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 Fichier secret de Guillaume Vial

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Guillaume Vial
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■ topics : FERMÉS
■ mes posts : 338
■ avatar : Jamie Dornan
■ profession : Lieutenant-colonel dans l'armée française, représentant l'armée de Vichy auprès des Allemands - accessoirement chef du réseau Honneur et Armée

PAPIERS !
■ religion: Protestant
■ situation amoureuse: Célibataire
■ avis à la population:

MessageSujet: Fichier secret de Guillaume Vial    Dim 15 Fév - 0:34



Guillaume Vial

Les résistants



Jamie Dornan

Et toi alors?

Partie s'adressant au joueur


☆ Prénom/Pseudo ? Une certaine Adeline. Eddy de son surnom le plus connu.
☆ Age ? 23 ans depuis peu.
☆ Etude/Travail ? Bernique en chef à plein temps, ça demande du boulot de jouer les Big Brother sur le forum .
☆ Où as-tu connu YT ? Je m'en souviens plus pwease
☆ Un truc à nous dire ? Guillaume vous aime déjà. Hum.




Vos papiers ?


Un personnage inventé
Un poste vacant


    ♠️ Guillaume n'a rien d'un premier venu, il a déjà atteint ses trente-cinq ans.
    ♠️ Il est non seulement français mais aussi particulièrement patriote. Toutefois, sa mère, suisse de naissance, lui a légué sa religion et l'une de ses langues, l'allemand.
    ♠️ Guillaume est célibataire depuis que ses fiançailles ont été rompues peu avant la guerre. Et croyez bien qu'il a autre chose à faire que de chercher à y remédier, d'autant qu'il déteste perdre son temps à chercher à séduire des femmes. Un reste de pudibonderie protestante sans doute.
    ♠️ Il a été élevé dans la foi protestante, sa mère étant une rigoureuse calviniste suisse. Mais Guillaume, s'il a une morale inflexible, a loin d'avoir l'esprit fermé et considère que sa foi ne regarde que lui, et non les pasteurs et les temples.
    ♠️ C'est un crève-cœur pour Guillaume que d'avouer qu'il travaille en étroite collaboration avec les Allemands mais il est en effet représentant d'une armée qui n'existe plus, celle de Vichy, et participe à sa liquidation en livrant des armes aux occupants. Mais en réalité, il en détourne une partie qu'il conserve soigneusement pour son réseau de résistance qu'il a créé avec sa secrétaire : Guillaume, dans la clandestinité, est à la fois X1 et Masséna et est spécialisé dans les opérations coups de poing.


Interrogatoire


♠️ A-t-il des manies ou des tics ? Guillaume a toujours considéré que les manies ou les tics étaient un signe de faiblesse, car cela démontre un manque de contrôle sur soi-même. Il n'en a donc pas lui-même, à moins que l'on puisse considérer que sa froideur et sa façon de fixer ses interlocuteurs droit dans les yeux sont bie des manies. Depuis le début de la guerre, il a aussi une forte propension à regarder derrière lui dans la rue pour bien s'assurer qu'il n'est pas suivi et à être toujours sur ses gardes, pour être prêt à toute éventualité.
♠️ Son livre préféré ? Ce n'est certainement pas Guillaume que vous trouverez souvent plongé dans un livre ! Il a toujours considéré qu'il n'en avait pas le temps, entre ses études et sa formation militaire, sa famille et son goût pour le sport et la culture physique. Mais s'il n'a pas de livre préféré et s'il montre un certain dédain pour cette activité, il a toujours possédé des essais militaires ou non, s'est toujours beaucoup renseigné sur l'actualité politique et sociale et lit beaucoup les journaux. Nombreux sont ceux qui ignorent et qui seraient surpris de savoir qu'il a lu beaucoup des publications nazies avant la guerre, afin de savoir à qui ils avaient affaire.
♠️ Son lieu préféré dans Paris ? Guillaume n'a jamais eu véritablement de lieu préféré dans Paris, il n'est pas de ceux qui s'attachent à des endroits particuliers, d'autant que depuis l'arrivée des Allemands la capitale a bel et bien changé de visage. S'il y a un endroit où il se sent en sécurité, c'est bien dans sa planque d'Arsenal, cette ancienne station de métro qu'ils ont transformé en quartier général pour Honneur et Armée. C'est là qu'il passe du temps à élaborer des stratégies pour le réseau en compagnie des autres X. Mais en réalité, le seul lieu qui lui tient à cœur c'est le domaine familial à Rueil-Malmaison dans les Hauts-de-Seine, là où il a tous ses souvenirs de jeunesse et de famille, là où se trouve également le garage à avion où il aimait tant se réfugier étant enfant.
♠️ Aime-t-il sortir et où ? S'il y a bien quelqu'un qui déteste les mondanités de tout genre, c'est bien Guillaume ! Il boit peu, n'aime guère faire la conversation et ne supporte pas les trop grandes familiarités à son égard, autant dire qu'il ne trouve jamais son compte dans les soirées mondaines, ou les fêtes. Il y fait toutefois bonne figure, lorsqu'il y est entraîné par Irina Smolenski et y est plutôt apprécié. Mais dans sa jeunesse, il n'était pas rare de le voir danser lors des bals du 14 juillet ou lors de ceux organisés par Saint-Cyr.
♠️ Comment vit-il les restrictions et les privations ? Guillaume a la chance d'avoir une fonction auprès de Vichy qui lui assure des revenus confortables, si bien qu'il ne souffre pas de manière trop grave des privations ; il faut dire que sa mère, qui habite toujours un immense domaine à Rueil-Malmaison, a tendance à lui donner des denrées alimentaires qui sont difficiles à trouver dans les magasins. Il s'accommode des restrictions, après tout, il a fait de nombreuses missions à l'étranger et a appris à se satisfaire du minimum.
♠️ Son avis sur les Allemands et l'occupation ? La réponse est évidente quand on connaît l'engagement de Guillaume dans la résistance. S'il n'a rien de particulier contre la nation allemande, il est très renseigné sur l'idéologie nazie qu'il trouve inique et cruelle, et c'est bien elle qu'il cherche à combattre. Quant à l'occupation, ce n'est qu'une manière pour le Führer d'humilier encore davantage la France, de la mettre à genoux et de la piller. Il faut à tout prix lutter contre cette occupation, mettre dans des bâtons dans les roues de ces troupes et leur rendre la vie impossible, pour leur rappeler que l'honneur de la France ne se laisse pas si facilement abattre.
♠️ Son avis sur les juifs ? En tant que protestant, Guillaume a toujours été très libéral et ouvert d'esprit en ce qui concerne la religion, il refuse de juger les autres à l'aune de leurs croyances et d'ailleurs, son réseau de résistance est particulièrement cosmopolite à cet égard. C'est d'ailleurs bien le Statut des juifs d'octobre 1940 qui l'a poussé à s'engager dans la résistance pour combattre cette idéologie qui cherche des boucs émissaires et discrimine des populations pour leurs croyances religieuses. Il n'est pas idiot de penser qu'il ressent même envers les juifs une sorte solidarité historique, puisque pendant longtemps ce sont les protestants qui ont été pourchassés et qu'ils tiennent aujourd'hui fermement à la laïcité.
♠️ Son avis sur les manifestations ? Pour Guillaume, les manifestations ne servent pas la cause de la résistance. Certes, il comprend l'exaspération de la population mais sortir dans la rue pour se trouver dans la ligne de mire des soldats allemands, c'est juste suicidaire et ça ne sert en rien la cause qu'ils défendent. Au contraire, les Allemands sont encore plus exaspérés et Guillaume craint que tout finisse par très mal tourner.
♠️ Son avis sur le gouvernement de Vichy et la politique de collaboration ? Guillaume a cru pendant quelques semaines pouvoir rester fidèle au gouvernement légitime de la France non occupée, à Vichy où il a d'ailleurs gagné ses galons suite à son évasion en 1940 et la francisque mais il a très vite constaté que Vichy n'était qu'un satellite de la politique allemande et que le maréchal tentait d'instaurer un régime fasciste à la botte des ennemis, combien même il se berce l'illusion du contraire. En conséquence, Guillaume a l'air de continuer à servir l’État français et la collaboration en servant de lien entre Vichy et les Allemands, mais il ne peut plus obéir à des ordres qu'il juge contraires à la morale et à son devoir. Vichy, comme le nazisme et l'occupation, est aujourd'hui son principal ennemi et il combat les deux sans distinction.



Biographie


Archives militaires de Vincennes – Juillet 2012

Il se tenait debout, au milieu de la salle de consultation, visiblement hésitant à aller rejoindre une table, alors que son regard se promenait sur les immenses rayonnages couverts d'ouvrages et les hautes peintures qui couvraient les murs de la pièce, rappelant qu'elle n'était pas dévolue à l'origine à la conservation des archives militaires. Soixante kilomètres de cartons en tout genre qui couvraient une large période de hauts faits héroïques, de gloire et de défaites cuisantes, des premiers ministères de la guerre du XVIIe siècle aux plus récentes prises d'armes au Moyen-Orient, quatre siècles enfermés dans de simples cartons, à la disposition des chercheurs qui voudraient bien les examiner et se plonger dans le passé. Mais cet homme-là, s'il avait bien l'âge d'être étudiant, environ vingt-cinq ans, n'avait pas l'allure d'un chercheur bien informé. Le sac négligemment posé sur l'épaule, il continuait à se dandiner sur place, si bien que Claire, pourtant bien installée derrière son bureau, et simple stagiaire de son état, le prit en pitié et décida de s'approcher discrètement de lui. Après tout, ce n'était pas tous les jours, en ce mois de juillet chaud, quand les étudiants ont déjà tous terminé leurs mémoires, qu'elle voyait là quelqu'un et en plus, un garçon d'environ son âge. Et puis accessoirement, son travail ne consistait pas uniquement à cataloguer de nouveaux arrivages sur son ordinateur mais aussi à aiguiller les visiteurs. Cela aurait au moins le mérite de la distraire un peu de son travail quotidien.
- Excusez-moi...
Il sursauta, mais se radoucit immédiatement en voyant qu'il n'avait été interpellé que par l'archiviste stagiaire et lui adressa un sourire désolé, comme s'il s'excusait par avance de lui donner davantage de travail.
- Je peux peut-être vous aider ? Vous avez demandé à consulter des archives précises ? Je pourrais aller les chercher pour vous.
- En effet, balbutia-t-il d'une voix un peu rauque avant de reprendre un peu d'assurance : je dois voir des documents assez particuliers. Le dossier militaire de Guillaume Vial. On m'a dit à l'accueil que je pourrais le trouver ici. Il a été livré ce matin.
Ce nom disait quelque chose à Claire mais elle ne parvint pas à se remémorer où elle l'avait entendu la première fois. Renonçant momentanément à résoudre ce problème, elle lui indiqua un endroit où s'asseoir puis alla s'emparer du dossier en question pour le remettre au jeune homme. Étrangement, il ne s'agissait pas d'un large carton comme souvent dans ce genre de cas dans lequel les scientifiques plongeaient quasiment au sens propre mais d'une mince pochette cartonnée avec si peu de documents qu'il aurait pu tenir dans un simple cartable. D'ailleurs, elle ne put s'empêcher de constater que le jeune homme avait l'air déçu quand elle déposa sa trouvaille sous son nez. Contrairement à la plupart des personnes qui venaient jusqu'ici, même au mois de juillet, il n'avait pas sorti d'ordinateur ou de stylo pour prendre des notes, mais en revanche, il se saisit du dossier avec beaucoup plus de précautions qu'il n'en était nécessaire. Claire, qu'il avait remerciée, aurait pu tourner les talons et continuer son catalogage, mais poussée par la curiosité, elle ne s'éloigna pas immédiatement. Sous ses yeux, le jeune homme tourna la page cartonnée et apparut une fiche descriptive de l'individu, qui ressemblait à ces vieilles cartes d'identité du début du XXe siècle, arborant une vieille photo en noir et blanc, dont le blanc tirait d'ailleurs largement au jaune. La fameux Guillaume Vial portait un uniforme et un képi qui soulignaient ses traits agréables mais carrés et tranchants, rendus encore plus froids par son expression fermée et distante. Il fixait le photographe avec une telle sévérité que Claire se surprit à penser que parfois, une photo révélait plus de quelqu'un que nombre d'ouvrages sur lui. Sa poitrine étincelait de médailles diverses mais elle était trop loin pour les reconnaître – à considérer que sa thèse en cours sur les armées de Louis XIV lui aurait permis d'éclairer la question. Il y avait une sorte de prestance qui se dégageait de lui qui aurait suffi de toute façon à faire comprendre qu'il était un officier haut gradé, une sorte de prestance qui pouvait bien passer pour de la froideur voire du mépris.
Mais ce ne fut que lorsque Claire distingua « VIAL, GUILLAUME né à Rueil-Malmaison en 1908 » en lettres d'imprimerie sur le haut de la feuille qu'elle réalisa comment elle connaissait ce nom. Elle avait déjà vu une plaque pour rendre hommage à cet homme à Rueil-Malmaison sur la place du village, non loin du monument aux morts, alors qu'elle ne faisait qu'y passer quelques années auparavant.
- Vous vous intéressez à la Seconde Guerre mondiale ? Lui demanda alors le jeune homme en levant les yeux vers elle et en lui adressant un sourire, alors qu'elle pensait qu'il l'avait oublié, trop plongé dans sa contemplation : vous devez forcément connaître Guillaume Vial alors... Vous savez, le chef d'Honneur et Armée...

Rueil-Malmaison – novembre 1921

Il n'était même pas onze heures quand les cloches de l'église se mirent à sonner à toute volée dans la ville de Rueil-Malmaison. Assemblés autour du monument aux morts, élevé sur la place principale à peine un an auparavant, les habitants demeurèrent silencieux pendant la longue minute pendant laquelle l'on commémora tous les disparus de la grande guerre, qui avaient été nombreux dans la ville, mais le jeune Guillaume Vial ne put s'empêcher de lever les yeux sur celui qui se tenait droit en face de lui. Son père était au milieu des autres vétérans des tranchées, étrangement fringant dans son uniforme de capitaine au milieu des gueules cassés aux visages déformés et aux membres amputés. Philippe Vial se tenait au garde à vous et Guillaume sentit une vague de fierté l'étreindre. Son père était peut-être revenu dès 1917 du front mais il était lui aussi un héros qui avait combattu les ennemis de la France, au même titre que ceux qui avaient donné leur vie. Lui aussi avait traîné son bel uniforme dans la boue de Verdun, lui aussi avait chargé à la baïonnette les lignes allemandes et lui aussi était célébré en ce 11 novembre. Contrairement à nombre de ses petits camarades de Rueil ou même de l’École alsacienne où il faisait ses études à Paris, la grâce de Dieu, comme le disait le pasteur, lui avait rendu son père en vie, ce qui était déjà un exploit en soit. Et alors que la minute de silence se prolongeait, le regard de Guillaume se posa sur la liste des noms tout dorés qui avaient été gravés dans le marbre du monument commémoratif et se dit que la grâce divine avait eu raison de sauver Philippe Vial. Peut-être même que Dieu avait vu à quel point le manoir était vide et se morfondait en l'absence du capitaine. Peut-être avait-il vu à quel point Eugénie Vial, dont le reste de la ville se méfiait, car en bonne suisse, elle parlait un allemand impeccable, avait été perdue sans lui. Mais peut-être, et c'était là l'hypothèse la plus vraisemblable, que Dieu n'avait rien à voir là-dedans. Guillaume avait beau écouter le pasteur de sa mère ou chanter les cantiques, il savait que Dieu ne pouvait être mêlé à la folie des hommes.
La minute de silence se termina brusquement et ce fut dans une atmosphère grave que l'on rompit les rangs, en s'interpellant à droite et à gauche. Guillaume quant à lui rendit la petite enseigne de la compagnie de son père qu'il avait tenu tout au long de la cérémonie et croisa le regard de son père qui lui adressa un large sourire avant d'être caché de sa vue par les hommes politiques de la ville, le maire en tête, qui tenait à aller lui serrer la main.
- Frédéric, rends-lui son chapeau ! Frédéric !
Un bruit de pleurs interrompit les réflexions de Guillaume qui se retourna pour constater que la pagaille régnait au sein de sa fratrie. Frédéric, chapeau d'Henri, le petit dernier d'à peine quatre ans qui avait fondu en larmes, dans les mains, s'apprêtait à répliquer et à protester contre les récriminations de son frère Louis, quand il vit que l'aîné, Guillaume, le regardait d'un œil sévère, aussi referma-t-il la bouche d'un air contrit, ce qui lui donna l'air d'un poisson hors de de l'eau et rendit-il le chapeau à Henri qui pleurnicha encore quelques instants, pour la forme. En temps normal, Guillaume se serait volontiers occupé de ses (trop nombreux) frères mais cette fois-ci, il préféra les renvoyer dans les jupes de leur mère où Arthur se trouvait déjà pour réclamer il ne savait pas trop quelle faveur, profitant qu'il soit le petit préféré d'Eugénie Vial. La seule à être restée à côté de lui, c'était Béatrice, sa cadette d'à peine deux ans qui n'avait même pas pris la peine de jeter un œil à ses frères, et qui se trouvait sur la pointe des pieds pour tenter de distinguer leur père.
- Je crois que je le vois, dit-elle soudain en agitant ses boucles brunes avant d'ajouter en lui tendant la main, il est toujours à côté de monsieur le maire. Tu viens avec moi ?
Seule fille de la fratrie, Béatrice n'était pas la moins dénuée de ressources et n'avait pas besoin de Guillaume pour se jeter tête baissée dans les ennuis mais depuis leur plus jeune âge, quand il y avait foule et qu'ils se mettaient en quête de leur père, ils s'accrochaient l'un à l'autre comme deux animaux égarés loin du nid familial. Béatrice vouait une confiance aveugle en son frère, alors que ce dernier avait toujours pris très à cœur le rôle de grand frère, et il savait que tant qu'il tenait la petite paume de sa sœur dans la sienne, il ne pourrait rien arriver à cette dernière. Et invariablement, les grandes personnes s'écartaient sur leur passage (avec toutefois moins d'exclamations vouées à louer à quel point ils étaient mignons que lorsqu'ils se promenaient tout petits vêtus en marins avec le pompon sur la tête), et leur père se penchait vers eux en faisant mine d'être surpris de les voir là. Parfois Arthur se joignait à eux mais Guillaume n'appréciait guère ces moments-là car son petit frère était trop bavard et que Béatrice et lui restaient à côté de leur père uniquement pour écouter ce que pouvaient bien dire les adultes, dans l'espoir d'appartenir un peu à ce monde où leur père brillait par quelques bons mots et par sa prestance.
Mais ce 11 novembre 1921, ils n'eurent pas le temps d'arriver jusqu'à leur père car un instant de panique eut lieu au milieu de la foule, causant un attroupement autour d'un homme à terre. Guillaume s'arrêta brusquement en reconnaissant l'uniforme de l'homme en question, dont toute la silhouette tremblait sous la secousse de violents toussotements.
- Que s'est-il passé, Guillaume ? Demanda Béatrice d'une petite voix tout en tirant sur la main de son frère.
- Rien de grave, rentrons, Béa, je vois que maman est allée s'occuper de papa, tu sais qu'elle est infirmière, elle va tout résoudre. Allons voir où sont les autres, papa nous rejoindra au domaine.
L'avantage d'être un grand frère sérieux et autoritaire, c'était bien que personne ne cherchait à discuter vos ordres, aussi Béatrice s'exécuta-t-elle, toujours en tenant la main de son frère, et après avoir récupéré le reste des frères, qui se trouvaient avec leurs amis, ils quittèrent la place à temps avant de voir arriver la petite voiture des pompiers. Derrière eux, les noms sur le haut monuments aux morts devenaient de plus en plus flous à mesure qu'ils s'éloignaient, jusqu'à ce que le monument ne disparaisse lui-même lorsqu'ils tournèrent dans une rue. Guillaume ne put s'empêcher de penser que leur père n'aurait pas de nom gravé sur le monument aux morts alors que c'était bien la guerre qui allait le tuer. A petit feu, comme ce gaz traître qui s'infiltrait partout en une fumée mortifère.

A leur retour au grand domaine où la famille Vial avait élu domicile depuis plusieurs générations déjà, alors qu'ils venaient d'être rejoints par leurs parents et que leur père, remis de sa crise mais affaibli était parti se coucher, Guillaume parvint à changer les idées des petits en leur proposant d'aller se baigner dans l'étang – qui avait plutôt la largeur d'un petit lac – pour profiter des derniers beaux jours. Il n'en fallut pas plus pour qu'Arthur et Louis ne se jettent à l'eau, en profitant du plongeoir improvisé qu'ils avaient bricolé, Arthur, Béa et lui pour les longs étés brûlants de la banlieue parisienne. Mais Guillaume préféra ne pas les rejoindre et s'enfonça dans le parc pour se retrouver un peu seul, jusqu'à parvenir à une immense cabane, située non loin des bois. D'un seul coup, il tira la porte en bois pour découvrir le vieux monstre : un biplan nommé modestement l'Etoile filante qu'il avait bien l'intention de piloter un jour ou l'autre. Ce n'était pas à proprement parler une cachette puisque Arthur et Béa l'y rejoignaient régulièrement pour l'aider à retaper la machine qui avait appartenu à leur vieil oncle, le général, mais quand il avait besoin d'être seul, c'était là qu'il se rendait. Comme si son face à face avec le biplan le rassérénait en quelque sorte. S'armant d'un chiffon pour essuyer la carrosserie, il refoula les larmes qui montaient à ses yeux et se mit au travail avec énergie. Depuis quand savait-il vraiment que les jours de son père étaient comptés ? Depuis son retour en 1917 peut-être, même s'il n'avait alors que neuf ans. Il avait connu son père sportif, dynamique, la bouche toujours diserte en bonnes plaisanteries et en propositions de sorties (combien de fois les avait-il emmenés à l'aéroport du Bourget ?), il se souvenait bien de lui, contrairement au reste e la fratrie et il avait donc pu noter chaque changement dans le physique de son père, sa respiration sifflante, ses gestes peu assurés, la pâleur de son visage, sa fatigue qui creusait ses traits et l'empêchait de rester trop longtemps dehors. En quelque sorte, il avait déjà perdu son père à ce moment-là. Mais l'arrivée prochaine de la mort ne l'avait jamais vraiment frappé jusqu'à ce jour-là. Celui où il réalisa qu'un jour son père s'effondrerait et que le gaz aurait tellement dévoré ses poumons qu'il ne pourrait plus se relever. Et que ce jour-là, il ne faudrait pas compter sur sa mère mais se débrouiller seul.
- Guillaume ? Je peux venir t'aider ?
C'était Béatrice qui se dandinait à l'entrée du hangar à avion et qui put constater que si son frère semblait tendu, son visage était impassible et ses yeux secs. Il hocha la tête sans répondre et elle se saisit à son tour d'un chiffon. Pendant l'heure qui suivit, préfigurant des dizaines et des dizaines d'heures qu'ils passeraient ensemble ainsi, les deux jeunes gens gardèrent le silence, travaillant ensemble, dans un même objectif. Mais la seule présence rassurante de Béatrice, même si elle ne réalisait pas, suffisait à réconforter Guillaume. Après tout, s'il devait vraiment se montrer digne de son père, il ne renoncerait jamais et ne s'effondrerait jamais et jusqu'aux portes de la mort même, il continuerait à lever le drapeau et à sourire à ceux qu'il chérissait.

Archives militaires de Vincennes – Juillet 2012

Claire ne sut que répondre. Non elle ne se passionnait pas particulièrement pour la Seconde Guerre mondiale mais maintenant qu'il le disait, elle se trouvait stupide ne pas s'être souvenue du nom de Guillaume Vial, tout le monde connaissait Honneur et Armée, surtout quand on était quelqu'un qui conservait des archives d'histoire militaire, tant qu'à faire. Toutefois, même si son amour-propre lui commandait de tourner les talons, elle resta plantée aux côtés du jeune homme qui lui adressa un nouveau sourire ce qui la décida à demander :
- J'ai vu une plaque à Rueil-Malmaison, c'est parce que c'est là qu'il a grandi ?
- La ville a voulu rendre hommage, en effet, confirma le jeune homme, ils ont installé la plaque au début des années 1990. Le domaine familial, un vieux manoir du XIXe siècle entouré d'un large parc existe toujours. Des juifs y ont été cachés durant la guerre.
Il ne semblait pas particulièrement dérangé par la curiosité de cette archiviste stagiaire qui ne le laissait pas travailler en paix. A l'inverse, il semblait même se détendre à mesure qu'il parlait de ce qui paraissait être sa passion. Claire le considéra avec un intérêt certain, elle qui passait son temps dans les chiffres pour sa thèse, alors qu'il semblait considérer toute cette histoire comme quelque chose de vivant. Fini le jeune homme trop timide pour demander un renseignement il y a quelques minutes encore, il avait reculé sa chaise pour mieux voir son interlocutrice et d'un geste assuré, il tourna les pages de son dossier, sans prêter attention à un certificat de décès d'un certain Philippe Vial daté de janvier 1923, pour se retrouver face à un bulletin scolaire qui lui arracha un petit rire qui fit tourner la tête au seul chercheur présent à quelques tables de là.
- De quoi s'agit-il ? Demanda Claire, en se penchant par-dessus son épaule.
- De son dossier scolaire, il en a eu besoin pour intégrer Saint-Cyr. Regardez, poursuivit-il en lui tendant d'autres feuilles couvertes de notes manuscrites qu'elle déchiffra sans difficulté comme des appréciations de professeurs satisfaits, c'est grâce à ses excellentes notes à l'Ecole alsacienne et à ses résultats sportifs qu'il a été accepté assez rapidement, en 1927. Il a suivi un cursus assez classique pour l'époque finalement, même s'il était calviniste et que l'armée était connue pour favoriser des hommes issus de familles d'officiers catholiques.
Claire hocha la tête, puisqu'elle connaissait bien le fonctionnement de cette école à former des officiers, et elle lui tendit les documents qu'elle avait en main pour qu'il puisse les reposer dans le dossier. Une fois encore, elle ne s'éloigna par pour autant et parvint à mettre le doigt sur ce qui la perturbait :
- Vous avez l'air de déjà bien connaître cette partie de la vie de Guillaume Vial, n'est-ce pas ?
Il acquiesça avec un sourire en coin qui lui donna une fossette :
- J'ai déjà pu consulter la riche correspondance entre lui et ses frères et sœurs durant cette période, riche surtout avec sa sœur Béatrice d'ailleurs, ce n'était pas rose tous les jours dans la vie des Vial à cette période. Il était un peu devenu le chef de la famille depuis qu'ils étaient orphelins de père, leur mère n'ayant jamais été très présente pour eux. Or Guillaume ne pouvait rentrer que temps en temps au domaine depuis qu'il était à Saint-Cyr, ça n'a pas profité à tout le monde...
- Ils étaient encore petits en plus...
- Ce ne sont pas les petits qui lui ont posé le plus de problème, affirma le jeune homme d'un ton plus sombre, avant de lui désigner le nouveau papier qui venait d'apparaître dans le dossier.

Rueil-Malmaison – mai 1934

La gifle partit sans que Guillaume ne l'ait prévue. Il ne perdait jamais son calme, c'était d'ailleurs l'une des principales raisons pour lesquelles il se trouvait en tête de sa promotion à Saint-Cyr. Quand les autres s'affolaient, perdaient leur énergie ou leur calme devant des situations compliquées, jamais Guillaume ne bronchait. Le visage toujours impassible, les gestes toujours mesurés, la voix toujours égale, à la fois basse et autoritaire, il lançait une idée, voire quelques ordres, avec une constance qui faisait l'admiration de beaucoup. Aussi quand la gifle partit, il ne put qu'être surpris du choc, de la douleur cuisante sur sa paume qui témoignait assez de la violence avec laquelle il l'avait infligée et de la colère intense qui courait dans ses veines, que pour une fois, il ne parvenait pas à maîtriser. Il détesta cette sensation de perte de contrôle autant que celui qui l'avait causée, son petit frère Arthur, qui avait reculé de quelques pas, l'air interdit, en massant sa joue endolorie, le regard fixé sur son aîné, mêlé à la fois d'incrédulité et d'accusation, comme s'il avait du mal à encaisser le coup, au point même d'avoir du mal à s'en rendre compte.
- Ça suffit, s'exclama Guillaume, tu n'as aucune excuse et je refuse que tu mettes à nouveau en danger l'un des membres de cette famille.
Le jeune Arthur qu'il avait connu, celui qui avait été son meilleur ami dans les premières années de son existence, celui avec lequel il soignait les chevaux de l'écurie du domaine avant de jouer à la course sur leurs poneys, celui avec lequel il rêvait de faire voler un jour l'Etoile Filante (exploit qu'ils étaient finalement parvenu à faire, avec l'aide de Béatrice), l'enfant terrible mais plein de valeurs aurait sans doute fait le dos rond et aurait accepté les reproches. Mais le Arthur de 1934 lança un regard mêlé de mépris à son aîné de quelques mois, comme s'il le défiait de continuer à lui donner des ordres, comme s'il lui déniait toute autorité, et Guillaume sentit la colère qui continuait à augmenter et à étrangler toute raison. Cela faisait plusieurs années qu'il ne parvenait plus à maîtriser les actes de son cadet et que celui-ci le provoquait constamment, et il avait tenté de le raisonner et de le menacer mais en vain. Toutes les paroles coulaient sur la carapace pourtant bien craquelée que s'était forgé Arthur, fort de l'admiration et de l'amour de tous. Leur mère considérait que rien n'était de sa faute, que son fils adoré était toujours l'objet de la jalousie des autres. Leurs amis, que c'était un génie. Leurs frères, s'ils considéraient Guillaume comme un second père, voyaient en cet autre aîné un modèle à suivre. Et Béatrice... Béatrice s'était considérablement rapprochée d'Arthur pour partager sa vie de débauche et de stupre, alors même qu'il l'étouffait, qu'il lui avait volé son rêve d'aviation dans le seul but de l'éclipser en se montrant meilleur qu'elle. C'était bien la chose que Guillaume ne pouvait pardonner à Arthur : il lui avait volé l'amitié de Béatrice et l'avait entraînée dans un monde qui n'était pas fait pour elle. Et il l'avait presque tuée.
A cette idée, il considéra la joue rougie d'Arthur et songea qu'il ne l'avait pas volée. Il aurait même du faire cela depuis bien longtemps mais il avait préféré tenter de lui laisser une chance en laissant sa réputation intacte aux yeux des membres de sa famille. C'était pourtant lui qui était allé à l'Ecole alsacienne de multiples fois pour expliquer au directeur qu'Arthur faisait de son mieux pour se racheter une conduite, alors qu'invariablement, son frère faisait le mur ou se trouvait en possession d'alcool. C'était aussi lui qui était parvenu à convaincre la toute jeune armée de l'air de lui donner sa chance, et si Arthur s'était révélé être particulièrement doué dans son domaine, il n'avait pas abandonné les bêtises et l'alcool pour autant. Et c'était lui qu'Arthur provoquait en permanence, comme s'il cherchait à attirer son attention ou à lui prouver que la tentative de Guillaume pour remplacer leur père n'avait été qu'un échec cuisant.
- Allons, Guillaume, geignit-il, c'était la faute de Béa, tout le monde le sait. C'est elle qui a voulu montrer dans cet avion alors qu'elle n'y était pas autorisée. Qui suis-je pour refuser quoi que ce soit à ma petite sœur ?
- Ce n'est pas parce que c'est ce que tu as raconté que c'est la vérité, répliqua Guillaume au tac au tac, regarde toi, tu es pathétique, comment, en effet, aurais-tu pu être un frère responsable ? Tu n'avais pas besoin d'être distrait pour crasher cet avion dans les arbres et manquer vous tuer tous les deux. Combien de bouteilles avais-tu bu avant ?
Arthur laissa échapper un sifflement désapprobateur, qui lui servit d'unique défense. Mais il ne pouvait rien dire, ses yeux injectés de sang, ses gestes nerveux et sa mine défaite prouvaient assez que l'alcool était devenue davantage qu'une compagne de soirée, une compagne permanente. Qu'elle lui embrouillait assez les sens pour que le virtuose de l'aviation ait accepté de prendre Béa à son bord alors qu'il était strictement interdit aux jeunes femmes en apprentissage de pilotage de monter avec les hommes de l'armée de l'air, avant de ne plus rien contrôler.
- Dire que j'ai été rappelé de mission à cause de toi... Tout ça pour qu'on m'annonce que mon frère et ma sœur étaient à l'hôpital dans un état critique...
- Voilà, une fois de plus, tout tourne autour de toi et de tes missions ! S'exclama Arthur en sautant sur l'occasion pour inculper son frère, c'était un accident mineur, certainement pas lié à l'alcool, et franchement, je ne comprends pas pourquoi je suis mis à pied. Tu as des contacts partout, toi, le petit enfant chéri de l'armée, le protégé de l'autre lieutenant-colonel, tu n'aurais qu'un mot à dire pour certifier que je suis ton petit frère et je pourrais de nouveau voler.
Guillaume ne put s'empêcher d'être abasourdi par tant de toupet. Arthur mentait sans vergogne alors qu'il avait vu de ses propres yeux l’état de sa sœur. A l'idée que Béa pouvait très bien ne plus être de ce monde à cause de cet individu méprisable, il ne put s'empêcher de serrer les poings pour s'empêcher de gifler à nouveau celui qui se faisait passer pour son frère.
- Il n'en est absolument pas question. Ta comédie a beaucoup trop duré, tu as fait une erreur terrible et tu vas en payer le prix, il n'est pas certain que l'armée te laisse à nouveau prendre le manche à balai et crois-bien que je leur déconseillerai de le faire.
La transformation d'Arthur fut immédiate : l'être geignard, mélange de morgue et de suppliques, se redressa d'un coup, comme l'ombre du jeune homme qu'il pouvait être, l’œil brillant de colère sourde.
- Tu es jaloux de moi, en fait Guillaume, tu l'as toujours été, tu ne supportes pas que je puisse avoir mes propres réussites, que je parle avant toi.. Mais tu es parti... Tu entends ça ? Tu es parti ! Et c'est bien normal que maintenant je sois le frère préféré de Béa ou le fils préféré de maman !
- Ça suffit.
La voix de Guillaume claqua en un point de non retour :
- Tu arrêtes tout de suite. Tu es alcoolique et tu n'as aucune morale ou aucune valeur, tu n'es pas mon frère. Que les autres t'admirent ou t'aiment, ça n'a aucune importance car je sais qui tu es vraiment et je ne te laisserai pas leur faire du mal, tu m'entends ? Béa ou la cousine Juliette qui t'aime tant, nos petits frères, que tu entraînes tous vers une mauvaise pente.
Arthur se mit à tourner les talons mais Guillaume le rattrapa avant qu'il ne quitte la pièce pour le plaquer contre le mur. Son frère tenta vaguement de se défendre mais il n'y avait rien à faire contre la poigne de Guillaume.
- Maintenant, je vais être très clair avec toi. Soit tu changes, tu arrêtes de boire, tu arrêtes de fréquenter tes amis détestables comme ce Meilland, soit tu quittes cette maison, je te fous dehors par la peau du cou, en révélant tout ce que je sais sur toi. Tu ne mérites aucun égard. Tu as compris ? Je te laisse une semaine pour te décider, puis si tu prends la mauvaise décision, tu te débrouilleras tout seul.
Coincé contre le mur, Arthur aurait pu ne pas en mener large mais il continuait à défier son frère avec son sourire tordu et ses yeux qui refusaient de se baisser. Guillaume n'attendit pas de réponse et le relâcha sans ménagement, si bien que son frère faillit s'effondrer sur le sol, tout tremblant de rage.
- Je te déteste, tu as gâché ma vie, parvint-il seulement à balbutier, en se dirigeant vers la porte, mais il se ravisa et se saisit d'un cadre qui se trouvait là. Guillaume connaissait parfaitement cette photo, prise plusieurs années auparavant. Toute la fratrie réunie là, avec Arthur et lui au centre en train de rire. Il avait le bras passé autour des épaules de Béatrice qui tournait la tête vers lui, les yeux brillants de joie. C'était avant le départ de Frédéric pour sa formation dans la marine mais il s'y était déjà engagé et l'un de ses frères lui avait volé le pompon qu'il portait sur la tête, Guillaume était incapable de se souvenir de qui. Mais c'était ce qui avait causé l'hilarité générale, d'autant qu'Henri faisait des oreilles de lapin à Louis, surnommé Loulou. La photo dont il possédait tous un exemplaire car elle était censée symboliser leur union et que leur mère avait visiblement encadrée pour la placer dans ce salon de réception. Arthur sembla considérer la photo un instant puis projeta le cadre avec une telle violence contre le mur que le verre qui recouvrait la photo explosa en mille morceaux en un bruit qui n'allait pas tarder à faire venir leur mère qui pourrait accabler de reproches Guillaume car il ne fallait pas se montrer trop dur avec Arthur « encore sous le choc de l'accident ».
Guillaume ne sursauta même pas et ne bougea pas d'un iota alors que son frère quittait la pièce d'un pas assuré, en songeant que la colère finirait bien par se calmer et qu'Arthur finirait par se montrer raisonnable. Il ignorait alors encore que l'aviateur avait déjà les ailes trop brûlées pour songer à s'envoler à nouveau.

Archives militaires de Vincennes – Juillet 2012

C'était un certificat de décès. Claire se pencha encore davantage pour lire le nom du décédé, un certain « Arthur Vial », écrit à l'aide de belles boucles dans une encre noire comme seule l'administration savait le faire au début du XXe siècle. L'acte était daté de mai 1934, indiquait même le lieu où ce qui était qualifié d'accident s'était produit, Rueil-Malmaison donc, et portait la mention que le corps avait été découvert par Béatrice et Guillaume Vial, dont la présence du nom était la seule explication raisonnable pour la présence de ce papier dans le dossier militaire de cet ancien chef de la résistance parisienne. Le jeune homme, aux côtés de l'archiviste stagiaire, n'avait eu aucun mouvement de surprise, et regardait même le papier avec un sourire un peu désolé, comme s'il avait été déjà mis dans la confidence.
- L'acte indique un accident mais sans en préciser la nature, nota Claire en pointant du doigt le papier dûment rempli par un fonctionnaire zélé de la mairie de Rueil-Malmaison, Guillaume Vial se trouvait chez lui à cette époque ?
- Les Vial sont toujours restés très secrets sur la nature de l'accident, comme vous dites, répliqua le jeune homme, et cette absence de précision est, je trouve, assez révélatrice de ce qui s'est réellement produit. Arthur Vial venait d'être renvoyé de son école de pilotage et plus largement de l'armée où il s'était fait remarquer à la fois pour son génie mais aussi pour sa propension à répondre à ses supérieurs et à passer outre les règles. Il n'a apparemment pas supporté cette mise à pied et aurait choisi la mort. Les circonstances sont troubles, mais visiblement Guillaume Vial et sa sœur Béatrice étaient au courant...
- Et un suicide dans une petite ville en 1934, quand on est protestant..., souffla Claire en hochant la tête.
Elle avait du mal à s'imaginer le choc qu'un tel choix avait du causer au sein de la famille Vial, surtout pour l'aîné de la fratrie qui, malgré ses absences, avait la responsabilité de ses frères et sœurs. Elle repensa au portrait en noir et blanc de Guillaume et elle se demanda comment il avait reçu la nouvelle. Pas sûr qu'il se soit départi de cette expression ferme et sévère. C'était étrange : jusqu'à ce que ce jeune homme s'installe à sa table de consultation, elle savait à peine qui était Guillaume Vial. Maintenant, elle en était au point de se demander ce qu'il avait ressenti à la mort de son frère. Ce qui pouvait bien se cacher derrière ce visage de marbre et cette froideur que l'on ressentait même à travers un simple cliché.
Mais le jeune homme ne commenta pas davantage et ne fit pas non plus de remarque sur la raison qui aurait pu pousser un administrateur de l'armée de l'époque à ajouter une copie de ce certificat dans le dossier de Guillaume Vial qui recevait visiblement en même temps des promotions diverses comme le prouvèrent certains bordereaux que le jeune homme passa rapidement :
- Cela ne l'a pas empêché de sortir major à Saint-Cyr et de finir lieutenant dans l'infanterie. Il était apprécié visiblement, et plutôt doué pour prendre des décisions rapidement.
- Je le connais assez mal mais je ne peux pas en douter, sourit Claire, vu ce qu'il a fait pendant la guerre...
- C'est vrai, lui concéda le jeune homme, il s'est aussi beaucoup formé à l'étranger, dans les colonies comme en Afrique ou en Syrie où il était en 1936, avant de rentrer à l’École de Guerre où...
Mais il s'interrompit brusquement. Claire qui l'écoutait avec intention en l'observant demeura perplexe et se pencha à nouveau pour voir ce qui venait de le surprendre assez pour lui couper la parole. Elle ne comprit pas immédiatement ce que cela signifiait, cet énorme « Secret défense » qui barrait la page suivante en en cachant le contenu ni pourquoi le reste des pages qui justifiait l'utilisation d'une agrafe en haut de la seule qui restait avait disparu. Mais elle devina très vite que c'était la raison qui expliquait la faible épaisseur du dossier de Guillaume Vial.

Syrie sous mandat français – Février 1936

- Et encore du courrier pour toi, Vial, lança le jeune homme en tendant une lettre au lieutenant, qui l'eut cru ? Tu parles pas beaucoup, mais tu as bien tant de jeunes filles énamourées qui t'attendent en France !
Mais Guillaume Vial récupéra la lettre en question sans lui prêter une attention excessive, ni au facteur improvisé de l'armée qui délivrait les colis des familles et les cartes des fiancées (apparemment, c'était le plus au courant des histoires de cœur des soldats de ce régiment d'infanterie), ni à ses camarades qui s'esclaffèrent comme à chaque fois qu'on venait à parler de la vie sentimentale de Vial, beaucoup trop sage à leurs yeux. À peine le lieutenant Vial lança-t-il un regard sur son nom écrit finement avec des lettres bouclées sur l'enveloppe, l'écriture reconnaissable de sa fiancée, qu'il fourra le papier dans sa poche pour observer avec plus d'attention les trois hommes qui accompagnaient le postier. Non qu'il attendait de se trouver seul pour lire les quelques mots couchées sur le papier par Diane qui allait encore l'accabler de reproches parce qu'il ne répondait pas à toutes ses lettres et la laissait dans l'expectative mais parce qu'il avait d'autres sujets de préoccupation. Il n'était pas du genre à laisser aller sa plume à la sentimentalité – ni à laisser aller sa plume tout court d'ailleurs, et la lecture de cette lettre l'ennuyait par avance, Diane devrait s'y faire puisqu'elle avait accepté sa demande en mariage après de multiples avances lors de bals de Saint-Cyr ou du 14 juillet. Il n'avait juste pas réalisé à quel point les fiançailles pouvaient donner lieu à de tels déballages sentimentaux qui lui répugnaient. Il n'avait pas besoin de l'écrire pour sincèrement aimer Diane, après tout, et quitte à choisir, il préférait donc recevoir les lettres de sa sœur Béatrice, qui étaient des petites merveilles de drôlerie et d'esprit et qui au moins lui donnaient des nouvelles intéressantes de la famille. Ce n'était pas parce qu'il était au loin qu'il ne continuait pas à veiller sur ses frères et sœurs après tout. L'hilarité générale s'était enfin calmée devant le sérieux du lieutenant, et la distribution de lettres s'étant enfin terminée, chacun retourna à ses tâches quotidiennes que Guillaume rappela d'une voix sèche, non sans un sourire en coin pour un jeune caporal qui sautillait d'excitation devant un colis venu de métropole.
Cela faisait déjà plusieurs semaines qu'il commandait à ce poste avancé dans la région de Djéziré en Syrie, en plein pays des Druzes, encore révoltés quelques mois plus tôt, et si on osait le taquiner sur ses lettres venues de France et couvertes d'écriture féminine, il avait acquis une autorité et un charisme qui lui semblaient naturels. Depuis sa formation de Saint-Cyr, il avait multiplié les missions à l'étranger, de longs mois de campagne en pleine brousse ou désert, souvent en Afrique ou au Moyen-Orient, loin de tout contact avec la France (ces passages du courrier de son poste actuel étaient du grand luxe), qui l'éloignaient toujours davantage de sa famille, de Diane et du jeune homme qu'il avait été. Il n'avait jamais été très expansif mais il était désormais d'une grande froideur et avait grand mal à supporter les gestes d'affection vers sa personne. Il ne parlait désormais que lorsqu'il avait quelque chose à dire et pratiquait un humour cynique qui laissait souvent ses interlocuteurs perplexes. Et surtout, il ne supportait pas que l'on puisse échapper à son contrôle. Paradoxalement, c'était sa famille qui en faisait le plus les frais et il gérait à distance les carrières de ces jeunes frères dans la marine ou les parachutistes avec une minutie déconcertante (à l'exception notable de Loulou, parti faire une thèse à l'université et de Béatrice, qui se cherchait encore).
Alors que le postier improvisé s'éloignait pour récupérer le courrier en voie de départ, les trois mystérieux inconnus dans des uniformes camouflés mais sans grade, après avoir examiné les environs, s'approchèrent du lieutenant pour se présenter.
- Je mettrais ma main au feu que ce sont des gigolos, souffla un caporal à Vial, avant de laisser seul son chef avec les hommes.
Guillaume n'avait pas besoin de mettre sa main au feu pour en être certain. Il n'avait pas souvent rencontré Gaspard Thomas dans sa vie, sinon parfois à Saint-Cyr ou en compagnie du lieutenant-colonel De Gaulle, mais il le connaissait toutefois assez pour savoir que Thomas avait rejoint les services secrets.

Pour une fois, les « gigolos » n'avaient pas particulièrement mérité leur surnom. Le fort vent de la steppe syrienne dans lequel l'armée française avait bâti son poste avancé les avait décoiffés, et la bonne demi-journée qu'ils avaient passé sur les routes avait froissé leurs vêtements, leur donnant un air parcheminé qui correspondait assez mal à l'image que l'on se faisait des services de renseignement militaires, toujours repérables par leurs uniformes impeccables et leur morgue naturelle. Ils avaient même parlé avec beaucoup de politesse au lieutenant Vial, qui avait salué très courtoisement Gaspard Thomas, et l'avaient écouté avec beaucoup d'attention quand il avait expliqué la situation sur le terrain, en leur désignant des points sur la carte. Les Druzes avaient renoncé à leur révolte mais l'armée française, chargée de faire coexister diverses ethnies sur un même territoire et sourcilleuse des intérêts de la détentrice du mandat de la Société des nations, demeurait sur les dents. Visiblement, l'on s'inquiétait en haut lieu de l'influence néfaste d'agents étrangers qui soutiendraient de possibles révoltes contre la France.
- Ce sont surtout les Anglais qui s'intéressent à la région, observa Vial, les yeux toujours fixés sur la carte de la Syrie tandis qu'un des hommes sortait une cigarette pour en tirer une bouffée, mais il m'est avis que ce n'est pas le danger principal que vous traquez.
- Quel est donc ce danger à votre avis ? Demanda l'homme à la cigarette, l'air amusé.
- Les Allemands et les Italiens, évidemment, répliqua Guillaume en se prenant au jeu, ce sont eux qui gagneraient à nous déstabiliser dans la région. Et puis vous n'auriez pas parmi vous des spécialistes de l'Allemagne, si ce n'était pas le cas, poursuivit-il en désignant Gaspard Thomas.
Les trois hommes demeurèrent un instant interloqués puis éclatèrent de rire ce qui détendit immédiatement l'atmosphère.
- Nous avons le même mentor, daigna expliquer Gaspard, un petit sourire aux lèvres, en assénant une claque amicale dans le dos de Guillaume.
- Le fameux « Connétable » ? Le type coincé qui a enseigné l'histoire à Saint-Cyr et est le grand ami de Pétain ? Pas mal, pas mal, siffla le type à la cigarette, appréciateur, De Gaulle sait s'entourer à ce qu'on m'a dit. On a entendu parler de vos faits d'armes en Afrique, lieutenant Vial.
Guillaume, pas particulièrement impressionné, hocha la tête. Les services secrets militaires avaient la fâcheuse tendance à être partout et à tout savoir mais en l'occurrence, ils n'avaient guère de mérite car il avait plusieurs fois rencontré leur chef, le lieutenant-colonel Rivet et savait que son profil de germanophone, passionné de stratégie militaire, débrouillard avait du taper dans l’œil des gigolos, aussi peu gigolos soient-ils.
- Le « Connétable » ? ricana le troisième type, un homme plus âgé, blond et moustachu, on m'a dit que c'était un sacré gaillard et qu'il était tout aussi sacrément pompeux.
- En attendant, c'est le seul qui a conscience qu'il faut que les choses bougent dans la stratégie et l’état-major, répliqua Thomas, d'un ton sans appel.
Vial croisa son regard, et croisa les bras en signe d'approbation. Il pouvait accepter beaucoup de choses mais certainement pas de laisser son mentor, rencontré à Saint-Cyr, être insulté de cette manière et il savait qu'il en était de même pour Thomas. Les deux hommes n'avaient pas grand chose en commun, puisque Gaspard était plus joyeux drille que ne pouvait l'être Guillaume, mais s'ils partageaient un lien, c'était cette loyauté indéfectible pour celui qui avait favorisé leur carrière et qu'ils considéraient comme un grand chef militaire. De Gaulle, le lieutenant-colonel catholique et froid, avait même promis à Vial de lui permettre de rentrer à l'Ecole de guerre, à Paris, où il pourrait apprendre recevoir une formation qui lui conduirait très haut dans la hiérarchie. Guillaume Vial avait parfois du mal à comprendre ce qui avait attiré l'attention du lieutenant-colonel chez Thomas mais il respectait ce choix autant que l'espion lui-même qui n'était sans doute par dépourvu de qualités – autre que sa faculté à avoir adopté les codes des « gigolos » avec ses beaux uniformes et sa gouaille.
- Vous avez lu Vers l'armée de métier ? Demanda le lieutenant, en repliant sa carte en faisant attention à ne pas faire tomber les petites pièces dont il s'était servi pour indiquer les endroits où les Druzes avaient apparemment des poches de révolte et d'où ils pouvaient mener des opérations de guérilla, avant de sortir une bouteille d'alcool de la région pour en offrir à ses invités improvisés, au moins, De Gaulle ne se voile pas la face, il sait qu'une guerre va bientôt être déclenchée et que l'on doit se moderniser pour espérer être à la hauteur.
- Forcément, il a de bons informateurs, affirma Gaspard, dans un accès de vantardise, en saisissant le verre que Vial lui tendait en le remerciant d'un clin d’œil, ce qui fit pousser un soupir à l'homme à la cigarette.
- Qu'est-ce que vous savez d'une guerre en préparation, Vial ? Demanda toutefois le type moustachu avec un air suspicieux, après tout, on aime à se bercer d'une paix perpétuelle illusoire à la SDN et chez nos hommes politiques. Censée être garantie par la ligne Maginot.
- Cette ligne ne servira à rien, répliqua Guillaume, tant que nous n'avons pas fait évoluer notre armée. Je ne suis pas stupide, je parle allemand et j'ai lu le programme politique du chancelier élu en 33. Le remilitarisation de la Rhénanie n'est qu'une étape, il n'y a pas besoin d'être un homme politique pour s'en rendre compte.
Un silence appréciateur accueillit ces paroles, silence pendant lequel chacun prit une gorgée d'alcool qui avait le mérite de faire oublier qu'on était au milieu d'une steppe désertique.
- Vous savez, lâcha juste le petit homme moustachu, on aurait bien besoin d'hommes qui connaissent l'allemand dans nos rangs... On laisse le grand public continuer à penser que la grande guerre était la der des der' mais nous, on travaille dans l'ombre pour préparer au mieux la France.
Pour la première fois, depuis leur arrivée, le visage de Guillaume Vial s'éclaira d'un sourire inattendu qui lui valut un coup de coude de Gaspard :
- Vous acceptez des femmes chez les gigolos ? Parce que sinon, je connais quelqu'un qui parle très bien allemand et qui pourrait faire des merveilles chez vous...
- Qui ça ? Plaisanta Thomas en lui désignant la poche dans laquelle il avait fourré la lettre de Diane et qu'il avait complètement oubliée, une fiancée avec qui vous échangez des mots doux en allemand ?
- Non, s'insurgea Guillaume, il s'agit de ma sœur.

Archives militaires de Vincennes – Juillet 2012

La surprise du jeune homme fut telle qu'il garda le silence pendant plusieurs dizaines de secondes, secondes pendant lesquelles Claire se demanda comment il était approprié de réagir et si elle devait retourner à son bureau où la pile de livres à cataloguer n'avait visiblement pas diminué en son absence. Mais au moment où elle s'apprêtait à prendre la parole, le jeune homme fronça les sourcils et se mit à fouiller le dossier devant lui avec une certaine véhémence, lui qui avait été si précautionneux peu de temps auparavant, comme s'il cherchait un document précis mais il abandonna rapidement, en se calant à nouveau sur sa chaise, comme s'il était obligé d'admettre qu'il avait fait choux blanc.
- Je ne comprends pas, souffla-t-il comme s'il s'adressait à lui-même mais Claire décida que c'était une invitation à rester, ça n'a pas de sens, ça fait maintenant longtemps que le secret défense est levé, les archives ont été rendues publiques.
- Si vous voulez mon avis, répliqua la jeune archiviste stagiaire en s'emparant du papier barré de la mention, ce n'est pas un problème d'archives gardées secrètes. Ces papiers ont dû être détruits, ils ne doivent tout simplement plus exister.
Il sembla considérer cette nouvelle perspective puis poussa un soupir frustré :
- Mais pourquoi supprimer ces papiers du dossier militaire de Guillaume Vial ? Quel intérêt les services secrets auraient-ils pu avoir à détruire méthodiquement toute trace de leur contact avec lui ? Ça n'a aucune logique.
- C'est vous qui le connaissez le mieux, la politique française n'était pas des plus honnêtes dans son empire à cette époque-là, ceci explique peut-être cela, répondit Claire doucement, avant de décider de tirer une chaise pour s'asseoir à côté de lui. Manque d'enthousiasme à l'idée de retourner à son poste ou véritable intérêt pour la vie de ce résistant dont elle ne connaissait que le nom et la plaque commémorative, toujours était-il qu'elle se sentait touchée par le désespoir du jeune homme qui se lisait sur son visage animé, tout l'inverse de ce Guillaume Vial si figé et si froid sur sa photographie en noir et blanc. Il y avait plus qu'un chercheur qui passait tout l'après-midi dans les cartons pour n'en ressortir qu'avec de maigres informations inexploitables dans son mémoire. Il semblait avoir du mal à accepter la déception, comme s'il touchait quelque chose, mais que ce quelque chose lui avait échappé des doigts. Et Claire n'avait beau n'avoir aucune idée de l'objet de cette quête, elle se sentait fascinée par toute cette passion qui se dégageait du jeune homme, par sa façon de refuser l'évidence et tout simplement par son don pour la transporter avec lui dans son voyage au cœur du XXe siècle. Et pourtant, elle était plutôt une spécialiste du XVIIe siècle à la base.
- Peut-être y a-t-il d'autres documents susceptibles de vous apprendre des détails sur la carrière de Vial ? Suggéra-t-elle en lui désignant un bout de papier jauni qui dépassait sous le frontispice du document disparu, vous devriez regarder.
Il parut seulement se rendre compte qu'elle s'était assise à ses côtés et il lui adressa un sourire désolé :
- Vous avez raison, je suis navré, disons que j'aurais aimé en savoir plus sur ces missions dont je connais seulement les noms et les dates... ça aurait pu m'avancer.
Elle lui sourit en réponse, rassurée de voir qu'il accusait enfin le coup, et joignant le geste à la parole, elle tira sur le papier en question pour se retrouver devant un document officiel rédigé en allemand et à la machine, seulement complété par quelques mentions à la main, dont le nom de « Guillaume Vial ».
- De quoi s'agit-il ? Demanda-t-elle, puisque définitivement elle avait eu de la chance que le secrétariat à la Guerre du temps de Louis XIV n'ait rédigé sa correspondance qu'en français.
Le jeune homme semblait avoir oublié sa déception car un sourire de vainqueur s'afficha sur ses lèvres :
- Regardez, lui dit-il d'une voix triomphale, je n'avais jamais vu ce document auparavant, voici la fiche d'identification du prisonnier de guerre Guillaume Vial, de 1940.
- C'est donc ainsi qu'il a commencé la guerre ? S'étonna Claire, dans un camp de prisonniers ?
- Oh, il n'y est pas resté longtemps...





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Résister, s'il le faut, c'est combattre, et puis vainqueur ou vaincu, c'est résister quand même, c'est-à-dire rester semblable à ce que l'on est jusque dans la défaite, jusque dans les fers. [CHAMSON]
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MessageSujet: Re: Fichier secret de Guillaume Vial    Dim 15 Fév - 0:35



Biographie


Sur les routes de l'exode – juin 1940

Guillaume Vial n'avait jamais oublié Dieu, mais il avait toujours pensé à lui comme à un être supérieur qui avait donné Ses Lois et qui, depuis, posait seulement parfois Son œil sur les hommes pour leur accorder Sa grâce. Mais dans ces circonstances, il était obligé de penser à Lui. Depuis le monde était tombé dans le chaos, il se demandait parfois si Dieu ne détournait pas les yeux volontairement pour laisser les hommes faire leurs choix. Et quand il croisait ces pauvres gens qui marchaient d'un pas résigné vers un ailleurs dont ils n'espéraient plus grand chose, il se disait que nulle justice divine n'était à attendre ici-bas.
A chaque coup de pédale, qui faisait avancer son vélo bringuebalant sous sa charge, il sentait l'humiliation s'abattre sur ses épaules. À chaque nouveau mètre qui l'éloignait de Dunkerque, des dernières poches de résistance de la ligne Maginot, de Paris outragée et martelée par les bottes des soldats ennemis, sa charge de peines lui semblait devenir plus lourde. Il n'avait plus son uniforme, quitté à la hâte grâce à la complicité d'un fermier picard qui lui avait prêté une tenue plus inaperçue mais il avait toutefois l'impression que le macule de la honte lui brûlait le front, le désignait comme coupable devant tous ces habitants du nord de la France qui s'étaient jetés sur les routes face à l'annonce de la déroute française. A leurs yeux, ce jeune homme d'une trentaine d'années sur son vélo n'était que l'un d'entre eux, mais Guillaume se sentait épié et jugé, et une colère sourde battait dans ses veines. Pas cette colère qu'il avait ressentie au moment où De Gaulle, rencontré peu de temps sur le front avant le début des affrontements, lui avait expliqué la stratégie catastrophique de l’État-major planqué à la fois derrière sa ligne Maginot et son idée de la grande guerre, pas non plus celle couplée de résignation et de dégoût quand il avait du se rendre aux mains des soldats allemands, non c'était la même rage issue de son sentiment d'impuissance qui l'avait un jour poussé à donner une gifle à son petit frère Arthur. Cette rage qui tambourinait dans ses tempes et qui faisait peser son cœur toujours plus lourd. Car ce qu'il fuyait, c'était son propre pays, sa propre ville natale où déjà les Allemands avaient du entrer au rythme des tambours, dans un chaos inimaginable quelques semaines plus tôt encore. Ils avaient perdu. Perdu. Les vainqueurs d'hier, jusqu'à son père bien endormi dans sa tombe suffocante, avaient été humiliés en seulement quelques jours et n'étaient désormais que des vaincus. Pour la première fois, il remercia le ciel que son père fut déjà mort pour ne pas vivre ça et pour qu'il n'ait pas à se présenter à son regard. Vaincu, blessé et prisonnier, voilà qu'il en était désormais réduit à pédaler sur des routes de France, dans l'espoir d'échapper à ses poursuivants et celui de trouver quelqu'un qui résisterait encore, qui voulait continuer à se battre. Mais partout où il avançait, ce n'était que chaos, fuites éperdues et peur. Partout où il avançait, des charrettes avançaient au pas, parfois doublées par des voitures noires qui filaient comme des flèches, dissimulant quelque famille riche qui venait de prendre la mesure du danger. Partout où il avançait, les Français fermaient les portes à double tour, observaient les fuyards derrière leurs rideaux et parfois, des bribes de son de la radio éclataient derrière le battant fermement clos pour livrer le secret de leurs activités. Tout semblait s'être effondré avec la défaite de l'armée, le gouvernement, les institutions et l'honneur français. Tout était à reconstruire, à partir de ruines, si l'on considérait que les Allemands les laisseraient faire. Non définitivement, la justice divine ne régnait pas ici-bas, et Dieu n'avait rien à faire dans la folie des hommes.
Il était étudiant à l’École de guerre lorsque la guerre avait enfin éclaté, cette guerre inéluctable qu'ils avaient tous attendue en espérant l'éviter. Mais Guillaume avait toujours eu le sentiment qu'il faudrait en passer par là : le républicain convaincu savait que le Führer allemand ne rêvait que de conquêtes et de nouveaux peuples à asservir sous son joug. La France ne serait qu'une étape. C'était grâce à De Gaulle qu'il avait obtenu son grade de capitaine et qu'il avait rejoint un régiment de chars de bataille. Il y avait là un défi à sa mesure, à faire évoluer ces monstres de fer sur tous les terrains, ces monstres dans lesquels on pouvait si vite se retrouver prisonnier. Sauf qu'on peut être le meilleur stratège du monde et ne pas avoir les moyens de son ambition. La mort était venue du ciel, de ce ciel où Dieu les regardait, mais d'où tombaient les bombes, quand on n'était tout simplement pas touché par une grenade anti-char. Vial, en bon militaire, s'endormait souvent d'un sommeil sans rêves, mais lorsqu'il tombait dans une sorte de demi-torpeur, il voyait souvent à nouveau ces escadrilles vrombissantes contre lesquelles ils ne pouvaient rien et qu'il voyait, perché en haut de son char lorsqu'il osait sortir la tête de son monstre de fer. Il avait bien réalisé une percée en lien avec le colonel De Gaulle, qui lui avait valu une quelconque croix militaire mais c'était déjà trop tard. Partout les lignes de défense s'effondraient depuis Sedan et les Anglais rembarquaient à Dunkerque pour fuir sur leur île où ils n'étaient pourtant pas à l'abri des bombardiers allemands. Encerclé de toute part, isolé, incapable du moindre mouvement, il avait choisi de se rendre au lieu de mener ses hommes à la mort. Il s'en voulait encore.
Il continuait à pédaler mais déjà le soleil se couchait à l'horizon et il savait qu'il lui faudrait faire une pause pour la nuit afin de récupérer des forces. Il était parvenu dans un petit village, après avoir emprunté un chemin un peu à l'écart des grandes voies, sur lequel il avait cahoté pendant une bonne demi-heure. Pas de nombreux réfugiés ici où les Allemands n'étaient encore qu'une rumeur, grondante et effrayante, certes, mais une rumeur tout de même. Il mit pied à terre devant une ferme où une femme d'un certain âge rentrait plusieurs garçons, sans doute ses petits-fils, qui apostropha le nouvel arrivant pour savoir d'où il venait et ce qu'il faisait là. Une fois qu'elle se fût assurée qu'il n'avait rien d'un intrus venu pour les voler ou pire d'un agent de la Ve colonne venu repérer on ne savait quoi dans ce petit village français, Guillaume put garer son vélo et s'installer la table de cette famille simple qui partagea néanmoins son pain avec le nouvel arrivant.
Le capitaine, sans insigne et sans barrettes, ne put s'empêcher de pousser un soupir de soulagement en s'asseyant : son corps entier lui semblait endolori, et pourtant son entraînement intensif en sport lui avait permis de tenir jusque-là et l'aiderait sans nul doute à poursuivre sa route jusqu'à ce qu'il trouve des reliquats de l'armée française. Il ne put s'empêcher de songer à ses multiples courses à pied de bon matin au domaine, ce qui fit surgir un bref sourire sur son visage, mais si bref, que ses hôtes du soir ne s'en rendirent pas compte. Combien de fois avait-il seulement fait le tour du parc aux premières lueurs de l'aube avec... ? Il se rembrunit en pensant au rire de Béatrice qui le suivait de temps en temps dans ses entraînements et préféra boire le reste de son bouillon si brûlant qu'il lui réchauffa tout le corps.
- Et vous, mon p'tit, où allez-vous comme ça ? Et d'où venez-vous ? C'est qu'on en entend des choses sur ce qui se passe dans le Nord, mais c'est pas très clair à la radio..., lui demanda la vieille dame en se tournant vers lui, après avoir envoyé les gamins au lit.
Son époux, qui venait d'allumer sa pipe, hocha la tête en fixant son regard sur leur hôte. Guillaume n'avait jamais été très doué quand il s'agissait de raconter des histoires mais il devait bien le minimum d'explications à ceux qui avaient accepté de lui donner le gîte et le couvert pour la nuit.
- J'ai été fait de prisonnier de guerre mais je me suis évadé. Je suis à la recherche du reste de l'infanterie.
Au moins se contentait-il d'être clair, direct et précis, sa formation militaire n'avait pas servi à rien. Il n'avait de toute façon nulle envie de narrer ce qu'il avait vu en Picardie, ces longues files de prisonniers français, ces centaines et centaines de jeunes soldats, souvent pas très bien formés, qui n'avaient jamais vu la guerre de près – comme lui, à la réflexion, les guérillas qu'il avait du mener au Moyen-Orient et en Afrique l'avaient-elles vraiment préparé à ce qu'il avait du affronter ? Était-ce pour cela qu'il avait échoué ? –, en train de marcher sur des routes désertées de voitures, faisant juste la place aux régiments allemands de chars, couverts par la Luftwaffe. Il n'avait nulle envie d'évoquer les camps dans lesquels ils avaient été parqués et encore moins la façon dont il avait réussi à s'échapper, en se faisant passer pour un cadavre puis en fuyant devant des tirs nourris qui l'avaient obligé à se glisser dans la boue pour passer sous des fils barbelés. Au moins était-il méconnaissable, couvert de terre, l'épaule en sang, aux yeux des soldats allemands, et il avait erré jusqu'à ce qu'un fermier picard ne l'accueille chez lui. Non, il ne voulait pas parler ou raconter, c'était une façon de se livrer et Guillaume s'y refusait obstinément. Après tout, il fallait conserver l'innocence de ces gens-là, leur naïveté. Une fausse bonne excuse quand on savait que les Allemands allaient forcément finir par arriver jusque-là. Et qu'une armée victorieuse demeurait une armée conquérante.
- Quel courage, s'extasia la vieille femme, et mon p'tit, rien ne vous retient à Paris ? Vous m'avez dit que vous veniez de Paris... Un beau jeune homme comme vous n'a pas de femme ou de famille ?
- Non, madame, répondit-il, mes frères sont tous dans les forces armées, et ma mère veille sur le domaine familial.
- Arrête donc de poser tes questions à ce pauvre garçon, il a besoin de repos.
L'intervention du vieil homme qui reprit immédiatement sa pipe entre ses deux évita à Guillaume de voir poursuivre les explications, à son grand soulagement et, invariablement, quand on évoquait l'idée de mariage, il dut s'empêcher de toucher mécaniquement son doigt où aurait du se trouver l'anneau de fiançailles. Cela faisait maintenant près de neuf mois que Diane était partie, sans un mot d'explication mais il avait toujours du mal à réaliser. Neuf mois également qu'il ne parlait plus à Béatrice, qui n'était plus que sa sœur sur les papiers et la goût amer de leurs disputes serrait encore sa gorge. Non, plus personne ne tenait à lui sinon sa mère qui aurait été fâchée de le voir se réfugier au domaine au lieu de combattre, et ses frères, respectivement à la Sorbonne, sur les mers et chez les parachutistes. Il avait tiré un trait sur sa fiancée qui avait fini par croire qu'elle lui était indifférente par manque de gestes ou de mots affectueux, sans comprendre qu'il n'était pas de ces hommes qui avouent facilement leurs sentiments. Il avait tiré un trait sur sa sœur qui avait encouragé à Diane à partir pour se venger d'avoir été surprise en train d'embrasser un femme alors même qu'elle était mariée et jeune mère, et d'avoir écopé des mots durs de son aîné dont elle avait appris qu'il était la seule origine à la fois de son mariage et de sa carrière dans les services secrets. En conséquence, plus personne ne comptait sur lui et il était seul.

- Vous ne trouverez plus de troupes combattantes dans le sud, jeune homme, poursuivit le vieil homme en grimaçant, on doit vous le dire tout de même. Il y a deux jours, le nouveau chef du gouvernement, le maréchal Pétain, a fait une allocution à la radio, il a demandé à ce qu'on dépose les armes car les Boches ont accepté l'idée d'armistice.
Le capitaine Vial en demeura saisi de stupeur. Cela faisait déjà quatre jours qu'il parcourait la France à vélo et il n'avait pas certainement pas entendu cette nouvelle. Pétain... Le vainqueur de Verdun ? Prêt à s'abaisser à réclamer la paix au lieu de poursuivre le combat ? Mais il n'était pas au bout de ses surprises :
- Tu oublies ce qu'on a entendu hier soir, tu ne te souviens pas ? Intervint à nouveau la vieille femme en servant un verre de cordial à son invité qui jugea en avoir bien besoin, quand on a écouté par hasard la radio anglaise et qu'on a entendu ce De Gaulle qui demandait à ce qu'on continue la lutte ?
- Tais-toi, la coupa son époux, on ne sait même pas qu'il est et il est totalement inconscient. Le maréchal est un grand soldat, il sait ce qu'il fait.
- N'empêche qu'il est à Londres, lui, et qu'il a appelé tous les volontaires à le rejoindre. Vous devriez peut-être poursuivre vers l'ouest, mon p'tit, pour atteindre les côtes. De toute façon, le gouvernement est planqué à Bordeaux.
Guillaume acquiesça, sans parvenir à parler davantage, encore sous le choc de ces informations inattendues. Qu'est-ce qui prenait à son mentor ? Il n'avait pas eu de nouvelles de sa part depuis qu'ils s'étaient rapidement croisés sur le front et avaient mis au point leur stratégie commune pour faire une percée. Mais jamais le colonel n'aurait trahi son pays ou son gouvernement et fui à Londres d'une manière aussi lâche. Se pouvait-il que les vieux se soient trompés ? Ou que De Gaulle avait eu une simple querelle d'ego avec Pétain qui l'avait conduit à prendre cette décision ? Une fois son verre de cordial terminé, le capitaine alla se coucher dans la paillasse qu'on lui avait alloué pour la nuit, aux côtés des gamins qui dormaient déjà en chiens de fusil et ce furent ces questions qui continuèrent à tourner dans son esprit. Pour la première fois depuis son jeune âge, il eut du mal à trouver le sommeil et passa une bonne partie de ces longues heures pendant lesquelles les Allemands devaient continuer à avancer à écouter les respirations des enfants, à masser ses pieds endoloris et à se demander comment agir.
Le lendemain matin, à l'aube, après avoir remercié ses hôtes, il s'élança à nouveau sur son vélo. En direction du sud pour rejoindre le gouvernement légitime tel que lui commandait son devoir. Mais non sans un pincement au cœur en songeant à son mentor qui ne le lui pardonnerait sans doute jamais.

Archives militaires de Vincennes – Juillet 2012

- Son évasion est devenu un peu mythique lorsqu'il est finalement arrivé à Vichy pour rejoindre Pétain, expliquait le jeune homme, en déposant le document à côté de lui tout en le fixant, comme s'il cherchait à le mémoriser, il l'a assez régulièrement évoquée dans les entretiens qu'il a pu avoir après la guerre, avec beaucoup plus de facilité que ce qu'il a réalisé par la suite d'ailleurs.
Claire, surprise, hocha la tête ce que son interlocuteur prit pour une envie d'avoir davantage de précision, si bien qu'il sembla vouloir se lancer dans le récit circonstancié de la manière dont Guillaume Vial avait réussi à se faire passer pour mort, mais elle l'interrompit :
- Attendez... Il a rallié Vichy ? Et pourquoi pas Londres ?
Le jeune homme parut perplexe et se mit à jouer, sans avoir l'air de se rendre compte, avec le coin du papier qu'il tenait encore entre les mains :
- Je pense que Guillaume Vial était avant tout un soldat, et quand bien même, il a été outré de l'armistice ou de l'humiliation qu'a été Rethondes, il a du considérer que le devoir d'obéissance primait. Nombreux étaient ceux partis pour Londres qui étaient alors vus comme des traîtres, comme des personnes cherchant à fuir le navire au lieu de tenter de redresser la barre. Sans doute pouvait-on encore croire à cette époque que le maréchal avait des plans ou qu'il arriverait à sauver la France de l'humiliation. C'était beaucoup donner de crédit à un tel homme, mais nous, avec notre recul, nous sommes mal placés pour juger.
L’œil de Claire quitta un instant le visage du jeune homme qui paraissait empli d'une intense réflexion pour se poser sur le papier qu'il avait entre les mains, une mention qui indiquait que Guillaume Vial était devenu lieutenant-colonel sur décision du chef des armées, Philippe Pétain lui-même, alors qu'un petit bout de carton déposé sur le reste des papiers du dossier faisait mention de la réception de la médaille de l'ordre de la francisque par le tout nouveau lieutenant-colonel. Voilà donc une face du résistant que peu de monde connaissait, et elle comprit que c'était ce choix de rejoindre Vichy alors même qu'il avait gagné beaucoup de respect lors de sa carrière et qu'il avait été proche de militaires partis pour Londres qui lui avait fait gagner ses galons. On devait estimer qu'il s'agissait d'une recrue de choix. Et après tout, combien étaient-ils ces résistants ou ces Français de Londres en juillet 1940 ?
- On dirait que vous prenez sa défense, dit-elle en souriant, mais j'imagine qu'il a du vite déchanter, non ?
Le jeune homme laissa échapper un petit rire :
- Vous m'avez démasqué, je crois que mon objectivité historique est parfois mise à mal, si on considère que j'en ai réellement. Mais je trouve qu'on met tout de même le doigt sur quelque chose d'intéressant, un de ces parcours qui rendent caduques les affirmations manichéennes de cette période. On ne fait pas toujours les bons choix, on ne prend pas toujours les bonnes décisions.
Claire considéra un instant le symbole de l'ordre de la francisque dessiné sur le papier, cette hache à double tranchant, recouverte de bleu, de blanc et de rouge et ne put tout de même s'empêcher d'insister :
- Mais il a du rapidement déchanter ? Après tout, il avait l'air d'être un républicain convaincu, un protestant sévère et pétri de valeurs, j'ai du mal à imaginer qu'il était comme ces Nazis qui ont fait des choses atroces pendant la guerre et qui se défendaient en disant qu'ils ne faisaient qu'obéir aux ordres.
Le jeune homme releva de nouveau la tête pour la considérer et elle crut un instant qu'il allait se moquer d'elle ou s'étonner de la soudaine passion dont elle venait de faire preuve. Mais au lieu de ça, ses yeux partirent dans le vague, comme pour réfléchir et il affirma :
- Je pense qu'il n'y avait pas d'évidence. Il n'était en effet pas de ceux qui obéissent sans réagir, il avait du charisme, des principes moraux bien au-dessus de cela, avait fait des études qui lui donnaient une légitimité certaine dans la réflexion sur la stratégie militaire, mais tout de même, il n'y avait pas d'évidence.

Paris – Octobre 1940

Au fond de la salle du restaurant, un homme en uniforme allemand, bien en chair, riait en pelotant la jeune femme à ses côtés, entre deux interruptions pour prendre une gorgée de son verre de vin et Guillaume Vial avait beau tenter de l'ignorer, il débordait de toute part la fine silhouette d'Irina qui se trouvait attablée en face de lui, d'autant plus que son image semblait démultipliée par son reflet dans le miroir qui couvrait le mur du fond de la brasserie parisienne et par son rire gras qui envahissait tout l'espace. Il n'était pas le seul soldat allemand présent, mais rien à faire, il semblait attirer l'attention générale. A l'exception notable et troublante de celle d'Irina Smolenski qui, en bonne princesse, considérait qu'il était impoli de se retourner sur quelqu'un à table. Cette explication laissait perplexe Guillaume pour la simple raison qu'Irina avait beau être une princesse, elle était surtout peu à cheval sur la politesse – leurs débuts avaient fait des étincelles –, et elle était même la première à râler haut et fort quand quelque chose n'allait pas. Contrairement à son collègue et patron, elle était plutôt de celles qui agissaient avant de réfléchir ce qui pouvait la mettre dans des situations impossibles mais dont elle se sortait toujours la tête haute et la moue arrogante. Mais une vraie princesse russe n'aurait sans doute pas eu besoin de travailler comme secrétaire pour l'armée française (après tous les autres métiers qu'Irina se vantait d'avoir fait, donnant ainsi l'impression qu'elle avait eu plusieurs vies) et ne taperait pas autant du poing sur la table quand elle protestait contre quelque chose ou quelqu'un mais Guillaume n'avait aucune envie de lui en faire la remarque pour ne pas être la cible de sa mauvaise humeur à son tour – d'autant qu'après plus d'un mois de collaboration forcée au sein de la représentation de l'armée française auprès de l'occupant, force était d'avouer qu'il avait appris à apprécier la jeune femme telle qu'elle était et qu'il ne l'aurait changée pour rien au monde. Elle exprimait tout ce qu'il ressentait mais ne disait jamais, elle se comportait de la manière que ceux d'en face méritaient, et si elle agaçait parfois plus que de raison le jeune homme froid, indifférent et impassible, il devait bien reconnaître que sa présence avait un côté libérateur. Et puis de toute façon, l'homme qui pouvait changer Irina, il n'était pas encore né ! En l'occurrence, si elle gardait le silence, c'était surtout pour ne pas gâcher leur repas, puisque Guillaume l'avait invitée pour son anniversaire, occasion qui lui demandait une patience exemplaire, il en avait bien conscience. Mais Irina considérait qu'elle avait déjà beaucoup trop de mal à sortir Guillaume de chez lui – quand ce n'était pas pour aller au travail, même si ce travail était ô combien assommant et déprimant –, elle n'allait pas écourter leur déjeuner sous prétexte qu'un soldat allemand se comportait comme un goujat, du moins Guillaume, qui avait bien compris qu'elle s'était donné pour mission de le faire davantage sourire, le supposait-il. D'ailleurs, le fin observateur qu'il était remarqua le discret soupir qu'elle poussa après avoir passé commande.

Un observateur extérieur aurait pu se demander comment un tel duo pouvait bien fonctionner, avec des caractères aussi disparates, mais il aurait bien été obligé de constater que les deux jeunes gens s'entendaient à merveille. Guillaume, à son arrivée à Paris où il devait devenir l'interlocuteur du haut commandement militaire allemand, du moins tel qu'on lui avait vendu le poste, avait fortement douté des capacités de sa nouvelle secrétaire, une russe blanche orthodoxe qui racontait sa vie et tapait du poing sur la table. Mais elle avait réussi à apprivoiser le militaire par sa gouaille et son courage. Plus que tout, à part du point de vue de la religion, ils partageaient les mêmes convictions et c'était bien la raison qui poussait Vial à lui vouer une absolue confiance. À force de laisser parler les autres, au moins savait-il observer et avait-il compris quel genre de personne était Irina. Une exclusive, une qui ne trahit pas en amitié. Et le très solitaire Guillaume n'avait besoin que de cela.
- Quand je pense qu'il mange notre blanquette de veau, grommela tout de même Irina, vous pensez bien qu'après avoir goûté les plats français, les Boches ne vont pas repartir, ça les change de leurs plats à eux. Quand je vous dis qu'il va falloir les mettre dehors pour nous-mêmes...
- Pas ici, voyons, protesta Guillaume, tout le monde peut nous écouter. Et puis quand bien même, je ne vous vois pas trop en Jeanne d'Arc.
Il s'attira un regard mauvais de son interlocutrice qui ronchonna dans sa serviette qu'au moins les Allemands n'avaient pas à traverser la Manche mais à sauter juste par dessus le Rhin, ce qui supposait qu'il était beaucoup plus facile de les bouter dehors.
- Et puis vraiment, mieux vaut en parler ici plutôt qu'au bureau où nous aurions l'air de conspirateurs, poursuivit-elle alors qu'on lui servait sa blanquette de veau.
Irina et les règles élémentaires de sécurité. Voilà qui promettait. Guillaume avait parfois un peu de mal à savoir si elle pensait vraiment ce qu'elle disait ou non mais une chose était certaine, elle détestait les Allemands plus encore que lui. Il attendit qu'elle ait terminé de saucer sa viande pour se pencher vers elle, après avoir jeté un coup d’œil aux alentours pour vérifier qu'ils n'étaient suspects pour personne. Mais en effet, on jetait plus de coups d’œil à l'Allemand au verre de vin, et ils passaient inaperçus, même lui avec son uniforme de soldat français et Irina dans son manteau de vison qu'elle sortait à chaque occasion – visiblement c'était la dernière chose qu'il lui restait de son mariage avec le prince Smolenski.
- Vous êtes sérieuse ?
Il avait demandé cela le plus tranquillement du monde, mais Irina ouvrit de grands yeux :
- De quoi parlez-vous ?
- De faire partir les Allemands. Et de faire tomber leurs amis français de Vichy pour faire bonne mesure évidemment.

Cela faisait déjà longtemps qu'il y pensait lui-même, sur les insistances d'Irina. Il avait cru que cela lui serait possible de continuer à servir un pouvoir légitime, une hiérarchie militaire qu'il avait toujours respectée, d'obéir simplement aux ordres sans se poser de questions. C'était là son devoir. Mais il n'était plus d'accord avec les décisions du pouvoir, il ne pouvait plus accomplir des ordres sans discuter quand il les jugeait iniques. Il y avait d'abord eu ce travail à Paris, auprès du commandement militaire allemand qui se résumait finalement à faire une représentation de façade et à livrer le reste de matériel français aux troupes allemandes. Guillaume était obligé de participer au pillage de son propre pays, de forces qui auraient du être mises à la défense du territoire. Puis, le maréchal Pétain avait montré son véritable visage avec ce statut des juifs datant de quelques semaines, qui leur interdisait d'exercer certaines professions ou d'avoir certains droits fondamentaux. Les pasteurs de France avaient d'ailleurs élevé une protestation officielle. Alors servir, oui, mais pas à n'importe quel prix. Pas aux dépens de la morale et contre toute sa conscience qui lui hurlait que ce qu'il accomplissait n'était pas digne de lui. Pas pour s'abaisser, pas pour se rendre complice de personnes qui dégradaient l'honneur de la France et le nom même d'homme. En conséquence, il lui fallait désormais agir, mais il ne pouvait rien faire seul.
- Vous savez, il y avait plusieurs caches d'armes dans les Yvelines, et je suis censé les indiquer aux soldats qui m'interrogent. J'ai « oublié » celle de Jouy-en-Josas.
Il devait en falloir beaucoup pour impressionner la princesse Smolenski mais elle continua à faire ses yeux de hibou en demeurant muette.
- Évidemment, ce n'est pas du gros matériel militaire, simplement des armes, des grenades, sans doute, et des cartouches et il est fort possible qu'ils ne finissent par tomber dessus. Mais en attendant, nous pourrions les récupérer et nous en servir.
- Il faudrait les rapatrier sur Paris pour les avoir à proximité, ce serait un bon début. Vous ai-je déjà dit que mon feu mari m'avait appris à tirer ? Bon c'était évidemment des faisans mais j'ai tendance à penser que les Nazis ne sont que des faisans juste un peu plus gros.
Guillaume, immobile, ne marqua aucun signe de satisfaction mais quelqu'un qui le connaissait bien aurait pu comprendre qu'il se détendait imperceptiblement et qu'un éclat dans ses yeux indiqua la reconnaissance qu'il éprouvait envers Irina à cet instant.
- Évidemment que vous pouvez compter sur moi, continua-t-elle avec un sourire charmant, comme si on parlait de prendre le thé et non d'organiser des attentats contre les forces d'occupation, je pourrais vous servir de courrier, pour prendre contact avec des personnes qui pourraient nous être utiles, vous ne pouvez pas tout faire tout seul. Et je suis la personne parfaite pour les utiliser également. Et ne me regardez pas comme ça, je n'ai aucun scrupule à abattre ces illuminés, ce n'est pas parce que je suis une femme que je ne sais pas appuyer sur la détente.
Guillaume n'avait pas forcément pensé à intégrer Irina dans des actions coups de poing mais il ne doutait pas un instant qu'elle pensait ce qu'elle disait. Non s'il s'était refroidi, c'est qu'il avait lui-même longuement hésité sur la méthode à employer. Assassiner un soldat qui ne fait partie que d'une troupe d'occupation présente selon les termes d'armistice ou faire sauter un train, c'était déloyal, ce n'était pas guerre. Mais il en avait conclu qu'il n'avait pas d'autre choix. Même si son objectif principal demeurait la libération de prisonniers politiques et la récupération d'armes pour mettre des bâtons dans les roues du pillage organisé de la France, il lui faudrait employer des méthodes de guérilla urbaine qui n'avait rien de ce qu'on enseignait dans les écoles militaires. Mais le discours du pasteur Marc Boegner avait achevé de le convaincre. N'était-ce pas ce qu'on apprenait aux protestants ? Ils avaient résisté malgré les persécutions pendant toute leur histoire. Ils avaient lutté pour ne perdre leur âme et c'était ce qu'il s'apprêtait à faire. Pour l'honneur de la France.
- Je connais quelques personnes qui pourraient nous être utiles, affirma Irina, nous pouvons commencer à agir au plus vite. Pas question d'attendre quoi que ce soit de l'Angleterre.
Voilà un point sur lequel ils étaient d'accord. Vial lui recommanda de demeurer prudente et de ne rien faire sans le prévenir. Elle acquiesça avec sérieux pour une fois.

Avant de quitter la table à la fin de leur repas, ils se fixèrent un instant, comme s'ils échangeaient une promesse muette, et Guillaume comprit qu'il pourrait lui faire confiance jusqu'à la mort. Quand elle avança sa main pour serrer un instant la paume de son nouveau complice, il ne la repoussa pas et ne se sentit pas dégoûté par ce contact physique. C'était la promesse de pouvoir toujours compter l'un sur l'autre et de demeurer unis jusqu'à ce que leurs objectifs soient accomplis. Au moment où ils quittaient le restaurant, l'Allemand continuait toujours à parler très fort en serrant la jeune femme contre lui, tant et si bien qu'Irina s'arrêta devant sa table et frappa du poing – ce qui eut le mérite de faire taire tout le monde et de lui attirer une foule de regards stupéfaits.
- Vous silence ! Quant à vous, mademoiselle, vous êtes une honte pour la France.
Le militaire voulu se lever mais il s'interrompit devant l'air peu agréable de la silhouette de Vial qui se profilait derrière la princesse, laquelle leva la tête avec hauteur et sortir du restaurant avec une moue pincée, suivie de Guillaume, amusé malgré lui par la situation.
- Notre première action ensemble, s'exclama-t-elle sur le trottoir en allumant une cigarette, ça y est nous ne sommes plus passifs, nous ne subissons plus !
- A ce compte-là, il n'y a plus d'Allemands ce soir à Paris ! Ironisa Guillaume.
- Riez mais en attendant nous n'avons toujours pas de nom, il nous en faudra un.
Et c'est ainsi qu'Honneur et Armée était né.

Archives militaires de Vincennes – Juillet 2012

Claire essaya un instant d'imaginer de quelle force morale et de quel courage avait eu besoin Guillaume Vial pour s'engager dans la résistance contre tout ce qu'on lui avait appris à l'armée. Elle renonça rapidement, car du loin de ce mois de juillet 2012, elle ne visualisait guère à quoi ressemblait Paris sous l'occupation et elle n'en mesurait les dangers qu'avec le recul. Mais en parlant de danger, en levant la tête, elle se rendit compte qu'elle en avait un beaucoup plus urgent qui la menaçait : son supérieur hiérarchique venait d'apparaître au bout de la salle et d'ici très peu de temps, il allait pouvoir s'apercevoir que sa stagiaire non seulement papillonnait avec les chercheurs mais en plus n'avait pas fini son catalogage. Elle se leva précipitamment sous le regard étonné du jeune homme :
- Je suis désolée, s'excusa-t-elle, j'ai encore du travail, mais c'était intéressant. Très intéressant, cette discussion...
S'apercevant qu'elle balbutiait et qu'elle ne savait plus où se mettre, elle décida de mettre fin à cette situation quelque peu gênante et tourna les talons pour s'asseoir de nouveau derrière son bureau. Son chef ne fit aucune remarque en passant devant elle mais lui lança un coup d’œil peu amène, avant de disparaître à nouveau. Claire s'occupa encore de quelques titres mais ne put s'empêcher, au bout de quelques minutes, de se décaler légèrement de son ordinateur pour regarder ce que faisait le jeune homme. Toujours penché sur son dossier, il semblait fasciné par le document qu'il avait sous les yeux mais de là où elle se trouvait, elle aurait été bien incapable de dire ce dont il s'agissait, ce qui, à son grand étonnement, l'agaça. Mais après tout, elle n'était pas là pour surveiller les quelques chercheurs assez courageux pour venir au mois de juillet, elle avait des livres à cataloguer. Elle en était à un livre sur les armées de Napoléon quand une silhouette apparut derrière son écran, la faisant violemment sursauter sur son siège.
- Oh, navré, dit le jeune homme d'un ton contrit, je ne voulais pas vous faire peur.
Il semblait hésiter sur la conduite à tenir mais maintenant qu'il l'avait rejointe, il parut considérer qu'il était déjà allé trop loin pour reculer :
- Je voulais juste vous montrer ce document, s'expliqua-t-il avec animation, parce qu'il est vraiment passionnant mais si vous avez du travail, je vous laisse tranquille.
Ce ne fut qu'alors qu'elle remarqua qu'il portait son dossier dans ses mains et qu'il en avait extrait une feuille de papier, un peu rosé et très fin qu'elle supposa être le papier fabriqué pendant l'occupation allemande, la faute aux restrictions. Dès qu'elle hocha la tête, sans même vérifier la présence ou non de son supérieur, il la lui tendit et elle fit face à un nouveau document en allemand et surtout à une nouvelle photo de Guillaume Vial, visiblement prise à son insu. Elle faillit ne pas le reconnaître de prime abord. Il portait une barbe qui lui dévorait le visage, un chapeau et il baissait la tête comme s'il ne voulait pas être vu. Mais au vu de ses traits durs et sévères, il ne faisait aucun doute que c'était bien l'homme pour le destin duquel elle se passionnait.
- C'est une fiche de renseignement, lui expliqua le jeune homme en lui désignant les notes manuscrites toujours en allemand, regardez la date, il était alors passé dans la clandestinité après les premières arrestations d'envergure dans son réseau, on le soupçonne d'être dans Honneur et Armée mais on ignore quel est son rôle, sa fonction et son pseudo de résistant. Il était tellement paranoïaque et attaché aux règles de sécurité que jusqu'au bout, les Allemands n'ont pas su faire le lien avec ses différents pseudo et tout simplement X1 même si on pensait qu'il était important dans l'organigramme.
- Personne n'a jamais parlé ? S'étonna Claire, qui en avait complètement oublié ses devoirs d'archiviste, et qui tenait cette fiche réalisée par les Allemands pour mieux traquer leurs proies avec un peu de dégoût et de fascination.
- C'était la première règle que vous entriez dans Honneur et Armée, on vous demandait de ne jamais parler, jusque sous la torture, dit le jeune homme d'un ton songeur en reprenant la feuille, et ils étaient bien peu à connaître Guillaume personnellement ou à savoir qu'il était X1, c'était à dire le chef, ils étaient nombreux à penser qu'il n'était que « Masséna », le secrétaire de X1 que ce dernier envoyait à sa place.
- Il ne les recrutait pas lui-même ? Comment jugeait-il donc que quelqu'un était digne de se confiance, assez pour respecter cette première règle ?
- Il avait recruté lui-même son conseil dirigeant, les « X » comme on les appelait, avec sa collègue et complice, Irina, qui servait de courrier au réseau. Quant à savoir comment il savait qu'il pouvait leur faire confiance...

Paris – Décembre 1940

Le lieutenant-colonel Vial ne s'expliquait pas le choix de la personne de l'Hauptmann Reinhart Krause sinon pour humilier davantage les Français et jouer avec leurs nerfs. Quelle idée, vraiment, d'engager un tel homme pour servir d'interlocuteur à l'armée française ? Il devait bien reconnaître que le capitaine de la Wehrmacht était zélé et n'avait nulle intention de laisser échapper un quelconque endroit où pouvait se trouver du matériel militaire, à la fois parce qu'il croyait dur comme fer à la victoire allemande mais aussi parce qu'il voulait éliminer jusqu'à la dernière preuve que la France avait été un grand pays avec une armée réputée la meilleure d'Europe, laquelle n'était désormais plus qu'une coquille vide. D'ailleurs, à chaque fois qu'il voyait arriver Guillaume dans son uniforme, même si ce dernier était d'un grade plus élevé que le sien, il jetait un regard méprisant sur ses barrettes et il lui arrivait souvent de lui faire remarquer que cet uniforme ne correspondait plus à rien. Vial, s'il gardait le silence, devait bien en convenir. On avait permis au maréchal Pétain de conserver une armée mais elle avait été dépouillée de tout, jusqu'à ses armes et ses fonctions. Guillaume était une simple silhouette sans réalité dans une armée fantôme. Mais quitte à accepter cette était de fait qui lui était une couverture précieuse pour ses autres activités dans la résistance, au moins aurait-il aimé avoir affaire à un vainqueur fair-play. Quelqu'un de suffisamment professionnel pour se comporter avec lui avec honneur et compréhension. Au lieu de cela, Krause lui battait froid et s'acharnait à le provoquer, avec une constance qui frôlait l'obsession et qui jouait avec les nerfs pourtant bien solides de Vial, chargé de le guider et de l'aider dans son opération de démantèlement de l'armée française. Il ne l'emporterait pas au paradis. Au moins avait-il arrêté de faire des remarques désagréables en allemand depuis qu'il avait compris que son interlocuteur français parlait un allemand parfait, seulement mâtiné parfois de quelques expressions venues de Suisse, un héritage de la mère de Guillaume qui y avait grandi. C'était toujours ça de gagné.
- Pourquoi est-ce que ces fichus Français sont rassemblés ici, Vial ? Aboya d'ailleurs Krause sans se retourner vers lui.
Vial ne répondit pas mais de toute façon, le capitaine continuait à avancer sans attendre de réponse. C'était bien le seul à se plaindre de voir des Français dans les rues de Paris de toute façon, et quant à lui expliquer pourquoi les habitants de la ville faisaient la queue devant les magasins, Guillaume n'y tenait pas forcément car cela aurait sans doute valu encore plus de moqueries de la part de Krause qui en tant que membre de la « très grande et très victorieuse » armée du Reich n'avait pas de problème de rationnement. En conséquence, il continua de le suivre à quelques pas, alors que Krause discutait avec animation avec quelques collègues qui les entouraient à propos du froid parisien – rien de bien intéressant pour un espion comme Vial –, tout ça parce que Krause n'avait guère envie d'être précédé par un simple Français au grade sans intérêt. Ils avançaient dans la rue pour rejoindre le bâtiment où ils travaillaient, un très ancien hôtel particulier qui avait été réquisitionné et qui avait visiblement appartenu à une famille juive qui avait fui les lieux en laissant bon nombre de leurs collections, après avoir mangé dans une brasserie parisienne à quelques pâtés de maison. La prudence la plus élémentaire aurait voulu que l'on prenne un véhicule mais Krause semblait considérer qu'on n'allait pas s'en prendre au héros de guerre qu'il était. Guillaume l'entendit distinctement rire et se jura qu'un jour, il lui ferait ravaler son sourire et ses injures. Un jour, il ferait la peau de ce « héros de guerre » pour lui faire ravaler sa superbe et lui rappeler qu'il ne faisait pas bon se moquer d'un animal blessé et pas encore mort. Mais pour le moment, le lieutenant-colonel faisait preuve de sa grande patience et de son contrôle de soi que beaucoup jugeait impressionnant. Il répliquait par le mépris au mépris, par le silence aux injures, par l'indifférence aux colères. Krause n'attendait qu'un faux pas de sa part pour l'humilier encore davantage mais il était en revanche désarçonné par cette attitude butée et froide. Une chose était certaine, ce n'était pas un type tel que Krause qui ferait perdre son calme à Guillaume Vial.

Trois événements consécutifs tirèrent toutefois Guillaume de sa réflexion, d'autant qu'ils lui demandèrent l'intégralité de sa concentration. Il avait cessé de regarder le dos du capitaine pour laisser couler son regard sur les façades des bâtiments alentours, blanchies par le froid de ce mois de décembre mais Krause le poussa de nouveau à tourner la tête en l'interpellant pour lui poser une question à propos de la fuite rocambolesque d'agents anglais la semaine précédente alors qu'ils étaient enfermés dans les locaux de la Gestapo, ce qui avait beaucoup fait plaisanter les collègues de Krause au bureau. Guillaume ne pouvait s'empêcher d'avoir une once de satisfaction à chaque fois qu'on évoquait ce sujet car c'était là la première opération d'envergure d'Honneur et Armée, menée pourtant avec des petits moyens et avec quasiment juste l'aide d'Irina à laquelle il donnait désormais du « tu » et à qui il avait confié une arme – mais habillé d'un uniforme SS, Guillaume parlait un allemand suffisamment bon pour se fondre dans la masse visiblement. Mais il n'entendit pas très bien l'objet de la question de Krause car des cris s'élevèrent dans la file d'attente qu'ils longeaient, sans qu'il ne comprît pourquoi. Le boulanger venait-il d'annoncer qu'il n'avait plus de pain ? Quelqu'un tentait-il de doubler la file ? Il n'eut pas le temps de résoudre cette interrogation, car un éclat lumineux attira son regard bien entraîné. Un flingue ! Ce type seulement coiffé d'un béret et d'une chemise, mais à la carrure impressionnante et au visage empli de défi tenait un flingue dans la paume et il visait l'officier allemand le plus gradé du coin, à savoir qui pressait uniquement le pas pour fuir celles qu'il devait qualifier de ménagères hystériques. Mais que faisait-il ? Sans doute pouvait-il fuir après avoir appuyé sur la gâchette mais ils étaient trop nombreux en face pour qu'il puisse leur échapper. Connaissait-il seulement le châtiment encouru pour tirer sur un soldat allemand de l'armée d'occupation ? Sans doute Reinhart Krause méritait-il de mourir mais pas ainsi et pas maintenant. C'était trop tôt, et Guillaume avait encore des armes à lui dérober sous le nez. N'écoutant que son instinct, le Français bondit sur l'homme armé, profitant que personne dans la troupe d'Allemands ne le regarde, et avec une violence qui passa inaperçue au milieu des cris, il plaqua celui-ci contre le mur en ordonnant d'une voix basse :
- Tu es fou ! Range tout de suite cette arme avant qu'on ne la voit ! Range cette arme, je te dis, ce soldat n'en vaut pas la peine. Crois-moi il ne vaut pas la peine que l'on meurt pour lui.
L'autre se débattit mais c'était peine perdue, car il avait beau être puissant et chercher à se libérer par tous les moyens, ce qui prouvait son entraînement militaire, Guillaume avait une poigne de fer.
- Imbécile, ça ne sert à rien, d'accord ? Tu veux vraiment lutter contre les Boches ? Alors range cette arme et je te présenterai à des gens qui résistent.
Le type le considéra un instant mais déjà baissait son canon et finit par ranger le pistolet dans sa poche, si bien que Guillaume poussa un soupir de soulagement et le relâcha doucement.
- Qui es-tu ? Qu'est-ce que tu fais avec lui, toi ? Demanda-t-il d'un ton abrupt en se massant une épaule.
- J'ai une fonction qui permet d'espionner au cœur de l'ennemi, lui expliqua Guillaume, crois-moi, il y en a pour qui la lutte n'est pas finie, pour qui la guerre vient juste de commencer. Sauf que c'est une guerre de l'ombre, c'est une guérilla urbaine qui ne doit rien laisser au hasard. On a besoin de types comme toi, qui n'ont pas froid aux yeux mais on veut pas des suicidaires, ça ne sert à rien.
- Je veux en être, lui répliqua l'homme, les prunelles brillantes, je veux être utile, pas me tourner les pouces comme les camarades du parti.
- Alors il y aura de la place pour toi, que tu sois communiste, de droite, athée ou catholique, lui affirma Guillaume, il y a toujours de la place pour les hommes de bonne volonté pour travailler ensemble.
Il avait déjà perdu du temps et Krause allait finir par s'inquiéter de ne plus le voir, aussi se redressa-t-il dans sa tenue rutilante de lieutenant-colonel et lança-t-il une adresse et une heure au jeune homme qu'il avait empêché de faire une bêtise.
- Réfléchis bien. Si tu veux vraiment t'engager et devenir résistant, retrouve moi ce soir. Sinon disparais et oublie mon visage.
- J'y serai.
Sans un mot de plus, Vial tourna les talons et, alors que les cris se calmaient, rattrapa d'un pas rapide Krause qui se contenta de hausser les épaules en voyant que son guide français était bien revenu. L'échange avec ce communiste n'avait pas duré plus de deux minutes mais pourtant il avait l'absolue certitude qu'il disait la vérité et qu'il serait là le soir-même. Il ignorait toutefois encore qu'il venait de faire là l'un des recrutements les plus importants pour son réseau en la personne de Thibaud Pelletier que toutes les polices allemandes se mettraient bientôt à chercher sous le nom de X3.

Archives militaires de Vincennes – Juillet 2012

- Il avait en tout cas un sacré instinct, commenta Claire qui avait de nouveau abandonné toute velléité de poursuivre sa mission du jour et qui avait posé ses coudes sur son bureau pour soutenir sa tête, afin de mieux fixer le jeune homme, avec tous les cartons de lettres de délation qu'on trouve encore aujourd'hui aux Archives nationales, il fallait avoir une équipe en qui on pouvait faire toute confiance.
- Je le soupçonne de ne pas avoir seulement fait confiance aux membres de son réseau, il avait adopté certaines...
Mais le jeune homme, qui continuait à feuilleter le dossier, s'interrompit brutalement ce qui fit froncer les sourcils à Claire qui se pencha davantage mais une fois encore, elle était trop éloignée pour distinguer quoi que ce soit. Il paraissait proprement stupéfait ce qui attisa sa curiosité.
- De quoi s'agit-il ? Chuchota-t-elle, impatiente, pour le faire réagir.
- Oh mais ça alors ! S'exclama-t-il d'une voix forte ce qui poussa le deuxième chercheur du jour à se retourner vers eux pour leur adresser un regard noir et s'il ne parut pas s'en apercevoir, il poursuivit tout de même d'un ton plus bas : c'est incroyable que cela soit ici, dans le dossier militaire de Guillaume Vial alors que je l'ai cherché partout dans les archives d'Elsa Meyer !
Elle allait demander davantage d'explications car tout cela demeurait très mystérieux mais avant qu'elle ne dise quoi que ce soit, il lui tendit une pochette plastifiée qui comportant un très petit morceau de papier jauni et froissé, si bien que le texte écrit à l'encre dessus était presque invisible. Au début, Claire crut qu'il était trop endommagé pour pouvoir le lire mais après examen plus approfondi, elle constata qu'il s'agissait d'une suite de lettres sans aucun sens, sans doute un code. Claire ne s'était jamais intéressée aux messages codés, sinon peut-être gamine quand il y avait des chasses au trésor, mais en l'occurrence, elle aurait tout donné pour savoir ce qu'il signifiait. Cette envie était peut-être liée à cette longue traînée rouge qui cachait les premières lettres, une tâche de sang encore écarlate malgré les années qui indiquait que le propriétaire de ce mot avait du connaître un mauvais sort :
- C'est très endommagé, dit-elle, et sans la clé... Mais ce bout de papier appartenait à Guillaume ?
- Non, répondit le jeune homme en secouant la tête, mais en revanche, je connais la clé qui me permettra de le déchiffrer. J'ai déjà vu le jumeau de ce papier.
- Que voulez-vous dire ?
- Le mot que j'ai pu consulter était une réponse à celui-ci. C'est l'envoi de Guillaume Vial à la chef d'un réseau de résistance concurrent mais allié, la Brigade (Claire fit signe qu'elle connaissait). Elsa Meyer a donc reçu ce mot, elle a eu le temps d'y répondre, en l'occurrence par l'affirmative puisque j'ai réussi à traduire cette réponse. Mais j'ai eu uniquement le « oui » et un « moi aussi », j'ignorais quelles pouvaient bien être les questions de Vial, je vais enfin pouvoir bientôt le savoir quand j'aurais réussi à le déchiffrer.
- Les deux mots n'étaient pas ensemble ? S'étonna Claire, qui tentant de suivre, mais pour qui cette histoire demeurait étrange.
- Non, j'ai pu regarder les archives personnelles de Vial au domaine où j'ai trouvé la réponse d'Elsa Meyer, en revanche ce mot de Guillaume était resté introuvable et je le pensais perdu. C'est leur dernière conversation avant l'arrestation et l'exécution de la chef de la Brigade, vous imaginez ? S'exclama-t-il toujours plus enthousiaste ce qui fit sourire en coin son interlocutrice, elle a été arrêtée avec ce papier en poche.
- C'est donc sans doute le lieu d'un rendez-vous ou une adresse quelconque, lui suggéra-t-elle en espérant ne pas le couper son enthousiasme.
- Sans doute mais comme je vous le disais, après la guerre, il n'a pas beaucoup parlé de toutes ses actions et encore moins d'Elsa Meyer alors qu'il était évident qu'il l'avait connue. Ce mot c'est un indice, quelque chose qui prouve qu'ils communiquaient et qu'ils l'ont fait jusqu'à la mort de la chef de la Brigade.





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Dernière édition par Guillaume Vial le Mar 7 Avr - 14:04, édité 2 fois
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Elsa Auray
J'ai vu la mort se marrer et ramasser ce qu'il restait.



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MessageSujet: Fiche Guillaume   Dim 15 Fév - 11:42

Tsss, débarquement des relous dans la résistance quoi... roll

...
...

Rahh, Guillaume
Je suis tellement contente de le voir inscrit, après en avoir tant parlé ! gnihi (ouais parce qu'il mérite bien un gnihi avec ce kit face )
Je te re-souhaite la bienvenue, petite co-bernique en chef adorée - et inutile de préciser que j'ai sur-hâte de te lire ! (et c'est vil, tu me donnes envie pour Béa )

Voilà, Elsa est repartie râler, en admettant à peine que ça fera au moins quelqu'un qui tient la route dans la résistance *elle sort* mdr


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Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
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MessageSujet: Re: Fichier secret de Guillaume Vial    Dim 15 Fév - 12:19

Oh un acteur porno face

Re-bienvenue sous ce nouveau visage, j'ai hâte de voir Guillaume en action (Il faut qu'on lui recrute Thomaaaas).

Et message à Elsa : Victoire et le SOE lui conseillent suggèrent d'aller voir au pôle Nord si la Résistance tient la route, non mais
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MessageSujet: Re: Fichier secret de Guillaume Vial    Dim 15 Fév - 15:11

Rebienvenue petit Vert happy

Mais si voyons, Elsa a raison, la Résistance part à vau-l'eau face (comment ça, ça nous arrangerait bien si c'était vrai ? x'D)

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MessageSujet: Re: Fichier secret de Guillaume Vial    Dim 15 Fév - 16:01

Et un concurrent de plus au niveau de la beaugossitude, un ! Re-bienvenue quand même, très cher (est-ce qu'on peut considérer Guillaume comme le beauf de Theo, du coup ? L'idée me fait peur donc je vais dire non mdr )
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MessageSujet: Re: Fichier secret de Guillaume Vial    Dim 15 Fév - 16:04

Ahah on l'attendait le ptit Guillaume!! Bienvenue (enfin re-re-bienvenue du coup ).
C'est sûr que niveau BG, tu craque tout là gnihi
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MessageSujet: Re: Fichier secret de Guillaume Vial    Mar 17 Fév - 13:24

Un film érotique ? Où ça face ? *je sors*. Non mais au moins, Guillaume va être très loin des rôles de son avatar (à part peut-être pour The Fall, je ne me prononce pas mdr ), ça va être un beau challenge que de vous les faire oublier gnihi.

En tout cas, merci beaucoup à tous d'être passés par ici, ça me fait très plaisir . Guillaume tient à dire qu'il a hâte de voir arriver sa petite sœur, que la résistance est loin de partir à vau-l'eau avec lui (il va reprendre les choses en main, hein, Elsa gnhehe ) et NON, ça va pas bien, jamais un Allemand pour beau-frère mdr. J'espère en tout cas ne pas vous décevoir 8D.

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MessageSujet: Re: Fichier secret de Guillaume Vial    Jeu 26 Fév - 8:13

Dans 3, 2, 1... FIGHT GUILLAUME VS GASPARD ! fire

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MessageSujet: Re: Fichier secret de Guillaume Vial    Mar 7 Avr - 14:01



Biographie


Banlieue parisienne – Novembre 1942

- Je suis formel, disait Joseph Colombel alias X4, cet embranchement est bien le seul endroit discret où nous allons pouvoir attaquer le convoi. Combien seraient-ils d'après nos informateurs ?
Guillaume Vial, au volant d'une Citroën noire métallique, n'avait pas tourné la tête vers lui et continuait de fixer le bout de route qu'allaient bientôt emprunter un détachement de SS chargé de transporter plusieurs dizaines de prisonniers jusqu'à leur lieu d'exécution. Colombel avait raison, la route tournait là en cul-de-poule qui ne permettrait pas au conducteur de se rendre compte de ce qui allait lui tomber dessus. Et il n'était question de tenter de mener leur opération plus loin, il leur faudrait passer un poste de contrôle et donc avoir un solide Ausweis. Et Guillaume ne tenait pas à prendre de risques inutiles, cette mission l'était déjà assez.
- Il n'y aura qu'un camion, c'est pour ça que nous ne sommes que quatre, avec Thibaud et Irina. Il y a quatorze prisonniers, surtout des communistes et des politiques, j'ai cru comprendre que certains faisaient partie de réseaux. Comme Murat.
Guillaume s'interrompit alors qu'une voiture touristique empruntait la voie, en les dépassant sans même ralentir. Les alentours étaient aussi dégagés, c'était une bonne façon de s'assurer l'absence de témoins, il n'y avait plus qu'à espérer qu'aucun civil ne se trouverait sur le chemin car la fusillade allait être assurée. Le chef d'Honneur et Armée sentait une certaine tension chez Colombel à ses côtés, surtout lorsqu'il reprit en main l'arme qu'il dissimulait à ses pieds. Il le comprenait d'une certaine manière, prendre des soldats en embuscade et les descendre sans leur laisser toujours la chance de se défendre, c'était utiliser exactement les mêmes méthodes de terreurs que leurs ennemis. Mais ils avaient le droit de leur côté, et le devoir également. C'était bien tout ce qui comptait pour Joseph Colombel et Vial l'avait bien compris, dès la première fois où ils s'étaient rencontrés à Saint-Cyr où Joseph était rentré quelques années derrière lui pour faire une brillante carrière dans le génie. En soit, ils avaient beau avoir sympathisé à l'époque car ils avaient pour point commun d'être tous les deux réservés et d'avoir un sens exacerbé de la droiture, Guillaume avait pris quelques risques en proposant à Joseph de les rejoindre dans la lutte armée. Colombel était issu d'une famille de catholiques de droite qui avait adhéré aux idées du fascisme. Mais une fois de plus, il ne s'était pas trompé sur le jeune homme : Joseph était révulsé par ce qui se passait dans son pays. Et il avait fini par accepter de devenir l'un des X. Et en ce jour de novembre 1942, tous les X étaient présents, c'était que l'action était d'envergure, il ne s'agissait ni plus ni moins d'arrêter un camion empli de prisonniers, pour libérer ces derniers en descendant les geôliers avant de les faire embarquer dans un nouveau véhicule pour les transporter dans les maquis des environs. Il y avait l'un des leurs dans le camion, l'un des leurs qui avaient subi les pires tortures sans parler pendant plusieurs jours, le fameux Murat, et Honneur et Armée ne laissait jamais tomber l'un de ses prisonniers. Et comme toujours en ces circonstances particulières, tout le comité dirigeant du réseau était présent, tous les X, appelés ainsi car leur identité était maintenue rigoureusement secrète auprès des autres membres du réseau qui portaient de simples pseudonymes de militaires célèbres de l'histoire de France. Murat, ainsi, avait déjà croisé plusieurs fois Guillaume mais sous l'identité de « Masséna », à savoir le secrétaire de X1.
- En tout cas, Irina est bien dans le camion prête à les récupérer, elle est dans les bosquets au nord-est de l'embranchement, et crois-moi, elle est en train de ronger son frein à l'idée d'être mise à l'écart...
- Irina, évidemment, répliqua Guillaume en lui demandant de poursuivre.
- Thibaud est sur la petite hauteur, comme tu l'as demandé, il est bien armé et dissimulé par les fourrés, tout le monde est en position.
Vial se contenta de hocher la tête en se disant qu'il appréciait réellement le sens de la précision et le caractère rigoureux de Colombel qui était bien le seul à ne pas lui poser de difficulté entre les X. Même si Thibaud et Irina finissaient toujours par s'exécuter quand il donnait des ordres.

- Va-t-on tous les envoyer dans les maquis ou certains rejoindront-ils l'Angleterre ? Se renseigna Joseph, alors que Guillaume regardait sa montre pour constater qu'il ne restait plus qu'une vingtaine de minutes avant l'arrivée du convoi, alors qu'il s'était mis à tapoter sur le poignet de son arme. Guillaume se dit alors que sa nervosité devait surtout s'expliquer par le fait qu'il connaissait Murat, en réalité Jacques Lenormand, un jeune Saint-Cyrien qu'il avait recruté lui-même, car jamais il ne l'avait vu aussi inquiet.
- Mon informateur dans la Gestapo m'a dit qu'il y avait deux agents du SOE, ils repartiront pour l'Angleterre. J'ai déjà prévenu Persée et notre agent de liaison.
Il eut une pensée pour le fameux agent de liaison en question, sa cousine Juliette, qui devait elle aussi être impatiente de partir avec les ausweis qu'elle obtenait facilement mais il répugnait à la faire travailler ainsi. Juliette était encore si jeune, si peu regardante des règles de sécurité, un peu tête brûlée ! Et il n'avait pas à la mettre en danger, surtout qu'il l'envoyait parcourir la France dans des endroits où il ne pourrait pas venir la sauver s'il l'était nécessaire. Mais il n'avait pas le choix, Juliette était la seule qui avait des contacts avec le réseau Persée qui faisait passer les réfugiés en Espagne, et après tout, c'était elle qui se proposait. Il détestait ne plus pouvoir la protéger mais quand il y était contraint, il savait quand faire des sacrifices. A savoir celui de sa tranquillité d'esprit tant qu'il n'avait revu sa jeune cousine qu'il passait prendre à la gare de l'Est où elle travaillait pour la SNCF pour l'emmener boire un café et qu'elle lui raconte à quel point tout s'était bien passé avec un ton enthousiaste et quasiment des étoiles dans les yeux.
Au fil de ses réflexions, le regard de Guillaume s'était porté sur les bosquets alentours, non loin de l'endroit où Thibaud était planqué avec son arme de long tir et ses mains se crispèrent violemment quand il vit les branchages bouger. Ce n'était visiblement pas un animal de la forêt qui avait trouvé refuge là mais bel et bien plusieurs personnes. Comme toujours, Vial ne mit pas longtemps à réagir et d'une voix pressée mais toujours calme et égale, il s'adressa à Joseph :
- Nous sommes repérés, des hommes se dirigent vers Thibaud. Prends le volant de la voiture et met le contact pour être prêt à partir si besoin en était, je m'occupe de Thibaud.
- Je peux aller...
- Prends le volant.
Si son ton était sans appel, Guillaume était surtout déjà sorti du véhicule en armant sa mitraillette, butin des planques de l'armée française d'avant-guerre et se précipita vers les bosquets qui ne bougeaient déjà plus, indiquant l'avancée des hommes présents en direction de Thibaud. Il se mit à courir, arme au poing, prêt à faire feu au moindre indice suspect et ce fut au moment où le moteur de la Citroën se mit à ronronner qu'il plongea sans hésiter dans les bosquets pour se précipiter sur la petite colline. Son instinct ne l'avait pas trompé, Thibaud avait saisi un simple pistolet qu'il pointait en direction de deux intrus eux aussi armés jusqu'aux dents et l'air patibulaire.
- Lâchez vos pistolets ou je vous descends, s'écria-t-il.
- Faites ça et vous êtes un homme mort.
C'était une voix de femme qui avait parlé, juste derrière lui, mais il ne prit pas le temps de s'interroger et fit volte-face, la mitraillette toujours devant lui pour faire face à une jeune femme, petite et maigre, le béret rigoureusement enfoncé sur la tête, lui permettant de dissimuler la couleur de ses cheveux. Mais ce qui le frappa le plus, c'était ses traits durs et secs dans un visage qui aurait pu presque être encore enfantin. Outre le fait qu'elle avait un revolver dans la main et qu'elle semblait bien motivée à s'en servir. Qu'est-ce que cette gamine foutait là à quelques minutes du passage d'un convoi plein de prisonniers ? Une chose était certaine, ce n'était ni pour cueillir des fleurs, ni parce qu'elle se trouvait du côté des Allemands qui n'engageaient pas les gosses sortis du berceau. Les deux se jaugèrent un instant, sans paraître vouloir en démordre et sans baisser les armes, et le regard peu amène de Guillaume croisa celui glacé et dur de la femme qui pointait son canon sur lui.

- Nous sommes visiblement ici pour la même chose, finit par grogner Guillaume, bien conscient que le temps tournait et qu'il était observé à la fois par Thibaud mais par les autres hommes, qui êtes-vous et qui est votre chef ?
- Je suis le chef ici, prononça la jeune femme sans hésiter, et vous, pour qui travaillez-vous ?
Guillaume ne put s'empêcher de laisser échapper un rire incrédule et de baisser son arme, ce qui eut pour seul effet de rendre l'éclat métallique des yeux de la jeune femme encore plus dur.
- Vous ? Vous qu'une simple brise pourrait renverser ?
L'intervention des autres hommes empêcha visiblement la jeune femme de lui sauter au cou – combien même n'avait-elle aucune chance avec son faible gabarit –, d'autant que l'un d'entre eux, un peu plus âgé, grommela :
- Ian, Ian, nous devons nous dépêcher. Qu'est-ce qu'on fait avec ces deux types ?
- Approche et c'est vous qui allez mal finir, le menaça Thibaud, quand il fit mine de vouloir lui attraper le bras.
- Ian, répéta en écho Guillaume, toujours plus stupéfait, c'est vous le fameux Ian, chef de la Brigade qui tout le monde poursuit ? La Gestapo et l'Abwehr recherchent une... Jeune fille ?
- La jeune fille, elle pourrait bien vous coller une balle dans la tête, se contenta de répliquer la fameuse Ian, d'un ton qui n'admettait pas de réplique, vous êtes devant la Brigade, oui, on est venu libérer nos agents et vous, qui êtes-vous ? On peut enfin savoir à qui on a affaire ?
- Honneur et Armée, enchanté, répondit Guillaume, cyniquement, et désolé d'interrompre une si charmante rencontre mais notre convoi va arriver et il faut mettre en place une stratégie. Nous avons un de nos hommes à l'intérieur. Combien vous êtes ?
Le regard de Ian lui indiqua clairement qu'elle n'avait pas l'intention de lui laisser prendre le contrôle des opérations mais au moins baissa-t-elle son arme, et en signe de bonne volonté, il lui expliqua rapidement ce qui avait été prévu, ce qui la poussa à faire de même.

Et lorsque trois minutes plus tard, le convoi finalement composé de deux camions arriva à l'embranchement, X1 ne fut pas mécontent d'avoir des bras en plus et s'il ne fut pas tout de suite d'accord avec Ian sur le plan à adopter, l'urgence de la situation finit par les décider très vite. Pour la première fois et non la dernière, la Brigade et Honneur et Armée se lancèrent dans la même opération, déboulant ensemble des fourrés après que Joseph fut parvenu à arrêter la voiture au milieu du passage, obligeant les camions à stopper. Et alors que l'on comptabilisait les morts et les blessés, et que les prisonniers, bien libérés montèrent dans le camion d'Irina, le mot de la fin revint, comme toujours à la princesse russe qui constatait que Guillaume observait la fine silhouette de Ian en train de donner ses ordres, notant au passage que des mèches rousses sortaient de son béret :
- J'ai comme l'impression qu'on va désormais devoir compter sur elle et son réseau. J'aurais bien aimé savoir tirer comme elle à son âge...
Et Guillaume, qui voulait déjà mener sa petite enquête sur Ian, songea que pour une fois, Irina n'aurait pu avoir plus raison, ils avaient trouvé la Brigade et désormais, rien ne serait plus pareil.

Archives militaires de Vincennes – Juillet 2012

Claire considéra l'excitation du jeune homme avec un sourire et promenant son regard sur les rayonnages, elle comprit ce qui avait autant attiré sa curiosité. Toutes les personnes qui passaient ses portes avaient une thèse ou un mémoire à rédiger, chacun restait de son côté pour mener ses études avec son air sérieux. Mais ce jeune-homme là, il n'était pas comme les autres. Il semblait déjà connaître son sujet d'études sur le bout des doigts et avait à cœur de partager sa passion, même à une jeune archiviste spécialiste du XVIIe siècle – qui, certes, en redemandait. Et surtout, il avait négligé de nombreux documents pour s'attacher à ce qui lui semblait, à elle des points de détail. Comme s'il cherchait quelque chose de particulier.
- Oh regardez, les documents de ses missions pendant la guerre sont aussi classés « Secret Défense »..., commençait-il de son ton désappointé.
- Je suis désolée, l'interrompit-elle ce qui le poussa à lever deux grands yeux bleus sur elle, mais je peux vous poser une question un peu indiscrète, peut-être ?
- Oui bien sûr, affirma-t-il, un peu inquiet, ce qui forma un pli sur son front.
- A vrai dire, on connaît quand même tous plutôt bien Guillaume Vial, ou du moins ceux qui ne sont pas moi et qui ont lu des livres sur la Seconde Guerre mondiale, je suis même certaine d'avoir vu passer des biographies sur lui. Qui n'a pas entendu parler de son évasion spectaculaire de la Gestapo, de la façon dont il a pris en quelque sorte la tête de la résistance parisienne en 1944, et de son rôle dans la libération de Paris ? Et vous... Vous paraissez même le connaître sur le bout des doigts, sa famille, son domaine, ses archives personnelles, ses codes secrets... Qu'est-ce que vous espéreriez en venant consulter ce dossier militaire ? Vous connaissiez déjà ses états de service, les dates auxquelles il a été promu, celles où il est parti à l'étranger...
Le jeune homme, visiblement un peu saisi de cette diatribe, resta un instant muet, comme s'il considérait la question sous un nouvel angle et lentement, il ferma le dossier qu'il avait entre les mains, avec un air si songeur, que Claire eut peur de l'avoir vexé.
- Pour vous avouer la vérité... Je cherchais ses rapports de mission, tout ce qui est ici classé confidentiel et a été détruit par les services secrets concrètement. Je vous l'ai dit, il a toujours refusé d'en parler et je voulais en apprendre plus, sur lui.
- Les témoignages et les biographies ne vous ont pas suffi ? On a quand même du faire parler les membres de son réseau après la guerre et si on a monté des plaques en son honneur, c'est qu'on sait bien ce qu'il a accompli, non ?
Un sourire naissait à la commissure des lèvres du jeune homme et il se pencha vers elle pour lui chuchoter comme en confidence :
- Je voulais saisir qui il était vraiment. Aucun des témoignages, aucune des biographies ne raconte vraiment l'homme qu'il était, vous comprenez ? Tout est connu alors pourquoi tous ces mystère sur ces missions ? Qu'est-ce qu'on a à cacher sur lui ? Il y a une légende rose sur lui, celui du héros de la résistance qui a accompli des exploits innombrables, qui a libéré des dizaines de prisonniers, qui a fait monter les barricades dans Paris, celui qui a sauté dans la Seine pour échapper à la Gestapo du haut du Pont-neuf, celui qui s'est toujours battu contre l'utilisation de la torture après la guerre. Et puis il y a la légende noire, celle des procès et de ses ennemis, qui le dépeignent comme un homme orgueilleux, qui ne supportait pas la contradiction ou les conseils, qui a envoyé de nombreux agents à la mort, qui a protégé le traître qui a vendu le réseau de la zone sud, du Zoo comme les Allemands l'appelaient pour prendre la tête de ce qui restait du zoo, qui a laissé mourir Elsa Meyer pour être le seul interlocuteur de De Gaulle à Paris et éliminer les communistes... On a dit tant de choses, si contradictoires sur lui, et au fil de mes recherches, je voulais... Je ne sais pas saisir un peu de vérité, un peu de sa vérité.
Le sourire s'était transformé en grimace et les grands yeux du jeun homme s'étaient embués de larmes, que Claire n'aurait su interpréter comme de frustration ou de tristesse, et elle ressentit une telle vague de pitié qu'elle s'en voulut presque d'avoir abordé le sujet.
- Ce n'est peut-être pas le plus important...
- Pour moi, c'est important, protesta-t-il, on a fait de Guillaume Vial un héros, je veux savoir s'il y a quelque chose de mérité là-dedans. Je voudrais tant trouver des indices...

Paris – Avril 1943

La ville était plongée dans l'obscurité. Paris, l'ancienne ville Lumière triomphale du début des années 30, s'était éteinte comme on souffle une bougie, dès la tombée de la nuit et Guillaume Vial, adossé contre le mur d'un haut immeuble haussmannien, songea que cela faisait des siècles, depuis l'invention du premier lampadaire, que personne n'avait pu assister à ce spectacle. Comme si la guerre avait renvoyé Paris hors du temps et de l'histoire, plongeant la ville dans un passé médiéval sombre et sans espoir, seule condition de sa survie dans l'éventualité des bombardements ennemis. Mais si les aviateurs de la RAF ne pouvait s'attaquer à la ville Lumière, comme rayée de la carte dès que le soleil tombait, si régnait chaque nuit l'atmosphère pesante du couvre-feu pendant lequel chacun se terrait chez soit, derrière des rideaux épais, si les seuls bruits qui couvraient les chants des oiseaux de nuit n'étaient plus que les sons des bottes des soldats allemands sur les pavés et ceux étouffés des moteurs des voitures, le temps pendant lequel les ombres se confondaient entre elles, voyaient se fondre aux murs les silhouettes discrètes des hommes habitués à garder des secrets et à outrepasser les règlements, surtout quand ils provenaient des autorités d'occupation. Guillaume Vial était de ceux-là depuis près de trois années et il savait dissimuler ses pas et ne pas se faire repérer. Simplement vêtu d'un pantalon large, d'une chemise et d'une casquette baissée sur son front afin de dissimuler l'éclat de ses yeux et une partie de son visage, grignoté par une barbe de plusieurs jours, arrêté depuis plusieurs minutes dans une ruelle déserte à cette heure avancée, il fixait son regard sur une porte de service d'un vieil hôtel particulier. Si chaque interstice du bâtiment avait été soigneusement colmaté, il vibrait pourtant d'un son étrange, comme si les murs eux-mêmes participaient à la fête qui s'y déroulait et parfois, un éclat de rire étouffé, une exclamation lointaine brisaient le silence et parvenaient jusqu'aux oreilles de Guillaume qui continuait à patienter. Il s'accorda uniquement un coup d’œil vers la lune qui paressait dans le ciel au dessus de sa tête, baignant Paris dans une lueur fantomatique et étirant encore davantage les ombres et il se fit la réflexion qu'il attendrait encore dix minutes avant de partir. Il prenait des risques énormes à braver le couvre-feu, à venir à pied jusque dans ce quartier infesté d'Allemands, jusqu'à la porte de service du plus célèbre bordel de Paris, le One Two Two, et dans ces circonstances, un retard n'était jamais bon signe. Si son contact ne s'était pas pointé d'ici dix minutes, il tournerait les talons et s'enfoncerait à nouveau dans la nuit d'où il avait émergé. Mais au fond, il savait que son contact viendrait. Surtout que c'était ce dernier qui lui avait donné ce rendez-vous en urgence.

Comme pour confirmer Guillaume, la porte s'ouvrit soudain pour laisser un passage à un homme titubant, la cravate défaite et la chevelure ébouriffée, visiblement éméché. Il toussa en laissant échapper un dernier éclat de rire et alors que le battant se refermait derrière lui, emportant les rayons de lumière, il farfouilla dans sa poche pour sortir une cigarette qu'il eut du mal à allumer du premier coup. Toujours dissimulé dans l'ombre, appuyé contre son mur, Guillaume Vial ne se révéla pas tout de suite. Mais il lui suffit d'un geste pour que le fêtard ne le distingue et d'un pas plus assuré, ne vienne s'adosser à ses côtés en lui tendant la cigarette.
- Quel plaisir de te voir, Vial, j'ai cinq minutes devant moi, avant que mes hommes ne se demandent où je suis passé. Pour le moment, ils sont trop occupés avec les caisses de champagne qu'on vient de livrer.
- Pas de nom, Bossuet, répliqua Guillaume en refusant la cigarette et sans relever l'amertume des paroles de son contact, c'est la règle, jamais de nom. Va droit au but.
- Oh je t'en prie, personne n'ignore qui je suis, le tristement célèbre Louis Lesage qui fait tant de fois la une des journaux. Tu as vu que cette semaine le Courrier Parisien m'a distingué parce que j'ai eu le droit de serrer la main de messieurs Laval et Pétain en personne ? Tu me diras, voilà qui change de l'ambassadeur d'Allemagne.
Guillaume se détacha du mur et son regard se posa sur le visage las de Bossuet qui prenait une nouvelle bouffée de cigarette. D'un ton égal mais ferme, il lui répéter d'aller droit au but. Il n'avait aucune envie de perdre son temps à échanger des plaisanteries avec son contact, surtout pas dans ces circonstances, quand à dix pas, les plus grands noms de l'occupation parmi lesquels le chef des SS et sans doute l'ambassadeur d'Allemagne lui-même festoyaient en compagnie des Miliciens et des fascistes de tout poil, en une débauche répugnante, dans une atmosphère de fin du monde. Guillaume songea qu'il aurait suffit que Bossuet ne le fasse rentrer par cette porte de service pour qu'il pénètre au cœur de l'ennemi et qu'il y fasse des dégâts irréparables. Mais pas tout de suite. Pas maintenant. Il fallait prendre patience, leur tour viendrait.
- Je ne peux pas continuer, annonça Bossuet dans un souffle, en posant l'arrière de sa tête contre le mur et en fermant les yeux.
Il avait presque l'air ridicule ainsi, dans son costume hors de prix mais tout froissé et dépenaillé, sa cigarette à la main, dont la petite lumière dorée montrait leur présence, comme un clown de cirque que l'on aurait surpris dans les coulisses alors que son maquillage n'était pas bien mis. Il tourna des yeux épuisés, injectés de sang, vers son interlocuteur qui était resté de marbre face à cette annonce. Guillaume n'avait eu en effet aucune réaction, conservant un visage sévère et inflexible qui, apparemment, poussa Bossuet à s'expliquer :
- Je dois quitter cet endroit, mon poste, c'est de plus en plus insupportable, et je vais finir par y passer. Ces gens-là... Ils sont capables de tout. Pas plus tard qu'hier, ils ont tiré un type de chez lui, sur la simple dénonciation d'un conseiller de Vichy, et ils l'ont assassiné. Et regarde où ils sont... A se vautrer dans la luxure et l'alcool... Je ne peux pas continuer, ils auront ma peau un jour ou l'autre.
Guillaume poussa un soupir qui résonna dans la nuit et considéra non sans un certain mépris son contact. Son vieil ami de l’École alsacienne. Louis Lesage, l'un des premiers qu'il était allé voir en 1940 quand ils avaient créé Honneur et Armée avec Irina. Le misérable petit homme qu'il avait sous les yeux, qui puait l'alcool et le stupre, ne ressemblait en rien à son camarade de classe de l'époque. Et cette peur qui s'était emparée de lui, cette peur panique qui lui avait fait prendre rendez-vous avec X1 lui-même, au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires, suintait de tous les pores de sa peau, sans émouvoir ou toucher Guillaume, qui n'en ressentit qu'un profond agacement.
- C'était le marché de départ, se contenta-t-il de répondre, le marché que nous avons passé tous les deux. Tu es rentré dans Honneur et Armée, et je t'ai demandé de prendre la tête de la branche parisienne du Parti populiste, tu as accepté. Tu savais quels étaient les risques, quels seraient les sacrifices à faire. Ce n'était pas une mission d'infiltration à court terme, tu ne pouvais pas l'ignorer. Maintenant que tu as réussi à te faire passer pour un fasciste ultra-collaborationniste, que j'ai éliminé ton prédécesseur pour que tu puisses être officiellement le représentant du mouvement, tu voudrais tout arrêter ? Tu voudrais trahir ta parole ?

Ce fut le terme de trahison qui parut piquer au vif Lesage qui bondit sur ses pieds pour répliquer d'un ton furieux :
- Je t'ai déjà transmis des dizaines et des dizaines d'informations sur des convois et des opérations de la Milice, entre autres, j'ai fait ma part du boulot, si tu es suicidaire, c'est pas mon problème. Cette histoire ne peut que mal se finir, ils sont paranoïaques. On va tous mal finir, de toute façon, tu nous conduis tous à notre perte...
La réaction de Guillaume fut inattendue mais si rapide que Bossuet n'eut rien le temps de voir venir. En une seconde, le chef du réseau avait bondi pour plaquer son contact contre le mur, l'avant-bras lui comprimant la gorge, comme s'il cherchait à l'étrangler. Lesage tenta de se débattre mais Vial le tenait trop fermement pour qu'il puisse songer lui échapper.
- Ne dis plus jamais ça, d'accord ? Lui siffla-t-il, plus jamais, je me bats chaque jour, chaque putain de jour pour qu'on gagne cette guerre avec le moins de pertes possible. J'essaie de tous nous protéger au maximum, de prendre le moins de risques. Et tu sais ce qui serait le plus grand risque actuellement ? C'est toi qui mettrait un terme à ta mission. Tu penses encore une seule fois à quitter ta couverture et je me débarrasse de toi, c'est clair ? Si ce n'est pas eux, ce sera moi et crois-moi, je ne serais pas plus sympathique. On ne quitte pas la résistance. Sauf les pieds devant.
Guillaume relâcha enfin Bossuet qui s'écroula à moitié au sol en respirant bruyamment et en se massant la gorge, alors que le chef de réseau faisait quelques pas, le visage toujours impassible et les mouvements d'un calme absolu. Alors que son interlocuteur se remettait, il eut une pensée pour sa jeune cousine, Juliette. Comment osait-il dire qu'il les conduisait tous à la mort ? Il avait certes demandé un service à Juliette qui travaillait à la SNCF et qui pouvait donc facilement accompagner les prisonniers ou les Anglais en train jusque dans l'ancienne zone sud, mais il avait obstinément refusé de la mouiller davantage. Il n'aimait pas exposer ses hommes et encore moins les membres de sa propre famille, et il se connaissait assez pour savoir qu'il n'avait pas seulement le pardon difficile avec les autres mais aussi et surtout avec lui-même. Il gardait toujours un œil sur Juliette, sur sa mère ou sur ses frères. Et seulement parfois, il échouait comme avec Béatrice...

Guillaume se retourna vers Bossuet, alors qu'au loin, le tapage de la musique résonnait sinistrement à leurs oreilles, et se dirigea vers lui pour lui saisir la cigarette qu'il porta à sa bouche, sans que son contact ne marquât la moindre réaction.
- Tu es essentiel pour nous, Bossuet, dit-il d'un ton très calme en soufflant la fumée qui s'envola en volutes dans la nuit, je ne peux pas me permettre de te faire entrer dans la clandestinité, tu serais recherché de tous. As-tu oublié ce pour quoi tu te battais ?
- Non, répondit l'homme en glissant ses mains dans ses poches, non mais tu verras, X1, tu verras, on y passera tous. Même ta charmante petite secrétaire, la princesse Smolenski, qu'on voit bien souvent au bras d'un officier allemand lors des soirées mondaines, je parie qu'elle doit connaître la couleur des draps de son lit... Tu le savais au moins ? C'est toi qui lui as ordonné de coucher avec l'ennemi, pour obtenir tes sacro-saintes informations ? Risqué avec quelqu'un qui t'est aussi proche... Mais évidemment, tu ordonnes et on obéit, comme toujours. Le grand Guillaume Vial.
- Tais-toi, tu ne sais rien.
Lesage obtempéra alors que Guillaume laissait tomber le mégot de cigarette qu'il écrasa du pied. Évidemment qu'il n'avait rien demandé à Irina et qu'elle avait pris cette initiative elle-même, cela lui ressemblait bien de n'en faire qu'à sa tête. Cette méthode pour obtenir des renseignements était méprisable et ne lui inspirait que du dégoût. Mais la jeune femme lui soutenait qu'elle maîtrisait la situation et que l'homme commençait à être séduit, qu'il finirait bien par se laisser aller sur l'oreiller... Guillaume supportait mal qu'on lui rappelle qu'il ne pouvait pas tout contrôler et il sentit sa contrariété augmenter encore. Mais les cinq minutes s'étaient écoulées et déjà Louis se rhabillait pour rentrer de nouveau dans le bordel.
- Ne t'inquiète pas, je vais continuer puisque tel est ton souhait. Pour la France, compléta-t-il d'un ton amer, retourner mouiller mes mains de sang pour le bien du plus grand nombre. Mais je suppose que c'est ça d'être le chef. Savoir refuser, ne pas se laisser émouvoir, oublier les intérêts personnels, et n'avoir pour objectif que de remporter la bataille. Je ne suis qu'un petit fonctionnaire sans intérêt, et tu sais ce que tu fais.
- Je ne t'abandonnerai pas, affirma Guillaume, en évitant de le lui promettre de manière inconsidérée.
Bossuet lui fit un petit signe et frappa quelques coups à la porte qui s'ouvrit à nouveau. Un instant, la ruelle fut pleine de musique et de rires, mais ce ne fut qu'un songe ou un rêve et tout s'évanouit à nouveau, en emportant avec elle le meilleur agent infiltré d'Honneur et Armée. Guillaume poussa un simple soupir, en jetant de nouveau un regard vers le ciel qui n'allait pas tarder à pâlir. Il fallait prendre son mal en patience, leur tour viendrait. Et quand ce tour viendrait, ils seraient tous prêts, malgré tous les sacrifices.
L'instant suivant, il s'était de nouveau fondu dans la nuit.

Archives militaires de Vincennes – Juillet 2012

Claire avança une main pour prendre celle du jeune homme dans la sienne mais se rendant compte de l'étrangeté de son geste, elle renonça au dernier moment – elle eut cependant la désagréable impression qu'il l'avait vue faire et qu'un mince sourire était né sur ses lèvres.
- Vous savez, dit-elle pour se donner une contenance, la spécialiste du XVIIe siècle et des armées de Louis XIV peut peut-être vous éclairer sur le sujet et vous aider à y voir plus clair.
- Ah oui vraiment ? Répondit-il en souriant cette fois-ci plus franchement.
- En histoire moderne, nous n'avons même pas les témoignages pour nous éclairer, les destins humains qui nous croisons, nous n'en savons que grâce à une mention dans une lettre, à un nom dans une colonne de registres de finances, et parfois seulement nous parvenons à saisir des personnalités. Mais justement, j'ai appris une chose au cours de mes recherches : ces gens-là n'étaient ni meilleurs, ni moins bons que les autres, ils avaient leurs défauts et leurs qualités.
- Il y aurait donc une part de vérité des deux côtés de la légende, c'est cela que vous voulez dire ?
Elle hocha la tête plus songeuse :
- Ce ne sont jamais que des légendes, déformées pour coller à un point de vue. Mais il y a quelque chose qui ne change pas, ce sont les faits, bruts. Vous ne comprenez pas ? Tous les actes qu'il a accompli, c'était particulièrement courageux. Il a lutté contre une idéologie sanglante et barbare, et finalement, quand il ne reste plus de nous que des traces aux archives, c'est bien ce que l'on a fait qui compte.
Le jeune homme ne put qu'acquiescer et parut plus rasséréné. Il s'apprêtait visiblement à ajouter quelque chose mais le chef de Claire apparut à nouveau, l'air revêche :
- Désolé, monsieur mais nous allons fermer dans une dizaine de minutes, vous allez devoir quitter les lieux.
- Aucun souci, monsieur, répliqua le jeune homme avec un large sourire, merci beaucoup, mademoiselle, je vais rapidement recopier deux lignes d'un document et je m'en vais.
- Claire, voudriez-vous aller me chercher le porte-document dans la salle à côté ? Vous pourrez finir votre catalogage après le départ du public.
Un brin déçue, la jeune archiviste stagiaire acquiesça et après un dernier salut, quitta la salle. Elle aurait pu dire encore quelques mots, lui dire qu'elle souhaitait le revoir dans ces locaux même si ses recherches ne s'étaient pas révélés satisfaisantes d'autant qu'elle aurait aimé savoir ce que disait le petit mot trouvé sur Elsa Meyer, mais elle espérait qu'il serait toujours là à son retour.
Ce n'était pas le cas, mais il avait laissé le dossier de Guillaume sur son bureau pour qu'elle puisse le ranger, et en s'approchant, elle constata qu'un bout de papier, blanc cette fois-ci, était posé dessus. « Encore merci, avait-il écrit, appelez-moi », le tout suivi d'un numéro de portable. Et il avait signé « Maxime Vial ». Alors que les derniers rayons du soleil du mois de juillet entraient à flot dans le centre de Vincennes, éclairant des siècles et des siècles d'archives militaires, des papiers jaunis renfermant des secrets bien gardés, aux documents bien conservés retraçant les destins les plus humbles aux plus grands exemplaires, mais des destins non exempts de courage et d'erreurs, à l'image de celui de Guillaume Vial qui allait y retrouver sa place, Claire eut un large sourire, car elle savait déjà qu'elle ne résisterait pas à l'envie de l'appeler.





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Résister, s'il le faut, c'est combattre, et puis vainqueur ou vaincu, c'est résister quand même, c'est-à-dire rester semblable à ce que l'on est jusque dans la défaite, jusque dans les fers. [CHAMSON]
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Guillaume Vial
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■ profession : Lieutenant-colonel dans l'armée française, représentant l'armée de Vichy auprès des Allemands - accessoirement chef du réseau Honneur et Armée

PAPIERS !
■ religion: Protestant
■ situation amoureuse: Célibataire
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MessageSujet: Re: Fichier secret de Guillaume Vial    Mar 7 Avr - 14:05

Fiche terminée (enfin) gaga ! Navrée pour le roman gnhehe

J'ai hâte de vous rejoindre avec cette nouvelle peau

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Elsa Auray
J'ai vu la mort se marrer et ramasser ce qu'il restait.



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■ profession : Fausse étudiante, à la tête de la Brigade

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■ situation amoureuse: Définitivement de glace.
■ avis à la population:

MessageSujet: Re: Fichier secret de Guillaume Vial    Mar 7 Avr - 14:13

Raaaaah cette fiche - bon tu as eu mes commentaires au fur et à mesure, mais voilà, je te redis à quel point j'ai adoré te lire une fois de plus . Ta fiche est juste géniale

Elsa n'est pas particulièrement ravie (ppfff, on est pas obligés d'accueillir les relous dans la résistance :o), mais je te valide coeurs



Toutes mes félicitations, ta fiche a su toucher le cœur de nos berniques en chef, tu es à présent VALIDÉ. Mais l'aventure ne fait que commencer ! Merci de venir réserver ton avatar afin d'être sûr de pouvoir le conserver et de te recenser dans les registres de notre préfecture du forum, étape indispensable si tu ne veux pas qu'il t'arrive tes ennuis ! Tu dois tout d'abord te faire ajouter à la liste des membres et de leurs DC ainsi que dans le who's who des Allemands si tu es concerné.

Cette première étape achevée, tu peux désormais te lancer dans le jeu ! Mais pour t'éviter tout problème, nous avons quelques parachutes de secours : tu peux te faire des amis (ou toute autre connaissance car tout bon Parisien doit avoir un carnet d'adresses bien rempli) ainsi que remplir une petite bibliothèque pour ne pas te perdre dans les dizaines de rp que tu ne manqueras pas d'ouvrir ! Et si tu souhaites des idées de rp, n'oublie pas que tu peux aller consulter la partie top-secrète des complots. Mais si tu es timide, tu as toujours la possibilité de participer à la foire aux rps ou de t'inscrire aux mini-intrigues afin que les berniques en chef t'organisent des tête-à-têtes avec des inconnus.

Sache qu'on n'abandonne jamais un petit parachuté à son sort sur les plages de Yellow, si tu as besoin d'aide pour bien t'intégrer parmi nous, tu as la possibilité d'aller demander à être parrainé. Nous serions ravis de prendre encore plus soin de toi 8D.

Tu ne connais pas très bien Paris et tu es perdu dans nos rues ? N'hésite pas à consulter le petit guide de Paris qui t'accompagne où que tu ailles.

Nous te rappelons que tu peux solliciter les berniques en chef pour obtenir un rang et un logement à partir de 100 messages.

Allez, il ne te reste plus qu'à venir nous faire un petit coucou dans le flood !

Bon jeu parmi nous gaga

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
Alfred de Vigny ©️ .bizzle


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Fichier secret de Guillaume Vial

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