Sujet: Je suis une vilaine étourdie Jeu 9 Fév - 8:47
Hum hum bonjour... Je me présente, ancienne inscrite sur Yellow Tricycle, qui a fini par délaisser son personnage adoré à peine terminé par manque de temps... Le personnage en question c'était une certaine Victoire Lemahieux, dans le fond on s'en fiche un peu de son prénom je sais, sauf que non. J'avoue revenir à vous parce que j'aimais assez ce personnage pour le mettre de côté et revenir à la charge avec si l'occasion et le temps se présentent. Seulement voilà, la présentation que j'avais soigneusement élaborée pendant de longues heures, je ne l'ai pas enregistrée sur mon ordinateur -- Après m'être rendue compte de cette erreur magistrale (j'aime bien être mélodramatique), j'ai un peu fouillé la corbeille, mais sans succès. Alors je me demandais si par hasard il y avait tout de même une chance pour qu'il reste une trace de ma présentation quelque part ?
Je vous serais éternellement reconnaissante si vous pouviez aider une bécasse en détresse -moi-
Des bisous !
Caroline Lisieux
Et de bals où il a dansé en bâillant à se tordre la bouche
■ topics: FERMÉS ■ inscrit le: 04/06/2010 ■ mes posts: 2737 ■ avatar: Rachel Hurd-Wood ■ présence: 7 jours sur 7 ■ âge IRL: 22 ■ profession: Danseuse classique
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Sujet: Re: Je suis une vilaine étourdie Jeu 9 Fév - 10:23
Hello miss. Etant donné que tu ne t'étais pas recensée, nous t'avions supprimés. Pour ce qui est de ta fiche, la voilà:
♠ Son livre préféré ? À chaque fois qu'on lui pose la question, Victoire hésite. Elle a dévoré une quantité effrayante de livres, et chacun présente des caractéristiques particulières qui lui sont plus ou moins chère. La réponse est souvent fonction de son humeur, et aujourd'hui, alors qu’elle sent Paris étouffer un peu plus sous le joug des occupants allemands, elle essaierait de citer un livre mélangeant le sadisme jubilatoire des Liaisons dangeureuses, le cri sourd de révolte des Raisins de la colère et la poésie quelque peu mélancolique de Vol de nuit. Mais comme souvent, elle ne trouverait pas le nom de ce livre parfait -celui qui n’existe pour l’instant que sur le bout de la plume d’un écrivain-, et, agacée, elle noierait son visage dans la fumée d’une cigarette. Une de celles qu’elle a ramené avec elle des États-Unis, bientôt la dernière… ♠ Son lieu préféré dans Paris ? Le théâtre des Champs Elysées. À cinq ans, Victoire y a assisté à une représentation de la célèbre compagnie des ballets russes. C’est dans cette salle qu’est né son amour pour la scène, et parfois il lui arrive de se demander ce que serait sa vie aujourd’hui si elle n’avait jamais mis les pieds dans cette bâtisse aux ornements monumentaux. ♠ Son avis sur les allemands ? Ses principes l’interdisent de juger les autres hommes sur un critère aussi vaste que leur nationalité. Pourtant, ayant été témoin impuissante de la défaite française puisqu’elle vivait alors aux États-Unis, une rancœur amère et silencieuse, dirigée vers ceux qui avaient défait son pays bien aimé, a grandi dans les méandres de ses pensées. Elle a développé à l’égard du peuple allemand un mépris indifférencié qu’elle essaye toutefois de combattre, au nom de ses idéaux tolérants. Ainsi, elle se force à poser un regard neuf sur chaque allemand qui est amené à croiser sa route avant finalement et bien souvent, de se permettre de le haïr… Toutefois, elle masque son animosité à l’égard de ces derniers, car si elle a pu revenir dans son cher Paris, c’est bien grâce à eux. Elle sait que si les choses sont relativement simples pour elle ici, c’est parce qu’elle a réussi à être dans les bonnes grâces des allemands. ♠ Son avis sur les juifs ? Pour elle la distinction opérée par les Allemands au détriment du peuple juif n’a pas lieu d’être. Mais Victoire n’est pas de ces gens qui se battent pour la survie de juifs anonymes. Quelque part, le monde de lumières et de paillettes dans lequel elle évolue, bien qu’affecté par la guerre, est trop éloigné de sa réalité. L’enfant effrontée qu’elle est ne prend pas réelle mesure de l’ampleur des horreurs qui ont lieu juste sous son nez. ♠ Aime-t-elle sortir et où ? Victoire est un oiseau de nuit. En tant qu’actrice de renommée, elle est invitée à la plupart des représentations qui font la vie culturelle de Paris. C’est une spectatrice assidue et passionnée qui ne manque jamais un nouveau ballet, une pièce amatrice au succès grandissant ou une soirée à l’opéra. Toutefois, depuis son retour des États-Unis, elle a un petit faible pour les cabarets où elle a le sentiment de retrouver la vie parisienne nocturne qui lui avait tant manqué. ♠ Son premier geste le matin ? Victoire n'est pas vraiment une jeune fille routinière. Pourtant elle a prit l'habitude chaque matin au réveil, de prolonger son séjour chez les chimères. Allongée dans les draps, elle regarde sur les murs, la trajectoire de la lumière qui filtre à travers les rideaux de mousseline de sa fenêtre. Son corps est là, son regard aussi, mais son esprit est ailleurs, elle même ne saurait trop expliquer où. Tout y est limpide; du vide lumineux. Un lieu de l'esprit tellement primaire et à la fois insaisissable qu'on ne peut le décrire avec justesse. ♠ Sa couleur favorite ? Petite, elle aurait répondu bleu. Aujourd'hui elle s'en fout. Parfois elle aime le rouge, parfois elle n'aime pas le terre de sienne. D'ailleurs, elle trouve le pourpre affreux et le marron particulièrement attirant si cela l'arrange. ♠ A-t-elle des manies/tics ? Fumer. Un moyen de s'enivrer en cachette lorsqu'elle était plus jeune, maintenant une quasi-addiction inquiétante. Elle redoute le jour où sa dernière cigarette ne sera plus que cendres et mégot. ♠ Sa saison préférée ? L'hiver, ou plutôt son imaginaire poétique. À ses yeux, aucune saison n'est plus belle; la neige, le défilé des manteaux de fourrures ostentatoires, la chaleur du feu qui attend à la maison, les bas de laine, l'odeur du repas de noël qui mijote depuis le petit matin, les joues roses des passants dans la rue... Et l’euphorie qu’elle ressent devant ces détails insignifiants, se mêle avec volupté à sa propre conscience des dangers du froid. Celui qui ôte la vie aux plus fragiles et aux plus démunis, celui qui a le pouvoir sur les récoltes et par conséquent sur l’estomac d’un peuple entier, celui qui par la seule force de son souffle, peut glacer le mouvement de tout un pays. Rien n'est plus sublime à ses yeux qu'une beauté impitoyable et ambiguë.
♠ Passé - Le train bleu - 1924
Le train Bleu est un ballet en un acte monté par la compagnie des Ballets Russes en 1924. Le scénario est de Jean Cocteau, la chorégraphie a été conçue par le fondateur des ballets russes, Diaghilev, les costumes sont l’œuvre Coco Chanel et le décor a été peint par Picasso. La première eu lieu au théâtre des Champs Élysées le 20 juin 1924.
Des robes de mousseline légère et rehaussées de broderies, des volants se chevauchant en un désordre calculé, des gants de dentelle, des bagues de diamants, des cascades de fourrures, des escarpins aux courbes épurées. Des boutons de manchette, des chaussures en cuir italien. Et un champs de bataille d'effluves entêtantes et sensuelles cherchant toutes à prendre le dessus sur les autres. Voilà la vue qui s'offrirait à un enfant de cinq ans qui passerait le pas - par hasard ou non- des lourdes portes du théâtre des Champs Élysées. Du luxe, de l'ostentatoire, du rêve. Mais il a autre chose. Et c'est ce que Victoire s'apprête à découvrir, alors qu'elle fend la hall d'entrée à la recherche de sa mère.
Des pans de robes et des pantalons s'écartent de son chemin, amusés par la présence en ces murs, d'une si jeune enfant. Elle pourfend d'un sourire innocent ceux et celles qui restent en travers de ses pas. Les grandes dames tombent les unes après les autres, achevées par les fossettes de cette "charmante enfant". Au bout de la piste, la mère. Une brune vaporeuse qui rit au centre d'un cercle d'amis dont elle est manifestement l'ornement principal. À la vue de Victoire, ses yeux s’agrandissent. Surprise. - Ma chérie, je croyais avoir demandé à Inge de te coucher en partant... - Oui, mais moi j'avais envie de venir avec vous. Et père a dit oui. Et Inge est venue avec moi. Et on a pris la voiture avec deux chevaux. Et tout est allumé le soir et c'est beau. S'il vous plaît mère je peux rester ? La compagnie sourit. Quelques rires même, secouent la masse des visages parlants. La silhouette effacée d'Inge esquisse un hochement de tête à peine perceptible de l'autre côté de la foule. La mère exhale un léger soupir, mi-amusée, mi-désabusée. - Bien. Tu as apparemment mérité ta place parmi nous puisque tu as réussi par je ne sais quel stratagème à convaincre ton père. Mais sache jeune fille, que je fais aujourd'hui une exception. Profite en bien, ça n'arrivera pas tous les soir... Victoire agrippe sa petite main fluette aux doigts gracieux et charnus de sa mère sur lesquels elle dépose un baiser. -Oh merci mère ! -C'est cela... Maintenant Victoire, sois une bonne fille, reste avec moi et tiens toi tranquille.
Les conversations reprennent. Des éclats de rire, forcés parfois, chez les jeunes femmes un peu trop banales, gras d'autres fois, chez les hommes grisonnants et bedonnants qui font ainsi savoir que le privilège de l'âge et de l'expérience leur donne à priori tous les droits. Arrêt dans le flot des demi-paroles mondaines. "Voilà notre cher Cocteau" indique une voix. Un petit groupe navigue entre les cercles de conversations, des mains sont tendues, des paroles échangées. L'homme brun au visage grave, instigateur de la discrète émulation, porte son attention sur la mère, l’œil est malicieux et vif. Il s'approche de la compagnie, une femme aux cheveux de jais à son bras.
- Bonsoir ma chère Julia, lance-t-il à l'adresse de la mère. J'espère ne pas vous décevoir ce soir, je suis toujours un peu nerveux avant chaque représentation! - Jamais vous ne m'avez déçue jusqu'ici Jean. Et si l'on prend en compte le fait que Diaghilev est de la partie, il n'y a aucune raison d'être nerveux. - Vous avez raison. Mais tout les autres ont travaillé pour moi et le soir du spectacle je me sens un peu oisif. Alors je les remercie en m'inquiétant à leur place... Mais voilà que je deviens impoli. Mesdames et Messieurs, je vous présente Gabrielle Chanel, le cerveau extraordinaire qui a donné forme aux costumes du Train Bleu - et à mes rêves les plus fous en matière de tenues de scène épurées. - Enchantée. J'ai entendu parler de votre travail en de termes éloquents et je dois dire que mes chapeaux ont pâle allure à côté de vos confections. Si votre imagination n'est pas trop occupée, je serais honorée de pouvoir vous l'emprunter ! La conversation devient trop longue pour Victoire et elle laisse son esprit vagabonder en contemplant les tenues extravagantes des femmes de l'assemblée.
Elle rêve encore de rubans blancs et de bouquets de roses quand la foule se dirige peu à peu vers les loges. Elle suit le mouvement, distraite. Cependant, une voix la tire de sa torpeur, elle appelle sa mère. L'intéressée semble déstabilisée. Son visage trahi une agitation intérieure inhabituelle. - Richard ! Je n'arrive pas à y croire ! - Comment vas-tu ? J'ai l'impression que le temps a filé comme l'air. Presque six ans que je ne t'ai pas revue... Expression gênée, yeux baissés, silence. - Je suis désolée je suis attendue, je ne peux pas rester plus longtemps ! Passe une bonne soirée ! Mensonge. Intriguée, Victoire se tourne vers la seule personne que sa mère ait jamais fuit aussi délibérément. -Vous connaissez mère monsieur ? -Oui. Ta mère était probablement la femme la plus fascinante et audacieuse que j’aie jamais rencontrée. Lorsque je la vois aujourd’hui, abîmée, je me sens vieux… Elle est devenue une de ces épouses que la vie ennuie. Emprisonnée par des convenances qui ont eu raison de ses idéaux… -Pourquoi monsieur ? Pourquoi ma mère est abîmée ? -Eh bien… Elle est tombée enceinte. Et je crois que pour la première fois de sa vie, elle a laissé la peur guider ses choix. Mais je ne devrais pas te dire ça, je risquerais de mettre des idées saugrenues dans cette jolie tête. D’ailleurs les lumières ne vont pas tarder à s’éteindre. Bonsoir à toi jeune demoiselle.
Le dénommé Richard exécute une révérence pour le plus grand plaisir de Victoire, avant de s’éclipser alors que les lumières vacillent, et de disparaître complètement dans l’ombre. La fillette rejoint sa place au côté de sa mère, songeuse. Mais les rideaux s’agitent et se soulèvent. L’orchestre entame les premières notes du spectacle et tout le reste s’efface.
Les corps en mouvements, mis en valeur par un éclairage traitre. Tantôt subtil et délicat, épousant la chair avec volupté, tantôt cru et dur, accentuant la moindre goutte de sueur, la moindre crispation, le moindre doute. Des gestes parfaitement maîtrisés, répétés des centaines, des milliers de fois. Des membres qui s'arrachent à la gravité, soulevés par des fils invisibles, dans un effort inhumain. Le corps humain tendu et détendu. L'écho des pas des danseurs sur le parquet de la scène. Un public pendu à leurs pieds nus, source de l'équilibre fragile et pourtant si sûr, du ballet. La limite floue entre le réel et l'illusion : une histoire qu'on ne nous lit pas juste parce qu'il faut apprendre. Un récit ancré dans l'espace, sur le sol, cinq mètres plus bas. Et pourtant rien de plus faux. Une invention née de l'esprit d'un homme pour en amuser d'autres. Une intrigue fantaisiste. Des personnages marqués par cette même quête du faux universel. Celui qui n'a pas existé, qui n'existe pas et n'existera jamais mais qui peut parler à tous les hommes en tant qu'une vérité possible. Malgré l'heure tardive et ces enjeux qui la dépassent, les yeux de Victoire sont rivés sur la scène et sa bouche est entrouverte en un demi soupir béat. La fillette sait. Elle aussi dansera un jour, un soir. Devant Paris tout entière, qui retiendra son souffle à chacun de ses mouvements. Elle sait qu'elle est née pour la scène.
Je sais combien tu dois m'en vouloir à l'heure qu'il est. Et si ce n'est pas le cas, les mots qui suivent vont permettre à ma phrase précédente de prendre un sens. Cette lettre est datée du jour précédant le début de ma nouvelle vie, celle aux États-Unis. Si mon corps ne flotte pas quelque part sur l'océan Atlantique, suites désastreuses d'un malheureux naufrage, je devrais me trouver en cet instant à bord d'un bateau affrété à destination de New-York. En t'écrivant cette lettre, je ne quémande de toi aucun pardon. Je tenais juste à ce que tu sache. J'ai abandonné. Je sais que je ne deviendrais jamais danseuse. Ou alors je serais condamnée à mendier des rôles mineurs jusqu'à ce que mes rares dispositions se fanent et que je sois réduite au silence par une vie monotone et bien rangée... J'ai besoin de plus que ça. J'espère que le théâtre réussira à combler ce vide en moi, cet irrésistible besoin de fouler le plancher d'une salle de spectacle. Je fuis aussi, un peu. Les allusions de plus en plus pressantes de mon père à des héritiers tous plus mortels les uns que les autres. Le mariage très peu pour moi. La raccommodage sans fin, le supplice infini. Même les contes de fées prennent fin avant la mise en place de la machine infernale. Je ne le laisserait pas resserrer ses mâchoires prison autour de ma vie. J'entre sur un nouveau continent les poches vides, les doigts agrippés au vieux carnet d'adresse de ma mère -tout ses anciens contact en Amérique, et je peux te dire qu'il est d'une épaisseur effrayante. Les poches vides et le cœur rempli d'excitation et d'espoirs. Je te souhaite le meilleur, continue à danser, je sais que tu as la force et le talent nécessaire pour percer. J'espère de tout cœur que nos routes se croiseront à nouveau dans quelque années -sur une scène ? Je reste en attendant, ton admiratrice la plus dévouée.
Je t'embrasse, Victoire.
♠ Passé - Souvenirs amers à ressasser au coin du feu - 1939 ?
L'homme est de dos et les contours de son corps sont auréolés par la lumière des flammes qui dansent dans le foyer. Il est assis, fin et athlétique et on lui devine des cheveux d'un brun intense. Mais seul son dos s'offre comme caractéristique d'identification précise au public. En face de lui, dans l'ombre du feu, son interlocuteur. On a de la peine à le voir. Il existe uniquement grâce à sa voix. Le seul élément clairement visible de la scène est la cheminée, en marbre, imposante et qui témoigne d'un statut social probablement élevé des deux hommes.
LE DOS - Je le savais depuis longtemps tu sais.
LA VOIX - Oui.
LE DOS - Elle disait qu'il fallait arrêter de tout raccommoder. Elle disait "de toute façon je suis trop parcellaire pour qu'on essaye de me réparer". Je lui ai demandé de m'expliquer, elle ne l'a pas fait. Elle m'avait trop vu. Au petit matin elle était partie, laissant derrière elle des draps tièdes et froissés.
LA VOIX - Mais tu sais quand même...
LE DOS - Je savais déjà, je voulais juste qu'elle me le dise qu'elle se sentait perdue. Qu'elle me parle, au lieu de s'entourer de demi-silences et de faire vivre ses personnages en elle même, hors de la scène. Au lieu de semer des indices pur épaissir son mystère.
LA VOIX- Quel mystère ?
LE DOS - Rien. Ou plutôt tout. Tout ses secrets, son histoire. Qu'elle n'a jamais connu son vrai père, qu'elle avait appris récemment que celui qu'elle avait appelé "mon petit papa" dix-sept ans durant n'était qu'un aimable pion ayant sauvé sa mère de la honte et de la détresse financière. Qu'elle aurait voulu être danseuse. Qu'elle brûlait de retourner en France depuis que ces chiens d'allemands y ont mis les pieds ! (Il est de plus en plus agité à mesure qu'il cite les exemples. Il se reprend, et s'inflige une claque sonore sur la cuisse en évoquant les allemands, comme en signe de désapprobation. )
LA VOIX - Ah oui ? C'est plutôt étrange. Elle t'a dit pourquoi ?
LE DOS - Bien sur que non, c'était à moi de deviner. Mais après le début des hostilités entre la France et l'Allemagne, elle a commencé à allumer la TSF à chaque fois qu'on avait fini de faire l'amour. Elle attendait les nouvelles. Pauvre chose faible, l'espace de quelques minutes. Elle ne pouvait pas s'en empêcher. C'est comme ça que j'ai su. (Il s'interrompt, songeur.) C'est toujours comme ça que j'ai su. Peut-être que c'est pour ça qu'elle ne parlait pas de raccommodage au début. Je savais. Mais je suis fatigué de parler ce soir.
LA VOIX, sort sa main de l'ombre et serre l'épaule de l'homme de dos dans un geste réconfort. - Bha ! Moi aussi, nous avons veillé trop tard hier. Allons dormir !
La voix se lève et sort de la pièce; ses bras se balancent dans un mouvement régulier mais on a le temps d'y lire les lettres du prénom "Victoire", inscrites à l'horizontale à partir du coude. Le dos reste assis devant le feu et y jette des petits objets, probablement des morceaux de journal car les flammes s'embrasent une à une. Au bout de cinq minutes de ce manège, il prend le journal entier et le jette au feu d'un geste rageur. Il va pour quitter la pièce et se souvient qu'il a oublié quelque chose sur son siège. En faisant demi-tour, le public aperçoit enfin son visage. Il est emprunt d'une tristesse sauvage. Sur son front dégagé, on peut lire le mot "défaite". Il soupire et sort.
♠ Présent - Thoughts upon silence - 1942
L'article a été déchiré d'un journal américain et il est illisible par endroits. Voici la traduction que nous en proposons, le titre est volontairement resté inchangé. .
Nous avons appris il y a peu, que la délicieuse Victoire Lemahieux qui a su charmer le public américain six années durant, s'envolerait sous peu pour son pays natal, la France. Selon une de nos sources, elle aurait accepté de se rendre à Paris sur une demande spéciale de Goebbels, appuyé par la troup------------------. C'est avec grand regret et une certaine appréhension que les États-Unis laisseront la jeune comédienne s'en retourner vers la nation que certains considèrent être "------------------- Führer". Toutefois, nous savons que cet étrange visage saura adoucir les peines de la liberté meurtrie et redonner du coura---à tout ceux qui se battent dans l'ombre, ----tre l'influence grandissante du nazisme et cela nous permet de voir une belle promesse se profiler en ce voyage. JR.
Le morceau de papier est collé dans un carnet aux pages blanches et épaisses. La page suivante est noircie de mots formés par des lettres fines et régulières.
19 Septembre 1942
Paris. Sept ans après. La ville est toujours debout, ses murs tiennent bon l'usure du temps. Mais tout a changé ici, les choses sont recouvertes d'un voile de poussière. Le ballet qu'on appelait "la vie parisienne" s'est essoufflé et les danseurs y remuent leurs membres dans une torpeur abrutissante. Ils sont poussés par la nécessité de continuer, comme pour montrer qu'ils n'ont pas renoncé, mais au fond ils sont paralysés par la peur... Des ombres les encerclent en permanence. Allemands. On ne dit plus un mot à voix haute de peur qu'il tombe dans la mauvaise oreille. Paris chuchote. Paris attend le noir pour revivre. Et là, quelque part entre les murmures, les cloisons des théâtres vibrent, les trottoirs des opéras s'illuminent pour quelques minutes, comme si rien n'avait changé. L'obscurité rend invisible toute les ponctions qu'a subit ma bien aimée Paris. Voilà deux semaines que j'erre dans cette ville irréelle. Un fantôme qui revient hanter les vivants, entre le crépuscule et l'aube. Moi qui pressée de la quitter, l'avait presque dénigrée, voilà que j'en apprécie chaque minuscule morceau. Aussi terni soit-il par la guerre. Les pauvres vitrine de la rue Haussmann, comme abandonnées par les riches parisiennes, les rues silencieuses une fois onze heures passées, les devantures des hôtels luxueux où sont campés les officiers allemands. Cohabiter avec ces cochons est un prix à payer -leur sourire, rire à leurs blagues et converser poliment avec eux-, mais il est bien faible comparé à ma joie de fouler à nouveau les pavés qui longent le canal Saint-Martin.
Et toi dans tout ca?
Je n'aime pas vraiment les présentations, alors je vais énumérer tout ce qui me passe par la tête. Dix-huit ans, presque dix-neuf. Bac ES en poche. Expatriée française au Canada. La chanson On Melancholy Hill de Gorillaz m'obsède. Demain m’angoisse. J'aime les desserts aux fruits. Genre littéraire de prédilection: le théâtre. J'aurais préféré voir Victoire en Léa Seydoux mais un nouveau visage fait prendre des détours inattendus et appréciables au personnage que l'on avait en tête. Moi aussi j'aime Paris, moins les parisiens froids et pressés. Je ne suis jamais satisfaite de ce que j'écris alors je passe mon temps à retoucher mes anciens mots. Voilà.
Si j'ai bien compris, tu comptes te réinscrire? A bientôt parmi nous alors si c'est le cas *-*
₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪
I'm no Angel ♥ Trio infernal
« Quoi de plus lucide que la peur ? »
Ma Victoire:
Enfant de la guerre présageant la paix
Rafl
Invité
Sujet: Re: Je suis une vilaine étourdie Jeu 9 Fév - 22:19
Oh merci, mon héroïne :D
Et sinon pour le moment ce n'est pas vraiment à l'ordre du jour, mais qui sait, si j'ai un peu plus de temps dans les prochains mois, ça sera avec plaisir !
Rafl
Invité
Sujet: Re: Je suis une vilaine étourdie Ven 10 Fév - 1:41
Pourrais-je abuser une dernière fois de ta gentillesse pour avoir le "code" de tout ce bazar ? (:
Elsa Auray
« j'ai vu la mort se marrer et ramasser ce qu'il restait. »
[color=black]♠ [b]Son livre préféré ?[/b][/color] À chaque fois qu'on lui pose la question, Victoire hésite. Elle a dévoré une quantité effrayante de livres, et chacun présente des caractéristiques particulières qui lui sont plus ou moins chère. La réponse est souvent fonction de son humeur, et aujourd'hui, alors qu’elle sent Paris étouffer un peu plus sous le joug des occupants allemands, elle essaierait de citer un livre mélangeant le sadisme jubilatoire des [i]Liaisons dangeureuses[/i], le cri sourd de révolte des [i]Raisins de la colère[/i] et la poésie quelque peu mélancolique de [i]Vol de nuit[/i]. Mais comme souvent, elle ne trouverait pas le nom de ce livre parfait -celui qui n’existe pour l’instant que sur le bout de la plume d’un écrivain-, et, agacée, elle noierait son visage dans la fumée d’une cigarette. Une de celles qu’elle a ramené avec elle des États-Unis, bientôt la dernière… [color=black]♠ [b]Son lieu préféré dans Paris ?[/b][/color] Le théâtre des Champs Elysées. À cinq ans, Victoire y a assisté à une représentation de la célèbre compagnie des ballets russes. C’est dans cette salle qu’est né son amour pour la scène, et parfois il lui arrive de se demander ce que serait sa vie aujourd’hui si elle n’avait jamais mis les pieds dans cette bâtisse aux ornements monumentaux. [color=black]♠ [b]Son avis sur les allemands ?[/b][/color] Ses principes l’interdisent de juger les autres hommes sur un critère aussi vaste que leur nationalité. Pourtant, ayant été témoin impuissante de la défaite française puisqu’elle vivait alors aux États-Unis, une rancœur amère et silencieuse, dirigée vers ceux qui avaient défait son pays bien aimé, a grandi dans les méandres de ses pensées. Elle a développé à l’égard du peuple allemand un mépris indifférencié qu’elle essaye toutefois de combattre, au nom de ses idéaux tolérants. Ainsi, elle se force à poser un regard neuf sur chaque allemand qui est amené à croiser sa route avant finalement et bien souvent, de se permettre de le haïr… Toutefois, elle masque son animosité à l’égard de ces derniers, car si elle a pu revenir dans son cher Paris, c’est bien grâce à eux. Elle sait que si les choses sont relativement simples pour elle ici, c’est parce qu’elle a réussi à être dans les bonnes grâces des allemands. [color=black]♠ [b]Son avis sur les juifs ?[/b][/color] Pour elle la distinction opérée par les Allemands au détriment du peuple juif n’a pas lieu d’être. Mais Victoire n’est pas de ces gens qui se battent pour la survie de juifs anonymes. Quelque part, le monde de lumières et de paillettes dans lequel elle évolue, bien qu’affecté par la guerre, est trop éloigné de sa réalité. L’enfant effrontée qu’elle est ne prend pas réelle mesure de l’ampleur des horreurs qui ont lieu juste sous son nez. [color=black]♠ [b]Aime-t-elle sortir et où ?[/b][/color] Victoire est un oiseau de nuit. En tant qu’actrice de renommée, elle est invitée à la plupart des représentations qui font la vie culturelle de Paris. C’est une spectatrice assidue et passionnée qui ne manque jamais un nouveau ballet, une pièce amatrice au succès grandissant ou une soirée à l’opéra. Toutefois, depuis son retour des États-Unis, elle a un petit faible pour les cabarets où elle a le sentiment de retrouver la vie parisienne nocturne qui lui avait tant manqué. [color=black]♠ [b]Son premier geste le matin ?[/b][/color] Victoire n'est pas vraiment une jeune fille routinière. Pourtant elle a prit l'habitude chaque matin au réveil, de prolonger son séjour chez les chimères. Allongée dans les draps, elle regarde sur les murs, la trajectoire de la lumière qui filtre à travers les rideaux de mousseline de sa fenêtre. Son corps est là, son regard aussi, mais son esprit est ailleurs, elle même ne saurait trop expliquer où. Tout y est limpide; du vide lumineux. Un lieu de l'esprit tellement primaire et à la fois insaisissable qu'on ne peut le décrire avec justesse. [color=black]♠ [b]Sa couleur favorite ?[/b][/color] Petite, elle aurait répondu bleu. Aujourd'hui elle s'en fout. Parfois elle aime le rouge, parfois elle n'aime pas le terre de sienne. D'ailleurs, elle trouve le pourpre affreux et le marron particulièrement attirant si cela l'arrange. [color=black]♠ [b]A-t-elle des manies/tics ?[/b][/color] Fumer. Un moyen de s'enivrer en cachette lorsqu'elle était plus jeune, maintenant une quasi-addiction inquiétante. Elle redoute le jour où sa dernière cigarette ne sera plus que cendres et mégot. [color=black]♠ [b]Sa saison préférée ?[/b][/color] L'hiver, ou plutôt son imaginaire poétique. À ses yeux, aucune saison n'est plus belle; la neige, le défilé des manteaux de fourrures ostentatoires, la chaleur du feu qui attend à la maison, les bas de laine, l'odeur du repas de noël qui mijote depuis le petit matin, les joues roses des passants dans la rue... Et l’euphorie qu’elle ressent devant ces détails insignifiants, se mêle avec volupté à sa propre conscience des dangers du froid. Celui qui ôte la vie aux plus fragiles et aux plus démunis, celui qui a le pouvoir sur les récoltes et par conséquent sur l’estomac d’un peuple entier, celui qui par la seule force de son souffle, peut glacer le mouvement de tout un pays. Rien n'est plus sublime à ses yeux qu'une beauté impitoyable et ambiguë. </div>
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<center> <span style="font-size: 18px; font-family: ballpark;">♠ Passé - [b]Le train bleu[/b] - 1924</span> <div style="width: 400px; text-align: justify; -moz-border-radius: 11px; line-height: 15px; padding: 15px;overflow: auto; margin-right: 2px; margin-left: 9px; height: 100px;">[size=9][font=verdana][justify][i]Le train Bleu est un ballet en un acte monté par la compagnie des Ballets Russes en 1924. Le scénario est de Jean Cocteau, la chorégraphie a été conçue par le fondateur des ballets russes, Diaghilev, les costumes sont l’œuvre Coco Chanel et le décor a été peint par Picasso. La première eu lieu au théâtre des Champs Élysées le 20 juin 1924.[/i] [b][center][url=http://www.youtube.com/watch?v=N8DnWJEMuZc]Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe.[/url][/center][/b] Des robes de mousseline légère et rehaussées de broderies, des volants se chevauchant en un désordre calculé, des gants de dentelle, des bagues de diamants, des cascades de fourrures, des escarpins aux courbes épurées. Des boutons de manchette, des chaussures en cuir italien. Et un champs de bataille d'effluves entêtantes et sensuelles cherchant toutes à prendre le dessus sur les autres. Voilà la vue qui s'offrirait à un enfant de cinq ans qui passerait le pas - par hasard ou non- des lourdes portes du théâtre des Champs Élysées. Du luxe, de l'ostentatoire, du rêve. Mais il a autre chose. Et c'est ce que Victoire s'apprête à découvrir, alors qu'elle fend la hall d'entrée à la recherche de sa mère.
Des pans de robes et des pantalons s'écartent de son chemin, amusés par la présence en ces murs, d'une si jeune enfant. Elle pourfend d'un sourire innocent ceux et celles qui restent en travers de ses pas. Les grandes dames tombent les unes après les autres, achevées par les fossettes de cette "charmante enfant". Au bout de la piste, la mère. Une brune vaporeuse qui rit au centre d'un cercle d'amis dont elle est manifestement l'ornement principal. À la vue de Victoire, ses yeux s’agrandissent. Surprise. - Ma chérie, je croyais avoir demandé à Inge de te coucher en partant... - Oui, mais moi j'avais envie de venir avec vous. Et père a dit oui. Et Inge est venue avec moi. Et on a pris la voiture avec deux chevaux. Et tout est allumé le soir et c'est beau. S'il vous plaît mère je peux rester ? La compagnie sourit. Quelques rires même, secouent la masse des visages parlants. La silhouette effacée d'Inge esquisse un hochement de tête à peine perceptible de l'autre côté de la foule. La mère exhale un léger soupir, mi-amusée, mi-désabusée. - Bien. Tu as apparemment mérité ta place parmi nous puisque tu as réussi par je ne sais quel stratagème à convaincre ton père. Mais sache jeune fille, que je fais aujourd'hui une exception. Profite en bien, ça n'arrivera pas tous les soir... Victoire agrippe sa petite main fluette aux doigts gracieux et charnus de sa mère sur lesquels elle dépose un baiser. -Oh merci mère ! -C'est cela... Maintenant Victoire, sois une bonne fille, reste avec moi et tiens toi tranquille.
Les conversations reprennent. Des éclats de rire, forcés parfois, chez les jeunes femmes un peu trop banales, gras d'autres fois, chez les hommes grisonnants et bedonnants qui font ainsi savoir que le privilège de l'âge et de l'expérience leur donne à priori tous les droits. Arrêt dans le flot des demi-paroles mondaines. "Voilà notre cher Cocteau" indique une voix. Un petit groupe navigue entre les cercles de conversations, des mains sont tendues, des paroles échangées. L'homme brun au visage grave, instigateur de la discrète émulation, porte son attention sur la mère, l’œil est malicieux et vif. Il s'approche de la compagnie, une femme aux cheveux de jais à son bras.
- Bonsoir ma chère Julia, lance-t-il à l'adresse de la mère. J'espère ne pas vous décevoir ce soir, je suis toujours un peu nerveux avant chaque représentation! - Jamais vous ne m'avez déçue jusqu'ici Jean. Et si l'on prend en compte le fait que Diaghilev est de la partie, il n'y a aucune raison d'être nerveux. - Vous avez raison. Mais tout les autres ont travaillé pour moi et le soir du spectacle je me sens un peu oisif. Alors je les remercie en m'inquiétant à leur place... Mais voilà que je deviens impoli. Mesdames et Messieurs, je vous présente Gabrielle Chanel, le cerveau extraordinaire qui a donné forme aux costumes du Train Bleu - et à mes rêves les plus fous en matière de tenues de scène épurées. - Enchantée. J'ai entendu parler de votre travail en de termes éloquents et je dois dire que mes chapeaux ont pâle allure à côté de vos confections. Si votre imagination n'est pas trop occupée, je serais honorée de pouvoir vous l'emprunter ! La conversation devient trop longue pour Victoire et elle laisse son esprit vagabonder en contemplant les tenues extravagantes des femmes de l'assemblée.
Elle rêve encore de rubans blancs et de bouquets de roses quand la foule se dirige peu à peu vers les loges. Elle suit le mouvement, distraite. Cependant, une voix la tire de sa torpeur, elle appelle sa mère. L'intéressée semble déstabilisée. Son visage trahi une agitation intérieure inhabituelle. - Richard ! Je n'arrive pas à y croire ! - Comment vas-tu ? J'ai l'impression que le temps a filé comme l'air. Presque six ans que je ne t'ai pas revue... Expression gênée, yeux baissés, silence. - Je suis désolée je suis attendue, je ne peux pas rester plus longtemps ! Passe une bonne soirée ! Mensonge. Intriguée, Victoire se tourne vers la seule personne que sa mère ait jamais fuit aussi délibérément. -Vous connaissez mère monsieur ? -Oui. Ta mère était probablement la femme la plus fascinante et audacieuse que j’aie jamais rencontrée. Lorsque je la vois aujourd’hui, abîmée, je me sens vieux… Elle est devenue une de ces épouses que la vie ennuie. Emprisonnée par des convenances qui ont eu raison de ses idéaux… -Pourquoi monsieur ? Pourquoi ma mère est abîmée ? -Eh bien… Elle est tombée enceinte. Et je crois que pour la première fois de sa vie, elle a laissé la peur guider ses choix. Mais je ne devrais pas te dire ça, je risquerais de mettre des idées saugrenues dans cette jolie tête. D’ailleurs les lumières ne vont pas tarder à s’éteindre. Bonsoir à toi jeune demoiselle. [b][center][url=http://www.youtube.com/watch?v=r2rIm_Td2Mk]Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe.[/url][/center][/b] Le dénommé Richard exécute une révérence pour le plus grand plaisir de Victoire, avant de s’éclipser alors que les lumières vacillent, et de disparaître complètement dans l’ombre. La fillette rejoint sa place au côté de sa mère, songeuse. Mais les rideaux s’agitent et se soulèvent. L’orchestre entame les premières notes du spectacle et tout le reste s’efface.
Les corps en mouvements, mis en valeur par un éclairage traitre. Tantôt subtil et délicat, épousant la chair avec volupté, tantôt cru et dur, accentuant la moindre goutte de sueur, la moindre crispation, le moindre doute. Des gestes parfaitement maîtrisés, répétés des centaines, des milliers de fois. Des membres qui s'arrachent à la gravité, soulevés par des fils invisibles, dans un effort inhumain. Le corps humain tendu et détendu. L'écho des pas des danseurs sur le parquet de la scène. Un public pendu à leurs pieds nus, source de l'équilibre fragile et pourtant si sûr, du ballet. La limite floue entre le réel et l'illusion : une histoire qu'on ne nous lit pas juste parce qu'il faut apprendre. Un récit ancré dans l'espace, sur le sol, cinq mètres plus bas. Et pourtant rien de plus faux. Une invention née de l'esprit d'un homme pour en amuser d'autres. Une intrigue fantaisiste. Des personnages marqués par cette même quête du faux universel. Celui qui n'a pas existé, qui n'existe pas et n'existera jamais mais qui peut parler à tous les hommes en tant qu'une vérité possible. Malgré l'heure tardive et ces enjeux qui la dépassent, les yeux de Victoire sont rivés sur la scène et sa bouche est entrouverte en un demi soupir béat. La fillette sait. Elle aussi dansera un jour, un soir. Devant Paris tout entière, qui retiendra son souffle à chacun de ses mouvements. Elle sait qu'elle est née pour la scène. [/justify][/font][/size] </div>
<span style="font-size: 18px; font-family: ballpark;">♠ Passé - [b]Away to America[/b] -1935</span> <div style="width: 400px; text-align: justify; -moz-border-radius: 11px; line-height: 15px; padding: 15px;overflow: auto; margin-right: 2px; margin-left: 9px; height: 100px;">[size=9][font=verdana][justify] [right]Le 19 juillet 1935[/right] Ma très chère Madeleine, [b][center][url=http://www.youtube.com/watch?v=vEabV4Iy574]Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe.[/url][/center][/b] Je sais combien tu dois m'en vouloir à l'heure qu'il est. Et si ce n'est pas le cas, les mots qui suivent vont permettre à ma phrase précédente de prendre un sens. Cette lettre est datée du jour précédant le début de ma nouvelle vie, celle aux États-Unis. Si mon corps ne flotte pas quelque part sur l'océan Atlantique, suites désastreuses d'un malheureux naufrage, je devrais me trouver en cet instant à bord d'un bateau affrété à destination de New-York. En t'écrivant cette lettre, je ne quémande de toi aucun pardon. Je tenais juste à ce que tu sache. J'ai abandonné. Je sais que je ne deviendrais jamais danseuse. Ou alors je serais condamnée à mendier des rôles mineurs jusqu'à ce que mes rares dispositions se fanent et que je sois réduite au silence par une vie monotone et bien rangée... J'ai besoin de plus que ça. J'espère que le théâtre réussira à combler ce vide en moi, cet irrésistible besoin de fouler le plancher d'une salle de spectacle. Je fuis aussi, un peu. Les allusions de plus en plus pressantes de mon père à des héritiers tous plus mortels les uns que les autres. Le mariage très peu pour moi. La raccommodage sans fin, le supplice infini. Même les contes de fées prennent fin avant la mise en place de la machine infernale. Je ne le laisserait pas resserrer ses mâchoires prison autour de ma vie. J'entre sur un nouveau continent les poches vides, les doigts agrippés au vieux carnet d'adresse de ma mère -tout ses anciens contact en Amérique, et je peux te dire qu'il est d'une épaisseur effrayante. Les poches vides et le cœur rempli d'excitation et d'espoirs. Je te souhaite le meilleur, continue à danser, je sais que tu as la force et le talent nécessaire pour percer. J'espère de tout cœur que nos routes se croiseront à nouveau dans quelque années -sur une scène ? Je reste en attendant, ton admiratrice la plus dévouée.
<span style="font-size: 18px; font-family: ballpark;">♠ Passé - [b]Souvenirs amers à ressasser au coin du feu[/b] - 1939 ?</span> <div style="width: 400px; text-align: justify; -moz-border-radius: 11px; line-height: 15px; padding: 15px;overflow: auto; margin-right: 2px; margin-left: 9px; height: 100px;">[size=9][font=verdana][justify]
[b][center][url=http://www.youtube.com/watch?v=aNzCDt2eidg]Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe.[/url][/center][/b] [i]L'homme est de dos et les contours de son corps sont auréolés par la lumière des flammes qui dansent dans le foyer. Il est assis, fin et athlétique et on lui devine des cheveux d'un brun intense. Mais seul son dos s'offre comme caractéristique d'identification précise au public. En face de lui, dans l'ombre du feu, son interlocuteur. On a de la peine à le voir. Il existe uniquement grâce à sa voix. Le seul élément clairement visible de la scène est la cheminée, en marbre, imposante et qui témoigne d'un statut social probablement élevé des deux hommes. [/i]
[b]LE DOS[/b] - Je le savais depuis longtemps tu sais.
[b]LA VOIX[/b] - Oui.
[b]LE DOS[/b] - Elle disait qu'il fallait arrêter de tout raccommoder. Elle disait "de toute façon je suis trop parcellaire pour qu'on essaye de me réparer". Je lui ai demandé de m'expliquer, elle ne l'a pas fait. Elle m'avait trop vu. Au petit matin elle était partie, laissant derrière elle des draps tièdes et froissés.
[b]LA VOIX[/b] - Mais tu sais quand même...
[b]LE DOS[/b] - Je savais déjà, je voulais juste qu'elle me le dise qu'elle se sentait perdue. Qu'elle me parle, au lieu de s'entourer de demi-silences et de faire vivre ses personnages en elle même, hors de la scène. Au lieu de semer des indices pur épaissir son mystère.
[b]LA VOIX[/b]- Quel mystère ?
[b]LE DOS[/b] - Rien. Ou plutôt tout. Tout ses secrets, son histoire. Qu'elle n'a jamais connu son vrai père, qu'elle avait appris récemment que celui qu'elle avait appelé "mon petit papa" dix-sept ans durant n'était qu'un aimable pion ayant sauvé sa mère de la honte et de la détresse financière. Qu'elle aurait voulu être danseuse. Qu'elle brûlait de retourner en France depuis que ces chiens d'allemands y ont mis les pieds ! ([i]Il est de plus en plus agité à mesure qu'il cite les exemples. Il se reprend, et s'inflige une claque sonore sur la cuisse en évoquant les allemands, comme en signe de désapprobation. [/i])
[b]LA VOIX[/b] - Ah oui ? C'est plutôt étrange. Elle t'a dit pourquoi ?
[b]LE DOS[/b] - Bien sur que non, c'était à moi de deviner. Mais après le début des hostilités entre la France et l'Allemagne, elle a commencé à allumer la TSF à chaque fois qu'on avait fini de faire l'amour. Elle attendait les nouvelles. Pauvre chose faible, l'espace de quelques minutes. Elle ne pouvait pas s'en empêcher. C'est comme ça que j'ai su. ([i]Il s'interrompt, songeur.[/i]) C'est toujours comme ça que j'ai su. Peut-être que c'est pour ça qu'elle ne parlait pas de raccommodage au début. Je savais. Mais je suis fatigué de parler ce soir.
[b]LA VOIX[/b], [i]sort sa main de l'ombre et serre l'épaule de l'homme de dos dans un geste réconfort.[/i] - Bha ! Moi aussi, nous avons veillé trop tard hier. Allons dormir !
[i]La voix se lève et sort de la pièce; ses bras se balancent dans un mouvement régulier mais on a le temps d'y lire les lettres du prénom "Victoire", inscrites à l'horizontale à partir du coude. Le dos reste assis devant le feu et y jette des petits objets, probablement des morceaux de journal car les flammes s'embrasent une à une. Au bout de cinq minutes de ce manège, il prend le journal entier et le jette au feu d'un geste rageur. Il va pour quitter la pièce et se souvient qu'il a oublié quelque chose sur son siège. En faisant demi-tour, le public aperçoit enfin son visage. Il est emprunt d'une tristesse sauvage. Sur son front dégagé, on peut lire le mot "défaite". Il soupire et sort.[/i] [/justify][/font][/size] </div>
<span style=" font-size: 18px; font-family: ballpark;">♠ Présent - [b]Thoughts upon silence[/b] - 1942</span> <div style="width: 400px; text-align: justify; -moz-border-radius: 11px; line-height: 15px; padding-left: 20px; padding-right: 20px; padding-top: 20px; padding-bottom: 20px;overflow: auto; margin-right: 2px; margin-left: 9px; height: 100px;">[size=9][font=verdana][justify] [i]L'article a été déchiré d'un journal américain et il est illisible par endroits. Voici la traduction que nous en proposons, le titre est volontairement resté inchangé. .[/i] [center][url=http://www.youtube.com/watch?v=ZL3L4HZnJk0][b]Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe.[/b][/url][/center] [b][center]A "Victoire" for France. [/center][/b]
Nous avons appris il y a peu, que la délicieuse Victoire Lemahieux qui a su charmer le public américain six années durant, s'envolerait sous peu pour son pays natal, la France. Selon une de nos sources, elle aurait accepté de se rendre à Paris sur une demande spéciale de Goebbels, appuyé par la troup------------------. C'est avec grand regret et une certaine appréhension que les États-Unis laisseront la jeune comédienne s'en retourner vers la nation que certains considèrent être "------------------- Führer". Toutefois, nous savons que cet étrange visage saura adoucir les peines de la liberté meurtrie et redonner du coura---à tout ceux qui se battent dans l'ombre, ----tre l'influence grandissante du nazisme et cela nous permet de voir une belle promesse se profiler en ce voyage. JR. [center][url=http://www.youtube.com/watch?v=OSC8hpvnbSo][b]Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe; Phonographe.[/b][/url][/center] [i]Le morceau de papier est collé dans un carnet aux pages blanches et épaisses. La page suivante est noircie de mots formés par des lettres fines et régulières.[/i]
19 Septembre 1942
Paris. Sept ans après. La ville est toujours debout, ses murs tiennent bon l'usure du temps. Mais tout a changé ici, les choses sont recouvertes d'un voile de poussière. Le ballet qu'on appelait "la vie parisienne" s'est essoufflé et les danseurs y remuent leurs membres dans une torpeur abrutissante. Ils sont poussés par la nécessité de continuer, comme pour montrer qu'ils n'ont pas renoncé, mais au fond ils sont paralysés par la peur... Des ombres les encerclent en permanence. Allemands. On ne dit plus un mot à voix haute de peur qu'il tombe dans la mauvaise oreille. Paris chuchote. Paris attend le noir pour revivre. Et là, quelque part entre les murmures, les cloisons des théâtres vibrent, les trottoirs des opéras s'illuminent pour quelques minutes, comme si rien n'avait changé. L'obscurité rend invisible toute les ponctions qu'a subit ma bien aimée Paris. Voilà deux semaines que j'erre dans cette ville irréelle. Un fantôme qui revient hanter les vivants, entre le crépuscule et l'aube. Moi qui pressée de la quitter, l'avait presque dénigrée, voilà que j'en apprécie chaque minuscule morceau. Aussi terni soit-il par la guerre. Les pauvres vitrine de la rue Haussmann, comme abandonnées par les riches parisiennes, les rues silencieuses une fois onze heures passées, les devantures des hôtels luxueux où sont campés les officiers allemands. Cohabiter avec ces cochons est un prix à payer -leur sourire, rire à leurs blagues et converser poliment avec eux-, mais il est bien faible comparé à ma joie de fouler à nouveau les pavés qui longent le canal Saint-Martin.
[/justify][/font][/size] </div></center>
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<div class="back2"> <ul><div style="font-family:ballpark;font-size:18px;font-weight:block" align="center">Et toi dans tout ca?</div></ul> <table><td> Je n'aime pas vraiment les présentations, alors je vais énumérer tout ce qui me passe par la tête. Dix-huit ans, presque dix-neuf. Bac ES en poche. Expatriée française au Canada. La chanson On Melancholy Hill de Gorillaz m'obsède. Demain m’angoisse. J'aime les desserts aux fruits. Genre littéraire de prédilection: le théâtre. J'aurais préféré voir Victoire en Léa Seydoux mais un nouveau visage fait prendre des détours inattendus et appréciables au personnage que l'on avait en tête. Moi aussi j'aime Paris, moins les parisiens froids et pressés. Je ne suis jamais satisfaite de ce que j'écris alors je passe mon temps à retoucher mes anciens mots. Voilà. </td><td><div style="border: 2px solid white; width: 100px; height: 100px; -webkit-border-radius: 100px;border-radius: 100px;-moz-border-radius: 100px;background-image: url('http://i56.tinypic.com/25i500w.png');"></div></td></table> </div>
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Arrêtez les pendules, coupez le téléphone. Empêchez le chien d'aboyer pour l'os que je lui donne. Faites taire les pianos et les roulements de tambour. Sortez le cercueil avant la fin du jour. Que les avions qui hurlent au dehors dessinent ces trois mots : il est mort. Nouez des voiles noirs aux colonnes des édifices, gantez de noir les mains des agents de police. Il était mon nord, mon sud, mon est, mon ouest. Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste. Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson. Je croyais que l'amour jamais ne finirait : j'avais tort. Que les étoiles se retirent, qu'on les balaye. Démontez la lune et le soleil. Videz l'océan, arrachez les forêts ; car rien de bon ne peut advenir désormais.
Rafl
Invité
Sujet: Re: Je suis une vilaine étourdie Ven 10 Fév - 5:21