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 [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées

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La Propagande
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MessageSujet: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 9 Nov - 19:47

[INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées
(Bundesarchiv Bild)


03 mai 1943 – C'est aujourd'hui, alors que le soleil perce les nuages qui se dispersent petit à petit, que Paris se prépare à accueillir le SS-Gruppenführer Horst-Ekkehardt Glucks von Kunsdorf-Weigwitzer dit Glucks. Déjà on a fermé les Champs-Elysées à la circulation et d'imposantes tribunes s'étendent au pied de l'obélisque de la place de la Concorde. Et si la journée semble dévolue aux festivités, les soldats allemands chargés de la sécurité qui battent déjà le pavé pour mettre au point les derniers détails font grise mine et bien des sourires sont crispés : depuis plusieurs jours déjà, des tracts dont les auteurs n'ont pas été retrouvés circulent dans la ville pour l'appeler à se soulever et à manifester. Mais ce n'est pas là la pire menace : des rumeurs font, elles, état qu'un attentat se préparerait contre l'officier proche du pouvoir qui a été invité...
Mais pour le moment, l'on attend encore que Glucks, qui ignore bien que l'on pense attenter à sa vie, fasse ses premiers pas à Paris : son avion doit atterrir à 14h à l'aéroport d'Orly où il sera accueilli par le gratin avant qu'il ne soit conduit sur les Champs-Elysées pour assister au défilé militaire.

A Orly, on commence à s'impatienter autour de la délégation chargée de l'accueil de Glucks, menée par Manfred Mohr. En effet, l'on a beau scruter le ciel, l'avion n'apparaît pas à l'horizon et il est désormais plus que probable qu'il aura du retard... Cette délégation composée d'officiers allemands haut gradés, de représentants de l'ambassade d'Allemagne à Paris dont le vieil Hansjorg von Lorentz (pnj utilisable) et d'envoyés de l'ambassade de Vichy en les personnes d’Édouard Cabanel et de Félix Aurèle (pnj utilisable) entre autres, commence à trouver le temps long, d'autant qu'un vent printanier encore frais s'infiltre à travers les uniformes et que l'on commence à claquer des dents.

Le long des Champs-Elysées, la sécurité veille déjà au grain et de nombreux soldats sont postés à des points stratégiques de l'avenue, tandis que quelques curieux se pressent dans l'espoir d'apercevoir ce fameux invité dont le nom (souvent tronqué certes) est sur toutes les lèvres.

Sur la place de la Concorde, alors que l'on surveille avec zèle les tribunes qui vont accueillir Glucks et tout le gratin mondain du Paris de l'occupation, une foule de plus en plus importante se rassemble, pour le moment tout à fait sans danger, sans se laisser décourager par la présence d'uniformes allemands. Foule inoffensive ou pleine de manifestants en colère ? Pour le moment, on se presse surtout pour être au premier rang des barrières et la rumeur sourde qui émane des Parisiens commence pourtant à être menaçante...

Parisien curieux de tous ces uniformes clinquants, manifestant révolté par la situation, soldat sous pression ou résistant à la tête empli de projets, il va falloir choisir votre camp...

Ce tour dure jusqu'au 16 novembre 2014

Le programme des festivités

14h – Arrivée du SS-Gruppenführer à Orly.  
15h – Descente des Champs Elysées avec la délégation, avec arrêt devant le Grand Palais pour saluer la SS menée par le SS-Oberführer Klaus Halder. 
15h30 – Installation de la délégation dans les tribunes. Début du défilé entre la place de l'Etoile et la place de la Concorde. 
17h30 – Fin du défilé, évacuation des lieux. 
18h – Cocktail à l’Hôtel Meurice.

PLAN DES LIEUX:
 

Règles

- L'intrigue se déroulera en plusieurs tours : à chaque tour, un PNJ postera pour faire rebondir l'intrigue grâce à de nouveaux événements, et chacun d'eux durera une semaine pendant laquelle vous pourrez poster autant de fois que vous le désirez dans le topic commun.
- Les posts doivent être obligatoirement courts, autour de 800 mots en moyenne, pas plus de 1000 mots.
- Merci de bien préciser au début de chaque post l'endroit où se trouve votre personnage (en vous fiant au magnifique plan des lieux réalisé par les blanches petites mains d'Elsa et aux indications données par le contexte).
- Il est bien évidemment interdit de tuer Glucks (ou n'importe qui qui appartiendrait à l'élite de la soldatesque allemande) sans l'autorisation des maîtres du jeu. Ne vous inquiétez pas, les rebondissements arrivent face. Notez bien que pour le moment, Glucks n'est pas encore arrivé.
- Si vous avez le moindre souci ou la moindre question, les membres du staff (Elsa Auray et Édouard Cabanel) sont à votre disposition.

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Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t'ai gardée dans mon cœur »


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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 9 Nov - 20:25

ORLY

Édouard Cabanel tapotait du pied en laissant échapper un soupir discret alors qu'autour de lui, des gens plus ou moins infréquentables parlaient dans une langue barbare, prémices d'une longue journée pendant laquelle il allait devoir mener une conversation de sourds – ce qui le faisait grimacer par avance. Puisque personne ne semblait vouloir lui prêter attention (ceci dit, ce n'était pas un mal quand on savait que celui qui s'exprimait dans la même langue que lui était Félix Aurèle, il valait donc mieux garder le silence dans ces circonstances), il baissa son regard, jusqu'alors orienté vers la ligne d'horizon dans l'espoir (vain) que l'avion de ce Glucks finirait par arriver, pour le baisser sur ses chaussures. Par une association d'idées qu'il aurait préféré éviter, il se prit à songer que pendant qu'il était là à faire le planton, d'autres se faisaient des bains de pieds dans les sources thermales de Vichy... Édouard revoyait encore la mine désolée (enfin plus ou moins) d'Eugène de Mazan au moment où il lui avait annoncé qu'il ne pourrait pas être présent début mai à cause d'une réunion importante avec le chef de l’État, le ministre de l'Intérieur et quelques autres marionnettes qui s'efforçaient de faire croire qu'elles géraient quoi que ce soit depuis Vichy. C'était pourtant, à en croire les dépêches de Berlin et les articles du Courrier Parisien (ce qui revenait au même d'ailleurs) l'événement de l'année, voire de la décennie que l'accueil de ce chef SS au nom totalement imprononçable (et Édouard avait quelque satisfaction à constater que même les germanophones semblaient incapables de s'en rappeler dans son intégralité – pas étonnant que les Russes aient fui devant lui à la réflexion, la simple mention de son nom était terrifiante, quand elle n'était pas uniquement soporifique). Bref, Mazan parti à Vichy pour ses petites affaires et pour prendre soin de ses pieds (pieds qu'on se gelait joyeusement sur le tarmac de l'aéroport d'Orly), c'était à Cabanel de reprendre les fonctions, au grand déplaisir de tout le monde d'ailleurs, du gouverneur de Paris qui avait pris l'habitude de dialoguer avec Mazan à Félix Aurèle, tenant du rapprochement entre les deux peuples, qui avait une profonde inimitié tenace pour Cabanel, en passant par lui-même qui aurait préféré être convoqué par son beau-père plutôt que d'être là, c'était dire à quel point il était désespéré. Mais comme il lui fallait faire bonne figure, il se contentait d'invectiver Mazan en pensée, en le menaçant de toutes les pires tortures inimaginables (être momifié n'était pas la perspective la plus charmante du monde, en effet), ce qui était un défouloir comme un autre.

Mais à vrai dire, outre la corvée que constituait cette obligation de présence – une obligation inutile car ce n'était certainement pas lui qui allait faire la conversation à Glucks, Édouard savait bien qu'ils étaient tous sur la sellette. Sa secrétaire (pardon collaboratrice) avait déduit d'une phrase qui parlait de moustache et de hibou faisant du vélo (enfin quelque chose dans le genre) qu'une tentative d'attentat aurait lieu contre Glucks. Cabanel ignorait totalement ce qui était prévu mais une chose était certaine : il n'avait pas très envie de le savoir – ou du moins, voulait-il encore être là pour constater de la réussite ou de l'échec de l'entreprise, aussi avait-il l'intention de rester loin, très loin de ce Glucks qui lui paraissait être une cible mouvante devant laquelle il ne valait mieux ne pas se mouvoir (tant pis pour les éventuelles informations qu'on aurait peut-être pu récolter en papotant avec celui qui devait gérer le mur de l'Atlantique). Vichy et Félix Aurèle ne seraient pas contents, mais quitte à choisir, il préférait rester en vie (il en connaissait une qui serait déçue en la personne de sa fameuse collaboratrice mais il s'était donné pour objectif de ne jamais lui accorder ce plaisir). Mais comme, après tout, il était peu probable que les résistants n'attaquent à Orly, dans cet endroit particulièrement dégagé où le vent s'engouffrait, d'autant que l'invité d'honneur n'était pas encore arrivé, Édouard releva la tête et fit quelques pas pour tenter de se réchauffer, afin de tomber sur une tête qu'il ne s'attendait pas à voir là :
- Tiens tiens tiens, le petit Andrieu ! Grimaça-t-il tout en continuant d'un ton cynique en désignant Aurèle qui discutait un peu plus loin : décidément, on m'envoie les plus professionnels pour tenter de mener cette délégation, qui votre père a-t-il payé pour que vous soyez ici, dites-moi ?
Sans écouter la réponse de celui qu'on lui avait imposé à l'ambassade comme sorte de stagiaire, il poursuivit :
- Oh non, ne me dites pas que vous êtes là pour faire office de traducteur ? Je vous préviens, je refuse de vous adresser la parole en permanence !

Pour éviter de devoir poursuivre la conversation, Édouard quitta sans attendre Andrieu, et fit de nouveau quelques pas en direction d'autres personnes, tout en évitant soigneusement Aurèle en décrivant en large arc de cercle, tout cela pour se trouver à quelques pas de Manfred Mohr qu'il avisa :
- L'avion de notre invité n'aurait-il pas un peu de retard ? Avez-vous des nouvelles ? Non pas que je sois particulièrement impatient mais je me sens.. Cerné.
Il gratifia son interlocuteur d'un mince sourire, le premier de la journée – et certainement le dernier.

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 9 Nov - 20:34

PLACE DE LA CONCORDE
(près des tribunes, emplacement réservé à la presse)

Tout cela était de fort mauvais goût. C'est du moins ce que pensa Emy Hale lorsqu'elle eut réussi à se frayer un chemin parmi les autres occupants de l'emplacement réservé à la presse en ce grand jour qu'était l'arrivée du SS-Gruppenführer Horst-quelque-chose-Glucks-von... du SS-Glucks à Paris. Un homme sans nul doute tout à fait charmant (du moins c'était ce que Meilland leur avait demandé d'écrire quand il avait fallu annoncer l'évènement dans le Courrier) mais qu'elle détestait déjà profondément, parce qu'en plus d'avoir un nom bien trop long pour une langue aussi barbare que l'allemand, il la forçait indirectement à faire le pied de grue sur la place de la Concorde quand elle aurait eu bien mieux à faire – broyer du noir chez elle, par exemple, sa grande spécialité depuis quelques temps. Au lieu de cela, la journaliste tout à fait motivée et dévouée à son travail (et à la propagande) qu'elle était censée être se retrouvait coincée au milieu de collègues qu'elle appréciait aussi peu les uns que les autres (pour ceux qu'elle connaissait, et elle préférait éviter de connaître les autres), toute à son aise pour observer ce qui ressemblait bien à une provocation de plus de la part des Allemands. Avaient-il si peu d'inspiration pour avoir besoin d'imiter ce qui se faisait en France avant qu'ils ne viennent s'y installer ? Emy n'était pas hautement patriote, elle ne raffolait pas des grandes démonstrations militaires, mais enfin, comment pouvait-on ne pas serrer les dents en voyant les Champs-Elysées recouverts de drapeaux nazis, ces tribunes sur la place de la Concorde, ces soldats prêts à défiler – en un mot une copie en mai et à la sauce nazie d'un défilé du 14 juillet ? Elle jeta un regard mauvais vers ses collègues : visiblement, elle était la seule ici à s'en formaliser.

Maudissant intérieurement Meilland de n'avoir pas trouvé plus motivé qu'elle pour couvrir l'évènement – ou du moins d'avoir trouvé amusant de l'envoyer elle plutôt que tous les autres qui, eux, ne tarissaient pas d'éloges sur l'Allemagne, la collaboration, et ce avec enthousiasme -, la jeune femme chercha une cigarette dans son sac, et s'appuya contre la première barrière venue en ignorant royalement les gens qui l'entouraient. Le tabac se faisait de plus en plus rare – ô malheur – mais la situation valait bien de faire un pas de plus vers  l'épuisement total de ses maigres réserves. Et dire qu'Eva n'était même pas là pour pouvoir râler avec elle – allez savoir où elle était d'ailleurs, Emy ne l'avait pas non plus croisée lors de son passage à la rédaction avant de se rendre place Concorde, alors qu'elle espérait vaguement réussir à la convaincre de l'accompagner (voire de la supplier de ne pas l'abandonner dans cette galère si besoin était). Bref, la situation était officiellement désespérée, et tout ce qui lui restait à faire désormais était de se lamenter en silence, tout en observant les allées et venues des quelques – enfin quelques... nombreux – soldats chargés d'assurer la sécurité, tandis que tout autour des tribunes et le long de ce qui avait été la plus belle avenue du monde, se rassemblait une foule plus ou moins rassurante.

Des appels à manifester (qu'il lui avait fallu fustiger) avaient été lancés, et on pouvait raisonnablement se demander si ces gens allaient rester aussi calmes qu'ils semblaient encore l'être. Laissant les uniformes gris à leurs activités, la jeune femme s'essaya à détailler plus attentivement les spectateurs. A bien y regarder, tous n'avaient pas l'air tout à fait ravis d'être là – ou moins ravis par ce qu'ils voyaient, ce qui lui laissa penser qu'elle n'était de son côté définitivement entourée que d'aveugles (ou d'abrutis). Ces regards qu'elle posait sur la foule, certains semblaient lui être rendus, pas toujours de façon agréable. On lançait vers le petit attroupement de journalistes des oeillades souvent mauvaises, et même si on le la dévisageait pas particulièrement, Emy baissa les yeux, rattrapée par les scrupules qui ajoutaient à son humeur déplorable du moment. Evidemment, tous dans le même sac. Un soupir lui échappa, et avec lui, un nuage de fumée qu'elle regarda disparaître sous ses yeux. Tous dans le même sac, et après tout, quoi qu'elle en pense, elle allait bien devoir, elle aussi, pondre cet article dithyrambique sur le défilé, Glucks et toute sa petite compagnie. Comme tous les autres. Un second soupir lui échappa, et elle jeta un regard sur sa montre. La mascotte du jour était censée avoir atterri à 14 heures à Orly, mais visiblement la ponctualité allemande n'était pas au nombre de ses innombrable qualités. Charmante journée, définitivement.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 10 Nov - 1:05

ORLY

Nous y étions, après des jours et des jours à préparer cet événements, qu'il s'agisse de manière officielle avec la SS ou officieuse avec le réseau Reigen, tout allait se jouer dans les heures qui allaient suivre. J'étais quelque peu tendu. Certes ça ne se voyait peu, mais jouer ce double jeu était bien plus dangereux qu'il n'y parait. Je pouvais y laisser ma tête. Il est dorénavant trop tard pour faire marche arrière. L'avion du SS-Gruppenführer Horst-Ekkehardt Glucks von Kunsdorf-Weigwitzer semblait être quelque peu en retard. Pourvu qu'il se soit craché, ça nous enlèverait une sacrée épine du pied. Cette pensée était peut-être morbide, mais quoiqu'il arrive ce cher Glucks ne s'en sortirait pas vivant, nous avions tout prévu pour que la vie de ce brave homme prenne fin dans la plus belle ville du monde. Si le destin avait pu en décider autrement en faisant en sorte qu'il n'arrive pas jusqu’Orly, je n'en aurais pas pleuré. A vrai dire la seule chose qui me donnait envie de pleurer aujourd'hui c'était bien d'être à Orly. Je devais faire le pingouin sans broncher et ça ne me plaisait pas le moins du monde. Comme si être le garde du corps de Halder n'était suffisant, me voilà attaché à la sécurité de Glucks, qui dans le genre pourriture de première remportait la palme haut la main. A côté de lui Halder passait pour un enfant de chœur, je vous laisse donc imaginer ce que je pouvais ressentir à cet instant précis. Si s'ajoute à toute cette bonne humeur ambiante, le fait que je sois à quelques mètres de l'homme qui a écourté ma carrière dans la Luftwaffe, je ne pouvais être qu'encore plus heureux. Cette journée était la mienne et pourtant je puis vous assurez que sur le calendrier ce n'était pas encore ma fête. Ah oui j'oubliais, Glucks allait être une vraie cible mouvante aujourd'hui et je me devais de le protéger de qui ? De moi et de mes petits copains du SOE et de Reigen. Mieux vaut que le français qui allait avoir le fusil entre les mains toute à l'heure, ne soit pas myope. Ma santé en dépendait.

Je ne vais pas m’attarder plus longtemps là-dessus, je pense que tout le monde aura compris que cette journée était placée sous le signe de la poisse. Heureusement pour moi, quelques visages familiers m’entouraient. Je n’aurais pas à faire face à cette brute, seul. Quoiqu’en y réfléchissant bien, je suis moi-même censé être une brute. Il fait bon vivre dans ma tête. Silke se trouvait à une bonne vingtaine de mètres de moi, j’essayais d’attirer son regard, mais elle semblait encore plus stressée que moi, ce qui il faut le reconnaitre n’était pas bon du tout. Aucun de nous deux ne devait flancher avant que le coup de feu ne retentisse. Du moins si coup de feu il y aura, parce qu’avec le courage reconnu des français, qui pouvait être sûr à cent pourcent qu’ils n’allaient pas se débiner une nouvelle fois. Nous aurions l’air de deux parfaits idiots qui attendent que la cible mouvante se fasse descendre. Pourvu que tout se passe pour le mieux, que le plan marche à la perfection et que ce Glucks ne voit de la France que l’aéroport et les Champs-Elysées. Je sais c’est bien de rêver, mais si je n’y croyais pas ne serait-ce qu’un peu comment pourrais-je tenir toute la sainte journée ? Pour me décontracter je regardais autour de moi les avions des forces allemandes. Ah il n’y a pas à dire, voler me manquait. Messerschmitt Bf 109, Messerschmitt Bf 110, ses avions me manquaient, la sensation de liberté que procurait le vol me manquait. Ma vocation n‘était pas de faire le gilet pare-balle d’un officier SS, nan je devais être dans ces appareils. Il faut vraiment que j’arrête de me torturer de la sorte, mais l’attente n’arrangeait pas vraiment la chose. Je regardais une énième fois ma montrer, il était 14h bien passé maintenant et toujours aucun signe de ce fichu avion. Quel manque cruel de politesse, faire attendre tous ces gradés, ces officiels français. Non mais c’est vrai et si les terroristes français nous guettaient. Nous étions de véritables proies, certes Orly se devait d’être sécurisé en cette journée, mais personne n’est à l’abri d’un attentat isolé. Croisons les doigts pour que ce foutu appareil apparaisse soudain dans le ciel français, pour que nous puissions en finir au plus vite avec toute cette mascarade de visite officielle. J’étais de plus en plus tendu et si l’avion n’atterrissait pas dans les minutes qui viennent, il se pourrait parfaitement que ma couverture, qui par je ne sais quel miracle avait pour le moment tenue, ne soit foutue pour de bon. Allez un peu de courage, ça va le faire.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 10 Nov - 8:37

Les Champs Elysées

Le joli mois de mai offrait ses douceurs et Elise comptait bien en profiter. Sa toilette et sa mise ce jour avait été faites comme à l'accoutumée, la venue d'un haut gradé ne lui permettant pas quelques rendez-vous hasardeux avec son amant. D'un côté, elle se fichait de l'arrivée du SS, la maudissant même de la priver de quelques instants de douceur mais d'un autre côté la curiosité la rongeait. La blonde n'avait pas désiré se joindre aux journalistes, elle n'aurait qu'à corriger sournoisement par derrière les articles comme elle le faisait toujours... Et comme elle aimait le faire, avouons-le aussi.

Quelques badauds étaient déjà attroupés et ne voulant pas se mêler à la population qui la dégoûtait la jeune femme préféra s'attarder dans quelques négoces. Quand il passerait, elle entendrait bien la foule clamer et tant pis si sa place ne lui permettrait pas de voir quoi que ce soit: l'important était d'être sur place et de pouvoir dire "j'étais là !" si d'aventure quelques enfants le lui demandaient quand elle serait vieille. Avec le temps et son imagination, elle saurait bien édulcorer la scène pour la rendre intéressante.

En temps de guerre, il ne se vendait rien de bien transcendant et à des prix exorbitants. Flâner était une chose, mais compter sur ses amis allemands pour obtenir les plus belles choses sans débourser des sommes folles en était une autre. Ses yeux azurs allaient d'une étoffe à l'autre, animés d'un regard faussement intéressé. Le vendeur lui lançait plusieurs sourires auxquels elle répondait dans un air de profonde fausseté. L'espoir faisait vivre et s'il avait besoin d'espérer qu'elle achète ses cochonneries pour un souffle supplémentaire alors Elise était prête à faire ce geste.


-Oh, mais vous ne vendez pas que des robes... Voilà que vous avez des chaussures aussi !

Elise s'empara de l'une d'elles, la tournant dans tous les sens. Le cuir était fin et la qualité laissait à désirer. La paire contrastait fortement avec celle vernie qu'elle portait aux pieds et qui ne possédaient pas encore le moindre accroc.

-Oui, madame ! C'est les meilleures que vous puissiez trouver à Paris à ce prix-là !

Et tandis que le bonhomme vantait les mérites de ses horreurs la blonde reposa la godasse avant de fixer son tabac sur son fume cigarette.

-Intéressant...

Le vendeur n'en démordait pas, si son discours avait de prime abord paru lassant, il devenait carrément insupportable.

-Je réfléchirai, monsieur.

Un signe de tête, un salut poli et voilà la jeune femme ressortie dans la rue. Elle alluma sa cigarette et leva le nez vers le ciel. La grisaille parisienne s'estompait enfin et elle put sentir sur son front blanc les premières caresses du soleil.
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Manfred Mohr
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 10 Nov - 10:04

ORLY

En ce jour de printemps, l'oberst Manfred Mohr aurait volontiers étranglé la moitié des gens avec qui il travaillait d'habitude, au bas mot, voire les trois quarts. Plus il se démenait pour arriver à quelque chose de correct plus les gens semblaient devenir incompétents, lourds, gauche, et sinistrement ennuyants...enfin pour la plupart, c'était déjà le cas auparavant, cela ne changeait donc rien et Manfred Mohr devait faire avec. Il ne serait pas dit que lui se serait laissé déborder, cela, pas question. Quand bien même il trouvait qu'on en faisait beaucoup pour cet homme, efficace peut-être, mais totalement discret, si bien que lui même n'en avait que peu entendu parler, voire presque pas, à savoir le Gruppenführer Horst-Ekkehardt Glucks von Kunsdorf-Weigwitzer...Mohr n'avait pu s'empêcher d'arquer un sourcil un peu étonné et pour le moins sarcastique lorsqu'il avait appris la nouvelle et reçut ses ordres de missions : le nom de l'officier, grade compris, mesurait presque une ligne à lui tout seul sur les documents. Noblesse quelconque ? Sans aucun doute. Manfred n'avait aucune affection pour les aristocrates mais il avait du respect pour la hiérarchie, et même si la SS n'était pas réellement sa tasse de thé, il remplissait sa mission avec diligence. Encore heureux, von Hafer n'avait pas décidé de le surveiller, ou de le faire surveiller en permanence pour vérifier qu'il accomplissait bien sa mission. Il n'avait jamais de frictions réelles avec le gouverneur de Paris, tous deux étaient des militaires distingués sachant se tenir, mais toujours revenait un léger conflit d'autorité : Manfred collaborait avec Axel von Hafer, en particulier pour la défense de Paris, mais techniquement, il dépendait de l'OKL et donc de Berlin. Une liberté plus ou moins grande qui pouvait engendrer quelques discussions parfois acides.

Mais il fallait passer là-dessus. Les derniers détails s'étaient finalement réglés presque d'eux-mêmes, comme du papier à musique. A priori, les aviateurs étaient prêts pour le défilé, on avait installé un tapis pour la descente d'avion de Glucks, des tas d'officiels venaient assister à sa délégation – oh joie, le vieux von Lorentz seraient là. Il fallait croire que les ambassadeurs avaient tous décampé : il ne voyait pas Jaeger ni Mazan. Autant, l'absence de l'ambassadeur français ne le dérangeait pas, cela lui donnait l'occasion de saluer Cabanel, autant il se serait volontiers passé de Hansjorg von Lorentz et de son pompeux uniforme de SS qui semblait prêt à exploser et à propulser aux quatre vents ses médailles. D'ailleurs Mohr arborait assez fièrement les siennes également. Croix de fer, badge de pilote du NSFK, badge de pilote de la Luftwaffe, croix du service de guerre, croix germanique et autres qu'on lui avait attribué et qu'il avait oublié. Toutes n'étaient pas importantes. Certaines manquaient même sur son uniforme d'apparat, lui donnant plutôt belle allure.

Mohr était sur les dents. On attendait une concentration d'officiels telle qu'il ne pouvait que l'être. La sécurité avait été renforcée, tout était normalement prévu pour que tout se passe bien. En attendant, il avait tout de même entendu les rumeurs qui faisaient état d'un possible attentat : il pensait y être paré, on n'attaquerait pas le Gruppenführer à Orly. Un bon point pour sa propre carrière du moins Manfred l'espérait : de toute façon, à soixante ans, il n'attendait plus grand chose sinon qu'on le laisse revenir à Berlin. Et encore. Bref, tout cela pour dire qu'autour de lui, cela s'agitait joliment, cela frisait même l'impatience. L'avion avait manifestement du retard et tous ces messieurs dames, puisqu'il y avait quelques épouses, semblaient ne plus savoir que faire. Lui restait impassible. Manfred Mohr avait au moins, à défaut d'autre chose, la qualité d'être patient...il observait les gens sans réellement sourire, sans réellement dire grand chose, surveillant son vieil ennemi – von Lorentz – du coin de l'oeil, faisant la conversation à quelques uns, fuyant désespérément ce petit chroniqueur radio à la voix nasillarde qui n'avait de commun avec le grand empereur Marc Aurèle que le nom et qui semblait encore plus enthousiaste que les allemands pour cette réception qui se voulait grandiose et que en tant qu'organisateur, Mohr trouvait assez pénible. Il fallait espérer que Glucks von Kunsdorf-Weigwitzer se révelerait un invité agréable, sinon ce ne serait vraiment pas une partie de plaisir.

L'impatience montait encore, lui se tenait au courant des dernières informations par ses hommes et les aiguilleurs civils en observant encore la foule. Tiens donc, le petit Selbst était là. En uniforme SS, ah, vraiment ? Il coula un regard froid au jeune homme, mais sans plus. C'était un ami de Silke, qui devait être par là, elle aussi, d'ailleurs, et il n'avait pas trop envie de froisser sa future belle-fille – enfin, potentielle – aujourd'hui. Il adressa d'ailleurs à celle ci un sourire :

« Alors, petite, tu ne t'ennuies pas trop avec les vieux officiers bardés de médailles attendant un autre vieil officier bardé de médailles ? »
Il était vrai qu'il n'y avait pas beaucoup de jeunes ici, hormis Selbst. Et Cabanel. Mais connaissait-elle seulement Edouard, bonne question. « Ouvre bien tes yeux, il paraît que c'est un honneur. Et un homme bien... »

Il n'osait jamais trop associer homme bien et SS, ça se sentait, mais Manfred n'avait pas réellement le choix. Et puis il était bien sensé apprécier et reconnaître la valeur des patriotes comme Glucks après tout... On lui parlait de tout coté, mais il finit par retrouver un semblant de conversation normale avec Cabanel. Pris d'un éclat de rire, il lui tapota gentiment l'épaule :

« Ah, je crois que vous avez réellement mal choisi votre moment pour ne pas aimer les uniformes, mon cher, je crois que vous êtes un des seuls civils ici... »
Il remercia d'un signe de tête un de ses hommes lui apportant les dernières informations : « Oui, notre bon Herr Glucks von Kunsdorf-Weigwitzer a un peu de retard, mais il ne devrait plus tarder. »

Autour de lui, il y eut quelques coups d'oeils surpris. Manifestement, la capacité de retenir ce nom en entier était une preuve d'héroisme patriotique. Manfred se demanda si on lui donnerait une médaille pour ça.... pour services rendus à la grammaire et à la phonétique, probablement

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Elsa Auray
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 10 Nov - 16:04

Si la place de la Concorde se remplissait progressivement, on pouvait douter que tous ne venaient que pour profiter du spectacle – promis éclatant – qu'offriraient les troupes allemandes en défilant le long des Champs-Elysées pour le bon plaisir du Gruppenführer tout droit envoyé de Berlin. C'est ce que laissaient présager les appels à manifester sous forme de tracts qui avaient été répandu dans Paris les jours précédents, et les rumeurs plus sourdes qui couraient, celles qui voulaient que la résistance ne se tiendrait pas les bras croisés alors que l'on célébrait la grandeur du Reich et de ses envoyés, là où quatre ans plus tôt, c'était encore l'armée française qui défilait. Elsa, légèrement à l'écart, dissimulée sous une casquette et des vêtements d'homme qui avaient tendance à lui donner l'air d'un garçon un peu trop jeune pour être soupçonné de quoi que ce soit, observait la foule avec cette éternelle froideur qui ne quittait jamais ses traits. Elle savait bien ce que la résistance préparait, seule et unique raison de sa présence sur la place de la Concorde en ce jour où il aurait mieux valu fuir les environs. Ce qui restait plus imprévisible, c'était ce que les Parisiens qui se massaient autour des tribunes destinées à l'accueil du dignitaire nazi avaient en tête. Qu'une manifestation éclate, elle n'en doutait pas, mais on pouvait difficilement prévoir comment ces rassemblement plus ou moins pacifiques tournaient, un jour comme celui-ci surtout, or aujourd'hui, ils avaient besoin de garder le contrôle sur les mouvements de la foule.

Ces Parisiens, pour l'opération qui se préparait, n'était pas exactement du ressort d'Elsa, ou de la Brigade, il revenait à Honneur et Armée de créer au bon moment le mouvement de foule qui devrait permettre à Reynaud de s'introduire dans les tribunes, y déposer la bombe qui pesait encore lourdement dans le sac qu'elle devait lui remettre, et d'en ressortir avant qu'elle n'explose, en emportant avec elle – c'était du moins le but de l'action – l'invité de marque du jour, ainsi que ceux qui l'accompagnaient. Ce qui pouvait apparaître comme une opération hasardeuse avait été calculé, largement discuté, parfois avec véhémence entre les deux réseaux, avant d'arriver à un accord, ce qui n'était pas peu dire au regard du gouffre qui séparait X-1, chef d'Honneur et Armée, et Ian. L'éternelle impassibilité avec laquelle Elsa avait participé à ces discussions, celle dont elle faisait toujours preuve lorsque, croisant le regard de Guillaume dans la foule, elle lui adressa un signe de tête, trahissait mal l'agacement que provoquait sa manière de tout vouloir régenter. S'ils étaient d'accord sur la nécessité d'organiser la résistance, et d'en réunir les personnalités, c'était bien là tout ce qu'ils avaient en commun, et monter cette opération de concert n'avait pas été une mince affaire, loin de là. Mais maintenant qu'ils étaient là, maintenant que la jeune chef attendait, sa bombe dans un sac puisqu'elle passait plus inaperçue que Reynaud, il n'était plus question de s'arrêter à ces divergences. Ils travaillaient ensemble, et il fallait que ça marche.

La haute silhouette de X-1, lui aussi grimé de façon à ne pas se faire remarquer, ne tarda pas à se trouver devant elle, dernière entrevue convenue avant de commencer.
- Il sera en retard, l'informa-t-il sans avoir besoin de préciser qu'il parlait du fameux Glucks dont personne n'avait retenu le nom complet.
Elsa hocha la tête., en silence.
- Vous allez finir par avoir l'air suspecte, à attendre comme ça.
La jeune chef glissa vers son alter-ego, guère plus expressif qu'elle, un regard glacial.
- La foule les inquiète plus que moi. On risque un débordement, répondit-elle en désignant la masse qui grondait, de plus en plus nombreuse.
- Tenez-vous en à ce qui est prévu, laissez-nous la foule.
Ce qui ressemblait de nouveau à un ordre confirma l'agacement d'Elsa, mais elle ne ne jugea pas utile de répliquer, et elle savait que Guillaume n'avait pas plus de temps à perdre à discuter qu'elle. Elle hocha de nouveau la tête.
- On vient bientôt chercher le colis, tout sera en place, se contenta-t-elle de lâcher.
C'était tout ce qu'ils avaient besoin de se dire. X-1 s'éloigna sans un mot de plus. Au moindre imprévu, désormais, il faudrait improviser, et ce sans se mettre d'accord. Mais si Elsa ne péchait jamais par excès de confiance,  elle n'avait pas non plus pour habitude de se perdre à l'avance dans les pires scénarios. A première vue, malgré le retard de la délégation, rien ne laissait présager le moindre imprévu.

De nouveau seule, elle raffermit sa prise autour de la sacoche qui contenait la bombe, ainsi qu'une grenade dérobée quelques semaines plus tôt – personne n'avait jugé utile de contrôler ses effets, preuve qu'elle pouvait paraître bien innocente pour l'une des personnes les plus recherchées par les autorités – et se remit à scruter les Parisiens qui encombrait de plus en plus la place. Une fois la bombe remise à Reynaud, elle ne restait que pour parer à toutes les éventualités, et uniquement jusqu'à ce qu'il ne ressorte des tribunes. Sa confiance dans celui qui avait été le meilleur ami de Marc et jouait désormais les communistes contrariés dans la Brigade était plus que limitée, mais elle ne pouvait entrer dans les tribunes elle-même, où l'on risquait de la reconnaître – von Hafer, notamment, était de la fête. Reynaud avait insisté sur cette opération, les autres membres du réseau n'avaient pas jugé utile de l'empêcher d'y participer, et tant qu'il faisait ce qu'on lui demandait, Elsa n'avait pas jugé utile de s'y opposer. A son tour, elle l'aperçut sur la place. Un regard aux alentours lui confirma que personne ne faisait attention à eux et, rapidement, elle lui confia son sac.
- Tu attends que les autres agissent avant de monter, lâcha-t-elle, avec autant de froideur qu'à l'ordinaire. Et au moindre imprévu, tu reviens. Je ne serai pas loin, pas d'initiative inconsciente, c'est clair ?
Jouer les dictateurs n'était pas dans l'habitude de la chef de la Brigade, mais Jacques avait tendance à tout contester, et elle préférait être claire. Ce n'était pas le moment d'agir à la légère.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
Alfred de Vigny ©️ .bizzle


team berniques d'eau douce:
 
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 10 Nov - 18:51

A Orly, peu avant l'arrivée de Glucks.

Theo Landgraf, ineffable bavard, passait pour avoir lorgné sur les préparatifs de la venue de Glucks  uniquement pour avoir des choses à raconter dans les soirées mondaines qu'il affectionnait tant. En réalité, il avait vaguement surveillé cela d'un œil lointain. En effet, il dévorait en ce moment un traité sur le rail écrit par un ingénieur américain et pour la venue du même général – n'ayant jamais fait l'effort de retenir les grades SS, se fiant uniquement avec fierté à ceux de la Wehrmacht, il avait donc décidé de donner ce grade à Glucks – il se devait de surveiller au plus près son réseau ferré. On avait signalé plusieurs fois des possibilités de perturbations et une fois n'était pas coutume, elles ne seraient potentiellement pas liées à la SNCF, qui semblait avoir renoncé à ces grèves dont elle avait le secret et que Landgraf devait résoudre au pied levé. Ah, les syndicats, en Allemagne, ça n'arriverait pas, ça...Mais peu importait. En l'occurrence, les autorités étaient sur les dents en raison de possibles attentats que pourraient commettre les résistants. Landgraf, de son avis personnel, jugeait qu'il aurait peut-être plutôt fallu s'inquiéter des parisiens en colère qui pouvaient peut-être se révéler dangereux si on ne les cadrait pas. Il connaissait la rengaine. En tant que député, il avait eu l'occasion de défendre des gens comme eux...enfin, surtout lorsqu'il était burgmeister. Il connaissait par cœur le cri de colère qui traversait les masses et qui se révélait être le même à chaque fois. Nous sommes la foule en colère. Nous lisons les journaux tous les jours. Nous aimons ceux qui nous aiment, nous haïssons ceux qui nous haïssent, mais nous sommes aussi facilement influencés.

Landgraf connaissait bien la propagande, en tant qu'ancien homme politique. Il aurait aimé qu'on en fasse un peu plus de manière pédagogique et un peu moins pour expliquer pourquoi cet illustre inconnu dont lui même n'avait pas retenu le nom était là. Mais je ne suis pas significatif, après tout, c'est vrai, il paraît que je ne retiens le nom de personne. Il faut dire qu'il y a si peu de gens intéressants, et lorsqu'ils le sont, en plus, un comble, ils meurent vite ! Il espérait que Glucks serait quelqu'un d'intéressant. Enfin, si le Fuhrer le considérait comme un proche, c'était sans aucun doute un excellent élément. Je me demande s'il y aura des journalistes. Il faut des journalistes. Il faut que ça se passe bien. En tout cas, on ne pourrait pas reprocher à Landgraf de ne pas avoir fait des efforts. Même si c'était peine perdue en ce qui concernait son éternel visage aquilin et son bavardage, qu'il considérait comme sa plus grande qualité par ailleurs (à moins qu'il n'aie compté sur son enthousiasme naturel. Theo Landgraf était quelqu'un de très enthousiaste. Trop parfois, jugeaient les mauvaises langues.), il avait fait un effort et revêtu son plus bel uniforme pour se présenter ce matin là à Orly. Le major représentait l'unité de l'Eisenbahntruppen pour la région parisienne : une charge prestigieuse qu'il s'efforçait de remplir dignement, uniforme, médailles, gants et monocles à l'appui.

Il faisait donc partie des multiples officiers qui attendaient là, à Orly, l'arrivée d'un homme qui ne semblait pas compter la ponctualité parmi ses habitudes. Le major Landgraf était un maniaque de la ponctualité. Il détestait le retard. Il trimballait un horaire de chemin de fer de chaque pays où il résidait avec lui ; il pouvait dire avec précision quand tel ou tel train qui entrait en gare. Etre à l'heure, c'est déjà être en retard. Etre en retard, c'est un manque cruel de respect envers les gens qui vous accueillent. Lui aussi s'était battu à l'Est, et à l'Ouest, et dans le désert, il n'en faisait pas tout un fromage. Un petit avancement ne serait pas de refus, par ailleurs. Mais cela ne semblait pas à l'ordre du jour, et les ambitieux projets de Theo – qui consistaient majoritairement à finir général et à se retirer dans une vieille et grande maison à la campagne, restaient globalement lettres mortes pendant qu'on honorait des types comme Glucks.

Il se tourna vers son vieil ami, Manfred Mohr, qui semblait patienter tout autant que lui : sauf qu'en plus, Mohr aurait la charge, en tant que directeur d'Orly, d'accueillir ledit général. Amusé par la situation, Landgraf commenta :

« Manifestement, le Fuhrer aime les retardataires. »
Surprenant le regard sévère de l'oberst, il corrigea avec sincérité : « J'espère que son avion n'aura pas eu de problème. Le train c'est toujours plus sur, mais plus long. Je me demande s'il revient directement de Russie. On m'a dit qu'il était passé à Berlin : peut-être qu'il aura des nouvelles du front ? »  Oswald, son cadet, était en Russie, et à vrai dire, Theo aurait aimé être sur que ça se passait bien pour lui. Comme le conseiller de l'ambassadeur de Vichy approchait, Landgraf s'éloigna, portant la main à sa casquette dans ce qui lui semblait un salut plus approprié à un civil français : « Herr Cabanel, ravi de vous voir ici. » Avant de s'éclipser.

Bavard qu'il était, il trouverait bien quelqu'un à qui parler. Il discuta un moment politique et droit avec Hansjorg von Lorentz. Il parle droit, et je parle train : on ne se comprend pas, on ne s'écoute pas, mais on parle et on est fait pour s'entendre. Il y avait bien Aurèle, mais il ne le supportait pas à la radio, sa voix s’insupportait, et en réalité, ça ne valait pas mieux. Aussi adressa-t-il un sourire un peu forcé au SS sensé servir de garde du corps à Glucks – si jamais il arrivait un jour :

« Ma foi, jeune homme, vous faites un effet admirable, content de savoir que vous êtes là pour défendre le Gruppenfuhrer et pas pour l'attaquer, moi je n'aimerais pas être à la place des résistants que vous pourriez croiser ! »
Un miracle, il s'était souvenu du grade. Il ne fallait pas lui en demander plus. « Oh, j'y pense, je ne me suis pas présenté, Major Landgraf, je suis de l'Eisenbahnpioneretruppen. Vous êtes un des hommes de Herr Halder, n'est-ce pas, d'habitude, non ? »

Refus de donner des grades aux SS. Il était de la Wehrmacht, et il méprisait les méthodes de bourreau du chef de la SS parisienne.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 10 Nov - 23:41

Place de la Concorde (juste à côté des tribunes, carré presse)

La journée allait être longue. Très longue même. Eva avait eu le tout petit espoir d’échapper à la venue en grande pompe de l’officier Glucks –elle s’était résignée à employer ce surnom, le nom entier du bonhomme était tout simplement une torture insupportable à prononcer- mais ses responsabilité l’avaient bien vite rattrapées. D’un côté, Gabriel l’avait chargée de couvrir l’évènement pour produire un article en allemand pour le Courrier. Eva avait protesté, arguant qu’Emy était déjà sur le coup, mais le rédacteur en chef avait été intransigeant. Il voulait deux articles. Quel gâchis. De l’autre côté, Bergmann l’avait chargée d’être présente pour le compte du SD. Elle avait entendu lors d’une de ses virées faussement innocentes au bistrot de Cyriac Blondel qu’un attentat se préparait contre Glucks, information importante qu’elle n’avait pas manqué de rapporter à ses supérieurs. Du coup, elle était chargée de repérer tout mouvement ou personne suspecte et d’en informer immédiatement un chargé de la sécurité. Sa place dans le carré presse lui conférait un avantage, sa formation et ses atouts feraient le reste.
Seule compensation à cette journée : elle pourrait voir le défilé plutôt bien. De plus son interlocuteur était Philipp, ce qui était un moindre mal, elle avait eu peur de se trouver face à un soldat allemand désagréable et maussade. S’il y avait un pépin, elle saurait à qui s’adresser. Ceci dit, la journaliste espérait de tout son cœur qu’il n’y aurait aucun pépin. Si Glucks se faisait tuer ou même blesser, la vie allait devenir infernale à Paris.

Elle avait donc passé la matinée au SD, Bergmann l’avait briefée sur sa mission, sur les résistants connus et susceptibles d’intervenir, sur les mécanismes de bombes les plus connus –les occupants suspectaient grandement que si attentat il y aurait, ce serait probablement une bombe, histoire de créer la panique et de permettre aux résistants de se faire la belle dans le mouvement de foule. Elle avait ensuite pu rejoindre la place de la Concorde, s’était faufilée dans le coin presse –peu rempli à la réflexion, avec tous les journaux et les journalistes censurés, peu avaient eu le droit d’accéder à ce petit coin privilégié. Elle avait sorti son petit carnet de notes et son stylo, et cherchait désormais Emy des yeux. Glucks n’arriverait pas avant un bon moment, autant retrouver sa collègue qui devait être aussi ravie qu’elle d’être coincée ici. A deux elles auraient plus de courage pour affronter l’après-midi barbante qui les attendait et l’article minable qu’elles devraient écrire par la suite.

Elle l’aperçut enfin au bout d’une petite minute, et se fraya un chemin jusque son amie. Effectivement, Emy avait l’air dépitée et de mauvaise humeur. En fait, cela faisait quelques temps qu’Emy avait l’air de mauvaise humeur, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Quelque chose semblait la tracasser, mais malgré tous ses efforts et toute sa gentillesse, Eva n’avait pas réussi à faire parler sa collègue sur les raisons de cette humeur maussade. Emy cachait quelque chose, et Eva commençait à se dire qu’elle était au courant de choses qu’elle n’aurait pas dû savoir. D’un côté, c’était une bonne chose pour son travail d’espionne. De l’autre, cela voudrait dire dénoncer une collègue et une bonne copine, une fille sympathique et une bonne journaliste, et Eva rechignait toujours à cela. Elle continuait donc à essayer de creuser, histoire de démêler les doutes de la vérité.

-Emy ! Dieu soit loué tu es là. Je ne me sentais pas d’humeur à affronter la trombine de Glucks toute seule. Comment tu vas ? Tu es là depuis longtemps ?

Elle avait tenté de mettre de l’enthousiasme dans ses paroles, histoire de lancer la conversation sur un ton joyeux. Il allait falloir passer le temps, cela ne servait à rien de commencer par se plaindre en geignant. Bon, elle se plaignait, certes, mais au moins c’était en riant !
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mar 11 Nov - 17:04

Orly

Il n'était pas sur de vouloir assister à ça. Il n'était même pas sur qu'il devait assister à ça. Les rumeurs, dans les clubs de jazz clandestins de Paris, étaient finalement venues aux oreilles de Morris von Lorentz : un officier allemand, ça il commençait à le savoir vu que Radio-Paris semblait ne plus parler que de cela, même si Aurèle ne semblait pas spécialement rodé sur la prononciation, défi en elle même, du nom dudit officier, allait arriver et la résistance préparait un attentat contre lui. Lequel, comment, ça, von Lorentz ne préférait pas savoir. Mieux vaut être sourd et aveugle, mieux vaut ne pas comprendre. Ceux qui ne savent pas ne participent pas, et ne sont pas arrêtés. Morris se rassurait comme il pouvait : parce que lorsque la Gestapo l'avait arrêté, il ne savait rien non plus. Cela pouvait très bien recommencer, ils l'avaient déjà fait, il aurait juste aimé, simplement, que ça ne se passe pas comme ça à nouveau...Ce qui n'était pas gagné. Pour bien faire, il aurait fallu carrément qu'il ne vienne pas du tout...et encore moins à Orly.

Morris von Lorentz se sentait véritablement mal à l'aise. Il était l'un des seuls civils ici. Il ne comprenait même pas pourquoi il était là puisqu'au final il ne disposait d'aucun pouvoir ni poste au sein des forces d'occupations ou des autorités françaises. Il avait simplement envie de rentrer sous terre, voire même de fuir et il ployait et déployait sa main autrefois brisée par la SS avec lenteur, comme pour conjurer un mauvais sort. Il ne voulait pas être là. Il se fichait éperdument de ce type qu'Hitler avait pris en affection et qui répondait au nom sympathique de Glucks...Il jeta un œil un peu désespéré autour de lui. Il était en retard, en plus, que du bonheur, mais il était trop tard pour fuir. Hansjorg, son père, avait débarqué chez lui le jour d'avant pour lui expliquer que c'était merveilleux, et qu'il avait vendu au haut commandement parisien que son fils était un pianiste brillant et qu'il fallait absolument qu'il vienne – Morris se demandait bien pourquoi son paternel déployait de tels trésors d'hypocrisie puisqu'ils ne se supportaient pas, mais dans tous les cas, il était coincé : il n'avait pas le choix que de venir. La plupart des officiers le connaissaient au moins de vue même si actuellement, heureusement, tous semblaient décidés à allégrement l'ignorer. Il ne savait pas ce qu'il était sensé faire ici : joli, sans doute, représenter le milieu culturel parisien ? En tout cas, son père devait avoir quelque chose de cet ordre d'idée là dans la tête, puisqu'il s'était en plus arrangé pour qu'il joue au Meurice dans la soirée. Bien sur, je n'ai que ça à faire de jouer du Wagner – puisque ça doit être le seul compositeur qu'il connaît – au piano, qui plus est, pour un SS, dont de toute façon, je ne vais jamais arriver à retenir le nom. C'est donc la mine très maussade qu'il attendait là. Il se sentait comme piégé...il n'avait pas envie d'être là. Imaginons un instant que les résistants aient vraiment prévu de le tuer, qu'est-ce que je fais moi ?

Il n'était pas militaire, pas même politique. Son plus grand désir était de fuir le plus loin possible de cet endroit qu'il jugeait néfaste. Mais son père ne semblait pas de cet avis, fier qu'il était, se dressant comme un coq sur ses ergots. Morris en manqua de lever les yeux au ciel.

« Cesse de jouer les abrutis et souris un peu. Je ne veux pas que tu me fasses honte. »
Il sembla à Morris être redevenu un instant un petit garçon : Hansjorg semblait sur le point de lui tirer les oreilles. « Tu aurais pu te raser, un peu, tu ne ressembles à rien...
-A un artiste, peut-être ? » Morris corrigeait avec un malin plaisir ce que lui disait son père. Le vieux SS sembla s'étouffer de plus belle, ressemblant à une tomate écrasée. « Allons, c'est ce qu'on attend de moi, il semble, les artistes sont toujours excentriques, vous devriez le savoir.
-On devrait éliminer tous les excentriques. Je te préviens,  si tu te comportes mal face au Gruppenführer, je te fais arrêter, c'est de ma carrière dont il s'agit.
-Charmant...rappelez moi pourquoi vous m'avez fait venir, déjà, si je suis si gênant ? »

Comme apparemment, son père n'avait rien à répondre et préférait discuter avec Félix Aurèle – que Morris s'acharnait à éviter depuis le début, il le voyait suffisamment à Radio-Paris, von Lorentz s'éclipsa pour marcher un peu. Il faisait froid et la position statique l'ennuyait. Mais ici, il y avait trop d'uniformes et peu de gens à qui parler. Qu'est-ce qui lui a pris, enfin, je n'ai rien à faire ici ? Même avec un costume pourtant bien mis, von Lorentz avait plus envie de rentrer sous terre que parler avec ses compatriotes. Le moins hostile de tous lui semblait être Selbst : il lui adressa un signe de tête, mais guère plus, observant d'un air curieux ce grand officier tout mince aux cheveux gris, arborant un monocle, semblant très bavard. Vivement que ce soit fini, et pourvu que Glucks ne soit pas trop en retard...
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mar 11 Nov - 21:09

Quelque part à Paris

Caroline était nerveuse. Un peu trop d’ailleurs. Quelqu’un allait finir par s’en rendre compte, et cela malgré tous ses efforts. Pourtant elle ne pouvait pas se permettre d’être percée à jour. Elle savait ce qui allait se passer et elle avait quand même décidé d’y aller. Les actions de la Brigade… Elle risquait sa vie, encore plus que d’habitude. Et tout le monde trouvait ça normal. Elle frémit en repensant à sa discussion avec Jacques. Rien n’allait aller. Elle avait un mauvais pressentiment. Appeler Viktor pour annuler aurait été encore plus suspicieux que sa nervosité, mais elle ne pouvait pas s’en empêcher. Si elle n’était pas allée à l’opéra le matin même – à quoi bon ? – elle n’arrivait pas à lâcher Victoire. Sa fille dans ses bras, elle faisait les cents pas dans l’appartement, dans sa robe vert bouteille tranchant avec ses cheveux roux relevés en chignon. Ses talons faisaient un bruit horriblement monotone sur le sol. Victoire s’était endormie contre son épaule. La petite faisait ses premiers pas. Ses boucles blond vénitien brillaient dans la journée ensoleillée. Saraghina, leur berger allemand, semblait sentir la nervosité de sa maîtresse, tête baissée, elle geignait de temps à autre. Anna n’allait pas tarder pour s’occuper de Caroline, mais la jeune femme ne pouvait pas lâcher sa fille, tout simplement. Elle s’y refusait. Elle ne pouvait pas se permettre de pleurer, son maquillage allait couler et elle ne pouvait pas se permettre de perdre du temps à tout refaire. L’anxiété l’avait empêchée de manger. Elle avait plutôt la nausée.

On toqua à la porte, Caroline allait ouvrir, sans lâcher Victoire. La jeune Anna, brunette de dix-huit ans, entra dans l’appartement, et prit la petite Victoire dans ses bras. Caroline la laissa partir à regret. Pour tous, l’enfant était sa nièce. Elle ne pouvait pas se permettre de la laisser partir, c’était trop dur… Il fallut qu’elle fasse un grand effort sur elle-même pour retourner dans sa chambre et s’assurer que tout était en ordre, avant de prendre ses affaires. Elle n’eut pas à attendre très longtemps avant que la voiture de service de Viktor ne se retrouve en bas de son immeuble. Après une dernière recommandation à la nounou et un dernier baiser à sa fille, Caroline réussit à s’arracher à contrecœur de son appartement. Elle ne comprenait plus ce qui l’avait poussée à se lancer là-dedans… La ballerine eut encore plus de mal que d’habitude à accrocher un sourire à ses lèvres, et dut se forcer au moment où le chauffeur lui ouvrit la porte. Elle le remercia d’un vague signe de tête et s’installa sur la banquette. En serrant sa pochette elle ne put s’empêcher de songer que son couteau ne pourrait pas vraiment la protéger de ce que la Résistance préparait.

-Bonjour, mon cher, le salua tout de même Caroline.

La jeune femme eut tout de même l’impression qu’elle n’était pas la seule à ne pas être dans son assiette ce jour-là. Viktor avait l’air un peu froid et distant.

-Des soucis ? S’enquit-elle alors que la voiture démarrait.

La route jusqu’à la tribune serait à la fois terriblement longue et affreusement courte…


Dernière édition par Caroline Lisieux le Mer 12 Nov - 21:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mar 11 Nov - 21:13

Parc Monceau

Mina revint une énième fois vérifier son maquillage, sa robe, sa coiffure, ses bijoux – rayez la mention inutile – devant le miroir de l’entrée. Elle était parfaite, comme d’habitude, mais la peur de ne pas l’être lui tenait le ventre. Marie, la femme de domestique, la regardait en levant les yeux au ciel. Sa patronne avait beau être une boche – autrichien, allemand… tous pareils – elle l’aimait bien quand même, mais là, elle était limite ridicule. Mina avait mit une bonne demi-heure avant de se décider pour un tailleur lavande et des escarpins blancs. Aucune mèche de cheveux ne s’échappait de son brushing et son maquillage était discret mais efficace. Il n’était pas question de recommencer les déboires de la dernière fois. Axel et elle n’en avaient plus jamais parlé, et ce n’était pas plus mal. Elle regarda encore une fois l’horloge de l’entrée, elle était à l’heure. Axel n’avait pas donné d’heure précise aussi avait-elle tenu à être prête à temps. Un crissement de pneus lui apprit que la voiture venait de passer la porte de la grille, roulant sur les gravillons. Sans attendre plus longtemps, Mina ouvrit la porte d’entrée et descendit les marches du perron. Elle ne voulait pas faire attendre Axel. L’un des motards précédant la voiture était descendus de sa moto et lui ouvrit la porte. Elle s’installa à côté d’Axel et la voiture redémarra presque immédiatement. Pourtant ils ne prirent pas immédiatement la direction des champs Elysées.

-Où allons-nous ?

Axel lui expliqua qu’il devait rapidement passer à son bureau. Mina fronça les sourcils. Il ne l’emmenait jamais à son bureau. Depuis leur arrivée à Paris elle avait dut y aller deux fois maximum. Il devait avoir une bonne raison pour contrevenir à ses habitudes. Elle ne releva pas. Une fois arrivés, Axel la laissa presque tout de suite, et Mina suivit une des ordonnances qui l’emmena au bureau de son mari. Elle allait attendre. Encore. Qu’à cela ne tienne. Mina n’était pas vraiment d’un naturel fouineur, mais elle prit tout de même le temps de regarder avec plus d’attention le cadre de travail de son mari. La décoration était sommaire, mais de bon goût. En plus des traités et des dossiers, il y avait quelques livres ça et là. Mina fut un instant tentée de jeter un coup d’œil aux feuillets épars sur le bureau d’Axel… Juste un peu de curiosité… Geste qu’elle finit par refouler, préférant finalement prendre un livre parmi ceux de la bibliothèque. Un traité de stratégie militaire. Quelque chose de très abstrait pour la jeune femme mais qui en fin de compte lui permettrait surement de mieux comprendre tout ce qui touchait à l’armée. Elle s’installa sur l’une des chaises en face du bureau, jambes croisées, et tenta de commencer à comprendre l’ouvrage. Malgré tous ses efforts tout resta assez … flou. Pourtant elle ne pouvait pas vraiment faire autre chose, en attenant Axel. Elle regardait l’heure tourner, et se demandait ce qu’ils pouvaient bien faire. Ils allaient finir par être en retard ! Mina se leva, rangea le livre, et lissa son tailleur. Malgré le début du mois de mai, il pouvait encore faire frais. Elle avait prit soin de prendre sa pelisse en hermine, envoyée par sa mère à Noël. Le blanc de la fourrure allait à ravir avec son tailleur et ses gants blancs. Elle retira le pique qui fixait son petit bibi à voilette, remit une mèche en place, et le réinstalla. Elle admirait le résultat dans la glace quand la porte se rouvrit :

-Frau von Hafer, Herr General vous attend en bas.

Mina hocha la tête, elle reprit ses affaires et suivit l’ordonnance. Il allait être l’heure de se donner en spectacle.

Direction les Champs
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mar 11 Nov - 23:05

Place de la Concorde.

Jacques aurait bien voulu échanger son travail de cheminot contre celui de résistant à temps complet. Mais bizarrement ce dernier ne payait pas bien. Il se devait donc d’aller en ce matin du trois mai à la gare où il travaillait avec son père pour maintenir quelques apparences très illusoires sur son amour du travail.

Evidemment leur patron était un germanique fier et gradé qui avait souhaité assister à l’arrivée de Glucks. Enfin Jacques ne connaissait pas grand-chose de son patron sauf qu’il le détestait, d’une part parce qu’il était un patron et les Reynaud fraternisaient pas vraiment avec leur type et d’une autre part c’était un nazi. Il espérait vraiment ne pas le rencontrer là-bas.

En tous cas Jacques devait travailler ce matin et c’est pour ça qu’il fut en retard sur la place de la Concorde. La locomotive à vapeur dont il s’occupait avec un autre type assez commode avait un problème au niveau de la chaudière et il ne pouvait pas quitter son poste avant de l’avoir réparée. Même pour poser une bombe.

Il put s’échapper un peu avant quatorze heures en repoussant son heure de déjeuner. Il se dirigea comme il était prévu vers les tribunes et la foule déjà réunie. Pourtant il eut un doute en chemin. Pas de doute pour la bombe, mais plutôt l’exécution du projet. Il ne voulait pas faire ça discrètement. Il voulait passer dans la petite pièce qu’il habitait récupérer son fameux drapeau rouge qu’il agitait souvent avant la guerre, pendant les manifestations ou les grèves. Il voulait le sortir et revendiquer son acte et voir le visage de tous ces enfoirés avant qu’ils ne crèvent.

Mais il ne pouvait pas agir comme bon lui semblait. C’était trop dangereux et cela ne valait pas la peine. Il allait essayer de ne pas se faire tuer aujourd’hui, ce serait bien. Il avait donné des instructions pour la construction de la bombe mais il ne savait absolument pas si elle avait été fabriqué artisanalement par la Brigade ou alors par d’autres personnes, ou même achetée dans les groupes anarchistes ou dans des surplus militaire.

En gros il ne savait rien sur cette fichue bombe qu’il était tout de même censé placer. Bon, il était déjà content d’avoir un rôle dans cette mission et il avait lourdement insisté pour participer. Pour une fois que la Brigade réagissait à un évènement d’une façon que Jacques jugeait adéquate il allait pas cracher dessus.

Il navigua son chemin dans la foule et regarda vers les tribunes pour se rappeler pourquoi il faisait tout ça, pourquoi il mettait en parenthèses sa vie. Le gratin des plus gros porcs d’Europe allait bientôt se réunir sur les Champs Elysées, Jacques aurait pu pleurer. Les chiens avec leurs chiens de garde, les journalistes qui léchaient les bottes et écrivaient leurs torchons, les hauts dignitaires français qui n’avaient aucune honte… Ils allaient être tous là prêts à partir en fumée. Jacques souhaitait simplement qu’ils ne soient pas trop en retard, impatient qu’il était.

Il détacha son regard des tribunes et il le détourna vers les parisiens venus en masse. Que faisaient-ils tous ici ? Venus applaudir les allemands comme ils l’avaient fait pour les français ? Ou alors étaient-ils venus voir qui avait tué leurs pères, frères et fils ?

Il ne s’en préoccupait réellement que pour l’abri que la foule allait lui offrir et puis il espérait un peu abstraitement qu’aucun civil ne serait assez idiot pour s’approcher trop près de Glucks. Sinon tant pis pour eux, ils n’allaient pas arrêter toute une mission pour quelques parisiens en danger. L’enjeu était trop grand.

Il croisa le regard d’Elsa et il s’approcha d’elle. Elle était déguisée et il comprenait pourquoi. Lui, n’avait pas fait beaucoup d’effort mais il avait tout de même enlevé son uniforme de mécanicien. Pour le cambouis sur les mains il n’avait rien pu faire.

Elle lui lança des ordres dans son légendaire ton glacial avant de le mettre en garde contre toute initiative personnelle. Elle le connaissait trop bien. Il saisit le sac qu’il pouvait sentir faire ‘tic tic tic’ et ne répondit qu’avec un « Chef, oui chef » sarcastique.

Il s’éloigna d’elle pour ne pas éveiller les soupçons et s’approcha tant qu’il le pouvait des tribunes en attendant Glucks, et la distraction qui lui permettrait de poser la bombe.

Jacques espérait ne pas avoir l’air trop suspect. Il alluma alors une cigarette et vit les gens autour de lui le regarder avec envie. Il souffla sa fumée sur eux. Le partage communiste, y a que ça de vrai.


Dernière édition par Jacques Reynaud le Mer 12 Nov - 17:55, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mer 12 Nov - 0:48

Paris

Avant  d'accueillir von G, comme Axel avait décidé de l'appeler, les urgences du quotidiens accaparaîent toujours le colonel et en cette fin de matinée, il se retrouvait de nouveau enfermé avec Eppensteiner, pour cuisiner un résistant arrêté la veille au soir. Les caves de la rue de Varenne étaient glaciales, et pour éviter toute perte de temps, Axel avait gardé manteau, gants et casquette. L'affaire devait être résolue rapidement.

-Bon alors c'est vous, Apollinaire, lança Axel en enfonçant les mains  dans les poches de son manteau. Secouez-le, colonel, nous n'avons pas que ça à faire aujourd'hui. Vous  avez infos pour moi, c'est ça?
L'homme se réveilla sous un coup sec et lorgna le général d'un oeil torve.
-J'ai un message pour vous.
-Superbe. De la part de qui, soupira Axel?
-Victor Hugo.
-Encore un. Ils ne nous ficheront pas la paix, ces écrivains, colonel? Bon, et que dit-il, votre Victor Hugo? Que Dumas arrive demain?
-Non, que vous allez tous crever comme des chiens. C'est pas Dumas, c'est la France qui vous écrasera comme une vermine pourrie. Et votre Glucktruc aussi va crever.
-Très bien, souffla Axel en prenant un document que le lieutenant lui avait remis avant d'entrer. Je vais vous demander autre chose. J'ai des noms, sur ce papier, de votre réseau.  Je garde en vie votre femme et votre fille Sidonie  si vous me dites où se trouvent ces hommes. Il marqua une pause et reprit en lisant les pseudonymes de la liste. Lamartine est mort. Où est Verlaine?
-Je sais pas.
-Magnifique. Rimbaud?
-Il est mort.
-Pratique.  Baudelaire?
-Il a disparu au maquis.
-De mieux en mieux. Et Maupassant?
-Mort.
-Ma parole, mais c'est le cercle des poètes disparus, votre réseau! Colonel, vous avez vu ça? Quelle malchance! Mais ne vous en faites pas, mon petit Apollinaire, nous tenons encore Boileau,  il est presque prêt à parler. Eppensteiner, essayez de le faire parler si vous voulez, pour ma part j'en ai assez.

Tout en parlant, il avait tiré son arme de son étui et avait chargé une cartouche, tirant la culasse qu'il avait fait claquer d'un bruit sonore.
-Colonel, vous avez ce que vous voulez? Je fais ça vite, ça vous convient? von Glucks a déjà été bien assez en retard et ma femme va m'attendre.
Il pointa son Lüger sur la tête de l'homme, le regard froid.  Puis recula d'un pas pour éviter de salir son manteau.
-Rien à ajouter, herr Apollinaire? Une dernière prose? Un dernier vers? Colonel, pas de regret?
Une minute plus tard, Axel appuyait sur la détente,  la prose d'Apollinaire alla s'étalerr sur le mur de la cave
-Bon, et maintenant allons retrouver von Gluck, colonel. Je vous emmène?


Eppensteiner avait refusé l'invitation du colonel, et après lui avoir remis les derniers ordres, Axel retourna à Monceau chercher Mina.

-Vous êtes parfaite, lui dit-il sans trop d'effusion lorsqu'elle s'assit à ses côtés, avant de prendre sa main. S'ils n'avaient jamais reparlé de la nuit catastrophique vécue quelques temps auparavant, Axel n'avait pas oublié les mots de Mina et s'était appliqué à faire des efforts, à lui laisser plus de liberté et à l'inciter à lui parler. Le changement n'était pas radical, certes, mais il était, de son point de vue, certain d'y parvenir.

La berline arrivait enfin place de l'Etoile. Axel savait qu'à partir du moment où il sortirait de la voiture, il n'aurait pas un instant à lui: penser à von G, penser au défilé,  vérifier les moindres détails, s'encquérir des informationss du dernier moment... Il n'aspirait qu'à une chose: que von G reparte de là où il venait, et qu'il lui fiche la paix. Mais hélas, la venue était nécessaire et pas un seul faux pas ne devait perturber la marche. Sa position était en jeu dans  cette visite.

-Mon général! le SS-Gruppenführer Glucks von Kunsdorf-Weigwitzer a eu du retard, il  vient d'arriver avenue Foch, il sera là dans quelques minutes!
-Très bien. Mina, nous nous retrouverons place de la Concorde, fit-il en la saluant d'un oeil brillant. Lieutenant, allons-y.

Il passa rapidement en revue le premier régiment qui devait ouvrir le défilé et montre en main, attendit l'arrivée des voitures officielles. La journée se déroulait parfaitement. Le gang des poètes était une preuve très fraîche des mesures prises pour garder Paris.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mer 12 Nov - 16:13

Le défilé (explosif) des Champs-Elysées
Intrigue générale
ORLY

Les yeux cernés d’un noir bleuté abondant, Silke Fetting trahissait sa condition mal réveillé en ce jour pourtant d’une importance capitale pour le chevalier. Remarque, il avait certaines chances pour que ces deux conditions soient liées. La jeune SS se sentait trop serrée dans cette uniforme de parade. Les femmes dans les SS étaient déjà monstrueusement rares, autant dire qu'elle se sentait seule. Elle portait un jupe plus tôt courte au niveau des genoux, la taille cintrée par une ceinture et les épaules élargies par des odieuses épaulettes. Le pire était de devoir afficher cet aigle de partout. Son regard était perdu dans le ciel bleu de printemps. La conclusion allait se tenir aujourd'hui. Depuis le temps qu'elle se préparait officiellement et officieusement. Matthias l'avait briefé des dizaines de fois après avoir tenter de faire qu'elle ne soit pas là et elle pouvait presque sentir son regard brûlant sur sa nuque. Elle n'osait se retourner, ni même bouger, entouré par des vieux officiers SS, sans doute tous des bels ordures qui avaient tué des dizaines de personnes. C'était une joie de savoir que plus le garde serait important plus le gradé serait inhumain. Autant dire que Silke était un peu tendu et n'importe qui pouvait se rendre compte de son état pour le moins inhabituel.  Son visage était fermé, pas la moindre trace de ce sourire arrogant et amical qu’elle arborait sans cesse et qui en réjouissait plus d’un, pas le moindre éclat malicieux dans ses prunelles glaces. Une véritable statue drapée dans sa beauté. Cette beauté qui attirait les regards et cette impression de faiblesse qui donnait envie de protéger la fille de Clemens.
Avoir autant d'agents présents étaient pour le réseau l'occasion de tisser sa toile autour des personnalités allemandes et d'observer les réactions. Il n'était peut-être pas les seuls traîtres. La jeune femme espérait très sincèrement pouvoir essayer de réussir à abattre -physiquement ou moralement- des personnes compréhensives mais également puissantes, qui lui permettraient d'atteindre son objectif. Malheureusement, il est rare que tout se passe comme prévu. Pourtant à ce moment-là, Silke avait surtout envie que cette journée commence enfin. A l'horizon, aucun avion que ce soit celui du nom aristocratique du Gruppenführer Horst-Ekkehardt Glucks von Kunsdorf-Weigwitzer ou un autre ne brisait la monotonie du ciel. Oui, Fetting se souvenait de la totalité de son nom, sans doute les nombreuses fois où elle avait dû l'écrire. Un soupir passa la barrière de ses jolies lèvres rosées.

Manfred s'approcha de sa peut-être potentielle bru avec un sourire assez rare sur le taciturne officier. Il avait dû passer des moments horribles toute la semaine dernière. Une simple bombe et s'en était fini de tous. La catastrophe serait sans nom pour sa carrière, s'il survivait évidemment. Expirant profondément, les yeux clos, Silke rêvait d'un verre de vin rouge, laissant le breuvage capiteux envahir sa bouche et s’emparer de ses sens, distillant en elle un doux sentiment de détente. Mais il en était hors de question. Boire n'était pas raisonnable. Elle en aurait bien eu besoin pourtant pour desserrer l'étau de peur autour de son cœur. Elle adressa quand même un sourire chaleur à son Papy Manfry, évitant judicieusement de l'appeler ainsi. Le doux cygne tenait à sa tête et elle savait que le commandant d'Orly ne le supporterait pas.

« Alors, petite, tu ne t'ennuies pas trop avec les vieux officiers bardés de médailles attendant un autre vieil officier bardé de médailles ? Ouvre bien tes yeux, il paraît que c'est un honneur. Et un homme bien... »

Elle ne s'ennuyait pas, elle mourrait d'ennuis. Avant de se décider à agir, elle hésitait pendant des semaines et des semaines. Mais maintenant, elle voulait passer à l'action et cesser d'attendre que cet avion arrive. Saisissant au bond l'occasion, elle se rapprocha de Manfred et lui enchaîna le pas lorsqu'il partit, non sans accorder à Gustav un clin d'œil rassurant.

« -J'en suis sûre, jamais un homme aussi réfléchi que le Führer n'aurait choisi un homme qui ne soit pas complètement dévoué à être capable de tout pour sa grandeur... La grandeur était une notion relative vue sa taille, surtout tout pour cet chose qui n'avait d'humain que l'apparence -Je t'accompagne, de tous ses vieux officiers bardés d'insignes, tu es le moins ennuyant.»

Silke n'avait pas pu s'empêcher d'ajouter une touche d'ironie. Manfred se dirigeait vers Edouard Cabanal, un politicien français qui ne lui inspirait pas grand-chose. Peut-être un léger mépris, il ne se battait même pas pour son pays. Silke se recula légèrement, écoutant seulement la conversation de loin. Papy Manfry avait l'air de bien connaître le politicien, la première remarque était intéressante.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Sam 15 Nov - 17:06

CHAMPS-ELYSÉES


C’était le temps parfait pour un événement de ce genre. Probablement parmi l’un des plus angoissants depuis son arrivée à Paris, mais cela valait toujours mieux que de stagner derrière une officine. D’un pas ferme mais sans hâte, Edwin Grüper achevait de passer en revue pour la dernière fois une partie des forces qui lui étaient directement allouées, positionnées le long des Champs-Elysées. Pour l’heure, tout était encore calme, malgré les civils qui se livraient à leur habituelle curiosité, entre hostilité prudemment affichée, réserve soigneusement entretenue ou insouciance probablement procurée par le printemps bien installé sur la capitale. Comme il avait déjà pu le constater auparavant, la plupart des  hommes se distinguaient en deux catégories bien précises. Il y avait ceux qui n’étaient pas capables de masquer leur peur du débordement, aboyant parfois leurs ordres avec une sévérité exagérée, peu utile. Et il y avaient ceux qui, au contraire, se rangeaient dans le camp des optimistes, au risque de se montrer trop permissifs. Fort heureusement, ces derniers  étaient plutôt rares et s’attiraient peu de sympathie de la part de leurs collègues, la conjoncture actuelle se livrant surtout à une tension persistante, qui ne se dissiperait pas avant le départ de Glucks.
Pour sa part, Edwin cherchait le juste milieu, sans être certain de l’atteindre jamais. Si dans la balance il penchait bien évidemment du côté des méfiants, il prenait sur lui pour conserver un ton humain et l’expression paisible mais exigeante qui rassurait les recrues sans pour autant les dédouaner du sérieux requis. Ils n’avaient pas le droit à l’erreur, tous autant qu’ils étaient. À commencer par lui. Il aurait beau jeu d’exprimer haut et fort son mécontentement pour avoir été rangé dans la catégorie « planqué de l’arrière » et en se plaignant de ne pouvoir retrouver sa place en Russie s’il n’était pas capable de garantir une sécurité optimale en pays occupé. Même si une pointe d’humour venue d’on ne sait où lui avait donné à penser qu’en cas d’échec, certains supérieurs étaient bien capables de voir comme une punition l’expédition immédiate sur le Front. Cette menace, il l’entendait partout de la part des adeptes du chantage. Le capitaine n’avait jamais compris ceux qui utilisaient cet argument pour obtenir de meilleurs résultats de la part de ceux qui se tenaient sous leurs ordres. Ou bien était-il vraiment passé dans le camp des suicidaires... ?

Il jeta un coup d'œil sur sa montre. L’heure tournait bien vite, et les choses ne bougeaient guère aussi rapidement. Il pressentait que la communication serait difficile à entretenir de part et d’autre du parcours de l’invité spécial du jour. Les Champs-Elysées l’avaient certes ébloui par leur prestance toute parisienne, par leur faste et par l’essence typique qu’ils dégageaient. En revanche, il savait qu’il ne pourrait faire autrement que de les haïr aujourd’hui. Il pestait néanmoins en silence, faisant de son mieux pour dégager une assurance aussi authentique que possible. Tracts ou pas tracts, il ne serait pas dit que la cérémonie ferait l’objet d’un fiasco. Par ailleurs, sa tenue impeccable et ses bottes nettoyées jusqu’à l’obsession ne l’empêcheraient guère de réagir au quart de tour au moindre mouvement suspect. Parce qu'il ne savait pas se comporter comme un simple pion issu de la discipline de fer allemande, il était bien dans son intention de rester particulièrement actif et mobilisé, et de se déplacer ainsi en parfait accord avec le défilé. Il eut une pensée réconfortante pour Manfred, qui ferait partie des premiers à accueillir Glucks à Orly.
Tout en marchant, son regard s’évada des uniformes allemands pour apercevoir une jeune fille dont le regard s’attardait un peu trop à son goût sur les militaires alignés. Il freina l’allure, jusqu’à s’arrêter complètement. Lui-même balaya de ses prunelles le trottoir sur lequel elle se tenait de part et d’autre, sur une cinquantaine de mètres. Néanmoins, les premiers soupçons qui menaçaient déjà de parasiter sa confiance en leur capacité à faire régner l’ordre disparurent quand il la vit ramener sur elle les pans de son manteau, trop léger pour la saison et sous le joug d'un coup de vent un peu plus téméraire. Ce n’était qu’une passante, à peine sortie de l’adolescence. Pas une terroriste. Il entreprit donc d'effacer cet intermède et de dénouer lentement les muscles de son dos, reprenant son inspection en espérant tromper l'ennui et autres inquiétudes.

Il réprima difficilement un soupir las.
La journée serait longue.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Sam 15 Nov - 19:13

Grand Palais

Adossé contre l'un des nombreux piliers qui jouxtent la salle principale du Grand Palais et habillé comme un parisien qui aurait sorti la tenue du dimanche pour le grand évènement, j'observe autour de moi avec attention. Je fume une cigarette, une de ces marques françaises bon marché et franchement pas bonnes mais qui valent mieux que rien et surtout, qui passent beaucoup mieux que les anglaises qui me manquent tant en cet instant. Les badauds commencent à être de plus en plus nombreux en cette belle journée où les bons petits soldats du Reich vont une fois de plus mettre tout en œuvre pour rappeler qu'ils sont en terrain conquis et que la ville leur appartient.

La visite de Glucks a été l'annonce la plus marquante de ces dernières semaines qui ont été plutôt mornes à bien y réfléchir. Et les ordres venus de l'autre coté de la Manche lorsque nous avons appris la nouvelle ont été également des plus explicites. Autant le dire tout de suite, devoir me concentrer sur cette histoire ne m'a pas particulièrement plu. Mais, au vu des regards que m'ont lancé certains des membres du réseau, Mary pour  ne pas la citer, je me suis dit que ça permettrait peut-être de faire taire les doutes qu'elle commence à avoir quant à mes capacités mentales et mon obsession toute récente  pour retrouver celui qui a tué Sybille.

Alors je me suis attelé à la tâche, sans même essayer de paraitre enthousiasme, même si l'idée de pouvoir me débarrasser d'une tête aussi importante et dans un moment pareil n'est pas pour me déplaire. Il a fallu user de toutes nos relations pour essayer de trouver le moment le plus opportun pour l'atteindre et ça n'a pas été sans mal. Pourtant, à l'usure, nous sommes arrivés à un semblant de plan qui, quand j'y réfléchis, aurait tellement de raisons de capoter que je me demande ce qu'on fait là.

Une des raisons, enfin qui serait une raison si on m'avait demandé mon avis sur la question, se dessine d'ailleurs non loin. Je reconnais la silhouette de l'irlandaise dans la foule alors qu'elle commence elle aussi à rejoindre le point de ralliement. Déjà, elle a réussi à arriver jusque là ce qui en soit, est plutôt bon signe. J'ai une pensée pour le groupe à l'hôtel et je réprime une grimace, me demandant s'ils ont réussi à passer la sécurité qui est autrement plus important qu'ici, où les parisiens innocent et curieux de voir quelle tête peut avoir cet allemand au nom si improbable, se massent sans avoir à subir des contrôles tous les deux mètres.

Il y a bien évidemment de nombreux soldats qui patrouillent un peu partout et dont les attitudes divergent autant qu'il y a d'humains sur terre. Entre ceux qui en profitent pour observer les jolies parisiennes qu'un hiver un peu rude n'a pas réussi à faner, ceux qui semblent sur le point d'arrêter tout le monde, difficile de se frayer un chemin et de rester discret. Pourtant, je suis arrivé il y a plusieurs heures déjà, alors que le jour se levait à peine et j'ai réussi, pour le moment, à ne pas vraiment me faire remarquer. Pourvu que ça dure sinon, je risque de passer un sale quart d'heure.

Je secoue brièvement la tête, reportant mon attention sur celle qui se cache sous le pseudonyme de Mary-Louise et réalisant à quel point mon animosité pour elle peut être vive, bien que je fasse tout ce que je peux pour la cacher et garder la neutralité nécessaire pour gérer le réseau. Je me rappelle pourtant avoir grimacé lorsque Londres m'a fait comprendre qu'il serait judicieux qu'elle soit de la partie, histoire de montrer notre bonne volonté aux irlandais mais aussi pour utiliser toutes ses compétences et les liens qu'elle a pu se créer sur Paris. Si bien évidemment Londres était la voix de la raison, inutile de préciser que ça ne m'a pas beaucoup plu. Et, pour le coup, je me suis dit que garder un œil sur elle ne serait pas du luxe. C'est comme ça que j'ai constitué ce trio d'ailleurs, ajoutant un de nos meilleurs tireurs qui s'est déjà installé au meilleur endroit possible et accessible dans le bâtiment.

Je prends une profonde inspiration et j'écrase mon mégot de cigarette avant de me décoller enfin de ce pilier. Je jette alors regard en direction de Mary-Louise et je désigne la direction d'un bref mouvement de la tête avant de me diriger d'un bon pas vers la porte qui nous permettra de rejoindre le tireur. Dans quelques heures notre cible et nombre de ses petits camarades seront là, en espérant que d'ici là on ait pas été délogés avant et envoyés je ne sais où. Mais bon, pour ça, il faudrait compter sur la chance et je ne sais pas pourquoi, je ne suis pas des plus convaincus qu'elle soit de notre coté.


Dernière édition par Peter Rosewood le Dim 16 Nov - 20:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Sam 15 Nov - 21:06

Paris

Avant les obligations protocolaires à faire des ronds de jambes à des hauts placé berlinois, il y avait le travail. Cela paraissait cliché mais Viktor était de ces bons allemands qui font passer le travail et la patrie avant le reste. Oui, oui, même un homme aussi mondain pouvait paraître sérieux, surtout quand il s'agissait de traquer des résistants, et était fier d'avoir déniché une piste après l'arrestation de Lamartine – parti depuis faire du tourisme en Allemagne – Viktor avait traqué un homme et arrêté un certain Apollinaire et un autre homme, aujourd'hui dans les vappes dans les caves de Varenne, alors que les deux allemands avaient autre chose à faire

« Secouez-le, colonel, nous n'avons pas que ça à faire aujourd'hui. Vous  avez infos pour moi, c'est ça?
Oui, nous avons une piste pour … Mais il fut coupé par le poète endormi
J'ai un message pour vous. »

S'en suivit la conversation la plus improbable qui soit où les grands noms d'écrivains français se suivaient les uns à la suite des autres. Drôles de pseudonymes et assez peu discrets de surcroît. Certains étaient morts une deuxième fois, quelle ironie du sort !

« Ma parole, mais c'est le cercle des poètes disparus, votre réseau! Colonel, vous avez vu ça? Quelle malchance! Mais ne vous en faites pas, mon petit Apollinaire, nous tenons encore Boileau,  il est presque prêt à parler. Eppensteiner, essayez de le faire parler si vous voulez, pour ma part j'en ai assez.
Boileau parlera plus, il paraît que son fils est dans le réseau sous le nom de Racine. Je m'en occuperais plus tard. »

Le colonel enlevait un gilet de laine qu'il avait mis pour protéger sa chemise, repassa sa veste et son manteau, prêt à partir pendant que Von Hafer était prêt à achever le poète, encore une fois mort pour la France.

« Rien à ajouter, herr Apollinaire? Une dernière prose? Un dernier vers? Colonel, pas de regret?
Non, Sous le pont Mirabeau coule la Seine, et nos amours,  faut-il qu'il m'en souvienne, la joie venait toujours après la peine … Pardon, je trouvais cela de circonstance. »

Le Pont Mirabeau d'Apollinaire serait la dernière chose qu'entendrait l'homonyme résistant. Puis un bruit de coup de feu assourdissant retentit dans la cave, L'homme était mort, ils pouvaient reprendre leurs occupations mondaines.

« Bon, et maintenant allons retrouver von Gluck, colonel. Je vous emmène?
Merci mein Général mais je me dois de refuser, je vais chercher la demoiselle qui m'accompagne aujourd'hui.. »

Les deux hommes se séparèrent sur le trottoir, chacun montant dans sa voiture, et Viktor donna l'ordre de se rendre réceptionner Caroline Lisieux. Pour jouer le bon petit nazi, Eppensteiner avait sorti le bel habit et quelques décorations, histoire de bien présenter. On ne lui avait pas confié la sécurité, son rival Lorre s'en chargerait, mais hors de question de ne pas mettre son grain de sel là-dedans, il irait voir ce qu'il en retourne après son arrivée. Peut être était-ce dû à l'ambiance électrique du haut dignitaire allemand qui mettait tout le monde dans cet état, une trop belle occasion pour la vermine résistante de faire un coup d'éclat. Ca puait tellement, c'était presque trop prévisible, et c'est le visage soucieux qui accueillit la jolie française, même s'il essayait de faire des efforts pour se montrer sympathique.
« Bien le bonjour, fraulein Lisieux !
Des soucis ? lui demanda t'elle.
Oh, vous savez, l'arrivée du Gruppenführer est un événement, il est normal pour moi de m'inquiéter, il essayait de se motiver lui-même, mais vous savez aussi que Paris est un nid de vermines prêts à tout pour entrer en lumière, coûte que coûte. »

Il ne voulait pas trop s'étendre, depuis le meeting, Viktor se posait des questions sur Caroline et le plaisir de l'avoir comme compagnie était davantage une emprise sur elle, une surveillance en cette journée, il devait bien l'avouer. Quelques banalités s'échangèrent le long du trajet mais cela était assez tendu. Dans les tribunes, il salua madame Von Hafer venue avec son époux, quelques personnes gradées venues eux aussi lécher les bottes du Gruppenführer dont on attendait l'arrivée. Profitant de l'absence de l'hôte, Viktor voulut voir la sécurité.

« Je ne serais pas long fraulein, je ne serais absent que quelques minutes, un besoin de satisfaire ma curiosité sur la sécurité. »

A dire vrai, Eppensteiner voulait aussi rassurer par rapport à ce pressentiment que quelque chose allait mal se passer. Pas question de parler à Lorre ou autre, il avait la parfaite alliée – du moins presque – à la sécurité, en la présence de mademoiselle Damien. D'ailleurs, l'allemand avait déjà repéré la jolie et dangereuse française, dont le charmant minois était aussi envoûtant que son arme était mortelle.

« Fraulein Damien, quel plaisir de vous voir. J'ai le malheur de ne pas être à vos côtés aujourd'hui, je serais à la tribune. Il essayait toujours son numéro habituel, puis il se ressaisit. Je compte sur vous pour me dire ce que vous avez vu, … à moins que vous suspectiez quelque chose ? »

Apparemment oui, comme tous sans doute. Peut être était-ce trop de bling bling en cette période trouble.

« J'ai besoin de savoir ce qu'il se passe à la sécurité, je voudrais un rapport de tout. Je reviendrais sans doute, je ne peux pas m'empêcher de travailler, même en dehors du service. »

En tout cas, ni Célia ni Viktor ne semblaient rassurés à cet instant, et après quelques bribes de paroles et d'encouragement, la française retourna à la sécurité et l'allemand se dirigeait vers les tribunes où la jolie Caroline l'attendait. Cela aurait pu lui donner un peu de baume au cœur … ah non, il ne savait pas ce que c'était, plutôt à l’ego, mais vous savez, le travail … Il avait essayé de se montrer plus détendu, au moins il souriait lorsqu'il retrouva Caroline.

« Je m'excuse pour mon comportement mais j'aime bien faire mon travail, cela peut être un gros défaut ! »
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 16 Nov - 14:14

Dispensaire de la Croix Rouge, Champs Élysées

Cette journée t'inspire un profond sentiment de malaise. De la tente de la Croix Rouge installée en marge des festivités, tu comptes et recomptes bandages, solutions hydroalcooliques et antalgiques pour tenter de t'occuper l'esprit. Pour éloigner tes pensées des Champs Elysées croulant sous la foule, que tu peux apercevoir depuis l'entrée de votre dispensaire mobile.
Mais tes mains tremblent, Victoire. Qu'importe ta concentration, les chiffres dansent et s'entremêlent en une farandole qui finit inévitablement par exploser. Alors tu recommences à compter, l'ouïe aux aguets, cherchant à percevoir la pétarade du moteur qui viendra rompre le murmure de la foule. Oh tes mains tremblent tellement. Elles ont fini par attirer l'attention de l'une de tes collègues qui t'a demandé d'un ton bienveillant comment tu allais. Tu as improvisé quelques mots sur une nuit difficile et elle s'est éloignée avec un sourire compatissant. Et au fond, ce n'est qu'un semi mensonge.
Si elle savait. Depuis que les décisions ont été arrêtées par le SOE, ton sommeil s'est troublé de réveils intempestifs et de cauchemars qui sont allés croissants jusqu'à aujourd'hui. Là, hors du léger rempart de toile qui t'abrite, parisiens et parisiennes de tous horizons sont massés. De parfaits inconnus, des amis, des connaissances. Des gens qui dans une à deux heures à peine seront peut-être grièvement blessés, voire tués. Et tu en seras directement responsable. Parce que pour la première fois, tes informations ont été utilisées aussitôt.

Tu revois encore le regard suspicieux de Marc quand tu lui as annoncé les plans du Reigen et la possibilité d'une collaboration avec le SOE pour ce jour. Il n'a pas posé de questions, n'a pas cherché à connaître tes sources mais tu sais que la question ne restera plus en suspens une fois le dignitaire allemand abattu et qu'il te faudra te justifier un jour ou l'autre. En attendant... en attendant tu ne peux te départir de la crainte qu'une balle perdue s'en vient frapper un homme en vadrouille, une mère de famille ou pire, un enfant. Tu ignores l'identité des tireurs, leurs positions et l'heure à laquelle ils entreront en action. Tu sais seulement qu'ils sont là, quelque part, tapis dans l'ombre à attendre le moment propice et que si dommage collatéral il y a... Tu en seras tout autant responsable qu'eux.
Peut-être même plus encore.
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Rachel Lévi
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 16 Nov - 15:35

Champs-Elysées

- Tu ne prends aucun risque, d'accord ? Ne te promène surtout pas du côté des Champs-Elysées aujourd'hui, et surtout ne quitte pas tes amis.
- Oui maman, je te le promets, ânonna Rachel en réponse, tout en enfilant des lunettes de soleil rondes derrière lesquelles elle écarquilla les yeux pour mieux distinguer l'air fortement réprobateur de sa mère, qui poussa un soupir mais sans faire de remarque – ce qui était sans doute lié à l'air tout à fait innocent que se donnait la jeune femme au grand talent de comédienne dont personne ne doutait. Après tout, madame Lévi n'avait rien à dire, les rayons de soleil avaient réussi à percer la grisaille, et avec le retour du printemps, c'était aussi le retour de tous les accessoires à la mode qui s'imposaient. Du moins quand on en avait encore en ces temps de pénurie. Et les lunettes rondes demeuraient à la mode depuis le début de la guerre, faute de pouvoir en changer.
- Je ne plaisante pas, Rachel, insista sa mère, tu n'as pas toujours conscience des dangers mais la sécurité va être maximale pour l'arrivée de cet officier allemand et tu es capable de te mettre dans des situations compliquées.
- Mais non, maman, protesta Rachel en se dirigeant vers la porte de l'appartement familial, gratifiant au passage sa petite sœur d'une pichenette sur le nez, petite sœur qui la regardait avec de grands yeux ronds plus expressifs que ceux de son idiot de chat qu'elle portait dans ses bras, je veux juste profiter un peu du soleil, et puis, j'essayerai de voir ce qu'on peut trouver comme chaussures pour Sarah dans les magasins avec les tickets.
Élisabeth Lévi eut une moue peu convaincue, mais Rachel supporta sans ciller son regard : sans doute devait-elle se demander quelle était la raison qui avait poussé son aînée à refuser obstinément d'emmener sa cadette avec elle, ou peut-être même se disait-elle que c'était la preuve qu'elle n'était pas partie pour aller se balader dans les rues tranquilles des VIe et Ve arrondissements. Elle se contenta seulement de lui tendre sa veste ornée d'une étoile jaune que la famille Lévi avait fait coudre à Françoise, la bonne de la famille et de l'agiter sous le nez de sa fille qui parut (étrangement) fort peu motivée à s'en saisir.
- Ton père nous a demandé de ne pas jouer avec le feu, porte ton étoile, Rachel. En plus, il fait encore frais, tu auras besoin de ta veste.
Rachel hésita un instant mais elle finit par s'en saisir et par la mettre sur le dos, tout en songeant qu'il faudrait s'en débarrasser au plus vite : heureusement, le sac qu'elle portait en bandoulière était assez grand pour le contenir. Car au vu de l'endroit où elle se rendait, Rachel n'avait pas grand intérêt à se montrer avec son étoile jaune.

Elle referma la porte avec un instant de regret. La jeune femme n'appréciait pas particulièrement de mentir aussi effrontément à sa mère mais ce fut sans hésiter et le pas ferme qu'elle quitta l'appartement, monta dans le métro et mit le cap sur les Champs-Elysées où des festivités avaient été organisées autour de l'arrivée d'un type au nom imprononçable, tout droit venu de Berlin. C'était là qu'elle était attendue par ses amis, et ce n'était certainement pas dans le but de ne pas se faire remarquer. C'était même plutôt tout l'inverse : Rachel avait envie de soutenir tous ces manifestants qui seraient présents pour signaler à ce type venu de Berlin qu'il n'avait rien à faire là. Il n'était pas question d'inconscience, elle ne resterait pas assez longtemps pour pouvoir être arrêtée – elle n'avait de toute façon aucune envie de faire une connaissance plus approfondie des méthodes allemandes, et avec ses papiers d'identité, ce genre de situations étaient bien plus que « compliquées ». Au moins, elle avait réussi à convaincre Sarah de rester à la maison, elle n'aurait pas à se préoccuper de la garder en sécurité.

Ce fut avec un certain frisson d'excitation qu'elle descendit à la station de métro sur les Champs. Le rendez-vous se trouvait à la place de la Concorde, là où des tribunes avaient été dressées pour accueillir l'officier SS et là où il pourrait le mieux les entendre en conséquence. Mais pour le moment, il n'y avait pas foule sur les larges trottoirs de l'avenue, et si l'on exceptait l'étoile jaune sur sa poitrine, Rachel avec ses grandes lunettes et ses habits à la mode pouvait sembler n'être qu'une passante de plus, une Parisienne écervelée venue là pour applaudir les beaux uniformes et faire de l’œil aux Allemands les plus mignons... Mais elle avait son étoile jaune. Cette idée la frappa quand elle commença à redescendre la rue, et elle se débarrassa d'un mouvement d'épaule de sa veste pour mieux la ranger dans son sac, sans prêter attention au fait qu'elle rentrait dans une jeune femme qui se baladait tranquillement dans la rue.
- Oh pardon, mademoiselle, s'exclama Rachel en fourrant prestement sa veste dont l'étoile jaune n'avait toutefois pas pu être manquée par son interlocutrice, je ne vous avais pas vue !
Elle allait s'éloigner d'un pas pressé, par peur que ses camarades ne l'attendent pas, mais avec un large sourire, elle ajouta en direction de la demoiselle bien apprêtée :
- Vous êtes là pour « applaudir » le défilé et « accueillir » l'officier de Berlin ? Croyez-moi, il devrait y avoir plus d'animation à la place de la Concorde, vous devriez descendre l'avenue avec moi !
Il était certes dangereux de s'adresser ainsi à des inconnus mais Rachel n'avait absolument pas l'intention de s'attarder davantage... Elle ignorait toutefois à qui elle pouvait bien faire face...

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 16 Nov - 16:33

Depuis le coup manqué des Champs Elysées, Moyra avait pu redorer son blason et quelques coups lui avait permis de faire remonter sa côte de confiance...du moins selon elle. Il y avait quelques jours déjà qu’elle avait été informée de sa mission par un agent de radio. Tout avait été prévu, calculé, préparé, elle ne faisait qu’appuyer son soutien. Pour Illusionist, le nom de code de la mission “tuer du SS” s’appelait sobrement Allred et Moyra devait travailler cette fois avec la mission Sybille tenue par celui qui se faisait appeler Lucas. Un patron de bar...Moyra pariait la Purdey de son père qu’il n’avait jamais servi dans un bar avant la guerre, ce soit-disant Lucas qui avait un accent trop écossais quand il parlait anglais. Elle avait accepté de faire courir une rumeur de bombe chez les boches...qu’ils aillent fouiller les tribunes, au lieu d’aller faire le planton devant les hôtels ou au Grand Palais...ils leur laisseraient un peu de voie libre, même si elle savait pertinemment que les rues grouilleraient d’uniformes noirs ou verts.

Son arme devait être récupérée dans le café chic Chez Monsieur, le patron gardait armes et enfants pour  les faire passer en zone libre et était un régulier dans les missions de l’irlandaise. Le plus dur était de passer le contrôle du pont de l’Alma avec une arme démontée, et le point de chute Chez Monsieur, côté Grand Palais, était parfaitement indiqué. Discret, rempli d’allemands  en uniforme qui terminaient leurs banana-split et leurs vrais café, la brasserie huppée n’avait rien d’un endroit pour des résistants en mal d’arme, mais était justement une parfaite couverture.
Moyra, pour la mission, avait même accepté de mettre des vêtements plus féminins pour se fondre dans la masse des clients. Malgré tout, elle n’était pas des plus sereines lorsqu’elle quitta le restaurant, un fusil de pointe démonté dans son sac, et espéra que les quelques minutes passées à minauder faussement avec le serveur aurait suffit à détromper les allemands qui la reluquaient derrière elle.

Grommelant contre ces boches aussi peu galants que la Gestapo française, Moyra emprunta l’avenue de Selves, bondée d’uniformes, et gagna le point de rendez-vous. Evidemment, Lucas était déjà là, en bon écossais qui lèchait les bottes du roi d’Angleterre. Si la guerre la forçait à agir en anglaise, elle n’en gardait pas moins une rancoeur contre tout ce qui lui rappelait la servitude de son pays, mais pour Lucas l‘écossais, il fallait rajouter une notion non négligeable de défiance totale. Son réseau avait été décimé, il en était l’un des seuls rescapés. Avec un peu de chance, il allait de nouveau être le seul survivant de Sybille...Louche, trop louche pour l’irlandaise. Les traîtres, ça courait le SOE depuis des mois.

-Bonjour, lança-t-elle en s’approchant de l’agent. Ca grouille de chleuh par ici,fit-elle plus bas, vaudrait mieux aller planquer maintenant. Les autres sont à l’hôtel ? c’est bon pour eux? Angélique sera notre agent radio en cas de pépin. Il faudra faire attention à ne pas la faire tomber si ça se gâte.
Moyra avait volontairement ajouté ce petit mot d’une voix particulièrement mesquine. Rabaisser des ennemis patriotiques était un de ses sports inutiles mais préférés; il lui permettait de survivre dans cette jungle cynique qu’était Paris.

-Le boch suprême va arriver bientôt, à ce que j’ai entendu plus loin. Le temps qu’il descende, qu’il vienne là, on aura assez de temps pour s’installer, mais pas trop. On y va?[/color]
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 16 Nov - 20:02

ORLY

L'ambiance n'était pas des plus détendues ce jour-là, sur le tarmac de l'aéroport d'Orly, et à bien observer les officiels allemands et français qui s'y trouvaient rassemblés – ce que ne manquait jamais de faire le jeune Andrieu, physionomiste à souhait, qualité qui avait généralement le don de s'avérer instructive, particulièrement en ce genre d'occasions – on pouvait sans doute compter sur les doigts de la main ceux qui n'auraient pas souhaité se trouver à des kilomètres de là. A l'exception de Félix Aurèle, qui semblait de toute façon préférer la compagnie des Allemands à celle de ses compatriotes, et de cet officier qui allait de l'un à l'autre en arborant fièrement un monocle et toutes sortes de médailles – un certain Landgraff – ou peut-être encore de l'Oberst Mohr qui affichait un air impassible, tous donnaient l'impression de maudire intérieurement le Gruppenführer au nom tellement long qu'il prêtait un sourire pour son retard, si ce n'est plus simplement encore pour avoir eu l'idée de faire une escale à Paris. Maxime, pour sa part, se sentait lui aussi parfaitement à l'aise, quand bien même on ne prêtait guère attention à lui. Incorporé tardivement à la délégation de l'ambassade de Vichy chargé d'accueillir le surnommé Glucks, pour ses compétences linguistiques (qui ne seraient pas inutiles à Cabanel, qui n'avait décidément rien pour lui, à se demander ce qu'il faisait au poste de conseiller auprès de Mazan) et parce que porter le nom d'Andrieu permettait de s'offrir quelques passes-droit, il ne se sentait pas le moins du monde décontenancé par les uniformes qui l'entouraient et semblait dans son élément au même titre que lorsqu'il arpentait les couloirs de la Sorbonne, ou depuis peu, ceux de Matignon. Apparence non-négligeable, puisque l'ambitieux fils de l'ancien député de droite était essentiellement là pour se montrer et faire bonne impression, deux exercices qu'il pratiquait avec aisance depuis fort longtemps.

Quittant Félix Aurèle – qu'il n'estimait guère, sentiment apparemment non réciproque au regard des paroles aimables que le collaborationniste notoire venait de lui adresser, l'aura paternelle, sans doute – Maxime fit quelques pas sur le tarmac où l'on commençait à s'impatienter. Il était quatorze heures passées, et déjà, l'invité du jour faisait affront à l'une des qualités que l'on prêtait à tout bon Allemand : la ponctualité. Ça et là, il pouvait entendre quelques officiels se plaindre dans leur barbe, quand ils ne levaient pas les yeux au ciel pour tenter d'apercevoir, en vain, l'avion du Gruppenführer. Le jeune homme esquissa une moue ironique : c'était le privilège de ce genre de personnes que de se faire attendre, et même s'il serait volontiers passé à la suite des évènements, attendre à Orly ne revêtant pas un grand intérêt, il se garda bien de répondre par autre chose qu'un de ces petits rictus dont il avait le secret au commentaire d'un Allemand sur le retard de Glucks. Il était de toute façon brusquement bien trop occupé à se demander ce que faisait parmi eux son ancien professeur de piano, Morris von Lorentz, auquel il adressa un simple signe de tête. S'il avait apprécié le pianiste venu d'outre-Rhin à l'époque (quand bien même il avait voulu l'initier à des rythmes peu appréciés par les parents Andrieu, qui en avaient mis fin aux leçons), il n'était désormais pas de bon ton de s'afficher avec quelqu'un aux convictions politiques et autres casseroles artistiques douteuses.

Lorsqu'une voix l'apostropha, Maxime songea qu'il n'était pas certain d'y gagner en termes d'interlocuteur, mais néanmoins, il se tourna avec un sourire faussement affable vers Edouard Cabanel, qui remplaçait Mazan parti faire une cure de vichystes plutôt que son travail.
- Tiens tiens tiens, le petit Andrieu ! Décidément, on m'envoie les plus professionnels pour tenter de mener cette délégation, qui votre père a-t-il payé pour que vous soyez ici, dites-moi ?
- Il se dit que vous avez quelques soucis avec la langue de Goethe, dommage que l'anglais n'ait pas meilleure presse ces derniers temps... rétorqua l'intéressé sans se formaliser.
- Oh non, ne me dites pas que vous êtes là pour faire office de traducteur ? continua Cabanel, sans l'avoir vraiment écouté. Je vous préviens, je refuse de vous adresser la parole en permanence !
Andrieu aurait volontiers répondu qu'il ne lui restait plus qu'à rester muet pour le reste de la journée – ce qui ne serait d'ailleurs pas une perte, si l'on voulait son avis – mais le conseiller de l'ambassadeur n'attendit pas de réponse et s'éloigna, en évitant avec art un Félix Aurèle auquel décidément personne ne semblait vouloir s'adresser. Le jeune homme esquissa un rictus à la fois ironique et amusé, puis se désintéressa un instant de Cabanel, Aurèle et leur clique pour faire à nouveau quelques pas sur le tarmac où l'air était comme l'ambiance : peu chaleureuse, manœuvre qui le conduisit finalement à se rapprocher de Morris, visiblement aussi peu enthousiasmé par la prochaine arrivée de Glucks – s'il arrivait un jour – qu'à l'idée de jouer du Mozart.
- Je ne m'attendais pas à vous croiser ici, lança-t-il, en le vouvoyant pour maintenir une certaine distance. Notre invité aura le droit à sa petite sérénade ?
A nouveau, il eut l'un de ces sourires indéfinissables qui lui étaient propres, en songeant à son père qui se serait sans doute étranglé en sachant qu'on avait invité un musicien aux goûts douteux pour accueillir Glucks, et en constatant après avoir levé les yeux sur la piste que ce dernier aurait définitivement droit à un comité de bienvenue peu motivé.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 17 Nov - 18:55


Alors qu'à Orly, on commençait à s'impatienter sur le tarmac (et que le sport national semblait consister à éviter Félix Aurèle), enfin un avion apparaît à l'horizon ! Immédiatement tout le monde se remet en place, des officiers allemands menés par l'oberst Mohr aux représentants des ambassades d'Allemagne et de Vichy. Et lorsque le petit avion atterrit, un homme grand, sec et nerveux, d'une cinquantaine d'années, sort de l'habitacle en clignant des yeux derrière ses lunettes rondes. Il n'a pas encore remis son képi sur ses cheveux blonds soigneusement plaqués sur son crâne qu'il lâche, en allemand, et assez fort pour que son comité d'accueil puisse l'entendre maintenant que les hélices de son avion ont stoppé :
- C'est donc cela Paris ? Pfff, en plus, on a jugé utile de m'envoyer toute une bande pour me souhaiter la bienvenue... Ce n'est pas la peine d'envoyer l'avion dans les garages, je ne fais qu'un passage, je n'ai aucune envie de m'arrêter trop longtemps ici...
Ponctuant sa tirade adressée au pilote d'un long soupir qui n'augure rien de bon, il marche d'un pas décidé vers Manfred Mohr qu'il salue d'un « Heil Hilter » tonitruant et de quelques gentillesses :
- Vous êtes encore en vie, Mohr ? Je l'ignorais, je ne savais pas que vous preniez votre retraite à Paris, qui avez-vous donc contrarié à Berlin pour qu'on ne vous laisse pas rentrer ?... La vieillesse ne vous réussit pas à ce que j'ai cru comprendre, nous avons dû changer de trajectoire pour cause de présence de bombardiers anglais sur le sol français...
C'est sans un sourire, particulièrement froid, qu'il se détourne de l'Oberst sans attendre de réponse pour considérer de manière méprisante Silke Fetting qu'il ne fait même pas l'effort de gratifier d'un bon mot puis pour se tourner vers Gustav Selbst :
- Ah enfin un bon soldat allemand, un SS ! Vous êtes qui... ? Mon garde du corps ?... Hum, je crois comprendre pourquoi il y a des failles de sécurité à Paris, j'aurais deux mots à adresser à votre supérieur. Vous n'avez pas intérêt à rester collé à moi, je sais très bien me défendre tout seul.
Après avoir ignoré les représentants de l'ambassade d'Allemagne, il adresse un signe vers Mohr pour lui demande d'un ton perplexe en désignant de la main Édouard Cabanel et le reste de l'ambassade de Vichy :
- Les Français ? Sérieusement... ? Je n'ai jamais été accueilli par les vaincus, ces gens-là n'ont décidément aucun honneur... Bon, bon... Tenez, Landgraf ! Paris est décidément mal fréquenté, j'ai du mal à comprendre pourquoi on désire y être muté. Landgraf, dites-moi donc quand est prévu pour le départ pour Paris. J'imagine qu'il doit y avoir une petite sauterie, ça se comprend, vous n'avez pas tous les jours l'occasion d'accueillir des officiers aussi proches du Führer dans votre petite ville de Paris... Dépêchez-vous donc ! Je n'ai pas que ça à faire ! Plus vite on sera partis, plus vite, je pourrais repartir au travail, certaines personnes ont des responsabilités, messieurs.

Et c'est ainsi que toute la petite troupe, en serrant les dents, embarque dans les voitures officielles (et plus ou moins protégées) pour se rendre à Paris, place de l’Étoile où les attend Axel von Hafer, le gouverneur de la ville avant d'entamer la descente des Champs. Glucks que l'on a averti du programme de la journée dans sa voiture fait grise mine et salue sans enthousiasme von Hafer qu'il regarde de haut en bas :
- Von Hafer... Vous savez que l'on parle souvent de vous à Berlin ? Le gouverneur de Paris qui boit du champagne et qui a toutes les difficultés du monde à pacifier sa ville pendant que les meilleurs stratèges combattent vaillamment dans l'Est. On m'a demandé un rapport de ma visite, ici, j'espère de tout cœur être satisfait.
Avec un air peu engageant qui laisse plutôt penser qu'il a plutôt à cœur le contraire, le SS-Gruppenführer se tourne vers le reste de l'avenue qui s'étend à ses pieds, après avoir jeté un vague coup d’œil à l'arc de Triomphe qu'il juge sans intérêt – comme tout ce qui n'est pas berlinois, sans doute. Avisant quelques passants derrière les colonnes de soldats, il s'exclame :
- Oh mais vous avez réussi à pousser les habitants à venir m'acclamer ? Je vais peut-être devoir réviser son jugement sur votre efficacité, von Hafer. Descendez l'avenue à mes côtés, voulez-vous ?... Ils sont obligés de nous suivre, les hommes de Pétain et ce garde du corps, là ?

Et pendant que Glucks fait étal de sa morgue et de sa mauvaise humeur en décidant de garder le silence pour le début de cette descente au pas de courses, on le suit tant bien que mal, tout en songeant que finalement, il va peut-être venir à bout des nerfs de ses accompagnateurs avant que les résistants ne s'occupent de son cas ! Mais conseiller du Führer, SS-Gruppenführer, il n'est pas homme à être contrarié, alors méfiance...

Pendant ce temps, sur les Champs-Elysées et au niveau de la place de la Concorde, la foule est de plus en plus nombreuse et aucune manifestation d'hostilité n'a éclaté... Mais ce calme apparent ne trompe personne.


Ce tour dure jusqu'au jeudi 27 novembre 2014.


Pour votre information, voici un portrait du SS-Gruppenführer Glucks :
Spoiler:
 


Règles

- Il est (pour le moment) interdit de tuer Glucks (ou n'importe quel pnj qui appartiendrait à l'élite de la soldatesque allemande) sans l'autorisation des maîtres du jeu. Ne vous inquiétez pas, les rebondissements arrivent face.
- En revanche, vous avez le droit de l'utiliser en pnj, à la condition de respecter le personnage tel que décrit au-dessus, il vous est interdit de le faire changer d'humeur.
- Notez bien que Glucks et le reste du cortège entament uniquement la descente de l'avenue des Champs-Elysées, il vous est interdit de le faire arriver à la hauteur du Grand Palais pour le moment. Pour plus de renseignements, veuillez consulter le plan des lieux dans le premier post de l'intrigue.

Un bonus ?

Pendant toute la durée de ce tour, il vous est possible de cumuler des points pour les défis de l'intrigue : pour cela, rien de plus simple, il vous suffit de placer dans votre post, que ce soient dans les paroles ou les pensées, une comparaison entre Glucks et un animal de votre choix. Vous gagnerez 1 point pour une comparaison, et c'est le maximum par post. Il est interdit de tenter de gagner des points autrement. Venez donc récolter votre récompense ici !

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« Douce France
Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t'ai gardée dans mon cœur »


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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 17 Nov - 19:36

ORLY, puis CHAMPS-ELYSSES

Alors que tout le monde se faisait de plus en plus impatient, le bruit d’un moteur d’avion commençait à se faire entendre. Enfin ce n’était vraiment pas trop tôt !!! Le petit avion de l’armée allemande entamait sa descente. Combien aurais-je donné pour être à la place du pilote ? Oh surement tout ce que j’ai en ma possession, en somme pas grand-chose alors. L’appareil s’immobilisa sur la piste. Tout le monde se rua vers le petit bimoteur pour enfin accueillir notre hôte. Alors que les portes s’ouvrirent, un homme qui avait tout du bon aryen et surtout du bon SS apparu alors. Il y avait quelque chose de glaçant chez cet homme. Et avant même qu’il n’ouvre sa bouche, je savais qu’il ne nous apporterait rien de bon. Il adressa des grommellements à son pilote, soudain je ne souhaitais plus être à sa place. Ce Glucks von machin chose était comme un chien, il n’ouvrait sa bouche que pour aboyer, pester ou vexer les personnes qui l’entourait. Alors que tous les allemands avaient attendus ce qui avait semblé être une éternité l’arrivée du SS-GruppenFührer, ce dernier commença à balancer tout un tas de saloperie sur l’Oberst Mohr. Certes nous n’étions pas de grands amis et ces petits piques ne me plaisaient guère, mais le voir rabaissé de la sorte, me faisait de la peine.

-Ah enfin un bon soldat allemand, un SS ! Vous êtes qui... ? Mon garde du corps ?... Hum, je crois comprendre pourquoi il y a des failles de sécurité à Paris, j'aurais deux mots à adresser à votre supérieur. Vous n'avez pas intérêt à rester collé à moi, je sais très bien me défendre tout seul.

Le SS avait bien commencé son monologue, il semblait heureux de voir un SS avant de lancer de nouveaux des piques. J’ouvris grands les yeux en l’entendant. Si ça ne tenait qu’à moi je sortirais mon arme de service pour lui loger une balle entre les deux yeux et je pense ne pas être le seul dans cette situation. Tous les officiels, qu’ils soient allemands ou français, en prenaient pour leur grade. Je n’avais jamais vu un homme aussi dur avec ses propres compatriotes. Je comprenais maintenant pourquoi il était si proche du Führer, ces deux-là se ressemblaient comme deux gouttes d’eaux en terme de caractère. Je montais dans la voiture qui suivait celle du général. Mon rôle aujourd’hui était de lui servir de garde du corps, que cela lui plaise ou non, les ordres étaient clairs, je devais lui coller aux bottes. J’allais donc m’efforcer de faire le travail en ravalant ma fierté. Ne pas être dans sa voiture était presque un soulagement au moins chaque trajet véhiculé serait pour moi un moment de pause, cet homme mériterait d’être exécuté en place publique, alors si je pouvais me trouver à quelques mètres de lui sans entendre ses plaintes, je ne pouvais que m’en réjouir. J’imaginais déjà ce que Glucks pouvait bien dire dans sa voiture à mon sujet. Ce petit merdeux ne serait même pas capable de se garder, comment voulez-vous qu’il puisse garder un homme de ma trempe ? Et bien qu’il se garde tout seul si c’est ainsi, je prendrais bien un jour de repos de toutes manières. C’est vrai, Halder est un agneau à côté de cette brute épaisse. Par chance Silke se trouvait dans la même voiture que moi.

-On dirait que tu as de la chance très chère, au moins tu n’as pas eu le droit à des remarques désobligeantes à ton égard. Je me doutais que cet homme était un dur, un SS pur jus, mais je dois t’avouer que je pensais qu’on se soutenait entre SS. Il faut croire que c’est encore un mythe…

Je ne souhaitais maintenant plus qu’une chose, que ce trajet en voiture dure jusqu’à la fin de la visite. Même si je savais que lorsque ce cher Glucks mettra le pied à terre, il sera la cible de nos chers amis du SOE. Pourvu que ces deux ‘’terroristes’’ ne loupent pas leur cible. J’ai plus qu’envie que cet homme rentre à Berlin les pieds devant. Soudain le trajet en voiture pris fin. Je devais dès à présent redoubler d’efforts. Faire attention tout en faisant en sorte de ne pas me prendre une balle pour cette ordure. Je restais donc à proximité de lui, tout en prenant tout de même mes distances. Je sais que ça peut paraitre bizarre, mais c’était le cas. Il faudra prendre sur soit jusqu’au moment fatal. En attendant j’écoutais chaque mot du SS-GruppenFührer. Ah quelle joie d’entendre un homme dire tout un tas d’horreur sur Paris, le train de vie dans cette ville… J’ai bien l’impression qu’il va finir par se prendre une balle de l’un d’entre nous. Tout le monde semblait si tendu, que ça ne m’étonnerait guère que l’un d’entre eux pète un câble. Après tout la descente des Champs n’allait durer que quelques minutes, mais pour ceux qui entouraient le conseiller du Führer, ces minutes paraissaient être une éternité. Je restais à distance de laisse du chien berlinois, l’écoutant aboyer sans cesse.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mar 18 Nov - 12:42

Dispensaire de la Croix Rouge, Champs Élysées

Tu as fini par sortir du chapiteau dressé pour l'occasion pour te mêler un instant à la foule environnante, avec recommandation de ne pas t'éloigner plus que nécessaire. Vos compétences seront sans doute nécessaire d'un instant à l'autre. Pour le moment, seules quelques victimes de malaise, oppressés par la foule qui se bouscule le long de la merveilleuse avenue, vous ont été amenés et délicatement déposés sur les lits de camp sommaires. Puissent-ils être les cas les plus graves que vous aurez à traiter aujourd'hui...
Mais tu en doutes.
A vrai dire, tu sais d'ores et déjà qu'il n'en sera rien. Les gens amassés tout autour de toi sont tendus, frustrés. Dans leurs yeux brille cette colère refrénée qu'ils n'osent d'ordinaire exprimer par peur des conséquences. Mais ici ? Dans cette nasse humaine où individus se confondent, où chacun est protégé par l'anonymat du plus grand nombre ? Si ce n'est par la panique de l'intervention de la Résistance, il y aurait de toutes façons des émeutes, tu le pressentais. Avec leur lot de blessés et de répression...

Tu t'apprêtas à tourner les talons. Pour le moment, nulle berline n'apparaissait dans ton champ de vision restreint et quand bien même, tu n'étais pas certaine de vouloir en apercevoir, de souhaiter distinguer les traits d'un homme que tu as contribué à assassiner. Ton esprit ne se représentait qu'un petit homme porcin aux yeux globuleux profondément enfoncés dans leurs orbites, le nez retroussé tel un groin, quelques poils blonds bien aryens plaqués sur un crâne luisant. Une vision certes imagée mais qui te convenait amplement.
Un éclat roux attira ton regard avant que tu ne t'en retournes vers tes collègues et tu souris de voir arriver Rachel entourée d'un groupe nombreux, remontant les Champs jusqu'à la Condorde - nom ô combien ironique en ces temps. D'ici une minute à peine, elle passerait devant ton dispensaire, installé peu en amont de la place. Sur un dernier regard au bandeau sombre de la route, à peine visible derrière les têtes des badauds massés là, tu te détournas et rebroussas chemin dans l'espoir d'intercepter ton amie pour la saluer.
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[INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées

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