cigarette ne touche une deuxième fois ses lèvres, je m’empare du bâtonnet incandescent. Le faisant pivoter aussi habilement qu’une majorette et sa baguette de bois, je finis par la porter à ma bouche. Une bouffée de fumée se retrouve expulsée de mon organisme, et je fais en sorte qu’elle aille vers Emy. Ben quoi ? Comme ça, elle en profite aussi. D’ailleurs, je me demande comment elle a fait pour se les procurer. J’ai bien sûr immédiatement la réponse. Sa mère ayant de très bons contacts, elle peut avoir ce qu’elle veut. Comme quoi, il y en a qui peuvent très bien vivre en cohabitant avec l’ennemi. D’une certaine façon, je suis très fier de me priver de mon café pour ne pas avoir à faire de charmes aux allemands… Reinhard mis à part. Mais ça, c’est une longue histoire.

    « Vous pouvez parler, monsieur je donne mieux les leçons que les autres, mais vous devriez au moins autant que moi vous méfier. Qu’est-ce que tu fiches ici, Nate ? »

    Je tire une seconde fois sur la cigarette, avant de la lui rendre –pour quelques minutes seulement, ne vous en faites pas. J’ai pris la bonne habitude de tout partager avec elle. Les soucis, majoritairement. Sauf que parfois, on peut aussi partager des choses agréables : comme la cigarette, j’entends. Cela faisait un moment que je n’avais pas ressentit les apaisants de la nicotine dans mon sang. Pas que ce soit très bon, mais voilà qui aide à décompresser des évènements un peu trop compliqués de ces derniers temps. Mon regard attrape le sien, et je me décide enfin à lui parler. Parce qu’en fait, elle connaît très bien le type de réponse que je peux lui donner. Qui dirait la vérité ? Eh Emy, content de te voir ! T’es juste en train de me faire gâcher mon rendez-vous avec une strip-teaseuse qui prétend avoir des informations précieuses pour la Résistance. Si c’est vrai, je loupe les infos, et si c’est faux, je manque une occasion de… Tuer. Finalement, ce n’est pas plus mal, tout bien réfléchi…

    « Pourquoi une telle question ? Ca se voit non ? La guerre, tout ça, ça me met dans un état… Il me fallait un peu de décompression. Chose pour laquelle tu es là. On fait ça ici ? Cool ! »

    Je récupère la cigarette, pour fumer encore un peu, et la lui rend aussitôt. Ce n’est plus aussi drôle que les premières fois, elle ne s’agace même plus. Mais au moins, j’ai gagné un peu de nicotine ! Je m’apprête à aller jusqu’au bout de mon petit jeu en ouvrant réellement ma chemise. Enfin, je m’arrête aux premiers boutons quand le froid se met à brûler ma peau. Mais ce n’est pas la raison qui me pousse à tout arrêter. En effet, j’ai comme qui dirait la vilaine impression que le troupeau de SS ne va pas s’arrêter là. Youpi, on a de la compagnie ! Non, ce n’est pas mon petit doigt qui l’a dit, mais mes yeux en voyant deux ombres danser sur le mur. Puis deux voix s’élever. J’ai tout juste le temps de prendre la cigarette et de l’écraser, pour éviter que la fumée de nous trahisse. Cette fois, je ne m’occupe pas d’Emy, jugeant qu’elle a encore une assez bonne ouïe pour percevoir ce que moi j’entends.

    Tous mes sens sont en alerte. Une femme, une pure française, parle avec un allemand. Eh merde… Quelque chose me dit qu’elle voulait m’avoir, la jolie. Dommage pour elle, mais subtilité et discrétion ne riment pas avec nazis. Et rien que l’accent tranchant de l’homme en est la preuve formelle. L’Epsilon en moi prend possession de mon corps, mais surtout de mon esprit. Je fais signe à Emy de ne faire aucun bruit, en déposant mon index sur mes lèvres.

    J’étudie notre position par rapport à celle que je suppose être la leur. Dans la ruelle sombre dans laquelle nous nous trouvons, nos ombres sont masquées par celle de l’imposant mur. Je bénis l’éclairage ! Leur ruelle est perpendiculaire à la notre. Je le devine aux silhouettes qui se rapprochent. Les deux personnes parlent sans crainte, comme si cette femme pensait que je suis naïf, et que j’ai n’ai pas pensé à une stratégie de repli. Ma main sur l’arme blanche qui siège dans ma poche se referme. Je ne peux pas m’empêcher de sourire. Oh non pas de joie, mais l’adrénaline dans mon sang a tendance à me donner de drôles de réactions… Je jette un léger coup d’œil à Emy. Et comme je m’y attends, et alors que les deux personnes se rapprochent de plus en plus…

    « Retournez derrière, je m’en charge. »

    S’écrit l’allemand. Traitresse ! Comment a-t-elle pu trahir l’un des siens ? Je ne me préoccupe même pas de l’excuse que je vais devoir trouver pour justifier cette drôle d’attaque, si nous parvenons à nous en sortir –ce dont je ne doute pas. La femme semble obéir, puisque je ne vois plus qu’une seule ombre salir le sol parisien. Et lui, par contre, se rapproche dangereusement. Je me plaque volontairement contre le mur, et m’avance. Mes yeux, déjà bien habitués à la pénombre, vont être un atout non négligeable. Et j’ai raison. Je me rapproche du carrefour de rues. A gauche se trouve le Moulin, d’où vient le nazi, à droite, nous nous rapprochons de la Gestapo. Et en face… Notre issue. Le cul de sac le plus pratique du coin, grâce aux immenses bennes à ordures devant un mur. Une fois monté dessus –après de nombreuses expérimentations lors de mes expéditions dans le coin depuis que je suis gosse- il ne reste qu’un mètre à franchir par la force de ses bras pour se hisser de l’autre côté. Il ne reste plus qu’à prier pour que rien ne nous encombre derrière.

    Je prends un comportement félin, celui de l’Epsilon que je suis en situation de danger. Plaqué contre le mur, j’ai la meilleure cachette du monde, et je suppose qu’Emy a déjà trouvé de quoi se mettre hors de vue. Mais je ne me risquerai pas à la regarder pour ne pas perdre l’homme de vue. J’atteins presque le bout de mon mur, et tente de caller le rythme de mes pas sur les bruits de ses bottes qui martèlent les pavés. Et lorsque je vois le bout de son nez arriver, je suis sur le point de me jeter dans la lumière du croisement. Mais mon poing est plus rapide, justement. Par réflexe, je l’envoie immédiatement sous son menton. En général, ça part tout seul, et c’est d’une efficacité hallucinante. Il y a là de quoi assommer n’importe quel baraqué. Et je peux vous dire que celui-là ne devait pas s’attendre à être pris de court comme ça. Sauf que dans quelques secondes il sera de nouveau sur pieds. Alors, à l’intention d’Emy que je sais toujours derrière, je pousse un cri encourageant.

    « GET OUT AHEAD! »
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Je parle pas aux cons, ça les instruit.
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■ situation amoureuse: Célibataire endurcie, le couple c'est bourgeois et catholique, d'abord.
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MessageSujet: Re: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Mar 2 Nov - 12:59

« Arrêtes, tu sais aussi bien que moi qu’on ne peut pas les connaître. Pour le prétendre, il faut comprendre ce qu’il se passe dans leur tête. Et je doute que tu arrives à imaginer les horreurs qu’il y a dedans. Personne d’autre qu’eux ne peuvent le faire. »
Une fois de plus, Emy haussa un sourcil, perplexe. Sauf que ça n’était plus pour les paroles du jeune homme. Enfin si, en quelque sorte, mais disons qu’il y avait autre top chose qui la laissait dubitative. Nate… sérieux. Alors celle-ci, il ne la lui avait – presque – jamais faite. … Bon d’accord, mauvaise langue. Ce genre de sursaut de raison lui arrivaient de temps à autre quand même, mais enfin, ça n’était franchement pas une généralité ; et ce soir, on atteignait des records quand même. Et puis qu’on la laisse en paix avec sa mauvaise foi, le jeune était sans doute pire encore qu’elle sur ce terrain là. Mais enfin, cette fois-ci… il avait raison. Si elle côtoyait les allemands de relativement près au journal, elle n’avait sans doute rien vu de ce qu’ils pouvaient réellement faire, sinon menacer, tenter de se faire imposants – difficile avec elle et sa fierté relativement développée - et passer en force leur droit de véto sans plus chercher à se poser de questions. Parfois, elle ne pouvait que se souvenir de ce jour, l’année auparavant, où ils étaient venu arrêter Pierre, un collègue beaucoup trop engagé à leur goût. Emy l’avait toujours soupçonné de s’être acoquiné avec un quelconque réseau de résistance… La chose ne lui avait pas réussi. Il avait eu du cran de chercher à faire véritablement passer ce qu’il pensait, et ce qu’il se passait derrière toute la propagande nazie… Mais c’était quelque chose qu’il fallait savoir faire un brin plus subtilement. Et encore, rien n’était garantit. Encore une fois ; ça n’était pas la première fois qu’elle se le disait ; Emy était plutôt chanceuse dans son genre…

En guise de réponse, donc, elle se contenta de ce sourcil haussé – ne pas admettre que Nate avait raison, même pour quelque chose d’aussi évident faisait partie de ce qu’elle avait apprit à faire depuis toutes ces années – et de s’allumer enfin la cigarette que cette fichue patrouille avait déjà retardé de deux minutes au moins. Eh oui, on est accro ou on ne l’est pas, hein. Les yeux baissés sur le bâton blanc, elle actionna le briquet qui lui résista un instant – sacrilège ! – avant d’inspirer une première bouffée de tabac. Parfait. Ceci fait, elle redressa la tête… pour tomber immédiatement dans les yeux du jeune homme. Ces deux prunelles que toute sa mauvaise foi ne pouvait trouver au minimum que sublimes et dont il savait parfaitement se servir avec elle ; comme avec d’autres, elle s’en doutait. Prise par surprise, elle resta un instant noyée dans cet océan trop bleu jusqu’à ce qu’un sourire narquois sur les lèvres de Nate ne vienne la sortir de là. Pourquoi ne doutait-elle absolument plus de ce qu’il avait l’intention de faire ? Elle n’eut même pas le temps de pousser un soupir résigné que déjà, la cigarette qu’elle venait tout juste d’allumer quittait ses doigts. Et voilà. Nate, le retour. Pour toute réaction, elle leva les yeux au ciel, s’appuyant contre le mur, bras croisés. S’énerver ? Inutile, elle avait déjà testé. Et pas qu’une fois. Non, malheureusement, lorsqu’il était dans les parages, Emy devait s’y résoudre ; ses clopes étaient à partager. Alors tant pis… D’un geste agacé, elle chassa la fumée qu’il envoya dans sa direction – pour changer – et reprit la parole, lui faisant remarquer qu’elle n’était pas la seule à devoir se méfier, n’étant pas la seule à se trouver là maintenant. La seconde question lui avait presque échappé. Qu’est-ce qu’il faisait ici ? Elle n’espérait même plus avoir une véritable réponse.

Mais au moins, elle récupéra sa cigarette. Coinçant de nouveau la tige blanche entre ses lèvres, elle repoussa en arrière une mèche rebelle, prunelles toujours dardées sur Nate. Mais pas sur ses yeux. Bizarrement, elle se doutait que ce qu’il s’apprêtait à dire…
« Pourquoi une telle question ? Ca se voit non ? La guerre, tout ça, ça me met dans un état… Il me fallait un peu de décompression. Chose pour laquelle tu es là. On fait ça ici ? Cool ! »
… allait encore être une connerie. Ben voyons. Elle le gratifia d’un regard peu amène, n’appréciant vaguement pas d’être comparée à une prostituée – mais connaissant l’homme qu’elle avait en face d’elle assez complètement pour s’attendre à une chose pareille. C’était toujours comme ça avec lui. Elle savait à peu près à quoi s’attendre, que s’énerver ne ferait que lui tendre une perche de plus… et finissait généralement par s’énerver, justement. Quand ça ne tournait pas autrement… Oui, non, même là elle finissait par s’énerver. Bref, passons. Elle le dévisagea, commencer à défaire les premiers boutons de sa chemises, sourcils froncés. Qu’il attrapa la pneumonie du siècle, ça lui apprendrait. Et d’ailleurs, prenant certainement conscience de la température, il s’arrêta. Regard soudain fixé derrière elle, qui avait quitté son mur un peu plus tôt, afin d’allumer sa cigarette sans être gênée par le filet d’air qui courait dans les rues. Quoi ? Qu’y avait-il de si important dans son dos qui puisse l’arrêter en plein élan de connerie, si ce n’est… ah oui, si ce n’est un intrus dérangeant. Un allemand. Du moins c’est ce qu’en déduisit Emy, à entendre la voix qui s’éleva dans son dos. Cigarette sur le point d’être de nouveau portée à ses lèvres, elle se figea, ne songeant même pas à contredire le jeune homme qui lui arracha le bâton de tabac pour l’écraser, un doigt sur les lèvres.

Hum, voilà quelque chose qui lui inspirait que, étrangement… la soirée allait prendre un cours étrange. Pour elle du moins, parce qu’elle avait la subtile impression que Nate s’y connaissait. Ce qui aurait pu faire naître des soupçons dans son esprit si elle n’avait pas, par pur réflex de survie, prit l’initiative d’aller également se coller contre le mur, dans l’ombre. Habitués à l’obscurité, ses yeux cherchèrent les ombres desquelles devaient nécessairement s’élever les voix. Deux silhouettes, celles d’une femme et celle d’un soldat. D’un officier même, à en voir le képi qui se dessinait sur sa tête.
« Retournez derrière, je m’en charge. »
Pas de doute possible, c’était bien un allemand. Comment louper l’accent ? Furtivement, Emy jeta un coup d’œil au jeune homme qui rasait les murs, avec des airs de prédateur. Mais euh… à quoi il jouait là ? Finalement, des soupçons, il ne lui en fallut pas plus pour en avoir. Ce qu’il fichait là, cette intrusion qui ressemblait vaguement à une attaque… Nate ? Elle préférait ne pas laisser cours à son imagination pour le moment, mais là… Sourcil froncés, elle ne cessait de l’observer, se demandant ce qu’il comptait faire là tout de suite maintenant. Et rapidement, la réponse vint. Sous ses yeux ébahis, le jeune homme sauta sur l’allemand, envoyant violement son poing dans son menton. La jeune femme resta un instant figée, trop surprise pour se poser plus de questions, comme par exemple, la réaction qu’elle devrait avoir, maintenant. Heureusement, le jeune homme ne tarda pas à la sortir de sa torpeur ahurie.
« GET OUT AHEAD ! hurla-t-il, visiblement à son attention, étant la seule à parler anglais dans les parages. Du moins, à sa connaissance. »

Prise d’un sursaut, elle se décolla de son mur, les prunelles un instant posées sur la rue que cet… ordre presque, lui indiquait. Un cul de sac, merci Nate. A moins qu’il n’y ait une feinte, mais là, franchement, ça n’était pas le moment… Elle eut un moment d’hésitation. Sans le vouloir – ou presque – elle commençait à comprendre deux-trois choses… relativement surprenantes. Et c’était un euphémisme. Le problème étant que si ces choses s’avéraient réelles, elle avait plutôt intérêt à faire ce qu’il lui disait. L’espace d’une seconde, elle croisa son regard. Bon, d’accord, elle avait comprit le message. Et sans plus se faire prier, pour une fois, la jeune femme s’éloigna rapidement dans la rue que le jeune homme venait de lui indiquer ; non sans avoir noté que le nazi se remettait doucement de sa surprise. Pas bon ça, pas bon du tout… Arrivée au bout de la rue, elle s’arrêta. Un cul de sac, c’était bien ce qu’elle savait. Mais avec les bennes posées devant le mur… Nouveau froncement de sourcils. Cette histoire commençait à la fois à l’intéresser au plus haut point et à ne pas lui plaire du tout. Vivement, elle se retourna. De là où elle était, elle pouvait à peine apercevoir ce qui se passait, mais elle le sentait relativement mal. D’autant plus que la patrouille qui était passée tout à l’heure ne devait pas être loin… Immobile, elle attendit, sur le qui-vive. Jusqu’à de nouveau bruit de bottes. Au même moment, le jeune homme lui apparut.
« Nate, patrol ! lança-t-elle sans crier top haut. Il devait l’avoir entendue. »
Et Dieu créa l’anglais, n’est-ce pas ? Elle avait hésité un instant avec le russe, mais elle doutait que le jeune homme ne la comprenne. Et franchement, ça n’était pas le moment.

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MessageSujet: Re: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Ven 5 Nov - 23:06

    En fait, je reste planté en plein milieu de la ruelle. Cela ne me viendrait pas à l’esprit de me retrouver face à face avec d’autres types dans le genre. La haine féroce d’avoir été dénoncé me donnerait au moins la force d’en mettre un autre à côté de celui-ci. D’ailleurs, mon regard parcours sa silhouette effondrée, l’espace de quelques secondes. En se cassant la figure, après que je l’ai royalement assommé, je suppose qu’il est mal tombé. Oh, la supposition vient du fait qu’il s’est fracassé le nez contre les pavés, et qu’il saigne abondement. Ca leur apprendra, à essayer de tuer un membre de la Brigade ! Et encore plus lorsque c’est par une dénonciation. Qui lui prouve, à part les paroles de cette femme, que je suis un réel danger ? Imaginez que je ne sois pas celui qu’ils croient ? Ils seraient prêts à tout, même à tuer des innocents, pour exercer leur cruauté. Bon, j’avoue, je ne suis pas tout blanc, mais bon… Ils auraient très bien pu s’en prendre à Emy ! Ce qui se passera sans doute si elle ne se dépêche pas de foutre le camp d’ici.

    « Alors, l’ordure, ça t’amuse de tuer des gens en pleine rue ? C’est plus marrant quand c’est chez les autres hein ? »

    Je me retiens de lui donner un coup de pied là où je pense, jugeant que toute façon, dans l’état où il se trouve, cela perdra de son importance. Alors, je me contente de le regarder avec un grand sourire, priant tout de même pour que ses gentils camarades ne rappliquent pas. Parce que, d’accord, je pourrais facilement les terrasser, mais je me vois mal me taper l’affiche à côté de la Gestapo, en sachant pertinemment que si quelque chose arrive, ils enverront du monde à la rescousse. Chose qui risquerait de m’être fatale, au final.

    Je continue à le surveiller, des fois que… Quand des bruits de pas légers, et accélérés m’alertent. Je me prépare à toute esquive au cas où se serait une attaque. Mais lorsque je me retourne, en gardant tout de même le coin de l’œil rivé sur le soldat au sol, je me détends un peu. Emy a enfin décidé de se bouger. Ca a un côté rassurant, même si je me demande si elle a compris où je veux en venir avec ma suggestion de rue. Non parce que, à première vue, on aurait tendance à rester bloqué au sol, en regardant le mur de l’impasse. Mais avec un peu plus d’observation, cette benne à ordure peut être très utile. Genre, pour grimper de l’autre côté. J’espère juste pour elle, et pour moi, qu’elle sera plus observatrice que moi la première fois. Non parce que rester coincé pas moins de cinq minutes avec toute une plâtrée de SS à vos trousses, c’est ce qu’on appelle une perte de temps. Et si Emy se résigne à faire de même, alors je n’aurai plus qu’à infliger une deuxième baigne à ce pauvre petit enfoiré de nazi pour lui laisser encore du temps.

    Mais problème. Plus le temps passe, et plus les autres se rapprochent. La vendeuse de rêve ne va pas tarder à prévenir les collègues de ma victime, en leur disant qu’il ne revient pas. Et là, j’ai plutôt intérêt à ce que la jeune fille soit partie en courant depuis longtemps. Parce que de courir tout seul, c’est déjà dur, mais en hurlant sur une gamine pour qu’elle se sauve, et qu’elle bordel, elle avance plus vite que moi, c’est peu envisageable. Non, je vous assure, je n’aime mieux pas y penser. Et pourtant, si je savais…

    « C’est ça, fait dodo mon petit, fais un gros dodo ! »

    Je croise le regard de la jeune fille, alors qu’elle passe furtivement à quelques mètres de moi. Sa chevelure brune se fond dans l’obscurité du recoin où elle se niche en attendant de bondir en pleine lumière, pour rejoindre le cul-de-sac. Seuls ses yeux, ses grands yeux verts, me paraissent éclairés. Je tente de lui dire, rien que par la sévérité de mon visage et mes sourcils froncés, qu’il faut qu’elle fasse ce que je lui ai dit de faire.

    J’avoue que lui donner des ordres -comme donner des ordres à tout le monde d’ailleurs- est plutôt tentant. Disons que cela montre une certaine hiérarchie entre nous. Le plus fort qui fait face à la plus faible, si on veut –et moi je le veux ! Ce n’est pas comme si j’avais besoin d’affirmer ma supériorité, puisque je peux le faire n’importe quand... Le fait est que dans ce cas-là, il est difficile de ne pas m’écouter. Je suis le seul de nous deux à connaître assez bien les folles cavalcades clandestines dans un Paris plongé dans le noir. Si elle veut sauver sa peau, il faut qu’elle parte. C’est à peu près ça que lui dit mon regard. Et il emblerait qu’elle ne soit pas là pour rechigner. En moins de temps qu’il ne me faut pour le dire, nos yeux cessent de s’accrocher, elle bondit comme un chat dans le feu des projecteurs, pour aussitôt repartir dans l’anonymat. Sa seconde de gloire, on va dire !

    « Hummf… »

    Oups. Aurais-je oublié quelqu’un ? Ah oui, y’a un gars par terre, à qui je viens de casser la figure sans qu’il me voit, et que j’ai failli négliger. Et là, il est sur le point de se réveiller. Je vois un de ses yeux qui s’ouvre, mais j’ai l’excellent reflexe d’enfoncer mon visage dans mon écharpe pour me protéger de son regard. On ne sait jamais… Un cassage de figure n’a pas toujours l’effet d’un lavage de cerveau, si vous voyez ce que je veux dire. Et si jamais il se souvient de moi, ce qui devrait être simple, je suis fichu.

    Je laisse le temps à Emy de filer, sans avoir la réaction voulue. C’est-à-dire le temps de réaction, qui permet d’être efficace, et de neutraliser l’adversaire avant même qu’il n’ait le temps de réaliser ce qui lui arriver. Mais en fait, mon côté sadique qui a cette folle envie de se venger de ce que nous font vivre ces hommes, m’empêche de faire le moins de dégâts possible. Il aurait pu me tuer, je pourrais faire de même. Mais au lieu de ça, je préfère laisser du temps à ma camarade de s’enfuir loin, puis d’assurer mes arrière et de rentrer gentiment dans ma cachette secrète. Sauf qu’au lieu que tout se passe exactement comme je l’avais imaginé, la voix de la jeune fille, plus claire que jamais, se fait entendre. C’est de l’anglais. Et comme si nous avions dressé un code depuis toujours, je me doute que c’est mauvais. Le temps que la signification de ses mots me vienne à l’esprit, je me remets en position d’attaque. Il y a une sorte d’angoisse, dans sa voix. Moi, je suis en forme. On dirait que l’adrénaline fait son effet !

    « Nate, patrol ! »

    Toujours protégé par mon châle, je me penche par-dessus lui, histoire qu’il voit quand même quelque chose dans mes yeux demis clos, puis un coup de pied plus tard pour le neutraliser complètement, je prends l’initiative de partir à mon tour. Malheureusement, je crois que nous allons devoir courir tous les deux… La chose que je commençais à redouter le plus arrive donc. Ces voix d’hommes, qui s’expriment dans un jargon brutal et sec, se rapprochent par l’endroit où ils avaient disparu. Vers la droite, en l’occurrence.

    Je bondis, de la même façon que n’importe quelle gazelle qui tente de déguerpir. Une chance pour moi que je sois habitué à ce type de situation ! Je prends une foulée rapide, mesurant cependant mes gestes pour éviter de me fatiguer inutilement. Lorsque je lève la tête pour évaluer la distance qui me sépare du haut du mur, je la vois. Elle est encore là, dressée de toute sa hauteur. J’aimerais bien lui dire de dégager de là immédiatement, mais je doute qu’elle sache où aller se cacher. Alors sans broncher, je grimpe habilement sur la benne, franchit le mètre restant pour atteindre de haut du mur -dans la foulée-, puis m’assieds vers le gouffre que je souhaite rejoindre. Emy est à mes côtés. Je ne la vois pas, dans la pénombre, mais je sens sa présence de façon assez importante.

    « Bon, petite, je saute en premier. T’auras qu’à te laisser glisser, j’te rattraperai. Ensuite, cours. C’est tout ce qu’il faut faire. Cours vite, et rase les murs. »
    Et sans attendre de réponse, je me jette dans le précipice, atterrissant lourdement de l’autre côté, avec un gémissement de douleur. Mes chevilles vont s’en souvenir demain matin. J’attends qu’elle se décide à descendre aussi, la rattrapant comme je peux pour qu’elle évite de se fracasser comme l’autre ordure sur les pavés. J’entends les voix parler fort. Il semblerait que le corps ait été découvert. Enfin, le corps, je dirais plutôt le comateux. Je fais en sorte que mes mains empoignent sa taille d’une fragilité à couper le souffle, avant de la mettre sur ses pieds.

    Et sans plus perdre de temps, je pars à toute allure jusqu’au bord du mur, pilant pour voir si la voie est libre. Petite bifurcation sur la droite, je rentre dans une rue à peine éclairée. Je sais qu’elle mène à proximité du vieux local qui me sert de repère lors de mes nombreuses sorties. Au fond de cette rue, la grange sur la gauche pourrait bien nous sauver et nous protéger de la vue des nazis…
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Emy Hale
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MessageSujet: Re: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Sam 13 Nov - 0:12

« La curiosité est un vilain défaut » disait le proverbe.
Non sans raison, d’ailleurs. Certes, dans les maximes, parmi les centaines que la langue française offrait, il ne fallait pas chercher bien loin pour en trouver des stupides. A la mesure de ceux qui se plaisaient à les prononcer d’ailleurs. « Qui vole un œuf vole un bœuf » avait un jour, il y avait un certain temps maintenant, dit une vieille institutrice à une Emy qui s’était empressée de lui rétorquer que si elle voyait un œuf de la même façon qu’un bœuf, il était temps pour elle de s’inquiéter. Ce qui, somme toute, n’était pas totalement faux. Mais heureusement pour les adeptes de bons mots, les dictons n’étaient pas tous des phrases désuètes, tout juste bonnes à combler un manque de répartie ou dans la conversation. « La curiosité est un vilain défaut ». A considérer une situation comme celle dans laquelle se trouvait la jeune femme, dans cette ruelle mal famée à se demander pourquoi Nate semblait avoir des démêlés un peu plus importants que ceux de la quasi-totalité des parisiens avec les allemands, le proverbe prenait tout son sens. Et tout ça pour avoir voulu en apprendre un peu plus sur cette lutte souterraine qui faisait rage dans l’ombre de Paris, ou encore ce qui pouvait bien se tramer du côté de l’Occupant. Par curiosité, oui. Une personne sage et raisonnable se le serait tenu pour dit, sans doute, en se promettant qu’on ne l’y reprendrait pas ; ou n’aurait peut-être même pas quitté l’Opéra plus tôt pour aller traîner dans ces coins aussi peu recommandés que recommandables. Peut-être. Mais Emy ne possédait aucune de ces merveilleuses et idiotes – de son point de vue – qualités qu’étaient la sagesse et la mesure. Le don de savoir qu’il est des choses qu’il vaut mieux ne pas chercher à savoir aussi. Mais après tout, elle était journaliste. Inutile de développer la justification, le mot parle de lui-même.

Si la curiosité, finalement, n’était pas un si vilain défaut, au moins ce soir n’avait-ce pas été une bonne idée. Et encore. Un peu d’adrénaline n’avait jamais tué personne… hum. En effet, au regard de la période que vivaient les parisiens et le reste des français comme de nombreux autres peuples européens, la plaisanterie était vaguement déplacée. Sans doute était-il justement là le problème. En ce moment, dans les rues de Paris, trop d’adrénaline… tuait. Régulièrement. Comme la chose aurait très bien pu se produire ce soir ; et le pouvait d’ailleurs encore. Dans un sens ou dans l’autre, d’ailleurs. Mais ce soir, si le premier officier nazi avait une chance relativement insolente de s’en tirer à si bon compte, il n’en allait plus de même pour Nate et Emy qui, comme elle venait de le lui signaler en anglais, avaient plutôt intérêt à s’éloigner rapidement s’ils ne voulaient pas être appréhendés pour agression. Ce qui, franchement… n’était pas une bonne idée. Elle doutait qu’on ne leur pardonne facilement ce genre de dérapages et passer faire un tour à la Gestapo ne la tentait vraiment pas. Téméraire, mais pas suicidaire. D’autant plus qu’elle n’avait rien à cacher, sinon une aversion à peine dissimulée pour ceux avec lesquels elle était si acide, si l’on cherchait bien, au travers de ses articles. Pour ce qui était du jeune homme, en revanche… Comment ne pas avoir de soupçons ? Certes, Nate avait toujours l’air de cacher quelque chose, mais là, le quelque chose en question semblait avoir des conséquences plus qu’inattendues. Et le pire dans cette histoire ? Elle n’avait même pas le temps de lui poser des questions car, comme elle venait de l’en prévenir, une patrouille était sur le point de montrer le bout de ses bottes ; une patrouille qu’il valait mieux ne pas avoir à croiser.

Raison pour laquelle Emy posa deux prunelles attentives sur la silhouette du jeune homme, qu’elle devinait penchée au dessus du corps engourdi de l’allemand. Qu’il valait mieux ne pas croiser signifiait s’en aller… maintenant. N’est-ce pas Nate ? Parce que bon, c’est bien beau de faire joujou avec un occupant mais bon, un seul quoi… Finalement, il sembla comprendre le regard qu’elle dardait sur lui – ou pas, mais passons – puisque, un coup de pied plus tard, il tourna les talons dans la direction de la jolie brune s’enfonçant également dans la rue que l’on pourrait prendre pour un cul-de-sac. Et qui l’était, à bien y regarder, mais a tout problème sa solution. Ici, des poubelles. Avec un dernier regard un brin méprisant en direction du corps – inconscient ? Elle n’en savait rien – du nazi, Emy le suivit. Au son des bottes qui se rapprochaient, elle pouvait aisément juger que s’attarder ne serait pas la meilleure idée qui soit. Agile, elle se retourna et retrouver l’obscurité de la ruelle au bout de laquelle deux bennes permettaient de gagner le haut du mur, et de passer de l’autre côté. Restait à monter sur les bennes, ce que Nate venait de faire avec une aisance qui trahissait l’habitude. Inutile de dire qu’il n’était pas temps de se louper. Lestement, elle grimpa à son tour puis alla doucement s’asseoir sur le rebord du mur aux côtés du jeune homme. Là, elle contempla un instant les ténèbres de la rue qui s’offrait à eux. Enfin, pour ce qu’il y avait à contempler… Du noir. Avec quelques lampadaires fatigués à intervalles réguliers qui diffusaient autour d’eux une lumière saumâtre et douteuse. Et après ? Un dédale dans lequel ils n’auraient sans doute pas plus du mal à perdre les allemands qu’à se perdre eux-mêmes. Mais tant pis, mieux valait chercher sa route une ou deux heures que de la voir toute tracée dans une direction… disons peu enviable.

« Bon, petite, je saute en premier. T’auras qu’à te laisser glisser, j’te rattraperai. Ensuite, cours. C’est tout ce qu’il faut faire. Cours vite, et rase les murs. »
Dans une toute autre situation, Emy aurait sans doute réagi au « petite ». Du moins, c’était plausible. Mais après tout, il y avait tellement longtemps que Nate la traitait comme une enfant qu’elle ne savait même pas s’il était utile de relever ou non. D’ailleurs si, c’était inutile. Mais parfois bien trop agaçant pour la fierté vaguement déplacée parfois de la jeune femme. Pas ce soir en l’occurrence ; inutile de compliquer les choses. Sans répondre, donc, elle hocha la tête bien qu’il ne puisse sans doute pas le voir dans l’obscurité ambiante. D’ailleurs, elle ne le voyait pas plus ; ou du moins très vaguement. Mais impossible d’ignorer sa présence, sa voix ou même son parfum qu’elle connaissait par cœur – à son plus grand dam, comme beaucoup de détails qui n’avaient pas lieu d’être. Sans même attendre de réponse, le jeune homme en question se laissa glisser en avant, se réceptionnant non sans regretter la dureté du sol, aucun doute à cela. Un sourire presque railleur étira les lèvres d’Emy qui hésita un instant à lancer une pique. Pour finalement décider que les voix qui s’élevèrent soudain, reconnaissables à leur accent tranché, excluait toute parole qui n’était pas absolument nécessaire. Avec un simple soupir, donc, elle suivit le mouvement de Nate, ne cherchant même pas à se demander s’il comptait bien la rattraper ou non – après tout, elle était grande et pouvait très bien se débrouiller seule. Mais avant qu’elle ne puisse vraiment s’y attendre, deux mains se refermèrent autour de sa taille et la déposèrent correctement au sol. Hum. Elle repoussa une mèche rebelle qui gênait son regard, plus pour faire un geste qu’autre chose, puis croisa un instant son – superbe – regard avant qu’il ne tourne les talons rapidement. Sans attendre, elle suivit le mouvement, entendant non sans une certaine satisfaction que les voix, toujours aux environs de l’endroit où ils avaient laissé l’allemand, s’éloignaient au fur et à mesure qu’il avançait. Mais ne jamais crier victoire trop tôt, sait-on jamais.

Et la course reprit. Derrière le jeune homme, la journaliste s’arrêta brusquement au coin d’une rue, pour repartir dans un coin plus obscur encore et qu’elle connaissait aussi bien que le Groenland – je vous laisse deviner le niveau de connaissance. Une moue lui échappa, assortie au froncement de ses sourcils. Elle n’aimait pas foncièrement ça… n’absolument pas contrôler la situation. Se laisser balader ; et encore moins lorsqu’il s’agissait de Nate. Malheureusement, elle avait tout sauf le choix ce soir, aussi dut-elle se résoudre à se taire et à avancer, en tentant de capter tous les bruits possibles et imaginables. De ce chien un peu bruyant à cette lointaine voiture, en passant par de rares éclats de voix. Où étaient-ils ? Et la rue continuait, relativement longue, au rythme des longues foulées du jeune homme qu’elle ne pouvait jamais tout à fait rattraper. Compréhensible, au regard de la différence de taille, dira-t-on. Et essaye de le suivre en restant à ses côtés l’ayant conduite à trébucher sur un pavé traître, elle se résigna, après s’être rattrapée au mur, à rester un arrière. Enfin, il s’arrêta devant une porte, sur le côté gauche de la rue. Vaguement essoufflée, Emy le rejoignit. Voilà une soirée qui se terminait en queue de poisson – si tant est qu’elle soit terminée, ce qui était de loin le point le moins sûr dans toute cette affaire. Une fois rentrés dans ce qui ressemblait de près comme de loin à une vieille bâtisse abandonnée, la jeune femme referma la porte et s’y appuya un instant, détaillant l’endroit des yeux. Ca n’était pas… grand. Mais au moins, ils seraient tranquilles.

« God, we’re safe ! lâcha-t-elle avec une pointe marquée de rire dans la voix, en référence à leurs précédents échanges en anglais. »
Ceci dit, elle posa les yeux sur Nate. Maintenant, il avait quelque chose à lui expliquer : la raison pour laquelle le premier officier semblait le chercher.
« Maintenant, Nate, explique moi pourquoi justement we needed to be safe. »
Nouveau sourire et ton rieur, un regard sévère en plus, tranchant avec sa voix. Elle avait l’air de plaisanter comme ça, avec ses histoire d’anglais, mais pas du tout.

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MessageSujet: Re: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Lun 15 Nov - 21:18

    Elle ne tarde pas à entrer dans la vieille grange, elle non plus. En même temps, ce n’est pas comme si elle avait le choix. Moi et cet endroit plutôt malfamé, ou elle seule et toute une horde de nazis assoiffés de… D’idées étranges. Non, en fait, je n’ose même pas y penser, et les seules choses qui me viennent à l’esprit ne sont pas franchement agréable. Ni à attendre, ni à dire.

    Alors qu’elle vient de se glisser dans la fente qui sert de porte, je m’empresse de trouver de quoi condamner l’entrée. Il serait bête de se faire repérer après tout ce boulot, n’est-ce pas ? C’est finalement sur une vieille taule rouillée que s’arrête mon choix. Avec une habilité qui m’étonne moi-même, je tire la plaque de métal ondulant avant de la glisser –avec le moins de bruit possible- sur le sol crasseux. Mais pas en entier, bien sûr. Quelques centimètres entre le mur et la porte improvisée, de façon à ce que l’air, mais aussi la lumière des réverbères puissent entrer. Ne nous laissons pas mourir de froid dans ce hangar. Ce n’est pas que nous sommes en plein automne, et que les nuits deviennent de plus en plus glaciales mais… Si, en fait. C’est le cas.

    Avant même de me poser, je m’arrête pour écouter les bruits de la rue. Je n’entends plus rien. Paris semble paisible, en ce moment. Ce qui est plutôt un pléonasme, vu que Paris n’est jamais calme, et surtout pas avec une domination allemande. Enfin, si on peut appeler ça une domination. Parce que mise à part nous affaiblir en nous privant de nourriture –et de café !-, ils ne font pas grand-chose d’autre. Regardez ! Un homme et une femme arrivent à semer tout un tas de soldats en uniforme, qui sont censés garder leur quartier. Tu parles d’une bande d’incapables toi ! Heureusement que la Résistance est plus adroite. J’aurais honte de faire partie de ces minables. Autant, je respecte les allemands, dans leur pays, qui doivent se plier aux règles du Reich sous peine de voir leur famille détruite… Mais eux ! Qui sont fiers de porter leurs médailles, et de les faire carillonner en marchant la poitrine bombée… Non sérieusement, je trouve ça de très mauvais goût.

    « God, we’re safe ! »

    Je ne peux m’empêcher de sourire à son soupire de soulagement. Parce que oui, il y a de quoi être soulagé. Quand je pense qu’il y a encore cinq minutes nous aurions pu y passer, si je n’avais pas eu le réflexe de me jeter sur notre potentiel futur attaquant… Ouais, c’est un peu moi le héro de l’histoire ! Nate ? Quoi ? Ca te dirait d’arrêter de te lancer des fleurs, là ? Non parce que je crois qu’elles sont mieux dans les parterres de la ville. Ca ne fait pas très viril, sur toi.

    Je m’empresse de chasser cette ras-joie de petit voix, qui essaie toujours de me voler la vedette, en allant m’asseoir dans le coin opposé à celui où se trouve la jeune fille. Les jambes repliées contre moi pour optimiser notre espace vital, je colle mon dos contre le mur, et y appuie également ma tête. Mes yeux rencontrent deux choses qui brillent dans l’obscurité. Je me doute que cela doit être ses yeux à elle.

    Nate ? Quoi, encore ? Avoue, ce n’est pas plus mal, que tu ne fasse que les deviner, ses yeux ? Ah ouais, et en quoi ça devrait me réjouir ? Parce que ce sont les seuls yeux à ne pas paraître ridicules à côté des tiens. En couleur, je veux dire… Et ? Sous prétexte qu’ils ont une couleur différente, je devrais être heureux de ne pas les voir, là, maintenant ? C’est un peu contradictoire, ton truc, la voix. Ouais, mais on sait tous très bien que tu cherches toujours à les attraper. Roh mais ce n’est pas vrai, ces voix ! On ne peut plus manipuler les gens tranquillement ? Allez, rendors-toi, c’est mieux quand t’es pas là !

    « Maintenant, Nate, explique moi pourquoi justement we needed to be safe. »

    Bon, cette fois, je me mets à rire de mon plein gré. Ah non, pas parce que ce qu’elle a dit est drôle, mais parce qu’elle l’a dit d’une façon tellement… Originale ! Vous connaissez le franglais, vous ? Je ne le parle pas souvent, heureusement, mais quand on le parle devant moi, quelle bonne rigolade ! La pauvre –si je puis dire, parce qu’entre nous, le plus fauché, c’est peut-être bien moi-, elle risque d’en prendre pour son grade. Et vous savez quoi ? Rien que pour ça, je suis prêt à sortir mes plus belles âneries.

    Etendant un peu mes jambes sur le sol gelé, je commence à habituer mes yeux à la pénombre. Une onde lumineuse éclaire son visage, maintenant qu’elle a légèrement bougé. L’un de ses yeux est éclairé, et devient presque aussi fluorescent que celui d’un caméléon. Je me concentre sur sa pupille, complètement dilatée. La faute à l’obscurité !

    « Because I’m the mec le plus sexy of Paris, so même les men me veulent dans leur bed at night. Are you étonnée ? »

    Ben quoi ? Moi aussi je parle bien le franglais ! Et avec les accents parfaits sur chaque mot, s’il vous plaît. Et le sourire, sinon, je n’en vois pas l’intérêt. Je ne m’attends même pas à une réaction de sa part, préparant déjà une seconde réplique. Mais avant de la sortir, je m’assure que les voix que j’ai cru entendre dehors ne sont que le fruit de mon imagination. Je finis même par me demander si ce n’est pas celle du personnage secondaire de ma schizophrénie, alias mon emmerdeur de pensées. Vous savez, celui qui passe son temps à me dicter les règles, comme s’il était ma mère. Comme si je n’avais pas déjà assez de ma génitrice d’ailleurs. Quoi que, dans le genre, la jeune fille en face de moi n’est pas mal du tout. Malgré son très jeune âge, elle a tendance à vouloir compenser en me faisant la morale. Pauvre enfant…

    Finalement, je me rends compte que ce que j’entends depuis quelques minutes n’est que le cri étouffé d’un rongeur qui est resté bloqué quelque part derrière moi. Je me lève, renversant une palette par la même occasion. Dans le genre discret, j’ai encore fait fort… Je n’avais même pas remarqué qu’elle se trouvait là, pour l’instant. Voilà qui n’est pas si mal, pour se protéger de l’humidité du sol. Tandis que le rat, libéré de sa prison de bois, se met à gambader autours de moi, je tire, avec les forces qu’il me reste, cette palette vers le centre de la ‘pièce’. Je l’indique d’ailleurs, d’un geste de la tête, à la jeune fille.

    « Votre carrosse est avancé, jeune fille. Attention aux échardes dans les fesses, par contre. Même avec toute la volonté du monde -vous vous en doutez-, je n’ai pas les qualités requises pour les retirer ! »

    Je m’installe en tailleurs, appréciant d’être au sec. La raie de lumière est un peu plus large, d’ici. Voilà de quoi me sentir moins oppressé. Je sens l’odeur de la jeune fille se rapprocher. Pas que je la connaisse par cœur, depuis toutes ces années, mais… Ben en fait, c’est un peu comme si c’était vrai. C’est un comme quand vous mettez votre nez dans la lavande pour la première fois. C’est une odeur particulière, et à chaque fois que vous la sentez, vous la reconnaissez. Mais comme pour m’obliger à changer de sujet (les odeurs dans une sorte de grotte imrpovisée ne sont pas si agréables, à moins que le parfum poussière vous rappelle un de chez Channel…), je me rappelle soudain qu’elle m’avait posé une question. Et je doute que ma réponse ait été suffisante. Alors autant la compléter, pas vrai ?

    « Non, plus sérieusement… J’ai couché avec sa copine, mais comme cette -Je ne dirai pas le mot- n’a pas assumé le fait que c’était cent fois mieux –voire plus- avec moi, elle lui a dit que je l’avais violée. Petit nazi essaie de résoudre ses problèmes de sexe en tapant un pauvre petit innocent. C’est révoltant, hein ? »

    Voilà qui a le mérite d’être clair… Pas que ce soit vrai, bien sûr. Mais, je me voyais plutôt mal lui dire, de façon aussi naturelle, que mes occupations nocturnes ont un but… Illégal ? Genre, tractes, journaux étrangers et pêche à l’information. D’ailleurs, je me demande si elle-même n’était pas en train de faire des choses dans le genre aussi. Parce que finalement, une si jeune fille qui traîne au Moulin Rouge -idées de prostituées à part-, c’est aussi mal qu’un homme qui s’y trouve au même moment. C’est bien beau de faire la morale quand on est dans le même cas… Je me décale un peu pour lui faire de la place sur mon tapis de dix centimètres d’épaisseur.

    « Et toi, je sais que tu m’adores, mais si tu veux une interview, tu peux me demander. Pas besoin de me suivre, tu sais ! »
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Emy Hale
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MessageSujet: Re: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Lun 22 Nov - 18:32

Celle-ci, on ne la lui avait encore jamais faite. Un an, et même plus, d’occupation allemande déjà, et pourtant, jamais Emy n’avait eu à se terrer dans une petite grange un brin miteuse pour échapper à une patrouille allemande après l’avoir semée dans les rues parisiennes. Et pourtant, ça n’était pas faute de les avoir arpentées, ces rues. Occupation ou non, ça n’était pas ça qui arrêtait ou arrêterait l’intrépide jeune femme qu’elle était. Se cacher, se faire toute petite, s’éclipser discrètement, oui. Mais fuir sous peine d’être arrêtée… non, on ne la lui avait encore jamais faite. Le pire dans cette affaire – qui, face à ce qui se passait à Paris ces derniers temps, n’avait rien de particulièrement grave d’ailleurs – c’était sans doute à cause de quoi – de qui elle avait démarré. A cause de Nate. Non pas qu’elle n’ait pas l’habitude de voir cet idiot – hum - s’attirer des problèmes – et au passage, de lui en attirer également ; non, ça, elle savait qu’il en était parfaitement capable. Mais de là à sembler être traqué par les allemands… il y avait un fossé. Les nazis avaient beau avoir la paranoïaque tendance à se méfier de tout et de tout le monde, elle ne les avait pas encore vus se mettre à traquer un homme juste pour le plaisir de lui mettre la main dessus. Nate n’était pas Juif. Nate n’était pas foncièrement engagé politiquement – du moins, officiellement. Nate n’était pas sensé être résistant. Nate, mise à part sa ô grande… connerie, et elle doutait que ça ne soit un motif valable à ce qui s’était passé ce soir – quoi que, savait-on jamais avec lui - ; Nate n’avait rien qui puisse justifier une animosité particulière de la part de ces chers germaniques. Alors pourquoi avait-il visiblement fallu qu’il ne saute poing en avant sur cet officier pour avoir une chance de finir la soirée autre part que dans les bureaux de la Gestapo ? – dont on ne parlait pas franchement comme un endroit agréable et sympathique où passer la fin de la nuit.

« Because I’m the mec le plus sexy of Paris, so même les men me veulent dans leur bed at night. Are you étonnée ? »
Hum… c’était une réponse comme une autre. Connaissant le jeune homme s’entend. Emy poussa un soupir, se laissant glisser contre son pan de mur pour s’asseoir. Pourquoi avait-elle posé la question déjà ? Non parce que vraiment, elle doutait que ça ne serve encore à quelque chose, après toutes ces années. Le jour où il lui répondrait franchement et sérieusement du premier coup, elle avait fini par s’y résoudre depuis le temps, serait un jour à marquer d’une pierre blanche. Ou alors un jour à s’inquiéter pour la santé mentale et physique du jeune dont l’état normal semblait de sortir idiotie sur idiotie le plus souvent, lorsqu’ils étaient tous les deux du moins, dans le but ou de la faire sortir de ses gonds ou de lui cacher du plus infime détail aux trucs les plus importants. Et bizarrement… ce soir, elle penchait pour la seconde option. Détail ou importance, là était la question. Combien de fois avait-elle bataillé avec lui pour finir par découvrir que ce qu’elle voulait savoir était à peu près aussi intéressant et profond qu’une petite cuillère ? Elle ne préférait pas compter, si tant est que la chose soit possible. Dans l’obscurité, elle pouvait presque deviner son large sourire, accompagnant inévitablement chacune des âneries qu’il débitait à la minute – soit un certain nombre. Son large sourire… et ses improbables prunelles qui brillaient toujours avec un certain éclat, même dans le noir. A moins que ça ne soit ses yeux à elle qui ne lui jouent des tours parce qu’ils aimaient particulièrement ceux du jeune homme ? Non, certainement pas. Ils n’étaient que bleus après tout. Profond, fascinants et terriblement envoûtants. Stop.

L’air de rien, sous le prétexte de jeter une œillade dans le petit espace laissé ouvert sur la rue, elle détourna la tête. En plus, il arrivait sans rien faire à ce qu’elle ne s’emmêle les pinceaux toute seule, ce qu’elle détestait. Dehors, tout semblait calme. Placide même. Le silence de la nuit avait perdu de ses échos feutrés et pesait lourd sur la capitale qui courbait l’échine. Lourdement. C’était là, dans ces moments de calme là, que tout ce qui s’était passé ces deux dernières années prenait tout son sens. La guerre, la soumission d’un pays entier, quoi que l’on puisse en dire… C’était là, dans ces moments de calme là, qu’Emy avait tendance à se demander ce qu’elle foutait encore assise derrière un bureau dans les locaux de la rédaction d’un journal censuré à ruser avec les mots et le tournures de phrase pour faire passer ses propres opinions. Quand d’autres se battaient finalement. Pour de vrai. Si un jour tout ça terminait, si un jour la France recouvrait sa liberté – et Dieu seul savait qui serait encore là pour le voir, si la chose arrivait – que serait-elle ? Que verraient les gens ? La journaliste collabo se pliant aux exigences nazies ? Celle qui tentait de tenir tête à sa façon ? Ni l’une ni l’autre sans doute. Rien, elle n’était rien là-dedans… et d’ailleurs, ça n’était absolument pas le moment de se poser des questions existentielles. Brusquement, il y eut ce fracas son nom dans son dos. Emy sursauta, se retourna vivement vers son compagnon de galère qui s’était redressé, entraînant au passage la chute d’une palette. Bravo, Nate, bravo, quelle discrétion… Elle le fusilla un instant du regard avant de revenir à l’interstice de la porte. Personne. De nouveau, elle n’entendit plus qu’elle ne vit le jeune homme trainer le morceau de planche. Perplexe, elle le dévisagea.

« Votre carrosse est avancé, jeune fille. Attention aux échardes dans les fesses, par contre. Même avec toute la volonté du monde -vous vous en doutez-, je n’ai pas les qualités requises pour les retirer ! »
Une moue lui échappa, dont on ne saurait dire si elle apparaissait comme amusée ou agacée. L’espace d’un instant, elle observa ce que, dans l’obscurité, elle pouvait voir de ses traits avant de se lever agilement, non sans avoir jeté un dernier regard à l’extérieur. Ils ne risquaient plus rien – ou presque, le danger n’était jamais totalement absent ces derniers temps – ils auraient pu sortir sans doute. Doucement, elle alla s’asseoir au côté de Nate, l’air à la fois pensif et assuré tout en sachant pertinemment qu’elle aurait bien mieux fait de décider que traîner ici n’était plus nécessaire. Il y avait longtemps, maintenant, qu’elle connaissait le jeune homme. Assez pour, une fois assise, rassembler ses jambes contre sa poitrine en restant sur son coin de palette, menton posé sur ses genoux. Non loin, très près même, trop près, elle sentait la présence de Nate. Elle détestait ça d’ailleurs. Sentir sa présence, comme si la chose avait la moindre espèce d’importance. Parce qu’elle avait l’impression d’être troublée, vaguement, et que ça aussi, elle détestait. Ca surtout d’ailleurs. Il y eut un instant de silence. Elle songea qu’il n’avait pas répondu à sa question plus tôt, et se demanda s’il comptait la laisser là-dessus, si elle allait devoir insister…
« Non, plus sérieusement… J’ai couché avec sa copine, mais comme cette -Je ne dirai pas le mot- n’a pas assumé le fait que c’était cent fois mieux –voire plus- avec moi, elle lui a dit que je l’avais violée. Petit nazi essaie de résoudre ses problèmes de sexe en tapant un pauvre petit innocent. C’est révoltant, hein ? »
… ou se résoudre à ce que définitivement, il ne lui dise jamais rien de sérieux. Lentement, elle tourna la tête vers lui, cherchant une seconde – une seconde seulement – son regard. Son histoire tiendrait debout, sans doute, si elle n’avait pas assez côtoyé le menteur hors pair qu’il était depuis maintenant plus d’une dizaine d’années. Après tout, l’idée que les allemands ne se servent de leur autorité pour régler ce genre de problème n’avait rien d’étonnant ; moins que le contraire en tout cas. Mais si c’était lui que l’officier cherchait, un peu plus tôt, pour venger la femme en question, que faisait justement Nate dans un coin où il était plus que facile de le trouver ?

« Quitte à me prendre pour une idiote Nate, essayes de le faire avec un peu plus de classe la prochaine fois, lâcha-t-elle, ironique, avec ce sourire énigmatique qui lui était propre. »
Sérieusement. Il était au moins capable de lui inventer des histoires bien plus rocambolesques. Une moue amusée, elle repensa à la façon dont elle avait quitté l’Opéra pour venir à la pêche à l’information dans un quartier capable d’attirer les complots. Tu parles d’une information. Natanael Blondel, un officier et une patrouille de SS. Rien que de terriblement banal. Même en ce qui concernait les allemands. La rédaction semblait en être constamment hantée. Ils étaient là, partout, à vérifier que l’on publiait bien leur version des choses et non pas ne serait-ce qu’un semblant de vérité. Dire qu’elle détestait l’autorité. Lasse, un soupir succéda à sa mimique, sonnant étrangement dans le silence de la petite grange. De nouveau, elle jeta un regard autour d’elle, suivent des yeux la course tâtonnante d’un rongeur quelconque d’un bout à l’autre de ce qui ne pouvait décemment être décrit comme une pièce. Charmant. Appuyant de nouveau sa tête sur ses genoux, elle réprima un frisson. C’est qu’il faisait froid en plus.
« Bon, et c’est quoi la suite des évènements ? »
Non parce que, quitte à ce qu’elle n’ait pas réussir à faire ce qu’elle voulait de sa soirée, autant qu’elle puisse l’abréger. Non pas qu’elle n’appréciait pas particulièrement de rester là avec lui à geler sur place mais… en fait non, elle n’appréciait pas. De geler, surtout. Et puis d’être avec lui, là, dans ce minuscule endroit. Et qu’on arrête de lui parler de mauvaise foi, elle était parfaitement honnête avec elle-même en disant ça. Si, si… promis.

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MessageSujet: Re: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Ven 26 Nov - 17:28

    C’est drôle, ce que le temps file. Mais le plus amusant, c’est de voir qu’une chose que planifiait notre conscience pour notre avenir ne se déroule pas aussi bien que prévu. Je ne dis en aucun cas que je suis dérangé par le cours des choses actuelles. Et si c’était le cas, ce serait inutile de le faire remarquer, étant donné un être vivant normalement constitué, à notre époque, ne peut pas voyager dans le temps… La seule façon de le faire, c’est à travers un dessin, une peinture, un livre, une photo ou un film. Bien que ces deux derniers, encore en développement, ne soient pas des plus simples à envisager…

    Paris dort profondément. Les rues de la capitale ne sont qu’à peine éclairées par les réverbères, à intervalles réguliers, et plongent dans l’obscurité quiconque s’en éloignerait un peu trop. Sans oublier la brise glaciale qui refroidit l’atmosphère déjà peu réchauffée de la capitale. Dans ces ruelles, éclairées par ces lampadaires, des patrouilles se promènent. Les mains dans les poches pour les plus détendus, leur pas est identifiable parmi des millions. La cadence qui le définit, ainsi que les bruits de leurs lourdes bottes, se repère les yeux fermés. Et je parle en connaissance de cause. Leur uniforme est loin de se fondre dans la masse ici. La mode est à celui ou celle qui se voit le plus, c’est si connu. Et malgré les temps difficiles, je n’ai jamais vu une période aussi propice au développement du style. Les femmes sont plus belles que jamais, lorsqu’elles fabriquent elle-même leur tenue de soirée. Sauf qu’une couleur comme celle qu’aborde l’uniforme des allemands est différente. On la voit un peu… Trop ?

    Dans cette troupe d’hommes, un soldat vient de découvrir un des leurs gisant sur le sol, presque mort. Je dis presque, parce que je lui ai laissé la vie sauve. Parfois, il m’arrive de regretter d’épargner une vie, pour toutes celles qu’ils se font un plaisir de réduire à néant. Mais ma mère a insisté depuis toujours pour que j’évite de faire aux autres ce que je refuse qu’on me fasse. C’est Elsa, qui serait folle de me savoir « humain » devant un nazi. Mais elle n’en sait rien, après tout. Une chose est certaine, c’est que son camarade, là, que je viens d’épargner, ne risque pas de pouvoir reparler normalement pour leur raconter ce qu’il a vécu… Des fois qu’il s’en souvienne. J’imagine déjà ses collègues, s’approchant de son corps et le croyant mort. Parce que ce n’est pas qu’ils seraient capable d’une telle bêtise mais… En fait si, je pense qu’ils le pourraient. Pensez-vous qu’ils seraient assez intelligents pour scruter les environs, des fois que les agresseurs se trouvent encore ici ? J’en doute fortement.

    Paris est dans les bras de Morphée. Le sommeil arpente les ruelles à peine éclairées, glaciales et humides d’un automne bien avancé. Ces mêmes chemins en pavés sont piétinés toute la nuit par des patrouilles, qui se répartissent un même travail. Dommage pour eux, l’activité est légèrement interrompue par un de leur collègue soldat, retrouvé inconscient au centre d’une intersection de rues. Dans la tête de cet homme, se trouve probablement l’intensité du regard de son agresseur. Assaillant qui se trouve vraisemblablement à l’abri des regards, à l’heure qu’il est. A L’abri, quelques rues plus loin, dans un recoin sombre et miteux, et en bonne compagnie : Des rats… Et une jeune fille.

    « Quitte à me prendre pour une idiote Nate, essayes de le faire avec un peu plus de classe la prochaine fois »

    Moi ? Prendre les gens pour des idiots ? Loin de moi cette idée ! Si j’avais envie d’être un menteur, un menteur réel, je serais beaucoup plus convainquant. Mais ce qui est amusant, avec elle, c’est que je peux dire n’importe quoi, même sérieux, elle ne me croira pas tant j’ai pu crier au loup. Et finalement, on peut dire que ma vie sera sauvée, s’il m’arrive de laisser échapper quelque chose que je ne devrais pas dire. Il serait simple de lui dire la vérité sur un ton faux, pour qu’elle écarte la possibilité de son esprit. Sauf que j’aurais l’impression de me trahir, autant que de trahir mes compatriotes. J’imagine bien qu’elle n’est pas du genre à aller cafter aux nazis, en vue de sa réputation écrite… Mais on est jamais sur. Je n’ai jamais fait confiance aux journalistes, de toute façon.

    Avant toute réponse, je préfère sourire. Sourire à cette jolie excuse que je viens de sortir du tac au tac de cette cervelle un peu refroidie. Sourire à ce tapis surélevé qui m’a permis de sauver ce pauvre rat, et d’épargner un peu nos fesses. Sourire à ces abrutis d’allemands qui doivent probablement s’interroger sur le pourquoi du comment, leur crétin de pote est là, dans cet état. Avouez que la situation a de quoi ! Je suis assis là, à quelques centimètres seulement d’une fille qui ne doit plus supporter ma personnalité, et mon caractère, depuis toutes ces années. Et sans oublier le plus sympa : Elle est coincée là. Moi, sadique ? Non, absolument pas. J’aime juste voir jusqu’où les gens sont capables de me supporter. Mise à part Caroline, ou Arthur qui m’ont prouvé mille et une fois que même plus lourd que jamais, je ne pourrais pas les agacer assez… Et Blanche ainsi qu’Elsa, que je ne cherche pas à faire sortir de leurs gonds plus que ça… J’en connais peu qui sont capables de passer un après midi complet avec moi !

    « Bon, et c’est quoi la suite des évènements ? »

    Cette fois, je prends le temps dé réfléchir un peu, pour structurer mes idées, et mettre en place la réplique parfaite. Mais l’attente qu’elle soit endurer, le suspens même, est loin d’être aussi long que le temps que vous mettrez à me lire. Je passe une main dans ma tignasse, histoire de remettre tout ça en arrière, puis la surprend en train de chercher mon regard. On pourrait presque croire qu’elle a besoin de faire passer un message. Mais j’abandonne l’idée : j’ignore si ce n’est que psychose, mais je pense qu’elle n’est pas du genre à me dire ce qu’elle a sur le cœur. Ou alors simplement si ce qu’elle pense est une horreur aussi puissante que la plus petite des miennes. Je la regarde, presque avec étonnement. Je dis presque, parce qu’entre temps elle a déjà détourné les yeux. Ce qui me laisse la possibilité de combler le blanc.

    « La suite ? J’ai comme une envie de jouer au chat et à la souris avec les allemands. On fait la course ? Le premier qui se fait attraper a perdu ! Et laisse-moi te dire que… »
    Je m’interromps brusquement, juste avant de dire que je suis le meilleur a ce jeu là. Des bruits de pas mettent mes sens en alerte. Un homme se met à parler à voix basse, dans une langue que je commence à connaître, maintenant. Je me tourne vers Emy, lui faisant un bref signe pour qu’elle se couche sur la palette. Là où elle est actuellement, je la vois éclairée, et si quelqu’un avait la bonne idée de mettre un œil dans l’étroite fente que j’ai laissée, elle serait grillée. Pendant ce temps, je m’approche furtivement de la porte, glissant une main dans ma poche. Mes doigts rencontrent le métal gelé, mais rassurant. Imaginez ce que cela peut-être un plaisir de savoir qu’on n’est pas sans défenses. Je caresse d’une main experte l’Opinel courbé, donc la lame ne demande qu’à sortir, montrer son tranchant incomparable. Qu’on ose approcher !

    Justement, c’est un peu comme si mon vœu était exhaussé. Je retiens mon souffle –ou du moins, je respire en évitant de faire du bruit- le temps que quelqu’un s’approche. De là où je suis, je ne vois rien d’autre qu’une chose de couleur verte, ou grisâtre, qui ondule dans le vent. C’est d’ailleurs là que je remarque que le vent s’est levé… Les traits crispés, j’espère qu’Emy ne bougera pas, ou nous sommes fichus. Silence. L’homme semble tendre l’oreille. C’est le moment de ne pas exister, me souffle ma conscience. Non, sans blague ? J’hésite un instant à sortir mon Opinel pour obéir à mon instinct, mais ma raison se fait plus convaincante. Si quelqu’un d’autre l’accompagne -quelqu’un d’autre qui a une arme- nous sommes des gens morts. Et c’est hors de question. Je lâche l’arme blanche, me faisant tout petit contre la paroi, alors que le sang bat dans mes tempes. C’est dans ces moments-là que le temps passe lentement… Très, lentement !

    « Es ist niemand* »
    *Il n’y a personne ici.

    Il hurle à côté de mon oreille. Je me retiens de toutes mes forces de sursauter, même si ce genre de choses ne se contrôle pas. D’un côté, je suis content de constater que, soit nous sommes les rois de la discrétion, soit ce sont vraiment les abrutis auquel je m’attendais. J’attends qu’ils soient un peu plus loin avant de soupirer de soulagement. C’est que nous l’avons échappé belle. Cette fois encore, l’adrénaline montée à mon cerveau est telle que je sens mon cœur battre dans ma tête, comme s’il avait changé de place subitement. Avec une telle quantité dans le corps, je pourrais courir aussi vite qu’un cheval ! Je le sens ! Ou pas… En attendant, je ne peux m’empêcher de pousser un rire sarcastique.

    « Morons ! »

    Et alors que je me retourne pour partager mon hilarité avec ma camarade de fuite, il semblerait qu’elle ait été prise de la même idée que moi : se redresser. Surpris de la voir se lever en même temps que moi, je sursaute, perd l’équilibre sur une pierre qui dépasse, et me rattrape de justesse à quelque chose qui traîne. J’ai fermé les yeux pour ne pas voir ma chute, si chute il devait y avoir. Je sens son parfum comme si j’étais devant elle, à quelques millimètres. Lorsque j’ouvre les yeux… C’est le cas. Je rencontre ses iris d’un vert incroyable, tout juste éclairés par la lumière de la rue. A genoux, dressé sur tout ce qu’il me reste comme hauteur, avec la main posée sur la palette, je n’ai que rarement été aussi proche. Tellement que je pourrais compter ses cils…
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La chance ne sourit pas à ceux qui lui font la gueule.



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Je parle pas aux cons, ça les instruit.
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■ religion: Irrémédiablement athée.
■ situation amoureuse: Célibataire endurcie, le couple c'est bourgeois et catholique, d'abord.
■ avis à la population:

MessageSujet: Re: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Dim 28 Nov - 20:16

La jeune femme inconsciente, curieuse, aimant l’aventure et profondément déraisonnable qu’elle était aurait sans doute dû être comblée par une telle soirée. Après tout, en plus d’avoir réellement eut un aperçut ce qui pouvait se tramer dans les rues de la capitale plus ou moins endormie et livrée au bras de Morphée, elle avait un fait-divers à raconter pour le lendemain, et en première qui plus est – ce qui n’était pas plus mal, eu regard de ce qu’elle n’avait absolument pas envie d’écrire. A savoir, une immondice de mensonges sur le dernier discours – ramassis de… conneries – de Pétain. Dieu qu’elle en avait assez de devoir encenser ceux qu’elle passait des heures entières à insulter mentalement et de la façon la plus détournée possible au travers de ses articles. Le pire dans cette guerre ? Tout ça. Avec le manque consternant de café digne de ce nom et de cigarettes diversifiées – en ce qui la concernait du moins. Elle n’avait que trop bien conscience de la chance qu’elle avait au milieu de tous ces arrêtés, morts ou disparus – ce qui, sans doute, revenait à peu près au même. Voir plus qu’à peu près, et pourtant, qui encore pouvait se douter de ce que devenaient les passagers de ces longs et sinistres convois envoyés à l’Est ? Ou de ce qu’ils deviendraient, mais peu important, l’horreur, l’inimaginable était déjà dans l’air du temps. Prévisible presque. Tant de gens ne revenaient pas… Ces gens que l’on enfermait dans ces trains, ceux que l’on venait chercher à la rédaction pour outrage au Reich, ceux que les semblants de batailles deux ans plus tôt avaient fait prisonniers en Allemagne, ceux qui osaient se soulever contre l’Occupant… A ce rythme, la France finirait vidée de sa population, à l’exception des collabos, et de ceux qui se seraient contentés de laisser passer les choses. Charmant tableau.

Tout aussi charmant – au vrai sens du terme cette fois – que celui qui se tenait aux côtés d’Emy. Hum, oui. Là, même avec toute la mauvaise foi possible, dire le contraire n’était juste pas possible. Sauf que, ça n’était absolument pas une raison pour, comme elle était précisément entrain de le faire, chercher le regard du trop superbe jeune homme. Sous le prétexte profondément idiot et peu convaincant – même pour elle-même – de chercher dans ses yeux la réponse à la question qu’elle venait de poser. Comme s’il allait lui répondre, en plus. Non vraiment. Au moment où Nate redressa la tête, la jeune femme baissa ses prunelles, râlant intérieurement contre sa stupide tendance à… à… à elle ne savait pas quoi d’ailleurs. C’était Nate, point ; les choses étaient largement expliquées ainsi. Bien plus qu’elle n’était capable de l’admettre d’ailleurs. Mais chut, inutile d’aborder les sujets qui fâchaient… elle risquait encore de s’embrouiller elle-même – comme si l’avenir, ou les minutes qui venaient plus précisément, ne s’en chargeraient pas très bien toutes seules. Elle devrait le savoir pourtant, avec lui tout finissait toujours par déraper. D’une façon ou d’une autre. Pour sa défense… disons qu’elle pensait que les choses avaient déjà bien assez dérapé comme ça pour la soirée. Grossière erreur.
« La suite ? J’ai comme une envie de jouer au chat et à la souris avec les allemands. On fait la course ? Le premier qui se fait attraper a perdu ! Et laisse-moi te dire que… »
Haha. Très drôle. Vraiment. Surtout là, maintenant, alors que sa brusque interruption et le regard qu’il lança par la fente laissée ouverte sur la rue laissaient plus que supposer que le jeu du chat et de la souris était presque sur le point de commencer. Brusquement, Emy se raidit, regardant dans la même direction, entendant certainement la même voix.

Il y eut un instant de blanc, à nouveau, puis un autre instant où leurs regards se croisèrent. Et pourtant cette fois, rien de plus que l’urgence de la situation. Doucement, sans le moindre bruit, elle s’étendit sur la palette, sortant ainsi de la seule raie de lumière de la pièce dans lequel elle avait trouvé le moyen de se placer – bravo. Elle aurait bien évité le cliché de la femme cachée et de l’homme auprès de la porte, prêt à bondir… mais elle avait beau avoir sa fierté, si bouger pouvait immanquablement mettre un point final à cette soirée et à toute les autres, alors au diable les clichés. Toujours dans le silence, elle ramena légèrement ses jambes en arrière. Non parce que si les soldats – à n’en pas douter – qui approchaient voyaient uniquement un bout de pied… elle doutait qu’ils soient tout de même assez idiot pour se dire que finalement, un pied n’étant qu’un pied, il n’y avait rien à craindre ici. Ou alors, franchement… franchement, hein. Quelle réflexion, bravo, encore. Se faisant la plus inexistante possible, Emy darda ses deux prunelles sur Nate, et sur ce qu’elle pouvait voir de la porte – à savoir pas grand-chose. Dehors, les pas s’approchaient, aussi audibles que les voix. Sans le moindre, elle les sentait, tout prêt. « C’est le moment où la partie se gagne… ou se perd » disait souvent son père, aussi bien dans les jeux les plus stupides que dans les moments les plus critiques. En effet, vu comme ça…
« Es ist niemand »
Non, bonne, très bonne idée : il n’y avait personne ici. La journaliste avait assez entendu d’allemand dans sa vie pour savoir reconnaître ce genre d’affirmation et là, vraiment, s’ils pouvaient s’en tenir là et ne pas chercher plus loin… Et soudain, ce fut le silence. Le silence pesant qui suit ces violents instants de tension. Durant un moment encore, Emy resta tendue, respirant à peine. Et puis le silence perdura.

Que dit-on déjà dans ces cas-là ? Ah oui. Ils l’avaient échappée belle… voir plus encore. Laissant d’abord retomber sa tête qu’elle avait légèrement relevée pour voir ce qui se passer, la jeune femme décida ensuite que définitivement, cette palette était trop froide pour y rester. Alors, à l’instant où Nate se retournait en insultant en anglais ces couillons d’allemands, elle se redressa. Un peu trop vivement pour lui, visiblement. Ce qui se passa ensuite, inutile de demander… elle ne comprit pas. Toujours est-il qu’elle ne resta pas longtemps debout, Nate trébuchant brusquement et lui retombant littéralement dessus. Ooops. Soudain, sans avoir le temps de se demander pourquoi, elle put sentir son parfum à plein nez. Et surtout, il y eut ses yeux. Ces deux prunelles si… si indéfinissables en fait dans lesquelles elle mettait, à son plus grand dam, si peu de temps à se noyer. Il était près, bien trop près d’elle et en plus, elle était coincée. Sauf que de cela, elle n’en prit pas même conscience. Eh non, les choses n’avaient pas encore assez dérapé pour la soirée. L’espace d’un instant, elle resta immobile, les yeux comme aimantés par les siens ; à ignorer royalement la voix de la raison qui commençait à tirer la sonnette d’alarme. Comme à chaque fois, en fait. Comme à chaque fois que soudain, il y avait de ces brusques revirements. De ceux qu’elle ne savait en aucun gérer… convenablement dirons-nous. Dans ses prunelles, ce même éclat troublé que Nate devait commencer à connaître passa. Combien de fois déjà les choses avaient-elles tourné ainsi ? Mieux valait ne pas compter, elle risquait d’être encore plus en colère… après. Après, oui. Parce que là, présentement, elle n’en était pas capable. Non, là, elle n’avait terriblement et soudainement envie que d’une chose. Et une fois de plus, elle ne put s’en empêcher. Doucement, elle laissa l’une de ses mains monter à la joue du jeune homme, se redressant légèrement. Et là… c’est le drame, dit-on. Le drame oui. Parce que comme toujours, elle s’était faite avoir et qu’une fois de plus, elle l’embrassa. Et… merde.

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MessageSujet: Re: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Mer 1 Déc - 20:52



    En effet, vous l’aurez constaté, la situation n’est pas des plus complexes à interpréter. Une chute que je mettrais sur le compte de l’inattention, et sur le dos de la palette, qui se suit d’une scène un peu moins facile à analyser… Mais procédons par étapes. Un peu comme si nous faisions le commentaire d’un texte, ensemble. Faites-moi donc confiance, je suis un habitué de ce genre de travail. La problématique posée est la suivante : Comment un mec aussi peu attentionné, et une petite grande fille, peuvent-ils se retrouver en train de s’embrasser dans un débarras aussi grand qu’un placard à balais ? Mais je vais vous épargner le plan, avant que toutes vos plumes me soient envoyées à la figure, comme une armée de fléchettes. On se calme, un peu de paix dans ce monde de brutes. Quoi ? Comment ça, « paix » n’est pas d’actualité ? Je voudrais bien soupirer, mais mon esprit n’est pas capable de le faire.

    La première chose à se demander, c’est comment cela a pu arriver ? D’une simple chute, - ce qui entre nous pourrait arriver à n’importe qui- comment peut-on dériver dans un délire pseudo romantique à l’eau de rose ? Pseudo, j’ai dit, n’allez pas vous imaginer de drôles d’histoires. Un accident est un accident, point.

    Ceci dit, j’ai rarement vu un accident avoir de si jolis yeux… Quelque chose qui ressemble à du vert, sans en être totalement. Tantôt clair, tantôt foncé. Mais là, en ce moment précis, la raie de lumière qui arrive de la rue est braquée droit sur son iris, et le rend incandescent. L’espace d’un instant, je me sens désorienté. Perdu, abandonné par mon esprit logique en plein milieu de la forêt amazonienne. J’ai l’impression de voir se dessiner les branchages épais, parmi lesquels se faufilent des lianes claires, à la limite du doré. Toutes ces nuances, d’une incomparable teinte chatoyante n’a même pas l’effet voulu. La solitude m’envahit, je n’entends plus hurler dans ma tête, cette petite voix qui ne cessait de me dire que j’étais le crétin le plus affirmé de tout l’univers. L’émerveillement des premiers centièmes de secondes deviennent vite une sorte d’angoisse. Laissé, abandonné. Que faire ?

    Je décide de quitter ses yeux, quelques instants. De me concentrer sur un carré de peau au hasard, juste pour reprendre mes esprits. Je sais que je suis trot près, et que réagir n’est pas en mon pouvoir. Du moins, pas en mon envie. Le désir, les pulsions, ça vous parle ? N’allez pas non plus penser à des choses plus fortes et significatives que ça. Quand un joli minois, aussi jeune qu’il soit, se trouve si proche, il est difficile de résister à toute envie de céder. Et pourtant, je lutte de toutes mes forces pour ne pas faire la bêtise. Ce n’est comme si je commençais à la connaître, depuis le temps. Embrasser Emy est, en plus d’être d’indécent envers une très jeune fille, déclencheur de propos insensés, et souvent méchants. Mais que voulez-vous faire contre cela ? Jean Grenier disait si bien « La méchanceté ne consiste pas à faire le mal mais à mal faire. » On a beau se persuader que ça sort tout seul, mais en réalité, c’est très calculé, pour montrer à l’autre que c’était une erreur, que ça n’avait pas raison d’être.

    Mais alors que j’aurais aimé qu’elle me repousse, me gifle, même, je sens la douceur de sa paume me caresser la joue. Hum, c’est une façon comme une autre de gifler. Disons qu’elle est encore trop jeune pour maitriser cet art. Enfin, presque, parce que j’ai quelques baffes de sa part encore en mémoire. Mais chut, la fierté avant tout, hein les mecs ?... En parlant de fierté, c’est la mienne, qui va encore en prendre un coup quand j’aurais fait ce que je redoute tant. Embrasser une enfant, mais quelle horreur ? Voler la jeunesse innocente d’une… D’une… D’Emy ? Ouais, non, vous avez raison. Emy n’est ni une enfant, ni une adulte. C’est un mélange, un hybride des deux théories. Et sa main sur ma peau commence à se faire trop insistante. Elle me cherche, je vous dis ! Elle me cherche ! Sans perdre plus de temps, alors que nos regards se lancent des étincelles –ne comptez pas sur moi pour les analyser-, j’ai le pressentiment que nous n’en sortirons pas indemnes.

    Bientôt, sa main se referme sur ma mâchoire, de façon déterminée. Je ne suis pas surpris. Son tempérament est ici bien illustré. Elle se rapproche, jusqu’à ce que nos lèvres se rencontrent. Enfin, direz-vous… Je me soulève légèrement, pour éviter de l’écraser, puis m’équilibre sur mes jambes de façon à rester le plus proche possible. L’une de mes mains me stabilise, tandis que l’autre se dépose au niveau de sa nuque, entre des mèches brunes rebelles et sa peau claire. C’est au contact de sa peau, et de sa bouche, que je me rends compte qu’elle est gelée. Ma main remonte doucement vers sa joue, allant lui faire profiter de sa tiédeur. Ma bouche s’entrouvre pour se mêler à la sienne. La caresse me fait oublier à qui j’ai affaire. Mes paupières se ferment, et ma respiration s’accélère au rythme de la sienne. Je n’ai plus l’impression de commettre un acte regrettable. De toute façon, j’aurais assez le temps de le remarquer quand l’un de nous aura l’intelligence de pousser l’autre.

    En fait, il aurait été préférable que je me mette à compter ses cils, j’aurais surement pu éviter un baiser d’une telle intensité. Qui aurait cru que ne voir que le contre-jour de sa silhouette, et le reflet de son œil, la rendrait encore plus désirable ? Je m’en veux, de penser une chose pareille, mais j’ai comme qui dirait l’impression que je ne contrôle pas ce détail. Me remettant à genoux sur la palette, je cesse de m’appuyer sur ma main droite. Et peu de temps après, mes deux mains encadrent son visage, légèrement incliné pour embrasser mes lèvres. J’ignore d’ailleurs si c’est moi, ou ma bouche, qu’elle embrasse. Ce qui est sur, c’est que notre désir est pire que présent. Mais en sachant très bien qu’elle ne sera jamais faite pour moi, je me rassure. C’est juste un baiser, après tout. Aussi sauvage et intense soit-il.

    Bon, heu, mon vieux… Je sais bien que cette fille est la seule qui puisse te supporter, et à qui tu puisses faire ce genre d’étreinte pulsionnelle, mais je t’en supplie, c’est une gamine… Alors fais-moi le plaisir de ranger ta langue et de lui sortir une belle vacherie. Mais oui, une vacherie, comme tu le fais si bien d’habitude, histoire qu’elle te colle une baffe pour te ramener à la réalité. Ah, mais la revoilà la petite voix ! Etrangement, sa présence mêlée au flot de pensées qui déménagent dans ma tête, m’oppresse. Je me souviens que je pourrais très bien cavaler dans les rues, à la pêche aux informations. Et elle, au chaud, dans un lit…

    Pour la première fois de ma vie, je ne fais pas en sorte de désobéir aux règles que m’impose ma cervelle. Je me détache de son étreinte, aussi soudainement que j’ai commencé à l’embrasser. Mon regard presque effaré d’il y a quelques secondes devient neutre. Et là, je me bénis de savoir me contrôler !

    « Dis, mademoiselle la journaliste… J’espère que ce n’est pas de cette façon que tu comptes corrompre tes supérieurs… Parce qu’à cette allure là, tu peux espérer publier un article par mois, pas plus… »

    Petite touche ironique, pour signer son chef-d’œuvre de la bêtise, et tout passe beaucoup mieux. Trouvant ma position un peu trop… proche, je me jette en arrière, d’un bond, sans pour autant retirer ma main de son genou. Un simple oubli, rien d’autre. Je retire ma veste, tel le plus galant des gentlemen (allez, profitez bien, parce que je ne recommencerai pas souvent), et la lui pose sur les épaules. Elle en aura probablement plus besoin que moi. Je n’ai pas fini ma nuit. Et puis, escalader des bateaux, c’est ultra physique ! Ma main sur son genou, une fois qu’elle a conscience de ce qu’elle fait, se retire vivement. Je suis une larve, une grosse larve baveuse et puante. Mais une larve qui a tout de même eu le réflexe de ranger discrètement l’Opinel dans la poche de son pantalon.
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Emy Hale
La chance ne sourit pas à ceux qui lui font la gueule.



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Je parle pas aux cons, ça les instruit.
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MessageSujet: Re: On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir   Mar 7 Déc - 18:15

Bien. Bravo Emy. C’est ce qui s’appelle se faire avoir en beauté…
La voix de la sagesse, ce petit sursaut de conscience. Vraiment. La conscience oui, cette petite chose qui finissait toujours, dès que Nate entrait en jeu, par râler et tenter de dissuader tout le reste de ne pas faire ce à quoi il songeait. Cette petite chose plus ou moins – surtout plus - irritante parce qu’en plus… elle avait raison. Souvent raison. C’était dans ces moments là que la jeune femme pouvait parfois avoir une vague idée de ce que ressentaient les gens, en face d’elle, quand elle jouait l’ironie – parce que oui, parfois, elle avait raison aussi – et les railleries ; à savoir un profond agacement. Telle femme… telle conscience ? Hum, sûrement. Mais là, la conscience, le cerveau en question déliraient totalement ; et ça n’était absolument pas le moment. Inutile de chercher à changer de sujet, les faits étaient là : elle s’était encore fait avoir, point, fin de l’histoire. … Ou pas. Non justement, pas fin de l’histoire. Parce qu’avec elle, et avec lui aussi, lui surtout, il fallait toujours que ça aille plus loin. Que ça aille plus loin quand ils étaient ensemble. Car pour ce qui était d’embrasser un homme, Emy n’en était pas en reste ; loin de là d’ailleurs. Et justement parce qu’elle avait déjà bien assez multiplié les aventures ; elle savait très bien qu’elle ne se posait jamais de questions. Sauf avec Nate. Et il y avait bien trop d’autres affirmations pouvant se terminer par « sauf avec Nate » à son goût. Parce qu’il n’y avait aucune raison que toutes ces choses soient vraies « sauf avec Nate ». Même si là, ça n’était plus sa conscience qui parlait, mais sa légendaire mauvaise foi. Mêlée d’un bras de fierté – sacré mélange, nous sommes d’accord.

Sacré mélange, oui, au moins autant que celui de la fraîcheur de ce débarras, des la tiédeur des mains du jeune homme sur sa joue et de ses lèvres sur les siennes. Prenez un peu – beaucoup – de toutes ces petites choses, ajoutez-y la raie de lumière qui, ô vicieux hasard, tombait pile sur eux, le contre-jour dans lequel étaient ainsi pris les traits du jeune homme et cette espèce d’attirance plus ou moins – plutôt moins, mais chut, ménageons fierté et mauvaise foi – inconsciente qu’elle ne pouvait refouler pour lui… et vous obtiendrez ça. Ca, à savoir Emy et Nate échangeant un intense baiser alors que l’un comme l’autre savait pertinemment que ça n’était pas une bonne idée. Pas plus que la dernière fois, et toutes les fois d’avant. Ca n’était jamais une bonne idée ; aussi était-ce – presque – toujours un accident. Presque. Celle-ci en faisait partie - si du moins on voulait bien lui passer le fait d’avoir lâchement et traitreusement été embobinée par ces deux prunelles trop bleues pour être honnêtes, l’ayant insidieusement poussée à vouloir caresser la joue du jeune homme et perfidement tentée d’aller encore une fois goûter à ses lèvres. A-t-on idée d’avoir de si beauc yeux ? Oui, ça n’était qu’un accident. Cependant, il fallait qu’Emy admette – et là, elle était prête à le faire sans concession – qu’en terme « d’accidents » du même genre, elle avait vu pire. Bien pire. Et elle parlait, ou plutôt pensait, en connaissance de cause. Parce que des « accidents » comme ça, elle en avait vu passer quelques uns qui, malheureusement, ne s’étaient pour la plupart pas limités à un simple baiser – aussi intense et indéfinissable le baiser en question soit-il – et dont surtout, elle ne s’était pas contentée d’être le témoin. Mais cessons là de faire passer la demoiselle pour une femme passant d’accidents en accidents, justement, ça n’est pas totalement en vrai et sans importance pour le problème de la soirée.

Problème que, n’étant jamais trop loin des pulsions malheureuses dont Emy se serait bien passée, cette fameuse conscience commençait d’ailleurs à considérer comme nécessitant une solution – et ce rapidement. A l’instant même où Nate, passant d’un équilibre relativement admirable dans lequel l’avait laissé sa chute à une position plus confortable, déplaça sa seconde main sur le visage de la jolie brune. Bien. Bravo Nate. Et dire qu’elle était presque sur le point de réagir. Presque, oui. Dommage, hein ? Et finalement, au lieu d’enfin se résoudre, pour une fois, à faire ce qui semblait s’imposer, la belle se laissa faire, continuant à se noyer dans son regard aussi intense que son baiser. Voilà qui ne les sortait pas de l’auberge, comme dirait l’autre. Parce qu’à ce rythme là, ils pouvaient toujours l’attendre le moment où l’un d’entre eux aurait… comment dire ? Oui, l’intelligence de repousser l’autre. Et dire qu’elle était, si sa mémoire ne lui faisait pas déçue, partie pour pêcher quelques informations à glisser discrètement au détour d’un article… Là, non hein, même pas dans la rubrique faits divers. « Une idiote de journaliste se fait avoir pour la énième fois par le regard vicieusement fascinant d’un charmant jeune homme. » Pourtant, si c’était pas un titre accrocheur ça… Le bonheur de toutes les commères n’ayant d’autre os à ronger que de pareils potins inintéressants. Pas d’article ce soir, non, si ce n’est la mise au tapis d’un allemand pour une raison aussi mystérieuse qu’inconnu restait son agresseur. Si seulement elle avait pu en dire ce qu’elle en pensait vraiment, sans détour, de façon à être bien comprise et ce sans risquer aussitôt de finir comme le doyen du journal, ça aurait peut-être pu avoir un brin plus d’intérêt que toutes la propagande débitée à longueur de journaux.

Et sur ces innombrables parenthèses et dérivations, enfin, Nate recula. En voilà, une bonne idée. Aussi vivement qu’il avait mis d’empressement à répondre à son baiser, le jeune homme se redressa, oubliant – petit détail – sa main sur le genou d’Emy. Une Emy vaguement désorientée d’abord, avant que toute la situation ne lui revienne pleinement et insistante. Et voilà, une de plus. Avec un soupir, elle laissa un instant retomber sa tête sur la palette l’air… blasée. Non, Nate embrassait toujours aussi bien – mais gardez-vous bien de le lui répéter – là n’était pas le problème. Le problème c’était ces stupides dérapages qui dérapaient, justement, un peu trop souvent à son goût. Et parfois, elle trouvait encore le moyen d’être surprise, après toutes les années depuis lesquelles elle fréquentait le jeune homme. A quinze ans, ça allait. A vingt cinq, il y avait du mal de fait. A son tour, elle se redressa, s’asseyant, un peu raide, sur son coin de palette. Elle allait partir, c’était à peu près tout ce qu’il y avait à faire.
« Dis, mademoiselle la journaliste… J’espère que ce n’est pas de cette façon que tu comptes corrompre tes supérieurs… Parce qu’à cette allure là, tu peux espérer publier un article par mois, pas plus… »
Et voilà. Une de plus, aussi. Ce soir – comme souvent d’ailleurs – elle avait droit à la formule complète. Nate qui déconnait, Nate qui embrassait et Nate qui redéconnait. Toujours de la façon la plus charmante qui soit à son égard, évidement. Cerise sur le gâteau de cette soirée déjà superbement bien commencée, merci jeune homme. D’un geste, elle renvoya en arrière une mèche venue se glisser devant ses yeux, réprimant un nouveau frisson. Loin de lui, seul inconvénient – ô, chère mauvaise foi – il faisait plus froid. Mais hors de question de lui dire un truc pareil.

« Parce que tu crois vraiment que je vais déballer pour toi la même technique que pour mes supérieurs ? T’en vaux pas le coup mon pauvre, répondit-elle, agacée. »
Et bim, il ne l’avait pas volée celle-là ; et qu’il la prenne en riant ou non, elle s’en contrefichait. Sur ces mots, elle se leva, ignorant royalement la veste qu’il lui tendait – et tant pis pour la température de la soirée. Comme si elle avait besoin qu’il joue au gentleman avec elle ; comme s’il était en gentleman d’ailleurs. En tout cas, elle n’avait pas souvent eu l’honneur de le voir comme tel. Récupérant son sac, elle se dirigea vers la porte entrouverte du débarras, risquant un coup d’œil dans la rue. Vide. Bien. Alors l’air décidée elle en ouvrit le battant… aussitôt enveloppée par la froideur ambiante. Pinçant les lèvres, elle fit deux pas dehors avant de s’interrompre. Hum. Non vraiment, il faisait froid… l’hiver ne tarderait plus. Elle hésita un instant, profondément agacée. Puis, brusquement, se retourna et rentra de nouveau dans la minuscule pièce. Là, elle prit la veste qu’il lui avait tendue, le gratifiant au passage d’un regard qui trahissait tout son agacement, enfila le vêtement trop grand et ressortit. Elle n’allait quand même pas mourir gelée pour une histoire de fierté, non ? Dehors, elle fouilla dans son sac pour y trouver une cigarette et son briquet. La longue tige allumée, elle accéléra l’allure et, dans une première bouffée de fumée, tourna au coin de la première rue venue. Elle finirait par s’y retrouver. Et au diable Nate et ses baisers ; de ça aussi, elle s’en contrefichait. N’est-ce pas ?

FIN

₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪

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On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir

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