Des bruits de sirènes tourmentaient un Paris enflammé en cette heure pour le moins matinale. Il devait être aux environs de sept heures et demie quand les informateurs des équipes spéciales débarquèrent en trombe dans les offices de la Gestapo. Assis à mon bureau, je tirais une des cigarettes de mon étui métallique et la portais à mes lèvres, nonchalamment. Prenant mon temps comme si tout ce vacarme autour de moi ne me concernait pas, j’approchais la flamme du briquet du bâtonnet blanc que je retenais prisonnier et tirais trois bonnes bouffées de tabac avant de daigner m’intéresser à ce qui se disait autour de moi. Après ce dernier petit séjour que j’avais vécu dans les quartiers généraux - ou qu’en savais-je, un lieu où ces malfrats m’avaient emmené - de la Résistance, après avoir frôlé de près le pire, je me permettais de prendre mon temps. Cela aurait sans doute dû me refroidir ou tout du moins calmer mes ardeurs dans ma chasse aux perturbateurs, mais il n’en fut rien. Bien au contraire, d’ailleurs, j’étais toujours aussi motivé et je me disais que j’avais la possibilité d’en descendre quelques-uns quand j’étais sur place, mais cela n’aurait servi à rien. Les tuer ne servait à rien, ou tout du moins pas tant qu’ils n’avaient pas parlé, car ce n’étaient pas eux qui étaient précieux, mais leurs connaissances. Ce qu’ils savaient sur leur réseau, sur leurs commanditaires. Une vérité générale était d’attraper la reine des abeilles pour que toute la ruche en soit déstabilisée. Imaginez-vous un peu ce que nous pourrions faire avec Elsa - ou Ice, comme vous voulez - enchaînée entre nos murs. Mais la jeune femme était de marbre, nous avions déjà tenté de la faire parler. Peut-être pas assez longtemps, mais cela avait déjà été bien plus long que la normale. Et ce n’était pas ma collègue, Anke Scheffer, qui allait me dire le contraire. Je la voyais venir d’ici, avec ses grands airs, pour me lancer des piques sur mon épopée de la veille. Je connaissais la jeune femme depuis quelques années déjà, et j’avais toujours été étonné qu’une femme - loin de moi le fait d’être misogyne ou quoique ce soit - se soit si bien intégrée dans les services du Troisième Reich. Elle faisait une Schutzstaffel étonnante et détonante, et son caractère n’avait échappé à personne. J’avais beau être à la tête des services secrets - Sicherheitsdienst - allemands basés à Paris, Anke était techniquement et hiérarchiquement ma supérieure au sein des troupes SS. Je lui devais donc le respect, parce que c’était une notion que nous devions tous intégrer, mais je me faisais un plaisir de lui désobéir parce que notre passé me faisait me sentir assez « proche » d’elle pour lui tenir tête un tant soit peu. Pas sur tous les points, malheureusement.
Une opération se préparait, les jeunes secrétaires s’affairaient dans tous les sens pour envoyer les télégrammes à bon destinataire avant le délai imparti, et les téléphones ne cessaient de sonner. Je terminais tranquillement ma cigarette, expirant un dernier nuage de fumée gris pâle avant d’écraser le bâtonnet dans le cendrier juste devant moi. Je jetais un coup d’œil à Anke, qui venait de pénétrer les locaux. « Tu es en retard. », lui fis-je remarquer dans notre langue natale, en allemand, un sourire vicieux aux lèvres. La moindre occasion était bonne à saisir pour lui lancer une petite pique de si bon matin, et je savais qu’avec le caractère qu’elle avait, elle ne pouvait pas rester de marbre. J’allais certainement encore déguster, mais c’était loin d’être méchant, ce genre de petite plaisanterie était habituelle, c’était ma manière à moi de lui dire Guten Tag. Et soudain, ce fut le drame. Von Hafer en personne pénétra le bâtiment, poussant les portes battantes de mains à la force légendaire. Un silence sépulcral balaya tout le tumulte de la pièce, car tout le monde s’était arrêté net dans ce qu’il était en train de faire, observant notre chef à tous. Il n’avait pas l’air de très bonne humeur, mais nous en avions tous plus ou moins l’habitude ici, c’était un lieu de travail qui n’était jamais très joyeux de toute manière ; entre les tableaux de chasse et les exécutions à mettre à jour, le bilan en ressortait plutôt morbide. Mais nous n’avions pas foncièrement envie de causer toutes ces morts, c’étaient les personnes abattues qui l’avaient cherché, voila tout. Von Hafer nous toisa un à un du regard avant qu’il ne pose ses yeux éteints sur Anke, puis sur moi. « Scheffer. Fehmer. En voiture ! », et il repartit d’où il venait. Et là, nous n’avions plus le choix, Von Hafer était notre supérieur à tous les deux. Je lançais un coup d’œil à ma collègue un bref instant, puis attrapais rapidement ma veste d’uniforme avant de l’enfiler en moins de temps qu’il fallait pour le dire et de sortir en toute hâte. La voiture était déjà là.
Je pris place à l’arrière avec Anke sans prendre la peine de lui tirer la portière comme le voulaient les coutumes vis-à-vis des femmes. Ne nous leurrons pas, elle n’était pas une femme comme les autres. Elle paraissait si loin l’époque où nous convolions ensemble comme de gais lurons, très loin. La guerre avait dissipé toutes ces envies de s’amuser, maintenant c’était du sérieux. Durant le trajet, un soldat assis du côté passager nous informait de la situation : aujourd’hui, nous devions opérer un tri sélectif dans un immeuble près du boulevard de Grenelle. Les soldats se chargeraient de balayer les appartements, et nous, officiers, nous devions superviser l’opération. Ce n’était rien d’autre que du temps de perdu, temps durant lequel j’aurais pu faire des choses bien plus intéressantes ; mais des complications étaient susceptibles d’avoir lieu, alors nous devions être là pour bien veiller à ce que rien ne dépasse, qu’il n’y ait pas de débordements. Si Von Hafer nous avait confié cette mission, après tout, ce n’était pas pour rien, il devait savoir ce qu’il faisait, bien que parfois je me permettais d’en douter.
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« But you treat me like a stranger and that feels so rough. Now you're just somebody that I used to know. »
Dernière édition par Reinhard S. Fehmer le Sam 5 Mar - 16:53, édité 1 fois
Anke Scheffer
« Toujours prouver deux fois plus les autres assoupis d'évidences. »
Oh, une épine pleine de roses ! ■ topics: OUVERTS ■ inscrit le: 26/02/2011 ■ mes posts: 570 ■ avatar: Eva Green ■ présence: Régulière ■ âge IRL: 18 ■ profession: Standartenführer SS
❝v o s . p a p i e r s❞ ■ religion: Très aléatoire. ■ situation amoureuse: En couple, avec Ulrich Breicht, et même amoureuse ! ■ avis à la population:
Sujet: Re: « Das ist unsere Welt » Sam 5 Mar - 1:03
« Fräulein Scheffer ! J’ai le colonel Bandy en ligne pour vous… - Par pitié, Annette, si c’est pour exhiber un accent pareil, arrêtez les Fräulein, parlez français ! » Levant une paire de prunelles bleues au ciel, l’air agacé, Anke pénétra rapidement dans le bureau, sans jeter ne serait-ce qu’un regard à la française qu’elle renvoya d’un vague geste de la main. Tête baissée, celle-ci se garda bien de répondre, se contentant de sortir sans demander son reste, connaissant bien trop cette femme pour se laisser aller à une quelconque résistance. Scheffer n’aimait vraiment pas ça, la résistance… Aussi referma-t-elle la porte en silence, tandis que Anke s’asseyait à moitié sur le plateau en bois massif. Sans se presser, prenant le temps d’allumer l’une des cigarettes se trouvant dans l’étui à ses côtés, elle se saisit du combiné et reprit la communication alors que ses lèvres laissaient s’échapper une première bouffée de fumée. « Scheffer, j’écoute, déclara-t-elle enfin de cette voix basse et légèrement éraillée qui lui était propre. - Bonjour Fräulein... » Décidément, ses français. N’estimant toutefois pas que la remarque s’imposait, l’officier passa outre l’accent de son interlocuteur et la façon dont il pourrait s’en passer, ses concentrant sur ce qui amenait un appel si matinal. A l’autre bout de la ligne, une militaire français – qu’au demeurant, elle n’appréciait pas foncièrement. Sérieux collaborateur, certes, mais collaborateur tout de même. Et Anke ne pouvait s’empêcher de considérer avec un certain mépris ces opportunistes prêts à tout pour – et en vain, soit dit en passant – redorer leur blason aux yeux du plus fort ou même, bien plus simplement, sauver leur vie. Y compris trahir leur patrie. Certes, elle ne vouait pas plus d’admiration à ces nuisibles qui se réclamaient de cette Résistance, mais eux au moins, faisaient quelque chose pour leur pays. Les français n’avaient pourtant qu’à se tenir tranquille, faire ce qui leur était demandé au bon moment, et ce sans jouer au plus zélé ou la forte tête. Une discipline que, visiblement, certains avaient du mal à acquérir… Et l’on se demandait encore ce qui les avait conduits à une telle situation ?
La conversation dura un moment, le colonel Bandy insistant avec toute la subtilité et l’obséquiosité possible pour garder l’exclusivité d’intervention sur une opération en préparation et dont elle avait la charge. Exclusivité qu’il se vit nettement refusée, et ce malgré tous les efforts hypocrites déployés dans le ton et les paroles. Les hommes avaient tendance à croire qu’il suffisait de quelques douceurs pour amadouer leurs homologues féminins. Malheureusement pour eux, Anke était loin de se laisser prendre au jeu, aussi quand le colonel finit par déclarer qu’un tel refus était inacceptable, laissa-t-elle échapper un rire ironique. « Je suis navrée, colonel, il ne fallait pas perdre la guerre. » Réplique qui mit un point final à la discussion, l’heure étant désormais plus que tardive et les choses étant parfaitement claires. L’allemande raccrocha sur un soupir, levant une nouvelle fois les yeux au ciel et écrasant la cigarette terminée dans le cendrier prévu à cet effet. Sans plus traîner, elle se leva. Une autre opération était en préparation ce matin, elle le savait, il était temps d’aller aux nouvelles. Le foyer de résistants – Juifs qui plus est – repéré dans cet immeuble du boulevard de Grenelle ne les attendrait certainement pas, et il n’était pas question de les laisser filer. Rapidement donc, elle sortit du bureau, croisant au passage Annette, les bras chargés d’une pile de linge. Tout en se dirigeant vers sa chambre, qui composait la majeure partie de la suite qu’elle occupait à l’Hôtel Crillon, Anke attrapa la chemise blanche qui trônait sur le haut du tas et en noua rapidement les boutons. Sur le lit, son uniforme l’attendait. Jupe et veste réglementaire, ornée des insignes adaptées à son grade. Un signe de reconnaissance qui en laissait plus d’un perplexe, porté sur une telle silhouette. Une femme, Obersturmbannführer dans la Schutzstaffel. Il y avait de quoi. Mais il y avait également longtemps que la principale concernée avait passé outre ce genre de détails. Les hommes et leur égo étaient incorrigibles, alors lorsqu’une femme s’aventurait dans les domaines qu’ils s’étaient eux-mêmes réservés…
« Annette, prévenez la voiture que je serai en bas dans dix minutes, appela l’officier en haussant légèrement la voix. » Un oui étouffé, quelques bruits de pas puis celui d’une porte qui s’ouvre et se ferme plus tard, Anke sortait d’une de ses tiroirs une paire de gants bruns qu’elle déposa sur le lit avant de se planter devant le premier miroir venu pour relever une longue chevelure noire avec une aisance qui trahissait l’habitude. Et comme rien ne pouvait jamais se décider simplement avec la belle, une moue lui échappa lorsque, passant devant le lit, elle décida que les gants gris seraient bien plus appropriés. Elle changea donc, alla prendre quelques documents dans son bureau, enfila une paire de chaussure… et sortit finalement de la chambre en ayant été récupérer les gants marrons. Il n’y avait définitivement pas que dans ses humeurs que Anke pouvait se montrer curieusement changeante. Sans doute ces sautes d’humeur – qui pouvaient se montrer bien moins bénignes que l’épineux choix de telle ou telle paire de gants – étaient-elles sa plus dangereuse faiblesse. Dans sa vie au générale, mais surtout au sein de la SS, bien qu’elle u ait appris à se réprimer. Il n’était pas rare cependant d’entendre parler d’un éclat des ses éclats, qu’il soit dirigé contre un collègue ou pour de tout autre chose – à tort ou à raison. Ce que certains ne se privaient généralement pas de lui faire remarquer. Assise dans la voiture, sourire ironique aux lèvres, la jeune femme eut une pensée pour Reinhard Fehmer qui, certes, faisait partie de ces « certains » mais qui aujourd’hui avait plutôt intérêt à se tenir tranquille. Quand on a manqué de peu de se faire exécuter par une bande de résistants, on se fait petit – ce à quoi il ne se retreindrait absolument pas, elle en était certaine. Elle le connaissait assez pour ne pas en douter un seul instant. D’un œil distrait, elle observa défiler les quais de la Seine et leurs silhouettes familières. Et ce depuis bien plus longtemps que ces quelques mois passés depuis le début de l’occupation. Treize années les avaient précédés, treize années auxquelles elle repensait parfois avec une pointe de nostalgie. Dieu que la France avait changé depuis les premiers temps de son enfance.
Rapidement, le véhicule la déposa devant les locaux de la Schutzstaffel et enfin, Anke pénétra dans les bureaux dans lesquels elle passait une partie non négligeable de ses journées – sans pour autant délaisser le terrain, de cela, il n’était pas question. L’agitation y était à son comble, trahissant l’imminence de l’opération du jour. Des coups de téléphone, des appels en tous genres… « Tu es en retard. » … et cette voix, au milieu, dans la langue de Goethe. Reinhard. Tranquillement, Anke se retourna vers la silhouette familière qui venait, à sa façon certes, de la saluer et dévisagea un instant le jeune homme assis, venant tout juste d’écraser une cigarette. Avec cet air qui lui était si propre, la belle haussa un sourcil et s’avança jusqu’à dépasser la porte de son bureau. « Que veux-tu, il faut bien qu’il y en ait qui travaillent pendant que d’autres traînent… ou préfèrent aller faire un tour chez les résistants, siffla-t-elle, arborant un sourire très ironiquement affable. Comment va cette chère Ice, dis-moi ? J’espère qu’elle ne t’a pas trop malmené cette fois… » Et quoi de plus habituel que ces petites joutes ? Reinhard, en théorie, devait à Anke le respect imposé par la hiérarchie, pourtant. En théorie. Mais il y avait un moment déjà que son ancien amant avait passé outre ce futile détail. D’un point de vue du respect, du moins, car un ordre restait un ordre… en général. Quand la chose l’arrangeait. Une chose était certaine, s’il ne s’agissait pas de Reinhard, il y aurait bien longtemps que l’officier Scheffer lui aurait fait comprendre ce que signifient les mots « supérieure hiérarchique ». Avec lui, cependant, les choses prenaient toujours un tour qui ne lui déplaisait pas foncièrement, au fond. Raison pour laquelle, sans doute, elle jouait le jeu – en plus du fait qu’elle était certainement incapable de ne pas réagir. Reinhard savait assez bien la provoquer pour être certain qu’elle ne resterait pas indifférente à ses piques – tout comme elle savait que les siennes feraient également leur effet. Tout était une question de dosage.
Conversation habituelle donc, mais fermement interrompue par l’arriver de Von Hafer, seule et unique personne certainement à pouvoir ramener à elle-seule le calme dans la plus grande partie des locaux. Levant la tête, Anke se retourna, attentive. S’il était là, ce qu’il avait quelque chose à leur dire. Un quelque chose qui eut le mérite d’être clair, net et précis : « Scheffer. Fehmer. En voiture ! » Et sur ces mots, il tourna les talons. Un instant, Anke croisa le regard de son collègue et coéquipier désigné pour l’occasion, avant de sortir du bureau et de se diriger rapidement vers la sortie. Von Hafer avait parlé, il n’y avait pas à discuter. Ils gagnèrent la voiture qui les attendait déjà en bas et s’installèrent sans s’encombrer de politesses aussi futiles qu’inutiles. Les portières claquèrent et le véhicule noir démarra, s’inséra plus que facilement dans la circulation restreinte des rues parisiennes. Le tout restait de savoir ce qu’ils faisaient et où ils allaient. Rapidement, un soldat assis à l’avant leur adressa un bref exposé de la situation. Le fameux immeuble du boulevard de Grenelle nécessitait un brin de tri, afin d’en déloger les éléments nuisibles tels qu’une bande de résistants spécialisés dans la fabrication de faux papiers et l’impression de journaux clandestins. Et eux devaient superviser la chose. Anke hocha la tête. Parce que maintenant, ils avaient besoin d’être deux pour ça. Vaguement, elle adressa un regard à Reinhard, avant de s’informer sur quelques détails de plus auprès du soldat. Des complications étaient-elles à craindre ? Sans doute, sinon ils n’auraient pas été envoyés là tous les deux – il y avait bien d’autres choses à faire. La réponse fut affirmative : ils ignoraient le nombre exact de personne se cachant dans l’immeuble, autant qu’on ne pouvait deviner comment réagiraient les autres habitants. La belle eut un sourire ironique. Elle doutait qu’il fasse quoi que ce soit. La plupart avaient bien trop peur pour eux pour s’intéresser à ce qui pourrait bien arriver aux autres.
Asseza rapidement, la voiture les déposa devant l’immeuble en question. Calme, encore. Non loin, des soldats se trouvaient déjà sur place. Anke sortit et observa un instant les alentours. Un grand boulevard et quelques rues annexes. Bien, au moins ils ne risquaient de perdre personne dans les dédales qu’offraient parfois les ruelles de Paris. Un coup d’œil jeté vers les hommes présents lui indiqua l’absence de tout officier supérieur. Devait-elle en déduire qu’elle avait la direction des opérations ? Sans doute. Et donc que Reinhard l’assistait. Charmant. Voilà qui promettait. « Fait attention à toi, cette fois. Ça serait dommage qu’ils ne t’enlèvent une deuxième fois, lui souffla-t-elle, vicieuse, avant de se tourner vers les soldats. » Ces derniers, rangés sur deux rangs tout sauf discrets, attendaient les ordres. A nouveau, la voix basse de Anke s’éleva en allemand, nette et claire comme à chaque fois qu’elle avait des instructions à donner. « Je veux deux hommes pour chaque issue. Personne ne sort et les suspects seront rassemblés dans le hall. Vous ratissez chaque appartement à la recherche de presse, faux papiers, journaux, tampons, et cætera, vous connaissez la chanson. En place soldats ! » Avec cette rapidité et cet ordre qui faisait l’efficacité de l’armée allemande, les intéressés se disposèrent en fonction des ordres reçus, six hommes se détachant pour aller se poster aux issus. Enfin, Anke échangea un regard avec Reinhard pour s’assurer que tout était près et donna l’ordre d’entrée. Sans se faire prier, les soldats ouvrirent la porte et se dispersèrent dans le bâtiment à la paisible tranquillité troublée. Passant sa main à sa ceinture, Anke se saisit de son arme et en actionna le chargeur. Elle était loin d’être ce que l’on pourrait attendre une femme et encore moins à l’action ou lors des interrogatoires. Tranquillement, néanmoins, elle se tourna vers son ex amant. « Allons-y, lâcha-t-elle alors que les premiers éclats de voix se faisaient entendre. »
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« Le monstre, que l'on croit l'exception, est la règle. »
Sujet: Re: « Das ist unsere Welt » Sam 5 Mar - 17:47
Dès que la brune au regard clair avait pénétré les locaux, l’atmosphère m’avait de suite parue plus détendue, comme si j’avais trouvé là un terrain propice à la taquinerie et la gaieté. Mais rien n’était transparu sur mon visage, bien entendu, je m’étais contenté de fixer mes prunelles sur la nouvelle venue, lui faisant une petite remarque en guise de salutations qui, je savais, n’allait pas manquer de provoquer cette la femme officier une réaction. Et je n’eus pas foncièrement tort : « Que veux-tu, il faut bien qu’il y en ait qui travaillent pendant que d’autres traînent… ou préfèrent aller faire un tour chez les résistants. Comment va cette chère Ice, dis-moi ? J’espère qu’elle ne t’a pas trop malmené cette fois… », siffla-t-elle, d’un air un peu trop joyeux pour ne pas être ironique. Je la dévisageais comme d’accoutumée - sans aucune gêne ni aucun malaise vis-à-vis du grade, supérieur au mien, qu’elle occupait -, conservant un calme parfaitement draconien, me prêtant à mon tour à cette plaisanterie ironique qu’elle avait eu le cœur de lancer. « Ice ? Toujours aussi froide. », répondis-je simplement. « Et aucune égratignure, comme tu peux le voir. », me pavanais-je faussement devant elle avec un sourire radieux, exposant mon visage à la lumière pour qu’elle voit quelle bonne mine j’avais : frais comme un gardon. « Pardon de te le faire remarquer, mais là c’est toi qui traîne. Et pour ma défense, nous dirons que… j’enquêtais sur le terrain. Ce que l’on ne peut pas dire de tout le monde… Sur quel terrain as-tu enquêté hier soir pour arriver si tard, ce matin ? C’était quoi, la récompense, un grade supplémentaire ? », la provoquais-je, sévère mais avec un air angélique sur le visage. Ce matin, j’étais de bonne humeur, et cela promettait d’être épileptique entre nous deux si on commençait aussi fort alors qu’elle venait tout juste d’arriver. Quoi de plus naturel entre nous que ces joutes verbales auxquelles nous nous livrions constamment ? Bien sûr, malgré cela et malgré tout, je la respectais et dans le fond on pouvait même dire que je l’appréciais, avec son caractère de cochon et son air faussement sévère.
Il en avait toujours été ainsi, entre nous. Et si je pouvais me permettre de la considérer - parfois, tout du moins quand elle ne lançait pas ses ordres - comme mon égal, c’était parce que notre passé n’était pas sans précédent, il était assez conséquent pour qu’aucun de nous ne puisse le nier. Sans doutes était-ce dans nos mœurs de devoir nous lancer de telles piques, et l’autre d’y répondre avec ferveur et application, mais la plaisanterie n’avait pas réellement sa place dans les bureaux de la Gestapo, ni même sur ce genre de terrain d’ailleurs. Nous amenions un climat presque enfantin au milieu d’une guerre qui avait été sanglante et dont tout le monde ne voulait pas parler, par peur, par crainte, par phobie d’être capturé pour avoir émis une opinion un peu trop tranchée. Mais entre Anke et moi, c’était bon enfant, je me délectais de nos conversations parce que je savais qu’il n’y avait rien de mal là-dedans ; elle était une collègue désormais, et je m’entendais bien avec elle. Quoi de plus normal ?
La voiture nous déposa devant l’immeuble où se déroulait l’opération. Nous n’étions censés intervenir que si un débordement subvenait, c’était tout. Une fois sur place, j’observais attentivement les lieux. Le lotissement était plutôt massif, et les issues étaient déjà bloquées par les soldats de telle façon à ce qu’aucun indésirable ne puisse s’en échapper. Bien, il ne nous restait plus qu’à attendre, et prêter attention au travail de nos camarades qui s’étaient vus assigner cette pénible besogne, bien que ce ne fut pas la pire qu’on puisse leur ordonner. « Fais attention à toi, cette fois. Ça serait dommage qu’ils ne t’enlèvent une deuxième fois. », souffla Anke, l’air vicieux. Qu’elle pouvait être drôle - voyez là toute l’ironie avec laquelle je prenais ces paroles - quand elle voulait. Je levais les yeux au ciel, désabusé. « S’il y a bien une personne à enlever ici, ce serait bien toi, Ô grand officier au grade si élevé. Ça ne te ferait pas de mal d’aller faire un petit coucou à nos amis. », lui fis-je remarquer, non sans une énorme pointe d’ironie dans l’éloge que je faisais d’elle. En vérité, je ne souhaitais pas qu’elle se fasse enlever par la Résistance, bien entendu, même si j’aimais bien me battre avec mes mots contre elle, jamais je ne souhaiterais qu’il lui arrive du mal.
« Je veux deux hommes pour chaque issue. Personne ne sort et les suspects seront rassemblés dans le hall. Vous ratissez chaque appartement à la recherche de presse, faux papiers, journaux, tampons, et cætera, vous connaissez la chanson. En place soldats ! », vis-je ses lèvres remuer à l’intention des soldats présents. Je soufflais un coup face à la platitude et la fermeté des ordres de la jeune femme donnés à tous ces hommes étonnés de se voir commandités. J’en vis même deux ou trois qui m’adressèrent un regard interrogateur du genre « On fait quoi ? », mais devant mon air neutre ils comprirent qu’ils devaient obéir. Les autres, quant à eux, le firent sans ménagement. La jeune femme tira son arme de son ceinturon avec adresse et m’adressa un signe de tête qui signifiait que je devais la suivre. « Allons-y. », appuya-t-elle son geste de paroles. Sans piper mot, je la suivais dans la cour intérieure du bâtiment, nous n’étions pas sensés pénétrer les locaux. Mais soudain, je vis une petite silhouette se tapir dans l’ombre, recroquevillée sur elle-même. Je décidais de m’en approcher, prudent, avant de me rendre compte que ce n’était rien d’autre qu’une petite fille, en pleurs. « Qu’est-ce qui ne va pas ? », lui demandais-je simplement, m’accroupissant à sa hauteur. Je n’aimais pas foncièrement les enfants - tout du moins pas ceux des résistants et ceux que l’État me refusait d’apprécier - mais celle-ci avait l’air réellement perdue. « J’ai perdu mon papa et ma maman. », me répondit-elle d’une petite voix pitoyable. Je la regardais dans les yeux, sans ciller, sans être même attendri par cette scène mais la réconfortant tout de même un minimum. « Comment tu t‘appelles ? », lui demandais-je d‘une voix toute gentille, presque niaise. Et elle me répondit aussitôt qu‘elle se nommait Myriam. Un prénom qui me paraissait bien trop juif pour que ses parents soient laissés tranquilles. Un coup d‘œil à la liste que j‘avais reçue me confirma que ses parents devaient être raflés aujourd‘hui, avec comme motif celui d’être - en plus de juifs - des opposants politiques et perturbateurs du bien-être civil. Des résistants, quoi. Ils avaient touché le pompon. Je refermais la liste et pris l’enfant par les épaules, toujours d’un air doucereux : « Ne t’en fais pas, tu les reverras bientôt. », puis, me tournant vers deux soldats. « Soldaten ! Myriam Stern, je vous laisse vous occuper d’elle, elle veut ‘retrouver ses parents’. », lançais-je à leur intention. J’avais conscience que c’était horrible pour elle, mais qu’y pouvais-je, après tout ? Je n’étais pas du genre à me mouiller pour des personnes que je ne connaissais pas, et mon reconditionnement avait été plus qu’efficace ; j’étais devenu - ou redevenu - l’un de ces monstres sans cœur. Muet, je revenais aux côtés d’Anke qui n’avait sans doute pas perdu une miette de la scène, et m’attendant encore à un commentaire typiquement caractéristique d’Anke Scheffer.
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Sujet: Re: « Das ist unsere Welt » Jeu 10 Mar - 18:30
Les locaux de la Schutzstaffel n’avaient, il fallait l’admettre, rien de foncièrement accueillant ou de particulièrement fréquentable. Entendons-nous bien : peu fréquentables non pas pour les gens qui y travaillaient mais plutôt pour ce qui s’y tramait. Traques, rafles, et autre joyeusetés du même genre dans tous les domaines possibles. Un lieu dans lequel il ne faisait réellement pas bon se trouver, à moins d’en être un de ses occupants régulier se fondant dans la masse monotone des uniformes aux couleurs pour la plupart semblables. Un lieu enfin qui, au regard de ce qui s’y organisait, et bien souvent même de ce qui s’y passait, semblait exclure toute autre ambiance qu’une morbide tension, jalonnée de quelques éclats de mauvais augures. Loin s’en fallait pourtant. Si, pour un quidam, être conduit ici n’était certainement pas une bonne nouvelle, sans doute les parisiens étaient-ils les seuls à se représenter réellement cet endroit comme de vagues bureaux aux airs mortifères. Certes, le sérieux y était de rigueur, autant que l’efficacité. Ce qui n’empêchait pas pourtant de petits… écarts dirons-nous. Des écarts de ceux que créait cette étrange complicité aigre-douce entre Reinhard et Anke, faite de piques plus ou moins cyniques aux effets divers et variés, d’ordres et de respect relatif. Des écarts, surtout, loin d’êtres rares, les deux anciens amants n’ayant vraiment pas à chercher bien loin pour trouver de quoi alimenter leurs petites joutes verbales – et ce, à peu près à chaque moment qu’ils passaient ensemble et sur tous les sujets imaginables, allant de détails à bénins… aux aventures de Reinhard, par exemple. Inutile de préciser à quel point, une fois son retour assuré, Anke s’était amusée de l’escapade du jeune homme du côté de ces nuisibles menés par Ice. Autant dire qu’il ne pouvait pas même escompter échapper à ses railleries – bien qu’elle le connaisse assez pour savoir qu’il saurait parfaitement rester de marbre à la moindre de ses remarques.
« Ice ? Toujours aussi froide. Et aucune égratignure, comme tu peux le voir fanfaronna-t-il en lui faisant observer ses traits dépourvus de la moindre marque. » Anke eut un sourire froidement amusé, le dévisageant un instant, non sans avoir jeté un regard indifférent à la jeune femme qui, visiblement, l’attendait dans le couloir. Qu’elle continue, elle était si bien lancée. D’autant plus que cette petite conversation, on s’en doute, était loin d’être terminée. « Pardon de te le faire remarquer, mais là c’est toi qui traîne, reprit Reinhard en écho à sa précédente remarque. Et pour ma défense, nous dirons que… j’enquêtais sur le terrain. Ce que l’on ne peut pas dire de tout le monde… Sur quel terrain as-tu enquêté hier soir pour arriver si tard, ce matin ? C’était quoi, la récompense, un grade supplémentaire ? » Cette réplique eut pour effet immédiat de faire disparaître le sourire de l’officier. Soudain bien plus dure, elle haussa un sourcil, plantant son regard droit dans les prunelles brunes de son interlocuteur tout en laissant tomber sur le bureau, dans un claquement sonore, l’un des dossiers qu’elle avait au bras – et qui avait, en effet, occupé une grande partie de sa soirée mais certainement de la façon qu’il insinuait. « Epluchez-moi donc ce dossier, Hauptsturmfürher, répondit-elle sèchement en appuyant distinctement sur chaque syllabe ce dernier mot. Vous y trouverez sans doute les réponses à vos questions. Et puisque visiblement le terrain ne vous réussit pas, vous avez la journée pour vous en occuper… ici. » Etait-ce un ordre ? Absolument. Et non-négociable, qui plus est. Parce que ce genre de petites perfidies avaient un don parfaitement irritant sur la SS qui savait pertinemment ce que beaucoup bavardaient de la place qu’elle occupait et de la façon dont elle l’avait obtenue. Un sujet qui ne manquait jamais de la faire réagir, Reinhard le savait très bien. A ses dépends, cette fois-ci.
A ses dépends… si Von Hafer n’était pas brusquement intervenu, ne laissant lui aussi aucune place à la discussion. Il avait parlé, et les deux jeunes gens n’avaient plus qu’à agir. Les aléas de la hiérarchie, dirons-nous. Rapidement, donc, Anke et Reinhard furent déposés devant l’immeuble qui occupait aujourd’hui les esprits de la Schutzstaffel, au pied duquel déjà quelques soldats attendaient, en silence, à partir du moment où ils virent arriver la voiture du moins. Ne restait plus qu’aux deux officiers à superviser la chose, ce à quoi Anke allait fermement s’employer, ne pouvant simplement s’empêcher de glisser à son coéquipier une petite pique accompagnée d’un de ces sourires ironiques dont elle avait le secret. « S’il y a bien une personne à enlever ici, ce serait bien toi, Ô grand officier au grade si élevé. Ça ne te ferait pas de mal d’aller faire un petit coucou à nos amis, répliqua-t-il en levant les yeux au ciel. » Ce fut au tour de la jeune femme de lever les yeux au ciel, avant de se détourner en direction des hommes qui attendaient. Droite dans son uniforme – certes très féminin, les traits froids, le regard dur, toujours, elle observa un instant les rangs qui se trouvaient face à elle avant de lancer ses ordres. Sans appel, et on ne peut plus clairs – d’autant plus qu’ils savaient parfaitement comment agir. Ce qui n’en empêcha pas quelques un de consulter Reinhard du regard, et ce bien trop ostensiblement au goût d’Anke pour l’un d’entre eux. Sévère, elle fit un pas dans sa direction. « Il me semble avoir été claire, soldat. Fehmer n’a donc rien de plus à vous dire. En place, schnell ! le rappela-t-elle sèchement à l’ordre, dardant deux prunelles perçantes sur lui tandis qu’il claquait les talons avant de prendre la même direction que ses camarades. » Elle le suivit un instant des yeux, implacable, jusqu’à ce qu’il ne se mêle aux autres avant de retourner aux côtés de Reinhard. Il n’était pas question de laisser passer ce genre d’insubordinations furtives, ne serait-ce qu’en les reprenant de cette façon. Certains, avec Anke, en avait plus que fait les frais.
Sans traîner et suivit par le jeune homme, elle pénétra dans la cour du bâtiment qui s’éveillait en sursaut, laissant parfois s’ouvrir sur les habitants surpris quelques fenêtres curieuses. La belle observa un instant l’ensemble du bâtiment dans lequel se faisaient déjà entendre de bavards éclats de voix sur ce qui se tramaient à l’intérieur. Reinhard et elle n’entraient pas, à moins qu’une complication quelconque ne les y oblige. Y jetant un coup d’œil distrait, elle attrapa l’exemplaire de la liste des résistants sensés se trouver dans les parages qu’on lui tendit, de la même façon que l’on en donna un à son coéquipier et balaya quelques noms tous aisément repérable, accompagnés parfois des fausses identités sous lesquelles se cachaient les suspects. Berg, Schwartz, Stern… Soudain, un mouvement lui fit lever les yeux, jusqu’à rencontrer la silhouette de Reinhard, abaissée au niveau de celle d’une petite fille éplorée tapie dans un coin obscur. Attentive, elle les observa, tapotant du bout des doigts sur la feuille qu’elle avait en main. « J’ai perdu mon papa et ma maman, sanglotait la fillette, avant de répondre à la demande de l’officier qu’elle s’appelait Myriam Stern. » Anke haussa un sourcil, jetant un nouveau regard à la fameuse liste, à l’instar de Reinhard. Stern, c’était bien ça. Elle releva la tête, alors que le jeune homme assurait à la gamine qu’elle allait revoir son père et sa mère. « Soldaten ! Myriam Stern, je vous laisse vous occuper d’elle, elle veut ‘retrouver ses parents’. » Ce qui n’allait pas manquer de lui arriver… Quelle serait la réaction de ces fameux Stern lorsqu’ils verraient leur courir dans les bras la fillette à laquelle ils avaient sans doute recommandé d’aller se cacher et de ne prononcer son nom sous aucun prétexte ? Anke soupira, levant les yeux au ciel. Un enfant restait un enfant, comme espérer lui faire comprendre une chose pareille ? Narquoise, néanmoins, elle observa Reinhard revenir à ses côtés.
« Comme c’est touchant… Tu ne comptes pas avoir d’enfant un jour, rassure moi ? demanda-t-elle avec un sourire railleur. Parce que tu viens d’échouer à l’épreuve de la fibre paternelle. » Certes, faire ce qu’il venait de faire – envoyer un enfant à l’abattoir, ni plus ni moins – pouvait sembler ignoble. Ça l’était certainement, d’ailleurs, mais Anke en aurait sans doute fais de même, et sans y mettre les mêmes formes peut-être. Pourtant, nombre de leurs collègues, de ceux qui voyaient avec la même froideur ces familles entières filer à l’Est parquées dans des wagons sans confort – il ne manquerait plus que ça ! – avaient eux-mêmes des femmes, des enfants… Grand bien leur en fasse, d’ailleurs. Anke suivit un instant des yeux le soldat qui emmena sans la brusquer la petite en direction du hall où devaient être réunis les personnes arrêtées puis, sans le moindre scrupule, annota sa liste. Que feraient-ils d’une gamine quand ses parents auraient à subir toute une série d’interrogatoires qui ne dépendraient que des informations qu’ils auraient le bon sens de révéler ? La question ne se posait pas : elle était juive. La jeune femme redressa la tête, jetant un regard aux bâtiments qui les entouraient. Pas d’éclats pour le moment, alors que les soldats continuaient à fouiller les différentes appartements. Ils n’avaient pas d’adresse précise pour la simple raison que les résistants étaient nombreux ici, et se cachaient partout. Quelle imprudence. Néanmoins, elle voyait toujours mal pourquoi est-ce qu’ils avaient été tous deux placés sur cette affaire. Elle et Reinhard s’entend, quand ils se montraient tout aussi efficaces seuls et chacun de leur côté. Flegmatiquement, elle sortit une cigarette de l’étui qu’elle avait pris soin de glisser dans sa poche tout en en tendant une à son collègue, des fois que la chose ne le tente. Et à nouveau, un sourire en coin, ironique, étira ses lèvres. « Alors dis moi, ta si brillante enquête sur le terrain d’hier t’as-t-elle appris quelque chose d’intéressant, au moins ? demanda-t-elle. A part l’endroit où nous ne les trouverons certainement plus, bien sûr. » Tout était prétexte à la moindre remarque, et quelque soit la situation. Aussi est-ce avec un éclat railleur au fond des prunelles qu’elle lui posa ces questions, exhalant une première bouffée de fumée.
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Sujet: Re: « Das ist unsere Welt » Mer 16 Mar - 21:01
« Épluchez-moi donc ce dossier, Hauptsturmführer. Vous y trouverez sans doute les réponses à vos questions. Et puisque visiblement le terrain ne vous réussit pas, vous avez la journée pour vous en occuper… ici. », ordonna sèchement Scheffer, prenant bien attention à bien appuyer sur chacune des syllabes de mon grade. Je jetais une œillade froide à la jeune femme qui se faisait toujours un plaisir de me faire remarquer que j’étais moins gradé qu’elle, mais ce qu’elle ne comprenait pas c’était que j’avais tout autant de pouvoir - pas dans l’immédiat, cependant - puisque j’étais à la tête des services secrets allemands à Paris. Le Sicherheitsdienst, une unité du RSHA que personne, ni Scheffer, ni Von Hafer, ne me volerait jamais. Et c’était sans doute la division et la partie de mon travail dont j’étais le plus fier. Je baissais un instant les yeux sur les dossiers que la belle avait lourdement fait tomber volontairement sur le bureau, une moue dédaigneuse sur les lèvres. Les dossiers, je ne les connaissais que trop bien, ce genre de travail n’avait plus de secrets pour moi, et autant dire qu’être sur le terrain me manquait parfois. J’en venais même à me dire que j’aurais parfaitement pu m’engager dans la Wehrmacht si je n’avais pas été un Schutzstaffel convaincu et bien placé. Mais bref, passons outre. Pour l’heure, je me contentais de reporter gravement mon regard dans les prunelles bleutées de la jeune Obersturmbannführer. « Oh, je t’en prie, je sais combien je suis important et prestigieux à tes yeux, mais ne me vouvoie pas. Il fut un temps où tu ne t’encombrais pas de toutes ces formalités, Fräulein Scheffer. », affirmais-je d’un ton insolent parfaitement digne de celui qui cherchait les embrouilles, reprenant un air plaisantin après avoir marqué un temps de pause durant lequel j’avais jeté un regard froid sur celle qui venait de m’intimer un ordre. Elle n’était pas croyable, et elle pensait m’avoir ainsi, pensant me punir pour une énième bataille verbale à laquelle nous nous adonnions. Je ne comprendrais jamais les femmes, ces créatures toutes aussi perfides et vicieuses les unes que les autres, qui plaisantaient avec vous en face et vous poignardaient dans le dos. Mon sourire ne put que s’élargir quand je vis Von Hafer pénétrer le bureau pour nous ordonner de sortir. Et c’était l’un de ces sourires agaçants qui prouvait que j’étais bien trop content de cette surprise qui casserait tout l’effet punitif que la demoiselle avait voulu créer. Tu t’es bien faite avoir, Anke ! Parce que lui, Axel von Hafer, tu es obligée de lui obéir. Fini, l’abus de pouvoir, nous obéissions, elle comme moi.
Et Anke tenait son rôle de petit chef tyrannique à la perfection, il fallait l’entendre meugler ses ordres aux soldats sous son joug ! « Il me semble avoir été claire, soldat. Fehmer n’a donc rien de plus à vous dire. En place, Schnell ! », aboya-t-elle à un soldat qui avait EU LE CULOT de me jeter un regard interrogateur, s’avançant d’un pas vers lui comme pour le menacer. Le regard perçant qu’elle lui lança en aurait fait trembler le plus stoïque des hommes, mais la voir ainsi m’amusait plutôt qu’autre chose. Quand on avait connu Anke Scheffer avant son incroyable promotion, il était difficile de l’envisager dominatrice de troupes. Les bras croisés, je la regardais revenir à mes côtés, un petit sourire narquois aux lèvres. « L’Obersturmbannführer Scheffer claque des doigts et le petit soldat claque les talons. L’autorité féminine m’étonnera toujours. », ironisais-je. Bien sûr, ce n’était pas là une marque de manque de respect ou quoique ce soit, j’avais beaucoup de respect pour elle et pour tout ce qu’elle avait fait pour parvenir à un tel rang de la hiérarchie. Elle était, si on allait par le fait, une femme tout à fait remarquable, puisqu’elle s’était insérée dans un milieu où les hommes trônaient et qu’elle arrivait encore à imposer le respect et sa propre volonté. Sur les lieux de l’action, elle faisait preuve d’une patience et d’une rigueur à toute épreuve dans son travail, pour ça qu’il était toujours plus ou moins agréable de faire équipe avec elle. Bien que le fait qu’elle puisse me donner des ordres me faisait grincer les dents. Mais elle ne jouissait pas trop de ce privilège, exception faite de l’affaire des dossiers de ces quelques poignées de minutes précédentes. Et l’action suivait son cours, nous amenant toujours à faire des rencontres plus improbables les unes que les autres. Comme cette enfant, Myriam Stern, qui peinait à sécher ses grosses larmes de crocodile. Pas de doutes, cette petite fille ne portait pas le bon nom de famille en cette époque difficile pour les gens de son… espèce. Force m’était d’admettre qu’elle n’atteindrait sûrement pas la majorité, si les choses continuaient comme elles étaient parties. Ses parents devaient déjà être dans les camions arrivés peu de temps après notre voiture, et qui attendaient à l’extérieur de l’enceinte. Des soldats arrivaient par vagues et sortaient par la grande porte, des intrus à bout de bras, pour les embarquer. Monsieur et Madame Stern devaient certainement déjà être assis dans l’un d’entre eux, ou alors debout, serrés contre les autres personnes qui seraient transportées dans le même endroit qu’eux. Nous ne savions pas où il les conduisaient, tout ce que j’étais en mesure de dire était qu’ils prendraient le train. Et la petite fille que je venais de consoler ne savait pas encore qu’elle n’avait pas fini de pleurer.
« Comme c’est touchant… Tu ne comptes pas avoir d’enfant un jour, rassure-moi ? Parce que tu viens d’échouer à l’épreuve de la fibre paternelle. », dit-elle, un sourire railleur sur les lèvres. Je lui jetais un regard désabusé, me demandant si elle lisait dans mes pensées ou quoique ce soit. Si tu savais, ma pauvre Anke, ce qui m’arrive. Si tu savais combien je me sens fautif, d’un côté, et pourtant si heureux de l’autre. Si tu savais ce qu’on me ferait si on l’apprenait. Ah non, ça tu sais déjà. « Parce que tu mets mes capacités paternelles à l’épreuve, maintenant ? », demandais-je d’un air ennuyé, les paupières tendues. « T’intéresserais-tu soudainement à la politique de « famille aryenne » de notre Führer, peut-être ? », la questionnais-je sans attendre de réponse précise. Il était vrai qu’Hitler préconisait les valeurs familiales, bien qu’il ait en fin de compte très peu d’estime pour les femmes. Le régime de Vichy, en France, soutenait également ces principes de la famille. Je ne voyais pas réellement Anke se plonger dans un tel dessein, elle était bien trop engagée sentimentalement parlant dans l’armée, et ce n’était d’ailleurs pas pour me déplaire. Je serais le premier étonné si elle se faisait avoir par les hommes, mais je ne savais pas encore que - comme cela m’était arrivé quelques mois auparavant -, elle aussi pouvait tomber amoureuse. Dur sentiment que l’amour, qui vous impose ses contraintes et ses merveilles ; cruelle besogne que l’amour interdit en temps de guerre. J’éteignais la pensée que j’eus envers Caroline et l’enfant qu’elle portait, cela n’avait aucunement sa place au beau milieu d’une pareille opération. « Ne pas mélanger vie privée et vie professionnelle », m’avait-on dit. Comment faire lorsque notre vie professionnelle était, pour ainsi dire, toute notre vie ?
« Alors dis-moi, ta si brillante enquête sur le terrain d’hier t’a-t-elle appris quelque chose d’intéressant, au moins ? À part l’endroit où nous ne les trouverons certainement plus, bien sûr. », me demanda-t-elle en montrant une très visible pointe d’ironie sur la fin. Bien entendu, les résistants avaient déjà dû changer d’adresse, sinon cela aurait été trop facile. J’acceptais la cigarette qu’elle me tendait en la gratifiant d’un coup d’œil reconnaissant, et glissais le bâtonnet blanc entre mes lèvres tandis que la flamme du briquet s’en approchait. Retenant la tige entre mes doigts, j’expirais ma première bouffée de tabac, et déjà je me sentais mieux. Comme cette odeur m’était agréable, sale addiction qui avait eu tendance à s’amplifier avec la guerre. Ne jamais négliger les bonnes choses, et ne soyons pas fous : la guerre n’était pas le bon moment pour s’arrêter de boire ou même de fumer. Personne n’arrête les petits plaisirs de la vie dans un climat aussi hostile, et ce malgré les restrictions qu’imposaient l’Occupation. Je penchais la tête pour toiser ma collègue. « Elle m’a surtout appris que les services de la Wehrmacht ne sont pas fichus de faire le travail qui leur est demandé, puisque visiblement je n’ai pas eu le temps de rentrer dans mon logement parisien après ma permission que déjà les ennuis recommençaient. », dis-je d’un ton accusateur. Ce n’était quand même pas de ma faute s’il y avait eu un malentendu concernant les voitures sensées m’accueillir à la gare. « Et vous, cette semaine, vous avez chômé ? », demandais-je, désinvolte. Je rapprochais à nouveau la cigarette de mes lèvres, jouant habilement avec entre mes doigts, avant d’en tirer une nouvelle grande bouffée qui me tomba directement sur les poumons. Mon regard s’égara un instant au loin, et mon visage entier se figea (image). Je venais de remarquer que les deux soldats que j’avais interpellé se chargeaient de la petite fille qui ne pleurait plus, à présent, sans doute persuadée qu’elle allait retrouver ses parents. Et elle allait les retrouver, oui, mais peut-être pas dans les circonstances optimales.
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Anke Scheffer
« Toujours prouver deux fois plus les autres assoupis d'évidences. »
Oh, une épine pleine de roses ! ■ topics: OUVERTS ■ inscrit le: 26/02/2011 ■ mes posts: 570 ■ avatar: Eva Green ■ présence: Régulière ■ âge IRL: 18 ■ profession: Standartenführer SS
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Sujet: Re: « Das ist unsere Welt » Dim 20 Mar - 22:56
Sans doute était-il un certain nombre de libertés que Reinhard pouvait prendre vis-à-vis de Anke, sans aussitôt se voir gratifié d’une de ces remarques sèches et sans appel dont elle avait le secret ou même de menaces à peine subtiles d’ordre divers et variés. Un certain nombre de liberté… comme celle de prendre un ton parfaitement insolent et assorti d’une mimique dédaigneuse pour répondre à un ordre donné. « Oh, je t’en prie, je sais combien je suis important et prestigieux à tes yeux, mais ne me vouvoie pas. Il fut un temps où tu ne t’encombrais pas de toutes ces formalités, Fräulein Scheffer. » A l’évidence, aussi peu amène le regard de la jeune femme se fit-il, était-ce là l’une de ces répliques qu’il pouvait se permettre. A moins que la brusque et soudaine intervention de Von Hafer ne soit l’unique cause de l’absence de réponse de l’officier qui, se retournant vivement vers le nouveau venu et à l’image de toutes les autres personnes présentes dans cette pièce, n’eut d’autre choix que de garder le silence et d’hocher la tête face à d’autres ordres. La concernant, cette fois. Néanmoins, que ce cher Fehmer n’aille pas, comme en témoignait la petite mimique ravie qui étira ses lèvres, s’imaginer qu’il s’en sortirait comme ça. Anke avait toujours été bien trop changeant pour se montrer rancunière – à quelques exceptions près – et garder fixement une idée en tête. Mais étrangement, dans ce genre de situation… elle oublier rarement ce qu’elle avait voulu faire ou dire. Aussi resta-t-elle muette face au sourire pour le moins agaçant de son ancien amant, se contentant de confier les dossiers qu’elle n’avait pas laissés tomber sur le bureau de Reinhard aux mains d’une secrétaire et de se diriger vers la voiture qui les attendait, une fine moue aux lèvres. Mais pour l’heure, garder l’opération à l’esprit.
Et preuve fut une nouvelle fois faite de la… légèreté avec laquelle Anke traitait les petites insolences du chef SD comparé à son comportement habituel. Si le voir lui tenter – et y parvenir, parfois – de mettre son autorité à mal l’amusait presque toujours plus qu’autre chose, il n’en était de même de la plupart des autres personnes avec lesquelles elle travaillait, donc ce soldat qui jugea utile de se voir confirmer ses ordres auprès du jeune homme plutôt que d’obéir directement. Certes, il ne s’agissait que d’un regard. Mais les regards, parfois, en disaient long. Et il fallait bien que l’Obersturmbannführer Scheffer ait mérité sa réputation de chef un… brin tyrannique. Aussi ne lésina-t-elle pas sur l’autorité en faisant remarquer au soldat qu’il n’avait rien de plus à demander ou savoir, laissant aisément transparaître dans son ton qu’il avait certainement intérêt à faire ce qui lui était demandé. Ce qui eut pour effet immédiat de lui faire faire volte-face, tête baissée, après un garde à vous… pour le moins de circonstance. Ce à quoi Reinhard, évidement, ne manqua pas de réagir. « L’Obersturmbannführer Scheffer claque des doigts et le petit soldat claque les talons. L’autorité féminine m’étonnera toujours, lâcha-t-il non sans ironie. - « Et l’Hauptsturmführer Fehmer fait son commentaire, répondit-elle aussitôt avec un sourire mi-amusé, mi-agacé. L’égo masculin me désolera toujours. » Et elle avait de quoi elle parlait. La remarque ne s’adressant pas foncièrement à Reinhard, elle laissa un instant son regard perçant s’éterniser sur les soldats qui attendaient leur tour pour rentrer avant de lever les yeux au ciel. Les hommes pouvaient avoir tout l’égo qu’ils voulaient, elle savait, elle, où était sa place, qu’elle soit à leur obéir ou à leur donner des ordres – aussi désagréable la chose puisse-t-elle leur être. Quoi qu’ils en pensent, ils n’avaient pas le choix. Alors autant laisser leur fierté de côté, peut-être la chose leur resterait-elle moins en travers de la gorge. Autant le faire… pour eux. Car elle se fichait profondément de l’état de leur gorge.
Mais, la leçon ayant visiblement suffit, l’opération se poursuivit sans d’autres accrochage, attirant l’attention de Anke sur la petite conversation que semblait avoir Reinhard avec la jeune Stern. Un brin… pathétique, raison qui la poussa ainsi à hausser un sourcil. Que dire de plus face à un SS tentant de réconforter une petite juive en lui promettant qu’elle retrouverait rapidement ses parents. Pathétique, et vaguement cynique. Aussi est-ce avec beaucoup d’ironie qu’elle employa le mot « touchant » lorsqu’il revint vers elle après avoir confié Myriam à un soldat. Quelle fibre paternelle, en effet. Remarque qui arracha à Reinhard un regard désabusé dans lequel, heureusement, Anke ne put déchiffrer tout ce qu’il pensait. Comme réagirait-elle, sachant que, si, il comptait bien devenir père ; et ce avec une résistante – cette fameuse Giselle toute aussi insaisissable que cette… chère Ice. « Parce que tu mets mes capacités paternelles à l’épreuve, maintenant ? T’intéresserais-tu soudainement à la politique de « famille aryenne » de notre Führer, peut-être ? » Anke laissa échapper un petit rire, s’imaginant un instant s’intéresser au fait de fonder une famille comme le Führer l’entendait. Politique qui, aussi admirative soit-elle d’Hitler, il fallait bien l’admettre, avait tendance à cantonner les femmes dans un rôle qui ne lui convenait absolument pas. Femme au foyer, mère de jolies petites têtes blondes, fée du logis et femme patiente et docile d’un mari au front. Non, vraiment. Quelle que soit la façon dont elle avait eu à lutter pour se trouver là où elle se trouver, et celle dont elle avait à lutter encore. Entre devoir jouer à la femme parfaite et avoir à reprendre un soldat un peu trop récalcitrant, le choix, pour elle, était rapide. La femme, et surtout l’épouse. Ah, le sort a parfois de drôles de desseins… « Qui ne s’y est jamais intéressé… même de loin ?, répliqua-t-elle simplement avec une moue qui trahissait assez bien les pensées qui venaient de lui traverser l’esprit.
Laissant planer un instant de silence, elle jeta un nouveau regard autour d’elle, dévisageant au passage un jeune homme qui se débattait contre la poigne bien trop ferme pour sa silhouette chétive de deux soldats l’encadrant fermement. La plupart de ces résistants n’avaient décidément pas vu passer assez de printemps. N’y avait-il que la jeunesse d’assez folle pour tenter de se rebeller contre l’évidence ? Visiblement. Se servant une cigarette et en offrant une à Reinhard, Anke laissa échapper un vague soupir, inaudible sans doute, avant de reprendre la parole sur un ton bien plus railleur, revenant la petite épopée de la veille. Epopée qui aurait pu avoir une issue regrettable mais qui, elle s’en doutait, ne devait pas avoir apporté un grand nombre d’information au SS. Ces gens savaient se faire discrets, quand il ne s’agissait pas de faire sauter l’un de leurs bâtiments ou de descendre à la sauvette tel ou tel officier. Et pour quoi ? Plus de représailles. Et donc plus d’action de leur part. Un véritable cercle vicieux dont les principale victimes, finalement, n’étaient ni les résistants ni les allemands, mais bien les otages qui payaient ces idiotes insoumissions. « Elle m’a surtout appris que les services de la Wehrmacht ne sont pas fichus de faire le travail qui leur est demandé, puisque visiblement je n’ai pas eu le temps de rentrer dans mon logement parisien après ma permission que déjà les ennuis recommençaient, répondit Reinhard, vaguement accusateur. » Une moue entendue tordit les lèvres de Anke à l’évocation de l’inefficacité de la Wehrmacht. Inefficaces, et contrariant qui plus, en avait témoigné la façon dont elle avait dû négocier le commandement d’une opération montée de toutes pièces par la Schutzstaffel pour finalement devoir partager avec Breicht. « Une bande d’incapables, appuya-t-elle en exhalant quelques volutes de fumée blanche. Bons à se battre, mais pour ce qui est de réfléchir… » La de sa phrase fut assez bien exprimée par le rictus peu appréciateur qui tordit sa bouche pour qu’elle ne prenne pas la peine d’en dire plus, portant une nouvelle fois sa cigarette à ses lèvres.
« Et vous, cette semaine, vous avez chômé ? » Face au tour plus sérieux que prenait la conversation, et tout en surveillant du coin de l’œil le bon déroulement de la rafle, Anke laissa de côté railleries et allusions. Un instant, alors que les traits du jeune homme se figeaient sur la fillette embarquée du côté des camions, elle observa à son tour la scène, implacablement neutre. Il y avait longtemps que ce genre d’évènements ne lui faisait plus ni chaud ni froid. Des juifs. Des nuisibles dont il fallait se débarrasser – hommes, femmes, enfants, peu importait. Aussi est-ce sans la moindre compassion qu’elle constata que Myriam Stern avait séché ses larmes, persuadée qu’elle retrouverait ses parents. Sans doute. Pour combien de temps, c’était là la question. La gamine disparue de son champ de vision, elle souffla un bouffée de tabac et reprit la parole. « Cette opération s’est montée. Et une autre arrestation, avant-hier, que ces Possenreißer de la Wehrmacht ont voulu prendre en main, lâcha-t-elle avec une certaine… rancœur. Il a fallu collaborer. J’ai mis Von Mülher dessus et eux, Breicht. » La façon dont elle prononça ce dernier nom évoquait à elle seule le mépris qu’elle pouvait avoir pour l’homme en question. Sans doute aurait-elle pu le mettre au courant des autres évènements ayant animé la semaine si, brusquement, un major ne s’était pas approché d’eux, les traits tendus, attirant immédiatement l’attention des deux officiers. Dans un allemand précipité et teinté de cet immanquable accent autrichien, et après avoir vaguement claqué les talons, il annonça : « Deux hommes essaient de s’enfuir par les toits. Ils sont armés et ont déjà menacé de- » Sèchement, une première détonation l’interrompit, suivie d’une seconde, venant indiscutablement du haut des bâtiments. Brusquement, Anke leva la tête, devinant sur le toit de l’un des immeubles deux silhouettes dont l’une portait un sac. Armes ou journaux clandestins ? La question se posait. Lançant sa cigarette au sol, la jeune femme constata par un rapide regard autour d’elle que les coups de feu n’avaient encore touché personne. « Envoyez six hommes là-haut, ordonna-t-elle sèchement en tournant la tête vers le major. Blessez s’il le faut, mais prenez-les vivants, conclut-elle. » Nouvelle détonation, bien plus proche cette fois. Si proche que c’était leur groupe qu’elle semblait viser. Vivement, et d’un signe de tête, Anke enjoignit à son interlocuteur de se presser. Avant de lancer un regard à Reinhard. Voilà qui compliquait légèrement les choses – mais promettait au moins un peu d’action.
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Dernière édition par Anke Scheffer le Dim 10 Avr - 18:21, édité 1 fois
Sujet: Re: « Das ist unsere Welt » Dim 3 Avr - 16:14
Arrivez-vous à mesurer le nombre de libertés que vous pouvez prendre vis-à-vis d’une même personne ? On dit bien que le premier des droits des hommes est la liberté individuelle, n’est-ce pas ? Savoir où commencer les blagues - et donc par le fait s’immiscer dans cette liberté individuelle de l’autre - et où les faire se terminer était extrêmement important, surtout à mes yeux, car il fallait avant tout respecter la hiérarchie. Tiens, la hiérarchie, parlons-en un peu. Certains suivaient la voie classique et d’autres profitaient de situations plus… exceptionnelles et qui jouaient forcément en leur faveur, et ce dans l’unique but d’entrer dans les bonnes grâces des supérieurs. Ne nous fourvoyons pas, quel soldat digne de ce nom, fervent admirateur et convaincu des théories hitlériennes, ne rêvait pas de se voir féliciter en personne par le Führer ? Nous avions tous - ou presque - ce désir, pour ne pas dire besoin, d’efficacité dans notre travail, reflet de notre patrie à l’hégémonie mondiale. Je me souvenais avec assez de précision le serment de ce cher capitaine, à l’époque où je faisais mes classes : « Pour gravir un échelon dans la hiérarchie, certains vous diront qu’il est plus simple de prendre l’escalier de service, « la porte de derrière », mais c’est faux. Ceux-ci n’ont aucun mérite et vous ne leur devez que le respect mais en aucun cas l’honneur. Les puristes, les vrais, sont ceux qui font leur entrée et que l’on accueille par la grande porte. », avait-il tint comme langage, à quelques détails près. Je ne saurais dire pourquoi ce serment m’avait marqué. Et je partageais tout à fait cette façon de voir les choses : tout officier devait mériter son titre, mais certains l’avaient plus mérité que d’autres. Voyez Anke, par exemple, ou même moi. Nous avions redoublé d’efforts pour en arriver au stade où nous étions - et sans doute elle encore plus, car étant femme - et nous méritions les postes qui nous avaient été attribués. D’autres, à l’inverse, étaient débarqués dans le saint des saints par mégarde, par erreur, et pire encore, par piston. Que l’on ne s’étonne plus des incompétences et des failles qui parsèment notre œuvre.
« Et l’Hauptsturmführer Fehmer fait son commentaire. L’ego masculin me désolera toujours. », répliqua Anke à ma précédente remarque. Je laissais s’échapper un léger rire qui s’acheva en une moue amusée fixée sur mes lèvres. Je crus d’abord que c’était là une remarque qu’elle me faisait personnellement mais je m’aperçus bien vite qu’elle regardait les soldats, globalement. Elle parlait donc des hommes en général. Il ne fallait pas être né de la dernière pluie pour savoir qu’Anke Scheffer avait un caractère bien affirmé, et qu’elle ne se laissait jamais marcher sur les pieds. Ce qui était tout à son honneur, d’ailleurs, car une femme plongée dans un milieu d’hommes - surtout celui des affaires militaires - n’avait pas une espérance de crédibilité très longue, quasiment nulle, même. Mais la jeune brune parvenait toujours à se faire respecter, quelle que soit la situation, il y avait toujours pour elle une solution. Elle ne serait sans doute pas là où elle en était sans ce caractère de cochon, mais ce n’était que mon avis, que je gardais bien pour moi. « Tu n’as pas choisi la bonne filière alors, ta désolation ne fait sûrement que commencer. », dis-je simplement, d’un ton trivial, les yeux rivés sur les soldats qui s’affairaient tout autour de nous. En effet, ce n’était pas l’ego masculin qui manquait dans les parages, et dans la vie de la jeune femme en général, qui avait préféré le tumulte de la politique militaire à la paisible vie de campagne, un mari au front et cinq gosses dans les pattes. Toutefois, je comprenais mieux que quiconque ce choix parce que je l’avais fais aussi, bien qu’en ma qualité d’homme ce fut une nécessité, une obligation. La cohue commençait à se faire de plus en plus grande, mais le camion se remplissait petit à petit. Certaines personnes avaient été tirées de leur lit, ils étaient encore en pyjamas. D’autres étaient bien habillées, toute prêtes, comme si elles avaient prédit qu’on allait venir les chercher ; cependant je ne pus m’empêcher de penser qu’elles s’étaient pouponnées pour pas grand-chose, étant donné l’endroit où on allait sûrement les emmener. Nous regardâmes la petite Stern embarquer avec sa famille, puis le sujet de conversation prit une toute autre forme.
« Qui ne s’y est jamais intéressé… même de loin ? », avait répliqué Anke sur la politique de la famille nombreuse proposée - ou propagée à travers la propagande - du Führer ? La moue qui avait prit place sur ses lèvres eut le don de m’arracher un sourire. Je ne connaissais plus vraiment Anke, tout du moins pas comme nous nous étions connus par le passé. Et encore, cela n’avait été qu’une relation d’intermittences et sans sentiments très sérieux. Bien sûr, j’avais énormément apprécié la compagnie de la jeune femme, mais déjà à l’époque je savais pertinemment que ce n’était pas la femme de ma vie. Ce qui était assez paradoxal, par contre, c’était quand on pensait que dans le passé c’était le caractère sur lequel j’aimais la taquiner qui m’avait plu. « Tu ne me donnes pas l’impression d’être quelqu’un qui s’intéresse à cette partie de la doctrine hitlérienne, donc c’est la preuve que tout le monde peut parfaitement cacher son jeu. », avançais-je, l’air serein. Cela aurait pu être interprété comme un sous-entendu à ma situation, mais Anke n’était pas du tout au courant de ce qui rythmait ma vie privée. Donc elle ne pouvait l’interpréter uniquement qu’en une affirmation visée sur elle. Comme quoi il ne fallait pas faire confiance, même à ses amis ; c’était d’ailleurs triste à dire : ne crois que les ordres que l’on te donne, voila comment nous pouvions résumer la situation. J’étais indigne de confiance, autant envers ma patrie - puisque je la « trompais » en batifolant avec une résistante - qu’envers Caroline, puisque j’étais allemand et adhérent au parti national-socialiste, qu’elle était française soumise à l’Occupation et résistante. Nos simples nationalités auraient pourtant pu suffire à nous opposer mais le destin en avait décidé autrement. Toutes ces différences n’empêchaient cependant personne de prospérer comme bon lui semblait.
« Une bande d’incapables. Bons à se battre, mais pour ce qui est de réfléchir… », opina Anke sur la Wehrmacht. Je lui donnais entièrement raison - à plus fort titre avec tout ce qui s’était passé ces derniers jours - car même s’ils étaient de notre côté, j’avais toujours considéré la Wehrmacht comme des incapables dénués d’intelligence. Bien sûr, certains d’entre eux faisaient exception, en général on les retrouvait relativement bien gradés et non dénués de bon sens, mais ils étaient plutôt des gros muscles que des cerveaux ambulants. J’acquiesçais d’un signe de tête désabusé qui témoignait parfaitement mon opinion sur la chose, avant de lui demander ce que j’avais manqué de cette semaine d’une manière un peu plus détournée. « Cette opération s’est montée. Et une autre arrestation, avant-hier, que ces Possenreißer de la Wehrmacht ont voulu prendre en main. Il a fallu collaborer. J’ai mis Von Müller dessus et eux, Breicht. », annonça-t-elle en laissant découvrir un certain mépris quant à ce dernier. Mes lèvres s’étirèrent en un rictus ironique, avalant nonchalamment ma salive. « La même arrestation qui s’est finie avec ma capture. Hum, je vois. », ironisais-je.
Je regardais le major arriver sur nous, l’air essoufflé avant de nous beugler avec un fort accent autrichien : « Deux hommes essaient de s’enfuir par les toits. Ils sont armés et ont déjà menacé de -- », mais il n’eut pas le temps d’achever sa phrase que déjà une première détonation se fit entendre. Nous relevâmes tous la tête à l’unisson, et Anke fut la première à jeter sa cigarette à terre. « Envoyez six hommes là-haut. Blessez s’il le faut, mais prenez-les vivants. », ordonna-t-elle. Une nouvelle détonation se fit entendre, plus proche de nous cette fois, et nous comprîmes tous que nous étions les personnes visées. Je jetais à mon tour ma cigarette - terminée - au sol, expirant la dernière bouffée de tabac. Un regard à Anke et nous comprimes qu’il fallait bouger, notre place n’était pas sûre. En témoignait la balle qui arriva droit sur nous, mais qui fila tout juste à côté. Il s’en était fallu de peu ! M’empressant, je poussais Anke derrière le mur de pierre du bâtiment, me fichant bien de la poigne que j’avais pu avoir tant que nous étions en sécurité.
HJ : Pardon, c'est en retard et nul --'
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Anke Scheffer
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Sujet: Re: « Das ist unsere Welt » Lun 11 Avr - 13:34
Vu de l’extérieur, il semblait sans doute très paradoxal de se rappeler que les deux allemands avaient un jour été relativement proches – ensemble, en fait, pour être clair – et ce durant un certain temps. Certes, dire qu’à l’heure qu’il était, ils ne s’entendaient pas, serait exagéré – et faux, bien au contraire. Mais quelqu’un se contentant d’observer et ignorant tout de leur passé commun aurait sans doute bien du mal imaginer ce dernier tel qu’il l’avait été. Et pourtant, si… aussi saugrenue la chose puisse-t-elle paraître. Devant ses airs insolents, parfois bien plus qu’elle ne le supporterait chez un – ou une – autres, il arrivait à Anke de se demander ce qui avait pu lui plaire chez Reinhard – assez pour qu’il dépasse le stade de l’aventure d’un soir que ses fréquentes sautes d’humeur imposaient généralement à ses conquêtes. La réponse ne se cherchait pas loin : ces mêmes airs insolents, et ce caractère sûr de lui, certainement. Un côté ténébreux en plus et, finalement, tout ce sur quoi elle prenait maintenant un malin plaisir à le railler – et la réciproque n’en était pas moins vraie. Epique relation que celle des deux jeunes gens, houleuse jusqu’à leur rupture et pourtant dépourvue de réels sentiments – de cet amour que, mais comment pouvait-elle s’en douter, Reinhard avait fini par croiser et qui ne faisait qu’attendre le moment propice pour fondre sur elle. Drôles de voies que celles que traçait parfois le sort… Inattendues, souvent, aux antipodes de ce que l’on aurait pu imaginer jusqu’à ce que leurs issues ne s’imposent, évidentes. Evidences pour l’instant inconnues à la jeune femme qui, pour l’heure, avait bien d’autres préoccupations que celle de se demander où la mènerait d’avoir tant de mépris pour un seul homme – à savoir mener de front une opération qui promettait quelques rebondissements et ses petites joutes habituelles avec l’Hauptsurmfürer.
Joutes qui, derrière leur goût parfois acide, ne cachaient aucune réelle rancœur sinon celle, parfois, pour l’une de devoir obéir et pour l’autre de ne pas être obéie. Dans ce domaine, pourtant, Reinhard était loin d’avoir le monopole. Combien de fois Anke avait-elle dû rappeler à l’ordre tel ou tel soldat qui, estimant qu’une femme n’avait aucune légitimité à donner un ordre et aucun pouvoir pour le faire respecter, s’était contenté de répondre à sa demande ce qui pouvait s’apparenter à un brun d’insubordination ? Finalement, mieux valait qu’elle ne les compte plus – bien qu’elle puisse ajouter à une longue liste le nom de ce soldat qui venait de disparaître au milieu de ses camarades. Sa remarque sur l’incomparable égo masculin attira à ses côté un rire bref de Reinhard, la poussant un instant à tourner la tête vers lui. Il fallait lui reconnaître cela qu’il n’était pas foncièrement à inclure dans le lot – du moins dans ce domaine. Ses insolences découlaient bien plus de leur proximité passée que de son statut de femme – et sans doute cela valait-il mieux, leur relation ayant pu s’en trouver réellement négative. « Tu n’as pas choisi la bonne filière alors, ta désolation ne fait sûrement que commencer, répondit-il à sa précédente remarque en dévisageant les soldats. » Cette fois, ce fut autour tour d’Anke d’avoir un vague rire. Posant également les yeux sur les groupe qui disparaissait sans la moindre discrétion dans les escaliers le l’immeuble, elle laissa échapper un faux soupire, une lueur mystérieuse au fond des yeux. « Ma désolation… ou la leur, lâcha-t-elle, sibylline. » Ce qu’elle insinuait par là ? Qu’elle ne serait certainement pas la première à se décourage dans cet espèce de bras de fer. Les hommes pouvaient bien tenter de la déstabiliser, ils s’y casseraient les dents bien avant elle – comme ils l’avaient toujours fait jusque là. D’abord parce qu’il était hors de question qu’elle en soit arrivée là pour se laisser briser ensuite, et surtout parce que, dans le cas de beaucoup d’officiers ou de soldat, c’était elle… la supérieure. Et que de cela, elle n’hésiterait jamais à s’en servir.
Sans plus de scrupules que ceux – inexistants – qu’elle éprouva en observant la petite Myriam grimper dans un camion, yeux secs mais anxiété au visage, encore. Ses parents se trouvaient-ils dans ce véhicule ? Anke n’en savait rien, et ce genre de détails la laissait profondément indifférente. Aussi indifférente que ce que pourraient penser les puristes de la politique familiale du Führer qu’évoqua Reinhard. Des enfants, une belle maison, un homme… très peu pour elle. Néanmoins, ne pas critiquer ouvertement – elle était déjà dans une position assez précaire pour en plus donner l’occasion à certain de récupérer ne serait-ce que la moindre de ses remarques contre elle. Aussi est-ce vaguement qu’elle répondit, par habitude plus que par méfiance envers Reinhard, se fendant même d’une moue exprimant assez bien ce qu’elle pensait de la prétendue place des femmes dans le système du Reich. En cuisine ? Le plus drôle dans tout ça… était sans doute qu’il ne valait mieux pas qu’elle touche à un four. Ses ambitions militaires avaient laissé bien peu de place à l’apprentissage de ce genre de détails. En profondeur néanmoins. Jamais Anke ne serait une fée du logis. « Tu ne me donnes pas l’impression d’être quelqu’un qui s’intéresse à cette partie de la doctrine hitlérienne, donc c’est la preuve que tout le monde peut parfaitement cacher son jeu, glissa le jeune homme, l’air de rien. » Anke, après avoir suivi un instant des yeux le même soldat qu’un peu plus tôt, prenant un certain plaisir à le voir maintenant baisser la tête, tourna la tête vers lui, le dévisageant un instant. Elle n’avait aucun jeu à cacher – son aversion pour ces idées antiféministes devant se deviner aisément. La seule tâche dans sa loyauté au Parti se lisait au travers de ses récentes ou non frasques en compagnie d’Irina. Ils avaient tous leurs petits secrets… « Ah oui ? Et quel jeu caches-tu, dis moi ? demanda-t-elle en retour, l’air mutine. » Il n’y avait aucune intention de sa part, derrière une telle question, que celle de rebondir sur la remarque du jeune homme, un brin controverse. Et pourtant, si elle avait su tout ce qu’il était possible de mettre derrière…
Des sentiments, que finalement elle-même finirait par rencontrer, et sans doute là où elle s’y attendait le moins. Parce qu’elle pensait absolument tout ce qu’elle siffla sur la Wehrmacht et qu’elle n’était certainement pas encline à changer d’avis là-dessus – et moins encore dans les jours qui viendraient. Sujets sur lequel les deux jeunes gens tombèrent sans mal d’accord. Et dire que certains voyaient l’armée allemande comme un ensemble homogène et uni dans un même but… Comment pouvait-on être uni dans un quelconque but avec de pareils incapables ? Des muscles, certes, des armes sans doute, mais peu de matière grise – avec de rares exceptions seulement, qui plus est. Des imbéciles, incapable de gérer correctement un simple transfert – pourquoi le leur avait-on seulement demandé ? Anke, qui ne s’en était absolument pas occupée, se le demandait bien. La question n’eut néanmoins pas le temps de se poser bien longtemps, la conversation se trouvant brusquement interrompue par l’arrivée du major et de ses nouvelles qui, enfin, rendait à peu près cohérente la présence ici de deux officiers. Les ordres de la jeune femme en découlèrent naturellement et alors que l’autrichien claquait des talons, elle échangea un rapide regard avec Reinhard. Les détonations ne mentaient pas, le groupe visé avait de grandes chances d’être le leur. Les tireurs n’étaient pas idiots, tirer sur les plus important avant de s’attaquer aux simples soldats. En témoigna la nouvelle balle qui ricocha contre le mur, bien plus proches que les précédents. Anke aurait pu réagir, si Reinhard n’avait pas été plus rapide. Brusquement, il lui empoigna le bras et l’envoya à l’abri, contre le mur du bâtiment. Non sans une irrépressible grimace, la jeune femme heurta la pierre avant de tourner la tête vers lui. « Quelle poigne ! fit-elle en haussa un sourcil, une main sur son bras vaguement douloureux. Dis-moi, dois-je y voir une vengeance ou ne maîtrises-tu simplement plus ta force ? demanda-t-elle, un sourire ironique aux lèvres. »
Simple boutade, heureusement qu’il avait agit de la sorte car, à peine eut-elle prononcé ces mots qu’une nouvelle détonation se faisait entendre, suivie du bruit mat d’un corps qui s’écroule. Le major, les traits figés dans une ultime surprise, gisait au sol, le dos troué d’une balle. Forcément, à rester au milieu… « Abrutit, marmonna Anke avant de se retourner vers un soldat qui passait. Mauss ! Prenez cinq hommes et montez leur régler leur compte. Je les veux vivants ! ordonna-t-elle, toujours en allemand. » Au dessus d’eux un sifflement, semblable à un hululement, se fit entendre. Brusquement, la jeune femme leva la tête pour voir un troisième homme sortir, poussé par ce qui était visiblement un signal, un sac sur l’épaule et se mit à traverser le toit. Anke tourna la tête vers Reinhard, décrochant son révolver de sa ceinture. « On va avec eux. Weiss, occupez-vous des suspects et des camions. Et restez à couvert, ou alors demandez à quelqu’un de vous remplacer avant de vous faire tuer, fit-elle sèchement au soldat qui avait déjà attiré son attention en manquant d’obéir un peu plus tôt. » L’homme claqua des talons et s’éloigna en direction des camions. La belle jeta un nouveau regard à Reinhard et d’un signe de tête, l’entraîna avec elle vers les escaliers.
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« Le monstre, que l'on croit l'exception, est la règle. »
Sujet: Re: « Das ist unsere Welt » Dim 17 Avr - 14:05
« Ma désolation, ou la leur. », lâcha la jeune officier d'un air un peu trop sybillin, que pourtant je savais sérieux. Anke Scheffer était un véritable phénomène – je ne connaissais pas d'autre femme qui ait un caractère aussi poussé à l'extrême que le sien. D'un autre côté, c'était aussi ce qui faisait que tout le monde la respectait, comme si on se sentait de toute évidence obligé de lui devoir du respect, outre le grade impressionnait qu'elle revêtait pour … une femme. Mais cela n'était qu'un détail ; lorsqu'on exerce un métier d'homme, de toute façon, il fallait s'attendre à être considéré comme tel. Il ne pouvait en être autrement. Anke, malgré tous les petits incidents qui pouvaient parfois s'incruster dans le quotidien des services de la Gestapo, remplissait très bien le rôle qui lui avait été donné. Elle faisait un Oberst plutôt compétent, dans le fond, même si j'aimais bien la taquiner sur son travail, sur ce qu'elle faisait. Parce que je savais quelles étaient les limites d'un tel amusement et que je n'allais jamais au-delà. Je jetais un coup d'oeil aux soldats qui s'affairaient de part et d'autres de la cour intérieure. Nous ne faisions office que de supervisation, alors que j'avais bien mieux à faire dans le cadre du Sicherheitsdienst. J'avais encore des dossiers à éplucher, des coups de fils à recevoir, des civils à rencontrer. N'importe quel autre officier aurait fait l'affaire sur cette mission, mais il avait fallu que cela tombe sur moi... et Scheffer. Je me demandais si Von Hafer avait poussé le vice jusqu'à faire exprès de nous mettre ensemble. Pourquoi ? Malgré nos petites joutes verbales, nos chamailleries infantiles, sans doute étions-nous assez complémentaires, et donc efficaces. Et puis nous avions l'avantage de bien nous connaître, ce qui n'était pas le cas de tout le monde. C'est pour cette raison que je pouvais aborder n'importe quel sujet avec elle, et nous en vinmes à parler de la théorie de la famille nombreuse aryenne que prônait notre Führer.
« Ah oui ? Et quel jeu caches-tu, dis moi ? », me demanda-t-elle d'un air mutin, allusion à la conversation que nous étions en train d'entretenir. Si cette question aurait dû me déstabiliser, il n'en fit rien. Les traits de mon visage restèrent impassibles un instant, avant que finalement je n'esquisse une légère moue amusée. Quel jeu cachais-je ? Un bien plus gros que tout ce que tu n'as jamais entendu, Anke, et d'ailleurs je suis désolé de ne pas pouvoir te dire toutes ces choses que tu devrais savoir, parce que précisément si tu les savais, je ne doute pas que tu me tuerais. Et je savais qu'elle le ferait, si elle savait toute l'histoire. Tout ce que je m'efforce de cacher à tout le monde, tout ce que le monde entier ignorait à propos de moi, sauf la principale concernée et bien entendu la jeune chef résistante. Après tout ce temps, je me demandais encore pourquoi Elsa Auray ne m'avait pas dénoncée anonymement auprès de mes supérieurs ou collègues. Ce serait tellement facile, pour elle, une simple lettre dans laquelle elle décrirait tout : l'action de sauvetage au Lutécia, le fait que j'aie mis une résistante enceinte, que je fasse affront à ma patrie en l'aimant, tout. Elle tenait entre ses mains le pouvoir de me détruire, et pourtant elle ne le faisait pas. Pourquoi ? Peut-être simplement parce qu'elle voulait m'éliminer elle-même, qu'en savais-je ? « Si tu savais ! », haussais-je un sourcil, l'air malicieux, sourire éblouissant – mais factice – aux lèvres. J'étais parfaitement conscient qu'elle ne pouvait faire aucun rapprochement, elle n'en avait pas matière. C'était plus comme une manière de répliquer en faisant croire que je dissimulais un gros secret – ce qui en vérité était effectivement le cas –, ce qu'aussi elle ignorait parfaitement. Sous ses apparences de femme secrète et inaccessible, Anke finirait elle aussi par tomber amoureuse ; et j'étais persuadé que ces sentiments feraient naître en elle une incompréhension aussi grande que tout ce dont elle ne se douterait pas. Peut-être à ce moment-là – au bout de quelques années ou quelques mois – réviserait-elle sa position sur la théorie dont nous venions de parler à l'instant. Le futur nous réserverait encore bien des surprises, si vous voulez mon avis. Et nous ne serions pas éternellement témoin de ce qui arriverait.
Une fusillade tout près de nous évapora en l'air notre conversation futile et légère. Je m'étais empressé de sécuriser les lieux et de tirer Anke par la même occasion de la balle que nous faillimes nous prendre. Je n'avais pas eu l'impression, dans le feu de l'action, de lui avoir fait mal, mais à en juger la grimace qui était apparue sur son visage... Oops. Elle avait beau être une femme forte, elle n'en demeurait pas moins fragile, même si elle prétendait tout le contraire. « Quelle poigne ! Dis-moi, dois-je y voir une vengeance ou ne maîtrises-tu simplement plus ta force ? », demanda-t-elle avec l'un de ces sourires ironiques scotché à ses lèvres. Elle arrivait encore à plaisanter dans de telles circonstances, ahurissant. Je fis un hochement de tête désabusé à son attention, échappant un léger rire qui s'évanouit à peine fut-il sorti de ma bouche. « Parce que tu crois que c'est le moment de plaisanter, peut-être ? », lui demandais-je. « J'ai tendance à oublier que tu n'es pas aussi forte que tu en as l'air. », souriais-je, narquois. Je rapprochais mon visage du sien, levant les yeux au ciel avant de les planter dans les siens. « Tu me diras merci plus tard, je ne m'en formalise pas, pour l'heure. », soufflais-je avant de me reculer et de regarder depuis le pan de mur la provenance des coups de feu. Une nouvelle détonnation se fit entendre, et un corps s'écroula. C'était … un major. Mais qu'est-ce qu'il faisait encore là au milieu ? N'importe quoi ! Et Anke partageait mon opinion, un « Abrutis » sincère sortit de sa bouche, marmonnant un bon coup avant de meugler de nouveaux ordres à un soldat passant dans les environs. « On va avec eux. Weiss, occupez-vous des suspects et des camions. Et restez à couvert, ou alors demandez à quelqu'un de vous remplacer avant de vous faire tuer. », lança-t-elle un dernier ordre avant de m'emmener avec elle vers les escaliers. Je suivais, décrochant mon arme de ma ceinture, prudent. J'analysais l'entier périmètre d'un coup d'oeil plus qu'attentif, prêt à voir débouler n'importe qui, n'importe quel coup de feu venu de nulle part. Je restais de ce fait silencieux, concentré sur l'action présente, prêtant bien attention à ne pas rester à découvert et me faire avoir.
HJ : Tu termines, ma cible ? Ou je mets le mot FIN si tu ne trouves rien à rajouter ? Je pense pas que ce soit la peine de développer encore toute l'action, si ? On dit juste qu'ils s'engouffrent dans les escaliers et hop ! ? :-)
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« But you treat me like a stranger and that feels so rough. Now you're just somebody that I used to know. »