Camarades, j'ai pris le tramway rouge du socialisme jusqu'à la station nommée Indépendance, et j'y suis descendu. Voilà ce que le Premier Président de l'Histoire de la Pologne promit à sa nation nouvellement indépendante, au lendemain de la retentissante Première Guerre Mondiale. Ni bolchévique, ni capitaliste, la Pologne serait un pays libre et autonome, ayant chèrement payé son émancipation. Séduit par le socialisme mais tenté par la rigueur de la dictature, J. Piłsudski mit au monde l'environnement qui, à l'heure de 1939, accable la nation polonaise d'un éminent retard de développement à tout point de vue.
S'il a pris le tramway, il l'a aussi laissé partir : adieu les transports en commun, bonjour les chariots et chevaux d'antan. Malavisé serait de croire que la technologie a gagné la belle Pologne. Pendant que les Ford foisonnent à l'Ouest, la nation polonaise s'enlise dans l'archaïsme. Les rares lignes ferroviaires quadrillant le pays sont tout bonnement mal ou non-entretenues, de sorte que les risques d'accident soient presque aussi importants que ceux de braquage. Le meilleur ami du polonais errant n'est autre que sa paire de jambes, si elle y est préparée.
Bien sûr, les plus grandes villes s'avèrent border de routes et de chemins de fers, de voitures quelques fois... mais la pauvreté et la faible urbanisation expliquent que plus de 80 % de la population ne songe pas même à, toute leur vie durant, déménager à plus d'une dizaine de kilomètres du berceau de leur enfance.
L'archaïsme ne s'explique que par la forte concentration d'emplois agricoles. Qu'on se le dise, la nation polonaise n'est pas celle de l'industrie mais des céréales. Que le peuple ne demande que du pain et de l'eau, puisqu'il n'est bon qu'à produire ces substantielles marchandises. Les échanges, l'industrie, les services ! tout ça n'est qu'un mirage occidental que la majeure partie des polonais ne caresse pas même de la pensée. Des usines près des villes, et que le restant soit parsemé de champ. Jeune nation indépendante, la Pologne n'est, de fait, qu'un élève dans l'art de l'économie ne mesurant, comme le commun des faiblesses puissances, sa valeur à hauteur de celle de sa monnaie, le Złoty polonais.
Nation socialiste, à tendance communiste, la Pologne et son Gouvernement s'affirment dans le libre-exercice de mesures sociales en liaison étroite avec leur récente indépendance. Pour autant, Piłsudski tend à un national-conservatisme visant particulièrement à sauvegarder cette indépendance plutôt qu'à déployer des systèmes de captations technologies et intellectuelles venues de l'étranger. Close sous le joug d'une dictature instaurée par son propre Président, la Pologne est, en réalité, soumise aux mêmes pressions politico-sociales qu'en des temps de crise reculée ; misère, maladie, chômage, et parfois même famine.
L’administration centrale polonaise est composée de telle sorte qu’elle s’avère inefficace dans les endroits les plus reculés du pays. Police, justice, collectivités, chaque citoyen répond de l’État sans que l’État puisse tout à fait répondre de chacun. Chaque portion du territoire fonctionne, en quelques sortes, de manière autonome quand il s’agit des règlements de conflits locaux ; cette tendance se vérifie en adéquation avec l’étendue territoire, c’est dire qu’une ville est soumise à une large emprise policière et judiciaires quand, dans un village, les litiges prennent souvent leur issue dans un vote collégial ou selon l’arbitraire de dirigeants officieux et légitimés.
Dans l’ensemble, les sanctions aux crimes et délits s’avèrent radicales, si ce n’est draconiennes, et répondent des codes moraux de la société et de la nation. Parce qu’il reste encore admissible que la vengeance personnelle fasse droit, un fort sentiment de cohésion au sein des communautés octroient souvent aux criminels des sauve-conduits leur épargnant des représailles judiciaires. Pour autant, la Pologne n’est pas une nation de crime et de sang, loin de la guerre civile mais proche des légitimes tensions et dissensions infantes de la pauvreté.
Parce que la sécurité répond davantage de chacun, et même de tous, plutôt que de l’État dans son effectivité, la circulation d’armes en tout genre reste un marché fructueux sur le sol polonais (d’autant plus aux abords de la frontière allemande). Néanmoins, loin de l’artillerie bon marché, la population polonaise est essentiellement sensibilisée à l’arme artisanale et pragmatique, c’est considérer les armes blanches et tous les objets susceptibles d’un usage détourné. Les autorités n’en observent pas moins la libre-possession d’armes vestiges de la Première Guerre Mondiale, d’importation soviétique, et parfois même nazies suivant la région concernée.
Extrêmement sensibilisés à l’indépendance de leur nation et à sa signification progressiste exacerbée, les polonais ne manifestent pas, mènent leur existence et tâchent de fournir un avenir meilleur à leurs enfants en s’accommodant de la pénibilité de leur vie plutôt que de s’en plaindre. Animés d’un puissant sentiment communauté, et plus largement, nationaliste, ils vivent et côtoient leur misère réciproque sans la hargne et la vénalité ; autant ils se battent pour leur survie et celle des leurs, autant, plus il s’agit d’une communauté restreinte, plus le sentiment d’interdépendance s’avère intense.
Dans la mesure où une grande partie de la population polonaise est encore rurale, l’essentiel de l’activité se concentre autour de l’agriculture et la majeure partie de la nation s’avère bercée dans une relative pauvreté ; il n’existe pas véritablement de classe moyenne, seulement les prolétaires et les propriétaires. Conformément au schéma marxiste - repris par le communisme, chaque travailleur est donc interchangeable et, par là, dans une situation professionnelle instable et d’une rémunération insuffisante. Plus l’on s’approche des grandes villes, plus les écarts sont marqués du fait du fort exode rural opéré depuis le début de l’industrialisation (très relative alors).
En dehors, donc, des riches propriétaires, l’essentiel de la population n’a pas accès à l’électricité ou à l’eau courante, tire cette dernière des puits, des fontaines ou des réservoirs collectifs non protégés des maladies, et se chauffent au charbon, ou même aux bois.
L’alimentation, elle, se compose rarement de viandes et de poisson mais davantage d’œufs, de légumes et de féculents ; le beurre, les fruits, et tout autre produit de cet acabit s’avère être d’un fruit redoutablement plus élevé pour la majeure partie des familles polonaises.
▬ L’espérance de vie moyenne à la naissance d’une femme est de 52 ans, contre 47 pour les hommes.
▬ La mortalité infantile est de 60‰.
▬ La tuberculose est une maladie extrêmement répandue.
▬ On compte, en moyenne, 3 à 5 enfants par foyer dans l’unique but de survenir aux besoins de chacun.
▬ De nombreux polonais à l’Ouest du pays traversent la frontière chaque jour pour travailler en Allemagne pour un meilleur salaire et reviennent le soir venu dans leur patrie.
▬ Certains ont même fait le choix de l’expatriation, en échange de quoi ils envoient une part de leurs revenus à leur famille demeurée en Pologne.
▬ Les femmes sont massivement écartées des administrations, des postes intermédiaires ou supérieurs, quel que soit le secteur d'activité.
▬ Les systèmes de communications sont extrêmement peu développés ; peu au fait des évènements nationaux, les polonais ne le sont encore que moins concernant les bouleversements étrangers, jouissant de la rumeur.
▬ La Pologne est soumise à un fort mouvement d’exode depuis l’étranger (allemands, tchécoslovaque, juifs, etc).
Les situations décrites ci-dessus demeurent d’une relative exactitude répondant du manque de documentation, de la subjectivité des informations recueillies et de la volonté d’adaptation historique du forum par le staff.