Et de bals où il a dansé en bâillant à se tordre la bouche
■ topics: FERMÉS ■ inscrit le: 04/06/2010 ■ mes posts: 2737 ■ avatar: Rachel Hurd-Wood ■ présence: 7 jours sur 7 ■ âge IRL: 22 ■ profession: Danseuse classique
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Sujet: Le bal des actrices Jeu 1 Sep - 19:59
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Il est pratiquement impossible de savoir que je viens de passer une année de ma vie loin de l’opéra. En quelques semaines, j’ai recommencé à danser aussi bien qu’avant, et j’en suis heureuse. Une balle dans la tête, une autre dans le ventre, une grossesse… Personne ne semble avoir remarqué quoi que ce soit. Il faut dire que je me donne assez de mal pour que personne ne se doute de quoi que ce soit. Ca a l’air de fonctionner. Même Dimitri, mon partenaire, avec qui je danse depuis bientôt quatre ans et demi, mis à part cette année de « repos » - qui n’en était pas vraiment une – ne voit rien du tout alors qu’il me connait mieux que d’autres ici. Je le vois d’ailleurs encore et toujours lorgner sur le petit nouveau dans la troupe, un certain Matthieu, qui nous arrive droit de Bruxelles. Alors que Dimitri pose ses mains sur ma taille pour me soulever de terre en rythme avec la musique, je lui glisse discrètement :
-Vu comment il regarde Sabine, je crois que tu n’as strictement aucune chance.
Je l’entends grommeler alors qu’il me soulève de terre, quelque chose que je ne comprends pas et qui ne doit pas être très gentil pour moi. Nous gardons le silence quelques minutes alors que le maitre de ballet continue de compter en rythme, tapant au sol avec sa canne pour marquer les temps. Dimitri me repose doucement à terre, me laissant faire mon échapper, avant de me rattraper à nouveau dans un cambré, et de me souffler au passage :
-Voyons trésor, tu sais à quel point je suis déterminé.
Son accent d’Europe de l’Est me fera toujours sourire. Il l’exagère à dessein. Mais mon âme de résistante ne peut m’empêcher de m’inquiéter. Dimitri est gay, et même si sa famille est en France depuis la révolution Russe, qui date de vingt cinq ans, je ne suis pas certaine que les nazis le considèrent comme français. Ils n’aiment déjà pas beaucoup les homosexuels, les deux catégories réunies, ça fait beaucoup. La musique se termine sur les accords de Prokofiev, et je m’échappe en coulisse comme le voulais la chorégraphie. Des deux côté, le reste de la troupe attend pour enchainer. Notre adaptation du « Soldat de Plomb » fait fureur. Tous les soirs, l’opéra est plein. Nous ne répétons même plus dans les salles de l’arrière de l’opéra, la scène nous est entièrement réservée. Mais notre chorégraphe est insatiable et je trouve jamais aucune de nos représentations dignes des éloges qu’on nous fait partout. Alors il faut travailler d’arrache pied. Retrouver sa place en tête d’affiche n’est pas toujours facile, et je me bats encore plus qu’avant. Heureusement nous ne répétons pas en costume. Je suis habillée simplement, d’un collant sans pieds noir, avec une combinaison grise, sans manches. Mes cheveux roux, malgré mes efforts, ont du mal à rester attachés dans mon chignon. Tous les soirs, je suis impressionnée par la dextérité des coiffeuses qui arrivent à maintenir mes mèches enb place, ça tient du miracle.
Ce soir encore, le théâtre sera plein. Mais pour combien de temps encore ? Les nazis adorent ce genre de représentations, tant qu’ils seront là, cela sera notre fond de commerce, mais j’aimerai vraiment qu’ils s’en aillent, pour que la paix revienne. La peur est constante et ça commence à bien faire.
-Non ! Non ! Non !!! s’écria notre chorégraphe.
Brutalement ramenée sur terre, je glisse un œil hors des coulisses pour voir ce qui crée les foudre de cette antiquité de la danse classique. Mais non, n’ayant pas vu la scène, je ne comprends pas. Je me contente de jeter un coup d’œil à la troupe qui semble pourtant bien en place. Dans la coulisse d’en face, Dimitri lève les yeux au ciel.
-EN ME-SU-RE ! s’écrie notre maitre. Le tempo ! Ce n’est pourtant pas si compliqué de compter, vous avez tous appris ça étant enfants non ?
Je ne peux m’empêcher d’avoir envie de rire en voyant la tête qu’il fait. On croirait qu’il va s’arracher les cheveux de la tête, ce qui serait assez difficile étant donné qu’il est plus chauve qu’un caillou. Et la musique reprend de plus belle, encore une fois. Je m’apprête à rentrer dans la coulisse pour ne pas gêner mes partenaires quand deux silhouette, dont une en uniforme, et une autre de femme, retiennent mon attention. Elles viennent d’entrer dans la fausse, et s’installent dans deux fauteuils. Je n’y prête pas plus attention que ça sur le coup, concentrée dans ma répétition. D’ailleurs, le tempo accélère, me rappelant à l’ordre, je vais bientôt entrer en scène. Je prends mon élan pour courir jusqu’à Dimitri qui lui n’a pas quitté la scène, et je m’envole de terre pour arriver dans ses bras. Il me porte à bout de bras, alors que je lève les bras au ciel pour le porté final. Et la musique s’achève, les lumières s’éteignent. Gracieusement, Dimitri me laisse redescendre à terre, et j’exécute une pirouette en piqué, avant de lui lancer :
-Merci, monsieur, et d’effectuer une courbette.
-Je vous en pris, très chère, me répondit-il en s’inclinant.
-Bon, c’était lamentable, affreux, horrible. Je vous accorde dix minutes de pause et un recommence. Et cette fois-ci, je ne veux aucune erreur, je vous préviens !
Je lève les yeux au ciel. Notre chorégraphe sait toujours comment nous motiver, c’est impressionnant. Je descends de la scène pour aller jusqu’au fauteuil où j’ai laissé mes affaires, à la recherche d’une serviette éponge. Mine de rien, il fait chaud sous ces projecteurs. C’est alors que je me rappelle du couple qui est entré pendant que nous répétions. Je les détails, l’air de rien, et je reconnais alors la jeune femme. Irina… Oh non… Quelle coïncidence, qui ne doit d’ailleurs pas en être une. Nous dansions ensemble à une époque, mais je n’avais jamais pu supporter son caractère de princesse qui ne souffre pas de fréquenter le bas peuple. Elle nous avait quittés pour se marier, et ce n’était pas une grosse perte à mon sens. Depuis, j’avais appris qu’elle avait épousé le neuve d’Hitler. Il avait eut un accident, et était handicapé, ou mort, je ne sais plus. On en avait parlé dans les journaux. Je ne l’aimais déjà pas beaucoup avant, mais maintenant, c’était pire que tout. Elle représentait tout ce que je détestais.
-Tiens, une revenante, lançai-je calmement, détachée.
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Sujet: Re: Le bal des actrices Dim 4 Sep - 16:30
Berlin – Siège de la Gestapo. Eté 1942
« Madame Kellemerman… Irina… Ceci est une formalité comme une autre dans l’unique but de garantir votre sécurité. »
« Ma sécurité ? ! Vous pensez que c’est en m’affichant ouvertement avec deux soldats pour me surveiller que je vais me sentir en sécurité ?!! »
Je tapotais nerveusement du pied, agacée par les décisions du SS-Oberstgruppenführer que j’avais en face de moi. Le Général Von Kreitzer avait été chargé de veiller sur moi et prendre les mesures nécessaires afin que je ne subisse pas le même sort tragique que mon mari. Même s’ils faisaient comme si de rien n’était, gardant leur calme, conservant leurs apparence, je savais très bien que les officiers SS avaient peur. Personne ne savait comment un de leur généraux avait put disparaitre aussi brusquement. Le führer avait été fou de rage d’apprendre la mort de son neveu, préférant faire taire l’affaire qui aurait de quoi scandaliser l’Allemagne nazie tout entière. J’étais de retour dans le pays pour quelques jours, de manière à signer les papiers de succession de mon défunt mari et de régler quelques détails administratif. Sans oublier que je devais jouer la veuve éplorée devant les personnalités venue m’adresser leur condoléances.
« Irina, vous savez bien que tout ce qui m’importe est votre bien être. Et je ne fais qu’exécuter les ordres du führer. Je refuse de vous laisser courir seule dans Paris sans une protection rapprochée, Dieu seul c’est ce qui pourrais vous arriver… »
Von Kreitzer semblait déterminé à me faire surveiller par deux gardes du corps, et je peux vous assurer que l’idée ne me plaisait guère. Je savais me défendre toute seule, je n’avais pas besoin d’être suivit en permanence par deux petits toutous, ce pourquoi cette idée ne me plaisait guère. Mais les autorités voulaient être prévenantes avec moi, à leurs yeux mon mari avait très certainement été assassiné par des résistants, et maintenant ils craignaient de nouvelles représailles. Ce pourquoi le temps de mener l’enquête sur le mystère pesant sur la mort de Walter, ils avaient décidé de me suivre de très près. Sachant pertinemment qui était la responsable de son décès, je ne risquais pas d’en être ravie. Mais n’importe qui à ma place aurait réagit de cette manière, ce qui me faisait me montrer très ouvertement mécontente à cette idée. Encore plus parce que ma maison allait elle aussi être surveillée de très près.
Depuis plus d’une demi heure, dans le bureau de Von Kreitzer j’essayais de me plaindre et crier pour qu’il m’accorde au moins de pouvoir sortir seule dans la rue. Cependant, Von Kreitzer était très fidèle aux ordres, ce qui lui avait fait résister au scandale que je lui faisais ne prenant pas en compte mes lamentations incessantes que je faisais depuis que j’avais franchi la porte de cette pièce.
« Très bien. J’accepte. De toute façon, ais-je réellement le choix ? Encore faudrait-il que vos hommes arrivent à me supporter, si tel n’est pas le cas, je me ferais un plaisir de les renvoyez d’où ils viennent. » Ajoutais-je sournoise. Si je m’étais finalement résignée à accepter la présence de soldats partout où je pouvais aller, en revanche je n’avais pas dit mon dernier mot. Comptant très bien en profiter pour leur faire la misère. S’ils pensaient que venir à Paris pour surveiller une petite bourgeoise serait des vacances, j’allais leur prouver tout le contraire.
De retour à Paris – Quelques semaines plus tard.
« Karl, veuillez me préparez un thé, avec très peu de sucre s’il vous plait. Et pendant ce temps Derek allez me chercher mes chaussures avant de partir. »
Karl et Derek, en parfait petit toutou exécutaient mes ordres comme à chaque fois que je le leur demandais. On m’avait affublé la compagnie de deux gardes du corps, à moi de les rendre utiles, n’est-ce pas ? « Voyons dépêchez vous, mettez-y un peu plus d’entrain ! » Ajoutais-je avec sévérité confortablement assise sur mon canapé alors que ma femme de chambre était en train de me faire les ongles. « Vous comprenez vous Maria j’espère ? Une femme triste se doit d’être comblée et réconfortée de toute les manières possible et je trouve personnellement que nos chers amis n’y mettent pas assez du leurs. Juste ciel, ne comprennent-ils pas mon désespoir ? » Je fis un geste théâtrale en allant saisir un mouchoir pour allez y sécher les quelques larmes qui coulaient sur mes joue allant également me moucher dans le papier. « Il ne savent pas ce que sait que de peldle quelqu’un qu’on aime miss Ilina. » Me répondis Maria de son accent italien alors que je poussais un soupir de désespoir lorsque Karl m’apporta mont thé – trop sucré, pendant que Derek était en train de me mettre mes chaussures. Tous les prétextes étaient bons pour me faire servir, et je crois bien que la mort de Walter était le meilleur que je n’avais jamais eu.
Alors que Maria venait de finir ma manucure, que j’étais vêtue d’une magnifique robe noir – symbole de mon deuil – ainsi que d’un chapeau de la même couleur et d’un voile dentelé, j’étais fin prête pour me rendre à l’opéra. Ce n’était qu’une sortie de plus visant à me distraire et me montrer déplorée en publique. Evidemment jouer la veuve pleine de tristesse ne pourrait que faire baisser les soupçons qui pourraient éventuellement peser à mon égard quand à la disparition mystérieuse de Walter. J’avais parfois l’impression d’être une actrice, jouant constamment un jeu pour conserver les apparences. Ce n’était pas qu’une impression en réalité, mais je me devais de préserver mes petits secrets.
« Allons-y messieurs, je suis fin prête. Mon chauffeur est déjà devant, dépêchez-vous il ne faudrait pas que nous soyons en retard. » Grimpant dans la luxueuse berline noir accompagnée des deux soldats nous nous dirigeâmes vers le centre ville de Paris, là où la représentation allait avoir lieu. La danse avait toujours été une passion pour moi, pratiquant ce loisir depuis toute petite. Mais malheureusement mes obligations ne m’avait jamais put faire percer dans le domaine, j’avais probablement une vie bien trop mouvementée et occupée à force de jouer tantôt les infirmières, tantôt les espionne, pour me permettre de réaliser mes rêves d’enfant. Mais Walter m’avait toujours dit que devenir danseuse étaient puérils, me décourageant sans cesse lorsque je voulais faire quelque chose de ma vie autre qu’en rapport avec l’Allemagne. Je soupirais silencieusement en repensant à toutes ces années où il m’avait soumise à ses moindres volontés, dépassant encore et toujours plus les limites… Décidément il était bien mieux dans sa tombe.
Arrivée devant l’Opéra, je fut nostalgique de cette période où je pouvais m’y rendre autant de fois que je voulais. Cela faisait un bon bout de temps que je n’y avais pas mit les pieds, constatant avec mépris que peu de choses semblaient avoir changé par ici lorsque je contemplais l’affiche. « Caroline Lisieux dans le premier rôle ». Je n’avais jamais été en très bon terme avec la danseuse, alors forcément voir qu’elle allait être là ce soir ne m’enchanta guère. Cependant ne me fixant pas sur ce petit détail insignifiant, relevant mon voile dentelée je pénétrai dans la bâtisse accompagnée encore et toujours de mes deux toutous. Retirant mon chapeau pour le mettre dans la main de Karl, mon manteau pour le mettre dans les bras de Derek je me libérai rapidement de mes vêtement avant de me diriger vers la salle de spectacle faisant signe à mes compagnon pour la énième fois de se dépêcher. Je savais qu’en me montrant odieuse et capricieuse continuellement, ils allaient finir par être à bout, et je pourrais enfin être débarrassée d’eux. Tel était mon principal but face à mon attitude plus que désobligeante envers ces messieurs.
Saisissant un programme au passage j’allai m’installer bien confortablement dans un fauteuil au premier rang, étant donné que j’avais une place d’honneur qui m’était réservé. Etre la femme de Walter me procurait des avantages qui même après sa mort de se perdrait jamais. Je retirai mes gants noirs et posa mon sac sur les genoux de Karl alors que je lisais le feuillet que j’avais entre les mains, repérant plusieurs nom qui m’étaient familier. « Karl, cigarette. » Ajoutais-je froidement alors que l’homme alla me placer la tige de papier entre les lèvres. Poursuivant toujours ma lecture je me tournai en direction de Derek sans un mot parce qu’il savait très bien ce qu’il avait à faire. Sortant un briquet il alla m’allumer ma cigarette alors que dans un soupir je refermai théâtralement le programme avant que les lumières ne s’éteignent pour laisser place au spectacle…
Alors que le rideau venait de se lever, j’applaudissais alors qu’une voix au micro vint annoncer l’entracte. En dépit que celle qui dansait n’était pas vraiment une des mes amie, je dois dire que ce début de représentation avait été très bien, me rendant nostalgique de cette période où moi aussi j’avais la chance de monter sur scène. Quelque part j’étais peut être jalouse de Caroline Lisieux, parce qu’elle avait eu une vie dont j’aurais toujours rêvé. Cependant ma fierté m’empêcherait de l’admettre ouvertement. Au contraire, je me prétendais heureuse aux yeux du peuple, cette femme qui avait tout pour elle et le monde à ses pieds. C’était peut être plus facile ainsi plutôt que d’admettre clairement la noirceur de mon existence.
Me décidant durant cette pause d’aller saluer les anciennes connaissances que j’avais ici, je me dirigeais vers les coulisses alors que j’avais fait signe à Karl et Derek de rester devant la porte. J’avais juste besoin d’air, de me débarrasser d’eux pour quelques instant. Et je pensais qu’aller dans les coulisses était le meilleur endroit pour. Avec bon nombre de danseuse qui se changeait, nul ne doute que ces messieurs ne se risqueraient pas à aller dans ces territoires interdits à leurs regards. Ce pourquoi ils étaient restés devant la porte alors que je pénétra à l’intérieur. Marchant la tête haute, nul ne doute que mon arrivée se fit remarquer, puisque le chorégraphe, Vincent, alla lâcher ce qu’il faisait pour aller me saluer les bras ouvert.
« I-R-I-N-A ! Mais quelle surprise ! A ce que je constate vous êtes toujours de toute beauté. » Me dit-il en allant me faire un baisemain alors que je souriais – mais pas trop, n’oublions pas que j’étais veuve. « Moi aussi je suis contente de vous revoir Vincent. » Après une accolade plus que chaleureuse avec cet ancien ami, je le laissai retourner à la motivation de ses troupes alors que je me retrouvai nez à nez avec Caroline en train de s’éponger avec une serviette. « Tiens, une revenante. » Me dit-elle d’un ton calme alors que je lui adressais un regard de haut. Ce genre de petite remarque venant de sa part n’étaient pas anodine, je le savais. Et cela avait principalement le don de m’agacer. « Excuse moi si certaines personne ont d’autre obligation plus importante que d’être ici. » Ajoutais-je calmement simplement pour me défendre, quoi que, je ne nierais pas qu’il y a une certaine dose de sournoiserie dans mes propos. « Mais ne t’en fait pas très chère Caroline, je ne suis pas venue ici pour prendre ta place. » Ajoutais-je souriante en adressant un regard à l’encontre de Vincent qui me souriait. Très certainement être proche du chorégraphe aidait, mais qu’elle ne se fasse pas de soucis, j’étais bien trop occupée pour danser à nouveau. Enfin pour le moment…
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Ce que diable ne peut, femme le fait.
♪ Je voudrais vous parler des hommes que j'aime Ceux qui m'ont embrassés, au bord de la seine Où j'allais me jeter, jeter par une reine Ils ont des geules cassés, il faut les voir au petit jour Se coucher tout étonnée, du monde qui les entoure Ils volent, ils viennent, ils trainent, ils parlent fort, ils ne parlent pas Ils entenent des carmen, qui leur disaient, viens par la! Et chaque fois ils y vont, et chaque fois ils en reviennent Entre un ange et un demon, ainsi j'aime les hommes que j'aime.
Caroline Lisieux
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Sujet: Re: Le bal des actrices Lun 5 Sep - 11:46
Se lever chaque jour en prétendant être une autre avait été difficile. Se lever maintenant tous les matins en essayant d’occulter une partie de ma vie et donner le change n’étais pas beaucoup plus simple. Faire semblant était toujours difficile, mais quand on monte sur les planches depuis son adolescence, pour interpréter des rôles qui n’étaient absolument pas le reflet de sa propre vie, ça aide parfois. La danse c’est une sorte de théâtre, sauf que c’est avec son corps et son visage qu’on joue la comédie, et qu’au texte des comédiens, on substitue des chorégraphies plus ou moins complexes avec plus ou moins de danseurs. Sinon, c’est la même chose. Sur scène, on pourrait parfaitement croire que Dimitri et moi sommes parfaitement amoureux, que Jacques, lui, est un être vil et ne cherchant qu’à nous faire du mal, nous séparer, et qui finit par nous tuer. C’est ainsi, sur les planches. Alors que dans la réalité, j’aime un homme que je ne devrais même pas fréquenter, Dimitri préfère les garçons et Jacques est la bonté incarnée. C’est assez amusant de voir toutes les différences. Et c’est notre passion de la danse qui nous a tous menés ici. Nous nous retrouvons pour la partager, mais pas toujours dans la joie et la bonne humeur. On avait beau me dire que sans moi, la troupe n’était pas la même, qu’aucune des filles – pas même Angélique, ha ha ! – n’avait assez de talent pour me remplacer, je savais bien que mon retour ne faisait pas que des heureuses.
Certaines d’ailleurs avaient fait la tête d’affiche pour un rôle ou deux. D’autres s’étaient succédées dans les rôles titres de la saison précédente, la Belle au Bois dormant. Mais aucune n’avaient réussies à garder cette place. J’avais donc de la chance d’être toujours aussi capable de faire mon travail quand d’autres n’y arriveraient jamais, surtout après une telle absence. J’avais d’ailleurs cru que moi non plus je n’y arriverai pas, mais après des heures et des heures de travail, c’était tout ce qu’il me fallait. J’étais heureuse d’être revenue là où je me sentais à ma place. Et surtout pile à temps pour les répétitions du nouveau ballet. J’étais le visage de l’Opéra Garnier, un visage qui avait manqué et qui n’avait pas pu être remplacé. Un vrai miracle pour ma carrière et pour ma mission d’infiltration. Je jouais les parfaites collabos le jour, pour être Giselle, ou maintenant Freddy, la nuit. C’était amusant de voir que personne ne se doutait de rien. Après tout j’étais juste bonne à lever la jambe et à sauter très haut. A amuser la galerie au passage. Personne ne pouvait se douter qu’en plus de parler très bien allemand, j’étais aussi quelqu’un d’activement recherché, et pour cacher quelque chose, quel meilleur moyen que de le mettre en pleine lumière ? Après tout, sur scène, dans mon costume blanc, encore plus blanc que celui que je portais pour le Lac des Cygnes, il y a trois ans, on ne voyait que moi. Bien sur la robe était plus simple, et j’avais pour seule coiffe une petite tiare au lieu d’un bandeau en plume, mais je me sentais bien plus à l’aise dans cette adaptation du conte d’Anderson que dans le ballet de Tchaïkovski. Du moins à l’époque, car aujourd’hui, la dualité de ma vie aurait parfaitement été avec celle des deux personnages.
Mais il fallait travailler toujours plus, et je me demandais quel serait la prochaine adaptation de notre troupe. Peut être un autre conte ? Cendrillon ? Ou alors quelque chose de plus classique, comme Giselle justement. Carmen avait été faite il y a à peine deux ans, et j’avais manqué La Belle au Bois Dormant. Il fallait se renouveler… Il restait encore un ou deux mois d’affiches pour le Petit Soldat de Plomb, avant de savoir quelle serait notre prochaine affiche. J’avais tout de même hâte de savoir, mais en attendant, jusqu’à la dernière représentation, Vincent ne nous dirait jamais que c’était parfait. Il était de toute manière impossible à satisfaire. Certains se demandaient si quelque chose lui plaisait vraiment dans la vie, à part nous rabaisser sans cesse. Mais je me disais que s’il nous poussait ainsi, c’était une manière pour nous d’être encore meilleurs et de nous dépasser. D’être la meilleure troupe de ballet classique que Paris ait jamais connue, et pourtant, depuis Louis XIV, lui-même très friand de danse, entre Paris et Versailles, on avait vu défiler pas mal de danseurs célèbres. Atteindre la perfection était pourtant impossible. Il y aurait toujours quelque chose qui n’allait pas, mais je me faisais une raison.
Heureusement, nous faisions une petite pause. Je n’étais pas fatiguée mais la voix de Vincent me vrillait les tympans. C’était à cet instant que je m’étais rappelée qu’un couple était entré alors que nous finissions le premier acte. Si Vincent continuait ainsi, il allait nous épuisé et ce soir, nous serions incapables de danser correctement. Bien sur, cela serait encore notre faute. J’avais descendu les escaliers menant de la scène à la salle, où les affaires des danseurs étaient éparpillées à droite et à gauche, à la recherche d’une petite serviette éponge pour essuyer la transpiration de mon visage. Vivement une bonne douche. Je n’osais même pas regarder mon visage dans un miroir, il devait y avoir un gros plan sur ma cicatrice. Je reconnus la jeune femme sans difficulté, même sans le cri hystérique de Vincent qui me fit lever les yeux au ciel. Il y avait une rumeur comme quoi ils avaient couchés ensemble. Venant d’Irina, cela ne m’étonnait pas du tout. Elle n’aurait pas pu rester à Berlin, et aller embêter leur troupe de ballet à eux ? Je n’avais pas pu m’empêcher de la saluer très froidement, et de rester sur mes gardes. Les griffes étaient encore rentrées, mais cela risquait de changer… Mais avec tout ce qui m’était arrivé je n’étais plus la même, alors franchement, ses petites réflexions mesquines, elles me passaient bien au dessus de la tête.
- Excuse-moi si certaines personnes ont d’autre obligation plus importante que d’être ici.
J’eus un rictus profondément moqueur, avant de poser mon pied sur l’accoudoir d’un des fauteuils devant moi, pour resserrer le ruban de ma pointe. "Choses plus importantes..." Elle voulait sans doute dire "être belle et se taire". Ca ne changeait pas grand chose. Et puis j'aurais préféré qu'elle reste loin... Mais ce n'était que mon avis.
- Mais ne t’en fait pas très chère Caroline, je ne suis pas venue ici pour prendre ta place.
Je fis de même avec la seconde tout en répondant à sa petite pique qui ne me faisait pas plus d’effet qu’un courant d’air, avec un ton toujours aussi détaché, presque méprisant :
-Oh mais je ne m’inquiète pas. Il y a bien trop longtemps que tu as quitté les planches pour risquer de prendre la place de qui que ce soit ici…
Et ça, je le pensais. Vraiment. Elle était partie pour se marier, et était désormais veuve. C’est un risque à courir. Excusez moi de ne pas être désolée, surtout quand on sait qui elle avait épousé et du coup qui était mort…
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Sujet: Re: Le bal des actrices Mer 14 Sep - 21:50
Habiter à Paris avait toujours été un rêve de petite fille. Ça et être danseuse, ou actrice avant de finalement me marier à un beau jeune homme riche. Dans un sens, mes rêves s’étaient réalisé. J’avais quitter l’Autriche, puis Berlin pour finalement me retrouver dans cette capitale si convoitée. J’avais épousé un bel homme, très riche qui plus est. Et j’étais quelque part une actrice à force de jouer le double jeu que je pratiquait sans cesse – qui était peut être triple, parce qu’entre l’infirmière, l’espionne, et la desperate housewive qui avait voulu se débarrasser de son mari, je crois bien que j’avais encore plus de rôle que je ne l’aurais imaginé. Et la vie que j’avais à présent était bien loin du compte de fée que je me serais imaginé vivre. Forcément, quand on est habituée depuis toute petite à vivre dans un beau château, à être chouchouté par vos parents, qui plus est ne cesse de vous répéter que vous avez du sang royal dans les veines, comment n’aurais-je pas put croire pouvoir mener l’existence d’une princesse ? J’étais sans doute trop ambitieuse, trop difficile peut être, à toujours vouloir chercher le compliqué. Toujours vouloir avoir les plus belles robe, un homme des plus puissants à mes côtés, une des plus belle villa de Paris… Et tout ça pour quoi ? Pour finalement me rendre compte que je n’arrivais même pas à être heureuse ? Et bien figurez-vous que je crois bien avoir saisir que la clé du bonheur n’est finalement par l’argent et le pouvoir. Il pourrait être plus simple que ça, plus modeste. C’était comme ça qu’avait été le mien finalement…Jamais je ne m’étais sentit autant heureuse que lorsque je partageais de simple moment de complicité avec mon jardinier. Bien que cela avait été une grave erreur, une grossière erreur, puisque ça avait faillit causer sa perte, et la mienne. Peut-être que ça la causerait d’ailleurs si l’enquête au sujet de la mort de Walter s’avérerait être fructueuse. Je craignais grandement les représailles, je craignais que la vérité n’éclate au grand jour. Pour la première fois de ma vie j’avais peur, réellement peur… Parce que cette fois là je serais toute seule, Walter – aussi mauvais soit-il – ne serait plus là pour me protéger, personne ne pourra le faire. J’étais dans une impasse. Quoi qu’il arrive, j’aurais forcément l’armée allemande à dos – s’ils découvraient la vérité – ou alors ça serait les résistants pour les crimes que j’avais commis envers plusieurs des leurs. Sur qui pouvais-je compter alors à présent ? Personne, si ce n’est que moi-même, et ma capacité à berner les gens. Je savais que si je voulais survivre, si je ne voulais pas me faire prendre, je devais continuer à jouer constamment un rôle, cacher ma double vie pour oser espérer que l’on m’épargne.
C’était bien parce que je savais que forcément un jour je finirais pas être prise à mon propre piège, que je préférais me divertir en attendant. Profiter de la vie, m’amuser tant que je le pouvais, faire ce que je voulais. J’avais l’impression de revivre depuis que Walter n’était plus dans mes pattes. Bien que ma liberté était quelque peu entravée par la garde rapprochée que l’on m’avait affublé. Mais je n’allais pas me laisser démoraliser par ce petit détail insignifiant. Après tout j’avais connu pire – bien pire. Et comptais bien même plutôt tirer profit de ce qu’on m’avait servit dans un plateau en argent. Et Derek et Karl ne pourront s’en prendre qu’à eux même pour ça – enfin plutôt leur supérieur.
Revenir à l’Opéra me procurait une bouffée d’air frai telle, que j’avais bien du mal à masquer mon sourire. Tant bien que même je me devais de ne pas trop le montrer, particulièrement à Vincent qui ne me connaissait que trop bien et qui pourrais éventuellement deviner que je n’étais pas tant affecté que ça par la perte de Walter. Enfin, le savait-il seulement ? Je n’en savais rien. Et préférerais ne pas en parler. Parce que je n’aimais pas m’étendre sur le sujet, et parce qu’une veuve attristée qui plus est ne préférerait pas évoquer la perte douloureuse de son mari. Oh oui c’est sur que c’est si tragique, donnez moi un mouchoir je vais pleurer !
…. Mais non non, ne vous y méprenez-pas, c’est bien évidemment la dernière chose que j’ai envie de faire. La première serait de rabattre son caquet à cette Caroline Lisieux. Même après des années, il fallait encore qu’elle vienne me provoquer, alors que cette fois-ci, je n’avais rien fait. J’avoue parfois exagérer et être totalement blâmable, mais cette fois-ci non. La seule chose que j’avais fait était allez accourir dans les bras de Vincent, alors sa petite remarque au passage j’aurais put m’en passer. Mais je n’étais pas pour autant du genre à me laisser faire, bien au contraire. J’étais sournoise et peste, je l’admets, et parfois même je dois dire que j’adorais ça. Mais c’était plus fort que moi, je n’arrivais pas à me taire et rester tranquille lorsque quelque chose m’horripilais. Sans doute étais-ce mon caractère de princesse qui voulait ça…
-Oh mais je ne m’inquiète pas. Il y a bien trop longtemps que tu as quitté les planches pour risquer de prendre la place de qui que ce soit ici… Je toisais Caroline qui venait malheureusement pour elle de répondre à ma petite pique – et encore j’avais été gentille. Décidément, le succès devait très certainement lui avoir monté à la cervelle, la pauvre chérie. J’émis un rire jaune à l’entente de sa réplique, c’est qu’elle s’y croyait vraiment en plus, c’était risible. Si je n’étais plus là c’était parce que je l’avais choisit – enfin pas vraiment – et si par hasard je déciderais de revenir, je suis sur qu’il n’y aurait aucun problème à cela. Mes relations – Vincent paritairement – ne m’empêcheront jamais de danser et de revenir sur le devant de la scène, bien que ce n’était absolument pas dans mes projets. Mais je comprenais que la petite Caroline soit terrorisée à l’idée qu’une autre vienne prenne ça place, c’était ça le risque d’être dans la lumière, et c’était ça la danse. Rivalités, complots et piques à gogos. Je dois dire que je n’aimais pas particulièrement ça, à l’époque par ailleurs, je préférais me divertir avec le chorégraphe plutôt que de passer mon temps à me livrer à des gamineries absolument pas digne de mon rang. « Trop longtemps ? Voyons ma chérie, je ne voudrais pas te contredire, mais le talent ce n’est pas quelque chose qui se perd avec les années. Si je me déciderais à revenir parmi vous, je reviendrais, et ça personne ne pourra m’en empêcher. » Ajoutais-je de mon plus beau sourire hypocrite, cherchant d’avantage à la déstabiliser plus qu’autre chose. « Mais je comprends que tu sois sur la défensive, ma pauvre. Cela serait vraiment terrible que quelqu’un vienne prendre ta place, alors que tu n’as rien d’autre que la danse. » Ajoutais-je en venant tapoter son épaule prenant un air faussement compatissant. « Heureusement pour toi, certaine ont d’autres priorités en tête. Je ne voudrais très certainement pas m’interposer dans tes rêves ma chérie. » Nouveau sourire hypocrite. Décidément, j’étais vraiment une peste, le pire c’est que je l’assumais entièrement. Mais c’était une façade dont je jouais souvent, rien de tel que de se faire passer pour une capricieuse et une enfant pourrie gatée pour cacher mes plus sombres secrets.
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Ce que diable ne peut, femme le fait.
♪ Je voudrais vous parler des hommes que j'aime Ceux qui m'ont embrassés, au bord de la seine Où j'allais me jeter, jeter par une reine Ils ont des geules cassés, il faut les voir au petit jour Se coucher tout étonnée, du monde qui les entoure Ils volent, ils viennent, ils trainent, ils parlent fort, ils ne parlent pas Ils entenent des carmen, qui leur disaient, viens par la! Et chaque fois ils y vont, et chaque fois ils en reviennent Entre un ange et un demon, ainsi j'aime les hommes que j'aime.
Caroline Lisieux
Et de bals où il a dansé en bâillant à se tordre la bouche
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Sujet: Re: Le bal des actrices Sam 17 Sep - 14:34
En période de guerre, nous sommes sensés être contents, rassurés, de voir quelqu’un que nous n’avons pas vu depuis longtemps revenir parmi nous, au milieu de toutes ces disparitions, ces personnes que nous ne reverrions jamais, et dont nous ne connaitrions jamais le sort avec une réelle précision. Et pourtant, pourtant… le retour d’Irina Kellermann était loin, bien loin de me faire plaisir, tout au contraire. Enfin, dans les grandes lignes, il m’indifférait. La personne en elle-même d’Irina m’était totalement indifférente. Mais ce qu’elle représentait, son mariage avec le neveu d’Hitler, dont elle portait bien étrangement le deuil, tout de même, tout cela, en tant que parisienne, opprimée et oppressée, et encore plus en tant que résistante qui se battait sous le couvert de l’ombre, me dégoutait. Je me rappelais encore de la manière dont elle nous avait annoncé son mariage avec lui. Elle était déjà très capricieuse, n’accordant aucune importance aux danseurs autour d’elle qui ne pouvaient pas lui apporter quelque chose par leurs relations, autrement dit les gens comme moi, et tellement imbue d’elle-même, alors elle n’avait certes pas pu garder un tel évènement secret. De secret, d’ailleurs, il n’y en avait pas, mais il fallait bien admettre que dès qu’elle avait passé le seuil de la porte des vestiaires pour la dernière fois, il y a maintenant quelques années, la tension s’était immédiatement envolé, et les cancans avec. C’était une peste, une petite gamine pourrie gâtée et qui n’arrivait pas à grandir. Que ça soit la vérité ou non ne me faisait absolument ni chaud ni froid. C’était tout simplement un fait.
C’était mesquin, sans doute indigne de la jeune femme que j’étais devenue, mais j’étais certaine que si j’apprenais demain que sa voiture avait sauté, avec elle dedans bien sur, cela m’aurait remplie de satisfaction. Mais je n’étais pas assez vile pour proposer moi-même l’opération. De toute façon, à quoi cela aurait-il bien pu servir ? Je ne faisais pas partie de ces résistants qui profitent de leur statut pour régler leurs comptes personnels. Et ça aurait été s’abaisser au niveau des collabos. La mort d’Irina n’aurait absolument rien changé à ce qui se passait maintenant, et nous avions bien trop cruellement besoin de matériel pour le gaspiller à apprendre la vie – ou plutôt la mort – à une jeune femme immature et stupide. Par contre, si quelqu’un d’autre voulait le faire, il avait ma bénédiction. D’ailleurs, je me demandais pourquoi elle était revenue ici… Quel était l’intérêt ? S’apitoyer sur sa gloire passée ? Parce qu’il ne faut pas se faire d’illusion. La danse, quand on arrête trop longtemps, c’est définitivement fini. Et malgré tout ce qu’elle pourrait dire ou faire, elle ne retrouverait pas la totalité de sa souplesse ni de son endurance. La danse, en plus d’être un art, est un sport de haut niveau pour lequel il faut sans cesse s’entrainer. Et puis, est ce que ce sont quelques kilos en trop que je vois sur ses hanches ? A moins qu’elle ne sache plus choisir ses robes, malgré le fait qu’elle soit en deuil, et que celles-ci la grossissent ? Il y a du laissé aller, ma chère.
En tout cas, sa présence m’agaçait un peu, mais ne me gênait pas, tant qu’elle ne montait pas sur scène pour se ridiculiser, mais avec Irina, sait-on jamais. Enfin, il fallait espérer qu’elle avait trop de respect pour Vincent pour faire ça. Non, ça ne serait peut être pas du respect, venant d’elle, elle ne respectait personne, à part elle-même et encore, je n’en suis pas tout à fait certaine, ça serait plutôt de la pitié. La pitié pour un homme avec qui elle avait surement couché dans sa loge, il y a bien longtemps, et qui continuait à faire son travail, son travail étant quelque chose que l’autrichienne était sensée aimer, pour avoir fait autant de danse. Je n’avais jamais compris comment une fille à papa comme elle avait pu s’abaisser à devenir danseuse classique, surtout vu la réputation des danseuses en général. Elle avait dut le faire par pur esprit de contradiction, un caprice comme un autre, qu’il avait fallut réaliser pour éviter qu’elle ne se trouve quelque chose d’encore pire à faire. C’est fou comme les enfants des riches sont en général élever de manière bien pire que les enfants des pauvres. Irina était le parfait exemple. A chaque fois qu’une chorégraphie ne lui allait pas, ou qu’on ne la voyait pas assez, elle était capable de nous faire une crise de nerfs pour que tout cela change. Une peste, égocentrique avec ça.
Et ses petites piques me laissaient totalement indifférentes. Elle n’arrivait déjà pas à m’énerver quand nous dansions ensemble, ce n’était pas maintenant que ça allait changer. Dommage pour elle, n’est ce pas ? J’avais bien mieux à faire que me crêper le chignon avec une fille qui revenait s’émerveiller sur sa gloire passée, et bien passée, quoi qu’elle en dise.
-Trop longtemps ? Voyons ma chérie, je ne voudrais pas te contredire, mais le talent ce n’est pas quelque chose qui se perd avec les années. Si je me déciderais à revenir parmi vous, je reviendrais, et ça personne ne pourra m’en empêcher.
Je passais ma serviette éponge autour de mon cou, remettant mes mèches rousses qui s’étaient échappées dans mes pinces plates, de chaque côté de mon visage, l’écoutant très, très distraitement. On peut avoir le talent, à la base, mais si on arrête de l'exploiter, il ne sert plus à rien.
-Mais je comprends que tu sois sur la défensive, ma pauvre. Cela serait vraiment terrible que quelqu’un vienne prendre ta place, alors que tu n’as rien d’autre que la danse.
Si tu savais… Mais non, tu ne sauras pas, je ne te ferai pas ce plaisir. Si j’avais vraiment été sur la défensive, elle aurait déjà un couteau sous la gorge, et ses petits chiens de garde n’auraient rien pu faire pour m’en empêcher. Je me contentais de sourire doucement.
-Heureusement pour toi, certaine ont d’autres priorités en tête. Je ne voudrais très certainement pas m’interposer dans tes rêves ma chérie.
Je repoussais la main qu’elle avait posé sur mon épaule comme on chasse un petit insecte qui vous grimpe dessus, mais qui ne vous fera aucun mal, avant de m’épousseter le bras.
-Si jamais tu devais revenir ce serait quelque part au fond du corps de ballet, pour qu’on ne voit pas toutes tes erreurs, tu le sais aussi bien que moi. Quand à mes rêves, fais y attention, ils pourraient venir entailler sérieusement les tiens, crois moi… Maintenant, si tu veux bien m’excuser, il y en a qui ont décidé de vivre leur passion jusqu’au bout, et non pas de changer de caprices, pour troquer… hum… je ne sais pas… la danse contre un mari un peu trop envahissant.
Sans attendre sa réponse, et faisant semblant de ne pas entendre ce qu’elle marmonnerait sans doute dans mon dos, je remontais les quelques marches qui menaient sur scène, avant de me remettre en position, en coulisse. Dimitri, depuis la coulisse d’en face, me lança un regard équivoque, après avoir désigné Irina. Il connaissait notre… mésentente. Je lui répondis par un haussement d’épaules et une grimace qui signifiait « laisse tomber elle n’en vaut pas la peine », et c’était vrai. Ce que je ne savais pas, c’est que c’était le dernier échange complice que j’avais avec mon partenaire, car la grande porte menant à la fausse s’ouvrit à la volée, et un détachement d’une vingtaine d’hommes en uniformes vert de gris investirent le théâtre à notre plus grande surprise. Immédiatement, je me raidis, persuadée que j’étais la seule à risquer quoi que ce soit ici. Pourtant, leur chef, un major d’une quarantaine d’année que j’avais déjà croisé à l’opéra, mais dont le nom m’échappait, grimpa sur scène, et chercha quelqu’un du regard, avant d’appeler :
-Dimitri Elienko… ?
Blême, je vis mon ami hésiter un moment, se demandant s’il avait bel et bien entendu son nom, avant de faire un pas en avant. J’aurais voulus lui crier de courir, de s’échapper par derrière, l’opéra et ses coulisses étaient un vrai labyrinthe, personne ne l’aurait trouvé. Mais je ne le fis pas… incapable de prononcer un mot, je n’arrivais pas à croire ce qui était entrain d’arriver.
-Par ordre de la kommandantur, veuillez nous suivre je vous pris…
Et immédiatement, deux colosses en uniformes l’encadrèrent.
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Sujet: Re: Le bal des actrices Mer 28 Sep - 14:47
Allez savoir pourquoi, j’avais toujours eu beaucoup de mal à m’entendre avec les autres filles de la troupe. Il faut dire que je ne les laissais pas indifférente, c’était certain. Et peut être même bien que je le faisais exprès. Mais c’était difficile de s’intégrer en arrivant dans un pays qui vous est totalement inconnu avec une culture ô combien différente de la mienne. J’avais toujours été traité comme une princesse – et d’ailleurs j’en était une – gâtée, et chérie par mes parents. Pour moi c’était normal, et ça expliquait sans doute pourquoi mes manières pouvaient tant agacer. Mais s’expliquaient pas l’éducation que j’avais eu. Depuis toujours, j’étais destinée à devenir quelqu’un, conserver ma lignée et me marier avec quelqu’un de mon rang. Je ne disais pas que ça me plaisait, mais c’était la fatalité, et quelque part je m’étais sans doute enfermée dans ce monde superficiel qu’est le mien. Mais en dépit des caprices que je pouvais fait et de ce comportement parfois très odieux envers les gens du peuple, je dois dire que quelque part je les enviais. J’enviais tous ces gens, peut être beaucoup moins riches que moi mais libre d’exercer la profession qu’ils souhaitaient, tout comme j’enviais ces danseuses qui pouvaient à leur guise se rendre à l’opéra. J’enviais ces filles qui pouvait prétendre à un mariage d’amour, rencontrer quelqu’un qu’elles aimaient réellement… Je n’irais pas jusqu’à me plaindre de ma situation, mais épouser quelqu’un par convenance qui vous prive de tout vos rêves et presque de votre liberté – sans oublier qu’il vous embrigade dans un régime autoritaire parfois peut être même à l’encontre de vos idées – n’est pas quelque chose qui m’a rendu véritablement heureuse. Encore une fois, c’est la fatalité. Mais sans doute étais-je trop têtue – ou capricieuse – pour avoir put l’accepter. Mais j’étais prisonière, prisonière de ce mariage, de cet homme qui me rendais malheureuse et me faisait pleurer tout les soirs en silence de mon côté du lit, qu’aurais-je put faire d’autre si ce n’est que vouloir me délivrer de lui ?
Depuis que Walter n’était plus, j’étais soulagée. Soulagée parce que ça mort m’enlevait un poids irrémédiable que je portais en moi depuis trop longtemps. Je n’avais plus à avoir peur désormais qu’il me fasse et continue de me faire du mal. Mais un problème ne s’échappe jamais sans en rencontrer d’autre. Les nazis avaient bien du mal à se remettre de sa mort, et ferait probablement payer très cher le coupable de celle-ci. Après tout Walter était un élément clés pour eux, et il contait probablement sur moi pour le remplacer maintenant. Ce qui me rendait contrainte de continuer ce double jeu dans lequel je m’était enfermé depuis plusieurs mois déjà, si ce n’est même plus. Mais je savais que si je devais m’en sortir, et ne pas me faire exécuter ni soupçonné de quelque chose, je devais continuer d’agir ainsi et mettre mes états d’âme de côté. Pour le moment du moins.
J’avais eu une vie déjà bien assez mouvementée et remplie par mes jeunes années. J’étais parfaitement consciente du fait que je ne pourrais jamais danser, être comme ses danseuses professionnelles qui brillaient chaque soir à l’opéra. Ça aurait été mon rêve que d’être parmi elle, mais Walter l’a brisé, comme beaucoup d’autre chose en moi. Si j’étais ici ce soir, c’était simplement par pur loisir. Je m’étais bel et bien faite à cette idée que je ne pourrais pas redanser, si ce n’est que pour le plaisir à un niveau qui ne pourra jamais être celui d’une professionnelle. Pour d’avantage, le temps m’aurait sans doute manqué, c’était certain même. Caroline n’avait aucun soucis à se faire à ce sujet là, mais quelque part ça m’agaçait qu’elle me rappelle de part sa présence, de part ses mots que tout était trop tard pour moi. Elle ne se rendait pas compte de la chance qu’elle pouvait avoir que d’être ici et mener sa petite vie bien tranquille. Je ne l’avouerais peut être pas à voix haute, mais quelque part je l’enviais énormément, ce qui la rendait d’autant plus agaçante à mes yeux et me donnait envie de la remettre à sa place. La pauvre, elle n’avait visiblement que ça à faire que de venir me narguer pour la seule et unique fois que j’étais ici, après tout si elle n’aurait pas fait sa petite remarque je l’aurais passablement ignoré et l’aurait presque confondue avec le décor de cette pièce tellement qu’elle était insignifiante à mes yeux. Mais elle en avait décider autrement, remarque certaine personne sont obligé d’ouvrir la bouche pour se faire remarquer, d’autre comme moi n’en ont même pas besoin.
« -Si jamais tu devais revenir ce serait quelque part au fond du corps de ballet, pour qu’on ne voit pas toutes tes erreurs, tu le sais aussi bien que moi. Quand à mes rêves, fais y attention, ils pourraient venir entailler sérieusement les tiens, crois moi… Maintenant, si tu veux bien m’excuser, il y en a qui ont décidé de vivre leur passion jusqu’au bout, et non pas de changer de caprices, pour troquer… hum… je ne sais pas… la danse contre un mari un peu trop envahissant. » J’émis un petit rire jaune quand à sa remarque. Se sentait-elle obligée de me rabaisser pour briller ? Comme je vous le disais, certaine n’ont pas besoin d’ouvrir la bouche pour que ça soit le cas, d’autres y sont malheureusement bien obligés. Ce qu’elle venait de me dire ne m’atteignait absolument pas. Je n’avais jamais été une danseuse médiocre, et même assez bonne. Sans être la meilleure je savais me débrouiller et ne commettais que très rarement des fautes en pleines représentation, alors qu’elle me dise que je serais mieux au fond du ballet n’était que de la pure provocation, sans doute pour m’énerver. Bien évidemment ça marchait, mais si la pauvre chérie avait besoin de ça pour se sentir supérieure, alors je la laissais faire. Gardant mon éternel sourire d’hypocrite bien que quelque peu d’avantage agacée par la remarque du mari. Cette petite peste ne savait pas ce que j’avais enduré à ses côté, et ferais bien de se taire plutôt que de brasser du vent en disant des idioties, mais encore une fois si elle avait besoin de ça pour se faire remarquer, soit, qu’elle fasse. Tout le monde n’a pas la chance de briller que par sa présence. C’est ainsi que je la regardai s’éloigner, sans un mot, puisque de toute façon elle ne méritait même pas que je lui accorde une seule seconde de plus son attention, et me faisait remémorer ô combien les embrouilles entre filles ne m’avaient pas manqué. Notamment les disputes avec Caroline. Nous avions toujours été des rivales, si je puis dire ça ainsi. Quelque chose ne collait pas entre nous dès le départ, depuis le début. Et ça ne changerait probablement jamais, peut être parce que l’on ne cessait de s’envoyer sans arrêt des piques ? Mais elle méritait tellement d’être remise à sa place, que même si l’on m’avait apprit à être polie et toujours pleine de bonne manière, je n’arrivais jamais à me contenir devant elle.
Finissant par l’oublier totalement elle et ses petites occupations dont je n’en avais rien à faire, je retourna faire la discussion à Vincent, qui en rient n’avait perdu de son charme, me faisant un de ses sourires ravageurs qui faisait craquer toute la troupe à l’époque. Ça devait probablement être toujours le cas aujourd’hui. Je ne connaissais pas une seule danseuses qui n’en avait pas un jour pincé pour le beau chorégraphe. J’étais prête à parier que certaines étaient probablement à cet instant même jalouse que je discute plus que chaleureusement avec le professeur, mais que voulez-vous mes chéries, on ne peut pas toutes lui plaire. Bien que de toute manière, moi et Vincent c’est de l’histoire ancienne, j’étais une veuve déplorée, triste, n’arrivant pas à se remettre de la mort de son mari, forcément le chorégraphe n’avait absolument aucune importance à mes yeux, comme tout les hommes. Et pourtant ce n’était pas le cas avec l’un d’entre eux, mais ne pense pas à lui Irina, c’est totalement ridicule de craquer pour ton jardinier pas vrai ? Enfin du moins il faut que tu t’en persuade.
Alors que j’étais en pleine conversation, une bande d’uniforme allemand vint brusquement perturber l’agitation de la foule. En voyant la vingtaine d’homme débarquer, mon visage blêmit, la peur revenait et en l’espace de quelque instant je croyais vraiment qu’ils venaient pour moi. Combien de fois avais-je redouté de les voir venir pour finalement m’arrêter après qu’il eu découvert ce qui était arrivé à Walter ? Mon cœur battait la chamade alors que c’est finalement le soulagement qui s’empara de moi lorsqu’ils appelèrent un danseur. Je me retourna en direction de Dimitri qui s’était avancé. Je me demandais par ailleurs ce qu’il avait bien put faire alors que les hommes lui demandèrent de le suivre. C’est à ce moment là que je me rappella que le jeune homme était d’avantage attiré par les hommes que les femmes, étais-ce pour ça donc ? ça ne m’étonnerait guère, ils étaient particulièrement stricts là-dessus dans le régime, c’était vraiment une chose qu’ils ne toléraient pas. Je me rappellait que Walter me disais de nombreuses fois hair et vouloir tuer de nombreux homosexuel, ce que je trouvais totalement ridicule. Pourquoi ne devrait-on pas être libre d’aimer la personne que l’on souhaite aimer ? Moi-même, n’ayant put le faire, quelque part je comprenais la situation des hommes qui pourtant était bien pire que la mienne. Si j’écoutais ma raison, je devrais probablement me taire et ne rien faire, prétextant adhérer aux idéologies nazis et trouver cette arrestation totalement justifié. La parfaite petite femme allemande que j’étais se devait d’agir ainsi. Cependant, au fond de moi je savais très bien que ce n’était pas très juste… Et je pouvais y faire quelque chose non ? « Messieur, je suis Irina Kellerman. J’aimerais savoir ce qu’il se passe. » Ajoutais-je en m’avançant vers les soldats, la tête haute alors qu’ils me saluèrent. « Madame Kellerman, nous sommes profondément désolé pour votre mari. Nous venons juste ici pour arrêter cet homme, les ordres sont les ordres. Mais ne vous en faites pas très chère vous ne risquer rien… » Il prononça ces mots en me faisant un baisemain auquel je fut contrainte de sourire. Le temps de cela, Dimitri essaya de s’échapper sur le côté alors que plusieurs autres hommes le saisissèrent. « J’espère que vous comprenez ce que nous faisons, madame Kellerman. Votre mari lui-même trouvait l’homosexualité intolérable. » J’avais envie de lui dire que Walter avait toujours eu des idées bien saugrenues et complètement archaique mais étant donné l’air sévère qu’il venait de prendre, je me tus. Je n’étais jamais à l’abri du moindre soupçon. « Effectivement c’est… Intolérable. » Ajoutais-je en essayant de prendre un air sur de moi, parce que je ne l’étais pas du tout et ne pensais pas le moins du monde ce que je disais, c’était bien pour cela que je finis par poursuivre : « Etes-vous sur cependant que vos allégations sont confirmées ? » Demandais-je hésitante. Si je pouvais éviter de le faire arrêter, ça serait bien. Il y avait déjà bien assez de mort sur notre conscience dans cette histoire.
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Sujet: Re: Le bal des actrices Mer 5 Oct - 21:43
Non… même avec le temps, il y a des personnes qu’on n’est pas content de revoir, au contraire. Un des bienfaits de la guerre avait été de nous débarrasser de cette peste d’Irina qui ne pensait qu’à elle, prête à écraser tout le monde – et surtout les jeunes femmes de plus basse extraction comme… disons moi – pour avoir sa place au soleil et briller comme les étoiles que nous voulions toutes devenir. Nous n’en avions pas la preuve, mais à l’époque où elle faisait partie de la troupe, la rumeur, très vive, courrait qu’elle couchait avec tout ce qui bougeait, du moment que cela pouvait la rapprocher du sommet. Le chorégraphe, nos professeurs, le directeur de la compagnie… Il ne manquait plus que celui du Garnier pour compléter son palmarès. Malheureusement pour elle, ou plutôt heureusement, son mariage bien rangé et surtout bien arrangé, l’avait coupée dans sa lancée. Je me rappelais encore de sa manière de déambuler comme une princesse dans les couloirs et les salles de danse de l’opéra. Quelle pimbêche… A vrai dire, pour ma part, elle m’indifférait. Quand il ne lui prenait pas l’envie de se servir de moi comme d’un souffre douleur, je n’avais pas grand-chose à faire de sa présence, de ses occupations, et des ronds de jambes qu’elle pouvait faire à qui que ce soit pour obtenir une place qu’elle ne méritait pas. La vie était injuste, je l’avais bien compris. Il ne suffisait pas d’avoir du talent pour être distinguée. Heureusement, tout le monde n’était pas victime du « charme » d’Irina, et cela n’avait jamais mit des bâtons dans les roues de ma carrière.
Son départ m’avait peut être un peu profité, il fallait bien l’admettre. Ils n’avaient plus à choisir entre deux jeunes femmes talentueuses, mais combien de temps, de toute façon, les chorégraphes, donateurs et autres, auraient supportés les caprices de princesse d’Irina, juste parce qu’elle était douée ? Quand d’autres étaient parfaitement capables de faire aussi bien qu’elle, sans imposer des conditions et faire des crises de nerfs au milieu des répétions, ou arriver en retard. D’accord, j’exagérais sans doute un peu, mais dans les grandes lignes, c’était à peu près ça. Et puis la guerre était arrivée, avec le départ d’Irina. La résistance, Paris, les disparitions, les actions, et un an loin de tout ça m’avait fait oublier la jeune femme, qui venait se rappeler à mon bon – ou plutôt mauvais – souvenir, ce dont je me serais volontiers passé, surtout aujourd’hui. Enfin, tous les jours… Mais les représentations du Petit Soldat de Plomb touchaient à leur fin, nous en étions à nos dernières répétitions, et d’ici dix jours, nous prendrions nos quartiers pour travailler le prochain spectacle. J’avais hâte, tout en me disant que le Petit Soldat de Plomb resterait une de mes mises en scène et chorégraphie préférée. Et il signait aussi mon retour sur la première ligne, au devant de la scène. Dimitri était toujours aussi parfait, et si le début des répétitions avait été un peu tendu, surtout avec celles qui auraient voulu reprendre ma place, mais maintenant que j’avais récupéré toute ma légitimité, tout ce passait bien.
Et si aujourd’hui avait été une journée comme les autres, j’aurais pu continuer à croire qu’au travail, tout se passerait toujours bien. Mais non. Il fallait que tout bascule, que rien ne se passe comme prévu… ces uniformes verts de gris, j’avais cru d’abord qu’ils venaient pour moi, et tout ce que j’espérai, c’est qu’ils n’avaient pas déjà été chez moi, et n’avaient pas vus la chambre de Victoire. Aussi, en entendant le nom de Dimitri, deux sentiments totalement opposés s’étaient emparés de moi, d’abord le soulagement, intense, profond, et puis l’horreur quand j’avais compris ce qu’ils lui reprochaient. Son homosexualité bien sur. A peine avions-nous eus le temps de réagir que deux armoires à glace l’encadraient, et que d’autres nous faisaient reculer, menaçants. A toute vitesse, j’essayais de réfléchir à ce que je pouvais faire, mais mon impuissance était la seule réponse à mes interrogations. Je sentis les larmes me monter aux yeux. Rien ! A quoi cela servait-il d’être résistante si mes amis se faisaient arrêtés et étaient condamnés à une mort certaine ? J’avais envie de crier, de faire quelque chose, mais cela n’aurait hélas servit à rien. Il ne cachait pas ses préférences, malgré toutes les injonctions de prudence que nous lui avions faites. Dimitri était ce qu’il était et il ne changerait pour rien ni personne, il avait été clair dès le début des lois raciales et autres.
Ils allaient l’emmener. Et personne ne pouvait rien à ce qu’ils faisaient. Vincent lui-même semblait totalement perdu. Et c’est à la surprise générale qu’Irina se leva pour s’approcher du commandant. Je ne sais pas qui parlait allemand, dans la troupe, mais pas un mot de leur échange ne m’échappa :
-Messieur, je suis Irina Kellerman. J’aimerais savoir ce qu’il se passe.
Je la regardais un instant, un peu surprise. Irina, se souciant des autres, vraiment ? Laissez-moi rire… Elle ne fait rien pour rien… Pourtant le respect qui suinta les expressions du commandant en entendant son nom n’était pas une illusion. Peut-être que… J’aurais été prête à lui laisser ma place si elle arrivait à le faire libérer.
-Madame Kellerman, nous sommes profondément désolé pour votre mari. Nous venons juste ici pour arrêter cet homme, les ordres sont les ordres. Mais ne vous en faites pas très chère vous ne risquer rien… J’espère que vous comprenez ce que nous faisons, madame Kellerman. Votre mari lui-même trouvait l’homosexualité intolérable.
Et les traits d’Irina se durcirent, son visage était blême. C’était fini. Dimitri semblait avoir accepté son sort, mais il ne devait pas avoir réalisé encore.
-Effectivement c’est… Intolérable. Etes-vous sur cependant que vos allégations sont confirmées ?
L’officier se renfrogna, faisant signe à ses hommes d’emmener le talentueux danseur, que nous voyions sans doute pour la dernière fois. Je vis Jacques esquisser un geste, mais je lui pris le bras pour l’en empêcher. Ne pas jouer avec le feu. Nous ne pouvions rien faire. Pas ici, pas maintenant. Mais un jour, ils payeront. Il me lança un coup d’oeil mauvais, auquel je répondis par un regard noir et dur, chose si rare chez moi qu’il abandonna toute volonté de se rebeller.
-Je vous prierai de ne pas mettre en cause mes capacités à faire mon travail, Frau Kellerman, malgré tout le respect que je vous dois. Auf wiedersehen.
Et il tourna les talons, poursuivit par un Vincent qui semblait avoir retrouvé l’usage de la parole :
-Mais … vous ne comprenez pas ! La saison est presque fini, il reste dix représentations, nous avons besoin de lui…
Ses cris, mêlés aux injonctions en allemand, se perdirent dans le lointain, alors que les uniformes quittaient la salle de spectacle, dans un silence de mort. En bas de la scène, Irina se tenait toujours là. Malgré ses gardes du corps, mon sang ne fit qu’un tour. Je cédais à la colère, chose que je ne faisais jamais. Ni une, ni deux, je fonçais sur mon ex collègue, sautant à bas de la scène, avant de la pousser, de manière à la forcer à s’assoir dans l’un des fauteuils, avant de me pencher vers elle, ma main sur son épaule pour la forcer à rester assise, sifflant entre mes dents, murmure menaçant et mauvais :
-Tu es satisfaite ? Satisfaite de ce que ton pays à fait ? Ca doit te faire tellement plaisir d’être adulée où que tu ailles parce que tu as la nationalité du vainqueur… Ne croit pas que cela durera éternellement… Oh non ! Ce serait trop beau, trop facile. Soit fière de ce que fait l’oncle de l’homme que tu as épousé. Il détruit tout ce qu’il touche, et même ce que tu étais sensée aimer. Sans Dimitri, on ne pourra pas finir la saison… Ca doit surement faire du bien à ton égo, non ? Je suis sure que si… Tu n’as jamais mérité ta place parmi nous, ton altesse, ni maintenant, ni jamais. Le seul problème c’est que maintenant, sans ton petit mari pour te protéger, tu es seule, et ne crois pas qu’on s’amusera longtemps à t’offrir des gardes du corps. Un jour tu seras vraiment seule au monde… et ce jour là…
-Caroline arrête !
Ivre de rage, je n’avais pas entendu ni senti Jacques descendre de scène. Fermement, mais sans me faire mal, il me tira en arrière pour dégager Irina. Il me tint un instant, avant que je ne me débatte pour échapper à sa prise.
-Lâche-moi !
Et sans accorder plus d’attention à Irina, ni aux autres, je remontais sur la scène, avant de me diriger vers les coulisses. Je venais surement de mettre ma vie en danger. Il fallait que Victoire aille chez son père, maintenant ! J’avais certes des protecteurs très puissants, mais un caprice de la nièce par alliance d’Hitler pouvait me précipiter en enfer, hors de question d’entrainer ma fille avec moi.
❝v o s . p a p i e r s❞ ■ religion: L'argent ■ situation amoureuse: Veuve éplorée ■ avis à la population:
Sujet: Re: Le bal des actrices Lun 31 Oct - 22:32
Bien évidemment j’admettais que par moment j’étais assez difficile à vivre et était loin d’être un parfait exemple de sympathie. Cependant ce n’était pas facile pour une « princesse » que d’être lâchée dans la nature, avec un mari que je n’avais même pas choisi. J’avais du tempérament et en aucun cas n’aimait être laissée de côté, ce qui me faisait souvent rentrer en conflits avec les autres personnes. Trop souvent peut être, mais je ne changerais pas celle que j’étais. Je savais très bien que je n’étais pas quelqu’un de méchant – pas autant qu’on pouvait le croire – mais en aucun cas j’agirais différement. Pour réussir, ma famille m’avait apprit à m’imposer et à ne jamais rester de côté, quoi qu’il advienne. Ce n’était pas pour rien qu’avec la chute de l’Empire Autrichien, ils avaient su se relever comme ils l’avaient put, continuant la luxueuse vie qu’ils avaient, sachant s’entourer des bonnes personnes. Comme la famille Kellerman par exemple. Une haute famille d’aristocrate allemande, proche du pouvoir et d’Hitler puisque partageant le même sang que lui. Mon mariage avec Walter était en somme arrivé au bon moment et avait été une belle opportunité pour mes parents. D’ailleurs ceux-ci avaient été très mécontent de sa mort, de peur que ça les éloignent des Kellerman… Je ne blâmais pas mes parents, mais quelque part je leur en voulais d’avoir toujours voulu tout décider à ma place. Comment aurait été ma vie s’il ne m’avait pas contraint à épouser un homme que je n’aimais pas ? Cette question, je me la posais chaque jour, me disant que j’aurais sans doute été plus heureuse. Mais ce n’était pas maintenant que je pouvais faire machine arrière. Maintenant, ni jamais. C’était trop tard.
Je ne savais pas qui je méprisais le plus. Moi-même pour être celle que j’étais devenue, ou ces filles pour vivre une vie dont j’aurais toujours rêvé ? Toujours était-il que je les enviais plus qu’elles ne pourraient se l’imaginer. Peut être essayé de les rendre jalouse de par ma venue, mes belles robes et mes manière était une manière de me consoler de mon sort ? Je ne préférais même pas répondre à cette question tant je savais avoir la réponse. Caroline ne s’imaginais pas la chance qu’elle pouvait avoir en menant sa petite vie tranquille de danseuse – même si j’étais loin d’imaginer que ce n’était pas le cas. Il ne fallait pas croire que tout était rose de notre côté non plus. Ce n’était pas parce que j’étais allemande que c’était simple, bien au contraire. Ça aurait été plus facile si j’étais une simple civile, une française, une simple petite femme au foyer que l’armée n’aurait put soupçonner de crime… Oui, ça aurait été plus facile. Mais je savais qu’en tant qu’agent, ils gardaient un œil très ferme sur moi. Les deux garde du corps qui m’accompagnaient en était la preuve. Officiellement c’était pour ma sécurité. Officieusement je savais que c’était parce qu’ils me surveillaient… Devais-je paniquer ? Intérieurement c’était le cas. Extérieurement, j’essayais de ne rien laisser paraitre. Comme toujours…
Bien évidemment, la vie était faite d’injustice. Preuve une fois de plus avec l’arrestation de ce pauvre danseur qui je dois avouer me révoltait. Si ça ne tenait qu’à moi j’accourerais auprès des soldats pour les empêcher de l’enmener, et je savais très bien que j’étais capable de me faire obéir. Mais forcément, un tel comportement susciterait bien trop d’interrogation à mon égard – plus qu’il y en avait déjà. D’où le fait que je devais résigner à me taire. Une fois de plus. Cependant je ne pouvais me résigner à ne pas intervenir, d’où ma prise de parole pour demander l’exactitude des allégations à l’encontre du danseur. Ne sait-on jamais, ça aurait put changer quelque chose. Mais l’espoir était maigre. « -Je vous prierai de ne pas mettre en cause mes capacités à faire mon travail, Frau Kellerman, malgré tout le respect que je vous dois. Auf wiedersehen. » Me répondit-il d’un ton dur que je connaissais très bien, ce ton qui voulait dire « ne te mêle pas de ce qui nete regarde pas », parce que oui, une femme n’était pas censé s’occuper de ce genre de chose et devait rester à sa place. Soit belle et tais-toi Irina… voilà ce qu’il venait de t’insinuer. Décidément, je détestais ce comportement. Alors je restais là, planté, sans rien faire pendant qu’une vague de protestation se fit entendre. L’air absente, j’étais devenue complètement silencieuse, figée. Figée et partager entre l’envie de bouger et d’aller rattrapper les hommes en uniforme pour aller aider le danseur. Avec toutes les remarques odieuses que j’avais put lui faire, il aurait bien mériter ça. Et ce n’était pas l’envie qui me manquait de le faire. Mais ma raison me faisait rester immobile. Moi-même ne savait pas totalement ce que je pouvais risquer en intervenant de la sorte. Si jamais le moindre soupçon pesait sur moi, ce ne serait pas l’arrestation qui m’attendrait, mais directement le peloton d’exécution.
Cependant, avant même d’avoir put réagir à quoi que ce soit, perdu dans mes songes, Caroline se rua à mon encontre me forçant à m’assoir sur un siège. Non mais pour qui elle se prenait celle-là ? J’étais tellement outragée de son comportement et qu’elle ait osé poser ses mains sur moi que j’en resta bouche bée, littéralement. Avant qu’elle ne se mette à déblatérée un monologue de révoltée. A croire que ce qui c’était passé était de ma faute… Non mais sérieusement. Ça l’aurait été j’aurais éprouver une once de culpabilité, cependant je n’y étais pour rien moi. Bien au contraire. Cette petite peste était en train de me cracher à la figure, me balançant mes quatre vérités alors qu’elle ne savait définitivement pas de quoi elle parlait. Elle ne savait rien, absolument rien de moi mis à part cette image que je renvoyais. C’était probablement pour cette raison que pas un de ses mots ne m’atteignait et en aucun cas je n’étais d’accord avec l’arrestation de Dimitri. Alors peut être que oui, j’étais seule – ou presque – mais c’était moi qui avait choisie de l’être, et uniquement moi. J’étais bien contente que mon mari ne soit plus là alors franchement, à en écouter les propos de Caroline j’avais presqu’envie de rire. Ce qui expliquait pourquoi je conservais mon sourire et mon calme, la laissant poursuivre. Elle me faisait trop pitié pour que je l’interrompe, laissons-là parler si ça pouvait lui faire plaisir. Cependant un danseur vint s’interposer, la faisant s’arrêter et repartir. Si ça ne tenait qu’à moi, je l’aurais gifflée pour avoir oser me parler ainsi. Mais on m’avait apprit à conserver mes bonnes manières. Et puis quoi qu’elle me dise, j’étais gagnante, puisque ce n’était pas à moi qu’on avait enlevé un ami. Même si c’était peut être horrible de penser ça, et même si je n’avais rien contre Dimitri. Alors quoi qu’elle me dise ne changerait rien. Je préférai la laisser partir, elle ne ferait très certainement plus sa maligne bien longtemps maintenant qu’elle avait perdu un partenaire, et accessoirement peut être une saison de ballet. « Vous devriez la faire surveiller. Je pense réellement qu’elle pourrait être dangereuse à s’exprimer à quelqu’un comme moi de cette manière. » *Ajoutais-je ironiquement à l’intention des autres personnes présence. Malgré l’ironie, je n’avais pourtant pas idée à qu’elle point elle l’était, dangereuse. Ses propos n’étaient pas ceux qu’une simple petite danseuse aurait osé clamer à une femme de mon rang. Même si je n’étais sans doute pas encore en mesure de le savoir. Pas tout de suite du moins.
RP TERMINÉ
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Ce que diable ne peut, femme le fait.
♪ Je voudrais vous parler des hommes que j'aime Ceux qui m'ont embrassés, au bord de la seine Où j'allais me jeter, jeter par une reine Ils ont des geules cassés, il faut les voir au petit jour Se coucher tout étonnée, du monde qui les entoure Ils volent, ils viennent, ils trainent, ils parlent fort, ils ne parlent pas Ils entenent des carmen, qui leur disaient, viens par la! Et chaque fois ils y vont, et chaque fois ils en reviennent Entre un ange et un demon, ainsi j'aime les hommes que j'aime.