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 [Radio-Paris] La bataille des ondes

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Edouard Cabanel
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■ topics : OUVERTS
■ mes posts : 2257
■ avatar : Ryan Gosling
■ profession : Ambassadeur de Vichy à Paris

PAPIERS !
■ religion: Ne croit qu'à la politique. Dieu ? ça fait longtemps qu'il n'existe plus, non ?
■ situation amoureuse: Coincé dans un mariage malheureux avec Madeleine Claussat. Trop occupé à cause de son beau-père pour avoir le temps d'aller voir ailleurs.
■ avis à la population:

MessageSujet: [Radio-Paris] La bataille des ondes   Mar 14 Jan - 23:27

- Oh, vous saviez que Puerno avait reçu un prix ?
- Pardon ?... Mais Puerno ? Un prix de quoi ?
Interloqué par cette association étrange de termes, Édouard Cabanel leva les yeux vers son interlocuteur, alors qu'il avait jusque-là laissé son regard fixer le bout de ses chaussures, s'interrompant dans son geste de porter sa cigarette à sa bouche, laquelle continuait à se consumer entre ses doigts et formait comme un écran de fumée entre lui et le responsable de l'Information de l'ambassade de Vichy à Paris – ce que toute personne normalement soumise aux privations ne lui aurait pas pardonné, il gâchait ainsi une denrée devenue fort rare dans la ville ces derniers temps et en plus, c'était la faute de Jean-Pierre Puerno qui ne méritait pas l'attention qu'on pouvait bien lui porter de manière générale. Mais seul un froissement de journal répondit au conseiller et il finit par hausser les épaules pour continuer à fumer, ce qui ne lui était pas arrivé depuis des années, car en cette journée encore fraîche d'avril, il avait terriblement besoin de se calmer les nerfs et il n'avait trouvé que cette solution qui lui aurait valu un regard méprisant de Madeleine et un très certainement amusé d'Alexandre. Adossé au mur du bâtiment qui hébergeait les locaux de Radio-Paris, frissonnant dans son mince manteau beige, le visage fermé, il détacha son regard des traits de Philippe Roussel plongé dans un article fort probablement consacré aux ânes du Poitou et à leur nombre qui allait en diminuant, l'un des sujets favoris de Puerno – et ce qui expliquait la passion toute particulière de Roussel qui se sentait des affinités avec eux, Édouard avait toujours pensé que les éleveurs du Poitou auraient dû se diversifier en allant chercher les ânes parisiens –, regard qu'il laissa se poser sur les larges immeubles haussmaniens qui encadraient la rue et qui abritaient des foyers sans doute à l'écoute de l'une des émissions musicales de la radio parisienne. C'était à l'étage de celui contre lequel il se tenait que Cabanel était attendu pour accorder un entretien à l'un des journalistes politiques de la station, même si pour connaître les visages qui arpentaient les couloirs de Radio-Paris, il savait fort bien qu'ils n'avaient plus que journalistes que le nom, puisque tous étaient affiliés à Vichy ou se trouvaient être des propagandistes reconnus. À l'origine, ce n'était pas lui qui avait été prévu pour répondre à quelques questions portant sur le quotidien des parisiens ou la politique de Vichy – car officiellement, il y en avait une, mais Mazan, comme à son habitude lorsqu'il s'agissait de tâches désagréables, s'était désisté, ayant à rencontrer quelques hauts dignitaires nazis de passage à Paris. D'un point de vue purement cynique, ce n'était pas plus mal, Cabanel était moins connu que l'ambassadeur et moins susceptible de provoquer d'emblée la détestation chez les auditeurs. Et Édouard lui-même n'avait pas protesté quand on lui avait demandé, poliment mais fermement, d'aller expliquer à leurs concitoyens que tout allait bien, que les alertes sur le front est étaient fortement exagérées par la menteuse Radio-Londres aux mains des Juifs, des Bolcheviques et autres traîtres à la patrie, que Vichy continuait à mener sa politique de réforme nationale et que, plus important encore, il fallait cesser ces manifestations qui commençaient à agacer fortement l'occupant, plus habitué à faire défiler ses chars dans les boulevards que par les voir obscurcis par une foule vociférante (ce qui, au vu des engins, ne pouvait pas empêcher les chars de défiler, c'était là l'inquiétude du conseiller). En soit c'était même une mission plutôt tranquille qu'on lui avait confiée car il ne s'agissait que de réciter ce qu'il avait soigneusement appris par cœur depuis qu'il était entré dans le gouvernement de Pétain, toujours ces seules et mêmes phrases presque dans une litanie, comme dans l'espoir qu'à force de le les répéter, elles s'incrusteraient dans les esprits et deviendraient même réalité.

- Vous savez, Cabanel, Puerno c'est le journaliste du Petit Parisien dans lequel il fait un travail formidable, toujours le premier sur le terrain à ce que j'ai entendu dire et il est vraiment au contact des vrais Français et de leurs préoccupations, renchérit soudain Philippe Roussel en tendant le journal au conseiller Cabanel qui écrasa son mégot de cigarette pour le saisir et emboîter le pas au chargé de l'Information qui entrait dans les locaux de Radio-Paris d'un pas conquérant.
- C'est à lui qu'on a donné un prix ? S'exclama Édouard, perplexe, je ne vois pas très bien quel article pourrait lui permettre de...
Sans lever la tête sur les réceptionnistes et secrétaires que saluait Roussel, habitué des lieux, au fur et à mesure de leur avancée, le conseiller avait fini par ouvrir sur une page entière consacrée au sacre de Puerno comme le meilleur journaliste de l'année, titre décerné par le Comité des Journalistes où siégeaient des collaborateurs notoires et dont le président s'enflammait de temps à autres contre les Juifs et les Francs-maçons.
- Remarquez, je retire ce que j'ai dit, c'est mérité, se corrigea Édouard en refermant l'exemplaire qu'il rendit à son conseiller du jour qui, après lui avoir fait monter plusieurs étages d'un escalier moderne, et parcourir un couloir sans s'arrêter dans l'enfilade de bureaux illuminés, se retourna vers lui, brusquement beaucoup plus inquiet, son visage généralement indolent crispé dans une expression tendue qui ne lui ressemblait pas. Tiens donc, même les ânes pouvaient avoir des états d'âme.
- Vous avez bien eu mes fiches ? Vous les avez apprises ? Demanda-t-il avec empressement et en lui imposant quelques notes en pattes de mouche de dernière minute qu'il fourra dans la paume de son interlocuteur.
Édouard Cabanel hocha la tête et s'abstint de répondre en voyant arriver vers eux Frédéric Boisselier, un vice-directeur de la radio – auquel la Propagande et l'ambassade imposaient tous ses programmes –, devant lequel il se métamorphosa pour devenir le jeune politicien affable et souriant que l'on connaissait bien dans les soirées mondaines et à Vichy et qu'il salua avec chaleur et amabilité alors que Boisselier répétait à quel point il était ravi de le recevoir. Le conseiller le suivit dans son bureau où l'on devait lui expliquer comment se déroulerait l'émission mais ce n'était pas la première fois qu'il se frottait à l'exercice, aussi entreprit-il de fixer le sous-directeur en songeant non sans cynisme qu'il n'avait surtout pas eu le choix de lui accorder cet entretien. Vichy ne se gênait pas pour appeler directement le directeur de la radio pour lui dicter ce qu'il fallait dire, et l'on savait pertinemment que bon nombre de ceux qui intervenaient sur les ondes prenaient leurs ordres de la ville où siégeait encore le gouvernement. Et si Boisselier laissait apercevoir sa nervosité, il était évident que l'interview d’Édouard Cabanel était réglée au millimètre près. Les questions avaient été rédigées par Philippe Roussel lui-même, lequel se trouvait un peu en retrait pour babiller avec une secrétaire, les réponses avaient été longuement préparées pour coller le plus possible au discours officiel tout en rassurant les Parisiens, un véritable jeu d'équilibriste. Édouard n'avait qu'à réciter fidèlement ce qu'on avait écrit pour lui, rien de plus, rien de moins. Mais pourtant, il sentit le stress l'envahir petit à petit à mesure qu'il relisait les fiches de Roussel.
- Je dois vous prévenir que nous avons dû effectuer un changement d'animateur, c'est mademoiselle Estelle Linot qui vous interrogera, monsieur Cabanel, je suis navré de cette modification de dernière minute. Y voyez-vous un inconvénient ? Demandait Boisselier, inquiet.
- Qui est-ce ?
- Elle s'occupe généralement de la culture mais j'ai été obligé...
- Je n'y vois rien à redire, intervint Philippe réapparu à leurs côtés en s'épongeant le front, une jeune femme en plus... (Il adressa un clin d’œil à Édouard), les auditeurs vont vraiment beaucoup aimer.
Cabanel hocha la tête sans rajouter un mot. De toute façon, la secrétaire vint leur annoncer qu'il était bientôt l'heure et les trois hommes se levèrent dans un même ensemble en échangeant des banalités.

Oui, tout cela devait être une simple routine mais pourtant, plus il approchait du studio, plus Édouard se sentait mal à l'aise. Ce n'était pas parce qu'il allait devoir livrer la propagande d’État sur les ondes et par là-même s'associer à celle-ci, accoler son nom à tous les mensonges qu'il allait débiter, il le faisait depuis le début, depuis 1940. Non, c'était qu'il s'était donné une mission toute particulière durant cet entretien. Ses objectifs lorsque la France libre l'avait laissé repartir de Londres étaient évidents : il lui fallait entrer en contact avec les réseaux de résistance dans Paris mais il n'avait pas forcément réussi à mettre en application ses injonctions, il était loin d'inspirer la confiance, l'homme qui passait ses soirées à discuter avec les Nazis. Mais peut-être aurait-il une chance avec ses anciens amis ? De nombreux Francs-maçons étaient rentrés en clandestinité suite aux poursuites et à l'acharnement des Vichystes à leur égard – Édouard lui-même avait évité les procès et sans nul doute la prison uniquement parce qu'il n'avait été intronisé dans le Grand Orient que quelques mois avant le début de la guerre, qu'il avait participé à détruire les archives qui le prouvait et que son cher beau-père avait effacé les dernières traces (et fait taire certains trop prompts à laisser échapper des noms), mais quelle place avait leur organisation, son importance ou sa réalité elle-même, Édouard n'en avait aucune idée. Il suffisait donc que l'un d'entre eux soit devant son poste de radio en cette fin d'après-midi, qu'il écoute les paroles de celui qu'il devait considérer comme un traître à l'obédience qui prônait le respect des droits de l'homme pour toute religion, et que le traître en question prononce une phrase qui pourrait lui laisser penser qu'il était peut-être de leur côté. C'était ce qu’Édouard, avec l'accord de sa complice Alice Boulanger, voulait chercher à accomplir lors de son entretien. Dire une phrase innocente – comme ces dizaines qui passaient sur la BBC – qui serait uniquement comprise par les Francs-maçons, une phrase qui leur demanderait de les contacter, mais qui n'intriguerait pas la censure ou la jeune femme qui allait l'interroger, combien même elle n'était pas sur les fiches qu'on avait dû lui transmettre. C'était le conseiller lui-même qui s'était remémoré la locution latine qui pouvait servir de code et indiquer qu'on devait se fixer un rendez-vous, mais malheureusement, elle n'était pas la plus facile à placer dans un discours. « Non vestimentum virum ornat, sed vir vestimentum » ou « Ce n'est pas l'habit qui embellit l'homme, mais l'homme qui embellit l'habit ». Autant dire une gageure mais Édouard ne pouvait pas se permettre d'échouer. Surtout pas après qu'Alice se soit moquée de lui en lui disant qu'il n'y parviendrait jamais. Il ne pouvait pas parce qu'ils avaient désespérément besoin d'informations et qu'une occasion pareille de rentrer en contact avec un éventuel réseau ne se représenterait pas de sitôt – combien même Mazan était très occupé à tenter de séduire Alice. Comment parviendrait-il seulement à dire deux mots qui ne soient pas hors contexte ? Avisant le journal que tenait toujours Philippe Roussel, Édouard eut ce qui ressembla fort à une illumination, ce qui relevait du miracle. Puisqu'il ne pouvait pas placer sa citation dans une des questions qu'il y avait sur la liste, pourquoi ne pas simplement en rajouter une autre ? Une dernière question qui serait sans conséquence, conclurait l'entretien sur une petite note joyeuse, même Roussel ne pourrait lui en vouloir. Ravi de son idée, le conseiller avança alors d'un pas un peu plus léger, ayant un peu moins l'impression de se rendre droit à l'échafaud – quoiqu'il paraissait que les protestants qui, eux-aussi étaient illuminés, allaient joyeusement se faire couper la tête par Marie la Sanglante au XVIe siècle.

On approchait cette fois-ci réellement du studio devant la porte duquel attendait une toute jeune femme, petite et menue à laquelle Édouard n'aurait pas donné vingt-cinq ans. C'était donc elle la demoiselle chargée de lui poser ses questions ? On recrutait les journalistes politiques n'importe où de nos jours. Mais au moins, elle ne risquait pas de poser problème. Du moins c'était ce qu'il pensait lorsque Boisselier lui présenta Estelle Linot et qu'il s'avança à larges enjambées vers elle pour lui serrer la main, un large sourire aux lèvres.
- Je suis Édouard Cabanel, du cabinet de l'ambassadeur et ancien secrétaire d’État aux Affaires Étrangères. C'est un plaisir de vous rencontrer, mademoiselle Linot, je suis certain que nous allons faire un bon travail tous les deux. Mon épouse vous écoute et apprécie beaucoup votre émission culturelle.
A vrai dire, il n'avait aucune idée de ce que Madeleine pouvait bien faire de ses journées mais c'était un mensonge qui ne coûtait rien. Autant tenter de se mettre la jeune femme dans la poche d'emblée.
- Radio-Paris devrait plus recruter de jeunes femmes comme vous, renchérit Philippe Roussel qui ne voulait pas être en reste avant de poursuivre d'un rire gras, dommage que les auditeurs ne puissent pas vous voir, nous pourrions raconter tout ce que nous voulons pendant que vous seriez le centre de l'attention, n'est-ce pas ? Ah Boisselier, la prochaine fois, remettez-moi l'une de vos jeunes pouliches en face de l'ambassadeur, je suis certain qu'il apprécierait !
- Roussel, vous ne devriez pas davantage vous occuper de..., répliqua Édouard d'un ton sec.
- Oh mais Cabanel, vous ici !
Cette voix n'était malheureusement pas inconnue à Édouard qui fit volte-face pour se trouver nez à nez avec Félix Aurèle qui sortait du studio avec un sourire malsain aux lèvres. Mais que diable faisait-il là ce pourri qui avait épousé Julie Reigner, la sœur d'Alexandre – et était un fasciste notoire ? Cabanel le connaissait depuis des années et il savait fort bien à quoi s'en tenir avec lui. Ils se détestaient depuis leurs joutes verbales dans la Chambre des députés où Aurèle était – beaucoup trop – à droite et ils avaient, en prime, eu plusieurs fois la chance de rejouer les débats chez Alexandre quand celui-ci avait la mauvaise idée d'inviter toute sa famille en même temps. Même si à la réflexion, Édouard se demandait si ce n'était pas parce qu'il avait épousé Julie qu'il le haïssait le plus.
- Je crois que c'est moi qui devrait être le plus étonné.
- Allons, Cabanel, ne faites pas mine que vous ne saviez pas que je faisais une émission intitulée « les spectres de la IIIe République » dans laquelle je reviens sur tous les scandales et toutes les affaires que le parlementarisme nous a apportés. Je suis sûr que vous apprécierez beaucoup pourtant, vous qui avez pris conscience il n'y a pas si longtemps des manquements de notre ancien régime...
- Stoppez donc, vous allez me donner envie d'écouter, répliqua Édouard avec sarcasme.
Félix Aurèle eut un rire méprisant, salua tout le monde puis s'éloigna pour accomplir on ne savait trop quelle basse besogne.
- Il est temps, les pressa Boisselier en poussant à moitié sa speakerine et le conseiller pour les faire entrer dans la salle, l'antenne est à vous dans cinq minutes après la coupure musicale !
En moins de temps qu'il ne fallut pour le dire, les deux jeunes gens se retrouvèrent seuls dans le studio, et Édouard sans se départir de son calme et de son sourire s'installa à la place réservée aux invités.

- J'ai cru comprendre que vous n'étiez pas habituée à interroger des politiques mais tout nous a déjà été préparé, dit-il en s'adressant à la jeune femme qui se préparait à ses côtés, si vous avez des remarques, n'hésitez pas...
Il releva la tête vers elle pour lui sourire de la façon la plus charmeuse possible et le cœur un peu battant, mais avec aplomb, il ajouta :
- Pourriez-vous me poser une dernière question à la fin ? Une question improvisée, j'aimerais que vous me demandiez ce que je pense du prix de journaliste de l'année remporté par Jean-Pierre Puerno ? Ce serait finir sur une note légère, les Parisiens apprécieront. Je vous remercie, mademoiselle.
Il s'autorisa même un clin d’œil avant de s'adosser à son siège et de laisser s'égrener les dernières secondes avant que le direct ne commence. Il était même plutôt confiant alors que commençait l'interview. La suite cauchemardesque allait aisément lui prouver qu'il n'aurait pas dû l'être du tout.

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
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MessageSujet: Re: [Radio-Paris] La bataille des ondes   Dim 13 Avr - 16:13

Les gens allaient et venaient dans un petit café du quartier latin, où Estelle et une amie d'enfance s'étaient retrouvées pour partager quelques heures ensemble. Lucille avait toujours été là dans les moments difficiles, et c'est donc sans surprise qu'elle s'était occupée d'Estelle lorsque celle-ci allait au plus mal. Si elle ne connaissait pas tous ses secrets, Estelle ayant du mal à se confier à qui que ce soit, Lucille n'en restait pas moins une amie précieuse toujours prête à tout tenter pour voir Estelle sourire. Estelle héla le serveur et lui demanda un autre café, son troisième, déjà.

Je plains tes collègues à la radio. De quoi vas-tu parler aujourd'hui ? Au fait, j'ai lu le livre que tu m'as conseillé, et j'ai adoré. Ces aventures en Egypte étaient tout à fait passionnantes !
-Je te prêterai la suite, si tu veux. L'auteur a écrit plusieurs livres. J'aimerais l'interviewer mais il refuse toujours.
-Quelle dommage ! Il mérite d'être connu, pourtant, ce Boucher. Tu vas interroger qui, à la place, tout à l'heure ?
-Le conseiller de l'ambassadeur de Vichy. Je peux en prendre une bouffée ?” Lucille venait d'allumer une cigarette. Elle eut un air surpris.
En quoi peut-il te parler de culture ? Garde la cigarette, tu en as plus besoin que moi, en fait
Estelle porta la cigarette à ses lèvres et en tira une bouffée avant de laisser s'échapper de sa bouche des volutes de fumée. “On ne va pas parler culture, mais politique. Fred Boisselier a été obligé de me changer de rubrique, à cause de mon entretien soit-disant raté avec Caroline Lisieux. Je ne vois pas en quoi c'était raté.” Un sourire ironique se dessina sur les lèvres de la speakerine. Elle avait pris un malin plaisir à poser des questions qui dérangent à la danseuse étoile, et surtout à imaginer la tête des Allemands qui l'écoutaient.
Estelle, tu devrais faire attention, quand même. Même si j'ai bien ri en vous écoutant. Essaie de ne pas faire la même chose avec le conseiller.
-Je lirai les questions qu'ils m'ont préparées, répondit Estelle avant de porter la cigarette à ses lèvres.
-Ils ont tout préparé ?
-Oui, soupira la speakerine. Je me demande à quoi je sers. Enfin, il faut bien quelqu'un qui pose les questions pour que ça ressemble à une interview et non à un long discours de propagande. Même si la finalité est la même, au fond.
-Oh ma pauvre ! Mais pour une fois, fais ce que t'on dit, ne vas pas t'attirer des ennuis, hein ?
-Je te promets, Lucille, que je m'en tiendrai au texte. Bon, je dois filer, ce serait dommage d'être en retard. Je n'ai pas de moustache ? Demanda-t-elle, faisant allusion au café qu'elle venait de boire. Elle posait toujours cette question à Lucille, et ce depuis leur plus jeune âge.
-Mais... vous êtes un chat ! S'exclama Lucille.
-Oui, un chafouin !” Les deux jeunes femmes rirent de bon coeur, ce qui fit autant de bien à Estelle qu'à Lucille, heureuse de voir que sa meilleure amie retrouvait peu à peu la joie de vivre. Cette allusion à Alice aux pays des merveilles, c'était leur allusion, c'était le dialogue qu'elles se répétaient à l'envie et qui ne faisait rire qu'elles.
Tu n'as pas de moustache, Estelle. Aller, file maintenant ! Et je rentre chez moi pour t'écouter !

Elle devait bien ça à Fred, se dit Estelle alors que, ayant quitté Lucille et le café, elle traversait la ville pour se rendre à la radio. Elle savait qu'elle risquait plus que des avertissements après son entretien avec Caroline Lisieux mais elle s'était attendue à être virée ou à ne plus pouvoir mettre les pieds à la radio durant plusieurs jours. Jamais elle n'avait imaginé qu'on la mettrait à la rubrique politique. C'était sa dernière chance, lui avait dit Fred. Désormais, toute l'équipe de la radio la savait instable et à sa moindre incartade, elle serait virée, tout simplement. Pourquoi la rubrique politique, alors que c'était certainement la rubrique la plus importante, ou en tout cas plus importante que la rubrique culturelle aux yeux des Allemands ? Parce que ceux-ci, se disant que mademoiselle Linot ne connaissait rien à la politique, avaient pensé qu'elle ne pourrait rien dire par elle-même puisqu'elle devrait s'en tenir aux fiches. Et puis pensez un peu, une femme parler politique ! Elle ne réciterait que ce qu'on lui dirait. Et comme sa place était en jeu, elle était obligée d'obéir. Et si la speakerine avait bien compris l'intention des dirigeants de Radio Paris, elle ne pouvait rien faire pour les surprendre. Les temps étaient durs, elle avait besoin d'argent mais dans sa vie elle n'avait fait que de la radio, il lui serait difficile de trouver un autre emploi. Estelle ne pouvait tout simplement pas quitter Radio Paris, dont les couloirs étaient empreints de la présence de Lucien. Il était là, toujours. Elle avait toujours à l'esprit leur première rencontre, lorsqu'ils s'étaient foncés dedans. Elle ne pouvait pas ne plus revoir le couloir où cela s'était passé. Estelle ne se remettait toujours pas de la disparition de Lucien, mais elle avait cessé de faire subir sa colère à tout le monde. Elle avait toujours des moments de nostalgie, comme à ce moment même où elle parcourait les rues de capitale, mais elle n'en parvenait pas moins à rire avec ses proches et à retrouver, peu à peu, goût à la vie.

La jeune femme sortit de ses rêveries et regarda autour d'elle. Elle ne reconnaissait pas les rues qui l'entouraient, alors qu'elle connaissait par coeur les alentours des locaux de Radio Paris. Elle marchait, cherchait une rue qu'elle connaissait mais aucun des noms de rue ne lui disait quelque chose. Nul doute : Estelle était perdue. Un coup d'oeil sur sa montre lui indiqua qu'elle avait dix minutes pour arriver à Radio Paris, Fred Boisselier voulant lui parler avant l'entretien. Elle commença à paniquer : elle n'avait plus le droit à l'erreur, et voilà qu'elle allait arriver en retard ! Ce n'était pas possible. Un officier allemand vint lui demander si tout allait bien. C'était le comble ! La Parisienne de naissance devait demander son chemin à l'occupant. Quelle triste ironie du sort.

Après cet épisode dont Estelle avait trop honte pour en parler à quelqu'un, elle retrouva le bâtiment de Radio Paris et arriva, essoufflée, dans le bureau de Fred Boisselier. Celui-ci s'inquiétait déjà pour sa protégée, et fut soulagée de la voir entrer dans son bureau. Ils firent un rapide breefing et Estelle lut les questions préparées. Boisselier avait intérêt à ce que ce soit parfait. Lorsque l'entretien avec Edouard Cabanel avait été programmé, il n'avait pas été tant stressé parce que ce devait être un présentateur de la radio qui devait le mener. Mais ce présentateur avait eu un autre impératif et contre toute attente, c'est Estelle qu'on avait choisie pour le remplacer (et Fred n'avait pas bien compris pourquoi).

Bien, nous sommes d'accord. Pas de surprise, Estelle, hein ?
-Pas de surprise, Fred.
-Bien. Et qui sait, peut-être que tu auras un prix, toi aussi, comme Puerno.
-Ah ? Puerno a eu un prix ? C'est une blague ! Il est plus facile d'avoir un prix lorsqu'on ne fait pas du journalisme, visiblement.
-Estelle !
-J'ai rien dit !
-Je préfère. Allons-y !

Estelle voulait bien faire. Vraiment. Elle ne faisait jamais de promesse en l'air. Elle avait prévu de s'en tenir aux questions préparées et d'être agréable. Vraiment. Mais elle n'avait pas prévu que certaines remarques à son encontre allaient faire resurgir le mauvais caractère qu'elle avait tenté de cacher.

Je suis Édouard Cabanel, du cabinet de l'ambassadeur et ancien secrétaire d’État aux Affaires Étrangères. C'est un plaisir de vous rencontrer, mademoiselle Linot, je suis certain que nous allons faire un bon travail tous les deux. Mon épouse vous écoute et apprécie beaucoup votre émission culturelle.” Sourire affable et allure impeccable, voici donc l'homme qu'Estelle allait interroger. Il semblait très sûr de lui, en témoignait la partie de son CV qu'il venait de lui réciter. Voulait-il l’impressionner ? C'était raté. Il s'était par ailleurs senti obligé de lui dire que sa femme l'écoutait. Ça lui faisait une belle jambe, tiens ! Ce devait être le genre de femme à écouter une émission culturelle dans le seul but de paraître intelligente lors des soirées mondaines.
Enchantée, monsieur Cabanel. Je suis ravie que votre épouse apprécie mon émission.
Radio-Paris devrait plus recruter de jeunes femmes comme vous, dommage que les auditeurs ne puissent pas vous voir, nous pourrions raconter tout ce que nous voulons pendant que vous seriez le centre de l'attention, n'est-ce pas ? Ah Boisselier, la prochaine fois, remettez-moi l'une de vos jeunes pouliches en face de l'ambassadeur, je suis certain qu'il apprécierait !” C'était l'homme qui accompagnait Cabanel qui eut la très mauvaise idée de prendre la parole. Son rire gras dégoûta Estelle. Cabanel tenta d'arranger les choses mais Félix Aurel, un présentateur radio qu'Estelle ne connaissait que de nom, le coupa. Estelle profita de cette diversion pour amener Fred Boisselier sur le côté. Elle chuchota, énervée “Et je dois me laisser faire ? Je dois les laisser me traiter comme une moins que rien, parce que je suis une femme ? Il m'a comparée à une pouliche ? Et le conseiller, il n'est pas mieux ! Quel arrogant !
-Calme toi, Estelle. Ils sont difficiles à supporter, mais reste calme ! Dis-toi que ce n'est qu'un mauvais moment à passer, hein ?
-Beati pauperes in spiritu ( Bienheureux les pauvres en esprit)  Au moins ce Roussel ignore sa connerie, c'est toujours ça pour lui.
Puis Boisselier mit fin à la conversation entre Cabanel et Félix Aurèle, qui était sans doute passionnante, pour pousser la speakerine et le conseiller de l'ambassadeur dans le studio. Boisselier et Philippe Roussel se dirigèrent dans une salle attenante où ils pourraient suivre l'entretien.

Ils s'installèrent tous deux à leur place.
J'ai cru comprendre que vous n'étiez pas habituée à interroger des politiques mais tout nous a déjà été préparé, si vous avez des remarques, n'hésitez pas...
-Ne vous inquiétez pas, je m'en tiendrai strictement aux questions qui m'ont été données.” Le sourire que lui adressa Edouard Cabanel désespéra Estelle. Malheureusement, il était du genre bavard et il reprit, dérangeant Estelle dans sa préparation : “Pourriez-vous me poser une dernière question à la fin ? Une question improvisée, j'aimerais que vous me demandiez ce que je pense du prix de journaliste de l'année remporté par Jean-Pierre Puerno ? Ce serait finir sur une note légère, les Parisiens apprécieront. Je vous remercie, mademoiselle.
Estelle haussa un sourcil. Voulait-il vraiment parler de Jean-Pierre Puerno ? Il n'était pas étonnant que la France aille si mal si les personnes qui en étaient à sa tête lisaient les articles inutiles de Puerno. Le ton arrogant de l'homme fit perdre patience à Estelle Linot.
Comme je vous l'ai dit, monsieur, répondit-elle, un sourire hypocrite aux lèvres, je m'en tiendrai strictement aux questions que l'on m'a transmises. Nous verrons à la fin si je peux donner suite à votre demande. La maison n'aime pas tellement les improvisations, j'espère que vous comprenez.

Elle coupa court à la conversation et fit comprendre à son interlocuteur qu'elle ne voulait plus être dérangée. Il comprendrait bien assez vite qu'elle n'était pas une écervelée écoutée par des femmes qui n'avaient rien d'autre à faire dans leur journée.

La coupure musicale prit fin. Estelle se redressa sur son siège et se plaça bien face au micro. Sa feuille où figuraient les questions se trouvaient juste à côté du micro. Elle y jeta un rapide coup d'oeil avant de regarder Edouard Cabanel.

Bonjour à tous ! Ici Estelle Linot mais ce n'est pas de livre ou de spectacle dont je vais vous parler aujourd'hui, car face à moi se trouve monsieur Edouard Cabanel, conseiller de l'ambassadeur de Vichy à Paris. Monsieur Cabanel a généreusement accepté de nous donner de son temps pour venir vous parler de l'action de Vichy pour vous aider au quotidien.” Elle laissa Cabanel prononcer quelques mots puis reprit : “Mais passons tout de suite à notre première question : monsieur Cabanel, pouvez-vous nous dire en quelques mots quels sont les dossiers prioritaires de l'ambassade de Vichy concernant Paris ?

Tout commençait bien. Pour l'instant.
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■ avis à la population:

MessageSujet: Re: [Radio-Paris] La bataille des ondes   Dim 6 Juil - 17:10

Plus l'heure où il allait devoir débiter ses absurdités (rédigées par Philippe Roussel lui-même, ce qui n'arrangeait rien) à l'antenne approchait, plus Édouard Cabanel se sentait nerveux. Il y avait quelque chose d'oppressant à se trouver dans ce studio où défilaient tant de grandes figures de la collaboration – et de vedettes de la chanson ou du spectacle, les mêmes pour certains résistants qui considéraient que chanter pour endormir la population était la même chose qu'approuver les actes des occupants, et au moment d'adresser un sourire à la jeune femme qui se tenait devant lui, Édouard prit pleinement conscience qu'il ne faisait que reprendre la place que venait d'occuper Félix Aurèle. Celui-là même dont on se demandait ce qu'il pouvait bien fabriquer à la Chambre des Députés quelques années auparavant tant il semblait incroyable qu'une personne dotée d'un sens commun puisse inscrire le nom d'un tel homme sur son bulletin de vote – or il se trouvait qu'Aurèle n'était pas l'élu de l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne de Paris mais celui d'un département rural du centre de la France où il n'avait probablement jamais les pieds, preuve s'il en fallait qu'on accordait le droit de vote aux vaches et aux poussins dans ces contrées. Ce micro était celui où il avait raconté à quel point le régime de la IIIe République avait été inique et avait cherché à convaincre qu'il fallait faire alliance avec l'Allemagne nazie pour éliminer tous les traîtres de la patrie. Cette chaise, surtout, qu'Édouard trouva d'emblée inconfortable, était celle qu'ils partageaient tous deux, car Édouard Cabanel, l'arriviste député radical était de ceux qui avaient tourné leur veste au moment où les circonstances avaient changé pour suivre le maréchal. Et pour les Parisiens qui allaient l'écouter cette journée-là, il ne valait pas davantage que celui qui avait épousé Julie Reigner. Il faisait partie de cette longue liste de personnes publiques qui mettaient leurs talents et leur bagout au service de Vichy – et donc des Allemands car depuis l'invasion de la zone sud, on distinguait de moins en moins les deux. Toutefois, il n'était pas là pour ânonner le discours officiel qu'on pouvait facilement résumer par « les temps sont difficiles mais tout ira mieux », ce qui était une variante intéressante des premières années d'occupation où tout allait bien et où il fallait éviter de prononcer le mot « difficile » sous peine d'être à moitié étranglé par le ministère de l'Information et de la Propagande (et limogé de ses fonctions, mais c'était un moindre mal), il devait profiter de son passage sur les ondes pour prendre contact avec la résistance qui, il l'espérait, n'était pas que branchée sur Radio-Londres et lui accordait assez d'importance pour écouter à la fois ses sornettes et les codes d'Alice Boulanger – et heureusement pour lui, ce n'était qu'une citation latine et non ces phrases étranges qui circulaient à la BBC, qui donnaient l'impression que les speakers picolaient un peu trop. Après tout, ils avaient été jusqu'à raconter des histoires d'une licorne perdue dans la campagne française lors de sa dernière écoute. Heureusement pour eux, ils avaient de l'autre côté de la Manche quelqu'un d'assez cintré pour les comprendre malgré tout, une des rares qualités de sa secrétaire – enfin assistante ou collègue comme elle voulait se faire appeler désormais, sous menace de faire grève.

Cette mission n'avait aucune raison d'être bien compliquée, il suffisait de glisser un mot de peu d'importance, une petite improvisation qui ne causerait pas de sueurs froides à Philippe Roussel – Eddy n'avait que faire de l’état de santé de son chaperon du jour, mais la perspective de se faire sermonner pendant tout le trajet de retour jusqu'à l'ambassade ne lui disait rien qui vaille (il y avait au moins trente minutes de voiture des Champs-Elysées jusqu'à l'hôtel Matignon). C'était la raison pour laquelle Édouard s'était installé avec un grand sourire dans le studio, beaucoup plus sûr de lui en apparence qu'il ne l'était réellement, mais en soit il était rompu aux exercices de ce genre, et une fois qu'on avait à moitié improvisé un discours sur l'agriculture et le prix du lait à la tribune de la Chambre des Députés, plus rien ne pouvait faire peur. De l'extérieur, il avait sans doute l'expression de tous ces collaborateurs satisfaits d'eux-mêmes, certains de n'avoir aucune mauvaise surprise puisque tous les médias, des papiers nauséabonds qui se faisaient appeler journaux aux ondes de la radio, leur appartenaient. Édouard ne venait jouer qu'un simulacre d'entretien puisque les questions et les réponses avaient été rédigées en avance, personne ne viendrait vérifier ses ajouts de phrases latines qui passeraient pour des lubies d'ancien élève du lycée Henri-IV – et ferait se pâmer d'émotion son ancien professeur qui avait du déployer des trésors d'ingéniosité pour intéresser sa classe aux déclinaisons et à l'ablatif absolu. A priori (pour rester dans le thème latin), aucun obstacle ne pouvait se mettre sur la route du conseiller de l'ambassadeur, tout était réglé comme du papier à musique dans ce genre d'émission. En face de lui, on ne lui avait même pas opposé le perspicace Étienne Laroche ou un quelconque journaliste politique qui aurait pu s'inquiéter de voir que son interlocuteur ne respectait pas le scénario à la lettre mais une toute jeune femme qui, à dire vrai, ne pouvait pas impressionner grand monde. En tant qu'animatrice chargée de la culture, elle devait même être plutôt habituée à caresser ses invités dans le sens du poil et à vanter leurs mérites. Mais le conseiller Cabanel révisa brusquement son jugement lorsqu'Estelle répliqua d'un ton sans appel à sa proposition de rajouter une question à leur programme préétabli :
- Comme je vous l'ai dit, monsieur, je m'en tiendra strictement aux question que l'on m'a transmises. Nous verrons à la fin si je peux donner suite à votre demande. La maison n'aime pas tellement les improvisations, j'espère que vous comprenez.
Elle l'affubla d'un sourire, que l'éclat mauvais de ses yeux rendit tout à fait hypocrite et dans une fin de non-recevoir, ouvrit son dossier, faisant mine d'être très occupée. Cette réponse avait rendu Édouard muet de surprise et il la considéra d'un œil nouveau. Qui était cette jeune femme ? Pourquoi se trouvait-elle autant sur la défensive face à lui ? Estelle Linot évita soigneusement son regard jusqu'à la fin de la coupure musicale où elle se racla doucement la gorge et se redressa sur son siège pour faire son travail. Et lorsqu'elle commença à parler, Édouard sentit la nervosité le gagner. Il chassa son mauvais pressentiment d'un large sourire amical qu'il adressa à la speakerine et sortit les fiches préparées par Roussel. La suite se chargerait bien de lui démontrer qu'il lui aurait fallu davantage se méfier de la petite Estelle Linot. Et que Roussel aurait de quoi non pas avoir de simples sueurs froides mais plutôt une crise cardiaque.

- Bonjour à tous ! Ici Estelle Linot mais ce n'est pas de livre ou de spectacle dont je vais vous parler aujourd'hui car face à moi se trouve monsieur Édouard Cabanel, conseiller de l'ambassadeur de Vichy à Paris. Monsieur Cabanel a généreusement accepté de nous donner de son temps pour venir nous parler de l'action de Vichy pour nous aider au quotidien.
Édouard ne put s'empêcher de hausser un sourcil, en songeant qu'à Vichy, au milieu des intrigues de palais et des coups de couteau dans le dos, on en était loin à essayer d'aider les Parisiens au quotidien. Claussat, au ministère de l'Intérieur, était bien trop occupé à faire chanter ses adversaires. Y avait-il réellement une question sur ce thème prévue dans la suite de l'entretien ? Édouard lui-même n'avait pas beaucoup de conseils à donner sur la cuisson des rutabagas puisqu'il se servait généreusement au marché noir. Tout plongé dans ses réflexions, il ne s'aperçut pas immédiatement que Linot s'était interrompue pour le laisser parler. Sortant brusquement de son silence, s'imaginant Philippe Roussel lui lancer un regard noir derrière la vitre fumée où ce dernier pouvait tout observer, il s'exclama avec un enthousiasme qu'il était loin de ressentir :
- Mais je vous en prie, mademoiselle, c'est un plaisir pour moi de venir sur les ondes de Radio-Paris afin d'expliquer aux Parisiens tout ce que nous mettons en œuvre à l'ambassade de Vichy pour améliorer la vie de nos concitoyens. Et puis, passer du temps en votre compagnie ne peut être perdu...
Sa dernière phrase tomba à plat malgré l’œillade qu'il adressa à Estelle dans le but de la dérider et de la mettre dans sa poche. Au contraire, la tension dans le studio sembla encore monter d'un cran et sans rebondir, la jeune femme poursuivit :
- Mais passons tout de suite à notre première question : monsieur Cabanel, pouvez-vous nous dire en quelques mots quels sont les dossiers prioritaires de l'ambassade de Vichy concernant Paris ?
Édouard lança un coup d’œil sur sa fiche : en effet, c'était la première question prévue, écrite à la machine mais soulignée de rouge par l'excès de zèle de Roussel. En revanche, la suite était de la main même du conseiller à l'Information et Édouard regretta de pas avoir relu davantage les fiches en question, trop occupé qu'il était à préparer sa prise de contacts avec les réseaux franc-maçons, tant les pattes de mouche de son écriture rendait toutes les réponses que devait fournir Édouard totalement absconses. A moins que les réponses ne le soient en elles-mêmes, absconses. Ou totalement stupides car avant de passer aux dossiers prioritaires, Roussel voulait visiblement que le conseiller parle du tournoi de football qui avait été organisé entre Français et Allemands, selon une initiative du comité de l'amitié France-Allemagne (et que les Français avaient perdu dès la douzième minute de match) pour saluer les efforts du comité. Mentalement, sous prétexte que le football n'intéresse que les politiciens, les enfants et les fabricants de ballons, Édouard barra cette phrase et choisit d'enchaîner directement avec la suite.

- Le gouvernement installé à Vichy prend très à cœur les intérêts de Paris et la vie quotidienne des habitants de sa belle capitale, récita Édouard avec le plus grand naturel avant de jeter un coup d’œil sur les phrases tout aussi lyriques de la suite et de décider de se détacher du texte tout en gardant les idées principales, il est certain que la vie est aujourd'hui difficile mais chacun doit faire des efforts pour que la France sorte la tête haute de ces épreuves : nous nous devons d'aider l'Allemagne, notre ami et notre allié contre les offensives de ce conflit que nous avons déjà gagné. Vichy s'occupe du ravitaillement de la capitale par le biais de sa préfecture et lutte avec acharnement contre ces profiteurs du marché noir. Nous condamnons avec la plus grande fermeté les regroupements de quelques dizaines de personnes dans les lieux telle que la place de la Bastille, qui troublent l'ordre public. Il faut que cela cesse, nous ne sommes pas aujourd'hui dans une logique d'affrontement ou de revendication, mais dans une logique de collaboration et de travail.
Édouard Cabanel fit une pause, sentant ses mains trembler et sa voix devenir de moins en moins ferme. Le discours qu'il prononçait le dégoûtait tant qu'il aurait voulu pouvoir s'arrêter là ou dire enfin ce qu'il pensait vraiment, prévenir les Parisiens que les Alliés progressaient en Afrique du Nord, qu'un débarquement aurait lieu un jour et que la guerre n'était pas finie. Leur dire de garder espoir et de se préparer pour le jour J où il faudrait se débarrasser des Allemands et de leurs bons amis comme Félix Aurèle. Les alerter sur l'exaspération croissante des Allemands qui envisageaient de noyer les manifestations dans le sang. Puis il se rappela que pour les Parisiens, il n'était qu'un Félix Aurèle en moins nasillard, il se rappela qui il était et pourquoi il était vraiment là. Alors il continua, un sourire aux lèvres, cherchant de toutes ses forces l'occasion qui lui permettrait de caser sa locution latine :
- Nous poursuivons évidemment le chantier de refondation de la France selon les ordres du maréchal, vous savez très bien comme moi que la révolution est comme une bicyclette : quand elle n'avance plus, elle tombe. Pour avoir une France épurée, il faut éliminer avec acharnement les éléments de la décadence, lut le conseiller sur la fiche préparée par Roussel, les communistes qui ne sont que des agents de l'étranger et attendent le grand soir pour tous nous éliminer... Les Francs-maçons qui nous manipulent pour leurs intérêts dans l'ombre et ne sont que les représentants de la puissance de la finance... Et les Juifs qui ne peuvent plus participer à la vie de notre communauté nationale.
Édouard releva la tête vers Estelle Linot, davantage sûr de lui en retrouvant le discours officiel qu'il avait déjà prononcé des dizaines de fois depuis 1940, tout en se disant qu'il faisait de son mieux pour que tout cela stoppe au plus vite. Il lui adressa un large sourire et son index se posa sur la question suivante que devait lui poser la speakerine sur l'avancée des Britanniques à Sousse en Afrique du nord. Mais la question suivante, il ne devait jamais l'entendre.

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Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
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MessageSujet: Re: [Radio-Paris] La bataille des ondes   Dim 13 Juil - 22:57

Estelle voulait bien faire. Vraiment. Elle tenait à sa place à Radio Paris, malgré l'obligation de collaborer avec l'occupant et elle tenait plus encore à sa vie, malgré la disparition de Lucien qui l'obligeait à vivre seule désormais dans la maison de ses parents. Son interview de la danseuse étoile Caroline Lisieux avait été une terrible erreur, même si elle devait avouer qu'elle avait pris un grand plaisir à observer la mine défaite de son invitée. Non, désormais, elle se plierait à ce qu'on lui dirait de faire. Il était déjà dur de subvenir à ses besoins avec un salaire, la jeune femme n'osait pas imaginer comment elle ferait pour survivre sans gagne pain. Pourtant, dès qu'elle avait vu Edouard Cabanel et que les présentations furent faites, elle ressentit de nouveau en elle cette envie de se venger, de faire subir à cet homme bien trop sûr de lui toute la colère qu'elle retenait en elle depuis maintenant des mois. Un coup d'oeil vers Fred Boisselier l'avait convaincue de se contenir et de faire en sorte que tout se passe bien. Il l'avait sauvée après l'épisode Caroline Lisieux et la jeune femme lui devait d'avoir pu garder sa place, bien qu'une punition fut quand même décidée par les autorités. Interroger un homme politique à la radio ? Cela pourrait paraître une punition bien mince mais Estelle vivait cela comme une terrible injustice. Elle n'avait jamais été formée pour ce genre d'interview et bien sûr, cela voulait dire qu'elle devrait entièrement se fier à ce qu'on lui dirait de faire. Aucune improvisation. Elle devait se contenter de lire sur un bout de papier les questions que Boisselier lui avait écrites, et qu'ils avaient lues à deux la veille. Bien que cela l'eût terriblement vexée, Estelle était toute disposée à obéir aux ordres et à faire en sorte que Fred ne fasse pas une syncope en suivant l'interview.

C'était donc armée de toute la bonne volonté du monde qu'Estelle s'était installée à sa place dans le studio d'enregistrement. Face à elle, le conseiller de l'ambassadeur lisait ses notes, et tout aurait bien pu se passer s'il n'avait pas décidé de lui demander de poser une question sur Jean-Pierre Puerno. Pour qui la prenait-elle ? Il était à coup sûr un ami du journaliste (si tant est que l'on puisse appeler cela un journaliste, s'était dit pour elle-même la speakerine) qui voulait annoncer à la radio que le défenseur des vaches et des courgettes avait eu un prix, au cas où des personnes ne liraient pas le journal. Estelle avait décidé, au moment même où elle avait vu Edouard Cabanel, qu'elle ne l'aimerait pas. Mais cette question acheva d'imprimer en elle cette impression qu'il n'était qu'un collabo prétentieux et opportuniste, un profiteur qui ne défendait rien d'autre que sa propre situation. Ses grands sourires irritaient Estelle mais elle tentait de se concentrer en pensant à Boisselier. Il était bien la seule personne pour qui, à ce moment-même, Estelle se calmait intérieurement et se préparait à lire sa fiche. Alors qu'elle sentit le regard du conseiller de l'ambassadeur se poser sur elle, Estelle pensa à Gisèle Delmas : non, elle ne laisserait pas sa rivale prendre sa place, elle ferait tout pour retrouver la rubrique culturelle et la confiance que leurs collègues lui faisaient.

Mais l'invité semblait vouloir la faire sortir de ses gonds, comme si Gisèle Delmas l'avait persuadé (d'une quelconque manière) de tout faire pour qu'Estelle sorte de sa réserve et fasse de cet interview un véritable fiasco. Edouard Cabanel en faisait trop pour que ce soit naturel, sur ce point, Estelle avait vu juste, mais elle se trompait lourdement sur les raisons de ce manque de naturel, et cette erreur allait leur coûter cher à tous les deux. Quelque chose clochait : il eut un moment d'absence alors que la speakerine lui posait une question, puis, après avoir répondu, il fut bien trop mielleux avec elle pour que cela paraisse naturel. Que voulait Edouard Cabanel, au juste ? Lorsqu'Estelle lui demanda quels étaient les dossiers prioritaires à l'ambassade de Vichy, il passa quelques secondes à lire ses fiches sans répondre, se demandant visiblement ce qu'il pouvait répondre alors que les questions et réponses avaient été préparées à l'avance. Estelle en conclut qu'il avait une idée derrière la tête, qu'il souhaitait faire un mauvais coup et cela ne lui plaisait guère. Visiblement, il ne savait pas qu'elle jouait sa place à la radio avec cette stupide interview. Enfin, il se lança dans un discours bien préparé, bien qu'Estelle eût l'impression qu'il manquait des éléments : n'avait-elle pas lu dans les réponses préparées à l'avance que le conseiller devait parler d'un  obscur match organisé entre les Allemands et les Français ? Cependant, la speakerine, quoi-qu’intriguée, n'y prêta pas plus attention que cela car le sport lui importait peu.

"Il est certain que la vie est aujourd'hui difficile mais chacun doit faire des efforts pour que la France sorte la tête haute de ces épreuves : nous nous devons d'aider l'Allemagne, notre ami et notre allié contre les offensives de ce conflit que nous avons déjà gagné

Estelle haussa un sourcil, le nez plongé dans ses fiches pour ne pas croiser le regard de Cabanel. Aider l'Allemagne. Conflit que nous avons gagné. La jeune femme se demanda si elle avait vécu la même chose que le conseiller. La France n'était-elle pas, justement, la perdante de ce conflit ? Et depuis quand le perdant devait aider le gagnant ?

Vichy s'occupe du ravitaillement de la capitale par le biais de sa préfecture et lutte avec acharnement contre ces profiteurs du marché noir. Nous condamnons avec la plus grande fermeté les regroupements de quelques dizaines de personnes dans les lieux telle que la place de la Bastille, qui troublent l'ordre public. Il faut que cela cesse, nous ne sommes pas aujourd'hui dans une logique d'affrontement ou de revendication, mais dans une logique de collaboration et de travail.

Un rictus se dessina sur le visage de la jeune femme. Lutter contre les profiteurs du marché noir. Il était de notoriété publique que les personnes proches du pouvoir profitaient de ce marché noir. Mais son sourire ironique disparut lorsqu'Edouard évoqua les manifestations. Bien sûr, il ne savait pas qu'Estelle avait manifesté, et qu'elle avait été arrêtée, se retrouvant derrière les barreaux avec une journaliste et une mamie tout aussi énervées qu'elle. Troubler l'ordre public. Comme s'il n'y avait que ce stupide ordre public qui comptait ! D'ailleurs, les forces occupantes ne respectaient pas vraiment ce sacro saint ordre public lorsqu'elles arrêtaient des Juifs dans les rues. De qui se moquait-on ? De qui se moquait Edouard Cabanel ? Qui allait le croire lorsqu'il évoquait “quelques dizaines de personnes” réunies, alors que c'étaient des centaines de Parisiens qui criaient leur colère dans les rues de Paris ? La speakerine ferma les yeux et tenta de ne plus entendre les mensonges proférés par le conseiller de l'ambassadeur de Vichy. Elle crut avoir réussi à protéger son ouïe de la voix de Cabanel, et, intriguée, ouvrit les yeux. Mais, malheureusement, il faisait juste une pause dans son grand discours sur la grandeur de la collaboration Allemagne/France. Son interlocuteur était soudain devenu moins sûr de lui, il avait perdu de son assurance si détestable aux yeux d'Estelle Linot. Intriguée, Estelle l'observait : en un instant, il retrouva confiance en lui et arbora même un sourire, le même sourire qu'il avait eu lorsqu'il s'était installé face à elle.

Nous poursuivons évidemment le chantier de refondation de la France selon les ordres du maréchal, vous savez très bien comme moi que la révolution est comme une bicyclette : quand elle n'avance plus, elle tombe. Pour avoir une France épurée, il faut éliminer avec acharnement les éléments de la décadence, les communistes qui ne sont que des agents de l'étranger et attendent le grand soir pour tous nous éliminer... Les Francs-maçons qui nous manipulent pour leurs intérêts dans l'ombre et ne sont que les représentants de la puissance de la finance... Et les Juifs qui ne peuvent plus participer à la vie de notre communauté nationale.

Au fur et à mesure que le conseiller poursuivait son discours, le teint de la speakerine devenait de plus en plus livide. Certes, elle avait eu par avance les réponses aux questions qu'elle poserait, mais elle les avait lues sans les lire véritablement, elle avait juste parcouru des yeux une succession de mots qui, maintenant qu'ils étaient prononcés à la radio, là, juste devant elle, révélaient toute leur signification. Pas plus qu'il ne savait qu'Estelle avait manifesté dans les rues de la capitale, Edouard Cabanel n'avait idée que le fiancé de la jeune femme fût juif. Néanmoins, Estelle ne pris pas en compte ce genre de considération et ces phrases lui firent l'effet d'une gifle. Le sourire du conseiller à la fin du discours, le geste qu'il fit pour montrer à Estelle qu'elle pouvait poser la question suivante, choquèrent la jeune femme. Il venait de parler d'être humains comme s'ils étaient des parasites. Il trouvait cela normal. Vichy trouvait cela normal. France épurée. Eliminer. Décadence. Communistes. Juifs. Ces mots résonnaient dans la tête d'Estelle comme des coups de tambour répétés qui vous donnent mal à la tête. Les Juifs ne peuvent plus participer à la vie de la communauté. Etait-ce pour cela qu'on lui avait enlevé Lucien, son Lucien ? Etait-ce pour cela qu'elle vivait seule, ruminant sa rage lorsqu'elle allait se coucher, seule, le soir dans le silence de sa chambre vide ?  

Estelle posa les mains à plat sur ses fiches et les fit glisser sur la table, signe qu'elle ne désirait plus lire les questions qu'on lui avait imposées. Elle offrit son sourire le plus hypocrite à Edouard avant de replacer une mèche de cheveux derrière son oreille. Sa bonne volonté ? Oubliée. Son souci de sa place, de son salaire ? Oublié. Gisèle Delmas ? Oubliée. Boisselier ? Pendant quelques secondes, Estelle tenta de reprendre l'interview comme son patron l'aurait voulu, mais les mots prononcés par Cabanel envahissaient encore son cerveau, si bien qu'elle fut incapable de se maîtriser.

Je pense pouvoir vous remercier, de ma part et de la part des Parisiens, de ce que vous faites pour la grandeur de la France. Je ne doute pas de votre travail acharné, monsieur Cabanel, pour que les Parisiens soient enfin tranquilles, débarrassés de ces gens qui font la décadence de la France. Estelle parlait sans ironie apparente, comme si elle pensait vraiment ce qu'elle disait. Seul Edouard, qui pouvait lire dans son regard, était à même de se rendre compte que la jeune femme était en colère. Je vais vous confier quelque chose que j'entends ici ou là dans les rues de Paris, et j'espère que vous ne m'en voudrez pas, je ne fais que répéter ce que j'entends. Des Parisiens disent qu'on est gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis. Comprenez que ça me gêne de vous répéter ça, vraiment, mais tout de même, cela prouve que les Parisiens perdent patience. Philippe Roussel faisait de grands signes affolés avec les bras derrière la vitre qui le séparait du studio mais Estelle rassura Boisselier par un léger hochement de tête : elle maîtrisait la situation, ou plutôt, elle se maîtrisait elle-même, du moins était-ce ce qu'elle tentait de prouver à Boisselier. Comme le disait Jean Racine, qui veut voyager loin ménage sa monture. Les Parisiens ont besoin d'être ménagés, n'est-ce pas ? Ils sont affaiblis, ils manquent de toutes sortes de choses, et de nourriture en premier lieu. Les tickets de rationnement font vivre un calvaire aux Parisiens. Alors, à votre avis, quelles mesures peuvent être prises pour que les produits dont nous avons besoin au quotidien soient disponibles, mise à part la lutte contre le marché noir, qui est tout à fait louable soit dit-en passant. Vous parliez du ravitaillement entrepris par Vichy par le biais de sa préfecture. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Flatter l'ennemi tout en posant des questions qui fâchent : telle était la stratégie (tout à fait foireuse) d'Estelle pour gêner son interlocuteur sans pour autant faire arrêter l'interview. Boisselier avait une mine décomposée alors que Roussel lui criait des mots qu'Estelle n'entendait pas. Edouard quant à lui avait perdu son sourire charmeur et lançait des regards inquiets sur ses fiches qu'il ne pouvait désormais plus utiliser. Ils étaient pris au piège. Maintenant qu'Estelle avait clairement posé sa question, il était impossible de couper l'interview sans faire passer le conseiller pour un lâche. Il fallait faire croire aux auditeurs que tout cela était normal, prévu, préparé. Avec quelques années passées à la radio, Estelle maîtrisait certaines ficelles du métier. Elle lança un regard mesquin à Cabanel avant de lui dire, une main sur le micro pour que personne ne l'entende sauf lui : un pour tous, chacun pour soi !

Mais Estelle ne semblait pas se rendre compte que l'affaire était plus grave que son interview ratée avec Caroline Lisieux. C'était ni plus ni moins que le conseiller de l'ambassadeur de Vichy qui était face à elle. Il était là pour tenir un discours officiel, faire de la propagande, et l'empêcher d'accomplir sa tâche pouvait être très dangereux. Certes, Estelle tenait les ficelles du métier. Mais Cabanel et Roussel avait chacun une paire de ciseaux pour les couper.
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MessageSujet: Re: [Radio-Paris] La bataille des ondes   Dim 8 Mar - 12:56

Édouard Cabanel avait beau être un démocrate convaincu (enfin surtout quand la démocratie consistait à laisser s'étriper des hommes comme lui dans une assemblée et à les payer pour ça), il devait reconnaître que la propagande avait un avantage considérable : elle limitait de manière drastique les surprises. Avant, il y avait toujours un journaliste un peu agaçant pour vous poser la question qu'il ne fallait pas, un Jean-Pierre Puerno pour vous titiller sur l'augmentation du prix du lait (bon d'accord, c'était un mauvais exemple, il continuait à exercer de la même manière qu'auparavant, il fallait croire que le sujet des vaches n'intéressait pas la censure, et il en gagnait même des prix – Édouard ne s'en remettait pas), une Emy Hale pour déclencher un scandale et vous mettre au ban de votre propre parti, bref un journaliste qui faisait son travail en mettant les politiques face à leurs contradictions, en les attaquant sur leurs mensonges, leurs errements et même leurs origines sociales ou leur religion. Mais depuis l'installation de Pétain à Vichy et des Allemands à Paris selon un jeu de chaises musicales où la population était perdante, l'exercice autrefois délicat de communication avec les journaux ou les entretiens à la radio devenait d'une simplicité confondante, entre les questions préparées à l'avance (du moins par les sous-fifres de la Propagande, Édouard n'avait pas à perdre de temps avec ça) et les journalistes si complaisants qu'ils en avaient l'air de simples d'esprit. Cabanel, si la suite des événements n'allait pas prouver qu'un grain de sable pouvait toujours stopper un engrenage bien huilé, aurait pu penser que c'en était presque soporifique. Quitte à toujours écouter les mêmes questions bien enrobées et les mêmes circonvolutions des interrogés, il aurait mieux valu passer sur les ondes un Beethoven ou un air de l'une des gloires de la chanson française, au moins cela aurait davantage distrait les Parisiens que les babillages incessants d'un Vichy qui voulait donner l'illusion qu'il continuait à contrôler les choses alors de moins en moins de monde n'était dupe. Et en plus, cela lui aurait évité de se donner en spectacle sur Radio-Paris devant des milliers d'auditeurs, entre deux diatribes nauséeuses de Félix Aurèle et trois chansons sur le thème de « Paris qui demeurera Paris » ou « De la meilleure façon de cuisiner les rutabagas » (ce qui, à la réflexion, n'était peut-être pas une chanson, mais plutôt une émission de ménagères qu'écoutait parfois Madeleine – en fond sonore car elle ne cuisinait certainement pas elle-même). Mais puisqu'il fallait jouer le jeu de la Propagande, Cabanel s'y adonnait, espérant que non seulement les ménagères réputées crédules mais surtout les anciens Francs-maçons, du loin de leur cachette, l'écoutaient. Malheureusement pour lui, il allait très vite apprendre que la propagande avait également ses impondérables : elle nécessitait en effet que tous les participants jouent le jeu, même s'ils savaient les vérités, s'ils mettaient le doigt sur les compromissions. Un grain de sable, à savoir bien souvent une conscience et des scrupules, pouvait bien se glisser par là, rendre caduc le beau discours soigneusement préparé en utilisant le terme qui ne fallait pas et qui allait marquer les esprits, tirer le voile pour dévoiler les mensonges. Bref, en ces temps d'occupation où radio et presse étaient strictement contrôlés, et doublement, par des gens qui non seulement n'avaient pas de scrupules, n'avaient rien à faire de la liberté et de la démocratie et en plus possédaient la police et les prisons, Vichy et les Allemands en résumé, un homme avec une conscience était un homme mort. Et de la part d'une speakerine de Radio-Paris, c'était même carrément de suicidaire de s'en prendre au conseiller de l'ambassadeur de Vichy.

Cabanel ne se rendit pas tout de suite compte de l'atmosphère pesante qui s'était installée dans le studio d'enregistrement, ce qu'il allait regretter par la suite, car s'il s'était davantage intéressé à la jeune femme devant lui, peut-être que la suite des événements aurait pu être évitée. Pour sa défense, il avait beau avoir l'habitude des grains de sable qui venaient gâcher les plans bien huilés et des jeunes femmes qui cachaient bien leur jeu, puisque c'étaient les principales caractéristiques de sa secrétaire – pardon, complice – Alice Boulanger, il était à ce moment-là bien trop occupé à calmer le tremblement de ses mains, à lire la suite de la fiche manuscrite de Roussel qui était donc définitivement un âne qui écrivait avec des pattes de mouche et à faire passer le goût métallique de l'amertume dans sa bouche qui venait de déverser un flot d'injures et d'horreurs auxquelles il ne croyait pas. Édouard était loin d'avoir une piètre opinion des femmes, il était bien placé pour savoir qu'elles faisaient leur travail aussi bien que leurs homologues masculins, surtout quand il s'agissait de foncer tête baissée dans les ennuis, mais il devait bien avouer qu'il ne se méfiait pas de mademoiselle Linot. Elle avait beau eu lui battre froid, ne pas répondre à ses sourires, elle avait tout l'air de la jeune fille innocente qu'on plaçait devant un micro parce qu'on savait justement qu'elle ne deviendrait jamais ce grain de sable qui arrêtait les rouages. Elle ne semblait en rien dangereuse, surtout pas pour Vichy, et elle sortait tout juste de l'école pour réciter quelques questions bien apprises, pour mettre en valeur le conseiller de l'ambassadeur. En bref, ce fut sans doute parce qu’Édouard l'avait sous-estimée qu'il ne l'observa pas assez pour remarquer son teint livide, ses yeux accusateurs et son trouble. Comment aurait-il pu simplement deviner que se trouvait devant lui l'une des victimes de la politique de collaboration et de xénophobie qu'il venait tout juste de défendre à son micro ? Comment aurait-il pu deviner qu'elle n'avait rien d'une ravissante idiote qui passait son temps dans les soirées mondaines à tenter de séduire un bel officier allemand comme cette Gisèle Delmas qu'il y croisait parfois ? Au lieu de regarder son interlocutrice, sans se douter un instant de la suite, Édouard avait penché la tête et avait posé le doigt sur la question suivante dont l'objectif assumé était de calmer les rumeurs à propos de la situation en Afrique du sud. Sousse ? Une perte minime, un lopin de terre laissé en pâture aux Alliés en attendant la grand contre-offensive qui n'allait certainement pas tarder. Pendant une courte seconde, il regretta de ne pas être ailleurs, loin de ce studio, de Paris, il regretta de ne pas avoir pris le Massilia quand on le lui avait proposé. Mais cette amertume ne dura pas car il releva brutalement la tête dès les premières paroles d'Estelle Linot.

- Je pense pouvoir vous remercier, de ma part et de la part des Parisiens, de ce que vous faites pour la grandeur de la France. Je ne doute pas de votre travail acharné, monsieur Cabanel, pour que les Parisiens soient enfin tranquilles, débarrassés de ces gens qui font la décadence de la France.
Elle parlait d'un ton égal, comme si elle récitait véritablement ce qui était écrit sur sa feuille, comme s'il lui était parfaitement normal de commenter ce qu'il venait dire, en appuyant, sans le savoir, exactement là où ça faisait mal, mais Édouard savait que ce n'était pas son rôle. En aucun cas, on ne lui avait demandé de donner son avis, de s'écarter d'un seul mot de ce texte de théâtre qu'ils devaient soigneusement mettre en scène, quel que soit leur manque d'enthousiasme. Il voulut répliquer toutefois qu'il faisait de son mieux, la remercier combien même il avait le sentiment que la phrase de la jeune femme sonnait horriblement faux, mais interloqué, il garda le silence, incapable de prononcer le moindre mot, comme fasciné parce qui ressemblait à une chute libre qu'il ne pouvait pas rattraper. Alors qu'elle poursuivait sans attendre le moindre commentaire de la part du conseiller, de cette même voix, presque monocorde qui assénait des vérités qui n'avaient rien à faire là, Édouard surprit son regard et constata qu'Estelle Linot était en rage. Qu'avait-il fait ? Ou dit ? Mais pendant qu'il se posait des questions existentielles – parmi lesquelles « comment fuir le plus vite de cet endroit » et « qu'est-ce que j'ai fait pour me retrouver dans cette situation », la situation devenait de plus en plus préoccupante.
- Je vais vous confier quelque chose que j'entends ici ou là dans les rues de Paris, et j'espère que vous ne m'en voudrez pas, je ne fais que répéter ce que j'entends. Des Parisiens disent qu'on est gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis. Comprenez que ça me gêne de vous répéter ça, vraiment, mais tout de même, cela prouve que les Parisiens perdent patience.
Édouard était tellement stupéfait qu'il ne se rendit pas compte que Roussel tentait d'arrêter la catastrophe en agitant désespérément les bras derrière la vitre qui le séparait du micro ce qui, en aucun cas, ne pouvait être efficace. A vrai dire, il n'avait oublié Roussel mais il fixait plutôt les notes de celui-ci dans l'espoir de trouver dans ces fichues pattes de mouche où pouvait bien se trouver tout ce qu'elle était en train de lui dire – combien même il était hautement improbable qu'il ait jamais rédigé quelque chose parlant de betteraves, de radis et de Parisiens qui perdent patience. Non seulement, il n'y connaissait rien en agriculture mais en plus, l'exaspération des Parisiens n'était pas un terme très utilisé dans la Propagande de Vichy. Il agita ses fiches en désespoir de cause, les tournant rapidement mais définitivement, il n'y avait rien, et il put s'apercevoir en relevant les yeux, qu'elle avait fait glisser les siennes sur le côté et qu'elle parlait désormais en le regardant fixement, avec une fermeté qui dénotait une grande force de caractère.
- Comme le disait Jean Racine, qui veut voyager loin ménage sa monture. Les Parisiens ont besoin d'être ménagés, n'est-ce pas ? Ils sont affaiblis, ils manquent de toutes sortes de choses, et de nourriture en premier lieu. Les tickets de rationnement font vivre un calvaire aux Parisiens. Alors, à votre avis, quelles mesures peuvent être prises pour que les produits dont nous avons besoin au quotidien soient disponibles, mis à part la lutte contre le marché noir, qui est tout à fait louable, soit dit en passant. Vous parliez du ravitaillement entrepris par Vichy par le biais de sa préfecture. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Non vraiment la Propagande avait ses avantages, tout comme les discours préparés à l'avance, Édouard, ce grand démocrate devant l'éternel, s'en rendait désormais compte. Il se retrouvait désormais devant une situation qu'il n'avait ni prévu ni préparé : louvoyer devant des questions face auxquelles il n'avait nulle réponse satisfaisante, éviter les pièges et sauver sa tête. Que cherchait-elle à faire ? A l'entraîner dans sa chute ? Comme si tout cela ne lui posait aucun problème, Édouard fit tous les efforts du monde pour retrouver son sourire, mais ce sourire forcé crispa tout son visage et le seul coup d’œil qu'il lança à Roussel lui confirma qu'il ne pouvait pas continuer à reculer. On ne pouvait pas faire arrêter l'entretien là pour lancer un générique ou une chanson, cela aurait avouer la faiblesse de Vichy. Il fallait donc continuer coûte que coûte et sauver ce qui pouvait encore l'être, et Estelle semblait en avoir parfaitement conscience car elle posa la main sur son micro et s'adressa à son interlocuteur pour lui souffler : « un pour tous, chacun pour soit ! ». Mais Édouard tenta de ne pas se laisser déstabiliser et constatant que le silence devait déjà régner depuis de lourdes secondes à la station de radio – tant pis, cela passerait pour une interférence –, il lâcha ses fiches à son tour, posa ses mains sur le bureau dans un geste censé lui faire retrouver le contrôle de la situation et faire enfin stopper ses tremblements et sourit dans le micro, comme s'il s'était trouvé devant un public à conquérir plutôt que dans cette salle sombre derrière la vitre de laquelle Roussel devait soit se suicider ou plus probablement étrangler Boisselier.
- Mais je vous remercie de cette question pleine d'enjeux, mademoiselle Linot, il est agréable de constater à quel point nous pouvons avoir affaire à des journalistes comme vous, pleins de passions et animés d'un profond intérêt pour le bien de leurs concitoyens, surtout quand les journalistes en question sont aussi charmantes que vous (Édouard aurait eu des remarques à faire sur le charme d'Estelle Linot mais ce n'était pas le moment ni le lieu), croyez-bien que c'est aussi notre cas à l'ambassade de Vichy. Nous n'avons jamais abandonné les Parisiens à leur sort, et nous sommes toujours là pour les soutenir et représenter leurs intérêts. Nous les écoutons aussi, chaque jour, je sais que notre ambassadeur, monsieur de Mazan a cœur d'entendre les réclamations de la population civile de la ville qui n'a pas à souffrir de la situation.
A ce compte-là, la réponse devenait carrément de la mauvaise foi. Mais Édouard n'avait pas le choix s'il voulait s'en sortir sans trop de dommages, pour lui mais aussi pour Estelle Linot. Combien même personne ne le croyait, cela n'avait aucune importance, la Propagande devait juste marteler et marteler encore. Et si certain ouvraient les yeux sur l'hypocrisie de Vichy, c'était qu'il était un meilleur agent de Londres qu'il ne le pensait.

Bon, il était tout de même temps de répondre à la question, même un peu à côté. Il bénit intérieurement les interminables débats de la chambre avant guerre et les interrogations dérangeantes des journalistes quand il était secrétaire d'état aux Affaires étrangères, même si Vichy désapprouvait et lui avait empêché de s'entraîner au délicat exercice de noyer le poisson depuis 1940.
- Oh évidemment, mademoiselle, se lança-t-il sans vraiment savoir où il allait atterrir, je ne peux vous expliquer dans les moindres détails en quoi consiste ce plan, vous l'imaginez bien, non seulement ce n'est pas mon domaine de compétences mais en plus il s'agit de détails techniques qui n'intéressent guère nos auditeurs. Sachez que le ravitaillement de Paris est une absolue priorité pour le chef de l’État et que chaque jour des convois parviennent jusqu'à Brétigny, en banlieue parisienne avant d'être redistribués à la population. Nous sommes dans un temps de guerre, mademoiselle, où chacun doit faire des efforts pour se montrer digne de notre patrie qui est en pleine renaissance et reconstruction. Chacun doit utiliser ses tickets à bon escient, car les tickets ont été calculés selon les besoins de chacun en produits nécessaires du quotidien. Et pour les plus démunis, les organismes de charité de Vichy et la Croix-Rouge sont toujours présents pour apporter leur aide avec des produits que nous avons récupérés du marché noir, dans les poches mêmes des profiteurs qui volent les bons Parisiens. Négociations avec nos alliés allemands, organisation claire et précise du ravitaillement selon des itinéraires précis, chasse aux ennemis du régime qui nous volent, voilà les axes de la politique de Vichy. Nous devons tous prendre notre mal en patience, car la guerre se termine bientôt et les conditions seront alors plus faciles pour tous.
Après ce long discours, Cabanel adressa un sourire crispé à son interlocutrice, et reposa son dos dans son fauteuil avec un soupir de soulagement, alors qu'il ne s'était pas rendu compte qu'il s'était voûté près de son micro. Il venait de sauver plus ou moins bien les meubles, mais il n'osa pas tourner la tête vers Roussel qui devait tout faire pour tenter d'arrêter l'entretien tant qu'il était encore temps. Car à vrai dire, Édouard n'avait pas encore rempli toutes ses missions et ils venaient à peine d'occuper quelques minutes d'antenne.
- Mais je crois que nous devions parler de la situation en Afrique du nord, n'est-ce pas, mademoiselle Linot ? Je sais qu'il se raconte beaucoup de choses sur la ville de Sousse...
Etait-il lui-même suicidaire ? Peut-être un peu au fond, il travaillait pour Vichy sous couverture, car il rapportait en réalité toutes les informations à Londres, et en plus, il supportait une secrétaire dont la principale caractéristique était d'être insupportable. Alors bon, un peu plus ou un peu moins... Il ne restait plus qu'à espérer que les Francs-maçons soient toujours à l'écoute après cette diatribe. Édouard lança un regard d'avertissement à Estelle Linot et reprit ses fiches en main, dans l'espoir d'entendre enfin cette fichue question qui commençait à lui donner des sueurs froides. Une dernière chance offerte à la speakerine pour se reprendre. Mais Cabanel était sans nul doute trop optimiste, quand un grain de sable s'est glissé dans les rouages, il est bien difficile de le retrouver pour l'éliminer.


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Il suffit de se souvenir
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