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 Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.

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Emy Hale
La chance ne sourit pas à ceux qui lui font la gueule.



Féminin

Je parle pas aux cons, ça les instruit.
■ topics : OUVERTS
■ mes posts : 955
■ avatar : Zooey Deschanel
■ profession : Journaliste au Courrier Parisien

PAPIERS !
■ religion: Irrémédiablement athée.
■ situation amoureuse: Célibataire endurcie, le couple c'est bourgeois et catholique, d'abord.
■ avis à la population:

MessageSujet: Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.   Ven 17 Déc - 23:52

Longue, très longue journée. Trop longue. Interminable, se traînant vers sa fin avec une lenteur implacable, au rythme des allées et venues quotidiennes de la rédaction, de ses bruits, de ses conversation, de ses visages familiers... De sa routine, en un mot. Une longue, lente routine dont les minutes semblaient avoir décidé d’imiter les heures. Assise à son bureau, il y avait peut-être vingt minutes déjà qu’Emy avait laissé tomber sa tête lourde et douloureuse sur le grand plateau encombrés de journaux, papiers et autres babioles en tous genres. Sa routine, pourtant. Celle qui faisait que tous les matins, elle poussait les portes du journal avec plaisir, allemands ou non. Censure ou non. Parce qu’elle savait pertinemment qu’elle y passerait les meilleurs moments de sa journée. Guerre ou non. Mais pas aujourd’hui, pas ce matin, pas plus que toutes les heures qui s’étaient écoulées depuis qu’elle était arrivée. Parce qu’il y avait quelque chose dans sa routine, quelque chose de plus. Parce qu’il y avait deux moins de deux jours, tout – allemands, censure et guerre – s’était rappelé à son bon souvenir. Brusquement, et de façon à ce qu’elle ne puisse absolument plus les oublier. Douloureuse piqûre de rappel. A tel point que là, derrière ses paupières closes, les images, abjectes, sordides, indélébiles de ce qui s’était passé deux nuits plus tôt, sur les quais d’une imperturbable Seine, ne cessaient de défiler. Les visages aux traits, aux sourires mauvais. Le froid mordant de la neige, la chaleur bestiale de leurs corps. Ses cris à elle, leurs râles à eux. Les coups, la douleur et leurs rires toujours. Incessants, brouillés, qui la hantaient, entêtants depuis ces deux foutues journées. Leurs rires oui, mêlés des cris, des râles, des gémissements et de leur souffle, haletants, bruyants contre elle... Violemment, Emy se redressa. Une fois de plus, une fois de trop, comme toutes les autres fois, ses poings s’étaient serrés. Crispés, jointures livides, à en sentir contre ses paumes les quatre petites morsures aigües de ses ongles sur sa peau. Et sur ses joues, d’autres larmes. Silencieuses, toujours, nourries d’horreur, de honte, de ce sentiment sourd, trouble, nauséeux d’être salie, de quelque chose de… de violé en elle. C’était le mot, n’est-ce pas ?

D’un geste rageur, elle essuya les perles salées, bavardes, bien trop bavardes, qui roulaient sur ses pommettes. Traitresses implacables de ce qu’elle tenait plus que tout à dissimuler, de ces souvenirs trop vifs qui la rongeaient. Quoi qu’elle fasse. Quoi qu’elle tente pour oublier. Le sommeil la fuyait ou, implacable, ne faisait que rejouer dans ses songes l’unique acte de cette sordide pièce. L’inactivité se faisait fébrile ou amorphe, terrible de sombres rêveries. Insupportable. A l’image de cette trop longue, trop lente journée qu’elle avait passé à errer dans son appartement, la veille. Parce que venir au journal, sentir peser sur elle les habituels regards, et les autres, ceux qui ne comprendraient pas cette marque de coup sur sa joue ; sortir tout simplement lui avait semblé inenvisageable. Ces yeux sur elle, inévitablement. Ces gens, ces corps qui la frôleraient… et ces allemands, qu’elle ne voulait pas croiser. Au détour d’une rue, dans un café, au journal surtout ; et comment espérer ne pas rencontrer ceux qui occupaient si fièrement le pays ? Qui ne se lassaient jamais de passer vérifier son travail, comme celui de ses collègues ? Seule, dans une pièce, avec l’un de ces officiers ? L’idée seule avait suffit à lui retourner le cœur. Encore. Mais, seule toujours, chez elle, à tourner en rond… rien ne l’avait laissée en paix. Les souvenirs, la nausée pas plus que le reste, entre ces quatre murs, où qu’elle se trouve dans l’appartement. Raison pour laquelle, ce matin, elle avait décidé de venir. Il fallait qu’elle s’occupe, qu’elle travaille, qu’elle pense à autre chose. Qu’elle puisse sentir cette agitation autour d’elle, ce bruissement incessant qu’elle aimait tant. Celui de la rédaction, de ses collègues, de leurs conneries aussi – peut-être même plus que de leur travail. Des conneries oui, c’était ça qu’il lui fallait. Lancer des piques à Piotr et se disputer avec lui à propos de trucs plus idiots les uns que les autres. Discuter de tout et de rien avec Blanche tout en bossant vaguement. Jouer à faire tourner en rond ces idiots de policiers avec le patron. Et… non, ne pas croiser Thomas ; pas pour ce petit manège d’amants de quelques nuits auquel ils se livraient en tout cas. Un frisson, et Emy n’en avait pas eu besoin de plus pour comprendre que même des conneries, aujourd’hui, ne la sauveraient pas de sa mémoire.

Pas plus que ses articles. Les mots venaient trop durs, bien trop durs. Bien trop haineux et puis soudain, vides et creux, comme n’importe lequel de la plupart des articles qui sortaient. Ou ne venaient pas. Elle ne pouvait pas écrire. Elle ne pouvait plus jouer à l’ironie, au détournement. Pas aujourd’hui, pas maintenant. Pas là, lourdement appuyée contre le dossier de sa chaise, la tête branlante et douloureuse de souvenirs. A cause de ses articles. Brusquement, elle envoya valser la feuille qui se trouvait face à elle. Idiote. Elle était idiote. D’être allée trop loin, et maintenant, d’en rester bien trop près. Saisie d’une angoisse indicible, elle se prit l’espace d’un instant la tête dans les mains avant de se lever, brusquement. Elle ne savait plus quoi faire. Quoi faire pour oublier, pour que cette foutue nuit la laisse enfin en paix. Deux jours. Deux jours d’enfer à revoir encore et encore ces flocons de neige, ce mur, cette benne, ces… monstres et leurs corps contre elle. Elle aurait voulu hurler mais soudain, des coups à la porte. D’ailleurs c’était stupide, en aucun cas elle ne devait hurler. Faire croire que tout aller bien, surtout.
« Repassez plus tard ! cria-t-elle à l’intention du – mais ça, elle ne pouvait pas le savoir – malheureux jeune homme qui tentait depuis deux jours maintenant de prendre un moment avec elle pour discuter d’un article. »
Bredouille, il recula, surpris par le ton presque violent de sa souriante collègue. Collègue qui d’ailleurs jamais ne fermait la porte de son bureau. Ou rarement, lorsqu’elle était vraiment en retard dans ses papiers. Haussant les épaules, il échangea un regard avec l’autre journaliste qui passait dans le couloir, ayant également pu profiter des mots de la jeune femme. A son tour, Diane fit un geste d’incompréhension et s’en retourna tout en se demandant pourquoi tant de mauvaise humeur. Question qu’elle jugea utile d’aller partager les deux ou trois personnes présente dans le hall de la rédaction. Aaah… le journal et ses commérages. Que personne ne compte y échapper !

Emy, quant à elle, se laissa à nouveau glisser sur sa chaise, coude appuyés sur le bureau et tête enfouie dans ses bras. Non, venir n’avait pas été une bonne idée. Jamais elle n’aurait dû sortir. Elle songea un instant au chemin qu’il allait falloir emprunter pour rentrer et de nouveau, l’angoisse. Les petites rues, habituelles, et puis ces longs quais enneigés, bordant la Seine. Les patrouilles aussi, et puis ces escaliers qu’il fallait descendre pour aller au bord de l’eau. Et ces hommes. Et leurs rires… Violemment, elle appuya ses dents sur l’une de ses lèvres. Il fallait qu’elle parte. Maintenant, avant la nuit surtout. Mais à sa porte, de nouveau, quelqu’un frappa.
« ‘Faut vous le dire comment ? En russe ? Оставьте меня в покое Убирайтесь ! lança-t-elle de nouveau, agressive. »
VF : Foutez-moi la paix !
Sauf que cette fois, la porte s’ouvrit. Et vivement, elle redressa la tête, prunelles troublées, dardées sur la silhouette… familière. Piotr. L’un des seuls membres de la rédaction, avec elle, à parler le russe. Celui que, plus que tous les autres, elle avait évité depuis qu’elle était arrivée. Parce qu’il saurait que ça n’allait pas et que justement, il ne devait pas le savoir. Mais à l’évidence, là… trop tard. D’un geste qu’elle espéra passé inaperçu, elle tenta d’effacer les larmes qui de nouveau avaient perlées au coin de ses yeux, fuyant le regard de son ami. Avant de le soutenir de nouveau, avec aplomb.
« Avoues, tu l’as fait exprès… lâcha-t-elle, faussement amusée. Bien trop faussement. »

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MessageSujet: Re: Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.   Mar 21 Déc - 22:28

Aujourd’hui s’annonçait comme une journée comme une autre. Enfin, une journée comme un autre en temps de guerre. Parce que finalement, si on y réfléchissait bien, en cette période, les journées, ne se ressemblait pas toute. Il y avait toujours quelque chose de différent de la veille qui venait se produire. Et souvent – bien trop souvent malheureusement – c’était une mauvaise chose. Si les journaux, ne mentionnaient en rien de l’agitation constante qui se déroulait dans Paris, en revanche, les commérages parlaient à leur place. De la voisine du coin qui s’était fait emmener par des soldats, soupçonnée de cacher un enfant juif chez elle, du bon père de famille arrêté pour trahison envers l’Etat français, jusqu’à la mort de l’épicière fusillée devant la place publique, parce qu’elle avait manifestée une once de résistance envers l’oppresseur, lorsque celui-ci l’avait insulté parce qu’elle était juive… Beaucoup trop de mauvaise nouvelle arrivaient chaque jour. Des morts, des enfermements, des disparitions mystérieuses.. Avec le temps, ça en devait presqu’habituelle, et pourtant, il était toujours difficile de s’y faire. Je ne m’y faisait pas. Rongé par la peur que ce soit un ami, un proche, qui soit ce prochain mort, disparut, ou victime sur la liste. Personne n’était à l’abri de la menace qui régnait. Et qui semblait même s’empirer au fil des jours. Non personne, pas même moi qui pourtant, dissimulé derrière ce visage cynique et je m’en foutiste, craignait – comme tous – que cette guerre me prenne, bon nombre de chose qu’elle était déjà entrain d’enlever à des innocents. Se réveiller la boule au ventre, épris d’un sentiment d’appréhension, de terreur, sans savoir comment se terminerait la journée… En somme, c’était ça la guerre. Ne pas savoir. Avoir peur. Etre dans l’incertitude constante. Même si cette matinée là avait des allures de déjà vu, elle n’était cependant comme toute l’autre foncièrement différente. Hier c’était le curé juif qui était mort, ce matin c’était la serveuse du café du coin, demain ce serait encore quelqu’un d’autre dans la liste des mauvaises nouvelles que j’apprenais en me levant. Et ça ne s’en finirait pas. Depuis que j’étais dans la brigades, j’avais développé une pratique funeste, qui consistait à chaque matin, relever le nombre de mort que j’avais apprit, et faire le décompte. Décompte qui me serait très utile, puisque désormais, ça serait pour chaque mort causés, un allemand de tué. Même si encore, ce n’était pratiquement pas vraiment possible de tout mettre en œuvre pour appliquer cette méthode, ça le deviendrait. La brigade, comme bon nombre de réseaux résistants s’amplifiait de jour en jour, parallèlement au nombreux dont on était en train de prendre la vie. Ce qui ne me laissait non pas sans espoir quand à l’issu de ce gros bordel dans ce monde, dans ma vie.

Gros bordel qui était aussi conséquent que celui de l’état de ma chambre. Chambre que j’avais été finit par obligé de ranger à menace de coup de balai, ce qui incontestablement allait me faire arriver en retard au journal. Une fois n’est pas coutume, j’étais tout le temps en retard de toute manière. La ponctualité n’était pas ma tasse de café. Tasse de café que je m’empressai de boire en m’activant afin de rejoindre rapidement le boulot. Chaque matin c’était la même chose. Une course effrénée, sans merci, à laquelle je me livrais pour essayer de ne pas dépasser mon record de retard de la veille. Et chaque matin je perdais aussi. Ou alors lorsque par le plus grand des miracles, j’avais réussi à arriver moins en retard que la veille, j’oubliais quelque chose. Parfois ce n’était « que » mon paquet de cigarette, d’autre mes clés. Mais d’autre fois, les oublis s’étaient avérer être un peu plus conséquent. Comme la fois où je m’étais pointé avec un beau bas de pyjama avec des nounours imprimés – j’avais la tasse assorti – tellement je m’étais dépéché pour essayer d’être un minimum à l’heure. Il faut dire, que je faisais partit intégrante de cette part de la population qui n’était absolument pas du matin et qui avait énormément de mal à émerger –comme cette fois là par exemple. Fois que je n’étais pas près d’oublier, tout comme le rire d’Emy qui s’était avéré être insuportable pour mes pauvres oreilles. J’adorais Emy – enfin bon n’exagérons rien non plus hein – disons plutôt que je la supportais, mais alors quand elle se mettait à rire de la sorte, ce n’était absolument plus possible. Heureusement ce matin, j’avais bien prit soin de ne pas venir en pyjama – je vérifiais toujours depuis le fameux incident – donc je savais que je n’aurais pas à supporter pareil son. Pourtant, j’étais bien loin de me douter, à quel point en cette matinée, j’aurais tellement préférer entendre le rire criard d’Emy plutôt que d’apprendre ce qu’il lui était arrivé.

Après avoir dévalé les ruelles parisiennes, regarder brièvement d’un air dépité la une des journaux de ce matin, et fumer déjà ma troisième clope de la journée, j’arrivais au journal. J’arrivais et c’était déjà l’heure de la pause café. « Quoi déjà ? » « Pourquoi maintenant ? » - Me direz-vous. Puisque je n’avais même pas attaqué encore le travail. Qu’à cela ne tienne, faire la pause avant l’heure, était mon rituel. Rituel, qui certes, pouvaient me faire passer pour un feignant de première classe – alors lui en plus il vient en retard, mais au lieu de bosser il commence déjà sa pause ? – mais ce n’est absolument pas le cas – pas au boulot du moins. C’était jusque pour moi, le meilleur moyen d’être productif, était de faire la pause avant d’attaquer quoi que ce soit. Comme ça après, pas de coupure, et je pouvais terminer mon travail –enfin jusqu’à la pause déjeuner quoi. M’installant tranquillement dans mon magnifique bureau, je profita humblement de ma pause, me levant ensuite pour saluer quelques collègues, discuter avec eux, un café à la main, une cigarette dans l’autre, partageant, et découvrant quelque commérage au passage sur Jacqueline et le « nouveau ». Nouveau arrivé il y a quelque jour, et qui faisait beaucoup parler de lui, parce qu’il avait renverser –le maladroit- à son premier jour, sa tasse de café sur la nouvelle robe de la patronne. Ce qui avait fait scandale. Et fait beaucoup de bruit. Enfin apparemment, puisque c’était ce que Blaise était en train de me raconter. J’éclatais de rire, m’imaginant la scène en tête. « Mais c’est bon ça ! » Décrétais-je à mon collègue, content d’apprendre cette anecdote franchement marrante au vu de la façon dont il décrivait la réaction de Jacqueline, qui avait fait tout un scandale pour sa robe en plein milieu de la rédaction. « Et c’est vraiment le cas de le dire. Parce que le nouveau en question s’appelle ‘’Bon’’, Jean Bon. » Je crois qu’il n’en fallait pas plus pour me faire exploser de rire. Jambon quoi ? Vous trouvez pas ça drôle sérieux ? Moi si. Bon d’accord, il faut dire que particulièrement ces temps-ci, où j’avais plus que besoin de décompresser, j’avais tendance à trop souvent rigoler pour rien. Mais jambon quoi ! On a de la charcuterie au travail ! Juste ciel, il faut que j’aille le dire à Thomas. Lui non plus ne va pas s’en remettre … Mais non ! Attendez ! Je ne peux pas le dire à Tom ! J’avais oublié ! Oublié qu’il m’avait trahit, et qu’on était désormais en période de « guerre froide ». L’URSS avait déclaré la guerre avant l’heure, au front de l’Ouest. Seulement voilà, pour éviter tout impact nucléaire, je préférais l’ignorer. Mais en attendant, il fallait bien que j’aille parler de Jean Bon à quelqu’un, pour pouvoir me foutre de sa gueule après, mais qui ? Pas Blanche. Elle me dirait très certainement que ce n’est pas bien de se moquer de quelqu’un à cause de son prénom. Restait Emy. Bien que je lui en voulait pour le coup de mon cadeau – encore un peu – il fallait absolument que j’aille lui annoncer la nouvelle.

C’est ainsi que je me dirigea vers SON bureau, qu’elle avait repeuplé depuis que j’étais revenu, pour mon plus grand plaisir. Café toujours à la main, nouvelle clope dans l’autre, je frappa, avant même d’avoir entendu une réponse, déboulant dans le bureau –toujours mort de rire. « Emy tu sais pas quoi ! J’ai un truc trop BON à te dire. Le nouveau il s’appelle Jean.. Jean Bon comme le… » Je n’eut pas le temps de poursuivre qu’Emy prit la parole entre temps, d’un air agressif. Agressif comme rarement. « ‘Faut vous le dire comment ? En russe ? Оставьте меня в покое Убирайтесь ! » Je fronça les sourcils, me disant que ce matin, elle avait du se lever du mauvais pied, ou se coincer une céréale dans le nez au petit dej’, ou quelque chose comme ça, car au ton de sa voix elle n’avait pas vraiment l’air de bonne humeur. « Essaye en allemand pour voir. » dis-je blagueur, essayant de détendre l’atmosphère parce que cette fois là, je n’étais absolument pas d’humeur à faire la gueule ou quoi que ce soit, mais rieuse. Ce qui allait vite – trop vite – changer malheureusement.

Rapidement, je remarqua que mon amie, n’avait pas vraiment l’air dans son assiette, et que ça semblait bien plus grave qu’un vulgaire accident de p’tit dej. Puisque je remarqua que… Elle semblait pleurer. Oui, pleurer. Des larmes. Des larmes qui avaient coulé. Sur Emy. Emy pleurer. Emy versant des larmes. Ce n’était pas possible. JE crois bien que c’était une des rares filles que je n’avais pas vu pleurer – mais pour la mort de Maurice le poisson rouge du patron, elle n’avait pas versé une larme, alors que pourtant, c’était super triste. Mais là, elle pleurait ? J’étais choqué. Comment Emy Hale pouvait verser une larme ? Elle qui paraissait si… Du genre à pas pleurer quoi. Je fronça les sourcils une nouvelle fois, essayant de masquer mon choc, qui pourtant devait se voir autant qu’un nez au milieu d’une figure. « Avoues, tu l’as fait exprès… » Ajouta-t-elle l’air rieur – faussement rieur – après s’être essuyé rapidement la joue. Genre j’avais pas vu ce que je venais de voir ? Même si c’était plus que difficile à imaginer, je savais que je n’étais pas en train de rêver, et qu’Emy était en train de pleurer avant que je n’intervienne dans son bureau. « Oh nan … Dis moi pas que… » Je marquai une pose. Réfléchissant aux raisons qui pouvaient faire que la jeune femme pouvait pleurer – raison autre que la mort d’un poisson rouge. Et la première chose qui me vint à l’esprit fut son chat. Le chat d’Emy, vieillissant, qui ne tarderait pas à bientôt rendre l’âme, et dont je savais qu’Emy était vraiment attachée. La pauvre. Je la comprenais parfaitement d’être si triste, je ne saurais l’état dans lequel je serais lorsque je perdrais mon Kiki (le chien hein). « Je suis vraiment désolé pour Minette. Je suis sure qu’elle droit être très heureuse là où elle est.. » dis-je, avec une pointe d’émotion dans la voix, me rappellant avec déjà une grande nostalgie, les moment entre Minette, moi et Kiki…

Perdu dans mes pensées, me remémorant à quel point son chat et mon chien s’entendait bien, je finit par poser mon regard sur Emy qui avait l’air… Pas elle. Pas bien. Pas du tout comme d’habitude. Vraiment pas. Je savais que la mort d’un animal était difficile mais… Lorsqu’elle tourna la tête j’eu presqu’un élan de sursaut en voyant une marque. Sur sa joue. Marque qui s’apparentait à un coup. Et je devina immédiatement que s’en fut un, pour la simple et bonne raison, que j’avais déjà vu ce à quoi ça pouvait ressembler. Je blêmis. Ma bonne humeur, mon envie de rire, Jean Bon, tout ça s’envola. Quelque chose de grave s’était passé. Je le savais. Je le sentais. J’en étais sur. Je connaissais trop bien Emy pour lire dans ses yeux que ça n’allait pas. Et quoi qu’elle me dise, elle ne me la ferait pas à moi. Je me tournai vers son autre profil, alors qu’elle tentait de se retourner. Mais c’était trop tard. J’avais vu. Je la dévisageai, d’un regard mi interrogateur, mi contrarié. Mais j’espérais que mon côté curieux, se faisait plus ressentir que mon inquiétude. Pour la simple et bonne raison que je n’étais pas du genre à l’être devant les autres. Et surtout pas devant Emy. Je m’approcha d’elle, pour regarder d’un peu plus près sa joue, saisissant fermement son poignet pour regarder et qu’elle se tourne vers moi, alors qu’elle tentait de cacher ce que j’avais déjà remarqué. « Qui t’as fait ça ?! Dis-je, en me redressant, d’un air froid, sans la moindre émotion dans le ton de ma voix, si ce n’était qu’une pointe de colère. Puisque la voir comme ça, m'avait immédiatement rappellé quelque chose, une trop mauvaise chose qui me mettait hors de moi...
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MessageSujet: Re: Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.   Mer 22 Déc - 14:30

Ca aurait pu être n’importe qui. Un des rédacteurs du journal pour lui poser une question sur un quelconque article, une des secrétaires pour lui livrer un message déposé la veille, le patron pour voir ce qu’elle foutait enfermée dans son bureau depuis ce matin alors qu’elle n’avait rien rendu de la journée, Daniel, qui avait l’habitude de passer proposer du vrai café à tout ce qui portait un jupon et une poitrine, mais non. Il avait fallu que ce soit Piotr, qui déboule comme ça à l’improviste dans la petite pièce. Piotr et sa bonne humeur retrouvée, Piotr et ses commérages, Piotr et son rire franc… Piotr et un en mot, tout ce qu’elle était venue chercher au bureau. Tout ce qu’elle y trouvait si facilement, d’ordinaire. Et qui sans doute, s’y trouvait toujours. Rien n’avait changé depuis la veille, depuis deux jours même. Tout était toujours là, fidèle au poste, que ce soit les disputes stériles, les rumeurs plus ou moins croyables, les vols et taxes de cigarettes à répétition, les médisances sur les frasques de Jacqueline… tout ce qui contribuait à faire du journal l’heureux bordel sans lequel il y aurait longtemps qu’Emy aurait démissionné – longtemps ou un peu plus de vingt quatre heures. Heureux, oui. Mais heureux sans elle aujourd’hui ; et Piotr pouvait bien avoir la chose la plus énorme de l’année à lui raconter que rien n’y changerait. Pourtant, il avait l’air drôle le « truc trop BON » qu’il avait à lui raconter. Non, rien n’avait changé depuis la veille, depuis deux jours même… sauf elle ; et c’était sans doute le plus désespérant dans cette affaire. Sans doute également ce qui, rapidement, trop rapidement, la mit si en colère lorsque le jeune homme ouvrit la porte sans même prendre le temps de frapper – une convention dont, qu’il s’agisse de l’un ou de l’autre, ils s’étaient largement et depuis un certain temps dispensés. Ces salauds, ces longues, trop longues minutes d’enfer ne lui avaient pas volé qu’un sourire, ils lui avaient aussi pris ça, ce qui la rendait capable de rire à tout et n’importe quoi. Et pour ça elle les haïssait plus encore.

Agressive, elle n’avait pas même cherché à savoir qui avait décidé de venir l’empêcher de se morfondre seule – et au passage, de dissimuler ce qui s’était passé. Et du russe. Elle avait décidé de parler en russe… à la seule personne, sans doute, capable de la comprendre totalement au sein de la rédaction. La seule personne, également, qu’elle tenait plus qu’absolument à éviter aujourd’hui. Oh, pas pour se dispenser de piques idiotes, des derniers commérages ou d’une énième conversation quant au moyen le plus sûr de réconcilier Hugo avec sa femme, non. Justement. Si Emy avait mit tant d’application à ne pas croiser le jeune homme aujourd’hui, c’était bien pour tout ce qui sortait de leurs conneries habituelles et qui, bien qu’elle ne l’admettrait jamais, faisait que des années plus tard, ils se supportaient toujours. C’était pour tout ce qu’il la connaissait, pour tout ce qu’il allait deviner rien qu’à tenter deux minutes de discuter avec elle. Rien qu’à la regarder, avec ces foutues larmes qui jamais ne s’arrêtaient de couler. Elle détestait ça, elle détestait pleurer – sauf devant un livre, mais ça personne n’était obligé de s’en douter. Mais il y avait pire encore, il y avait pleurer devant Piotr. Vivement, elle détourna la tête, masquant ses yeux trop brillants et cette marque brûlante qui rougissait sa joue. Brûlante comme celle qu’elle avait dû laisser sur les pommettes de Nate ; brûlante comme cette chaleur abjecte d’un corps contre le sien…
« Essaye en allemand pour voir. »
D’un corps allemand. Le trait que lancèrent les prunelles soudain presque sombres de la jeune femme à son ami n’aurait pu avoir d’assassin que le nom ; c’était pire encore. Noir, plus que noir, avant de se détourner, à nouveau. Quelque chose, là-haut, si tant est qu’il y ait quelque chose là-haut, cherchait à la rendre folle. Qu’il se rassure, le chemin emprunté était le bon. Oui, elle allait finir aliénée et recluse dans une cellule sinistre à hurler dès que quiconque tenterait de l’approcher, et ce pour avoir blessé l’ego et l’autorité d’un salopard en uniforme. C’est lamentable. Lamentable et sordide. Tout comme ces foutus souvenirs qui même là, au moindre silence, ne la quittaient pas.

Brusquement, elle se leva, quittant chaise et bureau, ignorant comme elle le pouvait le regard de Piotr fixé sur elle. Il l’avait vu ses larmes, tout comme il avait sentit la fausseté de son ton pas même amusé – non, elle n’y était pas arrivé. Il fallait qu’elle sorte. Elle devait partir, avant qu’il ne cherche plus loin. Lui tournant le dos, dissimulant le coup sur son visage à l’aide d’une longue mèche de cheveux bruns, elle chercha son sac du regard, qu’elle avait balancé quelque part en entrant. Mais où ?
« Oh nan… Dis moi pas que… »
Que quoi ? Elle se redressa, ne lui offrant toujours que la vue de son dos. Qu’elle ne lui dise pas quoi ? Qu’un nazi et ses amis l’avaient plaquée contre un mur ou une benne, au choix, sous la neige, sous les yeux d’un jeune homme qui n’avait rien à faire là et ce parce qu’un de ses articles ne leur avait pas plu ? Non, qu’il se rassure, ça elle ne le lui dirait pas. Il n’y avait rien à dire d’ailleurs. C’était tellement banal, tellement… sordide, il n’y avait pas d’autre mot. En silence, elle alla dans un des coins de son bureau. Mais où avait-elle fichu son sac ?
« Je suis vraiment désolé pour Minette. Je suis sure qu’elle doit être très heureuse là où elle est… »
Pour… Minette ? Et pourquoi lui parlait-il de la petite chatte qu’elle avait depuis ses dix ans et qui se traînait certainement en ce moment même sur son lit en attendant qu’elle ne rentre pour tenter toutes les bêtises possibles et imaginables à faire dans ses jambes ? Elle fronça les sourcils, refusant toujours de faire autre chose que lui tourner le dos, essuyant furtivement une nouvelle fois ses joues. Pourquoi est-ce qu’il lui parlait de Minette avec cette espèce de tristesse dans la voix ? Et BORDEL où est-ce qu’elle avait foutu ce putain de sac ?! Brusquement, elle se retourna, oubliant ce qu’elle voulait cacher à Piotr, avant de se figer net en sentant son regard peser plus lourdement encore sur elle.

L’espace d’un instant elle l’observa blêmir légèrement avant de faire un pas en direction du monticule de tissu – à savoir son manteau – qui traînait quelque part et sous lequel devait sans doute se trouver ce qu’elle cherchait.
« Minette va bien, qu’est-ce que tu racontes ? répondit-elle simplement en forçant un rire sur ses lèvres, fuyant toujours ses prunelles trop inquisitrices. »
Lamentable oui. Discrètement, elle se mordit la lèvre d’où perla une minuscule goutte de sang qu’elle s’empressa de faire disparaître. Elle allait partir, Piotr resterait sur Minette… et elle resterait chez elle demain. Et tant pis pour l’oisiveté nauséeuse qui la guettait, la solitude et les images, les rires qui ne la quittaient. Un frisson, violent, lui échappa. Pour cette pensée, certes, mais aussi pour se bras qui soudain se referma sur son poignet, l’obligeant à se retourner. Un frisson, puis un deuxième, presque visible. Brusquement, elle se redressa, plantant un regard aux mêmes et éternels éclats d’horreurs depuis deux nuits maintenant dans celui du jeune homme. Durant une seconde, elle resta là, figée, à tenter d’ignorer ces souvenirs, cet air de déjà vu… en vain.
« Piotr, lâche-moi… souffla-t-elle d’une voix sourde.
- Qui t’as fais ça ?! se contenta de répondre l’intéressé, le ton dur et les traits soudain fermés tandis qu’elle tentait de juguler cette angoisse, indicible. Il n’y avait rien, pourtant, qui ne puisse la justifier… comme elle ne pouvait rien y faire.
- Piotr, ne me touche pas, s’il te plait… commença-t-elle sur un murmure avant de céder à cette boule nouée dans sa gorge, ces visages qui s’imposaient à elle. LACHE-MOI ! »
Brusquement, elle se dégagea et recula, portant une main sur la joue qui l’avait trahie. Trop tard. Un moment, elle resta là à le dévisager, avant de détourner la tête. D’un geste, elle repoussa une mèche de cheveux, faisaient un violent effort pour retenir de nouvelles larmes. Ca, il n’en était pas question.

De nouveau, elle lui tourna le dos pour se pencher sur ses affaires. Les ramasser et s’en aller, il n’y avait plus que ça à faire. Vivement, elle se redressa, sentant toujours peser sur elle le regard de Piotr. Il ne comprenait pas, elle s’en doutait. Il ne devait pas comprendre. Une inspiration profonde plus tard et une main de nouveau passée sur ses yeux, elle consentit enfin à lui faire face, manteau et sac en main. Nouvel effort, toujours aussi violent puis elle planta son regard dans celui du jeune homme, se composant une mine assurée – ou pas.
« C’est rien, laisse tomber. »
Elle força un sourire sur ses lèvres, pour finalement n’obtenir qu’un rictus. Convaincu ? Certainement pas. Pourquoi fallait-il qu’il la connaisse aussi bien ? Il fallait qu’il la croie, qu’il ne cherche pas plus loin. Encore une fois, ce sentiment de honte la saisi. Humiliée, encore et toujours, et gênée là, en face de son ami. Il lui fallait une autre excuse. S’entaillant l’intérieur de la joue, elle passa une main tremblante sur son visage avant de serre les poings avant, d’un geste, de balance la anse de son sac sur son épaule et de fouiller dans la petite pochette de cuir.
« Tu vas rire… une baffe d’un boche, lâcha-t-elle en extirpant une cigarette d’un paquet froissé et… vide, à son plus grand désespoir. Tu sais, l’article de l’autre fois, celui que tu m’as dis de ne pas publier. Il a pas aimé… ajouta-t-elle en levant les yeux au ciel, toujours aussi peu convaincante. »
Sa main tremblait toujours, nerveusement lorsqu’elle tenta d’allumer le bâton de tabac avant de le porter à ses lèvres. Là seulement, elle à nouveau lever les yeux sur Piotr. Il le lui avait dit, oui, de ne pas publier ce foutu article. Pourquoi ? Elle n’en savait rien ; bien qu’elle se doute que ses réticences soient liées à ce que lui avait écrit, plus d’une semaine plus tôt. Un sourire faux, et détournant à nouveau la tête elle se dirigea vers la porte du bureau.
« ‘Faut que j’y aille… »
Oui, il fallait qu’elle y aille, avant d’exploser. De devenir folle, pour de bon. Qu’il la laisse. Mais ça aurait été trop beau, n’est-ce pas… ?

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MessageSujet: Re: Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.   Ven 24 Déc - 0:16

A dire vrai, même si sans doute je l’admettrais jamais – à vrai dire il y avait un nombre incalculable de chose que je n’admettrais pas à Emy – mais j’avais besoin d’elle. Besoin d’elle, parce que malgré la guerre, et toute les merdes qui se passaient autour, avec elle il y avait toujours un moyen de rire, de se prendre la tête pour des débilités, se moquer des autres, dire des conneries aussi grosse que nous. Et surtout d’oublier, tout le reste. Ne serait-ce que pour un instant. Et dieu seul sait ô combien j’avais besoin de ces instants, particulièrement en ce moment, et encore plus dans les semaines qui allaient venir. Le rire, et les conneries, étaient la seule chose que les allemands ne pouvaient pas nous prendre… Ou du moins je le pensais. Car même ça, il finirait par l’emporter. Notre envie de rire, notre gout à la vie.. Ils nous prendraient tout. Tout jusqu’au dernier os, pour ne laisser que haine et souffrance en nous. Mais en attendant, je ne comptais pas me laisser faire si facilement, ne pas baisser les bras. Sachant que justice sera forcément faite un jour… Forcément… Il le fallait. Car derrière nos faux semblants, ces rires, ces sourires, ces racontars, je savais très bien que je n’étais pas le seul au journal à ne plus supporter les allemands. Les allemands, leur uniforme, leur autorité..leur propagande… Combien d’entre nous était tenté de faire des écarts ? Combien d’entre nous l’avait déjà fait ? Combien d’entre nous en avait payé le prix ? Ce genre de ragots là –bizarrement – se faisait beaucoup plus discret au journal. Pourtant, ils existaient. Je savais bien que Pascal mon voisin de bureau, n’était pas allé s’expatrié chez sa famille en province, comme son assistante le racontait. Tout comme je savais que nous ne le reverrions plus, contrairement à ce que cette dernière pouvait nous dire. Où alors, faudrait-il qu’il revienne parmi les mort, mais les mort ne reviennent pas n’est-ce pas ? Et hors, Pascal était bel et bien mort. Cette anecdote là, je ne la répandrait pas. J’avais vu son cadavre il y a deux jours, gisant dans un entrepôt non loin d’ici, où les allemands avaient décidé de mettre leur dernière victime. Avec la brigade, nous avions fait une mission, pour recenser le nombre de corps présent.. Et c’est là que j’avais vu celui du malheureux. Gisant, inerte, les yeux grand ouvert, surement sous l’effet de la surprise de la balle qu’il s’était prit en pleine poitrine. Sa femme et ses enfants avaient du fuir, afin de ne pas connaitre le même sort tragique. Et moi j’avais perdu un collègue. Ça ne serait pas le premier. Ça n’était pas le dernier. Mais ce genre de nouvelle était toujours douloureux. Tellement, que j’avais moi-même préféré dire à son assistante qu’il avait fuit la ville. Afin que ce soit cette rumeur-là qui se répande. Et non pas la vérité, la cruelle vérité, qui pourrait sans doute tous nous abattre, et diminuer le peu d’espoir que certain avait encore. Car parfois, il suffisait juste, d’une toute petite dose d’espoir, pour arriver à faire face à ce qui s’y passait. Et je préférais mentir, plutôt que l’enlever à quelqu’un. Tout comme je préférais raconter et rire de Jean Bon, plutôt que de propager ce qu’il était arrivé à Pascal. Il faut dire que l’effet de la nouvelle n’était absolument pas le même… Mais bon du coup, avant d’aller poursuivre mes commérages enfantins, il fallait que je le dise à Emy. Forcément. Surtout qu’elle n’allait pas s’en remettre. Je ne m’en remettait pas. Si je voulais mourir d’une façon, ça serait une mort de rire. Parce que franchement, c’était tellement BON de rire à en avoir mal au ventre comme ici. Certains pouvait dire que j’étais franchement con, idiot, débile, et tout ce que vous voulez – vous pouvez le dire je l’étais un tant soit peu j’avoue – mais au moins je m’amusais avec mes conneries. Et ça me faisait au moins oublier, ô combien Pascal et ses blagues à deux centimes allaient me manquer..

J’avais voulu quelque part, en me rendant dans le bureau d’Emy, y trouver un peu sa joie de vivre, afin d’être certain de ne pas y penser. J’étais très doué pour faire comme si tout allait bien, derrière mes blagues vaseuses qui me permettait de ne faire douter personne quand à mon état. D’ailleurs, c’est pour ça sans doute, que beaucoup ne se posait plus vraiment de question à mon sujet depuis plusieurs jours. Tant bien que même mon absence avait beaucoup fait parler, je crois bien que le coup de la grippe avait fonctionné… Pour certain du moins. Et c’est l’air de rien, comme si rien ne s’était passé, et comme si tout allait bien dans le meilleur des monde – cruelle apparence – que je déboula dans le bureau de ma collègue, de la même façon que je le faisais depuis des années… Et malgré toutes ces années, il ne m’avait jamais semblé la voir ainsi. Pleurer. D’où le fait que je nota rapidement le changement d’expression, d’attitude, qu’elle avait aujourd’hui. Etant donné que c’était d’Emy dont il s’agissait, dont j’avais vu essuyer ses larmes, et qui ne semblait pas bien du tout –bien au point de ne pas me dire de frapper à la porte, comme elle me le répétait depuis des années parce que je n’avais toujours pas obéit.. et elle non plus d’ailleurs. Ou même bien, au point de rigoler pour Jean Bon, car c’était le genre de chose, aussi stupide soit elle, qui pouvait très bien nous faire rentrer dans un fou rire incontrôlable, comme le coup de Alex Térieur – le facteur de passage, où lorsqu’il nous avait dit son prénom, on lui avait ordonné d’aller dehors. Le pauvre, je crois bien qu’il avait été vexé. Mais nous on s’était quand même bien marrer !

Mais aujourd’hui, la situation était à des kilomètres à pieds de Alex. Qui pour sur était là bien dehors, et bien loin. Emy n’allait manifestement pas bien. Et pour que je le remarque aussi rapidement, je devinais quelque part tout de suite, que quelque chose n’allait pas… Mais me refusais de l’admettre sans doute. Préférant me dire que c’était son chat. Parce bien que j’adorais énormément minette, je préférais que ce soit elle qui soit morte ou blessé, plutôt qu’une personne de son entourage, ou même elle. Je priais intérieurement pour qu’il ne soit rien arriver à sa charmante mère. Et si tel aurait put être le cas, je me serais précipité pour aller réconforter la plus jolie des mamans. Et son bel amant de prince charmant serait venu. Même si ce n’était absolument pas ce que l’on était hein, juste que moi je l’aimais bien Madame Hale. Mais malheureusement, ce n’était ni à cause de son chat, ni de sa mère que la jeune femme était dans un état pareil. La vérité, était d’ailleurs bien pire que ce à quoi j’aurais put m’attendre. Je ne put m’empêcher de le comprendre tout seul, comme un grand, lorsque je vit son visage couvert d’une marque que ni son bras, et ni aucune quelquonque marque de maquillage pourrait cacher. S’il y avait quelque chose que je ne supportais pas, c’était la violence envers une femme. Violence qui me rappelait que l’on avait fait mal à la mienne, mon amour, sous mes yeux. Ce que je n’avais toujours pas digéré. Et ma réaction, soudainement froide et ma colère, le démontrait bien. Car après tout, si Ksenia ne s’était pas faite frapper sous mes yeux, ou ne m’avait pas raconter des récits qui pourrait très bien être semblable à ce qui était arrivé à Emy, je ne me serais peut être pas tant tourmenté. Après tout, Emy pouvait très bien pratiquer des jeux plus ou moins dangereux avec sa conquête du moment, et aussi bizzare et saugrenu que soit cette idée, en l’espace d’un instant, j’avais presqu’envie – naïvement, stupidement – de me persuader que c’était ça.

« Minette va bien, qu’est-ce que tu racontes ? Me répondit-elle, alors que j’étais en train de réfléchir, à ce qu’il y avait put réellement arriver. Car je savais bien que ce n’était pas ça. Son rire, habituellement si communicatif, sonnait faux. Trop faux pour que je puisse y croire. Bien que j’aurais aimé. Mais je ne pouvais m’empêcher de remarquer ses yeux brillants. Qu’elle tentait surement sans doute désespérément de me cacher, s’apprêtant à partir je ne sais ou. Je savais bien que je n’étais sans doute, pas le meilleur ami parfait à qui on pouvait se confier niaiseusement et pleurer sur mon épaule – réconforter les gens et les voir pleurer, n’était pas forcément mon fort, je devais ridicule et soudainement très con dès que quelqu’un se mettait à verser quelque larme, que je n’arrivais plus à réagir normalement – mais pourtant, elle devait bien savoir que si quelque chose n’allait réellement pas, elle ne devait pas me le cacher, elle ne pouvait pas d’ailleurs. Je devinerais trop vite, arrivant à lire en elle parfois beaucoup trop facilement. C’était d’ailleurs pour ça qu’avec Emy, je savais que désormais, nous ne serions que des amis, on savait exactement comment l’autre pouvait réagir, avant même de se l’avoir dit. De la blague idiote que l’autre préparait, à la position que l’autre allait adopter au lit, on se connaissait trop par cœur pour ça, d’où il s’ensuit que notre amitié telle qu’elle était, marchait, et durerait probablement encore longtemps. Pas besoin de discours grandiloquent ou de déclaration d’amitié mielleuse pour le savoir, se taper dessus – au sens figuré du terme – et se chercher suffisait. Et elle n’avait pas besoin de faire semblant, jouer la comédie ou partir, pas devant moi. Car il fallait que je sache ce qu’il lui était arrivé, avant de m’avancer dans des théories totalement loufoque. Attrapant sa main, fermement, je ne comptais pas la laisser partir ainsi. Pas comme ça. Pas sans qu’elle m’ait dit ce qu’il n’allait pas. Et c’était ce qu’aurait fait n’importe quel ami, bien qu’il était certain, qu’il l’aurait fait d’une bien meilleure façon que la mienne. « Piotr, lâche-moi…[/] M’ordonna-t-elle, alors qu’en guise de réponse, je me contentait de lui demander directement l’identité du responsable de cette blessure. [i]- Piotr, ne me touche pas, s’il te plait… Dit-elle, totalement dans le vent, puisque je ne la lâchait pas, et resserrait même mon étreinte sur son poignet. J’étais énervé, pas contre elle, mais contre la situation, celui qui avait put faire ça. J’avais voulut rire en sa compagnie, et ce dernier m’en empêchait aujourd’hui. C’était totalement égoïste et immature je le savais bien de réagir ainsi, mais Emy était quelqu’un de fort – du moi elle savait très bien le laisser paraitre, comme moi -, qui normalement, n’aurait pas besoin de moi pour un simple coup reçu de ce genre. Mais hors là, y’avait peut-être eu plus ? « LACHE-MOI ! » Cria-t-elle, soudainement, en se dégageant sauvagement, trop pour que je ne m’inquiétais pas. Je crois qu’à partir de cet instant, j’avais ma confirmation qu’il y avait eu pire justement.

Je fronçai les sourcils, l’air ahurit, un peu dépassé, et surtout ne sachant pas réellement comment réagir à ce qu’il se passait. Un garçon X, aurait probablement parlé gentiment, avec des mots doux, s’excusant et blablabla tout en essayant de la réconforter. Mais je n’agissais pas comme X. Je n’y pouvais rien moi si je n’étais pas aussi ringard et cucul. Même si concernant ça, j’avais fait quelques effort avec une certaine personne, qui arrivait à me rendre bien plus doux que je ne l’avais jamais été. Mais là n’était pas la question. Regardant mon amie, l’air médusé, ne comprennent pas elle prenait ses affaires, son sac son manteau, prête à partir, alors que je n’en revenais toujours pas de la ainsi. Ça me faisait presque mal de la voir comme ça, elle. Ça me faisait mal. Et je ne savais même pas quoi faire pour l’aider. Il n’y avait rien à faire peut être. Si ce n’était que rester planté là, sans un mot, faisant mine de la croire quand elle me disait : « C’est rien, laisse tomber. » Je ne put m’empêcher de la regarder, d’un air interrogateur, la regardant, tremblante. J’aurais largement préféré ne pas être aussi têtu, et la laisser partir. Ça aurait sans doute été plus facile, pour moi, comme pour elle. Car l’un comme l’autre, ne se doutions pas jusqu’ou la révélation qu’elle allait me faire – ou plutôt que j’allais comprendre – allait nous amener. Ou plutôt ce que ça allait me conduire à faire. Mais mon air peu convaincu, l’avait surement conduite à rebrousser le chemin, et finalement changer d’avis. Et m’en dire un peu plus, comme elle allait le faire précisément. Elle fouilla dans son sac, avant de prendre la parole, d’un air si peu assuré que je ne lui connaissais guère, et qui la trahirait toute seule. Sans que je n’aurais le temps de lui poser la moindre question. « Tu vas rire… une baffe d’un boche, Bien évidemment, il fallait toujours qu’ils soit mêlés ceux là. Et ça ne m’étonnait guère, je m’y attendais presque d’ailleurs, envisageant sans doute le pire, dès le départ, sans vouloir l’admettre. « Tu sais, l’article de l’autre fois, celui que tu m’as dis de ne pas publier. Il a pas aimé… » Poursuivi-t-elle allumant sa cigarette. A vrai dire, pour la première fois depuis tout à l’heure j’avais détaché mon regard d’elle, pour regarder dans le vide. Les yeux figés. Tout comme mon expression qui se crispa au fur et à mesure, qu’un flot de pensées et d’hypothèses anima mon cerveau. Bien évidemment, l’article, je savais ce qu’il était. A propos d’un allemand. Le pire de tous. Dont j’avais malheureusement du venter les mérites dans un article, contraint d’être publié, et dont Emy avait rapidement remarqué l’existence, et s’était empressé d’en écrire un peu de temps après, à sa manière. Ce qui était une mauvaise idée, trop mauvaise. Je lui en avais dissuadé. Parce que ce type était fou, et tout ce qu’il pouvait y avoir de plus abject. Il savait trop de chose sur moi, sur ma vie, pour que je ne me méfie pas de lui. Il me l’avait lui-même dit qu’il m’avait à l’œil, et je savais que c’était vrai, puisque je l’avais déjà croisé à mon plus grand damne à plusieurs reprises en sortant du boulot. Il ne s’était pas manifesté, enfin du moins, n’avait pas retouché à Ksenia depuis l’autre jour. Le diable n’était pas en repos pour autant. Cette ordure avait frappé Emy. Je le devinai tout de suite, j’en étais certain, persuadé. Encore, je pouvais être soulagé qu’il ne l’ait pas frappé, sachant qu’il n’était pas du genre à justement que frapper…

Cette dernière constatation, simple petite idée, qui paraissait pourtant totalement anodine faisait pourtant toute la différence. Mes pensées fusaient. Mon regard était creux, vide de tout émotion, de sens.. Alors que pourtant, à l’intérieur, tout était remplit, et jaillissait bouillonnait lorsque je compris. Je compris pourquoi Emy était ainsi. Je compris d’où provenais cette marque. Je compris que cette ordure avait fait mal à ma meilleure amie. Allant bien au-delà d’une simple agression, tel le pervers infâme qu’il était. Il l’avait touché, exactement de la même manière qu’il l’avait fait à ma douce, semblant s’en prendre à toute les personnes qui comptait pour moi. « ‘Faut que j’y aille… » La voix d’Emy résonnait, tel un vrombissement provenant de l’extérieur, d’ailleurs, alors que moi j’étais perdu dans mon monde et mes réflexions. Ma main se mit à trembler, d’horrible images me revinrent à l’esprit, et me donnait envie d’exploser. Il n’avait pas le droit de me faire ça. Il ne pouvait pas s’en prendre à Emy. Pas elle, pas celle qui me faisait rire et sourire – et même pester – continuellement. Pas celle qui donnait à ma vie des allures de grosse blague vraiment très drôle. Non, il n’avait pas le droit. Alors que la jeune femme se dirigeait vers la porte, ni une ni deux je l’atteignis avant elle, m’y interposant, le regard noir, en colère, énervé je lui barrais la route. « Tu reste ici ! » pas la peine qu’elle ne sorte, si ce n’était pour recroiser l’autre enflure dehors. Parce qu’il pouvait très bien y être, et que je refusais qu’il lui arrive de nouveau quelque chose. Ce qui ne risquerait pas ici à l’intérieur, où elle serait largement mieux que je ne sais où. Bien que j’avais une manière très peu judicieuse de la retenir. Trop peu. J’étais idiot, en colère, désemparé, hors de moi, et elle allait malheureusement pour elle le remarquer, alors qu’elle n’avait pas besoin de ça. Mais là, ce n’était plus Piotr qui parlait. Pas le Piotr qu’elle connaissait. Mais plutôt là, c’était l’espèce de boule de feu enragé, le pantin dénué d’âme, d’émotion et de sentiment qui faisait surface. L’être froid et dur que j’avais déjà été, et celui que je redeviendrais de nouveau – en pire. Machinalement, j’avança de nouveau vers le bureau, d’un pas lourd, ferme, les poing serrés, avec m’envie irrépressible de faire payer à ce bouffon, qui ne méritait qu’un bon coup dans sa gueule, et bien plus encore. La rage m’animait, comme si il n’y avait plus que ça au monde qui comptait – lui faire payer. « Il ne pouvait pas faire ça ! » Répétais-je continuellement, à plusieurs reprises, d’un air glacial et dur, avant de m’approcher vers le bureau d’Emy, et d’y poser mon poing, avant de saisir le ramassis de feuille et de le balancer violemment au travers de la pièce, répétant une nouvelle fois la même phrase. Avec quelque alternative du genre « Il va le payer ? T’as compris qu’il va le payer hein ? Il va regretter d’être venu au monde, crois moi ! » J’étais menaçant, trop. Bien trop. Je m’emportais, contre mon gré sans doute, avec la sordide impression de ressembler plus que je ne l’aurais voulu, à l’homme en qui je vouais une haine profonde. C’était une réaction comme la mienne à ce moment là – un excès de colère – qui le poussait à faire du mal aux femmes. Je ne voulais pas être ainsi, surtout pas, et pourtant, je n’arrivais pas à me calmer. Rien ne pouvait me calmer. Rien ne me calmera. Jusqu’à ce que je lui arrache le cœur, de mes propres mains, et qu’il ait aussi mal, que moi j’avais mal en cet instant.
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MessageSujet: Re: Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.   Dim 26 Déc - 11:34

La guerre passerait, d’une façon ou d’une autre. Il le faudrait bien ; le monde ne pouvait éternellement lutter comme il le faisait depuis deux ans maintenant. Les conflits et les hommes finiraient par s’essouffler, ou profit d’un camp ou de l’autre, et le calme reviendrait – parce qu’il le fallait, au risque de faire imploser l’humanité. Tous demeureraient marqués sans doute. Quelques mois, des années peut-être, chacun à leur façon, pourtant la guerre passerait – dans six moins, cinq ans, dix ans, mais elle passerait. Mais ça, ces souvenirs répugnants, cette honte cuisante, cette nuit et ce mur… ça resterait. Elle le savait, elle le sentait, avait la sombre sensation de ne jamais pouvoir s’en débarrasser. Sans doute seraient-ce là ces marques, indélébiles, que chaque homme vivant ces sombres époques qu’étaient n’importe quelle guerre disait toujours conserver. Quelle qu’en soit la durée, la raison et les atrocités. Sa marque à elle. Egoïste peut-être – tant de gens mourraient, étaient dépouillés du titre même d’hommes ou envoyés dans ces trains sans retour – mais combien aurait-elle donné pour qu’ils l’achèvent elle aussi plutôt que de lui laisser ça ? Pour qu’ils gardent, effacent ses abjectes images et lui rendent ce qu’ils lui avaient volé. Un sourire, un éclat de rire, une petite flamme au fond des yeux et un bout de ce vague espoir qu’il lui restait encore. Cette lueur trouble au bout du tunnel dans lequel la France était entrée lors de ce foutu mois de juin 1940 qui venait encore de perdre de sa faible intensité. Ce qui c’était passé sur ces quais aurait très bien pu arriver plus tôt, ou même plus tard, sans guerre ni nazis… pour d’autres raisons. Mais c’est parce qu’ils étaient omniprésents qu’elle écrivait ces articles, parce qu’ils voulaient tout contrôler, tout décider qu’elle se permettait ces écarts. Parce qu’ils étaient là, parce que ces cinq hommes portaient tous ce même uniforme qu’elle avait osé offenser que maintenant ses images défilaient. La guerre finirait, oui – mais d’Emy, n’en sera-t-elle alors pas déjà venue au bout ? Car elle les rongerait tous, chacun d’une manière différente, d’une façon ou d’une autre. Jour par jour… espoir par espoir.

Comme elle le faisait à chaque nouvelle disparition, à chaque nouvelle restriction, à chaque nouveau cadavre… Parce que tous n’étaient pas dupes. Ces collègues qui disparaissaient soudainement n’avaient pas tous eu subitement envie d’émigrer auprès de leur famille. Ces ménages entiers dont les appartements se vidaient soudainement n’avaient pas tous eu le temps de fuir. Chaque fois, c’était une petite parcelle de lumière qui s’éteignait. Une bougie de soufflée dans cette obscurité à peine illuminée par les flammes vacillantes. Et ce jour-là, dans ce bureau, l’une d’elles venait encore de faiblir, doucement. Là, face à Piotr, Emy n’était plus tout à fait la même – celle qui badinait, plaisantait et raillait à tout va, riant à ses remarques autant qu’à celles des autres. Et cette petite chose qui avait changé, c’était une part de gaité qu’ils lui avaient arrachée. Et sans sa gaité, pas d’espoir. C’était idiot, autant que les larmes incessantes qu’elle ne parvenait à retenir, mais c’était comme ça. Ce qui s’était passé n’avait et n’aurait jamais la moindre influence sur le fait que la guerre ne soit définitivement gagnée ou perdue. Mais pour elle, pour elle seule, la première nuit de neige de cet hiver aurait pour conséquences que les vents et la chance auraient beau tourner, jamais elle ne serait totalement gagnée. Ca aussi, ils le lui avaient volé, avec cette autre petite part d’elle – méconnue encore, de laquelle elle pensait se ficher pourtant – mais de cela, elle en prendrait conscience bien assez tôt. Non, rien ne serait parfaitement gagné, en définitive. Du moins, c’était la sensation lourde que lui laissaient ces souvenirs, ces sentiments mordants. Pourtant plus que jamais, elle donnerait n’importe quoi pour les voir partir, assister aux même défilés que ceux de ce sombre début d’été, mais en sens inverse ou avec d’autres couleurs que ces croix noires sur ces fonds rouges et blancs. Furieuse et abattue, incapable d’écrire le moindre mot ou de retenir ses pleurs devant la seule personne qui jamais, au grand jamais, ne devait la voir pleurer. Parce que c’était Piotr, et que Piotr n’avait déjà qu’à coup d’œil à lui lancer pour savoir si elle était bien ou mal lunée. Et qu’elle détestait avoir l’impression d’être un véritable livre ouvert.

Et qu’était-elle de plus aujourd’hui ? Un rien avait suffit, et il avait fallu qu’elle s’enfonce, toute seule en essayant de remonter. En cherchant à jouer, à simuler ce que devrait être et avait toujours été la piquante journaliste qu’elle était. En vain. Lorsqu’elle l’avait vu débouler dans son bureau, elle aurait dû se douter que jamais le jeune homme ne la laisserait s’en sortir comme ça. Qu’il tiendrait bien trop à savoir – quand il aurait tellement mieux valu qu’il ne sache pas. Pour lui comme pour elle, pour s’éviter une future et sombre soirée comme pour lui épargner la scène sur le point de se produire. Inévitable, dès lors qu’il s’était approché d’elle. Trop, bien trop pour ce corps qui rejetait violemment toute idée du moindre contact. Une main refermée sur son poignet, à l’endroit même où celle de l’allemand s’était serrée ; ou posée sur son épaule, pour laquelle elle avait giflé Nate alors qu’il venait de la sauver… Piotr avait vu ses larmes, et sa trop brusque réaction. Rien ne leur serait épargné – ni à l’un, ni à l’autre. Si elle avait pu se montrer convaincante, seulement. Si elle avait réussi à s’extirper autre chose qu’un sourire faiblard, qu’une main tremblante sur sa cigarette et à rire, réellement, en lui disant que lui aussi allait rire… alors peut-être. Mais définitivement, ses talents d’actrice l’avaient abandonnée avec toute envie de ricaner sur le dos de ce pauvre type au nom ingrat. Trop de choses jouaient contre, à commencer par ce qu’elle ignorait des Piotr et de cet officier. Si elle avait su que le jeune le connaissait, jamais elle n’aurait laissé tomber ce mensonge – cette moitié de mensonge, il n’avait réellement pas aimé son article, tout autant qu’il l’avait réellement frappée ; un mensonge par omission sans doute. Et lorsqu’à cette affirmation, elle vit le regard de son ami se vider étrangement, elle comprit qu’elle ne s’était absolument pas sortie de là – bien au contraire. De nouveau, l’angoisse. Et le besoin, irrépressible, de partir.

« Tu reste ici ! »
Brusquement, Piotr s’interposa, se plaçant devant la porte du bureau avant qu’Emy n’ait pu l’atteindre. Son ton dur, son regard noir l’arrêtèrent, la firent même reculer d’un pas. Elle le dévisagea un instant, muette et surprise. Certaine maintenant qu’il avait deviné bien plus loin qu’une gifle un peu violente. Honteuse, elle baissa les yeux, expirant une bouffée de fumée blanche dont les volutes se perdirent lentement. Inutilement, l’une de ses mains alla se poser sur sa joue marquée. Il fallait qu’il la laisse sortir. Elle n’aimait pas ce regard noir, elle n’aimait pas cette fureur qu’elle devinait… Parce qu’elle le connaissait aussi, et qu’elle savait qu’il ne s’appartiendrait plus s’il continuait comme ça. Jamais il n’aurait dû savoir quoi que ce soit.
« S’il te plait… pousses-toi. Ca sert à rien, lâcha-t-elle, toujours dans un souffle, les larmes qu’elle retenait lui nouant la gorge. »
Mais il resta là, résolument. A nouveau elle sentit l’angoisse lui tordre le ventre. La sensation d’être prise au piège, lorsqu’elle avait comprit face aux soldats qu’elle ne s’en sortirait pas, et qu’elle aurait beau hurler, elle n’y changerait rien. Piotr, ça n’était rien que Piotr devant cette porte. Mais les images étaient encore bien trop vives. Machinalement, elle se mordit la lèvre avant de s’écarte pour laisser passer le jeune homme, furieux, qui se dirigeait vers son bureau. A son tour elle s’appuya contre le mur, laissant tomber le sac qu’elle avait au tant de mal à trouver alors que, coincée entre ses doigts crispés pour les empêcher de trembler, la cigarette se consumait sans but.
« Il ne pouvait pas faire ça ! répétait Piotr, avec un voix vibrante. »
Serrée contre son pan de mur, Emy avait fixé ses grandes prunelles trop brillantes sur lui et le dévisageait, muette, céder à une fureur qu’elle était incapable de comprendre. Il n’avait pas à se mettre en colère, ça ne le touchait pas – ou du moins, n’aurais jamais dû le toucher.

« Il ne pouvait pas faire ça ! »
La jeune femme ferma un instant les yeux, mais les souvenirs, les rires, la nausée se firent plus vifs encore, la poussant à darder son regard marqué de cette soirée sur son ami, encore et toujours. Non, ils ne pouvaient pas faire ça. Ils n’en avaient pas le droit, tout comme ils n’avaient pas le droit de tuer ces gamins qui avaient le cran de se battre, de déporter ces gens pour une simple étoile accrochée à leur veste, de faire écrire ce qu’ils voulaient à ce que l’on ne pouvait décemment plus appeler « presse ». Mais ils l’avaient fait, et tout le reste aussi. Ils étaient là, en vainqueurs. Alors les droits qu’ils n’avaient pas, ils les prenaient. Et tant pis pour les gamins, les déportés ou les journalistes. La loi du plus fort, ça n’était rien de plus. Si elle s’était défendue mieux que ça, alors peut-être ne l’auraient-ils pas pris celui-ci. Celui de la plaquer contre ce mur et de… Même le mot se refusait à elle. Devant elle, Piotr continuait. Brusquement, il attrapa un tas de feuille vierges posé sur son bureau et d’un geste violent, les balança dans la pièce.
« Il va le payer ? T’as compris qu’il va le payer hein ? Il va regretter d’être venu au monde, crois moi ! »
Lentement, la jeune femme à qui ces mots étaient adressés se laissa glisser contre le mur. D’autres images s’imposèrent à elle, celles de Nate et ses rafales de coups, et ses filets de sang sur le front. Ils étaient soldats, Piotr n’était que journaliste. Ce qu’il disait, c’était lui qui ne pouvait pas le faire. Recroquevillé sur elle-même, elle le dévisagea menaçant… effrayant. Emy détourna les yeux, laissant un instant sa tête prises entre ses mains, douloureuse. Ces visages qui lui revenaient, les menaces ce Piotr, les rires qui la hantaient… tout ça semblait s’être donné le mot, se mélanger pour ne former qu’un amas de bruits et de formes sans nom.
« Arrêtes… souffla-t-elle, sans même être sûre qu’il l’ait entendue. »
Là, face à elle, il lui semblait que son meilleur ami n’était plus là. Il était devenu quelqu’un d’autre, violent, dans ses paroles, dans ses gestes. Et il continuait, toujours.
« Piotr, tu m’fais peur, continua-t-elle, un peu plus fort. »

L’écoutait-il seulement ? Il continuait à s’agiter, prononcer toujours le même genre de phrases… Une série de tremblements lui échappa à nouveau. Elle ne comprenait pas. Qu’avait déjà fait cette ordure pour le mettre dans un état pareil ? Avait-ce un rapport avec cet article qu’elle n’aurait jamais dû relever, se contenter de laisser filer après avoir essayé de lui en parler ? Avait-elle tout simplement mis les pieds dans une affaire qui la dépassait ? Elle ne se souvenait que trop bien de la façon dont il lui avait dit de ne pas faire passer son papier, de laisser tomber. Savait-il ce qu’elle risquait – ou du moins, qu’elle risquait plus qu’avec ses piques habituelles ? A nouveau elle le dévisageait, furieux toujours. Par terre, contre le mur, elle tenta encore une fois de rester calme. Mais il lui faisait peur, là, réellement. Au point que, brusquement :
« MAIS BORDEL, PIOTR, ARRETE ! cria-t-elle en se redressant. »
Dans ses yeux verts, les mêmes éclats d’horreur, toujours, siégeaient. Elle les plantant dans le sien, de regard pour qu’il s’arrête, qu’il se calme surtout. Sauf que les mots, une fois de plus, lui échappèrent.
« Ils en ont- commença-t-elle avant de se reprendre. Il en A bien assez fait comme ça ! »
L’espace d’un instant, elle se troubla, s’entaillant l’intérieur de la joue. Non, il n’était pas obligé d’en savoir plus. De savoir qu’eux étaient plus qu’un… Trop tard.

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MessageSujet: Re: Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.   Lun 27 Déc - 21:21

La vision que j’avais de l’homme, n’avais jamais été véritablement très bonne. Et ce dès mon enfance, puisqu’il faut dire que mon père, n’avait jamais été un très bon exemple à mes yeux. Et cette vision ne s’était qu’empiré avec l’arrivée de la guerre. Les hommes montraient chaque jours qu’ils étaient capable du pire, et ce envers leur semblable en plus. A quoi cela servait-il d’avoir créer ce monde, si c’était finalement pour que l’on s’entretue tous ? Le monde connaissait ses pires heures. Le pire, était que ce n’était que le début. L’hiver allait être dur. Long, très long. Nos esprits, allaient être marqués à tout jamais par cette triste période, qui semblait n’en plus finir… Ce que le temps pouvait paraitre long, depuis que les nazis avaient pris le contrôle du pays. Combien de temps encore allons-nous chacun pouvoir tenir dans de pareilles conditions ? Combien de gens, d’innocents, allaient-il encore mourir, ou subir la cruauté de l’occupant ? La liste s’allongeait, et progressais de jour en jour. Personne n’était à l’abri. Et malheureusement, il avait fallut que la liste s’allonge, pour qu’y soit rajoutée le nom de mon amie. Si je n’avais pas voulu la mettre en dehors de cette histoire, elle, et les autres, incontestablement, je lui aurais raconté ce pourquoi je m’étais absenté. J’avais faillit mourir, ce n’était pas rien. Mais seulement, je préférais garder mes amis en dehors de ces histoires avec les allemands, pour leur épargner les galères qui allaient m’attendre. Se battre pour une noble cause pouvait s’avérer être fun, mais dans de telle condition, ça n’avait absolument rien de drôle. Désormais, chaque jour je risquais ma vie, et celle de mes proches, en résistant face à l’occupant. Ma principale préoccupation était de rester anonyme, garder tout ça secret, sans que personne ne le sache. Je m’étais pour cela d’ailleurs, particulièrement énervé lorsqu’Emy s’était entêté à publier son foutu article, sur ce crétin de nazi. Même si je partageais incontestablement le même point de vue que le sien, il ne fallait pas qu’elle s’aventure dans ce terrain là. Particulièrement lorsque l’allemand en question était de la pire espèce. Je l’avais vu en face de moi, de mes propre yeux, jaillir une étincelle machiavélique dans son regard, comme si le diable, venait de se réincarner en un seul homme. Si ce jour là – bien que j’avais du faire quelque chose pour lui – il m’avait laissé libre, je savais bien qu’il trouverait une manière comme une autre de s’en prendre à moi. C’était un fou, psychopathe, qui n’avait que pour seule aspiration de faire souffrir les gens autour de lui, et malheureusement, j’étais dans sa ligne de mir. Ksenia l’était. Bien qu’il ne s’était pas directement manifesté, je savais qu’il nous suivait tantôt, nous observerais. Sa soif de pouvoir, faisait qu’il avait incontestablement besoin de mes articles pour parvenir à ses fins. De manière à avoir son soutient auprès du peuple, du moins je l’avais rapidement compris. Furieux, il avait très certainement du l’être, lorsqu’Emy, s’était entêté à ne pas m’écouter, et à vouloir écrire sur lui… Quelque part, j’aurais du le savoir, j’aurais put préméditer ce qu’il lui était arrivé. J’aurais put le lui dire, lui conseiller d’être prudente. Pourtant je n’avais rien fait. Je m’en voulais terriblement, pour ça. Comprenant très rapidement sans qu’elle n’ait besoin de me le dire ce qui s’était réellement passé pour qu’elle soit dans cet état là…

Je crois bien que pour ça, la première personne contre laquelle j’étais en colère c’était moi. Moi parce que je n’avais pas agit avant, je n’avais rien fait, alors que cet enfoiré était toujours dans la nature, en vie. Probablement en train de s’en prendre à un tas d’autre fille. L’envie de tuer quelqu’un n’était absolument pas dans ma nature – et pourtant je n’allais pas avoir le choix que de tuer des hommes – mais alors lui, me donnait l’envie irrépressible de l’abattre. Encore plus maintenant que je savais que c’était la seule issue pour l’arrêter. Ce n’était pas de publier des articles et de l’obéir qui allait calmer son animosité. Maintenant je le savais. Croire qu’il allait me laisser tranquille, était une cruelle et doucereuse illusion. Puisqu’il trouvait le moyen encore une fois, de frapper, là où ça faisait mal. Il n’y avait pas besoin de mot, de parole, d’explication pour que je comprenne ce qu’Emy avait put subir. Je le voyais dans ses yeux, son regard, ses gestes qu’elle souffrait, qu’elle avait mal. Et ça me faisait sans doute d’autant plus mal de la voir ainsi. Elle qui était si chiante à son habitude, ses railleries et remarques désobligeante me manquait presque.. Et me manquait sans doute, parce que c’était ce genre de chose que j’étais venu chercher ce matin, afin de me remonter le morale au vu des dernières nouvelles qui étaient tombé. Que des tristes nouvelles.. Pas même un seul message d’espoir était en train de parvenir à mes oreilles. Ce qui me décourageait totalement, et me rendait d’autant plus en colère que je ne l’étais déjà, au vu de la situation qui était en train de s’éclaircir dans mon esprit.

Je m’interposais, brusquement, violemment, voulant interdire à Emy de partir, alors qu’un fou – et tant d’autre encore – rodait à l’extérieur. « S’il te plait… pousses-toi. Ca sert à rien, Oui ça ne savait à rien, absolument à rien, le mal était fait. Elle n’oublierait pas. Et moi je ne me calmerais pas d’aussitôt. Mais en attendant, je n’avais pas envie que la situation s’empire. Je ne l’écoutais pas. Je ne l’écoutais plus. Ne la regardait plus. Le regard vide, soustrait d’un quelconque éclat. Comme si la partie humaine de moi-même, mon âme, était en train de me quitter, pour laisser place uniquement à ma folie, ma colère. Et c’était tout ce qu’il me restait en cet instant. De la haine. Comme si ma seule raison de vivre maintenant ne résidait qu’en l’idée de pouvoir faire du mal à l’individu. La colère, dans laquelle j’étais, n’état sans doute pas uniquement due à ce que j’apprenais, mais aussi à un peu tout ce qui arrivais. Pascal. Ceux qui mourraient chaque jour. Ceux qui étaient en train de mourir ou de souffrir, pendant que j’étais tranquillement à mon travail pépère. Et puis aussi parce que je m’en voulais terriblement. Me tenant comme responsable de l’état de mon amie, qui elle non plus n’avait pas été épargnée. Et finalement, personne ne le serais. Je savais qu’énerver ne servait à rien, mais j’avais plus que besoin de laisser éclater toutes les mauvaises choses que je gardais au fond de moi. Il y en a avait tellement, que je n’avais d’autre choix que de faire un petit débordement. J’étais quelqu’un de beaucoup trop renfermé sur ses sentiments, émotions, ne les laissant que trop peut sortir. Mais lorsque ça arrivait, c’était douloureux. Pour moi, tout comme la personne en face de moi. Je savais que je ne devrais pas m’énerver devant Emy, qui avait eu sa dose de malchance ces derniers jours, mais je n’arrivais pas à me contrôler. Je n’étais qu’un stupide humain, dépassé par l’événement, qui n’arrivait plus à maitriser ce qui lui arrivait. Je détestais cela, perdre le contrôle, alors que jusque là, j’avais fait en sorte pour avoir tout en main, mais là, tout ce qui se déroulait m’échappait totalement. Je n’étais rien. Juste un pauvre idiot, qui avait eu pendant un bref instant suffisamment d’espoir pour croire que le monde était beau, parce qu’il était amoureux et heureux dans son monde à lui. Mais la réalité, était qu’aucun monde, et même celui de mes rêves n’était beau. Il y avait toujours un méchant quelque part, même dans les contes de fée, pour tout ruiner, et tout gâcher.

Les yeux emprunt de rage, je n’avais même pas remarqué qu’Emy s’était recroquevillée dans un coin, tête baissé. Je faisais valdinguer à travers la pièce les feuilles de son bureau, avant de finalement m’attaquer aux journaux. Journaux qui contenaient des articles, que l’on écrivait régulièrement elle et moi. Jusqu’à ce que je tombe sur un numéro, avec un de mes article en première page.. Le fameux article, qui avait tant fait parlé Emy, alors que j’aurais préféré qu’elle ne me pose aucune question le concernant. D’un air de dégout, je saisis le journal avant de le balancer lui aussi à l’autre bout de la pièce, lui, et tous les autres journaux dans le tas. « Conneries ! Ce ne sont que des conneries ! » Oui, ce ramassis de feuille qui représentait tout notre travail quotidien, n’était qu’un tissu de mensonges. Ce stupidité. Stupidités que j’écrivais chaque jour. J’y passais le plus clair de mon temps. Consacrant alors mon existence à toutes ces conneries ? Ouai faut croire. La vie était vraiment absurde. Le monde aussi. Et moi avec.
« Arrêtes… Emy me parlait mais je n’entendais pas. Ou plutôt n’écoutais pas. Et n’arrêtait surtout pas contrairement à ce qu’elle me demandait de faire. Je ne cessais de répéter encore et encore les même phrase du genre des « il n’avait pas le droit de faire ça » « il n’aurait pas du » « il va le payer », avec quelque variante en déchirant les journaux en disant « conneries ! Conneries ! conneries ». Telle un vieux magnétophone qui tournais en boucle, sur moi, on avait très certainement du appuyer sur la touche « repeat ». «(i] Piotr, tu m’fais peur.[/i] Je n’écoutais toujours pas. Mais il est incontestable que mon comportement devait faire peur. Je n’étais plus moi-même, j’étais cet autre, emporté dans un excès de violence, balançant tout ce que je trouvais sur mon passage, l’air menaçant, avec des idées horrible derrière la tête. J’étais bien loin d’être le collègue blagueur et taquin, que j’étais habituellement avec elle. J’avais laissé la mauvaise partie de moi-même prendre entièrement le dessus. A tord sans doute, ne remarquant pas la pauvre Emy, repliée sur elle-même, tremblotante. Ma réaction était pathétique, je ne devrais pas lui faire subir ça. Je ferais mieux plutôt de la consoler, ou de la faire rire. Mais j’en avais perdu toute envie. Rien ne me ferait rire aujourd’hui. Ni demain. Ni après demain. Jean Bon et Alex Térieur pouvait sortir, même eux ne changerait pas l’état d’esprit dans lequel je me retrouvais actuellement. C’était sans doute trop m’en demander aujourd’hui que d’essayer de faire semblant que tout allait bien. Alors qu’évidemment, tout allait mal. Et je continuais à m’enfermer dans mon hystérie passagère, envoyant encore et toujours des feuilles dans la pièce. Ça ne changerait rien de saccager le bureau d’Emy, mais en attendant ça soulageait, et me faisait presque naïvement penser que ça irait mieux, ça aiderait à me calmer de balancer toutes ces feuilles. Mais bien entendu, ça n’allait pas être le cas…


« MAIS BORDEL, PIOTR, ARRETE ! Je me retourna, sursautant presque, les yeux écarquillé. Comme si je venais de recevoir une décharge électrique, je remarquais enfin qu’Emy était toujours là, et qu’elle n’avait pas bougé depuis tout à l’heure et qu’elle m’avait incontestablement vu dans mon débordement. Me rappelant soudainement qu’elle était là, alors qu’en l’espace d’un instant, je l’avais oublié – ne laissant place qu’à la haine et à la colère – je me stoppai net. Figé, je ne bougeai plus, fronçant les sourcils. Je ne voulais pas qu’elle me voit ainsi, qu’elle sache, qu’elle devine, ce pourquoi toute cette histoire me mettait hors de moi. Lâchant brusquement ce que j’avais dans les mains – un pauvre pot à crayon qui alla percuter le sol – je regardai Emy, à terre. J’avais de la peine pour elle, bien évidemment, je me garderais de le dire, n’étant pas du genre sentimental du tout. Encore moins avec elle. Mais ça me faisait vraiment mal au cœur de la voir ainsi. En l’espace d’un instant, je ne savais définitivement pas quoi faire. Ne bougeant pas, j’aurais aimé que Thomas soit là, ou Blanche, parce qu’eux, auraient très certainement trouver les bons mots, pour apaiser ne serait-ce qu’un instant la jeune femme. Mais moi, je ne trouvais rien. Tout était vide et creux dans ma tête, m’enfermant dans un silence, j’étais un peu dépassé par la situation.

Ce fut Emy la première qui brisa le silence qui s’était instauré. Prenant la parole d’un air peu assuré, je la dévisageais, sourcil froncés. « Ils en ont- ILS ? J’arquai un sourcil. ILS ? Depuis quand ils étaient plusieurs à s’y mettre maintenant ? Ouai, depuis quand ? Je crois que ce qu’il c’était passé, était encore pire que ce que je m’imaginais. Ce qui ne m’aidait guère à me calmer. Pas du tout. Je serra les poing. S’en était définitivement trop là. Beaucoup trop.. Il en A bien assez fait comme ça ! » Poursuivit-elle. Elle essayait de se reprendre, ça se voyait, c’était même plus qu’évident. Beaucoup trop. Elle venait incontestablement de faire une gaffe, de dire une chose qu’il aurait mieux valut que je ne sache pas. Vraiment pas.

« Ils étaient plusieurs ? Demandais-je en m’avançant et restant planté devant elle. Mon ton était si soudainement calme. Beaucoup trop calme et cela ne présageait rien de bon. Parce qu’au fond de moi, j’étais tout sauf calme. Je dévisageais Emy, en attente d’une réponse, réitérant – aussi calmement – ma question une deuxième fois. « Répond moi. Ils étaient plusieurs ? » Et le silence fut. Puisqu’Emy refusa de me répondre. C’était compréhensible, elle ne voulait très certainement pas en parler, et il était très maladroit de ma part d’évoquer si ouvertement ce sujet. Mais c’était plus qu’important pour moi de le savoir. Parce que si ils avaient été plusieurs à lui faire du mal, ça changeait beaucoup de chose. Enormément. Notamment le nombre de balle que l’on allait devoir utiliser pour les abattre par exemple. Parce que telle était ma nouvelle devise « Aussi nombreux serait-ils à nous faire du mal..Aussi nombreux seront-ils à mourir. » D’où le fait que j’attachais une importance particulière au nombre. C’était très important les nombres. Je passais chaque jour désormais à compter. Pourtant, je n’aimais pas les maths. Mes yeux brillaient d’une lueur presque maléfique, parce que bien évidemment, ma question n’était pas anodine. Je restais toujours planté, en attente d’une réponse qui ne venait pas.. « Combien étaient-ils ?! » Dis-je, en haussa légèrement le ton, en me baissant pour me mettre face à elle, la regardant l’air insistant. Trop sans doute. Aucun sons n’arrivaient à sortir de sa bouche, et ça m’agaçait beaucoup trop. « Répond moi, combien étaient-ils ???! » Dis-je, commençant petit à petit à perdre de nouveau tout contrôle, en posant mes mains sur ses épaules pour qu’elle me réponde. Ce qui était totallement inutile, et pas bon comme méthode, puisqu’elle se dégagea de toute étreinte, plus effrayé qu’autre chose. Je me releva soudainement, grinçant les dents, très très contrarié. Parce qu’il fallait que je le sache ce putain de nombre ! « BORDEL REPOND MOI ! ILS ETAIENT COMBIEN ?! Répétais-je cette fois ci, menaçant, laissant une fois de plus – une fois de trop – ma colère prendre le dessus. « Tu ne comprend pas ? Il faut vraiment que je sache COMBIEN ils étaient ! Réitérais-je, alors que je ferais bien mieux de me taire, avant d’en dire trop. Beaucoup trop. Elle ne devait pas être mêlée une fois de plus à cette histoire, elle ne devait pas en savoir plus. Bien que c’était sans doute déjà bien trop tard pour cela.






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MessageSujet: Re: Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.   Lun 3 Jan - 22:51

Qui songe à oublier se souvient, avait un jour dit Montaigne, mais souviens toi, toujours, d’oublier. Oublier pour, contre le mal, faire couler le doux contrepoison qu’étaient les affres brumeuses et troubles de la mémoire. Oublier, c’était tout ce que demandait Emy, car faire comme si rien n’était jamais arrivé ou même revenir en arrière ne restait que vains songes et dérisoires illusions. Oublier ces corps, ces parfums, ces visages, ces râles, ces – ses – cris, ces rires… Parce qu’aujourd’hui, comme la veille et la nuit précédente, elle ne voyait plus que ça, elle ne pensait plus qu’à ça. Dans ses moments d’oisiveté, dans son travail – si tant est que l’on puisse dire qu’elle ait travaillé -, dans le moindre de ses gestes quotidiens. Oublier, parce qu’alors, au lieu de vivre, elle se souvenait. Et que là, les deux ne pouvaient aller de paire l’un avec l’autre. Elle pouvait se rappeler Natasha, sa silhouette gracieuse et dansante même lorsqu’elle sautillait sur place pour manifester son impatience, leurs fous-rires indénombrables et partis de rien pour beaucoup, ses badinages incessants et hauts perchés, leurs conversations aussi inutiles que touchantes parfois… Elle pouvait se souvenir de Natasha, tout comme de son ombre glissant inexorablement vers les flots sales de la Seine, il y avait plus de deux ans maintenant, sans que soudain tout autour d’elle ne semble s’effondrer à nouveau. Elle pouvait revoir ces écumes la ballottant dans tous les sens, ces rochers griffant, sentir le froid de l’eau du petit torrent sans que l’oppressante impression de se noyer ne revienne lui serrer la gorge. Mais ces quais trop tranquilles, ces pavés recouverts de neige, ces hommes jouant de son corps comme d’un pantin juste assez animé pour qu’ils puissent correctement prendre leur pied… Non, de cela, elle ne pouvait s’en souvenir, et vivre, et avancer. Tête baissée, elle laissait le chemin filer et restait figée, comme face à un mur. Ce même mur que celui dont les pierres ne gardaient pourtant plus la moindre trace ni d’eux, ni d’elle, pas plus que de ses mains tremblantes agrippées à leur implacable et froide indifférence.

Recroquevillée contre le mur, à deux pas seulement d’une porte qu’elle ne se sentait plus même capable de franchir, Emy rassembla convulsivement ses jambes contre elle, prunelles fixées sur le sol droit devant elle, fuyant celles de Piotr qui de doute façon ne s’arrêtaient même plus sur elle. Prunelles baissées, oui, par la peur que lui inspirait le jeune homme furieux qui s’agitait et balançait la moindre des babioles qui trainait sur son bureau ; par la douleur, lancinante, qui tambourinait dans sa poitrine… Par la honte, surtout. Brûlante, à l’idée de ces regards posés sur elle, mauvais, la mettant plus à a nue encore par leur simple façon de s’attarder ; de ces deux grandes prunelles bleues si familières, douloureuses elle aussi, choquées ; des yeux furieux de Piotr passant d’elle à un vide de colère. De quoi avait-elle honte, de quoi se sentait-elle comme coupable ? Elle n’en savait rien. De s’être laissée salir, d’avoir giflé le seul homme, ce soir-là, ne voulant rien d’elle, de n’avoir su retenir ses larmes devant celui qu’elle aurait le plus voulu tenir dans l’ignorance… D’avoir été assez bornée pour publier ce foutu article alors que son ami avait vivement tenté de l’en dissuader. Jamais Piotr n’avait mis autant d’énergie à essayer de la détourner de sa cinglante ironie, de la modérer comme il l’avait fait. Savait-il ? La question tournait, comme une rengaine. Avait-il la moindre idée de ce à quoi elle s’était exposée en publiant ces lignes ? Etait-ce contre ça qu’il l’avait mise en garde ? Qu’avait-il vu, vécu, entendu, dit à cet homme, ce salopard en uniforme nazi, qu’en savait-il pour s’être s’y fermement – et vainement – opposé à cet article ? Emy et Piotr ne se disaient pas tout ce qu’ils avaient sur le cœur, loin de là – bien qu’ils sachent pertinemment l’un et l’autre deviner leurs malaises, même sans en savoir plus. Mais s’il savait ça…

« Conneries ! Conneries ! Conneries ! répétait-il toujours, sans arrêt, comme une machine déréglée. »
Conneries, oui. Cet article, non, ces deux articles, cette scène, ces doutes, ces questions… Peut-être connaissait-il l’allemand en question. Peut-être en écrivant ce papier avait-elle mis le doigt dans une affaire qui la dépassait – elle qui savait si bien mettre les pieds dans le plat lorsqu’il s’agissait des occupants – mais ce qui s’était passé aurait très bien pu arriver n’importe quand et ce depuis longtemps. Après tout, elle en avait attaqué bien d’autres, et peut-être même de façon plus acide. Quelques cinq ou six heures à la Gestapo, voilà tout ce qu’elle en avait récolté. Voilà tout ce qu’insouciante, inconsciente, elle pensait pouvoir en récolter. Mais elle n’en avait fait que la trop cruelle expérience : en ce monde, tout finissait par se payer. Y compris l’insouciance. Piotr en avait sûrement fait les frais aussi, avec ce même homme. Ou peut-être pas, elle ne savait plus. Là, ramassée sur elle contre son mur, dépassée par la colère presqu’hystérique de son ami qu’elle ne reconnaissait pas, elle ne savait plus et n’arrivait pas même à être certaine de vouloir comprendre. Si seulement il y avait quelque chose à comprendre. Parce que ça, parce que leur violence, leurs râles de plaisir, leurs rires, leurs mains sur elle… Non, ça elle ne voulait, ne pouvait pas comprendre. A nouveau, sa gorge se serra, reprise de nausée. Au dessus d’elle, Piotr balançait toujours feuilles et babioles, rabâchant encore et toujours les mêmes choses, les mêmes menaces. Effrayant, si bien qu’elle ne put retenir ses mots. Qu’il arrête, elle avait besoin qu’il arrête. Brusquement, elle planta son regard dans le sien, criant presque quand les murs du journal n’étaient sans doute pas plus épais que quelques bouts de cartons posés les uns contre les autres.

Un pot à crayon tomba dans le silence plus lourd que jamais qui s’installa. Un instant, un instant seulement. Avant qu’Emy ne tente de le détourner de ses menaces… Erreur. Ils en ont bien assez fait. Ils. Ont. Aussitôt, elle se mordit la lèvre, baissant les yeux, tentant de se rattraper. Misérablement, inutile d’espérer être convaincante.
« Ils étaient plusieurs ? demanda Piotr qui s’était figé, froidement, dressé devant elle. »
Obstinément, la jeune femme garda la tête baissée, honteuse à nouveau. Pas un geste, pas un son ne lui échappa. Elle ne voulait pas répondre, il n’avait pas à savoir… Devant ses yeux, revirent s’imposer les visages qui la dégoûtaient. Le premier, l’officier, celui qui lui avait valu ce calvaire infernal. Son sourire luisant, et le froid de la pierre, derrière elle…
« Répond moi. Ils étaient plusieurs ? »
Le deuxième. L’autre officier, le sous-fifre qui écumait d’avoir dû céder la première place. Emy ferma les yeux, sentant de nouvelles larmes se mettre à couler le long de ses joues. Et les souvenirs, toujours. Cette benne glacée, dans son dos toujours, et le goût âpre, rouillé du sang dans sa bouche, au carmin jurant avec l’immaculé qui commençait à recouvrir les quais.
« Combien étaient-ils ?! continua-t-il, implacable, en se baissant, à sa hauteur. »
Réprimant un sanglot, Emy secoua légèrement la tête, négative, ayant de nouveau soulevé ses paupières. Dans celles-ci, presque lisible, s’imposèrent les traits du troisième. Plus violent, plus brutal. Avec ses lèvres sur sa poitrine, répugnantes. Et les pavés, par terre, contre ses épaules, sa nuque, son dos. Puis son geste pour se dégager, ses coups de chaussures. Inutiles.
« Répond moi, combien étaient-ils ???! »
Il insistait, il ne voulait pas comprendre. Brusquement, elle secoua une deuxième fois la tête, laissant un soupir mêlé de pleurs lui échapper. Les larmes coulaient sans qu’elle ne puisse les retenir. Lorsqu’il posa ses mains sur ses épaules, Emy sursauta violemment, se dégageant avant autant de force que possible alors qu’enfin, le dernier visage revenait. Contre le mur à nouveau, lui susurrant qu’elle n’avait que ce qu’elle méritait. Les forces qui l’avaient quitté et ses cris vains, avant de rencontrer les prunelles bleues, trop bleues de Nate.

« BORDEL REPOND MOI ! ILS ETAIENT COMBIEN ?! cria soudain Piotr, alors qu’elle tentait, plus que jamais, de rester muette. Tu ne comprends pas ? Il faut vraiment que je sache COMBIEN ils étaient ! »
Trop. Soudain, ce fut trop. Tremblante, point serrés, elle sentit la fureur à la gagner, à son tour. Pourquoi est-ce qu’il voulait savoir ça ? Pourquoi est-ce qu’il ne lui foutait pas la paix avec ses chiffres et ses grands débordements ? Elle s’entailla la lèvre, pour se contenir, mais en vain.
« CINQ, PIOTR, ILS ETAIENT CINQ !! hurla-t-elle à son tour en se redressant brutalement, plantant dans le sien le regard le plus noir sans doute qu’il puisse lui avoir déjà vu. C’est bon, satisfait ? Tu veux d’autres détails croustillants ou ça ira ?! asséna-t-elle ensuite, la voix éraillée par les larmes et la rage. »
L’espace d’un instant, elle resta plantée là, face à lui, ignorant les perles salées qui roulaient abondamment le long de ses joues er la fureur qui la faisait trembler avec au moins autant de force que ses souvenirs. Immobile, elle resta là à darder sur lui ses deux prunelles bien trop troublées avant de tourner brusquement les talons, et ce sans attendre la moindre réponse. Ramassant ses affaires, elle ouvrit la porte du bureau et, rapidement, sortit sans plus se préoccuper de Piotr ou même du pauvre jeune homme qui était sur le point de tenter une nouvelle fois de venir lui parlant. Masquant ses larmes derrières de longues mèches de cheveux, elle se dirigea aussi sec vers la sortie du journal. Peu importait ce que pensaient ceux qui la voyait passer dans cet état. Sans leur adresser le moindre regard, elle passa l’entrée du journal et fit quelques rapides pas dans la rue, encore, avant de se laisser presque tomber contre le mur du premier immeuble à sa portée, en tentant d’étouffer les sanglots qu’elle ne pouvait soudain plus retenir. Dans un geste convulsif, elle se passa les mains sur le visage, se forçant à respirer profondément alors que non loin, la silhouette de Piotr se profilait. Elle s’en voulait, elle avait honte de ce qu’elle venait de lui dire, autant qu’elle lui en voulait, à lui. D’avoir insisté, surtout. De sembler en savoir plus qu’il ne le prétendait sur l’ordure qui lui avait infligé… ça. Il suffisait de la regarder. Vivement, elle se remit en marche, ne lui adressant pas le moindre regard, tête baissée encore, calmant doucement les émotions sur lesquelles elle ne possédait plus le moindre contrôle. La question, toujours la même, tournait, mêlée aux images. Ignobles.
« Pourquoi… pourquoi est-ce qu’ils ont fait ça Piotr ? lâcha-t-elle dans un souffle, au bout de quelques minutes de marche. »
Et surtout, pourquoi avait-elle l’impression qu’il le savait… pourquoi ces hommes s’en étaient pris à elle ? Hommes ? Sans doute pas, non.

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MessageSujet: Re: Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.   Ven 14 Jan - 0:20

Et dire que les hommes étaient censée naitre « libres et égaux en droit ». Mais où était la liberté depuis juin 1940 ? Et je ne parle pas de l’égalité, bien loin d’être appliquée avec toutes ces discriminations envers les juifs. C’était totalement inscience que se dire, que presque deux siècle plus tard, les valeurs portées par la révolution française étaient réduite à néant. Alors que le monde moderne aurait put apporter des changements, il semblerait que la nature humaine n’ait toujours pas changé. Il y aurait toujours des oppresseurs, entravant nos libertés, et des oppressés, qui essaieraient de la récupérer. C’était à croire, la fatalisé. Et pourtant, cette fatalité, je n’arrivais pas à l’accepter. Plus. Parce qu’aussi absurde, et mauvaise soit cette situation de guerre, il y avait toujours un moyen pour se rebeller. Ne pas se laisser faire si facilement. Lutter. Lutter contre un infime espoir d’amélioration. Je l’avais fait. J’en avais payé les conséquences. Emy l’avait fait. Elle en avait payé les conséquences. Même si je n’aurais jamais souhaité qu’elle le fasse. Et j’y veillerais probablement. Ou alors j’irais directement m’attaquer à la source du problème. Car oui, j’avais déjà lutté. Je m’étais déjà battu. Mais j’étais prêt à refaire de même, autant de fois qu’il le fallait, et j’en payerai très certainement encore et encore les conséquences. Et si tel était le prix à payer, pour pouvoir sortir de cet enfer, alors j’étais prêt à me ruiner. J’étais nostalgique de cette époque –pas si lointaine- où le seul souci que j’avais, était d’essayer de ne pas arriver en retard au travail – ce qui arrivait toujours quand même – mais encore de m’acheter assez de cigarette avant de finir une nouvelle fois mon paquet, de boucler un article à temps avant que le journal ne soit imprimé et que je ne me fasse engueuler par le patron. Les petites galères du quotidien paraissaient tellement infimes comparé à tout le reste à présent. Si bien qu’on les oubliait presque. Même si en apparence, rien ne semblait avoir changer- les gens riaient toujours dans les couloirs, le journal était toujours autant agité qu’à son habitude – au fond de nous, derrière tout nos faux semblant, nous savions bien tous que rien ne sera plus jamais comme avant. Malgré les rires et sourire, il y avait toujours cette peur au ventre qui nous terrassaient. Cette peur d’être le prochain sur la liste des victimes. Ou pire encore, cette peur que les prochains soit les gens que l’on aime. Et ça c’était tellement plus terrible. Carrément. J’avais déjà eu le malheur de m’en rendre compte. Et cette journée ne faisait que confirmer ma pensée. Voir Emy si… mal, était carrément pire que si ça avait été moi à sa place – en même temps, le jour où les allemands se mettraient à violer des hommes, là l’espoir serait perdu. Bref, même si théoriquement, elle ne me le disait pas, je le voyais sur son visage qu’elle n’était vraiment pas bien. Je le ressentais. Et comprendre qu’en plus, c’était en partie à cause de moi était encore plus terrible. Après tout, si j’avais été un peu plus obstiné envers Emy, comme je l’avais déjà fait, j’aurais put la convaincre de ne pas publier son article. Au lieu de ça, j’avais abandonné la partie, la laissant faire, alors que je savais très bien que les risques d’une telle publication n’étaient pas des moindres – ou du moins, j’avais refusé de les croire, car c’était tellement difficile de s’imaginer, à quel point certaine personne pouvait être horrible. Et c’était effectivement, encore pire que ce que je pensais.

Plusieurs. Ils étaient plusieurs. Si en soit, ça pouvait ne faire aucune différence – le mal était fait de toute façon – mais ça faisait toute la différence pour moi. C’était juste la goutte d’eau qui faisait déborder le vase. C’était juste trop. Trop de tout. Trop de mauvaises nouvelle. Trop d’allemand. Trop. Si ma colère, semblait s’être apaisé en l’espace d’un instant, où je m’étais calmement approché d’elle, lui demandant ce que je voulais savoir, ce que j’avais besoin de savoir, en réalité à l’intérieur, j’étais tout sauf calme. Je bouillonnais de savoir ce nombre fatidique. Car ma soif de vengeance, n’était pas prêt d’être évaporé pour le moment. Je voulais faire payer ceux qui avait fait ça. Et un plus que les autres. Une balle suffirait-elle à le faire souffrir autant que moi ? Il avait tellement détruit autour de lui, que je ne pouvais m’empêcher de me dire que rien ne serait jamais assez pour un tel monstre. J’avais mal rien que d’y penser. Et je ne trouvais rien de mieux pour essayer de calmer ma douleur, que de réfléchir à cette vengeance que je préparerais. Et que j’exécuterais incontestablement. Parce que malheureusement, j’étais sacrément têtu. Une idée en tête, et je ne pouvais pas la sortir. Obstiné, je m’acharnais pour la réaliser, et je m’acharnerais pour réaliser celle-ci. Aussi effroyable qu’elle pouvait être. Dans le fond, si on y réfléchissait, au vu de ma manière de penser, on pouvait vraiment penser que j’étais aussi cruel qu’eux, ou du moins que j’avais finit par le devenir. Mais je n’étais pas comme eux. Nous avions une énorme différence. Car eux, se battait pour détruire. Moi je me battais pour ceux que j’aime, pour moi, et pour mon pays. Et ce but là, ferait que quoi que l’on puisse penser, je ne serais jamais, ô grand jamais comme eux.

J’avais beau réitérer mainte et mainte fois la même question, le silence d’Emy se faisait toujours. Pourquoi ne répondait-elle pas simplement ? Pourquoi oui ? Comme si le simple fait de savoir un nombre allait pouvoir m’apaiser. Je me devais de le savoir, et de continuer à le lui demander, jusqu’à ce qu’elle me réponde. C’était très maladroit, et absolument déplacé de ma part d’insister à ce point sur une chose sans doute très sensible pour la jeune femme. Mais l’enjeu était bien trop grand. Car malheureusement, il n’y aurait pas qu’elle qui souffrirait, aujourd’hui, demain, et encore après demain. Il y en aurait d’autre. Beaucoup d’autre. Et même si que ce soit elle, m’attriste bien plus que tout ces autres, il fallait absolument que je sache. Car ça importerait aussi aux résistants. Car ce nombre, était synonyme d’allemand en plus à abattre. Nous ne pouvions plus les laisser faire. C’était la seule solution. Mais ça, comment l’expliquer à Emy ? Evidemment, je ne pouvais pas. Il y aurait bien trop de chose à dire. Trop en dire n’était jamais bon. Et ça, c’était un avantage pour une personne comme moi, il n’y aurait jamais le risque que j’en dise trop, préférant garder ces choses là pour moi. Car si les conneries et les ragots, j’arrivais plutôt bien à les débiter. C’était plus que différent lorsqu’il s’agissait de chose vraiment sérieuse. J’avais beau dire énormément de chose à Emy, ça, elle ne le saurait pas. Au risque que je la blesse, en insistant autant sur une simple question. Je ne voulais surtout pas la blesser. Elle avait eu sa dose. Mais, c’était ce que je devais faire. Même si elle pouvait m’en vouloir, et ne pas comprendre pourquoi je me montrais aussi peu compréhensif envers ses envies de rester tranquille. Je tâcherais de me faire pardonner une fois que je le saurais. Même si j’étais plutôt nul à ce jeu-là.

Je savais très bien que j’étais aller trop loin en me mettant à crier contre elle face à son silence. Je le savais. Mais je n’avais pas eu le choix que de m’énerver. Je savais comment fonctionnait Emy. Elle aurait gardé tout ça pour elle et ne l’aurait probablement raconté à personne si je n’insistais pas autant. « CINQ, PIOTR, ILS ETAIENT CINQ !! La jeune femme se redressa. Brusquement. Rapidement. Se mettant à hausser la voix pour répondre à ma fichue question, le regard noir. D’un noir paradoxal si on se référait à la couleur de ses yeux, d’un noir que je ne lui avais jamais vu. D’un noir presqu’effrayant. Et voilà, je l’avais ma réponse. Oui je l’avais. Mais pourquoi ça n’allais pas mieux ? Pourquoi j’avais même le sentiment que c’était encore et toujours pire que ce que je pouvais imaginer ? J’avais l’impression d’être au bord d’un gouffre, et de tomber encore plus bas à chaque fois. Chaque jour. Chaque semaine. Au fur et à mesure que la situation s’empirait. Pourquoi fallait-il que ce soir encore et toujours de pire en pire ? Où était la lumière dans ce vaste tunnel dans lequel je m’engouffrais ? Malheureusement, je n’étais pas prêt de la trouver. Mes heures les plus sombres allaient arriver. Et je ne saurais l’expliquer, mais j’avais déjà à cet instant-là un mauvais pressentiment quand à la suite des événements, ne sachant pas encore que mon instinct voyait juste. C’est bon, satisfait ? Tu veux d’autres détails croustillants ou ça ira ?! Asséna Emy, alors que moi j’essayais de ne pas décrocher et rester parmi nous. J’avais le tournis et presque la nausée. J’aurais tellement aimé être ailleurs. Et pourtant j’étais là. Aussi difficile que cela puisse être, je ne pouvais pas m’échapper. Je devais affronter la vérité en face. Une vérité face à laquelle je ne savais que faire à part m’énerver. Immobile, je resta figé pendant plusieurs minute. Me demandant comment tout cela pouvait être possible, et me posant encore mille et une questions auxquelles je ne pourrais pas avoir de réponse.

Le temps que je me plonge dans mes réflexions tout aussi absurde que le reste, Emy détala à l’extérieur alors que j’étais resté silencieux face à ses paroles et son regard noir, couvert par des larmes. Et je ne bougeais toujours pas. Un peu sonné. Choqué. Ou les deux. Il fallait que je me remette de ce trop plein de mauvaises nouvelles aujourd’hui. Parce que là, il y en avait trop. Encore et toujours trop. Décidément, ce mot commençait vraiment à me gonfler. Comme un peu tout. Je pris une grande bouffé d’air, respirant un grand coup, avant de me replonger dans le monde réel et d’agir comme un adulte. L’adulte que j’avais par moment – et surtout en ce moment- beaucoup de mal à être, préférant jouer au gamin, insouciant de tout, faisant dans la nonchalance comme si rien ne me préoccupait. Mais bien évidemment, je n’étais plus ce gamin. C’est d’ailleurs pour cette raison que je finis – enfin – par me ressaisir, et sortir de mon bureau rapidement, ne pouvant pas laisser mon amie filer comme ça. Même si vous devez très certainement penser que j’en avais déjà assez fait, et que je ferais mieux de la laisser tranquille une bonne fois pour toute plutôt que d’envenimer la situation, mais c’était plus fort que moi. J’étais têtu et le serais jusqu’à ma mort. Pour le plus grand malheur d’Emy qui savait bien qu’elle ne pouvait pas se débarrasser de moi comme ça. Reproduisant ses pas, je détala pour parcourir le journal rapidement afin de partir à sa recherche. Je fit rapidement un tour vers le bureau de Blanche, de Thomas, d’Hugo et les autres, pour ne finalement pas la voir. Je regarda sous quelques bureaux et chaise dans la salle principale de la rédaction, au cas où Emy aurait des envie de jouer à cache cache, pour finalement ne pas la voir, et finir par sortir dehors. Espérant la trouver rapidement, parce que cache cache dans le journal, d’accord, ça pourrait être marrant. Mais cache cache dans paris, là, je dis non.

Me planta devant la porte du bâtiment, je m’arrêta dans ma course pour scruter l’horizon en tournant la tête, faisant défiler mes yeux, du caca de chien sur le trottoir, en passant pas la jolie fille qui était à deux doigt de marcher dessus, puis par un papy qui traversait la route avec une lenteur pas possible, regardant la jolie fille qui l’avait sans doute distrait. Puis c’est alors que mes yeux se posèrent vers une drôle de chose : un parapluie en forme de grenouille, tenu par une dame aux airs loufoque – il fallait bien l’être pour se balader avec ça alors qu’il ne pleuvait pas. Et pour l’instant, pas d’Emy à l’horizon. Ni dans le ciel, car j’eu le réflexe de quand même regarder si la pluie n’allait pas bientôt tomber – ne sais on jamais. Mais non. C’est alors que je baissai les yeux, apercevant enfin la jeune femme recroquevillée contre un mur, pas si loin du caca de chien en plus. Prenant soin d’éviter l’obstacle, je finit par me rapprocher d’elle, avançant d’un pas peu assuré. Ne voulant pas l’offenser une fois de plus, même si j’étais évidemment bien plus doué pour ça que pour les consolations. C’est alors qu’elle se redressa, pour poursuivre sa marche. Si l’on n’était pas dans ce monde, où la guerre et la peur régnait, j’aurais eu le grand de dire « EMY ! ATTENTION AU CACA DE CHIEN ! », ne sais on jamais si elle ne l’avait pas vu je préférais la prévenir. Mais bien évidemment, ce genre d’intervention, n’aurait fait qu’accroitre la peur des passants, qui se serait effrayé d’une soudaine agitation, et surtout, ça aurait attiré l’attention et aurait fait débarquer encore des allemands, qui n’aimaient absolument pas ce genre de trouble à l’ordre public. Ni rien d’autre d’ailleurs. D’où le fait que je me tut. De toute façon, même moi je n’avais plus le cœur à penser conneries finalement. Car si en l’espace d’un instant, je venais d’oublier, ma mémoire me rattrapa vite. Tout comme ma colère, qui ne cessait de croitre au fond de moi. Elle c’était peut être désormais calmée, mais je savais qu’elle finirait pas revenir tôt ou tard. Le plus tard serait le mieux, mais elle reviendrait. Je n’avais pas oublié, et n’oublierait pas ce que je comptais faire et que je ferais. Maintenant j’en étais certain. Pressant le pas, je rattrapai Emy, avant de venir marcher à côté d’elle silencieusement, ne sachant pas quoi dire, ou plutôt, ne voulant pas dire n’importe quoi surtout.

« Pourquoi… pourquoi est-ce qu’ils ont fait ça Piotr Finit-elle par me demander d’une petite voix, l’air plus calme que tout à l’heure. Pourquoi ? J’aimerais bien savoir. Enfin si je le savais. Mais je n’étais pas prêt à le lui dire. Et elle n’était peut être pas prête à l’entendre aussi. Et puis.. non. Je ne pouvais pas m’expliquer, lui expliquer. Ça serait trop en dire. Encore trop. Pour mettre fin aux interrogations qu’elle devait se poser, et qu’elle ne remarque rien au fait que cette question venait de me perturber, je me plaça devant elle pour l’empêcher de continuer à marcher, et répondre d’un air qui se voulait convainquant. « Ils ont fait ça parce que c’est dans leur nature de faire du mal aux gens. C’est tout. » Sifflais-je d’un air dépité. Bien évidemment, cette explication vague manquait de précision que je n’apporterais point. Ne voulant pas y repenser, préférant sur ce coup là plutôt me calmer. Et puis non, en parler rendrait les choses encore plus réelles et dures, je préférais me taire. Je regardais Emy, qui avait les yeux encore rougis, et qui semblait essayer de vouloir comprendre. Je baissai la tête, mal à l’aise. Me trahissant quelque peu. Les mains dans les poches, je sortit un paquet de cigarettes pour m’en allumer une, d’un air qui se voulait presque désintéresser. Non pas que je l’étais – certainement pas- mais je n’avais pas envie de parler de ça, je ne pouvais pas. Tirant une bouffée, je finis par tendre la clope à Emy. Chose qui devait se produit une fois tout les cinq ans si ce n’était plus. « Tiens ça te fera du bien. » Dis-je, comme si une clope allait pouvoir changer les choses. Bien évidemment, ça ne changerais rien. Mais c’était juste ma manière de la consoler. Car ce geste, venant de ma part était tout sauf anodin, et signifiait réellement que je m’inquiétait pour elle, que j’étais vraiment désolé d’avoir mal réagit, et qu’à l’avenir je ferais en sorte que l’allemand et ses potes de la touche plus. Oui bon je n’étais pas certain qu’elle le comprenne comme ça, mais l’intention était vraiment là. Car elle savait très bien que jamais je ne lui passerais volontairement une cigarette que j’étais en train de fumer, c’était plutôt elle qui me la sortait carrément de la bouche pour me la piquer ce qui me faisait rouspéter à chaque fois d’ailleurs. Je regardais Emy, qui prit la cigarette mais qui cherchais toujours à comprendre ce qui se passait, ou plutôt pourquoi ça c’était passé. « Tiens. Prend mon paquet. » Je lui tendis le paquet en question, d’un air presqu’ému, comme si j’étais en train de lui remettre le plus beau trésor du monde. Là, c’était sans doute le plus beau geste d’amitié que je ne lui avais jamais fait. Lui donner un paquet presqu’entier, alors que les rationnements étaient rare. Mais bon, au moins ça lui évitera de sortir pour s’en racheter, et puis aussi, c’était ma manière de lui dire que j’étais et je serais toujours là pour elle et l’emmerder. Car les amis, ça les allemands ne pouvaient pas nous les prendre, oh ça non. Ils ne pouvaient pas.
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Emy Hale
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MessageSujet: Re: Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.   Lun 31 Jan - 23:48

Ils ne devraient pas être là. Dans un monde totalement normal, et même dans la routine imposée par la guerre, ils ne devraient pas être là. Tout de suite maintenant, c’était chacun dans son bureau, enchaînant café sur clope, planchant sur l’article à rendre pour la veille qu’ils auraient dû se trouver. Ou alors, enchaînant café sur clope, certes, mais l’un dans le bureau de l’autre, soi-disant pour travailler ensemble mais surtout pour mieux se chamailler – sûr qu’à distance, c’était plus compliqué ; et encore, ils en étaient certainement capables. Emy pourrait aussi se trouver avec Blanche, ou même Thomas. Pour différentes raisons, certes, mais c’était une possibilité. Ou alors entrain de râler contre la machine à café défectueuse. Ou alors dans le bureau d’Hugo parce qu’hypothétiquement elle aurait pu avoir terminé son article. Oui, Piotr et Emy auraient pu se trouver n’importe où, dans un monde totalement normal. A rire, discuter tranquille, sa courir après pour un paquet de cigarettes… et ils étaient là. Dans une rue attenante au journal, elle en larmes et lui en colère – elle qui ne pleurait jamais et lui qui s’emportait si rarement. Que s’était-il passé pour qu’à ce point le monde ne tourne plus rond ? Hitler, les nazis, la guerre, la défaite, l’occupation… et plus rien ne se passait comme il l’aurait fallu. Et même quand les choses avaient fini, précaires, par retrouver un équilibre… ça. Cette bande de salopards en uniforme. Emy frémit, une fois de plus, à cette simple idée. A la simple évocation de ce qu’elle avait pris pour une patrouille, de ceux qu’elle aurait volontiers provoqués s’ils n’avaient été bien autre chose que de simple soldats en simple tour de garde. Non seulement le monde ne tournait plus rond, mais depuis deux jours, une sordide impression : il ne tournait plus. Plus pour elle – ou sans elle. A choisir, quelle option était la pire ?

Adossée au mur, Emy ignora les regards qui se posèrent sur elle. De rares passants dans les rues désertes, bien trop déserte d’un Paris occupé. Elle ne comprenait pas Piotr. Elle ne comprenait pas sa fureur, son entêtement à connaître ce foutu chiffre. Elle ne comprenait plus même ce qu’elle avait cru comprendre. Il y avait autre chose, quelque chose de pire encore, elle le sentait, derrière ce qui s’était passé sur les quais que cet article de trop. Quelque chose qui impliquait Piotr, d’une façon ou d’une autre. Piotr et lui. Un officier parmi tant d’autres, en ces temps troublés où on les voyait bien trop souvent. Mais cet officier particulièrement. Sans le moindre effort, Emy pouvait se souvenir son odeur. Revoir son visage proche, trop proche. Sentir ses mains sur son corps. Lui surtout, mais lui et tout les autres aussi. Elle en avait la nausée. Elle en tremblait. Comme lors de ces grosses fièvres que les enfants attrapaient si facilement. C’était ça, oui. Une gosse malade, blême et à la jeunesse encore fragile, n’aurait rien à envier à son état. Dents appuyées sur ses lèvres pour tenter de refréner ses sanglots, elle serait sans mal passée pour bien plus jeune qu’elle ne l’était, une gamine, avec son teint livide, sa silhouette frêle et son manteau bien trop grand – emprunté à son père pour l’occasion, le sien étant resté… sur les quais. Si seulement. Si seulement elle avait pu être malade. Simplement malade. Même s’il avait fallu que ce soit de la même façon que lorsqu’elle avait été retrouvée après son bain forcé dans cette foutue rivière. Tout ; elle aurait donné tout et n’importe quoi plutôt que ce qu’ils lui avaient pris. Mais comme l’avait si bien dit Machiavel, des siècles plus tôt : on fait la guerre quand on veut, on la termine quand on peut. Et surtout comme un peut. Or la petite joute dans laquelle elle s’était engagée avec les nazis s’était terminée, bien avant qu’elle ne l’aurait voulu. Et s’était terminée comme ça, qu’elle ne le veuille ou non. Ca aussi, ils le lui avaient pris.

Tout comme l’occasion de prendre un véritable fou rire avec ce que Piotr était venu lui annoncer, à la base. Quoi déjà ? Son entrée dans son bureau avait un arrière goût de trop loin déjà. Avant qu’il ne s’emporte. Avant qu’il ne sache et avant qu’ils ne se retrouvent là, tous les deux, à marcher en silence l’un à côté de l’autre. Emy n’osa pas même lever les yeux sur son ami, rongé par la honte avec l’envie d’aller se jeter dans les eaux sales de la Seine pour se débarrasser de cette sensation, brûlante, de ces mains sur ses bras, ses hanches, sa poitrine. Envie idiote, elle était certaine, depuis le temps, de ne plus même savoir nager – et d’en être incapable, on ne calmait pas une angoisse par une phobie. Et le silence, pesant. Jusqu’à ce qu’elle ne se décide à le briser. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ce genre de choses arrivait ? Pourquoi elle, pourquoi cette fois quand il y avait deux ans déjà qu’elle faisait couler autant d’encre qu’elle faisait user de salive avec ses articles ? Pourquoi lui alors qu’elle avait sans doute été déjà bien plus sévère ? Pourquoi… pourquoi comme ça ? Un frisson la parcourut, de part en part. Si elle avait levé la tête, sans doute aurait-elle noté le trouble de Piotr mais elle n’en fit rien, regard obstinément baissé. Jusqu’à ce qu’il ne se place devant elle, l’arrêtant aussitôt.
« Ils ont fait ça parce que c’est dans leur nature de faire du mal aux gens. C’est tout. »
Oui. Mais encore ? Emy fronça les sourcils, acceptant enfin de le dévisager sans fuir sin regard. Ce fut à lui de baisser la tête. S’il la connaissait parfaitement, s’il avait su deviner que quelque chose n’allait pas, la réciproque était vraie. Ils ne se disaient pas grand-chose de véritablement intime, finalement, ce qui ne l’empêchait pas de le connaître sur les bouts des doigts. Or aujourd’hui, il y avait quelque chose qu’il ne lui disait pas, et qu’il tenta de dissimuler derrière ce geste inattendu.

Soudain, son collègue lui tendit sa cigarette, à peine entamée.
« Tiens ça te fera du bien. »
Chose qui ne se produisait que dans les grandes – ou grave, selon les cas – occasions. Piotr venait de lui donner une clope. La jeune femme prit la fine tige blanche en le dévisageant et la coinça à son tour entre ses lèvres. Ses yeux trop rouges ne lui quittèrent pas, explicite dans leur question. Leurs doutes. Toujours les mêmes. Inspirant profondément, elle en profita pour avaler une grande bouffée de tabac. Salvatrice en ce qui concernait les sanglots.
« Tiens. Prend mon paquet. »
Cette fois, un sourire effleura les lèvres de la jeune femme. C’était tout ce qu’elle était en mesure d’offrir et pourtant, aussi idiot que ça puisse paraître, ce geste-là comptait. Beaucoup, ils le savaient aussi bien l’un que l’autre. Parce ça, ces salauds, ils ne le leur avaient pas pris, par contre. Et parce ce geste là sans doute ne se reproduirait jamais. Emy attrapa donc le paquet qui venait de lui être offert, en dépit des restrictions de plus en plus sévères et surtout sur le tabac, et en sortit une pour la tendre au jeune homme. Sans mot, mais toujours avec ce vague sourire ; et enfin un « Merci » étouffé. Baissant à nouveau les yeux, elle le contourna et se remit en marche. Tout ça ne répondait pas à ses questions. Loin de là. Elle avait encore plus l’impression qu’il lui dissimulait quelque chose. Quelque chose qu’elle avait besoin de savoir, quand bien même ne serait-elle pas prête à l’entendre. Face au calvaire de ces derniers jours, tout semblait si simple – une simplicité devenue hors de portée.
« Piotr… répond-moi, lâcha-t-elle enfin, toujours marchant, levant ses prunelles vertes vers lui. »

En vain. Elle le dévisagea aussi sévèrement qu’elle le pouvait. Il ne pouvait pas lui mentir là-dessus, parce qu’elle ne le connaissait que trop bien et que le mensonge ne lui échapperait en aucun cas. Mais rien. Tirant sur sa cigarette, elle observa un instant les blanches volutes qui dansèrent devant elle.
« Tu as écris un article dithyrambique sur ce… cette ordure, reprit-elle. Ne me fais pas croire qu’il n’y a pas de lien, alors POURQUOI ? »
Sans qu’elle ne puisse y faire grand-chose, le ton de sa voix avait prix un cran et ses yeux s’étaient à nouveau assombris, comme de colère. D’incompréhension surtout. Elle devenait folle, jamais elle ne s’en sortirait si elle ne savait pas pourquoi. Si on ne lui expliquait pas ce qu’elle avait fait, réellement. S’il ne lui expliquait pas. Or il ne le faisait pas. Soudain elle s’arrêta, face à lui dans la rue déserte, bien trop déserte semblable à celles qu’elle avait empruntées ce soir-là.
[color:f9d8=##663366]« Mais merde, Piotr, REPOND MOI ! s’emporta-t-elle cette fois, la voix étranglée, avec la désagréable impression que la colère, une fois de plus, ne pourrait plus passer que par les larmes. »
Sauf qu’il ne disait rien. Ou pas ce qu’elle voulait entendre. Pas ce qu’elle avait besoin d’entendre. Et plutôt que de se confier, le jeune homme tenta de se dérober, se remettant en marche. Brusquement, Emy le retint, ignorant ce frisson qui la traversa de part en part lorsqu’elle lui attrapa le poignet. Avec la force qu’il lui restait, elle le força à revenir face à elle. Un éclair brilla dans ses yeux sans vie, un éclair furieux d’incompréhension. De douleur aussi.
« Ecoute, ces cinq salauds m’ont plaquée… contre un mur ou… par terre et ont pris leur pied pendant les trente plus longues minutes de ma vie. Ils m’ont frappée et ont… et rien que d’y penser j’ai l’impression de toujours y être. Alors, Piotr, j’ai le droit de savoir POURQUOI est-ce qu’ils ont fait ça. »
Véhémente, elle ne l’avait pas un instant quitté des yeux. Et pourtant chaque mot lui avait semblé comme un coup de poignard de plus, visibles aux éclats de ses prunelles. Il n’avait pas besoin de savoir ça, il n’avait pas besoin d’apprendre toute l’hideuse vérité. Mais s’il fallait ça pour qu’il ne lui dise la vérité, alors elle repasserait tout, en détail. Sentant la nausée, les vertiges revenir pourtant, elle le lâcha et s’adossa à nouveau lourdement contre le mur gris et sale, le même que celui dont elle venait de parler. Elle se sentait malade, malade à en crever et surtout faible, comme elle l’avait toujours détesté. Chancelante, elle fit tout pour rester debout, avec succès cette fois. Son regard, lui, n’avait pas quitté son ami. Pourquoi ?

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MessageSujet: Re: Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.   Sam 12 Fév - 21:36

La vengeance est un plat qui se mange froid. La mienne j’allais la déguster. Et aurait très certainement un gout très amer. J’étais bien trop entêté pour oublier cette idée qui grandissait en moi. Pendant trop de temps, j’étais resté dans le silence, devant supporter les allemands, leur invasion, leur oppression. Combien de fois avais-je du me taire et laisser faire tout un tas de choses qui ne me plaisaient pas ? Si certains français – trop nombreux à mon gout – étaient prêt soit à ne rien faire face à cette situation, soit à collaborer, moi je n’étais plus capable de l’un, et ne l’aurais jamais été pour l’autre. La situation instable actuelle me déprimait, des valeurs que l’humanité n’avait cessé de combattre au cours des derniers siècles étaient plus que malmenées et j’aurais aimé pouvoir exprimer ceci dans de nombreux articles, cependant la censure m’en empêchait. Bonjour la liberté de la presse. Mais outre un journaliste révolté, j’étais aussi à présent un humain dépassé par les événements. Ce n’était plus en rapport avec mon métier que j’étais affecté par tout cela aujourd’hui, non. C’était allé encore bien plus loin. Combien de temps la guerre allait-elle continuer à faire autant de ravage ? J’aurais aimé avoir réponse à cette question, mais malheureusement, je ne le savais pas. Nous n’étions qu’en 1941, plus d’un an qu’ils étaient là, et j’avais parfaitement conscience que la situation allait s’empirer. Rien ne nous sera épargné. Emy était la dernière victime en date de ma connaissance, mais je savais parfaitement qu’il pourrait y en avoir d’autre. A mon grand désespoir. Telle la peste, la souffrance causée par les nazis se répandait progressivement, et beaucoup trop rapidement. Quand allaient-il d’arrêter de nous détruire, physiquement, moralement ? Ils semblaient tout puissant, trop nombreux, et partout. Si les résistants se multipliaient eux aussi de leur côté, je savais que ça ne serait jamais assez numériquement parlant comparé à eux, rayonnants de pouvoirs. Essayer d’en tuer un maximum était toujours ça. Même si jusque là ça n’était pas suffisant. Je gardais enfoui au fond de moi un maigre espoir qu’un jour nous pourrions les combattre. Et alimenté par cette vengeance que j’avais en tête, j’avais l’impression qu’avec ma détermination, cela allait être plus facile. Je ne savais pas vraiment si j’avais tord ou raison, mais ce que je savais c’était que je n’aurais absolument aucun regrets à abattre autant d’allemand qu’il n’en avait eu de présent lors de cette sombre soirée pour Emy. L’horreur dont ils avaient fait preuve – que je n’avais pas vu mais arrivais très bien à imaginer – me donnait plus que jamais envie de leur rendre la pareille. Mes motivations n’étant pas des moindres, je savais que cette colère que je ressentais et que je continuerais à ressentir pendant longtemps encore – ne me laissera pas être tendre avec eux. Si jusque là, j’avai eu beaucoup de mal avec l’idée de tuer quelqu’un, étrangement – et pour un allemand en particulier – je savais que là, ça ne pourrait que me procurer de la satisfaction. La satisfaction qu’avec un « monstre » en moins, des innocents soient épargnés. Certains pouvaient bien me croire cruel de penser ainsi, mais pour l’instant, pour moi, rien d’autre n’avait d’importance que de les arrêter, l’arrêter avant qu’ils ne continuent de faire du mal..

Me précipitant à l’extérieur pour rattraper mon amie, et aussi pour me rattraper sans doute, parce que ma réaction face à .. ahem.. la nouvelle, n’avait pas été des plus appropriée. Je cherchais désespérément mon amie du regard parmi les passants dans les rues de Paris. Ils étaient en grand nombre, allaient et venaient, et d’un point de vue totalement extérieur, cette situation pouvait être complètement normale. Chacun semblait préoccupés par son train de vie et habitude quotidienne – de l’homme d’affaire en retard à la grand-mère faisant ses courses – rien ne semblait avoir changé. Et pourtant, si l’on s’attardait plus précisément sur ces gens, on pouvait voir une certaine peur, une angoisse qui les faisait tourner la tête un peu trop rapidement au moindre bruit. Personne n’était à l’abri d’un contrôle ou d’une arrestation, mais malgré la peur ambulante, la vie continuait … Même si ça pouvait être difficile, nous essayons tous de garder nos habitudes. Moi le premier, je m’y efforçais même, mais bien évidemment aujourd’hui, je ne pouvais pas. Et Emy encore moins sans doute. Emy, que je finis par enfin apercevoir puis rattraper, avant de devoir faire face à sa question. Une question dérangeante, à laquelle je n’étais pas vraiment en mesure de répondre. Comment lui dire que ce qu’il lui était arrivé était en partie de ma faute ? Je me sentais coupable, et le dire à voix haute ne ferait que rendre cette vérité encore plus dure à savoir. C’est pour cela que je me contentai d’une brève explication, avant de finalement lui tendre ma cigarette. A la fois pour lui faire oublier ma réponse des plus vagues – bien que la connaissant, je savais très bien qu’elle ne lâcherais pas l’affaire – mais aussi pour lui prouver que malgré ma colère déplacé de tout à l’heure, mon gout prononcé pour la faire chier – très réciproque – mon manque de sérieux symbolisé par un taux de conneries débités plus fort que la normal et ma tendance à me foutre de tout – du moins c’est ce qu’il y paraissait – et bien je pouvais être là pour elle. A ma manière certes, qui nous épargnerais des échanges dramatiques de paroles accompagné de flots de larmes versées. Je n’étais pas très fort pour consoler de cette manière, mais si jamais Emy avait besoin de me parler, d’en parler, je l’écouterais. Simplement. Car c’était la seule chose que j’étais en mesure de faire face à … ça. L’écouter, et lui donner mon paquet de clope. Ce qui n’était pas rien à mes yeux et représentais beaucoup. Bien que ce geste soit des plus anodins. « Merci » Me répondit-elle, yeux baissé, alors que l’on continuais de marcher silencieusement. Elle n’avait pourtant aucune raison de me remercier. J’avais lâcher prise, j’aurais du plus insister, j’aurais du m’en préoccuper d’avantage et lui dire de ne pas publier ce satanée article merde ! Je connaissais très bien les risques que ceux de s’impliquer là dedans, et je continuais à persister de croire qu’avec un peu plus d’entêtement j’aurais put nous épargner cela. Si seulement…

« Piotr… répond-moi, » Réfléchissant encore sur ma culpabilité, je me déconnectais totalement de réalité. Absent. Comme bien de fois j’avais l’habitude d’être ces temps-ci. J’étais là, sans être là, trop préoccupé par une multitude de choses pour me concentrer sur le présent. La voix d’Emy me paraissait si lointaine, que je n’écoutais pas sa question. Je ne pouvais l’écouter, car je savais que ça serait quelque chose de dérangeant. Un sujet que je préférais largement éviter. « Tu as écris un article dithyrambique sur ce… cette ordure, me fais pas croire qu’il n’y a pas de lien, alors POURQUOI ? » Continua-t-elle, alors que moi j’écoutais toujours, sans vraiment écouter. Toujours ailleurs, je réfléchissais. Je ne voulais pas répondre, ni quoi que ce soit. Expliquer quelque chose qui me faisait mal, n’était pas ce que je savais le mieux faire. Je ne voulais pas en parler. Je préférais garder ça pour moi, au risque d’exploser à nouveau, au vue des trop nombreuses choses que je ne pouvais pas partager. J’avais toujours eu du mal à dévoiler ce que je ressentais – les bonnes comme les meilleures choses d’ailleurs – car les sentiments, étaient quelque chose que je ne maitrisais absolument pas. Au fond, c’était peut-être lâche, j’étais peut être lâche de me renfermer de cette manière, mais c’était ainsi que je fonctionnais. Je me rétractais derrière une façade, symbolisée par mon humour qui empêchaient les gens de creuser plus, d’aller plus loin pour découvrir ce qu’il y avait dessous. Ce que peu de gens savait en réalité, vraiment très peu. Emy qui me connaissait bien, arriverait-elle à deviner tout ça ? A vrai dire je n’en savais rien

« Mais merde, Piotr, REPOND MOI ! » Je sursautai, me stoppant net car la jeune femme s’était mise devant ma route. J’aurais vraiment donné n’importe quoi pour qu’elle n’insiste pas et qu’elle oublie. Surtout qu’elle oublie. Je savais qu’elle n’était pas prête à entendre ça, et que quoi que je dise de toute façon ça ne changerait rien… Et puis moi non plus, je n’étais pas vraiment prêt à lui dire. Je baissais les yeux. Essayant de ne pas croiser le regard de mon amie qui me ferait très certainement mal. S’il y avait bien une chose insupportable dans cet histoire, c’était de voir l’état dans lequel elle était. Voir Emy triste de cette manière, était très certainement le plus dur. Elle qui riait sans arrêt, symbole de la joie de vivre et de la jeunesse. Ne serait-ce que la regarder ainsi était difficile pour moi, je n’y arrivais pas. La seule chose que je voulais faire, c’était partir. Loin. Très très loin. En Tchétchénie tiens. Je suis sur que ça serait une bonne destination. Là ou ailleurs pourrait faire l’affaire d’ailleurs. Pourvu que ce soit dans un pays non ravagé par la guerre. Mon envie d’évasion, s’exprima par le fait que j’essayai de continuer de marcher, bien qu’elle se soit mise en travers de mon chemin. Mais elle me retint, m’agrippant fermement le poignet, avant de finalement reprendre la parole face à mon silence pesant. J’étais resté silencieux depuis tout à l’heure, car je savais très bien qu’à elle, je n’arriverais pas à lui mentir. Elle capterait tout de suite que je ne lui disais pas la vérité. Et puis, ce que je cachais était sans doute une chose trop importante pour que ça ne se remarque pas. Il n’empêche, que je n’arrivais toujours pas à le lui dire.

« Ecoute, ces cinq salauds m’ont plaquée… contre un mur ou… par terre et ont pris leur pied pendant les trente plus longues minutes de ma vie. Ils m’ont frappée et ont… et rien que d’y penser j’ai l’impression de toujours y être. Alors, Piotr, j’ai le droit de savoir POURQUOI est-ce qu’ils ont fait ça. » Je ravalai ma salive, mal à l’aise, n’ayant d’autre choix que de la regarder alors qu’elle insistait. Je n’avais pas besoin d’entendre ni de savoir tout cela. Certainement pas. Car ça me remémorait les récits de Ksenia quand à son passé difficile. Je n’avais jamais su clairement faire face à toutes les souffrances qu’elles avaient put éprouver qui m’avait été tellement douloureuses à entendre, que je ne supportais plus d’entendre ce genre de chose. Que pourtant j’entendais présentement de la bouche de ma meilleure amie. Pourquoi ? Pourquoi certains hommes étaient-il si mauvais ? Pourquoi faisaient-ils ça ? Pourquoi ? C’était presqu’inhumain, que de se comporter ainsi avec une femme. Je savais que je n’étais pas un saint, et que je m’étais très souvent comporté comme le pire des cons avec ces demoiselles, mais jamais je n’avait été un monstre de cette manière. Jamais. Il faut dire, que pendant toute mon enfance, j’avais eu affaire aux amants de ma mère qui étaient les pires crétins qu’il puisse exister. Ce qui expliquait sans doute qu’aujoud-hui, outre la guerre et ma haine envers les allemands, je ne supportais pas les violences faites aux femmes. C’était en partie pour ça – et à cause de cet allemand – que je m’étais mis hors de moi tout à l’heure, et je l’étais sans doute encore à présent, bien que j’essayais de me contenir. Emy n’avait aucune idée sans doute, à quel point ce sujet-là m’affectait. Et surtout, à quel point – en dépit de mon silence et mon mutisme profond – ce qu’il lui était arrivé m’affectais aussi.

Muet, j’étais toujours figé, et incapable de bouger. Comme si chaque mot que j’essayais de sortir, restait pourtant bloqué au fond de ma gorge. Le regard à la fois triste et en colère d’Emy parce que je ne disait rien ne m’aidait pas à parler. « Je..Il..Lui..Je… » Balbutiais-je. Je n’arrivais pas à parler, à en parler surtout, ayant certaines images en tête qui m’empêchait toute concentration. Ce n’était pas tout les jours que je perdais mes moyens de la sorte, voir même pratiquement jamais d’ailleurs. Je n’aimais absolument pas ça, et n’avait qu’une seule envie, c’était de me ressaisir et de retrouver ma confiance habituelle. J’inspirai un grand coup. Fouillant désespérément dans mes poches pour me trouver une cigarette, avec de me rappeler dans un soupir que je venais de filer mon paquet. C’était pas très intelligent, sachant que mon manque de nicotine allait très bientôt se faire sentir. « Clope … » Dis-je à voix basse, mimant une cigarette que je fumais en sortant mon briquet, afin de lui faire comprendre que j’en voulais une. Je soupirai, une nouvelle fois, avant de baisser la tête. Si l’on persistait chacun de notre côté à insister – elle à me faire parler, et moi à ne pas parler – nous pourrions rester dans la rue jusqu’à demain. Apercevant au loin des uniformes allemands procédant à des formalités qui devenaient quotidienne à présent, je me disais que c’était une mauvaise idée que de rester là. Alors qu’elle s’était adossé contre le mur de nouveau, je finis par enfin trouver le courage pour la regarder, et parler.. « L’article… L’article… Tu n’aurais pas du le publier. Je t’avais dis de ne pas le faire. » Dis-je d’une voix qui pour l’instant se voulait calme. Trop calme d’ailleurs comparé à mon état d’esprit bien loin de l’être. « Pourquoi tu ne m’as pas écouté hein ? Pourquoi ? ! » Dis-je en insistant légèrement, haussant la voix. Bien évidemment, je savais que je n’aurais pas de réponse moi non plus. A vrai dire, cette question était presque rhétorique. « Pourquoi t’écoute jamais quand on te dis quelque chose BORDEL DE MERDE ! » Ajoutais-je en haussant la voix encore plus fort. J’étais sans doute le plus mal placé pour dire ça. Mais au vue de son entêtement à toujours mettre les pieds là où il ne fallait pas – et nous étions deux dans ce cas là – il fallait bien que quelqu’un lui dise de faire attention. Je ne savais pas si elle m’écouterais sur ce coup là, mais il y avait certains risques que je ne voulais pas qu’elle prenne. « Tu le sais, tu le sais très bien qu’on ne dois pas écrire sur eux hein ! Tu le sais ! » dis-je d’une voix ferme, prenant presque l’air d’un père qui engueulait sa fille. Bon certes, paye ton père. Mais quand même, sur ce coup là Emy avait besoin d’être mise en garde. Une nouvelle fois. Et plus fermement, parce que la dernière fois, je n’avais sans doute pas assez insisté… « C’est de ma faute.. Je… J’aurais du te le dire.. J’aurais du te le dire ! Te dire qu’il ne faut pas écrire sur eux ! Et surtout pas lui ! BORDEL ! » dis-je, énervé, une nouvelle fois. Mais là, c’était clairement de l’énervement contre moi-même. Je continuais de me dire que j’aurais du insister encore et encore. Et si c’était ce qu’il fallait faire pour qu’elle arrête d’être aussi … inconsciente, et bien je crois que j’étais prêt à rester toute la nuit s’il le fallait, à lui répéter sans arrêt ces mots, pour qu’elle se mette véritablement en tête qu’il ne fallait pas jouer avec les allemand – aussi tentant que cela puisse être. Avec certains, c’était peut être drôle, mais pas lui. Qu’elle ne cherche pas à se venger ou quoi que ce soit, car il riposterait. Il en était parfaitement capable, je le savais. Et ça pourrait très bien être encore pire. Bien évidemment, vu comme ça, là on pouvait vraiment croire que j’étais prêt à m’incliner et ne rien faire. Mais c’était mal me connaitre. Jamais je ne me laisserais faire de cette manière, puisque j’avais un plan en tête. Mais avant que le plan ne soit exécuté, il fallait être prudent. Très prudent. Je ne le laisserais plus toucher à mes amis. « Emy.. Il faut que tu me promettes de ne plus jamais écrire sur lui … Tu ne dois pas intervenir dans mes affaires. C’est compris ? » Je ne voulais pas qu’elle cherche à savoir pourquoi, j’avais rédigée tout un éloge à l’encontre d’un allemand, et qu’elle se mette à en faire un article. Cette mise en garde, était en quelque sorte l’explication que je pouvais lui fournir, concernant ce qu’il lui était arrivé. C’était très vague, et à elle de s’en faire ses propres conclusions. Car j’étais incapable d’en dire plus, et moins elle en saurait, mieux ça vaudrait sans doute.
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Emy Hale
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MessageSujet: Re: Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.   Lun 14 Fév - 1:00

La guerre, ça vous change un homme, avait un jour dit son pilote de père qui, indubitablement, s’y connaissait, en matière de guerre. C’était il y avait un an, alors qu’Emy constatait avec amertume la façon dont l’un de ses amis, Guillaume, revenu du front, avait brusquement fermé sa porte à toute forme de débauches et autres festivités qu’il était pourtant l’un des premiers à proposer, avant. Avant les Sudètes, avant la mobilisation, avant la défaite… Et il avait changé, en effet. Et pas en bien. Ce pourquoi la belle s’était promis que jamais elle ne laisserait cette foutue guerre s’insinuer ainsi en elle. Qu’il s’agisse des allemands qui déjà commençaient à s’installer, des nouvelles de l’étranger, plus sombres les unes que les autres, des mesures racistes contre lesquelles tous se sentaient désemparés… Une promesse ferme et qu’elle entendait bien tenir. En vain. Elle avait tenu bon, pourtant. Souriante, enthousiaste au moindre prétexte, insolente toujours et veillant à constamment avoir un rire ou un bon mot au bord des lèvres. La guerre, ça vous change un homme, mais après tout, n’était-elle pas une femme ? Alors quitte à jouer sur les mots, autant le faire jusqu’au bout. Et puisque faire mentir les maximes, détromper ces fatalités monotones et usées avait quelque chose de jouissif, Emy ne s’en était pas privé. Jusqu’au bout. Et même trop loin. Insouciante à l’extrême, ignorant encore, sans doute, que jouer avec la fatalité, c’est inéluctablement mieux s’en faire rattraper. La guerre, ça vous change un homme. Tôt, ou tard. Que l’on tente de lutter, ou non. D’une façon… ou d’une autre. Or, c’était l’évidence même : envers et contre tout ses efforts, la guerre avait finit par changer Emy. Il suffisait de s’attarder un instant encore sur ses yeux rouges et brillants, son regard qu’une horreur sans nom semblait avoir marqué à jamais, son teint cadavérique où bleuissait l’unique marque visible de ce qui s’était passé… Et l’adage, aussi monotone et usé soit-il n’avait, une fois de plus, pas menti. La guerre, ça vous change un homme.

Et à quel point. Pourrait-elle seulement se trouver à nouveau devant une feuille blanche sans redouter la conséquence du moindre mot qui échapperait à sa plume ? Y avait-il la plus petite chance pour qu’elle parvienne à recouvrer son impudente insouciance ? Et cette joyeuse envie de vivre, de profiter de tout ce que l’instant pouvait lui apporter ? Emy Hale, la fille qui collectionne les amants. Collectionnait. C’était idiot, peut-être, secondaire comme détail. Mais que dirait-elle à Thomas la prochaine fois qu’elle le croiserait – si elle le croisait, au regard de l’application qu’elle mettait à l’éviter. Thomas et les autres. Que deviendraient ces folies, ces aventures d’une nuit quand la seule idée que qui que ce soit ne puisse la toucher suffisait à lui faire monter la nausée ? Jamais elle ne s’était cru réellement capable – ou du moins intéressée – de construire quoi que ce soit de stable et solide avec un homme. Pourrait-elle seulement, à nouveau, construire quelque chose ? Le début d’une première brique qu’étaient ces nuits sans lendemain ? Autant de questions, sans réponse. Ecrire, aimer, jouer de tout et de rien… Certaines choses ne s’achètent pas, elles se dessinent, s’apprennent lentement au fil du temps. Et une fois volées, il ne reste d’autre solution que de recommencer, en espérant une nouvelle fois y arriver. Ils lui avaient volé tout ça, irrémédiablement. Et sans doute n’auraient-ils pu trouver meilleure façon de parvenir à leurs fins. L’auraient-ils frappée qu’Emy ne s’en serait pas plus formalisée et aurait recommencé aussi sec ses insolences. Mais non. Ce qui s’était passé la rongeait encore, insidieusement, mettait d’angoissantes barrières à ce qui n’avait jamais été qu’insouciante liberté. Mise en cage, en quelque sorte. Or, il n’y avait rien de pire pour la belle.

Et tout ça… pour quoi ? Pour qui ? Qui avait réellement pu tirer profit de ce que ces cinq ordures lui avaient fait subir ; si ce n’est eux… de la même façon qu’ils auraient pu le faire avec la première prostituée venue ? Un frisson nauséeux parcouru la jeune femme. Elle n’était pas un objet duquel l’on jouissait à la première envie de vengeance venue. Elle n’était pas ça, ils n’avaient pas le droit. De colère, elle s’était laissé aller, lançant au visage de Piotr un dixième à peine, pourtant, de toute la rage horrifiée qu’elle contenait depuis ce soir-là. Non, pour tout évacuer, pour de bon, il aurait fallu lui dire les rires mauvais, les râles satisfait, les cris sans utilité… Et la morsure implacable du froid, aussi. La brûlure bestiale des corps, des mains sur sa peau, des coups encore cuisants. La douleur des va et viens. Et la nausée, les vertiges, les images, les larmes qui ne cessaient pas. Mais non. Il n’avait pas plus besoin d’en entendre plus qu’elle n’était capable d’ajouter un mot – un poignard de plus. Un coup, encore, et il lui semblait qu’elle exploserait, que les pavés parisiens, une nouvelle fois, se déroberaient sous ses jambes tremblantes. Mais elle tenait bon, tant bien que mal. Plutôt mal, mais elle tenait bon, prunelles plantées dans celles de Piotr, le forçant à ne pas fuir son regard. Il ne pouvait pas. S’il savait, il ne pouvait pas tout garder pour lui. Parce que lui aussi finirait par exploser. Elle le connaissait assez pour savoir à quel point il savait enfermer ses émotions pour les dérober à tous. Ses émotions, ses pensées… tout ce qui ne montrait pas de lui l’image du journaliste un brin je m’en foutiste, très séducteur et relativement caractériel. Ils fonctionnaient de la même façon, tous les deux. Sauf qu’aujourd’hui, elle était incapable de lui cacher quoi que ce soit. Et qu’il devrait en être du même pour lui. Pourquoi ?

« Je.. Il… Lui… Je… tenta de bafouiller le jeune homme, sortant enfin de son mutisme. »
Emy fronça les sourcils, silencieuse à son tour. Mais son regard parlait pour elle, insistant, bien qu’elle ne puisse ignorer le malaise de son ami. Quelque chose n’allait pas, dans ce qu’il devait lui dire. Quelque chose dont elle ne se doutait absolument pas, mais qu’elle sentait, sous-jacent. S’il ne voulait pas lui dire ce qu’il pensait, ce qui le dérangeait ainsi, grand bine lui en fasse. La seule chose qu’elle voulait savoir, c’était pourquoi. Pourquoi cet homme-là – un homme, vraiment ? – avait-il agit ainsi quand tant d’autres s’étaient contentés d’un avertissement. Ou même de rester dans l’ombre – à moins qu’ils n’aient vraiment pas sentit l’ironie derrière les phrases aux allures de plébiscite de l’audacieuse journaliste. Pourquoi lui, pourquoi comme… ça ?
« Clope… balbutia à nouveau Piotr, joignant le mime à la parole. »
Mécaniquement, Emy porta la main à son sac pour en ressortir le paquet qui lui avait été offert de façon si inattendue. Un geste d’automate plus tard, elle tendit la cigarette demandée et en profita pour s’en servir une, la précédente lui ayant échappée. Inspirant profondément, elle se concentra sur le goût si particulier du tabac se répandant dans sa gorge, ses poumons, sur la fumées qu’elle s’appliqua à relâcher lentement, comme pour tenter de poser calmement une respiration qui semblait lui faire défaut tant elle se sentait oppressée – illusion, rien de plus. Et à nouveau, ses prunelles rencontrèrent celles de son amie. Qui elles, s’étaient posées au loin. Par réflexe, Emy suivit son regard. Et tomba, brusquement, sur ces uniformes vert de gris qu’elle redoutait tant, depuis deux jours, de croiser. Brusquement, elle se raidit. Les allemands n’avaient pas même tourné la tête vers eux mais elle ne put empêcher l’angoisse de redoubler, sourde. Fermant un instant les yeux, elle se força à les ignorer, se concentrant sur Piotr et son silence, encore. Jusqu’à ce que, soudain :
« L’article… L’article… Tu n’aurais pas du le publier. Je t’avais dis de ne pas le faire. »

Désabusée, elle le dévisagea, avant de baisser les yeux. Il l’avait prévenue, certes. Ou plutôt non, il s’était vaguement énervé tout seul lorsqu’il avait lu ce qu’elle s’apprêtait à publier en tentant de lui faire comprendre que c’était dangereux. Comme toujours. Du moins, c’est ce qu’elle avait pensé.
« Pourquoi tu ne m’as pas écouté hein ? Pourquoi ?! »
Le ton monta d’un cran et Emy, brusquement, redressa la tête. Pourquoi ? C’était exactement la question qu’elle lui posait, il n’avait pas le droit de lui répondre par une autre question. Aussi justifiée soit-elle.
« Pourquoi t’écoute jamais quand on te dis quelque chose BORDEL DE MERDE ! »
Le ton s’était fait plus furieux, encore une fois. Si bien que la jeune femme resta silencieuse, fuyant à nouveau son regard, songeant à ce qui s’était passé dans son bureau, quelques minutes plutôt à peine. Elle n’avait pas la force de voir une nouvelle scène. Alors elle ne dit rien. D’ailleurs, qu’y avait-il à dire ? Jamais elle ne prenait en compte les recommandations qui allaient à l’encontre de ce qu’elle avait envie de faire. Comme jouer avec le feu, par exemple. Ou les nazis, dans ce cas précis. Pourquoi ? Là était toute la question, aujourd’hui. Sans doute parce que c’était la seule chose que lui laissait – notez l’imparfait – cette foutue censure.
« Tu le sais, tu le sais très bien qu’on ne doit pas écrire sur eux hein ! Tu le sais !
- En tout cas, maintenant je le sais. Alors arrête, s’il te plait ! lâcha-t-elle faiblement. »
Non, elle n’aurait pas dû publier ce foutu papier. Elle n’en avait que trop eu la preuve, il le savait, elle aussi, alors à quoi bon insister ? Ca n’était pas ça qu’elle lui demandait, loin de là. Violemment, elle s’entailla l’intérieur de la joue pour retenir… elle ne savait pas même quoi, mais pour se contenir. L’avait-il seulement entendue ?

« C’est de ma faute… Je… J’aurais du te le dire… J’aurais du te le dire ! Te dire qu’il ne faut pas écrire sur eux ! Et surtout pas lui ! BORDEL ! »
C’est avec de grands yeux, soudain, qu’Emy le dévisagea. De… sa faute ? Pardon ? Elle resta un instant figée, sans comprendre. Sans comprendre pourquoi est-ce qu’il était entrain d’essayer de lui dire que c’était de sa faute. Ridicule. Il n’y avait que six fautifs dans l’histoire, elle et ceux que le lui avaient fait payer. Et quand bien même, elle savait aussi bien que lui ce qui lui pendait au nez, ce qui… ou pas, d’ailleurs. Elle ne se doutait pas de ça. Si… s’il s’en doutait, lui ? S’il savait à qui, vraiment, elle s’était attaquée… Vivement, la jeune femme secoua la tête, détournant le regard. Ca ne servait à rien, ce qui était fait était fait… Un instant, elle se demanda si elle tenait toujours tant que ça à savoir pourquoi ce calvaire.
« Emy… Il faut que tu me promettes de ne plus jamais écrire sur lui… Tu ne dois pas intervenir dans mes affaires. C’est compris ? »
L’idée ne lui serait certainement pas venue de réitérer l’expérience. Vraiment. Merci quand même. La question restait pourtant, intacte. Avec cette idée en plus, celle qu’il s’agissait des affaires de Piotr. Alors quoi ?
« Mais qui c’est, ce type ? souffla-t-elle, presque pour elle-même, mais assez audible pour qu’il puisse l’avoir entendu. »
Lentement, elle leva ses grandes prunelles marquées d’effroi sur Piotr. Elle le dévisagea, un instant, muette. Elle n’attendait pas de réponse. Elle savait qu’elle n’en aurait pas. Elle ne lui en demandait plus. Pourquoi ? Les choses resteraient telles qu’elles, sans raison.
« Tu me le diras pas, hein ? lâcha-t-elle en suite. Non, tu ne diras rien. Laisse tomber, j’m’en fou. »

Se décollant du mur, elle se remit en marche. Il ne restait plus grand-chose, quelques minutes à peine sur se firent dans le plus grand silence. Enfin, les larmes d’Emy avaient cessé de couler. Pour le moment, du moins, elle savait très bien que toutes n’étaient pas encore tombées. Que d’autres viendraient. Mais pas là. Pas devant Piotr. Il en avait déjà bien assez vu, lui devant lequel elle avait toujours été Emy, la chieuse qui volait les clopes, lançait des piques et se laisser gagner par de terribles fous-rires. En aucun cas la petite chose fragile, encore moins capable de pleurer. Arrivée devant l’entrée de son immeuble, elle se retourna. Elle lui était reconnaissante de l’avoir suivie. Les rues, depuis deux jours, semblaient avoir pris ces airs menaçants qui, seule, la tétanisaient. Vivement, elle sortit une seconde cigarette du paquet qu’il lui avait offert et la lui tendit.
« Pour la route, fit-elle avec un faux sourire. »
Rapidement, elle se détourna. Elle détestait cet état, elle détestait cette boule au creux de son ventre. Elle les détestait – et bien plus encore. En silence, elle poussa la lourde porte avant de se retourner.
« Et Piotr, désolée. »
Désolée de lui avoir dit ce qu’elle lui avait dit, désolée d’avoir mis le nez dans ce qui ne la regardait pas… Désolée pour lui, pour elle, pour toutes ces conneries qu’ils n’auraient pas faites aujourd’hui – et tout le reste. Parce que oui, c’était le mot. Rien ne pouvait être plus désolant.

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MessageSujet: Re: Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.   Mar 8 Mar - 21:51

Parfois, il semblerait que ça devienne bien trop difficile de faire comme si… comme si tout allait bien, comme si il n’y avait aucun problème, comme si le monde continuait d’avancer normalement. Je savais très bien qu’Emy ainsi que moi-même étions des spécialistes de ces faux semblants, essayant d’oublier la guerre, de rire malgré tout et de continuer à sortir nos sempiternelle conneries… C’était à mon sens, la seule façon que l’on avait d’oublier tout ça, ne serait-ce quelques instants. Alors qu’elle, comme moi et comme beaucoup d’autre savait que tout ce qui se passait n’était pas normal. Absolument pas, bien que l’on essaye de faire encore une fois, comme si. Moi plus que les autres d’ailleurs dernièrement, voulant m’assurer que personne ne repense à mon absence mystérieuse que je n’avais toujours pas put justifier. Ce qui ne viendrait jamais, car pour moi le sujet était clôt. Je continuerais à faire comme s’il ne s’était rien passé, comme si j’allais très bien et que je n’avais pas été à deux doigts de mourir. Même au fond de moi, j’essayais de me persuader que ça allait, que ce n’était pas grand-chose. C’était ma manière à moi d’affronter un peu tout ça, pour me permettre d’avancer dans mes projets. Cette double vie, que j’étais en train de mener n’était pas non sans embûche et me prenait bien plus de temps que je ne l’aurais jamais cru. Mais je ne pouvais abandonner le journal, mon métier, ma passion pour l’écriture, et y compris mes amis. Bien qu’aucun de nous ne l’admette réellement, on savait tous que l’on était soudé, et que si l’un commençait à partir à cause des allemands ça n’irait plus. Bien qu’en ce moment, nous semblions tous préoccupé par nos petites affaires personnelles, ce qui était peut être un tort. Inévitablement même, s’en était un. Je ne cessais de me répéter que rien de ce que n’avait vécu Emy ne se serait passé si … Si j’avais passé plus de temps avec elle comme je le faisais avant. Impliqué dans cette histoire plus que je ne voudrais l’admettre, j’aurais du … Oh oui j’aurais du faire attention, je connaissais les risques, les conséquences des actes d’Emy et pourtant je n’avais rien fait. Rien. Trop occupé, j’avais l’impression soudaine que j’étais progressivement en train de m’éloigner de tout ceux qui était cher à mes yeux. Et tout ça pour quoi ? Pour tuer ? Jamais, avant aujourd’hui même, je ne m’étais dis que devenir un résistant avait été un mauvais choix. Au contraire, j’en avais été fier, et espérais continuer sur ma lancée. Mais à quoi cela servait finalement de vouloir sauver un pays, sans que l’on ne puisse à côté essayer de sauver les siens ? Car malheureusement, ce n’était pas seulement auprès de mon amie que je me faisait distant. Il y avait Ksénia aussi. Ksénia qui avait besoin de moi alors que j’étais tout le temps ailleurs. Décidément, en y repensant, je ne vois pas comment je pourrais être fier de quoi que ce soit au vue de la situation actuelle. Il fallait vraiment que j’y mette fin, que je fasse cesser cette mascarade abominable qui avait débuté depuis le jour où je l’avais rencontré, lui … C’était lui la source de tout ce bordel. Lui. S’il n’avait jamais existé, peut être n’aurais-je jamais voulu devenir résistant pour le retrouver, et m’en prendre à ses semblables pour sauver le pays. Et inéluctablement, je n’aurais jamais eu à parler de lui dans un article, et Emy n’aurait peut être jamais souffert à ce point … Je n’avais pas besoin de méditer d’avantage pour savoir ce qu’il me restait à faire. Car c’était la seule issue possible..

Retrouvant mon calme face à l’étendue de la situation que je venais de comprendre parfaitement, je m’en voulais de ne pas avoir put, sut, ou même essayer de consoler mon amie comme il se devait. Je faisais toujours ce blocage émotionnel qui m’empêchait de m’ouvrir complètement aux autres, je n’y arrivais pas. Je ne voulais pas montrer à Emy ma peine, celle que j’éprouvais pour elle, préférant me ranger derrière de la colère. Colère, beaucoup plus facile à faire passer que des ressentiments. Malheureusement. Je ne voulais pas me livrer, et lui expliquer que tout ça était en partie de ma faute, que je savais pourquoi ils faisaient ça… L’admettre moi-même était déjà tellement difficile. Alors à voix haute, je ne saurais l’imaginer. Je n’y arrivais pas, je ne pouvais pas, et la seule chose que je pouvais faire à présent c’était de réparer les dégâts comme je l’entendais.

Emy aurait du m’écouter décidément. Comme j’étais en train de le lui rabâcher. Elle aurait du… Mais est-ce que moi je serais resté dans mon coin à sa place et n’aurait rien fait ? Bien sur que non. J’étais très mal placé pour lui faire la morale, car je comprenais parfaitement son geste que d’avoir voulut tenter de dénoncer un allemand de plus parmi tant d’autre car les gens méritaient de connaitre leur vrai nature. J’étais parfaitement d’accord avec elle, c’était ça le pire. Mais maintenant que je savais – j’avais déjà eu l’occasion de voir en face où la rébellion pouvait nous mener – je trouvais que ce genre de comportement était bien trop dangereux. La liberté d’expression était un luxe que l’on ne pouvait véritablement plus se permettre. Je savais très bien qu’il n’était pas très malin d’autant insister pour le lui faire comprendre, mais connaissant Emy je préférais être certain qu’elle m’écoute. Quitte à récolter son agacement je préférais cela plutôt qu’il ne lui arrive à nouveaux quelque chose. Je finis cependant par me taire à sa demande, baissant les yeux, réfléchissant, essayant de trouver un moyen de lui expliquer…

Mais comment tout lui expliquer sans trop en dire ? J’avais tellement de choses à dire, et si peu à côté que je ne savait comment m’y prendre. Je ne voulais pas qu’elle m’en veuille, qu’elle comprenne que j’aurais put lui éviter ce calvaire, ou du moins la prévenir concernant ce type. Mais bien évidemment, là encore, il y avait trop de choses à dire. Et j’aurais été incapable de lui raconter la violence dont il avait fait preuve envers Ksénia sous mon nez tant ça me faisait mal à moi aussi. Alors que tant bien même, je n’avais pas vu le quart de ce dont il était capable. Et Emy maintenant… Emy. Bon sang ! Jamais je n’aurais put imaginer qu’il puisse s’en prendre à elle. Et je n’avais même pas imaginé la manière dont cela s’était déroulé avec lui, et les autres. Un frisson de rage m’anima de nouveau. Lorsque la jeune femme en vint à me poser la question fatidique… « Mais qui c’est, ce type ? » Restant silencieux, je sentais son regard venir me dévisager. Je serra les poing, restant silencieux. Emy n’avait pas besoin de savoir qui il était, non. Elle en avait déjà suffisamment bien assez vu. Je refusais de lui en imposer d’avantage, puisque de toute manière, il ne serait bientôt plus rien. « Tu me le diras pas, hein ? Non, tu ne diras rien. Laisse tomber, j’m’en fou. » Répliqua-t-elle face à mon silence qui me paraissait justifier. Elle en savait suffisamment et en apprendre d’avantage ne rimerait à rien. Et ne changerait rien surtout.

La regardant se lever, observant ses yeux humides, pendant un court instant, contrastant avec mon visage impassible, un éclair de peine traversa mes yeux. Voir n’importe quel gens comme ça ferait de la peine à n’importe qui, mais voir Emy ainsi … C’était encore pire. Je détournai la tête, afin qu’elle ne remarque pas à quel point elle me touchait. Elle n’avait pas besoin de me voir atteins par tout ça moi aussi. Car je préférais encore me cacher derrière mes faux semblant, faire comme si tout allait bien, car j’avais définitivement besoin de garder la tête haute pour la suite. On continua de marcher en silence, avant de finalement arriver jusqu’à devant chez elle. Rester là, silencieux et l’accompagner, était sans doute la seule chose que je pouvais faire de bien. La consoler d’avantage, je n’y arriverais pas sans faire une gaffe, ou je ne sais quoi du genre. « Pour la route. » Me dit-elle en me tendant une cigarette, ce qui me fit sourire, et je ne tarda pas à la remercier d’un signe de tête avant qu’elle ne s’en aille. Ou plutôt, ne se stoppe avant de se retourner une dernière fois vers moi. « Et Piotr, désolée. » Je vacilla en l’espace d’un instant, épris d’un malaise soudain, un haut le cœur. Le pire dans tout ça était de voir Emy s’excuser ! ça n’arrivait jamais, alors là, c’est vraiment que ça allait mal. Et indéniablement ça me rendait mal aussi. « Tu n’as pas à l’être. » Ajoutais-je, en me retournant rapidement pour continuer à marcher, essayant de me ressaisir afin qu’elle ne se rende pas compte que voilà… Je ne pouvais pas supporter de la voir comme ça. D’où il s’ensuit que je ne préféra pas m’attarder, et partir rapidement, bien que ce soit un peu lâche comme réaction.


FIN DU RP
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Jouer avec le feu, c'est rendre compte de ses brûlures.

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