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 Une fête de Paris ressemble toujours un peu à un feu d'artifice... Tâchons d'en limiter les dégâts !

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Edouard Cabanel
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■ profession : Ambassadeur de Vichy à Paris

PAPIERS !
■ religion: Ne croit qu'à la politique. Dieu ? ça fait longtemps qu'il n'existe plus, non ?
■ situation amoureuse: Coincé dans un mariage malheureux avec Madeleine Claussat. Trop occupé à cause de son beau-père pour avoir le temps d'aller voir ailleurs.
■ avis à la population:

MessageSujet: Une fête de Paris ressemble toujours un peu à un feu d'artifice... Tâchons d'en limiter les dégâts !   Jeu 18 Avr - 19:39




Une musique aux accents de jazz se faisait entendre de l'extérieur de l'hôtel particulier dans le noir de cette nuit du mois de mars 1943. Dès sa descente de voiture, Édouard Cabanel sentit le froid s'attaquer à ses mains non gantées et il jeta un coup d’œil envieux aux fenêtres illuminées – le couvre-feu n'était pas commencé et de toute façon, l'hôte de la soirée avait eu des autorisations exceptionnelles –, fenêtres derrière lesquelles des silhouettes noires s'agitaient dans un léger brouhaha qui couvrait les notes de la trompette. Le conseiller de l'ambassadeur de Vichy les imagina tous en train de danser, de rire et de discuter de frivolités autour de petits fours et de coupes de champagne, tous ces membres de l'élite parisienne qui offraient leur meilleur visage aux hommes en costumes militaires qui indiquaient assez de quelle autorité ils se prévalaient. C'était une terrible ironie quand on savait qu'une foule de plus en plus importante bravait la météo pour sortir dans les rues et manifester contre les restrictions de l'Occupation, Édouard avait de nouveau passé la journée sur ce problème qui n'en finissait pas. Il n'était pourtant pas un homme politique prompt à s'apitoyer sur les faibles et la pauvreté qu'il n'avait de toute façon jamais connue mais l'indécence de la situation qui s'offrait à lui le saisit dans sa pleine mesure. Il aurait préféré ne pas être obligé de quitter son appartement et d'abandonner ses enfants qui lui réclamaient « une histoire » (ils ne se lassaient jamais du récit de la mort d'Osiris) pour subir les festivités. Mais pour s'il voulait être honnête, depuis son retour à Paris il y avait désormais un an, il n'y avait nul endroit où il se rendait avec enthousiasme, au contraire. Et cette soirée-là était importante, il ne pouvait se permettre de ne pas s'y rendre. Les derniers regrets d’Édouard Cabanel s'envolèrent en même temps que la fumée formée par son souffle disparut dans les airs. Plaquant sur ses lèvres un sourire presque ironique, il se retourna vers la reine des frivolités et lui tendit la main pour l'aider à descendre. Madeleine Cabanel la saisit non sans lui jeter un regard un peu exaspéré mais elle cachait mal sa joie à l'idée de retrouver ses amies et les ragots qui avaient tendance à se multiplier maintenant que les Allemands étaient là – Édouard refusait de s'y intéresser mais il était certain qu'il serait effaré de voir tout ce que sa femme pouvait savoir sur les coucheries des uns et des autres. Mais il ne le lui reprochait pas, quelque part sa présence lui était réconfortante ce soir-là, elle était enthousiaste pour deux. Madeleine qui, comme un roc, ne changeait pas malgré le poids des années , toujours aussi jolie, élégante et écervelée, était aussi un part de normalité, de stabilité dans un monde où tout pouvait basculer du jour au lendemain et où il était amené à prendre des risques. Et il espérait bien qu'elle ferait aussi office de complice involontaire.

Tout en se frottant les paumes l'une contre l'autre dans l'espoir (vain) de se réchauffer, Édouard suivit son épouse qui se dirigeait d'un pas décidé vers l'entrée de l'hôtel, dans une longue robe ondulante. Elle présenta les cartons d'invitation que son mari avait reçu et bientôt, ils purent pénétrer au cœur de l'animation, dans un espace où Édouard se sentit presque étouffer en comparaison de la température extérieure. Madeleine ne dépareillait pas avec sa coiffure soignée, ses cheveux bruns ondulaient soigneusement et sagement dans son cou, et ses vêtements étincelants. La compagnie était brillante ce soir-là et Édouard trouvait presque cela de mauvais goût quand on savait ce qu'il faisait là, lui. Évidemment il avait été invité en tant que conseiller de l'ambassadeur de Vichy, ce poste lui donnait accès à toutes les mondanités qu'il souhaitait et malgré la guerre, celles-ci avaient continué avec les mêmes visages. Ou presque, il en manquait un certain nombre à l'appel et il y avait une concentration inhabituelle de germanophones. Édouard qui ne savait que parler anglais et égyptien ancien ne s'en réjouissait pas plus que cela. Étrangement, les amies de Madeleine étaient encore présentes et ce fut vers elles qu'elle dirigea son époux qui les salua avec politesse. Mais très vite, Édouard se désintéressa de la conversation et après avoir pris un verre de champagne dans la main pour se donner une contenance, il jeta un regard large autour de lui. Pas d'Alice Boulanger en vue mais elle devait arriver plus tard. Mais où se trouvait donc l'hôte de la soirée ? Non que le conseiller ne tînt absolument à le saluer mais il se sentait un peu nerveux et il aurait aimé avoir à l’œil cet officier au titre aussi imprononçable que son nom comme si cela allait empêcher un malheur d'arriver.
- Où se trouve monsieur Brechenmacher ? Demanda Madeleine à une femme au visage sévère alors qu’Édouard raccrochait à la conversation, trouvant que ce nom de famille ressemblait étrangement à celui de leur hôte – bien qu'il aurait été incapable de l'épeler.
L'épouse de l'ambassadeur du Reich, Anja Keller allait répliquer et Édouard tendait l'oreille mais une autre femme s'adressa directement à lui avec un sourire sympathique, pensant sans doute et non sans tort qu'il devait s'ennuyer :
- Comme se passe votre travail en ce moment, monsieur Cabanel ? J'ai entendu dire que d'affreux terroristes menaçaient la sécurité publique en manifestant dans les rues sous le prétexte qu'ils n'ont plus de pain. Forcément, s'ils prenaient la peine de faire la queue et de ne pas dilapider leurs tickets de rationnement, ils auraient plus de pain dans leur assiette...
Fort heureusement, Édouard ne portait pas son verre à sa bouche à ce moment-là. Il allait répliquer vertement quand la même femme, sans attendre de réponse – heureusement pour elle – et sans s'apercevoir de l’œil noir qu'il dardait sur elle, lui désigna de nouveaux arrivés :
- Oh mais ne serait-ce pas l'ambassadeur de Mazan ? La demoiselle qui l'accompagne est ravissante.
Édouard se retourna pour voir en effet l'apparition d'Eugène, son collègue au bras d'une jeune femme dont il voyait le visage et le sourire agaçant la quasi totalité des jours de la semaine : mais malgré toute sa mauvaise foi, qu'il estimait très faible, il devait bien reconnaître qu'Alice Boulanger était délicieuse. Elle n'en avait pas pourtant besoin pour qu'Eugène la remarque. Édouard n'avait pas eu à beaucoup insister pour que l'ambassadeur, qui se désespérait de venir une fois de plus seul, ait l'idée de l'inviter. A bien y réfléchir, c'était presque plutôt elle qu'il avait fallu convaincre.

Cabanel se contenta d'adresser un signe de tête à sa secrétaire mais il n'en pensait pas moins. Ce n'était pas un hasard s'il avait tout fait pour qu'elle figure parmi la liste des invités. Et ils n'étaient pas là pour danser la valse ou s'enivrer à force de coupes de champagne. Non, ils étaient présents dans un but bien précis et maintenant qu'Alice leur accordait l'honneur de sa venue, ils allaient enfin pouvoir mettre en œuvre leur plan. Édouard s'excusa auprès du petit groupe auquel il abandonna son épouse et après avoir abandonné sa coupe sur un plateau qui passait par là, il avança à grands pas vers Eugène qui était salué de toutes parts alors qu'Alice ne manifestait aucune envie de lui fausser compagnie. Comme si ce n'était pas ce qu'ils avaient convenu ! Édouard poussait un soupir d'exaspération quand une voix teintée d'accent allemand le coupa dans son élan :
- Oh monsieur Cabanel ! Quel plaisir de vous voir ici !
S'il savait, pensa le jeune homme en se retournant sur l'hôte des festivités et en lui adressant un sourire charmant. Au moins, il put répondre sans mentir que le plaisir était partagé, il était sincèrement heureux de le voir même si ce n'était pas pour les mêmes raisons. Il discuta quelques minutes avec l'officier Brechenmacher qui se flattait d'être amateur d'antiquités mais même la mention d’œuvres égyptiennes datant de l'Ancien Empire ne parvint pas à capter entièrement l'attention d’Édouard (preuve que sa mission était d'importance !). Quand le vieil homme ventru et moustachu le lâcha enfin pour aller voir Eugène de Mazan, Alice avait disparu dans la nature. Où diable était-elle passée ? Il chercha sa mince silhouette dans la faune environnante mais elle était petite et il ne la distingua pas. Elle n'était pas réputée pour être discrète. Au bout d'une longue minute où il la maudit de toutes les manières inimaginables, il la distingua enfin à côté d'un bar et la rejoignit à temps avant qu'elle ne se saisisse d'un verre :
- Pas de ça ce soir, grommela-t-il en reposant le verre en question, qu'est-ce que Mazan pouvait bien raconter d'intéressant pour que vous vous attardiez autant, je peux savoir ? Je fouille assez dans ses affaires pour savoir tout ce qu'il me tente de me cacher et même davantage.
La trompette s'était interrompue et une valse débutait alors que quelques couples se formaient sur la piste de danse. Sentant que Mazan fonçait droit sur eux et allait interrompre leur conversation, Édouard avança la main et lui proposa dans une idée de génie – car il ignorait encore qu'Alice n'avait aucun sens du rythme :
- Allons valser, nous pourrons être plus tranquilles pour discuter de la suite des événements.
Sans prêter garder à ses protestations, il prit la main de la jeune femme et l'entraîna derrière lui, l'aidant à bien placer ses bras :
- Vous n'avez qu'à me suivre et à vous laisser guider, affirma-t-il alors qu'ils faisaient leurs premiers pas avec la grâce d'un couple de canards sur la piste et qu'Alice, perchée sur de hauts talons, tentait de suivre ses indications.
Bien, il était temps d'élaborer un plan d'action. Plus vite les documents seraient récupérés, plus tôt Édouard serait soulagé. C'était sur la base d'informations récupérées par leur cryptographe en chef qu'ils avaient su que l'officier devait recevoir des papiers concernant l'envoi de troupes sur le littoral atlantique, or il était vital pour Londres d'en prendre connaissance en toute discrétion évidemment. Une soirée où l'attention de Brechenmacher serait accaparée par ses invités était idéale pour passer à l'acte.
- Comme nous nous l'étions dit, tout doit être dans son bureau, peut-être conservé de manière protégée, dans un coffre, réfléchissait Édouard, il faudrait que l'un de nous trouve le moyen de s'éloigner pendant un assez long laps de temps et... Aïe !
Alice Boulanger venait de lui marcher sur le pied et elle s'excusa platement.
- Je peux occuper Bre... Notre hôte éventuellement, continua le conseiller avant de s'agacer : mais enfin cessez de fixer vos pieds, regardez-moi !
Bref, ce n'était pas gagné.

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
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MessageSujet: Re: Une fête de Paris ressemble toujours un peu à un feu d'artifice... Tâchons d'en limiter les dégâts !   Dim 21 Avr - 18:51

La soie glissa jusqu’aux pieds de la jeune femme, cachant tout juste ses fines chevilles. Alice enfila une paire d’escarpins et se regarda dans le miroir. Elle n’était pas narcissique, mais trouvait tout de même que cette robe lui allait à ravir. C’était bien là le seul avantage de la soirée à venir. Elle en oublia presque que cette robe lui avait été offerte par son cavalier, l’ambassadeur de Vichy. Admirer son reflet lui rappela les délicieux moments qu’elle passait avec sa mère, lorsqu’elles cherchaient du tissu et essayaient des robes toutes plus splendides que les autres. Son père ne cautionnait pas ce comportement, digne des aristocrates sans cervelle qui représentaient l’Empire. S’il avait pu faire d’Alice une spécialiste en cryptographie, il n’avait pas réussi à l’empêcher d’être passionnée par la mode. Lorsqu’elle portait sa dernière acquisition et qu’elle déambulait, fière, dans les pièces de leur maison, il se disait que ce défaut la rendait malgré tout particulièrement attachante.

« Enchantée, monsieur Bren…Breche…Brechenmacher » dit la jeune femme à son reflet, un sourire faux aux lèvres. « Je me demande parfois comment des hommes peuvent porter des noms pareils, qu’en pensez-vous, monsieur ? Je vous conseille de changer de nom, les noms russes sont plus agréables à entendre, non ? Oh mais pardon, j’avais oublié que vous, les Allemands, n’étiez pas très amis avec les Soviétiques ! »
Elle rit puis finit de se préparer tout en se disant qu’au moins, il y aurait du champagne. Une fois prête, elle sortit de sa chambre et se trouva face à Léonie Volkov, compatriote avec qui elle partageait le logement. Léonie la complimenta et lui posa des questions sur la réception. Tout en discutant, Alice observait la rue par la fenêtre. L’ambassadeur devait venir la chercher avant de se rendre à la réception. Une dizaine de minutes plus tard, une voiture s’arrêta devant la porte. Alice s’excusa auprès de Léonie et celle-ci lui souhaita une bonne soirée avant de lui lancer, moqueuse :

« Evite de ramener l’ambassadeur ici pour la nuit, tu sais que ce genre de personne n’est pas la bienvenue ici ».
Alice protesta, outrée, malgré le clin d’œil de mamie Volkov.

Eugène l’attendait à côté de la voiture. Il lui ouvrit la portière puis s’installa à côté d’elle. Il lui dit plusieurs fois à quel point elle était ravissante puis parla de tout et de rien, de la réception, de l’honneur qu’elle lui faisait de l’accompagner… Alice tentait d’être agréable, de répondre gentiment alors qu’elle n’avait qu’une envie : sortir de la voiture et le laisser seul. Elle se demanda pourquoi elle avait accepté de l’accompagner. Puis elle se souvint d’Edouard et de son air entendu lorsqu’il lui avait demandé de venir avec Eugène. Elle avait d’abord refusé, ne comprenant pas où voulait en venir son patron. Mais il s’avérait que l’hôte de la soirée détenait des documents importants concernant un possible envoi de troupes sur le littoral atlantique. Si l’idée d’obéir à son supérieur l’agaçait au plus haut point (c’était comme s’il la donnait à l’ambassadeur, comme une vulgaire vache !), la cryptographe devait avouer que cette réception était l’occasion rêvée pour dérober ces documents. La deuxième mission (tout aussi délicate) serait de se défaire d’Eugène et de le perdre parmi les nombreux invités. Etant donné le fait qu’il la suivait partout et s’exclamait dès qu’il la voyait au bureau, cette seconde mission s’avérait périlleuse. La voiture s’immobilisa devant un superbe bâtiment duquel s’échappaient quelques notes de musique. Alice se tourna vers Eugène et lui sourit : les choses sérieuses commençaient.

Après avoir présenté leur carton d’invitation, Eugène et Alice purent entrer dans le magnifique hôtel particulier. De nombreux invités étaient déjà présents. L’ambassadeur et la secrétaire jouaient les retardataires à cause d’un travail qu’Eugène devait absolument effectuer. Alice chercha Edouard Cabanel du regard, mais elle aperçut le bar sur lequel reposaient des coupes de champagne. Edouard pouvait bien attendre deux minutes, se dit-elle en se dirigeant vers le bar, mais Eugène lui saisit le poignet. Alice se tourna vers lui, étonnée.
« Vous ne pouvez pas vous échapper avant que je vous présente à quelques connaissances, mademoiselle Boulanger.
- Evidemment, répondit-elle en levant les yeux au ciel, où avais-je la tête ? »

C’est ainsi qu’elle se retrouva à faire la conversation avec des hommes aux noms barbares qui lui demandaient pourquoi elle ne portait pas de bague de fiançailles. « Mais enfin, Eugène, dépêchez-vous de lui mettre la bague au doigt, les femmes n’attendent que cela ! » Alice soupirait intérieurement tout en affichant un sourire faux. Quelle serait leur réaction, se demandait-elle, si elle leur disait qu’elle était une ancienne espionne soviétique qui travaillait maintenant pour les services secrets britanniques ? Fort heureusement, les hommes devaient parler « affaires », et leurs regards en coin signifiaient qu’Alice devait s’éloigner. Jouant l’idiote pour les agacer, Alice attendit qu’Eugène lui murmure à l’oreille de s’éloigner pour s’excuser et se diriger, (enfin !) vers le bar. Mais le sort semblait s’acharner contre elle. Alors que sa main s’était emparée d’une précieuse coupe de champagne et que ladite coupe se rapprochait de ses lèvres, Cabanel attrapa le verre et le reposa, assénant à la jeune femme un sévère « Pas de ça ce soir ». Alice afficha une mine boudeuse (le champagne représentait la seule perspective positive de cette réception !) alors que son patron poursuivait : « Qu'est-ce que Mazan pouvait bien raconter d'intéressant pour que vous vous attardiez autant, je peux savoir ? Je fouille assez dans ses affaires pour savoir tout ce qu'il me tente de me cacher et même davantage. » Cette réplique eut le don d’agacer la secrétaire qui, n’en pouvant plus d’afficher un sourire faux, s’énerva : « Peut-être savez-vous si Mazan veut me demander en fiançailles ? Avez-vous découvert le discours qu’il compte me faire ? Non parce que, si c’est le cas, j’aimerais le savoir. Ecoutez, vous m’avez obligée à l’accompagner ce soir, alors ne vous en prenez pas à moi si je suis obligée de l’écouter déblatérer avec ses amis. Arrangez-vous pour qu’il me laisse tranquille ». Alice le chercha du regard, et l’aperçut en train de chercher quelqu’un, elle, sûrement. Elle lui tourna vivement le dos et chuchota : « Il va venir, il va venir ! » Comme si la situation n’était pas déjà assez désastreuse, Cabanel l’invita à danser une valse. Autant dire que l’espionne devait choisir entre la peste et le choléra. « Oh non, c’est une très mauvaise idée. Je ne peux pas danser, je ne sais pas danser, c’est impossible.
- Vous n'avez qu'à me suivre et à vous laisser guider.
- Vous ne savez pas à quel danger vous vous exposez »

Il lui prit la main et l’entraina sur la piste de danse au moment même où Mazan arrivait. Les autres couples dansaient avec grâce, ce qui était loin d’être le cas d’Edouard et d’Alice. La jeune femme regardait ses pieds et avait du mal à suivre le rythme. Si Youssoupov la voyait, se dit-elle, il éclaterait de rire et dirait qu’elle était un cas désespéré. Edouard parlait des documents à récupérer et d’un plan à mettre en place. Mais Alice ne pouvait focaliser son esprit sur les documents et sur la danse en même temps. Quelle idée avait eue Edouard en l’invitant à danser ! Il ne semblait pas s’être rendu compte de son erreur. Pas encore.
« Comme nous nous l'étions dit, tout doit être dans son bureau, peut-être conservé de manière protégée, dans un coffre, il faudrait que l'un de nous trouve le moyen de s'éloigner pendant un assez long laps de temps et... Aïe !
- Oh pardon, je suis désolée », s’excusa la jeune femme. Elle s’était concentrée sur les paroles d’Edouard, et en avait oublié de suivre la cadence des pas de son cavalier. Son pied avait alors écrasé celui de Cabanel. Elle baissa de nouveau la tête et se concentra sur ses pieds, ce qui eut le don d’énerver Edouard :
« Mais enfin cessez de fixer vos pieds, regardez-moi ! »

Avec une autre personne, Alice se serait sentie gênée et se serait de nouveau excusée. Mais son patron avait le don de l’agacer. Comment pouvait-il lui demander de le regarder, de réfléchir, de parler, et de danser en même temps ?
« Je vous avais bien prévenu que je ne savais pas danser ! Devrais-je m’excuser à cause de mon absence de sens du rythme ? Vous voulez que je vous regarde ? Très bien ! Elle fixa son regard dans celui de son cavalier. Il lâcha de nouveau un « Aïe » lorsque le talon de son escarpin s’appuya sur sa chaussure. Oups, pardon, dit-elle, un grand sourire aux lèvres. Elle prenait plaisir à se venger en lui écrasant les orteils. Tout était de sa faute, se disait-elle. Si Edouard n’avait pas eu l’idée de la faire accompagner Mazan, il n’aurait pas eu les orteils écrasés. De quoi parlions-nous ? Ah, oui, les papiers. Je peux aller les chercher dans son bureau. Vous n’aurez qu’à l’inviter à danser pour l’occuper. Elle lui marcha de nouveau sur le pied. Je suis sûre qu’il danse mieux que moi, et il ne porte pas de talon. Si je vais dans son bureau, vous devrez également surveiller l’ambassadeur. Ce pot-de-colle serait capable de me suivre n’importe où. Si vous vous absentez, cela paraîtra suspect, vous êtes assez connu et des personnes vont souhaiter vous parler. Mais moi, je ne suis que votre secrétaire… et la future fiancée de l’ambassadeur ajouta-t-elle en faisant une grimace de dégoût. De nouveau, son pied rencontra celui de son patron et de nouveau, elle lui offrit un large sourire. Il faudrait qu’après avoir eu les papiers, nous nous retrouvions pour nous échanger les informations. Qu’en pensez-vous ?»

La valse touchait à sa fin, fort heureusement pour Alice (et pour les pieds d’Edouard). Alice chercha Mazan du regard. Il discutait avec des Allemands. Elle se demanda comment elle ferait pour s’éclipser sans qu’il ne l’aperçoive.
La soirée ne serait pas de tout repos. D’ailleurs, faire équipe avec Edouard Cabanel était loin d’être facile. C’est du moins ce que pensait Alice, et tout porte à croire que son patron se désespérait de travailler avec elle.

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Edouard Cabanel
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MessageSujet: Re: Une fête de Paris ressemble toujours un peu à un feu d'artifice... Tâchons d'en limiter les dégâts !   Mar 30 Avr - 21:31

S'il avait su à quel point elle avait un sens du rythme désastreux, Édouard Cabanel aurait sans doute évité de traîner sa secrétaire sur la piste de danse sous les regards d'une bonne partie du Paris mondain de l'Occupation – qui, fort heureusement, avait aussi d'autres préoccupations que de surveiller les faits et gestes du conseiller de l'ambassadeur qui se débattait dans sa valse. Mais à l'instant où il avait vu se rapprocher dangereusement Eugène de Mazan (qui décidément ne pouvait lâcher Alice du regard, un vrai indésirable), il n'avait pas trouvé d'autre idée pour avoir un face à face avec elle qui dure assez longtemps pour régler les détails de leur dernier plan d'action. A considérer qu'il y ait vraiment un « plan ». Généralement, les actions qu'ils avaient menées en commun se déroulaient dans la plus grande pagaille au désespoir du très réglé et très rigide Édouard (du moins en ce qui concernait le travail), à deux doigts de la catastrophe dont ils échappaient de justesse. Il fallait dire qu'il avait fallu une sacrée imagination aux gens de Londres pour avoir l'idée de les faire collaborer en sous-main, Alice était délurée, extravertie, rentre-dedans et au moins aussi bornée que lui ce qui ne manquait pas de faire des étincelles. Édouard n'avait aucune idée de la façon dont les Anglais avaient réussi à dégoter cette jeune femme et à la faire travailler pour eux. Et à la réflexion, il n'avait aucune envie de le savoir, les incongruités des Anglais lui donnaient la migraine par avance. L'opinion qu'il avait d'Alice était néanmoins saupoudrée d'une bonne part de mauvaise foi car il ne l'aurait jamais avoué sous la torture – il ne s'en rendait pas vraiment compte lui-même ce qui aurait été délicat par qu'il puisse en faire part à d'autres – mais il appréciait tout de même sa gouaille quand il n'en faisait pas les frais. Et jusqu'à présent, ils avaient réussi toutes les missions qu'ils avaient entrepris, il n'avait pas l'intention que la chance se retourne ce soir-là. Et ce n'était pas une malheureuse valse qui allait les arrêter comme il le pensa au moment où la jeune femme protesta. Il lui saisit la main avec fermeté et l'entraîna derrière lui en levant les yeux au ciel quand elle s'inquiéta d'une éventuelle demande en mariage d'Eugène. Même si la vision de l'ambassadeur genou à terre aux pieds d'Alice était plutôt amusante et lui arracha un sourire. Mieux valait en rire.

Sans prêter attention aux regards perplexes des autres couples sur la piste de danse qui se mirent soigneusement à les éviter de peur visiblement de prendre un coup de coude, ce qui en l'occurrence les arrangeait, Édouard commença à élaborer une tactique même si Alice continuait à fixer ses pieds. Il comprit l'étendue de son erreur quand elle lui marcha sur les orteils et ne put s'empêcher de grimacer de douleur. Il n'était pas mauvais cavalier grâce à son entraînement régulier depuis qu'il était rentré en politique (à l'époque c'était la jolie Madeleine Claussat qu'il espérait arriver à inviter) mais pas assez pour guider efficacement une jeune femme qui n'en faisait qu'à sa tête et partait à droite quand il l'attirait vers la gauche. Il se rendit compte, sinistrement, que cette valse allait être très longue et il se demanda combien d'orteils il allait lui rester à son terme. Enfin, s'il perdait l'usage de ses pieds, cela ferait une assez bonne distraction pour qu'elle puisse aller récupérer les documents en toute discrétion. Avant qu'il ne l'étrangle de ses propres mains. Mais pour le moment, c'était plutôt dans les prunelles d'Alice que brillait une envie de meurtre :
- Je vous avais bien prévenu que je ne savais pas danser ! Devrais-je m’excuser à cause de mon absence de sens du rythme ? Vous voulez que je vous regarde ? Très bien !
Cette affirmation fut ponctuée d'une nouvelle attaque qui attira de nouveau un gémissement de la part d’Édouard qui considéra sa cavalière d'un œil noir. Il aurait juré qu'elle l'avait fait exprès.
- Je ne vous demande pas des excuses encore que je trouve que ce ne serait pas déplacé, siffla-t-il, mais seulement de me suivre sans résister, un peu de...
Confiance, allait-il dire mais ce n'était pas le moment de discuter des problèmes de leur duo. De toute façon, sans l'écouter davantage, elle reprit la parole, preuve qu'elle parvenait à marcher sur trois temps, parler et réfléchir en même temps. Rien n'était impossible.
- De quoi parlions-nous ? Ah, oui, les papiers. Je peux aller les chercher dans son bureau. Vous n’aurez qu’à l’inviter à danser pour l’occuper.
- Aïe, lâcha Édouard à la faveur d'une nouvelle rencontre malencontreuse entre ses pieds et ceux d'Alice, lequel commençait à espérer que la séance de torture se termine au plus vite ce qui l'empêcha de relever l'ironie des paroles de son interlocutrice.
- Je suis sûre qu’il danse mieux que moi (« ça ne sera pas bien difficile », grommela son cavalier), et il ne porte pas de talon. Si je vais dans son bureau, vous devrez également surveiller l’ambassadeur. Ce pot-de-colle serait capable de me suivre n’importe où. Si vous vous absentez, cela paraîtra suspect, vous êtes assez connu et des personnes vont souhaiter vous parler. Mais moi, je ne suis que votre secrétaire… et la future fiancée de l’ambassadeur.
- Il vous faudra apprendre à danser avec le mariage, répliqua Édouard, acide, par tradition, les mariés ouvrent le bal par une valse. Vous m'inviterez ? Je serais ravi de faire le discours du témoin, il est coutume d'y révéler tous les secrets que se dissimulent les couples. Je commence par quoi ? Que vous êtes exaspérante ou que vous avez été engagée par les Anglais ?
C'était puéril comme vengeance mais Édouard était clairement agacé par l'attitude de la coéquipière qu'il ne s'était pas choisi. Bien qu'il s'y attendît cette fois-ci, il ne put échapper aux dangereux escarpins de sa secrétaire qui lui adressa un charmant sourire tout à fait innocent qui lui confirma qu'elle le faisait exprès.

- Il faudrait qu'après avoir eu les papiers, nous nous retrouvions pour nous échanger les informations. Qu'en pensez-vous ? Avança néanmoins Alice dans une tentative de retourner à la mission du soir.
Édouard allait répondre mais un couple aventureux passa près d'eux et il s'abstint jusqu'à ce qu'un tournoiement les fit aller plus loin. Il lui fit toutefois un signe de la tête pour montrer son accord.
- Pour le moment, tout le monde est encore dans ce salon mais au fur et à mesure de la soirée, des petits groupes vont se former, nous ne devrions pas avoir trop de difficultés à nous croiser pour échanger quelques mots malgré mon épouse, votre ambassadeur et notre Allemand. Il serait peut-être judicieux que je récupère les papiers en question.
Il n'osa pas formuler sa pensée en entier mais il était clairement dangereux de les secouer sous le nez de Mazan. Au moins ce n'est pas Madeleine qui irait les découvrir, elle évitait toujours d'avoir des contacts trop prolongés avec son époux.
- Il est évident qu'il vaut mieux que je garde l’œil sur Bre... notre hôte. Tâchez néanmoins de faire vite, on risque de s'émouvoir d'une trop longue absence, surtout Mazan, même si on le lance dans un ou deux sujets politiques ce que je ne vais pas manquer de faire. Que ces fichues manifestations aient au moins une utilité..
La musique se terminait et avec elle la séance de torture mais Édouard ne lâcha pas immédiatement la jeune femme et ne put s'empêcher de rajouter quelques mots avec dureté en la fixant :
- Faites attention, je ne tiens pas à devoir m'expliquer sur les raisons de la présence de ma secrétaire dans le bureau d'un officier. Et si vous ne trouvez pas, tant pis, il y aura bien un autre moyen d'avoir ces informations.
Très franchement, Cabanel en doutait mais il ne tenait pas à encourager sa complice dans son impulsivité. Encore que ce genre de conseils devait bien déplaire à Alice et qu'elle était capable de faire tout le contraire, rien que pour le plaisir de le contredire. Alors que le brouhaha ambiant remplissait de nouveau la pièce, profitant du silence momentané du violon, il détourna le regard à temps pour voir deux personnes, tout à fait différentes mais qui fronçaient également les sourcils se rapprocher dangereusement. D'un côté Mazan qui voulait probablement s'infliger une danse avec son invitée du soir et de l'autre Madeleine qui, en bonne épouse soucieuse des apparences, allait sans doute vouloir demander pourquoi elle n'avait pas été invitée la première. Le premier réflexe d’Édouard aurait été de fuir mais comme il fallait montrer un peu de courage, il lâcha enfin Alice en affirmant d'un ton pressant :
- Filez, je vais inventer une excuse.
Tandis qu'elle s'exécutait aussi vite qu'elle le put sur ses hauts talons (ce n'était décidément pas pratique, songea le conseiller), Édouard, tout sourire, se tourna vers les nouveaux arrivants alors qu'une nouvelle musique débutait et qu'une chanteuse vantait le beau ciel de Paris. Mazan avait l'air décontenancé mais Alice avait déjà disparu au sein de la foule (la perspective d'être rattrapée par Eugène lui donnait apparemment des ailes, il était certain qu'elle se serait découvert des talents de danseuse si cela lui assurait de ne plus le revoir). Bien, il était temps d'affronter ces deux indésirables. Et surtout de s'en débarrasser pour retrouver Bre... Bref, leur victime à surveiller.

Sans surprise – car Édouard aurait volontiers parié qu'elle était plus coriace qu'Eugène tout ambassadeur et homme politique qu'il fut, ce fut Madeleine qui attaqua en premier :
- Qui était donc cette jeune femme ?
- Ma secrétaire, mademoiselle Boulanger que monsieur de Mazan a généreusement invitée à notre soirée, elle avait vraiment envie de faire ses premiers pas en danse, je me suis senti obligé de l'inviter, débuta le jeune homme avec une aisance assurée par ses années passées dans les mondanités avant de se tourner vers Eugène, oh mais vous êtes là ! Vous connaissez mon épouse, Mazan ? Madeleine, voici Eugène de Mazan, l'ambassadeur. Eugène, ma femme, Madeleine.
Ils se saluèrent mais c'était une autre question qui taraudait visiblement l'ambassadeur :
- Pardonnez-moi mais savez-vous où est partie mademoiselle Boulanger ? J'aurais aimé l'inviter à mon tour.
- Elle est partie se reposer, elle devait avoir la tête qui tourne et voulait en profiter pour se repoudrer, je crois, vous savez comment sont les femmes ! Mais cela tombe bien, improvisa Édouard, alors que de nouvelles notes créaient la formation des couples sur la piste, Madeleine est une excellente danseuse, je vous laisse tous les deux, notre hôte me demandait tout à l'heure.
Il fila sans demander son reste tout en songeant que cette solution ne pouvait qu'être temporaire. Il ne mit pas longtemps à repérer Brechenmacher qui dépassait d'une tête le petit groupe dans lequel il parlait d'une voix forte. Apercevant Édouard, il l'apostropha :
- Ah, Cabanel, je parlais justement de ma dernière acquisition, une statuette égyptienne d'une rare beauté, toute en grès rouge. Il faut absolument que vous me disiez de quelle dynastie elle date !
Jusque-là, Édouard aurait volontiers acquiescé mais la suite le fit frissonner et lui fit regretter de ne pas avoir échangé les rôles (car Alice aurait vraiment pu l'inviter à danser, elle) :
- Je vais vous emmener dans mon bureau !

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MessageSujet: Re: Une fête de Paris ressemble toujours un peu à un feu d'artifice... Tâchons d'en limiter les dégâts !   Jeu 1 Aoû - 23:14

Il arrivait (souvent, aux yeux d'Alice) que le conseiller de l'ambassadeur de Vichy ait de mauvaises idées. Et bien que sa coéquipière ait l'intelligence de le prévenir, il ne l'écoutait pas et persistait à commettre des erreurs. L'espionne ne pouvait s'empêcher de lui dire, chaque fois, le fameux “je vous l'avais bien dit”, en le regardant d'un air accusateur. Et en cette soirée, une nouvelle fois, Edouard Cabanel n'avait pas écouté Alice Boulanger et en subissait les frais. Elle l'avait pourtant prévenu qu'elle ne savait pas danser, mais, faisant la sourde oreille, il lui avait pris la main et l'avait emmenée sur la piste de danse. C'était, aux yeux d'Alice, une grave erreur. Ses deux pieds gauches ne cessaient de rappeler au cavalier de la jeune femme que cette dernière était dénuée de tout sens du rythme. C'était une peine plus que méritée aux yeux de l'espionne : il fallait bien qu'il apprenne à l'écouter, un jour.

Entre deux soupirs, elle parvenait à parler et à réfléchir (ce qui lui demandait un immense effort de concentration). Elle se promit secrètement d'en faire baver à son patron, pour se venger, un jour ou l'autre.

Pour le moment, tout le monde est encore dans ce salon mais au fur et à mesure de la soirée, des petits groupes vont se former, nous ne devrions pas avoir trop de difficultés à nous croiser pour échanger quelques mots malgré mon épouse, votre ambassadeur et notre Allemand. Il serait peut-être judicieux que je récupère les papiers en question.  

-Mon ambassadeur ? Vous avez un humour décapant, très cher, répondit Alice dans un éclat de rire surjoué, censé imiter (en tout cas dans son esprit) les mondaines de la soirée. Vous ne préférez pas attendre que nous nous retrouvions au bureau pour que je vous donne les papier. Ah non n'en dîtes pas plus, je comprends où vous voulez en venir : vous ne me faîtes pas confiance. Mais moi, monsieur, j'ai mon sac pour transporter les papiers. Elle secoua son minuscule sac pochette, qui eut droit à un regard soupçonneux de son cavalier. Ce dernier, préférant ne pas relever, lui donna d'autres recommandations, auxquelles Alice répondait par des soupirs ou des “Oui” agacés. A son grand soulagement, les dernières notes se firent entendre avant que les couples ne se séparent. Elle s'apprêtait à quitter son cavalier lorsque celui-ci la retint, plus sérieux qu'il ne l'était déjà habituellement :

-Faites attention, je ne tiens pas à devoir m'expliquer sur les raisons de la présence de ma secrétaire dans le bureau d'un officier. Et si vous ne trouvez pas, tant pis, il y aura bien un autre moyen d'avoir ces informations.

-On peut toujours trouver des excuses dans ces moments-là, il suffit de rester crédible. Et quoi que vous puissiez me dire, je ne partirai pas sans les papiers[/color], chuchota-t-elle. Il nous les faut, et croyez-moi, je les aurai.

Son but n'était pas de rassurer son patron, mais de lui montrer qu'elle prenait sa mission au sérieux et qu'elle ne reculerait devant rien pour obtenir les précieuses informations dont ils avaient besoin.
Mais il n'était plus question de parler, les autres couples quittaient la piste, et il aurait pu paraître bizarre que les deux comparses restent à parler ainsi. Edouard regarda autour de lui et Alice suivit son regard, qui tomba sur...Eugène et une femme qui semblait être l'épouse de Cabanel. La Russe l'avait déjà aperçue sans toutefois lui avoir parlé. A les voir ainsi, on aurait pu croire qu'Edouard et Alice allaient tous les deux subir une crise de jalousie chacun de leur côté. Pour une fois, son patron eut une réaction qui profita à sa collègue : il lui conseilla de partir, tel un guerrier laissant sa femme s'enfuir pour affronter les méchants soldats prêts à tuer sa famille. Alice n'eut aucun regret à l'abandonner à ce triste sort. Elle se perdit dans un groupe de personnes et tenta de se déplacer aussi vite que possible, avec une facilité telle qu'elle semblait marcher avec des échasses.

Dans le taxi les menant à la réception, l'ambassadeur Mazan lui avait décrit l'hôtel particulier dans lequel résidait Brech...leur hôte. Alice écoutait poliment, et retenait les moindres détails révélés par l'ambassadeur. Son cavalier souhaitait surtout l'impressionner en montrant qu'il connaissait personnellement l'Allemand et qu'il s'était déjà rendu plusieurs fois dans sa demeure. Alice accueillait favorablement les descriptions, mais pour une toute autre raison. Quoique généralement de mauvaise foi, elle remercia intérieurement Eugène : grâce à lui, elle se déplaçait avec facilité dans les couloirs et escaliers, sans se perdre. Fort heureusement, Alice ne croisa personne dans le couloir qui menait au bureau de l'Allemand. “Troisième porte à gauche”, se répéta-t-elle en chuchotant, suivant les indications données par Eugène. C'est ce qu'elle avait déduit, d'après ce que l'ambassadeur lui avait dit. A côté de la porte du bureau se trouvait un tableau dont Eugène avait précisé le peintre, bien vite oublié par l'espionne. Un rapide coup d’œil jeté sur l’œuvre provoqua un air interrogateur sur le visage de la jeune femme : ce homme avait des goûts douteux.

Après avoir lancé un regard vers le fond du couloir, l'espionne ouvrit doucement la porte, priant pour que ses gonds ne grincent pas. Elle la referma délicatement derrière elle puis observa le bureau. La pièce était plutôt grande, avec, au centre, un très grand bureau en chêne foncé. Des objets de valeur reposaient sur sa surface, dont une statuette égyptienne (il existait donc des gens aussi fous qu'Edouard se dit  durant une seconde la jeune femme, avant de reprendre son inspection, sans se douter que cette même statuette l'obligerait à interrompre ses recherches). Des étagères remplies de livres habillaient les murs de la pièce. Le portrait du Führer apportait une touche détestable à ce bureau qui aurait pu paraitre, sans cette photographie, presque bien décoré. Le style second Empire n'avait pas disparu derrière les bibelots et les décorations ajoutées par l'Allemand. Le tout était assez luxueux, mais un peu trop pompeux au goût de la Russe. Alice marcha sur l'épais tapis rouge qui recouvrait la pièce  pour se placer de l'autre côté du bureau. Elle observa les papiers qui y reposaient. Des invitations, des lettres diverses et variées (dont une signée d'une marque de rouge à lèvres), des papiers parlant d'arrestations... Alice fouillait sans oublier de tout remettre en place. Il fallait qu'elle trouve ses papiers, elle ne pouvait quitter le bureau sans les avoir en main. Les informations qu'ils recherchaient étaient indispensables pour mettre un place un éventuel débarquement. Elle restait néanmoins parfaitement calme. Durant son apprentissage de l'espionnage en URSS, elle avait appris à ne pas paniquer, même si elle ne maîtrisait pas la situation. Et très vite, ses nerfs furent mis à rude épreuve. Ce sont d'abord des pas qu'elle avait entendus. Puis des paroles, et très vite, elle reconnut la voix d'Edouard, qui parlait incroyablement fort. Ses pas se faisaient lourds, comme s'il s’appesantissait sur le sol. L'espionne leva la tête, le regard tourné vers la porte. Son patron tentait de la prévenir. Mais que venait-il faire dans le bureau de Brech...leur hôte ? S'il la prévenait ainsi c'est que...l'hôte était là ! Soudain, la poignée bougea. Ni une ni deux, Alice s'abaissa et vint sous le bureau, cachée par une plaque de chêne qui se trouvait entre les pieds du bureau. Toujours calme (elle se disait qu'il était inutile de paniquer), elle essayait de respirer le plus silencieusement possible. Elle entendit Edouard entrer avec leur hôte. Ils parlaient Egypte et statuette et Alice dut retenir un soupir de lassitude en comprenant pourquoi ils venaient dans le bureau. L'Egypte ancienne provoquerait leur perte, c'était certain. Elle sentit leurs pas sur le tapis qui se rapprochaient dangereusement du bureau. Il fallait espérer qu'ils restent de l'autre côté. La statuette se trouvant au centre du bureau, leur hôte n'avait pas besoin de venir de son côté pour la montrer au conseiller.

Les minutes étaient longues. Très longues. Accroupie sous le bureau, Alice commençait à ressentir des fourmis dans les jambes. Avaient-ils l'intention de passer le reste de la soirée dans le bureau ? Edouard ne pouvait-il pas trouver une excuse pour les faire partir ? Alors la jeune femme passa le temps en imaginant des excuses, au cas où l'hôte de la soirée la trouverait accroupie sous son bureau. Elle s'imaginait avouer à demi-mot, en rougissant, qu'elle y attendait l'ambassadeur Mazan, espérant lui parler dans un endroit calme et lui faire part de sentiments qui ne pouvaient être déclarés dans une pièce remplie de personnes. Elle pourrait également jouer l'idiote : dire qu'elle s'était perdue, qu'elle cherchait les commodités et qu'elle s'était retrouvée dans son bureau. Son seul instinct de survie l'aurait obligée à plonger sous le bureau. Ou elle pourrait expliquer qu'elle était passionnée par les bureaux, une passion qu'elle avait depuis petite. Chaque fois qu'elle allait quelque part, elle cherchait où se trouvait le bureau. Ce meuble exerçait sur elle une attirance inexplicable.
Alors qu'elle préparait son discours et son éloge des bureaux “Ô bureau, comme tu es beau !” (je vous prie de bien vouloir la pardonner, elle doit encore parfaire sa maîtrise du Français et étayer son vocabulaire) Alice observait la surface plane du bureau qui se trouvait juste au-dessus de sa tête. Elle aperçut alors une deuxième planche, qui formait une sorte de casier comme il y en avait pour les tables d'écoles. Sauf que dans ce cas, le casier semblait monté à l'envers, de telle sorte qu'il fallait aller sous le bureau pour le voir. Alice y mit discrètement la main et sentit un paquet de feuilles. Elle le déplaça délicatement et attendit que les hommes parlent pour le faire glisser vers elle.  Elle récupéra ainsi des feuilles classées confidentielles. Il était trop dangereux de se plonger dans leur lecture alors que le propriétaire était à deux pas de la jeune femme. Elle les remit à leur place : il faudrait attendre que les deux hommes soient partis pour examiner les documents et repartir avec la feuille dont ils avaient tant besoin...et peut-être avec des documents supplémentaires.

En attendant, les deux hommes parlaient encore et toujours de la statuette. Alice suppliait intérieurement Edouard de trouver une solution pour les faire partir.
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MessageSujet: Re: Une fête de Paris ressemble toujours un peu à un feu d'artifice... Tâchons d'en limiter les dégâts !   Lun 12 Aoû - 0:36

Édouard avait vu partir Alice Boulanger dans les coulisses de l'hôtel particulier où se jouait l'une des plus détestables pièces du théâtre mondain de l'Occupation avec un certain courage (il en fallait selon lui quand à la fois Madeleine Claussat et Eugène de Mazan fonçaient droit sur vous) non dénué d'inquiétude. Inquiétude non pas tant pour le sort d'Alice en lui-même si jamais elle se faisait découvrir – même si ça risquait de ne pas être très joli car quoiqu'elle puisse en dire, il fallait plus que l'excuse de bien aimer les bureaux pour rassurer des Allemands paranoïaques sur une présence impromptue à un endroit défendu – que parce qu'elle lui avait assuré qu'elle ne repartirait pas de cette fête sans les fameux papiers qu'ils étaient venus chercher. D'autres qu’Édouard auraient pu être galvanisés ou séduits par une force de volonté, d'autres auraient été rassurés en voyant à quel point elle prenant cette mission à cœur, le conseiller de l'ambassadeur se demandait seulement dans quel plan tordu elle était capable de s'enfoncer pour tenir sa promesse. Au bout d'un an de collaboration commune ponctuée de missions plus ou moins réussies, de prises de bec et de désordre continuel à son bureau, Édouard connaissait assez Alice et sa maladresse pour savoir qu'elle ne voudrait pas perdre la face et qu'elle pouvait facilement se trouver dans des situations impossibles – situations dont il estimait la sauver en règle générale, la mauvaise foi n'étant pas le dernier de ses défauts. Mais alors qu'elle et toute son agaçante obstination disparaissaient, pochette minuscule à la main dans laquelle elle avait visiblement l'intention de promener des papiers classés secret défense, à défaut de les faire transporter par son complice que personne n'oserait fouiller, et surtout pas son épouse tendre et adorée, cette inquiétude s'effaça en même temps que la silhouette (vacillante, ce qui lui donnait l'air d'avoir déjà trop bu) de la jeune femme dans la foule, uniquement remplacée par l'agacement de devoir gérer seul une telle situation. Elle avait intérêt à les trouver vite ces fameux papiers car sinon c'était lui qui se proposait de l'étrangler. Ou de la laisser sur place même après la soirée puisqu'elle manifestait le désir de ne pas partir tant qu'elle ne les aurait pas. Cabanel fut détourné de ces pensées par l'arrivée des deux personnes qu'il avait peut-être le plus envie d'éviter lors de cette fête mais qui, par un curieux hasard, l'avaient tous deux pris pour cible et s'en débarrassa par un coup de passe-passe, considérant que les deux plus ennuyeuses (dans le sens ce qui apporte des ennuis, entendons-nous bien) de son entourage pouvaient sûrement bien s'entendre, même si la vision d'Eugène sympathisant avec Madeleine sur une piste de danse était en soit inquiétante. Édouard avait d'autres chats à fouetter qu'à rassurer un ambassadeur amoureux éconduit et une épouse un peu trop possessive (on se demandait bien pourquoi puisqu'elle-même n'aimait guère approcher son mari), par exemple occuper l'hôte de la soirée, dont décidément le nom lui revenait encore moins que la tête. Mais cet acte de bravoure remarquable fut entièrement gâché par le sourire de l'hôte en question, un « collectionneur » qui n'adressa que ces mots à Édouard :
- Je vais vous emmener dans mon bureau !

Très franchement, à cet instant précis, Cabanel se fit la réflexion que le destin était contre lui. Quelle était la probabilité pour que cet officier allemand veuille absolument lui faire découvrir son bureau au moment même où Alice était sensée être en train de le fouiller de fond en comble ? Mais comme décidément les statistiques n'étaient pas son fort (il ne s'était pas retrouvé à l'école du Louvre et en faculté de lettres pour rien), il renonça à compter et se sentit pâlir alors que son esprit carburait à toute allure pour chercher une excuse plausible pour refuser cette si cordiale invitation qui prouvait quelle estime on lui portait – et aussi probablement à quel point il passait pour un illuminé au sein de tous ces mondains.
- Oh, je vous en prie, cela peut attendre, monsieur, répliqua-t-il en désespoir de cause sous les regards du petit groupe qui entourait l'officier, je m'en voudrais de vous arracher à vos invités, de nombreuses personnes doivent vouloir vous parler et...
- Mais ils peuvent bien attendre ! Le coupa Bre... L'Allemand dans un éclat de rire, c'est une pure merveille, vous devez voir cela et m'expliquer de quand elle date exactement.
En temps normal, Édouard aurait stoppé toutes affaires cessantes pour se précipiter pour voir une statuette égyptienne qu'on lui vantait, sa passion dévorante qui grignotait d'ailleurs petit à petit tous les espaces de son bureau au grand désespoir d'Alice. Mais la pensée de cette dernière lui fit, contrairement à son habitude, protester à nouveau car en effet, sa motivation pour surprendre la jeune femme dans ses activités illégales, statuette égyptienne ou pas, était proche du zéro. Il était trop tard toutefois pour songer à le faire changer d'avis, leur hôte était parti à larges enjambées, dans la même direction qu'Alice précédemment, semblant considérer que le conseiller allait forcément lui emboîter le pas. Celui-ci hésita quelques secondes mais se dit qu'il n'avait pas vraiment pas le choix et tant qu'à découvrir Alice, autant qu'il soit présent. Pendant les quelques minutes pendant lesquelles il courut derrière l'Allemand qui faisait bien une tête de plus que lui, il chercha avec désespoir une façon de le détourner de sa route – il songea même un instant à se trouver mal mais jouer la comédie n'était pas son fort, eut une pensée pour son ami Alex avec lequel il aurait bien aimé pouvoir être en train de se saouler très exactement au même moment et finit par se retrouver à la hauteur de l'Allemand une fois que celui-ci eût monté les escaliers et se rapprochait de la porte fatidique.
- Oh, que cet escalier est beau, s'exclama Édouard d'une voix un peu trop forte, en désignant celui qu'il venait de gravir, à moitié essoufflé, date-t-il de la construction de l'hôtel particulier ? Il doit être début du siècle ?
- Euh non... Pas du tout, répondit l'Allemand, perplexe en ralentissant l'allure et en se retournant sur l'objet en question, nous l'avons fait refaire à notre arrivée, il est tout ce qu'il y a de plus récent.
- Ah, répliqua Édouard avec spiritualité alors que son pouls s'accélérait et qui, dans l'attente d'une crise cardiaque à venir (peut-être n'aurait-il pas besoin de simuler d'être mort du coup), n'avait que faire des mésaventures de l'escalier en question.
Il s'efforça de poser encore quelques autres questions à son interlocuteur, d'une voix plus forcée que d'habitude dans l'espoir qu'Alice, normalement toujours dans le bureau, puisse l'entendre et en tirer les conséquences qui s'imposaient. Dans une dernière tentative désespérée, il s'arrêta sur la toile à côté de la porte, au moment même où l'officier posait la main sur la poignée.
- Oh mais c'est une nature morte flamande ! Les fleurs sont d'une telle finesse, quel pinceau ! Oh et ce rose... !
Certes, il était assez étrange de parler de fleurs et de couleur rosée avec un Allemand deux fois plus imposant que lui mais ce dernier ne sembla pas s'en formaliser et après avoir vanté les marguerites coupées dans le vase sur le côté de la toile, il finit néanmoins par entrer dans le bureau. Édouard le suivit, avec la certitude d'avoir tout fait pour le ralentir mais le cœur serré par l'appréhension.

A son grand soulagement, il n'y avait nulle Alice Boulanger dans l'horizon immédiat et il souffla en constatant qu'elle n'était pas en train de fouiller parmi ces lettres déposées sur le mobilier. Un coup d’œil rapide aux alentours lui apprit que non seulement Alice avait des dons d'invisibilité – si elle n'avait pas eu le temps de s'échapper ce qui aurait été un miracle et aurait sans doute été fort apprécié par Mazan – mais que le propriétaire des lieux avait un fort mauvais goût qui ne concernait pas uniquement les escaliers et les natures mortes puisqu'un immense portrait du Fürher (qui gâchait facilement tout lieu dans lequel il était affiché) surplombait la cheminée et semblait jeter son regard glacial sur les nouveaux arrivants. Pour le reste c'était un style Second Empire plutôt classique qui prouvait que l'officier n'avait pas eu encore vraiment le temps d'y imposer sa marque. A moins qu'il ne se complût dans ce style un peu chargé ce qui n'aurait pas été étonnant. L'attention d’Édouard, toujours sur ses gardes, fut détournée sur la fameuse statuette égyptienne, cause du gâchis de sa soirée, sur le bureau que l'Allemand lui décrivit avec force exclamation comme s'il ne l'avait pas sous les yeux.
- C'est une œuvre du Nouvel Empire, expliqua le conseiller en se penchant légèrement vers l'Horus de grès qui avait joint ses mains en signe d'offrandes avant de se lancer dans une conversation – ou plutôt un monologue sur la fonction de l'objet, où l'avez-vous récupérée ?
- Oh vous savez, de grandes collections sont arrivées dans les salles orientales du Louvre, lança l'officier d'un ton réjoui, vous devriez y faire un tour.
Immédiatement, Édouard se crispa et observa la statuette d'un nouvel œil. Il n'avait pas prêté tout de suite attention à quelques caractéristiques qui prouvaient que l’œuvre était unique (pour sa défense, il était troublé par tout autre chose) mais maintenant que ces indications lui avaient été données, il se rendit compte qu'il avait déjà vu cette statuette, dans la formidable collection des Rotschild qui venait d'être entièrement spoliée et le peu d'enthousiasme dont il avait fait preuve retomba brusquement même s'il s'efforça de conserver son air concentré tandis qu'une certaine nausée lui montait aux lèvres. Il se dit qu'au moins, cet Horus n'était pas perdu et qu'un jour peut-être, maintenant qu'il avait noté où il se trouvait, ses véritables propriétaires pourraient venir le récupérer.

Avec tout cela, il en avait quasiment oublié quel était son premier objectif (c'est-à-dire repartir aussi vite qu'il était venu) mais en faisant un peu le tour du bureau pour observer le dos de la statuette, son regard fut attiré par tout autre chose. Un bout d'étoffe de la couleur de la robe dépassait de sous le bureau en question et il prit soudainement conscience qu'Alice n'avait pas trouvé mieux comme cachette. Mais enfin que fichait-elle donc là ? Il suffisait que l'officier allemand se décide à...
- Mais quelle magnifique collection de livres ! S'écria Édouard, désespéré, afin de détourner leur hôte avant qu'il ne veuille le rejoindre, vous en avez de nombreux. Êtes-vous un fervent lecteur ?
Même si ce n'était visiblement pas là le sujet de conversation préféré de l'officier, il s'efforça cependant de répondre à Cabanel qui avait senti son pouls s'accélérer à nouveau alors qu'il cherchait une solution pour fuir au plus vite cet endroit. Sans compter qu'au fur et à mesure des longues minutes de torture qui passaient, Eugène de Mazan (et sa propre épouse sans doute) devaient se demander où ils étaient passés. Maintenant qu'il avait vu la robe dépasser, elle lui semblait aussi évidente qu'un nez au milieu de la figure et il se demandait bien, avec autant d'inquiétude que d'agacement pour le coup, comment Alice comptait justifier sa présence sous le bureau. Des excuses crédibles avait-elle dit... Pour une raison connue de lui seul, il n'avait pas envie d'entendre ça !
- Nous ne devrions pas nous attarder, tenta-t-il, mon épouse et vos invités doivent nous attendre.
- Votre épouse doit se languir de vous en effet, vous avez tort de la faire attendre, lança l'Allemand dans un nouvel éclat de rire ce qui fit penser à Édouard qu'il aurait pu trouver une excuse plus plausible pour fuir, avant de sortir, ôtez ces quelques papiers qui sont sur mon coupe-papier, regardez, c'est un coupe-papier utilisé par Napoléon lui-même.
Cabanel eut la forte envie de lui dire que c'était le cadet de ses soucis et que cela aurait pu être utilisé par Louis XIV ou le grand turc eux-mêmes qu'il n'en aurait que faire mais il ne lui fallait pas contrarier son hôte et il s'exécuta d'une main un peu tremblante. Tant et si bien qu'une lettre vola pour tomber à terre, juste devant le bout de robe d'Alice et donc à ses pieds.
- Oh, je suis désolé, s'écria Édouard en sautant sur le papier, je vais ramasser, ne bougez pas surtout.
Sous les yeux sévères du Fürher, il s'accroupit pour mettre la main sur la feuille de papier qu'il regarda à peine, préférant diriger son regard vers la jeune femme en position fœtale, (mal) dissimulée sous le bureau, un regard noir et chargé de reproches qui laissait aisément voir quelles étaient ses pensées en cet instant.
- Je vous promets de vous tuer quand on sortira d'ici, lui dit-il à mi-voix avant d'ajouter en repoussant le tissu de satin, et cachez votre robe, voyons, un peu plus et toute l'armée allemande est au courant de votre présence ici.
- Monsieur Cabanel, vous vous en sortez ? L'interrompit leur hôte en semblant se rapprocher d'eux ce qui poussa Édouard à se relever prestement comme un diable jaillit de sa boîte tout en disant que pour pouvoir laisser libre court à sa vengeance et tuer Alice, il fallait encore lui permettre de sortir de là vivante.
- Je l'ai enfin ! S'exclama-t-il en brandissant la lettre, quelle chance de pouvoir utiliser le coupe-papier de Napoléon, un tel chef militaire dis-donc !
Il voulut ajouter quelque chose mais rien ne lui vînt et heureusement pour lui, son hôte se décida enfin à le relâcher et à rejoindre ses convives dont on entendait vaguement les échos dans le lointain selon la musique. Alice dut voir s'éloigner les pieds avec un soulagement certain et bientôt la porte claqua derrière les deux hommes.

- J'espère que cette petite visite vous a plu, commença l'Allemand sans partir tout de suite et en se retournant.
- Oh oui..., répliqua Édouard d'autant plus ravi qu'il avait vraiment envie de quitter les lieux mais qui déchanta en voyant ce que s'apprêtait à faire l'officier,... Oui, beaucoup.
Leur hôte avait en effet glissé une clé dans la serrure et la tournait dans un claquement sec pour bloquer l'accès à son bureau. Et a fortiori en empêcher la sortie. Le conseiller dût devenir plus pâle que jamais car l'Allemand lui demanda si tout allait bien avant de glisser la clé sur une console qui se trouvait là.
- Je ne me sens pas très bien en effet... Puis-je vous demander où se trouvent vos sanitaires ?
L'officier lui indiqua un chemin tordu (qu’Édouard écouta à peine) en lui assurant qu'il l'excuserait auprès de son épouse avant de s'éloigner. Cabanel fit mine de partir dans la direction indiquée avant de faire immédiatement demi-tour pour sauter sur la fameuse clé. Il sursauta en entendant une porte claquer mais rien ne vint aussi glissa-t-il à son tour la clé dans la serrure et entendit-il le clic pour lui indiquer que c'était de nouveau ouvert. Il appuya sur la poignée pour jeter un coup d’œil à l'intérieur et lança en direction d'Alice :
- Avouez que vous étiez déjà en train de choisir quel livre vous alliez lire pour occuper votre nuit. Vous avez quelque chose ?
Il aurait pu en dire davantage mais cette fois-ci, il lui sembla qu'on montait les escaliers si bien qu'il sauta dans la pièce et ferma le battant derrière lui, le cœur battant d'angoisse, se trouvant ainsi seul dans le bureau d'un officier allemand avec sa secrétaire complètement déjantée et le portrait du Fürher.
- Promis, ce n'est pas parce que je ne fais pas confiance à votre capacité à fouiller ce bureau que je suis là, chuchota-t-il, le front plissé alors que les bruits de pas s'éloignaient dans le couloir.
Ils n'étaient pas encore sortis d'affaire.


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MessageSujet: Re: Une fête de Paris ressemble toujours un peu à un feu d'artifice... Tâchons d'en limiter les dégâts !   Lun 21 Oct - 0:10

Il est des moments dans la vie où on se demande ce que l'on fait, là, à cet instant précis. On regarde alors les autres autour de soi, en se sentant étranger au monde étrange qui nous entoure. On sort en quelque sorte de son propre corps pour s'observer dans une scène étrange aux allures de film absurde. Et on se demande quand est-ce que l'on va sortir de ce cauchemar. C'était précisément ce que ressentait Alice Boulanger, cachée sous le bureau de Brechenmacher qui parlait de statuette égyptienne avec Edouard Cabanel. Cette scène, pour surréaliste qu'elle fut, n'en était pas moins réelle, malheureusement pour l'ancienne espionne soviétique qui travaillait désormais pour les services secrets anglais. Inutile de préciser, dès lors, qu'elle n'était pas la bienvenue sous le bureau d'un officier allemand (sans sous-entendu graveleux bien évidemment). On pouvait légitimement se demander comment cette scène digne d'un soap opéra finirait. En attendant, Alice, dans une situation inconfortable, se demandait si son partenaire avait l'intention de quitter ce bureau, ou s'il était décidé à parler inlassablement de choses aussi futiles qu'une statuette trouvée dans une pyramide. Non décidément, elle ne pouvait pas compter sur lui. Elle préparait mentalement les reproches qu'elle pourrait lui formuler dès qu'ils se retrouveraient seuls, sans imaginer une seconde que lui-même lui en voudrait. Alice souffla mentalement de soulagement lorsqu'Edouard évoqua son épouse, trouvant une excuse pour quitter le bureau. Pour une fois, Madeleine leur servirait à quelque chose, ce qui pouvait être une surprise quand on savait à quel point cette femme était loin d'imaginer les réelles activités de son mari et de la secrétaire de celui-ci. Généralement, Cabanel ne parlait de sa femme que de manière embarrassée, comme si celle-ci n'avait d'autre but dans sa vie que d'ennuyer son époux. De toute manière, se disait Alice, il était assez facile d'ennuyer son patron : il suffisait de ne pas apprécier tout ce qui touchait l'égyptologie. Néanmoins, elle n'était pas près de prendre position dans les problèmes matrimoniaux de son patron : elle avait elle-même bien d'autres soucis sur lesquels se concentrer, comme son identité russe, ou l'ambassadeur collant, par exemple. Mais leur hôte au nom imprononçable eut l'excellente idée de montrer un coupe papier de Napoléon à Edouard. Alice ne put retenir une grimace en entendant le nom du général corse qu'elle ne portait pas dans son coeur, comme beaucoup de Russes étrangement. Quelle idée de se vanter d'avoir un coupe papier provenant de cet ancien empereur ! Et peut-être voudra-t-il ensuite montrer qu'il possède un crayon de Napoléon III ! Blasée, Alice aperçut les pieds de son patron, ceux-là même qu'elle avait fait souffrir quelques minutes auparavant en dansant (ou en essayant de danser, plutôt). Puis une lettre tomba juste devant ses yeux. Encore plus blasée, elle pesta intérieurement contre Edouard qui ne cessait de se moquer de son côté maladroit (qu'il exagérait, elle n'était jamais maladroite, bien entendu). Puis elle vit son patron s'abaisser et aperçut bientôt son visage, et cette scène aurait pu être comique si elle ne se passait pas pendant la Seconde guerre mondiale dans un bureau d'un officier allemand. Alice n'avait aucune envie de rire, surtout lorsqu'elle vit le regard sombre de son patron dirigé vers elle. Pire, il lui parla ! Mais pourquoi n'invitait-il pas Brench...leur hôte à converser sous le bureau ? Lorsqu'il lui dit : “Je vous promets de vous tuer quand on sortira d'ici, et cachez votre robe, voyons, un peu plus et toute l'armée allemande est au courant de votre présence ici. ”, Alice eut envie de lui répondre mais se retint pour ne pas attirer encore plus l'attention sur eux. Y avait-il meilleure cachette que ce bureau ? Il était certain qu'elle n'aurait pas pu rentrer dans le placard, de toute façon. Et tout cela était de la faute de Cabanel qui n'avait pas pu empêcher l'Allemand d'entrer dans le bureau. L'espionne fut frustrée de ne pouvoir dire ce qu'elle pensait à son patron mais elle prit son mal en patience et ne fit que lui lancer un regard noir. D'ailleurs, comme elle l'avait prévu, leur hôte se demanda ce que Cabanel pouvait trouver de bien intéressant sous le bureau. Edouard parla du coupe papier de Napoléon, ce qui fit rire (dans sa tête évidemment) Alice. Elle ne le trouva pas du tout crédible et se dit qu'elle devrait lui en parler : il avait apparemment besoin de ses conseils pour trouver des excuses en toute situation. Enfin, les deux hommes décidèrent de quitter le bureau et Alice put voir les pieds s'éloigner vers la porte. Elle s'apprêtait à reprendre les documents qui se trouvaient au-dessus d'elle puis à quitter sa cachette bien trouvée lorsqu'elle entendit le bruit d'une clef dans la serrure de la porte. Elle s'immobilisa, comprenant soudain qu'elle était prise au piège. Bien qu'ayant vécu beaucoup de situations difficiles lors de son apprentissage en espionnage en URSS, elle ne put empêcher une certaine panique de l'envahir à cet instant. Qu'allait-elle pouvoir faire ? A chaque minute passée, cette soirée devenait de plus en plus désastreuse. Il y avait eu Eugène de Mazan, puis la danse avec Cabanel, puis les longues minutes passées sous le bureau. Et maintenant, elle était enfermée dans le bureau d'un officier allemand, en tête à tête avec le Führer qui la regardait d'un air dédaigneux. Toujours sous le bureau, le rythme des battements de son coeur s'accélérant à mesure que les secondes passaient, la jeune femme s'empara des papiers classés confidentiels puis entendit de nouveau le bruit d'une clef qu'on tournait dans la serrure. Ne sachant qui entrait (Cabanel avait-il eu la présence d'esprit de revenir, ou avait-il oublié sa secrétaire, n'ayant en tête que la statuette égyptienne ou la nature morte flamande ?), elle resta cachée sous le bureau. A son grand soulagement (jamais elle n'avait cru un jour être si heureuse d'entendre la voix de son patron !), c'était Edouard qui était entré. Mais comme à son habitude, ce n'était pas avec sympathie qu'il s'adressa à Alice, toujours sous le bureau :“Avouez que vous étiez déjà en train de choisir quel livre vous alliez lire pour occuper votre nuit. Vous avez quelque chose ?

Au soulagement d'entendre la voix d'Edouard succéda un agacement qu'elle ne pouvait plus dissimuler. L'espionne sortit de sa cachette, non sans difficulté à cause de sa longue robe et de ses talons, et se tourna vers Edouard, les papiers à la main : “Non, je m'apprêtais à lire quelques documents intéressants, me demandant si mon patron aurait la présence d'esprit de venir me chercher, au lieu de parler art avec son grand ami !” lui lança-t-elle, pas trop fort cependant pour ne pas être entendue par une quelconque personne. Mais tous deux entendirent des voix qui se rapprochaient dangereusement de la pièce, et Edouard, qui se trouvait sur le pas de la porte, entra de nouveau dans la pièce et ferma la porte derrière lui, affolé. Le Français et la Russe se trouvaient seuls dans le bureau d'un Allemand (seuls, ou presque, car le Führer imposait étrangement sa présence). Ils attendirent quelques instants, tendant l'oreille et espérant que le danger s'éloigne. Les voix disparurent et Cabanel reprit la parole avant qu'Alice ne puisse se plaindre de lui :“Promis, ce n'est pas parce que je ne fais pas confiance à votre capacité à fouiller ce bureau que je suis là.

-J'ai cru comprendre en effet que votre amour pour de stupides statuettes l'avait emporté sur votre logique.

Notre charmant duo pouvait se disputer longtemps ainsi, mais l'espionne n'avait qu'une envie : quitter ce bureau dont la décoration était douteuse. (et il y a fort à parier que ce petit tête-à-tête n'était pas non plus du goût d'Edouard). En attendant que le couloir soit désert, Alice montra les papiers à Edouard et les lui donna. Elle avait d'abord voulu les garder mais, lasse, elle n'avait pas envie de se disputer à nouveau avec son patron pour savoir qui les prendrait. Elle acceptait donc de capituler, pour mieux l'accabler de reproches dès le lendemain. Elle ne put néanmoins s'empêcher de lui lancer :“Faites en sorte que votre femme n'aperçoive pas ces documents, vous ne seriez pas capable de trouver une excuse crédible pour expliquer la présence de tels feuilles sur vous.

Au bout de quelques minutes, le calme semblait régner de nouveau dans le couloir. Il fallait maintenant sortir discrètement, ce qui n'était pas gagné. Alice s'approcha de la porte contre laquelle se trouvait Edouard et lui fit signe de se pousser avant de coller son oreille contre le bois. Elle n'entendit rien dans le couloir, signe qu'il fallait prendre une décision rapidement avant que quelqu'un n'ait l'idée de venir. Elle se tourna vers Edouard :

Bien, il n'y a personne. Je vais partir en première. Attendez dix secondes avant de partir à votre tour, pour me laisser le temps de traverser le couloir sans que l'on me voit avec vous. J'imagine que si votre femme nous voyait apparaitre ensemble, elle vous ferait une crise telle que vous passeriez une mauvaise fin de soirée.” Elle colla de nouveau l'oreille à la porte puis reprit :“Et ne croyez pas que j'accepte les reproches que vous m'avez faits. Tout ça est de votre faute, et non de la mienne!” Puis, sans attendre qu'Edouard lui réponde ou l'empêche de sortir, elle entrouvrit la porte, lança un coup d'oeil des deux côtés du couloir, puis, la voie étant libre, sortit du bureau (enfin !). Elle pressa le pas, ne voulant pas qu'Edouard la rejoigne trop rapidement. Heureusement, elle ne rencontra personne sur son chemin et retrouva sans encombre la salle de réception. Elle espérait qu'il en serait de même pour Edouard, qui avait un don, selon elle, pour se trouver dans des situations incongrues. Mais à peine se trouvait-elle à nouveau parmi les invités qu'Eugène de Mazan la rejoignit, comme s'il n'avait fait qu'attendre ce moment durant toute la soirée (n'avait-il donc personne d'autre à qui parler ?). Ne pouvant s'enfuir à nouveau sans paraître suspecte, elle le laissa s'approcher, non sans soupirer intérieurement. Elle qui n'avait qu'une envie (que la soirée se termine !), n'était malheureusement pas au bout de ses peines.

Mademoiselle Boulanger! Vous voici donc de retour, après avoir mystérieusement disparu...Accepterez-vous que je vous offre de quoi vous rafraîchir? Cette robe semble n’avoir eu aucun répit depuis notre arrivée, et je n’ai hélas pu l’admirer.

Il  fallait avouer que Mazan avait trouvé les mots justes. Alice avait en effet besoin d'un petit remontant pour se remettre de ses frayeurs, bien qu'il ne soit pas très recommandé dans son cas de boire en présence de l'ambassadeur (il serait en effet désastreux de laisser échapper des informations compromettantes face à lui). Pensant qu'il avait l'idée de lui offrir une coupe de champagne en ces lieux-mêmes, elle ne refusa pas et le laissa prendre son bras pour la mener vers...la sortie ?! Elle aperçut alors Edouard qui était lui aussi revenu du bureau et Madeleine se diriger vers lui. Alice croisa le regard de son patron et comprit, à son sourire ironique lorsqu'il l'aperçut au bras de Mazan, qu'elle devrait supporter ses moqueries le lendemain. Elle se félicita néanmoins d'avoir donné les documents trouvés dans le bureau de Brechen...leur hôte à Edouard, étant donné la situation dans laquelle elle se trouvait.

Ainsi, malgré leurs frayeurs, malgré leurs disputes et leur incapacité à se comprendre l'un l'autre, le duo avait réussi sa mission et finissait la soirée avec des documents confidentiels qu'ils pourraient étudier dès le lendemain (après s'être disputés quant aux erreurs de Cabanel durant la soirée). Alice devait maintenant effectuer une autre mission : passer la fin de la soirée avec l'ambassadeur (en tout bien tout honneur !). A bien y réfléchir, se cacher sous le bureau d'un officier allemand paraissait moins difficile que de faire la conversation avec Mazan...

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MessageSujet: Re: Une fête de Paris ressemble toujours un peu à un feu d'artifice... Tâchons d'en limiter les dégâts !   Lun 11 Nov - 2:02

Édouard ignorait ce qui se produisait à chaque fois lorsqu'ils mettaient au point une mission avec Alice Boulanger mais elle ne tournait jamais comme ils l'avaient prévu. Il avaient beau élaborer un plan le plus simple possible, qui faisait le moins appel au hasard ou à la bonne volonté de certaines personnes qui n'étaient pas dans la confidence (à savoir Eugène et Madeleine, dont on pouvait généralement louer les efforts), voire même aux capacités étonnantes de discrétion de son espionne de secrétaire (tellement étonnantes qu'il valait mieux ne pas trop y compter), rien ne fonctionnait jamais et ils se retrouvaient dans une situation toujours plus rocambolesque et, de préférence, dangereuse. Cette soirée pendant laquelle Édouard n'aurait rien dû connaître de plus risqué qu'une valse avec Alice (ses orteils s'en souviendraient longtemps) s'était transformé à quelque chose qui était plus de l'ordre du cauchemar que de la banale fête mondaine. Car pendant que le reste des invités, au rez-de-chaussée, buvaient et s'empiffraient, ou parfois faisaient la conversation mais ce n'était pas toujours du plus grand intérêt depuis qu'une grande partie de la foule ne parlait qu'allemand et surtout qu'il n'y avait plus de gouvernement à faire chuter – faute de chambre des députés – , le conseiller Cabanel se trouvait dans le bureau d'un officier allemand sous l’œil peu amène d'un Horus égyptien et d'un Hitler nazi, sans y avoir été invité (enfin tout laissait supposer que la fermeture à clé de la porte par Brechen... Leur hôte n'était pas à prendre comme une invitation). Et encore, il y avait pire car il n'y était pas seul. Et si Alice Boulanger pouvait se targuer d'être plus agréable à la vue que cet officier ventripotent et peu arrangeant pour les espions de la France libre, elle non plus n'avait aucune excuse valable pour se trouver là – sinon sa passion pour les bureaux et les coupe-papiers de Napoléons, bref rien qui ne pourrait paraître vraiment solide. Sans compter qu'elle était proprement exaspérante et qu'elle aimait beaucoup trop jouer avec les nerfs d’Édouard. Il suffisait de voir qu'elle avait choisi de se cacher sous le bureau de leur hôte pour que ce dernier ne puisse pas la voir pour la soupçonner d'avoir pour objectif caché de tuer son patron d'une crise cardiaque, à croire qu'elle était un agent double. Et comme d'habitude (et en toute mauvaise foi), c'était de sa faute s'ils se retrouvaient dans cette situation hors de contrôle et qu'aucun d'eux n'avait simplement imaginé lorsqu'ils avaient décidé de s'emparer de ces plans – il fallait dire qu’Édouard aurait taxé Alice d'avoir trop d'imagination si elle en avait fait la suggestion. Elle avait mis bien trop de temps à chercher ces fichus documents, c'était tout. Mais l'heure n'était pas aux règlements de compte car leurs complices involontaires devaient commencer à s'impatienter, surtout depuis que Brechen... L'officier était redescendu parmi ses invités. Édouard pouvait toujours prétendre s'être arrêté pour admirer les natures mortes flamandes, son nouveau grand centre d'intérêt (cela serait un mélange intéressant dans son bureau entre les Anubis et autres Osiris momifiés) mais cela ne devait pas durer plus longtemps s'il ne voulait pas que Madeleine ne s'imagine tout et surtout n'importe quoi. Malheureusement, des bruits s'étaient fait entendre dans le couloir et Édouard dut constater qu'ils étaient bel et bien pris au piège. Il invoqua toutes les divinités qu'il connaissait – Amon lui devait bien ça après tout ce qu'il avait fait pour lui, non ? – pour qu'Eugène occupât assez longtemps son épouse afin qu'elle ne parte pas à sa recherche. Madeleine serait peu intéressée de le savoir dans le bureau d'un nazi mais beaucoup plus avec quelle charmante compagnie.

- J'ai cru comprendre en effet que votre amour pour de stupides statuettes l'avait emporté sur votre logique, lâchait  la compagnie en question, après avoir surgi de dessous son bureau, en tanguant sur ses talons hauts, d'un ton assez bas pour ne pas se faire entendre mais de manière assez peu charmante pour qu’Édouard lui lance un regard noir.
- Elles ne sont pas stupides ! Réjouissez-vous plutôt que ce soit à moi que Brechen... Truc ait choisi de montrer cet Horus et ce... Bref, j'ai pu vous couvrir car je me demande bien quel endroit aurait été encore moins bien indiqué pour se cacher !
Car oui, les deux complices avait beau se trouver dans une situation délicate, des bruits de pas qui devaient bien appartenir à un quelqu'un qui pouvait les découvrir, passaient derrière la porte où ils se trouvaient mais ils parvenaient encore à se disputer et à se reprocher des stupidités. Le conseiller finit néanmoins par s'interrompre, le cœur battant, pour tendre l'oreille alors que les voix semblèrent s'arrêter dans le couloir. Et si leur hôte revenait faire admirer son Horus à une autre personne ? Affolé, Édouard parvint à faire vaguement abstraction de la présence de sa secrétaire (vaguement parce qu'elle était quasiment à ses côtés et qu'elle lui obstruait la vue après s'être grandie de quinze centimètres de talons, elle faisait presque sa taille), pour observer la pièce plus en détails afin de chercher une issue de secours. Mais aucune porte ne donnait sur des cabinets annexes, signe que l'hôtel particulier avait été retouché au XXe siècle – ce qui constituait un intérêt du point de vue de l'histoire de l'art mais posait un nombre de problèmes incalculables à l'espionnage. Restait donc la fenêtre qu’Édouard envisagea pendant environ cinq secondes comme une sérieuse possibilité avant de se rappeler qu'il faisait terriblement froid, qu'il n'avait pas fait d'exercice physique digne de ce nom depuis plusieurs années (il était intéressant de voir que sa mauvaise foi pouvait s'envoler en situation d'urgence, en temps habituel, il était capable de prétendre que les promenades de son chien étaient du sport) et surtout qu'Alice portait une robe moulante et des chaussures qui ne permettaient en aucun cas de faire de l'escalade sur les murs de cet hôtel. Bon puisqu'il n'y avait aucune échappatoire, restait encore l'excuse crédible. Pour quelle raison un conseiller d'ambassade et sa secrétaire pouvaient-ils se retrouver tous les deux dans un bureau ? Pour aller admirer une statuette égyptienne ? Pour... Édouard n'eut fort heureusement pas besoin de formuler plus loin sa pensée qui aurait pu se révéler fort gênante car les bruits s'éloignèrent enfin et la respiration du conseiller put reprendre normalement. Ils attendirent néanmoins le retour complet du silence avant de reprendre leur petite conversation où elle s'était arrêtée, comme un vieux couple qui se connaissait fort bien.

De manière étonnante, toutefois, Alice lui tendit une petite liasse de papiers, comme si elle capitulait par avance, sachant très bien qu’Édouard ne la laisserait pas partir avec tous ces documents secrets enfermés dans son ridicule sac à main. Ils – enfin elle – avaient donc réussi à trouver ce qu'ils cherchaient. Heureusement pour la fierté de Cabanel, la jeune femme le dispensa de lui formuler des compliments car elle sembla grommeler entre ses dents :
- Faites en sorte que votre femme n'aperçoive pas ces documents, vous ne seriez pas capable de trouver une excuse crédible pour expliquer la présence de telles feuilles sur vous.
- « Je » ne suis pas capable de trouver une excuse crédible ? Répliqua Édouard en levant les yeux au ciel, tout en prenant les papiers pour les glisser dans son costume, tout contre son cœur – c'eut presque paru grandiloquent –, vous mériteriez presque d'avoir été découverte par Brechen.. j'aurais été curieux de savoir comment vous auriez justifié votre présence !
Dans un geste agacé, il se détourna pour tendre l'oreille vers la porte avant de poursuivre entre ses dents :
- Et n'ayez nulle crainte, ma femme n'est pas du genre à se demander ce que sont des papiers confidentiels. En plus, il faudrait déjà qu'elle accepte de me toucher pour pouvoir les découvrir...
Le calme était revenu à l'extérieur – à l'intérieur également, à croire que le charmant duo d'espions devenait raisonnable et professionnel – aussi était-il peut-être temps de tenter une sortie et de se dégager de ce pétrin dans lequel Alice les avait fourrés par son inconscience, ce que semblait approuver la secrétaire après lui avoir fait signe de se pousser et avoir collé son oreille contre le bois. Édouard se mordit la lèvre pour ne pas faire une remarque sur les méthodes de Sioux de l'espionne engagée par les Anglais (après tout, puisqu'elle avait formée par eux, ça se comprenait, ils étaient les mieux à même de les avoir adoptés après les avoir trucidés) mais devant l'air sérieux de la jeune femme, il obtempéra sans discuter, non sans se dire que si c'était là la fine fleur des espions, la guerre n'était pas encore terminée. Finalement Alice se redressa et se retourna vers lui pour lui assurer qu'il n'y avait personne ce que même l'ouïe peu développée du conseiller aurait pu deviner :
- Je vais partir en première. Attendez dix secondes avant de partir à votre tour, pour me laisser le temps de traverser le couloir sans que l'on me voit avec vous. J'imagine que si votre femme nous voyait apparaître ensemble, elle vous ferait une crise telle que vous passeriez une mauvaise fin de soirée.
- Vous êtes trop aimable de songer à ma fin de soirée, grimaça Édouard, bien conscient qu'il aurait de toute façon le droit à des reproches pour s'être absenté aussi longtemps, je tiens aussi à conserver de bonnes relations avec l'ambassadeur Mazan, merci de ne pas lui raconter à quel point nous nous sommes rapprochés ce soir, ajouta-t-il en désignant leur proximité physique et en faisant fi de l'air furieux d'Alice, nous examinerons tout cela demain au bureau, il vaut mieux que nous évitions de nous parler pendant le reste de cette fête. Enfin si nous ressortons vivants d'ici.
La jeune secrétaire ne fit pas de remarque et colla à nouveau son oreille sur la porte avant de sembler se décider et de lancer :
- Et ne croyez pas que j'accepte les reproches que vous m'avez faits. Tout ça est de votre faute et non de la mienne !
Édouard allait protester avec vigueur mais elle ne lui laissa pas le temps d'ouvrir le débat sur leurs responsabilités respectives dans ce désastre – mais qui se terminerait honorablement si personne ne trouvait le moyen de venir admirer la peinture morte flamande pendant qu'ils sortiraient de là –, car elle ouvrit la porte pour partir à la vitesse de la lumière, sous le regard perplexe de son patron qui trouvait qu'elle tenait plutôt bien sur ses talons quand elle le voulait.

Neuf secondes plus tard, par pur esprit de contradiction, Édouard sortit à son tour du bureau qu'il verrouilla à double tour, avant de jeter la clé sur le guéridon et de s'éloigner à grands pas, en sifflotant, non sans avoir de nouveau jeté un coup d’œil sur les marguerites qui faisaient tant l'admiration de l'officier allemand. Il était parvenu sans encombres jusqu'à la salle de réception tout comme Alice, qui avait pourtant le don de se mettre dans des situations invraisemblables selon lui, quand l'un de ses collègues de l'ambassade s'approcha de lui en lui tendant un verre de champagne et en lui adressant un clin d’œil :
- Un joli brin de fille, cette Boulanger, hein ? La prochaine fois, ne soyez pas absents aussi longtemps, ça se remarque. Ne t'inquiète pas, je ne dirai rien...
- Mais..., tenta vainement de protester Édouard alors que l'autre lui tapotait l'épaule avant de disparaître dans la foule plus vite qu'il ne fallut pour le dire, le laissant bras ballants. Et livré en pâture à une toute autre épreuve qui l'attendait désormais et qui fondait sur lui sous les traits d'une Madeleine furieuse d'avoir été abandonnée – et qu'Eugène n'avait pas très bien occupée, selon toutes les apparences.
Le regard d’un Édouard résigné se détacha un instant de son épouse pour chercher la silhouette d'Alice dans la foule. La jeune femme venait de prendre le bras d'Eugène et un sourire ironique éclaira les traits du conseiller avant qu'il ne les voie s'éloigner en direction de la sortie.
- Et bien, où étais-tu ? Tu n'es pas bien poli de m'abandonner ainsi avec ce Mazan, quel homme déplaisant et imbu de lui-même d'ailleurs, j'ai...
Mais Cabanel n'écoutait déjà plus et ne put s'empêcher de froncer les sourcils en constatant que le couple formé par sa secrétaire et son propre supérieur s'était évanoui, sans doute pour finir la soirée ensemble. Machinalement, tout en suivant sa femme qui l'entraînait vers quelques mondains qu'il connaissait de noms pour exhiber celui qu'elle avait épousé, il passa la paume sur le devant de son costume, sentant le frémissement du papier sous le tissu. Ils avaient échappé de peu au désastre complet – car être découverts comme espion en temps de guerre, ça ne promettait jamais un sort bien réjouissant –, mais au final, la réussite était complète. En somme, il ne leur restait plus qu'à ne pas trop boire pour ne rien dévoiler de leurs intentions (Édouard espéra qu'Eugène saurait se montrer gentleman et ne pas trop faire boire sa compagne) et qu'à faire le bilan de leurs mésaventures dès le lendemain l'un avec l'autre en tentant de ne pas trop se disputer. Et en y réfléchissant bien, c'était peut-être de cette épreuve-là dont l'un d'entre eux ne ressortirait pas vivant.


FIN


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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
J.K. Rowling © .bizzle


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Une fête de Paris ressemble toujours un peu à un feu d'artifice... Tâchons d'en limiter les dégâts !

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