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 Une première rencontre et un coup de fou... euh... De feu

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Edouard Cabanel
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■ topics : OUVERTS
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■ profession : Ambassadeur de Vichy à Paris

PAPIERS !
■ religion: Ne croit qu'à la politique. Dieu ? ça fait longtemps qu'il n'existe plus, non ?
■ situation amoureuse: Coincé dans un mariage malheureux avec Madeleine Claussat. Trop occupé à cause de son beau-père pour avoir le temps d'aller voir ailleurs.
■ avis à la population:

MessageSujet: Une première rencontre et un coup de fou... euh... De feu   Mar 17 Déc - 2:07

mad
Spoiler:
 


Édouard Cabanel ferma le journal d'un geste brusque, dans un froissement de papier qui lui aurait attiré un regard noir de son épouse si celle-ci s'était trouvé présente. Fort heureusement, il n'y avait là, dans son bureau de l'hôtel du Châtelet, que d'innombrables statuettes égyptiennes pour l'observer de leurs grands yeux vides et leur présence qui, généralement rassurait le conseiller et lui donnait l'impression d'être dans son univers, fut soudain oppressante, comme si du lointain de leur glacial albâtre, elles savaient tout ce qu'il avait fait et le jugeaient de manière implacable, comme si elles n'étaient que le terrible reflet de sa conscience sans pitié. Mais ce ne fut qu'en se relevant, presque dans une tentative de fuite, qu'il s'aperçut qu'il tremblait. Ses mains agitées étaient devenues moites et son corps entier était secoué de frissons, très exactement comme ce jour où il avait dû se rendre au prétoire, où il s'était tenu devant la barre des témoins et où il avait relevé la tête pour croiser le regard des accusés, cet instant où il avait eu la conscience aiguë d'être un traître comme de perdre le contrôle de son corps tremblotant. Cet instant où il ne savait plus ce qu'il faisait, où il perdait de vue les limites à ne pas franchir, où il ignorait qui il était et quelles étaient ses convictions. Un salaud, en aurait dit beaucoup. Mais les regards de ses anciens amis, de ceux qu'il avait soutenu et grâce auxquels il avait accédé à des postes qu'on lui avait envié, avant de les renier publiquement devant tous, eux et la politique qu'ils avaient suivi, n'avaient pas été accusateurs, seulement déçus. C'était bien ces regards blessés et ces visages désabusés qui continuaient à poursuivre Édouard jusque dans son sommeil, lui rappelant sans cesse ce qu'il avait accompli et insinuant le doute sur ce qu'il était capable de faire pour conserver ses privilèges, pour ne pas avoir à faire face à un procès à son tour alors qu'il avait acquiescé à toutes les prises de décision qu'on leur reprochait à l'heure actuelle, alors qu'il aurait eu des dizaines de raison de subir l'opprobre à son tour dans ce gouvernement de Vichy qui rejetait en bloc les anglophiles, les anciens francs-maçons ou tout simplement les humanistes. Et cette journée-là, les accusés de Riom, les hommes blessés par les trahisons et les coups de couteau, car nombreux étaient ceux à avoir parlé en leur défaveur et à s'être simplement tu, Léon Blum, Édouard Daladier, Gamelin et La Chambre étaient envoyés en Allemagne pour y rester prisonniers. Certes, le conseiller de l'ambassadeur de Vichy n'avait là aucune responsabilité, son témoignage n'avait été qu'une goutte d'eau perdue dans un procès joué d'avance mais il avait parlé. Il avait contribué à leur départ dans un Reich qui leur serait encore plus hostile, dans un pays où Édouard, s'il était laissé dans l'ignorance de ce qui s'y passait réellement, savait pertinemment qu'il pourrait les conduire à leur mort. Et si cela était impardonnable, chaque bribe d'information qu'il communiquait à Londres, chaque avancée qui les menait vers un débarquement, le rachetait un peu de ses erreurs.

- Vous êtes vraiment sûr que vous vous en sentez capable ?
C'était évidemment Alice, sa secrétaire et surtout le second membre du duo bancal que Londres avait formé – à croire qu'ils n'avaient peur de rien là-bas, ou qu'ils étaient vraiment désespérés – qui venait de parler d'une voix un peu perplexe. Édouard, qui ne l'avait pas entendue arriver, sursauta et se détacha de la fenêtre dont il s'était approché comme pour admirer le coucher de soleil sur Paris, pour faire volte face. Elle arborait une mine clairement dubitative et cela eut pour effet immédiat non seulement de vexer le jeune homme mais aussi de le faire se redresser et de jeter un regard noir à la nouvelle arrivante.
- Évidemment, grommela-t-il, cela risque même d'être plus facile que d'habitude sans vous dans mes pattes pour vous cacher sous des bureaux ou me marcher sur les pieds lors des danses. Pourriez-vous quitter mon bureau maintenant ? Je vais me changer.
- Je suis certaine que Mazan est meilleur danseur que moi, répliqua-t-elle sans se laisser démonter en déposant quelques papiers sur une pile soutenue (contre son gré) par un Anubis en bronze qui semblait comme veiller dessus, il est vraiment dommage que les dames ne soient pas invitées, j'aurais beaucoup aimé vous voir inviter Hansmuker puis le reste des invités pour leur demander s'ils ne comptent pas assassiner notre cher hôte venu découvrir Paris.
- Hansmüller, corrigea automatiquement Édouard que la pratique de l'égyptologie avait rendu plus apte à la prononciation des noms de famille compliqués – tant qu'ils ne comportaient pas trop de consonnes et plus de trois syllabes, et il ne vient pas visiter Paris, c'est le nouveau favori du Fürher, je suis certain qu'il a des ordres précis à donner. Londres n'aurait pas demandé son...
Mais Alice, après un geste méprisant, avait déjà claqué la porte du tombeau égyptien derrière elle ce qui coupa Édouard dans son élan didactique, pas très utile en vérité car la jeune femme savait déjà pertinemment tout cela pour avoir décrypté elle-même le message codé que leur radio avait intercepté sur des ondes utilisées par les contacts du SOE avec Londres, mais Cabanel avait fortement tendance à radoter – ce n'était pas son ami Alexandre qui connaissait par cœur et à son corps défendant les mésaventures de Néfertiti et autres reines égyptiennes qui avaient la chance d'être mortes bien avant de pouvoir accomplir des missions d'espionnage dans le Paris occupé qui l'aurait contredit. De toute façon, il savait bien qu'Alice, si elle se moquait de lui et de son absence de réelle stratégie, enrageait surtout de ne pas pouvoir être présente et faire tout capoter comme elle en avait l'habitude, même si cela l'aurait obligée à accepter une valse de son collègue. Mais comme l'heure tournait et que les états d'âme de l'espionne qu'on lui avait imposée sans lui demander son avis – en même temps, Édouard aurait eu tendance à faire confiance aux choix des membres de la France libre, fatale erreur –, il se dirigea vers la petite salle d'eau attenante à son bureau et après avoir fait une rapide toilette, ôta son costume pour enfiler sa tenue de soirée. Il se devait de faire bonne impression car tout le gratin de la collaboration serait présent, des plus hauts gradés allemands jusqu'à l'ambassadeur de Vichy, même si celui-ci serait trop occupé à lécher des bottes pour obtenir quelques faveurs pour s'occuper de ce que pouvait bien faire son conseiller le plus efficace et le plus zélé. Tant mieux car le héraut de la bonne entente avec l'Allemagne et gendre d'un fonctionnaire très haut placé à l'intérieur serait absorbé par la recherche de la personne qui devrait mettre fin à la bonne ambiance feutrée de la soirée. Ce ne fut qu'en nouant son nœud papillon qu'il s'aperçut que si la peur et le poids de la culpabilité serraient toujours son ventre, ses mains ne tremblaient plus.

Mademoiselle Boulanger jeta un regard de haut en bas à son patron quand il sortit de son bureau (non sans avoir glissé un paquet de cigarettes dans sa poche en prévision que ses nerfs pourraient en avoir besoin) mais ne fit nul commentaire désagréable et après qu'il lui eut lancé quelques recommandations d'usage, faisant fi de sa mine boudeuse, il passa devant les sièges vides de l'étage de l'hôtel du Châtelet – espérant au passage qu'Alice passerait sa mauvaise humeur sur le saint Cucuphas d'Yvonne, son corps sans tête lui rappelait un peu trop ce qu'il risquait en se rendant à cette soirée – ou tout du moins, s'il réussissait sa mission à savoir entrer enfin en contact avec un résistant parisien. C'était là l'objectif le plus difficile à accomplir que leur avait donné De Gaulle. Si trouver des informations sur les mouvements de troupes et la défense sur les côtes était compliqué, il n'y avait rien d'impossible pour Édouard qui était bien placé pour mettre la main sur des dossiers même classés secret. En revanche, retrouver des réseaux clandestins qui avaient fait de leur capacité à être invisible leur marque de fabrique et la condition de leur survie, c'était une autre paire de manches. Il semblait par ailleurs qu'ils n'étaient pas du genre à faire confiance à Cabanel ce qui pouvait se comprendre comme aimait à le souligner Alice ce que le jeune homme pouvait parfaitement comprendre quand il cessait de bouder à cette remarque. Mais l'arrivée à Paris de Hansmüller allait leur donner l'occasion de sortir de leur trou, comme le disait ce fameux message sur les ondes. C'était encore des phrases stupides qui parlaient de vélos et de vaches dans les campagnes (à croire que Puerno avait quelque chose à voir avec la résistance) suivi d'une suite de lettres qui avait alerté Alice – tandis qu’Édouard se disait qu'il était décidément blasé par l'imagination des clandestins. Derrière cette histoire à dormir debout digne du Petit Parisien, elle en avait déduit que Hansmüller, cet homme chargé de missions de propagande et de répression à Berlin, allait être assassiné lors de la soirée prévue dans les locaux du Quai d'Orsay reconvertis en 1940 en siège de l'administration du gouvernement allemand de Paris. Comment et par qui, cela restait un mystère total, malgré les insistances d’Édouard qui avait demandé à Alice de reprendre ses décryptages et qui ne comprenait pas pourquoi toutes les informations qu'il souhaitait ne pouvaient pas sortir de qui ressemblait pour lui à du chinois. Mais Alice ne pouvant tout deviner avec ces phrases comme elle l'aurait fait d'une boule de cristal, le conseiller s'était résigné à se rendre à la petite fête dans le flou le plus total, prêt à chercher quiconque pourrait vouloir assassiner leur invité exceptionnel – comme une batterie de soldats allemands là pour sa sécurité, il n'en doutait pas – sans savoir quel déguisement cette personne allait arborer. Édouard n'était pas particulièrement pessimiste de nature mais si les événements n'y mettaient pas du leur, il allait finir par croire qu'on cherchait délibérément à leur mettre des bâtons dans les roues. Même s'il ne voyait pas très bien qui, ce n'était pas lui qui dérangeait souvent Dieu.

Cabanel arborait pourtant un large sourire quand il pénétra dans l'immense salle de bal de l'ancien ministère des Affaires étrangères, qui avait récupéré, pour l'occasion toute sa splendeur d'antan, avec ses lustres en cristal et ses boiseries étincelantes d'or, sourire pas totalement faux car il était sincèrement ravi de revoir ces lieux où il avait passé quelques meilleures années de son existence, lorsqu'il avait été nommé secrétaire d'état. Il se souvenait encore comme si c'était hier des heures perdues ici à attendre des décisions des ministres avant d'aller les défendre à la Chambre non loin, des télégraphes qui fonctionnaient en permanence dans les bureaux à l'étage supérieur pour envoyer des nouvelles dans le monde entier ainsi que ses explorations de ce splendide hôtel particulier qui lui permettaient de sortir discrètement tard le soir – ou quand il fallait éviter des journalistes trop pressants qui voulaient à tout prix savoir si le gouvernement comptait réagir face à la guerre en Espagne ou au réarmement allemand. Ironie du sort, ce soir-là, les lieux étaient envahis d'uniformes allemands qui s'apostrophaient, et sans doute pour faire plaisir à l'invité d'honneur qui n'allait plus tarder, un immense drapeau du Reich avait été déployé sur l'un des murs de la salle, sa couleur rouge sang et l'immense croix noire jurant terriblement avec les rinceaux rococo de l'ensemble. Le jeune homme, avant d'aller discuter avec quelques connaissances dont Brechen... quelque chose qui allait être ravi de lui décrire les mesures de sécurité qu'il avait mis en place pour la fête, avisa au loin Mazan qui, comme il s'y attendait, était particulièrement obséquieux et semblait avoir remis au goût du jour les courtisaneries – démodées – de la cour de Versailles de Louis XIV sans en avoir pourtant la classe ou le charisme, sans compter que l'officier auquel il parlait ne portait ni perruque ni collants, mais devait bien avoir l'air d'extrême ennui du roi quand on lui demandait des faveurs au XVIIe siècle. L'ambassadeur se précipita vers Hansmüller dès que celui-ci fut annoncé et un petit homme à la tête de fouine fit son apparition parmi eux, avec un petit sourire vicieux. Il ne portait pas d'uniforme mais un veston gris, sans beaucoup d'artifices et il passait de manière régulière ses doigts sur ses cheveux gominés, comme s'il était nerveux. C'était donc lui. Hansmüller, l'homme que l'on disait avoir réussi à gagner la confiance du Fürher, ce qui n'était pas une mince affaire – et a priori, Édouard avait un peu de mal à comprendre ce qui pouvait attirer l'envie de s'appuyer sur cet homme-là qu'il aurait eu plus envie de fuir s'il avait eu le choix. Mais comme il était courageux – et qu'il ne pouvait décemment pas annoncer son échec à Alice, il quitta Brechen... – définitivement, même l'égyptologie ne l'aidait pas, et s'approcha de Hansmüller pour le saluer à son tour et se présenter. Un instant, il avait cru qu'il allait se produire quelque chose, que le résistant annoncé allait se détacher de cette foule de visages qu'il avait scruté pour l'assassiner mais rien ne se passa. Si résistant il y avait et si ces histoires de vélos et de vaches voulaient bien dire quelque chose, il ne se manifesta pas, attendant peut-être son heure. Édouard qui ne comprenait pas les suicidaires ne pouvait que l'en féliciter. Autant ne pas prendre contact avec un homme mort.

- Je suis navré, mais le général Von Hafer ne peut pas venir ce soir, vous le rencontrerez demain dans ses bureaux, disait Mazan d'une voix lente comme s'il s'adressait à un enfant à la compréhension limitée, quand Édouard s'approcha.
Il comprit pourquoi quand Hansmüller fronça les sourcils en se tournant vers un interprète. Le pauvre homme ne parlait presque aucun mot de français, ce qui était bien dommage quand on savait quels beaux textes de littérature étaient écrit en cette langue. Mais une fois qu'il eut compris, son visage de fouine se ferma et il sembla fort contrarié.
- Je ne vais pas rester alors, bredouilla-t-il d'une voix peu assurée.
- Oh non, lança Mazan, déçu.
- Oh non, renchérit Cabanel, en écho, qui voyait lui s'échapper sa mission du soir, restez donc un peu, attendez la crème ! Encore beaucoup de personnalités doivent venir vous rencontrer, nous sommes si heureux de faire la connaissance de quelqu'un qui a tant à nous apprendre, nous autres Français !
Cela ne ressemblait guère à Édouard mais Mazan dut faire passer cela sur les aptitudes diplomatiques de son conseiller qu'il s'empressa de présenter à Hansmüller car il ne fit nulle remarque et il se fendit même d'un sourire en voyant leur hôte accepter de rester quelques temps en se dirigeant tout droit vers les petits fours. Cabanel eut pourtant conscience que cela n'arrangeait pas ses affaires. Il était fort possible que la tentative d'assassinat eut devoir lieu à un moment où l'homme aurait du se retrouver seul avec Von Hafer. Allait-on renoncer ? Qui, parmi ces invités ou ces membres du personnel, dissimulait une arme capable d'ôter la vie de l'homme de confiance d'Hitler, défiant la soldatesque et le gratin entier de Paris ? Comment Édouard aurait-il pu le reconnaître ? À défaut de trouver quelque chose de probant, il retourna auprès de Brechen quelque chose qui s'émerveilla du nombre de sorties qu'il y avait dans les jardins. La soirée sembla ainsi s'éterniser mais le conseiller gardait un œil sur Hansmüller qui, après s'être empiffré, semblait sur le point de repartir. En moins de temps qu'il ne fallut pour le dire, Édouard fut auprès de lui, tout en se maudissant intérieurement car il n'avait rien à lui dire. Mais une fois de plus, son passionné d'antiquités égyptiennes allemand lui sauva la mise sans le vouloir, car d'un geste, il désigna le jardin en sortant à moitié son paquet de cigarettes. L'officiel nazi eut un sourire et accepta d'un signe de tête pour suivre Édouard dans le parc du Quai d'Orsay, désert en cette heure tardive, où il lui offert une cigarette.
- Il fait encore frais, n'est-ce pas ? Tenta Édouard en frissonnant dans la nuit noire alors que la seule lumière venait du point rouge de l'allumette utilisée pour allumer les cigarettes et des fenêtres illuminées de l'hôtel.
Évidemment Hansmüller ne comprit pas et Édouard tenta de lui expliquer par des gestes avant de lancer, dans une plaisanterie, devant la difficulté à communiquer :
- « L’accent du pays où l’on est né demeure dans l’esprit et dans le cœur, comme dans le langage », n'est-ce pas ?
Il devait être écrit que cette maxime de La Rochefoucauld serait la dernière phrase entendue par l'homme de confiance d'Hitler – même s'il n'en saisit probablement pas le sens –, car un coup de feu retentit soudain et il s'écroula à terre, mort.

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
J.K. Rowling (c) .bizzle


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Elsa Auray
J'ai vu la mort se marrer et ramasser ce qu'il restait.



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MessageSujet: Re: Une première rencontre et un coup de fou... euh... De feu   Dim 26 Jan - 20:31

- Bon, on répète une dernière fois.
Le silence retomba dans la petite arrière boutique de la lutherie du vieil Aristide, et tous les regards se tournèrent vers Edouard dont la voix venait de s’élever pour attirer l’attention de Marcel et Emile qui se disputaient vaguement de leur côté, et couvrir le babillage du petit Maksim auquel on avait donné quelques soldats de plomb qu’il s’amusait à déplacer de manière stratégique dans la pièce afin, visiblement, qu’ils puissent en surveiller chacune des issues. Le silence qui se fit aux paroles du médecin de la brigade l’interrompit un instant, et il jeta un regard interrogateur vers sa mère, mais comme celle-ci ne semblait pas vouloir lui reprocher quoi que ce soit et que personne ne lui prêtait attention, il retourna à ses soldats et laissa les adultes discuter entre eux, corrigeant avec minutie la position de l’une des figurines qui gardaient la porte.
- James et l’arme sont déjà sur place , reprit Edouard en énumérant les grandes lignes de l’opération qui devait prendre place dans la soirée. On est là-bas un peu avant les invités, James fait rentrer Elsa, Marcel sécurise la sortie du jardin, je reste dans la voiture. Von Hafer fait son arrivée remarquée à vingt et une heures, il rencontre Hansmüller dans la foulée dans un bureau à l’écart. Elsa, tu l’abats au silencieux, tu sors par le jardin et nous on reste pour te couvrir. C’est bon pour tout le monde. Marcel ?  ajouta-t-il en se tournant vers le jeune homme qui affichait un air contrarié.
- J’espère qu’Emile s’est pas planté dans les horaires, sinon…  
- Sinon quoi, tu vas me mettre dehors ? rétorqua l’intéressé en haussant un sourcil, vexé du manque de foi de son camarade en ses capacités.
- Sinon les filles risquent d’y passer. De toute façon, toi, si on t’avait foutu à la lourde chaque fois que t’as fait une connerie, t’aurais passé ta vie dehors. T’es sûr de toi cette fois ?  
- Ça va, Marcel, laisse-le, coupa le médecin avant de se tourner vers Elsa.
Adossée au mur un peu plus loin, celle-ci hocha silencieusement la tête sans faire de commentaire, laissant s’installer un nouvel instant de silence. L’objectif de la brigade ce jour-là n’était pas des moindres, il s’agissait de frapper un grand coup et il importait que tout soit réglé le plus minutieusement possible car le but était ni plus ni moins que d’assassiner au beau milieu d’une réception qui rassemblait tout le gratin parisien du moment le nouveau favoris d’Hitler qui venait passer quelques jours à Paris. Si l’on se doutait un peu partout qu’un invité prestigieux était attendu, c’est l’un des contacts d’Elsa, un certain James lié au SOE, qui avait réussi à obtenir son identité, et avait supposé de ne pas laisser échapper cette occasion. La tâche n’était pas aisée, mais le fait qu’il ait réussi à se faire engager afin d’assurer le service durant la petite sauterie qui devait se tenir en l’honneur du nouveau venu leur avait fourni la solution à plusieurs probables problèmes, et Elsa avait d’autant moins été difficile à convaincre que cet Hansmüller devait rencontrer von Hafer. Or si le but de la mission était de se débarrasser du premier, la jeune résistante envisageait sérieusement de faire d’une pierre deux coups et de régler enfin son compte au généralissime. Le regard que lui lança Edouard alors qu’elle portait une cigarette à ses lèvres, songeuses, laissait supposer qu’il avait deviné le dessein de sa chef, mais il savait que tenter de l’en détourner ne le mènerait à rien, aussi se garda-t-il du moindre commentaire. Tout le monde connaissait son rôle, il était temps de se mettre en place. La soirée n’allait pas tarder à débuter.

Le médecin et Marcel - qui continuait à râler pour lui-même - quittèrent les lieux les premiers afin d’aller chercher la voiture tandis qu’Emile, nerveux, s’affairait dans un coin de la petite pièce qui servait de lieu de réunion à la brigade. Restée seule, Elsa observa un instant le manège de Maksim qui avait entrepris de passer en revue tous ses petits soldats et jouait à leur donner des ordres parfois sans queue ni tête, mais que chacune des figurine s’empressait de respecter au pied et à la lettre, du moins c’était ce que l’on pouvait déduire de son air satisfait. Sentant qu’on l’observait, le jeune garçon se redressa et se tourna vers sa mère.
- Ils surveillent tout, maman, l’informa-t-il avec fierté avant de se diriger vers elle pour s’adosser au mur à ses côté. Il jeta un regard autour de lui, puis, levant la tête, repris d’une plus petite voix : où tu vas ce soir ?
La froide mère détourna son regard d’une des figurines de plomb pour baisser la tête vers son fils qui la regardait avec de grands yeux à la fois curieux et inquiet, comme s’il comprenait en partie pour quelle raison on lui avait dit qu’il resterait avec Emile ce soir.
- C’est secret, répondit Elsa qui ignorait comment répondre à ses questions.
- Tu vas tuer des méchants, dis ? continua le petit garçon.
Il y eut un silence. Elle n’aimait pas l’avoir avec elle lorsque la brigade planifiait ses opérations, encore moins le savoir ici alors que les choses pouvaient mal tourner. Mais Léonie Volkov, chez qui elle habitait depuis quelques temps et qui s’en occupait généralement ne pouvait le garder ce soir, et Elsa n’avait eu d’autre choix que de le laisser ici avec Emile. Elle ignorait ce qu’il pouvait bien comprendre de ce qui se tramait autour de lui, et n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle était censée lui dire, elle qui avait eu tant de mal à accepter sa simple présence. Pour toute réponse, elle passa vaguement la main dans ses boucles brunes puis se redressa. Il était temps pour elle également de partir. Maksim, habitué aux silences et à la froideur de sa mère, comprit qu’il en demandait trop, et baissa le nez sans insister tandis qu’elle s’éloignait. Celle-ci s’empara de son jeu de faux papiers, du paquet de cigarettes qui traînait à côté et sans se retourner vers son fils, alla prévenir Emile qu’elle s’en allait. Mais alors qu’elle revêtait son éternelle veste en cuir et le béret qui devait dissimuler sa chevelure et lui permettre de se faire plus discrète, une petite voix attira son attention. Resté avec Emile, Maksim, qui voulait tenait visiblement à rester informé des faits et gestes de sa mère, lui posa la même question que celle à laquelle il n’avait pas obtenu de réponse.
- Oui, lui répondit la voix d’Emile, et nous on reste ici pour l’attendre.
- C’est bien, ici, affirma le petit garçon. Tu veux bien que je te montre mes soldats dis ?
A l’éclat de voix satisfait qui résonna par la suite, Elsa en déduisit que le jeune résistant avec accepté et très vite, elle entendit Maksim se remettre à babiller joyeusement, prétendant que ses figurine allaient les protéger. L’ébauche d’une moue amusée se dessina sur ses lèvres, et enfin, elle sortir, non sans songer que ce n’était pas une vie, pour un enfant, que de songer à être protégé.

Ces pensées ne firent toutefois que l’effleurer et juchée sur un vélo qui devait lui permettre de s’échapper plus discrètement par la suite, c’est tout entière concentrée sur la mission à venir qu’elle se dirigea vers ce qui avait été le ministère des Affaires Etrangères français avant de se transformer en haut lieu de l’administration allemande à Paris. Comme ils l’avaient prévu, les autorités avaient installé des contrôles aux alentours du Quai d’Orsay - d’où l’absence d’arme avant de rentrer dans l’hôtel -, contrôles auxquels elle se plia sans faire de commentaire, comptant sur son béret, son faux nom et l’obscurité pour leur dissimuler son identité maintenant connue de tout ce qui portait un uniforme dans la capitale. Elle n’eut cette fois pas le moindre problème, et parvenue à quelques rues de l’hôtel où se tenait la réception, fit un détour afin d’arriver par l’arrière. Là, elle reconnut la voiture de la brigade et en l’absence de signe de la part de ses camarades, passa sans s’arrêter pour arriver à l’heure dite devant l’une des entrées de service. James, rebaptisé pour l’occasion d’un prénom un peu plus français, l’y attendait et la fit rentrer rapidement, après avoir réussi à distraire le soldat censé contrôler les allées et venues du personnel. Il confia à Elsa un uniforme, un sac pour y mettre ses propres affaires et lui indiqua un endroit où se changer avec visiblement pour objectif de prononcer le moins de mot possible, ce qui n’était pas pour déplaire à la jeune femme, peu loquace. Ils se quittèrent après avoir fixé une heure et un lieu de rendez-vous, un peu plus tard dans la soirée. Les invités ne devaient arriver que dans une vingtaine de minutes, ce qui laissa le temps à Elsa, sous couvert de s’affairer à préparer la réception, de découvrir les lieux auxquels elle n’avait pu accéder plus tôt. Elle observa la grande salle où devait se tenir la majeure partie de la fête sous tous ses angles, avant de se glisser discrètement dans les couloirs qui menaient vers les bureaux. Au détours de l’un d’entre eux, elle tomba sur deux soldats postés à l’entrée de l’un d’entre eux, qui interrompirent leur conversation en la voyant passer. Elle leur jeta à peine un regard tout en tâchant de mémoriser le chemin qui l’avait menée là car c’était sans doute le lieu où devaient se retrouver von Hafer et Hansmüller, contrariée de ce détail qu’ils n’avaient pas prévu.
- Mademoiselle, attendez ! l’apostropha l’un d’entre eux.
Elsa se figea. L’avaient-ils reconnu ? Lentement, elle se tourna vers eux, cherchant toutes les options - peu nombreuses - qui s’offraient à elle, jusqu’à leur faire face. Celui qui avait parlé - difficilement - en français lui fit signe d’approcher. Froidement, elle obtempéra, avisant l’arme qu’il avait à la ceinture, enrageant déjà de voir la mission compromise pour une raison aussi stupide, sentant qu’on la dévisageait. Prête à bondir, le coeur battant, elle leva les yeux.
- Désolé de vous déranger, Frauleïn… moi et mon collègue, nous avons soif. C’est possible pour vous de nous apporter un verre d’eau ?
Elsa le dévisagea un instant, surprenant le sourire contrit qu’il lui adressait. Elle ne montra rien de son pourtant brusque soulagement et hocha la tête, avant de faire demi-tour. Au bruit qu’elle devinait dans la grande salle, les invités commençaient à arriver, aussi fit-elle vite pour aller chercher une bouteille d’eau et la leur rapporter, mais au moment où elle s’éloignait, le second soldat la retint.
- C’est gentil, vous savez, on peut pas bouger ici… Pas facile. Vous travaillez ici vous ? demanda-t-il, visiblement désireux de lui faire la conversation.
- Ce soir seulement, répondit-elle avec indifférence, impatiente de pouvoir leur fausser compagnie.
- Oh… est-ce ça peut être fait que vous nous apportez un petit chose à manger plus tard ? reprit le soldat, appuyé par son ami.
- J’essaierai, je dois y aller.
- Ah bien sûr, allez-y Frauleïn, danke !
Ils s’excusèrent de l’avoir dérangée et enfin, elle put se diriger vers la salle de réception en réfléchissant à la façon de se débarrasser d’eux lorsque von Hafer et son nouvel ami seraient rentrés dans le bureau.

Alors qu’elle descendait, une rumeur s’éleva et jetant un coup d’oeil par une fenêtre elle vit une voiture se garer devant l’entrée. L’homme qui en sortit lui était inconnu. Petit, trapu, il pénétra dans l’hôtel flanqué dans solide escorte, laissant deviner qu’il s’agissait là d’Hansmüller. Dévalant rapidement les dernières marches, elle fit irruption dans la salle du côté de reste des personnes engagées pour le service et, prenant le prétexte de se diriger vers le buffet, coula un regard vers le groupe qui s’était formé non loin. Elle y reconnut l’ambassadeur de Vichy, Eugène de Mazan, tout empressé auprès du nouveau venu. A ses côtés, quelques éminents officiers et le conseiller de Mazan, Edouard Cabanel, se pressaient autour du favoris du Führer et le dissimulaient totalement à sa vue. Un beau panier à crabe qu’il n’importe quel résistant se ferait un plaisir de faire sauter, en somme, et Elsa leur lança une oeillade froide avant d’éviter de récupérer un plateau. Elle était trop connue pour risquer de se balader dans la foule pour leur proposer des petits fours, d’autant qu’il lui fallait encore repérer von Hafer dont il n’y avait pour l’instant nulle trace. Neuf heures approchaient pourtant, mais après un dernier regard autour d’elle, il lui fallut bien se résoudre à retourner du côté des pièces de service pour retrouver James. L’opération s’annonçait finalement plus difficile encore que prévue.
- Faut qu’on parle, lui lança son contact à mi-voix lorsqu’elle parvint au lieu fixé, qui s’avéra être une pièce où l’on entreposait nappes et divers linges.
- Oui, c’est quoi les deux soldats devant le bureau ? rétorqua-t-elle.
- Von Hafer a annulé au dernier moment, il ne viendra pas.
Elsa leva brusquement la tête vers lui.
- Depuis quand ?
- Cinq minutes, ils vont l’annoncer à Hansmüller… Pas sûr qu’il reste.
La chef de la brigade resta un court instant silencieuse, réprimant un geste d’impatience. Une fois encore, von Hafer lui échappait, à croire qu’il avait été prévenu - ce qui n’était pas impossible mais aurait sans doute créé plus de confusion, elle laissa donc l’hypothèse de côté. Le plus préoccupant était que le favoris d’Hitler ne se retrouverait donc pas seul à seul avec son éminent compatriote… ce qui signifiait qu’il fallait improviser, ou abandonner.
- Où est l’arme ? demanda-t-elle.
- Sous les nappes, répondit James en lui désignant une pile à l’écart. Vous allez continuer ? ajouta-t-il, méfiant, en la voyant s’y diriger.
- On ne va pas laisser tomber, répondit-elle froidement.
Elle sortir l’arme, un revolver qu’elle pouvait dissimuler dans le tablier de son uniforme. Bien plus discret que prévu, puis qu’il y manquait la pièce essentielle.
- Où est le silencieux ?
- J’ai pas pu l’avoir, c’est ça aussi que je dois vous dire. Mon contact devait me le donner aujourd’hui, impossible de vous prévenir…
Il y eut un silence. Elsa le dévisagea, arme à la main, et devant le trait glacial qu’était son regard, il baissa les yeux.
- Qu’est-ce qu’on fait ? demanda-t-il.
- Je continue, faites ce qui était prévu.

Et là-dessus, elle dissimula son arme et sortit. Continuer avait un côté suicidaire qui ne l’enchantait pas, mais ils ne pouvaient manquer ce coup. Les Allemands s’attendaient sûrement à ce qu’Hansmüller soit visé d’une façon ou d’une autre, ça aurait été faire preuve de faiblesse que de leur donner l’impression que la résistance n’avait rien osé. Laissant James à ses nappes, elle retourna en direction de la salle, croisant au passage deux de ses « collègues » du soir qui s’offusquait de l’impolitesse du général et s’étonnait que son invité ne soit pas parti. Il était toujours là. Satisfaite, Elsa pénétra de nouveau dans la salle et le trouva en effet au buffet, entrain de s’empiffrer de petits gâteaux en forme de croix gammée. Rapidement, elle jeta un regard autour d’elle. La salle ne lui offrait que peu d’options. Elle pouvait tirer d’à peu près n’importe où en étant certaine de ne pas le manquer si personne ne se mettait sur son chemin, mais en revanche, il lui serait absolument impossible de s’enfuir par la suite, et elle ne tenait pas à revoir l’intérieur des caves de la Gestapo. Elle avisa néanmoins le grand escalier qui menait à l’étage. Le balcon de celui-ci, désert, offrait une vue dégagée sur le buffet, mais était visible de tous. La jeune femme hésita un instant. Rejoindre les jardins et la sortie prévue lui serait presque impossible de là, sortie au bout de laquelle Marcel devait commencer à s’impatienter. Elle hésita un instant, mais considérant que c’était la seule solution qui s’offrait à elle, sinon celle d’abandonner et de sortir de là sur le champ, elle se dirigea vers l’escalier en question, baissant légèrement la tête pour passer au travers des officiers nazis qui ne lui prêtèrent heureusement aucune attention. Elle jeta un regard derrière elle au moment de monter à l’escalier pour vérifier que sa victime qui avait de plus en plus de chances d’en réchapper ce soir était toujours là, et se figea en constatant que le conseiller de l’ambassadeur l’entraînait vers les jardins. Réprimant un juron, elle les observa sortir. Elsa n’était pas de celles qui s’impatientaient, mais ce Cabanel venait d’enterrer ce qui ressemblait à sa dernière chance. Comme elle ne pouvait rester là où elle se trouvait au risque d’être vue l’attention, elle redescendit les quelques marches non sans s’attirer un regard perplexe de la part d’un homme en costume non loin, regagna les pièces de services et c’est alors que son regard se posait sur une porte donnant sur les jardins qu’elle songea brusquement que Cabanel avait peut-être eu sans le savoir une idée bien plus brillante qu’il n’y paraissait. La jeune femme jeta un regard à l’extérieur et constata qu’elle se trouvait sur le côté de la terrasse où elle aperçut les silhouettes qu’elle cherchait. Pour la première fois de la soirée, les choses semblaient s’arranger, car non seulement elle aurait bien moins de témoins mais en plus, elle pourrait filer directement vers la sortie prévue. La nuit aidant, elle saisit son arme et glissa à l’extérieur sans se préoccuper du froid mordant qui l’enveloppa soudain. En quelques secondes, dissimulée dans l’ombre, elle se trouvait derrière Hansmüller et sans plus hésiter, elle visa et tira. La détonation résonna avec le fracas attendu et l’homme, mort sur le coup, s’écroula dans un bruit mat, révélant son interlocuteur à Elsa. Leurs regards se croisèrent, et elle pointa son arme sur lui. On aurait pu penser qu’elle tenait là l’occasion d’éliminer un collabo en plus d’un nazi, mais si von Hafer outre le fait qu’elle n’aimait pas particulièrement tuer, la mission avait déjà eu son lot d’imprévus. Elle jeta à peine un regard au cadavre qui gisait aux pieds du conseiller de Mazan, tandis que dans l’hôtel, on commençait à s’affoler.
- Si vous appelez avant que je sois partie, je vous envoie le rejoindre, asséna-t-elle à Cabanel.
Elle le jugea une seconde puis commença à tourner les talons en direction de la sortie qui devait se trouver au fond des jardins. C’était ignorer que celle-ci était gardée. Mais ce qu’Elsa ignorait également, c’était que laisser Cabanel en vie constituait sans doute la meilleure idée qu’elle avait eu de la soirée.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
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MessageSujet: Re: Une première rencontre et un coup de fou... euh... De feu   Dim 2 Fév - 20:48

Le coup de feu retentit, déchirant le silence relatif du jardin de l'hôtel d'Orsay, jusque-là seulement rompu par le bruit de la musique dans le lointain et par les citations de La Rochefoucauld, et Édouard avait beau s'y être attendu, ayant espéré cet instant depuis le début de la soirée et l'arrivée de leur invité de marque, il ne put s'empêcher de sursauter violemment. La détonation avait résonné sans prévenir, pas un mouvement ne lui avait mis la puce à l'oreille, pas un souffle d'air ne lui avait indiqué qu'ils n'étaient plus seuls, lui et le favori du Führer qu'il avait invité à sortir pour faire quelques pas, allumer une cigarette et fuir l'atmosphère pesante de la soirée (on avait beau dire, les décorations à base de croix gammée, que l'on retrouvait jusque dans les gâteaux, n'étaient pas particulièrement joyeuses et accueillantes). Comme si l'assassin s'était coulé dans les jardins, ombre parmi les ombres, pour venir y faire frapper la mort d'un coup de massue, ce qui avait l'air d'une provocation à l'égard de toutes ces personnes qui festoyaient l'esprit tranquille dans les grands salons de ce qui avait été le ministère des Affaires étrangères en un temps où le jeune député passait davantage de temps à fuir les journalistes et à poursuivre les gratifications qu'à conduire des hôtes jusque dans les jardins pour qu'ils se fassent assassiner – ce qui aurait de toute façon valu une mauvaise réputation à la diplomatie française, même si Édouard, en y repensant, songeait que cela aurait été une solution à bien des problèmes et lui aurait évité d'être frustré en 1937 quand il avait voulu étrangler l'envoyé des fascistes espagnols, lesquels leur avaient valu bien des débats à la Chambre et une belle chute de gouvernement. Après coup, Édouard devait se faire la réflexion que ce n'était pas particulièrement intelligent que de faire en sorte de se retrouver seul en compagnie de la victime du soir, qui avait failli échapper plusieurs fois à son sort puisqu'il avait paru ne considérer la soirée que de peu d'intérêt – ce qui aurait pu être un point commun avec Cabanel qui n'avait même pas de statuette égyptienne à aller observer dans des bureaux ou des Alice Boulanger sur lesquelles râler pour se distraire. Mais cela avait été la première idée que lui était venu à l'esprit et s'il avait l'habitude des débats où il fallait répliquer le plus vite à ses opposants pour leur clouer le bec, il n'était pas encore au point sur les missions sur le terrain et il aurait difficilement pu inviter Hansmüller à danser (non seulement il n'y avait pas de piste de danse mais en plus, il aurait fallu faire davantage confiance au tireur pour éviter les dommages collatéraux en pleine valse) ou même à faire la conversation puisqu'à part les maximes de La Rochefoucauld, le courant passait assez mal. Encore que, Hansmüller pouvait légitimement avoir une dent contre l'écrivain français à présent, tant est qu'il put encore en vouloir à quelqu'un de là où il était à présent, ce que n'espérait pas Édouard qui n'avait guère envie de retrouver une telle face de fouine dans l'au-delà. Sur le coup, l'inviter à fumer quelques bouffées de cigarettes dans le froid de la nuit parisienne semblait une excellente idée quand l'urgence était de ne pas le laisser partir et comme après tout, qui vit sans folie n'est pas si sage que l'on croit comme l'aurait dit La Rochefoucauld lui-même, Édouard avait improvisé comme il avait pu, puisque le gouverneur de Paris ne leur avait même pas fait l'immense plaisir de condescendre à venir parmi eux et qu'en plus, il ne savait pas exactement comment le meurtrier avait l'intention de s'y prendre. Pendant un court instant, alors qu'il allumait sa cigarette, il se prit à penser que les résistants, se rendant compte du piège à souris que cet attentat constituait – l'amoureux des statuettes égyptiennes lui avait raconté de manière détaillée les systèmes de sécurité qu'il avait mis en place et c'était particulièrement impressionnant, comme quoi il était parfois plus efficace qu'il ne le paraissait –, avaient choisi d'abandonner et qu'ils allaient donc le laisser faire une pseudo conversation avec un Allemand qui ne parlait pas un mot de français. Mais cette idée ne dura que quelques secondes à peine et fort heureusement pour les nerfs du conseiller – au vu de son sursaut au moment du coup de feu, c'était à discuter –, elle fut bientôt remplacée par la soudaine conscience qu'il allait se retrouver seul avec la personne qui avait tué froidement un officier favori du Führer et qui savait pertinemment ce qu'il risquait s'il était attrapé ou reconnu. Et Édouard ne tenait pas à ce que son premier échange de regard avec cet homme soit également le dernier.

Tout se produisit très vite. Il y eu d'abord le claquement au moment même où Hansmüller se tournait vers Édouard, sans doute pour lui indiquer qu'il n'avait pas compris ce que venait de lui dire son interlocuteur, mais cela était voué à demeurer un mystère car ses traits se figèrent soudainement, ses yeux devinrent exorbités, lui donnant un aspect burlesque comme s'il était surpris ou indigné que l'on ose s'en prendre à lui, lui qui avait été envoyé par Hitler lui-même pour donner ses ordres. Mais on avait beau avoir le protecteur le plus sûr du moment, on pouvait s'effondrer d'une seconde à l'autre, comme une poupée désarticulée, sans plus de consistance qu'un morceau de chair, et être recouvert du masque de la mort qui, comme Édouard allait s'en apercevoir, dans le cas de Hansmüller rendait laid, soulignait les rictus et les plis des rides. Passé le premier instant de surprise qui lui avait fait faire un bond en arrière de manière instinctive, Cabanel considéra tout d'abord le corps qui s'était effondré à ses pieds et la première chose qui traversa son esprit, en voyant le point rougeoyant qui luisait encore à terre, ce fut qu'il venait de gâcher une cigarette en l'offrant à leur invité, denrée proprement compliquée à obtenir même sur le marché noir, et il se le reprocha intérieurement. Le tabac avait pour principal effet de le calmer quand il était anxieux et il n'y avait pas besoin d'être Dieu ou l'une de ces divinités égyptiennes qui assistaient à ses complots dans son bureau pour savoir qu'il en avait particulièrement besoin ces derniers temps, et que les choses ne s'apprêtaient pas à changer s'il fallait en croire ce qui s'offrait sous ses yeux lorsqu'il se décida enfin à cesser de fixer ce qui restait de Hansmüller et qu'il remonta petit à petit le regard devant lui. Dans un premier temps, il ne distingua pas la silhouette de cet homme qui venait de tirer mais le canon encore fumant qui avait servi à accomplir le forfait et qui était pointé sur lui. Il n'y avait nul endroit pour se cacher dans ces jardins de plaisance qui n'étaient pas prévus pour accueillir des chasses à l'homme – là encore, le droit international n'approuvait guère –, sinon un bosquet non loin mais se cacher derrière aurait été du dernier ridicule. Édouard Cabanel offrait donc une cible de premier choix, certes mouvante mais peu motivée à se mouvoir pour le moment, car il fut pétrifié de surprise en s'intéressant davantage à l'aspect qui se profilait derrière le pistolet. Il n'était que peu rentré en contact avec des réseaux de résistance dans la capitale mais il lui aurait paru logique, surtout pour une mission telle que celle-ci, d'avoir affaire à un homme plutôt âgé, expérimenté – voire même couvert de balafres mais cela relevait plus de l'imaginaire qu'autre chose. À cause du manque de lumière, il hésita un instant à reconnaître le meurtrier mais il pouvait aisément se rendre compte que cette personne n'avait rien à voir avec le portrait idéal qu'il s'en était fabriqué – du coup, il aurait pu longtemps le chercher en vain dans la foule pour prendre contact avec lui, mais si les résistants n'aidaient pas, non plus, on n'allait pas s'en sortir. Non, la silhouette était toute petite, toute maigre mais se dégageait à travers ce geste tranquille et calme, sans tremblement, une sorte d'assurance et d'implacabilité qui aurait pu glacer le sang d’Édouard si celui-ci ne s'était pas arrêté sur un autre détail perturbant : une longue chevelure rousse qui tombait sur les épaules de leur propriétaire en une cascade enflammée fort peu discrète. Le conseiller de l'ambassade de Vichy, stupéfait, s'attarda sur le visage du meurtrier et ses yeux s'attachèrent à deux pupilles brillantes dans lesquelles se reflétaient à la fois les lumières qui sortaient de l'hôtel et sa propre fermeté. Ce ne fut qu'à ce moment précis qu'il comprit qu'il faisait face à une toute jeune femme, une gamine presque, habillée de l'uniforme des serveurs de la soirée – voilà qui expliquait déjà beaucoup de choses – et à laquelle sa rousseur donnait un aspect juvénile. Les résistants envoyaient-ils donc les enfants faire le travail à leur place ? Qu'est-ce qui avait conduit celle-ci à se retrouver là à ôter froidement la vie à un homme, alors que son arme était plus grosse que son poing ? Mais son visage froid, sans sentiment, son assurance contredisaient la première impression et elle se déplaça légèrement sur sa gauche, prête à fuir à la première occasion, si bien que ses traits furent mieux éclairés par la lueur blafarde des lampes des salons de l'ancien ministère, permettant à Édouard de constater qu'elle était plus âgée qu'elle ne le paraissait, et qu'elle ressemblait beaucoup à l'une des fugitives que recherchait ardemment la Gestapo.

- Si vous appelez avant que je sois partie, je vous envoie le rejoindre, asséna-t-elle d'une voix qui ne souffrait aucune discussion.
Ces paroles, fort aimables au demeurant, eurent le mérite de sortir Édouard de sa surprise et il prit conscience de la situation. Il se retrouvait seul avec un cadavre, une résistante qui allait être recherchée par tous les services de police si elle ne l'était pas déjà, alors que la musique s'était brusquement arrêtée dans le lointain et qu'on cherchait visiblement d'où provenait le coup de feu et où se trouvait l'hôte de la marque de la soirée qui était introuvable. Des cris affolés montaient jusqu'à eux mais le conseiller savait très bien que la réaction serait rapide et qu'on ne tarderait pas à fondre sur eux car l'assistance était composée d'officiers et de militaires qui avaient fait campagne en Pologne ou durant la drôle de guerre et qui ne s'en laissaient pas compter, on pouvait toujours compter sur leur discipline pour qu'ils reprennent le dessus. Mais peu avait vu le conseiller partir avec Hansmüller que l'on avait abandonné à son buffet, cela laissait à peine quelques dizaines de secondes. Il n'était pas question d'établir un quelconque contact – Édouard n'en avait pas l'air mais il tenait à la vie, le plus urgent pour elle était de prendre la fuite avant qu'on ne lui tombe dessus, sinon tout ce beau travail n'aurait servi à rien. Et le conseiller avait peut-être un visage de collaborateur notoire mais l'idée de voir cette jeune femme tomber entre les mains des Nazis le répugnait.
- Sans façon, je n'ai pas très envie d'être le rejoindre..., commença-t-il à répliquer d'un ton badin après avoir ôté la cigarette de sa bouche, mais elle ne l'écoutait plus, tournant déjà les talons pour aviser l'obscurité profonde des jardins où devaient se trouver les sorties que lui avait indiqué Brechen... – Attendez une minute, elle comptait emprunter ces fameuses sorties ? Très mauvaise idée s'il en croyait Bre... Ah et zut, ce n'était pas le moment de chercher à prononcer son nom à celui-là –, mais non... Pas par là !
Brusquement saisi d'un souvenir (s'améliorait-il pour les missions de terrain ?), il venait de lancer ce cri du cœur en avançant son bras pour la retenir, bras qu'il leva prestement lorsqu'elle pointa à nouveau le canon de son arme sur lui.
- Ces sorties sont surveillées par des Allemands, vous ne pourrez pas vous en sortir, expliqua-t-il d'un ton pressé, se remémorant avec certitude le plan de sécurité qui avait été mis en place pour la soirée et qu'il n'avait pas relevé sur le moment ou alors seulement pour constater qu'ils avaient mis les moyens pour accueillir le favori d'Hitler.
Elle parut hésiter un instant sur la conduite à tenir avec lui mais Édouard poursuivit, sans prendre le temps de s'expliquer :
- Je connais les lieux, vous n'avez pas d'issue par les jardins. Retournez vers l'hôtel, il y a des escaliers de service qui s'enfoncent dans le sol sur la droite du bâtiment, la porte sera ouverte, vous serez dans les locaux de service où vous trouverez facilement une issue dérobée vers la rue de Constantine. Croyez-moi !
Les bras toujours au dessus de sa tête, même si la cigarette consumée commençait à lui brûler les doigts, il la fixait avec insistance, espérant de tout cœur être convaincant. Il esquissa même un geste pour lui désigner l'endroit où se dissimulait l'escalier mais définitivement, son air patibulaire n'engageait pas à bouger davantage. Il sentait son cœur battre à un rythme effréné dans sa poitrine alors que des lumières tournoyantes se mettaient à être projetées dans les jardins et que les soldats postés aux sorties s'apprêtaient à rentrer dans le jardin pour cueillir l'assassin. C'était le moment ou jamais et le sentiment d'urgence se fit sentir dans son ton pressant :
- Dépêchez-vous, ils arrivent ! Retournez vers l'hôtel c'est votre seule et unique chance !
- NE BOUGEZ PLUS ! Hurla une voix dans le lointain, dans leur direction.
Le conseiller eut alors nettement l'impression qu'après avoir fait une pause, le temps se mit à accélérer à toute allure pour rattraper tout ce qu'il avait perdu et dans un même instant, des lueurs indiquèrent que l'on sortait enfin de l'hôtel pour venir voir ce qui se passait dans les jardins, et la jeune femme se décida à bouger mais ce fut pour viser son interlocuteur improvisé et tirer sans marquer une hésitation. La détonation partit, affolant Édouard qui en lâcha sa cigarette et fit un bond énorme – mais à retardement –  sur le côté. Avant qu'il ne se rende compte avec un indicible soulagement qu'il était toujours en vie et que nulle douleur n'indiquait qu'il était blessé, la jeune femme s'était fondue dans l'obscurité, retournant dans le domaine des ombres auquel elle appartenait et dont elle n'avait surgi que pour accomplir sa mortelle besogne.

La seconde suivante, le jardin fut balayé par de grands faisceaux de lumière provenant des torches de soldats armés, dont certaines s'arrêtèrent sur Édouard toujours les bras en l'air, Hansmüller à ses pieds et le conseiller, ébloui, dut fermer les yeux. Alors qu'il écoutait avec attention, craignant à chaque instant d'entendre un son qui indiquerait qu'ils l'avaient retrouvée, il sentait son cœur battre à une folle allure mais lui indiquer au moins qu'il n'avait pas fait de crise cardiaque, ce qui était bon signe pour sa survie. Enfin pas tout à fait car les Allemands semblaient vouloir l'achever lorsque l'un d'entre eux, visiblement le plus gradé de la petite troupe qui s'était mis à ratisser les jardins, lui sauta à moitié dessus en lui aboyant des phrases en allemand dont Édouard qui avait ouvert à nouveau les paupières et baissé les bras, ne comprit goutte.
- Navré, je ne parle pas allemand, seulement quelques mots mais alors là, il faudrait que vous ralentissiez un peu l'allure....
L'officier pour sa part ne paraissait pas être touché par la beauté de la langue française car au même titre qu'Hansmüller un peu plus tôt, il eut un air d'incompréhension avant de recommencer à hurler sur Édouard qui ne comprenait pas où il voulait en venir :
- Je lui avais donné une cigarette, nous étions en train d'échanger quelques mots, il avait l'air de beaucoup aimer La Rochefoucauld mais hélas...
Paroles de bien peu d'effet car l'homme continuait son petit discours sans paraître comprendre que l'on n'allait pas aller bien loin sans un traducteur. Définitivement, ces gens-là manquaient de diplomatie. Dire qu'il venait de se faire tirer dessus, il aurait dû avoir le droit à un peu de considération tout de même. Quoique, l'officier tentait désormais de faire des gestes pour lui indiquer ce qu'il voulait lui dire.
- Vous voulez que je vérifie s'il est mort ? Que j'imite le cadavre ? Demanda Édouard perplexe avant de se pencher ce qui eut l'immédiat effet de faire pointer le pistolet de son interlocuteur sur lui et le poussa à lever les bras à nouveau (c'était la soirée), que je vous aide à le déplacer ? Que je vous ramasse sa cigarette ? Ah c'est sûr que c'était du bon produit...
Cette conversation sans queue ni tête aurait pu durer longtemps si Brechen... Quelque chose mais Édouard était de nouveau menacé de mort, il considérait que ça lui donnait une excuse pour avoir encore oublié son nom, n'était pas arrivé pour lancer quelques ordres à son officier qui se calma immédiatement et baissa son arme ce qui soulagea tout de suite Édouard.
- Je suis désolé, conseiller, lui dit son amateur de statuettes égyptiennes, mais il vous soupçonnait d'avoir tué vous-même ce pauvre Hansmüller, quel imbécile ! Même dans le cas où nous n'aurions pas été au courant qu'il allait être attaqué ce soir, vous auriez eu quelques difficultés à lui tirer dans le dos avant de vous tirer vous-même dessus et le tout sans arme.
- On me soupçonnait ? Vous saviez ? Répéta Édouard d'une voix blanche.
- Tout est réglé, faisons vite et passons à cet abject rebut de l'humanité mélangé dans un chaos de stupre et d'alcools.
Il s'interrompit en voyant ses hommes arriver et lui indiquer qu'ils n'avaient rien retrouvé pendant que Cabanel se demandait s'il parlait d'Hansmüller ou de son assaillant :
- Vous l'avez vu ? Par où est-il parti ? (c'était donc bien le tueur).
- Je l'ignore, répliqua Édouard, je me suis fait tirer dessus et j'ai dû me défendre, je n'ai pas vu. Mais je crois que c'était dans cette direction, poursuivit-il en pointant l'opposé de l'endroit qu'il avait indiqué à la jeune fille.
Immédiatement, des hommes partirent mais ils revinrent très vite bredouille.
- A quoi ressemblait-il ? Un homme mûr, avec une barbe et des cheveux blonds ? Une jeune fille rousse ?
- J'ai très mal vu son visage, fit mine d'hésiter Édouard tout en fixant son interlocuteur qui semblait bel et bien connaître la tireuse, mais il me semble bien que c'était une femme, déguisée en serveuse.
Quelques questions furent encore posées au conseiller, alors que les employés allaient être passés au crible, mais finalement, on le laissa partir en lui recommandant de se reposer de toutes ces émotions. D'un pas lent, songeur, il regagna l'hôtel particulier pour y retrouver la fête interrompue. Sa dernière vision du jardin fut celle de soldats allemands qui se pressaient sans grand respect autour du cadavre de celui qui avait eu devant lui un bel avenir, écrasant définitivement les deux cigarettes au sol.

A son arrivée, Eugène de Mazan, bloqué dans le grand salon, voulut avoir quelques explications qu’Édouard lui fournit complaisamment, puisqu'il pouvait en plus se faire plaindre qu'on ait tenté d'attenter au cours de son existence, tout en disant qu'à défaut d'avoir réellement pris contact avec un résistant, au moins avait-il probablement sauvé la vie de l'un d'entre eux. Alice Boulanger allait se moquer de lui en revanche car ils n'avaient guère progressé dans leur mission. Mais allez donc expliquer que non, vous n'étiez pas un véritable collaborateur, que votre fonction n'était qu'une couverture et que vous étiez en secret un agent de la France libre de manière convaincante et en moins de dix secondes ! Typiquement le genre d'argument raisonnable qu'Alice n'était pas capable d'entendre.
- Rentrez retrouver votre épouse, Cabanel, nous reparlerons de tout cela demain, lui signifia Mazan en trottinant pour aller échanger quelques mots avec quelques autres invités et répandre la rumeur de la mort d'Hansmüller qui avait au moins eu le bon goût de mourir sous sauvegarde allemande et non sous la responsabilité de l'ambassade de Vichy.
Édouard salua quelques connaissances puis alla chercher sa veste, tout en demandant à ce qu'on prévienne son chauffeur. Pendant que le jeune employé s'exécutait, se croyant seul, il s'autorisa un soupir mais une voix railleuse le fit sursauter :
- C'est bien cela que vous méritez tous.
Félix Aurèle se tenait debout près de la fenêtre, une cigarette entre les dents et se signala à Édouard qui avait peine à le distinguer dans l'obscurité par un geste de la main qui n'avait rien d'amical. Il arborait un large sourire moqueur et semblait ravi d'avoir fait une frayeur à son adversaire de toujours. Cabanel se mit aussitôt sur la défensive, tout se demandant ce qui lui voulait ce suppôt des fascistes.
- Que voulez-vous dire, Aurèle ? Je vous ai connu plus clair, même si ce n'était pas toujours très intelligent.
- C'est dommage que le tireur vous ait manqué, s'expliqua Aurèle sans se laisser déstabiliser par le ton de son interlocuteur, c'est cela que vous méritez, d'être abattu comme un chien. Vous tous, les gens de 36, les Juifs et les traîtres à la patrie. Moi je vous aurais pas envoyé en Allemagne avec le reste de vos petits camarades, c'était vous faire trop d'honneur, je vous aurais tous mené devant un peloton d'exécution.
- J'ignorais que vous partagiez les méthodes des terroristes, répliqua Édouard, glacial, en récupérant son manteau et en s'apprêtant à sortir, mais ce fut un plaisir de parler un instant avec vous, Aurèle, la procaine fois que vous irez à Vichy, vous demanderez pourquoi on préfère me faire confiance à moi pour conseiller l'ambassadeur plutôt qu'à vous. Oh attendez... Parce que vous n'êtes que le chien fidèle des nazis ? Seul un chien peut avoir la mort d'un chien, méfiez-vous.
- Un plaisir, oui, conclut Félix en riant, je passerai le bonjour de votre part à mon épouse.
Édouard, furieux, ne répondit pas, et sortit à nouveau dans le froid glacial de la nuit parisienne, sur le quai d'Orsay, où le bruit s'évanouit. Tout paraissait si calme, soudain. Un instant, il reprit sa respiration pour se calmer, puis il avisa sa voiture qui l'attendait. Avant de monter, il scruta les environs plongés dans l'obscurité, se remémorant le visage de la jeune résistante baigné par la clarté de la lune. Ce même visage insaisissable d'une ombre qu'il aurait bien du mal à retrouver et qui le poursuivit en pensée tout le long du trajet qui le mena à l'ambassade où Alice devait encore l'attendre.

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même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
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MessageSujet: Re: Une première rencontre et un coup de fou... euh... De feu   Dim 6 Juil - 20:06

Lorsqu’elle se glissa dans les jardins, bien consciente qu’il s’agissait là de sa dernière chance de ne pas laisser Hansmüller quitter le Quai d’Orsay en vie sans être certaine que les Allemands l’attraperaient aussitôt, Elsa se prit à songer que l’absence de von Hafer tombait un peu trop bien pour être honnête. Non seulement elle compliquait drastiquement toute tentative contre l’invité de marque du soir qui n’était plus censé se retrouver isolé du reste des convives, mais en plus, elle mettait à l’abri le gouverneur de Paris exactement le soir où, justement, il valait mieux pour lui se trouver loin de la réception. La coïncidence était un peu trop grosse pour en être une, même si pour pousser la logique jusqu’au bout, il aurait aussi fallu que Hansmüller soit protégé. Pendant un court instant, alors qu’elle longeait dans l’ombre la terrasse d’où lui parvenait une vague conversation entre Cabanel et sa cible, la jeune résistante se demanda si toute cette soirée n’était pas qu’un vaste piège où le favori d’Hitler faisait un parfait appât et dans lequel elle s’était joyeusement laissée prendre. La doute était permis. Il aurait fallu pour cela que les Allemands soient au courant, et donc que quelqu’un ait parlé, ce qui n’était pas impossible, loin de là. Elsa était bien placée pour savoir qu’une taupe pouvait se dissimuler derrière n’importe quel membre de la résistance, y compris là où on l’attendait le moins - elle en avait déjà fait les frais. Elle ignorait comment ce James qui leur venait du SOE avait réussi à se faire engager dans le personnel du Quai d’Orsay, et qui pouvait bien avoir plus ou moins été mis au courant de ce qui devait se produire ce soir - les Anglais cultivaient le secret à peu près aussi bien qu’elle qui considérait que moins il y avait d’informations en circulation, mieux on s’en portait. Ce qu’elle savait, en revanche, c’est que le SOE était infesté par les Nazis, qu’on avait vite fait de se fier aux mauvaises personnes et que certains réseaux tombaient comme des mouches, d’arrestations en aveux arrachés sous la torture. La méfiance était donc de mise, tous les soupçons étaient fondés et tout cela, la jeune femme l’avait bien à l’esprit lorsqu’à la faveur de l’obscurité dans laquelle était plongée les jardins, elle se planta à quelques pas d’Hansmüller et du conseiller Cabanel. Elle aurait pu estimer le risque trop gros, et décider de filer par la sortie prévue avant de tirer et ainsi d’attirer à l’extérieur une assemblée entière constituée d’officiers dont la moitié au moins pourrait facilement la reconnaître. Pourtant, pas un instant elle n’hésita : maintenant qu’elle était là et après tout les risques qu’elle avait déjà pris ce soir, il n’était pas question de renoncer. S’il y avait vraiment un piège - ou du moins un piège efficace - elle n’aurait déjà plus été libre de ses mouvements, or rien ne se produisait. Aussi, c’est avec cette implacable et froide assurance qui lui était propre qu’Elsa avança de deux pas, son arme tendue devant elle, et appuya sur la gâchette. La détonation précéda de très peu ce vacillement familier dans la silhouette d’Hansmüller, celui qui indiquait sans faute à la tireuse qu’elle n’avait pas manqué sa cible. La façon dont l’Allemand s’effondra le confirma : elle avait enfin réglé son compte au favori d’Hitler.

Mais ce dernier n’était pas seul dans ces jardins, et loin de se détendre, la jeune femme rousse s’empressa de changer de cible pour pointer son arme sur le conseiller de Mazan qui s’était figé, les yeux rivés sur le cadavre avant de les lever vers elle. Pendant une courte, très courte seconde, Elsa envisagea de l’abattre à son tour à défaut d’avoir enfin pu en finir avec von Hafer. Elle ne tenait pas les collaborateurs en plus haute estime que les Nazis, en particulier les collaborateurs de l’envergure de Cabanel, et quitte à frapper fort, autant montrer à Vichy qu’ils n’étaient pas plus à l’abri que leurs grands amis d’outre-Rhin. Mais en pesant rapidement le pour et le contre alors qu’ils se faisaient face dans un silence lourd, presque consterné, comme si les jardins dans lesquels ils se trouvaient eux-mêmes peinaient à revenir de leur surprise après la détonation qui semblait avoir également mis un coup d’arrêt à la fête, la jeune femme renonça. Cette action s’était déjà bien trop éloignée de son déroulement initial et les représailles qui allaient inévitablement répondre à mort d’Hansmüller seraient sans doute bien assez sanglantes. L’occasion était belle, mais à quoi bon faire des morts de plus quand l’objectif de la soirée avait été atteint ? Seule la satisfaction de voir von Hafer s’effondrer à la suite de son invité aurait valu, aux yeux d’Elsa, de passer outre ces considérations. Et Cabanel, tout conseiller à l’ambassadeur de Vichy soit-il, faisait bien pâle figure auprès du général - du moins, tant qu’il ne l’empêchait pas de s’enfuir, et la menace qu’elle proféra à son encontre n’en était pas moins sérieuse. Elle n’en était plus à un meurtre près, et celui-ci n’aurait pas été un poids plus lourd sur sa conscience que celui d’Hansmüller. Elsa, sans baisser son arme, jaugea donc le conseil un courte seconde durant, et comme il n’avait pas l’air décidé à réagir et qu’elle ne pouvait plus perdre de temps, tourna les talons, sans prendre le temps de s’intéresser à ce qu’il pouvait bien dire. Les deux jeunes hommes qui l’attendaient derrière la clôture des jardins devaient s’impatienter, et elle les connaissait assez pour savoir qu’ils étaient capable de l’attendre indéfiniment, même si elle avait été très claire sur le temps au-delà duquel il devenait trop imprudent de rester dans les parages. Quant aux Allemands, ils n’allaient plus tarder à comprendre d’où venait la détonation, et s’ils débarquaient maintenant, même le fait qu’elle n’était plus très loin de la sortie ne la sauverait pas. Une sortie vers laquelle elle s’apprêtait à filer quand, finalement, une voix s’éleva dans son dos.
-… mais non… Pas par là ! s’exclama le conseiller Cabanel.
Il tendait son bras vers elle, comme pour la retenir, à l’instant où elle se retournait mais Elsa ne lui en laissa pas le temps, pointant à nouveau le canon de son arme vers lui, prête à tirer pour de bon.
- Ces sorties sont surveillées par des Allemands, vous ne pourrez pas vous en sortir, poursuivit-il, non sans avoir levé les bras au-dessus de sa tête.
Si les traits de la résistante demeurèrent impassibles, comme si rien ne s’étai produit, elle eut néanmoins un instant d’incompréhension. Pourquoi Cabanel chercherait-il à lui éviter une rencontre avec des soldats, alors même qu’elle venait d’abattre sous ses yeux le favori d’Hitler ? La première pensée qui traversa l’esprit d’Elsa fut qu’il s’agissait d’un moyen de la retenir pour la faire cueillir par les Allemands, aussi envisagea-t-elle sérieusement de se débarrasser de lui à son tour, mais un doute l’arrêta, juste le temps pour lui de reprendre d’un ton empressé :
- Je connais les lieux, vous n'avez pas d'issue par les jardins. Retournez vers l'hôtel, il y a des escaliers de service qui s'enfoncent dans le sol sur la droite du bâtiment, la porte sera ouverte, vous serez dans les locaux de service où vous trouverez facilement une issue dérobée vers la rue de Constantine. Croyez-moi !
A en juger par les bruits qui leur venaient de l’intérieur de l’hôtel particulier, l’arrivée des officiers n’était plus qu’une question de seconde désormais. Le temps était compté, et Elsa hésitait, tandis que Cabanel tentait de lui indiquer vaguement une direction. Que les sorties des jardins soient gardées, même si James leur avait assuré le contraire, ce n’était pas étonnant. Mais pourquoi vouloir l’aider à sortir de là ? A son tour, la résistante dévisagea le conseiller qui la fixait avec empressement. Si les taupes se cachaient n’importe, les alliés inattendus également, elle le savait aussi, mais de la part d’une des figures de la collaboration à Paris, il y avait de quoi douter. Mais alors qu’elle doutait, des faisceaux de lumières se mirent soudain à éclairer le jardin, et les cris comme les bruits de bottes se rapprochèrent. Un regard vers l’intérieur confirma à Elsa, toujours à moitié dans l’ombre, ce qu’elle craignait : elle n’avait plus le temps d’hésiter. En croire les informations de James ou faire confiance au collaborateur d’Eugène de Mazan.
- Dépêchez-vous, ils arrivent ! Retournez vers l'hôtel c'est votre seule et unique chance ! l’enjoignit ce dernier.
- NE BOUGEZ PLUS ! cria un Allemand.

Elsa prit brusquement sa décision. Sans répondre, elle raffermit sa prise sur son arme et visa Cabanel - enfin plus exactement au-dessus de l’épaule de Cabanel. Clôturant cet étrange face à face comme il s’était ouvert, une deuxième détonation retentit, et avant qu’elle n’ait fini de résonner dans les jardins de plus en plus lumineux, Elsa rebroussa chemin vers l’hôtel, avisant la porte par laquelle elle était sortie plus tôt. Lorsqu’elle en passa le seuil, les Allemands étaient sur la terrasse et sans perdre plus de temps, elle s’élança dans les couloirs qu’elle avait parcourus plus tôt. Elle ignorait encore si elle avait fait le bon choix, mais plus question de perdre du temps. Suivant les conseils de Cabanel, elle chercha les escaliers de service, passant au hasard devant la salle où elle avait laissé ses affaires qu’elle récupéra prestement. Les lieux étaient presque déserts, le personnel s’étant également précipité vers la source des coups de feu, ou du moins presque désert. Surprenant une silhouette en uniforme alors qu’elle venait enfin de découvrir ce qui ressemblait à l’escalier qu’elle cherchait, la jeune femme se dissimula brusquement contre le mur. Le coeur battant, elle attendit, alors que les bruits de bottes se répandaient à nouveau dans l’hôtel, mais l’homme se décida enfin à prendre une nouvelle direction et elle put s’élancer. Une volée de marches plus loin, elle se retrouvait face à une porte abandonnée, mais surtout ouverte et enfin, dans la rue. Un regard vers la plaque lui confirma qu’il s’agissait bien de la rue Constantine et que Cabanel avait dit vrai - mais qu’il pourrait tout de même prétendre qu’il avait lui aussi failli y passer puisqu’à première vue, elle semblait également l’avoir visé. Elsa demeurait perplexe sur ce qu’elle devait comprendre de ce qui venait de se passer, mais s’il y avait ne serait-ce qu’une mince chance pour qu’il ne soit pas qu’un collaborateur, alors autant le rendre insoupçonnable et aviser plus tard, ce qu’elle avait fait en lui tirant dessus. Sans plus se poser de questions, elle courut le long du trottoir jusqu’à la seconde intersection. Au croisement des rues Constantine et Saint-Dominique, elle reconnut la voiture de la brigade et à l’intérieur deux silhouettes.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? s’exclama un Edouard visiblement nerveux lorsqu’elle ouvrit la portière arrière.
- Démarre !
- Fonce, Alphonse ! renchérit Marcel en tapant sur l’épaule du conducteur qui ne se fit pas prier pour lancer le moteur et les éloigner d’ici.
Il y eut d’abord un silence dans l’habitacle, Elsa reprenant son souffle et guettant tout mouvement suspect dans les rues obscures de la capitale, silence brisé par Marcel, qui ne mit que quelques minutes à se retourner vers elle.
- Les sorties des jardins étaient gardées, impossible de te prévenir. Qu’est-ce que vous avez fichu ?
- Von Hafer n’est pas venu, j’ai dû trouver un autre moyen de descendre Hansmüller, répondit froidement Elsa.
Marcel jura dans sa barbe, tandis qu’elle tournait à nouveau la tête vers les rues, pensives. Les sorties étaient bien gardées et l’escalier bien là où le conseiller le lui avait indiqué. De là à considérer qu’elle avait peut-être bien fait de ne pas l’abattre, il n’y avait qu’un pas.
- Tu n’étais pas censée laisser tomber si ça devenait trop risqué ? lança Edouard. Il vaut mieux s’en aller la tête basse que les pieds devant, Elsa.
Il n’eut pour toute réponse qu’un regard froid, et n’insista pas. A la place, Marcel, qui s’était visiblement fait une frayeur, demanda à la chef de la brigade comment elle avait réussi filer.
- Hansmüller était avec Cabanel, de l’ambassade. Il m’a indiqué une sortie.
Comme Elsa plus tôt, les deux jeunes hommes en restèrent brusquement silencieux, et c’est pensifs que les trois résistants terminèrent le trajet. Quelles que soient les réelles intentions de ce Cabanel, il y avait là quelque chose à éclaircir. Et peut-être plus tôt qu’elle ne le pensait.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
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