❝v o s . p a p i e r s❞ ■ religion: juive ■ situation amoureuse: mariée clandestinement ■ avis à la population:
Sujet: « Le cadeau de la vie pour un trentième anniversaire » Jeu 4 Aoû - 16:17
« Le cadeau de la vie pour un trentième anniversaire »
Je voulais passer dans l’allée des Peupliers avant de rejoindre mon mari, secrètement, comme prévu. Pour se faire, je devais passer les quais. Je n’étais pas revenue là depuis le mois dernier, quand Paul avait tenté de piéger Arthur en me prenant pour cible. Je passais non loin de la ruelle et ne pus poser mes yeux sur cette ruelle qui semblait vouloir éveiller en moi de mauvais souvenirs. C’était une douce journée de printemps et la soirée s’annonçait encore meilleure bien que j’étais terriblement tendue. Heureuse aussi, de retrouver mon mari, et enfin laisser tomber le poids qui me ronger. Devenir mère n’était pas dans mes projets, mais c’était ainsi, j’aimais déjà cet enfant et je ne pouvais le nier. La réaction d’Arthur, je m’y attendais. Mais rien que d’y penser, j’avais la boule au ventre. Et s’il trouvait que c’était de la folie ? Que ce bébé arrivait très mal ? Et s’il se mettait à douter de notre relation, s’il se rendait compte du danger qu’un enfant représentait dans notre couple déjà risqué. De nombreuses questions se bousculaient dans ma tête et je soupirais en secouant la tête, préférant ne pas y penser. J’arrivais bientôt dans la rue commerçante et fut frappée par l’ambiance morne qui s’y trouvait. D’ordinaire, c’était vivant cette rue, surtout lorsque les premiers beaux jours arrivaient.
Je savais exactement où je voulais aller et descendis rapidement la rue, évitant de regarder les pancartes « interdit aux juifs » qui me retournaient le cœur et l’estomac. Heureusement, depuis peu, j’avais reçu mes faux papiers grâce aux manipulations administratives d’Arthur et j’étais pour la ville de Paris Judith Duroy, petite parisienne comme on en compte beaucoup dans les rues de la capitale. Finalement, j’arrivais bientôt devant le confiseur. Je vérifiais dans mon sac que j’avais bien mes tickets de rationnements et souris, fière de les avoir économisés tout ce temps, en entrant dans le petit commerce. « Bonjour Madame, déclara sympathiquement le marchand de bonbons, Que puis-je pour vous ? » Je lui souris et regardais aux alentours avant de trouver ce que je voulais. « Bonjour, serait-il possible de vous prendre votre assortiment de fruits secs s’il vous plaît ? Avec le panier en osier, c’est possible ? Pour des francs en plus… » Je me mordis la lèvre et baissais les yeux, un peu gênée de ma requête. Cependant, le vieux confiseur se mit à rire en allant chercher le produit. « Mais ma p’tite dame, je vous l’offre le panier. Ça fait chaud au cœur de voir que malgré les boches juste devant ma porte – ou presque, on pense encore à se faire des cadeaux… À moins que vous ne soyez très gourmande pour manger tout ça à vous seule… Vous et la moitié d’un… » Il désigna mon ventre d’un sourire espiègle et je lui souris doucement, ne trouvant rien à répondre.
Je ne lui dirais rien de ma vie mais ne restais pas complètement muette, les soupçons auraient pu être éveillés. « Nous sommes une famille nombreuse.. Et ce soir, c’est … mon frère, son anniversaire. » Je souris plus largement, pour montrer mon bonheur, bien qu’en réalité, c’était mon mensonge qui me faisait sourire. Nan, je ne fais pas dans la consanguinité, l’anniversaire que j’allais souhaiter ce soir, c’était beaucoup plus intime. Le vieil d’homme pour lequel je semblais être l’attraction du jour se mit à rire joyeusement en secouant la tête, comme s’il se rappelait des souvenirs de sa jeunesse. « Vous avez raison. Sales boches qui nous prennent nos p’tites fêtes. Je suis heureux d’apprendre que certaines familles essaient encore de vivre malgré la guerre. Allez ma p’tite dame, je vous fais un prix, vous me semblez bien gentillette. » Surprise, alors que je lui tendais la totalité des tickets requis, je balbutiais. « Non, vraiment, je ne peux pas accepter. Tout le monde connait la pénurie et je suis bien trop gourmande pour voir votre boutique fermer. » Je ris doucement et fus heureuse, car je venais de convaincre le vieil homme d’accepter ce qui nous servait de monnaie. Pour la peine, il insista pour me faire un joli paquet et je sortis en le saluant, le cœur léger, rassurée et heureuse de croiser encore des parisiens comme ce vieux marchant malgré la guerre.
Je continuais ma petite virée et m’arrêtais devant la vitrine du chocolatier. Je ronchonnais seule, et refermais ma main autour d’un billet au fond de ma poche de mon cardigan léger. J’étais devenue gourmande et le temps dans lequel nous vivions ne nous le permettait pas. La vitrine était presque vide, quelques petits chocolats résistaient encore mais les belles sculptures dans le chocolat noir avaient disparu. Finalement, je soupirais en faisant la moue devant la vitrine, et sourit en repensant à « chocolat, vanille, caramel » que seul mon mari était en mesure de comprendre. Ceci pourrait même devenir un code. BINGO ! je lui en parlerai… Si nous l’avions eu plus tôt, Paul ne m’aurait pas eu aussi facilement. Je me raisonnais et finis de descendre la rue, non sans regretter les quelques petits fondants que j’aurais pu me mettre sous la langue. Je marchais dans les rues, à présent pressée de retrouver mon mari lorsque je repensais aux paroles du vieux commerçant… « Un et demi… » Je portais ma main à mon ventre. Je n’avais pas vu Arthur depuis trois semaines. Mon ventre avait-il vraiment pris des rondeurs en si peu de temps ? Je ne voulais pas que ça lui saute aux yeux. Je voulais lui parler, prendre le temps de le retrouver, lui souhaiter son anniversaire, avant de lui annoncer la nouvelle. Indécise, je prêtais attention à mon reflet dans une vitrine. De profil, je constatais la courbure sous mon nombril et souris. Je fermais mon cardigan, attachais la ceinture autour de ma taille, et victorieuse, constatais qu’on n’y voyait à présent que du feu.
Je continuais de marcher tranquillement, mon cadeau dans les bras, en pensant à mon amant. Je gardais un air tranquille et détaché, complètement naturel lorsque je croisais des hommes en uniforme. Je ne prêtais pas attention à eux, mes pensées vagabondaient vers un autre homme, mon homme. Finalement, j’arrivais bientôt devant son immeuble. Une veine que sa porte d’entrée coïncide directement avec la rue. Je sonnais à plusieurs reprises, en souriant largement, montrant ainsi mon impatience. J’entendis des pas à l’intérieur et passais une main dans mes cheveux pour les repeigner – je doute que ce geste vif eut l’effet contraire, mais enfin. Je lissais ma jupe par-dessous le cardigan rapidement et me remis droite, en souriant largement, au moment où la porte s’entrouvrit. Je penchais la tête sur le côté pour regarder à l’intérieur et me mordit la lèvre, d’un air malin, en découvrant mon chéri, qui semblait s’être mis sur son trente et un. En un regard, mon angoisse s’’était envolée. Je pénétrais à l’intérieur du petit appartement où je me sentais si bien et soupirais d’aise en refermant la porte qui donnait sur la rue. « La Résistance, ça aide. Je n’ai pas été filée, j’en suis sûre.»
Je souris un peu plus et passais une main dans ses cheveux sur sa nuque pour lui donner un baiser qui voulait sûrement dire « bonjour » d’une façon très sucrée et radieuse. Après ce long baiser, je soufflais contre ses lèvres. « Joyeux anniversaire, mon cœur. » Je me dégageais ensuite légèrement de notre étreinte pour lui tendre le panier en osier dans lequel était emballé de façon sophistiqué les fruits secs. « Je pense que ça va te faire plaisir. Tu as maigri ces derniers temps en plus. » Et me voilà commençant à faire la maman poule avec mon mari. Et pourtant, le bébé n’était pas encore né. Je posais mes lèvres sur les siennes un instant puis pris son visage entre mes mains pour l’observer longuement. « Dis moi que c’est possible de vivre malgré tout ça, ce qu’il y a dehors… » Mes paroles semblaient légères mais prendraient un sens beaucoup plus pensant lorsqu’il saurait qu’un petit être, fruit de notre amour, était en train de grandir sous mon nombril. On dit que la grossesse fait voir la vie en rose, je crois que je n’y échappais pas…
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petite fille devenue grande. et la voilà amante et déjà, maman ❧ « Elle m’a poussée dans mes retranchements, m’a fait dépasser toutes mes limites, m’a confrontée à l’absolu: de l’amour, du sacrifice, de la tendresse, de l’abandon. Elle m’a disloquée, transformée. Pourquoi personne ne m’a rien dit ? Pourquoi on n’en parle pas ? »
Arthur Lacluse
■ topics: FERMÉS ■ inscrit le: 21/08/2010 ■ mes posts: 2453 ■ avatar: Joseph Gordon-Levitt ■ présence: 7/7 ■ âge IRL: 26 ■ profession: Inspecteur de la Police Judiciaire
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Sujet: Re: « Le cadeau de la vie pour un trentième anniversaire » Lun 8 Aoû - 14:55
Je n'avais jamais aimé fêter mon anniversaire. C'était un fait connu de tous. Le seul anniversaire où j'avais plutôt apprécié ma fête, avait été ce fameux huitième anniversaire, celui où mon père m'avait offert mon costume de policier. Mais en grandissant, et avec le peu de moyen de ma famille, j'avais toujours refusé les cadeaux. Ce n'était pas vraiment la peine, du moment que ma mère venait m'embrasser le matin ou en me faisant un bon repas. Je n'avais pas besoin de plus. Et elle le savait, car elle avait arrêté de me faire des cadeaux à l'âge de quinze ans. Je venais d'entrer dans l'adolescence et forcément, j'étais un peu rebelle dans l'âme, voulant ressembler à mon grand frère, qui sortait bien plus souvent que moi, qui était toujours le nez dans un bouquin. M'enfin, ils avaient appris à ne plus trop m'embêter avec les festivités. Même après le décès de Jules, j'avais toujours refusé cela. Mais aujourd'hui, c'était différent. Pas parce que je passais le cap de la trentaine non. Mais parce que ma vie avait décidément bien changé cette année. Même si je ne pouvais me douter qu'elle changerait un peu plus ce soir. Que la femme qui partageait ma vie désormais, portait en elle cet enfant que la guerre rendrait l'existence trop difficile. Mon enfant. Mais comment aurais je pu le savoir vraiment ? C'était vraiment une bonne question. Mais pour l'instant, je n'avais eu que son petit mot l'autre soir, au QG, qui me demandait de venir chez moi pour célébrer mon anniversaire. Et bien évidemment, je n'avais pas pu refuser. Lui faire plaisir était quelque chose que je tenais à faire, si ça lui permettait, à elle comme à moi, d'oublier ne serait-ce qu'un instant la réalité de notre condition. Que notre mariage, malgré la guerre, malgré les obstacles qu'on venait de surmonter, survivrait. Depuis que Judith avait été démise de ses fonctions au Mirador, mon temps là bas y était plus qu'ennuyeux. J'avais repris mon service, et j'avais tout simplement horreur de ce que je faisais. Mais une idée, après avoir ramené ma femme chez elle quand Paul l'avait attaqué, avait germé dans mon esprit. Et avec l'aide de quelques gars, j'avais réussi à mettre en place mon stratagème, pour me débarrasser de son cadavre, et de ma mission au Mirador…
Le jour suivant l'agression de Judith, les autres infiltrés et moi même avions déplacé le corps de Paul dans une autre ruelle du quartier voisin, et j'avais pu appeler mes collègues. Bien vite, l'histoire s'était mise en place. Paul était un résistant infiltré au Mirador, pour essayer de mettre la main sur un haut dignitaire qui y résidait, et complotait pour l'assassiner. Et moi dans tout ça ? C'était bien simple, j'étais celui qui l'avait abattu, d'une balle dans la tête, alors qu'il avait tenté de me tuer, car je l'avais démasqué. Quelques faux télégrammes de fabriqués, et le dossier avait été clos, sans trop de problèmes. J'avais été félicité, et bien évidemment ma mission avait été officiellement classée. J'avais été remercié, me précisant qu'on ferait appel à moi si une nouvelle menace était détectée. Bien évidemment, personne ne savait que c'était moi la taupe, et l'absence de Judith était passée inaperçue. Je ne savais pas quelle excuse avait été donné à Stœsser pour cela, mais il ne semblait pas affecté plus que cela. Deux semaines après la fin de ma mission, la rumeur disait qu'il avait déjà retrouvé une conquête. M'enfin, quelqu'un avec qui parader du moins. De toute manière, ce n'était pas vraiment mes affaires, et je m'en fichais totalement. Je préférais même, car je n'avais plus à m'inquiéter de ce que je pourrais ressentir en voyant son bras autour de la silhouette de ma femme. Maintenant que j'étais libéré de mes obligations au Mirador, j'avais repris une activité plutôt normale. Métro, boulot, dodo, un peu dans ce sens là. Sauf que le boulot, c'était de la paperasse, et que le dodo, bah j'avais un peu de mal à bien dormir. Mais tout se passait plutôt bien, pour une fois. Je n'avais pas vraiment à me plaindre. Mais mon anniversaire se profilant, j'en devenais nerveux, ne sachant pas vraiment à quoi m'attendre. Je n'avais pas fêté mon anniversaire depuis quinze ans, et je ne voulais pas me rendre ridicule. Mais j'étais vraiment nerveux. Toute la journée, je l'avais passée à tourner en rond, ne sachant pas quoi faire. Et le résultat ? Bah à peine j'avais revêtu une chemise blanche et un veston, avec un pantalon assorti, que la sonnette de mon appartement résonna. Ma main passa dans mes cheveux, et je fis les pas qui me séparait de l'entrée, et de la femme derrière la porte…
Une vraie pile électrique, voilà ce que j'étais. J'appréhendais son arrivée, c'était certain. Je tournais en rond, peu sur de ce que je devais faire. J'avais préparé un peu son arrivée, en faisant le ménage, en faisant en sorte que mon appartement lui soit agréable, mais sinon, je n'avais rien fait d'extraordinaire, à part me demander ce que j'allais bien pouvoir faire. Le temps passa comme une flèche. c'était comme si un instant, j'étais en train de ranger mes affaires, quand soudain, la sonnette à l'entrée retentissait dans l'appartement. Mon angoisse reprit un peu plus, et mon cœur s'emballa, alors que j'allais lui ouvrir. A moins que ce soit ma voisine, qui avait encore un de ses chats qui s'était enfui, et qui ne voulait pas redescendre du toit. Je reprenais mon souffle un instant, tentant de me calmer, avant de doucement ouvrir la porte, comme pour me donner contenance. Comme si je n'étais pas nerveux quoi. Mon sourire s'élargit bien vite, alors que le visage de ma femme se dessinait devant moi. Elle se mords la lèvre, et je l'invitais à l'intérieur, ce qu'elle sembla faire, alors que je jetais un coup d'œil rapide dans la rue. Quand on est résistant, on le reste. Mais elle referma la porte en m'entrainant avec elle, sa voix brisant le silence. "La Résistance, ça aide. Je n'ai pas été filée, j'en suis sûre." Un léger rire s'échappa de ma gorge, alors que j'acquiesçais. J'étais vraiment heureux de la voir. Je la sentais proche, vraiment proche de moi, et j'étais enfin soulagé. Toute la nervosité que j'avais pu ressentir aujourd'hui s'était envolée, et je profitais simplement de l'instant, mes mains se posant sur sa taille, sa main à elle passant dans ma nuque pour m'attirer contre elle, et m'embrasser longuement. Je profitais simplement de son baiser, de sa présence, un sourire finissant par étirer mes lèvres, avant que sa voix ne me sorte de mes rêveries à nouveau. "Joyeux anniversaire mon cœur." Je souriais doucement, alors qu'elle se reculait, me tendant un petit panier en osier. Mon regard se posa dessus, et j'acceptais le paquet, relevant les yeux vers elle. "Je pense que ça va te faire plaisir. Tu as maigri ces derniers temps en plus." Je souris doucement, hochant la tête. "Tu n'étais pas obligée tu sais. Merci…" Et c'était vrai. Elle n'était pas obligée…
Ses lèvres rencontrèrent les miennes, et j'oubliais le petit panier en osier que je tenais dans mes mains. Je n'avais vraiment pas besoin de grand chose. Juste de sa présence, qui me suffisait amplement. Ses mains encadrèrent mon visage, et je fermais les yeux, profitant de la chaleur de ses mains sur ma peau. "Dis moi que c'est possible de vivre malgré tout ça, ce qu'il y a dehors…" J'ouvris les yeux à ses paroles, fronçant les sourcils. Bien sur que c'était possible. Nous en étions la preuve. Que malgré tout ça, nous avions réussi à vivre, plus ou moins normalement. Que malgré la guerre, nous arrivions à nous aimer. Prenant sa main dans la mienne, je l'entrainais vers l'unique fauteuil que je possédais, posant le panier sur la petite table à côté, avant de la faire s'asseoir sur mes genoux, ma main se posant sur sa hanche, l'autre replaçant une mèche derrière son oreille, se posant sur sa joue, lui souriant doucement, sans un instant la quitter des yeux. "Tu sais bien que oui. On en est la preuve d'ailleurs. Depuis que je te connais, je sais qu'il est possible de vivre… Non, il est possible d'aimer… Sans avoir peur des représailles…" Et j'y croyais oui. De tout mon cœur, de toute mon âme, j'y croyais…
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Judith Lacluse
❝ Ça commence par un baiser, ça finit par un bébé.❞
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Sujet: Re: « Le cadeau de la vie pour un trentième anniversaire » Mar 9 Aoû - 16:10
Ma vie était construite de perpétuelle surprise toutes plus surprenantes les unes que les autres mais la dernière en date était pour moi à la fois la plus belle mais sans doute celle qui me faisait le plus peur. Ce n’était pas ce même genre de peur que lorsque l’on sent sa vie en danger, lorsque la menace pèse sur vos épaules comme c’était constamment le cas ces derniers temps à Paris. Ce genre de peur était unique. C’était une peur que j’avais envie d’affronter et même si ce bébé était encore trop abstrait pour moi et que la simple idée de devenir mère m’angoissait compte tenu de la situation précaire, en pensant à cet enfant que je portais, mes doutes s’envolaient peu à peu. Je ne pourrais que l’aimer et cela ne me faisait plus douter. Je m’en voulais au bout de mes trois mois de grossesse d’avoir pu hésiter au départ à abandonner l’enfant. Je pensais désormais à Arthur et me dis qu’il m’en aurait voulu, au prix peut-être même de perdre si j’avais pris cette décision dans son dos. Même si je ne savais pas encore comment il prendrait sa paternité, je savais qu’il ferait tout pour nous protéger, sa famille. J’avais confiance en lui, et en étais éperdument amoureuse. Pourtant, malgré tout l’amour que j’avais pour lui, en trois mois, je n’avais pas réussi une seule fois à l’avertir de mon état. Pour lui, cette nuit dans ce hangar n’était autre que notre première nuit d’amour en tant que jeunes mariés, magique et inoubliable. Pour moi, bien que magique et inoubliable caractérisaient parfaitement le moment, cette nuit-là avait changé le reste de mon existence à jamais.
Ainsi, je m’étais imposée un moment pour lui annoncer la nouvelle de sa future paternité. Son anniversaire était un bon prétexte. Il pensait que je voulais me retrouver en amoureux pour une soirée, histoire d’oublier la terreur de l’extérieur – ce qui, en grande majorité était vrai. Cependant, il était loin de se douter – quoique certains signes avant-coureurs auraient pu lui mettre la puce à l’oreille – que son trentième anniversaire allait marquer pour lui un tournant dans sa vie. J’arrivais à l’heure dite et entrais rapidement, tellement heureuse de le retrouver enfin dans le calme après les nombreuses entrevues mouvementées où il nous avait été possible de nous retrouver. Rapidement j’eus envie de retrouver le goût de ses lèvres et dans un long baiser, je me ressourçais de ce manque creusé depuis ces longues semaines. Bien sûr, je n’étais pas venue les mains vides et je savais que ces quelques sucreries lui feraient plaisir. Les pénuries de ces trois dernières années se faisaient rudement ressentir en ville et certains arrivaient encore à s’en sortir grâce au marché noir. J’avais déjà dans la tête d’aller pour une fois profiter des richesses héritées de ma mère pour que mon futur bébé ne manque de rien. Il sourit en prenant mon cadeau, mais s’empressa de dire : "Tu n'étais pas obligée tu sais. Merci…" Je souriais largement en levant les yeux au ciel avant de venir poser une nouvelle fois mes lèvres sur les siennes en caressant ses cheveux. Je lui souris tendrement ensuite, et répondis : « Oui, je sais. Mais c’est comme ça, un cadeau ne se refuse pas et puis… ça faisait longtemps que je ne t’avais pas fait passer un panier de crêpes par Noé… » Et se mord la lèvre en souriant largement.
L’instant dura un petit moment pendant lequel nous nous regardions, nous sourions en s’embrassant souvent. Le temps avait filé et le manque s’était installé, plus pesant, chaque jour. Finalement, je me remis à penser au bébé et à mes angoisses associées. Sans trop savoir pourquoi, je lui posais cette question, cette question qui faisait mal tant la réponse était incertaine. Vivre « normalement » malgré la guerre, notre statut de résistants. Nous savions les risques encourus et à ses sourcils froncés, je baissais les yeux, ne pouvant affronter son regard d’une sincérité impressionnante alors que je lui cachais mon secret depuis presque trois mois. Il m’entraîna dans son salon et posa le panier de fruits secs sur la table au passage puis m’attira sur ses genoux. En sentant sa main sur ma hanche, je me tendis et me contractais un instant, avant de me détendre à nouveau en constant qu’il n’avait pu rien sentir au niveau de mon ventre. Je lui souris faiblement avant de poser ma tête sur son épaule mais mes pensées étaient ailleurs. "Tu sais bien que oui. On en est la preuve d'ailleurs. Depuis que je te connais, je sais qu'il est possible de vivre… Non, il est possible d'aimer… Sans avoir peur des représailles…" Je soupirais et fermais les yeux avant de poser mes lèvres au creux de sa mâchoire. Je déglutis parce que mentalement, je n’étais plus avec lui. Mon rythme cardiaque ne cessait d’augmenter et je me sentais pâlir. Je me détestais intérieurement. Tout de même, ce n’était pas la mer à boire, pourquoi est-ce que je trouvais cela si difficile. Je savais que je ne pourrais pas passer une bonne soirée tant que je gardais ce secret désormais trop lourd pour que je le porte seule sur mes épaules. Gardant les yeux fermés et le visage enfouit dans son cou, je répondis en murmurant : « C’est quand même compliqué, tout ce qui nous arrive… Mais il faut croire que ça en vaut la peine… » Je repris mes esprits, m’étant un peu calmer et je relevais le regard vers mon amoureux en disant tendrement : « On ne parle plus de cela. Ton anniversaire doit être heureux et tu as vu, mes taches de rousseur reviennent toujours fin avril, avec le printemps. Tu es né dans une bonne période… » Je lui souris doucement avant de lui faire un bisou sur les lèvres, puis un autre sur la joue, encore un autre dans le cou…
Décidément, en sa présence, tout me semblait plus simple. Même ma grossesse à laquelle je n’arrêtais pas de penser, encore plus depuis que j’avais franchi la porte de chez mon mari. Cependant, je faisais régulièrement des montées d’angoisse en y pensant, et alors que la première semblait passer, une suivante revint et je desserrais un peu mon cardigan sans vouloir le défaire complètement. Je déglutis légèrement et sourit faiblement à mon chéri avant de baisser les yeux. Mes doigts rencontrèrent les boutons de son veston et je me mis à jouer nerveusement avec en gardant la tête baissée. Je fis soulever une mèche de mes cheveux qui me tombait dans les yeux en soufflant légèrement et levais la tête vers le plafond en remontant mes bras autour de son cou. Le silence n’était pas pesant, il était même plutôt apaisant. Sauf quand je pensais plus fortement à ce que je devais annoncer à mon mari. Je plongeais alors mon regard dans le sien en prenant sa main qu’il avait sur ma hanche. Je mêlais nos doigts ensemble et posais nos mains enlacées sur son torse avant de dire doucement. « Mon amour… Je… En fait, j’ai… hm.. un autre cadeau pour toi. Mais il est plus… ou plutôt moins… matériel, on va dire… et surtout… plus… original… et plus… important… beau… je crois… oui… très beau… mais un peu plus… moins… banal… » Je grimaçais et soupirais, consciente de mon discours assez décousu et surtout peu clair. Lentement, je défis la ceinture de mon cardigan mais ne découvris pas mon ventre. Avec le vêtement épais et la robe que je portais en étant assise contre lui, il ne pourrais pas le voir en jetant un simple regard. Je ne quittais pas mon regard du sien, puisant dans la brillance de ses yeux tout le courage d’affronter ma plus grande peur que de devenir maman.
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petite fille devenue grande. et la voilà amante et déjà, maman ❧ « Elle m’a poussée dans mes retranchements, m’a fait dépasser toutes mes limites, m’a confrontée à l’absolu: de l’amour, du sacrifice, de la tendresse, de l’abandon. Elle m’a disloquée, transformée. Pourquoi personne ne m’a rien dit ? Pourquoi on n’en parle pas ? »
Arthur Lacluse
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Sujet: Re: « Le cadeau de la vie pour un trentième anniversaire » Dim 14 Aoû - 14:18
Trente ans. Je venais d'avoir trente ans. C'était bizarre de se dire que j'en étais là, à seulement trente ans. Que je venais à peine de me marier. Moi qui avait pensé, il y avait bien des années, que je serais peut être déjà père de famille quand j'aurais atteint cet âge là. Mais non. J'étais d'une trop volage pour me poser, et de deux, la guerre ne m'avait pas laissé la possibilité de penser à cela. Qui voudrait créer une famille dans cet enfer ? Je devais avouer que je n'y avais pas pensé. Jusqu'à maintenant. J'avais épousé Judith, et je n'avais pas hésité une seule seconde à le faire. Je savais qu'elle était la femme avec qui je voulais passer la fin de mes jours, avec qui je voulais avoir des enfants, une fois que la guerre serait terminée. Car même si les allemands semblaient avoir la main mise sur l'Europe toute entière, ou presque, je savais au fond de moi que cette occupation ne durerait pas. Et qu'un jour, nous serions libérés. Et ce jour là, je l'emmènerais sur le pont Alexandre III, ce chef d'œuvre d'architecture, ma main dans la sienne, pour montrer à tout le monde qu'elle était mienne, et que j'étais sien. Bien sur, dans ce projet, dans ce rêve que j'avais, je ne pensais pas du tout que j'aurais déjà des enfants quand ce jour viendrait. Je ne pensais pas que cette nuit dans le hangar, notre première nuit en tant que mari et femme, avait changé nos vies à jamais. Et que ma paternité me serait révélée ce soir, alors que nous fêtions mon trentième anniversaire. Pour l'instant, je pensais juste à un moment de retrouvailles entre moi et ma femme. Un moment simple, comme on en vit peu. Je pensais juste profiter de sa présence, et de simplement oublier que la guerre faisait rage dehors. Cette journée resterait gravée à jamais comme étant mon premier anniversaire avec elle à mes côtés, et je ne voulais pas le gâcher. Bien évidemment, son arrivée m'avait arraché un sourire, et je l'avais laissé m'attirer à elle, savourant le goût de ses lèvres contre les miennes, en la serrant doucement contre moi. Son cadeau, ce petit panier en osier regorgeant de quelques sucreries m'avait flatté. Je ne m'attendais pas à recevoir de cadeau, surtout avec la pénurie de ces derniers temps, et son geste me fit sourire. Elle m'embrassa à nouveau, sa main caressant mes cheveux avant de me répondre. "Oui, je sais. Mais c'est comme ça, un cadeau ne se refuse pas et puis… ça faisait longtemps que je ne t'avais pas fait passer un panier de crêpes par Noé…" C'était vrai, et sa révélation m'avait un nouveau sourire. Ses crêpes me manquaient d'ailleurs…
"Il faudra que tu m'en refasse un jour d'ailleurs. Tes crêpes sont succulentes." Le silence revint, où nous nous regardâmes et profitâmes simplement de l'autre. Ces petits moments, éphémères, que l'on chérit plus encore lorsqu'ils disparaissent sous nos yeux. Son regard s'était assombri, et les doutes s'étaient à nouveau installés, ainsi que ses questions. Elle connaissait les risques, comme je les connaissais. Mais ça ne nous empêchait pas de nous aimer, quoi qu'il arrive. Je l'avais entraînée sur mon fauteuil, le panier posé sur ma table, l'attirant sur mes genoux, ma main sur sa hanche alors que je lui répondais avec la plus grande conviction du monde. Nous avions survécus à tellement de choses, tellement d'obstacles, que je ne pouvais qu'être sur que nous réussissions à continuer à vivre plus ou moins normalement, tant que notre condition nous le permettait bien sur. Elle s'était raidie un instant quand j'avais posé mes mains sur elle, avant de finir par se détendre, sa tête sur mon épaule, ses lèvres se posant au creux de ma mâchoire. Je fronçais les sourcils un instant, mais préférais ne rien dire. C'était un moment simple, je ne voulais pas le gâcher. Mais elle semblait plus nerveuse, son cœur battant la chamade, pouvant le sentir cogner alors qu'elle était si proche de moi. C'est avec son visage dans mon cou qu'elle reprit la parole, sa voix étant à peine un murmure. "C'est quand même compliqué, tout ce qui nous arrive… Mais il faut croire que ça en vaux la peine…" Elle releva le regard vers moi, et je lui sourit doucement en hochant la tête. Ça en vaux la peine oui. Je n'avais qu'à poser mes yeux sur elle pour en être convaincu. Cependant, elle ne me laissa pas le temps de répondre, qu'elle reprenait déjà la parole. "On ne parle plus de cela. Ton anniversaire doit être heureux et tu as vu, mes tâches de rousseur reviennent toujours fin Avril, avec le printemps. Tu es né dans une bonne période…" Je lui rendis son sourire, laissant mes doigts courir sur son visage un instant, en traçant les courbes avant de lui rendre son baiser. L'instant était simple, et parfait. Oui, absolument parfait, c'était le mot. Je n'avais besoin de rien d'autre que de cela. Je n'avais besoin que de sa présence à mes côtés. "Mais je suis heureux. Et comblé. T'avoir dans mes bras comme ça. C'est parfait." Et je n'avais pas besoin de plus pour être heureux…
Je ne bougeais pas, et restais comme ça, ma main sur sa hanche traçant de léger cercle avec mon pouce, lui souriant doucement. L'instant était vraiment parfait, en effet. Je ne pouvais rêver mieux pour mon anniversaire. Nous n'avions pas besoin de parler, la seule présence de l'autre était suffisante. Mes doigts passèrent doucement dans ses cheveux, alors qu'elle desserrait son cardigan, avant de baisser les yeux, ses doigts jouant avec les boutons de mon veston. Elle était décidément nerveuse mais pourquoi, je ne le savais pas. Je la laissais prendre son temps cependant, sachant pertinemment qu'elle finirait par se confier à moi. Elle souffla sur ses cheveux qui la gênait, avant de je prenne la mèche rebelle de mes doigts, pour la coincer derrière son oreille Ses bras remontèrent autour de mon cou, et je la serrais doucement contre lui. Le silence était tout simplement parfait, et je profitais simplement de la femme que je tenais dans mes bras. Elle finit cependant par replonger son regard dans le mien, attrapant ma main posée sur sa hanche pour enlacer nos doigts ensemble et les poser sur mon torse, le geste, plutôt simple, me faisant sourire. Sa voix rompit le silence, et je souris un peu plus à sa nervosité. "Mon amour… Je… En fait, j'ai… hm… un autre cadeau pour toi. Mais il est plus… ou plutôt moins… matériel, on va dire… et surtout… plus… original… et plus… important… beau… je crois… oui… très beau… mais un peu plus… moins… banal…" Je fronçais les sourcils un instant, avant de sourire de plus belle. Sa nervosité était charmante, et je la laissait prendre son temps. Elle avait apparemment décidé de se confier, et je ne comptais pas la presser. Lentement, elle défis son cardigan, sans pour autant l'enlever complètement. Mais je ne quittais pas mon regard du sien, l'incitant doucement à continuer. "Prends ton temps mon ange… On est pas pressés. Tu me le diras quand tu te sentiras prête…" Moi qui pensait que c'était quelque chose de banal, je ne pensais pas que sa révélation allait changer nos vies à jamais. Que ce petit être qui grandissait dans son ventre, mon enfant, changerait tout ce que nous avions connu jusqu'à présent…
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Judith Lacluse
❝ Ça commence par un baiser, ça finit par un bébé.❞
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Sujet: Re: « Le cadeau de la vie pour un trentième anniversaire » Mar 16 Aoû - 16:35
C’est fou ce que la vie peut changer en quelques années et ne plus du tout ressembler à celle que l’on avait imaginé. Jamais je n’aurais pu imaginer me retrouver dans une situation illégale vis-à-vis de mes papiers et clandestine du point de vue de la résistance et mon mariage. Tout s’était enchaîné très vite mais je ne me plaignais pas de ma situation incertaine à chaque instant. Je chérissais les petits instants où je pouvais me retrouver avec mon mari, comme deux amants insouciants et s’aimant, simplement. Des moments comme cela avaient été rares mais précieux et je ne pouvais plus me passer de sa présence. Sa demande en mariage m’avait tellement émue, jamais je n’aurais pu me douter que son amour était si fort delà à braver les interdits imposés par notre statut de résistants. C’était pour moi un sentiment nouveau que celui que je ressentais pour Arthur et malgré ce qu’il se passait à Paris, je ne pouvais m’empêcher d’apprécier cette nouveauté plaisante dans ma vie. J’aimais me retrouver seule avec mon amour, parce que sa présence me procurait un sentiment de calme et d’apaisement rare, inexistant dans une autre situation. La confiance que je lui accordais était immense mais cela ne m’empêchait pas d’appréhender mon futur, notre futur. Un futur pourtant proche qui allait bientôt chambouler notre existence et qui était encore ignoré de mon mari. J’avais alors profité de la soirée de son anniversaire pour lui annoncer que je portais son enfant. Trois mois s’étaient écoulés depuis notre nuit dans ce vieil hangar désaffecté dans lequel nous avions consumé pour la première fois notre mariage. Deux mois et demi avaient passé sans que je puisse dire à Arthur qu’il allait devenir père dans quelques petits mois qui passaient tellement vite. J’avais eu du mal à accepter ma situation, par peur et inquiétude. Mais si Arthur l’apprenait, je serai soulagée et même si sa réaction m’inquiétait, je savais que la force qui nous unissait tous les deux nous permettrait d’affronter les nouveaux dangers qu’un enfant engendrait dans notre vie.
Je venais donc d’arriver et je m’étais promis de ne pas quitter son appartement sans l’avoir mis au courant de sa future paternité. Aux petits soins pour lui, je lui offris un petit panier de fruits avant de bien vite oublier le présent et de le câliner. Le parfum de ses lèvres m’avait tant manqué, la chaleur de ses bras autour de ma taille, ses mains sur mes hanches, l’odeur et la douceur de ses cheveux, c’était un tout que j’appréciais et qui m’avait tellement manqué. Je profitais de notre étreinte alors qu’il me fit sourire en me complimentant sur mes crêpes : "Il faudra que tu m'en refasse un jour d'ailleurs. Tes crêpes sont succulentes." Je soupirais doucement dans son cou et gardant mes bras là, mes doigts caressant ses cheveux légèrement. Que j’aurai aimé pouvoir faire des crêpes à mon mari et mon bébé, dans quelques temps, sans que la pénurie rende la tache impossible et le temps trop incertain pour se réunir en famille sans avoir la peur au ventre d’entendre frapper à la porte pour quelques contrôles ou une dénonciation. Ce fut à ces pensées que je lui demandais s’il croyait encore pouvoir vivre heureux, malgré l’Occupation. Sur ses genoux dans son fauteuil à présent, je me sentais mieux, bien que nerveuse à l’idée de ce que j’avais à lui dire. Ses paroles m’apaisaient même si je ne pourrais me calmer tant que j’étais tracassée. "Mais je suis heureux. Et comblé. T'avoir dans mes bras comme ça. C'est parfait." Je lui souris doucement en caressant sa joue de mon pouce, mes yeux encrés dans les siens. Finalement, je me penchais pour l’embrasser tendrement, ma main glissant dans ses cheveux, ce contact avec mes doigts si doux duquel je ne pouvais me passer bien longtemps. Je savais que je ne pourrais cacher ma nervosité plus longtemps alors je décidais qu’il fallait que je me jette à l’eau, rapidement. Maladroite, j’évitais à présent son regard en triturant les boutons de son veston qui – je m’étais fait la remarque- lui allait parfaitement et le mettait encore plus en valeur.
Je ne savais pas comment m’y prendre et lui fis maladroitement comprendre que ce que j’avais pour lui était comme un cadeau… "Prends ton temps mon ange… On est pas pressés. Tu me le diras quand tu te sentiras prête…" Je soupirais nerveusement et me mis à jouer avec mon alliance en me raclant la gorge. Toujours la tête baissée, je balbutiais : « Non… c’est… ça fait… depuis longtemps… presque trois mois… que… » Je ne finis pas ma phrase, parce que je ne savais pas quoi dire, en fait. Je soupirais encore et lui fis poser sa main à plat sur mon ventre, la mienne par-dessus la sienne, nos doigts toujours liés, repoussant en même temps mon cardigan un peu plus. Je relevais un regard soudain larmoyant vers lui parce que je ne prévoyais pas sa réaction. Pour moi, un bébé au sein d’un couple de deux résistants était comme lui prédire un avenir d’orphelin ou des parents souvent absents. Je le forçais à garder sa main sur mon ventre, alors que je finis d’enlever mon cardigan que je posais sur le canapé à côté du fauteuil où nous nous trouvions. Je posais mon regard dans le sien malgré mes larmes qui menaçaient de couler sur mes joues et fronçais les sourcils et murmurais, parce que j’avais perdu ma voix à cause de ma gorge bien trop serrée : « Tu te souviens dans le hangar… » Je baissais les yeux et me mordis la lèvre alors que je retenais mes larmes d’angoisse, certainement. La voix brisée, je repris, tout bas : « Arthur, je… c’était tellement… bien… ce que j’ai ressenti, tout ça…» Ma voix s’étrangla et je baissais les yeux à nouveau. N’importe quoi, je ne devais pas lui dire ça. Pourtant, c’était vrai, je m’en voulais presque d’avoir pris du bon temps cette nuit-là alors qu’elle avait été source d’ennuis avec Paul et les réseaux. Cependant, elle représenterait à jamais un tournent autre dans notre vie, un bébé, ma force future que je ressentais déjà. À cette pensée, je relevais le regard vers lui. Une détermination naquit dans mon regard et bien que la peur de l’inconnu s’y mêlait, je fis faire à Arthur des caresses sur mon ventre de sa main, du haut vers le bas, puis du bas vers le haut, pour qu’il sente la courbure sous ma robe moulante. Une larme roula sur ma joue parce que, pour une raison inconnue, la nouvelle ne voulait pas sortir en mots de ma bouche. La voix tremblante et faible, j’articulais : « Mon cœur… Arthur… Est-ce que… tu sens… sous tes doigts ? » Je me mordis la lèvre et fronçais les sourcils en déglutissant avant de finir par lâcher dans un murmure, d’un amour infini, mon regard plongé dans le sien : « Tu vas être papa. » Je posais mon front contre le sien, une main sur sa nuque, caressant du bout des doigts ses cheveux. Je ne savais pas si c'était vraiment une bonne nouvelle même si je ne pouvais plus nier que j'aimais déjà cet enfant.
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petite fille devenue grande. et la voilà amante et déjà, maman ❧ « Elle m’a poussée dans mes retranchements, m’a fait dépasser toutes mes limites, m’a confrontée à l’absolu: de l’amour, du sacrifice, de la tendresse, de l’abandon. Elle m’a disloquée, transformée. Pourquoi personne ne m’a rien dit ? Pourquoi on n’en parle pas ? »
Arthur Lacluse
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Sujet: Re: « Le cadeau de la vie pour un trentième anniversaire » Mer 17 Aoû - 18:51
J'allais être papa. C'était une phrase à laquelle j'allais devoir m'habituer. J'allais être papa. Avoir un enfant. Moi. Je ne pouvais qu'être surpris par ce genre de révélation. Je n'aurais jamais pu penser que j'aurais à m'habituer à ce genre de phrase, surtout en ce moment précis. Nous étions en guerre. J'étais chef de mon réseau de résistance. Je n'avais pas le droit à l'erreur. Et avoir un enfant ? Se dire que j'allais être papa changeait la donne. Comment est-ce qu'on ferait pour élever un enfant dans les temps qui courait ? Je n'arrivais même pas à y penser. A me dire que très bientôt, un enfant viendrait agrandir la famille que je formais avec Judith. Même si on avait du mal encore à parler de famille, vu qu'on ne vivait même pas ensemble, avec ce qui se passait ici. C'était une surprise certes étonnante, mais je savais qu'on s'en sortirait. Mais bien sur, ces questions ne se bousculaient pas encore dans mon esprit. Pour le moment, je me demandais ce qui la rendait si nerveuse. Pourquoi elle avait voulu fêter mon anniversaire de cette manière. Personnellement, je m'en fichais. Je voulais simplement qu'elle soit heureuse, et si fêter mon anniversaire lui faisait plaisir, je ne pouvais pas lui dire non. Et je ne pouvais pas dire non à un moment avec elle. Cela faisait un moment qu'on ne s'était pas retrouvés seuls, et je ne pouvais pas nier qu'elle me manquait. L'avoir chez moi pendant quelques heures ne pouvait que me faire plaisir, et j'avais donc été dans l'incapacité de refuser. Bien évidemment, j'étais moi aussi nerveux. Mais à la minute où elle avait passé le pas de ma porte, tout cela s'était envolé. Bien vite, nous avions retrouvé ces moments si particuliers que je chérissais tellement. Son petit cadeau m'avait certes fait plaisir, mais le fait qu'elle mentionne ses fameuses crêpes, m'avait fait sourire un peu plus, me remémorant les moments où Noé revenait de l'école en m'apportant un peu des crêpes que faisait sa sœur pour son goûter. Ou du moins, c'était ce que j'avais pensé toutes ces années. Alors qu'apparemment, ça avait été un moyen pour elle de me montrer son affection. J'aurai aimé qu'elle puisse m'en faire à nouveau, sans avoir peur des représailles. Mais c'était impossible, avec la pénurie que nous connaissions désormais. Mais peut être qu'un jour, tout cela changerait. Ou du moins, c'est ce que je pensais. Ce que je ne pensais pas, c'était le fait que sa révélation ébranlerait tout ce que nous connaissions…
Cependant, les doutes restaient les même, et bien plus présents que ce que je pensais. Encore une fois, je la réconfortais du mieux que je pouvais, l'attirant sur mes genoux, ma main sur sa hanche. Je la rassurais à nouveau, essayant de lui montrer que je n'avais pas besoin de plus que de la serrer contre moi. Son sourire accentua le mien, et je me laissais faire, lui rendant son baiser avec tendresse. Cependant, sa nervosité était bien présente. Bien enfouie, alors qu'elle tentait de me faire comprendre ce qui se passait dans nos vies. Et j'étais touché par son attitude. De la voir nerveuse à ce point me faisait sourire, alors que je n'arrivais pas à mettre la main sur ce qu'elle essayait de me faire comprendre. Que j'aurais du m'apercevoir de ce qui se passait dans sa vie depuis ces trois derniers mois. Que les nausées qu'elle avait eu la dernière fois -et la première fois- que j'avais mis les pieds chez elle, étaient du à une seule raison. A cet enfant qui grandissait en elle. A mon enfant. J'essayais alors de la calmer, en lui disant de prendre son temps, qu'elle avait le temps de ma dire ce qu'elle voulait m'avouer. Elle se racla la gorge, alors qu'elle jouait nerveusement avec son alliance Je souris à son soupir, avant qu'elle ne reprenne la parole. "Non… c'est… ça fait… depuis longtemps… presque trois mois… que…" Je fronçais les sourcils à sa phrase, ne comprenant pas vraiment ce dont elle voulait parler. Elle soupira à nouveau, avant de prendre ma main pour la poser sur son ventre, à plat avant de poser la sienne par dessus la mienne, nos doigts enlacés. Je fronçais un peu plus les sourcils, mes yeux faisant la navette entre son visage et son ventre, où elle venait de poser ma main. Alors là, je comprenais encore moins ce qu'elle voulait me faire comprendre. Je relevais les yeux vers elle, surpris par son geste, alors qu'elle ne bougeait plus, son cardigan finissant sur mon canapé, son regard retrouvant le mien, dans l'incompréhension la plus totale. "Tu te souviens dans le hangar…" Elle baissa les yeux, se mordant la lèvre. Je hochais la tête, me souvenant parfaitement de ce moment. "Arthur, je… c'était tellement… bien… ce que j'ai ressenti, tout ça…" Je souris doucement, alors qu'elle semblait gênée par ses paroles. "Je me souviens…" Ma main se posa sur sa joue à nouveau, la laissant prendre son temps. Malgré mon incompréhension, je préférais ne pas la brusquer…
Je voulais simplement qu'elle prenne son temps. Qu'elle respire, et qu'elle me dise simplement ce qu'elle avait à me révéler. Ses paroles étaient étranges, et je me demandais pourquoi elle parlait de cette nuit dans le hangar. De notre première nuit, celle où nous avions consommé notre mariage. Bien évidemment que je n'avais pas pu l'oublier. Ça avait été un moment tout simplement magique, et il était certain que je ne pourrais l'oublier. Surtout avec ce que cette nuit représenterait très bientôt. Doucement, elle releva le regard vers moi, avant de faire remonter ma main sur son ventre, le caressant doucement. Une larme finit par rouler sur sa joue, et je fronçais les sourcils. Qu'est ce qui lui arrivait ? "Mon cœur… Arthur… Est-ce que… tu sens… sous tes doigts ?" Je secouais la tête, ne comprenant pas vraiment, alors qu'elle continuait son geste. Je baissais les yeux vers nos mains enlacées, posées sur son ventre, alors que doucement, je sentis comme une bosse sous sa robe. Relevant les yeux vers elle, fronçant un peu plus les sourcils, alors qu'elle me révélait enfin la raison de sa nervosité. "Tu vas être papa." Son front se posa sur le mien, sa main libre sur ma nuque alors que je fermais les yeux à son geste, avant de finalement réaliser ce qu'elle venait de m'avouer. Mon regard se posa à nouveau sur son ventre, et tout les morceaux se mirent enfin en place. Le fait qu'elle soit distante. Son petit jeu au commissariat. Les crises de larmes. Les nausées. Cette nuit dans le hangar, dans cette berline. Et soudain, l'impact me heurta, comme un coup de massue en pleine figure. J'allais être papa. Moi, Arthur Lacluse, allait avoir un enfant. Ma main toujours sur son ventre, je finis par rire, doucement, alors que ma main libre glissait dans ses cheveux, et que je relevais le regard vers elle. J'effaçais les larmes qui coulaient sur ses joues et, prenant son visage entre mes mains, je posais mes lèvres sur les siennes, ne sachant quoi dire. J'allais être papa. Peu importait de ce qui se passait dans la capitale. Je m'en fichais. Que les allemands occupent Paris, je m'en fichais complètement. J'allais avoir un bébé. Avec Judith. Doucement, je me dégageais, plongeant son regard dans le sien, avant de finalement prononcer quelques mots, ma voix pleine d'émotion. "Un bébé… Je… Vraiment ? C'est… C'est… Magnifique… Tout simplement magnifique…" Je ne pouvais rien dire de plus. J'allais avoir un enfant avec la femme de ma vie. C'était tout ce qui comptait. Souriant un peu plus, je l'attirais contre moi, l'embrassant longuement à nouveau avant de reposer ma main sur son ventre. J'allais être papa oui. Et rien ne m'empêcherait de vivre cela…
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Judith Lacluse
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Sujet: Re: « Le cadeau de la vie pour un trentième anniversaire » Dim 18 Sep - 17:43
J’allais passer une soirée et toute une nuit avec mon amoureux. Un instant que j’avais attendu tant de fois, avec impatience et désir de briser la dureté de la guerre, le temps d’une nuit, d’un câlin où il était évident que nous formions l’un pour l’autre notre moitié. J’avais tellement désiré cet instant, un nombre infiniment de fois. Et alors que ça arrivait, que j’étais sur ses genoux dans son fauteuil dans son humble salon qui, pourtant, représentait pour moi le bonheur d’une vie à deux. C’était en comparant son appartement à la riche demeure que j’avais hérité de mes parents que j’avais compris que les biens matériels n’étaient en rien la cause du bonheur et du bien-être. Hormis les moments avec mon petit frère, les souvenirs les plus forts que j’avais vécus se trouvaient entre ces quatre murs, modestes, dont les pièces étaient remplis de meubles simples, à l’image de l’appartement de mon mari. Seuls les éléments vitaux à un minimum de confort était présent et je reconnaissais bien là le côté méticuleux et organisé de mon amant. C’était peut-être pour ça que j’avais tenu à le retrouver ici plutôt que chez moi, parce que sa maison ressemblait à ce qu’il était lui et que ces murs étaient emprunts du souvenir de mes premières sensations charnelles avec un homme. Finalement, je m’étais souvenue de cette nuit d’amour au Mirador, avant que mon premier sentiment malheureux amoureux ne naisse. S’en était suivi la mission loupée où le bruit des deux balles qui avaient tué les soldats menaçants mon mari me réveillait encore en sursaut la nuit, la tête remplie des images encore précises des deux corps inertes au milieu d’une mare de sang. Et mon instant qui restait à jamais graver en moi, et duquel je ne pouvais me défaire lorsque je commençais à y penser, c’était notre nuit dans ce vieux hangar, où chacune de mes sensations avaient été amplifié par chaque parcelle de mon corps davantage en éveil et réactif que les fois précédentes. Après tous ces souvenirs aux sensations physiques et mentales intenses, j’en avais conclu que le lieu n’était en rien la source de bonheur. Quel que soit l’endroit, peu importe. Ce sont les personnes qui comptent. Arthur était donc l’unique facteur à mon bonheur…
Je ne cessais de vouloir lui répéter combien je l’aimais et combien il était celui qui faisait que je restais forte du mieux possible. C’était aussi pour ces raisons là que j’aimais me retrouver avec lui, seuls, sans crainte de pouvoir s’aimer librement pour une fois. Les paroles étaient rassurantes et, venant de ceux qu’on aime, apaisantes et dotée d’une once d’espoir. Cependant, ce soir-là, je ne me sentais pas rassurée parce qu’il ne connaissait pas encore l’origine de mon angoisse. J’appréhendais sa réaction car la question d’un bébé ne nous avons jamais effleuré l’esprit. J’y avais pensé de mon côté, certainement que lui aussi, surtout qu’il était plus âgé que moi et devait penser à la paternité, mais jamais le sujet n’avait été abordé entre nous. Un bébé par les temps qui courraient, avec des parents résistants qui plus étaient, c’était de la pure folie et un frisson d’effroi m’envahissait chaque fois que je me disais que les chances de ce bébé d’être orphelin était bien plus élevée que pour n’importe quel autre enfant d’autre couple. Avant même sa naissance, je commençais à culpabiliser et me dire que j’étais une mauvaise mère. J’avais peur de l’avenir, peur de voir le monde sous un œil plus responsable. Je devrais devenir plus forte et ne plus me reposer sur l’épaule d’Arthur comme je le faisais facilement. Par exemple, je n’arrivais pas depuis presque trois mois à lui donner la raison de mon angoisse et ma santé. Je me forçais ce soir à enfin lui dévoiler parce que mon mutisme me rendait un peu plus malade chaque jour. Mes traits marqués du visage ne me permettait plus de cacher ma fatigue et même si j’avais grossi au niveau de mes hanches et ma poitrine, je me sentais faible, amaigrie et moche.
À fleur de peau en pensant à tout cela, j’articulais des faibles paroles qui restaient mystérieuses et sans sens pour mon chéri qui restait patient et doux malgré ses questions. "Je me souviens…" Je savais qu’il ne voulait pas me brusquer en posant des questions mais il ne m’était pas beaucoup. Malgré mes gestes, mon désir qu’il devine en dévoilant mon ventre sous ma robe moulante, il m’écoutait et me laissait le temps de m’exprimer, sans chercher à me couper en posant des questions qui auraient pu me gêner ou me freiner dans mon élan de révélation. Sa main sur mon ventre, je fermais les yeux en remarquant que la chaleur de sa main sur ma peau m’apaisait et je pensais au bébé. Je me demandais s’il sentait comme moi le pouvoir rassurant de son papa et c’est ce qui me décida à dévoiler enfin à Arthur sa future paternité. Je le regardais en le forçant une nouvelle fois à poser sa main sur mon ventre et cette fois, je fus sûre que le bébé ressentait la chaleur de sa main parce que, pour la première fois, je sentis comme une vague dans mon ventre, légère, à peine perceptible au moment où mon mari m’embrassa tendrement. Je ne savais pas si cela était du au baiser mais lorsque cela recommença quand il prit la parole, ses émotions évidentes dans la voix, je compris que bébé s’exprimait… "Un bébé… Je… Vraiment ? C'est… C'est… Magnifique… Tout simplement magnifique…" Je souris faiblement, bouleversée et à la fois dans un autre monde à la sensation que je venais de sentir dans mon ventre. D’abord, je murmurai, les yeux baissés vers mon ventre : « oui bébé… c’est ton papa… » et sourit ensuite à mon chéri en posant ma main sur sa joue et murmure, ma voix ne pouvant davantage s’élever tant ma gorge était serrée. « Magnifique… vraiment ? Tu penses vraiment ? » Et fronce les sourcils en se mordant la lèvre avant de lui révéler, tout, d’un coup, pleurant en même temps, mais se libérant enfin. « Oh, Arthur, je suis un monstre… J’ai pas voulu aller voir un médecin pendant un mois, un long mois, mais j’en étais sûre, j’avais tous les symptômes. Je savais pas quoi faire… J’ai même pensé risquer ma vie en ne gardant pas le bébé… mais j’ai pas eu le courage… Pardon, pardon, pardon… je suis un monstre d’avoir pu avoir ces pensées là… mais je m’en voulais… je m’en voulais tellement d’avoir pu passer une nuit à seulement prendre du plaisir, à découvrir tout là dedans où j’avais tout à apprendre… J’étais en colère d’avoir pris du plaisir sans penser à cette conséquence là… Je m’en voulais tellement et j’avais peur que tu mesures les risques de la situation avant de penser que c’était notre enfant… Je m’en veux tellement, j’ai été seule pendant trois longs mois… pardon… Mais je l’aime déjà, je veux pas qu’il souffre, je veux pas qu’il soit orphelin, j’ai pas peur de devenir mère, porter ton enfant est la plus belle chose qui pouvait m'arriver… j’ai juste peur d’être mère pendant la guerre… » Enfin, ma voix s’éteignit peu à peu et je finis par poser ma tête sur son épaule, au creux de son cou et je me calmais peu à peu, soupirant longuement, me sentant vidée de tant de peur accumulées ces derniers temps…
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petite fille devenue grande. et la voilà amante et déjà, maman ❧ « Elle m’a poussée dans mes retranchements, m’a fait dépasser toutes mes limites, m’a confrontée à l’absolu: de l’amour, du sacrifice, de la tendresse, de l’abandon. Elle m’a disloquée, transformée. Pourquoi personne ne m’a rien dit ? Pourquoi on n’en parle pas ? »
Arthur Lacluse
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Sujet: Re: « Le cadeau de la vie pour un trentième anniversaire » Mar 25 Oct - 17:15
La nouvelle venait simplement de me frapper en plein cœur. Un enfant. Qui l'aurait cru ? On était en guerre, on ne faisait pas d'enfants à cette période. Surtout pas entre deux résistants. Et surtout pas avec une juive. Elle venait de m'annoncer qu'une petite vie grandissait doucement en elle, et je ne savais pas quoi répondre. J'étais encore sous le choc de la nouvelle, mais j'essayais d'y faire face également. Je n'avais jamais pensé en tombant amoureux d'elle, que nous aurions aussi vite à se préoccuper d'un enfant dans nos vies. La vie ici était tellement précaire, tellement difficile, que tout un tas de questions se précipitaient dans ma tête. Comment allions nous faire ? Il nous faudrait nous cacher. Elle ne pouvait plus faire d'actions pour le compte de la Brigade, ou du moins, je ne le lui permettrait pas de se mettre en danger de cette façon. Son ventre finirait par s'arrondir, le signe évident qu'elle portait mon enfant. Et Ian ? Elle ne devrait pas savoir. Donc oui, il faudrait que je cache à tout le monde ce sentiment de joie qui m'habitait maintenant. Personne ne devait l'apprendre. Mais ensuite ? Quand l'enfant naîtrait ? Que faire ? Je ne pouvais décemment pas jouer au mari et au père comme cela. Il y avait Anna, et Noé dans la vie de Judith. Même si me connaissant, je voudrais passer tout mon temps avec cet enfant, il était clair dans mon esprit que ça ne serait pas possible. Que cet enfant vivrait comme un orphelin, jusqu'à ce que l'Occupation prenne fin, si elle prenait fin un jour bien sur. Je fronçais les sourcils, ces questions se bousculant dans mon esprit, alors que je prenais conscience de l'état dans lequel se trouvait ma femme, ma main restée sur son ventre, encore sous le choc de sa révélation. Qui aurait vraiment pu penser qu'elle m'annoncerait une chose pareille ? Certes, j'avais longtemps désiré un enfant, et encore plus depuis que nous nous étions retrouvés, mais je savais aussi qu'il serait difficile d'en faire une réalité. Mais désormais, tout se mettait lentement en place. C'était là la raison du malaise qu'elle avait en face de moi ces derniers temps, de ses changements d'humeurs, et également de sa soit disante "intoxication alimentaire". Je comprenais désormais. Elle m'avait tout simplement caché sa grossesse, probablement parce qu'elle avait peur de ma réaction…
Mais je ne pouvais pas lui en vouloir. Elle avait peur de ce qui se passait en elle. De ce petit être, qu'elle ne voulait pas faire souffrir en le mettant au monde en temps de guerre. Et je ne pouvais que la comprendre. Tout ce que j'avais pu faire en attendant sa révélation, avait été de lui laisser le temps de s'exprimer, sans la brusquer. Qu'elle prenne son temps, sachant qu'elle souffrait déjà de cette révélation devenue trop lourde à porter. Et en connaissant désormais la teneur de ce qu'elle voulait m'annoncer, je comprenais un peu mieux son ressenti. Ce qui me soulagea également, vu que j'avais imaginé tout les scénarios possibles et inimaginables. Cela pouvait aller de la simple nouvelle comme quoi elle voulait juste passer plus de temps ici, au fait qu'elle ne voulait plus de moi dans sa vie. J'avais imaginé beaucoup de choses oui, mais pas cela. Et forcément, la nouvelle me désarçonna. Je n'y étais pas préparé le moins du monde. Je ne savais pas quoi dire, et j'espérais simplement que mes gestes parlaient pour moi. Ce baiser, je le lui donnais simplement pour lui prouver que je l'aimais, et que j'étais ravi de la nouvelle. Son regard fini par se porter sur son ventre et je souris, ma main toujours sur son ventre. "Oui bébé… C'est ton papa…" Je souris un peu plus, fermant les yeux quand sa main finit par se poser sur ma joue."Magnifique… Vraiment ? Tu penses vraiment ?" Je me mis à rire doucement, hochant la tête en posant moi aussi ma main sur sa joue, l'autre restant sur son ventre, l'y caressant doucement. Bien sur que je le pensais vraiment ! C'était tout simplement une merveilleuse nouvelle. Soupirant, je finis par sourire un peu plus, caressant sa joue alors qu'elle reprenait la parole. "Oh, Arthur, je suis un monstre… J'ai pas voulu aller voir un médecin pendant un mois, un long moi, mais j'en étais sûre, j'avais tout les symptômes. Je savais pas quoi faire… J'ai même penser risquer ma vie vie en ne gardant pas le bébé… mais j'ai pas eu le courage… Pardon, pardon, pardon… je suis un monstre d'avoir pu avoir ces pensées là… mais je m'en voulais… Je m'en voulais tellement d'avoir pu passer une nuit à seulement prendre du plaisir, à découvrir tout là dedans où j'avais tout à apprendre… J'étais en colère d'avoir pris du plaisir sans penser à cet conséquence là…"
Ses paroles, me transperçaient tout simplement le cœur. Je passais de la joie à la peine, je souriais avant de froncer les sourcils à ce qu'elle disait. Je n'avais qu'une envie, la prendre dans mes bras, la serrer contre moi pour lui dire que c'était normal, qu'elle n'avait pas à se sentir coupable de ressentir ce genre de choses. Mais je me contentais de hocher la tête, la laissant continuer sans l'interrompre. "Je m'en voulais tellement et j'avais peur que tu mesures les risques de la situation avant de penser que c'était notre enfant… Je m'en veux tellement, j'ai été seule pendant trois longs mois… Pardon… Mais je l'aime déjà, je veux pas qu'il souffre, je veux pas qu'il soit orphelin, j'ai pas peur de devenir mère, porter ton enfant est la plus belle chose qui pouvait m'arriver… J'ai juste peur d'être mère pendant la guerre…" Elle posa ensuite sa tête sur mon épaule, et je la laissais faire, passant doucement mes doigts dans ses cheveux en soupirant aussi. Elle avait peur, je le savais. Mais cet enfant était tout sauf un fardeau. Cet enfant était une bénédiction. Mes bras finirent par enlacer sa silhouette, la serrant doucement contre lui, alors que mes lèvres se posèrent dans ses cheveux. "Shhh… Je comprends. Mais tu verras, on s'en sortira… C'est le meilleur cadeau que tu pouvais m'offrir… Je n'aurais pu rêver mieux…" Je souris à ma déclaration, tellement elle était vraie. Savoir que j'allais être père était la meilleure chose qui pouvait nous arriver. Et nous y arriverions, tous les deux. Je finis donc par passer mes bras sous ses jambes, la soulevant facilement, attrapant le panier de douceurs du bout des doigts, avant de l'emmener dans ma chambre, nous installant sur mon lit."Ne parlons plus de tout ça… Profitons simplement de ce soir. Vivons seulement au jour le jour, et tu verras… On y arrivera…" Et c'est avec un sourire que je m'avançais vers elle, l'embrassant doucement, tendrement. Car là aussi, je remarquais la vérité qui teintait mes paroles. Vivre au jour le jour était la meilleure façon de se préparer à ce qui allait nous arriver dans moins de six mois. Et ce soir, je voulais simplement profiter de ma femme, et des petites douceurs qu'elle m'avait apporté, tout simplement. Comme quoi, la vie est toujours pleine de surprise, même en temps de guerre…
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Judith Lacluse
❝ Ça commence par un baiser, ça finit par un bébé.❞
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Sujet: Re: « Le cadeau de la vie pour un trentième anniversaire » Dim 6 Nov - 18:43
La situation aussi paradoxale soit-elle, ne sembla pas en être au même point pour mon mari. Dans mon esprit, tomber enceinte était loin d’être un cadeau tombé du ciel. Au départ, je voulais rejeter cet enfant qui grandissait en moi, je refusais qu’il puisse briser mon couple déjà périlleux avec Arthur. La guerre faisait rage à l’extérieur et je me demandais comment faire pour que cet enfant puisse grandir, entouré de son père et sa mère, malgré les hostilités mondiales. Cependant, plus le temps passait et plus je considérais ma grossesse comme un bonheur possible. Le danger serait d’autant plus fort une fois que je l’aurai mis au monde mais, pourtant, j’étais certaine que ma force ne pourrait qu’en sortir plus forte. Je n’aurais plus que Noé, Anna et Arthur pour me pousser à me battre mais aussi mon enfant dont le père était la personne que j’aimais le plus au monde. Cependant, malgré ce sentiment maternel qui naissait en moi, la peur des regards sur ma grossesse ne faisait que s’accroître autant que mon désir de garder mon bébé que j’aimais déjà. J’étais censée être une petite catholique qui attendait le mariage pour se donner intimement à un homme et ma relation avec Arthur était inconnue pour mes principaux ennemis, et même certains amis. Pour Klaus qui me servait de couverture, jusqu’à ce que je doive lui annoncer ma grossesse, croyait dur comme fer à mon histoire de viol par une autorité allemande. Pour lui, je représentais la honte vivante bien loin de la classe française qui – selon lui – me caractérisait pour dégager l’image de la maîtresse qu’il voulait montrer dans les mondanités. Ce mensonge me répugnait mais je n’avais pas d’autres choix. Protéger le père de mon enfant en gardant son identité était devenu primordial pour moi et je préférais de loin amocher mon image. Cependant, j’en perdais mon masque au Mirador et Ice, ma chef de réseau, n’avait pas tardé à me tomber dessus rapidement. Finalement, j’avais pu passer mes trois premiers mois de grossesse plus ou moins coupée du monde, me cachant d’Ice et du reste de la Brigade. Même Caroline n’avait pas eu de nouvelles de moi. Je gardais un unique contact avec mon mari et même avec lui, je n’arrivais plus à me sentir légère et heureuse. Ce lourd secret de ma grossesse pesait sur mes épaules et de nombreuses questions se bousculaient dans ma tête. Un enfant de deux résistants était contraint, statistiquement parlant, à devenir orphelin, avec des chances plus élevées que n’importe quel autre parisien. Ses chances étaient proches à la survie d’un enfant juif, d’ailleurs. De surcroît, cet enfant serait d’origine juif aussi. Bien qu’Arthur soit catholique, pour le régime nazi, notre enfant aurait du sang juif et devrait subir le même sort que nous. Il faudrait qu’Arthur le reconnaisse pour qu’il porte son nom, que je sois déclarée morte à l’accouchement. Cette pensée me faisait toujours frissonner et me rappelait terriblement ma mère mais, s’il le fallait, j’étais prête à tout pour que mon enfant vive en paix. Après tout, il avait été conçu lors d’une nuit d’amour sans insouciance, il n’avait pas demandé à arriver…
Trois mois étaient passés depuis cette explosion où j’avais cru avoir perdu pour toujours celui qui me rendait plus forte au fil du temps, celui pour qui mon amour grandissait autant qu’il m’aidait à devenir davantage femme. L’anniversaire d’Arthur était pour moi un prétexte pour lui annoncer ma grossesse. Je n’avais pas le droit de me dégonfler une nouvelle fois, je devais me lancer, tout lui avouer. Mes sautes d’humeur, mes vomissements, mon silence étaient des signes flagrants. Toutes les femmes en seraient très vite arrivées aux mêmes conclusions. Je savais que les hommes pensaient moins aux symptômes d’une grossesse et Arthur ne faisait pas exception à la règle. Ou peut-être me faisait-il tout simplement confiance, ce qui expliquait pourquoi il avait cru à mon intoxication alimentaire ou encore, mon désir fou pour lui quelques semaines après cette nuit dans la voiture où de nouvelles sensations s’étaient éprises de moi et dont, avait-il du penser, je ne pouvais me passer et avait été forcé à venir prendre des risques pour le rejoindre au commissariat. Mais ce soir, je ne pourrais plus mentir. Il suffirait qu’il ait envie de me retrouver dans notre intimité, je serai forcée de quitter mon cardigan. De toute évidence, je ne pourrais lui refuser une nuit d’amour. Nos rencontres étaient rares et nous voulions toujours profiter de la moindre seconde à chaque fois. Mon ventre s’étaient arrondis et mes formes étaient plus féminines que jamais. Si je n’avais pas eu peur de la guerre, je crois que j’aurai osé dire que ma grossesse m’avait rendue plus belle. Et même si j’avais peur de la réaction d’Arthur qui mesurait toujours très bien les conséquences de ses actes, qui était responsable, et Dieu sait comme il faut l’être pour être responsable d’un réseau de Résistance, j’avais préféré jouer les cartes de la vérité et la sincérité. Voilà comment, d’une traite, dans un monologue encré de sentiments et d’émotion, je lui révélais toute la vérité, notre vérité. Et je fus soulagée, mes doutes envolés, lorsque pour mon amour, notre enfant apparu comme une bénédiction dans notre vie. Finalement, je me sentais plus légère à présent, et le fait de sentir qu’il me soutiendrait quoi qu’il arrive, me rassurait plus que tout. Si j’avais su, j’aurais du le lui dire bien avant, mais j’avais peur, les mots ne voulaient pas sortir de ma bouche. Alors, je lui parlais de mes trois mois de doute, de douleurs et de craintes. Je lui parlais aussi de mon sentiment de monstruosité qui, petit à petit, disparaissait lentement à présent. "Shhh… Je comprends. Mais tu verras, on s'en sortira… C'est le meilleur cadeau que tu pouvais m'offrir… Je n'aurais pu rêver mieux…" Je ne pus que sourire à sa déclaration, mon regard dans le sien. Mon amant avait cette capacité affolante de m’apaiser et éloigner mes craintes. Grâce à lui, je vivais pour la première fois le bonheur d’attendre un enfant. Je le savais sincère, nous nous connaissions par cœur, il était impossible de mentir à l’autre. Je passais mes bras autour de son cou et le laissait me porter jusqu’à son lit où je m’allongeais sur le dos, caressant mon ventre qui manifestait une courbure qui, pour la première fois, me parut splendide. Je souris, toujours silencieuse, à mon époux qui me rejoignait sur le lit. Je plongeais mon regard dans le sien et ne pus qu’approuver ses paroles. "Ne parlons plus de tout ça… Profitons simplement de ce soir. Vivons seulement au jour le jour, et tu verras… On y arrivera…" Je fis oui de la tête, avant de poser ma main sur sa joue, mon autre bras passant autour de son cou pour caresser ses cheveux sur sa nuque. Et je ne pus que soupirer doucement contre ses lèvres à son baiser, savourant l’instant, sa présence qui m’avait tant manqué. Finalement, après avoir longuement profité de ses lèvres, je murmurai, en prenant sa main pour poser nos deux mains dont les doigts étaient enlacés, sur mon ventre, tendrement. Je le câlinais doucement et murmurais : « Dans six mois, nous serons deux à qui tu manqueras chaque instant où nous ne serons pas ensemble… Je me sens tellement mieux là… on dirait qu’il comprend, qu’il sent que tu es là… » et je l’embrassais encore avec douceur, avant de partager quelques fruits devenus rares en tant de guerre… aussi rares que la possibilité pour un couple de s’aimer et d’avoir un enfant… et pourtant, dans ce petit appartement parisien, Arthur et moi avions réussi à réunir ces deux préciosités…
FIN
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petite fille devenue grande. et la voilà amante et déjà, maman ❧ « Elle m’a poussée dans mes retranchements, m’a fait dépasser toutes mes limites, m’a confrontée à l’absolu: de l’amour, du sacrifice, de la tendresse, de l’abandon. Elle m’a disloquée, transformée. Pourquoi personne ne m’a rien dit ? Pourquoi on n’en parle pas ? »
« Le cadeau de la vie pour un trentième anniversaire »