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 Maxime Andrieu

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Maxime Andrieu
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Masculin

■ topics : OUVERTS
■ mes posts : 219
■ avatar : Julian Morris
■ profession : Etudiant en lettres et à l'Ecole Libre de Science Politique, stagiaire (relou) à l'ambassade de Vichy.

PAPIERS !
■ religion: Catholique, peu pratiquant
■ situation amoureuse: Célibataire
■ avis à la population:

MessageSujet: Maxime Andrieu    Jeu 10 Juil - 0:50



Maxime Andrieu

PARISIENS



Julian Morris © TUMBLR

Et toi alors?


☆ Marie
☆ 21 ans
☆ Etudiante en Science Politique.
☆ Dans ma botte secrète face
☆ Je vous aime




Papiers ?


Un personnage inventé
Un poste vacant

    ♠ Maxime est né le 3 janvier 1919, soit un peu moins d’un an après son frère Nicolas, il a donc fêté ses vingt-quatre ans en cette année 1943, et à cette occasion, a dû se plier pour la vingt-quatrième fois au rituel immuable chez les Andrieu qui veut qu’en chaque début d’année, on fasse faire une photo de la famille au complet.
    ♠ Les Andrieu, comme les Deslandes pour le côté maternel, sont tout ce qu’il y a de plus français, et tous seraient fort vexés que l’on ose se poser la question, en dignes hommes politiques ou militaires de génération en génération qu’ils sont. Maxime lui-même est né à Paris.
    ♠ Depuis deux ans, Maxime est officiellement fiancé à Gisèle Delmas et l’on s’attend dans le Paris mondain à un mariage qui ne pourra passer inaperçu. Si elles n’ont été prononcées qu’en 1941, ces fiançailles étaient arrangées avant la guerre par les deux familles, mais Maxime n’a pas l’intention d’épouser Gisèle dans l’immédiat.
    ♠ De famille résolument catholique, Maxime l’est donc aussi par défaut et sans grande conviction. Il n’est généralement pas particulièrement ravi qu’on le traîne à la messe, estimant avoir autre chose à faire, aussi sa mère a-t-elle renoncé à l’y emmener avec elle.
    ♠ Maxime est d’abord étudiant en lettres à la Sorbonne, et termine actuellement son mémoire sur l’oeuvre de Shakespeare et les théories remettant en doute son identité - qu’il cherche à réfuter. Il étudie également à l’Ecole Libre de Sciences Politiques lui parallèle, puisqu’il aspire à faire de la politique, et a récemment trouvé une place à l’ambassade de Vichy - que certains qualifierait d’emploi fictif, contentons nous de parler d’apprentissage sur le terrain.  


Petit questionnaire


♠ Son livre préféré ? « Mon fils est un grand lecteur, c’est certain. J’ai toujours veillé à ce qu’il ait les plus grandes oeuvres littéraires à sa portée. Vous n’imaginez pas à quel point il est gratifiant pour une mère d’entendre son fils parler littérature en société avec autant d’aisance. Il est bien sûr très éclectique dans ces goûts, mais je suis à peu près certaine qu’il a été très impressionné par le Gilles de Drieu la Rochelle dont il apprécie le point de vue. » - Si Maxime est bien un grand lecteur, il n’a que moyennement été enthousiasmé par le dernier ouvrage de Drieu la Rochelle. Il préfère de toute façon le théâtre au roman, et les pièces de Shakespeare sur lesquelles il travaille, et qui le fascinent depuis de nombreuses années maintenant. S’il fallait n’en citer qu’une, il choisirait Henry V dont il possède une très vieille et très précieuse édition à laquelle il tient tout particulièrement.
♠ Son lieu préféré dans Paris ? « Les lieux officiels, évidemment. Quand il n’était encore qu’un petit garçon, son père l’a amené avec lui à la Chambre, et je ne l’ai jamais vu si enthousiaste qu’à son retour. Que voulez-vous, le virus de la politique s’attrape très jeune ! (rires) Evidemment, aujourd’hui, la Chambre n’existe plus mais je ne doute pas un instant qu’il soit parfaitement à l’aise à l’ambassade de Vichy. » - Il y a longtemps que Maxime a l’intention d’avoir sa place dans l’hémicycle, et même dans les hôtels particuliers qui abritent les ministères, ses passages au Palais Bourbon lorsqu’il était plus jeune l’ont beaucoup impressionné. Mais pour quelqu’un d’aussi peu sentimental que lui, accorder tant d’importance à un lieu est une perte de temps. Néanmoins, il apprécie la tranquillité de la bibliothèque de la Sorbonne.
♠ Son avis sur les Allemands ? « Pas plus tard qu’hier, il me confiait avoir eu une conversation très intéressante avec M. Brenchenmacher, Maxime sait reconnaître les gens dignes d’intérêt, j’ai d’ailleurs pris la décision de lui faire apprendre l’allemand dans sa jeunesse. Nous sommes des gens raisonnables, nous savons qu’il y a parmi eux des officiers très agréables, et dont l’amitié peut évidemment être bénéfique. » - Les Allemands sont les vainqueurs de la guerre, et à ce titre, ce sont bien eux qui peuvent servir les intérêts et les ambitions de Maxime. Il sait que leur soutien est désormais nécessaire pour parvenir à ses fins - la politique, et que ce n’est pas ces pantins de Vichy qui lui seront d’une quelconque utilité. Mais s’il ne rechigne pas à la collaboration, il garde néanmoins quelques réserves, car l’Occupation dure et les Allemands ne semblent pas décidé à laisser un gouvernement français reprendre la main.
♠ Son avis sur les juifs ? « Nous, les Andrieu, sommes tous d’accord sur le sujet : ces vermines méritent bien leur sort, il était plus que temps d’en débarrasser la France. Vous rendez-vous compte qu’ils nous ont gouvernés toutes ces années ? Je peux vous affirmer que mon fils n’a aucun contact avec ces gens, ou tout du moins qu’il ne les fréquente pas, même si je ne peux m’expliquer pourquoi certains s’affichent toujours ostensiblement… » - A dire vrai, Maxime a d’autres préoccupations. Les discours qui dépeignent les juifs comme des êtres profondément mauvais le laissent indifférent, et son peu de conscience catholique n’est pas pour le faire se sentir concerné. En revanche, il faut profiter des circonstances, et dans les circonstances, s’il faut les sacrifier pour avancer, il n’hésitera pas. C’est bien ce qu’il compte faire en découvrant ce que cache Rachel Lévi.
♠ Aime-t-il sortir et où ? « Mon fils est un jeune homme sérieux. Evidemment, il fait des mondanités, et il y fait très bon effet avec cette chère Gisèle, si vous me permettez ce petit commentaire, mais il est bien loin de ces jeunes presque dépravés qui boivent jusqu’à l’indécence et hantaient les rues jusqu’à des heures indues - d’ailleurs, heureusement qu’un couvre-feu a été instauré, si vous voulez mon avis. Ses divertissements à lui sont raffinés. » - Maxime est tout à fait dans son élément lors des soirées qui réunissent le Tout Paris, c’est le moins que l’on puisse dire. A l’aise, bon orateur et capable de pousser l’affabilité - l’hypocrisie selon certains - très loin, il n’est cependant pas aussi sage qu’on pourrait le croire. S’il fréquente en effet les restaurants en vue, c’est parfois au bras d’une conquête qui n’est généralement pas sa fiancée, et sans être tout à fait fêtard, on aurait tort de le croire totalement coincé !
♠ Son premier geste le matin ? « Je dois avouer mon ignorance sur ce point - une mère ne peut pas tout savoir ! (rires) Mais une chose est certaine, il ne nous rejoint pour petit-déjeuner qu’une fois impeccablement préparé. » - Aussi décevant cela puisse-t-il paraître, il ne fait guère que se lever et se préparer, même si ces derniers temps, ses pensées au réveil ont tendance à se concentrer sur la façon dont il pourrait pousser la fille Lévi à la faute.
♠ Sa couleur favorite ? « Le bleu, il me semble. Il ne vous le dira peut-être pas, mais je suis sa mère, rien ne m’échappe. » - Très sincèrement, pensez-vous que Maxime se soit déjà posé la question ?
♠ A-t-il des manies/tics ? « Oh, c’est un garçon très maître de lui-même, mais il a gardé une mauvaise habitude, je vous la confie entre nous : il ne cesse de grignoter du chocolat. Il adore ça, et dès qu’il lui en tombe un bout sous la main, vous pouvez être sûr qu’il ne résistera pas longtemps ! » - Il est vrai que Maxime a un péché mignon : le chocolat, et il n’est pas rare de le croiser avec un carreau à la main (il considère d’ailleurs la rareté du chocolat comme l’un des plus grands malheurs de cette occupation, et le marché noir comme un moyen tout à fait légitime d’y répondre). On pourrait également noter qu’il exprime très rarement le fond de sa pensée, et dans ces moments, esquisse un rictus dont personne ne sait jamais dire s’il s’agit d’un sourire amusé ou songeur. Enfin, initié au piano depuis sa toute petite enfance, il ne résiste pas laisser ses mains traîner sur les touches lorsqu’un piano croise son chemin.
♠ Sa saison préférée ? « L’hiver, mais qui n’aime pas l’hiver ? C’est une période importante pour la famille, nous sommes très attachés à la célébration des fêtes de fin d’année. Et puis, Maxime est né en janvier, et au fond, qui n’aime pas fêter son anniversaire ? » - Encore une fois, il ne se sent pas concerné par ce genre de futilités.
♠ Son avis sur les manifestations ? « Il les condamne, évidemment. Ces gens n’ont-ils aucune dignité ? Ils ne méritent même pas que l’on s’attarde sur leur cas. » - Plus qu’il ne les condamne, Maxime méprise les manifestations, inutiles et preuves d’une naïveté dont les Français ne se débarrasseront définitivement jamais. Il est bien connu que descendre dans la rue pour cracher ses griefs n’a jamais été d’une quelconque utilité. Ce ne sont pas les Allemands qui se laisseront démonter.



Ton histoire

Maxime Andrieu affichait un petit sourire satisfait lorsqu’il pénétra dans la cuisine de l’imposant appartement familial, un sourire qui n’était pas dépourvu d’une certaine arrogance, mais il n’y avait là rien d’inhabituel en ce matin d’avril 1943 : l’auto-satisfaction et l’arrogance ne l’abandonnaient jamais totalement, en bon Andrieu se respectant, et plus particulièrement lorsqu’il avait une idée derrière la tête. Le jeune homme perdit néanmoins de sa superbe lorsqu’il ouvrit un placard dans lequel se trouvait une boîte métallique et surtout, vide.
- Suzanne ! s’exclama-t-il après avoir poussé un soupir contrarié, nous sommes à court de chocolat !
- Les boutiques sont vides , répliqua celle qui avait été la gouvernante des deux fils Andrieu, et la femme à tout faire de la famille, alors même qu’elle se préparait à sortir faire quelques courses.
- Il faut bien que le marché noir serve à quelque chose, vous n’avez qu’à aller voir l’Italien.
La gouvernante laissa échapper une moue qui laissait assez bien voir ce qu’elle pensait de l’Italien - un homme dont la famille était française depuis plusieurs générations mais qui s’obstinait à se faire appeler comme tel, et menait une petite affaire particulièrement florissante ces dernières années, avec l’aide notable de Camille Andrieu pour qui il n’était pas question de laisser le rationnement dicter son train de vie. Maxime adressa un sourire qui n’admettait pas de discussion à son ancienne gouvernante (qui avait de toute façon déjà abandonné l’idée de le contredire) puis, alors qu’elle claquait la porte derrière elle, leva les yeux au ciel et quitta la cuisine qui n’avait désormais plus aucun intérêt à ses yeux. Parvenu au salon, désert en cette heure matinale où ses parents et son frère vaquaient à ses occupations, il jeta un regard méprisant au nouveau bichon de sa mère qui se mit à japper joyeusement en le voyant. Jeanne Andrieu, une femme tout ce qu’il y avait de plus distingué, vouait une passion incompréhensible aux petits chiens qu’elle collectionnait, pour le plus grand déplaisir de son fils cadet qui, avec tout le respect qu’il devait à sa mère, se demandait bien ce que l’on pouvait trouver à ces bestioles stupides. Constater que l’un des bichons ne fuyait pas à son approche malgré ses fréquentes réprimandes le laissait donc sceptique, et il l’ignora en se saisissant du journal du jour, puisqu’il avait du temps devant lui avant le début de ses cours à la Sorbonne, même s’il avait quelques mots à échanger avec Rachel Lévi avant. A nouveau, un sourire satisfait étira ses lèvres, mais avant qu’il ne puisse attaquer la lecture d’un article d’apparence peu intéressante (forcément, il était signé par Jean Pierre Puerno), le nouveau protégé de sa mère, vexé, sans doute, de ne pas avoir l’attention qu’il méritait, se mit à grogner contre quelque chose qui se cachait visiblement sur l’étagère d’un meuble - un mouton de poussière sans doute. Sauf qu’à force de poursuivre la poussière, tout ce que cette erreur de l’espèce animale parvint à faire fut de faire chuter une boîte à sa hauteur dont le contenu se répandit sur le parquet. Lâchant un juron, Maxime envoya une claque bien sentie au chien (dont il ne se souvenait plus du nom) et jeta un regard agacé sur les dizaines de photos qui s’éparpillaient autour de lui.
- Suzanne ! appela-t-il, avant de se souvenir que celle-ci venait de partir.
Si l’idée de laisser le désastre au point où il en était l’effleura, Maxime lâcha néanmoins son journal et, non sans avoir levé les yeux au ciel, daigna s’atteler au rangement de la deuxième lubie de sa mère : conserver la moindre photographie, du moment que l’un des membre de la famille y apparaissait. Et hélas, l’une des conséquences directes d’avoir un père plusieurs fois ministres, une mère au goût prononcé pour les réceptions et assez d’argent pour engager des photographes à la moindre occasion, était que la famille Andrieu apparaissait souvent sur des photos.

Maxime n’avait aucune espèce d’attachement pour ces reliques, lui qui ne voyait pas l’intérêt de se complaire à remuer les souvenirs. Aussi est-ce agacé par avance qu’il se baissa sur les images dont certaines avaient glissé quelques mètres plus loin. Il jeta un regard mauvais au responsable, qui l’observait dans un coin avec sa truffe écrasée et ses oreilles pendantes, et attrapa la première photo à portée de main. L’image qu’il avait sous les yeux confirma toute sa perplexité, et pour cause : elle appartenait à la série de vingt-cinq clichés que Jeanne tenait absolument à prendre une fois par an, avec toute la famille (et pour son plus grand malheur, il était né en début d’année, on faisait donc généralement cela à son anniversaire). Sur le papier glacé, un groupe de gens parmi lesquels il reconnut les Colombel, qui n’avaient pas encore déserté pour cause de différends familiaux concernant un certain héritage, plus ou moins ravis d’être là, le toisaient presque tous avec hauteur, à l’exception de deux petits garçons, dont l’un tenait à la main un lapin en peluche, qui eux, se retenaient visiblement de pouffer. Maxime, qui constata avec déplaisir qu’il suffisait qu’un chien fasse une bêtise pour que n’importe qui puisse tomber sur une photo de lui tenant un lapin en peluche, quand bien même il avait quatre ans à l’époque, ne put s’empêcher de repérer parmi les personnes présentes sur la photo la moustache imposante du grand-père maternel, responsable du fou rire des deux gamins. Il faut dire que déjà à l’époque, ces longues séances de pose l’ennuyait, de même que son grand frère Nicolas, et qu’il leur en fallait peu pour se distraire. En fait, ils étaient si proches que lorsque les remontrances maternelles ne les arrêtaient pas, il leur en fallait peu pour s’amuser tout court.

PARIS, 1922
Perché sur une chaise dans la grande cuisine familiale, le gamin jeta un regard inquiet derrière lui tout en ouvrant la boîte métallique cachée au fond du placard qu’il avait réussi à ouvrir. Se voyant seul, il y plongea la main et en ressortit deux rangées de carreaux de chocolat puis, pressé de quitter le lieu de son forfait, referma le tout, descendit prestement de son perchoir, remit la chaise à sa place et fila aussi vite que ses petites jambes le permettaient dans les couloirs obscurs de l’appartement familial. La nuit était tombée, il était censé dormir, et Maxime savait très bien que les remontrances seraient sévères si son père ou sa mère le surprenaient en flagrant délit de vol de chocolat à une heure pareille. Ce n’était en effet pas digne du garçon accompli qu’on tenait à le voir devenir, aussi se hâta-t-il vers la chambre de son frère, Nicolas, d’un an son aîné afin d’échapper à d’éventuels regards indiscrets. Suzanne, la gouvernante, s’amusait parfois à les surveiller la nuit, et elle était capable d’aller tout répéter aux parents Andrieu.
- Nicolas ! souffla le gamin quand il eut refermé la porte derrière lui. Regarde ce que j’ai !
Le petit Maxime brandit fièrement son trophée sous le nez de son frère qui, comme tous les soirs, avait dû faire croire à Suzanne qu’il dormait le temps qu’elle passe vérifier mais cachait en réalité des petits soldats sous son oreiller. Il était en plein milieu d’une bataille lorsqu’il leva le nez vers son cadet, lequel n’avait pas attendu de réponse de sa part pour grimper sur son lit et s’asseoir à côté de lui.
- Comme tu m’as prêté ton livre, je veux bien t’en donner un peu, affirma doctement ce dernier en lui offrant deux carreaux, ce qui n’était pas une offre qui se refusait quand on connaissait la gourmandise de Maxime dès qu’il s’agissait de chocolat. Qu’est-ce que tu fais ?
- Je fais la guerre, mais ce sont les Allemands qui gagnent, répondit Nicolas sur le ton de la confidence en désignant ses petits soldats.
Maxime jeta un regard perplexe aux figurines, lui qui avait retenu que les Allemands avaient perdu, tout en grignotant sa prise de guerre.
- Pourquoi est-ce que mère t’a grondé tout à l’heure ? demanda-t-il d’un air concerné après un petit silence, tandis que Nicolas se redressait pour s’asseoir en tailleur face à lui.
- Elle a n’a pas aimé qu’on se moque encore de la moustache de grand-père. Les deux garçons pouffèrent. Elle a dit qu’on lui faisait honte et que comme je suis le plus grand, je ne dois pas faire des bêtises ou trop m’amuser avec toi.
Jeanne Andrieu, épouse du député Camille Andrieu, était en effet de celles qui considéraient que ses enfants devaient se tenir en société pour ne pas que sa propre image en pâtisse, but dans lequel elle tenait à faire de ses deux fils des « garçons accomplis » comme elle le disait elle-même. Maxime, à qui le sens de ces mots échappait encore, leva un regard inquiet vers son grand frère.
- Tu ne vas plus t’amuser avec moi ? demanda-t-il d’une voix déçue.
- Mais si, il ne faut juste pas rire devant mère, ni père, il n’était pas content non plus, souffla Nicolas avec des airs de conspirateurs.
Le plus jeune des deux garçons considéra un instant son aîné, comme s’il essayait de peser le pour et le contre de cette solution.
- D’accord, mais dis, on sera toujours amis ? lança-t-il dans un dernier élan d’inquiétude.
L’idée de ne plus pouvoir se moquer de la moustache du grand-père Deslandes, le vieux général qui avait fait carrière dans les colonies et se rengorgeait d’avoir eu la confiance et l’amitié du maréchal Lyautey avec lequel il avait pacifié le Maroc, le contrariait moins que celle de ne plus pouvoir s’amuser avec Nicolas lors des interminables réceptions données par ses parents. Il suffisait en effet de les observer pour comprendre à quel point les deux frères Andrieu étaient proches l’un de l’autre, une proximité qui ne devait jamais s’étioler durant leur jeunesse. Et qu’ils scellèrent ce soir là, avec toute leur sincérité enfantine.
- C’est promis, répondit en effet Nicolas en se donnant l’air grave qu’adoptait son père lorsqu’il concluait un accord.
Il tendit la main à son petit frère, toujours comme le faisait le député Andrieu, et ce dernier la serra dans la sienne, ravi d’obtenir une telle promesse. C’est en toute tranquillité qu’il put avaler ce qu’il lui restait de chocolat, mais alors qu’il jetait un regard empli de regrets vers la porte en songeant à refaire un passage à la cuisine, Nicolas détourna son attention.
- Tu veux que je te montre le campement des soldats ?
Le gamin accepta avec enthousiasme, et plongea avec son frère sous le lit pour aller y rejouer les grandes batailles dont ils n’avaient pas été les témoins, si bien que Suzanne les y retrouva endormis le lendemain matin.

* * *
- Qu’est-ce que tu fabriques ?
Nicolas, visiblement rentré d’une excursion matinale, fit quelques pas dans le salon, en considérant avec une certaine perplexité son frère au milieu des photos éparpillées.
- Cet idiot de chien a réussi à renverser les trésors de notre chère mère, marmonna Maxime. Tu veux pas m’aider, au lieu de regarder ? ajouta-t-il en levant la tête vers lui.
L’aîné de la famille Andrieu affichait un rictus moqueur, et surtout, il portait sur l’épaule une batte de baseball sur laquelle on avait essuyé, plutôt mal, des traces noirâtres qui laissaient croire que Nicolas n’avait pas pour le baseball un talent digne de la nonchalance avec laquelle il portait l’imposant objet. A vrai dire, Maxime se rendit compte qu’il ignorait que son frère s’était mis au baseball.
- Tu plaisantes ? J’ai autre chose à faire, et tu as l’air de très bien te débrouiller, se moqua Nicolas.
Là-dessus, il tourna les talons, visiblement pressé de remonter dans sa chambre. Maxime soupira, leva les yeux au ciel puis jeta d’un geste distrait la photo qu’il avait à la main dans sa boîte. Cette histoire de baseball l’intrigua quelques secondes, le temps de rassembler un petit tas d’images pour les remettre à leur place, mais lorsqu’il décida qu’il s’en moquait et passa à autre chose, il ignorait qu’il avait raison sur un point : Nicolas ne jouait pas au baseball. Cette batte, il ne s’en servait qu’avec certains de ses amis, ceux avec lesquels il formait un petit groupe fascisant, sans le contrôle du moindre parti, et qui passaient à tabac les ennemis du régime - et les gens dont la tête ne leur revenait pas. Ces amis, que Nicolas avait rencontré à la faculté de droit où il terminait ses études, Maxime ne les connaissait pas. Depuis leur entrée respective dans les études supérieures, ils ne fréquentaient plus les mêmes personnes, et ils ne partageaient plus les mêmes ambitions. En un mot, ils s’étaient éloignés. Et même plus, il y avait désormais presque un gouffre entre eux. Mais un gouffre tellement bien caché que Maxime n’imaginait pas un instant son existence, et à quel point il risquait d’y tomber de haut.

Le chien, après avoir observé le jeune homme de loin, fit mine de s’approcher de quelques pas avant de s’arrêter à nouveau, comme s’il avait compris la signification du regard noir qui lui fut lancé. Une fois le responsable de ce désordre averti que s’il revenait laisser traîner sa truffe d’un peu trop près, il le regretterait, Maxime put à nouveau se pencher sur les photos. Celle sur laquelle il mit la main lui tira un rictus amusé. Un petit groupe d’enfants s’y trouvaient, donc lui, que sa mère avait tenu à habiller avec sa tenue de scout dont il faisait partie depuis peu à l’époque, et une gamine rousse. Par curiosité, il tourna l’image pour en voir la date : quelqu’un, sa mère sans doute, avait écrit 1926. Rachel Lévi et lui avaient alors sept ans, le cliché avait d’ailleurs été pris lors de l’anniversaire de la fillette, occasion prétexte à faire des mondanités - à bien y réfléchir, il ne voyait pas d’autre raison justifiant sa présence et celle de ses parents chez les Lévi. Ce qui ne s’était d’ailleurs pas reproduit, Jeanne et Camille Andrieu avaient décidé ce jour-là que Jacques et Elisabeth Lévi n’étaient pas des gens fréquentables, et quant à lui, Maxime ne se souvenait pas avoir passé une bonne journée. C’était souvent le cas à l’époque. Si le jeune homme qu’il était semblait toujours très à l’aise dans les soirées mondaines, allant de l’un à l’autre au bras de sa fiancée (ou non), prêt à soutenir toutes sortes de conversations, c’est qu’il avait très vite dû suivre ses parents, et surtout sa mère, dans ce genre d’évènements, et pas toujours avec la meilleure volonté qui soit. Mais le garçon sage que l’on voulait qu’il soit s’était toujours bien gardé de protester.

PARIS, 1926
La fête battait son plein dans le grand appartement des Andrieu, s’il était possible d’appeler ce rassemblement de personnalités politiques ou actuellement en vue une fête. Certains sourires étaient forcés, ou au moins crispés, on sirotait son verre de vin ou sa coupe de champagne à petites gorgées en contenant des éclats de rire guindés, tandis que les hommes cintrés dans leur costume se donnaient des poignées de main si vigoureuses qu’on aurait tous pu les croire en pleine campagne électorale - ce qui n’était pas totalement faux : fêter l’anniversaire de Camille Andrieu n’allait pas sans faire un peu de politique, surtout en pleine crise gouvernementale où l’on venait de voir chuter deux Présidents du Conseil en trois jours. Maxime, du haut de ses septs ans et malgré les grandes ambitions du député Andrieu à son sujet, était toutefois encore bien éloigné de ces considérations. Sagement assis sur le canapé à côté de son frère qui s’amusait à compter le nombre de mains serrées par leur père, il lisait en suivant avec application les lignes du doigt un livre que lui avait offert son oncle Eugène. Il n’était pas rare que le frère de Camille Andrieu offre à son de tels présents à son neveu (ce qui agaçait profondément Camille qui y voyait une perte de temps), en clamant qu’il en fallait bien un dans la famille pour aimer les livres : Nicolas, à son plus grand désespoir, préférait les petits soldats.
- Dix-sept, souffla ce dernier en se tournant vers Maxime, il n’a pas encore vu le monsieur avec la cravate rouge, tu crois qu’il va lui serrer la main aussi ?
Le cadet de la famille leva distraitement la tête pour lancer un regard vers le « monsieur avec la cravate rouge » qui semblait en effet guetter ce qui se passait du côté de Camille.
- Père serre toujours la main de tout le monde, répondit Maxime.
- Il ressemble à celui qui avait sa photo dans le journal hier…
- Ça ne doit pas être lui, père était furieux contre le monsieur dans le journal, il ne peut pas l’avoir invité à son anniversaire.
Les deux garçons étouffèrent un éclat de rire en se souvenant des noms d’oiseaux dont leur père avait traité Aristide Briand la veille, et entreprirent de chercher quels autres invités du soir avaient déjà eu leur photo dans le journal, jusqu’à ce que la voix de Jeanne Andrieu ne retentissent jusqu’à eux.
- Maxime ? Viens, que je te présente à mes amis !
Le petit garçon laissa son livre et son frère à regret, mais il obtempéra et alla rejoindre sa mère qui était entourée d’un petit groupe de femmes toutes tirées à quatre épingles.
- Mesdames, voici mon cadet, Maxime. Quel dommage qu’il n’ait pas sa tenu de scout sur lui, elle lui va tellement bien !
- Oh, tu es dans les scouts ? demanda l’une des dames, qui portait au cou une pierre impressionnante, même pour un enfant.
Maxime hocha la tête.
- Oui, tout comme son frère, nous en avons fait un petit louveteau, reprit Jeanne, visiblement très en verve, un sourire mielleux aux lèvres. Il me semble que votre garçon du même âge aussi, n’est-ce pas ?
La baronne de la Motte hocha la tête, et s’en suivit une conversation à laquelle Maxime assista sans y participer, sinon les rares fois où l’on se tourna vers lui. Tandis que sa mère, après avoir fait l’éloge de son fils, essayait de s’attirer les bonnes grâces de la riche baronne dans le but de lever des fonds pour les oeuvres de charité dont elle était à la tête, le garçon jeta un regard vers Nicolas qui tournait distraitement les pages du livre qu’il avait abandonné. Généralement, quand elle n’avait plus besoin de lui pour se mettre elle-même en valeur, Jeanne le renvoyait, lui permettant ainsi de retourner vaquer à ses occupations, il avait donc appris à attendre patiemment le moment de tourner les talons. Mais cette fois, la discussion prit un autre tour et soudain, Jeanne s’exclama :
- Votre fils joue du piano ? Comme c’est amusant, Maxime aussi, depuis un peu plus d’un an, précisa-t-elle, avant de se tourner vers son fils. Veux-tu montrer à la baronne comme tu joues ?
La question n’en était pas vraiment une, malgré le sourire qu’elle affichait.
- Maintenant, mère ? demanda le garçon, d’un voix légèrement inquiète.
Il n’en avait pas la moindre envie, mais comme la baronne et les autres compagnes de sa mère insistaient avec forces exclamations, il n’eut pas le choix et se dirigea vers une pièce attenante où se trouvait le grand piano sur lequel il passait de longues heures à répéter ses gammes et quelques morceaux faciles depuis l’année précédente - un cadeau d’anniversaire pour ses six ans. Il s’installa sur le tabouret et d’une main peu assurée, fit retentir les premières notes de l’Hymne à la Joie de Beethoven puisque le carnet de partitions était resté ouvert dessus. Légèrement gêné par les regards qui s’étaient posés sur lui, dont celui perçant de sa mère, il s’y reprit à plusieurs fois, et les trois minutes qui suivirent lui semblèrent durer une éternité. Sa prestation fut saluée avec politesse ou attendrissement, mais si sa mère passa avec une tendresse formelle sa main dans les cheveux bruns (l’affection n’était selon elle pas de son rôle de mère) de son fils, elle avait les lèvres légèrement pincées et Maxime devina qu’elle n’était pas tout à fait satisfaite. Boudeur, il alla retrouver son frère.
- Ça fait dix-neuf maintenant, lança celui-ci qui avait abandonné le livre en le voyant revenir. Il a serré deux fois la main de Cravate Rouge. Tu as fait du piano ? ajouta-t-il avec un sourire goguenard.
- Mère a demandé, rétorqua Maxime. Pourquoi deux fois ?
- Pour lui dire bonjour et au revoir je crois, il est reparti. Père a dit que c’était toi qui jouait à Cravate Rouge, et il a dit qu’au moins on reconnaissait la musique, maintenant.
Maxime lança un regard noir à son frère, qui se fit pardonner un peu plus tard dans la soirée en volant trois parts de gâteau au chocolat qu’ils trouvèrent un coin tranquille pour manger. Le lendemain, Jeanne Andrieu annonçait fièrement à son époux au petit-déjeuner qu’elle avait réussi à convaincre la baronne de se montrer généreuse. Quant à Maxime, il passa un peu plus de temps avec son professeur de piano.

* * *
Le jeune homme jeta la photo de l’anniversaire de Rachel Lévi à la suite des autres dans la boîte ouverte, en se demandant pourquoi est-ce que l’on avait jugé utile de garder un souvenir de cette journée-là, alors qu’il aimait appréciait aussi peu la fille que ses parents estimaient Jacques et Elisabeth Lévi. Il songea qu’il serait toujours temps de s’en débarrasser quand il ne serait plus de bon ton de s’afficher avec ceux qui étaient désormais avant tout l’une des rares familles juives avec des appuis assez bien placés pour être protégés. Alors qu’il allait s’emparer d’autres clichés - décidément bien nombreux, un chien grogna dans son dos. Ce n’était pas celui qui le guettait toujours de près, mais ce carlin encore plus insupportable dont Jeanne avait fait son petit préféré. Maxime leva la tête et en effet, Jeanne se trouvait à l’entrée du salon.
- Léon ! appela-t-elle, provoquant aussitôt un petit jappement joyeux de la part du bichon qui quitta enfin son poste d’observation pour rejoindre sa maîtresse, en ignorant les grognements de son compagnon qu’elle avait au bras. Maxime, j’espère que tu as l’intention de ranger tout ça rapidement, tu sais que la baronne vient prendre le thé tout à l’heure… Oh, regarde comme tu es adorable sur celle-ci, s’exclama-t-elle en lui tendant un cliché où un petit garçon affichait une moue boudeuse, surmontée d’un chapeau de scout.
- Merci, marmonna Maxime en rangeant la photo avec les précédentes.
- Je ne comprends vraiment pas pourquoi tu t’obstinais à ne pas vouloir du chapeau… Mais passons, tu te souviens de la soirée à l’ambassade demain ? Je compte sur toi pour être là avec Gisèle, vous faites toujours bonne impression et je dois convaincre la femme de l’ambassadeur de s’entretenir avec moi pour convaincre Vichy de me laisser plus de marge de manoeuvre.
La moue méprisante qui tordit ses lèvres à la mention de Vichy montrait bien ce qu’elle pensait de Pétain et de sa clique. Ce dernier avait promis un ministère à Camille avant la formation du gouvernement en 1940, mais avait trahi ses promesses. De plus, Vichy avait fait main basse sur la gestion de toutes les oeuvres de charité, autant dire que l’Etat Français n’était pas en grâce chez les Andrieu.
- J’en parlerai avec Gisèle, vous avez demandé à Nicolas de venir aussi ?
- Bien sûr, madame l'ambassadeur était avocate et ton frère fait du droit, répondit Jeanne avant d’appeler le chien dénommé Léon pour qu’il la suive.
Là-dessus, elle tourna les talons et sortit à son tour, accompagnée de ses deux bichons.










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MessageSujet: Re: Maxime Andrieu    Jeu 10 Juil - 0:50


Ton histoire



Il rassembla une partie des photos rituelles de début d’année. Au dos de celle qui se trouvait au sommet du petit tas qu’il forma, la fine écriture de sa mère indiquait 1932. Il la retourna. Là encore, la famille était au complet - du moins presque. L’oncle Eugène, malade, était mort quelques années plus tôt. En revanche, les Colombel étaient toujours là. Maxime se reconnut, vêtu en scout - sa mère y tenait, pour le prestige disait-elle - entre Nicolas et sa cousine, Anne. Il s’était toujours bien entendu avec elle, même si elle s’imaginait pouvoir jouer les grandes soeurs et avoir de l’autorité sur lui - ce qu’il avait toujours pris un malin plaisir à contredire. Elle avait de l’ambition, contrairement à son frère Joseph, ce parangon de vertu selon leur général de grand-père qui avait toujours voulu en faire un modèle pour les garçons Andrieu qui n’entendaient pas rentrer dans l’armée. Joseph et le général, côte à côte, le toisaient sur le papier glacé, mais plus pour très longtemps, songea Maxime qui comptait bien découvrir ce que cachait le capitaine Colombel depuis quelques temps. Il n’avait jamais apprécié la façon dont son grand-père lui en faisait l’éloge, en lui faisant comprendre ce qu’il pensait de la politique. Pourtant, lorsqu’il s’arrêta un court instant sur la figure sévère de son père qui fixait l’objectif, un rictus étira ses lèvres. Camille Andrieu était alors ministre de l’Intérieur, preuve s’il en était que la politique pouvait mener aussi loin que l’armée.

PARIS, 1935
- Ah, Andrieu, je te croyais en cours ! Tu t’es échappé d’Henri IV ?
Maxime leva la tête et referma l’ouvrage dans lequel il était plongé lorsque Julien Boillier se laissa tomber sur une chaise face à lui. Il jeta un regard à l’horloge qui se trouvait au-dessus de la porte.
- Il est presque six heures, on nous laisse sortir parfois, tu sais ? répondit-il, narquois. D’ailleurs, je croyais que le rendez-vous était à six heures, j’ai manqué quelque chose ?
- Morancé vient d’appeler, ils auront du retard, il a dit une demi-heure. Maxime leva les yeux au ciel. Ça va, je vois que tu as de quoi t’occuper. C’est quoi ?
reprit Julien en désignant le livre que son camarade avait encore à la main.
- Shakespeare, Henry V.  
- Tu lis du Shakespeare toi ? fit Julien en levant un sourcil.
- Je sais que ça peut paraître étrange à quelqu’un qui ne sait plus lire quand il y a plus de deux phrases sans chiffres alignées, mais oui.
A la demande de Julien, qui ne se priva pas de lui lancer un coup d’oeil blasé, Maxime lui tendit le vieil ouvrage, non sans une certaine réticence. Il avait découvert Shakespeare quelques années plus tôt, lorsque son oncle Eugène était mort. A la surprise générale, sans doute pour faire un dernier pied-de-nez à son frère, celui-ci avait légué à son neveu les plus beaux livres que renfermaient sa bibliothèques, et parmi eux, l’oeuvre presque complète de William Shakespeare. Le jeune homme avait plongé dans la lecture des ses pièces et n’en était toujours pas revenu, à tel point d’ailleurs qu’il avait relevé avec brio le défi de les lire en anglais. Il avait une affection particulière pour Henry V, dont son oncle lui avait légué la très vieille et très précieuse édition qu’il ne sortait que rarement, et sur laquelle il garda un oeil concerné lorsque Julien la tourna entre ses mains.
- Mazette, siffla ce dernier, c’est du beau bouquin.
Maxime esquissa l’un de ces petits sourires dont il avait le secret qui signifiaient clairement qu’il ne disait pas le fond de sa pensée - en l’occurrence, qu’il ne s’agissait pas que d’un « beau bouquin ». Il parlait peu de sa fascination pour Shakespeare, et Boillier, qui ne jurait que par les mathématiques, n’était certainement pas l’interlocuteur idéal. Il le connaissait depuis un an, date à laquelle le parti de l’Alliance Démocratique avait créé la Jeunesse républicaine à laquelle tous deux avaient adhéré en même temps. Pour l’un comme pour l’autre, l’organisation de jeunesse était un moyen de mettre les pieds dans le monde de politique - même si Maxime avait pour lui d’être poussé par un père déjà plusieurs fois ministre, et qui avait lui-même participé à la structuration de l’Alliance Démocratique en 1933 et la fondation de la Jeunesse.
- Andrieu ! appela une autre voix dont le propriétaire passa la tête dans le bureau où ils se trouvaient, ton père est là !
Il y avait une certaine déférence dans sa voix. Tout le monde ne portait pas Camille Andrieu dans son coeur, comme tout homme politique se respectant, il avait des ennemis, mais il était l’un des cadres les plus influents du parti. Maxime récupéra son livre des mains de Julien qui fronçait les sourcils en lisant quelques répliques au hasard, puis se leva lestement du fauteuil dans lequel il s’était enfoncé pour aller rejoindre son père. La JR partageant les même locaux que le siège du parti, il n’y avait rien d’étonnant à la présence de Camille. Son cadet le trouva en pleine conversation avec l’un de ses associes, lequel prit congé en le voyant arriver.
- Bonjour, fils, lança le député.
- Bonjour, père, répondit celui-ci en saluant d’un signe de tête un autre des membres de la Jeunesse qui arrivait pour la réunion prévue le soir-même.
Un court instant, Camille dévisagea son fils. Il était bien loin, le petit garçon que l’on forçait à jouer au piano une dizaine d’années plus tôt (il avait d’ailleurs fini par devenir doué) et dégageait une assurance que certains confondaient déjà avec de l’arrogance, un héritage familial. Depuis quelques années, le député poussait son fils à suivre ses traces, sur lequel il reportait une partie de sa très grande ambition. L’on était député de père en fils dans la famille, et non seulement il tenait aux traditions, mais il avait la certitude que Maxime pouvait aller loin. Sans le lui dire clairement - il n’aimait pas les effusions, et exprimait rarement autre chose que son désaccord - il savait en revanche très bien lui faire comprendre ce qu’il attendait de lui. Jeanne voulait en faire un garçon accompli, et lui un politicien aguerri, et Maxime savait parfaitement cela.
- Flandin tient à ce que ce soit remis à Morancé en mains propres, reprit Andrieu père en tendant un dossier à Maxime. Vous n’êtes pas en réunion ?
- Elle commence plus tard, répondit Maxime en s’emparant de la pochette grise. Ça risque de durer, on va parler campagne et nouveau bureau.
Camille laissa échapper un regard entendu. Une place de Vice Président s’était libérée, et s’il était encore jeune, il savait que son fils n’espérait pas moins rafler les votes des autres membres du bureau. Il le souhaitait en effet, par ambition, parce qu’on ne démarrait jamais trop tôt, mais aussi parce qu’il y avait quelque chose de rare à y gagner : la fierté du député Camille Andrieu.
- Fais ce que tu as à faire.
Le jeune homme hocha la tête et observa son père tourner les talons sans un mot de plus, avant de quitter le couloir à son tour pour retrouver ses compagnons et déposer le dossier dans le bureau du Président, Gaston Morancé. S’il ne fut pas élu Vice-Président ce soir-là, en raison de son âge, Maxime ne manquait pas de connaissances parmi les cadres de la Jeunesse. Ce ne fut d’ailleurs que partie remise : trois ans plus tard,  alors étudiant en Lettres à la Sorbonne et à l’Ecole Libre de Science Politique, lorsqu’il se présenta à nouveau, il rafla une large majorité des voix.

* * *
L’ambition n’avait jamais fait défaut au jeune Andrieu, au contraire, il se montrait de plus en plus audacieux, et décidé à parvenir à ses fins, sans s’embarrasser de scrupules - il avait pour cela un modèle de choix en la personne de son père. Ce fut d’ailleurs au tour de celui-ci de faire une apparition dans le salon, avec l’un de ses ex-attachés parlementaires qui travaillait toujours avec lui, même si Maxime lui-même ignorait ce que faisait exactement son père auprès des Allemands puisque Vichy avait osé lui dénier un poste au gouvernement.
- Mazan est un bon à rien mais il est acquis à la cause de Vichy, et Cabanel, n’en parlons-pas, disait l’ancien député sur un ton hautement méprisant, avant de s’interrompre. Ah Maxime, tu tombes bien.
L’intéressé jeta un paquet de photos dans la boîte (non sans constater qu’il en restait toujours un certain nombre éparpillées un peu partout) et se redressa pour saluer son père.
- J’ai eu un entretien tout à fait intéressant avec Mazan, continua Camille avec un regard qui laissait entendre qu’il avait, à peu de choses près, menacé l’ambassadeur, il y a une place pour toi à Matignon. C’est malheureux de devoir en passer par ces imbéciles, mais c’est la politique.
Maxime, qui s’attendait à cette annonce depuis quelques jours, constata froidement que ce n’était pas là une proposition. Son père avait décidé de lui trouver une place à l’ambassade de Vichy, en plus de ses études, et s’il avait évidemment approuvé l’idée, maintenant que c’était chose faite, il n’avait absolument pas le choix. Néanmoins, un sourire satisfait étira ses lèvres.
- Je suppose que vous aviez de quoi le rendre attentif, lâcha-t-il.
- Tout à fait, il ne fait pas bon voir certaines choses ressortir ces derniers temps. Tu commences lundi.
- J’y serai.
Andrieu père hocha la tête, jeta un regard perplexe aux photos étalées sur le sol, puis reprit sa conversation là où il l’avait laissée en se dirigeant vers son bureau, laissa son fils savourer l’idée que les choses allaient enfin avancer, quand bien même il fallait se lier aux pantins de Vichy. Maxime n’avait peut-être pas le choix, mais cela ne faisait rien : les ambitions de son père étaient les siennes.

Il commençait à partir à la pêche aux clichés éparpillés autour de lui, quand un petit bruit caractéristique lui fit lever les yeux. Un troisième chien - le dernier, heureusement - fit son apparition, un peu moins ridicule celui-ci, mais tout aussi insupportable. Maxime dut le chasser quand il se mit à renifler l’une des photographies, qu’il récupéra et à laquelle il jeta machinalement un coup d’oeil. C’était encore une photo de famille, mais cette fois, les Colombel avaient disparu. Jeanne et sa soeur, qui avait épousé un militaire, elle, se disputaient l’héritage de leur père, le fameux général. Celui-ci n’était pas encore mort à l’époque - il ne l’était toujours pas à l’heure actuelle, d’ailleurs - mais il avait déjà eu le malheur de parler testament, et Jeanne s’était empressée d’intriguer pour le convaincre de lui en laisser la partie la plus imposante. Depuis, sa soeur ne lui adressait plus la parole. Ne restaient donc sur le cliché que son père, sa mère, Nicolas et lui-même, tous froidement figés. Maxime retourna la photo : elle datait de 1941. Les Allemands étaient déjà là.

PARIS, 1940

Maxime referma sèchement le journal de la Sorbonne en levant les yeux au ciel. Il n’avait déjà plus un grand intérêt depuis que Lévi et Perrin avaient trouvé le moyen de le chasser de son poste de rédacteur en chef - et ce uniquement parce que Rachel n’avait pas supporté qu’il ose lui refuser la publication d’une nouvelle (assez mauvaise, il maintenait) - mais maintenant que les Allemands s’étaient installés à Paris et contrôlaient la moindre publication, certains sujets tombaient bien bas bas. Un certain nombre de choses étaient tombées bien bas, à vrai dire, depuis quelques mois. L’armée avait trouvé le moyen de perdre, le gouvernement s’était livré à une débandade dans les règles, et les représentants de l’Etat Français avaient quelque chose de pitoyable. Maxime, tout comme son père, était républicain, même s’il restait persuadé que la République telle qu’ils la connaissaient avant-guerre pouvait être réformée pour rendre le gouvernement plus efficace. Ce qui se passait à Vichy lui apparaissait en conséquence comme méprisable, et la façon dont Camille Andrieu s’était vu refuser le ministère de l’Intérieur promis après que les députés aient voté le pleins pouvoir à Philippe Pétain n’était pour arranger les choses. Comme souvent depuis le 10 juillet dernier, Maxime songea qu’il était malheureux que les seuls à conserver un peu de panache étaient les Allemands.
- Pétain est incapable ! tonna la voix de Camille depuis une autre pièce.
Le plus jeune des Andrieu poussa un soupir avant d’abandonner sur son bureau l’exemplaire de Macbeth qu’il était entrain d’étudier. Son affection pour Shakespeare n’avait pas disparu, c’était d’ailleurs à lui qu’il consacrait désormais ses études : son mémoire portait sur les raisons pour lesquelles certains remettaient en cause la paternité de ses oeuvres et pourquoi ils se trompaient. Malgré la pagaille semée par la défaite et l’installation visiblement définitive des Allemands, ses cours à la Sorbonne avaient repris presque normalement en septembre, même que l’Ecole de Science Politique. Finalement, après quelques mois, Maxime et les Andrieu de manière générale avaient fait ce qu’ils faisaient le mieux : s’adapter, et tenter de tirer profit des circonstances. En prenant en compte que les véritable maîtres désormais étaient les Allemands. Ce qui était visiblement le sujet de la dispute sur laquelle il tomba lorsqu’il pénétra dans le salon.
- Vous livreriez la France à n’importe qui, tant que vous y trouveriez votre compte !
Antoinette Deslandes, la soeur de Jeanne, férocement pétainiste, s’était levée pour faire face à son beau-frère, lequel la toisait avec tout le mépris dont il était capable, tandis que Jeanne elle-même semblait être sortie de sa condescendance et son affabilités habituelles - il faut dire qu’elle avait elle-même une certaine rancoeur contre Vichy qui la privait de sa liberté d’action en terme d’association caritative, puisque tout était centralisé. Maxime haussa un sourcil en devinant que la conversation concernant l’héritage du grand-père dont la moustache ne le faisait plus rire autant que lorsqu’il était gamin avait dérapé.
- Pétain ne peut surtout plus faire grand chose pour qui que ce soit, surtout pas en zone nord, lâcha-t-il, s’attirant un regard noir de sa tante. Puisque les Allemands décident, autant en prendre son parti.
Il afficha un rictus ironique, en s’appuyant au chambranle de la porte. Antoinette, qui se retrouvait seule face à trois Andrieu, choisit sagement de battre en retraite en claquant la porte, tirant à Maxime la pensée qu’il allait avoir le droit à des remontrances de sa cousine Anne. Il salua ses parents qu’il n’avait pas encore vus de la journée, puis demanda où se trouvait Nicolas.
- Il est sorti avec des amis, ils sont en droit aussi, répondit Jeanne, des garçons charmants, tu t’entendrais avec eux.
Il hocha la tête, songeant qu’il aurait sans doute l’occasion rencontrer les amis en question, comme la plupart des gens qui se trouvaient dans l’entourage de son frère aîné. Il ignorait que cette rencontre ne lui ferait pas découvrir des « garçons charmants » comme le prétendait sa mère, et qu’il aurait largement mieux valu ne jamais les connaître.

* * *
- Toujours là ? Tu envisages de t’en sortir avant la fin de la journée ? lança la voix railleuse de Nicolas qui venait de reparaître, sans sa batte de baseball et avec d’autres vêtements.
- Je devrais m’en sortir, merci pour ton aide précieuse en tout cas, rétorqua Maxime sur le même ton en se redressa, quelques photos à la main. Tu as des cours ?
- Dans quarante minutes, si tu comptes partir avant une heure, je t’attends.
Nicolas s’appuya contre un meuble, un sourire goguenard aux lèvres, sans la moindre intention de venir en aide à son frère. Ce dernier leva les yeux au ciel, chassa de nouveau le troisième chien qui semblait rôder dans les environs et alla ramasser quelques clichés qui avait glissé près du sofa.
- Tu ne m’avais pas dit que tu t’étais mis au baseball, lança Maxime en jetant un regard perplexe sur un cliché où lui et son frère portaient l’uniforme de leur collège, qu’il lui montra vaguement.
- Non, en effet, répondit l’intéressé avec un sourire énigmatique. C’est fou ce que tu es mignon, là-dessus, tu devrais les sortir plus souvent ces photos, je suis sûr que tes copines apprécieraient.
- Tu peux parler, regarde-toi ! rétorqua le jeune homme. Ce baseball, tu es tellement peu doué que tu as honte d’en parler c’est ça ? Allez, on peut pas être bon partout, je croyais que la boxe te suffisait.
Une fois de plus, il n’obtint pas d’autre réponse qu’un rictus qui ne disait pas grand chose, mais alors qu’il allait reprendre la parole, son aîné daigna se pencher pour ramasser un cliché qui traînait à ses pieds.
- Tiens, n’oublie pas ta chère et tendre…

La photo avait été prise à l’été 1941, Maxime n’eut pas besoin qu’on lui donne la date car il se souvenait assez bien du jour où ses fiançailles avec Gisèle Delmas avaient été officialisée. Sur le cliché que lui montrait Nicolas, ils posaient l’un au bras de l’autre, souriants, mais si l’expression de Gisèle avait quelque chose d’agacé (on venait de lui faire une remarque sur sa place à Radio-Paris), Maxime, lui, affichait un sourire satisfait. Ces fiançailles, arrangées depuis quelques années, faisaient partie d’un tout, et Gisèle rendait bien à son bras, c’était à peu près tout ce qu’il lui demandait, même si avec le temps, ils avaient fini par bien s’entendre (et bien se connaître, y compris bibliquement parlant). Cela n’empêchait pas Maxime de papillonner et de collectionner quelques conquêtes, comme le lui fit remarquer Nicolas qui l’avait vu au bras de Silke la semaine précédente. Cette jeune Allemande avait attiré son attention lors d’une soirée mondaine, mais s’ils avaient fini par passer quelques nuits ensemble, ils étaient surtout devenus amis, une amitié à peu près sincère, mais également intéressée de la part de Maxime qui pensait qu’il ne pourrait jamais lui être inutile d’avoir quelqu’un travaillant dans la SS parmi ses connaissances. Tout était propice à servir ses ambitions.

PARIS, 1943

- Où est-ce que tu vas ? demanda la jolie brune toujours enroulée dans les draps que Maxime s’apprêtait à abandonner.
- J’ai un rendez-vous.
- Avec qui ? insista Silke Fetting.
- Un ami, répondit le jeune homme, un sourire énigmatique aux lèvres.
Il la dévisagea un instant. Il y avait quelques mois déjà que leurs aventures s’espaçaient, ils s’étaient retrouvés à une soirée la veille, et avaient trouvé plus intéressant à faire que siroter du champagne en compagnie d’officiers allemands et autres notables français. Etrangement, Silke, qu’il connaissait pour aimer sortir et être plus fêtarde que lui avait semblé soulagée de quitter les lieux, mais comme elle n’avait pas répondu à son unique question sur le sujet, il avait rapidement cessé de s’en préoccuper. Silke était une amie qui pourrait peut-être lui ouvrir quelques portes, il n’était pas du genre à se poser ce genre de questions - en l’occurrence, peut-être aurait-il dû.
- Bon… a bientôt alors. Tu diras bonjour de ma part à ta fiancée.
Maxime consentit volontiers un éclat de rire à cette plaisanterie, puis sortit de l’appartement qu’occupait Silke, et après un rapide passage chez lui où il croisa Nicolas sur le départ et sa mère en plongée dans ce qui semblait être un livre de comptes, se rendit à l’adresse qui lui avait été indiquée par téléphone deux jours plus tôt. Ce n’était pas un ami, mais un certain M. Blanchard qu’il rencontrait. Ils avaient déjà eu une conversation, la semaine précédente, dans laquelle Maxime avait évoqué ses ambitions politiques, ce à quoi il avait répondu qu’il pouvait peut-être lui donner quelques tuyaux. Le jeune homme n’était pas tout à fait certain de ce à quoi il devait s’attendre, mais une opportunité ne se refusait pas, et s’il ignorait exactement qui était cet homme qui semblait à la fois en cheville avec les Allemands, Vichy et quelques collaborationnistes notables, il était curieux de savoir ce qu’il avait à lui dire. Ponctuel, il se présenta à onze heures précise à l’adresse indiquée, et fut aussitôt accueilli avec un enthousiasme formel par François Blanchard.
- Monsieur Andrieu, je suis ravi de vous rencontrer à nouveau !
- Le plaisir est pour moi, Monsieur Blanchard, répondit Maxime en s’installant avec assurance sur le fauteuil qui lui fut désigné.
- Comment va votre père ? Il y a longtemps que je ne l’ai pas croisé !
- Bien… Il est occupé. On n’arrête jamais vraiment la politique.
Blanchard hocha la tête, avec un sourire entendu, laissant entendre à son interlocuteur qu’il avait sa petite idée sur ce à quoi était occupé Camille Andrieu : la politique, certes, mais en ces temps troublés, on appelait surtout cela des intrigues pour son propre profit.
- Et vous voulez suivre ses traces ? Maxime hocha la tête. Ça doit être de famille… On ne compte plus combien d’Andrieu se sont succédés à la Chambre.
- J’aime assez l’idée de poursuivre la tradition, même ailleurs qu’à la Chambre.
Il y eut un court silence. Le jeune homme fixa Blanchard sans baisser les yeux, un air affable et assuré au visage.
- Vous avez de l’ambition, jeune homme, c’est bien. Mais vous savez, percer en politique, ces derniers temps, ça ne se fait plus comme l’a fait votre père… Il faut savoir plaire aux bonnes personnes.
Maxime esquissa un rictus ironique.
- Disons qu’il a toujours fallu plaire aux bonnes personnes, mais que les bonnes personnes ont changé, rectifia-t-il en s’enfonçant dans son siège, tandis que Blanchard le dévisageait.
- Ce n’est pas faux.
- Et à votre avis, comment dois-je m’y prendre pour plaire à ces messieurs les Allemands dans ce domaine ?
A nouveau, un court silence s’installa, et Blanchard dut bien s’estimer surpris - mais agréablement surpris - par l’aplomb du jeune homme, qui ne semblait pas s’embarrasser d’états d’âme. Et de fait Maxime ne voyait pas où était le problème à collaborer, si cela pouvait lui servir.
- Aux Allemands, et aux quelques personnes encore influentes à Vichy, pour être exact. Ce n’est pas une mince affaire, on se méfie beaucoup des nouveaux venus ces derniers temps… On ne se fie qu’aux informations utiles.
Le fils Andrieu prit un instant pour réfléchir, et peser sa réponse. Les informations utiles pouvaient se décliner sous toutes sortes de formes, et il en avait sans doute quelques unes à donner, mais autant se rendre le plus intéressant possible.
- J’ai entendu dire que les noms avaient un certain succès, à Vichy comme chez les Allemands.
- Les noms ? En effet. Mais pas n’importe lesquels, vous vous en doutez. Blanchard plissa les yeux. A qui pensez-vous ?
- Aux Lévi.
L’homme derrière son bureau laissa échapper un sourire. Voilà qui avait au moins le mérite d’attirer son attention.
- Vous voulez parler de Jacques Lévi, et sa famille ? Maxime hocha la tête. Vous savez que s’ils n’ont pas encore été arrêtés, c’est qu’on les protège en haut lieu. Ce n’est pas n’importe qui… Vous avez des informations à leur sujet ?
- Leur fille est à la Sorbonne, elle partage certains de mes cours, sans son étoile, mais je suppose qu’il vous faut plus. Blanchard opina du chef. Je suis certain qu’elle cache quelque chose.
- C’est vague, mais je sais que certaines personnes ne seraient pas fâchés… disons d’en finir. Vous pensez vraiment pouvoir trouver quelque chose de concluant ?
Maxime hocha la tête. C’était un coup de poker, il le savait, mais il ne risquait rien à tenter, et il croisait assez souvent Rachel Lévi pour avoir ses raisons de douter.
- Eh bien, Andrieu, je crois que nous avons un accord. Ramenez-moi des informations intéressantes sur Rachel Lévi et sa famille, et je pense que vous pourrez vous vanter d’avoir frappé un grand coup. On ne pourra pas manquer de vous remarquer.
- Je peux compter sur votre appui quand le moment sera venu ? demanda le jeune homme en plongeant son regard dans celui de Blanchard.
- Tout à fait.
- Alors nous sommes d’accord.
Ils se levèrent, et se serrèrent la main. Lorsqu’il sortit du bureau de Blanchard, Maxime eut la sensation que la matinée avait été fructueuse. En un sens, il n’avait pas tort.

* * *
Maxime récupéra la photo de Gisèle des mains de son frère, en tâchant de noter dans un coin de sa tête qu’il devait la contacter pour la soirée du lendemain, et la jeta dans la boîte. Ne restaient que deux clichés, qu’il alla ramasser, deux photos de lui, mais éloignées de vingt ans l’une de l’autre. Il jeta un regard circonspect au petit garçon, une barre de chocolat à la main et qui semblait avoir été surpris par le photographe sur la première image, puis au jeune homme au sourire satisfait sur la seconde. Enfin, il les jeta pêle-mêle dans la boîte qu’il referma, en songeant qu’il se moquait de ce qu’il avait un jour été. Lui allait de l’avant, le passé l’indifférait. Un dernier regard autour de lui lui indiqua qu’il en avait terminé et rapidement, il posa le couvercle et rangea la fameuse boîte sans plus lui accorder un regard, tandis que Nicolas continuait à déblatérer sur ses conquêtes.
- Tu peux parler, rétorqua Maxime, tu comptes vraiment rester avec la fille de l’autre fois… Odette c’est ça ?
- Dis donc, mêle-toi de ce qui te regarde, est-ce que je te donne mon avis, moi ? lança Nicolas, faussement outré.
- … à l’instant, oui.
- Ça va, je plaisante, tu sais bien : les filles on touche pas, c’est sacré. Il lui adressa un clin d’oeil complice. Tu peux bien voir qui tu veux, c’est pas moi qui viendrai te poser des problèmes.
Maxime ironisa en disant qu’il avait bien intérêt, puis ils sortirent tous les deux du salons. Nicolas avait cours et lui devait toujours échanger quelques mots avec Rachel Lévi, qui ne lui avait toujours rien livré d’intéressant.

Les deux frères quittèrent l’appartement en continuant à plaisanter. Quand Maxime claqua un peu brusquement la porte derrière eux, il ne vit pas, à l’intérieur, le cadre qui se trouvait non loin, mal attaché, tanguer puis se décrocher. Derrière la vitre brisée, la photo de famille de l’année 1943 venait de s’écraser sur le sol.



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■ religion: Ne croit qu'à la politique. Dieu ? ça fait longtemps qu'il n'existe plus, non ?
■ situation amoureuse: Coincé dans un mariage malheureux avec Madeleine Claussat. Trop occupé à cause de son beau-père pour avoir le temps d'aller voir ailleurs.
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MessageSujet: Re: Maxime Andrieu    Jeu 10 Juil - 18:28

Depuis le temps qu'on parle de ce Maxime, tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir de voir sa tête officiellement par ici  gaga , j'ai terriblement hâte de lire ce que tu vas écrire à son sujet ! Bon, Edouard boude un peu car il paraît qu'il va l'avoir dans les pattes mais je suis allée me débarrasser de lui pour te souhaiter la (rerere-)bienvenue   (parce que c'est toujours le pied de te souhaiter la bienvenue, à toi qui est là depuis bien plus longtemps que moi mdr ).

Bon courage à toi et à très vite en rp    (et évidemment le   qui va tellement bien à Maxime face )

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
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MessageSujet: Re: Maxime Andrieu    Jeu 10 Juil - 22:21

Han!! 22 v'là le stagiaire :gnhehe: je ne peux que sortir Gégène pour l'occasion!

Je vois en tout cas que tous les gens de l'ambassade sont des BG, donc évidemment bienvenue par ici xD
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MessageSujet: Re: Maxime Andrieu    Mer 16 Juil - 6:58

Bienvenuuuue!!! Maxime est un super personnage j'ai hâte de voir ce que tu vas en faire ** à tes risques et périls :gnhehe:

Amuse toi bien parmi nous et bon courage pour ta fiche **
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MessageSujet: Re: Maxime Andrieu    Dim 3 Aoû - 2:14

Merci à vous, très chers face

Bien, je vous annonce très officiellement que ma fiche est terminée - de justesse avant de commencer le boulot 8D

J'espère que mon petit dernier vous plaira gaga

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MessageSujet: Re: Maxime Andrieu    Dim 3 Aoû - 3:04

Bon, sans grande surprise, j'ai adoré ta fiche et je ne peux résister à l'envie de te valider à une heure improbable mdr (juste, n'oublie pas de remplir ton avis à la population face ). Au plaisir de te lire et de jouer avec toi 8D

Allez hop, au boulot, tu connais la maison !


Toutes mes félicitations, ta fiche a su toucher le cœur de nos berniques en chef, tu es à présent VALIDÉ. Mais l'aventure ne fait que commencer ! Merci de venir réserver ton avatar afin d'être sûr de pouvoir le conserver et de te recenser dans les registres de notre préfecture du forum, étape indispensable si tu ne veux pas qu'il t'arrive tes ennuis ! Tu dois tout d'abord te faire ajouter à la liste des membres et de leurs DC ainsi que dans le who's who des Allemands si tu es concerné.

Cette première étape achevée, tu peux désormais te lancer dans le jeu ! Mais pour t'éviter tout problème, nous avons quelques parachutes de secours : tu peux te faire des amis (ou toute autre connaissance car tout bon Parisien doit avoir un carnet d'adresses bien rempli) ainsi que remplir une petite bibliothèque pour ne pas te perdre dans les dizaines de rp que tu ne manqueras pas d'ouvrir ! Et si tu souhaites des idées de rp, n'oublie pas que tu peux aller consulter la partie top-secrète des complots. Mais si tu es timide, tu as toujours la possibilité d'aller t'inscrire aux mini-intrigues où les berniques en chef t'organiseront des tête à tête avec des inconnus.

Tu ne connais pas très bien Paris et tu es perdu dans nos rues ? N'hésite pas à consulter le petit guide de Paris qui t'accompagne où que tu ailles.

Nous te rappelons que tu peux solliciter les berniques en chef pour obtenir un rang et un logement à partir de 100 messages.

Allez, il ne te reste plus qu'à venir nous faire un petit coucou dans le flood ! Note qu'en ce moment, sur le forum, tu peux nous époustoufler en relevant les défis lancés par La Propagande !
Bon jeu parmi nous happy

₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪


« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
J.K. Rowling © .bizzle


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■ profession : Etudiant en lettres et à l'Ecole Libre de Science Politique, stagiaire (relou) à l'ambassade de Vichy.

PAPIERS !
■ religion: Catholique, peu pratiquant
■ situation amoureuse: Célibataire
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MessageSujet: Re: Maxime Andrieu    Dim 3 Aoû - 3:16

Merci pour la validation à une heure wtf

Je me mettrai au boulot demain face , Maxime va prendre la nuit pour savourer l'idée d'être validé 8D ammu

₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪

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Maxime Andrieu

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