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| | La journée va être longue... [PV Arthur] | |
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Sebastian A. Ebert Tinker Tailor Soldier Spy
■ inscrit le: 17/07/2011 ■ mes posts: 372 ■ avatar: Christoph Waltz ■ profession: Oberst de la Wehrmacht.
 | Sujet: La journée va être longue... [PV Arthur] Mar 13 Sep - 16:55 | |
| « Zum Gericht. » « Ja, Herr Oberst ! » (- Au tribunal. - Oui mon colonel.)
Quelques jours après les évènements traumatisants du bal organisé par la Propagande au Champs de Mars, le colonel allemand Sebastian Ebert montait dans sa voiture de fonction et ordonnait au soldat qui lui servait de chauffeur de le conduire au tribunal. Vêtu de son uniforme de ville, sa casquette d’officier jetait une ombre sur son regard déjà ombrageux. Depuis la tentative d’attentat par la Résistance à ce fichu bal, il n’était guère de bonne humeur. Sans l’intervention involontaire mais providentielle de son éternel rival, Philipp von Zimmern, il y aurait laissé la vie et aurait fini là, dans la pelouse, le crâne traversé d’une balle de fusil –ou de carabine, il n’était pas d’humeur à chercher à se rappeler des détails des rapports de balistiques. D’une main, il effleura l’hématome qui ornait désormais sa pommette, là où elle l’avait si bien frappé… Oui décidément, il s’en souviendrait de cette damnée soirée ! Confortablement installé à l’arrière de la voiture, Sebastian croisa les bras et se laissa aller à la rêverie en regardant les rues de Paris défiler par la fenêtre. Combien de fois avait-il entendu ses collègues parler de leurs trajets dans la capitale comme une pause bénéfique dans leur infernale journée, le seul moment de la journée où ils pouvaient ne penser à rien et simplement se reposer ? Donc, Sebastian avait décidé d’essayer, ce jour-là. Mais rapidement, un certain agacement l’envahit, d’abord parce qu’il ne voyait pas d’intérêt à regarder le paysage, ensuite parce que ce dernier n’avait rien de spécialement attrayant, et enfin parce que par nature, Sebastian détestait l’inaction. Déjà qu’avoir à faire un trajet en voiture l’agaçait prodigieusement, se faire conduire l’irritait encore plus, et ne pas avoir quelque chose à réfléchir le conduirait probablement à se jeter de la voiture en marche. Il n’avait pas de temps à perdre en rêveries inutiles, de toute façon. En temps de guerre, on avait rarement le temps de rêver.
« Dure journée, mon colonel ? » demanda le soldat en remarquant la mine renfrognée de son chef dans le rétroviseur.
Sebastian darda sur lui un regard hostile sans prendre la peine de lui répondre. Le soldat baissa immédiatement les yeux mais sans marquer de déception ou de terreur particulière. C’était un tout jeune homme, vingt ans tout au plus, qu’on avait assigné au service du colonel comme son ordonnance. Il était calme, flegmatique même, plutôt paresseux dans son genre mais intelligent, et surtout il ne posait jamais de question et était d’une loyauté indiscutable envers son supérieur. Au fond, il l’aimait bien son ordonnance. Il avait supporté sans broncher tous ses sarcasmes, ses piques, ses reproches plus ou moins fondés sans broncher, conservant toujours un calme olympien, et le militaire avait trouvé en lui un excellent exutoire pour ses sautes d’humeur. Oui, dit moins gentiment, l’ordonnance était son souffre-douleur attitré. Mais après tout, il était payé pour ça, et il n’avait jamais protesté. Et puis, il fallait lui reconnaître un défaut majeur, qui selon Sebastian, justifiait toutes les brimades qu’il avait pu lui faire subir : il était MOU. Il n’avait pas, ou peu de volonté, et se contentait de suivre ou d’obéir avec toujours le même air impassible et blasé sur le visage. Et Sebastian avait beau avoir de la sympathie pour ce garçon, il ne supportait pas les gens mous. Quoi de plus étonnant ceci dit pour ce quasi-hyperactif à qui l’idée même de rester immobile pouvait donner des crises d’angoisse ? « Walter ? » maronna Sebastian juste assez fort pour que l’autre l’entende. « Ja, Herr Oberst ? » « Versmissen Sie nicht Deutschland ? »(L’Allemagne ne vous manque pas ?) « Nicht wirklich, Herr Oberst. » (pas vraiment, mon colonel.) Il marqua une pause avant d’ajouter : « Ich bin ein Österreicher. » (je suis autrichien.) Ah bah oui, logique… Sebastian laissa échapper un long soupir chargé de lassitude et rabattit sa casquette sur ses yeux avant de s’enfoncer encore dans le siège de la voiture. L’après-midi s’annonçait décidément très longue…
« Herr Oberst ? Wir sind angekommen. »
Sebastian rouvrit les yeux, étonné de s’être laissé aller à une courte somnolence, même si le rythme infernal de ces derniers justifiait une certaine fatigue. Sans répondre à son souffre-douleur en titre, il remit sa casquette en place et sortit en coup de vent de la voiture. Il se pencha à la fenêtre ouverte de son ordonnance et lança rapidement : « Fahren Sie heim. Jemand wird mich abholen. » « Ja, herr Oberst. » (- Rentrez chez vous. Quelqu'un viendra me chercher. - Oui mon colonel.) Walter fit démarrer la voiture, et Sebastian le regarda pensivement s’éloigner. Puis il se tourna vers l’imposant bâtiment qu’était le tribunal, avec ses grosses colonnes à la grecque il ressemblait plus à un temple qu’un bâtiment administratif. Un temple à la justice, dans ce pays où régnait désormais le despotisme le plus infâme. Un rire sec et ironique lui échappa, puis il monta les marches qui menaient à l’entrée en secouant négativement la tête. Ce monde ne tournait vraiment plus très rond… Les poings enfoncés dans les poches de son long manteau « vert nazi » comme il disait lui-même, il franchit les portes massives du tribunal et se laissa happer par le silence assourdissant qui régnait dans les couloirs. Le bruit de ses bottes retentissait et était même amplifié par l’écho, le son de ses talons claquant sur le sol rebondissant sur les parois de l’enceinte avec bien peu de discrétion. Décidément, question discrétion, un tribunal était loin d’être l’idéal. Enfin, après tout il n’était pas là pour être discret, au contraire… S’il s’était rendu au tribunal aujourd’hui, c’était pour faire ce qu’il détestait par-dessus tout, à savoir remplir ses fonctions d’Oberst de l’armée allemande. Ce jour-là, ses actes, ses paroles allaient selon tout vraisemblance conduire à la condamnation à la prison des quelques personnes que la police et les SS avaient réussi à arrêter après la fusillade au bal, et jouer les bons colonels SS, il avait toujours haï ce côté de son travail. Pourtant, Dieu sait ce qu’il était nécessaire pour préserver sa couverture et lui permettre de continuer à œuvrer dans l’ombre. En sacrifier quelques-uns lui permettait ensuite d’en aider un plus grand nombre. Il n’aimait pas cette philosophie –si on pouvait appeler ça ainsi- mais en temps de guerre il fallait bien renoncer à ce genre d’idéaux… Et ça, ce n’étaient pas les services secrets qui le lui avaient appris, mais bien l’expérience. Réfrénant un début de nausée qui le prenait comme à chaque fois qu’il devait jouer les nazis modèles, il tourna la poignée de la porte de la salle de réunion et en poussa résolument le battant. Il entra dans la salle et d’un geste théâtral retira sa casquette et l’accrocha au porte-manteau, avant de se retourner et toiser ses collaborateurs d’un air incrédule et ô combien sardonique.
« Tiens. Guten Tag, meine Herren. Ich hatte Ihnen nicht gesehen. » finit-il par dire avec ce ton doucereux qui irritait tant Scheffer et von Zimmern.
En prenant son temps et sans vraiment écouter ceux qui répondaient à son salut, il dévisagea un à un ses interlocuteurs. Il y avait là deux lieutenants de l’armée allemande, un lieutenant-colonel –le grade juste au-dessous du sien- et trois inspecteurs de la police française… Dont l’inspecteur Arthur Lacluse. Sebastian l’ignora royalement. En public, ils étaient censés se mépriser l’un l’autre. Soit, allons-y ! Quelque chose lui disait qu’il n’allait pas avoir de mal à paraître inbuvable, vu comme il était déjà d’assez mauvaise humeur… Il n’allait épargner personne. Bien sûr, il n’avait aucune envie de s’en prendre à Arthur personnellement, mais il y était obligé pour sauver les apparences. Donc, plutôt que de signifier à son acolyte des forces de l’ombre « désolé vieux, je suis pas en grande forme, tu m’en veux pas si je suis chiant, aujourd’hui ? », il allait au mieux jouer les colonels hautains et méprisants, au pire… Les emmerdeurs de première, comme il savait si bien le faire.
« Vous êtes un peu en retard, Herr Oberst… Un pépin sur la route ? » osa demander le lieutenant-colonel (en français, car on lui avait dit de s'exprimer dans cette langue en présence de parisiens) que Sebastian fit mine de ne pas avoir remarquer en ouvrant le dossier des inculpés dont ils étaient censés régler le sort aujourd’hui. « Mon ordonnance a oublié comment on appuie sur une pédale d’accélérateur, en outre, cela ne vous concerne pas, Faber. » répliqua-t-il finalement sur un ton glacial sans lever les yeux de ses papiers. Le Lieutenant-colonel se raidit mais ne répondit pas. Trop dangeureux, jugea-t-il. Remarquant le silence, Sebastian leva la tête, comprit qu’il avait effrayé son subalterne, et secoua lentement la tête d’un air désespéré, comme s’il voulait signifier par là que décidément, ceux qui étaient sous ses ordres n’avaient pas beaucoup de cran…
« Je n’ai pas eu le temps de lire ce rapport, mais j’ai les éléments essentiels. Quatre hommes, de trente, vingt-huit, vingt-sept et vingt-et-un ans, arrêtés après cette diablerie de bal pour tentative d’attentat sur des officiers allemands. On les a interrogés ? Où est-ce qu’on en est de la procédure ? »
Un autre des allemands ouvrait la bouche pour répondre mais Sebastian fit un geste impérieux pour lui ordonner de se taire.
« Pas vous. Je veux des informations de source sûre, des vrais services de police. Vous, vous n’êtes que des militaires. Alors, inspecteur Lacluse ? Et vous autres ? » demanda Sebastian d’un air légèrement provocateur. Si aimer taper sur les nerfs des gens était une maladie, alors Ebert devait en être atteint à un stade irréversible.
₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ Try not to become a man of success, but rather try to become a man of value. |
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Arthur Lacluse
■ topics: FERMÉS ■ inscrit le: 21/08/2010 ■ mes posts: 2453 ■ avatar: Joseph Gordon-Levitt ■ présence: 7/7 ■ âge IRL: 26 ■ profession: Inspecteur de la Police Judiciaire  | Sujet: Re: La journée va être longue... [PV Arthur] Lun 19 Sep - 23:41 | |
| C'était la première fois que je haïssais mon métier. Depuis l'arrivée des allemands à Paris, je n'avais jamais vraiment haï le fait d'être un policier français. Mais depuis maintenant deux semaines environ, je me détestais, tout simplement. Tout d'abord parce que je n'avais pas été capable d'aider durant la rafle du Vel d'Hiv, mais aussi parce que la contre attaque prévue au Champ de Mars avait foiré, et que je devais faire un rapport complet au tribunal sur les évènements du bal populaire. J'avais été un des rares policiers français à avoir vu l'incident de près, et on m'avait demandé des détails, pour approfondir l'enquête. Encore une fois, je devais aider l'ennemi à arrêter d'autres résistants, et même, s'il le fallait, signer l'ordre d'exécution. Mais ça, c'était quelque chose que je refusais de faire. Beaucoup avait remarqué mon changement d'attitude ces derniers temps. Certes, beaucoup n'aimait pas la tournure que prenait l'occupation. Mais tout le monde se taisait, pour garder un semblant de vie normale. Et je les comprenais. Mais pour ma part, j'avais de plus en plus de mal à garder les apparences intactes. Je me dégoutais, tout simplement, et cela commençait à avoir des effets sur mon travail. La débâcle lors de la rafle en avait été la preuve. On ne me faisait plus autant confiance, et je me sentais de plus en plus épié, suivi à chaque fois que je me déplaçais. Je savais qu'il fallait que je me reprenne, mais j'avais beaucoup de mal à redevenir le policier que j'étais avant. Celui dont le dossier était parfait, et dont les exploits parlaient d'eux mêmes. Aujourd'hui, je n'étais plus que l'ombre de l'homme que j'étais auparavant, tout un tas de questions se bousculant dans mon esprit. Comment réussir à continuer ainsi ? A montrer à tout le monde que tout allait bien alors que ce n'était tout simplement pas le cas ? Et ce matin là, rien n'avait changé. Je m'étais levé, m'étais douché, et devant ma glace, j'observais les traits d'un homme fatigué, épuisé par le combat qu'il menait dorénavant. J'avais tout simplement du mal à mener ma vie de front, avec tout ce qui s'était produit récemment. Je soupirais longuement, secouant la tête en évitant mon regard dans le miroir, celui de quelqu'un que je ne reconnaissais plus…
Et pourtant, j'avais de quoi me réjouir. J'avais épousé la femme que j'aimais, même si c'était en secret, et elle m'avait annoncé sa grossesse il y avait plusieurs mois. J'aurais tout simplement du être heureux. Plus heureux que cela en tout cas. Pour le moment, je ne savais pas ce qui m'arrivait, et préférais ne pas y penser davantage. C'est donc comme un automate que je me préparais, avant de sortir de chez moi, verrouillant derrière moi avant de prendre le métro pour me rendre au tribunal. Je ne voulais pas y aller. Je ne voulais pas avoir à faire comme si tout allait bien. Je ne voulais pas avoir à mentir, en disant que c'était seulement un coup de chance si je n'avais pas été touché par une balle perdue. Alors que je savais que là n'était pas la raison. Soupirant, j'observais le bâtiment imposant qui représentait mon cauchemar actuel, avant d'y pénétrer, évitant les regards qui s'étaient posés sur moi alors que je parcourais les couloirs du tribunal, me rendant dans la salle que l'on nous avait attribué. Pour condamner des innocents. Car oui, les personnes arrêtées ce soir là étaient innocentes. Je le savais parfaitement quand je les avait croisées dans les couloir de mon commissariat. Ils ne faisaient ni parti de la Brigade, ni des Infiltrés. J'avais tout simplement évité leurs regards, me contentant de donner ma version des faits. Et alors que j'entrais dans la pièce, le silence se fit bien plus assourdissant, les quelques têtes présentes se tournant vers moi, me dévisageant un instant avant que je ne baisse la tête, allant m'asseoir vers mes deux collègues. Les allemands parlaient allemands, et je ne comprenais tout simplement rien. Mais je m'en fichais. Je n'avais qu'une envie, confirmer ma déposition, et prendre mes jambes à mon cou. La porte finit par s'ouvrir à nouveau, et mon regard croisa celui d'un autre allemand. Mais celui ci, je ne le connaissais que trop. "Tiens. Guten Tag, meine Herren. Ich hatte Ihnen nicht gesehen." Oula, fais la en français mon vieux, tu sais bien que je parle pas allemand. M'enfin, c'est bien du Sebastian tout craché. Et oui, malheureusement, je le connais celui là. En public, il est censé me dédaigner, et je suis censé lui rendre la parole. En privé, c'est une toute autre histoire. Mais ce n'est franchement pas bon, mais vraiment pas bon pour moi qu'il soit là…
Mais bon, il ne s'attarda pas sur moi, préférant m'ignorer totalement. Je soufflais, soulagé qu'il n'insiste pas. Car ce n'est pas vraiment que je l'aime pas, au contraire, juste que ce n'est pas le moment qu'il m'observe d'un peu trop près. Car celui là a la fâcheuse habitude de savoir ce à quoi je pense, et bien qu'il sait que j'ai horreur de ça, il ne se gène pas pour me le faire savoir. "Vous êtes un peu en retard, Herr Oberst… Un pépin sur la route ?" Je levais la tête à nouveau, observant l'échange entre les deux allemands, silencieux. "Mon ordonnance a oublié comment on appuie sur une pédale d'accélérateur, en outre, cela ne vous concerne pas, Faber." Je baissais les yeux à nouveau, souriant doucement. Seb et sa reprise légendaire. Jeu, set et match. Pauvre Faber. "Je n'ai pas eu le temps de lire ce rapport, mais j'ai les éléments essentiels. Quatre hommes, de trente, vingt huit, vingt sept et vingt et un ans, arrêtés après cette diablerie de bal pour tentative d'attentat sur des officiers allemands. On les as interrogés ? Où est-ce qu'on en est de la procédure ?" Je gardais la tête baissée, attendant patiemment que quelqu'un réponde à mon collègue de l'ombre. Avant d'être surpris par l'interpellation de celui ci, me demandant personnellement mon rapport. "Pas vous. Je veux des informations de source sûre, des vrais services de police. Vous, vous n'êtes que des militaires. Alors, inspecteur Lacluse ? Et vous autres ?" Je relevais les yeux vers lui, croisant à nouveau son regard. Je fronçais les sourcils, peu amène, et agacé par son ton, avant de soupirer, attrapant le rapport qui se tenait devant moi. "Vous savez lire colonel, alors je vous en prie, lisez." Je lui lançais mon rapport, le dossier faisant un bruit sourd en atterrissant sur la table, devant lui. "Ne comptez pas sur moi pour me répéter. Tout est écrit là. Après, ce n'est pas de ma faute si vous êtes tout simplement feignant au point de ne pas réussir à lire un rapport de seulement cinq pages. Mais là encore, ce n'est pas mon problème, alors débrouillez vous." Je savais que c'était de l'insubordination, mais il ne pouvait pas faire grand chose de plus. J'étais le policier le plus gradé ici, et je ne prenais pas d'ordres de l'armée allemande, ni même des SS. Un sourire mesquin sur le visage, je gardais mon regard planté dans celui de Sebastian, attendant sa répartie légendaire… ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ |
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Sebastian A. Ebert Tinker Tailor Soldier Spy
■ inscrit le: 17/07/2011 ■ mes posts: 372 ■ avatar: Christoph Waltz ■ profession: Oberst de la Wehrmacht.
 | Sujet: Re: La journée va être longue... [PV Arthur] Sam 22 Oct - 21:27 | |
| | Spoiler: | | | Plus d'un mois pour te répondre... Je suis impardonnable. Ca n'arrivera plus, promis ! Déménagement + rentrée + boulot, ça fait beaucoup... Pardon i_i |
Il était de ces jours, en particulier en des temps aussi durs que ceux de l’Occupation, qui laissaient dans la bouche un goût terriblement amer et désagréable, des jours qu’on aimerait pouvoir cracher pour pouvoir s’en débarrasser, une bonne fois pour toutes. Geste peu élégant, certes, mais rapide, sec et précis, qui permet d’exprimer son agacement sans avoir à se perdre en explications désastreuses. Sauf que les jours étaient de ces choses dont le goût reste présent encore bien longtemps, même quand on a craché par terre. Comme le goût désagréable de la première cigarette ou du premier cigare, il reste collé dans la bouche, amer et poisseux, détestable. Et cette journée était exactement de celles-là, parce qu’elle s’annonçait déjà sous les pires auspices. Assis sur le rebord de la table, Sebastian toisa le petit comité avec une expression indéchiffrable sur le visage. Ses yeux gris passaient de ses collègues allemands aux français et Arthur Lacluse sans changer d’éclat, et pourtant Dieu sait que sa tête était remplie de pensées et réflexions toutes plus rapides les unes que les autres. Les deux lieutenants allemands s’entre-regardaient sans trop savoir comment réagir à l’arrivée de leur big boss qui visiblement n’était pas d’humeur à rigoler, quant au lieutenant-colonel il n’en menait pas plus large depuis que le colonel l’avait rabroué sans vraiment prendre de gants. Si son subalterne n’avait pas été un tel idiot, il aurait presque eu envie de s’excuser. Presque hein. Parce que là, il avait plus envie de le prendre par les épaules et le secouer comme un prunier pour espérer obtenir un semblant de réaction. Il préférait déverser son venin sur lui que sur un des français, ou pire, sur Arthur. Après tout, il était –officieusement bien sûr- l’un de ses très rares amis, aussi préférait-il en public jouer la carte de la froideur et du mépris que celle de la franche hostilité, même s’il n’avait parfois pas le choix… Puisque le policier était souvent le seul à avoir le cran de lui répondre ! En temps normal, ce petit jeu l’amusait, mais les mauvais jours comme celui-ci, il était plus pissed off qu’autre chose, car il savait très bien à quel point il pouvait se montrer méchant et fourbe quand il ne faisait plus attention, même en disant des choses qu’il ne pensait pas…
"Vous savez lire colonel, alors je vous en prie, lisez."
Sebastian se redressa et croisa les bras, son regard allant du dossier à Arthur, d’Arthur au dossier sans qu’il n’ajoute le moindre commentaire. Quelque chose dans le ton de son camarade l’avait interpellé, il attendit donc la suite en sachant très bien qu’il n’allait pas s’arrêter là.
"Ne comptez pas sur moi pour me répéter. Tout est écrit là. Après, ce n'est pas de ma faute si vous êtes tout simplement feignant au point de ne pas réussir à lire un rapport de seulement cinq pages. Mais là encore, ce n'est pas mon problème, alors débrouillez-vous."
Si Sebastian esquissa un demi-sourire, ce fut plus à cause des regards effarés que lançaient français et allemands à l’inspecteur qu’à cause de la réplique en elle-même. Ca faisait toujours cet effet quand ils étaient ensemble. Arthur était souvent perçu comme un grand malade qui jouerait à tripatouiller les fils d’une bombe pour voir jusqu’où il pouvait aller avant qu’elle n’explose. Il n’en était évidemment rien, tous les deux savaient que les possibles éclats de colère que l’un ou l’autre pouvait avoir n’étaient que de la poudre aux yeux, de la comédie de haut vol, mais le fait que les autres n’y voient que du feu étaient un véritable délice. Néanmoins, il était toujours désagréable de voir son ami se retourner contre vous, même pour la bonne cause. Ce serait bien plus facile s’ils se détestaient réellement. Sauf que le destin en avait voulu autrement, ce sacré farceur. Et en bon ami –haha !- qu’il était, Sebastian nota rapidement que quelque chose n’allait pas. Il prenait la mouche un peu moins vite, d’habitude. Sale journée pour lui aussi ? Parfait, ils allaient pouvoir être deux à se taper sur les nerfs ! Allez Tutur, prend la matraque et tape, tape aussi fort que tu veux, de toutes façons on est plus à ça près… Alors vas-y gaiement, je ferai de même ! Avec un geste exaspéré Sebastian interrompit le fil de ses pensées et retrouva son masque aimable mais ô combien irritant, tant on devinait facilement l’hypocrisie qu’il requérait… Il attrapa le dossier d’un geste vif et l’ouvrit avant de le lire avec une rapidité étonnante. Ce faisant, il marmonna :
« Cinq pages pour quatre hommes inculpés de tentative d’attentat ? Ne venez pas m’accuser de paresse inspecteur, il me semble que vous –ou qui que ce soit qui ait rédigé ce rapport- me battez à plate couture sur ce terrain-là… »
Si un vague sourire s’était dessiné sur ses lèvres à ce moment-là, il disparut bien vite lorsqu’il fusilla ses hommes du regard alors que ceux-ci riaient sous cape à la réplique de leur chef. Ce regard assassin les fit taire aussitôt et ils baissèrent les yeux pour ne plus risquer de mourir sur place. Le colonel était un homme compétent, mais qu’est-ce qu’il était susceptible ! Et imprévisible avec ça. On ne pouvait jamais savoir quand ça allait exploser avec lui. Et en plus il prenait un malin plaisir à tyranniser ses hommes. Probablement pour se venger d’avoir à jouer ce rôle de pourri que sa mission secrète lui imposait. On lui demandait d’être nazi ? Soit, il allait en être un ! Et de la plus belle espèce, encore ! Même von Zimmern, qui n’était pas un tendre, avait meilleure réputation que lui… Le seul qui pouvait être considéré comme son égal était probablement Heiptmann, mais comme il ne le connaissait guère, il s’en fichait. Nombreux étaient les pauvres soldats qui demandaient en secret à être changés de régiment… Pour au final essuyer un refus. Oui décidément, tyranniser ses hommes était un bon exutoire pour évacuer sa frustration d’avoir à jouer ce rôle immonde de colonel nazi et commettre de ce fait des actes pour lesquels il aurait tué n’importe qui. Comme celui que lui et les quelques autres hommes présents s’apprêtaient à commettre.
« Voyons voir… Arrêtés le soir de l’attentat, immédiatement écroués, et bien entendu inculpés lors de leur procès… Reste donc à décider de leur sentence. »
Les mots de Sebastian furent accueillis par un silence pesant. Personne ici n’était franchement à l’aise avec le sujet, et de toute façon, français comme allemands attendaient de leurs chefs qu’ils prennent une décision. Dommage que les chefs en questions soient eux-mêmes des membres de la Résistance. Incapable de rester en place plus longtemps, Sebastian croisa les mains dans son dos et fit quelques pas jusqu’à la fenêtre, les idées se bousculant dans sa tête pour éventuellement toruver un moyen de tirer ces pauvres gars de ce mauvais pas… Malheureusement, le dossier de l’affaire comme le rapport de Lacluse ne leur laissaient pratiquement aucune chance, exceptée peut-être la grâce du Président français. Et même ça c’était perdu d’avance : qu’un colonel qui avait bien failli mourir durant cette dramatique soirée demande à ce que quatre de ses agresseurs soient graciés, c’est très louche. Que Pétain les gracie, ce serait encore plus louche. Et hautement improbable. A peu près aussi improbable que de voir Hitler se mettre à apprendre l’hébreu. Autant oublier, donc. Ne reste donc que la condamnation à mort… Et cette perspective était loin de réjouir le colonel, qui bien qu’insupportable et cynique, n’en avait pas moins une profonde considération pour la vie humaine, surtout celle des résistants ! Il avait bien réfléchi à un moyen de commuer leur peine de mort en prison à perpétuité, mais un attentat de cette ampleur, sur des officiers haut gradés, les nazis ne pouvaient laisser passer une occasion pareille de donner l’exemple. Et si jamais il décidait de renoncer au peloton juste par convictions personnelles anti-peine de mort, de forts soupçons se porteraient sur lui… Ca à quoi il ne tient guère, bien entendu.
« Himmel, pourquoi ne fait-on pas venir des juges de Berlin, si on tient tant que ça à ce que la décision vienne de nous ? Je me fiche pas mal de ce que deviennent ces types après leur arrestation ! Ce n’est pas à un militaire, ni même à des policiers de décider de leur sort ! » s’exclama-t-il brutalement en jetant sans ménagement le rapport sur la table. Incarnation parfaite du stratège militaire qui ne connaît rien en dehors de son sentier à lui et qui n’a à peu près rien à cirer du reste du monde. Ironie, quand on sait que Sebastian exerçait le métier d’avocat avant que l’OSS ne le propulse ici.
Il enfonça les poings dans ses poches et s’adossa nonchalamment au mur avant de lancer un regard désabusé à ses collègues français.
« De notre point de vue, ces quatre hommes doivent être fusillés. Pour l’exemple. Ni plus ni moins. Votre avis ? »
Court, clair, concis, et insupportable d’indifférence –feint certes, mais avec beaucoup d’adresse- cette réplique tomba comme une bombe dans la pièce. Un silence s’ensuivit, que Sebastian se garderait bien de rompre. Qu’il ne soit pas le seul à se mouiller, non mais !
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Arthur Lacluse
■ topics: FERMÉS ■ inscrit le: 21/08/2010 ■ mes posts: 2453 ■ avatar: Joseph Gordon-Levitt ■ présence: 7/7 ■ âge IRL: 26 ■ profession: Inspecteur de la Police Judiciaire  | Sujet: Re: La journée va être longue... [PV Arthur] Jeu 3 Nov - 17:43 | |
| Pourquoi, dites moi pourquoi j'avais accepté d'être ici aujourd'hui ? M'enfin, accepté était un bien grand mot. Je n'avais pas vraiment le choix. J'avais été présent lors de l'évènement, donc forcément, j'étais comme commis d'office pour écouter les allemands donner leur verdict. Personnellement, j'avais bien meilleure chose à faire que de les écouter blablater sur l'immondice du geste qui avait été perpétré là bas. Et comment je m'ennuyais ! Je n'en pouvais tout simplement plus. Il y a des jours comme ça, où on a juste envie de tout balancer par terre. Et ce jour là était arrivé. Aujourd'hui, j'avais juste envie de laisser tomber. De rendre ma plaque, et de les laisser se dépatouiller ensemble. Mais je ne pouvais tout simplement pas. C'était mon devoir, en tant que français, de rester, et de faire ce dont j'étais le meilleur. Aider la Résistance à se débarrasser de l'occupant. Et si je décidais de quitter mon poste, je n'aurais plus les facilités que j'ai en ce moment pour aider la population à s'en sortir. Mais la Rafle avait laissé un goût amer en moi, et cette défaite m'avait profondément perturbé. Je m'en voulais de ne pas avoir été suffisamment prudent, pour que mes supérieurs ne me fassent pas assez confiance. J'aurais tout simplement pu en sauver des milliers. Ces pauvres âmes qui sont désormais prisonnières au Vel d'Hiv, dans des conditions épouvantables, j'avais entendu quelqu'un me dire. Donc oui, je m'en voulais. Terriblement. Aussi parce que l'action sur le Champ de Mars avait foiré, et qu'on avait pas pu tirer notre épingle du jeu. Et me voilà désormais dans un tribunal, autour d'une table trop grande pour le petit nombre d'officiers allemands et français, à débattre de la sentence pour un tel acte de résistance. Pathétique. Et même si Sebastian était une tête familière, je n'étais tellement pas d'humeur, que je n'avais pas besoin de prétendre que je le détestais. Son regard était tel que je sus qu'il jouait bien évidemment la comédie, sans pour autant que ses collègues ne puisse percevoir la supercherie. Ses yeux s'étaient posés sur le dossier, avant de revenir sur moi, me dévisageant presque, avant de sourire à l'effet de ma petite pique. S'il voulait que je l'agresse un peu plus verbalement, j'étais son homme, ça il ne pouvait pas le nier…
Mon humeur m'aidait, c'était certain. J'en avais tout simplement marre de rester ici, alors que j'avais bien mieux à faire. Des gens mourraient dehors. Je n'avais pas le temps de débattre sur ce genre de choses. Soupirant, je tentais quand même de me calmer un peu, faisant bonne figure. Du moins pour un moment. Mais il était clair que je ne tiendrais pas longtemps, surtout à la vitesse à laquelle Sebastian lisait mon rapport. Même si, je devais l'avouer, il avait finit par le lire assez vite. Ah merci mon Dieu ! Sa voix résonna alors dans la pièce, me faisant serrer la mâchoire à sa remarque, cinglante. "Cinq pages pour quatre hommes inculpés de tentative d'attentat ? Ne venez pas m'accuser de paresse inspecteur, il me semble que vous -ou qui que ce soit qui ait rédigé ce rapport- me battez à plate couture sur ce terrain là…" Je soupirais à nouveau, me retenant de lui répondre, alors que d'autres semblaient se moquer de lui. Cette fois, ce fut la goutte d'eau. Qu'on me dise ce qui n'allait pas, passe encore, mais qu'on se moque de moi ? Alors là, non merci. Je repris la parole, alors que je savais que je devrais me taire. "Croyez moi, colonel, quand je vous dis que je n'ai pas que ça à faire. Alors si ce manque d'informations vous importune, veuillez vous en référez à mon supérieur. Mais je doute que vous ne réussissiez à avoir un rapport de plus de deux pages pour ce genre d'incident. Surtout chez nous. Alors que nous avons des milliers de noms à vérifier après la Rafle d'il y a quelques semaines. Et tout cela grâce à vos supérieurs." Cinglant moi ? Si peu. Foudroyant du regard les soldats allemands et mes collègues un instant, je reposais mon regard dans celui de Sebastian, ne le quittant pas un instant des yeux, bras croisés. Insubordination ? Check. Comment mettre un officier en rogne ? Check. Ou pas… Parce qu'aussi cinglante ma réplique puisse être, l'officier ne sembla pas s'en faire, préférant continuer sur sa lancée. "Voyons voir… Arrêtés le soir de l'attentat, immédiatement écroués, et bien entendu inculpés lors de leur procès… Reste donc à décider de leur sentence." Alalala comment j'avais envie de rire. Un procès ? Une sentence ? La justice a vraiment bon dos parfois…
Mais cette fois ci, je gardais le silence. Même si mon soupir se fit bruyant, personne ne releva l'éclat plus que cela. J'en avais marre, c'était peu dire. Car dire qu'il avaient eu un procès, c'était vraiment l'hôpital qui se foutait de la charité. Et qu'en plus, ce soit un officier allemand qui s'occupe de déterminer la sentence ? Encore plus drôle… M'enfin, je n'avais pas mon mot à dire, je n'étais là qu'en tant que l'inspecteur de la police judiciaire qui avait participé au dossier. Point final. "Himmel, pourquoi ne fait-on pas venir des juges de Berlin, si on tient tant que ça à ce que la décision vienne de nous ? Je me fiche pas mal de ce que deviennent ces types après leur arrestation ! Ce n'est pas à un militaire, ni même à des policiers de décider de leur sort !" Alors là, il marque un point. Le rapport retomba ensuite sur la table, faisant sursauter une bonne partie de la tablée. Mais ce qui était encore plus drôle, était qu'il parle du fait qu'il n'étais pas qualifier à juger cette affaire, alors que lui et moi savions parfaitement que ce n'était pas le cas. Quand Londres m'avait contacté, ils m'avaient bien dit qu'il avait été avocat. Et un excellent avocat qui plus était. Ses poings dans ses poches, Sebastian continua, alors que je me mordais la lèvre pour ne pas laisser mon fou rire m'emporter. "De notre point de vue, ces quatre hommes doivent être fusillés. Pour l'exemple. Ni plus ni moins. Votre avis ?" Il demandait vraiment notre avis là ? Je laissais mes yeux trainer sur la table, alors que mes compagnons d'infortune restaient silencieux. Il fallait que quelqu'un prenne la parole ? Ou pas ? Sachant parfaitement que j'allais me brûler les ailes, je me raclais la gorge, avant de me mettre à rire. "Fusillons les ! Mais oui ! Vous allez voir, ça va être marrant ! Faisons ça derrière chez moi aussi tiens ! J'ai un petit jardin qui sera parfait pour cela ! Croyez moi ! Et puis si ça vous dis, je peux aussi faire un barbecue. Oh bah non suis-je bête, on a pas le droit après le couvre feu. Vous êtes pas drôles sérieusement…" Oui, j'étais allé trop loin. Vu les regards que j'avais désormais sur moi, tout le monde me prenant pour un grande malade, je me levais, faisant grincer ma chaise sur le parquet ciré, avant de faire une révérence, avant de remettre mon chapeau sur la tête. "Je pense que vous n'avez plus besoin de moi. Sur ce, je vous souhaite la bonne journée." Bonne journée mes fesses oui ! J'étais tout simplement dans un cauchemar… ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ |
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Sebastian A. Ebert Tinker Tailor Soldier Spy
■ inscrit le: 17/07/2011 ■ mes posts: 372 ■ avatar: Christoph Waltz ■ profession: Oberst de la Wehrmacht.
 | Sujet: Re: La journée va être longue... [PV Arthur] Sam 19 Nov - 17:02 | |
| S’ils n’avaient pas été respectivement flic et faux colonel nazi, Arthur et Sebastian auraient pu se reconvertir dans le cinéma, le théâtre ou encore le cirque. Car c’était en effet un beau numéro de comédie qu’ils offraient à leurs hommes dépassés par la tournure que prenait la discussion ! Qui aurait pu dire que dans l’intimité, ces deux-là étaient de grands amis qui connaissaient presque tout l’un de l’autre ? Personne, absolument personne. L’allemand jouant le rôle du parfait petit nazi, le français celui de l’insolent rebelle, leur duo était rôdé, parfait, indétectable. Un jeu de rôles d’une comédie noire, à l’humour satirique et acide où chacun prétendait détester l’autre et y arrivait si bien que la frontière entre mime et réalité avait parfois tendance à s’effriter. Comme ce jour-là, au tribunal, où décidément l’humeur n’était pas à la fête.
Fusillés. Sebastian avait laissé tomber le mot fatal et il attendait maintenant une réaction, les bras croisés, s’impatientant presque devant le manque de réaction des français comme de ses propres subalternes. Croyaient-ils peut-être que ça l’amusait, lui, de décider tout seul du sort de quatre hommes ? Le croyaient-ils plus à l’aise qu’eux sur le sujet ? Apparemment. Le masque de tyran qu’il s’était forgé devait, dans leur esprit, être associé à celui d’une espèce de psychopathe qui n’avait aucun scrupule à envoyer quatre hommes à la mort d’une pichenette. Et de fait, son rôle exigeait de lui qu’il ne montrât aucune hésitation. Même s’il détestait ça. Ce n’était pas faute d’avoir cherché une échappatoire pourtant, mais la grâce de Pétain était inenvisageable, et la prison éveillerait les soupçons de ses supérieurs qui n’avaient qu’un seul mot à la bouche : l’exemple ! Le règne par la terreur ! Fusiller les uns pour dissuader les autres ! Sebastian siffla entre ses dents, agacé. Bande de crétins ! S’ils croyaient que c’était ça qui allait dissuader les résistants, ils se fourraient le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Non seulement ça n’allait pas les dissuader, mais ça allait déchaîner leurs envies de vengeance et les attentats se multiplieraient. Ca, Sebastian n’allait pas s’en plaindre, mais s’il pouvait éviter la mort de quatre résistants, voire même des innocents qui sait, avec cette justice qui n’en était pas une… Il ne dirait pas non. Le visage fermé, un éclat métallique passa dans son regard alors qu’Arthur réagissait, et plutôt violemment.
"Fusillons-les ! Mais oui ! Vous allez voir, ça va être marrant ! Faisons ça derrière chez moi aussi tiens ! J'ai un petit jardin qui sera parfait pour cela ! Croyez-moi ! Et puis si ça vous dis, je peux aussi faire un barbecue. Oh bah non suis-je bête, on a pas le droit après le couvre-feu. Vous êtes pas drôles sérieusement…"
Un silence de mort suivit ces paroles. C’était un véritable coup d’éclat qu’il venait de faire, en se foutant ouvertement de l’autorité nazie devant un officier haut gradé. Un autre que lui aurait immédiatement perdu son sang-froid et ordonné l’arrestation d’Arthur. Mais Sebastian ne pouvait pas faire ça. Il resta donc de marbre, comme si la provocation ouverte de son collègue était entrée par une oreille et ressortie par l’autre. Pourtant, et personne ne s’y trompa, il y avait dans son regard une lueur qui n’annonçait rien de bon. Les français se demandaient comment il allait réagir, les allemands comment il allait l’assassiner. Les quelques nazis présents auraient sûrement souri à cette perspective réjouissante si Ebert n’avait pas exercé sur eux une pression et une terreur qui leur clouait le bec et les tenait en respect plus sûrement que la menace de n’importe quel fusil. L’autorité était parfois plus efficace que la menace, le colonel avait maintes fois eu l’occasion de s’en rendre compte. Son charisme magnétique pouvait le rendre aussi séduisant que terrifiant, il pouvait être le plus charmant des hommes et la seconde d’après écraser tout le monde de son implacable personnalité. Ce n’était pas pour rien qu’il avait été un avocat doué. Il avait l’art et la manière de rallier les gens à sa cause et de faire plier les volontés, et sur ses soldats c’était une tactique qui fonctionnait à merveille. Avec Arthur, qui le connaissait si bien, c’était plus difficile… Surtout qu’il ne se laissait pas facilement faire, le bougre ! Sebastian le regarda se lever et remettre son chapeau sans mot dire, mais sans le quitter des yeux, comme un chat à l’affût.
"Je pense que vous n'avez plus besoin de moi. Sur ce, je vous souhaite la bonne journée."
Sebastian resta parfaitement immobile jusqu’à ce qu’Arthur ne se dirige vers la porte. C’est à ce moment-là que soudainement, il traversa en quelques enjambées l’espace qui le séparait de lui, et au moment où il ouvrait la porte pour sortir Sebastian plaqua sa main contre le bois et la porte claqua de nouveau, fermée. Leurs yeux, qui n’étaient plus qu’à quelque vingt centimètres l’un de l’autre, se croisèrent. Les hommes retenaient leur souffle, redoutant le conflit, l’explosion qui allait peut-être s’ensuivre. Le bras toujours tendu et la main toujours plaquée contre la porte pour la maintenir fermée, Sebastian ne riait pas. Pas plus qu’Arthur. Ils se dévisageaient en chien de faïence, comme s’ils guettaient le moindre geste de l’autre pour pouvoir lui sauter à la gorge. Non, à ce moment précis, personne, pas même eux, n’auraient pu dire qu’ils étaient amis…
« Vous n’êtes pas le seul à avoir d’autres choses à faire de vos journées, Lacluse. » siffla Sebastian entre ses dents. « Cette corvée ne me plaît pas plus qu’à vous. Mais il faut la faire, alors vous allez rester là avec nous et nous faire partager vos lumières. Pas sûr que vos supérieurs apprécient que vous désobéissiez aux ordres. Pas plus que les miens n’apprécieraient que je ne suive pas les leurs. »
Après avoir lâché cette menace à peine voilée, il consentit enfin à lâcher la porte et fit un pas en arrière. Il n’avait pas lâché son ami des yeux un seul instant, scrutant la moindre expression sur son visage. Finalement, il lança à ses hommes :
« Sortez. »
Les allemands échangèrent des regards inquiets. L’Oberst voulait donc être seul avec l’inspecteur ? Pourquoi faire ? Lui passer un savon ? Voilà qui serait bien du goût de ce malade d’Ebert. Par souci des conventions, il virait les hommes présents dans la salle, mais dès qu’ils seraient dehors, Lacluse allait passer un mauvais quart d’heure, ils en avaient la certitude… A vrai dire, ils avaient tellement peur de Sebastian qu’ils estimaient que Lacluse aurait de la chance s’il s’en sortait vivant. Ils finirent donc par se lever, presque en hésitant, et sortir silencieusement de la pièce.
« Rentrez chez vous. Je ne pense pas que l’inspecteur et moi ayons besoin d’une bande d’incapables inutiles comme vous pour prendre une décision. »
Le dos courbé sous les reproches, les allemands quittèrent la pièce avec un soulagement palpable. Les français ne tardèrent pas à les imiter, lançant à leur chef des regards inquiets. Voir Arthur dans cet état devait être suffisamment rare pour qu’ils s’en inquiètent, et le traitement que semblait lui préparer l’Oberst n’était évidemment pas des plus rassurants. Ils partirent aussi, cependant. Sebastian attendit en silence qu’ils aient disparu au bout du couloir, avant de refermer la porte derrière eux. Maintenant, plus personne ne pouvait les entendre. Jetez les masques, gentlemen ! Sebastian se tourna vers Arthur et le regarda d’un air de défi. Quelque chose ne tournait pas rond chez le policier. Certes ils étaient censés être ennemis pour le public, mais c’était la première fois que l’hostilité avait atteint ces proportions, et surtout il risquait de les mettre dans le pétrin s’il luttait trop contre l’autorité… Lui pour rébellion, et Sebastian pour ne pas s’être occupé de cet avorton et avoir passé son insubordination ! Qu’il le protège ou l’épargne éveillerait clairement les soupçons, et Arthur en avait parfaitement conscience. Jouer les flics trop rebelles et défenseurs de la liberté, c’était signer leur fin à tous les deux ! Sebastian avait donc bien l’intention de savoir ce qui mettait son ami d’une humeur aussi inconsidérée, et presque suicidaire.
« Frappe. »
Face au regard interloqué de son interlocuteur, Sebastian eut une mimique agacée.
« Frappe je te dis ! Tu seras peut-être moins chiant si tu te défoules un peu, parce que là tu bats des records ! »
₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ Try not to become a man of success, but rather try to become a man of value. |
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Arthur Lacluse
■ topics: FERMÉS ■ inscrit le: 21/08/2010 ■ mes posts: 2453 ■ avatar: Joseph Gordon-Levitt ■ présence: 7/7 ■ âge IRL: 26 ■ profession: Inspecteur de la Police Judiciaire  | Sujet: Re: La journée va être longue... [PV Arthur] Mer 23 Nov - 16:44 | |
| C'était rigolo en fait de participer à ce genre d'évènements. Sebastian et moi même étions de très bons amis. En temps normal. Aujourd'hui, je me défoulais sur lui. Et je devais avouer que j'adorais ça. Ce n'était pas contre lui, surtout pas non, mais le fait de me défouler sur une soit disante "figure type" de l'occupation allemande me faisait énormément de bien. Il était juste la mauvaise personne au mauvais moment. Cela faisait un moment déjà que je risquais d'exploser comme ça. Malheureusement pour le colonel, ça tombait sur lui. Peut être qu'en me laissant aller à me foutre ouvertement de l'occupant comme ça, je risquais gros. Non, je rectifie, je risquais gros. Pas de peut être. Mais à cet instant précis, je m'en fichais complètement. C'était comme si ces deux dernières années, tout ce que j'avais vécu me revenait d'un coup, et que je déversais tout mon mal être, toute ma nervosité sur un seul homme. Pauvre Sebastian. Il avait rien fait lui, pour mériter cela. Il était un ami proche, et on ne pouvait même pas croire à cet instant, pas même lui, ni moi, que nous étions amis. Cela faisait longtemps qu'on jouait à cela. Il me faisait la morale, et je répliquais en me foutant ouvertement de sa position ou du régime nazi. Sauf qu'aujourd'hui, je ne faisais plus vraiment attention à ce que je faisais. Je déversais tout mon venin sur lui, sans même faire attention à ce que je pouvais bien dire. Que mes paroles pouvaient être prises comme une trahison. Je parlais comme un résistant -ce que j'étais bien sur, mais pas aux yeux de mes collègues- comme un fou furieux qui se fichait de tout. Et aujourd'hui, notre petite comédie semblait encore plus réelle qu'elle ne l'était vraiment. Les regards atterrés de mes collègues, certains me pressant de me rasseoir, d'arrêter de me faire remarquer comme ça, d'autres baissant la tête, tandis que les allemands me fusillaient tout simplement du regard, moi le policier français qui insultait leur régime. Et personnellement, je me fichais de ce qu'ils pouvaient penser. Qu'ils me fusillent moi pendant qu'ils y étaient ! Vu qu'ils adoraient fusiller quelqu'un juste parce qu'il a le malheur de donner sa propre opinion sur l'occupation nazie. Oui nous avions perdu, mais nous n'étions pas des animaux à emmener à l'abattoir ! Ma réaction violente en surpris plus d'un, et même mon vieil ami…
Pourtant, il resta de marbre, sans bouger d'un centimètre. Il se contentait de l'observer, alors que je tentais de me calmer. Même si je ne comptais pas rester ici. Qu'il m'arrête, me fasse exécuter ou je ne sais quoi, je m'en fichais désormais. Personne ne me volera ma liberté d'opinion, ni d'expression d'ailleurs. Finissant par me lever et remettant mon chapeau sur ma tête, je me dirigeais vers la porte, après avoir lâché une dernière fois ma façon de penser. C'était sans compter sur Sebastian, qui ne comptait bien évidemment pas me laisser sortir. Prêt à sortir, il plaqua sa main sur le bois de la porte, la faisant claquer à nouveau, fermée. Mon regard plongea dans le sien, et je serrais la mâchoire. Calme toi Arthur, tu ne veux pas faire un scandale encore plus gros que celui que tu viens déjà de provoquer. Le dévisageant, mâchoires serrées, mes poings se refermant lentement, je bouillais intérieurement. Laisse moi partir Sebastian, avant que je ne fasse une bêtise. "Vous n'êtes pas le seul à avoir d'autres choses à faire de vos journées, Lacluse. Cette corvée ne me plaît pas plus qu'à vous. Mais il faut la faire, alors vous allez rester là avec nous et nous faire partager mes lumières. Pas sûr que vos supérieurs apprécient que vous désobéissez aux ordres. Pas plus que les miens n'apprécieraient que je ne suive pas les leurs." Le fusillant toujours du regard, je finis par me reculer violemment, ayant au préalable laissé ma main claquer contre le bois de la porte. Croisant mes bras sur mon torse, je continuais à le surveiller du regard, prêt à riposter alors qu'il reprenait la parole. "Sortez." Je fronçais les sourcils. Il fait quoi là ? Je ne comprenais pas vraiment, mais je m'en fichais. Si il laissait les autres sortir, je partirais avec eux. "Rentrez chez vous. Je ne pense pas que l'inspecteur et moi ayons besoin d'une bande d'incapables inutiles comme vous pour prendre une décision." Je secouais la tête, me retournant vers la fenêtre, pour cacher le petit sourire qui venait de fleurir sur mes lèvres. Avant de soupirer, reprenant mon expression précédente. J'étais toujours furieux, et d'une humeur exécrable, et je me demandais ce qui se passait. Me retournant, les allemands et mes collègues échangeaient des regards apeurés…
Puis, au fur et à mesure, ils sortirent de la pièce, mes collègues me jetant des regards inquiets. Je finis par hocher la tête, leur signifiant que ça irait, et qu'on se retrouverait au poste plus tard dans la journée. Comme l'avait dit Sebastian, je n'avais pas besoin d'eux. Je les observais sortir de la pièce, ma position se relaxant légèrement, mes bras retombant le long de mes flancs. La porte se referma au bout d'un long moment, et Seb se retourna vers moi, son regard plein de défi. Je savais que j'avais un peu dépassé les bornes, mais je n'en pouvais tout simplement plus. J'avais juste besoin d'un peu de recul, c'était tout. Mais il n'était pas dupe, et je le savais aussi bien que lui. Il me connaissait que trop pour ne pas se douter que quelque chose n'allait pas chez moi. Jamais je n'avais eu de réaction aussi violente, et pourtant, notre numéro était bien huilé. Cependant, le mot suivant me surpris un peu plus encore. "Frappe." Incrédule, je fronçais les sourcils, secouant la tête. Je n'allais pas le frapper non plus, je n'étais pas fou à ce point. Car là, ce n'était pas pour insubordination qu'on me fusillerait, mais pour agression ! "Frappe je te dis ! Tu seras peut être moins chiant si tu te défoules un peu, parce que là tu bats des records !" Je secouais la tête, soupirant en évitant son regard. Si il croyait que j'allais me battre avec lui, il se fourrait le doigt dans l'oeil. Je n'étais pas suicidaire non plus. "Non mais t'es pas sérieux là hein ?! Je vais pas te frapper Sebastian ! Tu sais bien que ce n'est que de la comédie !" On verra bien si il gobera cela hein ! Bon, je ne pense pas, vu sa tête qui semble bien trop sérieuse à mon goût. Soupirant à nouveau, je reposais mon chapeau sur la table. "Sérieusement, je ne te frapperais pas. Compte pas sur moi pour le coup… J'y suis allé un peu loin je suis d'accord, mais c'est que du cinéma." Ça pour le coup, c'était pas vraiment vrai. Car oui j'y étais allé un peu trop fort, mais ce n'était pas QUE du cinéma. Et il pouvait toujours dire ce qu'il voulait, je n'allais pas commencer à dévoiler tout ce que j'avais sur le cœur juste parce qu'il était mon ami. Il me connaissait mieux que ça pourtant… ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ |
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Sebastian A. Ebert Tinker Tailor Soldier Spy
■ inscrit le: 17/07/2011 ■ mes posts: 372 ■ avatar: Christoph Waltz ■ profession: Oberst de la Wehrmacht.
 | Sujet: Re: La journée va être longue... [PV Arthur] Dim 4 Déc - 17:26 | |
| Pour être un bon espion, plusieurs qualités étaient requises. D’abord il fallait bien évidemment être un acteur bien rôdé, un comédien capable de tenir son rôle vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ensuite, il fallait être observateur, remarquer ce que les autres ne remarquaient pas. Une troisième qualité était de faire preuve d’un minimum de psychologie. Sebastian avait ces trois qualités, et en temps normal Arthur aussi. Mais ce jour-là, il semblait qu’il avait oublié son costume d’inspecteur soumis à la maison. Pour un résistant aussi aguerri que lui, c’était étonnant, mais surtout inquiétant. Leur tandem était bien huilé, leur duo parfaitement accordé, mais le danger avec ce genre de paire c’est que si l’un des deux lâchait, l’autre chuterait avec lui. Jusque-là, ils n’avaient jamais eu à craindre quoi que ce soit, mais là Arthur avait bien failli leur attirer des ennuis… Ce que Sebastian ne pouvait se permettre de tolérer, tout ami soit Arthur. Il fallait donc lui remettre les idées en place et tenter de comprendre le problème, même si la partie s’annonçait difficile. Arthur, tout comme lui, n’était pas du genre expansif. Il se confiait rarement, et encore moins lorsqu’il s’agissait de quelque chose de réellement personnel. Sebastian s’interrogeait donc : y avait-il eu un problème avec Judith ? Mais les disputes des Lacluse étaient monnaie courante et ils se réconciliaient toujours dans la minute d’après sans se soucier du reste du monde. Qu’avait-il bien pu arriver à Arthur pour qu’il perde tout la contenance que lui connaissait le colonel ? Pour le moment il l’ignorait, mais il était bien déterminé à le découvrir.
Pendant que les soldats sortaient, Sebastian avait jeté un regard en travers à Arthur, notant son air très mécontent. L’heure de vérité arrivait. Les nerfs de Sebastian lui-même avaient été rendus assez tendus par cette incartade. Il avait dû manœuvrer pour faire sortir les autres hommes présents, et s’il n’avait pas été si craints de ses subordonnés ni joui d’une réputation de tyran, son initiative aurait sûrement été vue d’un œil suspect. Heureusement ses hommes ne s’étonnaient plus de rien avec lui, et il se félicitait d’avoir instauré cette relation d’incompréhension et de terreur avec eux, même s’il n’avait pas anticipé les effets que cela aurait. Toujours est-il que le résultat était là : il en faisait à peu près tout ce qu’il voulait, personne n’osait objecter ou poser de questions… Ni même se poser de question. Trop dangereux. Fort de cette certitude, il alla chercher dans la poche de son manteau un paquet de cigarettes et un briquet, et s’en alluma une en écoutant Arthur.
"Non mais t'es pas sérieux là hein ?! Je vais pas te frapper Sebastian ! Tu sais bien que ce n'est que de la comédie !"
Dardant sur lui son regard aigu, Sebastian ne répliqua pas mais ses yeux gris semblaient en dire long. De la comédie hein ? A d’autres mon cher. En termes de mauvaise foi, il arrivait qu’Arthur le batte à plate couture, et pourtant il se savait être un sacré morceau !
"Sérieusement, je ne te frapperais pas. Compte pas sur moi pour le coup… J'y suis allé un peu loin je suis d'accord, mais c'est que du cinéma."
C’te blague. Sebastian en aurait presque eu envie de rire. D’ailleurs les traits jusque-là crispés de son visage émacié se détendirent. Sans un mot il lança le paquet de cigarettes et le briquet à son compère et continua à fumer la sienne en enfonçant les mains dans ses poches et marchant jusqu’à la fenêtre pour jeter un coup d’œil au dehors. Il vit que ses soldats étaient déjà partis, et les hommes d’Arthur qui finissaient de discuter et commençaient à se disperser aussi. Le ciel était chargé de nuages gris qui ne laissaient rien présager de bon pour la météo à venir, et Sebastian songea qu’il aurait dû dire à Walter de rester garé en bas en l’attendant. Il était bon pour le métro, pour marcher, ou trouver un taxi… Laissant là ces considérations il s’arracha à la contemplation du paysage pour se concentrer de nouveau sur Arthur. Sebastian était arrivé à Paris en 1940, et avait rencontré Arthur peu de temps après. Cela faisait donc deux ans qu’ils se connaissaient, un peu moins qu’ils étaient réellement devenus amis. Se faire des amis, Sebastian ne s’y était pas attendu en débarquant clandestinement en Europe en 1939. A la base il n’était pas le genre d’homme à se faire beaucoup d’amis. Son caractère en agaçait pas mal, et il avait toujours été plutôt solitaire. Ein Einzelgänger comme disaient les allemands, « celui qui va tout seul ». L’image lui allait bien. Il traçait sa route en regardant droit devant lui, bien décidé à avancer, et si personne ne voulait cheminer à ses côtés et bien tant pis. Il y arriverait bien tout seul. De nature plutôt méfiante vis-à-vis des autres, il ne laissait entrer que peu de personnes dans son cercle d’intimité, et Arthur faisait partie de ceux-là. L’un des rares à s’être vu reconnaître le titre d’ « ami ». Pour un homme comme Sebastian ça n’était pas rien. Il pouvait s’en sortir sans. Mais s’il pouvait faire avec, c’était toujours mieux. C’était donc en tant qu’ami et en tant que résistant qu’il fallait qu’il lui fasse comprendre son erreur. Encore un faux pas, et ils pourraient bien le payer très cher tous les deux !
« Un peu loin ? Encore un peu et j’étais obligé de te faire arrêter pour insubordination. Et si je ne l’avais pas fait, on se serait retrouvés aux fers tous les deux, et avec un peu de chance on aurait pu se regarder dans les yeux au moment de se faire fusiller. » énonça-t-il d’un ton calme que démentait son regard d’acier. « Je ne sais pas ce qu’il t’est passé par la tête, mais t’as foiré, Arthur. Crois-moi, la prochaine fois on est grillés. »
Il n’avait pas l’intention d’enfoncer Arthur qui visiblement avait déjà conscience d’être allé trop loin, mais il fallait bien qu’il lui fasse comprendre le danger dans lequel il aurait pu les mettre. Il exagérait un peu bien sûr, mais c’était un homme qui ne tolérait pas la moindre erreur ni les écarts. Un perfectionniste qui confinait parfois à la paranoïa, mais en comparaison des résultats qu’il obtenait c’était bien peu de choses. Parfois aux Etats-Unis ses collègues l’avaient comparé à une machine, un calculateur pour qui tout devait être rigoureusement à sa place. Si quelque chose sortait de ses gonds, il le remettait aussitôt en place. Même s’il s’agissait d’un ami. Il s’éloigna de la fenêtre et s’approcha de nouveau de lui.
« Il faut que tu te reprennes mon vieux, et rapidement. T’as une famille, je te rappelle. On est tous coincés maintenant, mais la différence entre toi et moi c’est que si j’ai un problème, je suis le seul à tomber. Si c’est toi, les conséquences seront plus graves. Pense à Judith. »
Dur rappel à la réalité, mais il n’avait pas vraiment le choix ! Puisqu’Arthur refusait de se défouler en lui donnant un pauvre coup de poing, on allait bien voir s’il arrivait à accepter les vérités que Sebastian lui balançait en pleine face sans prendre de gants. On était en guerre. Le couperet et les fusils pouvaient tomber à tout instant. Il n’avait pas le temps de prendre des gants. Et puis si ça pouvait faire sortir Arthur de ses gonds et le pousser à baisser la garde pour dire ce qui n’allait pas, Sebastian n’allait pas être contre !
Il lui dédia un sourire goguenard avant d’ajouter :
« Alors ? Tu vas me dire ce qui cloche ou tu as changé d’avis et tu préfères me fiche un pain ? »
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Arthur Lacluse
■ topics: FERMÉS ■ inscrit le: 21/08/2010 ■ mes posts: 2453 ■ avatar: Joseph Gordon-Levitt ■ présence: 7/7 ■ âge IRL: 26 ■ profession: Inspecteur de la Police Judiciaire  | Sujet: Re: La journée va être longue... [PV Arthur] Mar 6 Déc - 21:47 | |
| Je passais vraiment une mauvaise journée, on ne pouvais pas le dire autrement. Notre petite comédie était bien huilée entre moi et Seb, mais aujourd'hui, j'avais foiré. Et pas qu'un peu, je devais le reconnaître. Mais même les raisons que je pouvais bien me trouver pour justifier mon excès de zèle ne pardonnait ce que j'avais fait. j'avais ouvertement insulté l'occupant, même si il était représenté par un de mes plus proches amis. Et comme il me le ferait bientôt savoir, j'avais juste pété un plomb. Mais je n'en pouvais plus de jouer le gentil policier collabo, qui faisait tout ce qu'on lui demandait de faire. Depuis cette rafle, je commençais tout simplement à défaillir, et cela se ressentait dans mon comportement. En plus de cela, ma femme était enceinte de presque six mois, et les hormones la travaillaient. Désormais enfermée dans l'entrepôt qui servait d'abri à mon réseau, je comprenais qu'elle puisse en avoir marre, et donc j'acceptais ses sauts d'humeur. Mais aujourd'hui, dans ce bureau, je n'en pouvais tout simplement plus. Alors si il fallait faire les choses en grand, autant carrément péter une durite devant tout le monde ! Je savais que Sebastian comprendrait mon éclat, aussi gros soit-il. En temps normal, notre petit numéro n'allait pas aussi loin. C'était probablement pour cela que tout fonctionnait si bien, à la base. Mais il avait suffit d'une fois, et j'avais tout gâché. Et au fond de moi, je savais que j'allais le regretter en me moquant ouvertement des principes de l'Allemagne nazie. Mais en cet instant, je m'en fichais complètement. J'en avais plus qu'assez d'être sympathique et de me plier aux ordres de tout ces enfoirés. Tout ce que je voulais, c'était qu'on me foute la paix, et que je puisse vivre tranquillement ma vie avec ma femme et mon enfant à venir. Même si tout ça, était impossible. Ma femme, juive d'origine, devrait toujours être attentive à ses faits et gestes. Notre mariage, clandestin, en était la preuve. Seb était l'un des rares hommes à connaître son identité, et le fait qu'on étaient mariés. Je lui faisais confiance. Et je savais qu'il me remettrait sur les rails. Peut être était-ce pour cela que je m'étais laisser allé à mon trop plein d'émotions ? J'avais peut être envie, au plus profond de mon être, que Sebastian remarque mon mal être, juste pour me remettre les idées en place.A moins que je ne sois tout simplement fou…
Je n'avais donc pas été vraiment surpris quand Sebastian s'était mis en travers de mon chemin pour m'empêcher de sortir. Je m'étais douté que je n'aurais pas eu l'occasion de m'enfuir comme cela. Et au fond, je ne le voulais pas. J'en avais tout simplement marre de devoir me coltiner les affaires allemandes. Je n'étais pas un collabo, bien au contraire. Mais ça, personne ne le savait, et ma petite performance aurait très bien pu me faire démasquer. Le regard de mon camarade m'avait montré à quel point j'avais merdé. Je le savais bien évidemment, je m'en fichais juste complètement. Me décalant de la porte, restant à fixer mon ami, les soldats et mes collègues finirent par sortir de la pièce, avant que la porte ne se referme sur eux. Nous étions désormais seuls, mais je ne comptais pas bouger ou desserrer les dents. A moins que. Et bah oui. L'impensable arriva, et je dus réprimer une expression de stupeur. Il voulait vraiment que je le cogne ? Nan mais il est pas bien ! Bon d'accord je le mérite, j'ai merdé, mais pas la peine d'en faire tout un fromage ! A croire que les conséquences, je m'en fichais complètement. Ce qui était le cas, vraiment. Jamais à cet instant là j'avais pu pensé que Sebastian, colonel nazi et espion résistant m'ordonnerait presque de lui en mettre une. Mais qu'il ne compte pas sur moi, je n'étais vraiment pas d'humeur. Et au lieu de continuer à me défendre, ou plutôt à essayer de le faire, le colonel préféra s'allumer une cigarette, en me balançant le paquet, que je reposais sur la table avec le briquet. S'il était quelqu'un qui savait que je ne fumais pas, c'était pourtant lui. Secouant la tête, je restais silencieux, ne voulant pas subir l'interrogatoire, ni même la leçon, qui me pendait clairement au nez. "Un peu loin ? Encore un peu et j'étais obligé de te faire arrêter pour insubordination. Et si je ne l'avais pas fait, on se serait retrouvés aux fers tous les deux, et avec un peu de chance on aurait pu se regarder dans les yeux au moment de se faire fusiller." Son ton calme, bien trop calme, me fit serrer la mâchoire, tellement ses paroles transperçaient de vérité. Mais ça, je le savais. "Je ne sais pas ce qu'il t'est passé par la tête, mais t'as foiré, Arthur. Crois moi, la prochaine fois on est grillés." Je secouais la tête, soupirant longuement. Qu'il arrête un peu d'être aussi dramatique, ça n'irait pas jusque là. Du moins, c'est ce que j'essayais de m'en convaincre…
Mais au fond de moi, je savais bien qu'il avait raison. Je savais que j'avais merdé. J'en avais vraiment conscience. Mais dans un sens, je m'en fichais bien d'être allé trop loin. Il y avait longtemps que j'avais eu envie de remettre ces enfoirés à leur place. Et il fallait avouer que de m'être laissé aller m'avait fait le plus grand bien. Mon regard toujours sur mon ami, il finit par s'éloigner de la fenêtre pour s'approcher à nouveau de moi. "Il faut que tu te reprennes mon vieux, et rapidement. T'as une famille, je te rappelle. On est tous coincés maintenant, mais la différence entre toi et moi c'est que si j'ai un problème, je suis le seul à tomber. Si c'est toi, les conséquences seront plus graves. pense à Judith." A l'entendre prononcer ce prénom, je serrais la mâchoire. Judith n'avait rien à voir là dedans. Certes, il n'avait pas tout à fait tort, mais il savait très bien que je ne ferais jamais rien pour la mettre en danger. Mes traits se durcirent aussitôt, la colère s'infiltrant dans mes veines. "Laisse la en dehors de ça, Sebastian. Je ne suis plus un enfant. Je sais m'occuper de moi même ET de ma famille", en insistant bien sur le 'et'. Mon ton était dur, et sans appel. Qu'il n'aille pas dans cette voix. Sinon, il allait amèrement le regretter. Le problème avec vos amis, c'est qu'ils savent que trop bien où frapper pour que ça vous fasse mal. Et rien que de mentionner Judith, me mettait hors de moi. Cependant, je tentais tant bien que mal de garder un certain contrôle sur mes actions, ne voulant toujours pas frapper Sebastian. Pour l'instant. Car mes poings finirent tout de même par se serrer le long de mon corps, signe avant coureur de cette sensation de colère dont je n'arrivais pas à me défaire. Ce fut le sourire de Sebastian, et ses dernières paroles, qui finirent de mettre le feu aux poudres. "Alors ? Tu vas me dire ce qui cloche ou tu as changé d'avis et tu préfères me fiche un pain ?" Je détournais le regard un instant, assessant mes options en hochant la tête, les mâchoires toujours serrées. Puis, au bout d'une longue minute, je finis par relever les yeux vers lui, mon expression un peu plus détendue, comme si j'étais calmé. "En fait. Je crois bien que… J'ai changé d'avis." Et comme ça, sans rien dire de plus, j'arquais mon bras, prenant l'élan qu'il fallait pour le mouvement avant que mon poing, serré, n'entre en collision avec la mâchoire de mon interlocuteur. Comme quoi des fois, il valait mieux ne pas me provoquer… ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ |
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Sebastian A. Ebert Tinker Tailor Soldier Spy
■ inscrit le: 17/07/2011 ■ mes posts: 372 ■ avatar: Christoph Waltz ■ profession: Oberst de la Wehrmacht.
 | Sujet: Re: La journée va être longue... [PV Arthur] Mer 14 Déc - 23:30 | |
| « Do you ever feel lonely ? » Qui lui avait posé cette question déjà ? C’était il y a si longtemps, lui semblait-il. Des années et des années plus tôt. La scène n’était plus qu’un souvenir flou, mais il lui semblait voir se profiler la silhouette d’un de ses collègues du FBI après une mission pour démanteler le Klu Klux Klan. Lui et son collègue, accoudés à une rambarde, fumant une cigarette –toujours cette cigarette !- juste après être rentrés d’un gros coup de filet… Et cette question, incongrue, déplacée, dont il cherchait encore à saisir le sens. Stupide question, oui ! S’il se sentait seul ? Ca voulait dire quoi ça ? Dans ce monde on était tous seuls, l’ami. On pouvait avoir des connaissances, de la famille, des copains… Mais au final ça n’y changeait rien. On était toujours tout seul. Il s’était habitué à être un solitaire. C’était la compagnie des autres qui maintenant lui semblait bizarre. Une fierté typiquement héréditaire l’empêchait de se reposer sur qui que ce soit et il avait toujours été d’un naturel méfiant, mettant un certain temps à baisser la garde et accorder sa confiance. Les gens essayaient de nouer contact avec lui, mais se heurtaient vite à la distance qu’il s’appliquait presque inconsciemment à mettre entre eux et lui. « Besoin de rien envie de toi » ? « Besoin de rien envie de personne », plutôt. Du moins était-ce ce qu’il avait cru pendant de nombreuses années, et qu’il allait encore croire ou faire semblant de croire quelques temps. Il se fichait pas mal d’être détesté ou décrié, ce qui lui permettait de jouer son rôle de nazi carriériste et opportuniste sans le moindre regret. Il avait débarqué en Allemagne puis en France avec la ferme intention de mener à bien sa mission sans se laisser perturber par quoi que ce soit. Sa mission était son seul objectif, son moteur. Il n’avait pas prévu de se lier avec des gens. Il n’avait pas prévu de s’impliquer autant dans la Résistance, pas plus qu’il n’avait prévu qu’il allait devenir le point de contact entre différents réseaux européens. Tout s’était fait par décision improvisée. Il avait débarqué, s’était infiltré… Et le reste avait suivi au fil des évènements auxquels il avait été confronté. Pas toujours joyeux ni glorieux, mais c’était la vie. Et maintenant il était là. Obsert de la Wehrmacht, et Résistant aguerri. En commençant ses études de droit des années auparavant, il n’aurait jamais imaginé que sa vie prendrait un tel tournant mais… C’était la guerre ! Tirant une bouffée de sa cigarette, Sebastian dévisagea Arthur. Sa dernière remarque avait l’air de l’avoir profondément agacé. Cette crispation de la mâchoire et ce blêmissement de fureur, il ne les connaissait que trop bien. Il aurait préféré ne pas en être responsable mais il n’avait pas vraiment le choix. Pour lui secouer les puces, il fallait toucher là où ça faisait mal. Manque de bol, Sebastian avait développé un vrai talent pour faire sortir les gens de ses gonds. Un peu trop de talent même, qui lui avait parfois valu des déboires. Beaucoup de rires sous capes. Mais des déboires quand même.
"Laisse la en dehors de ça, Sebastian. Je ne suis plus un enfant. Je sais m'occuper de moi même ET de ma famille"
Aha ? On approchait alors ? Le policier perdait donc son sang-froid habituel ? Sebastian avait donc vu juste en estimant qu’il y avait anguille sous roche. Habituellement il ne s’énervait pas pour si peu et avait plutôt tendance à répliquer. A continuer la comédie quoi. Mais l’Oberst avait bel et bien l’impression que la comédie, ce jour-là, avait définitivement été oubliée. Furieux il était arrivé, furieux il était toujours. Et l’allemand se disait qu’il valait mieux que ça explose en sa présence qu’en celle de ses collègues… Ou des soldats nazis. Plus un enfant ? Laissez-moi rire, songeait-il. Être adulte, n’était-ce pas faire fi de sa propre colère pour protéger ses enfants, sa femme, ses amis… Et sa couverture d’espion ? Il aurait tout le temps de s’énerver plus tard ! Sebastian se doutait bien que pour qu’Arthur perde le contrôle il fallait que ce soit du lourd, mais les envoyer tous les deux au peloton n’aurait rien arrangé ! Il préférait donc prendre le rôle du méchant pour le remettre dans les rails… Quitte à se rattraper et s’excuser plus tard.
"En fait. Je crois bien que… J'ai changé d'avis."
Fut-ce les mots d’Arthur ou le ton de sa voix qui alertèrent Sebastian ? Probablement les deux. En tout cas il se raidit instantanément, prêt à recevoir le coup qui d’ailleurs ne fut pas long à suivre. Il eut à peine de temps de le voir lever le poing avant que celui-ci ne vienne le frapper en pleine mâchoire. Le choc le fit reculer de deux pas, et il porta la main à son visage douloureux pour s’assurer que rien n’était cassé. C’aurait été le comble tiens. Et ça lui apprendrait à réfléchir avant de donner des idées aussi stupides à ses amis que celle de le frapper… Mais si au moins ça pouvait le défouler, cette andouille, et bien soit ! Qu’il le frappe tout son soûl ! Il se ferait porter pâle au bureau, et puis voilà… Repoussant ces considérations, il se remit d’aplomb et regarda son acolyte sans plus aucune trace d’ironie ou d’humour dans les yeux. Parfois, il fallait savoir se montrer sérieux dans la vie. Surtout quand ça concernait les autres. Quand ça le concernait lui, il préférait de loin la dérision. Ca empêchait les gens de s’intéresser d’un peu trop près à ses ennuis.
« Vu le bon cœur que tu y as mis, je suppose que t’en as gros sur la patate, mon vieux. Verdammt, quelle droite ! J’espère que ça t’a défoulé, je ne suis pas sûre que ma mâchoire en supporte une deuxième… »
Tirant une chaise à lui avant de s’y installer en croisant les jambes, il invita d’un geste de la main son ami à faire de même. En espérant qu’il ne l’enverrait pas balader en prétextant que ce n’était que du cinéma, sinon c’est lui qui lui en collerait une, et il ne le raterait pas ! Dardant de nouveau sur lui son regard inquisiteur –autre déformation professionnelle- il le regarda comme s’il cherchait à lire dans les pensées qu’il avait jusque-là refusé de lui confier. D’accord, il n’était pas le meilleur conseiller ni le meilleur psychologue qui soit. Ni même le meilleur ami, il en avait bien conscience. C’était un phénomène si peu habituel pour lui qu’il n’en avait pas encore appris les codes ni les règles et avançait encore à tâtons, cherchant sa voie, prenant ses repères, et n’en faisant qu’à sa tête, à sa manière en attendant qu’on veuille bien lui donner le mode d’emploi. Alors oui, souvent il était maladroit, et souvent il manquait cruellement de tact ou de délicatesse. Mais ça n’enlevait rien à sa sincérité ni à sa loyauté, et il espérait bien qu’Arthur en avait conscience. Sinon il n’avait plus qu’à rendre son tablier. Il écrasa sa cigarette qui s’était presque entièrement consumée dans le cendrier et s’appuya de nouveau contre le dossier de sa chaise.
« Ca te ressemble pas de perdre le contrôle. » remarqua-t-il sans la moindre trace de reproche dans la voix, à peine de la curiosité. « Qu’est-ce que t’arrive ? Des problèmes avec le réseau ? Avec Judith ? »
Il toussota avant d’ajouter, légèrement moins à l’aise :
« Je sais que la plupart du temps je suis quelqu’un de particulièrement agaçant, mais je sais aussi me la fermer si tu préfères l’ouvrir toi. Et ne me fais pas répéter ça ! »
Après tout s’il y avait bien une personne pour comprendre que Sebastian était un manche quand il s’agissait de faire comprendre à quelqu’un qu’il pouvait compter sur lui, c’était bien Arthur ! Il le connaissait suffisamment pour savoir que son côté asocial pouvait l’handicaper dans certaines situations… Comme par exemple amener un ami à se confier.
« Do you ever feel lonely ? » “Only around people.”
Ah oui, voilà ce qu’il lui avait répondu, à ce collègue…
₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ Try not to become a man of success, but rather try to become a man of value. |
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Arthur Lacluse
■ topics: FERMÉS ■ inscrit le: 21/08/2010 ■ mes posts: 2453 ■ avatar: Joseph Gordon-Levitt ■ présence: 7/7 ■ âge IRL: 26 ■ profession: Inspecteur de la Police Judiciaire  | Sujet: Re: La journée va être longue... [PV Arthur] Jeu 22 Déc - 16:24 | |
| C'était la première fois, depuis bien longtemps, que je me laissais aller à mes émotions. La dernière fois que j'avais laissé ma colère prendre le pas sur ma raison remontait à près d'un an maintenant. Judith avait appris la vérité sur mes activités, et m'avait quitté. Tout cela à cause de Paul, que j'avais fini par cogner au qg. Mais bon, je devais avouer que ce jour là, j'avais vraiment touché le fond. J'avais perdu Judith, après l'avoir demandé en mariage, et je ne savais pas si j'allais pouvoir la reconquérir. Baptiste avait été d'un grand secours lui aussi. Il m'avait aidé à reprendre mes esprits, et à me calmer. Mais il n'était plus là ces temps ci. Je l'avais envoyé en mission, et je savais qu'il allait bien, mais sans plus. C'était une mission importante, et j'avais eu besoin du meilleur atout que j'avais en main. Mais la contrepartie était que j'avais perdu quelqu'un à qui parler, et que j'en avais bien besoin ces temps ci. Je me sentais seul, malgré le fait que je passais la plupart de mon temps libre avec ma femme, qui était enceinte de cinq mois. Ou du moins, j'essayais de passer le plus de temps avec elle, malgré mes ennuis avec une certaine SS qui n'arrêtait pas de me suivre. Cela devenait difficile de m'échapper, et cela me pesait plus qu'autre chose. Alors il était évident que quand je devais assister à une telle mascarade devant tout ces allemands, parlant d'une histoire où la plupart des prisonniers étaient des hommes innocents, était tout simplement insoutenable. Alors oui j'avais craqué. Oui, j'avais dépassé les bornes. Mais je n'en pouvais plus, tout simplement plus. Et cela, Sebastian l'avait bien remarqué. Et il comptait bien me faire réagir. Rien qu'à l'évocation de ma famille, il avait vu là une opportunité. Et comme un idiot, j'y avais plongé, comme un novice qui ne savait pas de quoi il en retournait. Je savais que je devais me tempérer, mais Sebastian savait où frapper. Trop bien même. Il avait un réel talent pour me mettre sur les nerfs, et ça, il le savait également. Ma réaction fut donc un peu plus sèche et nerveuse qu'à l'accoutumée. Ne pas toucher à ma famille, c'était là la règle. J'étais furieux oui, et ce n'était pas en m'énervant un peu plus que l'ami que j'avais en face de moi réussirait à me faire parler. Au contraire, il allait plutôt finir par se brûler les ailes en allant de ce côté là…
Par contre, il avait raison sur un point. Ou deux. Mieux valait que je craque devant lui que devant les autres. Car je le connaissais lui. Les autres par contre, m'aurait mis aux fers en deux temps trois mouvements. Avec Sebastian en prime. Et tout ce que j'aurais réussit à faire, serait de mettre en péril toute notre organisation. La deuxième chose sur laquelle Sebastian avait raison, c'est que de le frapper le soulagerait. Et en effet, c'était le cas. Une fois le coup parti, et malgré la douleur lancinante qui me vrillait la main, ma colère m'avait échappé en cet instant. Soulagé oui, je l'étais, même si mon humeur n'avait pas vraiment changée. Le choc en lui même me fit serrer la mâchoire, alors que Sebastian reculait de deux pas, sa main se portant à son visage. Avant de finir par se redresser, alors que je pliais et dépliais mes doigts, m'assurant que je ne m'étais rien cassé non plus. Purée que ça fait du bien, en effet. Relevant le menton, la mâchoire toujours serrée, je lui rendis son regard. "Vu le bon cœur que tu y as mis, je suppose que t'en as gros sur la patate, mon vieux. Verdamnt, quelle droite ! J'espère que ça t'as défoulé, je ne suis pas sur que ma mâchoire en supporte une deuxième…" Je le regardais s'asseoir, haussant un sourcil. Si ça m'avait soulagé ? Pas vraiment non. Ou juste un instant, mais pas suffisamment pour me défaire de l'humeur qui était la mienne aujourd'hui. Pourtant, je soupirais et acceptais son offre en m'asseyant sur une autre chaise, face à lui. De quoi on pouvait bien parler désormais ? De ce qui m'arrivait ? Je le savais, il ne comptait pas me laisser m'en sortir comme ça, avec un coup dans la mâchoire et pas une seule explication. Je n'étais pas naïf à ce point. Je me doutais bien qu'il me poserait la question qui lui brûlait les lèvres. Pourquoi je réagissais comme cela ? J'en avais marre, tout simplement. Mais comment lui dire que la cause que nous défendions, et ce que l'on exigeait de moi désormais en tant qu'inspecteur de la police de Paris, me faisait me détester plus que de raison ? Je n'en savais rien du tout. Depuis la Rafle, je n'étais que l'ombre de moi même. Mais Sebastian était un bon ami, et peut être que je lui devais au moins cela. Il était cependant, maladroit. Tellement que ça me faisait sourire…
Prenant une grand inspiration, j'évitais son regard. J'avais du mal à le regarder en face désormais. Je n'étais probablement qu'un lâche. Je vis pourtant Sebastian écraser sa cigarette, avant de s'appuyer sur le dossier de sa chaise en reprenant la parole. "Ça ne te ressemble pas de perdre le contrôle. Qu'est-ce qui t'arrive ? Des problèmes avec le réseau ? Avec Judith ?" Rien qu'à l'évocation de ce nom, je relevais les yeux vers lui, observant si la porte, que je savais fermée, n'était pas ouverte, ou si quelqu'un d'autre nous espionnait. Il n'y avait personne. Je le savais aussi normalement. J'étais devenu un peu paranoïaque, j'avais l'impression. "Je sais que la plupart du temps je suis quelqu'un de particulièrement agaçant, mais je sais aussi me la fermer si tu préfères l'ouvrir toi. Et ne me fais pas répéter ça !" Je soupirais. Je lui devais bien cela. Après tout, c'était moi l'idiot qui avait failli nous faire tuer avec mon humeur massacrante. Et je devais avouer que sa maladresse me faisait sourire, bien que je ne le montrais pas ici. Soupirant, je secouais la tête, passant ma main dans mes cheveux. Allez Arthur, ne fais pas l'enfant ! Tu lui dois bien cela. C'est ce que j'essayais de me convaincre. Soupirant à nouveau, je finis par me relever, retournant m'accouder à la fenêtre, avant de finalement prendre la parole. "Je ne sais pas ce que j'ai. Je me sens perdu. Je n'ai pourtant aucun problème, que ce soit avec le réseau, ou avec Judith. Depuis que cette SS s'est entichée de mon dossier cependant, je dois faire plus attention à mes activités." Je m'arrêtais un instant, me tournant à nouveau vers mon ami. Sebastian, qui me regardait toujours, semblant satisfait de m'entendre causer. "Depuis cette rafle, je ne me reconnais plus. Je ne suis pas un collabo Sebastian, et ce rôle m'est de plus en plus difficile à supporter. Je n'en peux plus, c'est tout." Soupirant à nouveau, je secouais la tête. C'était tout simple en fait. Je n'en pouvais tout simplement plus de la vie que je vivais ici. Désormais, je rêvais juste de la fin de la guerre, et d'une vie paisible où je pourrais vivre tranquillement avec ma famille, à élever l'enfant qui naîtrait bientôt. C'était tout ce que je souhaitais. Vivre ma vie, sans la menace de la guerre. Mais ça, je savais que c'était tout simplement impossible… ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ |
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Sebastian A. Ebert Tinker Tailor Soldier Spy
■ inscrit le: 17/07/2011 ■ mes posts: 372 ■ avatar: Christoph Waltz ■ profession: Oberst de la Wehrmacht.
 | Sujet: Re: La journée va être longue... [PV Arthur] Ven 13 Jan - 13:35 | |
| Diable, il avait eu la main lourde ce sacré Arthur ! Sebastian se massa la mâchoire avec précaution vérifiant une dernière fois qu’avec le coup elle ne se soit pas déboîtée ou qu’il n’ait pas eu une dent de cassée, ç’aurait été le comble. Parfois il se maudissait, lui et son impertinence, lui et son talent à taper sur les nerfs des gens même si c’était pour leur bien. Cette petite expérience avec Arthur venait une fois de plus de lui prouver que jouer aux fins psychologues qui savent où taper pour faire réagir leurs victimes avait beau être efficace, elle avait parfois aussi un prix douloureux. Dammit, quelle droite ! Au moins, ça avait eu le mérite de le calmer. S’il n’avait pas l’air de tout à fait regretter son geste, au moins avait-il l’air d’avoir recouvré un minimum ses esprits et de ne plus être au bord de la crise de nerfs qu’Ebert avait redoutée devant leurs collègues bien-honnis. Au final, sauver leurs têtes à tous les deux, ça valait bien une beigne… Non ? Ignorant la douleur lancinante qui allait probablement le coller encore quelques instants, Sebastian se concentra sur Arthur qui semblait partagé. Il hésitait donc encore, le bougre ? C’était bien la peine de se lancer dans des discours trop sentimentaux pour lui, tiens ! L’ingrat ! Il se ridiculisait à essayer de lui faire comprendre qu’il pouvait lui faire confiance et compter sur lui, et cette andouille y réfléchissait encore… C’était la dernière fois qu’il tentait l’expérience. Foi d’Ebert. Cependant Arthur se leva et alla jusqu’à la fenêtre, l’air pensif. Sebastian darda sur lui ses yeux gris et inquisiteurs, se demandant sincèrement ce qui arrivait à son camarade pour le mettre dans un tel état. Pour autant qu’il s’en souvienne, Arthur avait certes toujours été un gars avec le sang chaud, mais c’était aussi quelqu’un de confiance qui avait la tête sur les épaules et ne craquait pas aussi facilement. C’était pour ces deux raisons que, à la base, Sebastian avait estimé Arthur. Le reste, leur entente, leur amitié, et l’affection sincère bien que réservée car un peu trop fière qu’ils se portaient, tout cela avait découlé naturellement au fil des rencontres. S’étaient-ils jamais dit qu’ils tenaient l’un à l’autre ? Probablement pas. Fierté masculine, quand tu nous tiens ! Ou même fierté tout court. Non, décidément, ce genre de chose était loin d’être du ressort de cette machine de logique qu’il pouvait être. En ça il avait toujours trouvé qu’il ressemblait au héros de son enfance, le détective Sherlock Holmes. Ensuite tout s’était emballé. Les études de droit, l’enrôlement dans la CIA, le métier d’avocat, les missions pour le pays… Tout ça requérait autre chose que les bons sentiments, qu’en trente ans de carrière il avait vite appris à mettre de côté. C’est fou comme on dégage vite les choses qui nous mettent mal à l’aise… Sebastian chassa d’ailleurs cette pensée pour ne se concentrer que sur les paroles d’Arthur, qui maintenant qu’il acceptait enfin de se mettre à table, il ne comptait pas laisser s’en sortir si facilement.
"Je ne sais pas ce que j'ai. Je me sens perdu. Je n'ai pourtant aucun problème, que ce soit avec le réseau, ou avec Judith. Depuis que cette SS s'est entichée de mon dossier cependant, je dois faire plus attention à mes activités."
L’information ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd. Son attention subitement tous azimuts Sebastian se redressa sur sa chaise. « Cette » SS ? Il n’en connaissait qu’une qui pouvait être assez douée pour soupçonner un vieux loup de mer comme Arthur qui avait réussi à berner même ses plus proches collaborateurs et ses patrons de la police. Cette affaire puait le Scheffer à plein nez. La teigne était de retour en force, dirait-on. Au moins était-il au courant à présent. Si Scheffer venait mettre son nez dans leurs affaires, il allait falloir qu’il fasse attention lui aussi, mais surtout qu’il assure ses arrières et prépare une riposte. Avec cette enragée, il valait mieux avoir un coup d’avance. En attendant, Arthur qui se sentait perdu, voilà une grande première. Il le connaissait depuis un certain temps et ce devait être la première fois qu’il le voyait flancher. Perdu ? Lui qui était à la tête d’un réseau de Résistance et réussissait certains des meilleurs coups que l’espion ait vus de sa carrière ? Voilà qui était quelque chose. En un sens c’était normal, vu qu’il vivait pratiquement sur des charbons ardents entre le réseau et son mariage clandestin avec Judith mais d’un autre côté… S’il y avait bien une chose à laquelle un résistant n’avait, par définition, pas le droit de se laisser aller, c’était à flancher. Parce que si un flanchait, il y avait de gros risques pour qu’il en entraîne d’autres dans sa chute. Et même s’il tombait tout seul, c’était un espoir pour la France et même l’Europe qui se brisait comme du verre avec lui. Résister impliquait des sacrifices, ils se savaient tous. Arthur mieux que personne, peut-être. Sebastian aussi, qui avait quitté son pays et tout plaqué sans savoir s’il en reviendrait un jour. Mais la différence entre Arthur et Sebastian résidait peut-être là : Sebastian avait pris soin de rompre avec tout ce qui pouvait s’imposer entre lui et sa mission, alors qu’Arthur était tombé amoureux, entre autres choses. Ebert au contraire avait dégagé de son esprit tout ce qui ne concernait pas sa mission. Les amis ? Il en avait peu, et tous étaient de la Résistance comme lui, donc vigilants. Et même s’ils se faisaient prendre… Ca faisait partie du job. Les amours ? Il avait divorcé d’une femme avec qui il ne s’entendait plus juste avant de venir, ce n’était pas pour recommencer avec ces âneries alors qu’il marchait sur un fil de funambule. Quant à la famille, il n’en avait pas. La CIA et l’OSS avaient drôlement bien réussi leur boulot. En trente ans, les deux organisations avaient fait de lui le parfait espion, froid, calculateur et détaché, que seul son objectif guidait sans se laisser influencer par l’extérieur. Un psychologue ou même un ami aurait trouvé de quoi redire à cette transformation. Sebastian s’en foutait, désormais. Il voulait sauver l’Europe. Un point c’était tout.
"Depuis cette rafle, je ne me reconnais plus. Je ne suis pas un collabo Sebastian, et ce rôle m'est de plus en plus difficile à supporter. Je n'en peux plus, c'est tout."
Sebastian se leva et alla rejoindre Arthur à la fenêtre, s’adossant au mur les deux mains dans les poches. Là par contre il marquait un point. Le rôle d’agent-double qu’ils s’étaient tous deux assigné n’était pas des plus simples, et après plusieurs années il commençait même à peser lourd sur leurs épaules. Mais là encore, Sebastian faisait ce qu’il savait faire de mieux : hausser les épaules et laisser son professionnalisme revenir au galop. Certes le regard des français lorsqu’ils voyaient son uniforme le faisait parfois enrager de l’intérieur. Mais il calmait aussitôt ses élans de révolte en se rappelant de pourquoi il était là. Les rares fois où il avait envie de jeter son uniforme par la fenêtre et gagner les maquis pour entrer en Résistance « officielle », il se souvenait de ces gens qu’il n’avait pu sauver de la torture ou des camps que grâce à sa position et ses manœuvres pour berner ses faux collègues. Non décidément, cette place privilégiée au sein de l’armée allemande était une bien trop belle opportunité d’aider la Résistance et les Alliés, et il était hors de question qu’il l’abandonne. Dusse-t-il supporter les injures et le mépris jusqu’à la fin de la guerre. Dusse-t-il, pour la conserver, sacrifier quelques malheureux qui hanteraient sa conscience pour toujours, mais qu’il sacrifierait quand même pour en sauver un plus grand nombre et mettre un terme à cette foutue guerre. Il savait par cœur ce qu’Arthur pouvait bien ressentir. Le français avait simplement plus de scrupules que lui. Et il n’avait pas un cœur de pierre.
« Tu n’es pas plus collabo que je ne suis nazi, mon vieux. On le sait tous les deux, et le monde le saura aussi quand cette guerre sera enfin terminée. Mais faut qu’on tienne jusque-là. »
Sebastian ne détourna pas le regard lorsque les yeux bruns d’Arthur se plantèrent dans les siens. Ebert ne détournait jamais le regard. Que ce soit devant un ami, un bourreau… Ou sa conscience.
« Je sais que c’est dur. » ajouta-t-il d’une voix pour une fois dénuée de sarcasme ou même de sa dureté habituelle. Une voix qu’il n’avait pas eue depuis bien longtemps. « Je sais que c’est dur mais on ne peut pas flancher, quelle que soit la raison. Pas si près du but. »
Ces dernières paroles pouvaient sembler complètement folles et insensées, mais Sebastian avait la conviction que la fin de la guerre n’était pas si éloignée qu’on voulait bien le dire. Elle durerait encore quelques temps, mais les Alliés étaient en mouvement, des réseaux de Résistance fleurissaient dans toute l’Europe et même en dehors, les complots contre Hitler s’intensifiaient à mesure que les Allemands prenaient conscience de cette erreur mortelle et de la folie furieuse du Führer… Non, c’était impossible que toute cette folie dure encore. Bientôt, ce serait terminé. Bientôt, ils pourraient tous de nouveau vivre en hommes libres, sans mentir et sans tuer.
« Pour nos suspects… Retourne à ton boulot. Je vais m’occuper d’eux seul. Rentre chez toi, prend un jour de congé, et raconte à tes collègues que tu étais avec moi pour régler leur sort. »
Il savait qu’Arthur aurait bien du mal à supporter de participer à l’exécution de quatre hommes probablement innocents. Autant qu’il le fasse lui-même donc. Lui qui ne reculait devant aucun obstacle, aucun sacrifice, et acceptait d’avoir du sang sur les mains si ça pouvait épargner les autres et sa cause. Oui, décidément, la CIA avait drôlement bien réussi son coup. Un éclat résigné passa brièvement dans les yeux de l'Oberst. Il s'en foutait. Réussir, c'était tout ce qui l'intéressait. Et si se retrouver avec ce crime -un de plus- sur la conscience lui permettait de soulager un peu celle d'Arthur... Il y consentait bien volontiers. S'il y avait encore des âmes pures sur cette terre, il entacherait la tienne sans protester pour les conserver. Hauts les coeurs, les enfants.
₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ Try not to become a man of success, but rather try to become a man of value. |
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Arthur Lacluse
■ topics: FERMÉS ■ inscrit le: 21/08/2010 ■ mes posts: 2453 ■ avatar: Joseph Gordon-Levitt ■ présence: 7/7 ■ âge IRL: 26 ■ profession: Inspecteur de la Police Judiciaire  | Sujet: Re: La journée va être longue... [PV Arthur] Mar 17 Jan - 13:58 | |
| La solitude est un drôle de sentiment. Je ne suis jamais vraiment seul le pire. La journée quand je suis au bureau, je suis toujours accompagné d'Iris, avec qui la journée passe plutôt rapidement. Et la nuit, je retrouve ma femme, malgré le fait que j'aurais aimé ne pas avoir à me cacher. Enceinte, elle dort la plupart du temps. Depuis l'incident du Champ de Mars, elle a trouvé refuge dans mon QG, pour sa propre sécurité. Bien évidemment, ça ne lui plaît guère, mais au moins, je la sait en sécurité. Et pour l'instant, c'est tout ce qui m'importe. Sa sécurité et celle de mon enfant à naître. Mais même avec tout ça, je me sens seul. Seul à cause de ce poids que j'ai à porter sur mes épaules. Et des fois, je me demande comment Sebastian fait pour supporter tout cela. On se bat dans l'ombre depuis déjà bien des années. Il est humain lui aussi, comment fait-il pour supporter tout cela ? Pour ma part, je n'en pouvais tout simplement plus. Je ne pensais plus qu'à ça. Et bien évidemment, personne ne pouvait me comprendre. Personne n'était dans ma position. J'étais un chef de réseau de la résistance française, qui avait réussi à garder son identité secrète pendant déjà deux longues années, tout en réussissant des missions des plus dangereuses et des plus délicates. J'avais laissé ma colère et ma douleur m'échapper, et en avait collé une à Sebastian. C'est lui qui me l'avait demandé d'ailleurs. Mais bon, je n'aurais pas du, et le contrôle m'avait échappé rien qu'un instant. On se connaissait depuis trop longtemps pour qu'il ne se doute pas de ce qui se passait dans ma tête. Il n'était pas idiot non plus. J'avais donc fini par me reculer en soupirant, sachant que je lui devais bien une explication, après l'avoir cogné de cette manière. Surtout que je n'y avait pas été de main morte avec lui. J'y avais mis toute mon énergie, et je pouvais déjà voir la trace rouge devenir bleue sur sa mâchoire. Oh oui, il allait finir par avoir une marque. Mince. J'aurais peut être du éviter, je vais m'en prendre plein la tronche. Mais bon, pas la peine de me culpabiliser plus que je ne l'étais déjà, je soupirais, et lui disais ce que j'avais sur le cœur. Devant cette fenêtre, je me laissais aller à des révélations que je ne pouvais faire à personne d'autre. Etrange n'est ce pas ? Qui aurait pu croire que je me confierais à un autre espion, même s'il était un ami, alors que je n'avais jamais été de ce genre là…
Oui, tout cela me pesait. Et avec cette SS à mes trousses désormais, cela ne m'aidait pas à garder mon sang froid. J'avais l'habitude des menaces oui, mais celle ci était bien plus grande que les précédentes. Elle était bien trop proche de la vérité. Pour l'instant, elle n'avait pas de preuves tangibles pour m'arrêter, mais il me fallait être encore plus prévoyant qu'à l'accoutumée. Je devais faire attention à chacun de mes gestes, chacun de mes déplacements, pour ne pas lui donner de raison supplémentaire pour me confondre avec celui que j'étais vraiment. Mais avec cette rafle, je savais que j'étais dans le pétrin. Sinon, on aurait pu me prévenir bien plus tôt, et j'aurais pu sauver de nombreuses familles. Mais on m'avait mis à l'écart, et cela voulait juste dire qu'on ne me faisait plus confiance comme avant. Donc non, j'avais du mal à rester de marbre, et à garder mes émotions sous contrôle. Et Sebastian en avait fait les frais aujourd'hui. Mais il avait juste encaissé, comme je savais qu'il ferait. Il était froid et détaché, calculateur, mais il n'en restait pas moins un bon ami. Peut être était-ce grâce à ces qualités qu'il arrivait à supporter tout cela depuis si longtemps. Moi, je n'en était tout simplement plus capable. Je m'étais surestimé, et désormais, je me demandais si j'avais toujours la carrure de continuer ce combat. J'avais Judith désormais, et je ne savais pas si je pouvais continuer à combattre l'occupant en ne pensant qu'à cela. Regardant par la fenêtre, je soupirais longuement, Sebastian m'ayant finalement rejoint, mains dans les poches. Je le jalousais parfois quand même. A savoir tout mettre de côté juste pour réussir sa mission. Je le comprenais aussi. Sa position était bien trop avantageuse pour la mettre en péril. La mienne aussi d'ailleurs. Je soupirais à nouveau alors que je réalisais que même dans mon état d'esprit, je n'avais pas le choix que de continuer à me battre, même si j'avais du mal à le supporter. "Tu n'es pas plus collabo que je ne suis nazi, mon vieux. On le sait tous les deux, et le monde le saure aussi quand cette guerre sera enfin terminée. Mais il faut qu'on tienne jusque là." Je souris, en hochant la tête. Il avait raison, comme souvent d'ailleurs. Je devais tenir. Un jour, la guerre serait finie, et je pourrais retourner à ma vie. C'était un sacrifice que je devais faire pour le bien de tous…
Souriant toujours, je finis par planter mon regard dans celui de mon ami, sachant qu'il avait raison. "Je sais que c'est dur. Je sais que c'est dur mais on ne peux pas flancher, quelle que soit la raison. Pas si près du but." Je fronçais les sourcils, sceptique. Par contre là, je n'y croyais pas vraiment. L'occupant était vraiment bien installé dans la capitale et dans le pays que cet instant semblait encore loin. Pour ma part, je n'y croyais pas vraiment. "Vraiment ? Tu pense vraiment qu'on est près du but ? Avec ce qui s'est passé ? Je n'y crois pas pour ma part." Je soupirais à nouveau, passant ma main dans mes cheveux. Non je ne pouvais pas y croire pour l'instant. La Rafle avait fait des dégâts, et tout ce qui en avait suivi montrait que l'instant dont parlait Sebastian n'était pas près d'arriver. Mais il avait raison, on avait pas le droit de flancher, quoi qu'il arrive. Je devais rester et continuer le combat, pour que ce jour arrive enfin. "Pour nos suspects… Retourne à ton boulot. Je vais m'occuper d'eux seul. Rentre chez toi, prend un jour de congé, et raconte à tes collègues que tu étais avec moi pour régler leur sort." Je fronçais les sourcils à sa proposition, avant de secouer la tête. Je ne pouvais pas le laisser prendre tout sur lui alors que je serais chez moi à rien faire. Et pourtant, l'idée de participer à cette exécution me retournait l'estomac. Je finis par baisser les yeux, honteux par ce que je ressentais à cet instant. D'un côté, je ne voulais pas le laisser faire ça tout seul mais de l'autre, je ne pouvais que lui en être reconnaissant. Grâce à lui, je n'aurais pas le sang de ces quatre innocents sur les mains. Passant ma main dans mes cheveux, je me retournais vers lui, soupirant à nouveau. "Vraiment ?" Je ne savais pas quoi faire, ni quoi dire. Je me sentais honteux, mais à la fois reconnaissant. Je posais ma main sur son épaule, souriant doucement. "Merci Sebastian. Vraiment…" Non, je ne savais pas quoi dire. Je me contentais donc de le remercier pour ce qu'il faisait. C'était tout ce que je pouvais faire en cet instant. Mais je le remercierais mieux une fois que la guerre serait finie. Sebastian était quelqu'un de bien, et il serait reconnu pour cela. Tout du moins je l'espérais, alors que mes pas me dirigeait hors de la pièce, après l'avoir remercié une dernière fois. Pour une fois, malgré les évènements, je me sentais mieux, un peu plus léger, grâce à l'action de celui que je pouvais appeler un ami… ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ |
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Sebastian A. Ebert Tinker Tailor Soldier Spy
■ inscrit le: 17/07/2011 ■ mes posts: 372 ■ avatar: Christoph Waltz ■ profession: Oberst de la Wehrmacht.
 | Sujet: Re: La journée va être longue... [PV Arthur] Lun 23 Jan - 21:53 | |
| Quelqu’un de bien. Sebastian ne s’était jamais considéré comme tel. Les autres non plus d’ailleurs, ou bien ils étaient très rares. On dit de quelqu’un de généreux, altruiste, gentil, attentif qu’il est quelqu’un de bien. Quelqu’un avec des qualités qui rattrapent et même dépassent ses défauts. Sebastian n’était pas généreux, encore moins altruiste, et n’était gentil ou attentif qu’avec de rares élus. Le fait qu’il soit un résistant ne faisait pas de lui quelqu’un de particulièrement meilleur. Ce n’était pas la générosité qui l’avait poussé à rejoindre les rangs de l’armée de l’ombre, mais bien le sens du devoir, ses principes aussi inébranlables qu’une chaîne de montagnes. Cela suffisait-il à en faire quelqu’un de bien ? Il en doutait sérieusement. Ne serait-ce que parce qu’il avait un sens du devoir et de la morale qui lui étaient propres : accepter de jouer les nazis et en épouser l’idéologie n’en était-elle pas la meilleure preuve ? Cette intégration avait beau servir un but noble, quelqu’un de normalement moral aurait refusé de plier à l’ennemi, même temporairement. Lui avait sauté sur l’occasion. La fin justifiait les moyens en quelque sorte. Et depuis, que faisait-il ? D’un côté, il falsifiait des papiers, favorisait les attentats en douce, couvrait les résistants. De l’autre, il participait aux rafles et faisait exécuter d’autres résistants. Il ne voulait pas de ça bien entendu, mais les circonstances l’y avaient amené, alors… Il s’y pliait. Et il plierait encore, si ça lui permettait de l’autre côté de réussir la mission qu’il s’était assigné et lui permettait d’en sauver plus. Un mal pour un bien… Parfois il se haïssait d’avoir de telles pensées… Mais il n’avait pas vraiment le choix. Il avait mis le doigt dans un engrenage inextricable et le seul moyen d’en sortir était de s’y laisser prendre tout entier pour pouvoir ressortir de l’autre côté sans y perdre le bras. Et il tiendrait. Il n’avait pas le choix. Il n’avait pas le droit d’arrêter. Pas avant la fin de la guerre. Sebastian, en quelque sorte, était comme un bulldozer qui avançait tout droit en écartant tous les obstacles qui pouvaient se dresser sur son chemin, quels qu’ils soient. Sans exception. Alors si pour continuer la lutte en sachant qu’il avait le pouvoir de sauver de nombreuses personnes, non, il n’hésiterait pas à faire exécuter ces quatre innocents. Et tant pis pour sa conscience. "Vraiment ? Tu penses vraiment qu'on est près du but ? Avec ce qui s'est passé ? Je n'y crois pas pour ma part."Un sourire moitié fatigué, moitié amusé passa sur le visage de Sebastian. Arthur n’avait pas de contact avec les alliés comme Sebastian en avait, il ignorait donc encore à quel point les réseaux en Allemagne et en Pologne par exemple étaient sur le pied de guerre. Il ignorait aussi qu’il envoyait des documents aux USA sur les mouvements des armées allemandes, chose que lui permettait sa position privilégiée d’Oberst de la Wehrmacht. Et puis… Oui, l’américain avait confiance. Il avait confiance en l’OSS, en les gouvernements alliés, en la Résistance. Et puis il avait confiance en les hommes, étonnamment venant de ce cynique notoire. Il savait que l’humanité et les allemands plus spécifiquement ne supporteraient pas longtemps cette dictature et cette barbarie sans nom que représentaient le nazisme et le Führer… Et alors même une armée surentraînée ne pourrait rien faire contre un peuple en colère. Et ce jour-là, Sebastian serait au premier rang pour apprécier le spectacle. "Vraiment ?"Tiré de ses rêveries Sebastian releva les yeux vers son complice. Sa proposition avait eu l’air de le surprendre, et l’allemand pouvait lire comme dans un livre ouvert qu’il était déchiré entre le soulagement que cette perspective lui offrait et la culpabilité de le laisser de débrouiller tout seul avec cette histoire. Il vit aussi très vite lequel des deux l’emporta sur l’autre. Cela le conforta dans son idée. Comment laisser Arthur décider de tuer des innocents, lui que la Rafle à laquelle il avait été forcé de prendre part avait rendu malade ? Lui qui ne supportait pas l’idée de toucher à un innocent ? Lui qui au fond n’était qu’un honnête homme, un homme bon contrairement à Sebastian, que les circonstances avaient forcé à muer en ce combattant clandestin et agent-double ? Il n’avait ni le passif ni le caractère de l’Oberst. Il était doué pour beaucoup de missions ; mais pas pour celle-là. Sebastian ne pouvait pas se résoudre à le laisser y prendre part. Ca, c’était le travail du nazi. Et le nazi, c’était lui. La main d’Arthur sur son épaule lui serra brièvement le cœur. Il aurait voulu les emmener à l’abri, lui et sa femme, loin de toute cette folie, dans un endroit où ils seraient tranquille et pourraient être heureux sans se soucier de se cacher ou des bombes qui menacent à tout moment de leur tomber sur la tête. Ce n’était pas leur place. Cette vie de dément, c’était celle des gens comme lui, Ebert, des gens qui n’avaient pas d’autre raison de vivre ni personne pour les pleurer ou pour provoquer des regrets. Il était seul, et c’était bien pour ça qu’il se focalisait aussi facilement sur sa mission. Il n’avait personne à regretter, personne pour qui s’inquiéter. Aucune autre vie particulièrement palpitante ne l’attendait. Alors tant qu’à faire, autant se rendre utile. "Merci Sebastian. Vraiment…"Sebastian aurait voulu sortir une vanne, pour faire comme d’habitude. Dédramatiser, tourner en dérision, singer, il savait si bien faire. Il aurait voulu faire ça, pour briser cette atmosphère étrange de soudaine mélancolie à laquelle il était si peu habitué. Il ne le put pas. Pour une fois, ce fut au-dessus de ses forces. Alors il se contenta de hocher la tête avec un sourire en coin. Adossé au mur, il suivit du regard son ami qui quittait la pièce, et ne bougea pas jusqu’à ce qu’il soit sorti de son champ de vision. Quand il fut hors de vue, il jeta un coup d’œil par la fenêtre. De lourds nuages gris. Des corbeaux noirs comme de l’encre. Il renfila son manteau et chaussa sa casquette de colonel avant de sortir à son tour. Back to work.Il reprit la voiture et se fit conduire en silence jusqu’aux bureaux de la SS où étaient emprisonnés les quatre condamnés. Dieu merci il ne croisa pas Scheffer. C’aurait été la goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase. L’air sombre, il se laissa guider jusque dans les geôles et n’accorda pas un regard aux sentinelles qui se mettaient au garde-à-vous. Il arriva devant un adjudant qui lui demanda si tout avait été réglé. L’Oberst répondit par l’affirmative. Son subalterne hocha la tête puis aboya des ordres. On ouvrit les cellules et on en tira les prisonniers, salement amochés par le traitement que ces bouchers de la SS leur avaient fait subir. Heureusement il avait le cœur solide. Surtout en sachant ce qui allait suivre. « Raus ! In dem Hof ! Schneller ihr Hünde !”Il semblait à Sebastian qu’il entendait une langue étrangère. Etait-ce vraiment de l’allemand, ces mots cruels, violents, aussi tonitruants et dévastateurs que des balles ou des boulets de canon ? Etait ça, son pays ? Il se refusait à y croire. Ce n’était pas l’Allemagne. C’était Hitler. Hitler et son foutu Dritte Reich, Hitler et sa folie meurtrière. Les quatre prisonniers passèrent devant lui. L’un d’eux leva sur lui un regard noir et marmonna : « Assassin. »Son soldat lui beugla de se taire et Sebastian resta impassible. Il suivit le petit groupe dans la cour et les regarda s’aligner contre le mur et les hommes de la SS aligner leurs fusils. L’homme qui l’avait appelé « assassin » planta son regard haineux dans le sien. Il ne cilla pas. Il n’en avait pas le droit. Pas face au courage de cet homme qui malgré son innocence ne s’effondrait pas ni ne suppliait. Pour lui, il devait assumer son rôle… Et soutenir ce regard terrible, fier, accablant. Il le soutenait encore lorsque les coups de feu retentirent. Il le soutenait encore lorsque lui et ses camarades s’effondrèrent. Les soldats embarquèrent les corps sans vie des quatre innocents qui étaient tombés ce jour-là et laissèrent le coupable dans la cour, perdu dans ses pensées. Il fixait les traces de sang qu’ils avaient laissées comme ultime témoignage et que déjà d’autres hommes lavaient pour pouvoir rougir leur sol du sang d’autres victimes le lendemain. Il quitta les lieux, laissant derrière lui le fantôme de ces victimes qui viendraient elles aussi hanter ses nuits, comme toutes les autres. Quatre de plus, quatre de moins… Ca ne faisait plus guère de différence maintenant. Alors à quoi bon. FIN DU TOPIC ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ Try not to become a man of success, but rather try to become a man of value. |
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