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 « Chaque passion parle un différent langage. »

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MessageSujet: « Chaque passion parle un différent langage. »   Ven 24 Aoû - 21:55

    La nuit est calme, parsemée d’étoiles. Une nuit comme n’importe qui pourrait l’apprécier, surtout dans un Paris en guerre. Un Paris occupé et malmené par l’ennemi. Ce soir, alors que mon regard se pose sur les milliers d’étincelles qui ornent le ciel, je suis persuadé de ne pas être seul. Les miens regardent probablement aussi dans la même direction. Ma mère, qui commence à me manquer sérieusement, et tous les autres habitants de la capitale. Il siège une atmosphère douce ce soir, comme si tout allait bien. Comme si tout se passerait bien. Et finalement, je me sens apaisé.

    Cela tombe plutôt bien, quand on sait que je ne suis pas sorti après le couvre-feu par hasard. Vêtu de noir de la tête jusqu’aux pieds, une sorte de baluchon sombre sur l’épaule, les toits de la grande ville sont devenus mon terrain de jeu. Ce qui était pour moi une crainte au début de mon engagement dans la Résistance est devenu un plaisir. Grimper, se hisser, dépasser ses limites. Je suis un autre homme lorsque mon corps se mesure au vide, à la grandeur des immeubles… Bien que ce ne soit pas dans le seul intérêt de me libérer, évidemment. J’ai une mission. Ce soir encore, il ne s’agit plus seulement de faire passer mes journaux et les lire. Depuis quelques mois, la Brigade est passée à la vitesse supérieure. Et tout le monde met la main à la patte, moi y compris…

    Bientôt, j’aperçois de la lumière, et la douce brise de ce mois d’Août m’apporte des rires, des paroles. Il semblerait que nous ayons encore visé juste. Un bal, mais pas n’importe lequel ! Je me prépare à m’introduire dans la gueule du loup, en plein dans l’antre du Diable. Des soirées mondaines, me direz-vous, on en trouve des tas dans Paris, et ce ne sont pas les plus meurtrières. Mais des soirées mondaines de la Gestapo, non, vraiment, il faut le faire ! Bien que je n’aie pas l’intention de suivre quelqu’un, la mission est tout de même très risquée. C’est pourquoi cela fait des semaines que nous la préparons, mes complices et moi-même. Tout doit se dérouler au pied de la lettre, rien ne doit sortir du plan, ou nous sommes cuits.

    « Simon ? »

    Tout dans ma voix n’est que murmure, et je sais que mon complice m’entend. C’est d’ailleurs par un fredonnement léger qu’il fait acte de présence. Tout va bien, pour l’instant. Je me laisse glisser le long d’un mur, après avoir pris soin de lui lancer mon baluchon. Lorsque mes pieds ont touché le sol, je me tapis dans l’ombre d’un angle, avant de revêtir d’autres vêtements. L’homme camouflé comme un chat noir dans l’obscurité devient alors l’homme de chambre du plus prestigieux hôtel de la rue de Rivoli. Quel hasard, n’est-ce pas ? Eh oui, l’uniforme de l’endroit même où se passe le grand Bal de la Gestapo. Simon hoche la tête, lève le pouce et me fait signe que la voie est libre. D’un pas assuré, je me dirige donc vers l’entrée de service où est censé m’attendre un autre de nos compagnons, lui-même employé de l’hôtel.

    « Sois prudent ! »

    L’endroit est bruyant, mais tout le monde semble assez occupé pour ne pas remarquer ma présence. C’est tout ce qu’il me fallait. Me remémorant le plan du Lutécia, dessiné par mon complice, je prends un pas rapide pour me fondre dans la masse des serveurs, hommes de chambres et autres employés du grand hôtel. Après avoir grimpé un escalier quatre à quatre, et pris l’aile gauche, je pousse enfin la porte de notre rendez-vous. Quoi de mieux que l’une des chambres, après tout ? Il fait noir, mais je n’ose pas m’éclairer, de peur d’attirer l’attention. Je me contente de siffloter l’air d’une comptine d’enfant. Une réponse ne tarde pas à arriver, continuant ma comptine avec beaucoup d’entrain. Je ferme la porte, nous plongeant tous les deux dans l’obscurité totale.

    « Prends-ça, tu auras accès à toutes les chambres de l’hôtel. Il te faudra juste trouver la bonne. Bonne chance Marple. »
    Je suis conscient qu’il ne verra pas mon regard solennel, mais dans tous les cas il le comprendra. Je m’empare de l’objet qu’il me glisse dans la main (probablement une clé, d’après la froideur et la forme), puis fais volte-face avant de quitter la pièce. Trouver la chambre… C’est que dans un hôtel, ça ne devrait pas être si difficile… Nous n’avions pas vraiment pensé à cela. Chercher une aiguille dans une botte de foin ? Presque ! Je croyais que tout allait se dérouler parfaitement, j’avais simplement oublié de vérifier le numéro de la chambre dans l’étage. Quel dommage. Prenant un risque dans notre plan, je décide donc de retourner au rez-de-chaussée afin d’enquêter auprès de Simon, celui de nous deux qui a suivi notre victime pendant tout ce temps, pour lui demander son avis. Je ne tarde pas à le retrouver, un plateau plein de coupes de champagne dans la main. Il se dirige justement vers notre cible lorsqu’il croise mon regard. Surpris de me voir dans le coin, son demi-tour bien trop assuré et ses lèvres pincées m’alertent. Il s’approche, passe à côté de moi sans même me regarder. Je le suis, détendu. Plus on est grillé, moins on est grillé, n’est-ce pas ?

    « Number! We’ve forgotten th’number… ‘you now where’s th’bedroom? »
    La pâleur de son teint disparaît vite pour laisser place à une teinte rosée, embarrassée. Eh oui, nous aurions pu nous concerter un peu plus tôt à ce sujet, mais nous avions omis ce détail. Pourtant, ce n’est pas le moins important. Je le sens réfléchir, puis après une brève illumination dans son regard, il dépose le plateau à la va-vite sur une table, à côté de deux jeunes femmes –plutôt canon, il faut l’avouer- puis se précipite dans la cage d’escalier. Ainsi, nous franchissons plusieurs paliers, et arrivons dans l’aile droite de l’hôtel. Les tapis rouges, ornements, tableaux… laissent croise à une certaine richesse. Encore plus que dans les étages précédents du moins. J’imagine que nous sommes du côté des suites les plus prestigieuses de l’hôtel. Plutôt bien, pour retrouver un des plus grands officiers de la Gestapo. Un certain Hanz Oberjenesaistropquoi. Moi et les noms, vous savez… Nous cherchons pendant quelques instants, imaginant à quel endroit le responsable de la distribution des chambres aurait pu mettre une personne aussi importante.

    « Maybe… Here ? »

    Mon acolyte me montre une pièce, au fond du couloir. Difficile de la manquer, avec son énorme drapeau nazi qui flotte sur la porte. Une fierté pour l’officier Obertrucbidule, on dirait. La simple image de la croix gammée me provoque une immense vague de colère. Voilà qui me donne du courage pour entrer dans la pièce. Je suis à présent certain qu’il s’agit de cette chambre. Je m’apprête à remercier Simon, mais il s’est déjà enfui pour remplir sa propre part dans notre mission. D’ailleurs, en quoi consiste la mienne déjà ? Ah oui, c’est vrai, suis-je idiot ? Fouiner, ma spécialité ! Et retenir tout ce que je peux lire, pour en informer la Brigade.
    Je m’approche de la chambre, la clé bien serrée dans le creux de ma main. Si tout va bien, personne ne devrait s’y trouver, mais dans le doute… Trois petits coups sur la porte. Aucune réponse. J’en déduis que j’y suis seul. Je glisse la clé dans la serrure, la tourne, puis tente de l’ouvrir et… Elle est fermée. Je retourne la clé, puis parvient à l’ouvrir. Etrange… Un officier qui ne ferme pas sa porte à clé ? Vraiment très étrange. Ma main pousse la porte, la faisant légèrement grincer au passage et…

    « Doux Jésus ! »

    T’es croyant maintenant, Nate ? Ta gueule ! Je sursaute, posant la main dans ma veste pour aller serrer le révolver que je cache contre ma poitrine. Quelqu’un se trouve là, devant moi. Et quelle personne ! Mon cœur bat la chamade, je le sens jusque dans mes tempes. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne s’agit pas de peur mais plutôt d’une surprise, bien que j’aie du mal à décider si s’en est une bonne ou non… Je referme brusquement la porte, à clé. Et évidemment, par mesure de sécurité, je laisse cette dernière dans sa serrure.

    « Pourriez-vous me dire ce qu’une aussi charmante jeune femme que vous peut bien faire dans la chambre du beaucoup moins charmant officier Obermégacoincédutrouffion ? »

    Mon cœur ne cesse de s’emballer. Emy… Cette même Emy qui m’a sauvé la vie, malgré toutes les saloperies que j’ai pu lui dire. Cette même Emy qui n’oublie jamais les moments importants de ma vie. Cette même Emy qui veille sur ma mère depuis que mes missions se font plus nombreuses… Et cette même Emy dont les yeux ne cessent de m’émouvoir. Oh oui, c’est aussi celle à qui tu as failli déclarer ta flamme un peu trop hâtivement ! Celle qui ne résiste pas à tes baisers fougueux, et à la passion dans tes prunelles… Calme ta joie, Nate. Et arrête de faire battre ton cœur aussi vite, il me donne la migraine. Mais il est trop tard pour reprendre mes esprits, alors que je revois notre dernière rencontre. Nos derniers baisers, nos dernières paroles… Son embarra après la phrase inachevée que j’aurais pu lui balancer à la figure (je t’ai… ? MOI ? JAMAIS !), mais aussi la nouvelle tragique de sa stérilité. Mes mains se mettent à trembler. Il ne manquait plus qu’elle pour que ma mission soit un échec. Mon inquiétude de la voir parmi tous ces allemands est trop forte. Bien trop forte. Je m’approche, doucement, le regard noir de reproches.

    « Tu veux te faire tuer ? Hein ? C’est ça ? »

    Et mon regard noir s’éteint au moment où je pose mes yeux sur sa silhouette, avant d’arriver jusqu’à ses magnifiques prunelles. Me voilà maintenant incapable de parler. Pas toi Emy… Par pitié, pas toi…
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Emy Hale
La chance ne sourit pas à ceux qui lui font la gueule.



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Je parle pas aux cons, ça les instruit.
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PAPIERS !
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MessageSujet: Re: « Chaque passion parle un différent langage. »   Jeu 4 Oct - 0:50

Emy s’ennuyait fermement, et ce en dépit du sourire de circonstance - plutôt crispé d’ailleurs - qu’elle s’était collé sur les lèvres depuis le début de la soirée. En dépit de la coupe de champagne qu’elle avait dans une main, le petit four qui occupait l’autre (plus pour longtemps) et du fait que les mondanités étaient supposées être le monde dans lequel elle évoluait depuis toute petite, la jeune femme ne se sentait pas à sa place. Pire, elle n’était absolument pas à l’aise, et bien qu’elle eut adopté une attitude profondément assurée et nonchalante, aurait sans doute bien voulu se trouver n’importe où sauf au Lutécia. Hélas, comme ne pouvait techniquement ni se volatiliser ni disparaître sous terre ; et surtout, comme elle était censée travailler, Emy n’avait d’autre choix que de faire contre mauvaise fortune bon coeur - ce à quoi elle s’employait avec plus ou moins de réussite depuis une longue, très longue heure.

La raison pour laquelle elle aurait préféré être entrain de visiter le fin fond du Venezuela plutôt que de jouer les journalistes modèles dans le hall de réceptions du grand hôtel n’avaient rien de particulièrement mystérieux. D’abord la pièce (et elle étant grande, cette pièce) débordait littéralement d’uniformes allemands en tous genres, ce qui n’était pas pour la mettre à l’aise, et ce malgré les efforts colossaux qu’elle faisait sur elle-même pour retrouver face à ces foutus occupants sa morgue d’autrefois. Ensuite, ni Piotr ni Blanche n’avaient voulu l’accompagner, ce qui en faisait une jeune femme ben esseulée et sans personne avec qui ricaner de tous et n’importe quoi. Et enfin, l’homme qui devait faire l’objet de l’article commandé par Hugo avait finalement décidé que ce qui se passait du côté, non pas de chez Swan, mais de chez sa maîtresse avait bien plus d’intérêt que la réception à laquelle on l’attendait. Bref, Emy n’avait absolument rien à faire ici, mais il lui fallait un papier, et elle n’avait pas la moindre inspiration. En un mot : elle n’était pas sortie de l’auberge.

Il faut admettre à sa décharge que le challenge n’était pas des plus faciles. Elle pouvait toujours faire la fière, la journaliste devait néanmoins bien admettre que l’idée de se retrouver seule au milieu de tous ces officiers dont certains uniformes ne rappelaient pas de bon souvenirs ne la laissait encore totalement indifférente. Lorsqu’elle passait la foule au crible de ses grands yeux perçants, elle ne pouvait s’empêcher de guetter, de veiller à ne pas les croiser à nouveau. Parfois, un visage faisait manquer un battement à son coeur aux aguets, avant de se révéler lui être inconnu, et ce petit manège commençait à lasser profondément la demoiselle qui n’avait définitivement pas que ça à faire. Elle voulait bien faire des efforts, mais des efforts constructifs, non mais oh ! Or ce soir, elle avait tout sauf l’impression d’être constructive. A la voir là, appuyée contre son meuble, sa coupe de champagne (et plus de petit four) à la main, le doute était largement permis, et ce plus encore si l’on pouvait deviner derrière le masque serein qu’elle s’était forgé à quel point elle détestait ou méprisait tous ces Allemands venus s’étaler sur ses plates-bandes - et celle de tous les autres Français, certes.

Le fait d’être soudain abordée par une dame d’un certain âge souhaitant entamer la conversation n’aidant pas, Emy songeait à s’éclipser discrètement et à envoyer Hugo faire son sale travail lui-même (avec tout le respect que je vous dois, patron) quand il se produisit une minuscule petite choses, certes, mais le genre de minuscules petites choses qui vous changent une soirée. Alors qu’elle se retournait pour poser sa coupe - vide - Emy aperçut sur la table une clé abandonnée. Aussitôt, son regard brilla et sous couvert de poursuivre un plateau de canapés au saumons, se saisit de l’objet du délit qui ne semblait manquer à personne - du moins, à première vue. A seconde vue non plus, aussi s’autorisa-t-elle à détailler ce qui s’avéra ressembler à la clef d’une des chambres de l’hôtel.
L’air de rien, tout de même, Emy lança un regard autour d’elle, et guettant un moment en se baladant tranquillement dans la foule le moindre signe pouvant lui montrer que quelqu’un cherchait cette clé. Puis enfin, comme rien ne se passa, elle profita d’un passage calculé au pied des escaliers pour prendre la poudre d’escampette et s’envoler à grandes enjambées vers un monde bien plus intéressant : celui de la chambre dans laquelle elle n’avait sûrement pas le droit de mettre les pieds mais qu’elle ne pouvait pas ne pas visiter tout de même. Enfin quelque chose d’excitant.

«It’s between you and me now, souffla-t-elle à la clef alors qu’elle atteignait l’étagé indiqué sur celle-ci.»
Traduction : c’est entre nous, juste nous, et l’énorme risque que tu me fais prendre, pour mon plus grand plaisir. Raisonnement peu... raisonnable, certes, mais il n’y avait là rien de nouveau. La raison et Emy avaient toujours été et seraient sans doute toujours deux notions aussi étrangères l’une à l’autre que ne l’étaient la limace et le poisson volant - pour ne citer qu’eux.
Bref, toujours est-il qu’en moins de temps qu’il n’en faut pour dire je-ne-devrais-pas-faire-ça, la journaliste se retrouva devant une porte portant le même numéro que la clef, porte qu’elle observa un court instant, l’oeil perplexe. Sur le battant de bois, était accrochée une croix gammée assez grosse pour que personne ne puisse la manquer et qui sonna aux oreilles de la jeune femme comme une invitation à entrer et faire preuve du plus vilain des défauts : la curiosité. Peut-être le tenait, finalement, ce fameux papier !
Ni une ni deux, donc, après s’être assurée que personne ne traînait dans les parages, Emy ouvrit la porte et pénétra dans la chambre - qui ressemblait d’ailleurs plus à une suite qu’autre chose. Prudente (tout de même) elle n’alluma pas le plafonnier, mais une petite lampe d’appoint après avoir tiré les rideaux. Bien. Elle était maintenant seule ici, et pour un bon moment - du moins, il valait mieux pour elle que ce fut le cas. Elle n’avait plus qu’à faire ce que tout journaliste se devait de faire de mieux : fouiner.

Méthodique, elle s’approcha de ce qui servait visiblement de bureau, déposa sur le plateau sa pochette assortie au superbe fourreau noir qu’elle avait enfilé pour l’occasion et ouvrit le premier tiroir qui lui tomba sous la main. Ce qu’elle cherchait exactement ? Elle n’en avait pas la moindre idée. Des informations en avant première, un scandale, une lettre, un avis d’exécution, une arrestation tenue secrète... Tout l’intéressait - dans le genre «je ne pourrais jamais publier d’article là-dessus» certes, mais tout l’intéressait quand même. Ça ne serait pas le premier papier qu’elle montrerait à Hugo en sachant très bien qu’il ne pourrait le laisser paraître. L’article rejoindrait alors le dossier parfaitement bien caché qui contenait tous ses petits camarades, et elle passerait à autre chose. Mais au moins aurait-elle eu son heure de gloire (solitaire, mais ne soyons pas difficiles) et son instant d’aventure. Le tout sans risquer de se retrouver au bout du compte face à une bande de soldats souhaitant venger leur copain. Après tout, elle pourrait toujours se trouver une excuse, quelque chose comme «je me suis trompée de chambre» ou «je suis la femme de ménage-en-robe-Chanel». Facile.

Une moue ironique tordit les lèvres d’Emy à l’instant où elle se fit cette réflexion. Cessant là toute ironique, elle poursuivit sa fouille, exhumant de tant à autre quelques papiers intéressants mais sur lesquels elle ne s’attardait pas excessivement. Il y avait moins de quinze minutes qu’elle était entrée lorsque des pas résonnèrent dans le couloir. Brusquement, alors qu’elle s’était penchée sur le cas d’un article découpés dans - ô ironie - son journal, la curieuse se redressa. Le coeur battant à tout rompre, elle se figea, espérant que les pas s’éloignent mais, bien au contraire, ils s’approchèrent, et une clé fut introduite dans la serrure. Y avait-il un double ? Une (vraie, cette fois) femme de ménage ? Le propriétaire de la chambre, dont elle n’avait d’ailleurs pas la moindre idée de l’identité ? La clé tourna, sans succès et Emy n’avait toujours pas bougé. Brusquement, elle s’éloigna du bureau mais ne put faire un mouvement de plus. Tandis qu’elle cherchait une idée pour se sauver la mise, la porte s’ouvrait, et derrière elle se dessinait une silhouette que la jeune femme ne put immédiatement deviner, faute de lumière correcte.

« Doux Jésus ! laissa échapper l’homme (oui, ça, elle pouvait le voir) en portant la main à sa veste. »
Dans une autre situation, Emy aurait ricané tant l’expression lui sembla datée. Mais cette fois, elle se contenta d’ouvrir de grands yeux car premièrement, la situation n’avait rien de drôle, deuxièmement... cette voix était loin, très loin de lui être inconnue.
Nate.
A nouveau, le coeur de la jeune femme s’emballa, mais, à son plus grand désespoir, pas de la même façon qu’un peu plus tôt. Nate ici ? Nate le résistant à une réception pleine de nazis ? Nate qu’elle n’avait pas revu depuis leur dernière rencontre, soit depuis qu’elle l’avait tiré des caves de la Gestapo, avant de lui apprendre qu’elle était stérile ? Nate qui avait bafouillé quelques mots qui... qui... qu'elle préférait ne pas évoquer ? CE Nate ?
« What the hell... commença-t-elle, bientôt interrompue.
- Pourriez-vous me dire ce qu’une aussi charmante jeune femme que vous peut bien faire dans la chambre du beaucoup moins charmant officier Obermégacoincédutrouffion ? »
... Vaste question. Emy recula d’un pas, et croisa les bras devant sa poitrine en tentant de ne SURTOUT pas croiser son regard.
« Je te retourne la question, monsieur je suis censé rester discret ! rétorqua-t-elle.
- Tu veux te faire tuer ? Hein ? C’est ça ? »

Elle allait répondre, mais devant le regard noir qu’il vrillait sur elle, eut le bon sens de ne pas envenimer la situation. Ce qui fut bien moins intelligent, en revanche, ce fut cette façon de lever les yeux vers lui et de rencontrer ledit regard noir qui n’en restait pas moins le regard trop bleu de Nate.
« Je... Je suis entrain d’écrire un article, répondit-elle rapidement en détournant les yeux. Une clé abandonnée m’a appelée, je ne pouvais pas la laisser toute seule... Elle eut une moue ironique, puis fit un pas dans la direction du jeune homme. Elle ne savait trop pourquoi, mais n’avait pas la moindre envie de se disputer avec lui. Nate, qu’est-ce que tu fiches ici ? Aux dernières nouvelles, tu étais censé rester planqué ! »
Elle le dévisagea un instant, sévère, avant que ne vienne s’imposer l’idée que peut-être il n’était pas là juste parce que le hasard le mettait toujours face à face aux plus mauvais moments mais...
« Attends, tu es là pour... Enfin... Mais vous êtes complètement fous ? Cet endroit est truffé de boches ! Ils peuvent débarquer à tous moments, et no way out ! »
Oubliait-elle qu’elle serait comprise dans le lot si les boches en questions débarquaient ? Peut-être. Mais le fait était qu’il était déjà drôlement étrange qu’Emy s’inquiétât pour Nate, alors s’inquiéter aussi pour elle en même temps...

A nouveau, elle s’approcha, et dans un élan de sincérité qu’elle regretta aussitôt, lâcha ce qu’elle avait (ou du moins une partie) sur le coeur depuis qu’elle le savait dans la résistance :
« Et je t’interdis de te faire prendre, Nate ! »
Non, parce que vous comprenez, elle ne serait pas toujours là pour le sortir des caves de la Gestapo. Oui. Voilà. C’était uniquement pour ça qu’elle venait de dire une telle chose - raison pour laquelle, elle baissa vivement les yeux, n’est-ce pas ?

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Take WHAT YOU WANT
SHUT ME OUT BUT I'LL JUST SCREAM
Steal my pride build me up or cut me down to size shut me out but I'll just scream i'm only one voice in a million but you ain't taking that from me
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MessageSujet: Re: « Chaque passion parle un différent langage. »   Mer 21 Nov - 17:27

Suggestion d'écoute :


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(comme le truc ne marche pas bien, tu peux écouter les musiques en allant sur "get tracks")


    Mon rêve, là, en ce moment, à l’instant présent, tout de suite, maintenant, présentement –woah, du calme crétin- c’est de pouvoir avoir l’air ferme et sévère. Comme jamais. Mais malgré tous mes efforts, les plus nombreux possibles, je n’y parviens pas. Sa silhouette longiligne, ses longues boucles noires remontés dans un chignon serré (la mode, dit-on), et ses… Yeux. Je soupire, longuement, et encore plus longtemps dans mon esprit. Pourquoi ? Pourquoi elle ?

    « Je te retourne la question, monsieur je suis censé rester discret ! »

    C’est vrai ça ? Que fais-je ici ? J’aurais des tas de choses à lui dire comme… J’espionne un homme, parce qu’en tant que membre de la Brigade, c’est ce que je dois faire. Eh Emy, tu sais que je risque ma vie pour des gens que je ne connais pas ou peu ? C’est marrant hein ! Malgré le fait que nos relations soient un peu tendues, je suis persuadé que cette idée la ferait bondit telle un monstre assoiffé de sang. De toute façon, tous les gens présents dans cette pièce (dit comme ça, on dirait que c’est énorme, mais en fait, ça fait… Un plus un ? Calculons… Deux ?) savent que si je devais me faire tuer, Emy préfèrerait le faire elle-même. Juste pour se venger de toutes les choses que j’ai pu lui faire endurer ces dernières années. Comme lui imposer ma mère à surveiller, par exemple.

    Je préfère ignorer sa question, de peur que la réponse soit trop franche et qu’elle ne se mette à hurler (et pour le coup, la discrétion serait pourrie). Je me contente d’un sourire en coin, le même adopté pour camoufler toute émotion gênante… Comme la peur qui s’installe dans mon esprit. Oui, l’hôtel entier est squatté par les boches, et si je me fais attraper, je suis au programme du prochain dîner. Peut-être qu’Emy pourrait aimer ça, le Nate rôti au feu de bois… Bien qu’en ce moment, il n’y ait pas grand-chose à manger dans du Nate… Autant voler une poule. Elles mangent plus à leur faim que nous, semblerait-il.

    « Je... Je suis entrain d’écrire un article, répondit-elle rapidement en détournant les yeux. Une clé abandonnée m’a appelée, je ne pouvais pas la laisser toute seule... »

    Oh comme c’est mignon, une pauvre clé abandonnée, sauvée par Emy la justicière. Je soupire une seconde fois, puis une troisième. Quelle chance a-t-elle eue de tomber sur LA clé d’une des personnes les plus influentes des boches présents à la réception du Lutécia. A croire que c’est recherché… Je comprends mieux pourquoi cette fille est encore en vie, après les nombreux articles qu’elle a écrits. Peu sont ceux qui ont survécu à la censure radicale… Heu oui, c’est comme ça que j’appelle ça. Vous savez, le fait d’éliminer les choses qui gênent. L’idée même me fait frissonner.

    « Nate, qu’est-ce que tu fiches ici ? Aux dernières nouvelles, tu étais censé rester planqué ! »
    ]J’ai un petit rire jaune, la regardant qui s’approche. Je recule d’un pas, comme une protection à ce corps bien trop… agréable… qui se rapproche. Ses yeux croisent les miens, j’ai envie de partir par la fenêtre avec tous les documents de la pièce, mais ce serait trop dangereux. Ce n’est pas comme si je risquais de me ramasser quelques mètres dans la face. Non vraiment. Ben quoi ? Je peux aussi un peu penser à ma peau ? Dans tous les cas, ce serait prendre un risque inutile. Et j’ai des collègues qui m’attendent dehors, ils pourraient se faire piéger par la tentation de récupérer les documents sur ma dépouille, mais bon, avec autant de boches dans les parages… Je n’ose pas imaginer le désastre. Je préfère donc ne plus y penser.

    « Effectivement, c’est ce que j’étais censé faire quand je t’ai croisée pour la dernière fois. Mais les temps changent vite à Paris, petite.
    - Attends, tu es là pour... Enfin... Mais vous êtes complètement fous ? Cet endroit est truffé de boches ! Ils peuvent débarquer à tous moments, et no way out !
    - Vous ? Tu oublies que tu te trouves dans la chambre d’un sacré psychopathe ! Tu es aussi –voire plus- folle que moi, mes collègues et ceux qui nous soutiennent, Emy. N’oublie pas que si je me suis engagé, tu n’as toi aucun besoin de mettre ta vie en danger pour ton travail. »

    Je la contourne, agacé, et peut-être même un peu inquiet, pour aller vers la porte. Mes mains se sont mises à trembler, il y a comme un trop plein d’adrénaline dans mes veines. Ni une ni deux, je glisse la clé dans la porte, nous enferme, et laisse la clé coincée dans la serrure pour nous laisser un temps de réaction au cas où quelqu’un décide d’entrer. Quelqu’un comme Obermachintruchouette. Une fois la porte un peu sécurisée, je reste quelques secondes devant la porte, pensif, puis fais volte face, prêt à affronter de nouveau le regard de la jeune femme. Ces quelques secondes m’ont suffit à calmer ma colère et à reposer sur mon visage une expression neutre, voire sereine. Avant que je puisse en placer une, elle s’avance, près, beaucoup trop près, pour me balancer ces quelques paroles.

    « Et je t’interdis de te faire prendre, Nate ! »

    Il suffit d’une dizaine de mots pour que mon cœur se mette à battre la chamade, et que mes mains se remettent à trembler. Mon regard se plante dans le sien, je m’approche à mon tour, m’emparant de ses deux petites mains tièdes, que je m’empresse de serrer dans les miennes.

    « Je ne peux rien te promettre Emy, ce serait te mentir. Toi par contre, si tu te fais attraper, je te jure que je viendrai te chercher et… Et… Je ne sais pas encore ce que je te ferai, mais je le ferai ! »
    Mes paroles sont confuses, mais sincères. Enfin presque. Entre vous et moi, si j’apprenais qu’Emy avait été attrapée par les boches, je me ferais ligoter par un résistant de mon entourage pour être certain de ne pas y aller. Oh voyons Nate, nous savons très bien que tu réussirais à t’évader pour aller la chercher. C’est craquant… TA GUEULE TOI ! Oh oh, reste poli petit con. Et mes yeux qui ne quittent plus les siens… J’espère juste qu’elle l’a pas relevé la moiteur de mes mains dans les siennes. Je m’empresse de les glisser dans mes poches.

    « Mais attend une minute… Tu t’es inquiétée ! TOI, tu t’inquiètes pour MOI. Emy, tu es malade ? »

    Cette fois, mon humour n’est qu’un prétexte pour m’approcher d’elle. Je l’avoue. L’attirance est trop forte, il faut que je la serre dans mes bras pour m’assurer qu’elle est bien là, vivante et libre. Deux ou trois secondes plus tard, l’une de mes mains se pose sur son front, évaluant la température corporelle de la jeune femme. Rien d’anormal, sauf peut-être la légère teinte rouge sur ses joues, bien que je ne sois pas certain que ses joues aient rougi.

    « Non… Tu es inquiète, c’est bien ça. »

    Un sourire tendre s’empare de mes lèvres, alors que mes yeux ne peuvent s’empêcher de la détailler. Une longue robe serrée en haut par un corset lui donne une silhouette harmonieuse et des formes pulpeuses. Elle semble tout de même beaucoup plus mince, comme creusée par l’angoisse de la Guerre. Ses grand yeux bleu/verts sont intacts, tandis que son cou… Sa nuque à découvert… Mes mains s’approchent des broches de son chignon, les faisant glisser entre mes doigts pour libérer sa longue chevelure brune. Une pluie de boucles noires se répand sur ses épaules, et mes paumes mes répartissent sur ses épaules. Ne pas être tenté. Non Nate, ne pas être tenté.

    M’emparant de ses hanches marquées par la coupe de sa robe –probablement hors de prix-, je me rapproche d’elle jusqu’à la lover contre moi avec force contre ma poitrine. Son odeur m’envahit, m’enivre d’un bonheur que je sais pourtant éphémère. Et pourtant le bonheur est bien là, quand elle se trouve blottie dans mes bras. J’ai l’impression que tout s’est arrêté, que rien ne peut arriver. Et en même temps, parfait paradoxe, mon cœur s’emballe. J’ai peur. Peur que tout s’arrête, que ce soit la dernière fois que je puisse la taquiner, lui mener la vie dure.

    « C’est quoi cette manie de serrer vos cheveux comme ça ? Comme ça, tu es beaucoup plus… Mieux. »
    Toi parler français ? Je souris, sachant qu’elle ne pourra pas me voir. Je glisse mon visage dans sa longue chevelure, dépose un baiser dans son cou, et entoure mes bras atours de sa taille. C’est beaucoup trop tard pour s’arrêter. Cette femme est un démon, Nate, arrête toi ! Mais c’est impossible, je suis bien trop pris par son odeur alléchante, et la proximité de son corps, de ses lèvres.

    « Je ne peux pas te promettre que je resterais en vie. Mais tout ce que je peux te dire, c’est que le paradis –ou l’enfer- me paraîtra bien fade sans toi. »

    J’attire son visage contre le mien, plongeant mon regard droit dans le sien. Je n’entends plus que le bruit de mon cœur qui bat, mêlé à mon souffle qui s’accélère. Mes deux mains sur ses joues, mon front contre le sien, je murmure :

    « Embrasse-moi. Embrasse-moi Emy, je t’en prie… »

    Mais je ne lui laisse pas le temps de réfléchir. Mes lèvres se compressent contre les siennes, bien trop hâtives. Je cale mes mains sur ses joues, les descend sur sa taille, et rapproche tout son corps du miens, pour la sentir, sentir sa chaleur et son odeur encore plus fort. C’est une sorcière Nate, elle s’est emparée de ton âme, de ton être ! Je m’en fiche, la ferme, la ferme ! Ma langue va caresser la sienne, mes mains ne peuvent plus s’empêcher de découvrir ses formes, et d’apprécier le creux marqué par ses reins. C’est bien trop beau pour être vrai. Depuis quand n’ai-je pas ressenti ça ? Je veux dire, avec autant de force et de convictions ? C’est difficile pour moi de choisir entre courir loin de cette chambre et rester pour pouvoir la garder contre moi encore, comme si c’était la dernière fois. On ne sait pas de quoi demain est fait, et avec les risques que je prends, qui sont de plus en plus gros, je comprends l’intérêt de profiter de la vie.

    Ma main droite descend un peu, franchissant avec hésitation les limites d’une barrière que je me suis toujours fixée avec elle. Mais j’en suis incapable. J’ai l’impression de violer son intimité. Et si c’était différent pour elle ? Et si j’étais le seul à me réjouir de sa présence ? Etrangement, c’es la première fois que je me remets e question à ce sujet. Qu’est devenu le Nate séducteur et sûr de lui à toute épreuve ?

    « Un mot de ta part, et j’arrête tout. »

    Il faut mieux être prudent.
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Emy Hale
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MessageSujet: Re: « Chaque passion parle un différent langage. »   Dim 27 Jan - 0:21

Là tout de suite, Emy ne savait pas (ne savait plus, était perdue ?) ce qu’elle voulait. S’enfuir le plus loin possible de cette chambre, ou plutôt - n’ayons pas peur des mots - de Nate, ou rester, comme pour s’assurer qu’il était bel et bien toujours là, en vie. Leur dernière rencontre - outre le fait que voir un homme se faire torture puisse être traumatisant, et plus encore un homme si familier que lui était Nate - l’avait plus chamboulée qu’elle n’aurait jamais voulu l’admettre. Il y avait eu la Gestapo, ses plaisanteries si mal venues et... ces mots qu’elle ne pouvait se résoudre à oublier. Ce n’était pas un aveux, du moins pas un aveux complet puisque concrètement, il n’avait rien dit. Mais il avait voulu dire quelque chose, et le doute qui la tiraillait depuis avait tendance à pousser Emy à imaginer tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi) sans que sa conscience, sa raison et ses sentiments n’arrivent jamais à se mettre d’accord entre eux. Elle avait beau leur en vouloir, à tous ces bouts d’elle-même qu’elle ne parvenait pas à remettre en ordre, rien n’y faisait. Nate avait sur elle l’effet qu’aucun autre être au monde ne pouvait lui faire. Il la perturbait. Et depuis le début, depuis qu’elle était en âge d’arrêter de le considérer comme le dernier des imbéciles (c’est à dire depuis très, très longtemps), il n’avait jamais cessé de la perturber. Plus les années passaient, plus il la perturbait. Et là, dans cette chambre d’hôtel dont elle ignorait jusqu’au propriétaire, le chaos qui régnait dans la tête de la jeune femme semblait avoir atteint son point culminant. Raison pour laquelle elle n’avait pu retenir ces quelques mots, ceux qui en disaient un peu trop sur le sang d’encre qu’elle se faisait depuis qu’elle savait Nate dans la résistance. Bravo, jeune fille, bien joué.

Les yeux baissés elle ne vit pas que le sourire moqueur qui devrait, normalement, fleurir sur les lèvres du jeune homme ne s’était pas montré. Elle aurait pu rebondir, lui balancer l’une de ces petites répliques bien senties dont elle avait le secret, mais rien n’y fait : elle ne trouva pas un mot, elle l’acerbe journaliste à la langue (trop) bien pendue, et avant qu’elle n’ait pu dire quoi que ce soit, ses mains se trouvaient malencontreusement dans celle de Nate. Surpris, elle tressaillit, leva la tête et... NON. Ne pas croiser son regard, on a dit !
« Je ne peux rien te promettre Emy, ce serait te mentir. Toi par contre, si tu te fais attraper, je te jure que je viendrai te chercher et… Et… Je ne sais pas encore ce que je te ferai, mais je le ferai ! »
Emy resta sans voix, et seule une moue vaguement ironique vint étirer ses lèvres. Elle aurait pu répondre que c’était bien la moindre des choses, après ce qu’elle avait fait à la Gestapo, qu’il lui devait la vie, le tout sur un ton faussement orgueilleux histoire de détendre l’atmosphère (comment, idée stupide ?!) mais resta silencieuse. Toutes ses facultés mentales étaient bien trop occupée à analyser ce qu’elle venait d’entendre, à comprendre ce ton sincère qu’elle lui connaissait peu et à réaliser que les mains qui avait un instant serré les siennes, un peu moites, un peu tremblantes, s’étaient déjà échappées. Elle avait un temps de retard, mais heureusement, Nate retrouva un timbre un peu plus... Natien.
« Mais attend une minute… Tu t’es inquiétée ! TOI, tu t’inquiètes pour MOI. Emy, tu es malade ? Brusquement, elle leva la tête, et vrilla sur lui un regard outré.
- En fait, je m’en foutais totalement, répondit-elle avec une ironie cinglante.
- Non... Tu es inquiète, c’est bien ça. »

Elle avait rougi, de gêne, comme de colère. Brusquement, elle arracha la main posée sur son front et se dressa de toute sa hauteur devant lui :
« Mais bon dieu, BIEN SÛR que je suis inquiète, Nate ! s'emporta-t-elle. Tu veux savoir ? Ça fait une putain d’année que je suis TOUJOURS inquiète, et ce que j’ai vu ou entendu la dernière fois n’a vraiment RIEN arrangé ! Si elle maîtrisait encore ce qu’elle disait ? Bien sûr, quelle question. Vous en doutez, vous ? J’ai peur tout le temps, pour moi, pour tout le monde et y compris pour... toi... »
Elle ne fut pas sûre d’avoir prononcé ces derniers mots, mais encore une fois, tout le blâme revenait à Nate qui venait de se rapprochait considérablement et de détacher son chignon. Elle se figea, dardant sur lui un regard absolument indéfinissable. Mais impitoyablement, inconscient du pauvre coeur d’Emy qui manqua plusieurs battement, il continua, étalant ses longues mèches sur ses épaules avant de la saisir par les hanches et de la blottir contre lui.
D’abord interdite, Emy céda soudain, et se laissa aller sur son épaule. Elle prit conscience que sa gorge s’était nouée et sa vision troublé mais refoula toute larme tentant de s’échapper de ses yeux qui demeurèrent secs. Cette foutue guerre et tout ce qu’elle engendrait allait vraiment finir par avoir raison de tous les nerfs qui lui restaient.

« C’est quoi cette manie de serrer vos cheveux comme ça ? Comme ça, tu es beaucoup plus… Mieux. »
Tu n’as aucun sens de la mode, Nate, pensa-t-elle sans pouvoir le dire, aussi se contenta-t-elle d’un sourire qu’il ne vit pas, sourire vite étouffé dans un soupir inattendu lorsque soudain, il déposa un baiser dans son cou. Elle frissonna, et pas uniquement pour ces souvenirs qui ne cessaient de la rattraper. Elle frissonna parce que c’était lui, et parce que quoi qu’elle ait pu tenté de penser, dire, ou faire, il la perturbait. Et irrémédiablement, il l’attirait - si tant est que ce mot puisse réellement rendre les émotions troubles et contradictoires qu’il lui tirait. Tout cela, elle aurait été bien en peine de l’admettre, et de toute façon, sa tête ne semblait plus vouloir fonctionner correctement. Nate, une fois encore, n’arrangea pas les choses. À l’instant précis où un éclair de lucidité lui faisait réaliser ce qui était sur le point de ce passer, où elle songea que peut-être il serait temps de revenir à la raison, d’arrêter tout ça, il reprit la parole :
« Je ne peux pas te promettre que je resterais en vie, lâcha-t-il en attirant son visage près, tout près du sien. Mais tout ce que je peux te dire, c’est que le paradis –ou l’enfer- me paraîtra bien fade sans toi. Quelque chose brilla dans le regard d’Emy, et comme si cela ne suffisait pas, il continua : Embrasse-moi. Embrasse-moi, Emy, je t’en prie... »
... Tricheur. Ce fut la dernière pensée qu’eut la jeune femme avant d’oublier totalement de penser, ou agir de façon sensée. Sans attendre sa réponse, Nate pressa ses lèvres contre les siennes et elle lui rendit son baiser, avec une ferveur qui rendait justice aux pensées troubles qui l’agitaient. Elle se laissa aller contre lui, toujours plus proche, s’enivrant de son parfum, de ses lèvres, de tout son corps que ses mains voulaient découvrir. Elle oublia tout, la chambre, l’hôtel, les allemands, tout ce qu’il y avait autour et la Emy raisonnable qui sommeillait quelque part, loin, très loin en elle.

Si loin d’ailleurs, que son dernier retour fut plus brusque qu’elle ne l’aurait imaginé. Elle avait fermé les yeux, et lorsqu’elle les ouvrit, rencontra le regard de Nate. Bleu, tellement bleu, dans lequel elle avait plongé tant de fois, dans toutes sortes de situations. Mais à la vue de ces prunelles fascinantes, ce fut le sombre décor des quais enneigés de la Seine qu’elle revit derrière lui et sans pouvoir s’en empêcher, elle se crispa, à l’instant où les mains de Nate s’égaraient dans le bas de son dos. Elle détacha ses lèvres des siennes, ferma les yeux et inspira, profondément.
« Un mot de ta part, et j’arrête tout, souffla le jeune homme. »
Avait-il compris ? Front appuyé contre le sien, paupières closes, Emy prit une profonde inspiration. L’une de ses mains arrêtée sur la nuque de Nate trembla légèrement. Pourquoi ? Pourquoi encore, alors qu’elle pensait la plaie refermée ? Pourquoi maintenant ? Il y avait bien eu Enzo, et William (et de l’alcool, certes) avant ce soir. C’était plus fort qu’elle, toujours plus fort qu’elle : elle ne pouvait oublier. Devait-elle laisser cette sombre histoire la ronger, encore, et encore, et encore ?
« Non, murmura-t-elle. »
Était-ce à ses propres songes qu’elle répondait, ou au jeune homme ? Un peu des deux sans doute. Soudain, elle ouvrit les yeux et planta résolument son regard troublé dans le sien. Non. Ils ne la hanteraient plus.
« Non, ne t’arrête pas, reprit-elle. J’ai juste besoin que... tu me laisses faire. »
Elle passa doucement une main dans ses cheveux, un peu plus long que la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Un fin sourire lui échappa, un sourire timide alors qu’elle effleurait doucement l’une de ses joues.
« Mais surtout, ne t’arrête pas. »

Et là-dessus, elle l’embrassa à nouveau, avec passion, comme si sa vie en dépendait - et de fait, beaucoup de choses semblaient en dépendre. Elle tenta d’ignorer toutes les réminiscences, les frissons qu’elles lui tiraient, et reprit là où il s’était arrêtés. Elle fit glisser ses lèvres sur ses pommettes, son menton, son cou tout en parcourant son torse ou son dos de ses mains fébriles. Ce fut elle qui guida celles de Nate sur les lacets de sa robe alors qu’elle détachait lentement sa chemise. Emy prenait les devants, sans cela, elle se sentait redevenir un vulgaire pantin, et il n’en était pas question.
Son fourreau finit par glisser, et à cette idée, elle rougit légèrement. Emy, la séductrice, indécente Emy se sentait mise à nue, et ça n’était pas là chose courante. Elle leva les yeux vers Nate, voulut parler, mais ne sut quoi dire, alors elle l’entraîna vers le grand lit admirablement bien fait. Elle l’y poussa mais alors qu’elle s’apprêtait à le rejoindre, fut à nouveau assailli d’images entrecoupés de rires. Elle resta un instant figée devant lui, les yeux ouvert sur ce même décor, puis les baissa sur le jeune homme.
« Prend-moi dans tes bras, le supplia-t-elle. Je ne veux pas que ça s’arrête mais je... Prend-moi dans tes bras, s’il te plaît. »
Car s’il le faisait, elle saurait, et sa mémoire, ses sens sauraient aussi que c’était lui, et personne d’autre, et qu’elle en mourrait d’envie.

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MessageSujet: Re: « Chaque passion parle un différent langage. »   Ven 15 Mar - 22:56

    « Mais bon dieu, BIEN SÛR que je suis inquiète, Nate ! Tu veux savoir ? Ça fait une putain d’année que je suis TOUJOURS inquiète, et ce que j’ai vu ou entendu la dernière fois n’a vraiment RIEN arrangé ! J’ai peur tout le temps, pour moi, pour tout le monde et y compris pour... toi... »

    Qu’elle soit inquiète ne me rassure en aucun point. Pourtant, je ne peux m’empêcher de sourire, de vouloir lui montrer que ce soir, c’est le vrai Nate qu’elle a devant elle. Et pour rien au monde je ne pourrais être ailleurs. Ce qui me rappelle que je suis en mission, et que je vais me faire passer un sacré savon par mon gentil équipier qui doit s’inquiéter dehors. Ouais ! Allez, vas vite le rassur… Ta gueule, j’ai même pas fini mon enquête ! Belle excuse, c’est pas sur une journaliste que tu… Je secoue la tête, agacé par ces avis divergents qui se battent dans mon crâne et finissent par me donner une migraine monstrueuse.

    Peut-être qu’en réalité, ce fut le moment le plus long, le plus angoissant de toute ma petite vie. Comme lorsqu’on attend un courrier important, qu’on apprend la mort d’un proche ou qu’on se retrouve nez à nez avec une arme à feu. C’est comme si toute ma vie se mettait à défiler devant mes yeux. En quelques centièmes de seconde, je vois défiler toutes les images que je peux avoir d’Emy depuis le premier jour où nous nous sommes vus. Ce regard chétif de l’adolescente dévergondée, toutes ces fois où j’ai pu lire son prénom, et son nom –malheur- dans le journal. Les nombreuses fois où mon jeu s’est fini en un baiser qui la faisait taire sans plus tarder. Mais le plus important à mes yeux, cette fois où je la serrai contre mon cœur battant la chamade, après avoir eu la peur de ma vie. Parce que ce que j’ai pu vivre à la Gestapo, je m’y attendais. Mais me trouver face à face avec un petit ange pris dans les griffes du diable… Non, ça jamais je ne pourrais m’en remettre. Son corps tremblant, se rhabillant ni une ni deux. Et ma vengeance, à mes yeux, n’avait pas été assez forte. Je suis toujours à la recherche d’un des officiers, bien que cette fois la sagesse me pousse à le faire seul, sans prévenir personne.

    Mais à ce moment-là, c’est son accord que j’attends nerveusement. Je la désire, plus que tout. Et malgré que la deuxième personne –si on peut parler d’un être vivant…- dans ma tête en hurle de mécontentement. Tout sourire s’est effacé de mon visage, mes yeux ne quittent plus les siens. Pourtant, mon visage ne s’est pas durci. C’est elle qui décide, je ne pourrais pas lui faire de mal. Boaf, c’est pas comme si t’en avais fais déjà beaucoup, du mal ! Tu arrives toujours à la blesser avec tes blagues. Où sont-elles passées ce soir ? Hein ?

    « Non. »

    Ce simple murmure suffit à ce que mon cœur oublie de battre. Que veut-elle dire par non ? Arrête ? Continue ? Ma main hésitante remonte doucement vers l’une de ses hanches, s’y lovant doucement en attente de ses explications qui ne tarderont pas à tomber. Mais cette fois, les centièmes de secondes qui lui sont nécessaires pour prendre la parole à nouveau sont terribles. Oh Emy, je t’en supplie, allège cette atmosphère, parle ! J’a pourtant un mauvais pressentiment. Je savais que c’était une mauvaise idée jeune homme. Regarde-toi, tu es ridicule ! Tu vas te rendre malheureux à faire ce genre de conneries avec une femme comme elle. Une femme… Mais c’est vrai… Ce qu’elle a changé, ce qu’elle peut être… Belle. Nate, tu m’écoutes ? Oh tais toi, laisse-moi.

    « Non, ne t’arrête pas. J’ai juste besoin que... tu me laisses faire. »

    Je… Je reste sans voix. Non seulement parce que ce que je viens t’entendre est totalement différent de ce à quoi je m’attendais et… Elle venait de me demander de… Continuer ! D’abord, mes yeux se remplissent de surprise, d’effroi presque. Je ne peux pas y croire, pas elle. Toi qui es du genre à avoir une confiance en toi sans limites… Oh ça va ! J’ai l’impression que c’est irréel, que je ne suis pas là, qu’elle non plus. Discrètement, je me mords la lèvre pour vérifier. Et j’ai mal ! La douleur est telle que la joie m’enivre en quelques secondes. La surprise de mon regard fait rapidement place à des yeux brillants, émotifs. Et sur mes lèvres je ne peux empêcher un sourire timide –mon Dieu, il devient complètement gaga- de venir me caresser les lèvres. Emy… -Arrête de le rendre gaga !-, Emy…

    Sa main gagne ma chevelure, la caresse doucement. J’ai l’impression totale de perdre le contrôle. Et finalement, c’est ce qu’il est en train de se produire. Pour la toute première fois, c’est moi qui subis. Et qu’elle sensation étrange que d’être dirigé quand c’est toujours nous qui poussons les gens à bout, qui les séduisons, qui… Un frisson parcourt mon échine, me donne froid, puis chaud. Horriblement chaud. Comme si… Comme si… Nate, putain Nate ! Tu rougis ! Crétin !

    Je la laisse m’embrasser, ou plutôt je lui rends le moindre de ses baisers, et me force à rester debout sous ses caresses qu’elle m’offre sur tout le corps. Je me sens ébranlé, complètement sous le contrôle d’une force naturelle. Comme si un cyclone s’abattait sur mon corps et mon esprit en même temps. Un drôle de sentiment, que jamais je n’ai eu l’occasion de ressentir, que je ne saurais décrire. Et que, bien évidemment, je ne connais pas. J’ai peur, terriblement peur que ce soit la dernière fois. Terriblement peur de ne pas être à la hauteur. Tu te fous la pression en plus ? Nate putain, mais t’es où là ?

    Et alors qu’elle place mes mains sur le haut de son corsage, mon cœur manque encore trois ou quatre battements. Je l’embrasse, avec tellement de passion que j’ai peur de lui faire mal. Le côté animal ressort toujours dans ce genre de situation, dit-on. Et alors que la longue robe tombe, je n’arrive pas à la regarder. Mon teint rosit, en rythme avec le sien. Je n’y arrive pas, c’est trop d’un seul coup. Son regard plein de désir finit tout de même par me faire baisser les yeux et j’en reste bouche bée. Elle est plus magnifique que jamais. Mince, si mince. Si fragile et pourtant d’une force morale incroyable.

    « Emy, je… »

    Je n’ai pas réellement le temps d’en dire plus, ou même d’en penser. Une fois de plus, elle prend les choses en main. Pourtant, dans ses gestes mal assurés, je sais qu’elle se trouve dans la même situation que moi. Qu’est-ce que je fous ici ? Ah ben enfin, un peu de raison… Pourquoi je fais ça ? Parce que t’es complètement con ! Parce qu’elle m’obsède. Cela fait des années qu’elle m’attire, qu’elle m’intrigue. Et cela fait des années que je refuse ce genre de chose. Alors pourquoi je suis là ? Pourquoi elle est en train de me pousser sur l’immense lit d’un allemand mal intentionné ? Parce que c’est inévitable. La tension est bien trop forte, et l’attraction insoutenable. Et quand ce genre d’attraction s’exerce, il est rare qu’on n’y cède pas. Enfin, qu’une personne normale y cède. Alors pourquoi tant d’années à lutter pour qu’en une soirée tout s’arrête ? Je me pose trop de questions. Ouais, puisque t’en fais qu’à ta tête, essaye au moins d’être un bonhomme, un vrai. Chut !

    Les doutes me troublent, j’hésite à m’en aller. Il m’est impossible de la toucher, bien qu’elle soit plus belle que jamais. Si elle s’était penchée vers moi sans un mot, j’aurai du la repousser. Mais au lieu de cela, elle se fige. Doute-t-elle aussi ? Est-ce par rapport à cette fameuse nuit sur les quais ? En réalité, je le sais. Elle a peur. Et moi je suis terrorisé à l’idée de la prendre dans mes bras et la chérir. Suis-je capable d’une telle attitude ? Je n’ai jamais réussi, jamais. Nos regards se croisent, mon désir augmente, c’est insupportable.

    « Prend-moi dans tes bras. Je ne veux pas que ça s’arrête mais je... Prend-moi dans tes bras, s’il te plaît. »

    La réflexion est devenue difficile. La voir me supplier ainsi de la prendre dans mes bras est un véritable supplice. Son regard me supplie, son corps me supplie. Et le mien serait fou de refuser. Mes yeux s’emplissent de larmes d’émotion, brillent de mille feux… Je me relève doucement, avec prudence, et me rapproche d’elle, toujours debout. Je me relève, lui fait face. Elle, si petite, si belle… Mais pourtant si fragile. Et moi, entièrement nu. Comme elle. Je m’empare de ses joues avec tendresse, l’embrasse doucement, puis passionnément.

    « Si tu savais comme c’est mal… Mal d’avoir autant envie de te serrer contre moi. Viens Princesse, viens. »

    Je la soulève avec prudence, serrant son flanc contre ma poitrine. Je contourne le lit, toujours avec de grandes précautions pour ne pas la brusquer, et la dépose au centre. De là, elle est encore plus belle. Ses longs cheveux noirs tombent sur sa poitrine, sur laquelle j’aperçois quelques frissons. Si ce n’est pas ce soir, ce sera un autre soir. T’es tellement borné petit, vas-y, rejoins ta muse puisqu’on sait tous ici qu’elle est ta muse. J’ai ton accord ? Est-tu devenu folle, la voix ? Oui, probablement. Maintenant dépêche-toi avant de perdre ta règle d’or : une dame n’attend pas.
    Je monte à mon tour sur le lit, la rejoint à quatre pattes sans jamais quitter ses jolis yeux. Mon sourire timide est toujours présent, alors que l’une de mes mains vient caresser son ventre, descendant doucement, patiemment. Je me positionne sur son côté, pour ne pas l’impressionner, avant de commencer un jeu de séduction... Je l’embrasse sur le front « Smoothness » ; la joue gauche « charm » ; puis descend pour aller caresser son sein droit « beauty ». Pendant ce temps, mes mains se baladent, découvrent la peau d’une douceur incroyable de la magnifique jeune femme. Il est inutile de vous faire une comparaison avec une ancienne conquête, car Emy est de loin la plus incroyables de toutes. Peut-être parce que jamais je n’aurais pensé la tenir si près de moi. Jamais. Les minutes se succèdent si vite, j’ai l’impression de devoir passer des heures en sa compagnie pour mémoriser chaque grain de beauté, chaque pli distingué de sa peau sur ses os…

    « I’m yours. You're too good for me but… please don’t be afraid of me. »

    Enfin, je remonte vers ses lèvres, les embrasses… « Love ». Et alors que ce mot puissant sort de ma bouche dans un soupir, d’un léger, très léger mouvement du bassin, je laisse une vague de chaleur immense m’envahir, l’envahir. Nous envahir. Enivré, je la fais basculer au-dessus de moi, toujours avec délicatesse. Et bientôt, mon corps entier est gagné par la chaleur, le désir naissant à chaque battement de ses cils. Je ferme les yeux, appréciant son parfum, si près… Tellement près.
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Emy Hale
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MessageSujet: Re: « Chaque passion parle un différent langage. »   Jeu 27 Juin - 17:23

Quiconque ayant observé à quel petit jeu se livraient Nate et Emy depuis maintenant bien longtemps aurait sans doute pu prédire que les choses allaient se terminer ainsi. N’y avait-il pas des années qu’ils se tournaient autour, sous couvert de se monter allègrement l’un contre l’autre, de se disputer pour des broutilles et de se détester ? À les voir, c’est ce qu’aurait dit n’importe qui, excepté les principaux intéressés. Si on avait dit à Emy que ce qui se passait pourtant bel et bien ce soir finirait par arriver, elle en aurait ri, ou se serait rapidement enfuie en estimant inconscient de rester auprès d’une personne capable de raconter pareille ânerie - qui sait ce dont ce genre de fous sont capables ? Et voilà où ils en étaient, après des années de chamailleries en franglais, de situations gênantes ou désastreuses, de baisers promis-c’est-la-dernière-fois-que-ça-arrive et de drames en tous genres. Si elle avait été en état de réfléchir, si elle avait voulu se montrer lucide, Emy aurait sans doute eu peine à croire que ce qui arrivait était bien entrain d’arriver - et qui d’ailleurs, si elle avait été capable d’un tel exploit, n’arriverait sans doute pas. Mais la jeune femme était bien loin de pouvoir réfléchir à quoi que ce soit. Il n’y avait pour la guider ni raison ni conscience, simplement deux forces à l’opposée l’une de l’autre qui la poussaient à rejoindre Nate sur ce lit, tout en faisant remonter à sa mémoire bien des images qu’elle aurait voulu pouvoir oublier, même si les deux yeux trop bleus qui la fixaient étaient les mêmes que lors de cette nuit-là. Alors, pleine de contradiction comme toujours, elle restait là, debout devant lui, sans savoir que faire - ce qui était tout de même un comble, car Nate était plutôt de ces hommes que l’on hésitait pas à rejoindre dans ce genre de situation. Il fallait vraiment que ces enfoirés de soldats aient laissé en elle une profonde blessure car la véritable Emy, celle d’avant, ne se serait pas laissée prier, surtout après avoir entrepris de prendre les choses en main comme elle l’avait fait.

C’est pour faire disparaître le décor enneigé qui s’était à nouveau imposé à elle que la jeune femme baissa les yeux sur Nate, avec au fond de ceux-ci autant de panique que de désir. Elle lui avait demandé de la laisser faire, mais maintenant, elle avait besoin qu’il l’aide. Qu’il l’aide à se souvenir que tout allait bien et qu’elle ne risquait rien - si l’on oubliait évidemment qu’ils se trouvaient dans la chambre d’un officier allemand susceptible de vouloir y rentrer à tout moment, et en colère qui plus est car à l’heure qu’il était, il devait être entrain de chercher les clés qu’une journaliste en mal d’aventure lui avait subtilisées. Un détail, assurément, et un détail que la journaliste en question avait relégué bien au fond de sa tête, avec d’autres détails tout aussi dépourvus d’intérêt comme la raison pour laquelle elle était venue à la base, celle de la présence de Nate, et le fait qu’elle savait pertinemment que ce qu’ils étaient tous deux entrain de faire ne serait pas sans conséquences. Mais après tout, à quoi bon s’encombrer l’esprit de choses aussi futiles, n’est-ce pas ?

Rien de tout cela n’effleura l’esprit de la jeune femme, et la petite voix qui s’agitait ordinairement dès qu’il y avait alerte semblait s’être tue. Tout ce que voyait Emy en cet instant c’est Nate qui se leva et s’approcha lentement d’elle, toujours figée face au lit, pour l’embrasser tendrement, réveillant ainsi de nombreux frisson sans qu’elle puisse savoir ce qui les causait exactement.
« Si tu savais comme c’est mal... Mal d’avoir autant envie de te serrer contre moi. Viens Princesse, viens, souffla alors le jeune homme.
- Le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder, répondit la princesse en question, retrouvant soudain un peu de son mordant. »
Sur ces mots, elle se blottit contre lui et se laissa soudain soulever, la tête au creux de son épaule. Pendant les courtes secondes où il la porta, elle respira son parfum familier, rassurant, si bien que lorsqu’il la déposa sur l’immense matelas aux draps parfaitement plissés, les images qui la hantaient s’étaient éloignées, laissant un petit sourire naître au coin de ses lèvres. Il ne tenait qu’à elle de rendre les choses plus facile, désormais puisque les premières hésitations passées, elle savait qu’elle désirait ardemment ce moment. Elle ne l’aurait sans doute pas admis une semaine, ni même une heure plus tôt, me le fait était que malgré les frissons encore indécis qui la parcouraient, Emy ne voulait qu’aller jusqu’au bout. Finalement, elle ferma les yeux sous les caresses de Nate, la peau tendu, ne pouvant retenir un soupir à chacun de ses mots. Ses propres mains, guidées par son seul instant, entreprirent de découvrir le corps du jeune homme, et lorsqu’elle souleva à nouveau ses paupières, ce ne fut que pour croiser son regard.
« I’m yours. You’re too good for me but... please don’t be affraid of me, murmura-t-il tout contre sa bouche.
- I’m not, I’m not affraid of anything now... répondit-elle. »
Alors ils s’embrassèrent, et tandis qu’elle se serrait un peu plus contre lui, un mot, comme un souffle, s’envola entre eux. « Love ». Sans doute Emy ne réalisa-t-elle pas pleinement et entièrement ce qu’il signifiait, peut-être parce qu’à l’instant où Nate le prononça, elle le pensait aussi, et ne voulu que l’embrasser à nouveau, avec plus de passion encore tandis que leurs corps se mêlaient. La jeune femme se laissa basculer au-dessus de lui, respirant son parfum, profitant de sa peau, de sa présence. Il y avait longtemps qu’elle ne s’était si sentie si bien, cette sensation dura longtemps, tout ce temps où ils s’aimèrent, jusqu’à ce qu’une douce vague de chaleur les envahissent, et les laisse essoufflés sur le matelas, côte à côte.

Emy ne songea pas à comparer ces instants à quoi que ce soit, il n’y avait pas d’équivalent, et le sourire qui étirait ses lèvres en témoignait assez. Pendant un moment, elle resta immobile, yeux fermés. Elle ne réfléchissait pas, elle savait qu’il valait mieux ne pas penser, car la petite voix raisonnable qui sommeillait en elle en profiterait pour venir la torturer, et elle voulait profiter encore de ces instants. Dans le silence, il lui sembla encore entendre résonner ce petit mot, si lourd de sens. Là encore, elle s’interdit se poser la moindre question. Elle aurait bien assez de temps pour cela dès que le charme serait rompu, aussi ouvrit-elle soudain les yeux pour tourner la tête vers Nate, allongé à ses côtés.
« Thank you, souffla-t-elle, juste assez fort pour qu’il l’entende. »
Elle lui adressa un petit sourire. Elle ne savait trop que dire d’autre, et avait la sensation que tout cela était loin d’être anodin pour elle. Elle n’eut de toute façon pas le temps d’en dire plus, car alors qu’elle se demandait quoi ajouter, un bruit suspect se fit soudain entendre derrière la porte. Aussitôt, les deux amants se redressèrent et Emy, yeux fixés sur la poignée de la porte, sentit son coeur manquer un battement. On tenta d’ouvrir la porte, sans succès, car elle était fermée à clefs et celles-ci, restées dans la serrure, et après quelques longues secondes d’angoisse, résonnèrent derrière la porte des éclats de voix plein de colère, en allemand, puis des bruits de pas qui semblaient rebrousser chemin.

« Il ne faut pas qu’on reste ici, il va revenir ! lança Emy en se tournant vers Nate. »
Et lorsqu’il reviendrait, ça serait avec une solution pour ouvrir cette porte, elle n’en doutait pas. D’un bond, elle fut hors du lit, et entreprit de remettre sa robe, ce qui ne se fit pas sans difficultés, ni sans l’aide de Nate car ce n’était pas exactement le genre de robe que l’on enfilait à la va-vite. Oubliés les papiers sur le bureau de l’officier, l’article et tout ce qui s’en suivait, il fallait juste qu’ils sortent d’ici vivants et ça n’était pas gagné. Heureusement, ils finirent par retrouver une allure présentable. Emy, qui s’interdisait toujours de réfléchir à ce qui s’était passé, effaça de la joue de Nate une marque de rouge à lèvre fort suspecte et enfin, il se dirigèrent vers la porte, que la demoiselle ouvrit légèrement. Le couloir semblait désert.
« Let’s go ! »
Là-dessus, ils sortirent. Mais à l’instant où ils fermaient la porte derrière eux, de nouveaux bruits de pas se firent entendre, et deux voix, dont une que l’on reconnaissait aisément comme étant celle de l’allemand qui avait déjà tenté d’ouvrir la porte. Emy se figea un instant, échangea un regard avec Nate, regarda à nouveau vers le couloir au coin duquel les deux nouveaux venus n’étaient toujours pas apparu, puis une fois encore vers Nate... et finalement, dans un réflexe dont elle ne saurait dire s’il fut heureux ou malheureux, l’entraîna dans l’encoignure d’une autre porte, et l’embrassa. Ils purent donc faire mine d’être fort surpris et penaud lorsque l’officier et un maître d’hôtel les surprirent, et eurent une bonne raison de baisser la tête et de s’éloigner à tout allure. Une fois qu’ils eurent disparu de leur champ de vision, la journaliste, décidément pleine d’initiatives ce soir, attrapa son compagnon par la main et ils dévalèrent les escaliers jusqu’à la salle de réception où ils purent se fondre dans la masse, afin de ne pas être repérés par l’officier qui allait trouver sa chambre dans un drôle d’état et pourrait se douter de quelque chose.
« Let’s get out of here, souffla-t-elle à l’oreille du jeune homme. »
Et surtout, surtout, ne pas penser.

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MessageSujet: Re: « Chaque passion parle un différent langage. »   Mer 17 Juil - 19:32


    « Le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder. »

    Le pire dans tout cela, c’est quelle a raison. Depuis combien de temps nous connaissons-nous ? Pourquoi nous retrouvons-nous l’un contre l’autre, plus unis que jamais ? Et surtout dans la chambre d’un monstre. Je soupire, de soulagement, de bonheur peut-être. Sa réactivité à mes caresses, les mots prononcés sans aucune gêne m’emplissent d’un sentiment nouveau. Comme si tout ce qu’il se passait me nouait le ventre, me rendait nerveux. Comme si j’avais peur, en fait. Foutaise ! Oh toi, ne viens pas m’importuner dans mon intense réflexion, merci !

    Peur qu’elle me craigne, que plus jamais mes yeux posés dans les siens ne la fassent rougir, ou que l’envie lui prenne de m’oublier. Tant de pensées confuses, à vrai dire, qui secouent mon esprit dans sa totalité. Que racontes-tu, sombre crétin ? Tu sais pertinemment que le destin vous a toujours fait vous croiser, même dans les moments les plus inattendus. Souviens-toi… Souviens-toi de chaque instant où tu croyais halluciner de la voir, et où son parfum te revenait et te prouvait sa réalité. Souviens-toi de toutes ces années où rien n’aurait pu vous lier, et ou pourtant vous n’avez pas pu vous empêcher de vous rencontrer. Ce n’est plus du hasard à force, n’est-ce pas petit ?

    Et quand la petite et envahissante voix dans ma tête fait tout pour me convaincre de ce dont elle devrait me décourager, il y a de quoi se poser des questions. Mon corps se tend, frissonne, à l’unisson avec le sien. Nos regards s’accrochent, se mêlent. Ses prunelles me fascinent, m’entraînent dans un monde parallèle où mon coéquipier de la Brigade n’existe pas, où elle n’est pas journaliste politique et engagée, et où nous ne nous connaissons pas depuis des siècles. Ce monde où tout n’est que matériel, où les craintes, le malheur de la guerre ne sont pas.

    « I’m not, I’m not affraid of anything now... »

    Qu’il est dur ce moment où votre cœur manque un battement. Qu’il est beau, cet instant où la confiance d’une jeune femme vous est offerte. J’ai envie de la remercier, de toutes mes forces, mais ouvrir la bouche pour lui répondre m’est impossible. Ses lèvres viennent embrasser les miennes, m’empêchant une bonne fois pour toute de lui donner la réponse que j’aurais pu un jour lui formuler.

    Je me contente de profiter de la chaleur de son corps, de l’effet qu’elle me fait. J’ai l’impression de découvrir une nouvelle saveur, un nouveau monde qui s’ouvre à moi. Mes mains attrapent son visage, je dépose mon front contre le sien, ouvrant les yeux de temps à autres pour croiser son immense regard, brillant de mille feux. Je ne sais plus comment agir… Il est parfois difficile de garder la tendresse quand la fougue frappe au portillon.

    La chaleur qui monte en moi, m’emplit de bonheur, est bien différente de toutes celles déjà vécues. La fatigue me gagne à grande vitesse, je me pousse doucement pour ne surtout pas lui faire de mal. L’une de mes mains reste sur son ventre, appréciant de la voir reprendre son souffle. Je glisse mes lèvres dans le creux de son cou, déposant un ultime baiser en guise de remerciement. La paix m’a rejoint, même cette insupportable voix me laisse profiter de ce répit nouveau.

    « Thank you. »

    Ces deux mots me suffisent à revenir à la réalité. Mon Dieu Nate, mais qu’as-tu fais ? J’angoisse d’avoir cédé, bien que la femme convoitée soit la plus belle de toutes. Cela n’est plus un secret pour personne, je sais bien que tout le monde a surpris notre petit jeu. Tout le monde s’attendait à ce que ce moment arrive. Mais pourquoi pas nous, les principaux concernés ? Et puis… J’aperçois ce superbe petit sourire dessiné sur ses lèvres, qui m’évite de m’affoler trop longtemps. Et puis quoi ? Après tout, c’est la guerre… La guerre rassemble les gens les plus différents pour quelques moments de bonheur. C’était comme ça pendant la Grande Guerre, non ? Je lui rends son sourire, effaçant de mon regard tout doute qui aurait pu lui apparaître. De toute façon, elle n’aurait pas pu le remarquer, car en effet, quelques secondes plus tard, les deux corps étendus sur le lit se relèvent en hâte. Un bruit derrière la porte. Le revoilà !

    « Il ne faut pas qu’on reste ici, il va revenir ! »

    Hum, oui effectivement, ce pourrait être une solution probable. Je me félicite d’avoir fermé à clé, et me lève d’un bond. Remettant mes habits, je commence par essayer d’avoir l’air de sortir de chez moi pour aller à une grande soirée –ce qui en soi, n’est pas gagné. En deux temps trois mouvements, je suis fin prêt. En me tournant vers Emy, je remarque qu’un coup de main ne serait pas de trop.

    « Rappelles-moi pourquoi ce choix judicieux de robe, déjà ? »
    Je l’aide à la refermer –avec une légère crainte de l’étouffer, ceci dit-, bien que les lacets à nouer soient nombreux. J’ai peur d’en avoir eu pour des heures. Au bout de quelques secondes, looongues secondes, je la retourne, la contemple très rapidement avant de remettre une mèche rebelle derrière son oreille. Elle frotte ma joue, me rappelant une fois de plus que ses lèvres m’ont effleuré bien trop de fois… Instinctivement, je regarde la fenêtre entre-ouverte. C’est vrai que quitte à vivre en sauvage, autant se comporter ainsi. Emy, elle, semble se diriger de l’autre côté. Par la porte ? Elle ne me laisse cependant pas trop le choix. Je ramasse le carnet sur la commode, afin d’avoir quelque chose à présenter à mon camarade tout de même, puis vais pour suivre Emy.

    « Let’s go ! »

    Ne sachant pas trop ce que nous allons devenir en chemin, ni par quelle issue je vais pouvoir retrouver le calme de la nuit parisienne, je préfère envoyer un petit signe de vie à mon ami… Lui disant gentiment de foutre le camp d’ici parce que la situation est tendue. Je fais volte-face, ouvre la fenêtre envoie un petit coup de sifflet entre mes doigts, sans trop forcer sur le volume pour ne pas attirer l’attention de le couloir. Je ferme les carreaux à la hâte, rejoignant la jeune femme avant qu’elle ne s’impatiente.

    Si le couloir semble désert, il ne l’est pas. Des bruits de pas, et des jurons en allemand se font entendre, et comme par hasard de plus en plus près. Ma soigneuse compagne de la nuit a bien fermé la porte, mais ne serons-nous pas suspect dans ce couloir, quand ils nous découvriront ? Cependant, une fois de plus, la lucidité d’Emy me laisse sans voix. Pour de vrai ! Je me retrouve collé contre le mur, de toutes les forces qu’elle a rassemblées dans la hâte. Son parfum si proche, ses lèvres qui embrassent les miennes… Mes jambes vont céder un de ces quatre, à force ! Je lui rends son baiser, bien qu’il soit beaucoup trop court à mon goût.

    Les monstres nous découvrent, puis passent leur chemin, pas le moins du monde surpris de voir une aussi belle femme embrasser fougueusement un faux gentleman. Tout est normal. Sauf cette fichue porte qui refuse de s’ouvrir ! Parmi les hommes, celui qui ferme la marche m’adresse un clin d’œil, malicieux et soulagé à la fois de me voir en vie, et sorti d’affaire. J’espère juste ne pas l’avoir trop mis dans l’embarras. Hey, c’est Emy qui a volé la clé, pas toi ! Pas faux.

    « Que cette prise de liberté ne devienne pas une trop grande habitude, jeune fille ! »
    Je souris de toutes mes dents, prenant l’air décontracté, et elle… Ma main dans la sienne. Je me laisse guider, conscient qu’elle connaisse un peu mieux les lieux qu’un pauvre garçon comme moi. Si ce n’était pas MA Emy, LA Emy que les nazis redoutent tant, je n’aurais pas dû lui faire confiance, et j’aurais sauté par la fenêtre. Mais c’est impossible. Cette Emy, je ne la connais pas. Je ne l’ai jamais vue à l’action, et j’avoue que la curiosité m’envahit. Je devrais être terrifié de la laisser exposée au danger, sauf que le simple fait d’être à ses côtés me suffit à penser que si jamais ça tourne mal, je serai là.

    « Let’s get out of here. »

    Pour l’instant, personne ne s’est douté de rien. Nous ressemblons à un jeune couple parmi tant d’autres. J’acquiesce d’un signe de la tête quant à son affirmation. Plus loin d’ici je serai, mieux je me porterai. Le luxe est un peu trop sorti de ma vie avec la Résistance. Cette fois, une fois le hall d’entrée dépassé, je m’efforce de nous faire garder le même pas pour ne pas attirer l’attention. Sa main emmêlée avec la mienne, bien au chaud, me permet de la guider sur le bon chemin.

    Paris est tellement calme, lorsqu’on s’éloigne des festivités… Et qui de mieux qu’un vagabond de la nuit pour conduire une clandestine hors de danger ? Enfin, c’est qu’elle en fait une belle de clandestine avec sa robe hors de prix ! Il ne faut pas que nous empruntions les grands axes, ni même les ruelles… Je pourrais être reconnu, et elle aussi. Ce serait une idée vraiment très mauvaise. Oh que oui, très très mauvaise !

    Nous arrivons bientôt dans un cul de sac. Cela fait un long moment que nous marchons sous le froid polaire de cette fin d’hiver. Mais moi je n’ai pas froid. Je n’ai plus froid, depuis que mes nuits sont occupées à l’extérieur de mon placard à balais. Je sens qu’elle commence à se poser quelques questions, mais refuse de parler tant que je n’ai pas vérifié nos arrières. Cela ne tarde pas à arriver. Je la laisse devant le mur de quelques mètres alors que je me retourne pour vérifier que personne ne nous a suivis. Je reviens vers elle, tout sourire, comme si l’idée de lui faire découvrir mon monde me rendait heureux. N’est-ce pas le cas ?

    « Do you trust me, my pretty wonder? »

    Je n’attends quand même pas la réponse. Nous ne pouvons pas nous laisser le choix d’être attrapés, de toute façon. Et le seul endroit sûr que je connaisse pour passer la nuit n’est pas très loin d’ici. A vol d’oiseau, j’entends dire.

    « Je suis désolé, mais je vais devoir te mettre un peu à l’épreuve. Nous allons aller sur l’un des plus beaux points de vue de Paris ! »

    Voyant qu’elle est très peu couverte, je lui cède très volontiers ma veste. Tout ici a été prévu pour la fuite, de la petite poubelle à l’immense benne qui permet de monter sur le haut du mur sans avoir besoin d’être un acrobate renommé. Je revêts mon masque de Robin des Bois, bien qu’elle ne sache pas que l’ex Robin Wood et nouveau Marple soit aussi proche d’elle.

    « No little princess, don’t be naive. We're not going to the Eiffel Tower! »

    Quelques instants plus tard, je lui soumets l’idée de m’accompagner. J’entreprends de monter jusqu’au sommet du mur, m’assurant à chaque seconde de la stabilité de la jeune femme plutôt que de la mienne. Quelques minutes plus tard, nous nous hissons sur le toit d’un immeuble d’où le point de vue est incroyable. La neige recommence à tomber sous forme de très fine pellicule blanche se déposant sur la ville occupée. Et lorsque je me retourne, la petite fenêtre qui donne sur le toit est entrouverte. Tout y est intact. Personne n’a trouvé la cachette de ce très cher Marple, et le voilà ravi ! Je lui fais signe de rester là, me glisse par la fenêtre et revient quelques minutes plus tard avec une chaude couverture en laine.

    Assis par terre, sur le toit de l’immeuble, je l’invite à me rejoindre, ouvrant mes bras pour qu’elle vienne s’y blottir. J’ai pris soin de mettre la grande couverture sur le sol, de façon à ce qu’elle puisse recouvrir deux personnes de sa chaleur.

    « It’s less beautiful than your home, but at least we're safe. »
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Je parle pas aux cons, ça les instruit.
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■ profession : Journaliste au Courrier Parisien

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■ religion: Irrémédiablement athée.
■ situation amoureuse: Célibataire endurcie, le couple c'est bourgeois et catholique, d'abord.
■ avis à la population:

MessageSujet: Re: « Chaque passion parle un différent langage. »   Sam 1 Fév - 19:00

Pour quelqu’un qui avait tendance à se dire de façon plus ou moins - plutôt plus - fréquente qu’elle aurait dû réfléchir un peu avant d’agir (sans que cela ne lui serve de leçon pour la prochaine fois d’ailleurs), Emy mettait désormais un point d’honneur bien paradoxal à ne surtout pas penser à ce qui venait de se passer, au pourquoi du comment, et surtout à la petite voix de la raison au fin fond de sa conscience qui lui soufflait qu’elle était tout de même bien plus heureuse qu’elle ne l’aurait dû, au point de ne pas franchement se formaliser du fait qu’un sympathique nazi pouvait leur tomber dessus à tout moment si les initiatives improvisée qu’elle prenait ne fonctionnaient pas. Initiatives qui sortaient d’on ne savait où d’ailleurs, car dans un monde tout à fait normal, jamais Emy n’aurait eu l’idée saugrenue de tenter de se faire discrète en embrassant fougueusement l’insupportable énergumène qu’était Nate, encore moins pour regretter que ce baiser ne puisse durer plus longtemps (non, parce qu’à un moment, il fallait bien filer quand même). Certes, mais dans un monde normal, rien de tout cela ne se serait de toute façon produit. Dans ce monde-là, Nate n’aurait pas été contraint de plonger dans la clandestinité, ni de fouiller le bureau d’un des trop nombreux Allemands installés rue de Rivoli, pas plus qu’Emy n’aurait eu la sombre idée de subtiliser la clé en question (quoique, était-ce si étonnant ?) pour se retrouver nez à nez avec celui qui s’obstinait à se trouver continuellement sur son chemin là où l’attendait le moins. Et ce depuis longtemps, tellement longtemps que finalement, il était peut-être temps. Combien de fois l’avait-il embrassée ? Combien de baisers lui avait-elle rendus ? Combien de fois s’était-elle prise à penser à lui autrement que comme ce type qu’elle ne pouvait supporter et qui prenait un malin plaisir à la poursuivre ? Des centaines, sans doute, avant de céder à sa mauvaise foi naturelle et de trouver tout autant de prétextes pour expliquer la façon dont il la troublait. Tout ça alors, alors qu’au fond, n’était-ce pas couru d’avance ? Les rares personnes à avoir pu suivre leur petit manège l’avaient sans doute vu venir, à moins qu’il ne suffise que de les voir se chamailler quelques minutes pour comprendre. Etaient-ils les seuls à ne pas avoir compris ce qui les attendait, alors même que le bonheur, la sérénité qui avait envahi Emy quand elle s’était blottie dans les bras de Nate, ces mêmes bras qui l’avaient supportées en de nombreuses occasions, étaient le signe le plus évident que ce moment devait finir par arriver ? Il y aurait eu matière à réfléchir, en un mot, pourtant, de peur de céder à un affolement mal venu ou aux remords, la jeune femme s’obstinait à s’en empêcher, toute entière concentrée sur l’instant présent.

L’instant présent en question avait de toute façon de quoi la préoccuper et la détourner de ses problèmes existentiels. S’ils avaient bel et bien réussi à sortir du couloir dans lequel, malgré leur petite diversion, ils demeuraient éminemment suspects, restait encore à sortir de cet hôtel tout court, d’abord parce que l’officier allemand allait bien finir par se rendre compte qu’il s’était passé quelque chose dans sa chambre, ensuite parce que définitivement, il y avait bien trop d’uniformes dans les environs. Sa main dans celle de Nate, Emy guida leurs pas au travers des salons qu’elle connaissait un peu trop bien pour ne pas se souvenir de ce à quoi ils avaient ressemblé avant d’être tapissés de drapeaux rouges et noirs - qui en plus, n’étaient définitivement pas très esthétiques, c’est du moins la remarque qu’elle se fit alors qu’ils atteignaient enfin le hall d’entrée, parce que c’était tout à fait le moment et le lieu de se faire ce genre de réflexion. La sortie étant toute proche, la journaliste (qui n’avait pas d’article à rapporter à son patron, celui-ci n’ayant certainement aucune envie de savoir ce qu’elle avait fait de sa soirée) dut se contenir pour maintenir une allure raisonnable et qui n’aurait pas attiré l’attention sur eux. Le jeune homme dut le sentir car il serra sa main, et ils sortirent le plus naturellement du monde, comme un couple parmi tant d’autres, venu assister aux rares festivités que l’Occupation permettait et qui s’en retournait désormais, laissant le faste indécent, les faux sourires, les éclats de voix allemandes malvenues derrière eux. Et si le mot « couple » semblait particulièrement déplacé pour les décrire, c’est bien ce à quoi ils ressemblèrent lorsqu’ils purent enfin gagner la rue de Rivoli, déserte à cette heure, dont les larges arcades semblaient dessiner devant eux une allée sans fin, comme un passage vers l’inconnu. Emy frissonna dans l’air froid, mais ne regretta absolument pas l’atmosphère étouffée qu’ils venaient de quitter. Elle hésita un instant, en considérant les différentes options qui s’offraient à eux. Elle aurait pu rentrer chez elle, fermer le rideau sur cette soirée qui devrait sans doute rester une parenthèse, mais étrangement, l’idée de laisser Nate derrière elle ne l’effleura pas, même vaguement.

- Où est-ce qu’on va ? souffla-t-elle en se tournant vers lui. 
C’était à son tour de les guider - elle ne connaissait les environs que pour les endroits absolument peu discrets où l’on pouvait se montrer, ses lumières ne leurs seraient donc d’aucune utilité - et sans un mot, il l’entraîna avec lui dans les rues parallèles à la grande avenue. Il semblait avoir un but précis en tête, mais malgré sa curiosité, elle ne posa pas de question car - chose nouvelle - elle avait étrangement la sensation qu’elle pouvait lui faire confiance. Ce qui lui aurait semblé une très mauvaise idée quelques semaines plus tôt (et encore, des semaines, c’était voir large) lui parut évident, aussi se laissa-t-elle guider dans la nuit froide qui lui rappela au passage qu’elle avait abandonné son manteau aux mains de l’acariâtre femme qui s’occupait du vestiaire, et qu’au regard des pénuries du moment, elle avait très peu de chances d’en revoir un jour la couleur. Tant pis, il n’était pas question d’y retourner, et Emy se prit même à espérer que quelqu’un aurait la bonne idée de le dérober, histoire qu’un Allemand actuellement probablement furieux qu’on se soit introduit dans sa chambre à des fins peu… clairs, dirons-nous, ne trouve pas suspect qu’une jeune femme soit partie braver l’hiver faiblissant sans songer à récupérer de quoi se couvrir. il n’y avait sans doute pas de façon plus stupide de se faire prendre.

Ces considérations sur les manteaux et autres nazis en colère s’effacèrent de l’esprit de la journaliste lorsqu’elle se rendit compte que Nate les avait mené dans un cul-de-sac. Il la laissa un instant auprès du mur de quelques mètres qui s’élevait face à eux pour aller vérifier que personne ne les avait suivis, le temps pour Emy d’observer avec perplexité les environs, cherchant en vain une porte cachée, une trape, un signe, n’importe quoi qui aurait pu lui indiquer ce qu’ils faisaient ici. Qu’avait-elle pensé déjà ? Qu’elle lui faisait confiance ? Non sans ironie, une petite voix mal intentionnée lui souffla que de tous les deux, c’était quand même généralement lui qui avait les idées les plus discutables - ce qui faisait d’elle la plus stupide d’avoir cru que ce serait moins discutable que d’habitude. Mais lorsqu’il se retourna d’elle pour lui adresser un sourire, elle ne put s’empêcher de le lui rendre.
- Do you trust me, my pretty wonder ? lança-t-il en revenant vers elle. 
Elle haussa un sourcil perplexe, parce qu’il avait quand même de drôles de surnoms en réserve, mais alors qu’elle allait répondre, il lui attrapa la main et l’entraîna vers le murs qui se dressait toujours face à eux, et n’avait toujours pas décidé de bouger pour leur laisser le passage, ce qui la laissa, elle, d’autant plus perplexe. Non pas parce qu’elle ne voyait toujours pas comment ils allaient sortir d’ici, mais parce qu’une séance d’escalade en robe de cocktail et en pleine nuit promettait quelques minutes assez périlleuses.
- Je suis désolé, mais je vais devoir te mettre un peu à l’épreuve. Nous allons aller sur l’un des plus beaux points de vue de Paris !
- Tu penses qu’on va pouvoir admirer la vue du haut du mur ? répondit-elle, taquine. Quel point de vue ? ajouta-t-elle en s’empara volontiers de sa veste, parce qu’une fourreau n’avait jamais protégé qui que ce soit du froid. 
- No little princess, don’t be naive. We’re not going to the Eiffel Tower !
- I hope so, that would be too mainstream for us.

Et là-dessus, ils purent se lancer dans une petite expédition sur les toits de Paris. Emy finit par devoir prendre à la main les talons qui lui interdisait toute acrobatie et c’est pieds-nus, mais rieuse, qu’elle grimpa avec habilité à la suite du jeune homme - parce qu’elle était peut-être en robe, mais elle n’en était pas moins pleine de ressources. Au bout de quelques minutes, finalement, il avaient réussi à gagner sans encombre le toit d’un immeuble. Là, Emy resta saisie par la vue qui s’offrait à elle, surplombant les toits de Paris qui s’offrait à elle dans la nuit. Elle laissa Nate descendre par la petite fenêtre ouverte pour tenter quelques pas vers le bords, et jeter un oeil en bas. La rue qu’elle avait sous les yeux, la ville entière, tout semblait endormi, calme, presque serein, comme si la guerre n’avait pas été là, aussi serein que la jeune femme qui inspira longuement dans l’air frais avant de se retourner vers Nate qui apportait avec lui une couverture bienvenue. Sans hésiter, elle alla s’asseoir auprès de lui, et se blottir dans ses bras. Au diable les questions, les réflexions, et tout ce qui s’en suivait, pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait réellement bien, débarrasser de toutes ses angoisses et de la réalité peu glorieuse de la guerre - et tout cela n’avait pas de prix.
- It’s less beautiful than your home, but at least, we’re safe, murmura le jeune homme.
- It’s far more beautiful… I love this place.

Son regard passa de la ville baignée de la lumière blafarde de la lune pour se lever sur lui. Elle distinguait mal ses traits dans l’obscurité, mais elle les connaissait bien assez pour les deviner, et lui adressa un petit sourire. Sans réfléchir, elle déposa un furtif baiser juste au coin de ses lèvres, avant d’enfouir son visage au creux de son épaule et de fermer les yeux, pour respirer son parfum familier, toujours rassurant, quelle que soit la situation. Elle resta ainsi quelques instants, songea que ce soir, tout leur était permis, même si elle s’en voudrait sans doute dès que la nuit se serait effacée, même si elle ignorait où tout cela les mènerait.
- Tu vis ici ? demanda-t-elle soudain en levant la tête.
La curiosité, chez Emy, n’était jamais très loin, d’autant qu’elle découvrait là un monde qu’il avait entouré de mystères à ses yeux. Or un mystère ne lui résistait jamais bien longtemps. Une moue mutine aux lèvres, elle observa à nouveau la ville.
- Pas si mal, en fait, la vie de clandestin, continua-t-elle sur le ton de la plaisanterie, tu as une plus belle vue que dans les hôtels rue Rivoli, au moins !
Bon d’accord, elle oubliait (volontairement, inutile de s’angoisser à nouveau) les risques et tout ce qui s’en suivait, risques dont elle avait eu un aperçu un peu trop précis dans les locaux de la Gestapo, mais au fond, il était dans sa nature de voir le bon côté des choses - quand elles en avaient - et elle aurait sans doute pu rester là des heures entières. Un courant d’air vint la faire frissonner malgré la couverture, et par réflexe, elle se serra un peu plus contre lui. Les souvenirs de ce qui s’était passé à l’hôtel, de leurs étreintes et de leurs soupirs lui revinrent aussitôt en mémoire et pour la première fois depuis qu’ils étaient sortis de cette chambre, elle se troubla.
- Nate… souffla-t-elle.
Mais elle s’interrompit. Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle s’apprêtait à dire. Que pouvait-elle lui demander ? Ce qui allait se passer ensuite ? S’il pensait les mots qui lui avaient échappé alors qu’ils s’embrassaient ? Elle ignorait même pourquoi elle y attachait la moindre espèce d’importance. Emy hésita un instant. Avec un autre, elle aurait tourné la chose de façon à en rire, peut-être, mais c’était Nate aussi, elle n’en fit rien, et finalement, ne souffla pas mot des questions qu’elle se posait. Pas les plus importantes, du moins.
- Qu’est-ce que tu cherchais dans ce bureau ?
Peu subtil, certes. Mais au moins, sans conséquence.

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MessageSujet: Re: « Chaque passion parle un différent langage. »   Mer 12 Fév - 19:26

( Ouais je sais, l'attente du RP a du être longue depuis hier soir mais mon Internet, ce salopard, m'a lâchée au moment de poster è.é)

    Les minutes passent, sans que l’un d’entre nous ne pense à bouger de l’étreinte chaleureuse de la couverture, et de nos corps enlacés pour se tenir chaud. Ayant cédé ma propre (et unique) veste à la charmante jeune femme qui m’accompagne, la couverture de laine était de loin la bienvenue. Nous sommes si proches que son parfum m’enivre, comme si c’était la première fois que je le sentais. Ma main tient la sienne, caressant sa paume du bout des doigts. Chaque seconde paraît la détendre, son contact sur ma poitrine s’intensifie. Je dépose finalement mes lèvres contre sa tempe, et ferme les yeux pour apprécier ce rare moment de calme en période de guerre. Depuis quand n’ai-je pas été serein ?

    « It’s far more beautiful… I love this place. »

    Je relève la tête, heureux. Oui, heureux, et cela fait bien longtemps que ce sentiment ne m’a pas traversé. Parce que cette agitation dans laquelle je vis, la peur sans cesse que l’instant vécu soit le dernier… Et cet éloignement des personnes qui me sont chères : Ma mère, mes amis. Et même les personnes les moins attendues. Les petites pestes riches, qui fument beaucoup trop, et qui ont le luxe de pouvoir vous narguer en buvant un excellent café alors que vous crevez de faim... Non, ce discours ne vise bien sûr personne ici. Toute ressemblance avec une personne ayant vécu est totalement fortuite, bien évidemment.

    Je n’aperçois son sourire qu’au dernier moment, alors que je change légèrement ma position pour soulager mes jambes engourdies par le froid. Ses yeux pétillent à la lumière de la lune. Ils sont si différents des derniers rêves que… NATE ! … Qui me la montraient pale, sur une chaise, ligotée… Elle est tellement plus vivante en vrai. Tellement plus forte, tellement plus joyeuse. Et tellement moins réaliste… Ses lèvres au coin des miennes me ramènent à la réalité. Je ferme les yeux, respire à plein poumon l’odeur de la femme, puis expire lentement. Je me sens apaisé, et ma garde baisse. C’est mauvais, tellement mauvais pour un combattant comme moi. Mais cela fait si longtemps que personne n’a été tendre, affectueux avec moi. Depuis combien de temps n’ai-je pas vu une femme ?

    J’ignore même comment Emy peut encore tomber dans mes bras alors que la guerre a fait des ravages. Mes traits sont creusés, les cernes sous mes yeux témoignent de nombreuses insomnies. Sans oublier tous les kilos qui se font la malle semaines après semaines. Je ne peux m’empêcher de penser à ma mère, qui serait folle de me voir dans cet état. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle je ne peux me regarder dans un miroir. J’imagine ce à quoi je peux ressembler, sans réellement pouvoir l’affirmer. Bientôt, je ne verrais plus derrière mes longues mèches brunes en bataille. Peut-être faudrait-il les raser ?

    C’est durant cette longue méditation que je sens la jeune femme s’abandonner dans le creux de mon cou, et son souffle m’effleure la peau avec une immense douceur. Les frissons causés par l’air froid de la nuit ne peuvent qu’en être intensifiés. Mes doigts passent dans sa longue chevelure brune, s’emmêlant parmi les mèches soyeuses, parfumées... Comment une femme aussi belle peut-elle encore trouver du charme devant un homme qui pourrait avoir pris 10 ans en six mois ?

    « Tu vis ici ? »

    Bien sûr, cette question devait finir par arriver. Même si la réponse est claire comme de l’eau de roche, je préfère ne pas la prononcer, de peur qu’elle fasse venir les ondes négatives. Mais bien sûr, qu’elle le sait. Où aurions-nous pu être, si ce n’était chez moi ? Bien qu’on ne puisse pas réellement appeler cela un « chez soi », j’ai tout de même de quoi me réfugier..

    « Ce soir, tu n’es pas journaliste, finis-je par lui répondre. »

    Je me retire de l’étreinte pour lui laisser la liberté de s’en aller découvrir ce qui nous entoure. Je le connais, ce paysage. J’ai passé tellement de nuit à observer chaque ruelle, imaginant qu’un jour je pourrais emprunter tel ou tel chemin pour me sortir d’affaire… Chaque lumière m’est connue, chaque habitation est associée à quelque chose pour moi. Je peux dire à quelle heure les feux s’éteignent chez les voisins, mais aussi les voisins des voisins. Finalement, cette chambre de bonne au dernier étage pourrait être louée à quelqu’un d’autre. Le toit me contenterait amplement.

    « Pas si mal, en fait, la vie de clandestin, tu as une plus belle vue que dans les hôtels rue Rivoli, au moins ! »

    Vu comme ça, être Résistant est plutôt sympathique. C’est vrai que la torture, c’est un truc de dur à cuire, et que la faim, la misère, la violence, tout ça… Au final c’est pour les hommes, les vrais ! Je devrais m’en venter, peut-être que je deviendrais un héros. Je ne peux m’empêcher de sourire, d’un sourire jaune, certes, mais je ne réponds pas. Plaisanter sur cela n’est pas de bonne augure, et bien que je ne sois pas superstitieux, je préfère mettre toutes les chances de mon côté.

    « Nate… »

    Je m’apprêtais à trouver de quoi répliquer, sur un autre terrain de jeu, mais elle se resserre contre moi et me regarde, droit dans les yeux. Elle me semble un peu… Troublée. Je lui fais face, mon regard devenu tendre, plein d’assurance. Pourtant, elle n’ajoute rien, ce qui me laisse imaginer que tout se bouscule dans sa tête. Trop de questions, trop de curiosité petite Emy. Ne changeras-tu donc jamais ? Je souris, amusé.

    « Qu’est-ce que tu cherchais dans ce bureau ? »

    Bon, d’accord, j’avoue que la question me déstabilise un peu. Je fronce les sourcils, sans pour autant lâcher ses yeux clairs. C’est assez étrange, qu’elle ait enfin osé me demander ce genre de choses. Depuis qu’elle sait, depuis qu’elle m’a sauvé des mains de la Gestapo, depuis qu’elle connait les risques auxquels je suis exposé… Jamais elle n’a cherché à me poser de question concrète. Jamais elle n’a cherché à connaître mes activités. Je prends une inspiration, avant de formuler une ébauche de phrase dans ma tête pour que ma réponse soit construite, et qu’elle n’en dise pas trop non plus.

    « Eh bien, Emy… La question serait plutôt : Cherchais-tu la même chose que moi ? A moins que tu sois arrivée dans cet endroit par pur hasard, ce qui me laisserait perplexe, venant de toi. »

    Mes jambes deviennent horriblement douloureuses. Dans un geste plutôt habile, je me relève, et lui tend les deux mains pour l’aider à en faire de même. Bientôt, je la domine de toute ma hauteur, et la rapproche pour une valse silencieuse. Mon regard la transperce, dur, fermé. Le contraste doit être saisissant. Il ne faut surtout pas qu’elle sache quoi que ce soit sur cet Allemand, ou sa vie pourrait être compromise.

    « Tu aurais aussi pu me demander ce que j’y ai trouvé. Et tu as bien fait de ne pas me le demander, puisque je ne te l’aurais pas dit. Ce que j’ai trouvé pourrait t’envoyer au fin fond de l’enfer, Emy. Ce que j’y ai trouvé pourrait t’intéresser, te donner le scoop de l’année… Mais le publier serait ton billet pour la morgue. »

    Je m’arrête de la faire tourner sur les tuiles du toit parisien, prenant dans mes mains son visage frais. Je me rapproche tout doucement, mesurant chaque geste, chaque respiration pour que le temps lui paraisse d’une lenteur infime. Et bientôt, je colle mon front contre le sien, plongeant un regard menaçant dans ses prunelles bleutées. Elle ignore encore à quel point je peux devenir virulent quand une femme intelligente s’expose au danger de façon imprudente quand je risque ma vie pour la sauver dès que l’occasion se présente.

    « Tu imagines bien que mon but est plutôt de te garder en vie, même si cela me coûte ma tranquillité. »

    Cette petite touche d’humour est plutôt de mauvais goût, certes, mais je pense qu’elle est largement assez grande pour me comprendre, et pour voir qu’elle cache une grande sincérité, et… De l’inquiétude ? Mais non ! Je ne suis pas inquiet, juste… Mort de trouille ? Non ! Je n’ai pas peur !

    « Alors pour répondre à ta question, je vis ici. Et maintenant que tu le sais, je suis en danger, dis-je. »
    Je la pousse légèrement vers le mur de la maison, à côté de la fenêtre ouverte. Mes pupilles se dilatent, me donnant un air féroce.

    « Je vais devoir t’éliminer. »

    Et sur ces paroles d’une violence inouïe, je la plaque contre le mur, bras au-dessus de sa tête, l’air menaçant. D’une main, je maintiens ses bras dans cette position alors que ma main se glisse sous le tissu de ma chemise… Mes doigts effleurent ma peau, à la recherche de quelque chose de caché dans une poche intérieure, cousue pour l’occasion par une amie de la Brigade. Lorsque je trouve enfin ce que je voulais, je sors l’objet d’un geste vif, la faisant sursauter au passage.

    « …T’éliminer de leur registre, Emy. Ahahaha ! Tu aurais vu ta tête ! »

    Mon rire résonne dans la ruelle, mais je n’ai pu me retenir. Dans ma main, une sorte de parchemin est enroulé, chiffonné, mais bel et bien là. Il s’agit du rapport des actions effectuées par Emy pour lui faire du tort. J’ai été informé par une personne sûre, très intéressé par le travail de la journaliste qui les a régulièrement mis sur de bonnes pistes au-travers de ses articles. Lorsqu’on m’a donné cette mission, on ignorait qu’elle était une connaissance… De longue date. Et ma visite chez cet officier, non fructueuse, avait pour but de trouver d’autres éventuelles informations. Mais le gros est là, et j’ai ce parchemin depuis quelques jours déjà. Je n’ai cependant jamais réussi à le lire, de peur de ce que j’aurais pu y trouver.

    « It’s over. »

    D’une autre poche, je sors une boite d’allumettes, et ne tarde pas à brûler le papier, devant les yeux de la femme. Il s’enflamme, se consume si vite que je manque de me brûler au passage.

    Maintenant que nous en sommes débarrassés, je me sens soulagé. J’attrape son visage à deux mains, avant qu’elle n’ait pu réagir, et l’embrasse avec fougue. Et quelques secondes après, je m’introduis à l’intérieur, par la fenêtre. D’un geste de la tête, je lui propose d’en faire de même. J’ignore si elle va me tuer, ou me suivre docilement… Dans tous les cas, j’ai très envie qu’elle me suive, et qu’elle soit la première à pénétrer dans cet endroit qu’elle n’aurait jamais du voir. Maintenant qu’il est trop tard pour faire marche arrière, autant en profiter un peu… Elle doit mourir de froid, dehors…
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