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 [Avenue Valois] Le seul moyen d'allonger la vie, c'est d'essayer de ne pas la raccourcir

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Edouard Cabanel
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■ profession : Ambassadeur de Vichy à Paris

PAPIERS !
■ religion: Ne croit qu'à la politique. Dieu ? ça fait longtemps qu'il n'existe plus, non ?
■ situation amoureuse: Coincé dans un mariage malheureux avec Madeleine Claussat. Trop occupé à cause de son beau-père pour avoir le temps d'aller voir ailleurs.
■ avis à la population:

MessageSujet: [Avenue Valois] Le seul moyen d'allonger la vie, c'est d'essayer de ne pas la raccourcir   Sam 19 Juil - 12:27

La voiture stoppa à un embranchement et le chauffeur se pencha légèrement pour tenter de distinguer les panneaux qui indiquaient les diverses directions qui s'offraient à lui. Mais force fut de constater que les mots écrits en lettres gothiques – et qui plus est en allemand – étaient fort peu lisibles. Le conducteur plissa les yeux mais il y avait bien trop de consonnes sur le panneau de droite pour qu'on puisse simplement prononcer ce terme, et dans un soupir, il se retourna vers sa passagère :
- Vous ne reconnaissez vraiment pas les environs ? Demanda Édouard Cabanel à celle qui lui faisait office de secrétaire et qui était en réalité sa complice des mauvais coups.
Laquelle complice avait bien failli ne pas ressortir entière du dernier mauvais coup en date, et Édouard sentait encore ses mains en trembler sur le volant de la Citroën Traction qu'il avait emprunté à l'ambassade de Vichy et qui faisait des hoquets dès qu’Édouard appuyait sur l'accélérateur en surveillant le niveau d'essence qui baissait à un rythme effréné sur le compteur (ce qui était assez inquiétant vu la quasi-impossibilité à mettre la main sur de l'essence en ce mois d'avril 1943). Il ne manquait plus qu'ils ne tombent en rade à force de tourner dans le VIIIe arrondissement, pour finir la journée en beauté. Édouard aurait été ravi d'expliquer pourquoi il avait amené Alice Boulanger déjeuner dans un restaurant aussi huppé que le Meurice avec une voiture empruntée à l'ambassade. Sûr qu'Eugène aurait été très compréhensif et assez généreux pour ne pas être furieux de savoir l'une des rares automobiles non réquisitionnées en panne sur le bord d'une rue inconnue de Paris. Sans compter que sans voiture, ils se retrouvaient tous les deux à pied perdus dans la capitale à la recherche d'une certaine avenue de Valois qu’Édouard ne connaissait que pour être non loin du parc Monceau. Indication vague quand on conduit une Citroën et que la sensation d'y avoir échappé belle n'aide pas à se concentrer sur un parcours – et encore moins sur ces fichus panneaux écrits en allemand. Les Allemands auraient au moins pu faire l'effort de parler français une fois arrivés, après tout, c'était eux les occupants.
- Ne serait-il pas écrit « boulevard Malesherbes » sur ce panneau ? Tenta de déchiffrer Édouard en pointant du doigt l'indication de gauche.
Fort heureusement, la circulation parisienne avait bien diminué depuis les premiers mois de la guerre, et les habitants de la ville, faute de voiture ou d'essence, empruntaient davantage leurs vélos ou le métro – quand celui-ci n'était pas coupé à cause d'un manque d'électricité ou de fortes chaleurs (Édouard n'avait jamais compris le rapport avec les chaleurs). Aussi aucun concert de klaxons ne résonnaient dans la rue derrière eux – à moins que ce ne fut parce qu'on prenait la brave Citroën à la carrosserie noire pour une voiture de la Gestapo et qu'il ne valait mieux pas se faire remarquer par la  Gestapo. Toutefois Édouard vit une sorte de diligence conduite par deux chevaux arriver dans le rétroviseur et décida qu'il lui fallait éviter cette vision début du siècle.
- Bon, plutôt droite ou gauche ? Réfléchit-il à voix haute, avant de tourner le regard vers Alice Boulanger et de se rendre compte que son manque de réponse constructive était probablement due à son air boudeur : allons, ne faites pas cette tête, nous n'avions pas le temps de fouiller dans les papiers des tiroirs de son bureau. Cette mission était importante mais je tiens à avoir encore quelques belles années devant moi. Et le seul moyen d'allonger la vie, c'est d'essayer de ne pas la raccourcir.

En effet, les belles années en question avaient bien failli ne devenir qu'un rêve quand l'officier allemand dans la suite duquel ils se trouvaient était rentré plus tôt et les avait surpris en pleine fouille méthodique des documents de son bureau. Édouard se souvenait encore le bond de son cœur au moment où la porte avait claqué et la sueur froide qui avait coulé le long de son échine. Ils n'avaient nulle raison valable de se trouver là, les deux clients du restaurant au rez-de-chaussée qui s'étaient coulés dans les couloirs de l'hôtel jusqu'à la porte de celui qui s'occupait de gérer les régiments envoyés sur le mur de l'Atlantique. Lequel avait un rendez-vous essentiel à l'hôtel Majestic mais il fallait croire que la chance n'était pas du côté du duo envoyé par la France libre et le SOE. Le conseiller de l'ambassadeur de Vichy se répétait en lui-même que s'il attrapait celui qui avait annulé cette réunion, il l'étranglerait volontiers et pourtant il n'était pas du genre à perdre son calme. Ou alors il lui arracherait les entrailles et le couvrirait de bandeaux. Plus pratique pour cacher son crime s'il pouvait dissimuler la momie au Louvre. En soit, la situation ne manquait pas de piquant car ils étaient encore bel et bien coincés dans un bureau mais cette fois-ci, aucun Brechen-truc n'allait les sortir de ce mauvais pas. Ils avaient fini par prendre la fuite alors que l'officier allemand se dirigeait vers sa douche pour dévaler à toute allure les escaliers de service alors que leur victime du jour, prévenue par le bruit, lançait une alerte dans le Meurice. Édouard était certain qu'ils n'avaient pas été vus. Mais ils avaient été sur le point d'être pris dans leur course éperdue, alors qu'il avait fini par saisir la main d'Alice pour éviter qu'elle ne trébuche sur ses talons hauts. Et dans leur voiture, se trouvait la petite radio qui leur permettait d'envoyer des messages à Londres. Ils auraient été cuits. Ce n'était que vingt minutes plus tard que les battements affolés du cœur de Cabanel se calmaient enfin. Il n'était définitivement pas fait pour les missions de terrain, savoir le danger imminent ne lui plaisait pas du tout. Le jeune homme lança de nouveau un regard vers sa passagère et se demanda si elle aussi avait eu peur. Si c'était la raison de son peu d'aide pour retrouver le chemin de l'endroit où elle habitait et de son mutisme. A moins qu'elle ne lui reprochait en silence d'avoir failli à la mission – même si ce « en silence » ne lui ressemblait pas. Comme rentrer à l'ambassade tout de suite était dangereux, et qu'on y recevait actuellement plusieurs envoyés de Vichy, la Citroën avait un peu tourné dans Paris pour semer d'éventuels poursuivants (et se semer elle-même au passage) et Édouard, qui savait sa femme présente chez lui, avait fini par proposer de ramener Alice chez elle et d'utiliser son appartement pour envoyer à Londres les quelques vagues informations qu'ils avaient réussi à récupérer. Ou un SOS à De Gaulle pour sa part, car à un moment donné, il allait finir par mourir d'une crise cardiaque et pour l'éviter, il voulait être rapatrié en Angleterre. Il avait une voix agréable à la radio, il aurait même accepté de lire les messages personnels à la BBC si cela le sortait de sa situation. Enfin, tout ça, c'était uniquement si la voiture de l'ambassade ne tombait pas en panne, faute d'essence. Autant dire que c'était mal parti.

Alice Boulanger lui tendit une carte qui se trouvait dans sa portière pour qu'il y jette un coup d’œil alors que la diligence derrière eux continuait dangereusement à s'avancer. Édouard ouvrit le petit livret et se demanda pourquoi il ne saisissait pas un mot de ce qui était écrit. La peur avait-elle à ce point grillé ses neurones ? Ah non, c'était (encore) de l'allemand. Le livre semblait décrire avec force commentaires divers quartiers de Paris et Édouard comprit qu'il ne s'agissait là que d'un guide touristique pour les occupants. Qu'est-ce que ça fabriquait dans le véhicule de l'ambassade ? Eugène de Mazan entraînait-il ainsi son allemand ? Édouard, pour qui la langue germanique se rapprochait davantage du chinois, nota l'astuce avant de refermer le guide et de se décider pour tourner à gauche dans un rue qui s'avéra bien être le boulevard Malesherbes, preuve qu'il s'améliorait tout de même. Cinq minutes plus tard, sa passagère lui indiquait l'entrée de l'avenue Valois qui n'avait d'avenue que le nom car il s'agissait d'une petite impasse qui donnait sur le parc Monceau et la Citroën stoppa dans un crissement devant la porte d'un immeuble. Édouard ne bougea pas immédiatement et s'efforça de calmer le tremblement de ses mains sur le volant avant de passer une paume sur son visage las.
- Vous pourriez très bien vous débrouiller seule, affirma-t-il en avisant Alice qui sortait sur le trottoir (il se reconnaissait inutile, une première ! La peur avait vraiment dû endommager son cerveau), mais je pourrais monter la radio jusqu'à chez vous, si vous le souhaitez.
En réalité, il avait surtout besoin d'une pause avant de retourner chez lui et de retrouver Madeleine devant laquelle il devait faire comme si de rien n'était. Sorti à son tour de l'habitacle, il regarda sa complice des mauvais coups avec un espoir dissimulé. Et lorsqu'elle l'invita à monter jusque dans l'appartement, il réprima un sourire soulagé. Il ne s'attendait certainement pas à la suite des événements. Seulement pensa-t-il en pénétrant dans le salon où vivait Alice et en avisant la vieille dame qui s'était levée pour les accueillir que si le seul moyen d'allonger la vie, c'était d'essayer de ne pas la raccourcir, il aurait au moins pu mettre en application ses propres conseils.

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
J.K. Rowling (c) .bizzle


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MessageSujet: Re: [Avenue Valois] Le seul moyen d'allonger la vie, c'est d'essayer de ne pas la raccourcir   Mer 23 Juil - 13:49

Ces derniers temps, Alice Boulanger n'était pas en manque de sensation forte, mais ce léger détail n'empêcha pas le destin d'accabler la jeune femme d'une épreuve supplémentaire. Avec son acolyte Edouard Cabanel, ils avaient visité le restaurant Meurice avant de se dire qu'une ballade dans une chambre d'hôtel à l'étage ne serait pas de refus (en tout bien tout honneur, évidemment !). Traduisez (au cas où vous auriez l'esprit pervers) : des documents intéressants se trouvaient très probablement dans la suite d'hôtel d'un officier allemand et celui-ci devant être absent, le conseiller et sa secrétaire avaient jugé bon d'aller chercher ces documents. Ça aurait pu être une très bonne idée (et dans les faits, ça l'était ), si l'officier en question n'avait pas décidé de rentrer plus tôt que prévu pour prendre une douche. Bien sûr, la meilleure chose à faire était de prendre ses jambes à son cou pour ne pas se retrouver en mauvaise posture, mais la jeune femme aurait voulu tenter le tout pour le tout et continuer de chercher les fameux documents pendant que l'officier prenait une douche. Mais son collègue en avait décidé autrement et ils s'étaient enfuis de la chambre d'hôtel, non sans bruit, ce qui avait attiré l'attention de l'officier qui avait alerté tout l'hôtel. Courir avec des talons n'étant pas chose aisée (encore une chose que les services secrets soviétiques auraient dû lui apprendre), Edouard lui avait tendu la main pour l'aider à courir, dans un geste héroïque et chevaleresque qui aurait pu prêter à sourire si la situation n'avait pas été si catastrophique. Tout cela aurait pu mériter un bon repas au Meurice, mais les deux espions n'étant plus la bienvenue en ces murs, ils durent retrouver leur voiture, généreusement prêtée par l'ambassade de Vichy, et rouler à toute allure dans des rues inconnues avant d'être sûrs de ne pas être suivis. Malgré tout le danger que cela représentait, Alice Boulanger appréciait beaucoup ces moments où tout peut arriver, ces moments où l'adrénaline vous parcourait tout entier et vous donnait une force jusque là insoupçonnée. La jeune femme gardait le calme en toute circonstance, car si elle avait bien appris une chose, c'est que le stress et l'angoisse, en vous empêchant de réfléchir, pouvaient vous entrainer à commettre des erreurs irréparables. Alice Boulanger aimait l'aventure, elle aimait se faire peur et elle avait un goût du risque très développé. Plus développé que celui de son collègue, dont les mains tremblaient encore sur le volant tant cette épreuve l'avait angoissé. Alice réprima un sourire moqueur en observant Cabanel avant de regarder par la vitre de sa portière. Son acolyte n'était pas un aventurier, loin de là, et elle aurait pu mettre sa main à couper qu'il avait frolé la crise cardiaque. Si seulement il savait garder son sang-froid, ils auraient pu rester dans le bureau et récupérer les documents avant de s'enfuir plus discrètement. Les bras croisés, Alice observait les rues défiler dans un air boudeur. Ils avaient besoin de ces documents dont ils auraient pu transmettre les informations à Londres par radio. Mais maintenant, la seule chose qu'elle dirait à Londres était qu'ils n'étaient pas parvenu à récupérer quelques bouts de papier. Edouard avait proposé à Alice de la déposer chez elle, avec le poste de radio, pour qu'elle puisse s'en occuper tranquillement. Il était trop dangereux de débarquer à cette heure à l'ambassade de Vichy avec un poste de radio, d'autant plus que l'ambassadeur, Eugène de Mazan, avait clairement fait savoir à Alice qu'il se doutait qu'il y avait une taupe à l'ambassade. Quant à aller chez Cabanel, il en était hors de question : sa femme Madeleine était bien trop inquisitrice.

Vous ne reconnaissez vraiment pas les environs ?” lui demanda son collègue, sortant l'espionne de ses pensées. Celle-ci ne répondit rien pour la bonne et simple raison qu'elle ne voulait pas parler. Elle connaissait les environs car elle ne prenait jamais le même chemin pour aller travailler ou rentrer chez elle pour éviter d'être suivie. C'était l'une des premières choses qu'elle avait apprises : ne pas avoir un emploi du temps réglé à la minute près qui soit le même chaque jour, et ne jamais prendre les mêmes rues lorsqu'on part de chez soi ou lorsqu'on y rentre. Ainsi, très vite, Alice avait parcouru tous les chemins qui menaient à l'immeuble où elle vivait. Alors, si elle avait mis sa mauvaise foi de côté, la jeune femme aurait pu indiquer la bonne route au chauffeur et ils seraient arrivés bien plus vite à son immeuble. Mais, toujours agacée de ne pas avoir pu récupérer les fameux documents, (et faisant preuve d'une mauvaise foi assez remarquable car, avouons-le, son acolyte n'y était pour rien s'ils avaient dû s'enfuir sans les papiers), Alice préférait se taire et voir son collègue angoisser à l'idée de ne plus avoir assez d'essence, considération qui n'effleurait pas l'esprit de la jeune femme.

Ne serait-il pas écrit Boulevard Malesherbes sur ce panneau ?” la questionna encore Edouard en pointant du doigt un panneau ; question à laquelle Alice ne répondit pas plus qu'à la première. Elle n'aurait de toute façon pas pu l'aider cette fois car elle ne parvenait pas à lire les grandes lettres gothiques tant appréciées des Allemands (une faute de goût assez révélatrice, aux yeux de l'espionne).
Bon, plutôt droite ou gauche ? reprit-il, avant de lancer un regard vers sa secrétaire, sûrement surpris qu'elle n'ait toujours dit aucun mot. Allons, ne faites pas cette tête, nous n'avions pas le temps de fouiller dans les papiers des tiroirs de son bureau. Cette mission était importante mais je tiens à avoir encore quelques belles années devant moi. Et le seul moyen d'allonger la vie, c'est d'essayer de ne pas la raccourcir.

Cette fois, Cabanel eut droit à une réponse de la part de sa secrétaire, mais au vu de ce qu'elle allait répondre, peut-être aurait-il préféré qu'elle garde le silence.
Nous aurions pu récupérer les papiers pendant qu'il prenait sa douche. Le bruit de l'eau aurait couvert le bruit que nous aurions fait. Et si nous avions fait cela, nous aurions les documents et les informations qu'attend Londres. Au lieu de quoi nous nous sommes enfuis, sans les papiers, et l'officier nous a entendus.” Et j'ai failli me tordre la cheville, aurait pu ajouter la jeune femme mais elle garda cette réflexion pour elle. Ne voulant pas poursuivre cette conversation, elle tendit une carte qu'elle venait de trouver dans la portière pour empêcher le conseiller de répondre et lui permettre de trouver la route, ne voulant toujours pas l'aider. La carte ne sembla pas l'aider car il la mit de côté avant de trouver le fameux boulevard Malesherbes, puis, enfin, Alice apporta son aide en indiquant le boulevard Valois. La jeune femme sortit rapidement du véhicule pour respirer une bonne dose d'air frais. La portière étant restée ouverte, elle aperçut le conseiller qui était resté à sa place, les mains tremblant encore sur le volant.

Vous pourriez très bien vous débrouiller seule, mais je pourrais monter la radio jusqu'à chez vous, si vous le souhaitez.
Eh bien, il fallait qu'il ait eu sacrément peur pour laisser Alice prendre en main la suite des opérations ! Bien qu'ayant envie de se moquer de lui, la jeune femme ne répondit rien et l'observa sortir de la voiture à son tour. Elle ferma la portière de son côté, se demandant si Léonie et Elsa, ses deux colocataires, étaient présentes dans l'appartement. Puis, se disant qu'elle pouvait bien proposer à son (faux) patron de rester quelques minutes chez elle et qu'il n'y avait là rien de mal, elle l'invita à monter jusque dans l'appartement.
Bien sûr, vous pouvez monter la radio, j'en serais bien incapable. N'attendez pas de moi que je vous offre une gaufre mais je pense que vous avez bien besoin d'un verre d'eau.” Elle observa la rue pendant qu'Edouard prenait la radio dans les bras puis ouvrit la porte de l'immeuble. A peine la porte fermée, retrouva-t-elle l'envie de parler.
Bon je vous préviens, je ne vis pas seule, j'ai deux colocataires. La première est adorable, la mamie dont nous rêvons tous. Mais la deuxième elle est tellement bizarre ! Les deux jeunes gens traversèrent la petite cour avant d'atteindre le hall de l'immeuble. Elle se comporte comme une princesse russe : froide, distante, voire méprisante. On dirait que je ne suis pas assez bien pour elle. Et puis elle travaille à des heures vraiment étranges. Bon, c'est vrai que moi aussi j'ai des horaires assez irréguliers, mais elle... L'ascenseur étant en panne (au grand désespoir d'Edouard), ils empruntèrent l'escalier et entamèrent la lente ascension vers l'appartement. Le débit d'Alice avait retrouvé son rythme habituel, et elle parlait, parlait, ne laissant pas à son invité le temps de placer un mot. Cette colocataire bizarre, elle a un petit garçon, Maksim, qui est un petit poussin adorable. Mais je n'ai jamais vu le père. Vous savez, j'ai bien réfléchi à ça, et je pense que cette femme, elle a eu un enfant avec un Allemand. Je ne vois que cette possibilité. Bien sûr elle ne s'en vante pas, c'est une situation tellement gênante ! C'est sûr qu'à sa place je cacherais aussi l'origine du père. Un Allemand ! Alice leva les yeux au ciel. Elle a de la chance que je sache garder des secrets, n'est-ce pas ? Bon encore un étage. Allez, le temps est cher : il le faut employer. En tout cas elle me prend pour une secrétaire idiote, ce qui me va très bien. J'espère qu'elle sera dans sa chambre. Je ne voudrais pas qu'elle nous voit avec la radio ajouta-t-elle en chuchotant.

Enfin ils atteignirent l'appartement, et Alice, pas rancunière pour un sou, avait oublié qu'elle en voulait à Cabanel. Elle prit la radio dans ses bras avant d'ouvrir la porte et aperçut Léonie en entrant dans l'appartement. N'ayant aucun souci des convenances (convenances qui voudraient qu'Alice présente son patron à sa colocataire dès leur arrivée), la jeune femme planta le conseiller Cabanel au beau milieu du salon sans un mot et se dirigea rapidement vers sa chambre pour que Léonie Volkov ne voit pas qu'elle portait une radio. Puis, la radio bien cachée, elle revint rejoindre sa colocataire et son invité. A son grand soulagement, Elsa n'était pas là, soit retirée dans sa chambre, soit partie on-ne-sait-où. Edouard et Léonie n'avaient encore prononcé aucun mot. Alice décida alors de briser le silence en faisant les présentations, sans se douter qu'ils se connaissaient déjà. Puis gênée par le silence qui s'installait, la jeune femme entreprit de mettre un peu d'ambiance. Léonie et Edouard assis, Alice décida qu'il était tant de boire.

Bon les gars, on parle on parle... mais on boit pas beaucoup. Un peu de thé ? (il était en effet un peu tôt pour entamer la bouteille de vodka).” Sans attendre de réponse, Alice quitta à nouveau Mamie Volkov et Cabanel pour se diriger vers la petite cuisine et servir trois tasses de thé ( et un grand verre d'eau pour Edouard, qui, étrangement, paraissait à nouveau angoissé). Lorsqu'elle rejoignit sa colocataire et son invité, ils donnaient l'impression qu'ils allaient se tuer, ce qui était assez inquiétant. Un grand sourire aux lèvres, Alice s'installa avec eux, et entama la conversation sur l'actualité (un Allemand s'était jeté du haut de la Tour Eiffel pour essayer d’atterrir dans la Seine, prenant la grande tour métallique pour un plongeoir géant) tout en disposant les tasses et le verre d'eau sur la table. C'est à ce moment-là que Maksim apparut, marchant maladroitement sur ses deux petites jambes avant de tomber sur les genoux. Saisissant là une occasion inespérée pour détendre l'atmosphère, Alice alla le chercher pour le prendre dans ses bras. “Oh mais voilà mon petit hibou préféré” lança-t-elle joyeusement. Après tout, ce n'est pas parce que son père était un Allemand qu'il fallait rejeter le petit garçon.
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Elsa Auray
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MessageSujet: Re: [Avenue Valois] Le seul moyen d'allonger la vie, c'est d'essayer de ne pas la raccourcir   Ven 5 Sep - 20:18

Elsa jeta machinalement un regard autour d’elle avant d’entrer dans l’immeuble, mais l’avenue de Valois - qui n’avait d’avenue que le nom - était, comme à l’ordinaire, résolument calme en cette fin de matinée. Il ne se trouvait pas âme qui vive en vue, aussi la jeune femme suivie du petit garçon qui étouffait un bâillement à ses côtés s’engouffra-t-elle dans le hall du bâtiment sans plus attendre. Il était plus que temps de rentrer, et si rien ne pouvait trahir la fatigue sur son visage de marbre, Elsa vit avec soulagement se dessiner devant eux la porte de l’appartement de Léonie Volkov. Ces dernières journées avaient été longues, et surtout, la propriétaire des lieux et grand-mère officielle de Maksim étant de sortie la veille, Elsa avait dû emmener son fils avec elle, chose qui déplaisait toujours autant à celle qui, avant d’être mère, demeurait l’une de ceux qu’on appelait des terroristes, activement recherchée par les autorités allemandes, et qui avait encore récemment fait parler d’elle. Toutes les fois où il l’accompagnait, même si elle le laissait dans la planque de la Brigade pour vaquer à ses activités (activités qui n’admettaient définitivement pas la présence d’un enfant de deux ans), elle ne pouvait que songer à sa sécurité en premier, alors qu’il y avait déjà bien assez à penser sur les opérations du réseau et que rien ne devrait pouvoir la déconcentrer. A nouveau, le petit garçon qui n’avait pas beaucoup plus dormi que sa mère dissimula un bâillement derrière l’une de ses mains. Et tout en constatant que la porte était déverrouillée, donc que l’une de ses improbables colocataires devait être présente, Elsa songea une fois encore que ce n’était une vie pour un gamin. Mais à son plus grand agacement, aucune nouvelle solution probante ne s’était présentée, et heureusement, la plupart du temps, Léonie pouvait lui être d’une aide précieuse - sans doute plus précieuse que la vieille dame, qui en avait pourtant beaucoup vu, ne le soupçonnait. C’est d’ailleurs cette dernière qui, assise dans le salon, les accueillit. Elsa, ou de manière officielle, Rose Harcourt, comme à son habitude, répondit laconiquement à son salut, mais Maksim se chargea une fois de plus de faire la conversation, et entreprit de lui raconter dans son babil enfantin l’histoire qu’un des « amis de maman » - puisqu’on ne devait pas dire leurs noms - avait bien voulu lui raconter pendant que celle-ci était absente, laquelle histoire se trouvait dans un livre imagé que Léonie elle-même avait offert au petit garçon. Très impressionné par le hibou ténébreux dessiné sur la couverture, il n’avait osé demander lorsqu’il était tombé dessus par hasard, et ne le lâchait presque plus depuis qu’on lui en avait fait cadeau, se contentant des images lorsqu’il n’y avait personne pour lui faire la lecture, les yeux toujours aussi brillants même s’il l’avait parcouru des dizaines de fois. Il n’en fallait pas beaucoup pour lui faire plaisir, d’autant qu’il ne recevait pas beaucoup de cadeaux.

Tandis qu’il tentait d’expliquer comment un lutin venait en aide à une princesse russe que l’on avait enlevée, le regard d’Elsa tomba sur un exemplaire du Courrier Parisien qui traînait, abandonné sur la table. Une photo de Félix Aurèle attira son attention, photo accompagnant, comme elle s’y attendait, un article sur les derniers « évènements de Radio Paris » - du moins c’était les mots employées par le journaliste, les évènements en question relevant plutôt du fiasco total aux yeux de la résistante qui n’avait non seulement pas réussi à abattre Aurèle, mais l’avait en plus échappé belle.
- Je peux vous emprunter ça ? demanda-t-elle à Léonie.
Il n’y avait rien à sauver dans les informations délivrées par le quotidien devenu un outil de propagande au service de Vichy et des Allemands, mais si l’action avortée de la radio faisait le tour de la presse, elle devait savoir si on y avait donné son signalement - auquel cas il faudrait faire preuve de plus de prudence encore dans les prochaines jours. Elle s’empara donc du journal et se dirigea vers sa chambre, constatant au passage que la seconde jeune femme qui vivait chez madame Volkov était de sortie. Ce qu’elle ne déplora pas : Elsa préférait croiser le moins possible cette Alice qui travaillait à l’ambassade de Vichy (avec des horaires pour le moins étranges, d’ailleurs, ce qui ne la rendait pas plus digne de confiance, au contraire), quand bien même son jugement sur le personnel de l’ambassade semblait avoir besoin d’être revu. Le soir où elle avait abattu Hansmüller n’était en effet pas sorti de son esprit, pas plus que la façon dont Edouard Cabanel l’avait aidée à s’en tirer. Le mystère restait entier sur ce qui avait poussé le conseiller de l’ambassadeur à agir ainsi, et la jeune chef de réseau hésitait. Les plus suspicieux de la Brigade, tenus au courant, croyaient au piège, quand d’autres, dont elle faisait partie, avaient un avis plus réservé, mais les risques restaient bien trop élevés pour tenter de le contacter dans l’immédiat. Et encore, avec des précautions qui méritaient réflexion. Elsa ignorait alors qu’elle en aurait l’occasion bien plus tôt qu’elle ne l’imaginait.

Pour l’heure, la Brigade avait une nouvelle cible en tête : l’Oberst Manfred Mohr, l’un des principaux responsables de la Luftwaffe en France, et des avions qui quittaient Orly pour aller bombarder l’Angleterre. L’homme avait la remarquable qualité - ou l’imprudence, question de point de vue - d’être réglé comme du papier à musique, et quelques jours d’observation avaient suffi à consigner toutes ses habitudes. Il avait été décidé la veille, pendant une conversation qui avait tenu les membres de la Brigade éveillés pendant une grande partie de la nuit, qu’on l’observerait encore quelques jours avant de passer à l’action, pour confirmer ses déplacements, mais déjà, le plan avait été fixé. Elsa songea, en se laissant tomber sur son lit, qu’il n’était pas question de le manquer : le cas d’Aurèle ne devait pas se reproduire, puis elle entreprit de se plonger vaguement dans la lecture du Courrier Parisien, à la recherche de toute information compromettante la concernant, tandis que Maksim, quittant Léonie, venait la rejoindre.
- Je peux m’asseoir avec toi, maman ? demanda-t-il d’une petite voix, comme s’il craignait sa réaction - ou peut-être son silence.
La jeune mère dévisagea un instant son fils, qui l’observait en tenant son livre contre lui, avant de l’attraper sous les bras pour l’installer à ses côtés. Visiblement ravi, Maksim la remercia et ne fit pas plus de commentaire, le nez à nouveau baissé vers ses images, tandis qu’elle reprenait sa propre lecture. Evidemment, Aurèle avait trouvé le moyen de donner son signalement (en blonde, mais les Allemands avaient sans doute fait le rapprochement) lequel avait été mis en caractères plus visibles que les autres dans un encart après l’article - ce qui n’aurait pas été si agaçant si elle avait au moins réussi à l’abattre. Renseignée sur les mesures de prudence qu’il faudrait à nouveau prendre, elle tourna distraitement une page, pour tomber sur un article qui la laissa un moment perplexe, à propos de l’alarmante disparition progressive des castors dans les lacs de Savoie, lesquels n’étaient pas assez protégés de l’activité humaine. Jean-Pierre Puerno, le journaliste, avait obtenu pour son sujet une double page. Elsa lâcha un discret soupir et, refermant le journal, se laissa tomber en arrière sur le matelas. La presse avait quelque chose de plus en plus désespérant, rien ne semblait trop gros ou trop idiot pour tenter d’endormir les populations, en les abreuvant au passage de fausses informations et en martelant toujours les mêmes rengaines à propos des juifs, des étrangers, des communistes, de la résistance, et de tous ceux que le régime et les Allemands avaient décidé d’éliminer. L’espace d’un instant, son regard froid se posa sur le petit garçon qui tournait toujours inlassablement les pages de son livre, détaillant chaque image comme s’il la voyait pour la première fois, esquissant parfois un petit sourire. On en oublierait presque ses joues un peu trop creuses, ou son habitude de lever quelques secondes la tête au moindre bruit. La jeune mère détourna les yeux, en songeant qu’il y avait bien une solution concernant Maksim : l’abandonner à nouveau, le laisser aux mains de Léonie si elle acceptait, et disparaître, dans leur intérêt à tous les deux. Mais elle était assez lucide sur elle-même pour sentir que ce ne serait pas aussi facile que la première fois, et peut-être même doutait-elle d’avoir ce courage. Lasse, elle ferma les yeux, comme pour effacer tous les doutes et les questions par lesquels elle ne devrait pas se laisser perturber. La fatigue, qui n’était jamais bien loin, profita aussitôt de cet instant de faiblesse, et elle ne les rouvrit pas, pas même lorsque le petit garçon, s’endormant à son tour, osa timidement se blottir contre elle.

Ce fut le bruit d’une porte qui s’ouvre puis se ferme qui éveilla brusquement Elsa. Elle eut un geste de recul en notant la présence de Maksim à ses côtés, mais celui-ci, qui avait le sommeil presque aussi léger que sa mère, ouvrit également les yeux et bailla à s’en décrocher la mâchoire avant de se redresser. Un silence passa, puis la voix d’Alice se fit entendre, poussant le petit garçon à se redresser et, après être laborieusement descendu du lit et avoir guetté du coin de l’oeil une quelconque interdiction de la part d’Elsa, à se risquer hors de la chambre. La secrétaire de l’ambassade avait beau ne trouver aucune grâce aux yeux de la résistante, Maksim l’aimait bien, et il ne risquait visiblement pas grand chose avec elle, elle le laissa donc sortir sans trop s’en préoccuper, s’affairant plutôt à chercher en vain une cigarette (mais définitivement, même les plus mauvaises devenaient un luxe ces derniers temps) en songeant que l’heure n’était pas à faire une sieste. Le travail ne manquait pas. Ce n’est que lorsqu’une voix qui n’appartenait ni à Léonie, ni à Alice s’éleva dans le salon qu’Elsa finalement prit conscience que ses colocataires n’étaient pas seules et daigna s’intéresser à se qui se passait dans le salon. Elle aurait pu prudemment choisir de ne pas se montrer, mais Maksim était là-bas et elle préférait avoir une idée claire des personnes qui fréquentaient cette maison, surtout s’il s’agissait d’une connaissance d’Alice. En silence, elle quitta sa chambre et se dirigea vers la pièce d’où lui parvenaient les voix étouffées dans laquelle elle jeta un regard… avant de se figer brusquement. Alice était bien rentrée, mais à ses côtés, au lieu d’une quelconque connaissance, se trouvait Edouard Cabanel lui-même. Le premier réflexe d’Elsa aurait été de reculer pour rester invisible, et aviser ce qu’il fallait faire, mais Makism, qui dévisageait avec inquiétude le nouveau venu qui semblait s’être adressé à lui, l’aperçut avant qu’elle ne puisse faire le moindre geste, et l’appela d’un « maman ! » retentissant qui attira aussitôt l’attention générale sur elle. La jeune femme croisa le regard du conseiller Cabanel, n’affichant pour toute surprise qu’un air plus froid encore. Il n’était plus question de reculer, et puisque de toute façon, elle devait bien finir par tenter d’éclaircir ce qui s’était produit au Quai d’Orsay, Elsa posa une main sur l’épaule de son fils qui était venu chercher refuge dans ses jambes avant de s’avancer dans le salon.
- Monsieur Cabanel ? lança-t-elle après les avoir vaguement salués. Quelle surprise…!
S’il était inattendu en temps normal de tomber sur un homme politique - si l’on pouvait encore parler ainsi des hommes de Vichy -, ce n’était même plus de la surprise dans leur situation : ça en devenait d’une ironie mordante.  En temps normal, Elsa aurait pris ce dont elle avait besoin dans le salon et aurait tourné les talons, mais la situation devenait brusquement intéressante - Alice elle-même le devenait, si elle avait su qu’elle habitait avec quelqu’un qui connaissait visiblement le conseiller, la résistante aurait agi plus tôt. Aussi, lorsqu’une Léonie visiblement crispée l’invita à rester avec eux, elle accepta l’invitation et après avoir pris un verre d’eau, suivie presque à la trace par un Maksim méfiant, s’installa en face de Cabanel. Le petit garçon, quant à lui, consentit à s’approcher d’Alice, mais pas plus.
- Vous travaillez ensemble à l’ambassade ? demanda Elsa en s’adressant aux deux derniers arrivés, s’efforçant de ne pas dévisager le conseiller.
C’est ce qui s’appelait une prise de contact inattendue.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
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MessageSujet: Re: [Avenue Valois] Le seul moyen d'allonger la vie, c'est d'essayer de ne pas la raccourcir   Lun 6 Oct - 19:38

Édouard Cabanel voulait bien le reconnaître : il lui arrivait d'avoir de mauvaises idées. Bon cela lui arrivait rarement, et c'était encore plus rare qu'il acceptât de le reconnaître mais en cette journée d'avril 1943, en sous-entendant à Alice Boulanger (déjà, elle était dans le coup, c'était mauvais signe) qu'il pouvait monter le poste de radio jusque chez elle et en profiter pour faire une pause de quelques minutes pour boire un café (ou n'importe quoi d'autre qui aurait pu le soulager dans son état, hélas, il était encore trop tôt pour un verre d'alcool), il avait fait fort. Très fort. En temps normal, il n'aurait même jamais demandé un quelconque service à sa secrétaire – pardon, sa complice des mauvais coups, il voulait bien ne pas protester si cela lui évitait un discours de revendications syndicales, la journée était assez mauvaise comme cela –, et mieux encore, elle n'aurait jamais accepté de le faire monter jusque chez elle (et ce n'était pas parce que ce n'était pas très bienséant de faire entrer un homme marié chez soi). Tant qu'à faire, la connaissance du désordre qui régnait sur le bureau de mademoiselle Boulanger à l'ambassade lui suffisait, il n'avait guère envie de prendre connaissance de celui qui devait avoir envahi son logement – car définitivement, Alice avait beau venir de province, Édouard ne parvenait pas à l'imaginer soignée et rangée dans sa petite chambre de bonne comme toutes ces jeunes femmes qui espéraient trouver un emploi dans la capitale avant la guerre. Il fallait dire que ça avait son utilité, si la chambre de la jeune femme était à l'image de son bureau, même la Gestapo en fouillant n'y trouverait pas de radio, c'était une couverture parfaite. Mais s'il n'avait aucune envie de monter jusque chez Alice, en l'occurrence, même passer quelques minutes de plus en compagnie de sa complice exaspérante et de son sérieux manque d'ordre lui semblait préférable à retourner à l'ambassade où Mazan se pavanait devant quelques invités allemands (il faudrait un jour songer à lui dire que c'était plutôt lui l'invité puisque les Allemands se trouvaient chez eux) ou pire encore, chez lui où Madeleine lui battait froid et où ses enfants lui réclameraient l'attention que celle-ci ne leur donnait pas. Mais dans l'échelle des endroits où il ne fallait pas se trouver pour rien au monde, si l'on exceptait les caves de la Gestapo et le bureau du gouverneur de Paris, hors catégorie, l'appartement où vivait Alice atteignait une note exceptionnellement élevée. A la réflexion, Édouard aurait dû se méfier qu'Alice acceptât sa proposition avec autant de bon cœur, même si cela impliquait surtout de ne pas porter elle-même l'énorme engin qui leur servait à communiquer avec Londres et qui était aussi discret à transporter que s'il avait revêtu des habits bleu blanc rouge, d'autant qu'il savait pourtant très bien qu'elle voulait sa mort et qu'elle allait vouloir se venger de l'avoir fait courir sur des talons hauts dans les escaliers de l'hôtel Meurice. Il aurait même dû prendre ses jambes à son cou en constatant que l'ascenseur ne fonctionnait pas et qu'ils allaient devoir monter tous les étages à pied, ou du moins essayer avec cet affreux poste qui pesait bien lourd dans ses bras, une chance qu'il se soit mis au sport des années auparavant pour impressionner les filles – même si la seule fille à la ronde l'ignorait superbement en sautillant sur les marches avec une énergie et une précision qu'elle n'avait étrangement pas quand il fallait descendre les escaliers en se dépêchant, tout en babillant avec une sorte d'enthousiasme. Même quelqu'un de moins paranoïaque qu’Édouard aurait trouvé ça hautement suspect. Mais au point où il en était, mieux valait continuer à monter, dans l'espoir de pouvoir au moins reprendre sa respiration à un moment donné.

- Bon, je vous préviens, je ne vis pas seule, j'ai deux colocataires. La première est adorable, la mamie dont nous rêvons tous. Mais la deuxième, elle est tellement bizarre ! Elle se comporte comme une princesse russe, froide, distante, voire méprisante, on dirait que je ne suis pas assez bien pour elle, continuait Alice sans prêter attention au conseiller qui lui emboîtait le pas, et puis elle travaille à des heures vraiment étranges. Bon c'est vrai que moi aussi j'ai des horaires assez irréguliers mais elle...
Édouard ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel, sans pour autant faire de commentaires. Mais c'était certain qu'à force de terminer ses soirées avec Mazan, on croisait rarement ses colocataires. Mais même s'il avait voulu placer un mot, c'était strictement impossible puisque la jeune femme continuait son monologue sans se laisser perturber, et sans laisser son compagnon ahanant sous l'effort dans cet escalier à vis en placer une.
- Cette colocataire bizarre, elle a un petit garçon, Maksim, qui est un petit poussin adorable. Mais je n'ai jamais vu le père. Vous savez, j'ai bien réfléchi à ça, et je pense que cette femme, elle a eu un enfant avec un Allemand. Je ne vois que cette possibilité...
C'était bien leur veine. Sur tous les appartements à partager de la capitale, il avait fallu qu'Alice partage le sien avec la maîtresse d'un Allemand. Celle-ci avait eu moins de chance que sa cousine Eugénie puisqu'elle était tombée enceinte et que l'opprobre générale s'attachait aux pas de ces filles-mères qui ont eu des instants d'égarement dans les bras des ennemis, mais Édouard ne se sentait que peu d'envie de la plaindre à ce moment précis. Alice comptait-elle donc sérieusement passer des messages pour Londres à proximité d'une femme vendue aux occupants ? Les horaires étranges... Forcément. Allaient-ils devoir expliquer à une femme qui partageait ses nuits avec un officier allemand pourquoi ils s'amusaient à transporter des postes de radio dans la chambre d'une simple secrétaire d'ambassade – qui avait demandé ce service à son patron, l'ancien député et conseiller Cabanel, en toute logique ? Par chance pour les oreilles d'Alice (même si elle avait un don certain pour ignorer ses reproches, et donc que ça ne l'aurait sans doute pas perturbée davantage), arrivé devant la porte d'entrée de l'appartement, il était trop essoufflé pour faire la moindre remarque et se contenta de jeter un regard noir à sa secrétaire qui s'empara de la radio sans s'en préoccuper pour ouvrir le battant et pénétrer dans un salon dans lequel Édouard, encore ignorant du sort terrible auquel il s'exposait et se jetant dans la gueule du loup, la suivit. Car en réalité, la gueule du loup n'abritait pas une innocente et inoffensive vieille dame et la maîtresse d'un Allemand. Enfin au moment où Alice l'abandonna lâchement au milieu de la pièce pour s'enfoncer dans un couloir qui devait mener à sa chambre, Édouard, s'il ne pouvait faire aucun pronostic sur la soit-disant princesse russe qui prenait tout le monde de haut, s'aperçut que la mamie en question était fort bien portante pour ses soixante-dix ans et que par-dessus le marché, elle lui adressait un regard qui n'avait rien de chaleureux et accueillant – un comble pour une grand-mère dont on rêve tous. Édouard en vint même à hésiter à suivre Alice dans la chambre (pour s'assurer que la radio serait bien installée, évidemment, rien de plus) mais il jugea que la bienséance en avait déjà pris un coup et qu'il valait mieux ne pas insister. Et puis, il craignait que s'il faisait un pas de place dans la place, Léonie Volkov ne finirait par lui sauter dessus avec une aiguille à tricoter pour l'assassiner. Ou avec tout autre objet à bout pointu qu'elle avait en sa disposition, ce qui faisait beaucoup dans le salon d'un appartement classique.

Que peut-on dire à la personne dont on a trahi la confiance ? Édouard n'avait pas revu la vieille dame depuis le jour où elle était venu lui mettre le sort d'un réfugié politique entre les mains. Grave erreur, c'était l'époque où l'on cherchait un traître à l'ambassade et qu'on avait besoin de garanties de ceux qui y travaillaient, notamment ceux qui avaient fait un passage à Londres. Il connaissait assez bien Léonie Volkov pour savoir qu'elle n'avait jamais dû lui pardonner l'arrestation de cet homme. Il savait bien que c'était impardonnable, de toute façon. La vieille dame avait toutefois gardé le silence, tout en continuant à le fixer avec un air désapprobateur qui ne laissait présager rien de bon. Ce fut avec soulagement qu’Édouard vit le retour d'Alice Boulanger (un comble, c'était bien la première fois qu'il était heureux de la voir), laquelle s'attacha à faire les présentations, sans qu'aucun des deux ne lui fasse signe qu'ils connaissaient déjà parfaitement l'autre. Et ce fut avec une brusque envie de s'enfuir que le conseiller obtempéra aux demandes d'Alice en s'asseyant puis en acceptant de prendre un thé (même si définitivement, il lui aurait fallu quelque chose de plus fort, car il craignait sans doute autant Léonie que l'officier nazi dont ils avaient fouillé la chambre dans l'après-midi).
- Je suis désolé de m'imposer à vous, finit par dire Édouard en bon diplomate qu'il était, sans rien laisser paraître de son trouble, je vous promets de quitter les lieux dès mon verre terminé, j'ai raccompagné mademoiselle Boulanger chez elle en voiture, c'est la raison de ma présence ici.
- Ayez au moins l'obligeance de ne pas m'imposer votre conversation, répliqua Léonie d'un ton tranchant tout en continuant à le fixer, comme si elle craignait qu'il ne fasse un mauvais coup, sinon je vais finir par regretter de ne pas être en train de vous chasser à coups de balai comme le méritent tous ces nazillons de Vichy !
Voilà qui augurait bien de la suite de cette visite. Alors qu'Alice lui rapportait une tasse de thé et un verre d'eau, avec plus de bonne volonté que lorsqu'il lui demandait du café à l'ambassade, Édouard résolut de ne pas s'attarder. S'il n'avait aucune envie d'être chez lui, au moins, Madeleine ne souhaitait pas sa mort. Ou du moins, elle avait moins de chance de se débarrasser de lui qu'une espionne pleine de revendications syndicales et qu'une mamie qui voulait une vengeance. Alors qu'il se brûlait la langue avec son thé et qu'Alice racontait des anecdotes de l'actualité sensées être drôles (elle fit un bide, les deux autres continuaient de se regarder en chiens de faïence), un petit bonhomme vient détourner l'attention générale et détendre l'atmosphère. C'était un tout petit garçon brun, sans doute le fils de la troisième habitante de ces lieux, qui arrivait à toutes jambes avant de trébucher sur un tapis. Alice se redressa pour aller le prendre dans ses bras et s'installer avec lui sur un fauteuil.
- Oh mais voilà mon petit hibou préféré !
Édouard abandonna un instant sa tasse trop brûlante et adressa un sourire au jeune enfant qui s'était serré dans les bras d'Alice mais qui avait le visage tourné vers lui, pour examiner l'inconnu avec un air circonspect et des grands yeux effrayés qui le faisaient en effet ressembler à un hibou. Le conseiller se pencha pour tendre le bras et lui faire une pichenette sur le nez, mais Maksim recula, visiblement terrifié à l'idée que l'on puisse le toucher.
- C'est donc le petit garçon dont vous me parliez, Alice ? Il est vraiment adorable, en effet, bien qu'un peu timide, sans doute, je dois être impressionnant avec mon costume...
- C'est sûr que vous n'inspirez pas la confiance, le railla Léonie derrière lui, ce qui le laissa à penser qu'il valait mieux pas lui tourner le dos. Savait-on jamais.
Édouard ignora totalement la remarque et s'adressa directement à l'enfant, d'une voix plus douce qu'il n'employait que peu souvent, alors que le petit Maksim l'observait toujours avec défiance :
- Tu n'as pas à avoir peur de moi, petit hibou puisque c'est ton surnom. J'ai un fils qui a presque le même âge que toi, Gaston et je ne l'ai pas dévoré, pas encore du moins, car il fait beaucoup de bêtises. Mais tu es un petit garçon sage, toi, n'est-ce pas ? Tu dois mériter tous les câlins que tu as dans cette maison...

Édouard aurait sans doute pu continuer longtemps sur ce ton, toujours penché vers l'enfant qu'il tentait d'apprivoiser, et qui lui paraissait la plus sympathique de toutes les personnes présentes dans cet appartement – du moins, si on ignorait le fait qu'il semblait mourir de peur à chaque fois qu’Édouard prononçait un mot en sa direction, mais le petit garçon entendit visiblement un bruit et se retourna brusquement vers l'entrée du salon, avisant une silhouette à laquelle Édouard n'avait pas prêté attention.
- Maman !
Sans laisser le temps aux autres adultes de réagir, il bondit hors des bras d'Alice et alla se réfugier dans les jambes de la mère en question, la soit-disant amante d'un Allemand. Lentement, le regard d’Édouard se posa sur elle et il ne put empêcher la surprise de couvrir ses traits pendant quelques secondes, avant de retrouver son sourire un peu crispé mais qu'il gardait collé aux lèvres en diplomate de formation. En fait de traîtresse à la patrie, se tenait devant lui la fameuse jeune femme qu'il avait rencontrée à la soirée passée au quai d'Orsay peu de temps auparavant. « Rencontrée » était sans doute un grand mot quand on savait qu'ils s'étaient croisés à peine une petite minute (même si cette minute passée à se faire viser avec une arme à feu avait semblé une éternité à Édouard), puisque cette jeune fille rousse ne faisait pas partie des invités mais n'était autre que celle qui avait tiré sur l'invité spécial venu de Berlin, dans les jardins de l'ancien ministère des Affaires étrangères, avant d'épargner le conseiller qui l'avait aidée à fuir. Ou de le rater, hypothèse qui était tout de suite beaucoup moins rassurante. Alors qu'elle s'installait à son tour dans un fauteuil pour prendre du thé, comme tout bon assassin qui se respectait, le conseiller se fit la réflexion qu'il était entouré de trois femmes qui ne lui voulaient pas que du bien, entre sa complice qui le mettait à bout de nerfs, la grand-mère qu'il aurait volontiers évité de croiser et la résistante armée jusqu'aux dents, qui n'avait pas d'amant allemand mais bien un jeune fils. Lequel avait abandonné lâchement son unique compagnon masculin pour se réfugier auprès de sa mère à laquelle il s'accrochait. Formidable. La question n'était plus de sortir au plus vite, la question était désormais de savoir s'il parviendrait à s'en sortir en vie. A vrai dire, Édouard s'était demandé comment il pourrait reprendre contact avec la jeune résistante, puisque telle était sa mission confiée par Londres mais aucune idée brillante ne leur était venue à l'esprit, à Alice et à lui. Il ne s'attendait certainement pas à la trouver là, dans un fauteuil de l'appartement où vivait Alice en train de siroter son thé en compagnie d'un enfant de deux ans à peine. Puisqu'elle était installée en face de lui, il put l'observer à loisir d'autant qu'elle était en pleine lumière et qu'il n'était plus obligé de plisser les yeux pour distinguer ses traits. La maigre jeune femme était bien celle dont on voyait les portraits dans tous les lieux officiels, et notamment à la préfecture. Non pas en pendant de celui du maréchal, mais bien comme personne dangereuse très recherchée par toutes les forces de police. Sans un mot, Édouard lança un regard particulièrement noir à Alice, à ses côtés. Comment avait-elle pu passer à côté de cette information capitale ?

- Toute la surprise est pour moi, mademoiselle... ? Pardonnez-moi, je crois bien n'avoir jamais su votre nom, dit-il d'un ton affable, voyant qu'elle n'en laissait rien paraître puis il tourna la tête vers sa complice pour continuer d'un ton beaucoup moins aimable, les reproches apparaissant dans sa voix : mademoiselle et moi nous sommes déjà rencontrés à une reprise, mais nous n'avons pas fait davantage connaissance.
Dommage, cela lui aurait évité ces surprises – dont on ne savait pas trop si elles étaient bonnes ou pas.
- Votre petit garçon est particulièrement mignon, mademoiselle, déclara Édouard en avisant le petit du côté d'Alice, j'ai moi-même un petit frère qui s'appelle Maxime, c'est un très joli prénom. J'avoue ne pas avoir imaginé que vous étiez mère...
Mais malgré ces tentatives pour désamorcer la tension qui s'était installée dans la pièce, tout le monde demeura d'une froideur extrême, comme si la résistante donnait l'exemple.
- Vous travaillez ensemble à l'ambassade ? Daigna demander celle-ci, sans s'embarrasser de fioritures ou de tournures de langage. Une mauvaise diplomate, aurait pu dire Édouard.
- En effet, affirma Édouard, mademoiselle Boulanger est ma secrétaire personnelle (il ne put s'empêcher de jeter un coup d’œil à Alice pour voir comment celle-ci réagissait à l'affront, avant de poser à nouveau son attention sur la jeune femme dont il désirait gagner la confiance), elle est à mon service depuis mon retour de Londres. En 1942.
- Monsieur Cabanel s'y était rendu en tant qu'ambassadeur de Vichy pour demander une trêve au gouvernement anglais, précisa Léonie en direction de la résistante, d'un ton qui laissait bien voir le dégoût qui l'animait, et pour tenter de garder les colonies. Un échec, si je ne m'abuse ? Vos supérieurs de Vichy n'ont pas dû être contents.
- Oh je ne dirais pas qu'il s'agissait d'un échec total, il y a de nombreuses choses à voir et à faire à Londres, tempéra Édouard en maudissant intérieurement la vieille dame de chercher à noircir son image auprès de la jeune mère, des personnes intéressantes à rencontrer...
Il prit une nouvelle gorgée de son thé qui avait un peu refroidi tout en cherchant désespérément une façon d'endormir la méfiance de celle qui se présentait sous le nom de Rose Harcourt mais qui avait de multiples identités à en croire les affiches de la préfecture de police. Cela était nécessaire pour sa mission mais il avait également le sentiment que c'était plus que nécessaire. Même vital, car la résistante n'allait certainement pas le laisser partir comme si de rien n'était, maintenant qu'il avait trouvé son repaire et qu'il savait qu'elle avait un fils.
- Je suis désolé de surgir chez vous à l'improviste, j'aurais aimé vous revoir en d'autres circonstances, reprendre contact avec vous d'une autre manière mais je suis content de voir que vous vous êtes sortie sans dommages de cette soirée où nous nous sommes vus...
Sentant le regard désapprobateur de Léonie sur lui, il s'empressa de poursuivre :
- Il est vrai que l'alcool coulait à flots, il y a du y avoir nombre d'incidents à la fin de la soirée, mais je ne suis pas resté davantage que vous...
Sans savoir que dire d'autre sans trop se dévoiler devant la vieille dame qui aurait sauté sur l'occasion de le traiter de menteur, il s'interrompit et prit sa tasse de thé désormais bien refroidie, à l'image de l'atmosphère qui régnait dans la pièce – il comprenait désormais bien le sentiment de désespoir des clowns qui devaient faire rire devant une assemblée non réceptive –, espérant, priant pour que cette journée ne se termine pas aussi mal qu'elle avait commencé, et qu'il pourrait retourner entier auprès de Madeleine.

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
J.K. Rowling (c) .bizzle


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[Avenue Valois] Le seul moyen d'allonger la vie, c'est d'essayer de ne pas la raccourcir

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