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 [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées

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Hasko Landgraf
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mar 27 Jan - 14:58

Personne ne prévoyait ça, personne ne pouvait prévoir ça, sauf peut-être les résistants, car ça devait en être, à l'origine de cela. Mais pas Hasko Landgraf, qui ne l'aurait pas cautionné et qui finalement, aurait tout fait pour l'arrêter. Il n'était pas violent, il était médecin, et il faisait son métier. Même s'il était militaire, il était fier, oui, très fier, de ne pas très bien savoir tirer, de n'avoir fait feu que peu de fois, et de toujours persister à vouloir sauver les gens. Le prix d'une vie humaine peut sembler exorbitant. Il ne l'est jamais. Telle était sa maxime, son leitmotiv, et jamais Landgraf n'y renonçait. Peu lui importait les grades, les uniformes, et les médailles, de cela il s'en fichait, la reconnaissance ne comptait pas plus pour lui, il n'attendait de toute façon rien des nazis, ne voulait rien d'eux, et les voir le monter au pinacle et essayer de se servir de lui comme un élément de propagande le mettait profondément mal à l'aise et le révulsait totalement. Il n'avait pas fait Stalingrad pour plaire à Hitler mais parce qu'il avait tenté de faire la peau, littéralement, au plus gros salaud qu'il avait dans son environnement immédiat, à savoir son chef actuel, Kremer, qui était en permission. Kremer était un SS, un fou, il faisait des expériences sur les gens. Un truc que devait totalement cautionner Glucks. Cela mettait Hasko hors de lui. Il n'était pas violent, mais avait un sens aigu de l'injustice et un caractère flamboyant qui pouvait le pousser à se battre si il devait défendre les valeurs auxquelles il croyait.

En attendant, rien ne se passait bien. La foule envahissait les Champs Elysées, et elle était devenue incontrolable. A l'intérieur de la tente de la Croix-Rouge, chacun semblait retenir son souffle, observant ce qui se passait, comme en ayant le pressentiment que rien n'allait bien se passer, ou qu'il allait se passer quelque chose de grave pour les plus pessimistes. Hasko, prudent, ne disait rien, il attendait, et priait pour que personne n'ouvre le feu sur personne. Dans ces conditions, s'il avait dirigé un réseau de résistance, peut-être aurait-il annulé l'opération. Combien de vies innocentes devaient-elles être sacrifiées pour pouvoir porter un coup aux exterminateurs ? Pas une seule, dans l'idéal, même si c'était dur et que l'occasion était belle, il ne fallait pas faire ça...

Et puis il y eut l'explosion. Il sut ce que c'était à la seconde où il l'entendit. Il savait. C'était comme en Russie, le même son, pareil, les mêmes hurlements, la même douleur, même lorsqu'il était loin du champ de bataille, et la même panique. Maintenant, il savait gérer, il savait qu'il fallait faire, et il allait le faire, calmement, correctement. Qui était à l'origine de ça, qui était l'inconscient dans la résistance qui avait prévu une telle opération ? Surement pas le chef, Hasko s'en doutait, et donc pas le SOE, ça ne rentrait pas dans le plan prévu avec Reigen et qui lui avait attribué le rôle d'achever Glucks. Non, Kaiser le savait, c'était quelqu'un d'autre. Il appela Victoire Langremont :

« Il y a beaucoup de monde qui va arriver. Il y aura des blessés, des brulés, il y aura des gens qu'on ne pourra pas sauver. Vous comprenez ? On ne pourra pas sauver tout le monde. Je ne pourrais pas opérer tout le monde ici. » La voix était calme, posée, d'une précision chirurgicale. « Ceux qui sont transportables, je vais les faire évacuer, en priorité les militaires pour dégager de la place. Y a-t-il un téléphone ? Je dois appeler mon supérieur pour qu'il gère à La Salpétrière. »

L'infirmière lui indiqua un combiné sur le café sur le coté. C'était la panique. Personne ne s'occupait de lui, au moins.

« Kremer ? Landgraf au téléphone. Non, pas d'interruption, dépêchez des ambulances sur les Champs, on va en avoir besoin. Oui, tout de suite. Non, je n'ai pas le temps. L'oberleutnant Gantzer ? Gott, je ne sais pas, je ne sais pas, il y a eu une bombe, ce sont les français. Oui, je le fais évacuer. Oui. Au revoir. »

Des blessés à la pelle. Encore, et encore. Gustav, le pauvre vieux, et Gantzer, donc, brulés, et un Morris choqué, en larmes, ce que Hasko n'aurait pas cru possible, devant la mort de son père et de son frère, et le Hauptmann Grüper, blessé encore, et des gens qu'il connaissait, encore, et encore, et lui, les manches de sa blouse relevées, du sang jusqu'aux coudes, et la guerre, la guerre, la foutue grande guerre implacable, qui continuait.

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L'innocence aura raison du crime.
Tu ne dois pas pleurer. Tu es un Landgraf. Nous ne pleurons pas. Nous nous battons. + ms.palmer
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mar 27 Jan - 15:45

La foule se levait, mes compatriotes et collègues avaient de plus en plus de mal à contenir les parisiens. Certains semblaient en colère, d'autres suivaient simplement le mouvement de foule. Tout ceci ne présageait rien de bon pour Glucks. Aussi méprisable soit-il, je me devait de le protéger, non seulement parce qu'il est mon supérieur, mais aussi parce que cette masse compacte de français surexcitée ne fera pas la différence entre lui et moi. Après tout à leurs yeux je suis tout aussi méprisable que le GruppenFührer, pourquoi ? Mais regardez les deux S qui ornent mon haut de veste. Par pitié faites que le cordon ne cède pas, je n'ai pas envie d'ouvrir le feu sur de pauvres innocents, seulement je devrais le faire, ne serait-ce que pour sauver ma misérable peau. Je restais à bonne distance de Glucks et de l'estrade où il était censé monter pour faire un petit discours d'arrivée. Seulement monsieur ne faisait jamais comme c'était prévu, pas de discours pour le gentil militaire, adios la belle estrade et bonjour le bain de foule. Pour ma part je trouvais cette idée tout sauf bonne, c'était en réalité du véritable suicide. Peu importe, si telle était sa volonté alors nous le laisserons faire à sa guise, c'est lui le patron, pas vrai ? Alors que je pris la décision de sortir mon arme de poing pour accompagner l'avancée de Glucks, le cordon de soldats allemands laissa une foule immense se déverser sur le cortège d'officiels. Avant même que je puisse lever mon arme pour faire feu, le GruppenFührer était déjà débordé de part et d'autre par des Français qui semblaient totalement hystérique. Ô les choses auraient pu s'arrêter là bien sûr, mais alors que je tentais de me rapprocher de la personnalité que je devais protéger en ce jour, un bruit sec et un souffle m'emportèrent sans que je puisse prendre tout de suite conscience de ce qui se produisait dans mon dos. Littéralement projeté au sol, je ne pouvais me relever, tout le monde autour de moi courrait, dans tous les sens, cherchant à tout prix à quitter la place de la mort. Une odeur d'explosif et de chair brûlé, mêlée à celle du sang emplie mes narines. Une explosion ? Un inconscient n'avait rien trouvé de mieux que de lancer une bombe dans une foule pleine de civile, d'innocents. Je tentais de pousser sur mes bras pour me relever, mais rien ne répondais aux ordres de mon cerveau, mes oreilles bourdonnaient et mon dos me brûlait. Bon sang, je suis en train de griller sur place. Avant que je ne puisse demander de l'aide un épais voile noir obstrua ma vue.
Lorsque je repris conscience, je n'avais plus la joue contre le pavé, mais contre un lit de fortune dans ce qui semblait être une tente. J'étais hors de cette foule immense, hors de danger, du moins si un français complètement fou ne s'amuse pas à canarder les secours venus porter assistance aux blessés. Je tournais péniblement la tête, je reconnaissais certaines personnes, Victoire du SOE et Hasko, un ami de longue date. Tout deux semblaient débordés par les événements. Connaissant mon ami médecin, il devait repensé à tout ce qu'il a appris durant ses études et surtout ce qu'il a pu apprendre au contact des nombreux blessés sur le front de l'Est. Pour ma part je ne sentais plus la douleur qui envahissait mon dos après l'explosion, j'étais comme sur un petit nuage. On m'a surement administré de la morphine pour faire passer la douleur. Je tendais un bras vers Hasko, cherchant à lui agripper la blouse afin de le tirer vers moi, avec toute la volonté qui était la mienne je ne pu qu’effleurer son uniforme.
« Hasko !!! Mon ami, que m'arrive-t-il ? Vais-je m'en sortir ? »
Je n'étais sûrement pas prioritaire au vue de l'agitation autour de certains blessés, ce qui pouvait être à la fois une bonne, mais aussi une mauvaise nouvelle. Soit je n'étais pas trop gravement blessé ce qui justifierais que mon cas ne soit pas compliqué à gérer et ne nécessite pas des soins immédiats. Soit c'était perdu d'avance et on me donnait des psychotrope pour soulager la douleur et me permettre de partir sans grande souffrance. Je devais absolument savoir si je vais m'en sortir, ou périr sur ce foutu lit de camp. Si seulement, si seulement je n'avais pas joué avec le feu durant mon année dans la LuftWaffe, si j'avais laissé Wolfgang faire l'abruti sans lui répondre, peut-être serais-je en plein vol, à combattre les anglais ou les russes au lieu de me retrouver allonger là. La vie ne tient parfois qu'à un fil, c'est ce que disent les français, je comprenais maintenant toute la portée de ce dicton, qui jusqu'alors me semblait tellement stupide. Attendre, voilà ce qu'il me restait à faire, attendre que l'on vienne me donner des nouvelles, attendre dans la douleur. Parce que oui, la douleur commençait petit à petit à se faire sentir. Le bas de mes jambes et mon dos recommençaient doucement à picoter. Ce ne devait vraiment pas être beau à voir, j'espère que ce foutu attentat a au moins fonctionné et que je ne suis pas cloué ici alors que Glucks lui pavane dans les quartiers de Paris. Hasko ou Victoire pourront surement m'en dire un peu plus sur le nom de certaines victimes ou encore le commanditaire de cet attentat ignoble.
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Manfred Mohr
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mer 28 Jan - 18:04

Ça allait dégénérer. Et il ne serait pas là pour le voir. Il avait rempli ses fonctions, il avait été là, mais il n'appartenait pas à Manfred Mohr de protéger Glucks, surtout de lui même, car c'était sa propre stupidité qui risquait ici de le perdre. La démonstration qu'il avait prévu, sa propre présence, était suffisante pour calmer à peu près n'importe quel officiel – du moins elle aurait sans doute suffit à n'importe quel ponte du Ministère de l'Air, et même von Hafer, qui pourtant ne l'appréciait guère, ne lui adressait pas ici de reproche malgré une situation parfois complexe et un peu tendue entre eux, qui était due à un fort caractère de la part des deux officiers et à l'attachement de Mohr à son indépendance, une mentalité commune à beaucoup de pilotes, qui supportait mal que le gouverneur de Paris tente de lui donner des ordres alors qu'il était sous le commandement de la Luflotte 3, soit directement de Berlin.

Mais qu'importait, ici, Mohr n'avait pas de problème avec von Hafer. Il en avait un avec Glucks, et ses commentaires acerbes, son moral de chien et son uniforme trop clinquant, ses petites lunettes de fonctionnaire zélé et son arrogance de SS stupide. Lui aussi il était national-socialiste depuis le début, lui aussi il pouvait se targuer d'avoir la médaille des premiers adhérents, lui aussi avait été sur tous les fronts, et est-ce qu'il en faisait tout un fromage ? Non. Mohr faisait ce qu'on lui demandait, pour la grandeur de l'Allemagne, parce que c'était son devoir, que ses parents l'avait élevé comme ça, qu'il était militaire, et qu'il n'avait rien à redire.

Il n'aimait pas les SS et de base n'était pas exceptionnellement ravi d'être là, mais l'ancien aviateur était un homme consciencieux. Il avait préparé correctement son défilé, il était là, il faisait ce qu'il fallait. Et tout ça pour qu'un abruti se prenne pour un héros et décide de régler en une minute ce que des centaines d'officiers compétents et le Führer lui-même travaillaient patiemment à arrêter ? C'en était trop pour Mohr. Glucks n'arriverait à rien sinon à échauffer les esprits des parisiens, alors il y aurait des représailles, et les français haïraient encore plus les occupants, c'était navrant et inutile, mais tant pis. Manfred n'étant ni hôte ni spécialement chargé de la sécurité, il n'avait aucune raison de rester. Soupirant à la réaction des deux idéalistes qu'étaient Cabanel et Landgraf – comme s'ils pouvaient empêcher ce cabot de faire son cirque – Manfred avait déjà atteint le bas des tribunes quand l'explosion retentit. Se baissant par réflexe, il put constater en se relevant que c'était bien la panique à bord.

Les gens courraient dans tous les sens, tout le monde faisait n'importe quoi. Le militaire revint vers la foule : il n'aperçut pas Glucks, ni Cabanel, mais Landgraf était là, assommé. Comme personne ne semblait organiser quoique ce soit pour les blessés, mis à part les médecins de la Croix Rouge, Manfred conclut que la plupart de ses compatriotes tentaient de retrouver Glucks, en morceaux ou non, et de l'évacuer pour ramener un semblant de calme.

« Wrestwrangler ! Venez m'aider pour le Major Landgraf. »
Son ordonnance se dêpécha de l'aider à transporter l'officier au petit dispensaire de la Croix-Rouge. « Nous devons éviter la foule, nous ne restons pas, il faut absolument repartir d'ici. » Mais au dispensaire, c'était encore pire. Il tomba sur le fils de Landgraf, qui semblait débordé lui aussi, un peu choqué de voir son père, mais il rassurait quelqu'un d'autre, un ami à lui, apparemment – Manfred n'eut guère le temps de voir qu'il s'agissait de Gustav Selbst :

« Non, tout va bien, tout va bien se passer. Tu as de la chance par rapport à d'autres, crois moi, on va te faire évacuer...Oui, Herr Ober...gott. »
Le médecin avait blanchi en voyant son père, malgré leur mésentente. « Mettez le sur le lit à coté, nous allons le faire évacuer lui aussi. »

Mohr s'exécuta. Il n'avait plus qu'une envie, repartir à Orly. Où il arriva en même temps que Glucks. Dommage, il s'en était sorti...Mohr ne trouva pas grand chose à lui dire, le SS répétait à tout bout de champ qu'il en parlerait à Berlin et que ça n'en resterait pas là. Il était encore trop tôt pour bien comprendre ce qui se passait, les morts, et tout cela. Il regagna son bureau. Il lui fallut près d'une heure pour tendre la main vers le téléphone et prononcer quelques mots :

« Ich möchte nach Berlin zu sprechen , bitte. (...) Das Reichsluftfahrtministerium. (…) Ja, ich warte...* »


*Je voudrais parler à Berlin, s'il vous plait [Quel numéro?] Le Ministère de l'Air. [Un instant mon colonel. Voulez vous patientez ?] Oui, j'attends.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Ven 30 Jan - 13:27

A la réflexion, vouloir prendre part aux événements de cette journée n'avait pas été une brillante idée. Alors qu'il luttait avec plus ou moins de succès contre les mouvements toujours plus violents de la foule pour ne pas perdre du regard les quelques mèches rousses de Rachel Lévi qu'il apercevait encore, Maxime voulait bien le reconnaître – à moins que la vraie erreur n'aie été de vouloir suivre la jeune femme alors même que les Parisiens redoublaient d'hostilité contre un Gruppenführer décidément suicidaire (ou idiot) puisqu'on le disait descendu des tribunes pour faire face aux Parisiens. Le fils Andrieu ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel, tout en repoussant une silhouette anonyme qui lui bouchait la vue. Il fallait être stupide ou profondément imbu de sa personne (ce qui devait être le cas de Glucks, à bien y réfléchir) pour s'imaginer pouvoir calmer tous ces gens dont certains n'avaient même plus peur de hurler des slogans ou des menaces qui auraient pu leur coûter cher en d'autres circonstances. Si l'invité du jour avait bel et bien l'intention de ramener le calme, ce fut d'ailleurs un cuisant échec, car si Maxime ne pouvait voir ce qu'il se passait, il se sentit soudain brusquement aspiré par la foule, comme si celle-ci avait trouvé un nouvel espace où s'étendre – ce qui ne laissait pas beaucoup de possibilités, si ce n'est le secteur sécurisé par les Allemands. Ayant à nouveau perdu Rachel du regard, le jeune homme jeta un regard circonspect autour de lui. Cette affaire allait se terminer dans un bain de sang, les soldats allemands n'étaient pas ce qu'on faisait de plus commode, de moins obtus et ils avaient des armes. Il ignorait, en songeant cela, qu'il n'était pas tout à fait éloigné de la vérité. Il se trompait simplement de responsable.

Personne, en effet, n'eut le temps de tirer sur qui que ce soit, ou de calmer la foule. L'explosion s'en chargea toute seule, projetant brusquement tout le monde à terre dans un fracas épouvantable. L'espace d'un court instant, le temps sembla comme suspendu, comme s'il avait lui-même été sonné par ce qui venait de se produire, avant de s'accélérer brusquement alors que la panique soulevait la foule aussi violemment que ne l'avait fait la colère quelques secondes à peine plus tôt. La tête bourdonnante, Maxime, quant à lui, ne se redressa pas immédiatement. Pendant quelques courtes secondes, il resta comme hébété, le temps de réaliser la douleur qui irradiait brusquement de son bras droit... dans lequel était désormais fiché un éclat d'une nature qu'il ne pouvait identifier. Il serra les dents, mais à peine eut-il effleuré la blessure de son autre main que la brûlure s'intensifia, lui tirant un juron. Mais qui étaient ces foutus imbéciles qui laissaient des bombes au milieu d'une foule ?! Parce que c'était bien ce à quoi ressemblait cette explosion, une bombe, de la résistance sans doute. Un hurlement, celui d'une femme devant un cadavre bien plus amoché que lui acheva de réveiller Maxime qui leva brusquement la tête pour constater la panique ambiante. Ironie du sort : c'est seulement là que son regard tomba sur celle qu'il avait suivie dans la foule. Rachel semblait elle aussi avoir été projetée au sol, et étant donné le peu d'égards qu'avaient les parisiens effrayés pour ceux qui s'étaient effondrés, mieux valait ne pas y rester. Tâchant d'oublier la douleur, il se redressa pour se diriger péniblement vers la jeune femme, non sans être bousculé au passage ce qui n'était pas sans donner au pourtant calme Maxime de brusques envies de faire plus de morts qu'il n'y en avait déjà. Lorsqu'il eut enfin rejoint la fille Lévi, dont les mèches rousses étaient définitivement reconnaissables, même en plein chaos, il l'attrapa par le poignet et l'entraîna avec lui.
- On ne reste pas là, Lévi !

Il fallait définitivement fuir la foule, la panique en rendaient certains totalement aveugles et presque aussi dangereux que l'explosion elle-même, seulement Maxime, qui serrait sans en avoir totalement conscience le poignet de sa camarade, avait toutes les peines du monde à oublier ce fichu éclat dans son bras, les minces filets de sang qui s'échappaient de la plaie et les élans de douleur qui allaient avec à chaque bousculade – et ce malgré toute sa fierté et son orgueil mal placés. Et il avait beau serrer les dents, les inévitables bousculades ne lui étaient d'aucune aide alors que chacun cherchait à fuir le plus loin possible, quitte à se marcher les uns sur les autres s'il le fallait. Le seul avantage à cela était que tous ceux qui le pouvaient s'éloignaient et qu'ils purent finalement trouver un trouée dans la panique, en bordure de la place, où il était possible de s'arrêter sans risquer de se cogner contre un fou furieux. Maxime lâcha la jeune femme et s'appuya contre le premier mur qu'il trouva. Il jeta un regard vers Rachel qui n'avait pas l'air blessée sinon quelques égratignures (encore heureux, il l'avait suivie dans la foule pour lui éviter d'être écrasé et ne pas perdre ainsi sa proie favorite, il aurait été vexé qu'une bombe mette à mal ses efforts) avant de lever les yeux sur la Concorde, puis de revenir à sa compagne.
- Tu devrais arrêter de jouer les rebelles dans les manifestations, tu vois ce qui arrive ? lança-t-il avec une ironie sévère, vaguement gâchée par le fait qu'il serrait les dents sous la douleur.
Non, définitivement, lorsqu'il avait décidé qu'il serait présent ce jour-là, dans la délégation de Vichy, il n'avait pas eu une brillante idée. Le tout maintenant était de réussir à se sortir définitivement de là et, même s'il ne l'aurait jamais admis face à Rachel, de se trouver un fichu médecin.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 1 Fév - 14:22

La suite des événements arriva bien trop vite au goût de Rachel. Encadrée par des hommes bien plus grands qu'elle qui l'empêchaient de voir ce qui se passait, elle se trouvait ballottée dans une foule orageuse qui semblait ne plus avoir conscience du danger qu'elle courait à vitupérer comme elle le faisait. La jeune femme n'avait jamais vu un tel rassemblement et un court instant, quelques secondes peut-être, elle se sentit fière d'appartenir à cette marée humaine venue réclamer le départ de l'invité berlinois et de ses acolytes en uniforme. Oubliées les têtes baissées, oubliés les regards sur son étoile jaune, le peuple parisien, féru de révolutions en tout genre, qui avait enfanté les barricades et Gavroche, levait à nouveau le poing pour sa liberté. Mais cette fierté ne dura pas, car une succession d'événements imprévus rappela à la jeune femme qu'une foule, même fournie, même en colère, ne pouvait faire plier les chars et les hommes en armes. Prise dans un étau, elle ne pouvait plus reculer ou avancer, il n'était pas question de tourner les talons, de retrouver Victoire et Elise Joubert au dispensaire de la Croix-Rouge et encore moins de fuir vers le premier métro comme elle en avait pourtant l'habitude quand la Milice ou les soldats allemands s'occupaient de leur cas sur la place de la Bastille. Et soudain, alors qu'elle faisait du sur place depuis quelques minutes, quelque chose sembla lâcher, sans doute le cordon de sécurité car la foule déferla en dehors des limites qui lui étaient imparties. Et Rachel, prise au piège, eut une pensée pour sa mère à laquelle elle avait promis de ne pas prendre de risques inconsidérés.

La jeune femme n'eut toutefois pas le temps d'être effrayée car poussée violemment dans le dos, elle se sentit trébucher et tomber à terre. Elle tenta bien de se rattraper à ces voisins, mais en vain, et dans la panique, nulle main secourable ne vint à son aide. La jeune femme tenta de se redresser, mais bousculée, elle vacilla à nouveau et ne put s'empêcher de grimacer en sentant le sol de goudron écorcher ses mains et son coude. Il n'était pourtant pas question de rester à terre, pas en ces circonstances, elle allait finir piétinée en très peu de temps. Mais il était trop tard pour y songer et pour se libérer de ce piège. Ce ne furent pas les soldats allemands qui tirèrent, même si Rachel constata qu'ils étaient non loin d'elle. Non, ce fut soudain une formidable détonation qui la terrifia et la projeta à nouveau à terre, alors qu'elle se roulait en boule de manière instinctive, tout en fermant les yeux. Il y eut d'abord un profond silence mais ce n'était pas normal, car elle sentait qu'on s'agitait autour d'elle. Pourquoi n'entendait-elle plus rien ? Lentement, en un temps qui parut être une éternité à Rachel, mais qui ne dura peut-être qu'une minute, des sons brisèrent petit à petit ce monde de silence qui l'entourait. Il y a des cris au loin, des exclamations de douleur et de surprise. Où était-elle ? Ah oui, elle se revoyait, désormais, chuter au milieu de la foule, place de la Concorde, alors qu'elle était venue manifester contre l'arrivée d'une pourriture allemande. Que s'était-il passé ? Quelle était cette détonation ? Rachel, incapable de répondre à cette question, ouvrit les yeux et la réalité lui sauta à la figure alors que le son retrouvait son volume normal, malgré un sifflement entêtant dans son oreille gauche : elle se redressa doucement, constatant que l'on s'agitait autour d'elle, que l'on cherchait à tout prix à fuir et que non loin... Non loin, il y avait des hommes à terre...

- On ne reste pas là, Lévi !
Cette voix ne lui était pas inconnue, mais elle n'eut pas le temps d'y réfléchir car quelqu'un la saisissait par le poignet et l'enjoignit à se redresser, ce que Rachel fit avec des jambes flageolantes, alors qu'elle continuait à se faire bousculer sans le moindre égard, sans la moindre solidarité, comme si soudain l'apocalypse s'était abattu sur eux, et que seuls ceux qui couraient le plus vite allaient pouvoir s'en sortir. La jeune femme releva la tête vers son sauveur mais son expression de reconnaissance se figea lorsqu'elle reconnut Maxime Andrieu. Andrieu ? Que fichait-il ici au sein de la foule ? Et surtout qu'est-ce qui lui prenait ? Mais déjà, avant qu'elle ne puisse poser la moindre question, ou qu'elle ne puisse mettre le moindre ordre dans son esprit, il l'entraînait derrière lui pour quitter ce lieu, sans même se retourner vers elle. Rachel crut le perdre lorsqu'une femme paniquée la percuta et faillit la faire chuter à nouveau à terre. Mais la poigne de Maxime Andrieu était ferme, presque oppressante – comme s'il ne se rendait pas compte qu'il lui faisait mal ainsi – et il ne la lâcha pas jusqu'à ce qu'ils trouvent une petite trouée, en bordure de la place, où ils purent enfin s'arrêter pour souffler. Rachel put enfin se dégager de l'emprise de son camarade de classe pour tourner son poignet ankylosé à l'aide d'une main d'où perlaient quelques gouttes de sang, en marmonnant un « ne me touche plus ».
- Tu devrais arrêter de jouer les rebelles dans les manifestations, tu vois ce qui arrive ? Lui lança ironiquement Andrieu, d'une voix qui n'avait rien perdu de sa morgue naturelle. C'était presque rassurant de constater que malgré toutes les circonstances, les gens ne changeaient pas totalement. Combien même il venait de la sortir de la foule.
- Personne ne t'a rien demandé, Andrieu, répliqua-t-elle d'un ton sévère, qu'est-ce que tu venais faire dans la manifestation, ô parfait petit émule de Vichy ? Tu voulais venir m'arrêter toi-même ? Tu ne manques pas de culot ni d'inconscience. Je me serais très bien débrouillée toute seule...

Elle s'interrompit brusquement lorsque son regard se posa sur le bras de son camarade : la chemise était toute tâchée de sang, et elle qui n'était pas spécialiste de la question (et qui n'avait guère envie de se rapprocher non plus, elle n'était pas très rassurée devant ce genre de blessures) pouvait comprendre qu'il s'agissait d'autre chose que d'une égratignure. Voilà qui expliquait l'air étrange d'Andrieu, sa façon de parler en serrant la mâchoire et ses grimaces – même s'il était évident qu'il cherchait à rester impassible devant elle.
- Tu as été blessé ?... Par la bombe ? Demanda-t-elle, en oubliant momentanément qu'ils étaient à moitié en train de se disputer l'instant précédent, au sein d'une foule prise de panique alors qu'une bombe venait d'exploser, tu devrais aller voir un docteur rapidement. La Croix-Rouge n'est pas très loin.
Elle eut une hésitation. Désormais la foule n'était plus un problème, d'autant qu'elle commençait à se disperser de manière efficace, laissant apparaître la place et quelques cadavres entourés de dizaines d'hommes en uniforme en son centre, mais Rachel courait un tout autre danger : les Allemands allaient venir interroger ceux qui se trouvaient encore là, et elle ne portait pas son étoile jaune. Pire, elle était juive, et elle serait la première suspecte après ce tumulte. Le bon sens lui commandait de prendre ses jambes à son cou. Mais elle poussa un soupir en constatant que son bon sens avait définitivement un peu de mal ces derniers temps et saisissant à son tour le poignet d'Andrieu, elle lui fit faire demi-tour et l'entraîna dans son sillage, à contre-courant des dernières personnes qui cherchait à fuir dans les rues adjacentes.
- Viens avec moi, je vais te conduire à la Croix-Rouge, je connais l'un des médecins là-bas, il pourra s'occuper de toi assez rapidement. Je m'en voudrais que tu restes handicapé par ton bras à vie parce que j'ai osé jouer les rebelles lors d'une manifestation, termina-t-elle avec ironie à son tour.
Son bon cœur la perdrait, elle n'en doutait plus. Mais au moins, ils seraient quittes : même si elle ne connaissait pas les raisons qui l'avaient conduit à la sortir de ce mauvais pas, il l'avait fait, c'était désormais à son tour de l'aider et elle espérait ensuite ne plus entendre parler de Maxime Andrieu. Même si pour ce dernier point, elle ne se faisait guère d'illusions. Elle ne ralentit pas l'allure en constatant que de nombreux hommes en uniforme avaient déjà pris d'assaut la tente de la Croix-Rouge, tentant de calmer les battements de son cœur, puis elle se tourna vers Maxime avant de tenter de bousculer le monde pour pénétrer dans la tente :
- Au fait, si tout ceci est une manœuvre pour me faire avouer un quelconque secret stupide à propos d'un journal, vu que tu as cette idée dans la tête... Ne compte pas trop là-dessus. Non seulement j'aurais pu me débrouiller seule, mais en plus, tu m'attendris pas le moins du monde. C'est douloureux ? Termina-t-elle d'un ton ingénu.
Elle ne le laissa pas prendre la mouche et sans lui lâcher le poignet, elle le fit rentrer dans les locaux sommaires de la Croix-Rouge, tentant d'apercevoir Victoire ou même Hasko, tout en se disant que si Maxime Andrieu était un connard manipulateur, elle était quant à elle une parfaite idiote.

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Vaincre les cauchemars
Grâce à ses rêves.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 8 Fév - 22:21

Il y a eu l'attente.
Il y a eu l'angoisse.
Ces minutes à patienter, aveuglés du fond de votre refuge de toile, attendant que se produise... quelque chose. L'inévitable catastrophe qui ne pouvait qu'éclater au son des voix orageuses qui tonnent dans la foule en colère. Une rébellion, une fusillade, une répression sanglante des autorités...

Une explosion.
Ce vacarme terrible, brusque, la puissante d'un souffle qui s'en vient frapper vos fragiles parois que n'épargne que la distance de l'épicentre.
Puis le silence. Assourdissant après le tumulte de la haine des parisiens qui un instant plus tôt vociféraient encore leur rage à vos portes. Un silence que vous perpétuez, figés que vous êtes tandis que s'élèvent des lamentations au loin. Des cris dont la colère s'est évanouie, remplacée par une douleur innommable qui s'élève vers le ciel en longues mélopées qui te renvoient au Blitz que tu n'as que trop connu à Londres. Derrière tes yeux vides défilent les souvenirs des blessés, des brûlés, des amputés qui sont venus à vous au sortir des stations du métropolitain, encore hagards d'avoir survécu à une nouvelle attaque.
La voix de Landgraf vient rompre le fil de ces images qui t'assaille. Tu lui réponds à mi-voix, balbutiant quelques mots à propos d'un téléphone disponible juste à côté avant de reprendre tout à fait tes esprits. Si tu comprends ? Si tu es prête à faire face aux flots qui vont venir vous demander une aide qui ne pourra être dispensée à tous ? Malheureusement. Tu connais l'horreur des choix que vous allez devoir faire, décidant de qui peut vivre ou doit mourir pour que le plus grand nombre ait un espoir de se remettre. Tu l'as vécu si souvent outre-Manche... Bien sur, il n'en sait rien. Ce n'est guère le genre d'information qu'il serait avisé de faire savoir. Mais quand il revient à grands pas, la détermination a remplacé dans tes yeux l’hébétement premier et au moment de guider tes collèges encore sous le choc, tu ne trembles pas.
« Céline, Marguerite, placez vous à l'entrée de la tente et régulez les entrées. Seuls les blessés doivent être admis à l'intérieur pour auscultation. Les accompagnateurs, les familles, les effrayés, je ne veux pas en voir un seul ici. Vous deux, occupez-vous de la seconde entrée, il y en aura pour tenter leur chance de ce côté. »
Elles te regardent un instant, effarées, surprises de voir une enfant leur donner des instructions, avant de s’exécuter. Agir pour ne pas penser, obéir pour ne pas réfléchir, il n'y a qu'ainsi que vous serez à même de faire face.
« Henriette, et vous Mademoiselle Joubert, faites sortir les patients qui le peuvent. Nous allons avoir besoin de tous les lits. Les autres, tenez vous prêtes avec des bandages, de la morphine, tout ce que nous avons ici. Le Docteur Landgraf va avoir besoin de vous. »

Tu ne prends pas le temps de vérifier si elles ont suivi tes directives. Déjà les premières victimes vous parviennent. Tu traverses en courant l'espace du dispensaire pour rejoindre le médecin et t'attacher à ses pas. A lui les diagnostics, les prises de décisions, à toi et tes collègues la mise en acte immédiate. Sourires et explications viendront plus tard. C'est une folle course contre la montre qui s'engage, face au plus implacable des adversaires : la mort. La moindre seconde perdue, c'est un cadavre de plus. Pourtant, tu t'immobilises une seconde. Sous tes yeux, c'est la main tremblante de ton contact du Reigen qui se tend faiblement vers le médecin, lequel prend le temps de le rassurer en quelques mots amicaux. Plus tard, quand l'espionne reprendra le dessus, tu prendras le temps d'analyser cette réaction, ces paroles, de chercher à comprendre quel lien peut bien unir ces deux hommes. Plus tard. Pour l'heure, tu saisis délicatement le poignet tendu pour le reposer sur la couche du blessé. « Vous avez été frappé sur le flanc droit par le souffle de l'explosion. Votre bras droit et ce côté de votre cou ont été sévèrement brûlés. Nous allons vous faire évacuer dès que possible. En attendant... Si vous avez besoin de quoi que ce soit, appelez-moi, d'accord ? Le Docteur Landgraf a bien assez à faire. » débites-tu d'une traite sans reprendre ton souffle. « Victoire. » ajoutes-tu, songeant qu'il ne connait certainement de toi qu'un pseudonyme. Il serait fort embarrassant qu'il s'égosille pour une Bérénice qui jamais ne viendrait.
Sur un sourire incertain, tu t'éloignes mais avant de rattraper ton supérieur, tu avises une chevelure rousse à l'entrée de la tente qui semble avoir déjoué la surveillance de tes collègues, de plus en plus difficile à mener tandis que grossis la foule. A ses côtés, un jeune homme que tu reconnais pour avoir été auprès de Cabanel se tient le bras en grimaçant. « Bon sang. » Un officiel. Ne manquait plus que ça. « Rachel ! » Tu t'approches de ton amie aussi vite que te le permets le chaos qui déjà règne tout autour et lui lances une blouse blanche. « Enfile ça si tu viens nous aider. Sinon, rentre chez toi, nous n'avons pas de place pour les proches apeurés ici. Vous, asseyez vous ici. » achèves-tu à l'intention de son compagnon, lui désignant un tabouret proche. Sans attendre plus de réaction, tu sors de ta poche une paire de ciseaux et entreprends de découper la manche ensanglantée du jeune homme pour découvrir une plaie à vif où disparaît un éclat métallique. « Hé merde. Docteur ! Docteur Landgraf ! » Du coin de l’œil, tu cherches le médecin, qui ne cesse d'aller et venir. Une seconde à peine, tu hésites quant à la marche à suivre... avant de te tourner vers le blessé. « Je ne suis qu'infirmière mais je pense être en mesure de m'occuper de votre blessure. Sinon, il vous faudra attendre que le médecin intervienne. » Avec le risque de ne jamais retrouver totalement l'usage de votre bras s'il intervient trop tard. « Je vous laisse cinq secondes pour choisir. »


Dernière édition par Victoire Langremont le Lun 9 Fév - 22:39, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Lun 9 Fév - 22:37

C’était un grand n’importe quoi. D’un côté, la foule de parisiens qui s’excitait de plus en plus, prête à exploser. De l’autre, ceux qui étaient venus là par curiosité ou par obligation et qui se retrouvaient pris en étau dans cette agitation qui devenait de plus en plus dangereuse. Eva faisait partie de la seconde catégorie, et elle commençait à se dire sérieusement qu’elle n’aurait jamais dû suivre Emy. Quoique, elle ignorait si le carré presse était beaucoup plus sûr. Mais au moins elle aurait pu se réfugier loin avant d’être happée par la foule enragée. Eva n’était pas du genre à céder à la panique, mais là, quelque part au fond d’elle, la pression commençait à l’étouffer. Elle savait pertinemment que les soldats n’hésiteraient pas à tirer si les choses dégénéraient trop longtemps à leur goût, elle le savait parce qu’on le lui avait dit le matin même au SD. Et elle ne tenait pas vraiment à se faire tirer dessus. Eva n’était peureuse, mais mourir, oui, ça lui fichait la trouille. Alors elle essayait désespérément de se dégager de ce mouvement de foule, de trouver la sortie, mais les parisiens étaient plus forts qu’elle et l’attirait vers les tribunes et, probablement, Glucks qui en était descendu.

Puis il y eut l’explosion, et Eva se retrouva projetée du sol vers l’arrière. Tout devint flou, elle distinguait certaines choses. Le froid du sol. La douleur. Les cris. La terreur. La douleur de nouveau. Et plus elle essayait de se relever, moins son corps répondait. Pourtant il fallait qu’elle se relève, car déjà la foule autour d’elle courait, paniquée, dans l’autre sens. Et personne ne semblait se soucier de la jeune femme à terre, les gens couraient pour leur vie, pouvait-on leur en vouloir ? Certains ne la virent même pas, et Eva tenta de se recroqueviller sur elle-même pour éviter de se faire piétiner. Mais de nouveau elle sentit la douleur lorsqu’on lui frappa un tibia, puis le bras. Et toujours son corps qui refusait de se redresser et de se relever, comme si son cerveau en était totalement déconnecté. Un parisien en détresse lui donna un coup de pied en plein visage et Eva sentit une douleur horrible sur sa joue.

Lorsqu’elle ouvrit de nouveau les yeux, son corps lui semblait un peu moins engourdi, mais il lui faisait mal de la tête aux pieds. Elle devina qu’elle ne s’était pas évanouie longtemps puisque la foule courait encore autour d’elle. Au prix d’un effort surhumain, Eva prit appui sur ses deux mains, grimaça de douleur et se mit sur ses genoux. Sa tête tournait, elle ne savait pas bien où elle était, et où qu’elle regarde elle ne voyait aucun visage amical. Sa vision était encore floue, elle devinait des soldats allemands braillant des ordres, il y avait des corps à terre, et tous ces gens qui hurlaient et qui couraient. La journaliste reprenait peu à peu ses esprits, et la douleur partout dans son corps pulsait de plus en plus fort. Bon sang, qu’est-ce qui s’était passé ? Ce n’était pas possible, c’était l’horreur. Une bombe en pleine foule, qui avait pu faire ça ? Elle ne comprenait pas, elle refusait de comprendre qu’une chose pareille avait pu se produire. Les résistants étaient-ils désespérés au point de tuer des innocents pour atteindre un officiel allemand ? Les allemands avaient-ils été assez désespérés pour poser une bombe dans le but de calmer les manifestations ? Aucun de ces scénarii n’avait de sens.

Eva se releva en titubant, regarda autour d’elle, mais au fond elle n’avait aucune idée de l’endroit où elle pouvait aller.  Elle chercha quelqu’un des yeux. Emy était dans cette foule, elle était près d’elle, la bombe, elle aurait pu…la journaliste se posa une main sur le front, elle avait mal au crâne. Elle la récupéra rouge de sang ; l’impression d’être mal en point n’était pas qu’un impression finalement. Elle chercha des yeux le dispensaire de la Croix-Rouge qu’elle avait aperçu près du carré presse, mais elle était totalement désorientée. Elle suivit donc le mouvement de la foule, espérant croiser quelqu’un qui l’aiderait peut-être. Ou tomber sur le dispensaire. Ou mourir avant, tranquillement, pour arrêter d’avoir mal. Partout autour d’elle c’était le chaos, elle n’était même pas très sûre de l’endroit où elle était. Elle n’était que douleur et confusion, en écho à la foule des parisiens.
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Edouard Cabanel
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■ profession : Ambassadeur de Vichy à Paris

PAPIERS !
■ religion: Ne croit qu'à la politique. Dieu ? ça fait longtemps qu'il n'existe plus, non ?
■ situation amoureuse: Coincé dans un mariage malheureux avec Madeleine Claussat. Trop occupé à cause de son beau-père pour avoir le temps d'aller voir ailleurs.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mar 10 Fév - 0:55

Cet événement était en train de tourner à la débandade générale et Édouard Cabanel, idéalement placé entre le fusil d'un soldat allemand un peu sur les nerfs en l'absence d'ordre clair et quelques personnes qui vitupéraient, se disait qu'à tous les coups, ça allait être de sa faute. C'était bien son genre, ça, d'être en première ligne, pour subir les remontrances alors qu'il n'avait rien organisé, rien mis en œuvre, les Allemands ayant laissé Vichy sur la touche depuis le début – ce qui en soit n'avait pas vraiment gêné Édouard, il ne s'y connaissait pas vraiment en défilé militaire et les Allemands n'aimaient guère se laisser dicter leur conduite (c'était un constat général). Mais en cet instant, les remontrances des planqués de Vichy, ceux qui passaient leur temps à faire leur cour à l'hôtel du Parc ou à perdre des graisses dans les thermes, bref ceux qui étaient au cœur de l'action, lui semblaient presque désirables. Au moins cela aurait voulu dire qu'il s'était sorti de là en vie et entier, ce qui a priori, ne semblait pas évident. Ce n'était jamais que la deuxième en quelques semaines qu'on pointait un canon de fusil vers lui et si Cabanel commençait à s'y habituer, il aurait préféré que ça ne devienne pas une habitude, on ne savait jamais vraiment comment ce genre d'histoire allait se terminer. En désespoir de cause, comme il voulait sauver ce qui pouvait encore l'être (il était certain que les résidents de Vichy, en entendant la nouvelle de tirs sur la foule, en interrompraient leurs bains de pieds, ce qui n'était pas bon signe), il voulut se retourner vers Theo Landgraf, censé arriver derrière lui, mais au même instant, il se sentit bousculé par un mouvement de foule énorme qui faillit lui faire perdre l'équilibre et qui le rapprocha dangereusement du canon du fusil. En se redressant, il constata que les Parisiens avaient débordé la ligne de sécurité et croisa le regard du jeune soldat allemand visiblement paniqué :
- Ne tirez pas ! Ne tirez pas où vous vous ferez lyncher ! Don't shoot ! Don't shoot ! Lui cria-t-il, terminant en anglais sans vraiment savoir pourquoi – mais comme on n'en était pas à une absurdité près, le jeune homme parut mieux comprendre l'anglais que le français et baissa son arme.

Le soulagement d’Édouard fut de courte durée : soudain, une explosion énorme retentit à ses oreilles, menaçant de le faire devenir sourd et le souffle le projeta à terre, le laissant sonné quelques secondes. Autour de lui, les cris de protestation devinrent des cris de panique et le conseiller de l'ambassadeur de Vichy avait beau ne pas avoir connu les grandes heures des attentats anarchistes du début du siècle (son grand-père lui avait raconté, cela lui avait suffi), il comprit immédiatement ce qui venait de se passer. L'événement programmé de la résistance, le grand chambardement promis par la voix de la BBC venait d'avoir lieu. Sauf qu'au lieu de toucher les officiels, la bombe venait d'exploser en pleine foule. Avisant une tache de sang plus loin, il releva les yeux et constata que le jeune homme qu'il avait arrêté avec succès quelques instants auparavant, était mort, le protégeant visiblement de son corps des éclats de l'engin, ce qui le fit pousser un juron que n'aurait pas apprécié Madeleine si elle avait été là. Il ne fallait pas rester. Avec précaution, Édouard fit bouger chacun de ses membres pour constater qu'il n'avait rien et se releva, en jetant un coup d’œil aux alentours, transformés en sauve-qui-peut général. L'explosion avait eu lieu non loin de lui, aussi quelques corps disloqués gisaient à terre, mais avec une force qui l'étonna lui-même, il s'en détourna, ravalant ses hauts le cœur. Des soldats non touchés relevaient les blessés, et en apercevant Theo, apparemment touché, il en avisa deux :
- Occupez-vous de lui ! Rapidement, il doit être soigné au plus vite !

Bon Dieu. Il ne savait pas trop si ça valait le coup de l'invoquer puisqu'il n'existait pas, mais quand même. La catastrophe était finalement arrivée – et après coup, il se demandait s'il n'aurait pas mieux valu ne pas y survivre car il allait se faire étrangler par Mazan. Ou par son beau-père. Des pensées confuses agitaient son esprit et ce ne fut que cinq minutes après l'explosion qu'il sentit son corps se glacer de terreur. Il aurait pu y passer. Par Osiris, à quelques mètres près, il ne serait jamais rentré chez lui ce soir-là, n'aurait jamais pu serrer à nouveau ses enfants dans ses bras ou promener Néfertiti jusqu'au Caribou où l'attendait Alex ! Sans s'en rendre compte, il errait sur la place, et fut emporté par le mouvement d'une foule paniquée qui, trop nombreuse, ne parvenait pas à évacuer les lieux, et s'impatientait. Des personnes tombaient dans la cohue, sans être parfois relevées, et Édouard faillit buter contre l'une d'elle, vers laquelle il tendit une main secourable. Une tête rousse, un corps amaigri... Il aida une toute jeune femme à se relever et faillit pousser une exclamation de surprise. Au lieu de cela, il considéra Elsa Auray avec de grands yeux ronds : que fichait-elle ici ? Il lui fallait fuir au plus vite, avant les Allemands ne se mettent à chercher les responsables ! Mais visiblement désorientée, la jeune femme ne bougeait pas, reprenant son souffle. Décidément, ses rencontres avec cette résistante étaient de plus en plus improbables – et comptaient toujours des morts, cela devenait inquiétant. Il lâcha son bras qu'il avait saisi pour l'aider et s'exclama :
- Fuyez !...
Avant de reprendre après un court instant de silence, en s'avançant vers elle de toute sa hauteur, comme lorsqu'on cherche à faire peur à un chat pour lui faire tourner les talons :
- Fuyez ! Vite, vite ! Vous pouvez encore vous faufiler !

La foule commençait déjà à évacuer la place centrale pour disparaître dans les rues voisines et bientôt, la chef de la Brigade, devint une silhouette parmi les autres, ce qui attira un soupir de soulagement à Édouard. Il l'avait déjà sauvée une fois, ce n'était pas pour la voir être arrêtée cette journée-là. Une catastrophe à gérer à la fois. Le conseiller secoua la tête pour tenter de retrouver le fil de ses idées, et distinguant enfin la tente de la Croix-Rouge non loin, qui n'était plus dissimulée par les Parisiens, il se dirigea d'un pas lent vers elle. Arrivé à proximité, il constata que la pagaille la plus totale régnait.
- Sait-on quel est le premier bilan ? Lança-t-il à la cantonade, espérant qu'un francophone pourrait lui répondre, on pourrait mobiliser quelques voitures de fonction ou de police pour évacuer certains blessés vers la Salpêtrière ?
Autant tenter vaguement de se rendre utile, du moins jusqu'à ce qu'on songe à l'évacuer avec le reste des officiels vers le Meurice. Mais pour le moment, curieux, il chercha des visages connus parmi les blessés, espérant revoir le père Landgraf...

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
J.K. Rowling (c) .bizzle


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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mar 10 Fév - 11:46

Quelle idée absurde il avait eu d’aller voir Elsa. Enfin il avait pas trop eu le choix non plus, mais les regards désapprobateurs et le ton méprisant, il aurait pu faire sans. Il se sentait comme un gosse à qui on tape sur les doigts puisque il n’arrête pas de faire des bêtises.

Sauf qu’il était pas un gosse et il méritait beaucoup plus qu’une tape sur les doigts. Il était tout simplement ridicule et ses papiers étaient encore par terre, piétiné par des milliers de pieds impatients. S’il s’en sortait vivant de cette galère, comment allait-il faire sans papiers et avec la tronche d’un communiste ?  

En tous cas il suivait Elsa comme un petit chien parce qu’elle avait les commandes et elle savait quoi faire, même si ce n’était que maintenant. Elle refila le sac explosif à un gamin. Il y avait pas d’autres mots, André était le plus jeune de la Brigade et sans se mentir Jacques l’aimait bien. D’accord il avait énormément de problèmes avec la Brigade en elle-même et ses membres mais il avait de l’affection pour ce petit dernier. C’est pourquoi il était mitigé par ce renversement de situation.

De façon complétement égoïste il était en colère et animé d’une jalousie lancinante. Derrière ses paupières se dessinait le film de tout ce qui allait se passer : André allait poser la bombe à sa place, Glucose mourrait, André allait être porté en vainqueur et un grand héro de la guerre, Jacques serait en arrière-plan moqué de tous par son incompétence évidente. C’était puéril mais le goût de réel que cela laissait sur sa langue le faisait rager.

D’une autre façon il s’en voulait que ce petit jeune doive faire son boulot. Il avait pas à se mettre en danger et en première ligne de mire s’il était honnête parce qu’une saleté de clébard allemand avait senti le saucisson dans la poche de Jacques. Bon dieu s’il ratait tout aujourd’hui il pourrait se reconvertir facilement dans le vaudeville.

Il regardait avec anxiété André s’éloigner d’eux, la bombe et leurs espoirs dans ses fines mains gauches et inexpérimentées. Jacques aurait pu se frapper, mais tant pis alea jacta est.

Mais quand Jules César avait exprimé ses mots il avait déjà traversé le Rubicon, et il avait passé des jours à trouver la bonne formule à écrire dans son bouquin. Il avait donc prononcé ses mots espiègles et courageux quand il savait qu’il était victorieux. Voilà pourquoi il ne fallait pas se fier aux italiens.

La bombe explosa. Là sous ses yeux. Dans la foule, même pas sur les chiens et Glucks était introuvable. Le bruit sourd lui fit siffler les oreilles et la détonation lui fit plisser les yeux. Mais il n’était pas blessé, rien du tout. Et pourtant il aurait tout donné pour partir en fumée aussi.

Son ventre se tordit violemment et il crut vraiment qu’il allait vomir le contenu de son estomac sur la route. Mais il se souvint vaguement et d’une façon lointaine qu’il n’avait rien mangé aujourd’hui. Il voulut rire parce qu’il n’avait pas mangé et pourtant sa panse protestait qu’elle voulait se vider. Il n’avait rien à vomir et pourtant tout son corps s’acharnait. Il essaya de s’assoir sur le sol mais le mouvement de la foule fut si frénétique et sauvage qu’il ne fut que trimballé.

Il se laissa emporter puisque ses jambes ne fonctionnaient plus. Il pensa à Elsa mais ne la vit pas. Il pensa à André mais il ne le vit pas. Il pensa même à Glucks. Il voulait le voir, mort et exposé au milieu de la place. C’est ça qu’on fait aux allemands ici ! Aha ! Ils auraient pu chanter la Marseillaise après. Ou non encore mieux, le temps des cerises ! La gueule qu’ils auraient tirés !

C’était peine perdu. Ils avaient perdu et ils avaient tués des gens innocents. Aussi innocents que des parisiens s’accommodant de l’occupation allemande pouvaient être mais quand même.

Jacques reprit enfin son souffle et l’usage modéré de ses membres et de ses sens. Cela ne servait à rien de rester ici à se faire piétiner pour ensuite se faire prendre comme un lapin par les allemands en soif de sang.

Mais où aller ? Il était en train de réfléchir aux issues possibles quand il vit des gens ensanglantés. Ils criaient, pleuraient et appelaient leur dieu. Jacques s’agenouilla près d’une femme dont les mains étaient jointes en prière. Il lui manquait deux doigts qui avaient dû être soufflés pendant l’explosion. Il voulait tellement rire devant cette aberration qui se présentait devant lui. Cette femme avait besoin d’aide médicale et elle préférait parler seule en espérant de l’aide. Il voulut la secouer de toutes ses forces et lui vociférer que son sale dieu il existait pas, et que si c’était sa première réaction face à un tel évènement elle méritait de mourir cette andouille.

Pourtant il pleurait comme un gosse au lieu d’être un adulte responsable. Il avait tué des gens. Il avait tué des gens qu’il disait protéger contre les allemands. Peut-être qu’il y avait un enfant qui s’était faufilé au milieu.

L’estomac de Jacques gagna finalement et il vomit du vide.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mar 10 Fév - 13:29

Ce qui se passait était incompréhensible. Morris ne s'était jamais habitué à la violence. Il ne se rappelait pas de la guerre civile en Irlande, où alors très mal. C'était des souvenirs confus, pour lui, datant de son enfance. Il savait qu'il y avait eu la guerre, tout comme il savait qu'en Allemagne, le mouvement Sparkakus fut violemment réprimé, mais c'était des choses qu'il apprenait en classe, que tout le monde apprenait en classe. A l'école, personne ne m'a jamais dit qu'il faudrait que j'affronte une guerre. On  n'apprend pas à vivre sous l'Occupation. Personne ne pouvait imaginer ça, personne en Europe, pas même les irlandais qui avaient pourtant souffert de persécution. Pas même Morris, chez qui les sentiments de justice et d'injustice étaient profondément ancrés. C'était inutile, impossible. Ca ne pouvait pas arriver, il ne croyait à rien de tout ça. Cette journée est irréelle, elle ne ressemble à rien...Il ne pouvait qu'observer, depuis les tribunes, la foule prête à envahir les  Champs-Elysées, prête à lyncher Glucks, peut-être. Les nazis paniquaient. En d'autres circonstances, Morris s'en serait réjoui, mais là, pas réellement. Ca leur apprenait la vie de panique,r un peu, mais il y avait des gens autour, y compris lui, qui essayait de s'en aller, le plus loin possible, avant que ça ne dégènère.

Gantzer avait bien raison. Il fallait avoir peur. Ceux qui tiraient les ficelles ne donnaient pas cher de leur peau, et à ce moment là, Morris von Lorentz ne donnait pas cher de la sienne non plus. Mon oncle disait que la paranoïa était en train de devenir non plus une tare mais une qualité de survie dans ce triste système. C'est vrai. C'était vrai hier, ça l'est encore plus aujourd'hui. La foule n'était pas mal attentionnée, mais la foule aurait leur peau s'ils restaient, et voilà pourquoi ils s'éclipsaient doucement...Qu'en penser ? Que penser de ce gâchis ? De la haine qui allait en roue libre, voie de garage d'une Europe marquée et détruite par déjà une guerre ? Pensons. C'est déjà ça. A l'abri de nos cervelles, nous avons au moins cette liberté. Mais pour combien de temps encore ? Le temps qu'une bombe explose.

Le temps qu'il perde tout contact avec la réalité, un instant, celui où la détonation retentit. Il se releva en tanguant. Il était presque sourd. Et Gantzer ne se trouvait plus dans son champ de vision. Il avança, sonné. Les cadavres et la panique, comme les gens couraient en tous sens devant lui, lui semblèrent très silencieux et terrible. Hébété, Morris se pensait très lent, presque immobile, marchant sans comprendre au milieu de morts estropiés. Il eut soudain envie de vomir, réalisant d'un coup l'horreur immonde qui s'étalait sur l'avenue, et tomba à genoux... nez à nez avec deux cadavres qu'il connaissait bien. Hansjorg et Otto von Lorentz. Son père et son frère.

Il était le nouveau baron von Lorentz. L'incongruité de cette pensée, totalement en décalage avec ce qui se passait, choqua Morris et il laissa échapper un rire nerveux, sans commune mesure avec les larmes qui coulèrent sur son visage. Tu détestais ton père et Otto t'indifférais. Pourquoi tu pleures ? Ils sont morts, ils sont morts, ils sont morts, qu'est-ce que je dois faire, je ne voulais pas ça, moi, je ne voulais la mort de personne. Il faut marcher, maintenant, il faut...Il ne savait pas quoi faire. Il se sentait vide, un peu. Ni bien ni mal, juste éveillé. Morris savait qu'il pourrait tenir ainsi, à condition de fuir les émotions. Qu'elles ne viennent pas créer de brèches dans ce mur protecteur. Il n'allait plus pleurer. Il n'irait plus puiser dans sa mémoire.  Elle pouvait avancer. C'était déjà un bon point. Même s'il ne savait pas vers où...Il semblait à contre-sens de la foule et il heurta quelqu'un :

« Eva !... » Elle avait l'air en plus mauvais état que lui. « Je vais vous emmener à la Croix-Rouge. » Cette fois là, elle n'était pas réellement en état de protester. « Votre blessure à la tête est inquiétante, venez. Essayez de vous concentrer sur ma voix, je pense que ce n'est pas une bonne idée de vous laisser perdre connaissance. On est bientôt arrivés de toute façon. »  

En effet, c'était bien le cas. Une infirmière prit doucement en charge la jeune femme, repoussant gentiment mais fermement Morris : « On va s'occuper d'elle, ne vous en faites pas monsieur, si vous vous voulez vous rendre utile, restez donc là à attendre sagement. »
Même ici, c'était la panique. Morris repéra Hasko, mais celui ci ne semblait pas réellement avoir le temps de s'occuper d'eux. Cabanel était là, lui aussi, essayant de comprendre. Il éleva un peu la voix pour attirer son attention :

« Il y a au moins trois morts, monsieur le conseiller. Il y avait une jeune femme, et puis mon père, et mon frère. »

Puis il retomba dans son mutisme, livide. Rien de tout cela n'avait de sens. Rien.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mar 17 Fév - 11:59

« Eva ! »

La jeune femme tourna la tête à l’appel de son nom, croyant un instant qu’elle avait rêvé cette fois, mais non, il était bien là.

« Morris ! »

Parfois la vie vous noie sous l’ironie du sort, elle vous met en face des choses auxquelles vous essayez d’échapper alors même que vous étiez sûre d’y arriver très bien. A vrai dire, elle n’essayait pas réellement d’échapper à Morris. Mais la dernière fois qu’ils s’étaient vus, les choses ne s’étaient pas passées comme prévu et Eva avait plus ou moins laissé son ami en plan alors qu’il lui avouait à moitié ses sentiments. Depuis, elle n’était pas retournée dans une cave clandestine, et elle n’avait pas revu Manny. Et voilà qu’alors qu’elle était en position de faiblesse physique et qu’elle cherchait désespérément une tête connue, c’était lui qui venait à son secours.

Physiquement, il était en moins piteux état qu’elle. Mais ses yeux étaient rouges de pleurs, et il semblait totalement perdu. Il n’y avait pas dans ses yeux cette petite étincelle qu’il y avait toujours. Eva n’avait jamais vu Manny comme ça, et c’en était presque effrayant, à vrai dire. Elle voulut dire quelque chose, mais n’en eut pas le temps car déjà le pianiste avait pris les choses en mains et décidé de l’emmener à la Croix-Rouge. Son preux chevalier. Elle fit un pas ou deux, la tête lui tournait, tout lui faisait mal, mais comme Morris lui avait demandé, elle se concentra sur sa voix. Il avait une voix agréable, tout en douceur, avec son léger accent qui avait beaucoup de charme. Au final, au prix d’un effort qui sembla considérable à la journaliste, ils arrivèrent devant la tente de la Croix-Rouge.

C’était le chaos là-dedans. Des gens couraient dans tous les sens, il y avait des gémissements de douleur, voire des hurlements. Médecins et infirmières criaient à travers la tente pour demander de l’aide ou du matériel. Une infirmière s’approcha et la prit doucement par les épaules pour l’emmener, mais refusa l’entrée à Morris. Non, elle ne voulait pas entrer seule, elle ne voulait pas qu’il la laisse là, il fallait qu’il vienne. Eva fut prise de nouveau de peur, se retournant vers son ami, elle l’appela avec une voix pleine de détresse. Mais l’infirmière l’emmenait déjà à l’intérieur. Au milieu du chaos, des blessés, des brûlés, des cris. De tous ces gens qui, comme elle, avaient peur.

« Restez calme, mademoiselle. Je m’appelle Céline. Installez-vous ici, quelqu’un va venir s’occuper de vous. »

Eva s’installa tant bien que mal, et essaya de se couper de tout ce qu’elle voyait et entendait. Il y avait des gens en bien plus mauvais état qu’elle. C’était une vision d’horreur. Alors c’était ça, la guerre ? Eva avait toujours été relativement protégée de la guerre. Elle n’avait pas connu l’horreur, ni en France, ni en Allemagne. Elle n’avait connu que le rationnement et l’Occupation. Mais tous ces gens, ça, c’était difficile à voir et à supporter. Bon sang, et elle travaillait pour l’ennemi de tous ces gens. Elle espérait sincèrement, égoïstement, que ce n’était pas un camp allemand qui avait posé cette bombe. C’était possible, la Gestapo, le SS ne reculait devant rien pour ramener l’ordre. Mais si c’était vraiment eux, s’ils avaient tué ces gens et blessés tous ces autres, elle ne se pardonnerait jamais d’être un membre du SD, même contre son gré.

Une minute passa, puis deux, qui semblaient interminables. Eva avait toujours aussi mal. Elle tenta de se redresser, mais renonça bien vite lorsque la nausée arriva. Elle allait devoir prendre son mal en patience, se recoucha, et sentit la douleur et l'étourdissement passer peu à peu.
Elle ne savait pas combien de temps avait passé lorsqu’une silhouette s’approcha d’elle, la faisant sursauter.
« Je m’appelle Henriette, mademoiselle. Vous avez un méchant coup à la tête, et plusieurs égratignures. Je vais m’occuper de vous, si vous voulez bien. Vous pouvez vous redresser ? »
« Nausée…. » fut l’unique réponse de la blondinette, mais elle fit néanmoins l’effort de se redresser avec l’aide d’Henriette, retenant sa nausée qui passa au bout de quelques secondes. L’infirmière commença alors à panser ses blessures, avec une douceur bienvenue dans tout ce bazar. Cela lui prit plusieurs minutes, où elle nettoya le sang, appliqua des bandages, et Eva retint ses grognements de douleur tant bien que mal. Enfin, l’infirmière lui tendit un comprimé avec un verre d’eau.
« Prenez ça mademoiselle, ça diminuera la douleur ».
« Merci beaucoup », répondit l’intéressée avant d’avaler le comprimé et le verre d’une traite. Elle faillit préciser qu’avec la douleur qu’elle ressentait il lui en faudrait une dizaine comme celui-ci, mais s’abstint. Ce n’était pas le moment de jouer les capricieuses.
« Vous pouvez vous lever et marcher ? Quelqu’un est là pour vous ramener chez vous ? »
« Je…je vais me débrouiller, ne vous inquiétez pas. Allez vous occuper des autres. Merci encore. »

Il fallait qu'elle sorte d'ici avant de devenir folle. Eva se leva tant bien que mal, et chercha Manny des yeux, mais ne l’aperçut pas. Elle ignorait s’il était parti ou si c’était juste la foule qui le cachait. Elle aurait voulu le remercier, au moins. Malgré le malaise causé par la dernière fois. Elle soupira et prit le chemin de la sortie de la tente, mais n’avait pas l’intention de rentrer chez elle. Elle devait retrouver Emy, vérifier qu’elle allait bien. Elle se mit à la chercher des yeux à la sortie.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Jeu 19 Fév - 23:29

De tous les officiers qui avaient été appelés pour gérer le défilé, Philipp était certainement celui que l’affaire agaçait le plus.
Il détestait être dérangé dans sa routine quotidienne – qui tournait autour de papiers à signer et d’interrogés à transférer de prison en prison – surtout pour ce genre d’événements.  Il connaissait très bien l’officier de réputation et d’avance, il  se réjouissait que von Hafer l’ai recalé à la sécurité ; il n’aurait pas à subir son humeur déplorable, exagérément désagréable pour se faire détester. Le personnage en lui-même frisait la comedia dell’arte… Pour une fois, il plaignait le général de se trimballer l’allemand toute la journée.

Surveiller les tribunes, pour Philipp, avait consisté à éviter tout débordement en laissant les parisiens crier leur vindicte sur ses compatriotes. En bon logicien de guerre, il savait qu’à vouloir museler un mutiné, on n’obtenait rien de bon, voire pire. Et ici, un bain de foule était inimaginable. Il se fichait de se prendre une volée de la part de von Hafer le lendemain, tant que son petit coin restait sage.

Il avait observé de loin le défilé, soupiré en voyant les allées et venues, attendu les rapports de subalternes et assis sur une chaise, avait passé de longues heures à aller et venir pour discuter avec quelques autres officiers, et palabrer du temps qu’il faisait à Paris.
Mais à l’approche de von G, la tension était palpable dans les rangs parisiens, et sur un ordre bref, les soldats allemands s’étaient rangés, prêts à contenir la foule qui devenait lentement, mais sûrement, menaçante.
La rumeur gronda, augmenta à l’approche de tout le gratin, mais Philipp, résistant à donner un ordre qui pouvait tout faire flamber, tarda à donner le feu vert aux soldats pour se montrer plus menaçants. Mais il y avait toujours une étincelle, et alors que Philipp s’était éloigné, appelé par son subalterne, un cri unanime de colère monta dans la rue, comùe une folle clameur, et dans ce brouhaha soudain, il entendi ses hommes crier des odres. En observant la scène de loin, interdit, Philipp savait qu’il n’y avait plus rien à faire, sinon sauver ses galons. Dans un ordre bref mais ferme, il fit contenir la foule et jouer des armes. Ses sous-officiers couraient vers lui demandant les ordres, insistant pour qu’il se charge de von G, que le colonel avait totalement oublié. Les cris couvraient sa voix alors qu’il lançait quelques gestes pour indiquer à des patrouilles de renfort où se rendre et renforcer la cordon de sécurité qui avait volé en éclat.

C’est là, dans la foule indescriptible qu’il l’aperçue. Ses cheveux bruns, son regard ferme et déterminé, cette volotné de fer dans un corps de femme fragile. Que faisait Manon Vieugué ici? Il la savait si proche des résistants qu’il craignait qu’elle ne fut pour quelque chose dans ce débordement. Poussant soldats et français, il tenta de se précipiter vers elle, mais alors qu’un soldat incompétent lui bloquait le passage, une formidable explosion retentit, et il sentit un violent souffle balayer toute la place, plaquant au sol hommes, femmes et enfants. Il se projeta à terre d’instinct pour se protéger, les oreilles bourdonnantes; la fumée était âcre et il reconnaissait l’odeur de la poudre qui flambait, lui rappelant le front de la Grande Guerre. De l’artisanal, évidemment! Philipp se releva péniblement et jeta un oeil à ce qui était devenu un champs de bataille sanglant. Les blessés titubaient, les valides tentaient de se sauver de là, cherchaient leurs enfants ou des proches et les cris résonnaient déjà dans sa tête. Mais il ne voyait aucune de ces ombres autour de lui, son regard était rivé vers le manteau qu’il avait reconnu tout à l’heure.
Les cheveux bruns étaient éparpillés autour d’elle, et refusant d’aider quiconque, il se précipita vers Manon Vieugué, priant qu’elle soit encore en vie.

-Manon! Allongée sur le côté il la retourna doucement pour ne pas lui faire plus de mal, et aperçu une large tâche ensanglantée sous elle. Il ne fallait pas la regarder. Il ne fallait pas se préoccuper de cela...c’était sûrement moins grace qu’il n’y paraissait! Manon était forte, jeune, en excellente consitution...elle saurait se relever… Il la ferait partir en Suisse, elle y serait tranquille pour recouvrer la santé!
Mais il se disait surtout cela pour se rassurer, car la main qui se serra autour de la sienne était trop froide pour être en pleine santé. Les yeux d’azur étaient brouillés, le teint devenait plus pâle encore que devait l’être le sien.
-Tout va bien se passer, parvint-il à articuler, s’efforçant de rester calme pour ne pas la faire paniquer. Tout ira bien….Il passa une main qu’il retenait de trembler, dans ses cheveux, caressant le front de la jeune femme. Manon...sa rédemption…
Un sourire douloureux passa sur le visage de la jeune femme, et tenant toujours la main de Philipp, la porta sur sa poitrine. Il essaya de retirer sa main, le moment était mal choisi, mais la jeune femme la retint; il y avait de ces moments où deux esprits s’entendent tant qu’ils se comprennent sans une parole, et cet instant venait d’arriver. Philipp vit la poche poitrine légèrement gonflée, et délicatement, retira un papier pié en quatre, intact.
Il devina de quoi il s’agissait, et sans un mot, le glissa dans sa poche. Il ne pouvait pas l’ouvrir ici, mais il su que l’heure du choix était venu.

Sous sa main, il sentit le coeur de Manon battre plus lentement, doucement, et alors qu’il s'estompait sous ses doigts, le colonel sentit une larme rouler sur cette joue qui n’en n’avait plus connu depuis trop longtemps. Il leva une main lente,caressant la tempe de Manon, partageant une ultime fois ce regard de porcelaine, ces yeux qui avaient si souvent flamboyé devant lui, ces yeux qu’il avait mis en colère, qu’il avait agacé, qui l’avaient visé pour lui jeter tant de choses à la figure...Ces yeux qui avaient pleuré lorsqu’ils s’étaient connus, lorsqu’il l’avait protégé la première fois. Il lui avait promis...il l’avait gardé à ses côtés pour savoir son coeur battre non loin du sien, mais il avait failli, à nouveau. Il entendit à peine la voix de ses subalternes qui l’appelaient, il resta là, prostré, devant la deuxième et dernière femme qu’il devait aimer et dont il sentait le poul lent sous ses doigts tremblants.


*Fin pour Philou*
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Sam 28 Fév - 19:10

Marie-Louise et moi sommes figés au pied de cet escalier, sans bien savoir quoi faire. La logique voudrait qu'on se tire le plus vite possible, surtout en voyant cette main inerte à quelques mètres de nous. On ne pourra probablement rien faire pour notre équipier et ce serait risquer notre vie pour rien.

Et pourtant, je n'arrive pas à me décider. Je n'arrive à me dire que c'est fini pour lui et surtout, que je vais encore abandonner quelqu'un sans me battre. Et je peux voir dans le regard de la jeune femme que ce n'est qu'une question de secondes avant qu'elle ne se décide à monter ces satanées marches à et affronter ce qu'il y a là-haut. Malheureusement, impossible de savoir ce qui nous attend et ce serait totalement stupide de se jeter dans la gueule du loup alors que la porte de sortie n'est qu'à quelques pas de nous.

Je soupire et je pose un index sur mes lèvres alors que je commence à monter, le plus silencieusement possible. C'est probablement la pire idée que j'ai pu avoir aujourd'hui mais je incapable de me résoudre à faire autre chose. Et puis, après tout, je m'attends au pire depuis tellement longtemps, je sais qu'il finira par arriver tôt ou tard alors autant que ce soit pour avoir tenté de sauver un des nôtres.

Et soudain c'est l'explosion.

Je me fige dans l'escalier, jetant un regard à Marie-Louise. Impossible de ne pas reconnaitre ce bruit aussi assourdi qu'il soit par la distance et les murs qui nous entourent et, l'espace d'un instant, j'imagine le pire.

J'entends alors des cris en allemands. Au ton, je devine qu'il s'agit d'ordres lancés d'un ton un rien paniqué et avant qu'on ait le temps de faire quoi que ce soit, je vois trois soldats débouler à toute allure dans les escaliers avant qu'ils ne nous bousculent contre les murs pour passer.

Notre cas ne les intéresse pas, heureusement pour nous. Mais ça ne me dit rien qui vaille avec ce qui se passe à l'extérieur. Je me dis que ça doit être un chaos indescriptible mais, pour l'heure, je préfère me focaliser sur l'urgence. Nous sortir de là tous les trois si possible. Et en vie ce serait encore mieux.

Je gravis les quelques marches qui me séparent encore de Michael et j'entends l'irlandaise qui me suit sans dire un mot. Pourtant, elle doit fulminer à peu près autant que moi si ce n'est plus.

Je pose ma main sur le torse de notre complice et je sens son cœur battre malgré le sang dont il est maculé. Je réprime un soupir de soulagement et je lève les yeux en direction de Marie-Louise qui surveille les escaliers avec cette mine butée de celle qui ne bougera pas tant qu'elle ne saura pas ce qu'il en est.

"Il respire encore. Attrape son bras, je prends l'autre et on sort d'ici avant qu'ils n'aient la présence d'esprit de revenir et de nous faire visiter leurs caves et d'essayer de nous faire parler de la pluie et du beau temps."

Alors que je l'attrape la main de Michael, il laisse échapper un gémissement mais ne semble pas vouloir reprendre conscience dans l'immédiat. L'irlandaise s'exécute et marmonne quelques paroles que je m'efforce d'ignorer de mon mieux et on commence à descendre les escaliers avec difficulté mais, par miracle, sans croiser personne. Ils doivent être tous partis en direction de l'explosion et une part de moi commence à vraiment se laisser gagner par l'inquiétude.

Qu'est ce qui s'est passé ? Qui est blessé ? Qui des nôtres était sur place ?

Toutes ces questions s'entrechoquent dans mon esprit alors qu'on file dans les couloirs, atteignant enfin cette sortie de secours. Les réponses attendront de mettre Michael à l'abri.

Mais j'espère quand même que les allemands ont été les principales victimes de cette explosion. Même si on risque de le payer cher. Très cher. Mais ça, on le verra plus tard.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Ven 3 Avr - 11:59

On aurait légitimement pu se demander ce qui avait poussé Maxime Andrieu à suivre Rachel dans la foule, puis à la tirer de celle-ci en pleine panique, alors même qu'il n'avait aucun espèce d'intérêt pour la jeune femme sinon celui de la dénoncer aux Allemands lorsqu'elle aurait enfin craché le morceau sur ses activités au Réveil. Après tout, il ne manquait pas de ressources, il aurait très bien pu se trouver une autre proie, s'éviter un bain de foule peu agréable, et surtout une blessure qui l'obligeait à serrer les dents au moindre geste. D'aucun aurait pu en conclure que son obstination le perdrait, car c'était bien par pure fierté qu'il était allé chercher sa camarade et proie toute désignée, mais tant pis : Maxime était trop mauvais perdant pour laisser une bande d'excités et une bombe lui ravir son petit succès – parce qu'il ne doutait pas de son succès. Même si en l'occurrence, cette même fierté l'obligeait à faire comme si de rien n'était (il n'allait quand même pas jouer les grands blessés devant Lévi !) parce qu'il avait été assez imprudent (et malchanceux, admettons-le) pour se retrouver avec un éclat de bombe dans le bras.  
- Personne ne t'a rien demandé, Andrieu, fit justement remarquer Rachel alors qu'il ironisait sur sa tendance à jouer les rebelles, qu'est-ce que tu venais faire dans la manifestation, ô parfait petit émule de Vichy ? Tu voulais venir m'arrêter toi-même ? Tu ne manques pas de culot ni d'inconscience. Je me serais très bien débrouillée toute seule...
Maxime aurait volontiers fait remarquer qu'il voyait mal comment elle aurait pu se passer de lui (ce qui ne l'étonnait pas, soit dit en passant, elle était déjà assez inconsciente pour écrire dans un journal clandestin) mais il suivit le regard de la jeune femme, et celui-ci s'était posé sur son bras. Bon, cette fichue blessure commençait à l'agacer.
- Tu as été blessé ?... Par la bombe ? Tu devrais aller voir un docteur rapidement. La Croix-Rouge n'est pas très loin.
- On ne t'a rien demandé non plus, répliqua-t-il en essayant de singer le ton qu'elle avait employé quelques instants plus tôt.

Mais Rachel n'avait pas l'air de vouloir faire grand cas de ce qu'il pouvait bien dire, et ce fut à son tour de l'attraper par le poignet pour l'entraîner à sa suite.
- Viens avec moi, je vais te conduire à la Croix-Rouge, je connais l'un des médecins là-bas, il pourra s'occuper de toi assez rapidement. Je m'en voudrais que tu restes handicapé par ton bras à vie parce que j'ai osé jouer les rebelles lors d'une manifestation.
On aurait pu penser que c'était là une réaction inattendue, elle avait encore plus intérêt que lui à le planter là sans l'aider, mais Maxime, non sans mauvaise foi, songea qu'il n'y avait même pas de quoi s'étonner. Évidemment, elle ne pouvait s'empêcher de jouer les grands cœurs. Ça collait tellement bien avec Rachel Lévi, la gentille innocente reconvertie en défenderesse de la veuve et de l'orphelin (ou à peu près). Il soupira en levant les yeux au ciel, alors qu'elle l'entraînait sur une place de la Concorde qui s'était brusquement vidée. Peut-être considérait-elle qu'ils seraient quittes. Cette fois, ce un rictus ironique qui tordit ses lèvres : elle ne pouvait raisonnablement l'espérer, ou alors elle était encore plus naïve qu'il ne l'imaginait. Maxime n'avait pas l'intention de lâcher l'affaire, mais il lui épargna néanmoins une réponse sarcastique le temps que dura leur traversée de la place, son regard se perdant un instant autour d'eux, où l'on distinguait maintenant assez clairement les quelques cadavres entourés de soldats allemands. Qui pouvait bien être assez idiot pour vouloir poser une bombe dans de telles conditions ?

Ils parvinrent assez rapidement au dispensaire. Andrieu songea un instant que les Allemands risquaient de ne pas apprécier de la trouver sans son étoile jaune, et qu'il n'était toujours pas question de laisser les secrets de Rachel lui échapper, mais tout le monde avait l'air bien trop préoccupé pour lui accorder trop d'attention.
- Au fait, si tout ceci est une manœuvre pour me faire avouer un quelconque secret stupide à propos d'un journal, vu que tu as cette idée dans la tête... Ne compte pas trop là-dessus. Non seulement j'aurais pu me débrouiller seule, mais en plus, tu m'attendris pas le moins du monde. C'est douloureux ?
- Franchement, tu crois que je me serais donné cette peine pour t'attendrir ? répondit Maxime, non sans une grimace qui le dispensait de répondre à sa question.
Le dispensaire était plein, néanmoins une jeune femme blonde qu'il avait aperçue un peu plus tôt entrain de discuter avec Cabanel avisa rapidement Rachel, et lui envoya une blouse blanche (enfin quelqu'un d'intelligent par ici) avant de lui ordonner de s'asseoir.
- Tu devrais reconsidérer tes études, tu fais presque plus crédible en blouse que quand tu écris, lança le jeune homme à sa camarade tout en obéissant, sans doute plus pour le plaisir de lancer un sarcasme qu'autre chose (il avait mal, et cela l'agaçait). Il fut de toute façon rapidement plus intéressé par le juron de l'infirmière, l'absence du médecin après lequel elle s'égosillait, et l'aspect général de la plaie. Merveilleux.
- Je ne suis qu'infirmière mais je pense être en mesure de m'occuper de votre blessure. Sinon, il vous faudra attendre que le médecin intervienne. Je vous laisse cinq secondes pour choisir.

Maxime dévisagea un instant la jeune femme, comme sil essayait de décider de sa capacité ou non à ne pas l'amputer totalement de son bras. Puis jugeant qu'ils avaient perdu assez de temps, il lança :
- Sortez-moi cet éclat du bras, puisque vous êtes là, on ne va pas y passer la nuit.
Là-dessus, il leva les yeux au ciel en direction de Rachel, comme si ce qu'il venait de dire était une évidence, mais il dut rapidement cesser de faire le fier lorsque l'infirmière s'attela effectivement à la tache. Dents serrées, poings crispés, il regretta une fois de plus d'avoir insisté pour faire partie de la délégation chargée de l'accueil du Gruppenführer, et eut toutes les peines du monde à retenir quelques jurons – pur orgueil là encore, avant de se laisser aller à un soupir de soulagement lorsqu'elle en eut terminé et se mit à bander la plaie.
- Vous saurez au moins que vous pouvez faire une infirmière efficace, lança-t-il à la jeune femme, avant de lever les yeux vers Rachel que l'on venait d'interpeller en la prenant visiblement elle aussi pour un médecin (pauvre blessé). Nous n'en avons pas terminé pour autant, Lévi, lui glissa-t-il avant qu'elle ne disparaisse dans un de ces sourires qui lui étaient propres.
Là-dessus, Maxime laissa l'infirmière blonde (fort jolie, au demeurant) s'en retourner à d'autres blessés, et jugea qu'il était plus que temps de rentrer. Il se leva, en songeant que son frère allait pouvoir se moquer de lui, quand bien même il aurait très bien pu sauter lui aussi sur cette bombe, et qu'il allait lui falloir des explications à fournir à son père pour la blessure. Juste avant de sortir du dispensaire, il avisa Cabanel. Tiens, lui aussi avait survécu, décidément, la résistance avait raté son action de bout en bout.
- Toujours en vie, Cabanel ? J'espère que vous n'allez pas trop le regretter, j'en connais qui risquent de ne pas être contents... !
Là-dessus, il salua un peu cavalièrement le conseiller, puis sortit sur la place désormais presque vide, non sans laisser échapper une grimace douloureuse une fois hors de vue. Définitivement : mauvaise journée.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Ven 3 Avr - 12:03

S'il y avait bien une chose qu'Elsa détestait, c'était l'impuissance, sentir les choses lui échapper et ne rien pouvoir y faire, quand bien même elles se déroulaient sous ses yeux, or c'est bien le sentiment qui l'assaillit quand, depuis son perchoir improvisé, elle eut tout le loisir de se rendre compte que l'opération ne se déroulait définitivement pas selon leurs plans. La place de la Concorde, noire de monde, s'était transformée en véritable piège pour quiconque osait s'aventurer parmi les manifestants, et malgré l'imposante escorte qui tentait de se former autour de lui afin de faire barrage aux Parisiens en colère, le Gruppenführer lui-même semblait bien petit au milieu d'une foule particulièrement hostile – mais peu importait à la jeune femme qui ne voyait alors qu'une chose : elle venait d'envoyer André et la bombe droit vers les tribunes pour rien. La meilleure option aurait été – au mieux – d'attendre que Glucks y retourne, voire de tout annuler mais elle avait beau sonder la masse du regard, elle était bien trop nombreuse pour y repérer un simple jeune homme, quand bien même le sac qu'il transportait avec lui comportait assez d'explosif pour en faire une véritable bombe humaine. Elsa ne croyait pas si bien penser lorsque cette idée crispa froidement ses traits. C'était le pire des scénarios possibles, mais s'il lui traversa l'esprit un instant, elle refusa de l'envisager dans l'immédiat. André allait bien finir par se rendre compte que quelque chose ne tournait pas rond. Après tout, la bombe n'exploserait pas tant que le mécanisme ne serait pas déclenché.

L'espace d'un instant, ce ne fut d'ailleurs plus l'engin qui occupa l'esprit de la jeune chef de réseau, mais bien les Parisiens, au moment où, dans l'escorte qui tentait vainement de suivre Glucks dans sa folle sortie, son regard se posa sur une silhouette connue, celle du conseiller Cabanel – qui ne se trouvait définitivement pas au bon endroit, et dont elle se demanda ce qu'il faisait sur cette place alors même que Londres était au courant qu'une opération était prévue et aurait dû prévenir ses agents de fuir les lieux. Mais Cabanel lui aussi devint bientôt secondaire aux yeux d'Elsa qui vit très clairement une nouvelle vague de colère soulever la foule, plus violemment encore que les précédents, si bien que les rangées de soldats allemands censés sécuriser l'espace réservé aux officiels cédèrent sous la pression. Le mouvement fut si brusque que par réflexe, elle s'accrocha un instant à son perchoir, alors qu'autour de ce dernier, on en voyait déjà certains chuter, ou se débattre dans la masse. En quelques secondes, la confusion fut totale et elle ne put qu'échanger un regard avec Jacques qui se trouvait toujours non loin.
- Il faut qu'on arrête !
Elle ne savait pas ce que faisaient les hommes de X1, ou qui avait mal joué son rôle, mais visiblement, ils ne maîtrisaient pas plus la situation qu'eux, et il n'était pas temps de s'interroger sur ce qui n'avait pas marché, l'urgence était ailleurs. Il fallait définitivement mettre fin à cette opération, tout de suite, avant qu'elle ne fasse plus de dégâts que prévu. Il fallait absolument retrouver André, même si elle osait attendre de sa part un minimum de bon sens : personne n'irait faire exploser une bombe dans un chaos pareil. Hélas, il était trop tard, même avec tout le bon sens du monde. Et alors qu'Elsa envisageait de descendre de son point de vue pour retrouver le jeune homme, le pire des scénario se produisit.

Le souffle de l'explosion la projeta violemment à terre depuis le socle de la statue, si bien qu'elle en perdit sans doute conscience quelques secondes, car lorsqu'elle ouvrit les yeux, le chaos qui régnait autour d'elle n'avait plus rien à voir avec la fureur massive qui soulevait la foule quelques secondes auparavant. Les gens couraient, certains gisaient au sol comme elle, ou criaient – du moins paraissaient crier, mais les sons, recouverts par un sifflement lancinant, ne lui parvenaient qu'assourdis et tout semblait se dérouler derrière un voile opaque qui brouillait sa vision. Elle n'avait pas même clairement conscience de ce qui se passait, pas jusqu'à ce que dans la panique, quelqu'un ne vienne buter contre elle, sans se préoccuper de la piétiner ou non, brisant brusquement la chape de plomb qui pesait sur elle. Dans le vacarme, Elsa se recroquevilla sur elle-même et ferma un instant les yeux, comme si elle pourrait ainsi reprendre ses esprits, et oublier la douleur qui lui vrillait la tête. Lorsqu'elle les rouvrit, une silhouette se dressait devant elle. Par réflexe, elle leva le bras pour attraper la main qui lui était tendue, et se retrouva sur ses deux pieds avant d'avoir bien pu comprendre comment, en tâchant de reprendre son souffle et de dissiper un vertige. Là, et seulement là, lorsqu'elle put enfin avoir un aperçu plus large de ce qui se passait, elle réalisa ce qui s'était produit. La bombe avait bien explosé. Mais dans la foule. Un éclat de stupeur se peignit sur ses traits, preuve qu'elle n'avait pas tout à fait repris ses esprits. Une voix à ses côtés attira brusquement son attention, et enfin, elle reconnut Edouard Cabanel.
- Fuyez ! Vite, vite ! Vous pouvez encore vous faufiler !
Elle sursauta alors qu'il faisait deux pas vers elle. C'était évident, les Allemands allaient boucler les lieux à la recherche des responsables, et ils la connaissaient. Il ne fallait pas traîner par ici, cette urgence la fit revenir à elle-même et elle prit à peine le temps de hocher la tête vers le conseiller avant de tourner les talons. Le moment n'était pas à réfléchir. Elle devait sortir de là, ensuite... ensuite elle aurait de quoi penser.

Elsa vacillait encore sur ses pieds, la tête dans un étau, lorsque son regard tomba sur Reynaud, courbé en deux au dessus du sol. Elle l'appela une première fois, sans succès et l'espace d'un instant, son regard fut attiré par un groupe de quelques soldats non loin. Ils cherchaient les victimes sans doute, mais ils risquaient fort de tomber sur les coupables. Sans perdre de temps, elle saisit son complice par le bras, sans lui laisser le temps de protester et sur un « il ne faut pas traîner » impérieux, l'entraîna avec elle, assez loin pour échapper à la vue des Allemands. Il avait l'air choqué, au bas mot mais ils n'avaient pas le temps de s'étendre. Pas ici, et certainement pas maintenant.
- On se sépare, tu retournes droit chez toi... Tu m'entends ? asséna-t-elle froidement. On se voit dans quelques jours. Allez !
La jeune chef l'observa un court instant s'éloigner, comme si elle souhaitait s'assurer qu'il suivait bien ses instructions, puis tourna les talons à son tour. Elle ne pouvait pas plus rester là que lui, mais rien n'était décidément voué à se passer comme prévu ce jour-là, et si Elsa réussit à faire quelques pas, elle ne put ignorer bien longtemps les vertiges, et la douleur qui tambourinait dans sa tête. Elle devait tituber, et ne pas être si éloignée de la foule qu'elle le pensait, car avant qu'elle ne cède finalement et ne s'effondre, un inconnu bien intentionné la rattrapa tout en s'adressant à quelqu'un d'autre. Confusément, elle comprit qu'il comptait l'emmener au dispensaire, qu'elle avait repéré un peu plus loin sur l'avenue... ce qui ne devait surtout pas arriver.  Elle voulut se dégager, mais il n'eut pas même l'air de se rendre compte qu'elle se débattait et n'eut aucun mal à l'entraîner là où il le souhaitait, tandis qu'elle peinait à rassembler ses idées.

L'agitation au dispensaire, si elle n'était d'aucune aide pour y voir plus clair, avait au moins le mérite d'éviter que l'on s'intéresse immédiatement à elle. Elsa, que l'inconnu portait à moitié, parvint à repérer quelques uniformes, sans plus, et songea que les Allemands devaient être occupés à l'extérieur pour chercher coupables et victimes. Victimes sur lesquelles elle s'empêcha de s'arrêter, elle ne pouvait pas y songer maintenant, quand bien même elle avait le macabre résultat de son erreur sous les yeux. Elle crut un instant être sauvée lorsqu'elle reconnut une infirmière de sa connaissance, membre du SOE et qui comprendrait l'urgence à la faire sortir, mais l'inconnu trop zélé ne lui laissa pas le temps de dire un mot.
- Vous, mademoiselle ! lança l'homme en s'adressa à une jeune femme en blouse, vous n'avez pas l'air occupée, venez par ici !
La résistante leva la tête vers l'infirmière que l'on venait d'apostropher... et crut un instant halluciner. Mais la douleur n'y était pour rien, et elle dut bien se rendre à l'évidence : c'était Rachel Levi que l'on venait d'appeler, cette ancienne amie dont la famille l'avait recueillie quelques jours après l'arrestation de sa mère, et qu'elle n'avait pas vue depuis qu'elle les avait quittés en ne laissant derrière elle qu'un vague mot. Elle aurait pu se demander ce qu'elle faisait là, mais l'inconnu venait de l'abandonner sur une chaise, et elle reprenant enfin ses esprits, elle saisit l'occasion et s'adressa à Rachel.
- Il faut que je parle à l'infirmière blonde... Victoire. Je ne dois pas rester là.
Il y avait même urgence, ce que laissait assez bien voir son ton sans appel. Quand bien même il s'agissait de quelques mots bien peu appropriés à de telles retrouvailles...


(Ces posts sont trop longs, navrée, c'est d'avoir écrit en 36 fois ça... )

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Dim 5 Avr - 20:06

Avec la malchance qui la poursuivait depuis quelques temps, Emy aurait dû deviner que la journée ne pouvait pas aller en s'améliorant – ça aurait été trop en demander au destin qui prenait un malin plaisir à la tourmenter dès qu'il le pouvait, quand elle n'était pas assez stupide pour lui en livrer elle-même une occasion (et sur un plateau d'argent s'il vous plaît) comme par exemple en allant prendre un bain de foule en pleine manifestation. Bon d'accord, s'accorder tout le crédit de ce qui semblait sur le point de virer à la catastrophe sur le prétexte que sa vie allait de mal en pis depuis quelques semaines était peut-être un brin narcissique, mais tout de même, lorsqu'elle se rendit compte qu'elle n'avait plus qu'un contrôle très relatif sur ce qu'elle faisait et la direction qu'elle prenait, Emy ne put s'empêcher de songer qu'elle avait définitivement dû s'attirer le mauvais œil à un moment donné – ce qui était toujours mieux que de prendre le temps de réfléchir à la brusque sensation de malaise qui l'assaillait au milieu de tous ces gens contre lesquels elle était pressée, coincée et ballottés sans pouvoir y remédier. Elle profita même d'un très court instant d'accalmie pour s'autoriser un soupir : franchement, une journée sans événement déplaisant (si l'on considérait que devoir couvrir l'arrivée d'un haut gradé nazi n'était pas déjà un événement déplaisant en soit) était-ce vraiment, vraiment trop demander ? Le frisson de dégoût qui la parcourut de part en part au moment où elle se retrouva plaquée contre un anonyme qui ne lui prêta pas même attention lui confirma qu'en tout cas, pour aujourd'hui, elle n'était pas au bout de ses peines.

Plutôt que de ressasser, Emy se rappela brusquement la présence d'Eva auprès d'elle – du moins quelques minutes auparavant, mais lorsqu'elle se retourna pour essayer d'attraper son amie dans le vague espoir qu'elles seraient plus efficaces à deux, elle fut amèrement déçue de constater que celle-ci n'était plus à ses côtés, mais plusieurs mètres derrière elle, et qu'elle la devinait d'ailleurs de plus en plus mal. De mieux en mieux, tout cela. Il ne manquait plus qu'un mouvement d'humeur des Allemands pour calmer tout ce beau monde, et ils auraient touché le fond – du moins c'est ce qu'elle pensait, jusqu'à ce qu'un mouvement de foule plus violent que les autres ne l'entraîne. Brusquement, elle se retrouva comme aspirée par une force contre laquelle elle ne pouvait pas lutter, sans comprendre ce qui se passait... et sans avoir le temps d'y réfléchir : l'explosion l'en empêcha.

La jeune femme ne comprit pas immédiatement ce qui s'était passé. Pendant quelques secondes qui lui parurent très longues pour porter le nom de « secondes », plus aucun son ne lui parvint sinon un sifflement lancinant digne des piverts qui pouvaient tambouriner dans sa tête lorsqu'elle avait trop bu. Voire pire, à la réflexion – or elle pensait jusque là la chose impossible. Néanmoins, son retour à la réalité ne fut pas beaucoup plus agréable puisqu'il fut provoqué par un hurlement non loin, et sursautant brusquement, Emy réalisa deux choses : qu'elle avait été jetée à terre, et qu'un véritable chaos régnait autour d'elle. Un vent de panique, qui la poussa à se redresser promptement : elle n'avait pas l'intention de se laisser piétiner et pour une fois, la malchance était allée s'abattre ailleurs, lui épargnant une blessure plus grave que quelques égratignures. A considérer du moins que la malchance n'était pas partout sur la place, ce qui était faire preuve de beaucoup trop d'optimisme, songea-t-elle lorsqu'elle put jeter un regard autour d'elle et constater l'étendue des dégâts. Un frisson la parcourut de part en part, tandis que sans qu'elle ne le veuille réellement, ses yeux accrochaient à ceux d'un homme qui tenait une femme passablement amochée dans ses bras. Elle était visiblement la seule à les avoir vus, et il y avait un tel accent de désespoir dans ce regard qu'elle se sentit coupable d'avoir d'abord songé à les ignorer comme les autres, et fuir à son tour (la bouteille de rhum, au fond de son placard, lui semblait être une raison assez évidente de courir chez elle). Elle s'approcha finalement, non sans maudire les fuyards qui continuaient à se bousculer.
- Il faut l'amener au dispensaire, il n'est pas trop loin je crois... je vais vous aider.

La jeune femme était inconsciente, et son compagnon d'une carrure peu impressionnante, mais à deux ils parvinrent à la soutenir à tant bien que mal, à rejoindre les tentes de la Croix Rouge, brusquement débordées, si bien qu'Emy dut se mettre en quête d'une infirmière (non sans apercevoir au passage un certain nombre de têtes connues, mais elle avait pour une fois mieux à faire que de fuir le regard de Rachel Lévi ou d'en lancer un mauvais à Cabanel) – laquelle infirmière eut un mal fou à comprendre que ce n'était pas elle qui était blessée, malgré la tâche de sang sur son épaule et failli réussir à lui ôter sa chemise pour examiner une plaie qui n'existait pas. Lorsqu'elle eut enfin réussi à la ramener au chevet de la véritable blessée, Emy soupira. L'ambiance ici était encore plus macabre que sur la place, et brusquement, elle songea à Eva. Où était-elle ? Une forme vacillante à la chevelure blonde attira enfin son attention, et elle se précipita sur son amie qui s'apprêtait à sortir.
- Eva ! Tu vas bien ? l'appela-t-elle avant même d'avoir pu la dévisager. Tu es blessée ? Question idiote : comme si ça ne se voyait pas. Ça va ?
Il n'était pas certain qu'Emy ait réalisé ou pris l'ampleur de ce qui venait de se produire, et elle se garda bien d'y réfléchir dans l'immédiat. Les Allemands, les manifestants, les rumeurs d'un attentat, une explosion.. tout cela ressemblait fort à quelque chose ayant mal tourné. Une action de la résistance qui avait visiblement fait plus de victimes civiles que parmi les officiers. Un coup dur pour les Parisiens jusque là relativement épargnés. Mais face à son amie et collègue qui était pâle comme linge, Emy préféra repousser toutes ces questions.
- Je te ramène chez toi, d'accord ?
Ce qui n'était pas franchement une question, elle n'avait pas l'intention de lui laisser le choix. Et à vrai dire, Emy voyait avec un certain soulagement arriver le moment de retrouver son propre appartement où elle pourrait ruminer cette foutue malchance (toute relative, vu ce que d'autres subissaient aujourd'hui) en paix. Avec son chat. Et un verre d'alcool.

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Rachel Lévi
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mer 22 Avr - 22:04

En moins de temps qu'il ne fallut pour le dire, Rachel Lévi se retrouva métamorphosée en infirmière, vêtue de la blouse caractéristique des jeunes femmes qui œuvraient pour la Croix Rouge. Grâce aux bons offices de son amie Victoire qu'elle avait miraculeusement réussi à repérer dans ce brouhaha qu'était devenue la tente des médecins, elle ne paraissait plus aussi suspecte aux yeux des Allemands ou du moins n'auraient-ils pas l'idée de lui demander ses papiers, car il fallait le vouloir pour suspecter une aussi jeune femme de poser des bombes et de fomenter des assassinats – bon d'accord, la suite allait prouver que des jeunes femmes pouvaient bien poser des bombes et fomenter des assassinats, mais pour sa défense, Rachel n'était pas encore au courant de tout. Évidemment, ce déguisement comportait un défaut majeur, qui était qu'on pouvait la prendre pour une véritable infirmière et lui demander de soigner un quelconque blessé, mais la jeune femme était restée bloquée sur les termes employés par Victoire et ne se rendait pas compte du danger à rester visiblement inoccupée – elle qui n'aimait guère soigner même les écorchements de sa petite sœur. « Pas de place pour les proches apeurés » ? Où est-ce que Victoire pouvait bien voir qu'elle était proche d'Andrieu et que, pire encore, elle avait peur pour lui ? D'accord, elle l'avait bien accompagné pour trouver un médecin mais cela signifiait qu'elle était surtout stupide et naïve, et qu'au lieu d'éliminer ses ennemis, elle les aidait à s'en sortir. Elle qui clamait tant qu'elle n'avait pas besoin qu'on la protège aurait peut-être gagné à prendre quelques leçons d'auto-défense. Mais elle regardait davantage le bras de son condisciple avec dégoût – ce que ça pouvait saigner ces petites choses-là – qu'avec frayeur. Enfin pour sa défense, Victoire avait d'autres chats à fouetter qu'à comprendre le pourquoi du comment des mésaventures de Rachel avec le type qui voulait la dénoncer et elle renonça à s'expliquer quand on commença à parler de perte de bras. Elle profita toutefois d'un instant où Victoire se retournait pour chercher du regard un médecin plus qualifié pour glisser à Maxime :
- Moi plus crédible en blouse ? Mais tu as raison, d'ailleurs, je peux m'occuper de toi si tu le souhaites, histoire que de ton côté, tu ne puisses plus écrire du tout, termina-t-elle avec un sourire ingénu, tout en appuyant sur le bras du jeune homme qui ne put s'empêcher de pousser un cri de douleur.
Rachel prit un air innocent quand Victoire se retourna, sans doute alertée par le bruit, mais jugea plus prudent de reculer un peu. Après tout, elle n'avait pas très bien compris, mais elle allait sans doute assister à une amputation et elle n'avait guère envie de se trouver aux premières loges. Avec un peu de chance, elle allait peut-être pouvoir s'éclipser discrètement et abandonner Andrieu aux mains de la Croix-Rouge, elle avait toute confiance en eux pour le martyriser, et il ne trouverait pas le moyen de vouloir la raccompagner chez elle.

Mais évidemment, au moment où elle levait le nez en l'air, elle fut apostrophée par un homme qui soutenait une jeune femme rousse qui baissait la tête et que Rachel ne reconnut pas immédiatement :
- Vous, mademoiselle ! Vous n'avez pas l'air occupée, venez par là !
Rachel était en réalité très occupée à se demander comme fuir à toutes jambes sans ternir l'image de la Croix-Rouge mais il n'était pas certain que les dizaines de soldats allemands qui occupaient la sortie de la tente la laisseraient partir sans la poursuivre, aussi dans le doute, elle obtempéra avec la même mine affairée que Victoire, tout en se disant qu'elle pourrait toujours prétendre aller chercher un médecin. Si elle put constater avec soulagement que la blessée n'était pas couverte de sang (Dieu merci, elle aurait été bien en peine d'expliquer pourquoi une infirmière comme elle s'était évanouie, pas sûr que l'impact aurait été très positif pour la Croix-Rouge), elle ne put s'empêcher d'ouvrir la bouche en signe de stupéfaction. Elsa ! Qu'est-ce que sa vieille amie d'enfance, Elsa Meyer, fabriquait donc ici ? Rachel avait souvent pensé à elle après 1940, quand elle les avait quittés avec un seul petit mot, après avoir été hébergée par les Lévi, suite à l'arrestation de ses parents, mais elle n'avait eu aucune espèce de nouvelle – sans savoir si c'était bon ou mauvais signe. Mais Elsa ne lui laissa pas le temps de reprendre ses esprits ou de s'inquiéter de la voir si maigre ou blessée, déjà elle lui demandait d'aller chercher Victoire, toujours aux prises avec le bras d'Andrieu que ce dernier avait toujours (quel dommage).
- Il faut que je parle à l'infirmière blonde... Victoire. Je ne dois pas rester là.
Mots bien peu appropriés pour de telles retrouvailles entre les deux juives sans étoile, amies d'enfance mais perdues de vue en un temps où le peu de nouvelles était souvent synonyme d'arrestation ou de descente de police. Rachel aurait pu tourner les talons, prévenir Victoire puis disparaître sans demander son reste mais elle resta bloquée, trop ébahie pour faire simplement un mouvement. Elsa avait été recherchée par les Allemands, si elle se trouvait là au milieu de la foule, il ne pouvait pas y avoir plusieurs explications.
- Je... Je ne peux pas te laisser, où as-tu mal ?
- Va chercher Victoire, et ne reviens pas, insista Elsa d'un ton sans réplique, on ne doit pas nous voir ensemble. Et je dois partir au plus vite.
La mort dans l'âme, Rachel tourna les talons et avisa Victoire qui avait enfin quitté Andrieu avec quelques instruments de torture, ce qui la fit pousser un soupir de soulagement. Il n'était pas question d'attirer l'attention de son camarade de promotion sur Elsa : elle encore, il avait quelque chose à tirer d'elle, mais Elsa, rien ne pourrait l'arrêter s'il décidait de la dénoncer.
- Victoire, l'arrêta-t-elle en la prenant par le bras, il y a cette fille rousse, là-bas, elle demande ton aide. C'est..., elle hésita un instant avant de continuer à voix basse, ce qui était proprement stupide vu le bruit qu'il y avait autour d'elles, tu peux aller la voir, s'il te plaît ? Je ne veux pas qu'il puisse lui arriver quelque chose, je peux l'aider à partir...

La jeune femme allait d'ailleurs rejoindre sa vieille amie d'enfance, en songeant que cette fois-ci, elle pourrait peut-être passer pour une « proche apeurée », mais elle fut arrêtée par une poigne dont elle ne parvint pas à se délivrer, si bien qu'elle vit Victoire s'éloigner en direction d'Elsa sans elle. C'était bien un Allemand qui l'avait saisie, mais son visage sévère n'était heureusement pas inconnu à Rachel :
- ça suffit, grommela Hasko Landgraf, un médecin de la Croix-Rouge qu'elle connaissait bien, débarrasse le plancher avant que ça tourne mal.
- Mais...
- Infirmière, allez me chercher un brancard que nous avons à l'extérieur, vite, lui ordonna Hasko d'une voix forte avec un regard d'avertissement, si bien que Rachel ne put qu'obéir aux ordres et se faufiler à l'extérieur, non sans jeter un dernier regard, plein de regret, vers Victoire qui se penchait sur Elsa.
Victoire comprendrait sa disparition. Mais Elsa ? Aurait-elle seulement l'occasion de revoir un jour Elsa ? Ce fut la tête emplie de cette question qu'elle sortir de la tente pour retrouver l'air libre et une place de la Concorde vidée de sa foule. Elle vit vaguement la silhouette de Maxime Andrieu en train de parler au conseiller de l'ambassade de Vichy et en profita pour s'éloigner prestement avant qu'il ne la remarque. Les soldats allemands, en tout cas, la regardèrent passer sans marquer aucune réaction. Après tout, qui irait soupçonner quelqu'un avec une blouse blanche ? Il était grand temps de rentrer chez elle où ses parents, déjà sans doute au courant de l'incident, ne manqueraient de s'inquiéter pour leur fille, combien même n'était-elle pas sensée être là. Et où elle pourrait espérer que Maxime Andrieu allait calmer ses velléités de la poursuivre suite à cette mésaventure qui avait failli lui coûter un bras.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mer 29 Avr - 18:30

- Vous venez de me mettre un sacré coup au ventre avec votre fichu sac, vous ! Ne vous excusez pas surtout !

C'est ainsi qu'un vieil homme acariâtre venait de s'adresser à un jeune, avant de le bousculer avec une étonnante violence  pour son âge. L'adolescent se retrouva alors à tout juste quelques mètres de Manon, tentant de rattraper ce fameux sac cause de l'incident afin qu'il ne tombe pas à terre. La jeune fille toujours accolée contre une de ces barrières en fer essaya de l'aider, pensant bien plus à une bouteille d'alcool achetée au marché noir qu'à une bombe …

Malheureusement, l'objet propulsé par l'élan du gamin chuta un peu plus loin d'eux, au milieu de la foule.

- Pas de chance Je suis déso…

Aucun bruit de verre cassé.

Le regard terrifié et le visage blême comme si la mort y avait laissé son empreinte avant l'heure, le garçon la fixa tout à coup et elle ne put que comprendre l'atroce réalité.

Ce fut à son tour de sentir ses lèvres se dessécher et son coeur devint alors un tambour percutant sa poitrine de soubresauts terrorisés.  Les maigres secondes qui s'écoulèrent lui parurent des siècles et l'image du pied qui écrasa la bombe s'incrusta dans ses iris bien plus que ne l'aurait fait un soleil éblouissant.

Manon voulut crier, la douleur ne lui en laissa pas le temps.

En effet, ses tympans éclatèrent tant le bruit de la déflagration fut violent. Son corps quant à lui avec le souffle, se souleva comme s'il n'avait pas pesé plus lourd qu'une plume et s'écrasa à une certaine distance de l'impact, après avoir heurté un lampadaire de la ville.
 
Les yeux grands ouverts, la jeune fille ne fit aucun geste pour se relever. L'effort était trop surhumain, ses membres lui paraissaient tous brisés. Seuls ses poumons, gonflés de poussière se rappelèrent de temps à autre à elle et lui infligèrent une toux synonyme de terrible souffrance à cause de ses blessures.

La fin était proche, elle le savait, un froid intérieur gagnait tout son être et une larme impuissante coula lentement sur ses joues à cette seule pensée.  

Il n'est donc pas étonnant que dans cet état déplorable, elle s'imagina délirer en apercevant Philip se pencher sur elle et la retourner.  Tendant sa main droite vers lui, elle s'agrippa à sa veste et réalisa qu'il ne s'agissait pas d'une illusion.

-Manon!

Elle lisait sur ses lèvres, ne l'entendant plus du tout …

Il lui assurait que tout irait bien, elle lui sourit avec tristesse et secoua la tête. Non c'était fini, jamais plus elle ne sentirait autour d'elle la chaleur de ses bras, que de minutes précieuses perdues à se déchirer à cause de leurs pays en guerre.  En outre, elle ne remplirait pas à bien sa mission. En somme, plus elle y réfléchissait, plus sa vie, sa si courte vie lui paraissait insignifiante.

Mais peut-être que … oui peut-être que Philip pourrait faire ça pour elle ? Aller jusqu'au bout de cette mission !

Se redressant tout à coup submergée par cet espoir, mais pouvant difficilement parler, Manon ouvrit le pan de son manteau et d'un regard suppliant et insistant, désigna la poche poitrine à son amant.  La main qui tenait jusqu'à maintenant la sienne s'y engouffra et il en sortit le précieux papier qu'elle avait volé sur le bureau de Von Hafer.

Elle prenait là un très gros risque, le colonel avait été un serviteur zélé du Reich mais n'était-elle pas bien placée pour savoir qu'il n'était pas aussi inflexible, aussi fanatique que certains et que depuis quelques temps, il se découvrait des scrupules tendant à résister ? Il fallait qu'il s'en serve pour aider les réseaux non pour les mettre à terre.

- S'il te plait. Pour moi.

Tels furent les derniers mots de la jeune Vieugué.  Le noir le plus complet la priva soudain de la vision de Philip et sa main crispée jusque là relâcha son étreinte. Et tandis que jusqu'à présent, elle avait eu le plus grand mal à respirer, elle sentit ses poumons se gonfler dans un ultime râle. Enfin sa tête chuta sur le trottoir où elle se trouvait.

Sur ses lèvres, un sourire restait gravé, moins triste celui là, triomphant même. Celui que peuvent posséder certaines statues de combattants en sachant que tout n'est pas perdu …

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Le défilé (explosif) des Champs-Élysées   Mer 23 Sep - 19:52

Tu le giflerais.

Autour de vous, c'est le chaos le plus total. De tous côtés, la tente de la Croix-Rouge est prise d'assaut par des parisiens blessés, effrayés, traumatisés. Et l'abruti qui se tient devant toi se permet de faire des petites remarques insidieuses ? Qu'il aille les sortir dans les ambassades ou entre deux cocktails mondains, ses petites répliques cyniques. Vous n'avez pas de place ici pour ce genre d'insolence. Serrant bien plus fort qu'il ne l'aurait fallut le dernier pan de son bandage, tu lui désignas la sortie la plus proche, un rien de colère au fond des yeux. « Au moins l'un de nous sait qu'il est bon à quelque chose. Et maintenant, hors d'ici. J'ai mieux à faire que de gérer un enfant gâté ! »
Sans lui laisser le temps de répliquer, tu tournas les talons, cherchant du regard ton amie envolée, priant pour qu'elle n'ait pas trouvé le moyen de se fourrer encore dans le pétrin. Dans la panique ambiante, tu manquas un instant de ne pas la trouver. Mais les cheveux éclatants de Rachel ne passent guère inaperçus, pas plus que ceux de... Dieu du ciel. Que faisait-elle là ? Ne suffisait-il pas que vous ayez une panique générale sur les bras ? Et Cabanel qui rôdait non loin... Tu fis un détour pour déposer tes instruments sur une console de désinfection proche avant de te diriger sur le duo de chevelures rousses si repérable au fond de la tente. Rachel n'eut qu'à peine le temps d'arriver sur toi. Tes yeux incrédules ne perdaient pas Elsa Auray du regard. Sans même jeter un coup d'oeil à ton amie, tu lui répondis à voix toute aussi basse. « Je m'en occupe. Toi, tu t'en vas. Tu ne dois pas être vue avec cette femme. Rentre chez toi Rachel, avant qu'il ne soit trop tard. Va rassurer tes parents. » Tu voudrais en dire tellement plus. Lui dire combien tu es soulagée de voir qu'elle va bien, que tu espères qu'elle se rend compte du danger qu'elle vient de courir, à plus d'un titre, que ce n'est vraiment pas le moment pour elle de s'afficher avec une femme aussi recherchée quand son étoile jaune n'en finit pas de narguer les gens alentours. Mais il n'y a pas une seule seconde à perdre. Alors tu te contentes de la pousser légèrement vers la sortie, espérant seulement qu'elle aura assez de jugeote pour obéir.

Il te semble que le dispensaire entier à les yeux fixés sur toi. Que les battements de ton coeur sont audibles à tous, que même ton pas empressé prouve ta culpabilité. Il faut qu'elle parte. Au plus vite. Si tu es surprise en pareille compagnie... Tu préfères ne pas même imaginer ce qui pourrait advenir de toi, de Marc, de Violette. De tous ceux qui ont placé en toi ne serait-ce que des miettes de confiance. De ta mince silhouette, tu t'efforces de la dissimuler aux yeux de tous. « Dieu tout puissant, que faites-vous là ? Comment êtes-vous entrée ? » Faut-il que tu sois effarée pour en appeler à ce Dieu en lequel tu ne crois plus guère. « C'est de l'inconscience ! » Tu chuchotes, par réflexe, cherchant désespérément un moyen de la faire quitter les lieux sans attirer l'attention des autorités désormais massées tout autour. « Laissez-moi voir. » Tu écartas brièvement le béret et les cheveux ensanglantés pour découvrir une plaie aux contours incertains. Probablement bénigne. Mais comment s'en assurer dans de telles conditions ? « Nous devons vous faire sortir, absolument. Ici, je ne peux rien faire. Vous connaissez mes horaires de gardes. Venez un soir. » Les mots s'enchaînent et se bousculent à la même vitesse que tes pensées. Comment pourrait-elle passer inaperçue pour quitter l'endroit quand doivent être recherchés activement tous les résistants susceptibles d'avoir posé cette maudite bombe. Qui... à part le personnel soignant ? Tu jaugeas une seconde Elsa avant de détacher ta coiffe. « Ne bougez pas, laissez-moi faire. » De quelques gestes, avec trois épingles prises à ton propre chignon, tu la fixas sur le sommet de son crâne, prenant garde à ne pas égratigner davantage sa blessure. Ce manquement à votre uniforme te vaudrait peut-être un blâme. Ou peut-être pas, vu la situation. Mais peu importait ce détail au vu de l'ampleur des dégâts. « Je vais vous apporter un tablier et de la morphine. Si vous avez mal, prenez un comprimé mais n'en abusez pas. Et revenez me voir. » Tu appuyas cette dernière phrase, consciente toutefois qu'elle n'en ferait probablement rien. Sur un soupir, tu partis récupérer tenu et médicaments pour lui tendre. « Allez-y. Rapidement, mais sans courir. Avec un peu de chance... » Avec beaucoup de chance, personne ne ferait attention à elle. Dans le cas contraire, vous seriez deux mortes en sursit.
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