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 [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées

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Manfred Mohr
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Sam 20 Déc - 23:23

Tribunes

Il n'était pas mécontent de devoir superviser tout ce qui concernait le défilé pour la Luftwaffe, cela donnait à Manfred une occasion pour s'éclipser avec une excuse royale que personne ne pouvait contester. Dire que la plupart des hauts gradés avaient attendu Glucks comme les enfants pouvaient attendre le matin du 25 Décembre pour ouvrir leurs cadeaux. En fait de présents, ils n'avaient reçu qu'une vipère pleine de venin et le père Noël s'était transformé en père Fouettard. Il n'était donc pas mécontent de fuir, même s'il regrettait d'abandonner à leurs sorts des gens qu'il aimait bien, en l'occurrence Theo Landgraf et Edouard Cabanel, ne connaissant pas trop les autres, sinon Hansjorg von Lorentz qu'il aurait adoré voir écrasé par un des panzer qui défilait et son fils oisif qu'il ne pouvait pas non plus supporter. Qu'on fasse des erreurs c'était une chose, comme disait le proverbe les voyages formaient la jeunesse, et Manfred Mohr jugeait que les excès aussi, mais qu'on persiste à rester oisif et à ne pas servir son pays alors que des hommes mourraient pour, il ne pouvait le comprendre, et c'était sans doute la raison pour laquelle il n'appréciait pas Morris von Lorentz. Au moins, le fils de Theo – qui apparemment, ne s'était pas réconcilié avec son père – avait eu le bon sens de s'engager dans l'armée, lui.

Il adressa un sourire à Cabanel ; le conseiller de l'ambassadeur de Vichy avait réellement l'air un peu désespéré. Mais si Manfred Mohr ne passait pas pour être un lâche, cette fois, il ne restait pas, hors de question. C'était une façon de faire de chez lui. Lorsqu'une altercation éclatait, par exemple dans un café, on quittait l'endroit, c'était un geste aristocratique qui mettait fin au conflit. On revenait après, parce qu'il n'y avait pas tant de cafés que ça à Soldau, et que de toute façon c'était ennuyant d'en chercher un autre, mais ça résolvait le problème. Il tapota l'épaule du français gentiment :

« Ma foi, je n'ai guère le choix, mon métier reste de faire voler des avions, tout de même. »
Il se prit à rire à la suite des remarques de Edouard : en effet, il faisait un peu décalé dans cette assemblée de militaires germaniques. « Oh, il vous reste le major Landgraf, tout de même. Quant aux personnes estimables...ne vous laissez donc pas distancer par les barrières de la langue, pour une fois, elles vous sont plutôt profitables, je crois, vous ne perdez rien à éloigner votre traducteur. »  

Ce qui était parfaitement vrai. Il salua rapidement Landgraf lui même et s'éloigna vers une brèche normalement prévue pour que les officiers qui participaient à l'organisation du défilé puissent aller et venir, mais plusieurs soldats gardaient le passage. Ils firent signe à l'officier de s'arrêter : la foule, elle, devenait bizarrement agitée et ils semblaient sur le qui-vive.

« Halt, Herr Oberst ! 
-Que se passe-t-il encore ? Je dois faire décoller les avions, je participe à l'organisation du défilé, laissez moi passer.
-Je regrette, Herr Oberst, ce ne sera pas possible, quelqu'un a tiré, nous pensons que les résistants se sont mêlés à la foule. Nous essayons de maintenir l'ordre... »


La recrue était assez jeune, assez paniquée également. La foule grondait autour d'eux, en effet, et la présence de cet officier allemand à coté d'elle, en plus des soldats, ne semblait pas lui plaire. Manfred recula légèrement. Un coup de feu ? Avec toute cette musique, on n'y entendait rien, il détestait les fanfares.

« Bon. Faites passer le message à l'Oberstleutnant Carstenwolf que je ne peux pas venir, dites lui qu'il a le commandement, normalement, il sait ce qu'il doit faire. »


Il salua le soldat, qui se dépêcha d'aller faire passer le mot, et rebroussa chemin, marchant à grands pas pour rattraper le cortège, qui heureusement, n'était pas trop loin : il arriva donc en queue de cortège au moment où celui ci montait dans les tribunes et réussit à s'assoir entre Theo et Edouard.

« Bien, il semblerait que mon programme se complique. Enfin, le notre. Je crois que vos compatriotes ont décidé de faire, hm...du chambard, Edouard. »

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mar 23 Déc - 8:37

Mina avait tourné la tête vivement. Il lui semblait qu’un bruit étrange venait de lui parvenir d’un peu plus loin dans l’avenue. C’était étrange. Elle n’aurait sût dire ce que c’était. Elle se pencha légèrement en avant, non pas pour mieux voir l’homme du jour, mais pour essayer de localiser la provenance de ce bruit qu’elle voulait localiser sans vouloir s’avouer que cela pouvait être ce qu’elle craignait : une bombe. Elle fronça les sourcils, ne décernant pas grand chose, à part quelques hommes en uniforme vert de gris, faisant surement parti du dispositif de sécurité, marchant d’un pas pressé, mais pourtant sans courir, vers un certain lieu qu’elle ne pouvait identifier à distance. Elle fronça les sourcils, alors que son garde du corps s’approchait d’elle :

-Ne vous penchez pas, madame, c’est dangereux, herr General a été très stricte sur mes consignes.

Mina se redressa, comme une petite fille prise en faute, avec cette impression d’être encore et toujours dans une prison de verre, mais n’osa rien dire. Une autre à sa place aurait sans doute envoyé au diable les recommandations de l’homme, visiblement plus jeune qu’elle, qui était chargé de l’accompagner, mais elle ne le fit pas. Elle se remit droite sur son siège et rajusta sa pelisse qui avait un peu glissée. Le cortège arrivait, au pas cadencé, et encore, le mot était faible. Cet homme qui accompagnait son mari, son air suffisant et sa manière de marcher plus vite qu’un homme plus gradé que lui, quand bien même il était l’envoyé du Führer, lui fit faire la moue. Ces allemands, quoi qu’ils essayent d’en dire, n’avaient décidément aucune éducation. Son origine autrichienne lui faisait passer les bonnes manières comme le plus haut précepte. Immédiatement, la jeune femme appréhenda la collation qui devait techniquement suivre.

Enfin, ils arrivèrent, et Glück monta dans la tribune. Mina ne put pas voir distinctement, mais espéra bien que son époux avait suivit. Elle allait à nouveau se pencher pour s’en assurer quand un cri parvint du côté de la foule. Grand Dieu ! Que se passait-il encore ? Son garde du corps se rapprocha d’elle, protection bien maigre, comme elle avait déjà pu le constater lors d’une de ces manifestations qui avait dégénéré et avait engendré une course seule ou presque à travers Paris, avant qu’elle ne tombe sur cet Irlandais … Un mauvais souvenir que la foule semblait raviver. D’un bond, Mina se redressa.

-Il faut que je retrouve mon mari !


Le garde du corps eut à peine le temps de lui emboiter le pas, sous le coup de la surprise. Il n’était pas habitué à voir la femme de son patron prendre des décisions d’elle-même.

-Madame, attendez !

Il réussit péniblement à la suivre alors que Mina slalomait entre les officiels présents, se dirigeant vers Gluck facile à repéré, puisque très entouré. Mina inspira un grand coup. Si les rues de Paris lui faisaient une peur bleue, elle avait été élevée avec les mondanités. Se composant un visage plein de grâce et de calme, elle s’avança vers leur « invité », coupant sa discussion sans vergogne, et décidée à se présenter elle-même puisque personne n’en prenait l’initiative.

-Herr Gruppenführer ? Wilhelmina von Hafer, l’épouse du General. J’espère que vous avez fait bon voyage ?

Avec un semblant d’éducation il lui prit la main et y déposa un rapide baiser.

-Execrable, Frau von Hafer ! Tout à fait détestable ! Je ne comprends pas comment vous pouvez vivre dans une ville pareille !

Mina ne leva même pas un sourcil, la réponse ne l’impressionna nullement. Elle se retint de lui dire le fond de sa pensée sur Paris, cela ne se faisait nullement, et préféra orienter la discussion sur le sujet qui la préoccupait.

-Vous m'en voyez navrée... Auriez-vous vu mon mari ? Je suis incapable de le localiser depuis que vous êtes entrés dans la tribune.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 28 Déc - 21:19

La tâche la plus rude pour Axel n'était pas de gérer l'humeur de Von G - il s'en fichait éperdument et avait connu bien plus exécrable dans sa carrière - mais plutôt de gérer ses volontés de dernières minutes, et le nombre improbables d'imprévus qui pouvaient survenir. Dès qu'il avait reçu de Berlin la proposition de défilé, il avait su que rien ne serait joué. Quelle idée de marcher de l'Arc de Triomphe à la Concorde! Les bureaux de Berlin n'avaient jamais mis les pieds à Paris pour évaluer la distance du trajet...sans parler du danger potentiel à chaque mètre. Même s'il s'en remettait au service de sécurité, il savait que la moindre anicroche lui serait imputée et que sa place se jouait aujourd'hui. Sans surprise, il se fichait autant de l'humeur de Von G que du sort de la tête des français qui seraient blâmés.

Le dernier caprice de Von G avait été de faire venir Halder, quitte à lui faire dangereusement quitter son poste.
-Von Hafer, faites-en sorte qu’il vienne nous rejoindre pour descendre avec nous, nous aurons bien assez de temps pour voir ses hommes tout à l’heure. Nous n’avons pas que cela à faire.
-Oberstleutnant Dartmer, faites-venir Halder, fit prestemment Axel en faisant venir un de ses hommes qui transmit l'information. Cette présentation a été demandée par Berlin, Herr SS-Gruppenführer, je ne fais qu'obéir aux souhaits du Fürher de vous présenter toute la beauté de Paris, répondit-il à Von G d'une voix hypocrite. Continuons, herr Halder nous rejoindra, l'avenue est longue.

Von G pressé, le cortège allongea heureusement le pas pour rejoindre rapidement la Concorde, mais au niveau de l'avenue Dutuit, il aperçu Dartmer remonter la petite colonne du cortège. Bon sang! Entre les civils qui allaient et venaient pour se faire insulter par Von G et les soldats qui partaient on-ne-savait-où, quelque chose tournerait-il rond pour une unique minute? Qu'en était-il de la rigueur allemande? Et quel manque de sécurité que de laisser ce civil, même s'il était le fils de Landgraff, s'approcher d'un envoyé de Berlin!
Axel préféra laisser tomber, connaissant Théo Landrgaff et faisant confiance à son fils, et apostropha Dartmer qui, essoufflé, se pencha vers son oreille.
-Mein General, je dois vous informer que nos services ont éventé une tentative d'assassinat au niveau du Grand Palais!      
-Merci Dartmer. Axel resta de marbre, se sachant observé. Restez là et veillez à ce que personne, je dis bien PERSONNE, ne s'approche du SS-Gruppenführer sans mon autorisation. Chacun reste derrière sinon Mohr, Landgraff père, ce Cabanel de l'ambassade et son traducteur. Pour ceux qui ont été arrêté, gardez-les au frais. Transmettez aux responsables des zones C, D et F de redoubler de vigilence.
Axel remonta rapidement près de Von G qui boudait toujours.
-Je suis déçu, von Hafer.
-Je vois cela, herr SS-Gruppenführer. Berlin vous fait perdre l'habitude des défilés militaires.
-Non, celui-ci est particulièrement ennuyant! Vous auriez au moins pu faire semblant d'étouffer une tentative d'assassinat pour me montrer la valeur de votre sécurité!

Axel préféra hausser les épaules et retint un soupir; les tribunes étaient en vue, le calvaire serait bientôt terminé. Il jeta quelques regards au service d'ordre dévolu aux tribunes et aperçu von Zimmern qui tâchait de se rendre utile. Ignorant les bruits d'indignation de la foule et les remarques de von G, il laisa d'autres représentant lui indiquer son siège et chercha Mina du regard, avant que Dartmer ne vienne à nouveau l'alpaguer.
-Herr  general, les terroristes seraient anglais, la SD a pu faire parler le complice qu'ils ont arrêté.
-Merci. Tenez-moi au courant.
Le général releva les yeux vers les tribunes, et dans un sourire mêlé de crainte, aperçu  Mina en discussion avec Von G. Connaissant son épouse, il y avait deux possibilités: von G se montrait exécrable et ne ferait qu'enfoncer Mina qui se tairait par politesse....ou celle-ci, qui semblait avoir bien changé, se défendrait de la plus élégante des manières. La seconde l'amusait d'avance!  Il grimpa les marches, salua quelques officiers qui, eux, n'avaient pas oublié les politesses d'usage, et pris la main de Mina par surprise.
-Ah vous voilà enfin, von Hafer!
-Herr SS-Gruppenführer, je vois que vous avez fait connaissance avec mon épouse.
-Evidemment, vous n'étiez pas là!  Il faut bien que quelqu'un le fasse à votre place! Enfin pour la première fois de la journée je suis content d'être à Paris. Asseyez-vous à côté de moi, Frau von Hafer - dégagez, vous, aboya-t-il en direction de ses voisins - vous êtes la digne représentante de l'Allemagne!
Axel ne pu ajouter un mot, von G se lança petit mélange de places, modifiant le protocole, indiquant qui devait se placer où en fonction de son humeur, décalant tout ce petit monde, faisant bouger ambassadeurs, représentant, commerciaux et officiers afin d'être satisfait.

Le général en profita pour s'asseoir à côté de Mina et souriant enfin, replaça une mèche de cheveux qui dépassait de la coiffure de sa femme. Il avait retenu combien elle voulait être parfaite en toute circonstance.
-L'attente n'a pas été trop longue ? Je suis vraiment navré qu'il ai décidé de n'apprécier que vous aujourd'hui, j'aurais préféré que vous ne soyez pas mêlée à son exécrable humeur! Mais si grâce à vous il arrive à sourire, je pourrais peut-être garder ma tête sur mes épaules...
Il lâcha un petit soupir, alors que von G reprenait ses récriminations contre lui.
-...rendez-vous compte, Frau von Hafer, aller au Petit Palais! Dites à votre mari que ces visites-là ne se font plus, il est de la vieille école...
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 28 Déc - 23:25

Champs-Elysées, Concorde puis Tribunes

Dieu, que cette avenue était longue ! Bon ça ne méritait peut-être pas d'invoquer un dieu, quel qu'il soit, mais Édouard Cabanel avait la forte impression de se diriger tout droit vers l'échafaud, aussi faisait-il ce qu'il pouvait pour garder son sang-froid. Heureusement pour lui, et au grand désappointement de Félix Aurèle qui s'était rabattu sur Maxime Andrieu pour faire la conversation (finalement ce gamin pouvait se révéler utile quand il voulait, Édouard songea qu'il faisait office d'un parfait bouclier humain, dommage qu'il ne soit pas plus large d'épaules tout de même), les officiels allemands semblaient bien plus préoccupés par Glucks (ou du moins à essayer de lui échapper) qu'à faire des ronds-de-jambe avec l'ambassade de Vichy. Édouard savait bien qu'il risquait de se faire taper sur les doigts pour ne pas avoir assez bien représenté le régime de Pétain et son autorité (étouffez vos rires, merci), mais quitte à choisir, il préférait ne pas être trop impliqué pour ne pas prendre en pleine face ce qui risquait d'arriver prochainement. A tout instant, le conseiller s'attendait à voir sortir des hommes armés vociférants de la foule. A moins qu'il n'y ait un traître parmi eux : franchement, ce garde de corps que l'on avait collé aux pas de Glucks ne paraissait pas très aimable, Édouard n'aurait pas été étonné de le voir sortir une arme pour la pointer sur la tempe de l'homme que tout le monde rêvait visiblement de voir mort. Mais il secoua légèrement la tête en s'assignant de cesser d'être paranoïaque et d'avoir des idées stupides, avant de diriger à nouveau son attention sur l'un des seuls civils que l'on trouvait dans le cortège avec lui. Toutefois, alors que le musicien du Meurice allait répondre à son début non inspiré de conversation, une silhouette surgi de nulle part l'obligea à stopper net :
- Herr Cabanel, excusez-nous, nous devons aller saluer le Gruppenführer.
Édouard se crispa légèrement en reconnaissant Hasko Landgraf, le jeune fils de Theo et accessoirement le jeune allemand que sa famille avait accueilli pendant ses années parisiennes mais il aurait fallu bien le connaître pour savoir que le sourire qu'il lui adressa était forcé et faux :
- Docteur Landgraf, je vous en prie. Je ne doute pas que notre invité sera ravi de vous voir. C'est presque émouvant de voir à quel point vous veillez sur la santé du Gruppenführer, mais je crains qu'il n'ait guère besoin de vous.
Hasko Landgraf, celui qui avait épousé sans réserve l'uniforme du nazisme avant d'être fait héros national suite à une campagne russe, ne prit même pas le temps de répliquer, et le conseiller le regarda s'éloigner non sans amertume. Décidément, l'entourage de Glucks était de moins en moins fréquentable, heureusement qu'il avait réussi à faire rester Mohr et Landgraf, non loin : ils avaient beau avoir le double de son âge, ils demeuraient ses seuls alliés dans ce nid à vipères que beaucoup de résistants auraient bien aimé faire sauter, sans faire la distinction avec ceux qui n'avaient ce poste que pour couverture (les aléas du métier de taupe, hélas). Édouard ignorait cependant qu'il ne se fourvoyait pas en évoquant la possibilité d'une bombe. Heureusement, ceci dit, sinon Maxime Andrieu et Félix Aurèle auraient bien été en peine d'expliquer pourquoi le représentant de l'ambassadeur avait fui en courant.

Au lieu de ça, Édouard Cabanel, la future victime collatérale de la résistance, se tourna vers Morris von Lorentz pour lui sourire de manière plus naturelle :
- Enchanté, monsieur von Lorentz. Permettez-moi de trouver amusant de représenter l'élite culturelle allemande avec un tel accent irlandais, et de douter qu'une quelconque pièce de musique adoucirait les mœurs de notre invité, même avec tout le talent du monde. J'ai un peu de mal à l'imaginer en mélomane qui prend plaisir à... Remarquez, il semble apprécier les tambours militaires et il pourrait presque avoir l'air d'un chef d'orchestre, les fuites de tous ceux qui cherchent à le saluer sont de jolis corps de ballet.
La vision de Glucks en véritable mélomane arracha un petit rire à Cabanel. Certes, ce n'était pas très poli de se moquer de l'invité d'honneur, surtout en compagnie d'un membre de la délégation allemande, mais il avait le sentiment que ce n'était pas Morris von Lorentz qui allait s'en offusquer. Il salua avec politesse le nouveau venu, un certain Gantzer (visiblement ce dernier préférait être appelé ainsi ce qui arrangeait Édouard qui avait décroché à ce nom précisément au moment des présentations).
- Je connais mal ce domaine, monsieur Gantzer, mais je suis ravi de faire votre connaissance.
C'était sincère, les électrochocs, ça ne tentait personne et surtout pas un résistant sous couverture qui craignait à chaque instant d'être démasqué.
- J'ai de toute façon abandonné l'idée de retenir l'intégralité du nom de notre invité. C'est dommage, quelque chose me dit que nous nous souviendrons longtemps de sa visite : sans doute parce qu'il était attendu parmi nous comme le Père Noël mais qu'au lieu de distribuer des cadeaux, il n'a fait qu'aboyer des remarques désagréables.
Et peut-être aussi pour sa mort tragique en compagnie de quelques dizaines d'autres officiels allemands et d'un conseiller de l'ambassadeur de Vichy (ce qui était fort regrettable concernant ce dernier). Mais Édouard ne poursuivit pas : s'étant rendu compte qu'ils avaient désormais dépassé le Grand Palais depuis longtemps et qu'ils parvenaient à la place de la Concorde, il avisa la tente installée par les courageux infirmiers de la Croix-Rouge. Prenant prétexte de devoir aller les saluer, il prit congé de ses nouveaux camarades (les abandonnant à leur triste sort, mais hélas, on ne pouvait pas sauver tout le monde, même des gens estimables qui haïssaient les électrochocs), et apostropha Andrieu qui était parvenu à se débarrasser d'Aurèle (celui-ci s'était attaqué à Theo Landgraf qui semblait d'une humeur de dogue ce qui au moins formait un couple intéressant avec le roquet qu'était Glucks) et qui lambinait au milieu du cortège, ce qui n'arrangeait pas l'image de l'ambassade :
- Vous, Andrieu ! Venez donc ici, nous allons saluer la Croix-Rouge et les remercier pour le travail qu'ils accomplissent. Je sais, je n'ai pas besoin d'un traducteur, mais je vous rappelle que vous êtes censé me suivre pour parer à toute éventualité. Et puis franchement, de quoi vous avez l'air à traîner comme ça, là...

Andrieu sur les talons, ainsi que de quelques membres de la délégation de Vichy, Cabanel trottina vers la tente en question, en écartant d'un geste un soldat allemand qui tenta de l'arrêter en invoquant des ordres qui lui interdiraient de trop s'éloigner de Glucks. Mais il n'était quand même question qu'on l'empêche d'aller là où il le souhaitait ! En s'approchant de la foule, Édouard put toutefois constater que cette dernière ne hurlait pas des acclamations comme il l'avait cru en approchant de la place de la Concorde mais bel et bien des imprécations en direction de Glucks et des tribunes. Mon dieu ! (oui, cela constituait un cas d'extrême urgence, il valait mieux l'invoquer). Ce n'était pas les soldats allemands qui allaient réussir à calmer tous ces gens en colère... Jusqu'où étaient-ils capables d'aller ? Ils avaient bien failli le lyncher quelques semaines auparavant après tout ! Mais son attention fut distraite car il était enfin arrivé à destination et put saluer les infirmiers en blanc qui veillaient sur d'éventuels blessés. Il leur serra la main, leur affirma la reconnaissance de l’État Français pour leur dévouement exemplaire (Cabanel se faisait plaisir, pour une fois depuis le début de la journée qu'on le comprenait et qu'on le laissait parler) et avisa une jeune femme blonde qu'il reconnut immédiatement :
- Alors ça... Mademoiselle Victoire ! Vous êtes bien l'amie de mon cousin Hippolyte ? Cela fait des mois que nous nous sommes rencontrés ! Je vous avais promis de vous inviter pour boire un verre avec mon cousin un jour ou l'autre, j'espère que nous parviendrons à nous organiser prochainement.
Évidemment, Édouard avait d'autres projets en tête que de payer un restaurant à son cousin et à celle qu'il croyait être sa fiancée, il s'intéressait notamment plus au passé socialiste de la demoiselle mais ce n'était pas le lieu ni le moment pour l'évoquer, surtout quand les oreilles de ses subordonnés traînaient (l'un d'entre eux trouva malin de le taquiner sur sa propension à dénicher des jolies filles). Édouard, son tour fait, décida de rejoindre enfin les tribunes pour profiter au mieux de la compagnie de Glucks. Du moins officiellement, car officieusement, il n'avait aucune envie de se retrouver dans ce piège à rats, à l'air libre où tout allait pouvoir arriver. Mais rien ne se passa pendant tout le temps où il avança à la vitesse d'un escargot au centre de la Concorde, sous les imprécations de plus en plus violentes de la foule (sinon qu'il s'aperçut qu'il avait perdu son bouclier humain et traducteur ce qui manquait totalement de tenue et le poussa à maudire Andrieu de mille malédictions à base de bandelettes et de momification), aussi dut-il s'asseoir sur les chaises officielles, non loin de l'invité d'honneur, comme prévu, mais heureusement entouré de Manfred Mohr et Theo Landgraf.

- Bien, il semblerait que mon programme se complique. Enfin, le notre. Je crois que vos compatriotes ont décidé de faire, hm...du chambard, Édouard, disait Manfred, visiblement préoccupé.
- Que vous a dit le jeune soldat ? S'enquit Cabanel en plissant les yeux pour distinguer tout ce qui pouvait se passer sous son nez alors que Glucks s'était désintéressé des événements pour suivre la conversation des Von Hafer (qu’Édouard aurait pu qualifier de modèles de sainteté s'il n'était pas persuadé qu'ils étaient aussi affreux que Glucks), je crains que cela ne devienne incontrôlable, avec l'exaspération qui règne à Paris depuis l'hiver. Il était un peu inconscient de vouloir faire défiler les soldats sur les Champs... Hélas toute la diplomatie du monde ne pourra suffire à les calmer... Et j'espère qu'une répression brutale ne va pas s'abattre sur eux, ce serait un bain de sang.
Édouard avait brusquement oublié les dangers qui planaient sur sa tête, brusquement inquiet à l'idée que la mort ne vienne frapper du côté des Parisiens. Non seulement c'était là sa responsabilité en tant que représentant de l’État français mais en plus les conséquences sur la dureté des conditions de l'occupation à Paris risquaient bien d'être tragiques.
- Connaissez-vous un moyen d'éviter cela ? Poursuivit-il en oubliant qu'il s'adressait à deux militaires allemands qui n'étaient certainement pas intéressés à l'idée de sauver la population quand leurs jours étaient menacés.
Édouard allait poursuivre mais un visage connu passa dans son champs de vision, au sein de la foule, avant de disparaître aussitôt. La résistance... La résistance était bel et bien présente. Dieu ne l'avait visiblement pas beaucoup écouté car à ce rythme-là, c'était bien le chaos qui allait s'abattre sur Paris !

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
J.K. Rowling (c) .bizzle


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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 29 Déc - 18:54

Dispensaire de la Croix-Rouge
Il n'avait pas envie de perdre du temps, il n'avait pas non plus envie d'être là. Hasko se serait bien volontiers débarrassé de son uniforme, mais il ne pouvait pas le faire, pas décemment en tout cas, et puis déjà que von Hafer avait eu l'air de le prendre pour un civil, si en plus il n'avait plus d'uniforme, ça n'allait pas bien se passer. De toute façon, rien ne semblait bien vouloir se passer. Heureusement, il avait pu réussir à s'échapper du cortège, fuyant par la même occasion son père, qui avait eu l'air aussi déçu qu'un gosse privé de son jouet de Noël le soir du Réveillon. Du coup, il n'écouta pas non plus Cabanel, décidé à être persifleur : s'il l'avait fait, peut-être son penchant bagarreur se serait-il réveillé. Hasko n'aimait guère qu'on l'insulte et il prenait facilement la mouche, quand bien même celle ci n'était qu'imaginaire, croyant voir des sous-entendu là où il n'y en avait pas, et parfois lorsqu'il y en avait réellement. S'il avait eu le temps, peut-être qu'il aurait collé son poing dans la figure d'Edouard Cabanel, ou bien l'aurait-il provoqué en duel : Hasko était fier, dur, bagarreur, colérique, et surtout, surtout, finalement, assez romanesque. Ce genre de coutume pourtant déjà un peu désuète avait son affection...la guerre ne lui avait pas vraiment fait perdre cela même s'il était devenu plus sérieux. Et puis quoi ? Le collabo allait lui donner des leçons de morales, peut-être ? Cela le fit vastement rire.

A l'infirmerie de la Croix-Rouge, pour l'instant c'était calme, et en effet, il y avait peu de monde. Comme personne ne paraissait réellement avoir besoin de lui, Hasko se contenta d'observer, silhouette vert-de-gris et blanche, le défilé et la foule à la sortie de la tente...Il scrutait les Champs, l'air un peu inquiet. Il espérait que tout se passait bien pour les autres, comprenez les résistants dont il était au courant qu'ils allaient agir – s'il avait su qu'un attentat à la bombe se préparait, il aurait tout fait pour l'empêcher, c'était bien trop dangereux pour bien trop de gens innocents de faire ça. Mais le bon déroulement des opérations ne fut plus quelque chose de convaincant lorsqu'il vit plusieurs soldats remonter en courant l'avenue le long des barrières. Il tenta bien d'en arrêter un, mais sans réel succès : tout juste Landgraf put-il comprendre qu'on parlait d'attentat et d'anglais qui s'enfuyaient...seigneur. Est-ce que tout était compromis ? Il ne voyait pas ce qu'il pouvait faire, de toute façon, sans instructions autres. Il ne pouvait faire qu'attente, une situation tout bonnement affreuse, où il avait envie de donner un coup de pied dans quelque chose, de rage ou de frustration.

Mais un blessé – tiens, le premier – arriva : comme il ne s'agissait que d'une vieille dame qui était tombée en voulant s'éloigner des barrières, peu de risque qu'elle soit pour quelque chose dans l'attentat, mais au moins, cela permit au docteur Landgraf de s'occuper l'esprit un moment. Il entendit soudainement une voix qu'il connaissait bien...Cabanel ? Qu'est-ce qu'il venait faire là, celui là ? Hasko grommela :

« Manquait plus que ça, c'est un défilé aujourd'hui... »
Il ne s'attendait pas à ce que ça se passe bien, de toute façon. Comme il n'avait rien contre Victoire, il la laissa discuter un moment avec l'ambassadeur de Vichy (enfin conseiller, mais quelle importance ? Ça restait un collaborateur) jusqu'à ce que Cabanel se décide à vouloir serrer la main de tout le monde et tombe sur lui : Hasko s'essuya les mains, qu'il avait pleine du sang d'un gamin qui était tombé – décidément, les français ne tenaient pas debout : « Nous sommes voués à nous recroiser, il faut croire. Voulez vous nous donner un coup de main ou préférez vous retournez aux mondanités militaires de notre invité SS ? Vous y serez peut-être plus à l'aise, vu votre fonction. »

S'il n'obtenait pas un duel, au moins serait-il vengé...Cabanel finit cependant par repartir, heureusement, et Hasko se remit au travail.

La foule, elle, grondait, et de plus en plus fort. Profitant d'une accalmie, Landgraf retourna scruter les Champs. Ils s'agitaient de plus en plus. Le visage inquiet, il commenta à voix haute :

« S'ils tirent, c'est fini... »

Il retourna dans la tente, et eut l'impression que Victoire Langremont lui lançait un drôle de regard. Mais il se trompait peut-être.

₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪

 
L'innocence aura raison du crime.
Tu ne dois pas pleurer. Tu es un Landgraf. Nous ne pleurons pas. Nous nous battons. + ms.palmer
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Jeu 1 Jan - 23:30

Fébrile ? Caroline ne semblait pas dans son assiette il était vrai. Dans d’autres circonstances, l’allemand se serait sans doute amusé à profiter de la situation, mais pas aujourd’hui. Il sentait que quelque chose n’allait pas dans ce défilé, d’ailleurs Berlin avait donné des consignes bien trop pompeuses à tenir : trop long, trop de monde, trop d’invités … Où était la sobriété à la berlinoise ? C’était voir trop haut, sans une véritable idée des paramètres ni de la difficulté à sécuriser tout cela. Paris n’était pas Berlin, certains l’oubliaient et n’en faisait car leur tête parce qu’ils avaient sans doute le cerveau trop compact pour réfléchir ! Viktor n’était donc pas dans son assiette, peu enclin aux bons mots, tout juste souriait-il, et encore ce n’était que de la façade !
Que c’était long cette attente ! Que ce défilé traînait ! Von G était emmené au Petit Palais, ce qui n’était pas l’idée la plus judicieuse : si le bâtiment était beau certes, l’homme n’avait pas l’air d’avoir goût pour l’art, et ce n’était pas le plus intéressant … Ne quittant pas des yeux le cortège lointain, Eppensteiner avait l’impression de rater quelque chose, mais il était difficile de voir quoi loin de tout, il décida donc de se reporter sur son invitée du jour, essayer de faire bonne figure.

« Je m’excuse Fraulein, de mon comportement qui n’est pas digne de moi. Il est difficile de ne pas être anxieux avec un tel visiteur, nos places sont souvent en jeu ! Mais vous êtes pâle ! Voulez vous boire ou manger quelque chose ? »

A coup sûr que ce n’était pas l’invité de marque qui mettait Caroline dans ces états là ! Elle était étrange, ce qui n’arrangeait pas l’anxiété croissante du colonel SS dans son bel uniforme ! Mais enfin la voiture apparut et la silhouette du Gruppenführer, l’air bourru et sévère. Rien de bien sympathique, il était le cliché de ces allemands sans éducation, belle image auprès des français ! Au moins au début de l’Occupation, les jeunes soldats polis et bien faits avaient redoré leurs blasons auprès d’une population ébranlée par la défaite et le terrifiant souvenir des allemands de 14-18. Bon d’accord, la Gestapo n’était pas non plus la section la plus sympathique parmi les allemands à Paris mais en dehors de leurs quartiers, de leurs uniformes, de la peur qu’ils inspiraient auprès de tous (résistants, juifs, tziganes, ou autres), ils se montraient polis, surtout en dehors de leurs fonctions. Viktor ne passait pas son temps à râler et à tirer la gueule comme celui qui montait les marches, avec sa tête de bouledogue prêt à manger le premier gamin qui passe. Il fallait aussi faire des efforts, sinon ça n’avait aucun sens.

Bref, Von G. arriva non loin d’Eppensteiner, qui fut doubler par madame Von Hafer à la recherche de son époux. Puis l’hôte de la journée remarqua le colonel SS qui lui lança un « Hail Hitler » très motivé et qui lui fut retourné.

« Votre père m’a dit que je vous croiserais sans doute. Il a tellement parlé de vous et de votre détermination à Berlin. lâcha Von G. d’un ton un peu sec, dévisageant Viktor avant de jeter un regard sur Caroline derrière et faire la tronche, encore. Il a aussi parlé de votre passion parisienne …
Herr Gruppenführer, si vous passez un jour à l’Opéra, vous ne pourrez qu’être subjugué par Mademoiselle Lisieux ici présente. mais parler femme ne semblait pas plaire à Von G. dont le temps semblait précieux. Je me trouve honoré de vous revoir, herr Gruppenführer, il y a bien longtemps que je n’ai pas eu cette chance.
Vous aviez quoi, quinze ans ? Un gamin … comme vous l’êtes encore. Mais qui porte bien l’uniforme gestapiste. Votre père a de quoi être fier. »

Puis arriva Von Hafer, Viktor recula de deux pas pour se retrouver aux côtés de Caroline. La dernière phrase de Von G., dite avec un petit sourire, avait calmé un instant l’anxiété de Viktor, fier de recevoir un compliment comme un enfant à qui on a donné une image.

« Mon père le connaît depuis des années, c’est réellement un honneur qu’un homme de cette distinction me fasse un compliment, compte tenu de son caractère. Ce genre de paroles valent de l’or à Berlin. »

Et puisqu’il fallait s’asseoir, Viktor fut invité à se mettre aux côtés des Von Hafer, bien plus près de l’invité qu’il n’était prévu ! Mais pourquoi s’en plaindre ?
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Ven 2 Jan - 11:27

-Votre mari? Mais parlons-en, ma chère! Vraiment, l’organisation de son défilé laisse à désirer. Je ne sais même pas par où commencer ! Tenez, par exemple…

Mina fit semblant d’écouter, hochant la tête de temps à autre, alors qu’elle cherchait Axel des yeux. Non pas qu’elle ne pouvait pas gérer un important comme Glück seule, elle était peut être timide et effacée à Paris, mais elle avait reçu l’éducation nécessaire pour ce qui était des événements et des personnalités importantes, mais elle s’inquiétait. Toujours. Trop sans doute. Elle ne se sentait rassurée que quand Axel était à proximité, qu’elle pouvait savoir qu’il allait bien. Elle dut un bref moment de répit à Viktor Eppeinsteiner qui venait d'arriver avec son invitée pour saluer Glück.

-… Et je ne vous parle même pas de l’aéroport ! Vraiment ! J’étais à Prague il y a quelques temps, cela n’a rien à voir.

-Prague…? N’est-ce pas là que SS-Obergruppenführer Heydrich a été assassiné ? demanda Mina, de manière ingénue.

Si elle avait l’habitude d’être parfaite en toute circonstance, elle ne supportait pas qu’on critique son mari. Elle lui offrit un grand sourire alors qu’il la regardait, surprit de voir qu’une femme pouvait connaître ce genre de détail. La parfaite aryenne était censée ne s’occuper que de sa maison et de ses enfants. Et des enfants, Mina n’en avait point. Glück finit par réagir et lui adressa un semblant de grimace qui devait être ce qui s’apparentait le plus à un sourire.

-Vous êtes surprenante, Frau von Hafer. Ah vous voilà enfin, von Hafer!

Mina se tourna pour suivre le regard de l’invité de marque alors qu’Axel s’approchait. Elle lui sourit.

-Herr SS-Gruppenführer, je vois que vous avez fait connaissance avec mon épouse.

-Evidemment, vous n'étiez pas là! Il faut bien que quelqu'un le fasse à votre place! Enfin pour la première fois de la journée je suis content d'être à Paris. Asseyez-vous à côté de moi, Frau von Hafer. Dégagez, vous, cria-t-il à ceux que l’organisation avaient mis à ses côtés, vous êtes la digne représentante de l'Allemagne!

Devant le regard surprit d’Axel, Mina ne put lui répondre que par un sourire un peu mystérieux et un clin d’œil. Elle s’installa à la place que Von Glück venait de lui désigner, manquant de lui rappeler qu’elle était Autrichienne, et que, comme tous les Autrichiens, cela notait une grande différence pour elle. Mais elle n’en fit rien.

-L'attente n'a pas été trop longue ? Je suis vraiment navré qu'il ait décidé de n'apprécier que vous aujourd'hui, j'aurais préféré que vous ne soyez pas mêlée à son exécrable humeur! Mais si grâce à vous il arrive à sourire, je pourrais peut-être garder ma tête sur mes épaules...

Axel lui remit une mèche de cheveux derrière l’oreille. Mina aurait voulut garder sa main contre sa joue un instant, mais l’étiquette et le protocole ne le lui permettait pas.

-Ne vous en faites pas pour moi. Au contraire, je…

Mais elle fut interrompue par Von Glück dont le flot de bile était reparti de plus belle.

-...rendez-vous compte, Frau von Hafer, aller au Petit Palais! Dites à votre mari que ces visites-là ne se font plus, il est de la vieille école...

Mina se tourna vers leur invité de marque qui regardait les jeunes hommes étant prêts à sacrifier leurs vies pour le Reich d’un œil critique.

-La vieille école… Celle de la Wehrmacht, voulez-vous dire ? Vous allez me trouver romantique et vieux jeu, mais c’est ainsi qu’il m’a plus au premier regard.

Mina aurait rougit si elle avait dut dire une chose pareil en regardant Axel dans les yeux.

-Loin de moi l’idée de critiquer les conseillers de notre bien aimé Führer, mais les ordres reçus par mon mari ne viennent-ils pas directement de Berlin ? Je n’y entends rien en politique et en stratégie militaire, le Général l’a depuis bien longtemps compris et ne cherche pas à m’ennuyer avec de telles choses, mais peut être que, si vous m’expliquiez, cela deviendrait plus claire ?

Glück jeta un bref coup d'oeil à Axel:

-Charmante, elle est charmante! Vous avez de la chance, von Hafer!

Mina n’avait jamais demandé à Axel de lui parler de quoi que ce soit, mais le pieu mensonge ne pouvait qu’être bénéfique au changement d’humeur de l’importun qui semblait vouloir faire son important. Elle était prête à supporter ses explications pompeuses si cela pouvait servir Axel. Von Glück allait répondre, quand un officier se présenta pour le saluer. Mina profita de ce moment pour se tourner vers Axel :

-Laissez-moi faire. Je crois que je peux réussir à changer son point de vue.

Elle posa sa main gantée sur celle de son époux.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Ven 2 Jan - 11:46

Caroline avait l’impression de voir trente-six chandelles, vous savez, celles éclairant le sapin de Noël que l’on devait poser avec beaucoup de précaution si l’on ne voulait pas voir l’arbre s’embraser. Elle savait, elle en  était sûre, que quelque chose ici, allait d’ailleurs prendre feu, à un moment ou  à un autre. Rien n’allait. Rien n’irait. Elle avait un mauvais pressentiment, celui qui vous fait dire qu’il fallait être partout ailleurs qu’ici. Mais la machine infernale dans laquelle elle s’était enfermée l’empêchait jamais d’en sortir. Elle était pâle, blême presque. Mais elle devait aller jusqu'au bout, suivant Eppeinsteiner dans ses allées et venues, un peu comme un fantôme. Elle avait l’esprit ailleurs, et le Standartenfürher-SS s’en rendrait compte, si ce n’était pas déjà fait. Elle inspira, expira. Elle pouvait y arriver, elle le devait. Quelle que soit son angoisse. Viktor, depuis qu’il était revenu de son petit tour de la sécurité, allait de personne en personne, la présentant, ce à quoi elle répondait par un vague « bonjour » et un sourire pas beaucoup plus assuré. De saluts en apostrophes, ils avaient finis par arriver à la tribune. Ils venaient d’y entrer, celle-ci était noire de monde, quand Viktor sembla réaliser que quelque chose n’allait pas, ou du moins, osa en parler à voix haute :

-Je m’excuse Fraulein, de mon comportement qui n’est pas digne de moi. Il est difficile de ne pas être anxieux avec un tel visiteur, nos places sont souvent en jeu ! Mais vous êtes pâle ! Voulez vous boire ou manger quelque chose ?

Caroline mit quelques secondes à réagir.

-Euh… ne vous en faites pas, c’est bien normal dans un tel événement ! Non merci, je ne veux rien. Je crois que le rythme insoutenable des répétitions fini par me rattraper et mon corps commence à me le faire payer. J’en suis désolée.

Viktor sembla se satisfaire de cette réponse momentanée, du moins apparemment. Offrant son bras à Caroline, ils se frayèrent un chemin jusqu’à l’invité de marque qui venait d’arriver. La jeune femme, jetant des coups d’oeils de biche prise dans les phares d’une voitures autour d’elle pour repérer ce qui pouvait bien advenir bientôt, ne réagit vraiment que quand elle entendit son nom :

-Herr Gruppenführer, si vous passez un jour à l’Opéra, vous ne pourrez qu’être subjugué par Mademoiselle Lisieux ici présente.

Caroline sourit, et s’apprêtait à lui tendre la main, mais le regard dubitatif que lui lançait l’allemand en visite la retint. Un regard de dégoût. Charmant. Et encore, n’avait-elle pas entendue l’insulte à demi déguisée qu’il venait de lui lancer.

-Je me trouve honoré de vous revoir, herr Gruppenführer, il y a bien longtemps que je n’ai pas eu cette chance, continua Viktor.

Ils continuèrent à parler quelques instants, jusqu’à ce que la « cible » du jour ne lance un « Ah, vous voilà, von Hafer ». Caroline pâlit encore plus – si c’était possible – et tourna la tête contre l’épaule de Viktor pour dissimuler un tant soi peu son visage, priant pour que celui-ci ne la présente pas. Cela ne pouvait pas être pire. Elle allait mourir. Se faire arrêter. Finir dans les geôles de la Gestapo. Non… Elle ne pouvait pas… Viktor recula, cédant la place à son supérieur, et  ils s’éloignèrent pour prendre leurs places.

-Mon père le connaît depuis des années, c’est réellement un honneur qu’un homme de cette distinction me fasse un compliment, compte tenu de son caractère. Ce genre de paroles valent de l’or à Berlin.

-Vraiment ? Répondit la jeune femme, une sueur froide coulant le long de sa colonne vertébrale.

Elle analysa rapidement la situation. A moins que von Hafer ne la regarde vraiment dans les yeux, il ne pouvait pas la reconnaître. Elle pensait quelques kilos de plus que la jeune femme famélique qui avait tenté de le tuer, quelques deux ans plus tôt. Sa couleur de cheveux était différente. Sa manière de s’habiller également. Elle respira. Essaya du moins. Mais resta tendue, d’autant plus quand elle réalisa que Viktor était assis aux côtés de son supérieur. Heureusement, celui-ci semblait bien plus occupé par son épouse et leur visiteur de passage que par son subalterne.

-Combien de temps ce défilé est-il censé durer ? N’ayant jamais assisté à ce genre d’événements auparavant, pas même un défilé français, vous me voyez dans la méconnaissance la plus totale ! Dites-moi tout! Est-ce un défilé habituel?

Tant que Viktor était aux trois quarts tournés vers elle, il la dissimulait à von Hafer, et la meilleure des façons de rester ainsi était de retenir son attention.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Sam 3 Jan - 19:48

Grand Palais - dans les couloirs.

Parfois, on se dit que les choses sont trop belles pour durer, que pour une fois tout se passe bien, qu'on a tout planifié et que ce serait vraiment manquer de bol que tout ne se déroule pas comme prévu. Ou alors, quitte à foirer un truc, que ce soit l'objectif final, qu'on rate notre coup à la limite. Ce serait certes frustrant et on aurait perdu beaucoup de temps et d'énergie pour rien mais, à bien y réfléchir, ça serait un moindre mal comparé à ce qui pourrait nous arriver.

Ou ce qui va nous arriver plutôt.

Faut dire qu'au moment où je m'apprêtais à sortir une réplique bien cinglante à l'irlandaise, je ne m'attendais pas vraiment à entendre ces bruits qui proviennent d'en haut, de notre destination et qui se répercutent dans la cage d'escalier. Impossible de ne pas comprendre ce qui se passe et, quand je m'en rends compte, la porte par laquelle nous venons de passer en profite pour claquer beaucoup trop violemment pour que ça me plaise. J'espère en grimaçant que ça passera inaperçu au vu de tout le tintouin que j'entends résonner là-haut mais, bien évidemment, la chance a décidé de ne pas être avec nous une fois de plus.

C'est un grand silence qui accueille le claquement de porte suivi d'ordres gutturaux lancés en allemand et, ce qui me serre le cœur, de ce qui semble être des coups de feu. Quelque part, j'espère que les bruits sont déformés par la cage d'escalier et qu'il s'agit d'autre chose mais, au fond moi, difficile de me leurrer. Je n'ai de toute façon pas le temps de m'appesantir sur le sujet ni de me demander comment ils ont pu découvrir cette planque qui semblait parfaite. Il serait tout bonnement suicidaire de monter là-haut alors j'opte pour la seule autre option viable. J'attrape le bras de Marie-Louise d'un geste de brusque avant de faire demi-tour, espérant vaguement que la foule arrivera à nous cacher et que les allemands n'arriveront pas trop vite. Je les entends déjà débouler à travers les escaliers à vitesse grand V et j'ai un sérieux doute quant à nos capacités à ne pas attirer du tout leur attention.

J'appuie alors sur la poignée de la porte qui… refuse de s'ouvrir. Je souffle alors en direction de Marie-Louise, essayant de ne pas perdre mon calme.

"Tu sais quoi ? Je pense que ça va être une mauvaise journée en fait."

Tout en chuchotant, j'essaie de regarder autour de nous alors qu'on peut commencer à distinguer les ombres des soldats qui continuent leur descente. Une seule solution, la coursive qui s'ouvre devant nous. De mémoire, c'est celle utilisée par le personnel de nettoyage pour éviter de déambuler au milieu du Grand Palais avec tout leur matériel de ménage.

"Amène-toi."

J'avoue, je ne me retourne même pas pour savoir si elle me suit et je file au plus vite, entendant ses pas juste derrière moi. Alors qu'on s'éloigne de la porte, on peut encore entendre les allemands qui semblent en pleine tergiversation et surtout, juste à l'endroit qu'on vient de quitter. Je les entends frapper violemment sur la porte et parler de plus en plus fort. Visiblement, ils ont l'air plus que contrariés et j'espère l'espace d'une seconde qu'ils ne penseront pas à nous suivre. Mais ce serait compter sur cette chance qui nous a bien lâchés aujourd'hui.

Avisant une porte entrouverte, je m'y engouffre pour tomber sur ce qui semble être des vestiaires. Il y a des vêtements, un chariot avec un balai et un seau rempli de ce qui, à l'odeur, ne peut être qu'un produit désinfectant. J'ai un léger sourire et, ans même réfléchir, j'attrape une tenue que je lance à l'irlandaise avant d'enfiler une blouse aussi vite que possible.

"C'est Noël avant l'heure. On va profiter des jolis petits cadeaux qu'on a bien daigné nous offrir. On peut même agrémenter le tout d'un petit chant de Noël pour attirer les bonnes grâces de je ne sais qui."

J'entends alors des pas résonner au loin. Impossible de ne pas reconnaitre le bruit des bottes allemandes. Au temps pour la chance donc. Je soupire et je fixe ma coéquipière avant de lâcher, non sans ironie.

"Tu parlais de ne pas tous nous faire tuer ou un truc dans le genre non ? Désolé, je crois que c'est pas gagné."

Tout en parlant, je continue de regarder autour de moi. Il y a une autre porte, juste derrière nous. Peut-être qu'on pourra trouver une sortie. J'essaie de rester aussi froid et calme que possible et de réfléchir à tout ce qui pourrait nous permettre de sortir d'ici en un seul morceau. Et surtout, essayer d'éviter de penser à ce qu'il a pu advenir de notre complice.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Sam 3 Jan - 21:36

Moyra n’avait rien ajouté à sa rancoeur et à la réponse de Peter. En effet, mieux valait garder ses sarcasmes pour soi, afin que la mission puisse se dérouler au mieux. Une dispute n’arrangerait rien à leur affaire, même si elle se demandait toujours pourquoi Buck s’échinait à la coller avec des types comme lui. Son passé au SOE était aussi clair que du jus de boudin, et méritait qu’on s’y intéresse avant de lui coller des missions comme celle-ci; qui savait s’il n’allait pas essayer de les vendre, leur comparse “Mickael” et elle?
Le regard sombre, elle répondit un vague “Je te suis” avant de sentir la main de l’anglais se fermer son bras et la guider dans la foule.
Dans un grognement, elle se laissa ainsi mener, détestant pourtant ne pas avoir son mot à dire, et plus encore d’être malmenée comme une incapable qui pourrait se perdre dans une foule. Lucas avait bien vu la porte de service, et sans grande délicatesse, la poussa devant lui avant de refermer le battant derrière lui.
-J’suis pas en sucre, mais c’est pas une raison pour être brutal, sauf si c’est ta spécialité! Et lâche-moi, je ne suis pas une gosse, je peux marcher seule!
Elle se dégagea en grognant et passa devant pour grimper les escaliers de services, non sans veiller, à chaque palier, qu’aucun allemand ou personnel n’était en vue. A chaque palier, elle faisait un petit signe à Lucas pour qu’il la suive.

La montée se fit lentement mais du stopper soudainement, lorsque des bruits de lutte parvinrent à leurs oreilles. Il ne restait plus qu’un dernier étage, Michael était sensé être là-haut...sensé.... L’irlandaise sentit son coeur battre plus fort alors que la solution était pour elle limpide.
[ccolor=darkred]-On doit grimper, dégager Michael de là et assurer  le...eh![/color]
Lucas lui avait de nouveau aggripé le bras et la poussait devant lui dans l’escalier.
-C’est stupide, on ne peut pas fuir comme ça, c’est complètement lâche!
Elle comprit que son acolyte ne lui répondrait pas de suite et le sentant descendre derrière lui, elle comprit qu’elle n’avait d’autre choix que de descendre les degrés, guettant à chaque palier la présence d’allemands.

Il passa devant elle une fois arrivés devant la porte, tourna la poignée...qui n’ouvrit aucun battant.
-Bloody, dans quoi tu nous a fourré!
-Tu sais quoi ? Je pense que ça va être une mauvaise journée en fait.
-On s’en fout, demi-tour, il y a peut-être une autre issue au bout de ce couloir!
Elle suivit l’anglais en courant tout au long du couloir, entendant les bottes allemandes débouler à leur tour près de la porte. Il semblait que tous deux aient eu la même idée, car Lucas poussa une porte de service qui donna sur un placard de ménage.
-Ouaip, le jour de ma mort n’est pas arrivé, alors on enfile ça, on prend ces seaux et on joue notre rôle!

Tout en parlant, elle passa une salopette bleue d’ouvrier, dissimula ses cheveux sous la casquette qu’elle ramassa sur un tabouret et attrapa un balais et un seau rempli de serpillère.
Ainsi affublée, elle respira un bon coup et sorti du vestiaire.
-Si tu a peur de ne pas pouvoir parler sans accent, fais-toi passer pour muet, ça m’évitera de t’entendre et je pourrais gérer le reste.
Elle sorti d’un pas décidé, sachant qu’il y avait près d’un million de malchance pour que les allemands la voient.
-S’il vous plaît, arrêtez!
La malchance venait de tomber. Moyra se retourna en faisant un signe de la main.
-On travaille là, on va nettoyer les étages, c’est prévu depuis longtemps.
-Pour la visite?
-C’est ça!
-Quel étage?
-Ben...le troisième, fit-elle désappointée.
-Le premier et le second on été faits hier. Moyra hocha la tête en priant Dieu pour le remercier de cet incroyable heureux hasard. Allez-y, dégagez!
Moyra ne pensait pas pouvoir avoir autant de chance dans toute son existence dangereuse et fit un signe à Lucas avant de repartir vers le fond du couloir.

-J’espère qu’il y a une issue, sinon je crois que je pourrais t’étrangler à mains nues. Nous devrions être là-haut pour aider Michael, pas ici à nous défiler! Je devrais même te laisser là!
De toute sa mauvaise foi, elle ne voulait pas admettre qu’elle pouvait parfaitement y aller seule et s’occuper du cas SS elle-même, voire sauver Michael  des griffes allemandes si besoin était.
Le couloir se termina enfin, donnant sur un escalier de service. La pancarte “ISSUE DE SECOURS” s’affichait en haut de la rampe, comme une porte de salut pour les deux fuyards.

Elle se tourna vers l’écossais et montra la pancarte du doigt.
-Choisis ton chemin.
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Rachel Lévi
✗ Camarade



Féminin

■ topics : OUVERTS
■ mes posts : 302
■ avatar : Emma Stone
■ profession : Etudiante

PAPIERS !
■ religion: De confession juive comme le montre l'étoile sur sa poitrine
■ situation amoureuse: Célibataire, et ce n'est clairement pas le moment de penser à un changement de ce côté-là
■ avis à la population:

MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 5 Jan - 21:33

Place de la Concorde

Rachel Lévi commençait à se dire que le hasard avait mal fait les choses : qu'est-ce qui lui avait pris d'inviter cette jeune femme bien coiffée et bien habillée à la suivre, alors qu'elle avait vu son étoile jaune ? (qu'en soit, elle portait toujours sur elle, dans son sac, ce qui pouvait la mettre en danger d'un instant à l'autre). Rachel avait bien décidé d'ignorer le danger en question en cette journée de mai 1943 – sinon, elle ne serait certainement pas allée manifester contre l'envoyé de Berlin –, mais il y avait des limites à ne pas franchir et elle n'était pourtant pas très motivée à l'idée de se jeter dans la gueule du loup. A dire vrai, elle en avait entendu des choses sur Élise Joubert, si bien qu'elle avait l'impression de bien la connaître (à en croire Emy, elle avait vilement séduit Maxime Cabanel alors qu'elle était sa colocataire et que ça ne faisait pas entre colocataires, Rachel l'aurait volontiers cru si l'histoire de Max et Emy n'avait pas été aussi compliquée à suivre au fil de leurs ruptures et de leurs rabibochages). Mais elle s'apercevait au fur et à mesure que la jeune femme s'adressait à elle, qu'en réalité, elle ne savait rien des convictions de cette jeune femme blonde qui avait travaillé au journal d'Emy – voire y travaillait toujours. Elle aurait du pourtant se méfier, avoir été amie avec Emy Hale n'était pas le gage d'être une bonne personne, et elle eut d'ailleurs un sourire amer en songeant à son ancienne amie qui l'avait rejetée au début de la guerre.
- Je ne vais pas m'étaler sur le sujet, mais je pense que vous devez voir en moi l'incarnation du Diable. Retenez juste que la réelle intelligence ne se limite pas à écouter autrui mais à se faire son propre avis sur les personnes.
- Détrompez-vous, répliqua Rachel, nous sommes fâchées depuis plusieurs années désormais, avec Emy. Je n'accorde aucun crédit à ses avis. C'est bien terminé ce temps-là.
Oui, c'était bien terminé, Rachel préférait laisser Emy Hale à ses frivolités et à ses amusements, qu'elle partageait avec les collaborateurs, les seuls qui s'étaient réjoui de l'arrivée des Allemands de la manière que l'on célèbre Noël et l'arrivée du Messie chez les chrétiens.

Rachel avait donc retrouvé sa vieille amie Victoire Langremont avec un certain soulagement alors qu’Élise s'impatientait de son côté en se demandant quand arriverait donc l'animation prévue tout en laissant tomber sa cigarette sans sembler se rendre compte qu'ils étaient plusieurs à la voir faire avec envie.
- Si vous cherchez l'animation, vous n'allez pas être déçue, répliqua un infirmier qui passait par là, le cortège arrive et avec lui, la foule commence à gronder. Vous n'entendez pas les insultes ?
Rachel réprima un soupir mécontent : elle était coincée au dispensaire de la Croix-Rouge alors que l'action commençait enfin ! Sans se rendre compte de la drôle d'expression de Victoire qui devait s'être rendue compte que le plan de son réseau avait échoué, elle commença à tapoter du pied en se demandant comment elle allait bien pouvoir fausser compagnie à ses deux compagnes qui n'avaient visiblement aucune envie de l'accompagner. Mais c'était sans compter sur Victoire qui s'adressa à elle :
- Je vais devoir retourner travailler. Tu ne voudrais pas m'accompagner ? Nous aurons sûrement besoin d'aide avant longtemps.
Rachel allait protester en rappelant qu'elle allait être aussi utile qu'un éléphant dans un jeu de quilles, vu son peu de dons en médecine, qui se limitaient en vérité à soigner sa petite sœur quand cette dernière s'écorchait le genou, mais Victoire s'était déjà engouffrée sous la tente, aussi la jeune femme rousse la suivit-elle en traînant des pieds et en poussant Élise à la suivre (même si cette dernière, avec ses beaux habits, était aussi décalée dans une foule de manifestants qu'au sein d'un dispensaire). Heureusement, Victoire s'était momentanément désintéressée d'elle pour s'adresser à son supérieur, un médecin en blouse blanche que Rachel reconnut immédiatement. Comme elle n'avait aucune envie de subir un quelconque sermon de la part d'Hasko Landgraf (et qu'en plus, elle n'allait pas pouvoir répliquer car pour une fois, il ne soignait pas des pourritures de nazis, lui qui était désormais un héros de la Wehrmacht), elle fut soudain passionnée par le sort d'un petit garçon qui avait été bousculé et qui se remettait du choc en compagnie de sa mère, tout en gardant un œil sur Hasko qui ne paraissait pas l'avoir vue.

Mais comme Rachel avait de la chance (enfin cela dépendait du point de vue adopté), la délégation de l'ambassade de Vichy fit une arrivée triomphale devant le dispensaire de la Croix-Rouge, ce qui occupa tous les infirmiers et détourna l'attention d'Elise. Rachel releva la tête et distingua nettement le conseiller Cabanel – le frère du Maxime précédent, un collabo notoire qui tournait sa veste en fonction du vent – puis un autre visage connu qui la crispa. Qu'est-ce que Maxime Andrieu fichait là ? Évidemment, son père avait du négocier pour qu'il puisse faire parti de la délégation pour accueillir cette pourriture de Berlin (qui de mieux qu'une autre pourriture parisienne ?), mais elle commençait à croire qu'il la poursuivait réellement. Elle croisa son regard qu'elle soutint sans ciller avant de se détourner, bien décidée à débarrasser le plancher :
- Elise, vous vous occupez du garçon ? Je reviens dans un instant.
Ou pas. Mais sans attendre de réponse, la jeune femme quitta la tente à larges pas, sans la moindre hésitation. D'accord, elle donnait sans doute l'impression de fuir Andrieu mais tant pis pour l'orgueil, elle préférait éviter sa tronche en dehors de la fac où c'était déjà trop. Elle oublia le fils à papa dès sa sortie de la tente : en quelques minutes, la situation avait changé du tout au tout, la foule s'était faite compacte et beaucoup plus menaçante, il était totalement inutile de chercher à retrouver ses amis. La fine jeune femme inspira un grand coup et se faufila entre plusieurs personnes alors que sifflets et quolibets fusaient. Même sur la pointe des pieds, elle ne parvint pas à distinguer le haut du crâne de l'invité jusqu'à ce qu'il s'installe dans les tribunes, du moins, et encore elle était trop loin pour le voir autrement que flou. Cela ne l'empêcha pas de hurler à son tour quelques slogans, en reprenant ce qu'elle entendait autour d'elle et en levant le poing :
- Retourne à Berlin ! Rends-nous notre pain !
Mais elle dut s'interrompre, bousculée par deux hommes. Le choc lui coupa momentanément la respiration et prise dans un étau, elle ne put se dégager de cette marée humaine qui ne semblait n'avoir qu'un objectif : déborder la sécurité allemande.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Sam 10 Jan - 0:37

Voilà désormais plusieurs dizaines de minutes que les officiels ont pris place dans les tribunes de la place de la Concorde, bien à l'abri de toute tentative d'attentat – ou du moins le croient-ils. Et pendant qu'on tente de faire la conversation à Glucks qui regarde défiler les troupes SS suivies de quelques chars stationnés à Paris, l'air de plus en plus ennuyé, les troupes allemandes responsables de la sécurité attendent avec impatience des nouvelles du Grand Palais : mais rien à faire, les complices de ce tireur du SOE semblent introuvables... D'autres mauvaises surprises sont-elles à craindre ?

Mais peut-être leur faut-il se préoccuper davantage d'un problème encore plus urgent... La foule qui hurlait depuis l'arrivée des délégations des invectives en direction de l'invité qui les ignore superbement paraît prise d'un mouvement incontrôlable. En réalité initié par des membres du réseau Honneur et Armée qui souhaite détourner l'attention, le mouvement de foule de plus en plus violent semble devoir déborder les sentinelles allemandes et leurs collègues français de la police, et qui emporte avec lui Manon Vieugué, Jacques Reynaud ou encore Rachel Lévi. Comment réagir ? Tirer sur la population risque d'augmenter encore la panique d'autant qu'il s'agit là d'une décision lourde de conséquences. Toutefois, il est nécessaire de calmer la situation pour ne pas mettre en danger Glucks.

Ce dernier justement commence visiblement à s'ennuyer de la conversation qu'on lui fait, et n'a nulle envie d'expliquer quoi que ce soit, surtout ce qui relève de stratégie, à une simple femme qui plus est. Après un énième soupir, profitant d'une pause dans le défilé, il tend l'oreille : la musique militaire a beau être forte, elle couvre mal les huées de la foule et les cris de panique :
- Mais que se passe-t-il ? Aboie Glucks avant de chercher du regard Édouard Cabanel, que disent donc ces Français ? Hé ho, vous, là, l'ambassadeur français, que me veulent donc les Parisiens ?... Fichue ville, je leur avais pourtant dit que ça n'avait aucun intérêt et en plus on s'ennuie... Suivez-moi, continue-t-il en s'adressant à Cabanel et au reste de la délégation française avant de se tourner vers le gouverneur de Paris, oui, je sais que nous n'avons pas encore vu notre aviation, mais enfin bon, si elle a le même âge que celui qui la commande, j'ai largement le temps de revenir.
Et ni une ni deux, faisant fi de la sécurité, suivi de son garde du corps, de la délégation française et de quelques autres officiels dont le père et le fils Von Lorentz de l'ambassade d'Allemagne ou Klaus Halder chef de la SS, Glucks quitte les tribunes pour rejoindre la soldatesque allemande en grommelant :
- Ah ça, il faut tout faire soi-même ici... Je vais leur régler le problème, moi...

Alors... Laisserez-vous Glucks se jeter dans la gueule du loup ?


Ce tour dure jusqu'au 21 janvier 2015.


Règles

- Il vous est (encore) interdit de tuer Glucks mais vous pouvez évidemment toujours l’utiliser en PNJ. Merci de respecter son humeur détestable.
- Il vous est interdit de faire revenir Glucks dans les tribunes mais vous pouvez tenter de le ralentir ou de l'arrêter momentanément.
- Prenez en compte que l'ambiance est désormais délétère et qu'un mouvement de foule s'amorce dangereusement, foule dont la panique commence peu à peu à couvrir le bruit de la musique militaire...

Un défi ?

Vous êtes nombreux à ne pas avoir respecté le défi de la Propagande lors du dernier tour, celle-ci est très mécontente et souhaite donc imposer des contraintes à ceux qui n'ont pas joué le jeu. Bon courage à vous face

Viktor Eppensteiner et Moyra O Ceallaigh doivent placer le mot « pomme de terre » dans leurs paroles.
Axel et Mina von Hafer sont désormais les cibles de la conversation de Félix Aurèle, le collaborationniste acharné, et ne parviennent pas à se débarrasser de lui.
Hasko Landgraf, pour sa part, voit arriver un curieux personnage qui demande à être soigné en balbutiant : et pas de chance, Dédé la Truffe n'a pas l'intention de cesser de s'accrocher à lui de sitôt !

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mer 14 Jan - 13:57

Tribunes
Quelle sale journée. Les pensées de Manfred Mohr se résumait désormais à peu près à cela alors qu'il faisait tout pour éviter de parler au visiteur envoyé par Berlin et s'en trouver le plus loin possible. Heureusement, ce dernier semblait avoir décidé de déverser sa mauvaise humeur plus loin avec – ou aux dépends, à voir – des von Hafer, ce qui n'était pas plus mal, car si l'oberst jugeait que le généralissime des armées du Reich à Paris était sans aucun doute quelqu'un de compétent, ce n'était pas un des amis de Manfred, qui n'aimait guère devoir lui rendre compte – et s'arrangeait pour le faire le moins possible, puisqu'il dépendait de la flotte de la Luftwaffe dirigée par le général Sperrle. Non présent, au passage à Paris, ce dernier devait connaître l'humeur de chien de Glucks et avait fui la capitale pour aller observer le mur de l'Atlantique. Quant à lui, il était cantonné dans cette tribune, pour son plus grand malheur, qu'il ne pouvait même pas fuir pour aller voir les avions puisque non content de ne pas être aimable, le SS réussissait l'exploit d'attirer les foudres des parisiens alors qu'ils étaient bien les seuls à ne pas subir directement ses foudres puisqu'il se contentait de royalement les mépriser. Quant à Mohr lui même, il était bien décidé à ne plus reparler   à l'officier berlinois de la journée, puisque apparemment sa présence l'affligeait et que c'était tout à fait réciproque. Autant dire qu'il était très bien assis là où il était, loin des imbéciles courtisans et du roquet qui continuait à vitupérer sur tout ce qui bougeait.

Mais la situation n'en restait pas moins difficile, il pouvait le constater lui même d'après ce qu'il avait vu et entendu. Il fallait cependant garder la tête froide et rester calme. Pragmatique, Manfred n'envisageait pas la panique, pour le moment. La sécurité avait-elle le contrôle, il n'en était pas tout à fait sur. On ne pouvait pas contrôler les mouvements de foule, à moins de tous les descendre comme des lapins...ce qui n'arrangerait pas les choses. Il se souvenait du mouvement Spartakus, et de Luxembourg, tout ça ne se passerait pas bien. Il jeta un regard à Landgraf père, qui semblait à peu près avoir la même opinion sur les événements en cours. Il faudrait tirer tôt ou tard et alors cela deviendrait l'apocalypse...Sauf s'ils parvenaient à arrêter les résistants avant. Mohr en était sur, cela ne pouvait qu'être eux, car qui d'autre aurait eu intérêt à perturber la manifestation.

La plupart des gens ne semblaient pas bien comprendre ce qu'il se passait, mais peu faisaient l'effort de se renseigner...au moins, Cabanel échappait un peu à la règle, c'était une bonne chose. Manfred expliqua posément :

« Ils pensent qu'il y a des résistants dans la foule, quelqu'un a tiré...ils ne savent pas qui. Du coup ils ont tout bouclé, mais les gens s'énervent. »
S'il n'y avait eu que lui, il aurait évacué. « Hmf. Priez pour que Halder ne s'en mêle pas. S'ils commencent à tirer, et les SS en sont bien capables, cela va être un bain de sang, mais cela va encore plus échauffer les esprits...et alors je ne donne pas cher de notre propre peau ! »

Un officier d'ordonnance vint lui signaler que l'aviation allait bientôt commencer sa partie de spectacle, mais Manfred le balaya d'un geste sévère de la main, reportant son attention sur la foule. Que fallait-il faire ? Evacuer aurait calmé les esprits, à son humble avis, mais personne ne semblait décidé à l'écouter et puisque Glucks le voyait comme un vieux gâteux, alors il pouvait bien aller se faire descendre s'il le voulait. La foule paraissait bien de cet avis et il y eut un mouvement soudain, presque dangereux, suscitant de nouveau les aboiements du SS alors qu'il aurait mieux valu se taire et partir...tandis que lui se précipitait à la rencontre des manifestants.

« Eh bien il faudrait partir dans le bon sens pour commencer. »
Manfred se leva posément et remis sa casquette d'officier, avertissant Edouard : « Laissez le faire ce qu'il veut, mais ne vous tenez pas trop près, je crois que ça vaudra mieux pour vous. » Il se tourna ensuite vers l'ingénieur militaire : « Landgraf, je suggère que nous évitions nous aussi cette folie, attendons de voir ce qui se passe. Von Hafer va peut-être réussir à le calmer. »

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mer 14 Jan - 16:49

Dispensaire de la Croix Rouge

Tout est calme. Ou plutôt, tout l'était. Jusqu'à ce que tu l'assures à Landgraf.
A peine as-tu prononcé quelques paroles rassurantes que les événements s'enchaînent à un rythme effréné qui vous dépasse bientôt. Rassurée d'avoir aperçu derrière ton épaule l'éclat de la chevelure rousse de Rachel - doux euphémisme que de dire que tu doutais de la voir suivre ton conseil en se mettant à l'abri ici - tu viens de te pencher sur un enfant choqué par les bousculades. Le premier d'une série que vient interrompre l'entrée en grande pompe d'un officiel de Vichy dont l'arrivée fait se redresser la mère de ton petit patient. Nombre d'entre vous ne sont guère habitués des officiels. Vous êtes du peuple, de ces personnes lambdas qui jamais ne frayent avec les hautes sphères du pouvoir. Même toi vers qui il se tourne pourtant avec quelques mots aimables auxquels tu ne trouve à répondre qu'un balbutiant « Je... Oui, oui bien sur. Avec plaisir. » Un commentaire narquois se fait entendre dans son entourage, allusion graveleuse à l'invitation qu'il te lance et te fait rougir jusqu'à la racine des cheveux et t'attirent le regards curieux de tes collègues toujours à la recherche de potins croustillants. Fort heureusement pour toi, Cabanel s'en repart bientôt - sous l'oeil étrangement noir du Docteur Landgraf - et chacun s'en retourne pour l'heure à ses activités. Sauf Rachel. Ton coeur rate un battement de ne plus apercevoir dans les parages ses cheveux flamboyants. Tu te tournes vers Elise Joubert, demeurée au chevet de ton petit patient - l'air aussi naturel et à l'aise en ces lieux qu'une dinde dans une cuisine à la veille de Noël - et la rejoins en deux pas, résistant à l'envie de la secouer de toutes tes forces pour obtenir une réponse plus prompte : « Où est Rachel ? »

Mais elle serait bien en peine de te répondre.
Une bousculade, puis deux, des chutes... En l'espace de quelques minutes, badauds affluèrent vers l'entrée du dispensaire de toile pour faire examiner, qui une écorchure, qui une cheville foulée, qui une bosse. Rien de grave, rien de comparable aux blessés qui s'échouaient parfois devant votre porte et pourtant. Tu sens l'angoisse t'étreindre peu à peu, t'enserrer le coeur d'un étau implacable. Peut-être est-ce d'entendre les imprécations de la foule qui vous parviennent désormais aux oreilles. Ou l'oscillation des parois de toile sous l'assaut des passants. Bien qu'à l'écart des manifestants, il vous semble en cet instant être au coeur d'un maelström prêts à vous engloutir au moindre mouvement de panique. La fureur de la foule enfle de minute en minute, sans que vous en sachiez davantage. Où sont les tireurs du SOE ? Sont-ils passé à l'acte ? L'allemand est-il tombé ? Tu ignores presque tout du plan qui s'est organisé au sein de ton réseau, l'heure de l'attaque, le lieu... Impossible de savoir d'ici si tout s'est bien déroulé, si c'est aux tiens que vous devez l'emballement des parisiens ou non. Toujours est-il que les rumeurs de colère s'intensifient de plus en plus, sifflements de haine, murmures d'une bombe humaine prête à exploser à tout instant.
Si les autorités ouvrent le feu, ce sera le chaos. Idem pour le SOE. S'ils tirent...
Tu jettes un regard troublé à Landgraf dont les pensées semblent faire étrangement écho aux tiennes. Comme l'ensemble du personnel médical présent, il s'est figé, écoutant, guettant ce que les pans de toile vous empêchent de discerner de visu. Et finalement, c'est toi qui n'y tiens plus. D'observer le visage pétrifié de tes compagnes de travail, l'appréhension sur le visage du seul médecin responsable en ces lieux... Tu t'approches de l'entrée du dispensaire pour en écarter à demi la porte de toile, laissant entrer un courant d'air frais plus que bienvenue pour jeter un oeil à l'extérieur.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mer 14 Jan - 19:13

Grand Palais - dans les couloirs.

Dans d'autres circonstances, je me demande jusqu'à quel point j'aurais réussi à me contenir face à cette irlandais qui commence à sérieusement m'agacer. Mais là, tout de suite, c'est notre survie qui importe. Alors je ne dis rien, je l'entraine dans les couloirs et, une fois dans l'espèce de placard, on a visiblement tous les deux la même idée alors qu'on se saisit des ustensiles qu'on peut trouver, en espérant vaguement que ça suffira à camoufler qui on est.

Je prends une profonde inspiration au lieu de balancer ce que je pense vraiment  et je me contente de lâcher, d'un ton sec et dans un français parfait.

"Mon accent sera le cadet de tes soucis si tu continues comme ça. Mais gère donc va."

Je n'ajoute pas que ça me permettra de voir si elle décide de faire quelque chose pour nous sortir de ce guêpier ou si elle va en profiter pour me vendre au premier soldat qui passe. J'avoue que si c'est la deuxième option, ce serait franchement une façon peu heureuse de découvrir que c'était bien elle la traitre. Mais, si c'est vraiment le cas, je me promets intérieurement de lui faire payer autant que je peux avant la fin.

Je la suis, armé de mon balai et d'un seau, espérant qu'on ne croise personne. C'était compter sur la chance qui, comme on l'a bien deviné, a décidé de ne pas être de la partie pour le moment.
Et puis, finalement, j'assiste sans dire un mot à cet échange totalement surréaliste et, au final, on s'en sort, contre toute attente, ou en tout cas la mienne.

Quand l'allemand s'éloigne, je lâche, toujours en français et à mi-voix.

"On dirait qu'effectivement, ce n'est pas encore aujourd'hui que tu vas mourir."

On continue d'avancer sans un mot jusqu'au bout du couloir et j'écoute ses propos sans rien dire, mâchoires contractées.
Je ferme alors les yeux quelques secondes avant de m'approcher d'elle pour n'être plus qu'à quelques centimètres, sans même chercher à cacher l'agacement prononcé qu'elle m'inspire.

"Un jour, je te promets que tu paieras pour tout ça. Vraiment. Mais c'est pas le moment. On y retourne."

Je fais alors demi-tour, sans même voir si elle me suit. Au pire, si on recroise des soldats, on pourra dire qu'on va ranger le matériel de nettoyage, ce serait même crédible après tout.

La porte de service que nous avons pas réussi à franchir quand il a fallu prendre la fuite est grande ouverte. Pas la moindre trace des soldats qui ont dévalé les escaliers. Ils ont dû franchir la porte ou nous chercher bien plus loin dans les couloirs, estimant qu'on ne serait pas assez stupides pour rester dans les parages. Quelque part, leur raisonnement tient la route, bien plus que ma décision de faire demi-tour pour voir ce qu'il est advenu de notre malheureux comparse.

Le silence a l'air total dans les étages, c'est à se demander où ils sont passés. Ca contraste tellement avec le brouhahas qu'on peut entendre à quelques mètres, juste là, dehors, que je reste figé quelques secondes, ne sachant pas vraiment quoi en penser.

Je jette un regard à Marie-Louise et je soupire avant de monter les escaliers en premier, le plus silencieusement possible, non sans garder mon balai à la main. Piètre arme, c'est un fait, mais ça peut servir de diversion si on croise quelqu'un. Et puis, on est quand même censés être des gens du ménage.

Pestant intérieurement sur ma stupidité de l'avoir écoutée et d'avoir fait demi-tour, je finis par stopper net alors que les escaliers tournent. On a une vue directe sur la petite pièce dans laquelle on avait prévu de s'installer pour atteindre notre cible. Il y a encore un soldat qui nous tourne le dos et, ce qui me serre le cœur, une main, inerte, étalée dans l'embrasure de la porte.

Impossible de voir quoi que ce soit d'autre.

Je me tourne en direction de l'irlandaise et je secoue la tête. Il me parait inutile de risquer nos vies pour rien, malheureusement.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Jeu 15 Jan - 16:33

Dispensaire de la Croix-Rouge

Hasko Landgraf se demandait vraiment comment ça allait tourner. Vraiment. C'était compliqué parce que réellement, il ne pouvait rien faire, il ne pouvait rien dire, ce n'était pas son rôle, le chef le lui avait martelé encore et encore, jusqu'au bout. Kaiser n'était pas réputé dans Reigen pour être quelqu'un de facile – il avait sa manière de faire, et une franchise terrible, son impulsivité pouvait d'ailleurs parfois poser problème – mais il avait du céder, il n'avait pas le choix. Mais l'attente était tout bonnement insupportable, si en plus Cabanel s'en mêlait, ça n'arrangeait pas les choses du tout. Lui qui espérait – à défaut de passer une journée idéale, le mot exact serait en fait éprouvante – au moins échapper à tout l'état-major, ce n'était pas pour se retrouver avec des collabos français ayant trahi leur propre idéologie, tout de même. Mais là, il ne savait pas quoi faire, mis à part retenir son souffle, et prier pour que personne de Reigen ou du SOE ne se fasse prendre. Il ne voyait pas beaucoup ces derniers, juste parfois lorsqu'il fallait fournir quelques faux papiers, mais Hasko Landgraf était quelqu'un qui était incapable de ne pas faire preuve d'empathie.

S'intéresser au reste du monde, c'était la base pour être médecin. Aimer les gens, continuer résolument à les aimer, c'était la seule chose qui lui permettait de continuer la lutte, et puis une certaine folie, une certaine douleur, parce qu'il avait mal, oui, sans aucun doute. Parce qu'il avait perdu beaucoup, sa famille, des amis, une fiancée, sa vie, peut-être, mais voilà, il avait gagné des amis, et même s'il se sentait seul, il leur restait maladivement fidèle et attaché. Il faisait donc ce qu'il pouvait, retenant son souffle, retrouvant en ces instants difficiles quelques restes de prières protestantes qu'il n'avait pas récité depuis son enfance.

Etait-il le seul à ressentir cela ? Non, surement pas, pas vu le regard de Victoire Langremont, tout aussi perdu que le tien. Aucun d'entre eux ne pourrait rien faire si les débordements allaient trop loin, aucun, rien du tout, personne ne pourrait empêcher le chaos, même s'il voulait bien aider les gens, tout du moins essayer. L'air était lourd, angoissant, et le courant d'air fut le bienvenue. Les rumeurs enflaient de plus en plus, sifflements de colère et quolibets, pleins de débordements à venir. Landgraf tenta de se concentrer, mais cela devenait proprement impossible. Il entendit un chant, léger, mais qui enfla rapidement. Bella ciao...encore ? Il connaissait un peu l'air. Communiste obligeant, tous les chants partisans étaient familiers de Hasko, même si du coup, il ne pouvait guère les reprendre en public. Mais comme plus personne ne semblait faire attention à lui, il se permit de chantonner doucement :

« E quest'è il fiore del partigiano
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Quest'è il fiore del partigiano
Morto per la libertà, morto per la libertà... »


Et si ça continuait, peut-être bien que lui aussi allait mourir pour la liberté, surtout s'il continuait à faire ce genre de choses stupides. Espérant que personne ne l'avait entendu, sans quoi il allait défintivement passer pour le nazi le plus bizarre qui soit – en plus le chef allait vraiment le tuer s'il ruinait sa couverture – il se décida à sortir. Il fronça les sourcils : il avait cru voir quelqu'un qu'il connaissait bien. Rachel ? Rachel Lévi ? Il y avait peu de gens qu'il connaissait à Paris, et Hasko n'aurait eu aucun mal à reconnaître quelqu'un ici, même dans la foule. Mais quelqu'un se jeta presque sur lui :

« Scusez...scusez-moi...z'êtes docteur ?...pardon...j'aurais besoin d'aide ! »

L'homme en question avait l'air surtout ivre, ou quelque chose comme ça. Hasko, bien décidé à traverser la foule, qui semblait se mettre en branle et qui devenait de plus en dangereuse, tenta de l'écarter :

« Vous pouvez aller au dispensaire, monsieur, on s'occupera de vous.

-C'est-y...c'est-y que c'serait un allemand, le monsieur ?...hein...eh...z'êtes docteur...alors...vous allez pas me laisser...hein ? Pasque...pasque...pasque sinon, je leur dis, moi, hein ! »

Il criait en plus. Les rares personnes dont l'attention n'était pas dirigée vers la colère qu'ils avaient envers Glucks leur jetèrent un regard curieux. Hasko préfèra battre en retraite : se faire lyncher n'était pas à son programme, même s'il restait inquiet...

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L'innocence aura raison du crime.
Tu ne dois pas pleurer. Tu es un Landgraf. Nous ne pleurons pas. Nous nous battons. + ms.palmer
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Ven 16 Jan - 18:22

Tribunes.

Vraiment, quelle drôle de situation. Morris von Lorentz se demandait ce qui était le plus improbable. Sa présence ici, ou bien l'évenement en lui même ? De toute façon, il n'y était pas à sa place. Même des gens comme Hasko ou Gantzer l'étaient plus – quand bien même Manny n'était pas exactement convaincu qu'ils soient tous les deux tout à fait ravis d'être là, même si ça lui semblait impossible que ces deux là soient des nazis fanatiques, ils restaient deux officiers de l'armée allemande. Moi, je suis quoi ? Un musicien, rien de plus, rien de moins, je ne me revendique pas d'autre chose. Je voudrais rentrer chez moi et jouer Dirty Old Town...Quand bien même il connaissait aussi bien Bella Ciao et l'Internationale que Hasko, par exemple, quand bien même il était communiste, Morris von Lorentz ne s'était pas rendu. Il nous faut être loyaux envers nous-même. Il n'était pas nazi. Il refusait obstinément d'être associé à ces gens. Je suis allemand, je ne peux pas y échapper, mais ce n'est pas grave, ce n'est pas un crime. Le crime, ça aurait été de se rendre. De finir par renoncer et finalement de prendre l'uniforme, quitte à ne pas y croire tout de même. Comme Landgraf, comme Gantzer.

Bien entendu, il ignorait tout des activités résistantes de ces derniers même s'il se doutait qu'ils n'approuvaient pas ce que faisait leur hiérarchie. S'il avait su qu'ils résistaient, il les aurait vu comme des héros et aurait révisé son jugement, mais n'empêche, de ce qu'il savait, pour avoir la paix, ils avaient accepté de laisser tomber. Pas Morris. Il ne se considérait pas comme un résistant, il ne se voyait pas comme courageux. Simplement, il refusait de faire ce que les fous voulaient qu'il fasse. Je continuerais à jouer. Même si ce n'est pas facile. Mais si j'arrête, alors ils auront vraiment gagné. Il continuait à être droit dans ses bottes quand bien même son père et son frère faisaient leur crise sur le coté – le général SS semblait apparemment continuer à les ignorer royalement et à agresser tout le monde.

Ce ne serait pas une bonne journée, Manny était fataliste là-dessus, et avec le peu de chance qu'il avait, non seulement ça allait mal se passer avec les parisiens mais en plus, Glucks n'allait pas apprécier la musique et il en prendrait plein la figure alors que le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il aurait été proprement ravi d'être totalement ailleurs qu'ici, dans cette tribune. Je ne suis pas fait pour ça. Barbe de trois jours, costume froissé...il pensa à son frère. Walter était fait pour ça, pour sourire d'un air faux, pour les compliments hypocrites, pour ce genre d'échanges stupides et mauvais. Walter von Lorentz aurait été un parfait nazi, et ce n'était pas pour rien qu'il était le fils préféré de son père...dommage qu'il soit mort. Le sourire goguenard de Morris ne dura pas longtemps, car s'il ne pensait que rarement à son frère, et pas toujours en bien, il était toujours rattrapé par la tristesse. Il ne savait pas pourquoi Walter s'était suicidé, il n'en était pas responsable, ce n'était pas sa faute, contrairement à ce que disait son paternel.

Du coup, il préféra continuer sa discussion plutot paisible et intelligente – quelque chose qui manquait singulièrement à ce défilé, l'intelligence – avec le conseiller de l'ambassadeur de Vichy. Il lui jeta un regard surpris : rares étaient ceux qui parvenaient à distinguer l'accent irlandais de l'accent anglais.

« Seriez vous familier des milieux anglo-saxons, monsieur le conseiller ? »
Une question comme une autre en temps normal, dangereuse en temps de guerre. Morris s'en rendit compte après tout. « Mon père a été un temps consul à Dublin. Je suis à moitié Irlandais, en effet, et j'ai grandi là-bas...c'est un pays, hm, musical, dirons nous, ce qui explique peut-être ma vocation. » La conversation dériva vite sur le sujet du jour : le blondinet barbant et acariatre en uniforme – ce qui songeait du moustachu barbant et acariatre  en chef et en uniforme et culotte de peau bavaroise, cela dit – alias Glucks alias...non, trop compliqué et trop risqué à dire. Morris eut un léger sourire. « L'affection des allemands pour la musique est devenue un mythe. Le docteur Goebbels s'en assure. Je suis sur que ce monsieur adhère totalement aux idées du ministre de la Propagande.»

Entartete kultur. Il en était, bien sur. Il en était. Cabanel les abandonna finalement. La foule grondait de plus en plus et finalement, arriva ce qui devait arriver. Rien n'arrête un peuple en colère, eh non...cependant, Morris s'inquièta soudainement, et se tourna vers Gantzer :

« Qu'est-ce qu'il fait, ce fou ? Il ne va quand même pas aller les voir, on va tous se faire lyncher.
-On dirait bien que si. Tiens, regarde, même ton père et ton frère en sont. Moi, je ne vais pas m'y aventurer.
-On fait quoi, alors ? On prend la poudre d'escampette ?
-Je ne suis pas sur que la sécurité soit d'accord. Je suggère d'attendre. »

Wait and see, comme on disait en anglais. Cela pouvait être une ligne de conduite convenable... si personne ne s'intéressait à eux.


Dernière édition par Morris von Lorentz le Sam 17 Jan - 17:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Sam 17 Jan - 16:48

Tribunes

Les charges au vitriol de Glucks ne laissaient pas Theo Landgraf de marbre mais elles étaient devenues un peu accessoire. La vision d'Hasko permettait, au moins, à défaut d'être plaisante et de bien se passer, de remettre les choses à leur place et de bien se rappeler ce qu'il avait gagné et perdu. Fichue vie. Que restait-il du passé tout entier de l'ingénieur des chemins de fers qu'il était ? De l'histoire familiale des Landgraf, ancrée à gauche ? Rien, avec lui. Theo ne pensait pas avoir trahi sa famille, c'était ceux qui avaient assassiné son oncle qui avaient trahi l'Allemagne et lui était à la bonne place. Mais la vie l'avait changé, réellement. L'esprit de sa jeunesse qui régnait encore dans un coin de son esprit se fit railleur. Je ne t'ai pas revu dans le coin depuis mon enfance. Tu rapportes le souvenir des choses que nous avons faites, soit ne rien faire et grimper aux arbres, se promener le long des liens de chemins de fer. Tu prétendais voler, vivre dans le ciel, ou partir au loin avec les sirènes des trains qui quittaient la gare de Munich.

Et maintenant, qu'est-ce qui lui restait ? Il était bien devenu ingénieur des chemins de fer et il était bien parti de la gare de Munich comme il le rêvait ? Mais il était là, dans son uniforme, à écouter l'autre abruti qui ne semblait plus pouvoir s'arrêter de détester le monde entier, aigri au possible...Combien de factures as-tu à payer ? Combien d'enfants élèves-tu ? Tu as oublié ces choses que nous avons faites. Le monde qui nous a vu grandir a fait de toi un homme, et tout tes rêves ont été emportés dans le sable. C'est marrant de voir à quels points ils ont changé alors que tu vieillissais. Tu ne veux plus voyager, juste gagner ta vie, et détruire ceux que tu vois comme tes ennemis, qui t'ont privé de ton insouciance et de ton idéalisme, du moins, c'est ce que tu crois, parce que ceux qui savent que leurs rêves ne se réaliseront jamais mentent toujours en attendant que finalement, leurs plus grands espoirs arrivent, parce que, comme le disait Shakespeare, nous sommes faits de la même étoffe que les rêves...

Tout ça à cause d'Hasko. Theo ne pouvait pas se défaire d'une certaine culpabilité, même s'il était très fier de lui même, de ce qu'il faisait pour le Reich, jamais il ne pouvait totalement effacer l'idée de ce qu'il avait été avant, ni l'idée que son fils ainé, quand bien même il s'était rangé, ne s'entendait toujours pas avec, lui probablement parce qu'il n'avait pas renoncé à son idéologie contraire à celles des nazis, même s'il ne pouvait rien faire pour le prouver. Peut-être était-ce pour oublier également cet état d'esprit que Theo Landgraf accumulait les clichés parisiens – Moulin Rouge, french-cancan et fêtes au champagne. En attendant, aujourd'hui, tout cela le rattrapait et le mettait de fort mauvaise humeur, et s'il parvenait à supporter Glucks tant qu'il se tenait très loin de lui, il ne tarda pas à ne plus en pouvoir de se faire harceler par Aurèle, qu'il recasa tant bien que mal au gouverneur de Paris sous prétexte de le saluer. Bon débarras.

En attendant, Glucks semblait toujours aussi agité, comme la foule dont il commentait les mouvements et dont les rumeurs de protestations enflaient peu à peu. Manfred, qui les avait abandonné pour diriger l'aviation, revint plus tôt que prévu. Theo lui adressa un sourire :

« Les avions partiront sans vous, finalement ? Que se passe-t-il ? »


La nouvelle qu'on avait tiré ne surprit pas trop Theo : les attaques étaient le quotidien de son service, qui reconstruisait les voies de chemins de fer détruites par la résistance encore et encore. Nous construisons quand vous détruisez, qui est le pire, du coup ? Il commenta simplement, approuvant Manfred :

«  Quelqu'un devrait laisser Grüper gérer ça, il y arrivera sans doute mieux, je pense. Ou von Zimmern, c'est à ça que doit servir l'Abwehr, non  ? Comment ça se fait qu'ils n'aient rien vu venir, d'ailleurs, eux ? » C'était une question de bonne logique, pourtant, non ? Cela dit, Theo n'y connaissant rien, il était facile de dire ça. Il fronça les sourcils : « Mais... qu'est-ce qu'il fait ? On ne peut pas le laisser comme ça.... » Enfin, si, on pourrait. Mais il n'osait même pas imaginer les représailles berlinoises après ça. Il attrapa sa casquette, lui aussi et tenta d'avancer dans les tribunes vers le SS : « Mon général ! Mon général ! »

Mais la foule couvrait sa voix et Glucks ne se retourna même pas pour l'entendre le prévenir des dangers que les parisiens représentaient aujourd'hui.
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Elsa Auray
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 18 Jan - 13:50

Place de la Concorde, dans la foule

Placée comme elle l'était, légèrement à l'écart – du moins jusqu'à ce que la foule de plus en plus nombreuse qui se massait sur la place de la Concorde ne finisse par l'avaler aussi – Elsa ne put constater de ses propres yeux que l'invité du jour était finalement arrivé, mais la tension qui monta d'un cran autour d'elle, parmi ceux qui s'avéraient désormais sans doute possible être des manifestants plus que des badauds venus assister au défilé, lui signala la présence du Gruppenführer aussi clairement que si elle avait été au premier rang. La véhémence des Parisiens qui s'accentua encore lorsque l'on put voir l'Allemand et son comité d'accueil monter dans les tribunes avait quelque chose de bon : le mouvement de foule dont ils avaient besoin pour faire distraction ne serait pas difficile à déclencher, il n'en faudrait pas beaucoup à tous ces gens pour réagir plus vivement qu'en lançant les quelques slogans qui retentissaient de plus en plus régulièrement. La question de savoir s'ils parviendraient à les contenir était autrement plus épineuse, mais ne préoccupait pas Elsa outre-mesure. C'était à X1 et ses hommes que revenait cette tâche, et si tout se déroulait bien, la colère ambiante risquait de toute façon fort de vite se transformer en mouvement de panique.

La chef de la Brigade n'eut pas immédiatement conscience que le bon déroulement du petit accueil prévu par la résistance à l'intention de l'invité du jour connaissait son premier accrochage. La foule avait fini par la rattraper, quand bien même elle n'avait pas bougé et se trouvait toujours aux pieds de la statue de Strasbourg qui dominait la place. Un homme la bouscula, mais si elle réprima une grimace douloureuse (son bras qu'elle ne portait plus en écharpe lui rappelait encore le souvenir de son entrevue avec le colonel Mohr), l'attention d'Elsa fut vite détournée des Parisiens. Un éclat glacé passa dans ses yeux lorsqu'elle reconnut la silhouette de Jacques qui se frayait un chemin jusqu'à elle, le sac qui contenait la bombé serré contre lui, et qui lui expliqua avant qu'elle n'ait besoin de poser la question que ses papiers lui avaient été confisqués. Il ne pouvait prendre le risque de s'approcher des tribunes sans. Là encore, elle n'eut pas besoin de faire de commentaire : la froideur extrême du regard qu'elle lui lança parlait pour elle.
- Il faut la donner à quelqu'un d'autre, lâcha-t-elle.
Or, elle ne pouvait pas y aller elle-même, elle risquait d'être reconnue avant même de se présenter devant les tribunes. Elsa jeta un regard autour d'eux. Nulle trace de X1 ou des autres membres de Honneur et Armée qui avaient de toute façon assez à faire. Restait André, la jeune recrue de la Brigade, qui était posté plus loin sur la place, au cas où. L'idée de lui confier la bombe ne réjouissait pas Elsa, mais ils n'avaient pas le choix.

Sans un mot de plus, elle entraîna Reynaud à sa suite. Ils fendirent la foule tant bien que mal – de plus en plus difficilement à mesure que son hostilité envers le Gruppenführer s'accentuait, et plusieurs fois, Elsa crut avoir perdu son compagnon qu'elle aurait volontiers maudit pour son incapacité à faire correctement ce qui lui était demandé si elle n'avait pas eu plus urgent en tête. Enfin, au prix de quelques bousculades, ils retrouvèrent le jeune homme qui leur lança un regard interrogateur : ils n'étaient pas censés se croiser.
- Changement de plan, tu as des papiers ? annonça Elsa sans détour. Tu prends le sac, et tu vas dans les tribunes. Tu as vu comment le mettre en marche ? André, peu rassuré, hocha la tête. Allez, pas de temps à perdre.
En effet, Honneur et Armée avaient visiblement lancé la diversion, il était plus que temps de passer aux choses sérieuses. Sans discuter, le jeune résistant se lança vers les tribunes, avalé par la foule qui le dissimula bien vite aux yeux de ses deux complices, dont l'une, si elle n'en montrait pas plus que d'habitude, commençait à craindre d'autres rebondissements. Il s'avéra qu'elle n'avait pas totalement tort de le redouter quand un nouveau et brusque mouvement agita la foule. Imitant quelques uns des manifestants qui avaient choisi de prendre de la hauteur, elle s'aida de son bras valide pour se monter sur le socle du pilier au pied duquel elle se trouvait... et découvrir que Gluks n'était plus dans les tribunes, mais dans la foule elle-même. André, lui, était introuvable.
- Il est sorti des tribunes, lança-t-elle, crispée, à Jacques, sans pour autant quitter sa position.
Elle eut beau chercher, elle ne trouva ni solution, ni silhouette familière dans la foule, si ce n'est, fugacement, cette jeune femme rousse qui lui rappela une ancienne amie mais fut vite dissimulée à son regard. Une ancienne amie potentiellement en danger, comme tout le monde sur cette place, mais de là où elle se trouvait, Elsa ne pouvait définitivement plus rien faire, sinon attendre.

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Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 18 Jan - 14:19

Place de la Concorde, dans la foule

Emy fut presque déçue de constater que l'air à l'extérieur des quelques mètres carrés réservés à la presse n'était pas beaucoup plus respirable, même si ceux qui se massaient désormais autour des deux journalistes n'étaient plus des collaborateurs patentés mais des Parisiens plus ou moins en colère, et pour certains, bien décidés à le faire savoir. Plus les jeunes femmes avançaient, dans une direction relativement aléatoire étant donné que l'on n'y voyait pas à un mètre devant (à moins de mesurer deux mètres, ce qui n'était hélas définitivement pas leur cas), plus les gens semblaient être nombreux, et plus ils s'agitaient. L'hostilité qu'elle avait cru déceler chez ces badauds un peu plus tôt, lorsqu'elle les observait depuis sa place, n'était pas une simple impression, et certains avaient bel et bien prévu de rendre la visite de von-quelque-chose moins charmante que les autorités avaient dû le prévoir.
- Je suis sûre qu'on pourrait recueillir des témoignages intéressants, lança-t-elle avec ironie vers Eva. Je vois d'ici la tête de Meilland si on titre nos articles « les Allemands dehors » ou « rendez-nous notre pain », ça serait du meilleur effet, non ?
Elle en esquissa même un sourire amusé. L'idée de se payer ouvertement la tête du rédacteur en chef avait quelque chose de plaisant dont elle ne se lassait pas – et elle savait pouvoir trouver en Eva une compagne digne de ce nom lorsqu'il s'agissait de déverser son fiel sur Meilland. Du moins, elle le pensait, naïve qu'elle était de croire avoir trouvé une amie en la personne de cette journaliste allemande qui avait, elle aussi, la langue bien pendue. N'était-ce pas triste, au fond ? La seule personne sur laquelle elle pensait encore pouvoir compter au journal ne faisait guère que la manipuler, ou du moins, abonder dans son sens pour lui tirer les vers du nez – alors qu'elle n'avait définitivement pas grand chose à avouer.

Mais bien loin de soupçonner quoi que ce soit à propos de la seule collègue qui ne lui donnait pas des envies de meurtre dès qu'elle la croisait, Emy continuait à se faufiler dans la foule (non sans laisser de temps en temps échapper un frisson ou une grimace, au fil des bousculades) tout en songeant, ô malheur, que si les choses continuaient ainsi, elles risquaient d'avoir du mal à retourner vers les autres journalistes. Quel dommage. Le panier à crabes qu'elles avaient laissé derrière elles lui manquait déjà tant. De là où elles se trouvaient, elles pouvaient juste se rendre compte que les tribunes avaient fini par être remplies, et que le défilé avait dû commencer, du moins c'est ce que laissait entendre la musique qui s'était brusquement mise à résonner. De la musique militaire allemande. Ces gens avaient définitivement mauvais goût.
- La musique est aussi agréable que la langue ! Sans vouloir te vexer, Eva... lâcha-t-elle avec un petit rire alors qu'elle s'arrêtaient un instant, ayant trouvé un point de vue un peu moins encombré (ce qui n'était pas voué à durer).
Une journaliste sérieuse et entièrement dévouée à sa tâche aurait commencé à prendre des notes, imaginer une phrase d'accroche ou le genre de photos qui pourrait accompagner son papier. Mais tout ce qui venait à l'esprit d'Emy ne pouvait définitivement pas être publié dans le Courrier Parisien, journal à la pointe en matière de collaboration. Parfois – souvent – elle se prenait à envier ceux qui avaient le courage de publier dans le Réveil, eux pouvaient enfin écrire ce qu'ils pensaient,  sans censure, mais elle chassa bien vite ces pensées de son esprit (qui n'en reviendraient que mieux plus tard, comme toujours depuis quelques semaines). Sa vague conversation avec Eva (qu'elle entendait mal, les slogans résonnaient de plus en plus fort) fut interrompue par une brusque agitation qui les força à suivre les mouvements de la foule. Quelque chose se passait, visiblement. Emy tenta de se hausser sur la pointe des pieds, mais on n'y voyait définitivement rien et elle du attendre que la rumeur se répande pour comprendre : Glucks était sorti des tribunes.
- Tiens, quelque chose d'intéressant pour nos papiers : le Gruppen-truc est suicidaire, glissa-t-elle avec ironie vers Eva alors que les manifestants un peu trop en forme continuaient à les ballotter, si bien que pendant un instant, la jeune journaliste se demanda si finalement, elles n'allaient pas regretter leurs collabos de collègues et leur carré presse.
Ce n'était pas totalement improbable. Les Allemands étaient capables de vouloir calmer les Parisiens à leur façon, surtout si elle menaçait directement l'invité... et ce n'était définitivement pas là une bonne nouvelle pour les deux jeunes femmes.
- Je crois qu'on devrait essayer de reculer un peu... lança Emy qui avait, en plus, définitivement un problème avec les bains de foule.
Idée brillante, certes, mais un peu tardive et légèrement illusoire. Cette journée n'avait définitivement rien pour plaire.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 18 Jan - 20:43

A la réflexion, l’idée d’Emy n’était peut-être pas si bonne que ça. A peine les deux journalistes avaient-elles quitté le carré presse qu’elles s’étaient retrouvées au sein d’une masse compacte de parisiens en colère. Comme l’avait si bien fait remarquer Emy de façon ironique, personne ici n’avait l’air ravi de la venue de Von Glucks. Ca n’allait pas être facile de récolter des témoignages exploitables pour le Courrier. Elle allait devoir inventer de toutes pièces des habitants convaincus que le défilé en l’honneur du SS était une merveille et que Von Glucks était un personnage charmant. Et sortir tout ça dans le Courrier que liraient ensuite ces mêmes habitants. Pas étonnant que certains préfèrent lire le Réveil en cachette.

-Je crois qu’il ferait une attaque cardiaque. Puis qu’il nous virerait. Et ensuite qu’il nous ferait arrêter, exécuter, puis exécuter une deuxième fois histoire d’être sûr, rétorqua-t-elle en riant, soulignant la propension de Gabriel Meilland à tout exagérer.

Elle aimait bien se moquer de leur rédacteur en chef avec Emy. D’ailleurs sa collègue s’en donnait souvent à cœur joie. Si elle savait qu’en réalité, Eva passait certaines nuits avec Meilland, elle rirait nettement moins. Non pas qu’Eva soit tombée sous le charme de son patron, loin de là, mais elle avait besoin de garder sa place au Courrier, et surtout elle avait besoin d’informations. Et le meilleur moyen de faire parler Meilland –ça n’était un secret pour personne- était encore de le charmer et de passer la nuit avec lui. Jusqu’ici cela fonctionnait plus ou moins. Quoique ces derniers temps, Gabriel semblait pus distant, plus froid, ce qui avait tendance à inquiéter la jeune journaliste. Elle ignorait ce qui se passerait s’il se lassait d’elle et décidait de la virer. Ou plutôt, elle ne le savait que trop bien.

Le grondement de la foule se faisait de plus en plus fort à mesure qu’Emy l’entrainait et qu’elles s’enfoncaient dans la masse. Eva leva la tête vers les tribunes, pour voir au moins à quoi ressemblait cet invité d’honneur qui lui mangeait son dimanche. Elle aperçut l’homme, qui avait l’air d’un homme tout sauf charmant. Elle reconnut également quelques officiels : Manfred Mohr, d’Orly ; Cabanel, de l’ambassade ; Von Hafer évidemment, avec sa charmante épouse ; et…Morris. Bon sang mais que faisait-il ici ? Il tranchait un peu dans le paysage. La journaliste fut prise d’un petit serrement au cœur, mais continua sa route. Après tout, cela ne la concernait pas. Mais il était proche de Von Glucks, et si les résistants tentaient quelque chose (ce qui était probable), sa situation le mettait en danger…

La musique commença, mais on l’entendait à peine sous les vociférations parisiennes. Eva ne releva pas la remarque d’Emy, se contentant de hausser les épaules avec un sourire. Sa langue maternelle était le français, mais elle avait vécu de nombreuses années en Allemagne, et avec Emil elle ne parlait quasiment qu’allemand. Elle trouvait la langue jolie, mais elle comprenait tout à fait la haine que lui vouaient les habitants ici. Après tout, c’était la langue de leurs bourreaux.

A vrai dire, Eva avait d’autres préoccupations que la musique du défilé. Elle regardait à droite et à gauche, avec un mauvais pressentiment grandissant. La foule était en colère, et elle ne tarderait pas à le faire savoir plus violemment qu’en invectivant l’invité. Tout ça sentait le mouvement de foule. Et si mouvement il y avait, Eva savait pertinemment ce qui était prévu. Le SD l’avait prévenue à demi-mot que la sécurité de Von Glucks était une priorité absolue. Von Glucks qu’elle ne voyait plus d’ailleurs ; il avait été sur les tribunes, mais du coin de l’œil elle le vit redescendre et se précipiter sur la foule. Cet homme était cinglé ! Les officiers allemands allaient tirer dans le tas, c’allait être un carnage absolu. Les deux jeunes femmes étaient trimballées dans tous les sens par la foule qui s’agitait crescendo. Bon sang, il fallait qu’elles sortent de là. Il fallait qu’elle rejoigne Philipp et qu’elle le supplie de ne pas tirer. Ils ne pouvaient pas faire ça, il y avait des innocents dans cette foule.

« On doit s’extirper d’ici, Emy ! », cria-t-elle à sa collègue tout en essayant de faire marche arrière et de sortir de la foule.

Mais pas moyen, le mouvement était lancé, et elle était prise dedans. Eva sentit la pression monter en elle, incapable de contrôler la direction dans laquelle elle allait. C’était devenu la panique générale. Elle perdait même Emy de vue. Alors elle chercha désespérément un visage familier auquel s’accrocher. Mais personne en vue. Si quelqu’un tirait dans la foule, elle risquait bien de se prendre une balle perdue.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 19 Jan - 12:06

Maxime Andrieu, qui ne disait pourtant jamais non à une occasion bien placée de se mettre en avant – profiter de la situation à son avantage était une pratique répandue dans la famille –, alors que le cortège poursuivait lentement sa descente des Champs Elysées, commençait à trouver le temps long. Il n'avait pas particulièrement envie de passer sa journée à suivre un Gruppenführer de mauvaise humeur tout en échappant à Félix Aurèle, notamment parce que cela ne revêtait finalement aucun intérêt pour lui. Ce n'était pas auprès d'Edouard Cabanel qu'il cherchait à gagner des galons, il était déjà dans les petits papiers de cet idiot d'Aurèle et les Allemands étaient visiblement trop occupés à se retenir d'exécuter eux-même leur invité pour lui prêter attention (ce qui aurait presque pu être vexant s'il n'avait pas eut un certain respect pour la façon dont ils supportaient les diatribes parfois insultantes de Glucks, puisque c'était là son surnom). Le tout sous l’œil plus ou moins amène des Parisiens rassemblés le long de l'avenue pour assister au défilé, dont rares étaient ceux à avoir l'air véritablement enthousiastes, ce qui n'allait pas en s'arrangeant au fur et à mesure de leur avancée. Plus ils s'approchaient de la Concorde où le gros des spectateurs était rassemblé, plus la clameur que l'on y entendait semblait hostile. A première vue, les Allemands n'avaient pas réussi à empêcher les habituels troubles-fête qui défilaient dans les rues de Paris depuis quelques temps de s'inviter aux cette petite sauterie. Maxime leva un sourcil en détaillant la foule – nombreuse – qui occupait la place. Avait-on idée de se lancer dans des manifestations en pleine occupation ? Ce n'étaient pas les nazis qui allaient s'en émouvoir (ou alors pas dans le sens attendu, et cette histoire finirait dans un bain de sang).

- Vous, Andrieu ! l'apostropha soudain Cabanel. Venez donc ici, nous allons saluer la Croix-Rouge et les remercier pour le travail qu'ils accomplissent. Je sais, je n'ai pas besoin d'un traducteur, mais je vous rappelle que vous êtes censé me suivre pour parer à toute éventualité. Et puis franchement, de quoi vous avez l'air à traîner comme ça, là...
- Moins d'un idiot qu'à m'agiter dans tous les sens, rétorqua le jeune homme, qui coula un regard perplexe vers Félix Aurèle, finalement plus concerné par sa réplique que Cabanel.
Comme il ne se passait définitivement rien dans le cortège, il suivit le conseiller jusqu'aux équipements de la Croix-Rouge sans discuter, non sans avoir jeté un nouveau coup d’œil vers la foule de moins en moins disciplinée, dont les clameurs se faisaient toujours entendre, même depuis le dispensaire dans lequel on ne s'agitait pas encore outre mesure – ce qui ne saurait tarder si les choses continuaient sur cette voie, songea Maxime.  Un air détaché, mais assuré au visage – bref, de circonstance – il observa d'abord le conseiller de l'ambassadeur de Vichy faire son travail, c'est-à-dire serrer vigoureusement et et à la chaîne les mains qui se présentaient à lui en assurant les infirmiers de l'entier soutien et de l'admiration de l’État Français, mais ce à quoi pouvait bien jouer Cabanel en s'arrêtant auprès d'une jeune femme pour l'inviter à boire un verre lui sembla soudain de bien moindre importance lorsqu'il croisa le regard bien connu d'une certaine étudiante rousse. Un rictus satisfait étira les lèvres de Maxime tandis qu'il détaillait rapidement Rachel Lévi, qui n'avait a priori rien à faire là, encore moins sans l'étoile jaune qu'elle était censée porter à la poitrine. Et dire qu'il n'avait pas même cherché à la retrouver, voilà qu'elle se mettait seule sur son chemin, en dehors même de la Sorbonne et dans des circonstances inattendues – mais depuis qu'il avait décidé de lui tourner ostensiblement autour jusqu'à trouver ce qui l'intéressait, il ne pouvait que lui reconnaître d'être souvent capable de se montrer surprenante.

Il dut la quitter un instant du regard pour répondre à l'un des autres hommes qui formaient la délégation de Vichy, lequel s'interrogeait avec angoisse sur le moment où ils pourraient enfin quitter la Croix-Rouge pour retourner se pavaner dans les tribunes, tout en se demandant ce que faisait Cabanel avec une infirmière. Quand Andrieu s'en fut enfin débarrassé, Rachel avait sans surprise fini par disparaître, mais il n'était pas question de laisser passer une occasion de se rappeler au bon souvenir de la jeune femme qui n'avait toujours pas daigné craquer, ou faire l'erreur qu'il attendait pour la faire tomber. Sans se préoccuper de ce que le conseiller (qui le prenait visiblement pour un traducteur de compagnie) pourrait trouver à redire de son absence, il faussa compagnie à l'ambassade de Vichy et quitta le dispensaire. Comme le laissait présager le grondement qu'ils entendaient de l'intérieur, la situation avait encore empiré dans la foule, et Maxime resta un instant saisi devant l'ampleur que prenait la protestation. Bon sang, voilà qui promettait de terminer aussi mal que prévu. Dans un éclat, il aperçu une chevelure rousse bien connue se faufiler dans la foule, à moins qu'elle ne soit tout simplement emportée par celle-ci, ce qui était plus que probable vue l'épaisseur de Rachel Lévi. Il leva les yeux au ciel en songeant qu'il serait stupide de se laisser priver de ses informations par une masse de manifestants en colère et à son tour, joua des coudes et des épaules pour la rejoindre, sans toutefois parvenir à la retrouver et avec pour seul résultat de buter face un homme – ou plutôt une montagne – qui sembla se demander ce que faisait un type en costume parmi eux. La foule les sépara avant qu'il n'ait trop de temps pour y réfléchir, et Maxime se traita intérieurement d'idiot. À la réflexion, il n'était pas sûr que les aveux de Rachel ne vaillent un bain de foule si peu agréable.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 19 Jan - 17:03

Tribunes puis place de la Concorde

L'agitation de la foule qui n'augurait rien de bon avait réussi à faire momentanément oublier à Édouard Cabanel qu'assis là où il était dans les tribunes, même le plus loin possible de l'invité d'honneur (qui n'avait d'ailleurs pas grand chose à faire de lui et de la délégation française en général, cela lui aurait demandé de cesser d'aboyer comme un roquet pendant quelques minutes pour s'intéresser aux autres, ce qui était visiblement impossible), il était une cible de choix pour les quelques résistants qui avaient bien l'intention de faire du chambardement. Malheureusement pour eux, les Parisiens eux-mêmes étaient parvenu à se faire entendre davantage et à les faire oublier quelques instants – ce qui était le plan exact de la résistance d'ailleurs, mais personne n'avait trouvé utile de prévenir l'envoyé de Londres. Après tout, permettre à ses agents infiltrés de s'en sortir en vie, ce n'était qu'un détail. De toute façon, Édouard avait perdu de vue la jeune femme rousse qu'il avait brièvement entraperçue et qui lui avait rappelé la fameuse résistante recherchée de la Brigade et les événements s'enchaînaient à une telle allure qu'il ne pouvait plus rien faire sinon espérer échapper à une quelconque explosion. Que ce soit celle des résistants ou celle des Parisiens. Cela finirait mal de toute façon.

- Ils pensent qu'il y a des résistants dans la foule, quelqu'un a tiré, ils ne savent pas qui. Du coup, ils ont tout bouclé, mais les gens s'énervent, expliquait Manfred Mohr pendant ce temps, priez pour que Halder ne s'en mêle pas. S'ils commencent à tirer, et les SS en sont bien capables, cela va être un bain de sang, mais cela va encore plus échauffer les esprits... Et alors je ne donne pas cher de notre propre peau !
Édouard jeta un coup d’œil au vieil officier allemand qui s'était transformé en oiseau de mauvais augure à ses côtés, tout en se mordant la langue pour éviter de formuler les questions qui lui brûlaient les lèvres. Des résistants ? Un tir ? Y avait-il eu des arrestations ? Cette journée qui, à l'appel de la BBC, aurait du donner une bonne leçon à Berlin, allait-elle finalement être celle qui allait marquer la chute de la résistance parisienne, qui pouvait s'effondrer comme un château de cartes, en les emportant, lui et sa secrétaire Alice Boulanger, avec elle ? Mais une fois de plus, cette considération fut reléguée au second plan lorsque soudain, Glucks décida de se lever en cherchant les Français du regard pour cracher quelques paroles en direction de Cabanel et de s'éloigner d'un pas décidé vers les barrières de sécurité contre lesquelles se pressait la foule.
- Et bien qu'attendez-vous Cabanel ? Cracha un Félix Aurèle à l'air aussi outré qu'inquiet (sans doute plus qu’Édouard fasse mauvaise impression qu'il ne fasse tuer en chemin), faisant office de traducteur puisque le petit Andrieu avait disparu dans la nature (il allait l'entendre, lui, s'il sortait de là vivant), il veut que vous l'accompagniez pour calmer les esprits.
Calmer les esprits ? On risquait seulement de se faire lyncher à trop se rapprocher, Cabanel ne le savait que trop bien pour avoir failli en faire l'expérience un jour où il se trouvait place de la Bastille, sa fille dans les bras, pourtant. Mais comme décidément, qu'il soit soupçonné de résistance, qu'il soit la cible d'un tir ou qu'on cherche à le jeter dans les bras d'excités en colère, il lui fallait continuer à remplir son rôle, il se leva, reçut les conseils de prudence de Mohr d'un hochement de tête et descendit les marches des tribunes pour suivre Glucks à une distance respectable.

Cabanel avait sincèrement cru qu'il serait soulagé de quitter enfin les tribunes quand cela arriverait mais il n'en fut rien (ceci dit, dans ses projets, c'était quitter la tribune pour aller boire du champagne au Meurice, certes avec Glucks mais en relative sécurité au moins). Devant lui, Glucks avançait d'un bon pas, en se retournant de temps en temps pour voir si la victime qu'il comptait offrir en sacrifice à la foule était toujours là. Prudemment, Édouard ralentit tout de même l'allure, laissant les employés de l'ambassade allemande le dépasser. Franchement, il n'avait pas envie de mourir comme ça : dans ses projets, c'était toujours très vieux, au fin fond du Sénat ou tout autre ministère où il pourrait prendre une retraite dorée. Déjà qu'à cette allure-là, vu tous les papiers qu'il était obligé de signer, il n'était pas sûr d'avoir un emploi jusqu'à la retraite, il n'avait guère envie de laisser sa peau à cause d'un taré qui s'apparentait de plus en plus à un roquet à mesure qu'il grognait des ordres vers les soldats. Il eut une pensée pour mademoiselle Boulanger qui serait très probablement éplorée de perdre un patron comme lui (enfin pardon, un complice) et qui aurait du mal à se débrouiller sans lui pour la sauver lors de leurs missions. Il se demanda si Madeleine raconterait aux enfants qu'il était mort en héros et si à Vichy, on le considérait plutôt comme un martyr ou comme un imbécile vu la façon dont il était mort (Édouard avait toujours penché pour l'idée que ça n'allait pas sans l'autre). Puis enfin, il songea à Alex qui porterait bien un verre en son honneur et avec lequel il ne s'était réconcilié que pendant quelques semaines, après avoir gâché tout ce temps. Il espérait que Madeleine le laisserait faire un éloge funèbre digne de ce nom, Alex se débrouillerait bien pour l'enterrer sous une pyramide.

- Profiteur ! Collabo ! VENDU !
Pendant qu’Édouard se montrait de plus en plus optimiste sur la suite des événements, les noms d'oiseaux fusaient à son encontre, entre deux cris dont on ne savait pas s'ils traduisaient la colère ou la frayeur. Cabanel avait atteint la barrière de sécurité où un soldat nerveux, pris à parti, avait armé son fusil qu'il pointait sur la foule et semblait hésiter sur la conduite à tenir. Édouard avait perdu de vue Glucks, suivi par sa petite délégation de fidèles, alors que non loin, Theo von Landgraf agitait le bras en direction de l'invité berlinois qu'on ne savait dans quel état on allait retrouver. Mais c'était désormais le cadet des soucis d’Édouard qui se précipita vers le jeune soldat :
- Ne tirez pas ! Je vous demande de ne pas tirer sur la foule, baissez tout de suite votre arme.
Si le costume de Cabanel parut impressionner le jeune homme, enclin à l'écouter, visiblement ce dernier ne parlait pas un mot de français. En désespoir de cause, Édouard fit de grands gestes vers Landgraf pour l'inciter à le rejoindre :
- S'il vous plaît, Landgraf, dites-lui de ne pas tirer, c'est une demande du gouvernement français ! Dites-lui de ne pas tirer, à lui aussi également, poursuivit-il en désignant du doigt un autre soldat non loin, qui à défaut de véritablement contenir la foule armait également son arme.
Cabanel avait bien conscience que ça ne changerait pas grand chose, mais quitte à y laisser sa peau, autant que ce soit en essayant de sauver ce qui pouvait encore l'être.

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
J.K. Rowling (c) .bizzle


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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mer 21 Jan - 17:11

Place de la Concorde, au milieu de la foule,

Si elle avait entendu ce coup de feu ? Bien sûr, on n'avait même parlé que de ça à la ronde avant de voir apparaître Glucks !

- Regardez, les boches courent aussi vite que des lapins, les pauvres types sont faits comme des rats, lança une femme à côté d'elle.
- Ne croyez pas ça, ils ont du prendre leurs précautions surtout un jour comme aujourd'hui ! Ils seraient idiots de tirer avec tous ces allemands dans les parages, sans s'être un minimum préparés, répondit son voisin.
- Le Glucks en tout cas va en faire une jaunisse s'il apprend ça, mais au moins ça ira bien avec sa tignasse de schleu ! rétorqua enfin tout en riant, la jeune fille qui essayait de se frayer un passage entre eux.  

Manon elle, n'avait pas vraiment écouté, son regard balayant plus que jamais toute cette masse de gens à la recherche de X1.

Mais toujours rien, toujours pas d'homme à la poche droite retournée et au borsalino sous le bras. Alors en attendant de le repérer, n'ayant plus de place nulle part, elle grimpa sur le socle d'une immense statue et s'y s'assit en amazone, au moins de là, elle embrassait la foule.

Quelques instants plus tard, serrant son sac à main posé sur l'un de ses genoux, Manon ne put s'empêcher de rouler les yeux d'exaspération. Ah cette parade ! Elle la voyait d’assez loin, mais tout de même, quel ridicule outrancier, on y mettait ! En particulier en y rajoutant la touche suprême : celle des chars ! C'était juste tout bonnement incroyable et c'était surtout à en vomir le petit déjeuner qu'elle avait pris à la hâte ! S'il n'y avait pas eu sa mission, elle n'aurait vraiment pas mis un seul pied ici, elle se serait barricadée dans son appartement et grâce aux fabuleuses boules de cire des industries Quiès, elle aurait pu se préserver les tympans de cette marche militaire. Alors oui dans ces conditions, au fond fort heureusement qu'elle devait rencontrer un résistant, au moins son attention ne restait jamais très longtemps concentrée sur ce spectacle révoltant !

Soudain, elle crut enfin l'apercevoir  ! Oui il avait bien toutes les caractéristiques convenues et il semblait de plus chercher lui aussi quelqu'un ! C'était bien son homme ! Elle se retint malgré tout de ne pas descendre trop rapidement pour aller à sa rencontre, les policiers français et les soldats de Gruper les encerclant de partout. Une telle conduite aurait pu les faire se méfier, or bien entendu la discrétion était plus que jamais de mise ! De nouveau au cœur de la foule, la jeune Vieugué fixa des yeux l'inconnu afin de le rejoindre au plus vite, mais tout à coup un mouvement incontrôlable de la marée humaine, l'emporta.

Ce qui n'avait été pour l'instant que des rumeurs agacées à l'encontre des nazis commençaient à prendre de sérieuses proportions ! Ne pouvant pas lutter contre cette violence grandissante, Manon qui venait de perdre de vue son rendez-vous, se cogna bientôt le dos contre l'une des barrières de sécurité. Se retournant, elle fit immédiatement face au canon d'un pistolet.

- RECULEZ ! lui hurla alors un policier.

Ce qu'elle tenta de faire mais c'était facile à dire et difficile à faire. Plusieurs fois, elle se fit de nouveau bousculer et elle n'en revint toujours qu'au même point, l'autre la menaçant encore et toujours !

- POUSSEZ-VOUS DE LA, J'AI DIT ! vociféra t-il encore.
- Je fais de mon mieux je vous signale, vous ne le voyez donc pas,  s'insurgea t-elle.

- Attention Glucks a quitté sa place, il se pointe par ici, apprit tout à coup un supérieur à ce planton borné.

Si le SS en chef venait de ce côté, ce n'était pas bon du tout ! Qu'allait-il ordonner ? De tirer sur les révoltés ? Des sueurs froides perlaient déjà au front de la belle brune, tandis que ses entrailles se contractaient sous la peur  …

Un pressentiment ?
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 26 Jan - 23:56

Alors que Glucks a décidé de venir voir lui-même ce que veulent tous ces gens qui osent protester en sa présence, et que chacun du côté des autorités commence à se demander si cette charmante petite fête ne risque pas de tourner court, ce qui menace depuis déjà quelques minutes se produit enfin. Initié par le réseau Honneur et Armée, le mouvement de foule prend plus d'ampleur que prévu et les manifestants brisent brusquement le cordon de sécurité formé par les soldats allemands. La foule se répand violemment dans l'espace qui lui était jusque-là interdit, en un mouvement tellement soudain que les soldats, débordés, sont trop surpris pour tirer le moindre coup de feu. La priorité, maintenant, semble de faire sortir le Gruppenführer de cette masse humaine, hélas, l'homme, noyé dans la foule, a été perdu de vue par ceux qui l'accompagnaient et même ses aboiements de mauvaise humeur passent inaperçus dans le vacarme ambiant.

Mais les Allemands ne sont pas les seuls à rencontrer des difficultés avec la foule. Le jeune résistant envoyé vers les tribunes par la Brigade et qui porte avec lui la bombe censée mettre un terme définitif à la mauvaise humeur de Glucks est ballotté de tous côtés lui aussi... si bien que le sac contenant l'engin lui échappe et s'écrase au sol. Le jeune homme ne peut qu'assister, impuissant, à la scène qui se déroule sous ses yeux et voit quelqu'un marcher sur le sac en question. Et l'instant d'après...

BOUM !

Un vacarme infernal, un court instant de stupeur général : la bombe a bel et bien explosé au milieu de la foule. Très vite, des hurlements retentissent, et après le souffle de l'explosion, c'est un vent de panique qui souffle sur la foule. Oubliés, Glucks et les Allemands, tous ne cherchent plus qu'à fuir, tandis que gisent au sol les premières victimes, dont le jeune André. On se bouscule, on se piétine, peu importe, tout est bon pour s'éloigner le plus possible de la place de la Concorde où le grandiose défilé a laissé place au chaos, quitte à faire plus de blessés encore. Déjà une quinzaine de cadavres gisent non loin de l'endroit où la bombe a explosé.

Du côté des forces d'occupation, il faut vite reprendre ses esprits : où est Glucks ? Il faut absolument le retrouver, puisqu'à l'évidence, c'est lui qui était visé par cet attentat. Mais au plus grand soulagement – ou pas – de tous, le Gruppenführer est toujours debout, à l'inverse de deux hommes qui lui ont visiblement et à leur insu servi de bouclier humain et gisent à ses pieds : Hansjorg von Lorentz, agonisant, et son fils Otto, mort. Mais peu importent les dommages collatéraux : il faut l'évacuer, lui, ainsi que tous les officiels à sa suite.
- Bande d'incapables ! vocifère l'invité d'honneur, si j'attrape l'une de ces vermines de terroriste, il va regretter d'être né ! Amenez-moi les responsables sur le champ !
Bref, il est temps de l'évacuer vers le Meurice, mieux protégé, où était prévue la suite des festivités. Mais à peine en lui en fait-on mention, qu'il aboie :
- Le Meurice ? Hors de question, j'exige d'être à l'aéroport dans moins d'une heure ! Tout cela va remonter aux oreilles de Berlin, des têtes vont tomber, je vous l'assure !
Inutile de songer à désobéir, et voilà Glucks escorté par une petite armée qui a réussi à se frayer un passage dans sa direction et qui s'en retourne vers l'aéroport d'Orly. Le reste des autorités françaises et allemandes sur place, elles, doivent être accompagnées à l'hôtel du Meurice, et ce malgré l'hystérie ambiante.

Car la panique n'est pas retombée, tout le monde cherche toujours à fuir, tandis que les médecins de la Croix Rouge, eux, font des pieds et des mains pour s'occuper des blessés les plus graves, mais sont rapidement débordés par des victimes en plus ou moins bon état. Difficile d'y voir clair dans ce chaos...

Aucune relance n'est prévue pour cette intrigue qui va demeurer ouverte pendant deux mois afin que vous puissiez poster à votre aise (clôture du topic autour du 25 mars 2015)

Règles

- Les personnages cités ci-après sont ceux qui ont été blessés par l'explosion de la bombe. Liberté est laissée aux joueurs de décider de la gravité de leur état. Il est en revanche interdit de blesser des personnages qui ne sont pas cités ici (sauf pnj) : Manon Vieugué a été gravement touchée par des éclats de la bombe, elle gît au sol, mourante ; Gustav Selbst et Gantzer (pnj) ont été brûlés ; Edwin Grüper et Maxime Andrieu ont reçu des éclats de la bombe ; Theo Landgraf et Eva Jürgen ont été projetés à terre par le souffle et sont assommés par le choc.
- Après l'évacuation, les officiels se retrouvent dans un nouveau lieu le Meurice où il vous est possible de jouer. En revanche, Glucks est définitivement reparti.
- Si vous avez le moindre souci ou la moindre question, les membres du staff (Elsa Auray et Édouard Cabanel) sont à votre disposition.


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« Douce France
Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t'ai gardée dans mon cœur »


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[INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées

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