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De quiproquos en malentendus, c'est notre lot ! | PV Clémence



 

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 De quiproquos en malentendus, c'est notre lot ! | PV Clémence

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Dominique Darenne
Songe que chaque jour est à lui seul une vie.


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■ inscrit le: 19/08/2011
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MessageSujet: De quiproquos en malentendus, c'est notre lot ! | PV Clémence Sam 24 Sep - 15:09

« Tu poses quatre, tu retiens un… Alors, combien cela fait-il ? »

Le petit garçon eut une mimique de concentration intense, sourcils froncés et lèvres pincées, et Dominique dut se retenir de rire pour ne pas briser un si bel effort de calcul mental. Timothée avait huit ans et quelques difficultés à l’école, surtout en mathématiques, ce qui désespérait ses parents. Sa mère, une femme au foyer sans grande prétention mais désireuse d’aider son fils, avait évoqué le problème devant le prêtre après une de ses messes, qu’elle suivait avec assiduité, et il lui avait proposé de donner des leçons particulières au garçon, car lui avait toujours été doué pour tout ce qui touchait à la logique et avait la réputation d’être un bon pédagogue. De plus, il était d’un naturel patient et les enfants l’amusaient beaucoup. Quand à Timothée, c’était un garçon curieux, légèrement hyperactif et qui avait quelques difficultés de concentration, mais il était vif et intelligent, et il avait suffi à Dominique de trouver la bonne tactique pour l’intéresser au calcul.

« Vingt-et-un ! » s’exclama triomphalement le petit garçon. « C’est ça hein ? Pas vrai que c’est vingt-et-un ? » « Correct. » acquiesça le jeune homme d’église avant de se lever et d’aller ouvrir un placard d’où il sortit une balle. « Prêt pour les travaux pratiques ? » « Ouiiiiii ! » s’écria l’enfant en bondissant de sa chaise pour rejoindre son professeur.

Quelques instants plus tard, ils étaient dehors dans la cour déserte du presbytère. Comme il n’y avait pas d’office ce jour-là, Dominique avait laissé sa soutane –trop incommode à son goût- au placard et revêtu un pantalon de toile noir assorti d’une simple chemise blanche qui accentuait encore sa propre pâleur naturelle. A cet instant-là, il ressemblait plus à un professeur de lycée ou un employé de bureau qu’un prêtre, mais tout le monde dans le quartier savait qu’il avait des habitudes peu usuelles pour un homme de foi. Mais comme il était aimé de tout le monde, on lui pardonnait facilement ses écarts, minimes par ailleurs. Après tout, il avait beau être réservé et plutôt solitaire, il n’en restait pas moins d’une serviabilité à toute épreuve –combien de fois ne l’avait-on pas réveillé à deux heures du matin pour qu’il vienne voir un malade ou un mourant, ou combien de fois ne lui avait-on pas demandé mille petits services de toute sorte ?- et d’une solidité inébranlable face à l’oppression allemande. Il était en quelque sorte devenu le roc du quartier, avec sa tranquille assurance que l’occupation prendrait fin un jour, et que tout reviendrait à la normale… Tout le monde lui faisait confiance, même les allemands. Alors mettre un costume à la place de sa soutane, ce n’était pas ça qui allait le discréditer…

« Prêt, Timothée ? » « Prêt mon Père ! »

Dominique laissa tomber la balle à ses pieds, jeta un coup d’œil au garçon, et tira. Faisant un pas sur le côté, Tim l’arrêta et la lui renvoya aussitôt.

« Quatre et trois ? » lança Dominique en rattrapant la balle et la relançant. « Sept ! » répliqua le petit en faisant de même. « Cinq et six ? » « Onze ! »

Pour intéresser les enfants à quelque chose d’aussi ennuyeux à leurs yeux que les mathématiques, le plus simple était encore de présenter la chose sous la forme d’un jeu. C’était là la conclusion à laquelle Dominique était parvenu au fil de ses séances avec le petit Timothée. Il avait donc choisi de faire son cour en deux temps : d’abord du calcul normal, assis à une table avec un cahier et faire ses devoirs, comme « échauffement » pour la rude séance supplémentaire de calcul mental qui suivait juste après, sous la forme d’un jeu de football. Ainsi, il parvenait à éveiller l’intérêt du petit pour ses devoirs, et aussi à l’aider à se défouler, lui qui avait beaucoup trop d’énergie à dépenser pour sa pauvre mère qui ne savait plus où se donner de la tête avec lui… Une demi-heure s’écoula, et la maman du garçon arriva dans la petite cour pour récupérer son fils. Elle les surprit au milieu de ce drôle de spectacle et eut un sourire.

« Décidément mon pauvre Père, il vous en fait voir de toutes les couleurs ! » dit-elle en riant. « Vous plaisantez, je suis beaucoup plus endurant que lui, et moi je ne dois pas compter en jouant… De nous deux, c’est lui qui en voit de toutes les couleurs ! » répliqua le prêtre en lui rendant son sourire. « Comment vous portez-vous, Mme Darmont ? » ajouta-t-il en renvoyant encore la balle vers son coéquipier.

Mais Timothée tapa trop fort dans le ballon, qui décolla et alla se nicher sur le toit de la chapelle. Timothée laissa échapper un cri de déception alors que sa mère secouait la tête d’un air navré. Dominique ébouriffa les cheveux de l’enfant et remonta ses manches en lui assurant qu’il allait le chercher. Il y avait des avantages à être jeune et de haute taille, il avait maintes fois eu l’occasion de s’en apercevoir en jouant avec des enfants ou en les laissant jouer dans cette cour. Il poussa un tonneau en bas du mur, grimpa dessus, puis fléchit les genoux et sauta pour agripper la corniche. Il se hissa ensuite à la force de ses bras et atteignit le toit du presbytère. Prudemment, il avança de quelques pas et atteignit le rebord opposé. Il prit un peu d’élan et sauta au-dessus de l’espace qui le séparait du toit de la chapelle où avait atterrit la balle. Il se réceptionna habilement, et fit rapidement les quelques pas qui le séparaient encore de l’objet. A ce moment-là, il entendit Mme Darmont s’exclamer d’un ton joyeux :

« Oh, mademoiselle Andrassy ! Bonjour ! »

Dominique jeta un œil en contrebas et reconnut une silhouette très familière. Clémence.

Celle-ci leva la tête vers lui et il la salua d’un geste de la main.

« Bonjour mademoiselle. Je suis à vous dans une minute, le temps de descendre de mon perchoir ! »

Il se pencha pour attraper l’objet qu’il était venu chercher et le lança au petit garçon, avant de continuer à avancer vers l’autre côté du toit et atteindre les poutres du toit de la petite grange, plus haute que le toit de la chapelle. Il sauta, s’accrocha à une poutre, puis se laissa tomber au sol. Il laissa échapper un soupir et épousseta sa chemise avant de s’avancer vers son invitée… Qui était d’ailleurs accompagnée. Il se souvint à cet instant là qu’elle avait effectivement mentionné ce détail lorsqu’il l’avait eue au téléphone la veille. Qui donc était cet homme ? Son amant ? Dominique eut aussi envie de se gifler après une telle pensée. Quelle idée stupide ! Clémence n’était pas du genre à parader avec son amant en ville… A moins bien sûr que tous les deux ne veuillent… Chassant de son esprit cette hypothèse invraisemblable –ah, vraiment si invraisemblable ? lui susurra une petite voix à l’oreille- il tendit la main en direction de l’homme qui l’accompagnait.
« Bonjour monsieur, je suis le Père Dominique Darenne, le curé de cette église. » se présenta-t-il en retrouvant une attitude plus appropriée que celle d’un grand adolescent jouant au ballon et faisant des acrobaties sur son toit…
Soudain il sentit une petite main agripper sa jambe de pantalon et tirer dessus pour attirer son attention. Il baissa les yeux et sourit à Timothée qui lui annonça que lui et sa maman allaient partir. Il acquiesça et lui rappela de ne pas oublier leur séance la semaine suivante. Le petit garçon lui tapa dans la main et s’en alla en racontant à sa mère ses exploits du jour. Mains sur les hanches, il les suivit du regard avec un sourire amusé au coin des lèvres, puis se tourna vers les deux nouveaux venus.

« Pardonnez-moi pour ce contretemps. » dit-il finalement. « Timothée a besoin d’aide pour ses devoirs, et comme on s’entend bien tous les deux… Mademoiselle, vous avez dit vouloir me parler de quelque chose d’important au téléphone. Je suis à vous. Asseyons-nous dehors, il fait meilleur, et ce serait dommage de ne pas profiter de ce soleil. » termina-t-il en leur indiquant des chaises de jardin disposées autour d’une table.

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« La peur est un cri, la terreur est un murmure. »
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Clémence Andrassy
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MessageSujet: Re: De quiproquos en malentendus, c'est notre lot ! | PV Clémence Mer 28 Sep - 17:45

Il n’était pas huit heures du matin que déjà le major Ludwig Von Moltke était sur le pied de guerre. Tout le régiment rasé, proprement vêtu et armes à la main exécutait fidèlement et sans rechigner tous les exercices imposés par leur supérieur. Clémence se retourna plusieurs fois dans son lit, et colla dans une sorte de réflexe quotidien, son traversin sur ses oreilles. Les ordres littéralement hurlés, les bottes retentissantes sur le gravier de la cour étaient tout bonnement insoutenables. Après vingt minutes de vaillante lutte contre ce tintamarre, la jeune veuve au comble de l’exaspération se leva et ouvrant la fenêtre à la volée, lança à la tête de son futur beau père et de ses hommes, pantoufles, oreillers et même sa brosse à cheveux.

A la vue de cette furie en chemise de nuit, encore toute échevelée et les yeux toujours à demi fermés, les soldats prirent le parti de rire de la situation plutôt que de s’en vexer. Leur proximité à tous depuis plus de deux ans avait crée des liens malgré l’invasion de la villa. Les Andrassy – Dasselnat résidaient toujours au dernier étage en tant qu’invités, tandis que les allemands avaient réquisitionné les trois autres niveaux, là où baignait jadis dans la richesse et l’opulence, la famille juive Sintzheim. Tous avaient été chassés de leur demeure à la signature de l’armistice, et Clémence en avait ressenti une certaine satisfaction, car elle ne les avait jamais appréciés. Sentiment ô combien condamnable aux yeux de ce cher père Darenne, à qui d’ailleurs elle s’apprêtait à rendre visite. A cette pensée, elle se dirigea vers le récipient d’eau et s’en aspergea le visage pour mieux s’éveiller. Il fallait avoir les idées claires pour ce rendez-vous bien particulier. L’échange téléphonique avec le prêtre avait été bref peu détaillé et surtout peu aimable de sa part.

- Bonsoir mon père, j’espère ne pas vous déranger … bien que ce soit propre à votre fonction de pouvoir l’être à toute heure, après tout ! Pourrais-je passer demain dans la journée, pour une affaire importante ?

- Oui, bien sûr. Je devrais être disponible en fin de matinée.

- Parfait, dans ce cas nous passerons vers les 10 heures.

- Nous ?

- Oui je serais accompagnée, à demain mon père.

En effet, elle allait être accompagnée par un homme qu’elle appréciait et détestait à la fois. Celui qui avait séduit sa mère Vitalie et lui avait demandé sa main. Il s’agissait ni plus ni moins du major Von Moltke. Leur histoire digne des coups de foudre que l’on peut lire que dans les romans à l’eau de rose était parfois pathétique et surtout blessante pour la demoiselle Andrassy . Celle-ci ne pouvait qu’attiser deux souffrances aigues et latentes chez elle.

La première de ses douleurs, concernait son père, toujours retenu prisonnier au bagne de Guyanne. Le divorce de sa mère afin de ne plus porter le nom à jamais souillé de son ex mari, n’avait pas du tout été accepté par Clémence et sans doute ne le serait jamais ! Dans son aveuglement et l’amour inconditionnel pour un père pourtant inconnu, la télégraphe était restée de marbre à l’annonce de cette union rendue possible à l’église, puisqu’aucun office religieux n’avait jamais été célébré entre Alexandre Dasselnat et son ex épouse. Ce qui rendait d'ailleurs la chose encore plus difficile pour une Clémence très croyante, très catholique. Malgré le fait que Vitalie Andrassy soit parfaitement consciente de cela, elle lui avait demandé un effort surhumain : Régler les détails de ce futur mariage en compagnie du fiancé, car elle ne pouvait se déplacer elle-même à cause d’une méchante chute.

La seconde raison tenait en deux mots : Gustave Mandel. Son propre conte de fées ou du moins ce simulacre d’amour qu’elle avait cru partager. L’époux assassiné s’était révélé être un véritable monstre à la liste vertigineuse de victimes … Si bien qu’aucune larme de chagrin n’avait coulé sur ses joues lors de l’enterrement, ce ne fut que pleurs d’amertume et de dégoût.

Deux motifs légitimes donc, pour être en ce matin pourtant ensoleillé, de fort mauvaise humeur. Jouant avec la corde sa robe de chambre, elle s’était rassise sur son lit pour méditer mais surtout soupirer face à la tâche qui l’attendait. Un véritable supplice, lorsque pour ne rien arranger, le dit futur beau père tient à vous adopter officiellement malgré votre majorité, car il vous considère comme sa propre fille et n’aime pas votre statut d’illégitime. Ce rappel incessant de sa condition de bâtarde et cette sensation de lui voler son géniteur avaient dégradé des rapports jusque là très amicaux avec le gradé allemand qui venait d’ailleurs de frapper à la porte de sa chambre.

- Allez au diable ! lança t-elle à travers l’embrasure.

- Curieux accueil, mais vous permettrez mademoiselle que je me rende d’abord à l’église ! rétorqua l’allemand avec un accent prononcé mais charmant. Il tenait dans les bras, tous les effets personnels qu’elle avait jetés par la fenêtre. Êtes-vous prête ?

- Question idiote, vous voyez bien que non major !

- Père, papa ou si vous préférez mein vater, sera bientôt plus indiqué fraulein.

A ces mots de provocation, Clémence y répondit en se précipitant vers sa penderie. Elle y prit au hasard une robe de couleur rouge et des collants noirs et fila derrière le paravent qu’elle frappa à grands coups de talons de chaussures, dès que son interlocuteur fut sorti. Deux minutes de maltraitance contre ce pauvre objet l’apaisèrent, car la journée promettait d’être affreuse. Vêtue et coiffée à la dernière mode, sac à main noir sous l’aisselle, une heure plus tard, elle descendit les escaliers quatre à quatre et rejoint la grande cour où l’attendait la voiture civile de l’officier. Le trajet était relativement court mais parut durer une éternité tant un silence lourd régnait à l’intérieur du véhicule. Lorsque le clocher de l’église Saint Martin fut dans son champ de vision, la jeune femme en bénit presque le ciel. Sitôt la renault immobilisée, elle en sortit et claqua la portière pour se donner le courage nécessaire, ignorant les protestations du conducteur.

Dans la cour du presbytère, elle trouva une dame et un petit garçon d’une dizaine d’années, à qui elle ébouriffa les cheveux à son passage. Elle le connaissait bien, il s’agissait de Timotée à qui le prêtre donnait parfois quelques cours. Ce tendre bambin ouvrait la bouche telle une carpe dès qu’il la voyait, littéralement subjugué devant celle qu'il considérait comme un ange. La confidence suivante lui avait été faite par sa mère, une assidue des messes qui était attendrie par cette adulation enfantine. Il suffisait d’un geste pour que le garçon soit au paradis, et cela ne manqua pas. A peine aperçue qu’il ne la quitta plus du regard, les joues rosies et un sourire ineffaçable. Alors qu’elle s’apprêtait à pénétrer dans le vestibule, elle croisa une autre connaissance, madame Darmont de qui elle était la petite préférée depuis son cathéchisme dans une autre paroisse. Après les avoir accueillis, cette dernière leva tout à coup la tête. Clémence fit de même et n’en crut pas ses yeux, le père Darenne se trouvait sur le toit. Elle en chercha les raisons, une tuile déplacée, une cheminée à ramoner, un oiseau blessé. Mais rien de tout cela, un ballon ! Cet homme risquait de se rompre le cou pour une crétine de balle !

« Bonjour mademoiselle. Je suis à vous dans une minute, le temps de descendre de mon perchoir ! »

Déjà agacée, cette prouesse acrobatique n’arrangea pas les choses car la peur venait de s’en mêler …

- MAIS VOUS ETES FOU ! Un véritable gamin ma parole ! L’évêché vous paie dites-moi, pour jouer au wistiti ?

Un coup de coude lui rappela qu’elle devait se faire plus aimable et polie. Son futur beau père ignorait les taquineries quotidiennes dont était victime le curé et arborait une mine choquée. Elle ne rajouta donc rien à cette remarque, bien que la volonté d’achever l’ecclésiastique fut là, pour la frayeur qu’il venait de lui faire subir. Celui-ci arriva d’ailleurs quelques minutes plus tard la bouche en cœur, frais comme un gardon, le souffle à peine coupé. Cet homme ne cesserait jamais de l’étonner !

" Mademoiselle, vous avez dit vouloir me parler de quelque chose d’important au téléphone. Je suis à vous. "

Après le départ de Timothée, les présentations d’usage et une poignée de main entre les deux hommes, Clémence s’assit en leur compagnie sur l’une des chaises d’extérieur que le père lui avait désignée. Quelques instants de silence se firent, car l’annonce restait immanquablement coincée au fond de sa gorge …

- Oui … En effet … quelque chose de très important même … je …

Prenant une respiration profonde, elle ferma quelques secondes les yeux pour lutter contre les battements de son cœur. Pourquoi devait-elle se charger de ce mariage qu’elle ne cautionnait en aucun cas ?

- Nous venons pour … pour … convenir d’une date de mariage et discuter des différents préparatifs. Tels que les textes qui seront lus … ou l’échange des vœux.

Le supplice était-il terminé ? Elle en doutait mais le plus dur était passé !

- Ai-je oublié quelque chose Ludwig ?

Pour ne plus subir l’éternel : Appelles moi papa, Clémence venait d’opter pour une tactique de rapprochement qui peut-être conviendrait sans passer par la case adoption.

- Les chants et les grandes orgues, car comme vous le savez, j’y tiens énormément lieber… répondit le major qui paraissait si comblé par ce premier pas, qu’il lui baisa la main et la garda dans la sienne.

Gênée, Clémence l’était sans aucune doute, mais certainement pas pour le quiproquo que la situation était susceptible de créer. Elle était à mille lieues de là au cœur d’un bagne de Guyanne, qui peuplait ses cauchemars depuis des années.


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" Vengeance is a water vessel with a hole. It carries nothing but the promise of emptiness. Hate is the tomb you weave. It will not save you from your suffering."
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Dominique Darenne
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MessageSujet: Re: De quiproquos en malentendus, c'est notre lot ! | PV Clémence Dim 23 Oct - 17:19

Dominique Darenne n’était pas un prêtre ordinaire. Loin d’être l’homme d’église bedonnant, souriant et pacifique qu’on se représente la plupart du temps, c’était un homme très jeune, grand et excessivement mince, calme et silencieux, observateur et intègre, donc le silence justement pouvait mettre parfois mal à l’aise. Mais c’était surtout un homme de confiance, un homme ouvert et d’une étonnante tolérance, qui avait autant foi en l’être humain qu’en Dieu. Il avait ses excentricités, passait pour un original dans la profession, mais était inoffensif et d’un soutien indéfectible à tous ceux qui se reposaient sur lui. Aussi, tous les reproches qu’on aurait éventuellement pu lui adresser s’effaçaient devant le besoin qu’avaient les habitants du quartier de la garder auprès d’eux. Plus qu’un simple curé, il était celui qui écoutait, conseillait, et trouvait des solutions à tous les problèmes. Comme un aimant, il attirait ceux dans le besoin et les écoutait tous, français, juifs, allemands, enfants, riches, pauvres, tous avec la même attention. Son église, disait-il, était un lieu neutre, où tous pouvaient aller et venir comme bon leur semblait. Un tel personnage aurait pu s’attirer les soupçons des nazis, mais il n’avait jamais provoqué de remous, et rien n’indiquait qu’il appartenait à la Résistance ou agissait pour elle indirectement. Les soupçons finirent donc par s’endormir, naturellement. Surtout depuis que certains soldats, et même certains gradés, viennent aussi bénéficier de l’oreille attentive du curé… Non vraiment, qui aurait pu se douter que ce drôle de bonhomme si tranquille avait caché une famille juive dans son église et fait évader une prisonnière du Vel d’Hiv ? Pas grand monde, en vérité. Il fallait dire qu’il évitait de s’en vanter.
Ce fut donc sans grande surprise et sans manifester aucune hostilité qu’il serra la main au Major qui accompagnait Clémence. Ne jamais juger un homme par l’uniforme, Ulrich Breicht n’en était-il pas le meilleur exemple qu’il ait jusque-là rencontré ? Si Dominique haïssait les nazis de toute son âme, il n’avait rien contre les allemands. Ce serait comme taxer tous les français de collaboration ! Et de toute façon, il n’avait jamais été un partisan de la généralisation, préférant garder en mémoire que toute personne a son caractère, son histoire, qui le distingue des autres, et il serait absurde d’essayer de regrouper les individus en catégorie comme le font les occupants… Chassant cette pensée de son esprit, il observa le Major avec plus d’attention. C’était un bel homme, plus tout jeune mais pas excessivement vieux non plus, peut-être juste assez pour être le père de la jeune fille. C’était un homme souriant, à l’air aimable et dont les yeux bruns étincelaient de malice alors que Clémence commençait à lui expliquer les raisons de leur venue.
Etonné par l’hésitation qui hachait sa voix, Dominique darda sur elle un regard interrogateur et inquisiteur. Il était si rare de la voir indécise qu’il devina que le sujet était plus grave qu’il ne l’avait pensé de prime abord, et surtout qu’il lui tenait à cœur. De quoi pouvait-il donc s’agir ? La réponse ne tarda pas, aussi surprenante et détonante qu’un coup de canon.

- Nous venons pour … pour … convenir d’une date de mariage et discuter des différents préparatifs. Tels que les textes qui seront lus … ou l’échange des vœux.

Si l’étonnement de Dominique était complet, il n’en laissa rien paraître de plus qu’un haussement de sourcils. Ses yeux bleus-gris allèrent de Clémence au Major, qui tenait la main de la jeune fille dans la sienne en arborant un air absolument ravi. Le bonheur incarné, alors que Clémence regardait ailleurs et que le prêtre se remettait lentement de l’annonce de la nouvelle. Ainsi, Clémence allait se remarier ? Il était vrai que Gustave était décédé depuis un moment déjà, et lui-même avait organisé des mariages pour des veuves qui ne l’avaient pas été plus d’un mois ! Si elle avait retrouvé quelqu’un, il en était heureux pour elle… Même s’il s’étonnait de la voir au bras d’un allemand, elle qui n’avait jamais eu l’air de porter leur uniforme dans son cœur. Et l’écart d’âge était tout de même significatif… Et elle n’avait pas l’air aussi enthousiaste qu’elle ne devrait… Aimait-elle cet homme malgré tout ?
Mais tais-toi donc, imbécile ! se morigéna-t-il intérieurement. De quel droit se permettait-il, même en pensée, de juger leur couple et émettre une opinion favorable ou défavorable à leur sujet ? Allons, reprend-toi, Dominique !

« Et bien… Toutes mes félicitations, les évènements heureux comme celui-ci sont toujours les bienvenus dans ces temps difficiles… » dit-il en se tournant vers Ludwig et évitant inconsciemment le regard de Clémence, qui ne semblait de toute façon plus vraiment avec eux.

Leur conversation fut interrompue par le tintement de la vaisselle sur le plateau qu’apportait Mme Reine, la voisine de Dominique qui s’était auto-déclarée sa gouvernante et remplissait son office à merveille. Elle avait aux alentours de soixante-dix ans, faisait le thé et la cuisine comme personne, et surtout elle nourrissait pour ce jeune prêtre l’affection d’une grand-mère pour son petit-fils. Elle lui faisait souvent des remontrances, mais lui passait tous ses écarts et excusait toutes ses bêtises, comme par exemple…

« Ah mon père ! Je vous y reprends à jouer les adolescents ! Faire le singe ainsi sur le toit de l’église, mademoiselle Andrassy a bien raison de vous faire des reproches ! Vous aurez l’air malin quand vous vous serez cassé une jambe… Bonjour monsieur. » fit-elle à l’adresse du Major avant de poser le plateau et disposer les tasses et y verser le thé qu’elle venait de préparer. « Avez-vous besoin d’autre chose, mon Père ? » « Non merci madame Reine, vous êtes parfaite… Oh si, une chose, serez-vous assez aimable pour m’apporter le registre des mariages, je vous prie ? »« Bien entendu, je vous l’amène tout de suite. En attendant, profitez de ce beau soleil ! » « Madame Reine, vous êtes une sainte ! »

Haussant les épaules dans une attitude faussement modeste, la vieille femme s’éloigna en trottinant. Dominique attendit qu’elle revienne avec ledit registre et s’en retourne avant d’ouvrir le grand cahier dont les pages étaient couvertes de son écriture fine et serrée, parcourut les dernières lignes rapidement et s’empara du stylo qu’il avait toujours dans la poche de sa chemise.

« Nous disions donc… Von Moltke et Andrassy… Je dois vous prévenir Major, que notre église n’est pas très grande et est plutôt modeste… Nous avons un orgue certes, mais il n’est pas des plus grands… Si vous le permettez, je vous ferai visiter l’église et vous ferai entendre le son, afin que vous puissiez juger par vous-même s’il vous convient. En revanche, je puis vous assurer que pour les chants, l’acoustique est parfaite, et même Notre-Dame nous l’envie ! »

Un léger sourire aux lèvres, il jeta un œil en direction de son église, dont il connaissait chaque recoin, chaque pierre, il dirait même chaque grain de poussière si Mme Reine ne s’acharnait pas à leur donner la chasse avec autant d’assiduité ! Il aimait cette vieille bâtisse dont il avait hérité la charge près de cinq ans auparavant, après avoir refusé un remplacement à Notre-Dame, acte qui lui avait valu de se faire taxer de fou par ses confrères mais qui avait beaucoup de sens pour lui. Il avait beau trouver la cathédrale absolument magnifique, il s’y était toujours senti intimidé et parfois mal à l’aise devant tant de grandeur et de beauté. Il préférait l’intimité et le confort d’une petite église comme celle de Saint-Martin, et pour rien au monde il n’aurait échangé sa place avec un autre !

« Mais avant que je ne vous fasse visiter, autant décider des formalités. A quelle date avez-vous pensé pour la mariage ? Je n’ai rien de planifié ces temps-ci, à part des petites noces parfois secrètes… Mais si vous désirez un grand mariage, il sera prêt en un rien de temps et n’importe quelle date conviendra. Ensuite, avez-vous décidé du nombre d’invités ? Dites-moi tout ce à quoi vous avez déjà réfléchi, je vous écoute. »

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MessageSujet: Re: De quiproquos en malentendus, c'est notre lot ! | PV Clémence Jeu 3 Nov - 15:06

Mais pourquoi cet imbécile de prêtre – que Dieu la pardonne – ne disait-il pas que l’union était tout bonnement impossible ? Pourquoi ne l’interdisait-il pas ? Pourquoi donc sa mère et son père n’avaient-ils pas pris la peine de se marier à l’église, ils n’auraient pas eu cette conversation à cet instant même en compagnie du major! Garder sa main dans celle de son futur beau-père était d’ailleurs son second chemin de croix. Que croyait-il ? Que débarqué il y a deux ans, la bouche en cœur, il allait pouvoir régner non seulement sur le cœur de la mère mais aussi sur celui de la fille ? Emmanuel, son frère avait accepté ce mariage, mais rien d’étonnant à cela, il était l’incarnation même du fils à maman, les enfants Dasselnat restaient en effet de beaux clichés familiaux ayant difficilement rompu avec le complexe d’Œdipe. Néanmoins tout n’était pas rose loin de là, puisque Vitalie rejetait l’aîné pour la cadette et la cadette ne connaissait son Dieu – que l'autre Dieu, l'autre Père n'en prenne pas ombrage – que par quelques photos vieilles de 25 ans … Quelle étrange tribu, disaient leurs amis proches et sur ça ils n’avaient pas tort !

Mais elle se devait de faire un effort, c’était un pas vers lui, un sourire, une poignée de main, ou l’adoption, la reconnaissance officielle ! Certes c’était son désir le plus cher, car ce « Née de père inconnu » sur son acte de naissance, telle une tâche demeurait l’une de ses plus grandes blessures. Cependant elle attendait comme le Messie le jour où son père enfin libéré, ferait disparaître cette annotation par sa signature, personne ne lui volerait ça et surtout pas un allemand !

Raide comme un piquet au fond de sa chaise, la main sous le menton, les yeux dans le vague, Clémence maudissait le père Darenne pour la première fois. Celui-ci ne trouvait rien de mieux, après son silence approbateur que de féliciter le major pour l’union à venir ! Enrageant intérieurement, la jeune femme changea lentement de position et fixa la nouvelle venue, comme si elle était transparente … Comme elle aurait voulu être à des kilomètres de là ! Sa mère n’était qu’une profonde sadique !

- Tu dois apprendre à ne plus te laisser dévorer par le passé, comme tu le fais ma fille ! J’en ai assez de te voir ruminer ! Même si je n’avais pas eu cette jambe dans le plâtre, je t’aurais ordonné d’y aller !

A ce souvenir, Clémence ne put se contenir et persiffla entre ses dents. Fort heureusement Reine qui apportait la moitié du service en porcelaine sur un plateau, alors qu’ils n’étaient que trois, fit assez de bruit pour tout étouffer. Lorsque cette dernière lui donna raison au sujet de Dominique et de sa manie de monter sur les toits, mademoiselle Andrassy lui sourit toutes dents sorties. Cette voisine qui lui avait inculqué toutes les valeurs du catéchisme étant enfant, lui donnait constamment raison quoiqu’elle fasse ! Elle ne put que se remémorer ce jour où elle en était venue aux mains avec une autre jeune fille de la paroisse, car celle-ci l’avait traitée de bâtarde. Madame Reine prenait pratiquement des paris sur l’issue de la lutte tout en tentant de les séparer pour se donner bonne conscience. Un véritable arc en ciel donc en cette fin de matinée aux confins de ce terrible vague à l’âme … Hélas cela ne dura pas, le curé lui demanda presque aussitôt les registres du mariage pour convenir de la date. L’acte II de son supplice commençait ! Alors, elle se mit à jouer avec l’ourlet de sa robe pour se donner une contenance le temps que Reine revienne. La bougresse – Que Dieu la pardonne, décidément elle en avait contre le monde entier aujourd’hui – ne fut pas longue à poser un lourd livret dans les bras du prêtre. Ce dernier prit alors la peine de faire l’inventaire de son église au major !

«Je dois vous prévenir Major, que notre église n’est pas très grande et est plutôt modeste… Nous avons un orgue certes, mais il n’est pas des plus grands…En revanche, je puis vous assurer que pour les chants, l’acoustique est parfaite, et même Notre-Dame nous l’envie ! »

- Je suis sûr mon père que cela nous conviendra parfaitement, Clémence en répond ! Elle vient si souvent ici et en parle si chaleureusement qu'il me semble connaître Saint Martin depuis maintenant des siècles ! Mais ma curiosité me pousse à vouloir visiter en effet ! Danke !


Après avoir trébuché plusieurs fois sur les mots prononcés, l'officier invita sa future belle fille à se lever et lui tendit le bras pour l’accompagner. Elle accepta se rappelant sa stratégie : Céder un peu pour ne pas tout céder … Le petit groupe se dirigea donc vers l’église dont les cloches annoncèrent la nouvelle heure. Ils pénétrèrent directement au cœur de la nef auréolée de couleurs chatoyantes grâce aux vitraux transpercés par le soleil. Face à eux, sur les hauteurs l’orgue de cuivre se dressait plus beau que jamais, contrastant avec les bancs de bois bien modestes … Mais qu’importait, cette église bien que petite et un tantinet vétuste avait cette touche chaleureuse que les grandes cathédrales ou basiliques ne possédaient pas aux yeux de Clémence. Saint Martin était spécial, tout comme son curé d’ailleurs, oui cette paroisse était unique et elle n’en désirait aucune autre !

«A quelle date avez-vous pensé pour le mariage ? »

L’officier se tourna alors vers Clémence comme pour prendre son avis sur la question, ou lui demander confirmation.

- Je crois que nous avions convenu la cérémonie pour dans quatre mois …

Hélas oui, sa mère lui avait bien répété la chose la veille au soir au cours de cette conversation houleuse.

- C’est bien ça !

Clémence daigna lever son regard pour la première fois depuis son arrivée et plongea dans celui de Dominique – Ah quels yeux magnifiques ! Mais à quoi penses-tu Clémence ? -

- Seront présents une soixantaine d’invités.

En effet, les futurs mariés avaient choisi d’inviter un nombre restreint de personnes, eux même ne possédant qu’une très petite famille, le reste étant des voisins ou des amis du couple ! Ca y est ? Pouvaient-ils partir à présent ? Une heure d’agonie suffisait non ? Apparemment non … Le major ouvrait à nouveau la bouche ! Se retenant de lever les yeux au ciel pour implorer le Seigneur qu’il ait pitié d’elle, elle aperçut Reine qui nettoyait une statue de la Vierge. Elle pria ses deux interlocuteurs de l’excuser et se dirigea à grands pas vers elle. Elle la fit sursauter en l’interpellant mais qu’importe, elle devait en avoir le cœur net, sa mère aurait pu lui mentir, ça n’aurait pas été la première fois !

- Madame Darmont, venez à mon aide je vous en supplie !

- Qu’il y a-t-il chère Clémence ? Des soucis !

- Un très grand malheur même !

La pauvre dame mit sa main sur son cœur, tant elle semblait appréhender ce qu’elle allait apprendre de sa bouche.

- Ma mère va se remarier !

Reine parut interloquée ne comprenant sans doute pas où se trouvait le malheur, dans cette annonce ! Clémence avait oublié que sa bienfaitrice pleurait de joie à chaque mariage auquel elle pouvait assister !

- J’ai besoin que vous fassiez appel à votre mémoire, c'est très important ! Mon père et ma mère fréquentaient la paroisse de Saint Augustin, où nous nous sommes d’ailleurs rencontrées ! Cela me parait aberrant, qu’Emmanuel et moi ayons été baptisés, mais qu’il n’y ait eu aucun mariage religieux entre nos parents !

- Et pourtant ma pauvre enfant, non ils ne se sont pas mariés ! Votre père était un de ces athées, il ne désirait pas être hypocrite et se marier devant un Dieu auquel il ne croyait pas. Votre mère et lui ont conclu apparemment un accord, aucune union religieuse, mais pour lui être agréable, il a accepté le baptême de ses enfants ! Enfin celui d’Emmanuel car le vôtre … c’est votre mère qui a pris l’initiative. Votre papa ayant disparu …

Clémence haïssait à cette minute madame Darmont ! Elle venait de l’achever ! Elle ne put donc que la foudroyer du regard !

- Pourquoi parlez-vous de mon père au passé ! Il n'est pas mort nom de Dieu ! Mais merci pour cette information et pardon pour ce blasphème !

Sans demander son reste, elle tourna des talons et retourna auprès du major et de Dominique plus bougonne que jamais ! L’allemand dos tourné, venait d’ailleurs de prononcer une phrase terrible …

- J’espère que rien ne pose problèmes concernant le premier époux de ma fiancée … Normalement ce dernier a été mis, comment dites-vous déjà, hors circuit, hors course ?

Les paroles malheureuses ! Son pauvre père était réellement la cinquième roue de la charrette ! Elle ne put qu’intervenir bien cyniquement creusant d’autant plus sans le savoir, le quiproquo entre Dominique et eux.

- Rassurez-vous à ce sujet, il est en effet loin d’être un danger pour quiconque ! Voudrait-il s’y opposer qu’il ne le pourrait plus !

Conscient d’avoir commis une gaffe monumentale, c’est un Von Moltke tout penaud qui pivota sur lui-même et lui ouvrit les bras avant de la serrer à l’en étouffer, ceux de Clémence restant résolument le long de son corps.

- Je te demande pardon lieber, je ne voulais pas te vexer, les subtilités de la langue française me sont encore inconnues ! J’ai été maladroit … Ich bin betrübt ! (Je suis désolé)


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MessageSujet: Re: De quiproquos en malentendus, c'est notre lot ! | PV Clémence Sam 19 Nov - 14:39

Précédant ses invités à l’intérieur de Saint-Martin, Dominique fut tout de suite happé par les couleurs étonnamment vives dégagées par les vitraux auxquels il apportait le plus grand soin –il avait même tenu, lors de sa formation de prêtre, à suivre des cours de vitrier pour pouvoir les entretenir lui-même – qui conféraient à la nef une atmosphère un peu irréelle, comme une église de conte de fées. C’était une vieille bâtisse toute en vieilles pierres, dont les façades extérieures étaient mangées par le lierre. Ainsi, l’église se teintait de vert en été, de jaune et de rouge en automne. Ces changements l’amusaient, et il fallait avouer que ça donnait du charme au bâtiment. En avançant dans la nef, il effleurait du bout des doigts les bancs de bois auxquels l’air devait son odeur un peu vermoulue, comme s’ils s’étaient trouvés en forêt. L’autel était lui aussi assez modeste, mais les bons soins de cette chère Reine le rendait tout aussi digne et admirable que celui de n’importe quelle église. Oui, ils n’étaient peut-être que deux à s’en occuper à temps plein, mais Saint-Martin ne manquait pas de charmes. Et il pouvait toujours compter sur l’aide de ses paroissiens quand le besoin s’en faisait sentir, comme cette fois où de nombreuses personnes avaient joint leurs efforts pour en repeindre une partie !

Sans prendre la peine de baisser la voix –après tout ils étaient seuls- les trois compagnons reprirent leur conversation où ils l’avaient laissée. Dominique nota consciencieusement les informations que lui donnaient le Major et Clémence dans le livre qu’il avait pris en se levant, adoptant une attitude impassible afin de ne pas trahir l’émoi qui l’agitait. Il avait beau essayer de se raisonner, il ne parvenait pas à se faire à l’idée que Clémence allait se remarier. Avec un allemand, qui plus est ! Lui-même n’avait rien contre eux s’ils n’épousaient pas l’idéologie nazie, mais il avait toujours cru qu’elle, elle les détestait. Quelle stupidité, mon pauvre Dominique ! Il se maudissait de sentir de nouveau poindre en lui ce sentiment irraisonné de trahison et de tristesse qu’il avait déjà ressenti plus d’un an auparavant, début 1941, lorsqu’il avait marié Clémence et Gustave. Il s’était hâté d’étouffer cet embryon de jalousie à cette époque, et le voilà qui revenait au grand galop ! Quel imbécile il était ! Pour se raisonner, il essayait de se convaincre que ce… Trouble n’était que passager, que c’était parce qu’en un sens il regrettait de s’être condamné au célibat, comme tous les prêtres finissaient par le regretter un jour ou l’autre, et ça finissait par passer… Après tout, serviteurs de Dieu ou non, ils restaient des hommes, et la volonté de tout homme n’est pas indéfiniment inflexible. Mais la sienne tiendrait, elle devrait tenir : pas question de tomber amoureux !

Suivant des yeux Clémence qui s’éloignait en direction de Reine, Dominique dut faire un effort pour s’en détacher et reporter son attention sur la Major qui lui exprimait tout son enthousiasme pour cette charmante église et ne tarissait pas d’éloges sur son entretien exemplaire, la comparant avec les petites église de Bavière si colorées et accueillantes. N’ayant jamais été en Allemagne et encore moins en Bavière, Dominique ne put joindre son enthousiasme au sien mais voulait bien le croire sur parole.
Décidément, le Major était à la fois typiquement allemand et très différent de beaucoup de ses collègues que Dominique avait pu croiser depuis leur arrivée en 1940. C’était un homme aimable, volubile, désireux de plaire et amoureux de la culture française. Le prêtre en avait croisé plusieurs, des comme lui, des hommes que les circonstances avaient placés là et qui ne désiraient rien d’autre que s’entendre avec les habitants et pouvoir vivre normalement. Evidemment, les français ne leur rendaient pas la tâche facile, ignorant royalement ou méprisant ouvertement tout représentant de l’uniforme nazi, seule résistance que dans leur soumission ils pouvaient leur offrir. Dominique faisait partie de ceux qui ne disaient rien, se contentaient d’observer, et de continuer à faire son travail comme avant. Cette apparente neutralité lui avait attiré la sympathie de beaucoup de soldats de l’occupation, même s’ils avaient compris en voyant le silence dans lequel il se murait s’ils étalaient leurs convictions nazies que non, fallait pas pousser non plus. Les nazis les plus convaincus avaient donc vite renoncé à venir le voir, alors que les autres étaient, peu à peu, devenus des habitués de Saint-Martin. Seule demande que Dominique leur avait faite : venir en civil, pour ne pas choquer ou effrayer les autres paroissiens.

- J’espère que rien ne pose problème concernant le premier époux de ma fiancée … Normalement ce dernier a été mis, comment dites-vous déjà, hors circuit, hors course ?

Une ombre passa dans les yeux bleus de Dominique à l’évocation de l’homme qu’il croyait être Gustave, l’époux décédé de Clémence. Oui, il était hors-course, mais visiblement le Major allait prendre sa place sous peu ! Pourquoi se souciait-il d’un mort ? Une veuve était en droit, légalement, de se remarier quand bon lui semblait. Et ce n’était certainement pas à lui, le prêtre, d’y mettre son véto ! Mais Clémence, qu’il n’avait pas vue revenir, semblai bien décidée à lui mettre les points sur les i…

- Rassurez-vous à ce sujet, il est en effet loin d’être un danger pour quiconque ! Voudrait-il s’y opposer qu’il ne le pourrait plus !

Pivotant pour poser le livre sur un banc et masquer l’expression de son visage, Dominique fit mine de s’intéresser à un vitrail en attendant qu’ils aient fini leur étreinte, qui à lui, lui serrait le cœur malgré tous ses efforts depuis leur arrivée. Lorsqu’au bout de ce qui lui parut une éternité ils se détachèrent l’un de l’autre, Dominique se tourna de nouveau vers eux avec une expression parfaitement neutre pour répondre à la question du Major avec moins d’amertume que la jeune fille.

« Non Herr Major, vous n’avez rien à craindre de ce côté-là. Légalement elle est tout à fait en droit de se remarier. Maintenant que ce point est éclairé, je vous prierais de ne plus aborder le sujet en présence de Mlle Andrassy, qui n’aime guère en parler. »

En droit de se remarier… Malheureusement, songea-t-il avant de s’administrer une gifle en pensée. Il n’avait pas le droit d’avoir de pareilles pensées, voyons ! Dieu que la journée s’annonçait longue et fastidieuse… Il y avait des jours où il valait mieux rester couché, ou bien se casser une jambe, et il commençait à regretter de ne pas être tombé de son toit tout à l’heure !
Posant une main qui se voulait réconfortante sur l’épaule de Clémence, il y exerça une légère pression avant de la retirer et de faire volte-face pour s’éloigner vers un petit escalier en colimaçon presque dissimulé derrière un pilier.

« Major, vous désiriez entendre notre orgue. Attendez-moi donc ici, vous jugerez mieux de là où vous êtes que si vous étiez à côté de moi. »

Sans attendre la réponse, Dominique grimpa quatre à quatre l’étroit escalier de pierre et accéda à l’orgue de cuivre. Habituellement il employait un organiste pour les cérémonies, mais étant un très bon pianiste il s’était lui-même rapidement familiarisé avec l’instrument et en jouait parfois à ses heures perdues. Il remonta ses manches et s’installa devant l’imposant clavier, retira le couvercle, vérifia que tout était accordé, et commença à jouer. En bon pianiste qu’il était, il n’avait jamais appris les morceaux religieux pour orgue mais savait jouer d’autres pièces plus classiques. Il leur joua donc la Sonate en trio pour orgue n°4 de Jean-Sebastien Bach, un allemand qui plus est. Un morceau à la fois agréable et entraînant, dont le ton de fantaisie pouvait donner envie de sourire. Ses longs doigts courant sur les nombreuses touches de l’instrument, Dominique ne put retenir une ébauche de sourire comme à chaque fois qu’il jouait. N’eut-il été prêtre, il serait devenu médecin, et si une carrière artistique l’avait plus tenté nul doute qu’il eut pu devenir musicien. C’était là son seul talent artistique et même manuel, mais il l’avait bien cultivé !

Il plaqua le dernier accord et laissa résonner la dernière note dans l’air avant de se lever et regarder ses invités par-dessus la balustrade.

« Eh bien Major, mademoiselle ? Qu’en pensez-vous ? »

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: De quiproquos en malentendus, c'est notre lot ! | PV Clémence Sam 17 Déc - 16:28

Pourquoi fallait-il très souvent étouffer la petite voix intérieure de son être, pour contenter sa famille ou plutôt pour ne pas la mécontenter ? A cet instant, la jeune télégraphiste aurait non seulement préféré travailler ou coucher avec Pierre Déhérain -et Dieu qui l’écoutait savait à quel point pourtant ça lui demandait un effort considérable - que d’être ici à jouer les belles filles modèles. Nous n’étions pas dans un roman de la comtesse de Ségur cependant, et Clémence était tentée de céder à ses premières impulsions.

C’est-à-dire claquer la porte, ne pas assister au repas de fiançailles, ne pas assister à ce mariage surtout ! Mais bien entendu, n’aurait-on pas dit d’elle qu’il s’agissait d’une fille indigne et cruelle d’imposer tant de tristesse à sa pauvre mère, alors que Vitalie paraissait enfin goûter à la félicité. Au nom du bonheur de sa mère, elle devait donc se sacrifier, la boucler, subir et même sourire. Comment pouvait-on la traiter d’égoïste après ça ? Cette étreinte du major fut une nouvelle goutte d’eau, un nouveau sacrifice dans un vase déjà plein et prêt à déborder. On se moquait pas mal de ses sentiments que l’on cataloguait très vite dans la rubrique des obsessions. Son frère le premier, qu’ils aillent donc tous au diable ! Oups, parler du diable dans une église ? C’était bien moche ! Elle s’en voulut immédiatement et demanda silencieusement pardon au ciel. Mais aussi quand donc cet entretien affreux allait-il finir ?

Dans les circonstances actuelles et son mal être profond, les paroles du père Darenne retentirent délicatement à ses oreilles. Il se souciait d’elle et des souvenirs pénibles qui pouvaient la heurter. Elle lui en fut si reconnaissante que la jeune femme posa sur lui un regard aussi doux que le miel, et lui offrit le plus éclatant de ses sourires. Quel homme attentionné décidément ! Elle l’aimait beaucoup malgré cette manie qu’elle avait de ne pas mâcher ses mots, oubliant le respect dû à sa soutane. Néanmoins elle ne put que s’interroger, comment avait-il appris l’existence même de son père, le bagne et le fait qu’elle en soit encore autant touchée ? Sans doute sa mère avait-elle dû lui en toucher deux mots, elle ne voyait que cette explication-là.

Clémence prit pour une nouvelle bénédiction l’invitation du prêtre à leur faire écouter un morceau de son bien bel orgue. Ni à son propre mariage, ni à l’enterrement de Gustave elle n’avait voulu que l’on joue de cet instrument. Ils avaient alors décidé pour une cérémonie très simple, leur amour paraissant si merveilleux qu’il n’avait pas besoin d’être couronné ni par des fleurs, des cadeaux ou de la musique. Quelle naïveté ! Toujours est-il que ce qu’elle avait refusé l’an passé allait lui permettre aujourd’hui de s’apaiser. N’était-ce pas là les vertus même de la musique ? Elle était également curieuse de découvrir le talent caché de Dominique. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle ne fut pas déçue. Malgré l’ancienneté de l’orgue, celui-ci était parfaitement accordé et surtout le joueur en laissait échapper des notes mélodieuses. Clémence en ferma même les yeux. Elle avait besoin de s’évader un instant du monde réel où tant d’obstacles restaient encore à franchir, pour un semblant de paix.

Hélas le répit éternel qu’elle désirait, fut de courte durée. Le charme fut rompu à l’instant même où les doigts du père Darenne quittèrent le clavier. Du haut de son perchoir, il leur demanda leurs commentaires très certainement sur la qualité du son, mais ce fut sur sa prestation que Clémence voulut le féliciter.

- J’en pense que … Pourquoi donc êtes-vous prêtre ? Vous …

Un coup de coude sur son bras lui fit prendre conscience de l’étrangeté de sa question. Il est vrai qu’elle se le demandait souvent. En effet il était séduisant, généreux, cultivé, sage, attentionné il s'agissait presque d'un véritable crime envers la gente féminine … Mais aujourd’hui, ce n’était dans ce sens-là, qu’elle avait osé dire tout haut ce que généralement elle pensait tout bas. C’était pour lui faire tout bonnement un compliment.

- Euh je veux dire par là … il est dommage que votre charge ne vous permette pas de mettre plus en avant vos autres talents.

A cause de Ludwig, elle se sentait à nouveau mal dans sa chair et si jusqu’à présent ça ne concernait que la sphère familiale, il venait de réussir à créer une gêne par rapport à Dominique. Son coup de coude, cet air offensé comme si elle venait de lui faire terriblement honte la faisait rougir de rage. Elle avait peut-être parlé avec légèreté sur l’instant, mais il ne lui avait pas même laissé l’occasion d’achever sa phrase, avant de le lui faire comprendre.

- Pardonnez la mon père …

Quoi ? C’était l’ultime goutte d’eau et la moutarde montait dangereusement à son nez ! Elle n’avait rien dit de mal en soi ! La pardonner ? Elle n'était plus une gamine pour qu'on se charge de l'excuser. Si c’était ça devenir la belle fille officielle de cet homme, ça lui donnait encore moins envie de passer devant le notaire. C'était un vrai coincé ! Où donc était son sens de l'humour ? Même le curé en avait plus que lui pour les quelques fois où elle l'avait croisé. Mais dans l’esprit de l’officier allemand, l’incident était déjà clos. Clémence avait déjà pu remarquer combien les hommes chassaient très vite, tout sujet de discorde et adoptaient une attitude tout à fait normale, comme si rien ne s’était jamais passé. Mais la jeune femme ne mangeait pas de ce pain-là.

- C’était tout simplement magnifique et je pense que ça conviendra tout à fait. Qu’en dis tu mein lieber ?

Excédée par cet homme lunatique et se moquant bien que Dominique les ait à présent rejoints, elle lui lança d’un ton sec et tranchant :

- Je n’en sais rien, c’est vous le juge après tout !

Le quiproquo qu’ils vivaient tous trois, aurait pu laisser planer une fausse image de femme soumise, permettant à son fiancé de prendre toute décision, si elle n’avait pas rajouté aussitôt :

- Mais si l'avis de votre fiancée vous intéresse, prenez un téléphone et appelez ma mère directement ! J’en ai plus qu’assez de jouer les ambassadrices ! Ce n’est pas MON mariage !

Pour la politesse et seulement pour ne pas embêter ce pauvre Dominique en le mettant malgré lui au cœur d’une dispute, elle se pressa de reprendre un calme tout relatif.

- Mais puisqu’elle désirait les grandes orgues, celui-ci devrait parfaitement lui convenir … Je le suppose tout au moins.

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MessageSujet: Re: De quiproquos en malentendus, c'est notre lot ! | PV Clémence Mar 3 Jan - 0:00

Jouer de la musique pour se vider l’esprit, ça faisait peut-être cliché. Peut-être. Mais Dominique n’était pas le genre d’homme à s’arrêter à ce genre de détail. Il n’avait de toute façon pas la prétention d’être original, loin de là ! A vrai dire il était plutôt du genre routinier, casanier, malgré sa jeunesse –il n’avait que trente-deux ans, comme lui faisait régulièrement remarquer Reine en essayant de le convaincre que prêtre n’était définitivement pas un métier pour les moins de cinquante ans. Drôle de paroissienne que celle qui essaye de convaincre son curé qu’il a fait le mauvais choix, lui rétorquait-il… Avant d’avoir le même type de conversation trois jours plus tard. Cette insistance amusait Dominique au lieu de l’offenser, comme beaucoup de choses. Il avait le don de mettre de la distance entre lui et les ennuis ou les choses agaçantes, pour relativiser et tourner une situation de manière à positiver le plus possible. Oui, étrangement, Dominique était un optimiste, bien qu’il eût été difficile de le deviner sous ce masque impénétrable qu’il arborait la plupart du temps ! Nombreux avaient été ses paroissiens qui avaient hésité longuement avant de s’ouvrir à lui, et tous sans exception avaient été surpris de découvrir à quel point il était doué pour montrer de la lumière ou des couleurs là où il ne semblait y avoir qu’obscurité et désespoir. Ce don, allié à son sang-froid et son flegme légendaire, en avaient fait une figure emblématique de la petite église et avaient permis de forger sa petite réputation –dont il s’amusait aussi, par ailleurs. Lui qui accordait si peu d’importance au qu’en dira-t-on était bien souvent au centre des conversations dans le voisinage, heureusement pour dire du bien en général… En ces temps obscurs, il valait mieux être bien vu de son entourage, et il y parvenait sans mal !
C’est probablement ce talent pour la dérision qui lui permit de sourire de la remarque de Clémence, contrairement au Major qu’elle semblait plutôt avoir choqué. S’il savait pourtant ! Depuis un an environ qu’il la connaissait, Dominique pouvait difficilement se souvenir de Clémence sans ses piques qui auraient fait bisquer plus d’une de ses bigotes. Il ne l’avouait qu’à lui-même, mais ses rencontres avec elle étaient parfois de véritables bouffées d’air dans un environnement, il est vrai, parfois étouffant et trop ouaté, presque somnolent. Il avait toujours plaisir à rencontrer ses paroissiens, mais l’énergie et l’enthousiasme qu’elle mettait à ne jamais lui témoigner le respect normalement dû à un prêtre lui rappelaient qu’il était jeune lui aussi, que diable ! A eux deux, ils formaient un drôle de duo comique, la pétillante jeune fille et le taciturne jeune homme, le feu et l’eau, le clown joyeux et le clown triste. Joutes verbales, taquinements et provocations permanentes venant des deux côtés –mais généralement commencées par elle !- lui faisaient parfois oublier à lui-même sa condition d’homme d’église… Un peu trop à son goût ! se disait-il lorsqu’il sentait son cœur battre de manière trop désordonnée pour être raisonnable. Dérèglement interne qu’il mettait sur le compte justement de la manière qu’elle avait de lui rappeler la liberté propre à la jeunesse à laquelle il avait renoncé sept ans plus tôt pour entrer dans les ordres. Quel andouille.

- Euh je veux dire par là … il est dommage que votre charge ne vous permette pas de mettre plus en avant vos autres talents.

Comme pour saluer le compliment, Dominique s’inclina en arrivant à leur hauteur après avoir redescendu les escaliers en colimaçon. Il était vrai qu’il avait bien peu l’occasion de jouer de l’orgue et engageait des organistes pour jouer lors des messes qu’il devait donner, sauf cas très exceptionnels, comme par exemple jouer pendant le mariage que célébrait un confrère. En revanche, il passait la majeure partie de son temps libre à s’exercer sur son piano –son véritable instrument de prédilection- et il n’était pas rare d’entendre de la musique s’élever du presbytère à travers les fenêtres presque toujours ouvertes. Il s’amusait souvent de voir à travers la vitre les enfants du quartier organiser des « bals » dans la cour au son de ses mélodies. Drôle d’atmosphère bien paisible en contraste avec les horreurs qui se déroulaient en dehors de ces murs…

- Pardonnez la mon père …

Comme un brusque retour à la réalité, le Major rappela sa présence dans l’église, et son uniforme rappela à Dominique celle de l’occupant. Se rembrunissant imperceptiblement, il songea à tout ce que cet insigne de la crois gammée représentait, avant de se morigéner. Ce n’était pas le moment de penser à la guerre. Il avait un mariage à organiser, aussi incongru cela puisse-t-il paraître en ces temps troubles, et aussi étrange l’association de Clémence à cet homme puisse lui paraître. Il n’avait ni le droit ni l’envie de juger. Il se força donc presque à sourire au Major qui continuait à parler avec enthousiasme de cette union pour laquelle Dominique s’enthousiasmait justement de moins en moins. La surprise fut donc complète lorsque Clémence s’emporta sans aucune retenue contre celui que le prêtre était persuadé être son fiancé.

- Mais si l'avis de votre fiancée vous intéresse, prenez un téléphone et appelez ma mère directement ! J’en ai plus qu’assez de jouer les ambassadrices ! Ce n’est pas MON mariage !

La nouvelle lui fit l’effet d’un coup de marteau sur la tête et le laissa aussi estomaqué que si ç’avait vraiment été le cas. Appeler sa mère directement ? Pas « son » mariage ? Bien que les mots fussent fort clairs, l’idée que Clémence allait de remarier s’était tellement ancrée dans son esprit qu’il mit un certain temps à assimiler le contraire. Que voulait-elle donc dire par là ? Le curé ne savait plus vraiment sur quel pied danser…

- Mais puisqu’elle désirait les grandes orgues, celui-ci devrait parfaitement lui convenir … Je le suppose tout au moins.

Ces deux dernières phrases entrèrent par une oreille et ressortirent par l’autre. Il bloquait encore sur les mots qu’elle avait prononcés précédemment dans un accès de colère, qui à eux seuls renfermaient plus de révélations que les plus longs discours, et dont Dominique percevait enfin le véritable sens. Clémence ne se mariait pas ! La nouvelle était plus que renversante. Parmi les défauts de Dominique, on trouvait celui-ci : celui de se persuader trop vite de certaines choses qui au final s’avèrent fausses. Une nouvelle fois, il put se maudire de ne pas être assez attentif pour comprendre et éviter ce beau quiproquo dans lequel ils se débattaient sans le savoir tous les trois depuis le début de l’entretien ! L’incongru de la situation le laissa tout d’abord sans voix, puis il prit le parti de rire –la narratrice vous avoue que le soulagement n’y est pas innocent, même si Dominique lui le nie farouchement- de cette scène digne des plus belles farces de Molière. Il éclata donc de ce rire silencieux, mi-hilare mi-réprimé qui lui était propre, en homme réservé mais pouvant aussi se montrer malicieux qu’il était.

« Bon sang, je viens de comprendre… Pardonnez-moi, depuis tout à l’heure je nage en plein malentendu… Quel idiot je suis ! » s’excusa-t-il en tentant de reprendre son sérieux alors que ses yeux bleus riaient encore.

Réprimant un sourire il retrouva un semblant de contenance en tirant sur les pans de sa veste comme la réarranger. A peu près sûr de ne pas de nouveau éclater de rire il consentit enfin à donner une explication à ses invités qui devaient décidément le prendre pour un fou.

« Je n’avais pas compris que le Major allait épouser votre mère. » dit-il en s’adressant à Clémence. « J’étais persuadé depuis le début que c’était vous, la future mariée… Pardon pour ce fou rire inapproprié, mais je n’ai pas pu m’en empêcher en réalisant à quel point j’avais été stupide d’imaginer une chose pareille et d’y croire dur comme fer ! »

Aussitôt il se dit que ses paroles pouvaient être mal interprétées. « Stupide d’imaginer une chose pareille », comme si l’idée qu’elle puisse se remarier puisse paraître inconcevable ! Elle était jeune , ravissante, intelligente, évidemment qu’elle se remarierait tôt ou tard… C’est donc en rougissant légèrement de gêne –les démonstrations extérieures de ses tourments intérieurs étaient aussi rares qui difficiles à voir- qu’il essaya de se dépatouiller du pétrin dans lequel il s’était lui-même mis :

« Enfin, je veux dire… Que j’ai été stupide de ne pas comprendre immédiatement qu’il s’agissait de votre mère. Je ne voulais pas insinuer que vous-même ne puissiez pas… Enfin, je vous présente mes excuses pour ce malentendu, mademoiselle Andrassy. »

Oubliant complètement la présence du Major, Dominique baissa les yeux en priant avec ferveur pour que la terre s’ouvre sous ses pieds et l’y engloutisse. Rapidement, si possible.

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« La peur est un cri, la terreur est un murmure. »
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Clémence Andrassy
♞ Cavalier Blanc ♞

Féminin

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■ religion: Catholique
■ situation amoureuse: Il y a bien ce ... prêtre ! Ne me lapidez pas, je me raisonne croyez moi, pour ne pas définitivement craquer !
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MessageSujet: Re: De quiproquos en malentendus, c'est notre lot ! | PV Clémence Dim 22 Jan - 15:26

Clémence bouillonnait de l’intérieur. L’envie croissante de quitter les lieux était devenue à présent une nécessité. Elle aurait envoyé au diable sa mère et ce même dans une église. Il ne fallait pas pousser trop loin l’abnégation, elle se trouvait là pour lui rendre service mais son fiancé la rabrouait. Le talon de la jeune télégraphiste tapa contre les pavés de la petite bâtisse. Elle posa d’ailleurs son regard sur ses chaussures, spectacle plus divertissant que la tête de son futur beau-père. Celui-ci n’allait pas tarder à régler ses comptes avec elle. On lui avait imposé d’apprendre à le connaître, donc sa réaction était plus que prévisible. Elle savait qu’elle venait de le vexer en lui parlant sur ce ton. La guerre était déclarée entre eux et qu’importait que le champ de bataille se situe à l’intérieur d’une église.

- Tu sais bien que ta mère n’a pas pu elle-même se déplacer. Tu la connais mieux que quiconque, ce n’est pas pour rester muette quand je te pose des questions sur ses goûts.
- Si je connais mieux ses goûts que vous, alors vous devriez renoncer vite fait, bien fait à ce mariage. Car la base c’est justement de savoir ce qu’il plait à l’autre.
- Cela te ferait bien trop plaisir Clémence …
- Vous n’avez pas seulement idée !

Ils se mitraillaient du regard, et les ripostes fusaient aussi bien que des obus. Soudain un silence de mort s’installa étrangement entre eux, le père Darenne était devenu jusque-là invisible. Mais dans le feu de l’action, elle avait jeté un œil sur lui et son visage était celui d’un nigaud. Qu’avait-il vu ? Un fantôme ? Il paraissait fixer la colonne fissurée derrière eux. Elle se retourna dans cette direction pour voir ce qu’il pouvait bien clocher. Peut-être allait-elle s’effondrer sur leur tête ? Elle leva le regard jusqu’au plafond, mais l’élément architectural semblait bien ancré dans sa voûte. Le réflexe voulut donc qu’elle passe une main devant les yeux gris du curé, comme pour le réveiller d’un mauvais enchantement.

- Ouh ouh ! Mon père ! Revenez parmi nous ! Jouer à Simplet vous va mal !


Elle faisait claquer ses doigts devant son visage, lorsque le major – Oui encore lui toujours lui – lui prit le bras avec brusquerie et ne la lâcha plus.

- Arrête ça tout de suite ! Tu me fais honte ! Tu ne parles pas au marchand de légumes !
- Je sais très bien à qui je parle ! Et je sais très bien qu’il ne s’en offusque pas comme vous ! Nous avons notre petit jeu !
- Votre petit jeu ?
- Oui ! On se tire dans les pattes et on aime ça figurez-vous !
- Vous appréciez vous dire des …
- Vacheries ? Oui oui, c’est le sel de la vie ! Pourquoi n’aurait-on pas le droit de se taquiner un peu ? Alors FICHEZ NOUS LA PAIX NOM DE DIEU !

Le juron retentit et la malchance fit qu’il se répéta en écho à chaque recoin sombre de l’édifice. Aussitôt Clémence vit une madame Reine outrée, courir vers eux avec son balais et son seau à la main.

- Qui ose blasphémer dans la Maison du Seigneur ! N’avez-vous pas honte ?

La jeune femme rouge jusqu’à la racine baissa le regard, ainsi que Ludwig ! Ils étaient en effet plus que honteux, d’avoir laissé la colère les gagner ainsi. L’une parce qu’elle ne supportait pas l’idée que le fiancé de sa mère, la sermonne comme un père et l’autre parce que sa future belle fille ne lui laissait aucune chance d’intégrer la famille. L’ambiance explosive au sein du foyer, avait choisi le mauvais moment, le mauvais endroit pour mettre le feu au poudre. Lorsque Clémence sentit que la vieille dame s’en était retournée à son ménage, elle osa lever à nouveau le regard sur Dominique avec l’intention de s’excuser. Sans doute n’avait-il pas non plus apprécié ce petit esclandre. Mais encore une fois, le prêtre semblait perdu dans de mystérieuses pensées.

- Dois-je insérer un franc dans votre bouche, mon père, pour que vous consentiez à parler ?

Mais rien, toujours rien ! L’entendait-il même ? Pensant sérieusement qu’il devenait peut-être gâteux avant l’âge, elle dévisagea alors le major. Lui aussi s’étonnait de la mine étrange du curé de la paroisse. Puis … ce dernier éclata de rire. Un rire nerveux ! Clémence le crut fou pour de bon ! Qu’avait-il ? Jouer de l’orgue l’avait-il donc mis dans cet état ? Ou se moquait-il d’eux les ayant trouvés ridicules lors de leur dispute ? La jeune femme déjà se renfrognait, songeant qu’il aurait pu se montrer plus réservé dans son hilarité dont elle était apparemment la victime.

« Bon sang, je viens de comprendre… Pardonnez-moi, depuis tout à l’heure je nage en plein malentendu… Quel idiot je suis ! »

Il n’était pas le seul à nager dans une totale incompréhension ! Allait-il enfin s’expliquer ?

« Je n’avais pas compris que le Major allait épouser votre mère. »

C’était pourtant clair ! Ils n’étaient pas venus ici pour organiser le mariage de la fille du marchand de fromage, qui se trouvait au coin de la rue ! Enfin … avaient-ils été vraiment clairs en lui annonçant la nouvelle ? Pas sûr, mais bon ça tombait sous le sens non ?

« J’étais persuadé depuis le début que c’était vous, la future mariée… Pardon pour ce fou rire inapproprié, mais je n’ai pas pu m’en empêcher en réalisant à quel point j’avais été stupide d’imaginer une chose pareille et d’y croire dur comme fer ! »

La bouche de Clémence s’ouvrit machinalement et ses yeux s’agrandirent. Quoi ? Se remarier ? Elle ? Après son affreuse expérience avec Gustave, il n’en serait pas question avant bien longtemps ! Elle l’avait fait clairement comprendre à Pierre d’ailleurs, pas d’engagement ! Non seulement car elle ne l’aimait pas mais parce que l'idée d'une alliance au doigt la tétanisait. Sa cruelle déception, son deuil étaient beaucoup trop récents pour y songer. Que le prêtre qui l’avait mariée croit un seul instant qu’elle puisse convoler aussi vite, la laissait pantoise!

- Hein ? Me remarier ? Moi ?

Elle s’efforça de ne pas rajouter « avec ce vieux machin » mais le pensa bien haut.

- J’aimerais avoir justement une barre de fer pour vous taper sur le crâne à cet instant.

Cependant, Clémence fut bien obligée d’admettre que cette idée saugrenue était tout bonnement hilarante. Tandis que Dominique s’embourbait dans des explications sans queue ni tête, un sourire tout d’abord léger puis de plus en plus prononcé se figea sur ses lèvres. Mais elle ne put le retenir bien longtemps ce rire cristallin qui s’éleva dans les airs.

- Pardonnez-moi … mais je m’imagine à votre bras major et …

Ça lui faisait mal au ventre tant les soubresauts dû à son rire lui coupaient la respiration. Elle s’approcha de Dominique et lui posa une main sur l’épaule.

- Je confirme … Vous n’êtes qu’un idiot … Mais je vous adore … Oh j’en peux plus …


Finalement, le major s’était décoincé et riait de bon cœur avec elle. En effet, l’idée d’épouser sa furie de belle fille était pour lui aussi assez cocasse ! Ils demeurèrent plusieurs minutes ainsi, les larmes aux yeux ! Quel quiproquo !

- Si vous pouviez donc changer mon nom sur les registres … AH AH AH … Vous risqueriez encore de vous tromper le jour J … AH AH AH !

Elle ne pouvait s’empêcher de lui adresser quelques piques mignonnes, sachant qu’il ne se vexerait en aucun cas. Il la connaissait depuis le temps ! En parlant de temps, il était surtout temps de partir. Le major devait prendre son service dans Paris. C’est donc à regret qu’elle quitta ce lieu où régnait la bonne humeur ! Humeur qu’elle n’avait pas ressentie depuis des lustres ! Qu’il était donc bon de rire ! Avant de pousser la lourde porte de l’entrée, elle offrit un dernier clin d’œil plus que taquin à Dominique ! C’est seulement une fois dans la voiture, qu’elle ressentit une fois encore cette sensation étrange de manque. Elle désirait retourner auprès de cet homme et paraissait être devenue un pauvre aimant séparé de son attraction magnétique. Sentiment mystérieux qu’elle tenta de chasser, jusqu’à leur prochaine rencontre …

FIN

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" Vengeance is a water vessel with a hole. It carries nothing but the promise of emptiness. Hate is the tomb you weave. It will not save you from your suffering."
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De quiproquos en malentendus, c'est notre lot ! | PV Clémence

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