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All I Want is a Little Fun



 

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 All I Want is a Little Fun

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Alice C. Lefevre
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MessageSujet: All I Want is a Little Fun Jeu 8 Sep - 8:48

Je vivais dans une prison désormais. C'était l'impression que j'avais, depuis ce fameux bal populaire, où Patrice m'avait retrouvée, errant dans la rue, seule et perdue. A vrai dire, je ne me souvenais pas vraiment de ce qui s'était réellement passé ce soir là. Bien sur, je me souviens des coups de feu, de la panique et tout. Mais je ne me souviens pas vraiment de comment j'ai fait pour arriver sur l'avenue qui longe le Champ de Mars, là où Patrice m'a trouvée, mes chaussures à la main, marchant sans grande conviction. Forcément, depuis cela, j'ai vu tout un tas de médecin. Mon père évidemment, était furieux. Encore une fois, Patrice n'avait pas fait son boulot correctement, selon lui toujours. Car cette fois ci, c'était pas vraiment la faute de Patrice, il fallait l'avouer. Il y pouvait rien si mon père l'avait ordonné de rester à l'écart. Il ne pouvait pas non plus savoir qu'il y aurait un attentat ce soir là. M'enfin, ce n'était pas comme ci j'en avais quelque chose à faire. Ce qui m'énervait le plus, c'était que désormais, je ne pouvais plus faire un pas dehors. Il fallait que soit mon père, soit Patrice m'accompagne, sans me lâcher d'une semelle. Et aller dehors ? C'était hors de question, voilà tout. N'importe quoi. Forcément, j'étais de mauvaise humeur, et ce chaque jour depuis ce fameux bal populaire. Et aujourd'hui, ça n'allait pas changer. Dès le matin, je m'en étais déjà pris à ma gouvernante, ma femme de chambre, et même la cuisiner, qui avait trop chauffé mon thé, me faisant me brûler la langue. Non mais je vous jure, même si le personnel s'y mettait aussi pour me rendre la vie impossible, ça n'allait pas vraiment me plaire pour le coup. Forcément, plus personne ne reste dans les parages quand je suis là. Sauf Patrice, qui me suit partout comme un toutou. Vingt quatre heures sur vingt quatre, sept jours sur sept. On se demande même si il va dormir des fois. Et même parfois, quand je vais sous la douche, ou rien qu'aux toilettes, il reste devant la porte, les fenêtres ayant été condamnées. Une prison je vous dis. Et même pas une prison dorée, vu que je n'ai rien à faire de mes journées. Mon père étant absent ces temps ci, je passe mon temps à hurler sur tout le monde. Mais je dois avouer, ça fait du bien, rien que de faire ça. Ça soulage, et ça m'occupe. C'est rigolo, de les voir s'affoler comme des fourmis…

Pourtant, la nouvelle du jour aurait du avoir de quoi me réjouir. Le consul italien nous avait invités moi et mon père à une garden party à l'ambassade, et malgré les supplications de mon père, avait insisté pour que je vienne également pour, je cite, illuminer la soirée par ma seule présence. Ah les compliments, les vrais. Tellement bons qu'il me font souffrir. M'enfin pas vraiment souffrir, mais vous avez compris. Et alors que j'épiais la conversation, je sautillais presque, avant d'attendre patiemment la décision finale de mon père. Positive bien entendu. Sans plus attendre, je partais choisir une tenue pour la soirée, où je n'espérais qu'une seule chose. Oublier mon quotidien, et m'amuser un peu. Et le mieux dans tout ça ? C'était que je savais absolument quelle robe je voulais porter. Elle serait tout simplement parfaite. Rose pâle, les épaules dégagées, un bustier tenant parfaitement ma taille, avant de doucement laisser le tissu, la soie avec une légère tulle par dessus, retomber en fine vagues, la traine touchant le sol avec grâce. Cette robe, elle appartenait à ma mère. C'était elle qui l'avait conçue, juste avant ma naissance. Et cette robe était juste parfaite. Simple et douce, comme l'était ma mère. Souriante en laissant mes doigts courir sur le tissu drapé au niveau du bustier, je la posais sur mon lit, avant de commencer à me préparer pour la soirée. Comme maquillage ? Quelque chose de simple, mais restant sophistiqué, le rose de la robe allant parfaitement avec le teint pâle de ma peau. Un peu de fard sur les paupières, du mascara léger, un rose un peu brillant sur les lèvres, et le tour était joué. J'enfilais ensuite la robe, mes cheveux retombant sur mes épaules, leurs boucles souples retombant parfaitement sur ma peau, et dans mon dos. Les escarpins chaussés, et j'étais fin prête. Choisissant avec soin la parure que j'allais porter également, optant pour les bijoux que j'avais hérité de ma mère, un bracelet assorti d'un collier, une fine chaîne qui tombait sur la robe, sa bague de fiançailles pendant au bout. Attrapant mon sac, je sortis enfin de ma chambre, ne faisant même plus attention à Patrice qui me suivait, alors que je descendais en bas rejoindre mon père, souriant avant de m'offrir son bras…

Mais j'allais vite déchanter. Installés dans la voiture, Patrice au volant, mon père prit la parole, brisant tout mes espoirs. "Ma chère enfant ce soir, tu resteras à mes côtés tu m'entends ? Pas de frivolités, je ne veux pas que tu quittes ma vue. Est-ce bien compris ?" Abasourdie, j'ouvrais la bouche, prête à protester. "Mais, père… S'il vous plaît… Ça fait des semaines que je suis enfermée…" Mais bien sur, je n'avais pas le choix. Il avait pris cette décision avant même d'accepter l'offre du consul. "Pas de mais Alice. Tu resteras là où je te dirais de rester. Est-ce clair ?" Son ton, était décisif. Comme l'homme d'affaire qu'il était. Je n'avais pas le choix. Evitant son regard, je finis par soupirer, hochant la tête. "Très clair père…" Souriant, il attrapa ma main un instant, la serrant doucement avant de me lâcher, la voiture s'arrêtant devant le consulat italien. Le trajet avait été rapide, et alors que Patrice m'aidait à descendre de voiture, mon père reprit la parole, me faisant me retourner. "Alice. Tu es sublime dans cette robe." Je souris doucement, flattée par un tel compliment. Il était rare que mon père fasse des compliments, et encore moins devant moi. C'était probablement le fait que je portais la robe de ma mère. Je ne pouvais le savoir. Sans un mot de plus, il sortit à son tour de la voiture et m'offrant son bras, m'entraîna à l'intérieur. Et ce fut comme il l'avait prévu. Encore un bal où il me présenta à tout le monde, le gratin parisien, allemand, français et italien réuni, me complimentant sur la robe de ma mère. Et moi, en petite fille parfaite, je souriais, répondais aux questions, acceptais les compliments, alors que la réalité était tout autre. J'étais prisonnière oui, et ce soir, je le ressentais un peu plus encore. Jusqu'à apercevoir une silhouette que je connaissais bien désormais. Une échappatoire ? Très certainement oui. Je me souvenais de ce qui s'était passé lors du bal populaire. Nous avions dansé, et j'avais pu, pour une soirée, oublier que j'étais la fille à papa, riche à souhait. Et je savais ce que je voulais ce soir. M'amuser. Et je n'allais pas me gêner, même si mon père m'avait interdit de quitter son regard. Mais il était en pleine conversation avec le consul italien, et je ne me fis pas prier pour m'éclipser, sans un bruit. Attrapant une coupe de champagne au passage, je fis comme si je me baladais, pour finir par rejoindre Enzo là où il se tenait, son regard se posant partout et nul part à la fois. "Encore une fois, on se rencontre. Je vais commencer à croire que vous me suivez, sergent Enzo Valente…" Je lui souris, restant simplement à ses côtés. Il était en uniforme, et avait un air bien sérieux que je ne lui connaissais pas vraiment. Car ce que je ne savais pas ce soir, c'est qu'il n'était pas de la même humeur que moi…

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Enzo Valente
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MessageSujet: Re: All I Want is a Little Fun Sam 10 Sep - 16:57

Encore une journée où je risque de m’ennuyer ferme. Eh oui… Une journée entière sans pouvoir m’échapper, où je vais devoir jouer le surveillant parfait, le petit toutou prêt à répondre à tous les caprices de son chef. Ce n’est pas que mon travail m’ennui mais en fait… Si… Il m’ennui. Parfois. Souvent, mais pas tout le temps. Il y a des soirées où on joint l’utile et l’agréable. Problème, aujourd’hui, ce n’est pas seulement une soirée, c’est carrément toute la journée. Je déteste les garden parties. Ca commence en général vers quatorze heure, et on ne sait jamais exactement quand ça fini. Le buffet ne désempli pas, on a l’impression que la quantité de nourriture et d’alcool ne diminue jamais, et bien sur, il faut tout finir. Ce serait du dernier mauvais goût de tout donner aux pauvres. Il faut le faire de temps à autre, mais pas tout le temps. On finirait par croire que le consulat est pingre avec ses invités et veut seulement bien se faire voir de la population. Population qui s’en fiche, d’ailleurs. Le plus important, dans le coin, c’est les allemands. Les italiens passent en général inaperçu. Je ne demande pas mieux soit dit en passant. Ca me permet de m’amuser sans que personne ne se doute d’où je viens, et je ne risque pas vraiment de me faire passer à tabac dans une ruelle par les français. Ils préfèrent s’énerver sur des petits boches isolés. Je ne vais pas les blâmer. Que ça soit Mussolini ou Hitler, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre.

J’aurais d’ailleurs tendance à mettre Franco et Staline dans le même panier, mais il ne vaut mieux pas dire ça à voix haute. J’aimais mon pays, et le voir à la botte du grand frère allemand me rendait un peu malade. Ces idéaux, dus à la première guerre mondiale, je les comprenais mal. J’étais issu d’une classe trop pauvre pour faire partie de ceux qui propageaient les idées, et à force de me débrouiller tout seul, j’avais tiré mes propres conclusions. Après, je me fichais un peu de ce que les allemands faisaient où qu’ils soient. Ils avaient gagné la guerre en France, pas en Italie. Chez moi, ils n’avaient aucune raison de se comporter comme des vainqueurs. Et le pire c’est que cet après midi, il y allait en avoir d’autres. Merveilleux. Je ne parlais pas allemand, me débrouillais vaguement avec le français… Et en ce moment, la langue européenne, c’était, dommage pour moi, l’allemand. J’étais mal. Pour communiquer avec leurs services, ce n’était pas toujours gagné, surtout que la plupart ne parlaient pas français, alors italien… Il ne fallait pas trop leur en demander à ces pauvres petites têtes blondes… On ne sait jamais, un peu trop d’informations peuvent les perturber. Ils ont trop l’habitude qu’on leur dise quoi penser et quoi faire. C’était le genre de plaisanterie de corps de garde que nous avions avec les gars de mon détachement. Et c’était surement ce qui nous aurait valu une arrestation et le peloton d’exécution en bonne et due forme… Mais on le vit bien, de bosser avec les boches.

Nous n’avions pas trop le choix de toute façon, de bien le vivre. C’était la seule solution qu’on nous avait laissée. Alors on baisse la tête et on obéit, voilà tout. Moi qui avais horreur de plier… L’armée avait essayé de me briser, et dommage pour elle, elle n’avait pas réussi. Ce n’était pas en me laissant autant de libertés que celles que me laissait le consul que j’allais réussir à me calmer un peu. De toute manière, il n’avait pas trop intérêt à me serrer la bride s’il ne voulait pas que je déballe son petit manège à l’ambassadeur qui serait là ce soir. Entre le marché noir, les prostituées et parfois la drogue, je ne saurais par où commencer. C’était sans doute ce qui inquiétait le plus le consul. Je ne demandais pas grand-chose en échange de mon silence, mis à part qu’il me fiche la paix pour que je puisse m’amuser parfois. Surtout qu’il pouvait très bien décider de me balayer du jour au lendemain, ce qui ne m’aurait pas du tout arrangé. Enfin bon… A l’extérieur, dans le jardin du consulat, la fête se préparait lentement, avec des tentes dressées pour les rafraichissements et les collations, des tables de jardin en métal peintes en blanc, avec des parasols, la pelouse tondue à la perfection pour que les talons de ces dames ne risquent pas de s’y enfoncer, sans parler du petit kiosque où les musiciens allaient s’installer dès leur arriver.

D’autres auraient trouvé ça merveilleux, magnifique. Je trouvais ça ennuyeux à mourir et le meilleur moyen de jeter l’argent par les fenêtres. Que voulez-vous, il faut bien que la haute s’amuse de temps à autre. C’est à mourir d’ennuis d’être riche comme crésus, on n’a plus aucun rêve, on obtient tout en claquant des doigts. Mon uniforme noir repassé, je l’enfilais rapidement, prenant garde à ne pas le froisser, sans parler de mon arme de service dont j’attachais soigneusement l’étui. Les boutons étaient polis, et scintillants, comme ma boucle de ceinture. Parfait, en somme. Autant être beau pour s’amuser, et on ne pardonnait pas la négligence dans les hautes sphères. Une fois prêt, je descendis les escaliers, échangeant quelques mots avec mes adjoints, qui se tenaient à des endroits stratégiques du jardin, et avaient pour tâche de se promener parmi les convives. Sans boire d’alcool, bien sur, nous sommes en service. C’est bien dommage, parce que ça nous aurait permis de faire passer cet après midi à mourir d’ennuis un peu plus vite. Tu n’as pas de chance, mon pauvre Enzo.

Les invités arrivaient les uns après les autres, parfois au compte goutte, parfois par paquet, et le jardin fut rapidement rempli. Luigi passa à mon côté, me soufflant dans notre langue natale :

-Votre copine est là, sergente !

Je fronçais les sourcils, avant de suivre la direction qu’il m’indiquait du regard, pour voir Alice Lefèvre, paradant au bras d’un homme qui aurait largement pu être son père – qui l’était peut être d’ailleurs… Je ne me rappelais plus de ce que j’avais lu sur la liste des invités – tout sourire, dans sa jolie robe. Je répondis à Luigi en lui donnant un petit coup de poing dans l’épaule.

- Mêle-toi de tes affaires, toi. Va plutôt surveiller le buffet.

Il s’exécuta en pouffant, et je levais les yeux au ciel, avant de croiser les bras sur ma poitrine. Quel crétin. Pourtant je n’eus pas le temps de bouger qu’une voix féminine m’interpella en français, celle de la « copine » en question :

-Encore une fois, on se rencontre. Je vais commencer à croire que vous me suivez, sergent Enzo Valente…

Je me tournais vers elle, et la saluais d’un hochement de tête, enchainant en français.

-Je crains hélas, signorina, que cette fois-ci, ce soit vous qui me suiviez. Après tout, vous êtes ici dans mon domaine.

J’englobais le jardin d’un mouvement de bras avec un clin d’œil un rien provocateur. Cela m’amusait énormément de la taquiner de la sorte.

-Alice ! s’écria une voix masculine, celle de l’homme qui l’accompagnait auparavant.

Je lui fis un petit sourire un rien narquois :

-Je crois qu’on vous réclame, signorina.

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MessageSujet: Re: All I Want is a Little Fun Lun 19 Sep - 22:30

C'était la première fois que je n'avais pas vraiment envie de me retrouver là. Certes je m'étais vraiment fait plaisir en me préparant, pensant que cette soirée était la réponse à mes prières. C'était le premier évènement auquel je participais depuis l'incident du bal populaire, et j'avais pensé pouvoir enfin sortir du cocon dans lequel mon père me gardait depuis quelques semaines. Une garden party. C'était étonnant de la part de mon père de vouloir m'y entraîner, mais pas tant que cela à la fois. Forcément, il voulait montrer à tout le monde combien sa fille comptait pour lui. Pas spécialement dans le sens où il s'occupait de moi, mais plutôt dans le sens où j'étais bien élevée, et qu'il comptait bien que je reprenne le flambeau plus tard. Et ça, il le savait, et il le montrait à tout le monde. J'avais hérité des talents de ma mère en la matière, et il était fier de cela. J'avais tout fait pour qu'il m'accepte telle que j'étais, et j'avais réussi, dans un sens. Il me faisait plus ou moins confiance, et n'avait jamais pensé que je cachais quelque chose qui pouvait mettre en péril sa réputation. Vous imaginez vous, la fille d'un grand couturier et légendaire homme d'affaire, héritière d'une énorme fortune, qui couche à droite et à gauche juste pour s'amuser ? Pas vraiment la réputation qu'un père cherche à avoir pour sa fille adorée. Mais je commençais à en avoir marre de toujours devoir me cacher. Cela faisait des semaines que je ne sortais pas, et j'étais forcément irritable. Le manque se faisait sentir, et je détestais le fait de mentir à mon père. Surtout que ce mensonge m'empêchait désormais de trouver ce brin de réconfort que je ressentais dans les bras d'un parfait inconnu. Je passais donc mes nerfs sur le personnel, même si ce n'était pas vraiment nouveau. Mais cette fois ci, j'en avais vraiment marre. Et cette garden party était parfaite pour laisser s'échapper toutes ces tensions. Mais je n'avais pas compté sur le fait que mon père ne me laisserait pas m'en sortir de cette manière. Dans la voiture, il m'avait donné ses instructions, et m'avait fait déchanter. J'étais encore privée de sortie, c'était bien ma veine. Surtout pour quelque chose qui n'était pas ma faute. J'allais bien bon sang ! Je n'avais pas été blessée ou quoi que ce soit. Mais non. Il était têtu, comme moi, et je n'espérais qu'une seule chose. Trouver une solution pour l'occuper, et m'eclipser pour aller profiter un peu de la soirée…

Toute la soirée ne fut que cela. Barbante. Encore plus barbante que les précédentes. Cette fois, j'étais coincée. Mon père parlait, et parlait, et parlait, encore et toujours. Les conversations, variées, restaient pourtant les mêmes. Mon père était un génie pour ce qui était de lécher les bottes de l'occupant, et de leurs alliés. Une blague bien placée, et c'était toute l'assistance qui se mettait à rire, récoltant une tape sur l'épaule de la part du consul lui même. Et moi, en bonne jeune fille que j'étais, je gardais un sourire plaqué sur mes lèvres, restant polie et agréable avec tout le monde. Mais je désespérais. Tout ce que je voulais, c'était m'échapper. Profiter de quelque chose, d'un petit moment d'inattention de la part de mon père pour pouvoir m'éclipser, et profiter de la soirée à ma façon. Je ne demandais que cela. Je savais que je ne pourrais probablement pas avoir ce que je voulais, mais je pouvais au moins espérer quelque chose de mieux que ce que je vivais ces derniers temps. Ce fut seulement au bout d'un moment, que je vis une échappatoire. Sergent Enzo Valente. Celui qui m'avait sorti de là quand la panique s'était emparé du Champ de Mars. Et je devais avouer qu'il avait de l'allure dans son uniforme noir. Il m'avait sauvé la vie, si on pouvait dire ça comme ça, et je n'avais même pas eu le temps de le remercier, choquée comme je l'étais. Mais je vis là une échappatoire, et je devais saisir cette opportunité. Faisant attention de ne pas me faire remarquer par mon père, je m'étais éloignée, attrapant une coupe de champagne avant d'aller rejoindre Enzo là où il était, ses bras croisés sur son torse. Il avait l'air tellement sérieux que je ne savais pas vraiment quoi penser. J'aurais bien évidemment du penser qu'il travaillait ce soir, surtout vu l'uniforme qu'il portait. Aux couleurs italiennes, dans l'ambassade d'Italie, il travaillait forcément. Mais j'étais tellement concentrée dans mon escapade, que je n'y avais tout simplement pas pensé. Arrivée à ses côtés, je l'avais accosté de façon plus qu'exhaustive, souriante en le taquinant. Il contenta de se tourner vers moi, me saluant d'un léger hochement de la tête, avant de me répondre. "Je crains hélas, signorina, que cette fois ci, ce soit vous qui me suiviez. Après tout, vous êtes ici dans mon domaine."

Je me mis à rire doucement, charmée par son attitude, et essayant de simplement le faire partager mon humeur. Je savais que ce serait difficile, mais je n'étais pas du genre à abandonner. Mais c'était sans compter sur mon père, qui finit par remarquer mon absence. "Alice !" Sa voix résonna, et je fermais les yeux un instant, avant de me retourner, mon sourire s'évanouissant aussi rapidement qu'il était venu. Je secouais la tête, ne voulant pas avoir à retourner parader à son bras. "Je crois qu'on vous réclame, signorina." Je plantais mon regard dans le sien, mon sourire cette fois plus factice que les précédents, avant de secouer la tête à nouveau. "Non merci, je ne veux pas retourner en prison ce soir." Son sourire un peu moqueur ne me toucha qu'à peine, alors que la voix de mon père résonnait à nouveau derrière moi. "Alice !" Je sursautais à nouveau, avant de soupirer cette fois, me retournant vers Enzo. Il se demandait probablement qui était cet homme pour se permettre de m'interpeller de cette manière. "Mon père… Je reviens…" Et c'est soupirant à nouveau que je m'éloignais un instant, revenant vers mon père qui m'interpella à nouveau, le consul fronçant les sourcils. "Je t'avais demandé de ne pas t'éloigner Alice. On ne sait jamais ce qui peux arriver ici." Je secouais la tête, me mettant à rire doucement, me moquant ouvertement cette fois. "C'est une garden party ! Je ne pense pas qu'on va m'agresser ici père. Surtout pas alors que j'étais en compagnie du sergent Valente. Vous pouvez donc arrêter de vous inquiéter, je ne suis plus une enfant." Et sur ces mots, sans même attendre sa réponse, je me détournais, pour retourner vers Enzo, ignorant les appels de mon père. Souriant timidement, je finissais ma coupe de champagne cul sec, avant de soupirer, à sa hauteur, essayant elle aussi de le charmer, plus franchement cette fois. "Ce genre de soirée m'ennuie pas vous ? Que pensez vous de me tenir compagnie… Ailleurs…" Si il ne comprenait pas le sous entendu de mon invitation, peut être que ma main sur son bras, glissant doucement sur son avant bras, souriante, lui ferait comprendre ce à quoi je pensais. Habituellement, ce genre de geste était suffisamment éloquent. Mais apparemment, je n'étais pas au bout de mes peines…

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Enzo Valente
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MessageSujet: Re: All I Want is a Little Fun Sam 24 Sep - 12:31

L’après-midi promettait d’être égale à elle-même, longue, et la soirée qui en découlerait tout aussi soporifique. Je n’en pouvais plus de ce travail ennuyeux au possible, qui me prenait du temps pour rien. L’Italie me manquait vraiment. Florence, ma famille, mes amis… Je n’avais surement pas mérité d’y retourner tout de suite, mais tout de même. La guerre finirait bien un jour, et ces imbéciles en noir n’auraient plus aucune légitimité. Je voulais le croire, bien que c’était surement encore bien loin, et je ne me faisais pas d’illusion, quel que soit mon rapport au régime, j’étais et restais italien, et militaire de surcroit. Peu grader certes, mais un militaire tout de même. Alors il ne fallait pas se leurrer. J’avais entendu les vieux du quartier parler de la précédente guerre et de ce qui s’y était passé, à la fin, contre les perdants. Même ceux qui ne voulaient pas la guerre avaient eut des problèmes. Heureusement, le gouvernement de l’époque avait eut la brillante idée de passer du côté de ceux qui allaient gagner la guerre. Mais si nous avions perdus, que serait-il arrivé ? C’était un peu étrange de voir le retournement de situation une vingtaine d’année plus tard. Les Italiens n’avaient pas vraiment profité de la paix et du traité de Versailles… Dommage, ça aurait sans doute évité la situation actuelle. Et puis connaissant l’ami Benito comme le peuple italien le connaissait, je ne pense pas qu’il soit vraiment du genre à retourner sa veste contre son cher ami Adolph, et puis il y avait bien trop d’allemands en Italie et d’Italiens partisans du régime en place pour qu’il risque de faire ça. Il ne pouvait pas en avoir l’idée de toute façon…

Dans un sens, j’étais plutôt chanceux. Militaire resté en Italie ou dans les régions françaises que nous avions envahies, je ne suis pas sur que j’aurais eus autant de permissions de relâchement. Ici, du moment que je ne faisais pas de scandale, tout allait bien. J’avais le droit de faire tout, et surtout n’importe quoi, ce qui était assez amusant en soi. Mais je n’avais jamais été très ardu à la tâche, et le fait de devoir faire les piquets de surveillance n’était pas très amusant… Sait-on jamais, un résistant mal intentionné pouvait se glisser parmi la foule des invités. Depuis l’attentat du bal populaire, tout le monde était sur les dents, surtout les nazis. Les personnalités politiques, ayant craint d’être les premières visées – bien que le consul n’ait pas été présent ce soir là, heureusement pour nous d’ailleurs – étaient toutes atteintes d’un syndrome de paranoïa. Ca devenait presque trop. Aujourd’hui, nous étions tous de faction, contrairement à d’habitude où une partie de l’équipe était au repos pendant que l’autre travaillais. Dommage… Heureusement, je me sentais un peu moins frustré, j’aurais de toute manière été de service ce soir, contrairement à d’autres, comme Luigi qui passait son temps à me tourner autour pour m’embêter, surtout maintenant qu’il avait vu que la demoiselle Lefèvre était là. Il en faut peu aux hommes pour s’amuser et commérer. Il avait beau être de trois ans mon ainé, je faisais plus âgé que lui, allez savoir pourquoi…

Nous n’avions pas eus la même vie, et il faisait vraiment gamin. Mais c’était l’un des gars avec qui je m’entendais le mieux. Nous ne venions pas du même endroit de l’Italie, il était de Milan. Mais les évènements nous avaient rapprochés. Pourtant, il ne fallait pas oublier le rapport sous-officier, subordonné. Et certaines répliques étaient un peu trop personnelles, même si, sur le fond, il n’avait pas tort, j’aurais bien passé une nuit ou deux avec la demoiselle en question mais nous ne faisions pas tout à fait parti du même cercle social. Ce n’est pas que ça me dérange en règle générale, mais là, il fallait bien avouer qu’elle n’entrait pas dans la catégorie des quadragénaires frustrées qui me prenaient pour leur goûté en temps normal. Toujours est-il que je ne pouvais décemment pas l’ignorer. Et puis, je lui avais plus ou moins sauvé la vie la dernière fois. Ce n’était pas comme si je pouvais la laisser se faire étouffer dans la foule dense qui cherchait à fuir le lieu du bal populaire il y a quelques jours. Mais ça m’amusait de voir la jeunesse dorée de la France se faire tenir en laisse. Au bras de son père – vu la ressemblance, il ne pouvait s’agir que de lui – elle faisait bien moins la fière que d’habitude, semblant s’ennuyer à mourir malgré le sourire de façade qu’elle affectait.

Elle avait finit par me rejoindre, et la conversation s’était enchainée sans que vraiment, je fasse attention, bien qu’il aurait fallut que je reste attentif. J’avais l’impression qu’elle était sous le charme, et que j’aurais pu en faire ce que je voulais. Hélas, il était bien trop tôt dans la journée, et je n’avais pas vraiment la tête à ça. Surtout que rapidement, elle fut rappelée à l’ordre par son père, mais comme elle semblait royalement l’ignorer, je me fis un devoir de le lui faire remarquer. Mais non, mademoiselle avait décidé de faire sa tête de mule.

-Non merci, je ne veux pas retourner en prison ce soir.

Je souris, amusé. La prison ne ressemblait pas du tout à sa vie, mais elle ne devait pas en avoir réellement conscience, la pauvre chérie. Pourtant, la voix se fit plus insistante, et quand elle s’excusa un instant pour retourner voir son père, je me contentais de la saluer d’un signe de tête, continuant pourtant à l’observer du coin de l’œil alors qu’elle essayait de se débarrasser de son imposant protecteur. Je ne pouvais pas discerner leur échange, j’étais trop loin, mais je me doutais bien qu’elle était entrain de faire un petit caprice dont elle avait le secret. Pourtant, elle revint assez rapidement vers moi, pour me souffler :

-Ce genre de soirée m'ennuie pas vous ? Que pensez-vous de me tenir compagnie… Ailleurs…

Je levais un sourcil, perplexe. Elle venait bien de dire ce que je venais d’entendre ? Si ça n’avait pas été cruellement déplacé, j’aurais surement éclaté de rire. Mais je ne le fis pas, me contentant de pincer les lèvres. Je n’eus cependant pas le loisir de répondre car déjà, le consul me fit signe, tout en désignant Alice du regard.

-Venez, lui dis-je en lui offrant mon bras.

J’aurais bien aimé voir l’expression de son visage quand elle se rendit compte que nous nous dirigions vers son père et le consul.

-Signor Lefèvre, je vous présente le sergent Valente.

Je saluais l’homme d’affaire d’un garde à vous rapide.

-Je crois que votre fille sera en parfaite sécurité avec lui ce soir. De plus, il semble qu'elle ait d’ailleurs elle-même choisit son garde du corps.

Le sous entendu était clair, malgré l’opportunité largement offerte par Alice, je n’aurais pas le droit d’en profiter, du moins pas aujourd’hui. Et si je refusais aujourd’hui, je n’aurais sans doute pas de nouvelle opportunité, elle risquait de très mal le prendre… Dilemme, dilemme… Enfin, au fond de moi, le choix était déjà fait. Il était plus risqué de me mettre le consul à dos qu’Alice Lefèvre.

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MessageSujet: Re: All I Want is a Little Fun Mar 25 Oct - 18:55

Je m'ennuyais terriblement. Pourtant, j'appréciais ce genre d'évènement. Les garden party me permettaient de faire de nouvelles connaissances, et après avoir montré à tout le monde que la jolie Alice était de sortie, je sortais les griffes à la recherche de ma prochaine victime, si on pouvait l'appeler comme ça. Des conquêtes en quelques sortes, même si ça ne durait qu'une nuit. Ou même pire, quelques heures. Car je finissais par les prier de quitter ma couche, après avoir reçu ce que je désirais d'eux. Je ne supportais pas qu'un homme me colle après l'amour, et surtout pas en me suppliant de ne pas partir. Je détestais cela. Et des hommes comme ça, il n'y en a beaucoup. La plupart du temps, je me faufilais hors du lit discrètement, pour ne pas avoir à les entendre geindre. Mais au fil du temps, j'avais du être plus maligne dans mes actions, surtout sachant que l'heure de la retraite de mon père approchait, et qu'il cherchait à tout prix à me marier. J'vais donc réussi à acquérir une chambre en ville, où je me réfugiais avec mes conquêtes, ce qui me permettait de ne pas faire trop de vagues. Mais mon compagnon le plus récurrent avait mystérieusement disparu de la circulation, et je m'étais approprié ses petits trucs. Ce qui l'avait arrangé, il ne pouvait pas le nier. Mais aujourd'hui, à cette garden party, tout ce que j'avais appris, tout ce qui avait fait ma réputation dans ce domaine, s'écroulerait comme un château de carte. Qui aurait pu croire qu'Alice Lefèvre échouerait à la plus favorite de ses activités ? Personne. Et moi la première. Mais en attendant, j'étais là, dans cet endroit où le champagne et l'exubérance coulait à flot, à m'ennuyer en attendant qu'Enzo réponde à mes avances. Il était différent celui ci. Je n'avais jamais vraiment remarqué pourquoi j'étais attiré par son attitude charismatique, toujours méprisant de ce que j'étais. Je n'étais pas idiote non plus, je savais très bien qu'il ne supportait pas vraiment le type de fille que je représentais. Cette jeunesse dorée, qui avait tout pour elle, et qui se fichait de ce qui pouvait se passer dehors, préférant passer leur temps à s'amuser, et à faire des caprices. Mais j'étais fière de tout cela, même si aujourd'hui, ce n'était pas vraiment le cas, et que j'espérais que mon père me ficherait la paix, que je puisse profiter un peu de l'instant…

Mais je m'ennuyais, et je commençais à être agacée, tout simplement. J'avais espéré m'amuser un peu, d'oublier ces deux longues semaines à avoir été enfermée dans notre maison, et c'est déçue que je me trouvais là, à essayer de séduire un soldat de seconde classe. Pathétique. M'enfin, je ne pouvais pas nier que le soldat en question était mignon. Et charmant. Et… Rhooo ça suffit Alice, reprends toi bon sang ! Je me flagellais moi même, alors que mon père m'avait sonné encore une fois. Et cette fois, je n'eut pas l'occasion d'empêcher le sergent de le remarquer lui aussi, me priant d'aller le retrouver. Bien sur, j'avais refusé, mais c'était sans compter sur l'insistance de mon père, qui m'obligea à aller le voir. Et c'est agacée que j'avais tenté de lui expliquer que j'étais en parfaite sécurité, avant de le laisser choir comme ça sans me retourner. Pour finalement retourner auprès d'Enzo, décidant que j'en avais assez d'attendre. Je pris les choses en main, lui faisant comprendre ce que j'avais en tête, et ce que j'attendais de lui, par la même occasion. Je ne demandais pas grand chose, vraiment. J'avais bien vu que je ne lui déplaisais pas, et ça ne le dérangerait pas de passer un moment avec moi. Même si il ne supportait pas mes manières. Je ne demandais pas non plus qu'il m'épouse. Juste me faire oublier le massacre de cette garden party, ne serait-ce pour quelques heures à peine. Qu'au moins, je ne sois pas venue pour rien. Mais au lieu de cela, il se contenta de me regarder d'un air perplexe, comme si je venais de lui remettre un ultimatum, avant de me proposer son bras. "Venez" Je souris, me disant que l'affaire était dans le sac. Qu'enfin, j'allais quitter cet enfer pour de meilleurs horizons. Avant de déchanter, à nouveau. Car l'endroit où il m'emmenait avait rien à voir avec ce à quoi j'aurais du m'attendre. Mon sourire se fana, quand je vis qu'il nous amenaient devant mon père, en grande discussion avec le consul. "Signor Lefèvre, je vous présente le sergent Valente." Je soupirais, vraiment déçue en évitant le regard du consul, de mon père, et d'Enzo. Au lieu de cela, je laissais mon regard se poser dans la foule, regrettant d'avoir fini ma coupe de champagne…

Quant au sergent, il se contenta de rester silencieux, saluant mon père comme il le devait, et je remarquais qu'il n'avait pas lâché mon bras. "Je crois que votre fille sera en parfaite sécurité avec lui ce soir. De plus, il semble qu'elle ait d'ailleurs elle-même choisit son garde du corps." Mon regard se tourna vers le consul, mon sourire revenant en force. Enfin quelqu'un qui me comprenait ! Je hochais la tête, pour calmer mon père qui semblait toujours perplexe, mais qui semblait également se détendre un peu, avant de prendre la parole. "Très bien. Mais attention Alice, ne va pas trop loin non plus, je te veux revenue d'ici deux heures grand maximum, c'est bien compris ?" Je hochais la tête, souriant largement. Deux heures, c'était largement suffisant pour ce que j'avais en tête. "Oui père." Trépignant d'excitation presque, je tirais sur le bras d'Enzo pour nous éloigner de là, alors que le consul ne lui avait même pas donné congé. Mais je m'en fichais. Je l'avais pour moi seule, et c'était tout ce qui m'importait. Tout ce que je voulais désormais, c'était m'éloigner un peu plus, alors que j'entendais le consul rigoler, soufflant. "Ah les jeunes…" Quoi les jeunes ? J'ai le droit de m'amuser un peu non ? Même si je n'appréciais pas le fait que mon père soit perplexe quant à ma sécurité, je n'en étais pas moins reconnaissante envers le consul, qui m'avait fourni un laisser passer pour le moment. Entrainant Enzo plus loin, je finit par nous trouver un coin assez à l'écart, sans même faire attention à ce que le soldat voulait. Je savais qu'il me trouvait à son goût, donc je ne pensais pas qu'il puisse reconsidérer ce que j'avais à lui offrir. Bien à l'abri au fond de la salle, je me mit à rigoler doucement, mes deux bras autour du sien, souriante. "Enfin ! Moi qui pensait que cette journée allait m'ennuyer à mourir, voilà qu'elle se présente sous de meilleures augures !" Mon rire résonna à nouveau, alors que je reprenais contenance, mes doigts passant dans mes cheveux. Je me tournais alors à nouveau vers Enzo, qui ne semblait pas avoir bougé de sa position initial, restant très sérieux. Je me mordais la lèvre en passant mes mains dans mon dos, m'approchant de lui. "Alors, où en étions nous… Maintenant, vous pouvez me tenir compagnie… Et je compte bien là dessus…" Avec ma mine charmante et mon petit sourire, je le ferais craquer. Ou du moins, c'est ce que je pensais…

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MessageSujet: Re: All I Want is a Little Fun Lun 31 Oct - 23:37

Disons que l’après midi, assez longuet sur les bords et qui promettait de le rester, venait de s’éclairer d’une lueur d’espoir avant de s’assombrir à nouveau. Au moment où j’obtenais la promesse de ce que je voulais avoir de la part d’Alice Lefèvre, on venait me rappeler un peu trop cruellement que le moment n’était pas à la détente. Dieu que c’est injuste… J’avais envie de supplier le consul du regard, comme un gosse qui fait un caprice – gosse que j’étais, enfin quand ça m’arrangeait – mais je me retins pour ne pas me faire réprimander en public. Mon égo était plus important que l’envie de passer quelques brefs instants avec la jeune femme brune qui s’était accrochée à mon bras, et ne semblait pas décidée à me lâcher. J’adorais avoir ce genre de femmes dans mes bras, au moment où moi seul pouvait leur donner ce qu’elles désiraient. En temps normal, elles me regardaient à peine, et quand elles le faisaient, me considéraient comme de la poussière un peu trop voyante sur une chaussure vernis. Et une fois dans mes bras, dans l’ombre d’une alcôve, elles me suppliaient presque de leur donner ce qu’elles espéraient et que leur mari ne leur donnait surement pas. Il fallait les regarder, ceux là aussi, avec leur assurance qu’elles ne pouvaient pas vivre sans eux, et qu’elles n’attendaient que de s’extasier devant un bilan financier, ou un accord politique mené de main de maître qui en fait ne les intéressait pas du tout, et auquel elles ne comprenaient rien.

C’était assez amusant d’évoluer dans ce monde sans en faire totalement parti. On voyait toutes les absurdités qui leur paraissaient normal. Toutes leurs règles, tous leurs principes établis qu’il ne faut surtout pas bouger, pas toucher, de peur que leur fragile petit univers s’effondre, que la bulle en cristal où ils avaient enfermés leurs privilèges, se pensant intouchables, ne vole en éclat. Ca aurait été amusant… vraiment. Enfin, d’un point de vue extérieur, parce que vu de l’intérieur, ça doit être un autre délire. Même pour la petite bonne qui officie en cuisine et que personne ne connait, ne remarque. Les riches vivent dans un monde qui semble vraiment différent du nôtre. Ils ont les mêmes préoccupations, mais à différentes échelles. Argent : moins, médisance : plus. Comme quoi, tout le monde est pareil, il suffit juste de trouver le bon dosage. Et on fait rarement attention à ceux qui sont chargés de la sécurité. Sauf quand on a quelque chose à se reprocher bien sur, là, on essaye d’éviter de se faire remarquer, et c’est à ce moment là qu’on est le plus suspect, croyez en ma longue – ou pas – expérience. Mais cet après midi je n’avais pas vraiment la tête à ça, surtout que la jolie – mais si superficielle – Alice ne cessait de me déconcentrer dans mon travail, pour mon plus grand plaisir soit dit en passant. Cela changeait agréablement des mondanités habituelles. Mais je restais le petit toutou du consul, et il me fallait obéir au signor Arditti dès qu’il me le demandait.

Comme maintenant en fait, je l’avais vus me faire signe, et m’étais rapproché, la signorina à mon bras. Elle ne semblait pas vraiment ravie. Je dissimulais mon sourire un rien narquois derrière un petit toussotement de circonstance qui passa inaperçu alors que le consul faisait les présentations. Je savais pour ma part qui était le père de la belle, mais je fis tout de même un petit garde à vous. Restons diplomatique. J’eus l’impression que le regard du père d’Alice pouvait voir jusqu’au plus profond de mon corps et de mon âme, essayant de me sonder par tous les moyens. Heureusement, je gardais mon sang froid. Il avait raté une vocation de policier à n’en pas douter. J’essayais de ne pas regarder Alice, restant droit et fier, à l’italienne, attendant le verdict. Verdict qui ne tombait pas. Je me sentais un peu comme face au juge qui tenait l’avenir de ma vie entre ses mains, devant décidé si je méritais cette deuxième chance, au sein de notre belle et grande armée. Et pourtant, Monsieur Lefèvre ne pouvait pas me faire grand-chose de mal. Il n’avait pas vraiment le pouvoir de me faire renvoyer, et ne connaissais pas assez mes frasques pour me faire une mauvaise réputation – auprès d’un homme dont la sienne était cent fois pire au moins, cherchez l’ironie de la chose. Ah moins que je ne l’ai croisé au bordel et que je ne m’en rappelle pas… ? A peine cette idée me traversa-t-elle l’esprit que je la chassais. Le père d’Alice n’était pas du genre à trainer dans ce genre d’endroits. Enfin… j’espère.

Finalement, il détourna la tête vers sa fille, décidant que je n’avais plus assez d’importance pour avoir l’honneur de capter son regard.

-Très bien. Mais attention Alice, ne va pas trop loin non plus, je te veux revenue d'ici deux heures grand maximum, c'est bien compris ?

Deux heures ? Qu’est ce que j’allais bien pouvoir faire pendant deux heures avec elle, sans qu’on puisse… enfin vous voyez quoi. Non mais franchement ?! Je lançais un regard au consul, un rien désespéré, mais il dut penser que j’avais besoin de la confirmation de l’ordre car il hocha la tête. Et zut !

-Oui père.

Mon pauvre Enzo, dans quoi tu t’es encore fourré ? Comment est ce que je vais faire pour la repousser fermement, sans griller toutes mes cartouches avec elle ? Ca ne va pas être donné. Un nouveau défi…. A voir si je suis de taille à le relever…

-Ah les jeunes… soupira le consul alors que, sans attendre, Alice m’avait pris le bras pour m’entrainer Dieu sait où.

A peine fût-on trop loin pour qu’on nous entende, elle se mit à babiller :

-Enfin ! Moi qui pensait que cette journée allait m'ennuyer à mourir, voilà qu'elle se présente sous de meilleures augures !

Je gardais le silence, en la sentant s’approcher. Ne craque pas Enzo, ce n’est pas le moment. Pourtant, elle était un peu trop entreprenante, cette jeune femme… En général, j’aimais ça, mais pour le coup, cela ne m’aidait pas du tout.

-Alors, où en étions nous… Maintenant, vous pouvez me tenir compagnie… Et je compte bien là dessus…

Il fallait que tout ça s’arrête, avant que je craque. Et que ça s’arrête maintenant. Je me détachais de la jeune femme, retirant ses mains de moi pour les lui rendre, et avec un ton que j’espérai ferme, mais qui du coup, était limite cassant, je répondis :

-Signorina, je suis désolé, mais je ne peux hélas pas, dans le cadre de mes fonctions, faire ce que vous suggérez. Pas ici et pas maintenant. Ce ne serait pas correct déontologiquement parlant.

Je croisais les bras sur mon torse pour essayer de me donner une contenance. Allez dire non à ces deux grands yeux bleus…

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Alice C. Lefevre
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MessageSujet: Re: All I Want is a Little Fun Dim 6 Nov - 16:17

Enfin une garden party digne de ce nom ! Avec de l'alcool, de la musique, et un peu d'amusement ! Un goûter, si on pouvait dire ça comme ça. Et enfin, j'allais pouvoir m'amuser. Pas que je m'ennuyais, mais enfin si, je m'ennuyais. Fermement même. Car avec mon père dans les parages, c'était comme si ma prison m'avait suivie avec moi. Et je peux vous l'assurer, c'est franchement pas marrant d'avoir son père derrière soi à vous dire quoi faire, et à vous empêcher de vous amuser. Surtout ça en fait. A cause de lui, je ne pouvais pas m'amuser. Et ça, franchement, ça me mettais pas vraiment de la meilleure humeur qui soit. On pouvait parler d'une catastrophe, en fin de compte. Prisonnière dans mon élément, incapable de faire un mouvement sans me sentir épiée. Et de tout les côtés en plus. Parce qu'en plus de mon père, il fallait que le consul se mette en tête de m'observer lui aussi. Ou du moins, ce fut le sentiment que j'eus alors que j'avais retrouvé Enzo dans la foule, droit comme un piquet. Probablement en service. Mais ça, je m'en fichais, complètement d'ailleurs. Il était la seule personne ici présente que j'étais contente d'apercevoir. Et qui me montrait qu'en fin de compte, cette garden party ne serait peut être pas un fiasco total. Ou du moins, je l'espérais. Ce n'était pas grand chose à demander quand même nan ? Juste de passer un bon moment en compagnie d'un charmant jeune homme. Je savais que je lui plaisait, sinon il ne m'aurait pas adressé la parole, en essayant de me charmer comme il le faisait. Bon, on oublie l'épisode de la salle de bain aussi. Mais à part ça, je sais pas, il me fascinait. Normalement, quand je rencontre quelqu'un dans son genre -et pas forcément dans le genre soldat- ça va plutôt vite, et le soir même, l'affaire est dans le sac. Mais là, cela faisait plusieurs fois que l'on se croisait, et on se tournait toujours autour. Bizarre nan ? Peut être était-ce le fait qu'il soit un soldat ennemi. Quoique, ce n'est pas vraiment la chose qui m'aurait dérangé. Qu'il soit allemand, italien ou français, les hommes veulent tous la même chose, c'est bien connu. Et sur ce point, je n'étais absolument pas contre. Car cette chose là, je la voulais également. Donc qu'on en profite tous un peu, comme ça tout le monde est content non ? M'enfin, telle était ma philosophie, et je comptais bien l'appliquer ce soir avec le charmant sergent Enzo Valente…

C'était donc pour cela que je ne lâchais pas son bras. Le garder près de moi, pour être sur qu'il reste à mes côtés, au moins pour ce que je voulais de lui en tout cas. Après, ce serait une autre histoire. Mais on en était pas encore là. Mais quand il m'avait emmenée dans la direction de mon père, que j'avais remis à sa place quelques instants auparavant, j'avais cru déchanter. Il était certain que c'était là l'œuvre du consul, avec qui mon père semblait en très grande discussion. Probablement en train de parler argent, ou je ne sais quel autre sujet. Bien évidemment, mon sourire m'avait quitté, et j'essayais de m'occuper l'esprit, de trouver une échappatoire. Mais c'était sans compter le consul, qui m'offrit presque ce que je voulais sur un plateau d'argent. Mon père finit par céder, et mon sourire revint, plus éclatant que jamais. Même si son regard sur Enzo me gênait un peu, je ne m'en fis pas vraiment, lui qui pensait que j'étais une jeune fille correcte. Mais bien sur ! Je n'étais plus correcte depuis bien longtemps. Sous son nez en plus ! Je me souviens encore de ma première fois, avec un des agents de sécurité, dans une des rares pièces inoccupées de notre manoir. Juste à côté de son bureau qui plus était. A croire que je lui en voulais. Mais même si cette première expérience avait été rapide, et pas vraiment convaincante, j'avais appris là ma plus grande leçon. Que mon charme naturel était mon plus grand atout avec les hommes, et que je pouvais faire ce que je voulais désormais. Une fois l'autorisation de mon paternel en poche, j'entraînais Enzo un peu plus loin, tirant sur son bras pour qu'on s'éloigne, et qu'on puisse passer aux choses sérieuses. Enfin ! Il était temps ! Je restais donc charmante, tout en étant assez entreprenante, pour qu'il comprenne ce que j'avais en tête pour les deux prochaines heures. J'étais tellement heureuse que je n'avais pas remarqué qu'il ne décrochait plus un seul mot, restant droit comme un piquet en me regardant bizarrement. Mais j'étais trop occupée à continuer mon petit manège, que je ne remarquais pas son malaise, ni la claque qui allait se poser sur mon visage, comme un pétard qu'on fait sauter trop tard. Si seulement j'avais su…

Il se détacha doucement, attrapant mes mains pour que je lâche enfin son bras, me faisant froncer les sourcils. Habituellement, quand je parle de passer du bon temps avec un homme, c'est pas vraiment la réaction que j'obtiens. "Signorina, je suis désolé, mais je ne peux hélas pas, dans le cadre de mes fonctions, faire ce que vous suggérez. Pas ici et pas maintenant. Ce ne serait pas correct déontologiquement parlant." Comme je le disais, une claque en pleine figure. Il était sérieux là ? Il… Refusait de coucher avec moi ? Dites moi que je rêve, et que je suis dans un cauchemar, parce que c'est pas possible là ! Son ton pourtant, limite cassant, était sans appel. Ma réaction ne se fit pas attendre. "Je vous demande pardon ? Vous vous foutez de moi là, non ?" C'était une blague oui, il fallait qu'il se fiche de moi. Et pourtant, il semblait être on ne peux plus sérieux en ce moment même. Ses bras croisés sur son torse, il me regardait, sérieux au possible. Pincez moi je rêve ! Il disait non ! C'est pas possible non ! Jamais on ne m'a dit non ! Je fronçais les sourcils, avant de sentir les larmes me monter doucement, larmes que je ravalais difficilement. Oh que non ! Il pouvait toujours courir pour me voir pleurer ! Mon visage se durcit, et j'affrontais son regard. "Non mais je rêve ! Les deux fois où on s'est croisés, vous n'attendiez que ça ! Et là non ? A cause du consul ? Conneries oui !" J'étais blessée, et en colère. Et vous pouvez me croire, il ne faut pas m'avoir comme ennemie. Enzo Valente, vous êtes sur ma liste noire très cher. Soutenant son regard, je prenais une longue inspiration, froide au possible. "Je n'ai plus qu'à aller me trouver quelqu'un d'autre de plus intéressant avec qui discuter Sergent Valente. Et ne comptez pas sur moi pour vous faire l'honneur de ma présence désormais." Et sur ces mots, je me détournais de lui, retournant vers mon père, les traits tirés par la colère. Nan mais je rêve quoi ! Mon père, me voyant arriver, fronça les sourcils, et je le coupais en levant une main en l'air, alors qu'il semblait prêt à faire une remarque. "Cette garden party m'ennuie, je rentre à la maison avec Patrice." Il n'eut même pas le temps de répliquer, ou de me demander ce qui n'allait pas, que je quittais déjà la petite fête, ne jetant même pas un regard au bel italien qui n'avait pas bougé, mes talons claquant sur le marbre alors que je retrouvais Patrice, prêt à partir. Vous ne perdez rien pour attendre Enzo Valente ! Je me vengerais, soyez en sur…

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MessageSujet: Re: All I Want is a Little Fun Dim 6 Nov - 22:24

Et voilà, tout était fichu, raté, fini… j’avais envie de maudire mon étoile qui ne m’était pas vraiment protectrice ce soir. D’accord je m’amusais beaucoup, sans doute trop au vu de mes fonctions et de la chance que j’avais eus jusque là, mais c’était le propre de la jeunesse non ? Et une de mes caractéristiques principales aussi. J’aimais trop m’amuser pour être sérieux plus de cinq minutes. Il me coutait ce soir de jouer au parfait petit soldat bien entrainé, sage, discipliné et obéissant. Je n’avais qu’une envie, fuir au plus vite pour aller faire l’imbécile dans le premier bar, le premier bordel venu. Mais hélas, ce soir, c’était perfection obligatoire. Maintenir les apparences. Comment disaient les anglais déjà ? Ah, oui, the Show Must Go On… Il y avait de quoi mourir de rire non ? Et dire qu’ils devaient eux aussi continué à faire comme si tout allait bien, qu’ils allaient rétablir la situation en Europe. C’était risible. Avaient-ils seulement vus les allemands faire des manœuvres ? Quand on voit ça, on sait tout de suite qu’ils ne plaisantent pas. Outre l’idéologie politique, on comprenait tout de suite pourquoi Mussolini n’avait pas été contre la volonté de son ami Hitler. Ca aurait été totalement suicidaire. L’Italie n’aurait pas plus fait le poids que le reste de l’Europe, alors autant être dans le camp des vainqueurs, du moins pour le moment… Parce que même si pour l’instant, tout souriait à la nouvelle nation allemande, cela pouvait-il vraiment durer ? Seul l’avenir pourrait nous le dire, mais je doutais que les ricains qui menaient déjà une guerre assez dévastatrice en Asie l’entendent de cette oreille.

Mais j’étais loin d’être assez haut placé pour connaitre les détails de ces petites choses. Mes préoccupations étaient bien plus bas, plus proche de terre, les hautes instances n’étaient pas de mon ressort. J’écoutais d’une oreille les discussions du consul, au téléphone, ou lorsqu’il recevait quelqu’un, ou était reçu quelque part, mais je n’allais pas aller fouiner dans son bureau pour savoir de quoi il retournait. Déjà parce que je risquais d’être fusiller, ce qui en soit était une excellente raison, et en plus parce que je m’en moquais pas mal. J’avais l’impression, avec la force de cette jeunesse qui a survécut à tout, d’être intouchable, et que rien jamais ne pourrait m’atteindre, me blesser, et encore moins m’abattre. On est jeune et con… Je n’avais même pas quinze ans que Florence me donnait l’impression d’être à mes pieds, et à presque vingt ans, je ne doutais pas que Paris fasse de même d’ici peu. J’étais là depuis à peine quelques mois et déjà, je connaissais les moindres quartiers intéressants de la capitale française, sans parler des contacts que je m’étais fais. L’accent du sud ouvre beaucoup de portes, parait-il, je venais bel et bien de le prouver. Il n’a pas froid aux yeux le petit du sud, et il n’est pas prêt à se laisser marcher dessus. Les anciens caïds aiment bien ça, du moment qu’on ne franchit pas les limites du respect qu’on leur doit.

C’était les règles de mon monde, mon univers de raclure du pavé. C’est presque la loi de la jungle, seul le plus fort résiste et survit. Ici, les premiers temps, j’avais été totalement perdu les premiers temps, avant de comprendre au bout de quelques semaines que c’était exactement pareil, sauf que les mots avaient un autre sens, et la codification était plus compliquée. La seule différence entre le monde de la haute et celui du pavé. Quelques mots, une façon de se tenir, et un maintient qu’on ne pouvait pas acquérir ailleurs que dans leurs pensions très chers qui ne leur permettaient pas de se débrouiller dès qu’ils n’avaient plus leur cage dorée dans laquelle ils avaient été enfermés depuis l’enfance. Il y avait sincèrement de quoi rire. Lâchés un gamin des rues dans une maison chic, il s’habituera vite. On se moquera de lui les premiers temps, mais à force de mimétisme, il saura s’en sortir et se faire passer pour l’un d’entre eux. Lâchés un gamin de la haute dans un quartier pauvre, et là, il y dépérira. C’est presque sur. Ca aurait été une étudie intéressante à faire, mais je doute qu’il y ait un seul invité ici ce soir prêt à sacrifier son petit chéri d’amour pour faire ce genre de chose. Je me demandais aussi si la jeune femme accrochée à mon bras et que, à mon grand damne, je n’avais pas le droit de toucher, arriverait à se débrouiller une journée là d’où je venais, et quand je voyais la manière presque précieuse dont elle marchait sur ses talons hauts, j’en doutais tout autant.

Il était temps maintenant de mettre les points sur les i. Hélas, ça ne serait pas ce soir, et vue la tournure que prendrait les évènements avec cette fille pourrie gâtée, ça serait très certainement jamais… Dommage. Elle était plutôt mignonne, et j’aurais bien aimé lui apprendre les bonnes manières, les façons de faire des gouvernantes n’avaient visiblement pas été assez efficaces. Il faudrait pour cela attendre un peu, et essayer de regagner les points que ma façon de la rabrouer, brutale, m’avait fait perdre. De toute façon, un « non » à cette fille pourrie gâtée et capricieuse ne serait sans doute pas du luxe. Sa voix monta tout de suite d’une octave :

- Je vous demande pardon ? Vous vous foutez de moi là, non ?

Et en plus, vulgaire, quand elle est en colère. Tttttt…. Ce n’est pas bien, Alice. Je campais sur ma position, bras croisés, faisant face à la jeune femme. Le soleil nous faisait un sacré pied de nez.

- Non mais je rêve ! Les deux fois où on s'est croisés, vous n'attendiez que ça ! Et là non ? A cause du consul ? Conneries oui !

Je levais les yeux au ciel. Ces mots horribles dans la bouche d’une jeune fille comme elle faisaient presque mal aux oreilles.

- Je n'ai plus qu'à aller me trouver quelqu'un d'autre de plus intéressant avec qui discuter Sergent Valente. Et ne comptez pas sur moi pour vous faire l'honneur de ma présence désormais.

Je ne pus retenir un sourire moqueur, alors qu’elle me criait ça. Cela ne m’étonnait pas vraiment d’elle. Et je ne doutais pas qu’il y avait assez d’hommes présents pour… soulager, dirons-nous, son envie d’un corps brulant contre le sien. Pourtant, je devais bien avouer que j’étais frustré. Sortant mon paquet de cigarettes de ma poche, je le portais à mes lèvres pour allumer une tige blanche, et essayer de compenser le manque d’une drogue par une autre. On verra bien si ça passe.

FIN

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