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 Quelques pages du carnet de notes de Rachel Lévi

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Rachel Lévi
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■ topics : OUVERTS
■ mes posts : 302
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■ profession : Etudiante

PAPIERS !
■ religion: De confession juive comme le montre l'étoile sur sa poitrine
■ situation amoureuse: Célibataire, et ce n'est clairement pas le moment de penser à un changement de ce côté-là
■ avis à la population:

MessageSujet: Quelques pages du carnet de notes de Rachel Lévi   Mar 8 Juil - 23:02



Rachel Lévi

Parisiens



Emma Stone ©️ Tumblr

Et toi alors?

Partie s'adressant au joueur


☆ Prénom/Pseudo ? Adeline, votre chère et adorée bernique.
☆ Age ? 22 ans.
☆ Etude/Travail ? Etudiante en histoire de l'art.
☆ Où as-tu connu YT ? C'est un secret bien gardé face.
☆ Un truc à nous dire ? Pour que le smiley lapin domine le monde    !




Papiers ?


Un personnage inventé
Un poste vacant


    ♠️ Née en septembre 1919, Rachel a fêté ses vingt-trois ans, il y a peu. Fêté est un peu exagéré en ces circonstances de guerre où l'on manque de tout mais Rachel en est à un point où chaque nouvelle année est un sursis supplémentaire.
    ♠️ C'est dans la ville de Paris que Rachel est née et elle se sent avant tout française. Son père patriote et ancien combattant de la Grande Guerre le lui a assez répété, ils doivent tout à ce pays et devant la République, quelle que soit leur religion, tous les Français sont égaux. C'est avec un mélange de mépris et de colère froide que Rachel écoute les discours sionistes de son frère aîné ou de l'UGIF, l'organisation des israélites de France où elle est bénévole, qui en viennent presque, selon elle, à justifier les persécutions dont les juifs sont victimes. Pour sa part, elle est chez elle à Paris et n'a jamais pensé quitter sa terre natale.
    ♠️ Rachel est célibataire et n'a jamais été du genre à collectionner les petits amis ou encore moins les aventures, la faute à sa timidité en cette matière – timidité que sa vieille amie d'enfance, Emy Hale a toujours déploré (et dont elle a toujours cherché à la débarrasser, en vain). Pour sa défense, la jeune femme est toujours d'une maladresse effrayante lorsqu'un garçon lui plaît. Et actuellement, elle n'a guère le temps de se pencher sur la question.
    ♠️ Comme le reste de sa famille, à l'exception de Charles Brunellière, l'époux de sa tante, Rachel est de confession juive et si elle n'est pas très pratiquante, elle a toujours respecté les traditions de ses ancêtres. Ce sont ces croyances qui l'obligent à l'heure actuelle à porter l'étoile jaune.
    ♠️ Rachel est étudiante en lettres à la Sorbonne et elle peut se vanter d'avoir fait les grandes heures de l'institution, que ce soit au sein des organisations étudiantes, des soirées de swing ou en tant que rédactrice régulière du journal de la fac. Toutefois, les circonstances actuelles l'empêchent de passer l'agrégation comme elle en rêvait. Puisqu'on lui permet de continuer à étudier, la jeune femme rentrant dans le quota de juifs autorisés, elle est en train de rédiger une thèse sur l'influence et le poids du grand écrivain de théâtre classique, Racine, dans la littérature contemporaine, sous la direction de son professeur préféré, Louis Marat.


Petit questionnaire


♠️ Son livre préféré ? Difficile de demander à une amoureuse des livres lequel est son préféré ! Rachel a passé des heures dans la bibliothèque de ses parents dans leur villa de Versailles depuis qu'elle est toute petite, elle a dévoré une bonne partie de ces volumes qui en tapissent les murs. Chacun d'entre eux a marqué un moment de son existence, des contes de Beatrix Potter avec autant de dessins que de texte aux grands romans français du XIXe siècle. Mais elle garde une affection particulière pour les pièces de théâtre et notamment celles de Racine dont elle possède une vieille édition et dont elle ne se lasse pas de lire et relire. Mais il faut bien avouer que depuis les débuts de l'occupation, elle éprouve un goût tout particulier à lire les romans interdits par la censure, qu'elle se procure sous le manteau, manière pour elle de provoquer en secret les Allemands et de savouer une certaine liberté. Qu'ils soient dissimulés derrière de fausses couvertures, ou qu'elle les lisent chez elle, ce sont désormais les romans de Joseph Kessel, André Malraux ou les classiques américains qu'elle dévore.
♠️ Son lieu préféré dans Paris ? Rachel, en tant que véritable parisienne, a de nombreux lieux de prédilection dans Paris mais celui qui lui viendrait en premier à l'esprit si on lui posait la question, c'est le café de Flore dans le VIe arrondissement : Rachel aime ce quartier de Saint-Germain-des-Prés mais ce café lui évoque surtout des souvenirs heureux de son enfance. Son père l'y emmenait pour petit déjeuner lorsqu'il ne travaillait pas et ils passaient un peu de temps juste tous les deux. La petite Rachel ouvrait de grands yeux et tout lui semblait magique dans cet endroit, des écrivains célèbres assis non loin au bruit de la machine à café derrière le bar. Toutefois, depuis le début de l'occupation, le café de Flore lui est interdit à cause de l'étoile jaune qu'elle se doit de porter sur la poitrine, elle se contente d'en regarder l'extérieur avec nostalgie lorsqu'elle passe devant. Depuis l'arrivée des Allemands, elle préfère de toute façon se trouver à la Sorbonne, là où nul ne remarque cette étoile, là où elle a tous ses amis. Et où elle se sent en sécurité, ce qui n'est plus le cas à Paris de manière générale.
♠️ Son avis sur les Allemands ? Rachel a été élevée dans une famille tolérante et ouverte, malgré les traumatismes de la Grande Guerre, elle a toujours eu le plus grand respect pour les Allemands même si elle a préféré apprendre à parler l'anglais – elle n'en a guère de mérite, sa gouvernante venait d'outre-Manche. Mais tout a changé en peu de temps. Ils ont d'abord envahi la capitale et se sont attaqués à sa famille avec l'appui des autorités françaises. Rachel a donc appris autant à redouter qu'à mépriser ceux qui font résonner le bruit de leurs bottes sur les Champs-Elysées. Malgré tous ses efforts, elle ne parvient plus à faire des distinctions entre eux et à reconnaître ceux qui ont des valeurs plus respectables, tous sont, dans son esprit, d'indignes envahisseurs, des barbares qui cherchent à éliminer les juifs et qui peuvent l'arrêter à tout instant.
♠️ Son avis sur les juifs ? La jeune femme n'a jamais accordé une importance démesurée à sa foi, elle est juive elle-même et respecte les traditions de ses ancêtres, mais elle est loin d'être une juive orthodoxe. Elle n'a jamais pensé faire partie d'un peuple particulier, ne s'est jamais sentie particulièrement solidaire des autres juifs. Ils ont toujours été des Français comme les autres... Mais tout a changé avec le début des persécutions. Si Rachel n'a pas plongé dans l'extrêmisme, elle se sent plus proche de ceux dont elle partage les tourments. Il leur faut désormais s'entraider pour survivre aux épreuves qui les attendent parce qu'ils ne sont que les victimes d'un système injuste auquel il ne faut pas se plier.
♠️ Aime-t-il sortir et où ? Rachel est de ces jeunes femmes qui aiment beaucoup sortir et passent du temps avec leurs amis au théâtre ou en soirées mondaines. Elle a fait les grandes heures de la Sorbonne en compagnie d'Hélène et elle était toujours partante pour aller danser. Aucun théâtre ne lui est inconnu, mais elle a également fréquenté avec assiduité les sièges du cinéma et de l'opéra. Mais depuis 1940, tous ces lieux ont été progressivement interdits aux juifs et depuis qu'elle a pris conscience que sa famille est en danger, Rachel ne sort plus guère ou alors à de rares occasions. Les seules nuits de divertissement qu'elle s'autorise sont celles passées dans des clubs de jazz et de swing clandestins organisés par des étudiants de la Sorbonne. Mais en réalité, elle partage son temps surtout entre ses cours, l'orphelinat et l'UGIF.
♠️ Son premier geste le matin ? Rachel n'a jamais eu à proprement parler des gestes habituels le matin, même si depuis toute petite, elle aimait surtout rester au lit après son réveil, se blottir sous ses couvertures pour lire ou laisser vagabonder son imagination. Il arrivait parfois à sa petite sœur, Sarah, de l'y rejoindre avec de quoi petit-déjeuner pour que son aînée puisse lui lire des passages de son livre. Mais depuis quelques temps, Rachel n'a guère de temps pour ces futilités. Contrainte de trouver refuge chez des amis de la famille par crainte que la Gestapo ne vienne les saisir dans leur appartement du VIIe arrondissement, en ouvrant les yeux, elle prend quelques minutes pour se remémorer de l'endroit où elle se trouve et son premier geste est pour vérifier que sa sœur se trouve toujours à ses côtés et qu'elle n'a rien.
♠️ Sa couleur favorite ? Rachel a toujours apprécié les couleurs vives qui mettent du baume au cœur, et en particulier le jaune doré du soleil et de la flamme de la bougie qu'elle avait avec elle quand elle se levait dans la nuit pour aller lire dans la bibliothèque de ses parents, même si elle n'y a jamais accordé beaucoup d'importance. Inutile de dire que cette couleur est désormais honnie et qu'elle n'a plus le temps de penser à de telles futilités.
♠️ A-t-il des manies/tics ? S'il y a bien une chose qui n'a pas changé pour Rachel, c'est sa manière de se comporter. La jeune femme est toujours aussi expansive, même si c'est désormais plus une façade qu'un véritable état d'esprit. Elle continue à parler en faisant de grands gestes, à tortiller ses mèches de cheveux lorsqu'elle est plongée dans une conversation. Sa chambre et son bureau sont dans un désordre permanent, car y traînent nombre de feuilles volantes sur lesquelles elle a gribouillé quelques phrases pour des nouvelles et quelques dessins pour trouver l'inspiration. Elle ne peut en effet s'empêcher de griffonner des petits animaux ou des formes géométriques dans les marges de ses pages. Toutefois, depuis le début de l'occupation, Rachel fait davantage attention à ceux qui pourraient la suivre ou à ceux qui l'entourent, elle regarde derrière elle et dissimule presque avec paranoïa ce qu'elle écrit pour Le Réveil.
♠️ Sa saison préférée ? Quand elle était petite, Rachel adorait l'hiver qui signifiait fêtes de fin d'année et qui était, pour elle, irrémédiablement lié à la neige apaisante qui recouvrait Paris et Versailles d'un blanc manteau glacé. Elle aimait aller faire des bonhommes de neige, y compris, plus grande, avec sa petite sœur. Mais depuis le début de la guerre, cette affection est bel et bien terminée. Après trois longs hivers rigoureux où il a été difficile de se chauffer ou de trouver de quoi se nourrir, c'est désormais le printemps qui est synonyme de bonheur pour la jeune femme. Le printemps où le soleil brille à nouveau, où l'espoir renaît. Qui finira par chasser l'armée allemande de Paris, elle l'espère.
♠️ Son avis sur les manifestations ? Rachel a toujours eu le plus profond désintérêt pour les revendications de ceux qui sortaient dans la rue pour manifester leur mécontentement. En tant que fille issue d'une famille très privilégiée, tout cela lui paraissait très lointain, voire méprisable car cela n'est guère utile d'aller vociférer dans les rues pour réclamer des choses qui ne sont pas dues. Mais contre toute attente, elle comprend fort bien les manifestations actuelles, elle aussi réclame le départ des Allemands, la fin de la politique de Vichy et un meilleur ravitaillement. Elle a la plus grande admiration pour ceux qui prennent la tête des défilés, dont son professeur préféré, Louis Marat, et participe dès qu'elle le peut malgré les dangers que cela fait peser sur elle, qui risque gros à être arrêtée. Mais elle ne peut s'empêcher de vouloir agir à son petit niveau, de soutenir toutes ces personnes qui ont tant de courage, se tenir à l'écart serait bien trop frustrant.



Ton histoire


Si j'avais pu avoir un fils, je l'aurais appelé David. Pour la signification du prénom d'abord, « tendrement aimé », pour le roi de la Bible qui apprend de ses erreurs et les corrige, et pour cet oncle au visage inconnu tombé pour la France dans les tranchées. Tant de références qui se seraient mêlées en un seul petit être unique, qui aurait pu être fier de ce qu'il aurait été et d'où il serait venu. Quand j'étais plus jeune, à l'époque où je pouvais regarder ma petite sœur Sarah babiller dans son couffin, du haut de mes dix années, je me voyais déjà serrer contre moi ce bébé au sourire doux, chérir ses fossettes malicieuses et observer les étoiles briller dans ses yeux. J'imitais les gestes de ma mère, je me réjouissais des célébrations de joie à l'annonce de la nouvelle de la naissance, et je me répétais qu'il s'appellerait David. Mais j'ai grandi et du haut de mes vingt-trois, je souris en songeant à la gamine insouciante que j'ai été. Elle me semble lointaine, presque insaisissable, presque autant que ce futur que je n'espère plus. Tout ce qui n'est pas le présent me paraît revêtir l'apparence d'un rêve et je refuse de rêver car l'espoir que les songes drainent avec eux est beaucoup trop douloureux. J'ai terminé de me projeter dans l'avenir, j'ai terminé de bâtir des projets, j'ai appris à ne vivre qu'au présent et à accepter l'idée que je n'aurais pas de fils du nom de David.
Lorsque j'ouvre les yeux, la chambre est encore plongée dans l'obscurité. Seuls quelques rayons de soleil parviennent à percer les volets de la fenêtre et à indiquer que l'aube s'est levée. J'ai dû m'assoupir sans le vouloir car la dernière fois que j'ai serré ma sœur dans mes bras, seules quelques étoiles brillaient dans le ciel. Cela fait pourtant plusieurs nuits que je suis pas parvenue à fermer l’œil, me reposant au gré de somnolences entrecoupées de cauchemars mais je suppose que la fatigue est venue à bout de ma résistance, à moins que ce ne soit le fait d'avoir dormi dans la maison de Versailles qui m'apaise. Je n'ai pas besoin de guetter le moindre bruit suspect ici, d'attendre avec angoisse le crissement des freins de voitures dans la rue, le bruit des bottes dans l'escalier de l'appartement du VIIe arrondissement et les coups donnés à la porte, tout ce qui indiquerait notre perte. On ne viendra pas nous chercher jusqu'ici. Vœu pieux, je le sais, mais on a parfois besoin de se raccrocher aux certitudes que l'on peut.
Sarah dort à poings fermés à côté de moi, son chat blotti dans ses bras. Son visage pâle est à peine visible derrière ses mèches de cheveux roux qui partent dans tous les sens. Tendrement, je me penche vers elle pour écarter une boucle qui recouvre ses yeux. Elle a l'air serein de l'enfant qu'elle est encore. Après avoir déposé un baiser sur son front, je me redresse et en silence, je me lève et quitte la chambre, sans réveiller ma sœur. Je ne veux pas la tirer de ses rêves, elle y a encore le droit. Elle peut encore avoir un sursis. Je descends les escaliers en faisant attention à ne pas faire grincer les marches : je les connais par cœur au bout de tant d'années à venir le week-end dans cet immense hôtel particulier hérité de mon grand-père. Quand j'étais petite, mon frère et moi étions passés maîtres dans l'art d'aller écouter aux portes sans que nos parents ne s'aperçoivent de rien, il fallait pour cela sauter par-dessus les marches qui auraient pu nous dénoncer. Mais je ne vais pas espionner les conversations des adultes, je sais très bien où mes pas me mènent. Combien de fois ai-je fait ce trajet ? Quand je me sentais mal dans ce monde d'adultes auquel je ne comprenais pas grand-chose, sinon que mon père avait été blessé à la guerre et y avait perdu son frère cadet, ce dont il ne s'était jamais remis ? Quand je voulais tout oublier, des malheurs, de la peine et de la souffrance ? Vingt ans après, mes pas me mènent toujours vers le seul et même refuge.
Mais en passant devant le salon, je m'interromps. Mon père est assis sur un fauteuil, le téléphone sur les genoux, l'air terriblement las. Sans doute conscient d'être regardé, il tourne la tête vers moi et j'ai beau avoir vingt-trois ans, j'ai la brusque impression d'être une petite fille prise en faute qui ne désire pourtant que de pouvoir se réfugier dans les bras de son père pour être protégée.



Septembre 1926 – Paris, VIIe arrondissement

Une tête rousse venait de surgir à travers la foule des invités rassemblés dans le grand salon de l'appartement du VIIe arrondissement et serrant très fort un livre contre sa poitrine, la petite fille avançait en zigzaguant entre les invités pour tenter de repérer un visage connu et amical. Rachel Lévi venait d'échapper à la surveillance de sa gouvernante – de façon très astucieuse selon elle, puisqu'elle avait détourné l'attention de Miss Bishop en prétendant que la cuisinière avait préparé un gâteau au chocolat, le péché gourmand de la demoiselle anglaise -, pour entrer dans le grand salon où ses parents donnaient une réception. Miss Bishop allait se faire gronder mais la petite Rachel n'en avait cure et elle avait une priorité : elle devait poser une question très importante à son papa. Absolument essentielle, même, le genre de question qui méritait bien qu'on ne respecte pas les règles de Miss Bishop qui avait pourtant promis de lui lire en anglais un conte de Beatrix Potter si elle était sage. Mais après tout, c'était aujourd'hui son anniversaire et on lui avait promis d'aller la chercher lorsque tous les invités seraient arrivés et qu'elle pourrait souffler ses sept bougies sur son gâteau. Papa ne pourrait donc pas être furieux qu'elle soit là un peu en avance et il lui suffisait d'éviter maman et Miss Bishop jusqu'à ce qu'elle trouve papa. Forte de ces résolutions, Rachel avait profité de l'absence momentanée de sa gouvernante descendue en cuisine pour filer en douce, Les Malheurs de Sophie toujours dans les bras, le roman qu'elle s'était mis en tête de déchiffrer et que Miss Bishop avait eu la mauvaise idée de lui laisser entre les mains car si elle l'ignorait encore, Rachel allait passer des semaines à craindre qu'elle ne possédât un fouet et à la supplier d'adopter un chat.
Rachel repoussa en arrière deux mèches de cheveux qui s'étaient échappées des tresses sages qui pendaient dans son dos et continua à trottiner à travers la pièce où des dizaines de personnes parlaient déjà de choses bien sérieuses sans prêter la moindre attention à une gamine de six ans – enfin sept presque – qui se faufilait à leurs pieds, armée de son exemplaire de la comtesse de Ségur. Il y avait là beaucoup de monde que Rachel ne connaissait pas, des amis de travail de papa surtout. D'après Benjamin dont elle apercevait la tignasse rousse du côté du buffet, ce qui la stoppa un instant dans sa mission, outrée que son frère aîné ait eu, lui, l'autorisation de se trouver là, ils avaient tous des costumes très soignés, avec des petits points rouges qui voulaient dire qu'ils avaient des médailles pour avoir rendu des services à la France. Benjamin répétait aussi que leur papa allait bientôt recevoir le même honneur de la main d'un grand maréchal vainqueur de la guerre mais Rachel, à ce moment-là avait haussé les épaules pour retourner à ses livres car il lui semblait bien étrange que des personnes adultes puissent vouloir des récompenses comme des bons points à l'école. Mais la petite fille reprit rapidement sa marche lorqu'elle aperçut la silhouette de sa mère se diriger vers un groupe d'invités qui buvaient des coupes de champagne en parlant très fort et parmi lesquels se trouvait le vieux monsieur barbu aux lunettes cerclées d'écailles qui travaillait avec papa à l'Institut de France. Heureusement, maman semblait trop occupée pour se préoccuper de la présence éventuelle de sa fille dans de telles festivités. Sans doute voulait-elle soulever des fonds, comme elle le disait elle-même – et Rachel n'avait jamais bien compris comment on faisait ce genre de choses –, pour la Ligue des Droits de l'Homme où elle avait pris la place de grand-père Abraham au comité central. En l'occurrence, cette distraction arrangeait bien la petite Rachel qui se promit de comprendre un jour ce qu'était cette ligue et si elle aussi donnait le droit à des médailles, comme l'Institut mais en attendant, elle se mit de nouveau à trottiner.
Elle venait en effet d'apercevoir son père, debout, dans un costume très chic et sans canne, même si elle savait que cette position le faisait beaucoup souffrir à cause de sa jambe blessée. Papa ne parlait jamais de la façon dont il avait été blessé dans les tranchées et ne se plaignait jamais de la douleur mais Rachel percevait de temps en temps une grimace sur le visage de son père qui brisait son cœur de fillette. Elle aurait tellement aimé pouvoir le soulager, même un peu mais elle ne pouvait rien. Sur les événements de la guerre, papa gardait un silence borné qui faisait planer comme une ombre dans la maison. Papa fut le premier à remarquer la petite qui arrivait vers lui en se détournant, les lèvres pincées, de son interlocuteur et son visage fermé s'éclaira en un instant :
- Rachel ! Mais que fais-tu ici ? Excusez-moi, Andrieu, il s'agit de ma fille.
Son interlocuteur s'inclina avec un sourire que Rachel trouva hypocrite avant de s'éloigner. Papa en profita pour se laisser tomber sur sa chaise en poussant un soupir discret et invita Rachel sur ses genoux. La petite, sans lâcher son livre, obtempéra avec plaisir et se mit à jouer avec le nœud papillon de son père tout en lui racontant comment elle était parvenue jusque-là et à quel point cela était injuste de la laisser avec Miss Bishop alors que Benjamin avait le droit d'être présent (l'excuse que lui fournit son père, à savoir qu'il avait cinq ans de plus qu'elle, lui fit hausser les épaules), babillages entrecoupés par le récit de deux bêtises de cette méchante Sophie et par deux poignées de main données par Jacques Lévi à ses invités qui se faisaient de plus en plus nombreux. Papa l'écoutait en souriant, de ce doux sourire un peu rêveur dont sa fille avait hérité mais qui n'illuminait pas son être tout entier. Comme si au fond de lui, il était toujours un peu triste.
- Mais papa... Je voulais te demander quelque chose, commença Rachel, venant enfin au but de sa visite, tu me promets de ne pas te mettre en colère ? Poursuivit-elle d'une petite voix.
- Je te le promets.
- Pourquoi Bubele n'est pas là pour mon anniversaire ? Elle était là l'année dernière quand j'ai fêté mes six ans, avec oncle Nissim, elle m'avait offert un joli collier avec l'étoile de David...
La réaction fut immédiate : le visage de papa se ferma et il darda sur sa fille un œil noir. Rachel se recroquevilla, attendant la tempête, mais si les muscles des bras de son père s'étaient tendus autour de sa taille, il ne dit rien immédiatement. La petite fille savait bien que papa s'était disputé avec grand-mère et que depuis, Bubele n'était plus revenue à la maison. Papa avait beaucoup pleuré après le départ de grand-mère qui lui avait dit que c'était de sa faute si leur oncle David était mort pendant la guerre (elle s'était caché avec Benjamin pour écouter ce que racontaient les adultes ce soir-là) mais Rachel ne pouvait pas concevoir que la fâcherie avait duré et que Bubele allait rater son anniversaire. Après tout, quand elle n'était pas d'accord avec l'un de ses amis, elle boudait quelques temps puis cela allait mieux. Elle ne pouvait pas imaginer que les disputes des adultes étaient plus graves que cela.
- Ta grand-mère et moi ne sommes pas d'accord sur un certain nombre de points, finit par répondre Jacques d'un ton mesuré, elle ne viendra pas pour ton anniversaire. Mais ta mamie Odette sera là demain, tu sais qu'elle t'aime beaucoup.
- Mais..., protesta Rachel sentant ses yeux s'embuer, Bubele me chantait des comptines et des berceuses en yiddish, maman ne connaît pas le yiddish et miss Bishop non plus...
- Cela suffit, répliqua papa d'un ton sans appel ce qui stoppa tout de suite les éventuelles larmes de sa fille, tu apprendras le yiddish quand tu seras grande si tu en as envie, tu iras à la synagogue si ta maman a envie de t'y amener mais c'est tout. C'est du français dont tu as besoin et je ne veux pas que ta grand-mère te raconte des bêtises sur notre prétendue terre d'Israël ou sur ton oncle David qui n'aurait pas dû aller combattre parce qu'il était juif. Tu me comprends ?
Rachel hocha la tête en silence, sans avoir vraiment tout saisi de ce que son père venait de lui dire mais papa semblait fâché et elle s'en voulait que ce fut à cause d'elle. Semblant se rendre compte que ce n'était pas le lieu et le moment de parler de tout cela, papa se détendit, lui adressa un petit sourire et d'une petite bourrade affectueuse la remit sur pieds et la poussa vers les autres :
- Il faut que j'aille saluer les invités mais je te promets que ce sera une très jolie fête ! Tes amis ne vont pas tarder à arriver. Et Elsa sera là aussi, termina-t-il avec un clin d’œil qui rassura complètement sa fille sur son éventuelle colère.
Le sourire de la petite Rachel réapparut instantanément à la mention de sa meilleure amie. Fille d'un camarade de papa dans les tranchées, Elsa était aussi rousse qu'elle et Rachel aimait à prétendre qu'elle était sa petite sœur. Elle était certaine qu'Elsa n'aurait pas lu Les Malheurs de Sophie et qu'elle aurait autant de plaisir qu'elle à regarder les images de son livre ou à manger le gâteau au chocolat de son anniversaire.
- Tu viens, Rachel ? Lui demanda Benjamin en apparaissant de nulle part pour venir lui prendre la main, Miss Bishop te cherche partout, elle t'attend dans le petit salon avec certaines de tes amis. Tu vas finir par la rendre folle cette pauvre gouvernante ! Les parents ont même engagé un photographe pour la fête mais c'est censé être une surprise.
- Mais il ne vient pas avec nous ? Protesta Rachel en tirant sur la poigne ferme de Benjamin qui l'entraînait vers la sortie, lui là-bas !
Elle désignait un petit garçon vêtu d'une curieuse chemise et d'un short court qui n'était pas de la même couleur que celle des scouts auxquels avait appartenu son frère.
- Le fils Andrieu ? M'étonnerait que...
La petite fille avait déjà filé en direction du garçon de son âge qui arborait une mine boudeuse. Il ne quittait pas de la semelle une grande dame qui riait très fort en parlant à la vieille baronne de La Motte que Rachel détestait pour vouloir toujours lui donner un baiser alors qu'elle piquait. Mais Rachel brava le risque de la baronne et avec un grand sourire, elle apostropha le jeune garçon :
- Oh, tu es scout ? Bonjour, je suis Rachel et c'est mon anniversaire aujourd'hui. Tu veux venir t'amuser avec mes amies et moi ? Comment tu t'appelles ?
- Maxime, répliqua le garçon en se regorgeant et en la regardant des pieds à la tête, mais je ne crois pas que je puisse venir, je suis trop âgé pour...
- Oh s'il te plaît, tu pourrais nous apprendre à faire du feu quand on est en forêt ! En plus, nous avons du gâteau au chocolat !
Rachel crut presque la partie gagnée en le sentant hésiter mais la femme se tourna vers eux avec un large sourire trop forcé qui la faisait ressembler à une de ces harpies de la mythologie – ou qu'en l'occurrence, Rachel associa tout de suite à la méchante madame Fichini :
- Non Maxime, tu iras plus tard. Tu dois nous jouer du piano, avant. J'ai vu un grand piano en entrant dans ce salon, je suis certaine que monsieur et madame Lévi te laisseront jouer.
Rachel sentit Benjamin tirer sur sa main aussi n'insista-t-elle pas, d'autant qu'elle avait cru voir arriver Elsa. Avant de s'éloigner toutefois, elle jeta un dernier regard à Maxime Andrieu, sérieux comme un pape et ne put s'empêcher de pouffer, toute bonne humeur revenue. Même si Bubele n'était pas là, elle comptait bien profiter dignement de son septième anniversaire !

***

Mon père, né Jacob mais qui a toujours voulu se faire appeler Jacques, reste d'abord silencieux puis me fait signe d'approcher. Ses traits sont tirés et des cernes immenses encerclent ses yeux. Mais le regard qu'il pose sur moi est toujours aussi vif. Il pose sa paume sur ma joue et au prix d'un terrible effort, ébauche un sourire triste. Il est de ces hommes qui ne paient pas de mine de prime abord mais qui fait en réalité preuve d'un charisme étonnant lorsque les circonstances l'exigent. Sa voix grave pouvait me terrifier autant que me consoler ou me terrifier lorsque j'étais enfant.
- Tu ne dors déjà plus ? Le coup de téléphone t'a réveillée ?
Je fais un geste de dénégation tout en m'étonnant que l'on puisse chercher à nous joindre à Versailles à l'aube. Depuis plusieurs mois, les personnes au courant de nos déplacements fréquents sont de plus en plus rares pour éviter les éventuelles fuites. Seuls les amis les mieux placés dans l'entourage de mon père peuvent toujours nous joindre pour nous prévenir des descentes. Ce sont eux qui, régulièrement, font sonner nos téléphones pour partager leurs informations les plus récentes. Tout cela me donne parfois l'impression d'être traquée mais je n'ose demander ce que mon père pense de tout cela. Ces mêmes amis auraient pu nous aider à quitter la France au début de la guerre mais mon père a choisi de rester. Je ne sais pas exactement quand il s'est rendu compte que l’état français ne nous protégerait pas. Peut-être le jour où on lui a repris sa légion d'honneur et ses galons de capitaine. Ou celui où il a été destitué de son poste dans son entreprise après son arrestation et son court passage à Drancy. Quand il était déjà trop tard.
- C'était oncle Charles, m'expliqua mon père en me désignant le combiné, il m'a confirmé qu'une rafle avait eu lieu dans le XVe arrondissement mais apparemment, le VIIe n'a pas été touché. Il a eu des nouvelles d'Hannah à Berne. Elle va bien mais elle s'inquiète pour nous.
Je hoche la tête à la mention de ma tante et mon père ne relève pas mon expression butée et mon brusque geste de recul. Je ne peux m'empêcher de songer que Charles ne nous prévient que pour se racheter une conscience, si tant est qu'il en ait une. J'aurais aimé que le sort de ma famille ne dépende pas d'un type sans scrupules comme lui, mais mon père ne m'a jamais demandé mon avis et j'ignore ce qu'il pense d'avoir été écarte de l'entreprise pour que Charles puisse vendre ses avions en toute quiétude à ceux qui veulent notre disparition.
- Ce n'est pas tout, continue mon père en se redressant avec difficulté sur son séant à cause de sa patte folle qu'il devait laisser allongée et en me voyant prête à tourner les talons : j'ai eu des nouvelles de la famille Meyer. Enfin du moins de Henri puisqu'il est impossible de savoir où sont Sarah et la petite dernière depuis leur arrestation. Il a été dans un camp de prisonniers en Allemagne et il y est mort dans des circonstances que nous ignorons.
Je suspends mon pas et je me retourne, cherchant une trace sur le visage de mon père de la peine qu'il doit éprouver à l'annonce du décès de l'un qui a été son meilleur ami. Mais Jacques Lévi garde son expression solennelle et imperturbable des grands jours pour terminer :
- Elsa... Ton amie Elsa est toujours recherchée. Elle s'est évanouie dans la nature.
Combien de fois ai-je entendu ces quelques mots ? Mais cette fois-ci, c'est différent, cette fois-ci, c'est d'Elsa dont il s'agit, la petite Elsa si sérieuse et si calme quand je l'entraînais dans des bêtises ou quand je lui lisais les romans de la comtesse de Ségur. Mon père doit prendre mon silence pour des reproches voilés car il ajoute d'un ton terriblement las :
- Tu m'en veux, Rachel ? Tu m'en veux de ne pas avoir su vous protéger, ta mère, ta sœur et toi ?
Je suis à l'embrasure de la porte quand je me retourne pour lui répondre d'une voix sincère :
- Non, papa, je ne pourrais jamais t'en vouloir.
C'est la vérité. Moi non plus, je n'y avais pas cru.


Été 1929 – Boulogne-Billancourt, usines Brunellière

- Et là, les ouvriers sont en train de monter les pièces de l'avion, expliquait Charles Brunellière en désignant une nuée de travailleurs qui s'activaient non loin de lui, c'est un modèle de bombardier.
- C'est quoi un bombardier ? Demanda Rachel Lévi d'un ton songeur, sans lâcher la main de son oncle.
- C'est un avion dans lequel il y a des bombes que le pilote pourra larguer sur les ennemis si jamais la France est de nouveau attaquée. Cela n'arrivera pas de sitôt mais il faut être prêt à se défendre, répondit l'homme le plus naturellement du monde.
L'oncle et la nièce avançaient tranquillement à travers l'usine de montage d'avions possédée par Charles, après être passés là où les pièces en acier étaient fabriquées. Rachel ouvrait de grands yeux émerveillés sur ces squelettes de monstres volants qui pourraient un jour tous les dominer du ciel, leurs hélices fouettant l'air dans un vrombissement étourdissant. Il lui semblait que son oncle avait le plus merveilleux métier du monde : pendant des siècles et des siècles, les hommes avaient rêvé de pouvoir voler comme les oiseaux et il rendait cela possible. Évidemment, ce n'était pas lui qui construisait les avions, il avait pour cela ses ouvriers et Jacques Lévi lui avait fourni des modèles de moteurs, d'après ce que la petite fille avait compris, mais à dix ans, tout cela lui paraissait assez incroyable pour qu'elle puisse considérer Charles comme un génie. Son admiration était telle qu'elle demeurait bouche-bée devant tous les modèles qu'il lui présentait, elle qui était pourtant connue pour ses babillages incessants – et à ses côtés, Charles, grand sourire aux lèvres, ne boudait pas son plaisir. L'oncle et la nièce s'étaient tout de suite adoptés après le mariage de la tante Hannah, la petite sœur de Jacques, avec Charles Brunellière, mariage pendant lequel Rachel avait joué les demoiselles d'honneur dans une jolie robe blanche. Une fois de plus, la grand-mère Esther, que Rachel n'appelait plus Bubele depuis plusieurs années, avait refusé de venir sous prétexte qu'il s'agissait d'une cérémonie catholique, préférant renier sa fille que d'accepter qu'elle épouse un non-juif, un « goy » comme les appelait Benjamin, non sans mépris, en calquant son attitude sur celle d'oncle Nissim. Mais Rachel qui n'allait pas très souvent à la synagogue et avait parfois du mal à respecter le jeûne de Yom Kippour n'avait pas grand-chose à faire de la religion d'oncle Charles : c'était le meilleur tonton du monde, voilà tout.
- Regarde ce petit avion-là ! Lui montra le meilleur tonton du monde en question, il est presque terminé. S'il est aussi petit, c'est qu'il s'agit d'un avion de chasse, le pilote doit pouvoir se faufiler partout et échapper à ses poursuivants. Tu veux monter dedans ?
Les yeux brillants de plaisir, Rachel hocha la tête et elle se retrouva bientôt dans la petite carlingue, manche à balai entre les mains, s'imaginant grande pilote. Peut-être pourrait-elle même écrire ses aventures quand elle aurait franchi la Manche ou mieux encore l'Atlantique ? Il fallait encore qu'elle grandisse un peu, quand même, ses pieds ne touchaient pas encore le sol.
- Que fais-tu de ma fille ? Gronda Jacques Lévi en apparaissant dans leur champ de vision.
- Une future pilote ! S'écria la petite Emy Hale qui quitta sa mère pour s'élancer vers son amie Rachel que Charles venait de redescendre sur la terre ferme.
- Je n'y suis pour rien ! Répliqua Charles en levant les mains comme un accusé mais en laissant échapper un petit rire en comprenant que son ami Jacques plaisantait, et toi Hale ? Tu ne veux pas que ta fille devienne pilote ? Demanda-t-il en se tournant vers le troisième homme, un Anglais à la large carrure qui se contenta de hausser les épaules en ayant l'air de dire qu'il ne pourrait pas empêcher sa fille de quoi que ce soit – ce qui était plutôt réaliste en connaissant la jeune fille en question.
Si Rachel entreprit de rejoindre Emy qui l'attendait en tapotant du pied, sans doute impatiente de lui raconter ses dernières aventures avant de l'entraîner dans une énième bêtise (car même au bout de quelques visites, Rachel avait bien cerné sa nouvelle camarade de jeu), elle jeta un coup d’œil sur les adultes derrière elle. Les trois hommes et leurs femmes avaient sortis une bouteille de champagne de nulle part et s'apprêtaient à trinquer en compagnie du contremaître de l'usine et de quelques associés de Charles, sans doute pour fêter le succès des avions que l'on produisait en grand nombre, comme le lui avait dit Charles d'un ton de conspirateur quand elle s'était étonnée du nombre impressionnant de pièces construites dans l'entrepôt. Pour la première fois depuis longtemps, son père avait un visage rayonnant. Il se pencha un instant sur le bébé que portait son épouse dans ses bras, la nouvelle petite sœur de Rachel, Sarah (qui portait bien son prénom qui signifiait « princesse ») puis se mit à rire en levant son verre vers Charles Brunellière et David Hale, ses amis. Il apportait ses compétences scientifiques, Charles l'argent et monsieur Hale l'expérience, les entreprises Brunellière étaient florissantes et cela valait bien une coupe de champagne.
- … Et au lycée Fénelon... Tu m'écoutes ?
Brutalement ramenée à la réalité par Emy, Rachel quitta ses parents du regard, surprise de sentir aussi une certaine allégresse l'envahir.
- Oui, évidemment que je t'écoute, Emy. Dis-moi, c'est bientôt mon anniversaire, voudrais-tu venir pour l'occasion ? Mes parents m'ont promis de le fêter dans notre maison de Versailles, je pourrais te montrer la grande bibliothèque. Je veux une fête plus réussie que celle de mon septième anniversaire, il y avait cet horrible petit garçon qui n'a cessé de faire le rabat-joie. Il était habillé en scout en plus, tu imagines le ridicule ? Termina-t-elle en grimaçant à ce souvenir.
Emy qui l'entraînait vers les bureaux de direction – et donc probablement vers une nouvelle bêtise, s'interrompit un instant et un large sourire couvrit ses lèvres quand elle répliqua avec enthousiasme qu'elle était d'accord. Ce fut à partir de ce jour-là, au détour d'un menu larcin dans le bureau de Charles (elles s'étaient contentées de cacher l'une de ses maquettes d'avion ailleurs et de tenter de déchiffrer le langage mathématique de ses dossiers en se prenant pour des espionnes) et d'une invitation inattendue, que les deux petites filles devinrent amies.

***

En sortant du salon, je suis de nouveau dans le grand hall d'entrée où j'ai tant de fois débarqué en courant pour échapper à mon frère qui me poursuivait dans le jardin. À chaque fois, je voyais Françoise sortir de sa cuisine en vociférant que nous faisions trop de bruit ou que nous allions salir toute la maison avec nos chaussures pleines de boue. Mais nous savions bien que c'était surtout pour la forme qu'elle nous réprimandait si bien qu'il suffisait d'aller lui faire les yeux doux devant ses fourneaux pour avoir le droit à un bonbon même quelques heures plus tard. À la réflexion, je crois bien qu'il n'y a qu'à moi que la large cuisinière armée de sa louche faisait peur, mon frère plus âgé, car né avant que notre père ne parte à la guerre, n'a jamais été impressionné par quoi que ce soit. Il y avait des photos de lui sur le mur de droite du hall, là où nous accrochions nos manteaux, avant son départ. Maintenant, il a disparu, remplacé par des images du mariage de nos parents ou de Sarah. Comme effacé de la famille. J'ai eu du mal à l'accepter car nous avons toujours été une famille aimante et soudée. C'est comme si Benjamin n'avait jamais existé. Enfui à l'étranger au début de la guerre pour échapper à la conscription, il a choisi son destin et il a surtout choisi de ne plus le lier au notre.
Je n'ai pas dit à mes parents que j'ai reçu une lettre de sa part pour que je retrouve sa femme et veille sur elle. À vrai dire, je ne sais que faire pour l'aider, je ne sais même pas si j'ai envie de l'aider. Encore aujourd'hui, son dernier regard de reproche, ses dernières paroles me disant que je me suis écartée de mes racines juives, continuent à me hanter.
Je continue ma progression en passant devant la véranda. Le jardinier, à la demande de ma mère, y entrepose les fleurs pour qu'elles continuent à s'y épanouir en tant d'hiver. Elles sont moins nombreuses cette année comme si ma mère n'avait pas eu le temps de s'y occuper. Mais son rosier est toujours là, et je sais bien que ma mère qui fait attention à tous les détails, parfois de manière maniaque, ne l'aurait jamais abandonné. Je m'arrête une seconde pour humer ce parfum de printemps qui s'accorde si bien avec le soleil qui est apparu à l'horizon quand j'entends une voix sèche :
- Qu'est-ce que tu fais là, Rachel ?
Ma mère est assise sur un fauteuil dans un coin de la véranda, un livre dont je ne reconnais pas la couverture sur ses genoux.


Juin 1935 – Paris, VIIe arrondissement

-... Et il a invité cette fille à ce bal ! Tu y crois ça, de la part de Max ? Je lui ai pourtant répété et répété qu'elle n'était pas faite pour lui, qu'elle voulait une relation sérieuse et que pour lui, le sérieux, c'est tout ce qu'il y a de plus bourgeois et catholique mais il ne veut rien entendre. Ce qu'il peut être borné, alors !
Rachel Lévi, encore vêtue de son uniforme du lycée Victor-Duruy, ne put s'empêcher d'avoir un sourire à ces dernières paroles qu'Emy Hale, allongée sur le lit de sa camarade, visage tourné vers le plafond, lui lançait dans l'espoir sans doute de se faire plaindre de l'une de ses énièmes chamailleries avec Maxime Cabanel. Penchée sur son tiroir, la jeune femme rousse avait pourtant une mission beaucoup plus importante à remplir que de consoler Emy, à savoir choisir quels livres elle allait pouvoir emporter en vacances. Le départ pour Deauville était prévu pour le soir-même et elle s'était faite sèchement rabrouer de ne pas avoir fait sa valise. Raison pour laquelle elle avait filé chez elle dès la fin des cours en compagnie d'Emy qui était passée la chercher, initialement pour boire un verre avec elle. Seule concession qu'elle s'était permise en arrivant, c'était de détacher ses cheveux jusqu'alors coiffés en chignon, pour les laisser onduler autour de son visage. Même si franchement ni cela, ni Emy ne l'aidaient à y voir plus clair.
- Tu aurais préféré qu'il t'invite, non ? Pourquoi tu ne le lui as pas dit ?
Cette réplique eut le mérite de faire se redresser une Emy outrée sur son séant :
- Tu ne vas pas bien ? J'en n'ai vraiment rien à faire de ses petites amies, je m'inquiète juste pour lui, c'est mon meilleur ami.
Comme décidément, Rachel ne voyait pas ce qu'il aurait pu arriver à Maxime Cabanel et qu'en plus, elle s'en fichait pas mal, la jeune fille haussa un sourcil et replongea dans ses affaires, se décidant pour l'intégrale des pièces de Racine, une vieille édition dérobée dans la bibliothèque de la maison de Versailles. Elle sursauta violemment en recevant sur la tête son maillot de bain, une antiquité qui datait peut-être de Racine lui-même :
- Et n'oublie pas ça surtout ! Même si c'est d'une mocheté ce truc... Crois-moi, nous aurions dû aller faire les boutiques ensemble pour t'en choisir un nouveau, les garçons ne vont pas te jeter un coup d’œil là-dedans. Dire que tu pars sans moi... Je te déteste !
- Je t'avais proposé, lui fit remarquer Rachel en préférant ignorer sa réflexion sur les garçons car Emy n'aurait certainement pas apprécié qu'elle lui réponde qu'elle n'avait pas grand-chose à faire d'attirer le regard des garçons ou pas, mais tu dois passer l'été avec tes amis.
Emy soupira sans répliquer en observant Rachel hésiter à prendre son violon. Aurait-elle le temps de pratiquer entre deux baignades, deux lectures et deux essais d'écriture de nouvelles ?
- Ne le prends pas, lui conseilla Emy en tranchant pour elle le dilemme, je ne vois pas trop ce que tu vas gagner à t'entraîner là-bas, au point où tu en es, il vaut mieux que tu changes d'instrument. En tout cas, poursuivit-elle en sautant sur ses pieds sans prêter attention au regard noir de Rachel qui, en effet, ne s'était pas découvert des dons de musicienne, je file, tu as raison, il faut que j'essaie de convaincre Max de laisser tomber cette fille, je n'ai pas acheté cette magnifique robe pour le bal pour rien ! C'est dommage que tu ne sois pas plus près, si tu avais été à Fénelon, tu aurais pu participer au vol de sapins chaque hiver, crois-moi, tu manques quelque chose !
Son départ évita à Rachel de devoir répondre mais les deux jeunes filles s'embrassèrent chaleureusement en se promettant de s'écrire et de se revoir dès leur retour respectif à Paris. Ce fut avec une pointe de nostalgie et avec ironie que Rachel regarda son amie s'éloigner mais son sourire se figea en voyant apparaître une silhouette à la porte de sa chambre.
- Dis, Rachel..., commença la petite Sarah d'un ton hésitant.
Sa petite sœur portait un lapin en peluche entre ses doigts et le serrait très fort contre elle comme si elle craignait qu'on le lui arrache. Ses grands yeux bleus effrayés fixèrent un instant Rachel avant de se baisser sur ses pieds. Une vague d'affection envahit sa sœur aînée qui s'interrompit dans ses préparatifs en reposant son violon dans le coin qui lui était attitré pour venir prendre Sarah dans ses bras et la serrer contre elle :
- Que se passe-t-il ? Dis-moi, ma princesse, dis-moi ce qui t'arrive.
- Dis... Si on part à Deauville, comment est-ce que Benjamin nous retrouvera ?
La petite avait levé un regard plein d'espoir vers elle mais Rachel en resta muette. Comment dire à sa sœur que Benjamin avait claqué la porte de son plein gré après une énième dispute avec leur père ? Comment lui expliquer que leur frère avait été embrigadé par des amis d'une organisation sioniste et radicale qui prônait la violence pour regagner « leur » terre d'Israël ? Rachel n'avait pas souhaité que cela se termine ainsi mais cela faisait maintenant des années qu'elle ne comprenait plus son aîné. Ils avaient grandi dans le respect des autres, dans l'idée qu'ils étaient français avant d'être juifs et que leurs traditions n'étaient que des pratiques à avoir en privé. Leur père s'était battu pour changer son nom, avait donné son sang à la France, était un membre imminent de l'Alliance Israélite Universelle et pourtant Benjamin voulait partir dans une terre promise par Dieu dont parlait la Bible hébraïque, se réclamant du peuple élu. Des idées fausses que la grand-mère Esther et oncle Nissim lui avaient mis dans l'esprit. La discussion entre lui et leur père s'était envenimée quelques semaines auparavant, alors qu'un attentat venait d'avoir lieu contre la grande mosquée de Paris, attentat dans lequel Benjamin était sans doute impliqué. Mais Rachel n'en avait pas entendu davantage, elle était allée rejoindre Sarah dans sa chambre pour lui lire des histoires, inlassablement jusqu'à ce qu'elle soit certaine que les cris se soient calmés. Quand elle était redescendue, Benjamin avait fait ses bagages et partait. Il ne lui avait même pas accordé un regard avant que la porte ne claque sur lui.
- Nous ne partons pour Deauville qu'un mois, ma chérie, répondit-elle, hésitante, mais je ne suis pas certaine que Benjamin va revenir, tu sais. Il était très fâché et ne reviendra que lorsqu'il ne sera plus en colère, ça peut lui prendre du temps.
Sarah hocha la tête, en retenant ses larmes et Rachel, ayant oublié ses bagages, la serra très fort contre elle pour la bercer comme un bébé, tout en se promettant de protéger sa petite sœur contre la folie des adultes qui pourraient vouloir la blesser. En levant la tête, elle vit sa mère à l'embrasure de la porte de la chambre, toujours élégante, et bien coiffée, sans doute montée pour lui demander de presser l'allure. Mais Élisabeth se taisait et une larme coulait silencieusement sur sa joue blanche.

***







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Vaincre les cauchemars
Grâce à ses rêves.



Dernière édition par Rachel Lévi le Mer 6 Aoû - 17:37, édité 11 fois
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MessageSujet: Re: Quelques pages du carnet de notes de Rachel Lévi   Mar 8 Juil - 23:06




Ma mère lève la tête vers moi, ne trahissant aucune émotion particulière comme à son habitude. Comme si nous parlions normalement entre mère et fille au moment où je serais rentrée de l'université. D'ailleurs, malgré l'heure matinale, ses cheveux d'un roux tirant sur le brun sont parfaitement frisés et tombent de manière calculée sur ses épaules. Mais, sans doute à son grand déplaisir, des détails trahissent cette mise en scène : ce chemisier un brin abîmé mais cela fait près de deux ans qu'elle n'a pas pu faire les boutiques de vêtements ; son absence de maquillage, chose dont elle ne se serait jamais permise en temps habituel (mais y avait-il encore un temps habituel ?) ; sa brusque suspicion en me voyant debout à une heure matinale. Malgré tout, elle reste la femme que j'ai toujours connu, elle lève le menton de la même façon et je n'aurais pas été choquée de la voir se lever pour m'annoncer qu'elle devait partir pour Calmann-Lévy car beaucoup de manuscrits étaient arrivés. Mais Calmann-Lévy avait changé de nom au moment de l'internement de Gaston Lévy et les Allemands avaient chassé Élisabeth Lévi sans ménagement pour prendre le contrôle de la maison d'édition.
- Tout va bien, maman, j'ai préféré laisser Sarah dormir.
Elle m'approuve d'un hochement de tête mais ses yeux continuent de me scruter comme si elle tentait de découvrir mes secrets. Mais je tiens bon et n'avoue rien, je ne veux pas qu'elle sache pour monsieur Meyer, elle s'inquiète déjà beaucoup pour nous.
J'ai toujours eu une relation ambivalente avec ma mère. Elle n'était pas une mère très affectueuse, ne m'a jamais prise dans ses bras pour me consoler mais sa présence seule était rassurante. Elle est un roc dans la famille, celle qui jamais ne change, celle qui a toujours de grandes ambitions pour nous, celle qui ne se laisse jamais abattre. Aujourd'hui encore, malgré la fin de la Ligue des Droits de l'Homme où elle siégeait en tant que membre de droit puisque son père, le richissime banquier Abraham Kahn, à qui appartenait la maison et tout ce qu'il y a encore à l'intérieur, avait contribué à la fonder, elle continue à aider ceux qui sont dans le besoin. Elle n'approuve pas toutes les actions de l'UGIF mais elle continue à participer aux collectes pour ceux qui n'ont plus rien, elles recherchent les familles qui se sont perdues de vue, elle offre une épaule pour consoler les épouses éplorées. Quelque part, si je n'ai jamais été particulièrement proche d'elle, c'est à elle que je veux ressembler. Elle nous donne du courage.
- Tu n'invites plus beaucoup de tes amis, en ce moment, Rachel, finit-elle par dire, parvenue au bout de son examen, tu devrais appeler Emy pour savoir ce qu'elle devient. Je suis sûre qu'elle serait ravie d'avoir de tes nouvelles.
Je ne peux m'empêcher de pousser un soupir exaspéré, en levant les yeux au ciel :
- Non, cela fait déjà la troisième fois que tu me le dis mais je n'irai pas voir Emy. Je sais parfaitement ce qu'elle devient et c'est bien le problème.
- Vous étiez pourtant si proches il y a quelques années... Peut-être suffirait-il... Je ne veux pas que tu te retrouves si seule, Rachel. Tu es faite pour la lumière, pour être entourée, pas pour te terrer dans l'ombre.
Je fronce les sourcils, ne comprenant pas réellement pourquoi la simple mention d'Emy qui travaille désormais dans le plus célèbre journal de collaboration de Paris peut autant m'exaspérer. Puis, je pense à Elsa « disparue dans la nature », qui n'a plus personne, plus de famille et plus d'amis.
- Je ne suis pas seule, maman.
Non, je ne suis pas seule, nous sommes des milliers à souffrir pareil.


Début de l'année 1940 – Paris, Sorbonne

- Et je peux savoir pourquoi tu refuses de publier ma nouvelle, Andrieu ?
Maxime Andrieu adressa à son interlocutrice un sourire qui exaspéra cette dernière. C'était bien le genre de sourire qui devait faire succomber les conquêtes de cet arrogant (car certaines filles tombaient bas), un brin charmeur mais Rachel n'était pas dupe : il se moquait ouvertement d'elle et elle eut la brusque envie de lui envoyer un coup de poing pour effacer toute l'ironie de ce visage qui ne lui revenait pas. Sûr qu'il ferait moins son malin avec les dents en moins – et que les filles seraient moins nombreuses à se faire avoir. Mais la jeune femme se contint à grand-peine et resta calme, même lorsqu'il lui livra une explication toute faite :
- Je suis le nouveau rédacteur en chef du journal de la fac, que ça te plaise ou non, je n'ai pas d'explications à te fournir sur mes choix éditoriaux.
Rachel prit une grande inspiration pour éviter de l'étrangler. Dardant sur lui ses yeux bleus courroucés, elle se prit à l'imaginer en short de scout comme lorsqu'il était gamin : tout de suite, il était moins impressionnant, ce qui lui permit de lui expliquer, sans violence excessive, ce qui n'allait pas :
- Cela fait un an que je n'ai jamais eu aucun problème pour publier dans ce journal et tu m'annonces désormais que je ne serai plus à la hauteur ?
- Cela arrive à tout le monde, Lévi, ce n'est pas ma faute si tu tombes si facilement dans le mélodrame. Comme tu n'auras pas le temps d'écrire autre chose d'ici la parution du journal, tes colonnes ont été reprises par Gauthier. Tu pourras tenter de nouveau la prochaine fois.
- Lucas Gauthier ? Ah je vois, je n'avais aucune chance face à l'un de tes amis ! Comme par hasard, il avait quelque chose de rédigé tout prêt pour remplacer mes colonnes, le monde est bien fait !
- Allons, je...
- Tu n'es qu'un connard, Andrieu ! Lâcha Rachel, en abdiquant temporairement.
- Si tu n'as rien à me dire que je ne sache déjà, tu peux partir, la porte est là, se rengorgea Maxime en lui montrant la sortie tout en rapprochant sa chaise de son bureau de rédacteur, sans doute pour lui montrer qu'il avait, lui, beaucoup de travail.
Rachel obtempéra, folle de rage, claquant la porte dans un boucan qui dut réveiller la moitié de la Sorbonne. Cela faisait des années qu'elle couchait des mots sur ses carnets, se prêtant à se rêver écrivain, et voilà d'un petit merdeux se mettait entre elle et ses ambitions ! Tout ça parce qu'Andrieu était le fils d'un homme politique en vue qui avait toujours été l'ennemi des Lévi. Qu'avait-il fait par lui-même ce type à part se retrouver à la tête du journal ? Et encore, les votes avaient peut-être été trafiqués ou achetés, cela n'aurait même pas été étonnant de sa part !
Après avoir arpenté une partie de la Sorbonne ce qui lui permit d'imaginer un plan pour se venger de cet affront, Rachel retrouva sa meilleure amie, Hélène Perrin devant l'infirmerie, revêtue d'une tenue de sport. Hélène, pompier volontaire, s'apprêtait visiblement à aller courir dans les jardins du Luxembourg pour maintenir sa forme physique comme elle le disait elle-même – Rachel qui ne faisait pas la moitié de tout ce qu'entreprenait son amie était totalement dépassée par cette notion, surtout en plein hiver.
- Pourquoi cette tête, Rachel ? Tu as un air dépité, ne me dis que tu ne peux pas venir à la soirée ! C'était toi-même qui m'a répété à longueur de temps que ce n'était pas parce que la guerre avait commencé qu'il fallait se laisser abattre.
- Non, c'est cet horrible type, là... Rha, évidemment, il n'est pas mobilisé, lui !
- Je t'avais dit que nous manquerions de cavaliers pour danser le jazz mais tu n'as rien voulu entendre, continua Hélène d'un ton absent en rangeant quelques affaires dans une trousse de premier secours et en interpellant l'étudiant à l'intérieur de l'infirmerie pour lui demander de se dépêcher, non mais franchement, les pompiers ne sont pas capables de se bouger dès qu'il commence à faire un peu froid, dire qu'il ne voulait pas aller courir... !
Lorsque le garçon sortit enfin dans une tenue de sport lui aussi, Hélène se mit à se diriger vers la sortie, Rachel sur ses talons :
- Je ne te parle pas de la soirée, Hélène, évidemment qu'elle est maintenue, nous avons besoin de nous changer les idées, et puis, je ne raterai une soirée jazz pour rien au monde ! Non, écoute-moi.
Elle obligea la jeune femme blonde à s'arrêter pour la regarder, alors que l'autre étudiant pompier volontaire faillit leur rentrer dedans :
- Je veux virer Andrieu de la tête du journal de la fac. Et j'ai besoin de ton aide.
- Là, tu deviens intéressante, ma belle ! S'exclama Hélène en retrouvant un large sourire, qu'est-ce qu'il a osé te faire, ce pourri ? Toujours à nous regarder de haut alors qu'il ne vaut pas un clou, ce type ! Si tu veux l'assassiner ce soir pensant que les autres danseront, compte sur moi.
Rachel ne put s'empêcher de laisser échapper un rire à cette idée. Elle retrouvait bien Hélène ! Les deux jeunes femmes s'étaient connues dès leurs premiers pas à la fac de lettres à la Sorbonne et ne s'étaient plus quittées. De soirées en conférences en passant par les clubs de danse, d'écriture ou de théâtre, elles  n'étaient là que depuis quelques années mais avaient déjà fait les grandes heures de l'université. Aussi, si elles se liguaient contre Andrieu, ce dernier avait bien du souci à se faire ! Car elles avaient décidé de quelque chose, rien ni personne ne pouvait les arrêter.
- Tu n'es pas plutôt censée sauver les gens plutôt que de les tuer ? Demanda l'étudiant à côté d'elles.
- Tais-toi, Charpin ! Andrieu, c'est un cas exceptionnel,  même ses pseudo-amis préféreraient mourir plutôt que de lui faire du bouche à bouche, Répliqua Hélène sans même lui jeter un coup d’œil.
- Je pensais à une stratégie moins violente, d'autant plus qu'Andrieu ne se mêle pas à nos soirées étudiantes, il est trop bien pour cela, intervint Rachel, en dissimulant mal son excitation, mais j'ai bien ma petite idée là-dessus... Si on retournait ses « amis » du conseil du journal pour voter contre lui et le déchoir de son poste ? Tu le disais toi-même, il n'a pas d'amis, il a dû les acheter, il suffit de leur promettre quelque chose de mieux...
Hélène la considéra un instant avant d'éclater de rire et de lui faire promettre de lui en parler plus en détail le soir-même.
- N'oublie pas d'aller voir ton cher professeur, avant de partir ! S'exclama la jeune femme blonde avant de s'éloigner, déjà en petites foulées, Marat veut te parler du programme de l'agrégation, il veut te le faire passer au plus vite.
Rachel leva les yeux au ciel en constatant qu'Hélène l'avait entraînée dans la direction opposée au bureau de Louis Marat, son professeur de lettres favori mais elle ne put empêcher un sourire de s'épanouir sur ses lèvres. L'avenir s'annonçait radieux : elle allait pouvoir passer l'examen avec le meilleur préparateur qui soit, sa meilleure amie était dans le coup pour chasser un connard du poste le plus convoité de la fac et en plus, on allait pouvoir passer la soirée à danser sur de la musique américaine ! Elle fit volte-face et avant de filer rejoindre Marat, elle décida de faire un crochet vers l'amphi où étudiait sa vieille amie d'enfance, Elsa Meyer pour tenter de la convaincre de l'accompagner à la soirée. Après tout, il fallait bien en profiter !

***

J'attends que ma mère se replonge dans son livre pour tourner les talons et continuer ma progression. Ma colère n'aura pas duré, j'ai déjà oublié les raisons qui m'ont rendue si sèche et je le regrette. Quand on n'a pas d'avenir, il est inutile d'encombrer le présent avec des règlements de compte ou des disputes. Je n'aurais jamais dit cela avant mais je ne veux plus blesser les personnes qui m'entourent. Il faut croire que la guerre m'aura rendue sage. En tout cas, elle m'a ouvert les yeux sur ma condition privilégiée : je menais une petite vie parfaite mais si étriquée. Je ne me préoccupais que de mon seul plaisir, que de mes soirées passées dans les clubs, que de mes nouvelles vides de sens. J'ai appris à dépasser mon égoïsme. Quand tant de personnes souffrent autant, on ne se plaint pas, on ne se crée pas des problèmes inutiles. J'ai changé.
Des bruits de casseroles viennent de la cuisine et une douce odeur monte jusqu'à mes narines. Curieuse, je me rapproche de la porte pour regarder Françoise s'activer. Elle a déjà pressé les oranges pour nous offrir des jus d'orange matinaux et fait désormais chauffer du pain pour quelques tartines de confiture réalisée avec les fruits de notre jardin. Avec les privations et la difficulté à nous approvisionner, c'est presque un repas royal qu'elle nous offre là. A la faveur de l'un de ses gestes, elle m'aperçoit et m'adresse un grand sourire ravi :
- Ma petite Rachel, le petit-déjeuner n'est pas encore prêt mais toute la famille est déjà réveillée dans cette maison ! Viens par là que je t'embrasse !
Je m'approche pour lui déposer un baiser sur la joue, un rituel depuis que je suis toute petite et elle m'ébouriffe les cheveux dans un geste plein d'affection.
- Tu es toute maigre en ce moment, il va falloir te remplumer avant de repartir à Paris. J'ai bien dit à madame qu'il faudrait rester plus longtemps ici mais il paraît que tu as des cours à la Sorbonne. Le grand air vous ferait pourtant du bien avec ta sœur.
- Maman a raison, j'ai des cours avec le professeur Marat. J'écris une thèse sur les influences du dramaturge Racine sur le théâtre contemporain.
Françoise siffle pour me faire part de son admiration et je ne peux m'empêcher d'ébaucher un sourire en la reconnaissant bien par là. Toujours terre à terre, toujours persuadée que tous les problèmes peuvent se résoudre avec un bon goûter et un peu d'air versaillais. Le fait que certaines personnes ne changent pas a quelque chose de rassurant.
- Assis-toi donc, tu pourras me raconter tout ce que tu fais avec ce professeur à l'université. Et combien de cœurs tu as fait chavirer car tu dois avoir des tas de soupirants, jolie comme tu es.
- Promis, tu auras le droit à tout, mais tout à l'heure, je reviens.
Elle s'interrompt dans ses préparatifs pour me regarder d'un œil sévère, les mains posées sur les hanches, attendant que je lui promette que c'est vrai. Puis, elle prend un air de conspiratrice en me faisant signe de me rapprocher. Je la suis alors qu'elle ouvre un placard et qu'elle sort une tablette de chocolat, dont elle rompt quelques carreaux pour me les tendre.
- Oh non, garde-la pour Sarah !
- Le reste sera pour Sarah, chacune sa part. Allez, grignote-moi ça.
Je m'exécute sans cacher mon plaisir. Le chocolat fond sous ma langue et crisse sous ma dent. Une saveur amère que je n'avais pas goûtée depuis bien longtemps envahit ma bouche. Françoise sourit à mon expression ravie et me fit signe de filer avant qu'elle ne me force à m'asseoir. Retournée dans le couloir, je goûte encore au plaisir si rare que me donnent mes papilles, savourant autant le chocolat que l'instant qui me fait tout oublier, jusqu'à la guerre qui a bouleversé ma petite vie si bien rangée. La guerre qui m'a volé mon insouciance, ma jeunesse, mon avenir. Mais qui m'a rendue meilleure.


Juin 1942 – Paris

« Faites-leur porter l'étoile de David ! Comme nos pères, nous devons mettre fin à leurs abominables trafics ! Révisons d'abord les naturalisations ! Appliquons-leur le statut des étrangers ! Saisissons leurs biens au profit des victimes de la guerre et des sinistrés. Et obligeons-les à porter enfin, bien en évidence sur leurs vêtements, le signe distinctif de leur véritable identité... Du jaune sur leurs habits, d'urgence si nous ne voulons pas être bientôt nous-mêmes « domestiqués » ! » (Tract distribué dans la rue).

Rachel ne baissa pas une seule fois la tête malgré le malaise grandissant. Elle se sentait épiée dans la rue, fixée par les passants qui se donnaient des coups de coude en la voyant mais elle garda le menton haut et un sourire effleura ses lèvres lorsqu'elle songea qu'elle avait un cours à la Sorbonne avec Louis Marat. Comme il lui était impossible de passer l'agrégation (le directeur de la Sorbonne lui avait déjà signifié qu'elle avait de la chance de pouvoir continuer à étudier là, même si en l'occurrence, la chance voulait que son grand-père Abraham Kahn eût été un grand donateur de l'université et que ses parents fussent amis avec les bonnes personnes), ils devaient décider ensemble du sujet de thèse qu'elle continuerait à écrire sous sa direction. Deux ans déjà que l'on reculait la date du passage de son examen, mais Rachel estimait avoir déjà de la chance de pouvoir continuer à s'asseoir sur les bancs de la Sorbonne aussi ne se plaignait-elle pas. La Sorbonne était bien le seul endroit où elle pouvait un peu oublier sa condition actuelle, le temps d'un cours passionné de ce génial Louis Marat. Sa seule inquiétude était de savoir que ce mois de juin parvenait bientôt à son terme et que deux longs mois d'été suivraient. Elle n'avait pas envie de stopper les cours, d'être désœuvrée dans l'appartement familial où se trouvaient déjà sa mère et son père qui avaient tous les deux perdus leur travail. Jacques Lévi avait été arrêté quelques jours, conduit à Drancy avant d'être libéré grâce à l'entremise de son beau-frère Charles mais il n'avait plus le droit d'exercer au sein de l'entreprise. Quant à sa mère, elle avait perdu déjà beaucoup de ses activités avec les dissolutions de la Ligue des Droits de l'Homme et de l'Alliance Israélite Universelle, mais la fermeture de Calmann-Lévy où elle était éditrice adjointe lui avait fait un grand choc. Rachel aurait tout donné pour ne pas se retrouver coincée entre eux mais au moment même où elle formula cette pensée, elle le regretta. Ses parents n'étaient pas la cause de ces malheurs, seulement les victimes et elle n'avait pas le droit de les blâmer.
Bientôt le bâtiment de l'UGIF où elle avait donné deux heures de son temps en tant que bénévole disparut à ses regards, et si elle marchait d'un pas rapide, les gens dans la rue continuaient à la dévisager. Que pensaient-ils d'elle ? Se disaient-ils que c'était bien fait pour elle, qu'elle n'était qu'une représentante de cette juiverie qui s'infiltrait partout pour les détruire de l'intérieur ? Pensaient-ils, au contraire, qu'elle était bien jeune, qu'elle n'avait pas le nez crochu et les abominables serres des caricatures ? La plaignaient-ils en secret ou cherchaient-ils sur elle une trace de l'ignominie qu'elle était censée renfermer ? Rachel n'en savait rien mais se dit qu'elle ne voulait pas le savoir. Et elle continuait à avancer, dans ce Ve arrondissement qu'elle connaissait si bien mais lequel elle paraissait désormais être une étrangère, l'étoile jaune de David cousue au niveau de sa poitrine, portant la mention « Juif » en lettres capitales. Sans baisser la tête, sans pleurer et sans ralentir, car elle ne désirait pas abdiquer.
- Rachel, attends-moi !
C'était Hélène qui l'apostrophait ainsi et qui la rattrapa en quelques foulées malgré la montée que formait le boulevard Saint-Michel. La jeune femme blonde ne marqua aucun temps d'arrêt en découvrant l'étoile jaune sur la poitrine de son amie, seulement une moue dégoûtée qui trahissait bien assez ses sentiments et qui ne dura qu'une demi-seconde. Elle s'était remise à marcher en direction de la Sorbonne d'un pas assuré, Rachel à ses côtés, qui lui en fut reconnaissante de se comporter de façon si naturelle :
- Tu veux venir à l'Atelier ce soir ? Néron présente sa nouvelle pièce au gratin et j'ai écopé d'un rôle évidemment.
Rachel eut un soupir. Elle admirait profondément Néron Anglereys et ses créations théâtrales mais comme beaucoup de lieux désormais, les théâtres étaient interdits aux juifs. Elle aurait pourtant aimé pouvoir vivre comme tout un chacun, emmener sa petite sœur Sarah au cinéma pour frémir d'émotion au « Premier Rendez-vous » de Danielle Darrieux, rêver avec Simone Simon ou Louis Jourdan, chanter à tue-tête la « Romance » de Charles Trenet ou le « Tra-la-la » de Suzy Delaire mais on voulait tout lui interdire. Jusqu'aux parcs publics, jusqu'aux magasins, aux coiffeurs et aux bibliothèques. Elle aurait aimé demeurer la jeune femme insouciante qui serait allée aux bals populaires pour connaître ses premiers émois amoureux sur une valse d'Edith Piaf ou dans les clubs pour boire au rythme des chansons américaines et swinguer jusqu'au petit matin. Mais tout cela était bel et bien terminé, car avec l'Occupation s'envolait le doux temps de sa jeunesse.
- Je serais bien venue, dit-elle d'un ton plein de regret, sans mettre l'étoile (elle ne parvenait pas à dire « mon » étoile) mais les gens qui viennent assister à ce spectacle sont susceptibles de me connaître et je n'ai pas le droit...
Elle s'interrompit devant le geste de dénégation de son amie :
- Je te ferai passer dans les coulisses, avoue que tu as toujours rêvé d'assister à une représentation depuis les coulisses ! Et tu ne peux pas manquer la performance de ma sœur, elle est persuadée qu'elle va faire pleurer tout l'auditoire.
Tout paraissait si simple avec Hélène ! C'était elle qui avait raison : il ne fallait pas s'arrêter de vivre parce que certains voulaient l'en empêcher. Au contraire, chaque souffle qu'elle prenait, chaque nouvelle sortie qu'elle faisait, tout était une provocation à l'égard des occupants et de cet État français complice. Autant leur montrer qu'elle n'avait pas peur d'eux et profiter de chaque instant qui lui restait.
- Tu sais, Rachel, j'ai une proposition à te faire...
Pour la première fois, Hélène semblait hésiter. La jeune femme rousse l'encouragea d'un regard et la vision de la Sorbonne qui se rapprochait sembla décider la comédienne en herbe :
- Tu connais Le Réveil ?
- Oui, évidemment, qui ne connaît pas Le Réveil ?
- Tu pourrais y publier certaines de tes nouvelles. Je sais que tu écris sur... Sur tout ça, que tu as besoin de dire ce que tu ressens, tu pourrais le faire dans Le Réveil, on pourrait te lire et... Prendre conscience.
Hélène n'avait jamais parlé de la situation de Rachel et là, encore, elle le faisait à mots couverts. Mais Rachel n'était pas une idiote et pendant un instant, elle demeura bouche-bée. Elle se doutait qu'Hélène tramait des choses peu claires dans son dos mais c'était bien plus que de distribuer quelques tracts ou faire entrer une juive dans un théâtre. C'était publier un journal – pas n'importe quel journal, le grand journal de la résistance où écrivaient le poète Lancelot ou la très mondaine Celle-qui-ne-mentit-jamais qui lui arrachait à chaque fois quelques éclats de rire.
- Tu me promets d'y réfléchir ?
- Je te le promets, répliqua Rachel avant d'ajouter d'une petite voix : merci.
Son amie hocha la tête mais elles ne prononcèrent pas un mot de plus car elles étaient arrivées à l'université où régnait une atmosphère étrange. Un large groupe s'était rassemblé à l'entrée de la place de la Sorbonne, discutant entre eux, alors que tous les étudiants auraient dû se retrouver en cours. Aucun d'entre eux ne semblait affolé mais au cri de l'un d'eux, ils se retournèrent dans un bel ensemble vers Rachel qui en resta muette de stupéfaction. Tous ses amis et même quelques personnes qu'elle connaissait à peine pour les avoir déjà rencontrés lors de soirées portaient une étoile jaune accrochée sur la poitrine dans un geste de solidarité et de courage. Aucun d'eux ne se cachait, au contraire, ils portaient avec fierté ce qui devait être un symbole de honte.
- Vous venez en cours, Lévi et Perrin ? L'amphi nous attend ! S'exclama Louis Marat qui faisait partie du petit groupe, en sautillant à moitié sous le regard ébahi du gardien des portes d'entrée, allez Pierre, passez en premier.
Rachel vit quelques élèves qui les regardaient, stupéfaits, dont ce stupide Maxime Andrieu et ne put s'empêcher d'avoir un sourire ravi. Depuis ce jour-là, elle ne porta plus jamais l'étoile à la Sorbonne – et de manière rare quand elle allait dans la rue pour être certaine de pouvoir se rendre dans les musées, les bibliothèques ou les parcs publics. Parcs où on la voyait souvent plongée dans des petits carnets pour rédiger quelques nouvelles pour Le Réveil.



***

Malgré les recommandations de Françoise qui m'a demandé de me dépêcher, je décide de faire un léger détour par ce qu'on appelle la galerie dans la famille, savourant encore la saveur du chocolat dans ma bouche. C'est un lieu toujours silencieux, généreusement éclairé et aménagé par mon grand-père Abraham en son temps. Quand j'étais toute petite, mon grand-père m'y amenait parfois et me faisait observer les grands tableaux qui y étaient accrochés. On y trouve là que les plus grands chefs d’œuvre, les autres étant disséminés sur les murs de la maison. « Mes préférés, disait mon grand-père avec un petit rire comme s'il était gêné, je n'ai pas réussi à m'en séparer même quand j'ai fait ma donation au Louvre, j'ai voulu les garder pour pouvoir les voir comme j'en ai envie ». Il me demandait de lui décrire la belle dame alanguie peinte par Titien. Mais mon tableau préféré, ce n'était pas le Titien aux couleurs si harmonieuses, c'était ce minuscule Watteau : un petit personnage fait un pas de danse et s'il semble juste ébauché à cause des quelques de pinceaux qui dessinent sa figure, on voit tout de suite qu'il s'agit d'un comédien de théâtre. Je pouvais passer des heures à essayer d'imaginer ce qu'il faisait comme pas de danse, qui il regardait dans le coin inférieur de la toile. Et encore aujourd'hui, alors que mon grand-père rieur est mort depuis bien longtemps, alors que j'ai grandi, c'est devant ce petit format que je m'arrête.
Ce petit personnage joyeux et plein d'entrain me fait penser à Néron Anglereys, le dramaturge que j'admire le plus. Chacune de ses pièces est un enchantement mais ce n'est plus seulement en tant qu'écrivain qu'il mérite mon respect. Hélène ne m'en a jamais parlé directement mais je sais bien qu'il est celui qui mène Le Réveil. Lorsque l'on sait, cela paraît évident que la troupe de l'Atelier est celle qui se cache derrière ces pseudonymes du journal. Il faut du courage pour prendre autant de risques dans sa situation, lui l'enfant chéri du tout Paris. Il ignore qui se cache derrière « Perceval » et ses nouvelles mais le simple fait qu'il accepte de les publier me comble de joie. La seule certitude, c'est qu'avec moi son secret est bien gardé, je préfère mourir que de le trahir ou de le mettre en danger. Même si le simple fait de me côtoyer est un danger permanent.


Fin de l'année 1942 – Paris

« Pour la vie, pour la durée de notre pays, sans retard, nettoyons la gangrène juive. Débarrassons-nous de cette vermine comme l'on fait des hideuses punaises et des rats » (Article de journal).

- Madame Stein, laissez-moi vous aider ! Nous avons déjà pu aider une centaine d'enfants à trouver des familles d'accueil dans la zone sud, à se cacher sous des fausses identités dans des institutions charitables ou à passer en Suisse. Vos enfants seront en sécurité avec nous et vous pourrez les retrouver quand la guerre sera terminée.
Rachel plaidait sa cause avec conviction, épiant du regard son interlocutrice pour déceler une faille, un quelconque signe qui montrerait qu'elle était convaincue. Mais madame Stein gardait un air buté malgré ses yeux emplis de larmes.
- Vous savez ce qu'on dit, appuya grand-mère Odette, on dit que la grande rafle est pour bientôt. Qu'ils viendront tous nous chercher un à un. Ils ont commencé avec le Vél d'Hiv en juillet mais ils continueront.
- Ils prennent aussi les enfants, renchérit Rachel, ils les envoient dans l'est dans les mêmes trains que leurs parents.
- C'est qu'ils ne veulent pas que les petits enfants soient séparés de leurs parents, pleurnichait madame Stein.
Rachel se crispa mais ne répliqua rien. Elle évitait toujours soigneusement de penser aux déportations, du sort qui attendait les juifs envoyés dans des camps de travail en Allemagne à l'image de la vieille madame Cohen ou de la famille Stern. Mais elle savait confusément que l'on ne disait pas tout, que les rumeurs les plus folles étaient peut-être vraies... Qui enverrait donc travailler madame Cohen qui avait près de soixante-dix ans ou les enfants de six et huit ans des Stern ?
- Et si mon mari revient de sa prison d'Allemagne ? Il ne retrouvera pas les enfants...
- Madame Stein, dit posément Rachel, je ne vous demande pas d'abandonner vos enfants, je vous demande de me les confier pour que nous puissions en prendre soin : Denise Kahn, ma tante, est en zone sud. Hannah, ma chère tante Hannah que vous aimez si fort est à Berne, elles pourront les recueillir. Nous ne savons pas ce qui peut se passer, peut-être que cette grande rafle dont on parle est imaginée mais ce que je sais, c'est que tous les jours, nous recevons des appels de nos amis de la police qui ne disent de ne pas sortir aujourd'hui ou de ne pas dormir chez nous parce que des descentes sont prévues. C'est horrible pour une mère de ne pas pouvoir protéger ses enfants mais en réalité, madame Stein, vous pouvez les protéger : vous pouvez nous les confier.
Les trois femmes étaient assises dans le petit salon de la femme du prisonnier de guerre, devant leurs tasses de thé encore fumantes mais aucune d'entre elles ne fit le moindre mouvement pour la saisir. La tension était à son comble lorsque les deux petits garçons de madame Stein débarquèrent dans un joyeux tintamarre.
- Oh Rachel ! S'écria l'aîné, le petit Simon qui venait tout juste de fêter ses neuf ans, tu es venue nous raconter des histoires aujourd'hui ?
- Non pas aujourd'hui, répliqua la jeune femme en souriant et en le prenant tout de même sur ses genoux pour le serrer contre elle, mais je peux t'embrasser si tu le veux bien.
- Tu sais, maman ? Demanda le petit en se tournant vers sa mère, quand je serai grand, j'épouserai Rachel parce que c'est la plus gentille fille que je connaisse.
Le sourire de Rachel se figea alors que madame Stein tentait de cacher son émotion. La jeune femme savait que cette vieille amie de sa famille finirait par accepter comme toutes ces mères à qui elle allait rendre visite. Elle utilisait les nombreuses connaissances de sa mère pour repérer quels enfants étaient en danger – et même les registres fort bien tenus de l'UGIF – et quand elle parvenait à convaincre les familles de lui confier les petits, souvent grâce à l'aide de sa grand-mère Odette Kahn, la démarche était ensuite bien huilée. Les enfants, sous de fausses identités, passaient dans l'orphelinat de Reuilly, celui où exerçait la sœur du professeur Marat, avant d'être envoyés en province chez des gens de bonne volonté ou à l'étranger. Le réseau tenait grâce à Rachel et à Louis Marat qui avait été celui qui en avait proposé l'idée, après qu'on lui eut confié des enfants au moment d'une arrestation. C'était pour Rachel le moins qu'elle puisse faire en ces temps troublés. Sa famille possédait des protections haut placées qui leur évitaient d'être trop ennuyés mais au bout de deux années d'occupation, les juifs disparaissaient petit à petit de la capitale et elle voulait empêcher la souffrance des enfants à son petit niveau. Jusqu'à ce qu'elle soit à son tour la cible des persécuteurs, car elle ne doutait pas que son tour viendrait. Elle ne cherchait pourtant pas à fuir, elle les attendait pour partager le sort de ses semblables.
- Pourquoi ferais-je confiance à une fille qui s'est engagée dans l'UGIF pour avoir un certificat lui évitant d'être arrêtée ? Poursuivait madame Stein en désespoir de cause.
- Je ne suis pas bénévole à l'UGIF pour ce certificat, répondit Rachel avec calme, car ce n'était pas la première fois qu'on lui faisait ce reproche, je veux aider tout ceux qui ont besoin d'être aidés. Et vous savez bien que ce certificat ne servira à rien si la police venait me chercher demain.
Simon qui jouait avec ses boucles s'arrêta brusquement pour demander d'une voix inquiète :
- La police va t'arrêter ? Pourquoi ? Tu es la plus gentille fille que je connaisse, la police ne peut pas t'arrêter.
La jeune femme quitta madame Stein du regard pour sourire à Simon et le rassurer :
- Je te promets que non, personne ne va être arrêté, d'accord ? Personne ne va être arrêté.
Madame Stein était déjà convaincue en réalité, mais elle ne donna son accord quelques dizaines de minutes plus tard qu'à condition qu'on lui laisse le temps de tout expliquer à ses enfants. Ce fut pourtant sans triomphe que Rachel et sa grand-mère quittèrent l'appartement et avancèrent de quelques pas dans la rue.
- Le journaliste Cohen m'a envoyé une lettre hier, se contenta de dire la vieille Odette dont les traits parcheminés du visage étaient tirés par la fatigue, il veut que l'on se charge de ses enfants.
Rachel hocha la tête. La tâche qui les attendait était immense mais on ne reculerait pas, on ne renoncerait pas. Elles s'enfoncèrent dans les rues du vieux Paris et la jeune femme huma l'air de la ville de son enfance. À l'époque, elle pensait qu'un avenir brillant l'attendait, désormais, elle vivait au jour le jour dans ce qui s'était transformé en piège. Mais au moins, elle vivait de toutes ses forces et personne ne pourrait lui ôter ces heures et ces jours-là.

En quittant la galerie, je parviens enfin au but de mon parcours matinal. Je franchis la porte de l'immense bibliothèque familiale, et d'un seul coup, mes angoisses, mes doutes, mes dilemmes s'envolent. Je suis bien dans le refuge de ma jeunesse, là où s'entassent les dizaines de volumes, des ouvrages cartonnés de très vieilles éditions aux couvertures marrons des Calmann-Lévy apportés par ma mère. Là où les lapins de Beatrix Potter prennent vie, où Sophie subit ses mésaventures, où les héroïnes de Racine meurent tragiquement et où le petit narrateur de Proust s'émerveille d'une branche d'aubépine. Là où les malheurs disparaissent, où les larmes sont de papier et les petites joies bien réelles. La bibliothèque, immuable et majestueuse quand tout peut basculer du jour au lendemain, quand de la jeune fille fêtée des soirées étudiantes, l'on devient la paria pourchassée pour être envoyée dans l'est. La bibliothèque qui rend toute existence plus belle et plus digne d'être vécue.
Contrairement à mon enfance, je ne vis plus dans les livres. Mais je veux faire de ma vie un roman. Un roman qui dirait que j'en ai profité au maximum, que j'ai sauvé ma famille en leur trouvant des faux-papiers et que nous nous retrouvons tous, après la guerre, dans le jardin de Versailles pour célébrer la paix et le renouveau. Un roman qui ne ferait pas de moi un héroïne mais une fille dont la vie mérite d'être racontée parce que grâce à elle, d'autres existences ont été embellies. S'il faut vivre au présent, c'est bien ce présent-là qu'il faut rendre digne de nos rêves.


***

Rachel Lévi sortit la feuille de sa machine à écrire et se mordit la lèvre en contemplant les lignes noircies par l'encre. Incapable de prendre une décision, elle resta un instant songeuse, triturant sans le vouloir sa plume avec laquelle elle avait dessiné quelques formes géométriques et quelques fleurs sur la couverture de son carnet, à mesure que l'inspiration lui faisait défaut. Puis elle se décida enfin et déchira consciencieusement les pages qu'elle venait d'écrire avant d'en faire une boule qu'elle irait jeter dans la cuisinière de Françoise. Elle ne pouvait évidemment pas laisser traîner ce genre d'informations sur elle. Mais elle se sentait plus légère, comme si confier sa vie, ses espoirs et ses angoisses à une feuille de papier l'avait soulagée.
- Rachel, Rachel ?
Sarah fit sursauter sa sœur aînée qui en perdit le fil de ses pensées et se retourna vers la jeune fille de treize ans qui venait d'entrer dans sa chambre. Sarah avait perdu des rondeurs de l'enfance mais son visage d'une blancheur immaculée, un teint de rousse, lui donnait toujours l'air d'une poupée. Elle tenait dans ses bras un énorme chat blanc qui semblait mécontent du traitement qu'on lui imposait et qui miaula de mécontentement. Rachel ne put s'empêcher de lui sourire :
- Que se passe-t-il ? Tu n'es pas encore prête pour aller à l'école ? C'est moi qui doit t'y emmener pourtant, c'est sur le chemin de la fac.
- Presque mais... Je voulais savoir, Rachel. Si les Allemands viennent nous arrêter, est-ce qu'ils me laisseront prendre mon chat avec moi ?
Le sourire de Rachel se crispa et d'un ton un peu dur, elle asséna plus qu'elle ne répondit à sa sœur :
- La question ne se pose pas, Sarah. Je te promets que ça n'arrivera pas, d'accord ? Je te protège, nous ne serons jamais séparés et ton chat sera toujours avec nous.
La gamine, rassurée, lui adressa un sourire qui illumina son visage et fit pétiller ses yeux bleus, avant de quitter la pièce en promettant à sa sœur de se dépêcher pour être à l'heure. Rachel, l'humeur brusquement assombrie, revenue à la réalité, se leva et revêtit une robe légère pour correspondre à ce doux mois d'avril, oubliant soigneusement d'y accrocher l'étoile qu'elle aurait du mettre. Une longue journée l'attendait, entre ses cours, son bénévolat à l'UGIF et celui à l'orphelinat. Sans compter que depuis quelques temps, Maxime Andrieu semblait prendre un malin plaisir à lui tourner autour pour lui poser des questions sur la façon dont elle occupait son temps – ce qui, elle le reconnaissait volontiers, était une forme de torture tout à fait élaborée et réussie de sa part, toute personne ayant plus de dix minutes Andrieu sur le dos était sujet à des crises de nerfs.

Mais ce fut armée de son sourire que Rachel sortit de chez elle en cette matinée d'avril 1943, après avoir fait passer Sarah devant elle. Il ne fallut pas trois pas dans la rue pour que les deux jeunes filles se mettent à babiller joyeusement, comme si les rues n'étaient pas couvertes de drapeaux nazis et emplies de soldats allemands. Au moment où Rachel claqua la porte derrière elle, le téléphone se mit à sonner dans l'appartement. Les longues sonneries résonnèrent longtemps dans le vide mais personne n'était là pour décrocher le combiné.







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Vaincre les cauchemars
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Dernière édition par Rachel Lévi le Jeu 7 Aoû - 0:51, édité 3 fois
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Emy Hale
La chance ne sourit pas à ceux qui lui font la gueule.



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Je parle pas aux cons, ça les instruit.
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PAPIERS !
■ religion: Irrémédiablement athée.
■ situation amoureuse: Célibataire endurcie, le couple c'est bourgeois et catholique, d'abord.
■ avis à la population:

MessageSujet: Re: Quelques pages du carnet de notes de Rachel Lévi   Mar 8 Juil - 23:07

Rachel

Je suis ravie de te voir débarquer par ici avec ce nouveau personnage haut en couleur ! heart
Re-bienvenue officiellement, après en avoir tant parlé

Et j'ai hâte de lire ta fiche !

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Take WHAT YOU WANT
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MessageSujet: Re: Quelques pages du carnet de notes de Rachel Lévi   Mer 9 Juil - 0:56

RAAAAACHEL  gaga gaga  tu sais déjà grâce à skype à quel point j'aime déjà ce personnage, je suis sûre que tu vas en faire une vraie bombe rpgique  tutubi  Deux de mes moi sont impatients de la voir débarquer pour de bon, t'as intérêt à écrire ta fiche rapidement face re-bienvenue parmi nouuuuus  foule 
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MessageSujet: Re: Quelques pages du carnet de notes de Rachel Lévi   Mer 9 Juil - 0:58

Oh gosh, Emma Stone ...  bave Ca me fait toujours le même effet  mdr 

Bienvenue à toi et bon courage pour cette fiche !  cuddle 
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Manfred Mohr
The High Flying Bird



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O'er the land of the brave...
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■ mes posts : 533
■ avatar : Charles Dance
■ profession : Oberst dans la Luftwaffe, responsable de l'aéroport d'Orly

PAPIERS !
■ religion: Protestant
■ situation amoureuse: Marié, père de famille
■ avis à la population:

MessageSujet: Re: Quelques pages du carnet de notes de Rachel Lévi   Mer 9 Juil - 9:46

Re bienvenue !

Hate de voir ce que tu vas faire de ce perso :D

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To kill a mockingbird
C'est uniquement une question de temps. On nous enterrera, puis on nous oubliera. Juste une question de temps. × by lizzou.
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MessageSujet: Re: Quelques pages du carnet de notes de Rachel Lévi   Mer 9 Juil - 19:01

Reeeebienvenue inconnue dont on ne connait presque rien. T'as bien choisie Rachel est cooool ** tu vas bien t'amuser XD
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MessageSujet: Re: Quelques pages du carnet de notes de Rachel Lévi   Jeu 10 Juil - 22:26

Tu n'auras pas l'impression d'être un peu schizo quand on va ressortir des gifs chelou? :gnhehe:

Rebienvenue par là et bon courage pour la rédac de la fiche!!
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Rachel Lévi
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■ mes posts : 302
■ avatar : Emma Stone
■ profession : Etudiante

PAPIERS !
■ religion: De confession juive comme le montre l'étoile sur sa poitrine
■ situation amoureuse: Célibataire, et ce n'est clairement pas le moment de penser à un changement de ce côté-là
■ avis à la population:

MessageSujet: Re: Quelques pages du carnet de notes de Rachel Lévi   Jeu 7 Aoû - 1:46

Merci à tous pour vos messages de bienvenue (et Cie, je n'ai peur de rien - mais j'avoue, c'est un peu chelou, il faut arrêter de faire tourner Emma Stone et Ryan Gosling ensemble ).

Fiche (enfin) terminée ! Je suis impatiente de faire débarquer Rachel par ici (et de reprendre un rythme normal de rp mdr )

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Grâce à ses rêves.

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Elsa Auray
J'ai vu la mort se marrer et ramasser ce qu'il restait.



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■ profession : Fausse étudiante, à la tête de la Brigade

PAPIERS !
■ religion: Juive, paraît-il, mais il y a bien longtemps que Dieu n'existe pas pour elle.
■ situation amoureuse: Définitivement de glace.
■ avis à la population:

MessageSujet: Re: Quelques pages du carnet de notes de Rachel Lévi   Jeu 7 Aoû - 2:18

Aaaah... cette chère petite Rachel
J'ai adoré ta fiche, évidemment , c'est toujours trop chouette de voir débarquer l'un de tes personnages **, j'aime toujours autant dévorer tes fiches

Je suis flattée de voir mes perso squatter en VIP mdr
Et Maxime est ravi, évidemment face
Bref, sans opus attendre, je te valide évidemment, et j'ai hâte de jouer


Toutes mes félicitations, ta fiche a su toucher le cœur de nos berniques en chef, tu es à présent VALIDÉ. Mais l'aventure ne fait que commencer ! Merci de venir réserver ton avatar afin d'être sûr de pouvoir le conserver et de te recenser dans les registres de notre préfecture du forum, étape indispensable si tu ne veux pas qu'il t'arrive tes ennuis ! Tu dois tout d'abord te faire ajouter à la liste des membres et de leurs DC ainsi que dans le who's who des Allemands si tu es concerné.

Cette première étape achevée, tu peux désormais te lancer dans le jeu ! Mais pour t'éviter tout problème, nous avons quelques parachutes de secours : tu peux te faire des amis (ou toute autre connaissance car tout bon Parisien doit avoir un carnet d'adresses bien rempli) ainsi que remplir une petite bibliothèque pour ne pas te perdre dans les dizaines de rp que tu ne manqueras pas d'ouvrir ! Et si tu souhaites des idées de rp, n'oublie pas que tu peux aller consulter la partie top-secrète des complots. Mais si tu es timide, tu as toujours la possibilité d'aller t'inscrire aux mini-intrigues où les berniques en chef t'organiseront des tête à tête avec des inconnus.

Tu ne connais pas très bien Paris et tu es perdu dans nos rues ? N'hésite pas à consulter le petit guide de Paris qui t'accompagne où que tu ailles.

Nous te rappelons que tu peux solliciter les berniques en chef pour obtenir un rang et un logement à  partir de 100 messages.

Allez, il ne te reste plus qu'à venir nous faire un petit coucou dans le flood ! Note qu'en ce moment, sur le forum, tu peux nous époustoufler en relevant les défis lancés par La Propagande !
Bon jeu parmi nous  happy

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
Alfred de Vigny ©️ .bizzle


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Quelques pages du carnet de notes de Rachel Lévi

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