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 [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy

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MessageSujet: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Lun 16 Mar - 17:21

[INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy
(Arletty, téléfilm de France 2)


15 mai 1943 – Bienvenue à l'ambassade de Vichy en cette soirée chaude qui annonce l'été qui approche ! L'hôtel de Matignon, dans le VIIe arrondissement, brille de mille feux pour accueillir hauts gradés allemands et grands noms de la collaboration et seuls quelques policiers français doublés de soldats allemands lourdement armés, discrètement postés aux portes et aux entrées du bâtiments rappellent dans quelle atmosphère tendue se déroulent ces festivités organisées par le régime de Vichy : nulle faille de sécurité ne pourra être constatée ! Il faut dire que la compagnie est triée sur le volet et qu'on a vérifié plusieurs fois les papiers d'identité des uns et des autres avant de laisser pénétrer les invités dans la grande salle de réception de l'ancien ministère, devenu lieu de représentation de Vichy à Paris.

Femmes vêtues de leurs plus belles robes de cocktail et hommes en uniforme sont réunis autour de tables où sont disposées petits fours, plus grands crus de vin et champagne qui coule à flot ! A peine remarque-t-on les fumées des cigarettes de mauvaise qualité sous les dorures. Il faut dire que les conversations vont bon train. Cela fait à peine quelques jours que la démission (forcée) d'Eugène de Mazan a été annoncée et que le nouveau gouverneur a fait une entrée (remarquée) à Paris, tout le monde a son mot à dire sur l'ancien ambassadeur, un avis à donner sur le nouvel ambassadeur, Édouard Cabanel, qui serre des mains à quelques pas de là et un air plus ou moins sombre à afficher quand on évoque le dernier décret du gouverneur. Félix Aurèle (PNJ), quant à lui, souffle à qui veut l'entendre que la décision de remplacer Mazan par Cabanel est incompréhensible, ce qui ne l'empêche pas de se gaver de petits fours et de faire du zèle auprès du nouvel ambassadeur. Quelques journalistes, comme Jean-Pierre Puerno (PNJ) est aussi présent pour couvrir l'événement auprès du Courrier Parisien et espérer immortaliser la poignée de main de la soirée, entre Édouard Cabanel et le gouverneur, si celui-ci daigne venir jusque-là !

light  Mais cette petite sauterie n'est pas qu'un seul événement mondain : déjà, derrière les sourires et les verres de champagne, chacun affûte ses armes. Les autorités françaises guidées par le nouvel ambassadeur de Vichy, Édouard Cabanel, doivent négocier la libération des prisonniers avec des Allemands qui sont peu prompts à les écouter et qui ont désormais pour ordre de retrouver les coupables de l'explosion à tout prix. Tandis que dans l'ombre, les résistants peuvent espérer glaner quelques informations juteuses sur le compte de Cabanel ou du nouveau gouverneur... C'est le moment ou jamais de faire avancer ses pions ! Mais attention, la suspicion et la méfiance sont désormais partout...


Règles

- Toute liberté est laissée dans cette intrigue, il n'y aura pas de tour ni de relance. Vous êtes libres de poster autant de fois que vous le désirez dans le topic commun. Toutefois, il n'est pas exclu que les PNJ interviennent de temps en temps pour apporter un rebondissement face !
-  light Cette intrigue s'inscrit dans l'intrigue filée du moment, l'arrestation et la libération des prisonniers suite à l'attentat des Champs-Elysées. Pour plus de renseignements, cliquez ici.
- Les posts doivent être obligatoirement courts, autour de 800 mots en moyenne, pas plus de 1000 mots.
- Si vous avez le moindre souci ou la moindre question, les membres du staff  sont à votre disposition.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Sam 21 Mar - 22:38

Hans se tenait bien droit, vêtu de son plus beau smoking et tenant un verre d'un de ces succulents vins blancs dont l'ambassade de France avait le secret. Un léger sourire flottait sur ses lèvres tandis qu'il observait les invités arriver au compte goutte, les femmes portants leurs plus beaux atours et les hommes aussi élégants que possibles.

Rares étaient les occasions de se mettre sur son 31 et ce genre de mondanité détonnait encore plus face à la morosité ambiante qui régnait sur ce Paris qu'il avait connu bien plus brillant et plus festif. Il essayait tout de même d'oublier qu'il faisait remarquablement chaud pour la saison et que cette tenue ne serait pas des plus confortables pour passer une bonne soirée. Mais l'allemand avait l'habitude de ce genre de petits désagréments, d'autant que cela ne gâchait en rien le plaisir qu'il avait à participer à une sortie mondaine qui réunissait autant de personnes influentes sur Paris.

A ses cotés, se tenait celle qu'il considérait comme la plus belle femme de la soirée. Ils discutaient à bâtons rompus, du ton léger qui était le leur lorsqu'ils participaient à ce genre de soirées. Aucun sujet trop sérieux ni qui pouvait prêter à polémique. L'ambassadeur et son épouse se devaient comme à l'habitude se montrer charmants, volubile pour l'un et réservée mais gracieuse pour l'autre. Des rôles qu'il endossait toujours avec plaisir, persuadé qu'il ne pouvait qu'en être de même pour Klara.

Alors qu'elle lui faisait par de sa volonté de s'éloigner pour aller discuter avec deux femmes dont Hans ne se rappelait même plus le nom mais qui devaient très certainement les connaitre au vu des larges sourires qu'elles leur offraient sans même avoir eu l'occasion de parler ce soir, l'ambassadeur se pencha en direction de son épouse et souffla, de ce ton amusé qui était le sien.

"Mon amour, je te laisse aller t'amuser avec ces deux charmantes personnes. Mais n'oublie pas ce qu'a dit Wilson Mizner. Dans une réception, ne dites jamais du mal de vous. On s'en chargera quand vous serez parti."

Il se recula alors d'un pas, la laissant s'éloigner alors qu'elle lâchait un rire léger qui, comme à chaque fois, lui donnait l'impression d'être complètement étourdi. Il savait très bien qu'à chacune de leurs apparitions, les gens parlaient, décortiquaient souvent la moindre de leur parole et leurs faits et gestes. Mais il n'était pas inquiet. Tout était calculé et l'attitude de Klara avait toujours été parfaite, tout comme elle. Avalant une gorgée de vin pour se redonner une contenance, Hans se remit à guetter les invités, cherchant qui serait le plus à même de lui fournir les informations les plus utiles et l'éclairer sur la façon dont les choses allaient évoluer dans les prochains jours.

Il faut dire que les dernières journées avaient été particulièrement chargées et riches en informations en tout genre. L'ambassadeur s'était à peine remis de l'explosion lors de la visite de Glucks, il n'avait fort heureusement pas été blessé même si l'espace d'un instant il avait cru finir piétiné par la foule en panique, mais il était dès tout prêt à pointer du doigt l'incompétence des militaires qui avaient totalement échoué à maintenir l'ordre et à calmer suffisamment les manifestants pour éviter que ce genre de choses n'arrivent.

Et puis les têtes avaient commencé à tomber. Le contraire eut été étonnant mais Hans avait été quelque peu déçu de voir son ami de Mazan rendre son tablier et disparaitre de la scène diplomatique. Espérant vaguement qu'il ne disparaitrait pas tout court, l'allemand guettait avec une curiosité non dissimulée l'arrivée de son remplaçant à cette petite sauterie, se demandant comment il allait réussir à reprendre le flambeau sans se brûler à son tour. La tâche n'allait pas être aisée, il allait falloir calmer les allemands et les parisiens.

Mais, peut-être que Hans pourrait l'aider. Après tout, l'ambassadeur savait se montrer remarquablement serviable lorsqu'il pouvait y voir son intérêt. Et là, il était plus qu'évident.
Son sourire se faisant plus large à cette pensée, Hans avala une nouvelle gorgée de vin, totalement à son aise et persuadé de pouvoir gérer tout ce qui viendrait se présenter à lui dans la soirée.
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Edouard Cabanel
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Mar 28 Avr - 19:52

Au vu des dernières circonstances, on ne demandait pas à Édouard Cabanel de faire bonne figure et s'il avait cru en Dieu, il en aurait volontiers remercié le ciel parce qu'il n'avait guère envie de se prêter aux mondanités en cette soirée du 15 mai 1943. Officiellement, il conservait un air grave pour faire allusion aux événements des Champs-Elysées où il avait bien failli perdre la vie – ce qui, très franchement, au moment où il était obligé de serrer la main de Félix Aurèle qui lui adressait un sourire mielleux, lui semblait dommage qu'il n'ait fait que « faillir » –, d'autant plus qu'il secouait la tête d'un air entendu quand on saluait les mérites de son prédécesseur, Eugène de Mazan, parti désormais les exercer dans quelque maison de campagne bien retirée, et bien loin de la vie publique. Officieusement, de plus sombres pensées traversaient son esprit alors que cette fête était là pour célébrer la nomination de ce diplomate « d'exception » selon les termes du ministre de l'Intérieur dans le journal (Édouard soupçonnait son beau-père de se moquer de lui à Vichy) à l'un des postes les plus prestigieux de la collaboration de la capitale et malgré la présence du Tout Paris qui comptait dans l'hôtel Matignon, ce même Paris qu'avant la guerre mais expurgé des éléments indésirables dont il aurait du faire partie si on n'avait pas soigneusement effacé sa trace dans certaines archives, il se sentait terriblement seul.

Tellement seul qu'à peine arrivé sur le palier de la porte d'honneur de l'ambassade où deux policiers français s'étaient mis au garde-à-vous devant lui (ce qui lui semblait tout de même une pratique assez étrange, ils auraient mieux fait de couvrir ses arrières ou d'empêcher aux pourris de venir rayer les parquets avec leurs dents trop longues, et d'ailleurs qui avait donc autorisé la présence de Félix Aurèle ? Il lui faudrait en toucher deux mots à la sécurité, il avait toujours pensé que Félix voulait sa mort), il eut soudain envie de partir par une petite porte sur la droite qui ouvrait sur u couloir qu'il savait mener jusqu'aux étages de travail et donc à son bureau. Il aurait tout donné pour pouvoir s'enfuir et se réfugier au milieu de ses statuettes égyptiennes, qui avaient désormais élu domicile dans l'ancien et immense bureau de Mazan, mais au lieu de cela, il donna le manteau de sa femme – resplendissante Madeleine qui arborait un sourire carnassier qui voulait bien dire qu'elle allait passer la soirée à se montrer au milieu de ses amies pour bien leur signalier qu'elle les dominait socialement désormais – puis le sien, et puisant dans des fonds de diplomatie, ou plutôt d'hypocrisie, il avait adopté son visage sérieux, seulement traversé d'un petit sourire de celui qui est heureux d'être là. Après tout, il avait survécu pêle-mêle aux négociations de vente d'armes avec les États-Unis avant 1938, aux discussions de la chambre à propos du prix du lait et de la guerre d'Espagne et à la fouille du bureau de Brechen-quelque chose pour le compte de Londres, il n'allait sûrement pas être impressionné par cette petite sauterie. Combien même les soldats allemands armés jusqu'aux dents qui circulaient dans les rues voisines et les officiers en possession de coupes de champagne étaient légèrement oppressants et rappelaient un peu trop que cette soirée était sous haute surveillance, surveillance des terroristes certes mais aussi de ces collaborateurs français en qui on n'avait pas totalement confiance. Après tout, Cabanel était ambassadeur dans son propre pays.

La seule personne avec laquelle il aurait pu partager même un peu cette solitude absolue, celle que lui imposait la conscience de l'inanité de sa fonction, de sa criminalité même, celle qui lui apportait également l'espionnage qu'il avait accepté d'exercer pour Londres et ce général qui parlait sur les ondes de la BBC, parce que cette personne était dans la même situation que lui était partie. La veille même, Alice Boulanger – ou quelque fut son nom – s'était envolée pour l'Angleterre dans un Lysander où elle devrait passer la fin de la guerre. « On » avait décrété qu'il fallait à Édouard un collaborateur qui avait plus d'expérience de terrain maintenant que son nouveau poste, auquel personne ne s'était attendu, ni lui, ni Londres, l'exposait à de nouveaux dangers. La décision avait rendu Cabanel furieux même s'il n'avait cessé de se plaindre d'elle et de son incompétence pendant l'année qu'ils avaient passé ensemble. Après tout, quels besoins avaient-ils de lui retirer sa secrétaire-complice au moment même où il commençait à s'habituer à elle et où ils sortaient d'une mission réussie à Vichy ? Et il avait beau être de mauvaise foi, il n'avait pu ignorer le pincement au cœur que lui avait causé ce départ. Mais on ne discutait pas les ordres de Londres, hélas, et dans l'attente du nouveau cas qu'on voudrait bien lui parachuter, Édouard se retrouvait seul. Avec sa femme jalouse et superficielle, et un Paris qu'il n'avait plus aucune envie de fréquenter. Du moins, jusqu'à ce qu'il se trouve un verre de vin, le compagnon indispensable en cas de trop fortes concentrations de pourris au mètre carré et de déprime passagère mais profonde.

L'inconvénient d'être ambassadeur, c'est qu'on ne le laissa pas aller tout de suite au bar, et qu'il dut saluer bien tant de personnes avec des noms plus ou moins imprononçables, au bras de son épouse, qui finit par le quitter pour aller montrer sa nouvelle robe d'épouse d'ambassadeur à qui de droit. Ce fut également le moment où Cabanel, qu'on avait abreuvé de compliments sur sa nomination, avisa l'ambassadeur d'Allemagne, Hans Jaeger, non loin, en train de siroter un verre. Il n'avait aucune envie de lui faire la conversation, lui qui avait toujours laissé la tâche de gérer l'encombrant ambassadeur du Reich à Mazan, mais il fallait être réaliste, il aurait besoin de soutiens pour ne pas voir sa tête rouler trop rapidement à côté de celle de Mazan et pour tenter de calmer le jeu avec les occupants et les Parisiens dans le but de régler cette histoire de prisonniers à l'amiable. Aussi, bon gré mal gré, mais avec un sourire chaleureux et une poignée de main franche, il salua Jaeger d'un ton léger :
- Bonsoir, ambassadeur, je suis content de vous voir ici ! Dites-moi, vous avez réussi à trouver un verre de vin ? C'est ma propre ambassade, et on est incapable de me servir un verre, n'est-ce pas ridicule ?
Il reprit après une légère pause d'une voix plus sérieuse mais non dénuée d'humour :
- Je vous en prie, ne vous sentez pas obligé de m'adresser des compliments, je sais que vous vous entendiez bien avec monsieur de Mazan, tout comme moi d'ailleurs. D'autant plus que je ne suis pas certain que ma promotion soit une chance pour moi en ces circonstances, ou du moins, c'est une chance de pouvoir faire de mon mieux en travaillant avec vous, poursuivit-il en jetant un coup d’œil vers Jaeger.
A voir si l'ambassadeur d'Allemagne mordait à l'hameçon. Édouard n'espérait pas trop parvenir à faire de cet homme qu'il ne parvenait guère à cerner un véritable complice, mais de véritables relations cordiales pourraient au moins le servir. Et au moins, il avait entendu dire qu'Hans Jaeger était assez joyeux drille pour le divertir toute la soirée.

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même dans les endroits les plus sombres.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Dim 31 Mai - 21:18



The party don't start 'til I walk in

Tonight, I'mma fight
'Til we see the sunlight.





Comment s’appelait-il, déjà ? Till, Nikolaus, Gebbert ? Impossible de s’en souvenir. Pourtant, la jeune femme était certaine que son cavalier lui avait dit son prénom à un moment ou un autre de la semaine, très certainement avant qu’elle n’accepte d’être accompagnée par ce dernier à l’ambassade de Vichy pour la soirée d’investiture d’Edouard Cabanel. Peut-être lui avait-il même répété en venant la chercher à son appartement, face à la mine vaguement interrogative que Fran avait probablement arboré en voyant sur son pallier un officier de la Wehrmacht sur son trente-et-un, un sourire des plus aimablement intéressés accroché au visage. Enfin… ça n’avait pas grande importance, en même temps. La seule utilité de ce brave homme avait été que de constituer un bras auquel paraître devant le gratin parisien, aussi tatillon que prompt à lancer maintes rumeurs lorsqu’une demoiselle de bonne famille au poste pour le moins enviable se rendait à trop d’évènements mondains sans être accompagnée. Comme l’aurait fait n’importe quel membre du sexe fort, la secrétaire avait donc choisi un militaire suffisamment gradé pour ne pas faire tâche à ses côtés, et dont le physique ne jurerait pas avec sa propre silhouette résolument délicieuse dans la longue robe vert émeraude dont elle s’était parée pour l’occasion. Assez ironiquement d’ailleurs, Franziska avait choisi de porter le bracelet en diamants que sa mère lui avait offert pour ses dix-huit ans, non pas comme un réel présent teinté d’amour maternelle et de fierté, mais bien comme un ersatz d’adoubement censé faire de sa fille une unique une femme, fière représentante de leur illustre famille dans le « grand bain », cette haute société chaleureusement méprisante où elle ne deviendrait rien d’autre qu’une jolie potiche programmée pour être belle et surtout se taire. Oh, comme sa mère aurait été fière de la voir assister à un tel gala, en une si appréciable compagnie… Mais la Becker même loin de sa génitrice continuait de chercher à décevoir ses attentes si écrasantes : pas de beau mariage arrangé en vue, pas même de plaisir à l’idée de briller ce soir, l'irréductible brunette était ici pour le travail et seulement le travail, cette source de satisfaction qui lui suffisait amplement, en un univers qui aurait pu la briser si son professionnalisme ne lui avait pas offert le droit de garder la tête sur les épaules, au sens propre du terme. Quelque part, plus encore que le plaisir de l’ouvrage bien fait, la joie presque pernicieuse de battre ses parents à leur propre jeu, de s’immiscer dans l’univers des apparences et de l’hypocrisie pour mieux y voir son égo triompher dans l’ombre. Implacable, invaincue, et pourtant plutôt en beauté cette nuit-là, Frany se sentait prête à faire face à toutes les remarques doucereuses concernant le récent attentat des Champs-Elysée, dont elle avait eu à ramasser en partie les morceaux tant il se trouvait mal vu –et avec raison- qu’un haut dignitaire nazi soit menacé dès son arrivée à Paris. Que voulez-vous, la belle ne pouvait même pas s’absenter quelques jours du côté du Mur de l’Atlantique afin d’y représenter l’Ambassade d’Allemagne… Bref, ce petit désagrément, ajouté à celui de devoir jouer aux hôtes de marque, ne l’aidait vraiment pas à se montrer artificiellement sympathique avec son cavalier. Ce dernier, d’ailleurs, n’en demandait pas tant : comme la jeune femme l’avait pressenti, elle ne représentait pour lui que l’opportunité de se mêler au gratin parisien, si bien que ce fut d’un commun accord complètement tacite qu’ils se séparèrent sans même vraiment remarquer l’absence de l’autre, chacun vaquant à ses occupations.

Une coupe de champagne à la main, après avoir bavardé quelques instants avec l'adorable Klara Jaeger, la brunette retrouva dans la foule son patron, en pleine conversation au loin avec le nouvel ambassadeur de Vichy. En vérité, la présence d’Hans serait la seule réelle lueur dans l’obscur ennui de cette réception où, comme toujours, le bras droit de ce dernier aurait à se montrer tout sucre et tout miel, masquant ainsi comme toujours son véritable visage –une fierté glacée doublée d’une redoutable efficacité. Du coin de l’œil, Fran resta attentive à tout message que son patron aurait pu lui transmettre, selon une sorte de langage presque télépathique qui, développé au fil des mois et de leur fructueuse collaboration, leur permettait de se comprendre sur bien des points sans même échanger un mot. Si Jaeger nécessitait une diversion, il n’aurait qu’à lui faire signe et son âme damnée se mêlerait à un tête-à-tête duquel, pour le moment, elle se tenait éloignée, en respect du savoir-vivre le plus élémentaire.

L’alcool contre son palet fit rouler ses délicates petites bulles, et c’en était presque à espérer qu’un Français que les journalistes du Courrier Parisien vienne l’importuner, juste pour s’échauffer, et attende que les choses deviennent plus sérieuses.








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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Mer 3 Juin - 18:22

- Hé les gars venez voir, ça vaut le coup d'œil !

Au second étage de son appartement, Juliette sourit de toutes ses dents et salua ses collègues masculins d'une révérence. Un geste enfantin comme elle en avait l'habitude. Pourtant, elle n'avait pas fait exprès de se mettre à la fenêtre de sa chambre, la journée avait été chaude et c'est tout naturellement qu'elle l'avait ouverte après s'être préparée. D'ailleurs c'était bien sa mise si parfaite que ses camarades bouche bée commentaient. Dire que la jeune fille était endimanchée était bien au dessous de la réalité, son père n'avait pas fait les choses à moitié, la robe de cocktail rouge dos nu qu'elle portait était sublime. Nous étions loin de sa combinaison voire de sa salopette ... Quant à ses cheveux retenus par deux peignes sur chaque côté, ils étaient parfaitement coiffés et non tout ébouriffés ou collés par la sueur après des heures de travail . En somme, Juliette était féminine et pour tout ce petit monde trimant sur les rails, cela ne passait pas inaperçu !

- On boit un verre quand tu veux !
- Lave toi d'abord, l'crasseux !

Le langage de Juliette s'était récemment plutôt fait argot et " rentre dans le lard" chose qui déplaisait à son père. Aussi lorsqu'il frappa à sa porte avant de rentrer dans sa chambre, il n'hésita pas une seconde à lui faire remarquer.

- Ma chérie, je sais que tu as eu besoin de t'imposer dans cette équipe pour être considérée comme quelqu'un à part entière et non comme la fille du patron, mais ce soir je t'en supplie, j'aimerai que tu retrouves ta bonne éducation !
- Ne t'en fais pas mon petit papa, je suis comme ça qu'à mon poste ! Ah sinon j'ai besoin d'aide …
- Quoi ? Encore ! s'exclama monsieur Langlois, déjà inquiet.
- Rassure toi, c'est simplement pour mettre mon collier, répondit Juliette avec une moue boudeuse adorable.

Le fermoir de sa rangée de perles bien attaché, le directeur de la SNCF l'admira puis tous deux descendirent main dans la main - décidemment encore un rituel enfantin - les escaliers avant de monter dans leur voiture. Une fois en route, la belle brune soupira à fendre l'âme.

- Je ne pouvais pas refuser cette invitation, ma position sociale va me contraindre à aller de plus en plus à ce genre d'évènements, déclara son père en lui caressant la joue comme pour l'apaiser.

Elle savait tout ça, mais n'empêche, quelle corvée cette soirée mondaine allait être ! Elle aimait les réceptions certes, le champagne et la danse également, cependant devoir faire des courbettes à tous ces pontes de Vichy l'écœuraient déjà ! Les petits fours seraient sans doute très vite indigestes en leur compagnie … Néanmoins, elle devrait rapidement prendre sur elle et guetter, épier ! Après tout ne faisait-elle pas partie de la résistance ? Sans aucun doute, derrière de belles façades de politesse l'attentat contre Glucks serait sur toutes les lèvres ! N'était-ce pas à cause de cet acte manqué de la Brigade que Mazan avait dû céder sa place à ce fameux Cabanel ? Elle n'aurait qu'à tendre l'oreille et s'assurer de le faire au bon moment.

Toute à ses pensées et ses calculs, Juliette resta silencieuse un bon moment, un mutisme que son père prit de nouveau pour de la contrariété et de l'ennui. C'est alors qu'il lui apprit une nouvelle qui la combla de joie.

- Je ne voulais pas te le dire parce que je voulais te faire la surprise, mais Guillaume sera là !

Aussitôt, le visage poupon de la jeune fille s'illumina littéralement ! Elle adorait, admirait son cher cousin malgré ses côtés rabat-joie. De plus il aurait même rendu moins morne et sinistre un enterrement ! De quoi changer d'avis sur cette soirée. Elle ne devrait pas être si ennuyeuse après tout…

Son père et elle enfin parvenus au perron de l'ambassade de Vichy, Juliette sortit de la voiture littéralement surexcitée. Une fois l'invitation donnée et les identités vérifiées, tous deux pénètrent dans le grand salon où une belle quantité d'invités déjà se trouvaient.

Tandis que monsieur Langlois s'éloignait pour présenter ses félicitations à leur hôte, la belle brune chercha son cousin des yeux. Au bout de quelques instants, elle l'aperçut et se dirigea à grands pas vers lui, s'excusant de bousculer plusieurs personnes.

- Guillaume ! Je suis si heureuse de te revoir, lui lança t-elle avant de le serrer dans ses bras. Mais qu'est ce que tu fais ici ? Ne me dis que tu viens pour m'espionner ?

Elle le grondait avec taquinerie alors que l'enfant ici était sans doute elle, enfin en tout cas dans l'esprit de son cousin et c'était précisément pourquoi, il pouvait être parfois rabat-joie !

Néanmoins, Juliette espérait qu'il ne le serait pas ce soir … Pas après tant de semaines séparés l'un de l'autre !
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Dim 7 Juin - 17:19

Alors que sa chère et tendre s'était éloignée, Jaeger s'était contenté de saluer les visages connus, soit environ les trois quart de l'assemblée présente. Il ne manquait pas d'un bon mot pour l'un, d'un petit compliment pour faire rosir les joues des jeunes femmes accompagnant les invités et qui, bien souvent, n'étaient bien entendu pas leurs épouses. Mais cela importait peu à Hans qui, outre le fait qu'il savait qu'il pourrait utiliser ces informations à son bénéfice si le besoin d'en faisait sentir, préférait travailler avec des collaborateurs comblés que frustrés. Et, s'ils étaient amoureux, c'était encore mieux, un homme amoureux ayant souvent la tête ailleurs, quand il continuait encore à l'utiliser ce qui n'était pas toujours le cas.

Mais il continuait néanmoins de chercher Cabanel du regard. Après tout, il  ne fallait pas se leurrer, s'il était venu ici avec autant d'enthousiasme c'était avant tout pour voir de quoi serait capable son nouvel homologue et ce qu'il pourrait en faire. Et, comme le destin aimait à être du coté de Jaeger, au moment où il se sépara d'un des derniers couples à saluer, le nouvel ambassadeur de France s'approcha de lui, la mine aussi affable que possible.

C'est avec enthousiasme qu'il lui rendit sa poignée de main avant de lâcher, d'un ton amusé.

"Bonsoir mon cher. C'est un véritable plaisir que d'être ici. Mon épouse pourrait vous dire la même chose si elle n'était pas occupée à échanger les derniers ragots du moment. Ou alors elle a trouvé le chemin des petits fours et là, il est peu probable qu'on la revoit avant la fin de la soirée."

Hans ne mentait pas quand il parlait de son plaisir à participer à cette petite soirée. Il raffolait de ce genre de mondanités où il était presque autant dans son élément que lorsqu'il était dans son bureau. Et puis, ce soir, les uniformes étaient étonnamment peu présents, de quoi mettre du baume au cœur à l'allemand alors qu'il laissait échapper un rire à la remarque de Cabanel. Il se pencha dans sa direction, la mine malicieuse alors qu'il continuait, d'un ton toujours aussi léger.

"Que voulez-vous. Comme l'on dit toujours, ce sont les cordonniers qui sont souvent les plus mal chaussés. Vous avez ma foi un petit cru dont j'ignorais totalement l'existence jusqu'à ce soir que j'avoue avoir grand plaisir à savourer en cet instant. Et, très égoïstement, si je suis le seul à avoir trouvé le chemin de cette source, je n'irais pas m'en plaindre."

Il ajouta alors, non sans malice.

"Et puis, qui sait. Peut-être est-ce un bizutage pour voir quelles sont les embûches que vous êtes prêt à surmonter afin d'étancher votre soif."

Avant même qu'il n'ait le temps d'ajouter quoi que ce soit, un serveur toussota légèrement, un plateau chargé à la main. Finissant son verre d'une traite, il en attrapa deux avant d'en offrir un au français, la mine magnanime.

"Regardez, le destin a lui-même décidé que vous aviez suffisamment souffert pour la soirée. Mais je serais vous, je garderais à l'œil ce jeune serveur qui semble d'une réactivité fort appréciable. Il pourra surement nous être utile dans les heures à venir. Quant au reste…"

Il jeta un regard aux alentours avant de reprendre, à peine plus sérieusement.

"Il faut savoir saisir sa chance où elle est. Je ne vais pas vous mentir, votre rôle ne sera pas des plus simples dans les jours à venir. Mais si vous vous révélez aussi sympathique que votre prédécesseur, sait-on jamais, vous pourriez faire de grandes choses."

Du coin de l'œil, il avait pu voir sa délicieuse Klara aborder une jeune femme dont la silhouette lui était familière. Quelques secondes lui suffirent pour reconnaître son acolyte, celle sans qui les choses ne se seraient probablement pas aussi bien passées depuis son arrivée à Paris. S'il savait pouvoir compter sur son épouse en toutes circonstances, il en était de même pour cette petite perle que le hasard avait eu la gentillesse de placer sur sa route.

Sans même laisser le temps de la réflexion à Cabanel, il posa sa main sur son épaule pour l'entraîner en direction de Franziska. Il était important pour lui qu'ils se connaissent tous les deux, surtout si à l'avenir, la collaboration avec son homologue s'avérait difficile. La jeune femme était son atout charme non négligeable, elle avait des arguments qui savaient faire mouche quand Hans était parfois à bout. Leur complémentarité n'était plus à démontrer et il était d'autant plus heureux que Klara ne semblait pas y voir le moindre problème.

S'approchant de la jeune femme, un large sourire flottant sur ses lèvres, il lui adressa un clin d'œil discret, qu'elle fut la seule à voir avant de lâcher, d'un ton joyeux.

"Ma chère, vous êtes un véritable joyau sorti de son écrin ce soir. Mais j'ose espérer que je ne suis pas le premier à vous l'avoir dit ou alors, tous les hommes ici présents ne sont que des impudents qui ont oublié tout sens de l'esthétisme et des convenances."

Effleurant l'épaule de Franziska sans réellement la toucher, il la désigna au français avant d'enchainer, sans même leur laisser le temps de dire ouf.

"Qu'en dites-vous Edouard ? Puis-je vous appeler Edouard d'ailleurs ? Après tout, nous allons être voués à travailler en étroite collaboration vous et moi. Autant être à l'aise tout de suite, vous ne croyez pas ? Et donc, n'est-elle pas magnifique ?"

Le sourire qui accompagnait ces quelques mots en disait long mais, bien évidemment, il n'avait pour l'heure pas l'intention d'en dire plus, ne serait-ce que pour voir la réaction de son homologue, qu'il était avec son éternel sourire, tout en sachant que Franziska observait tout autant que lui, si ce n'est plus.

"Franziska, je vous présente notre hôte de la soirée, Herr Cabanel. Edouard, voilà ma secrétaire personnelle, Fraulein Becker. Méfiez-vous, sous ces traits ravissants se cache le véritable cerveau de l'ambassade d'Allemagne. Sans elle, j'oublierais probablement ma tête ou pire encore."
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Lun 8 Juin - 22:22

Irina Smolenski, secrétaire. Je me souviendrais toujours du rire de ma mère quand je lui avais annoncé la nouvelle. Elle savait que sa fille n’appréciait pas vraiment la paperasse, et la voilà qui en faisait son métier ! Mais comme toujours, je m’adapterais. C’était un trait de famille après tout. Je ne vous cache pas que les premiers jours au service du représentant de l'armée de Vichy n’ont pas été des plus faciles ; Entre les tonnes de procédures en retard et le caractère du lieutenant-colonel Vial, je me demandais si j’allais rester longtemps là-bas. Et puis finalement, la pilule est passée – mieux avec Guillaume qu’avec les dossiers d’ailleurs.

Le 15 mai, encore un jour de plus à remplir des papiers derrière un bureau. Du moins c’est ce que je croyais. Car je ne me doutais pas que sous ce tas de lettres se cachait un petit carton d’invitation à la soirée organisée le soir même en l’honneur du nouvel ambassadeur du gouvernement de Vichy, un certain Edouard Cabanel, dont le nom ne me disait pas grand-chose. Ah, enfin une soirée mondaine ! Cela faisait un bout de temps que je n’avais pas eu l’occasion de me pavaner au bras de mon patron, et cela me manquait un peu. Et puis, après les événements du défilé, Guillaume avait le moral dans les chaussettes, alors cette fête était une occasion rêvée de lui faire penser à autre chose, au moins pour un soir. Le visage rayonnant, je lui annonçai la bonne nouvelle – qui n’avait pas l’air si bonne à son avis.

« Ne fais pas cette tête, tu es bien obligé d’y aller ! Et puis ce sera l’occasion de mettre un visage sur le nom de ce Cabanel ! »

Le militaire n’avait pas l’air emballé, mais il devait reconnaître qu’il n’avait pas le choix ; Après tout, s’il ne venait pas, son absence serait remarquée à coup sûr et cela entraînerait de la méfiance voire de la suspicion, ce dont l’organisation n’avait pas besoin du tout, particulièrement en ce moment. Et puis il avait toute la journée pour se faire une raison, et être le plus élégant ce soir. Retournant à mes moutons (ou plutôt à ma machine à écrire), j’allumai une cigarette et me remis au travail.

Étrangement, cette journée était passée très lentement, et j’en étais à compter le nombre d’heures qu’il me restait avant de pouvoir rentrer chez moi et de me préparer pour la soirée.
Comme à mon habitude, je chevauchais ma bicyclette jusqu’à mon appartement, où je me lavai et m’apprêtai en bonne et due forme. Je venais de mettre mon rouge à lèvres carmin lorsque mon cavalier vint me chercher. Nous partîmes ensemble à la réception, malgré l’air grognon qui trônait sur le visage de Guillaume.

« Allons… Je sais que c’est difficile pour toi, mais nous devons faire bonne figure. Ne serait-ce que pour les informations que nous pourrions glaner. »

Quand nous échangions un regard, je suis sûre qu’il savait que ce n’était pas facile pour moi non plus. Un concentré de personnes que je détestais, et pourtant je me forçais à ne rien laisser transparaître, à entrer dans leur jeu. La politique n’est qu’une question d’apparence, et je me doutais bien qu’un geste suspect et nous pouvions mettre en péril toute l’organisation. Nous n’avions pas le droit à l’erreur.

Arrivés sur place, nous entrions bras-dessus-bras-dessous dans une grande salle de réception déjà bien remplie. Je cherchais un coup d’œil rapide si je ne reconnaissais pas la chevelure dorée de Dieter Trinkl, que je ne souhaitais pas croiser pour rien au monde, puis je me rassurais en ne le voyant pas. J’allais pouvoir passer une soirée tranquille dans mon élément de prédilection.

Débarrassée de mon vison – que j’avais revêtu uniquement pour le style il faut le reconnaître – je révélai la robe jaune poussin que je portais. Toujours au bras du lieutenant-colonel, j’avançais de plus en plus à la recherche de têtes connues pour bien commencer la soirée. Mais nous n’étions là que depuis une dizaine de minutes lorsqu’une jeune femme vint à notre encontre. Dans cette superbe robe rouge et apprêtée comme elle l’était, je n’aurais presque pas pu reconnaître Juliette Langlois, la cousine de Guillaume Vial. J’aimais bien cette jeune fille dynamique, son sourire semblait illuminer la pièce et je savais que sa présence faisait plaisir à mon cavalier. Ne souhaitant pas m’interposer entre eux, je m’excusais d’un léger sourire poli et je m’éclipsais jusqu’à la table de réception d’où je me saisis d’une flûte de champagne sans la boire tout de suite, juste histoire de me fondre dans le paysage.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Jeu 2 Juil - 17:24

Certains en ce monde avaient décidément un véritable don pour s'attirer des problèmes. L'avocat – véreux – qu'était Alexandre Reigner en savait quelque chose, lui que ses clients venaient trouver justement quand lesdits problèmes menaçaient – voire quand ils étaient déjà tombés, tout le monde ne pouvait avoir un sens de l'anticipation assez développé pour faciliter les choses, même si à force d'expériences, il avait vu ses meilleurs clients s'améliorer dans le domaine. Mais ces gens-là cherchaient les ennuis, voire les méritaient selon ceux de l'entourage de Reigner qui avaient (encore) une conscience, et surtout, le payaient rondement pour y mettre un terme, ce n'était donc pas à eux qu'Alexandre songea lorsqu'il reposa après l'avoir longuement détaillé le carton d'invitation que sa secrétaire avec déposé sur son bureau et qui le conviait à une petite sauterie à l'ambassade de Vichy en l'honneur de la nomination du nouvel ambassadeur. Non, c'est à une toute autre catégorie de personnes que pensait l'avocat : ceux qui s'attiraient les problèmes malgré eux et semblaient s'y enfoncer avec un art qu'il aurait pu admirer (ou railler) si ne se trouvait pas parmi eux le nouvel ambassadeur en question, à savoir son meilleur ami, Edouard Cabanel. Dire qu'Eddy ne cherchait jamais les ennuis aurait été inexact – après tout, il s'était entiché de Madeleine Claussat et l'avait épousée, ce qui ressemblait déjà à une mauvaise idée à l'époque – mais là, tout de même... Avoir été convoqué à Vichy pour s'entendre annoncer qu'il devait désormais remplacer Eugène de Mazan (dont Reigner serait pourtant bien le dernier à déplorer la perte, en voilà un au moins qui ne manquerait à personne), alors qu'il jouait par ailleurs les espions du général de Gaulle... c'était atteindre un sommet. Non, définitivement, Eddy était un véritable aimant à problème, à un point qu'il n'imaginait pas lui-même, et Alexandre eut une pensée, non pas émue mais plutôt hargneuse pour Léon Claussat qui devait bien se gausser du loin de son bureau. Et qui se moquait bien du monde, car il n'y avait pas à douter qu'il avait participé à la nomination de son gendre à l'ambassade, ce que l'on évite généralement de faire pour quelqu'un que l'on soupçonne d'avoir des liens avec Londres, au point de le faire espionner par son meilleur ami. Le cynisme de ce type n'avait définitivement aucune limite.

Pour autant, il n'était pas question de manquer cette soirée. Non pas qu'Alex se sentît particulièrement d'humeur à faire des mondanités, mais il se doutait en revanche qu'Eddy n'était pas aux anges et qu'un visage ami (quand bien même l'ami en question n'était pas franchement digne de confiance) ne serait pas de trop. Une petite voix dans la tête de l'avocat lui souffla au passage que s'il se refusait à céder totalement au chantage de Claussat et Carron et prétendait ne rien savoir d'éventuelles activités illégales auxquelles pourrait se livrer Edouard, traîner dans les parages aurait au moins le mérite de sauver les apparences auprès des deux plus affreux beaux-pères que l'on puisse avoir (et encore, c'était là peser les mots). Mais il chassa vite cette pensée lorsqu'il quitta son bureau pour se rendre directement à l'ambassade de Vichy, sa conscience n'ayant pas besoin d'une piqûre de rappel pour se remettre à le tourmenter avec un peu trop d'insistance pour quelque chose qui n'existait pas quelques mois auparavant, et monta dans sa voiture, que l'on n'avait pas encore songé à lui réquisitionner (et que l'on vienne donc s'y essayer !). L'espace d'un instant, alors qu'il roulait dans les rues désertes de Paris sur lesquelles la nuit tombait lentement, Alexandre se prit à songer qu'il était peut-être temps de tenir Edouard au courant de ce que son beau-père pensait de lui, les derniers événements ayant prouvé que les têtes tombaient facilement, et pas toujours de la plus agréables des façons (même si Mazan s'en sortait un peu trop bien à son goût) mais alors que la façade de l'ambassade de Vichy se dessinait non loin, il se ravisa. Le moment aurait été pour le moins mal choisi, et son ami avec déjà bien assez de problèmes comme ça. Après tout, tant que lui-même ne disait rien... rien ne pourrait arriver. Du moins il aurait voulu pouvoir s'en convaincre, mais ses mains brusquement crispées sur le volant montraient trop bien qu'il n'en était rien.

Alexandre était donc dans de charmantes dispositions lorsqu'il pénétra dans le bâtiment, déjà rempli, et son humeur ne s'arrangea pas lorsque les premières personnes sur lesquelles il tomba s'avérèrent être sa sœur Julie et surtout son mari, Félix Aurèle (la troisième personne la moins fréquentable de cette ville après Claussat et Carron). Prenant le parti d'ignorer son beau-frère, l'avocat salua Julie d'une étreinte un peu crispée, qu'elle mit probablement sur le compte de la présence de Félix, car elle ne s'en offusqua pas et s'éloigna au bras de son époux en claironnant qu'il avait intérêt à lui offrir une danse plus tard dans la soirée. Son sourire, et son attitude tout à fait détendue attirèrent après leur départ un rictus amer sur le visage de Reigner qui pendant quelques secondes lui en voulut profondément d'avoir l'air aussi sereine. Puis il se rappela qu'elle ignorait quelle menace pesait sur elle, qu'elle se trouvait là dans son élément et parmi des gens qui partageaient ses opinions de fasciste en herbe, et décida en conséquence qu'il fallait définitivement qu'il retrouve Eddy. Il balaya la foule du regard, notant au passage que l'ambiance n'était pas aussi détendue qu'elle le devrait, et que l'on entendait ça et là les conversations rouler discrètement sur les événements des Champs Elysées et leurs conséquences. Enfin, entre deux silhouettes de collaborateurs patentés, il reconnut son ami, alors en plongé dans ce qui ressemblait à une folle séance de salutations et de félicitations de la part des invités. Jugeant que le moment était mal choisi pour aller lui présenter, quant à lui, ses condoléances, il se mit en quête d'un verre de vin, non sans constater que l'assemblée n'était définitivement pas des mieux fréquentées. Délaissant Aurèle, son regard venait en effet de tomber sur Puerno, qui avait sans doute un article passionnant sur le feu, comme la couleur de la robe de la femme du nouvel ambassadeur – ah non, ces sujets-là étaient pour sa nièce. Malheureusement pour Alexandre, Puerno n'était visiblement pas si occupé que cela, et apercevant Reigner qu'il connaissait, eut l'air de vouloir se diriger vers lui. Eddy, quant à lui, était désormais en compagnie de l'ambassadeur d'Allemagne et d'une charmante jeune femme qui lui était totalement inconnue. Tant pis, il n'avait pas envie d'échanger le moindre mot avec Puerno.

- Ah te voilà ! s'exclama-t-il en abattant une main amicale sur l'épaule de Cabanel. Quel succès, c'est que tu deviens plus difficile à attraper qu'un petit four ! Qui ne sont pas mauvais, d'ailleurs, ajouta-t-il, amusé, au moins on est mieux reçu que du temps de Mazan.
Il esquissa un sourire, puis se tourna vers l'ambassadeur d'Allemagne, Hans Jaeger, qu'il ne portait pas particulièrement dans son cœur (mais méprisait moins que Puerno, il y gagnait un peu au change), et détailla un instant la jeune femme qui l'accompagnait.
- Monsieur l'ambassadeur, c'est un plaisir, lança-t-il enfin en lui serrant la main. Mademoiselle, poursuivit-il en saluant l'inconnue avant de s'adresser à nouveau à Hans. J'espère aussi croiser votre épouse, il y a un moment que je ne l'ai pas vue !  
A vrai dire, il évitait de se retrouver trop longuement en compagnie de Klara Jaeger, ne voulant pas s'associer plus que nécessaire aux autorités d'occupation, mais il n'était probablement pas utile de le préciser, au risque de vexer Jaeger. Et il avait, lui aussi, bien assez de problèmes pour cela.

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Quand on n'espère plus, c'est alors qu'on ne doit pas désespérer.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Sam 12 Sep - 21:35

Qui que soit les terroristes responsables de l'attentat à la bombe, Ange-Marie ne les portait pas dans son cœur. Elle aurait même pu leur lancer malédiction sur malédiction si elle avait cru en Dieu mais le blabla du « Dieu est le seul juge », elle n'y croyait pas. Absolument pas. Ceux qui avaient gâché le défilé seraient arrêtés et punis à hauteur de leurs crimes. Bref, ils seraient exécutés. Et Ange-Marie espérait qu'ils souffriraient, qu'on les tuerait lentement mais sûrement. Ho non, Ange-Marie n'avait pas perdu un être cher dans l'attentat. Qui pouvait-elle considérer comme entrant dans la catégorie « être cher », d'ailleurs ? Pas grand monde... Xavier peut-être ? Boarf... Qu'importe ! Ce n'était pas pour les morts qu'elle était d'humeur vengeresse, non ! Elle l'était parce que cette stupide bombe l'avait tenue à l'écart des projecteurs ! Les journaux ne parlaient plus que de ça et de ces  prisonniers « pris en otage ». En otage. Pff... Si les terroristes se dénonçaient rapidement, cela s'arrêterait là ! Si jamais des otages devaient être amené à mourir, le sang ne seraient pas sur les mains des Allemands mais bien sur ceux des terroristes ! Pour qui se prenaient-ils à tuer des innocents au nom d'une idéologie stupide ? La présence des Allemands sur le territoire français était une aubaine ! Une occasion en or de remettre tout ce petit monde dans le droit chemin ! Mais ce ramassis d'andouilles s'imaginait sans doute que c'était mieux avant. Que la France était mieux « libre », hein ? Eh bien ils avaient tord. Terriblement tord ! Sans les Allemands, Ange-Marie ne serait jamais devenue célèbre. Du moins pas aussi vite ! Alors juste pour ça, c'était une bonne chose que l'Allemagne ait vaincu la France. Et puis vu comment les Français s'étaient débrouillés en 1940, c'était presque honteux d'être sous l'aile d'une Nation conquérante et puissante comme l'empire germanique. Non mais franchement... De quoi se plaignaient-ils, tout ces gens ?!
Ange-Marie étant bien trop égoïste et individualiste, elle n'était pas capable de comprendre ce qui poussait ces gens normaux à se battre, à verser le sang d'innocents et à lutter contre l'ennemi. Elle ne comprenait pas leur motivation mais elle ne cherchait pas non plus à les comprendre tout court. Ils étaient l'ennemi, c'était tout ce qu'elle avait à savoir. Qu'ils se battent pour venger ou protéger leurs familles, qu'ils sabotent pour ralentir la terrible machine de guerre Allemande ou qu'ils trafiquent pour vivre, elle n'en avait rien à faire. Ils n'étaient que des faibles et elle était au sommet. Voilà tout. Mais l'attentat à la bombe avait un peu ébranlé cette machine bien huilée qu'était l'esprit de Ange-Marie. Elle avait failli mourir mais avait été sauvé par un soldat Allemand, soldat maintenant à son bras pour la soirée. Elle avait vu sa vie défiler devant ses yeux, elle s'était pétrifiée et elle s'était accrochée à l'Allemand comme s'il était la seule personne capable de la sauver. Cela dit, c'était sûrement le cas, à ce moment là. Et puis ce terrible attentat lui avait fait regarder la vérité en face : les Allemands essuyaient une défaite de plus. Et ça, Ange-Marie ne pouvait pas l'accepter. Sa carrière était aussi resplendissante grâce aux Allemands. Elle était célèbre et admirée grâce à eux. Comment réussirait-elle à briller sans eux ? Et surtout est-ce que cela vaudrait le coup ? Après tout les Français n'étaient qu'une bande de grincheux là où les Allemands étaient capables de comprendre et d'apprécier son talent. Et pourtant, il y avait ça et là des Français prêt à saboter la vie de leurs patriotes pour défendre leurs idéaux. Non, décidément Ange-Marie ne pouvait pas comprendre leur motivation. Ou plutôt, elle ne voulait pas les comprendre. Parce que les comprendre, ça les rendrait humain. Et pour le bien-être de son esprit, il valait mieux qu'ils restent flous comme des ombres assassines. Un ramassis de traîtres dangereux. Ni Français, ni Allemands. Des apatrides. Il n'y avait pas d'autre option possible.

« Tout va bien, Mademoiselle Bauer ? »

Ange-Marie tourna la tête vers son cavalier. Le garçon était grand, bien bâti, malgré une mâchoire un peu trop carrée du goût de la blonde, et il avait une balafre au dessus du sourcil droit. Il l'avait sauvée de l'attentat et rien que pour ça, Ange-Marie passerait au dessus de ses défauts et de son manque d'intérêt en matière de contact. Ce soir, elle apprécierait sa compagnie parce qu'il l'avait sauvée, parce qu'il n'était pas repoussant et parce qu'il était humain. Pas comme ces terroristes.

« Appelle-moi Ange-Marie, allons. Tu m'as sauvée, on a passé le stade de se vouvoyer et de s'appeler par nos noms de famille. »

L'actrice sourit et laissa l'Allemand, rougissant, l'aider à enlever son splendide manteau en fourrure. Sa robe était, comme tout ce que portait Ange-Marie, splendide et tout sauf de mauvais goût. Le bleu-roi mettait en avant le bleu de ses yeux et la coupe accentuait sa taille et ses formes. La blonde savait qu'elle risquait d'avoir de la concurrence ce soir mais elle ne se faisait pas de soucis : vu son physique et sa robe, on la classerait d'emblée parmi le gratin de la société. Elle était loin l'époque où elle devait se contenter des robes basiques. Désormais, on les cousait pour elle et selon sa morphologie. Comment pouvait-on préférer l'avant-guerre, sérieusement ? Ange-Marie prit le bras de son cavalier et ils entrèrent dans la fausse aux lions. Entrée remarquée, forcément, et entre trois bonsoirs et deux sourires, Ange-Marie fit un petit inventaire des personnes présentes à l'ambassade. Et puis son regard fut attirée par Irina, sa chère amie. Déambulant ça et là, la blonde finit par arriver au niveau de la brune et, lui souriant, s'exclama :

« Irina, quel plaisir de vous voir ici ! Comme d'habitude, votre tenue vous va à ravir. Excellent choix de couleur ! »

Et si Ange-Marie attendait des compliments en retour, physiquement rien ne paraissait ! La blonde n'était pas actrice pour rien et ses compliments semblaient sincères et modestes. Personne n'aurait pu se douter que c'était très loin d'être le cas...
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Lun 19 Oct - 21:38

Le passage de La Propagande


Mais alors que l'on discute tranquillement autour de l'ambassadeur de Vichy et que quelques résistants se sont adjoints à la fête, qui voilà ? C'est le gouverneur de Paris, Gerhardt Lengefeld lui-même qui vient de franchir la porte d'entrée de la salle où se déroulent les réjouissances. Particulièrement élégant dans son uniforme, il arbore un large sourire et semble de bien bonne humeur – ses ennemis doivent-ils s'inquiéter ? Les rumeurs le disent amateur de belles femmes, peut-être est-ce juste la raison de son plaisir à être ici.
Il a juste le temps d'être photographié par Jean-Pierre Puerno et de saluer l'ambassadeur Cabanel ainsi que quelques-unes de ses connaissances comme Hans Jaeger que déjà il est propulsé sur scène pour faire un petit discours :
- Chers Parisiennes et Parisiens, mes chers compatriotes, commence-t-il, je suis particulièrement heureux d'être ici à l'invitation de monsieur Cabanel qui remplira son office avec tout le sérieux que je lui connais. Espérons que notre entente sera aussi fructueuse que sa chasse aux statuettes égyptiennes, j'ai cru comprendre que votre bureau en était rempli ! J'espère que nous ne serons pas obligés de les renvoyer au musée, ce serait dommage pour vous !
L'assemblée rit poliment, mais déjà, Lengefeld porte le toast et boit dans son verre. Son discours est fini, si on voulait une allusion à la situation des prisonniers, c'est raté. Ça y est, la soirée est vraiment lancée, le gouverneur peut se mêler à la foule tandis que derrière le piano, un jeune homme s'installe pour jouer quelques notes de musique. Il est toujours bon de montrer que l'on se trouve dans une société qui a du goût.
Sauf que voilà, les amateurs de musique auront reconnu dès les premières notes une composition d'un musicien américain à la mode outre-atlantique... Il ne manquerait plus qu'on frôle l'incident diplomatique !




Nous aussi, on se lance dans les défis ! Saurez-vous remplir celui qui suit ?

Le premier qui...
Renverse une coupe de champagne sur notre ambassadeur, Edouard Cabanel !

Dès que le défi est relevé, un pnj viendra en lancer un nouveau gnihi ! Bon courage !

₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪
« Douce France
Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t'ai gardée dans mon cœur »


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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Mer 21 Oct - 22:10

De l'art et de la manière de soigner les apparences, à défaut du reste. C'est ce que songea Maxime Andrieu lorsqu'il pénétra dans la salle de réception de l'ambassade de Vichy où nombre d'invités s'étaient déjà rassemblés autour de coupes de champagne et de plateaux de petits fours tout à fait de circonstances dans la situation actuelle. Chacun, avec un art plus ou moins remarquable, semblait s'appliquer à faire comme si de rien n'était, à jouer le jeu des mondanités de la manière la plus habituelle possible, et à fêter comme s'il n'y avait rien de plus normal la toute récente nomination de Cabanel à la tête de l'ambassade du gouvernement de Pétain à Paris – une aberration en soi, de l'avis de Maxime, et des Andrieu de manière générale d'ailleurs. Mais s'il y avait bien dans ce panier à crabes quelques bons acteurs pour donner les change, l'ambiance n'était définitivement pas aussi détendue et légère qu'elle aurait pu l'être en une telle occasion, et l'ombre du fiasco des Champs-Elysées planait de toute évidence sur la soirée. Et s'il y en avait bien un qui ne devait pas être ravi de cette petite sauterie, c'était sans doute Cabanel lui-même – dont l'arrivisme ne faisait visiblement pas le poids face à la plaie qu'était le fait de remplacer de Mazan à un moment où, plus que jamais, Parisiens et Allemands avaient Vichy dans le nez. Bien loin de le plaindre cependant – sinon avec un certain cynisme – Maxime quitta du regard la silhouette du nouvel ambassadeur entrain de pactiser avec son homologue berlinois. Pour sa part, il avait réussi à garder sa place rue Matignon malgré les récents changements de personnel (on manquait cruellement de traducteurs, un comble pour la façade de la collaboration) et s'il n'y avait pas cette fichue blessure à l'avant-bras pour lui rappeler régulièrement les événements du défilé, il aurait presque pu profiter des mondanités sans la moindre contrariété.

La blessure en question lui tira une grimace lorsqu'il retira son manteau pour le confier à jeune femme de service, mais il se reprit bien vite et gratifia la demoiselle d'un large sourire enjôleur (elle était jolie) avant de pénétrer dans la fosse aux lions proprement dite, non sans entendre au passage quelques conversations où l'on s'inquiétait du sort des prisonniers autant que l'on glosait sur l'éviction du précédent ambassadeur ou la colère qu'avait piqué Glucks avant de repartir. La situation avait de quoi préoccuper en effet, et tout cynisme laissé de côté, Maxime n'avait pas en grande estime la méthode employée par les Allemands pour forcer les terroristes à se dénoncer – même s'ils avaient au moins consenti à se restreindre à faire des prisonniers et à ne pas menacer qui que ce soit d'un bain de sang si les responsables ne venaient pas se rendre gentiment, ce qui avait peu de chances d'arriver. Voilà qui laissait le champ libre aux négociations et, il se l'avouait volontiers, Maxime lorgnait naturellement sur un rôle dans celles-ci. Une ambition qui allait probablement être plus difficile à concrétiser maintenant que Cabanel menait la barque (ou du moins, tentait difficilement d'en récupérer les rames à la dérive) mais il avait pour lui une certaine opiniâtreté et avait bien l'intention d'insister jusqu'à obtenir ce qu'il souhaitait – une méthode qu'il employait décidément bien souvent ces temps-ci, il comptait bien poursuivre son petit manège autour de Rachel Lévi, quand bien même elle lui avait dégoté une infirmière assez capable pour ne pas lui amputer le bras. Un rictus qui n'appartenait qu'à lui effleura les lèvres du jeune Andrieu à la pensée de sa camarade. Elle finirait bien par craquer, ou faire un faux pas, il était d'humeur à ne pas laisser qui que ce soit lui résister.

En attendant de pouvoir reprendre ses insinuations auprès de Rachel dès le lendemain à la Sorbonne, Maxime avait bien l'intention de glaner quelques contacts au cours de la soirée. Dans cet esprit, il avisa la très rayonnante Ange-Marie Bauer, qui semblait en grande conversation avec une certaine princesse russe dont le nom lui échappait. Sourire affable, voir charmeur aux lèvres, il se dirigea vers les deux jeunes femmes, et surtout la grande diva du moment avec laquelle il avait passé un petit accord de circonstances entre personnalités plus ou moins influentes (l'un des avantages à porter le nom d'Andrieu, même si Maxime ne se faisait pas d'illusions et savait qu'il devait encore beaucoup à son père). Et au-delà de l'aspect purement pratique, la starlette adulée par les Allemands ne faisait pas une compagne désagréable, au contraire.
- Bonsoir, mademoiselle Bauer, lança-t-il à leur approche. Vous rayonnez ce soir, ces dames ont du souci à se faire ! Sans vouloir vous offenser, ajouta-t-il avec un sourire en direction de la princesse.
Il la détailla un instant, puis se tournant vers Ange-Marie, dont il avait eu vent des mésaventures lors de l'affaire des Champs-Elysées.
- Je constate que vous êtes remise de vos émotions. J'ai cru comprendre vous aviez vu les événements de près ! Comme quoi, heureusement que les soldats ne sont jamais loin...
Ce qui aurait pu être une remarque ironique dans la bouche de Maxime prit la tournure d'un compliment avec le clin d’œil complice qu'il lui adressa. La conversation ne put toutefois pas continuer très longtemps, l'arrivée du gouverneur ramenant toute l'attention vers lui. Maxime récupéra un coupe de champagne pour lui-même et ses compagnes, avant de s'intéresser à Lengefeld que l'on poussait déjà sur le devant de la scène pour faire un discours... fort aimable. Un rictus ironique échappa au jeune Andrieu qui chercha un instant à voir la réaction de Cabanel (qui devait se demander à quelle statuette égyptienne se vouer) avant d'applaudir poliment à l'image du reste de l'assemblée.
- Drôle de personnage, ce Lengefeld, lâcha-t-il en guise de commentaire. Vous l'avez déjà rencontré ?
Il s'adressait cette fois autant à Ange-Marie qu'à la princesse, tout en détaillant le jeune homme qui alla s'installer au piano (un bel instrument, soit dit en passant, qui avait de quoi éveiller l'intérêt d'un Maxime qui n'avait pas touché au sien depuis quelques jours). Voilà au moins qui réchaufferait un peu l'ambiance... à moins que. Andrieu leva un sourcil en entendant les premières notes d'un air un peu trop américain pour être honnête qui lui rappela un cours instant les leçons avortées de von Lorentz.
- En voilà un qui ne va pas faire long feu... C'est à vous qu'on devrait laisser le micro, mademoiselle !

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Edouard Cabanel
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Jeu 22 Oct - 15:31

Edouard Cabanel avait longtemps servi de diplomate avant que la IIIe République ne s'effondre – en emportant avec elle, grâce à la présence d'esprit ou plutôt à l'esprit calculateur et arriviste de son beau-père, nombre d'archives qui prouvait son rôle dans certaines négociations qui n'auraient guère plu aux invités présents ce soir-là, mais il s'était rarement trouvé dans un tel guêpier. Pour être plus exact, s'il avait déjà eu l'impression d'avoir pénétré dans un nid de vipères – varions les métaphores animales –, il n'avait jamais été au centre de l'attention comme à cet instant où chacun attendait avec gourmandise de le voir rater une poignée de mains ou un discours. Mais Cabanel n'était pas arrivé là totalement par hasard contrairement à ce que de mauvaises langues pouvaient bien raconter dans son dos. Certes, son père lui avait laissé son siège de député et sa mairie de Vanves, certes, son beau-père lui avait surtout permis de faire des alliances politiques à la chambre... Mais Edouard n'était pas trop mal doué dans son genre. D'ailleurs pour avoir survécu depuis un an après son retour d'Angleterre, sans être assassiné ni par les résistants, ni par les Allemands, ni par les collabo dans le genre d'Aurèle, ni même par sa femme ou par erreur par sa secrétaire-complice (et il l'avait échappé belle à plusieurs reprises avec cette dernière tout de même), c'est qu'il ne se débrouillait pas trop mal tout de même. Et malgré les circonstances et sa profonde déprime intérieure, Edouard arborait un air flegmatique et sympathique que n'auraient pas renié les Britanniques (même si ceux-ci l'étaient même un peu trop, on leur avait pourtant dit que la conférence de Munich ne sauverait pas la paix).

Mais le moment, le diplomate qu'était Cabanel faisait face à un tout autre énergumène que lui. Volubile et bavard, l'ambassadeur du Reich, Jaeger, était intarissable. Edouard ne l'avait connu que de nom jusqu'à présent : en tant que conseiller, il avait surtout fini dans les journaux et les radios pour expliquer la politique de Vichy (ou du moins tenter de cacher qu'il n'y en avait pas), Mazan se réservait les négociations les plus prestigieuses et l'amitié avec l'ambassadeur. Mais à mesure que Jaeger parlait, plus il se sentait perplexe. Jaeger était-il réellement le joyeux drille qu'il laissait paraître ? Cabanel décida de se poser la question plus tard, après tout, il était tombé sur la personne qui lui fallait en cette soirée, quelqu'un capable de le distraire et même de le faire sourire à plusieurs reprises. Et même plus, de lui tendre un verre de vin grâce à un plateau qui passait par là, verre dont Edouard se saisit non sans reconnaissance :
- Vous avez raison, un bon ambassadeur est celui qui sait s'entourer et j'ai bien l'intention de profiter des compétences de mes collaborateurs. Au moins, j'ai déjà trouvé celui qui saura me désaltérer, termina-t-il avec un petit rire en désignant le serveur qui s'éloignait avant de poursuivre plus sérieusement à l'image de son interlocuteur : j'ai bien conscience des enjeux de mon poste et j'espère que nous pourrons en tout cas faire de grandes choses ensemble. L'amitié franco-allemande mais aussi la paix et le bien-être de la population française me tiennent à cœur.
Mais déjà Hans Jaeger allait lui présenter son assistante, une certaine Franziska Becker, une très belle jeune femme d'à peine trente ans pour ce qu'Edouard pouvait en juger en lui en faisant les éloges.
- Mademoiselle, s'inclina-t-il en déposant un baiser sur la paume de la jeune femme, non sans épier du coin de l’œil les réactions de Jaeger, vous êtes particulièrement en beauté, votre patron n'est pas qu'un vil flatteur. J'aimerais bien avoir des assistantes à la tête aussi bien faites que vous, mais hélas, continua-t-il en jetant un coup d’œil à l'ambassadeur, ma secrétaire personnelle m'a quitté pour des histoires de famille en Auvergne, en me laissant qu'une vieille dame qui travaille ici depuis la construction de Matignon un peu près et qui a tendance à autant oublier mes rendez-vous que moi. Vous avez bien de la chance, Hans ! - Si vous m'appelez Edouard, je peux bien vous appeler Hans ? –, mademoiselle Becker me fait réviser mon jugement quant à l'idée que les Françaises seraient les plus belles femmes d'Europe.
Il termina sa galanterie facile par un large sourire, tout en se demandant pour quelle raison Jaeger lui avait présenté son assistante. Croyait-il lui faire plaisir en lui présentant une jolie femme ? Avait-il une idée derrière la tête et si c'était le cas, avait-il passé le test ?

Cabanel n'eut pas le temps d'y réfléchir davantage car Alexandre Reigner apparut dans son champ de vision et en moins de temps qu'il ne fallut pour le dire, tel un hibou fondant sur ses proies (on avait décidément les métaphores animales qu'on pouvait ce soir-là), les rejoignit, pour les saluer poliment. Immédiatement, Edouard se sentit soulagé et un sourire plus sincère traversa ses lèvres. Alex avait bien reçu son invitation et avait décidé de déplacer sa vieille carcasse jusqu'à l'ambassade ! Enfin un ami dans cette foule de pourris – enfin les deux termes n'étaient pas contradictoires, Eddy avait toujours considéré que son meilleur pote avait tendance à faire partie de cette tranche de la population à cause de son métier –, quelqu'un qui n'était pas mal intentionné à son égard !
- Reigner ! S'exclama-t-il en lui tapotant l'épaule, merci d'être venu fêter ma promotion. Les petits fours sont bons ? Je n'ai évidemment pas pu les goûter, nous sommes définitivement les plus mal lotis avec monsieur Jaeger. Vous vous connaissez déjà ?
Mais Alexandre eut à peine le temps de répondre qu'un silence se fit pour accueillir le gouverneur de Paris qui leur faisait l'honneur de sa présence, obligeant Edouard à stopper momentanément sa conversation pour aller lui serrer la main et lui demander s'il souhaitait faire un discours :
- Je vous remercie infiniment d'être venu, lui dit-il dans un allemand un peu scolaire alors que Lengefeld hochait la tête.
- Ne vous inquiétez pas, mon cher ambassadeur, je parle le français parfaitement, donnez moi un verre et je vais parler quelques minutes, c'est un plaisir d'être là.
Edouard ne discuta pas de la perfection du français en question, qui était un peu déformé par l'accent teuton et saisit du champagne pour abreuver le gouverneur. Ce dernier montait sur scène, quand Edouard alla rejoindre Reigner et les deux Allemands qu'il avait quittés quelques minutes plus tôt. Un silence bienveillant s'était fait dans la salle des festivités, seulement rompu par quelques chuchotements pour commenter sans doute cette arrivée inattendue.
- Chers Parisiennes et Parisiens, mes chers compatriotes, commença l'Allemand en levant son verre en direction d'Edouard et en poursuivant, je suis particulièrement heureux d'être ici à l'invitation de monsieur Cabanel qui remplira son office avec tout le sérieux que je lui connais. Espérons que notre entente sera aussi fructueuse que sa chasse aux statuettes égyptiennes, j'ai cru comprendre que votre bureau en était rempli ! J'espère que nous ne serons pas obligés de les renvoyer au musée, ce serait dommage pour vous !
Cabanel se força à rire jaune, en soutenant le regard du reste de l'assemblée qui bientôt, se détourna de lui pour continuer leur discussion alors qu'un air de musique s'élevait dans les airs.
- Voilà qui a le mérite de ne pas être abscons, on ne dit jamais rien pour rien, ça veut toujours dire quelque chose, crois-tu que je dois fuir en courant ? Murmura-t-il en direction d'Alexandre en faisant mine de saluer quelqu'un avant de retrouver son air affable pour continuer sa discussion avec Jaeger : connaissez-vous le général Lengefeld ? J'ai cru comprendre qu'il avait de bons états de service, d'où sa nomination à Paris ? Pensez-vous qu'il est le genre d'homme à être prêt à négocier ?
Profitant de quelques mots qu'Alexandre échangeait avec Franziska, Edouard se pencha vers l'oreille de Hans pour terminer :
- Vous savez bien que nous voulons la libération des prisonniers à Vichy... La décision de leur arrestation est celle d'un militaire et j'ai bien peur qu'il ne campe sur ses positions en se barricadant derrière la loi martiale. Qu'en pensez-vous ? Voudriez-vous prendre la peine d'écouter mes arguments ?
Il se recula précipitamment, le cœur un peu battant, sachant qu'il venait de jouer sa seule et unique carte de la soirée. S'il faisait mine de l'ignorer, il savait très bien que les relations entre l'armée et Jaeger n'étaient pas au beau fixe... Les monter subtilement les uns contre les autres, c'était sans nul doute la seule façon de gagner. Mais alors qu'il attendait la réponse de son homologue allemand, un son étrange monta à ses oreilles. Quelques notes de musique qui ne lui évoquaient guère Wagner mais plutôt...
- Hum... Reigner ? Voudrais-tu aller stopper ce jeune pianiste, je crains qu'il n'ait commencé à jouer trop tôt, nous avions encore quelques discours prévus... S'il te plaît, termina-t-il à mi-voix, allez fonce, Alphonse !
Pourquoi le monde était-il donc contre lui ? Que s'imaginait donc ce musicien, qui n'était rien d'autre qu'un poussin sans défense devant des loups affamés et bien prêts à le dévorer – ou en tout cas à lui faire avoir des ennuis ? Edouard se doutait bien que la soirée (et les mauvaises surprises) ne faisaient pourtant que commencer.

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même dans les endroits les plus sombres.
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Guillaume Vial
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Jeu 22 Oct - 17:48

S'il y avait un endroit où le lieutenant-colonel Vial détestait se rendre, c'était bien dans les soirées mondaines. Il voulait bien faire des efforts mais l'idée de perdre son temps à échanger des banalités avec des personnes sans intérêt qui semblaient tout à coup se passionner pour vous quand ils vous ignoraient le reste de l'année lui déplaisait plus que tout. Il se demandait bien comment on pouvait y trouver un semblant de plaisir. Même le champagne avait un goût bien amer quand l'hypocrisie ambiante gâchait tout, de la beauté des lieux ou des parures, rendant tout faux, comme un décor de théâtre mal réalisé. Guillaume préférait l'action aux ronds de jambe inutiles, qui n'auraient, de toute façon, jamais pu éviter la guerre quoique les diplomates aient bien voulu faire croire aux Français en 1938, comme il préférait les stratégies aux dispensables et interminables discussions où chacun campait sur ses positions. De manière générale, Vial était peu à l'aise quand on lui demandait de se montrer courtois et charmant avec des personnes qu'il n'avait pas appris à estimer, et si on ne pouvait jamais lui reprocher de ne pas être d'une politesse et d'un respect impeccable, on n'appréciait guère la compagnie d'un homme peu souriant et assez mutique. Évidemment, ça ne s'était pas arrangé avec le début de l'Occupation, qui avait donné naissance à deux phénomènes concomitants, puisque les Allemands s'étaient non seulement invité à la table des mondanités pour partager bonne chair avec quelques Français qui se vautraient dans luxe quand la majorité crevait de faim, mais qu'en plus, étant donné son nouveau poste pour Vichy, il était de plus en plus régulièrement invité dans ce genre de petites sauteries qui le dégoûtaient. Il lui semblait que c'était le summum de la trahison que de s'asseoir à la même table qu'un ennemi qui vous méprisait et vous regardait de haut. Que c'était la pièce de théâtre faussée ultime, celle qui endormait les méfiances, laissait croire que les Nazis allaient en terrain conquis et qu'ils étaient des amis. Et que tout le monde devait faire mine d'y croire, lui en premier, quand il haïssait plus que tout les faux-semblants.

Aussi quand il avait appris que le nouvel ambassadeur de Vichy allait donner une réception à l'hôtel Matignon pour célébrer sa nomination, il s'était d'abord réjoui de ne pas avoir été invité. Jusqu'à ce jour du 15 mai où il avait vu débarquer Irina Smolenski dans son bureau avec une mine réjouie, un bout de carton à la main. Il s'était demandé qui était l'imbécile qui avait mis sa secrétaire dans la confidence quand il tentait de lui cacher l'existence de cette soirée depuis des jours, car au bout de quelques années, il la connaissait assez pour savoir qu'elle ferait tout pour qu'il l'y accompagne, avant de constater qu'ils étaient bel et bien invités tous les deux, en tant que représentants eux aussi Vichy (un comble pour deux résistants dont une princesse russe).
- Ne fais pas cette tête, tu es bien obligé d'y aller ! S'était-elle exclamée devant sa mine dépitée, et puis ce sera l'occasion de mettre un visage sur le nom de ce Cabanel !
Si Guillaume avait encore considéré qu'il avait une petite sœur, il aurait pu lui raconter qu'en effet, il avait toujours eu du mal à savoir à quoi ressemblait ce collabo qui avait un jour été l'amant de Béatrice – jusqu'à frapper un autre type qu'il croyait être Edouard Cabanel, mais ce n'était pas le moment pour avouer à Irina qu'il avait effacé une sœur de son existence, ni pour plaisanter avec elle. Il détestait quand il devait reconnaître qu'elle avait raison et en l'occurrence, il savait très bien lui aussi qu'il n'avait guère le choix. Une invitation de l'ambassade de Vichy ne se refusait pas.

Le soir même, il allait donc chercher sa cavalière autoproclamée, si perdu dans ses pensées qu'il ne pensa pas à la complimenter sur sa parure, ce dont elle ne parut pas s'offusquer. Dans la voiture aux feux voilés pour respecter le couvre-feu, ils n'eurent besoin que d'échanger un regard pour comprendre quel était leur sentiment. C'était cela qu'il appréciait plus que tout chez Irina. Cela et le contrôle dont elle pouvait faire preuve, qu'il admirait même. Il avait l'habitude de contrôler ses sentiments, quand elle était pleine de vie et emplie d'une haine toute particulière pour les envahisseurs. Combien d'efforts devait-elle faire pour laisser paraître ce sourire qu'elle arborait en entrant dans la salle ? Combien d'efforts pour se comporter en amie avec tous ces gens qu'elle méprisait peut-être encore plus que lui ? Mais en cet instant où Guillaume, passé devant les soldats allemands qui faisaient le guet à l'entrée, sentant des regards goguenards se poser sur son uniforme français qu'il avait encore le droit de porter malgré la dissolution de l'armée de réserve, pénétrait enfin dans l'ambassade de Vichy, il en oublia sa compagne pour poser tour à tour ses yeux sur les jeunes femmes vêtues de meringues et les cucurbitacées qui ornaient le buffet dans un comble de raffinement, ces denrées étant quasiment introuvables, avant de laisser échapper entre ses dents :
- Bon, après tout, l'essentiel en enfer, c'est de survivre.

Non sans courage, il plongea donc dans la foule, sans être réellement remarqué : il n'avait jamais exercé de mandat politique avant la guerre et travaillait discrètement dans l'administration de la défaite, il passait inaperçu au milieu de ces collabo dont les visages faisaient les unes des magazines. Il n'arriva même pas à distinguer l'ambassadeur lui-même. Gratifiant Irina d'une coupe de champagne, il allait se servir quand il entendit soudain une petite voix bien connue résonner à ses oreilles :
- Guillaume ! S'exclama Juliette Langlois, sa cousine qui avec son exubérance naturelle, s'empressa de le serrer dans ses bras (ou plutôt de se serrer contre lui, leurs carrures n'étant pas tout à fait les mêmes), mais qu'est-ce que tu fais ici ? Ne me dis pas que tu viens pour m'espionner ?
Le lieutenant-colonel n'appréciait guère les contacts physiques trop prolongés mais ceux de Juliette qu'il adorait et sur laquelle il veillait avec une jalousie toute fraternelle faisaient exception, aussi il ne se déroba pas, et, au contraire, un sourire, le premier de la soirée, éclaira son visage sévère :
- Je pourrais te retourner la question, petite cousine, je ne savais pas que tu serais là ! Quelle idée ton père a-t-il de t'emmener dans des soirées pareilles ? J'ose espérer que ce n'est pas pour te chercher un époux, crois-moi, tu ne trouveras personne qui en vaille la peine par ici...
Puis se rendant compte qu'il venait de jouer encore les rabat-joies, comme elle le lui reprochait de manière générale, il se reprit pour continuer d'un ton plus léger :
- T'espionner ? Mais rassure-moi, tu ne caches rien, si ? Surtout pas à ton cousin qui fait tant d'efforts pour te garder en vie ?

Il fut interrompu par l'entrée et le discours du nouveau gouverneur de Paris, qu'il apprécia à sa juste valeur, en silence, tout en cherchant du regard Irina qui ne devait pas en penser moins que lui. Il espérait juste que la jeune femme ne se soit pas encore retrouvée entre les griffes de cet officier allemand qu'elle cherchait à séduire sinon la soirée allait vite devenir aussi longue pour elle que pour lui. Machinalement, tandis que les discussions reprenaient, il tendit un petit four à sa cousine et se baissa comme pour l'embrasser sur la joue mais en réalité pour lui chuchoter à l'oreille :
- Je sais que ce n'est pas le moment mais je ne sais pas quand je pourrais te revoir. Je vais avoir besoin de te parler...
Guillaume n'avait jamais été très enthousiaste à l'idée de se servir de la jeune femme et avant tout de la faire entrer dans la résistance car il craignait pour sa sécurité – elle était encore si jeune et si pleine d'illusions ! – , mais la nécessité n'attendait pas.
- C'est notamment au sujet de l'aviateur crashé sur le Louvre.
Il se redressa avec un sourire, comme s'ils venaient de partager un moment d'intimité, et lui désigna un endroit à l'écart où ils pouvaient parler avec plus de discrétion puisqu'après tout, « Abundans cautela non nocet », l'excès de prudence ne nuit pas. Mais quelques notes de musique s'élevaient déjà dans les airs et les premiers danseurs s'élançaient sur la piste :
- Ah non, Juliette, s'écria-t-il en voyant son air malicieux, je sais que tu as envie que tout le monde me jalouse, mais je ne danse pas !

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Résister, s'il le faut, c'est combattre, et puis vainqueur ou vaincu, c'est résister quand même, c'est-à-dire rester semblable à ce que l'on est jusque dans la défaite, jusque dans les fers. [CHAMSON]
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Sam 31 Oct - 23:52

Sixtine observe l’ambassade, une lueur d’inquiétude brûlant dans son regard. L’angoisse, la peur, la crainte, les sentiments s’entrechoquent en elle avec violence, déchirant ses entrailles, nouant sa gorge d’un nœud implacable dont elle se demande s’il va lui permettre de prononcer un mot. Ces émotions malsaines commencent à lui devenir bien trop familières, et cela ne plaît pas à la jeune femme. Pas du tout. Ces derniers temps, elle se sentait comme l’un de ces animaux acculés, menacés de toute part, cherchant une dernière pirouette afin d’assurer leurs survies. Oui, elle se sentait comme eux. Et comme eux, elle se battrait pour vivre. Pour survivre. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle est là ce soir, pour trouver un moyen de se sortir du merdier dans lequel elle s’est fourrée. Pour trouver une nouvelle échappatoire. C’est Matthias qui lui a donné cette opportunité, qui l’a ‘persuadé’ de participer à cet événement, qui lui a demandé d’être ses yeux et ses oreilles. Sa mission ? Récupérer le plus d’informations possible sur ce nouvel ambassadeur, et accessoirement sur les gens composant son entourage. Alors Sixtine lisse un pli sur sa robe avant de s'élancer à la conquête de Vichy. Pourtant, son cœur s’emballe lorsqu’elle monte élégamment les escaliers conduisant à la grande porte. Un homme est posté là, vérifiant les identités de chacun, s’assurant minutieusement qu’aucun intrus ne s’infiltre pour gâcher la sublime fête donnée en l’honneur du nouvel ambassadeur. La main de la jeune femme se serre légèrement autour de ses papiers pour éviter à sa main de trembler, tandis que son visage affiche cette subtile assurance qui ne peut que tromper son interlocuteur. Il se contente de regarder rapidement le nom inscrit sur le carton avant de vérifier sa liste, hochant légèrement la tête avant de lui rendre le précieux sésame et de l’inviter d’un geste à entrer. Sixtine le remercie dans un sourire avant de rentrer, arrangeant légèrement sa robe longue et vérifiant dans le reflet d’un miroir que sa coiffure est toujours bien en place. Parfait. Elle peut maintenant entrer, et jouer son rôle.

Tout n’est que faste et représentation. Les hommes en uniformes composent une grande majorité de l’assemblée, sans compter les femmes accrochées à leurs bras qui – elles – semblent encore plus nombreuses. Un serveur passe à côté d’elle, lui permettant de se saisir habilement d’une coupe de champagne dans laquelle elle vint tremper ses lèvres. Pas mal. Visiblement Vichy savait où trouver un alcool d’une qualité passable pour ses petites célébrations. Mais elle n’avait pas le temps d’apprécier la qualité des boissons, elle n’était pas là pour ça. Alors, son regard vient s’égarer sur les individus présents dans la pièce, cherchant à mettre des noms sur des visages qu’il lui est arrivé de côtoyer auparavant. Elle soupire, reprend une gorgée de champagne avant de se mouvoir au milieu des groupes aussi discrètement que possible, s’intégrant à une conversation soporifique entre deux hommes proche de l’entourage paternel. Sixtine fait mine de se passionner pour leur sujet de conversation, opinant parfois, où lâchant un « Oui, en effet. » plus qu’appréciateur accompagné d'un regard intéressé. Bientôt pourtant, elle parvient à repérer le nouvel ambassadeur, attirant l’attention de la majorité des convives. Après tout, c’est bien lui le centre d’intérêt de cette fête. On vient voir à quoi ressemble le représentant de Vichy, si celui qu’on a choisi est un excellent représentant de la France. Et Sixtine devait bien admettre que cet homme avait un aspect agréable, et avenant. Ce qui ne pourrait faire de mal à personne.

Alors qu’elle s’apprête à prendre congé de ses soporifiques comparses, le gouverneur de Paris se décide à faire son apparition, bien décidé à faire profiter de son discours tout un chacun. Alors, tous se taisent pour l’écouter, Sixtine plongeant son nez dans sa coupe désormais quasiment vide. Elle doit trouver un moyen d’approcher l’ambassadeur, d’engager la conversation avec plus ou moins de subtilités. Les applaudissements l’arrachent à ses pensées, et alors qu’elle repose le cadavre de verre ornant sa main, elle s’en saisit d’un autre plein, et plus à son goût. Elle se mord légèrement la lèvre, repère Alexandre Reigner, avocat de sa connaissance et visiblement proche de Cabanel. Sixtine hésite avant de s’avancer au milieu des convives, faussement maladroite. Elle écoute, essaie de trouver un moyen avant qu’un homme ne recule et la pousse droit sur l’ambassadeur de Vichy. La coupe se renverse sur le bel habit, le liquide laissant une tâche fort peu discrète, tandis que la jeune femme se décide à jouer la carte de l’innocence.
- Seigneur. Monsieur l’ambassadeur, je suis tellement confuse. Dit-elle d'un ton hésitant, ses yeux reflétant une sorte de crainte qu'elle sait jouer aussi aisément que le rire, ou l'intérêt. Elle repose sa coupe - vide désormais - sur une table à côté d'eux.
- Je crains avoir ruiné votre tenue.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Lun 2 Nov - 16:34

Elsa considéra un court instant son reflet dans le miroir, avant de s'en détourner. Seule dans la salle réservée au personnel des réceptions de l'ambassade de Vichy, elle s'autorisa un très discret soupir, tandis que derrière les portes qui la dissimulaient encore aux yeux du gratin de la collaboration et des autorités allemandes, lui parvenaient des bribes de conversations. La chef de la Brigade, recherchée par la moitié des invités du soir,  n'aurait jamais dû se trouver à moins de plusieurs kilomètres là, elle en avait tout à fait conscience, et si elle avait eu le choix, nul doute qu'elle n'aurait pas pris tant de risques. Mais il avait fallu que Londres intervienne. C'est James, son contact au SOE qui lui avait donné rendez-vous quelques jours plus tôt, malgré la suspicion ambiante qui régnait dans les rangs de la résistance depuis le fiasco des Champs Elysées – et dont il n'était pas exempt, bien au contraire. Elsa s'y était rendue avec méfiance, et maintenant qu'elle sur le point de pénétrer dans la salle de réception de l'ambassade, si elle avait eu le temps de faire de l'ironie, sans doute aurait-elle songé qu'il aurait mieux valu ignorer cette rencontre qui, si elle s'était avérée ne pas être un quelconque piège, n'en risquait pas moins d'avoir des effets assez semblables. Et tout cela pour délivrer un message. James ignorait, quand il lui avait annoncé qu'elle devait faire passer une information à un dénommé Roland que ce que Londres réclamait, c'était que la jeune femme activement recherchée s'entretienne avec l'homme qui venait d'être nommé ambassadeur de Vichy à Paris. Et que Cabanel – puisque c'était bien de lui qu'il était question – serait impossible à voir discrètement dans la situation actuelle. Jusqu'à ce soir. De tous les moments où Elsa avait envisagé de lui parler, la réception, au milieu d'une foule d'autres invités (quand bien même les invités en question représentaient tous un danger potentiel) était celui qui s'était avéré le moins risqué. C'est dire si Londres avait des exigences irréalistes.

Une fois de plus, Elsa avait donc dû se procurer un uniforme pour se fondre parmi le personnel, un moyen d'entrer et de sortir, le tout alors que le souci de sécurité des diverses autorités frôlait la paranoïa. En d'autres circonstances, elle n'aurait peut-être pas pris le risque elle-même, et envoyé quelqu'un de moins reconnaissable. Mais les réseaux de résistance avaient leurs propres psychoses, et celle du traître n'était pas des moindres. Elsa était encore l'une des seules de son réseau et de ceux avec lesquels elle était en contact à savoir qu'Edouard Cabanel était un informateur de Londres, or ce n'était pas le moment de répandre la nouvelle. James lui-même l'ignorait, de même que le contenu exact du message qu'elle avait pu décoder, et qui prévenait l'ambassadeur de l'arrivée imminente d'une radio pour rétablir son contact avec Londres (et ainsi éviter aux autres de devoir faire passer les informations). En un mot, Elsa n'avait guère confiance qu'en elle-même, raison pour laquelle elle se trouvait là, vêtue comme l'une des femmes qui s'occupaient du service et du confort des invités, ses cheveux roux relevés dans un chignon vaguement dissimulés par une coiffe réglementaire. A première vue, elle ressemblait à une employée comme les autres. Une employée simplement très temporaire, et peu disposée à veiller au petit confort de l'assemblée.

Sans plus attendre, Elsa quitta la petite salle et alla enfin rejoindre la réception proprement dite. Froidement, elle considéra le vaste salon où l'on se servait en champagne et en petits fours comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle. Ce n'était pas la première fois qu'elle assistait à ce spectacle depuis le début de la guerre, mais derrière la froideur du regard qu'elle posait autour d'elle pour repérer Cabanel, la maigre jeune femme n'en jugeait pas moins avec mépris ce qu'elle avait sous les yeux. Un mépris distant, froid, mais réel pour ces mondains, coupes de champagne en main, qui se repaissaient de tout ce que la situation pouvait leur offrir. Quand bien même les événements du défilé hantaient les conversations, au même titre que les dernières nouvelles diverses et variées. Si elle s'était laissée aller à se poser des questions et à ressasser, Elsa aurait pu faire le constat amer que les morts qu'ils avaient laissés derrière eux sur les Champs Elysées pesaient bien plus sur ses épaules que sur les leurs. Mais après tout, les erreurs qu'ils avaient commis avec la bombe avait fourni un prétexte à tous ces collabos et Allemands pour poursuivre les arrestations, et renforcer toujours plus leur emprise sur la ville, on ne pouvait leur en vouloir plus que du reste. Et de toute façon, la jeune chef n'avait pas le temps de ressasser, ou de se laisser perturber par l'atmosphère en résumé répugnante de la soirée. Elle venait de repérer Cabanel. Et auprès de lui, une jeune femme blonde qui, en laissant échapper sa coupe de champagne, venait de lui fournir une occasion à ne pas manquer.

Sans laisser le temps à un autre de ses « collègues » de la soirée de réagir, Elsa fendit la foule pour rejoindre l'ambassadeur et sa compagne maladroite, mais terriblement utile. Tête baissée pour éviter de trop se montrer, elle ne la redressa qu'une fois arrivée à quelques pas de son objectif, afin de laisser le temps à Cabanel de la reconnaître.  
- Tout va bien, monsieur l'ambassadeur ?
Elle lui jeta un regard toujours aussi froid, mais appuyé, avant de se tourner vaguement vers la jeune femme blonde.
- Ne vous inquiétez pas, je m'en occupe, mademoiselle, lui lança-t-elle, pour revenir à Cabanel. Si vous voulez me suivre monsieur, je vais arranger ça.
Elsa aurait probablement fait une piètre employée de maison, mais elle n'avait pas le temps d'être plus mielleuse – elle n'en était d'ailleurs probablement pas capable – et préférait s'éloigner avant que l'incident n'attire l'attention sur l'ambassadeur, et donc sur elle. Sans ajouter quoi que ce soit pour l'instant, elle fit quelques pas pour l'entraîner près de la sortie, où elle saisit un chiffon qu'elle avait repéré, abandonné sur un plateau. Elle se retourna vers lui et, faisant mine de constater les dégâts – réels – sur sa chemise, elle lui glissa :
- Je dois vous parler, dans un endroit discret, j'ai un message pour vous. Puis un peu plus haut, elle ajouta : je suis désolée, je crois qu'il va falloir changer votre chemise...
C'étaient là beaucoup de mots, et de faux-semblants pour la jeune femme qui n'avait que difficilement et vaguement quitté sa froideur habituelle. Et tandis qu'elle lançait un regard autour d'eux pour vérifier que personne ne suspectait quoi que ce soit, ou ne les dévisageait avec trop d'insistance, Elsa songea que l'ambassadeur avait intérêt à retrouver un moyen de communiquer par lui-même avec Londres, et vite. Elle ne pouvait pas se permettre ce genre de sorties et faire chaque fois le pari que tout se passerait bien.

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Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Lun 16 Nov - 19:36

La première demie-heure de cette petite sauterie formelle n'avait été qu'un va et vient de robes et de costumes, rivalisant d'élégance et d'un m'as-tu-vu qui frôlait parfois le narcissisme chronique. Les plus atteintes de cette maladie beaucoup trop courante dans les mondanités étaient sans conteste les femmes, chez qui les symptômes étaient facilement identifiables. Mais les hommes n'étaient pas épargnés pour autant et, à défaut de se parer de bijoux et autres pierreries, ils se promenaient avec leur trophée, comme un grand seigneur ajouterait une énième princesse russe à son tableau de chasse Un spécimen rare venait d'entrer dans le champ de vision de l'ambassadrice qui, réfugiée près du buffet pour discuter avec deux de ses connaissances qui l'avaient kidnappée dès son arrivée -et, il est vrai, profiter des petits fours- observait le groupe des convives se densifier en une foule bavarde avide de ragots comme autant de poussins piaillant après leur pitance.
Madeleine Cabanel.
Rien que l'évocation mentale de ce nom la fit sourire intérieurement. Une femme avec laquelle Klara Jaeger ne s'entendrait peut être pas, mais dont l'Ambassadrice s'accommoderait bien. Après tout, on ne lui demandait pas de prouver sa verbe ou de faire redescendre sur terre les esprits un peu trop prétentieux mais de sourire, d'être avenante et charmante, intelligente mais pas trop, bon public aux traits d'esprits et bonne cavalière. La femme parfaite en somme !
A ses débuts ça n'avait pas été simple pour elle qui avait espéré quitter le carcan étouffant du socialement correct en se lançant dans des études et en renonçant à des fiançailles arrangées pour aller courir l'Allemagne et ses merveilles avec Hans. Même si elle ne l'avouerait jamais, il lui avait été difficile d'effectuer ce retour en arrière, de renoncer officieusement à ses acquis, mais ayant pris le serment du mariage très au sérieux, elle faisait tout pour aider son époux à faire de ses ambitions des réalités, à défaut d'assouvir ses propres frustrations personnelles. Alors oui, elle afficha un sourire accueillant, artifice maitrisé depuis des lustres, en voyant la nouvelle ambassadrice de Vichy s'introduire dans son cercle de conversation pour tenter de se faire des amies à sa nouvelle "hauteur". C'était bien une chose qui lui rappelait le monde militaire, cette notion de grade, de classe, voire parfois même de caste. Et cette sensation de n'être qu'une breloque que chacun ajoutait à la chaine de ses trophées sociaux n'avait rien de plaisante. En apparence très disposée à se sociabiliser avec n'importe qui (ou presque), Klara avait cependant gardé de son père cette tendance à se mettre en retrait et de sa mère, à dominer la scène en silence comme un hibou, muet pas très attentif au moindre petit bruissement depuis sa branche. Du buffet, elle avait d'ailleurs l'un des meilleurs points de vue possible. Après tout, pour attraper quelqu'un, il suffit d'attendre qu'il passe par la case "nourriture". Acquiesçant à chaque parole de la nouvelle ambassadrice avec une expression attentive, elle un verre à ses lèvres comme pour justifier son manque de volubilité. C'est pourtant avec un léger soulagement que la blonde accueillit le discours de Langerfeld, qui fit taire son interlocutrice soudain légèrement grisée par son nouveau statut. Mais la paix ne dura pas, et Klara eu soudain l'envie de d'être l'une des cucurbitacées qui ornaient le buffet. Après tout, elles n'étaient pas forcées de faire la conversation, elles, et même si finir mangée était une fin peu enviable, elles allaient servir la bonne cause de l'amitié franco-allemande !
La comparaison manqua de la faire rire, mais bridant son naturel, elle allait s'esquiver quand tous les regards se braquèrent vers Cabanel.


On venait vraisemblablement de l'arroser de champagne. Charmant baptême pour un homme qui devait faire bonne impression, et dont la promotion n'était rien de moins que le sujet de cette réception. D'un regard différent, incisif cette fois-ci, elle observa longuement la jeune blonde maladroite auteure de ce trouble. Son avis sur le caractère accidentel de la chose restait partagé, mais cela ne la concernait pas outre mesure. Non, ce qui la fâchait c'est qu'une coupe de champagne se dresse en travers du chemin d'Herr Jaeger. N'a t-on jamais vu plus ridicule comme moyen de faire échouer un projet de bonne entente entre hauts placés ?
Effleurant l'avant-bras de Madeleine Cabanel, la franco-allemande lui suggéra de rejoindre son mari, qui devrait certainement avoir besoin d'aide. A vrai dire, elle se doutait qu'il pourrait se débrouiller avec l'aide de la domestique, mais mieux valait que sa femme saute sur l'occasion pour montrer son implication auprès de son époux. Ça donne l'image d'un couple soudé, c'est une des choses que les gens aiment voir en politique, et Dieu sait comme les apparences sont primordiales dans un domaine aussi périlleux.

Abandonnant là ses interlocutrices, elle alla rejoindre Hans, se déplaçant avec aisance parmi les convives, afin de s'enquérir innocemment de l'avancée de ses manœuvres.


3]Quelle charmante soirée vraiment. Les petits fours sont exquis, ils méritent vraiment le détour. Pour ce qui est de Monsieur Cabanel, j'espère qu'il ne sera pas retenu trop longtemps par ce petit incident. Ce serait dommage de nous voir retirer ainsi l’épicentre de cette soirée." glissa t-elle d'un ton impersonnel pour masquer l'intérêt réel qui existait derrière ces propos triviaux.


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Edouard Cabanel
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Dim 29 Nov - 22:08

Quand Edouard Cabanel avait pensé que les ennuis ne faisaient que commencer, il ne se doutait pas alors qu'il avait complètement raison. À croire que depuis le début de la soirée, le destin s'acharnait contre lui – alors que franchement, lui, il ne lui avait rien fait de mal. A bien y réfléchir, les problèmes avaient commencé bien plus tôt, en réalité. Avant même sa nomination au poste d'ambassadeur, avant même qu'il ne soit envoyé à Paris ou à Londres par le maréchal à Vichy. Non, tout avait commencé à aller de travers quand ces fichus Teutons avaient trouvé le moyen de franchir les Ardennes – à la stupéfaction de quelques chefs d'état-major, le reste du monde s'en doutait. Du coup, il se retrouvait là à essayer de parvenir à la meilleure occupation possible et à n'irriter aucune susceptibilité, fut-elle seulement musicale. Du moins, il faisait de son mieux depuis qu'il s'avérait que faire un choix de pianiste était aussi compliqué pour ses services de l'ambassade que de rétablir l'ordre à Paris. Fort heureusement, Alexandre Reigner était parti sauver la situation – non qu'Edouard le considérait comme le genre de types héroïques et courageux qui vont sauver les innocents (même si les types héroïques et courageux ne faisaient pas que les sauver dans la résistance), mais parce qu'au moins, Alex avait l'habitude de rétablir les situations désespérées. Restait à espérer que ce cher Legenfeld (ou quel que soit son nom) aime autant les pots de vins que les députés de la Troisième République.

Mais avant même que ce problème fut réglé, un deuxième se présenta à Cabanel avec une soudaineté qui ne lui permit pas de s'échapper. Une bousculade projeta vers lui une jeune femme blonde dont la coupe se renversa sur sa belle chemise bien blanche et impeccable. Par Osiris et tous les dieux ! Pouvait-on être aussi gauche ? Ce costume lui avait coûté un bras et une journée entière à supporter d'entendre Madeleine, sa chère et tendre épouse faire des commentaires sur sa coupe (et sur le fait qu'il avait perdu de la forme à force de ne plus aller faire de la musculation dans les salles thermales de Vichy).
- Seigneur. Monsieur l'ambassadeur, je suis tellement confuse, s'exclama la jeune maladroite.
- Pas autant que moi, grommela-t-il, en reconnaissant les traits du visage de la jeune femme, qui n'était autre que celle qui travaillait pour Vichy en récoltant des informations.
Si les espions de Vichy qui devaient lui faire un rapport étaient aussi doués au point de gâcher la tenue de ceux pour qui ils étaient censés travailler, ils n'étaient pas sortis de l'auberge – et lui en premier lieu.
- Je crains avoir ruiné votre tenue.
Edouard lui adressa un regard noir entre le « non, vous croyez ? » et le « vous ne perdez rien pour attendre » et sans réfléchir, il emboîta le pas à une jeune serveuse à laquelle il jeta à peine un regard – ce qui était dommage, il aurait peut-être hésité à lui faire une confiance aveugle pour les questions de tâches sur un costume. Sixtine Deschamps avait intérêt à être toujours là à son retour, il avait deux mots à lui dire ! Il espérait qu'au moins, après un tel exploit, elle irait laisser traîner ses oreilles du côté du gouverneur ou de Félix Aurèle (pour la conservation duquel il ne se passionnait pas, certes, mais toute information pouvant se retourner contre lui était bonne à prendre).

Au lieu de le diriger vers les cuisines ou vers son bureau où il pourrait trouver une autre chemise, la petite serveuse un peu plus réactive que les espions de Vichy (Edouard avait toujours su qu'il valait mieux faire confiance aux employés de maison pour avoir l'esprit vif) l'entraîna vers la sortie en s'armant d'un chiffon qui allait s'avérer bien utile pour enlever du champagne d'une chemise blanche, ce qui le laissa perplexe. Il allait protester quand elle se retourna – soit disant pour examiner de plus près la tâche – et dévoila son visage. Ce qui fit faire un bond en arrière fort peu discret à l'ambassadeur.
- Vous.. Mais...
- Je dois vous parler, dans un endroit discret, j'ai un message pour vous.. Je suis désolée, je crois qu'il va falloir changer votre chemise..., déclara Elsa Auray, qu'Edouard n'avait jamais entendu faire une aussi longue phrase.
- Vous n'êtes pas bien, se contenta-t-il de répliquer à mi-voix, d'un ton furieux, qu'est-ce que vous fabriquez ici, je ne vais pas pouvoir vous sauver la mise à chaque fois ! Les hommes comme vous, on les décore, mais à titre posthume... Enfin, les femmes comme vous, rectifia-t-il.
Il crut surprendre un regard surpris d'une femme du service qui devait se demander pourquoi l'ambassadeur faisait la causette à une serveuse habillée comme elle. Comme Edouard tenait à sa réputation, il finit par lui dire, plus haut, de la suivre et il se dirigea à grands pas vers son bureau, la résistante dans son sillage.

Les couloirs de l'ambassade étaient vides, tout le monde était rassemblé dans les salles de réception. Mais Cabanel resta muet jusqu'à ce qu'ils arrivèrent dans son bureau, dont la petite ampoule du plafond éclairait de manière lugubre les statuettes égyptiennes qui recouvraient les étagères et les meubles.
- Et bien, on peut dire que vous vous êtes fait remarquer lors du défilé des Champs-Elysées, grogna Edouard en ôtant d'un geste brusque sa veste puis en s'acharnant sur les boutons de sa chemise, vous m'avez mis dans une de ces situations... Moi, ambassadeur ? J'espère qu'au moins, à Londres, ils sont contents, parce que je vais vous dire, moi, ça ne me réjouit pas plus que cela. Surtout quand on m'ôte ma radio en même temps... Il faudra qu'on trouve un autre protocole pour pouvoir se rencontrer mais...
Il finit par s'interrompre en croisant le regard noir d'Elsa Auray et préféra se taire en songeant qu'après tout, elle avait déjà abattu un homme de sang-froid juste devant ses yeux. Elle n'avait sans doute pas d'armes mais il y avait tout plein de statuettes contondantes non loin.
De toute façon, si Elsa Auray était là pour lui, ce n'était certainement pas pour papoter joyeusement, et il valait mieux qu'elle lui transmette ce message avant que quiconque ne débarque dans ce bureau pour prendre de ses nouvelles – surtout une femme d'ambassadeur agacée de son absence qui se trouvait être sa propre femme. En tout cas, quelque chose disait à Edouard que ses affaires n'allaient pas s'arranger.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Ven 4 Déc - 2:30


Bravo à Sixtine Deschamps qui a réussi le premier défi !

Mais saurez-vous remplir celui qui suit ?

Le premier qui...
Parle de vaches et d'agriculture avec notre journaliste (hum) préféré, Jean-Pierre Puerno (pnj) !

Dès que le défi est relevé, un pnj viendra en lancer un nouveau gnihi ! Bon courage !

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Ven 4 Déc - 15:15

Le fait qu'Eddy sembla sincèrement ravi de le voir débarquer (et au regard des gens dont il était entouré, on ne pouvait l'en blâmer) acheva de convaincre Alexandre que ce n'était ni le jour, ni le lieu de passer aux aveux. De mauvaises langues auraient pu y voir une nouvelle preuve de lâcheté, mais il fallait bien que le talent de l'avocat réputé pour embobiner ses interlocuteurs puisse aussi lui servir sur sa propre conscience – même vaguement. Il se contenta donc de rendre un sourire franc à Eddy et de lui parler petits fours, puisque c'était là la conversation la moins risquée que l'on pouvait avoir dans les circonstances actuelles.
- Reigner ! s'exclama l'ambassadeur, merci d'être venu fêter ma promotion. Les petits fours sont bons ? Je n'ai évidemment pas pu les goûter, nous sommes définitivement les plus mal lotis avec monsieur Jaeger. Vous vous connaissez déjà ?
- Nous avons eu l'occasion de nous croiser... répondit vaguement Alexandre après avoir salué le Jaeger en question et la demoiselle qui l'accompagnait, qui devait être sa secrétaire (décidément, ce poste attirait les jolies jeunes femmes, Alex en avait une bonne expérience, lui qui s'attirait presque systématiquement les faveurs des secrétaires d'Eddy avant la guerre – ou plutôt, c'étaient elles qui lui tombaient dans les bras, évidemment). En tout cas, je confirme, c'est une honte qu'on ne vous serve pas les petits fours en priorité... c'est ce qu'il y a de plus sympathique ce soir, ajouta-t-il à voix plus basse, alors que le silence se faisait pour accueillir le nouveau gouverneur de Paris.
Gerhardt Lengefeld était un homme à l'air tout à fait charmant (non), à tel point que Reigner estima qu'il avait la tête de l'emploi de celui qui enfermait des civils au hasard pour punir les attentats manqués de quelques résistants inconséquents. Cette première impression très favorable se confirma dès l'instant où il ouvrit la bouche pour prononcer un petit discours qui laissa à l'avocat un arrière-goût amer qui le poussa à se détourner un instant de son meilleur ami. Voilà qui faisait beaucoup de menaces sur la tête de Cabanel, et ce Lengefeld ne lui disait rien qui vaille.
- Voilà qui a le mérite de ne pas être abscons, on ne dit jamais rien pour rien, ça veut toujours dire quelque chose, murmura d'ailleurs Edouard à l'intention de son ami, crois-tu que je dois fuir en courant ?
- T'ai-je fait mes plus sincères condoléances pour ton nouveau poste ? répliqua Alex sur le même ton. Si tu as une petite grotte où te retirer, c'est le moment.

Tout en songeant que ce n'était pas que de l'ironie, il serra un court instant l'épaule d'Eddy, dans un signe d'encouragement sincère, avant de s'intéresser de nouveau à Hans, et à sa secrétaire vers laquelle il se pencha pour faire plus ample connaissance, et lui demander ce qu'elle pensait de la fête, et de la belle capitale parisienne (conversation de circonstances, mais comme toutes les conversations de la soirée, probablement, il laissait au nouvel ambassadeur le soin d'aborder les sujets fâcheux avec son homologue, lui-même avait assez de problèmes pour se mêler en plus ouvertement de politique). Ce fut l'instant que choisit un jeune pianiste pour se faire remarquer et, comme bon nombre des invités, Alex leva prestement la tête vers lui lorsque se mirent à résonner quelques notes de piano un peu trop... pas assez... disons un peu déplacées pour une soirée où se mêlait le gratin de la collaboration et des forces d'occupation.
- Hum... Reigner ? Voudrais-tu aller stopper ce jeune pianiste, je crains qu'il n'ait commencé à jouer trop tôt, nous avions encore quelques discours prévus... lança Eddy dans la direction d'Alex, qui fronça les sourcils.
- Pourquoi veux-tu...
- S'il te plaît, le coupa son ami, allez fonce, Alphonse !
Alex soupira, marmonna que c'était bien parce qu'il le lui demandait, comme s'il était du genre à aller sauver les pianistes en détresse, mais il finit par prendre congé de Franziska Becker pour se porter au secours du jeune inconscient. Il abattit brusquement la main sur l'épaule de ce dernier, qui en sursauta vivement au-dessus de son piano tandis que Reigner se penchait pour lui parler.
- Où est-ce que vous vous croyez, jeune homme ? Vous avez oublié votre Wagner ? Les hommes comme vous, on les décore, mais à titre posthume, et encore je n'en suis pas sûr, lui glissa-t-il à mi-voix, avant de se redresser pour reprendre plus haut. Désolé, vous avez pris un peu d'avance, nous avons encore quelques discours à écouter, notamment...
Tout en parlant, l'avocat avait promené son regard sur l'assemblée, dont certains des membres s'étaient tournés vers lui lorsque la musique s'était interrompue. Manquait juste celui qu'il lui fallait. Ou plutôt, il manquerait bientôt, car alors qu'il cherchait le regard d'Edouard pour lui laisser la parole, Alex le vit aux prises avec Sixtine (dont il ignorait la présence ici), une coupe de champagne et une domestique qui l'entraîna à sa suite. Évidemment.
- … notamment mademoiselle Bauer, qui nous fait l'honneur d'être là ! Mademoiselle, j'espère que vous allez nous faire le plaisir de pousser un peu la chansonnette !
Alex adressa un sourire tout à fait charmeur à la jeune chanteuse (dont il ne se souvenait plus les chansons, mais peut importait) avant de s'éclipser avec art du centre de l'attention, puisque dans la salle, on approuvait sa proposition.

Un verre de vin. Il méritait bien un verre de vin. Et c'est d'un pas ferme qu'il se dirigea vers le buffet, tout en regardant dans la direction où avait disparu Cabanel (qui allait lui payer cet instant de solitude à coups de pintes au Caribou, foi de Reigner !) … jusqu'à ce qu'une silhouette ne se mette en travers de son chemin.
- Bon sang, mais regardez un peu où vous foutez les pieds, abruti ! gronda-t-il avant de lever la tête.
Mauvaise manoeuvre. Il aurait dû lever la tête avant, car lorsqu'il le fit, il se rendit compte que c'était  Lengefeld lui-même qu'il venait de heurter, et qui posait sur lui un regard outré.
- Ah, général... c'est qu'on ne sait plus où l'on met les pieds ce soir, cette petite soirée a trop de succès, n'est-ce pas ? Oh, je dois vous le dire : impressionnant ce discours, cours mais clair et concis, comme il devrait toujours l'être !
Là-dessus, il le salua et s'éclipsa à nouveau sans laisser le temps au général effarouché de lui rétorquer quoi que ce soit. Il avait définitivement besoin d'un verre de vin. Heureusement, le buffet ne se trouvait plus très loin, et auprès de lui, l'attendait une rencontre moins désagréable. En effet, Alex avisa Sixtine Deschamps, enfin un visage ami !
- Bravo très chère, je vois que tu fais des exploits... La chemise de Cabanel ne te plaisait pas ? lança-t-il avec humour.
Il aurait volontiers continué à plaisanter avec celle avec qui il avait longtemps flirté, quelques années auparavant, mais un autre regard familier croisa le sien... Et maintenant qu'ils s'étaient vus, Reigner ne pouvait décemment plus éviter Klara Jaeger, qui se dirigeait vers eux. Il s'arma donc de tout son flegme et d'une affabilité distante qu'il maîtrisait à la perfection pour la saluer.
- Madame l'ambassadeur, moi qui disais justement à ton mari que j'espérais te croiser... Est-ce que tu connais mon amie, mademoiselle Deschamps ? ajouta-t-il en se tourna vers Sixtine, sans avoir la moindre idée qu'il pouvait peut-être compromettre son identité. Que pensez-vous de la soirée, toutes les deux ? Pour ma part, je trouve qu'on manque de vin, même si le discours de notre cher gouverneur m'aurait presque fait passer l'envie de boire...
C'était dire à quel point Alex passait une soirée... fort peu réussie.

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Quand on n'espère plus, c'est alors qu'on ne doit pas désespérer.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Mer 9 Déc - 17:29

Alexandre Reigner. En voila un spécimen qu'elle n'avait pas recroisé depuis ce qui lui semblait être des siècles ! A cet instant, Klara Jaeger se sentait comme le Capitaine Achab, les cheveux aux vents, à la tête d'un navire tourmenté par les embruns, debout sur le pont, à la poursuite d'une Moby Dick aux apparitions presque légendaires. Son imagination allait loin, certes, mais il avait bien fallu qu'elle le harponne du regard pour obtenir des salutations de sa part. Enfin ! Enfin elle arrivait à le coincer dans une de ces soirées mondaines qu'il désertait alors qu'elle espérait l'y trouver. Drôle de façon de prouver son amitié tout de même que de fuir quelqu'un comme on fuirait un pestiféré. En l’occurrence, c'était elle la pestiférée et notre Achab au féminin n'était pas dupe de ces formules de politesse. Quand bien même Reigner se montrait parfaitement naturel, après tout c'est bien un truc d'avocat que de feindre non ? Rien ne lui prouvait qu'il était sincère. Elle savait qu'il l'avait esquivée tant que faire ce peu, et c'était assez déroutant.


"Qui vois-je ? Ce cher Maitre Reigner ! J'ai l'impression que nos routes ne se sont pas croisées depuis des décennies. C'est amusant comme le hasard nous joue des tours parfois, n'est-ce pas ?"


Contenant l'ironie dont elle avait envie de faire preuve, Frau Jaeger posa le regard sur la jeune femme qui accompagnait le loup du barreau, et profita du passage d'un serveur pour attraper délicatement un verre au vol et le lui tendre avec courtoisie.

"Tenez Mademoiselle, il me semble que vous n'avez plus de boisson. Enchantée de faire votre connaissance !"


Elle était jolie fille, des traits harmonieux, et n'avait pas l'air d'une idiote. A retenir : Mademoiselle Deschamps. Il ne lui manquait plus qu'à poser un prénom sur ce visage et elle saurait qui avait eu la maladresse (ou l'audace suicidaire) d'arroser le nouveau préposé à l'ambassade vichyssoise. Mais mieux valait ne pas remuer le couteau dans la plaie publiquement, ce serait paraitre impolie.


"Vous ne mesurez pas votre chance, Mademoiselle Deschamps. Cet homme est plus difficile à croiser qu'une licorne. Au fait, Maitre Reigner, puisque vous semblez être lésé sur les petits fours ... et si vous m'accompagniez pour pouvoir y gouter ? Je vous présenterais à des connaissances tout à fait charmantes."


S'il avait encore quelques souvenirs de son homologue, Alexandre devait savoir que derrière ce ton plaisantin, Klara ne lui laissait pas vraiment le choix. Et mieux valait ne pas refuser, après tout, ils étaient en public et la compagnie de tout ce beau monde était autant de restrictions de conduite pour le français dont se jouait l'allemande avec délectation. Elle, lui en vouloir ? Pas encore, enfin, s'il refusait, elle le lui ferait regretter. Après tout il ne pouvait pas fuir un dialogue qui semblait être devenu une confrontation. Pourquoi l'évitait-il d'ailleurs ? Aucune idée ne pouvait éclairer sa lanterne à ce sujet. En attendant, il avait fortement intérêt à bien se défendre, parce que l'air de rien, elle affutait déjà ses paroles, prête à dégainer au premier faux pas. On ne l'abandonnait pas ainsi, pas comme ça, ami, père ou qui que ce soit, personne n'avait le droit de partir et de la laisser seule. Mais, intimement, elle se fiait à la capacité de l'avocat à retomber sur ses pattes, qui était assez drôle à voir et entendre, et espérait qu'il ne se soit pas ramolli sur ce plan là depuis son propre départ au pays du Reichstag. Ce serait au moins distrayant de le voir se dépatouiller pour chercher une explication tangible, car au fond, elle savait que malgré sa vexation, elle aurait du mal à se montrer fâchée avec lui.


Mais avant de juger s'il méritait d'être pardonné ou non, elle l'attrapa discrètement par le bras et se dirigea vers le buffet, profitant de s'être éloigné de ses autres interlocuteurs pour parler de ce qui la taraudait réellement.


"Sais-tu que certain disent que la licorne fut créée par sorcellerie pour permettre aux preux chevaliers de se combattre en tournoi les mains dans les poches ? demanda t-elle avant de reprendre plus sérieusement. Je suppose que tu avais un agenda chargé pour que nous ne nous soyons pas croisés jusqu'aujourd'hui."


Dernière édition par Klara Jaeger le Dim 8 Mai - 15:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Mar 22 Déc - 21:03

Malgré tout ce que son attitude pouvait laisser transparaître d'indifférence, Elsa n'était pas à l'aise. Elle ne l'était jamais totalement dans ce genre de situation. Outre le danger d'être reconnue à tout moment par l'un des officiers allemands qui profitaient de la soirée (quand ils ne la surveillaient pas), ou par n'importe lequel des invités capables de se rappeler un visage aperçu sur une affiche, elle n'aimait pas ces moments où il lui fallait se faire passer pour une autre. La jeune résistante savait raser les murs, presque disparaître à la vue des passants, elle ne s'émouvait pas d'abattre un homme de sang froid, ou de faire dérailler un train. Mais se couler dans la peau d'une domestique, répondre aux invités qui l'interpellaient, hausser le ton pour prétendre qu'elle allait s'occuper de la chemise de l'ambassadeur – bref tout ce qui devait la forcer à sortir de sa froideur ordinaire était une difficulté avec laquelle elle devait se débattre. Comme si elle avait oublié comment se comportait une personne banale. Peut-être était-ce la raison pour laquelle, ce soir, une nervosité invisible aux yeux des autres, mais bien réelle, s'était emparée d'elle. En plus de l'idée qu'un traître pouvait avoir eu vent de sa présence à l'ambassade ce soir, quand bien même elle était restée discrète vis-à-vis des membres de la Brigade sur le sujet. Et de celle que les invités du soir faisaient la fête sur les cadavres d'une dizaine de civils dont elle était, en grande partie au moins, responsable et qu'elle devait tacher d'oublier, au moins le temps de sortir de là. Non, définitivement, Elsa n'était pas à sa place ce soir, et elle n'en sentait qu'avec plus d'acuité les regards qui s'arrêtaient parfois sur elle comme sur les autres domestiques, prête à prendre la fuite à la moindre alerte, dans un exercice de méfiance épuisant.

Il n'était donc pas tout à fait judicieux de la part d'Edouard Cabanel, quand bien même il n'avait pas conscience de tout cela, de se faire prier. Aussi s'attira-t-il un regard noir tout à fait éloquent lorsqu'il s'exclama à mi-voix :
- Vous n'êtes pas bien, qu'est-ce que vous fabriquez ici, je ne vais pas pouvoir vous sauver la mise à chaque fois ! Les hommes comme vous, on les décore, mais à titre posthume... Enfin, les femmes comme vous.
Elsa n'avait ni le temps, ni l'intention de se faire gronder par l'ambassadeur de Vichy lui-même, tout contact de Londres fut-il – heureusement l'ambassadeur en question eut la présence d'esprit de cesser, et de l'inviter à voix haute à le suivre. Il était temps de quitter cette fosse aux lions, aussi hocha-t-elle la tête sans répondre avant de lui emboîter le pas en direction de ce qui devait être son bureau. La chef de la Brigade se détendit imperceptiblement en constatant qu'ils ne parcouraient plus que des couloirs vides, qui étouffaient peu à peu les bruits de la fête. Et tandis qu'elle s'attachait à noter mentalement un vague plan des pièces qu'ils croisaient, ses traits purent enfin reprendre le masque de froideur dont elle s'était un moment vaguement débarrassée. À l'entrée du bureau de Cabanel, une fois la porte refermée derrière eux, elle eut un instant d'arrêt. Baignées d'une lumière artificielle presque sinistre, des dizaines de statuettes la dévisageaient. De tailles diverses, ces corps parfois surmontés de têtes animales, le regard étrangement fixe semblaient positionnés juste de façon à impressionner les visiteurs. Elsa, qui ignorait la passion de l'ambassadeur pour les statuettes égyptiennes, les balaya du regard avec perplexité en songeant que Cabanel était définitivement un type étonnant... au bas mot.

Bravant avec froideur ces regards qui pour n'être pas vivants n'en devaient pas moins finir par être oppressants à la longue, elle fit quelques pas dans la pièce dont elle repéra rapidement les quatre coins, les autres issues, et les fenêtres. L'ambassadeur, pendant ce temps, s'était brusquement débarrassé de sa veste et tentait vainement de défaire les boutons de sa chemise effectivement ruinée par le champagne.
- Et bien, on peut dire que vous vous êtes fait remarquer lors du défilé des Champs-Elysées, marmonnait-il tout en s'agitant, s'attirant un coup d'oeil peu amène, vous m'avez mis dans une de ces situations... Moi, ambassadeur ? J'espère qu'au moins, à Londres, ils sont contents, parce que je vais vous dire, moi, ça ne me réjouit pas plus que cela. Surtout quand on m'ôte ma radio en même temps... Il faudra qu'on trouve un autre protocole pour pouvoir se rencontrer mais...
Elsa le dévisageait à nouveau, l'air toujours aussi glacial. Il avait l'air nerveux, lui aussi, avec sa chemise déboutonnée et son air contrarié. On ne pouvait l'en blâmer, et si la jeune femme avait été d'humeur à compatir ou à se demander avec quelle sincérité il exerçait à la fois ses fonctions d'officiel et son rôle d'informateur pour Londres, elle n'aurait pas manqué de noter à quel point sa situation devait être intenable. Elle qui avait du mal à se faire passer pour une simple domestique le temps d'une soirée ne pouvait probablement imaginer ce qu'il en était de l'ambassadeur de Vichy à Paris. Mais ils n'avaient pas de temps pour cela, et puisque Cabanel s'était enfin interrompu, elle prit la parole à son tour, sans se troubler du fait qu'il soit entrain de se changer.

- J'ai un message de Londres pour vous, déclara-t-elle en s'approchant de la fenêtre la plus proche pour jeter un œil à l'extérieur. Ils vous envoient bientôt une nouvelle radio.
Elle s'interrompit un instant pour observer la patrouille de soldats allemands qui passait à l'extérieur et jeter un regard à l'horloge sur le bureau, coincée entre deux silhouettes élancées, l'une d'un chat qui semblait couronné, l'autre d'une femme à tête de vache. Généralement, les Allemands faisaient des tours d'une heure, mais vu la situation, ils avaient probablement augmenté le rythme. Elle estima qu'il fallait qu'elle soit sortie de là avant la prochaine demi-heure.
- Quelqu'un sera parachuté dans deux ou trois jours, reprit-elle en se tournant à nouveau vers l'ambassadeur qui lui faisait face, sans chemise. La date sera confirmée à la radio. Quand vous entendrez « le chat a neuf vies » c'est que le parachutage est prévu pour le lendemain, pendant la nuit, au croisement de la rue des apprentis et du chemin de Limon à Igny.
Elle délaissa la fenêtre pour s'approcher d'une carte accrochée au mur, et y designer un point, sans s'arrêter sur l'incongruité de ces messages ridicules dans sa bouche, elle qui ne parlait si peu.
- Le message sera répété le lendemain matin, et le soir. Sinon, c'est annulé. Lettre de balisage : A, un signal court puis un long avec une lampe torche. Elle s'arrêta un instant, comme pour faire une pause après cette longue tirade. Est-ce que vous avez compris ? Je ne pourrai pas vous refaire passer de messager d'ici-là.
Et c'était tout ce qu'elle pouvait lui dire – ce qui était déjà beaucoup. Maintenant, il fallait qu'elle sorte de cette ambassade avant de cesser d'avoir de la chance.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Mar 22 Déc - 22:16

D'aussi loin qu'il se souvienne, Hans avait toujours adoré ce genre de mondanités. Chez ses parents déjà, quand ils organisaient de fastueuses soirées où dames en robes longues se mêlaient aux hommes en smoking et que leurs rires résonnaient alors que les flûtes pleines  s'entrechoquaient dans une douce musique. Et ce soir, il était de ceux qu'il avait tant admirés durant son enfance, de ceux dont il voulait faire partie coûte que coûte. Il était arrivé au sommet, presque en tout cas et il n'était pas loin de toucher au but. L'homme qui était près de lui pouvait l'aider à atteindre cet objectif s'il s'y prenait bien et c'est bien ce qu'il comptait faire.

"Vous avez déjà les clés pour faire de vous un excellent ambassadeur mon cher, surtout dans ce genre de soirée. Ne perdez jamais le serveur des yeux, il pourra parfois vous sauver lorsque la situation devient critique."

Levant son verre dans sa direction, l'allemand l'écouta avec attention, hochant la tête et se faisant un brin plus sérieux.

"L'amitié franco-allemande. Une histoire sans fin qui mérite que cent fois sur le métier nous remettions notre ouvrage. Mais c'est un sacerdoce qui me tient à cœur depuis des années déjà. J'aime Paris et je tiens à ce qu'elle reste telle qu'elle est."

La grandeur allemande en plus, cela allait sans dire. Les français étaient certes attachants et leur culture était d'une rare finesse mais ils étaient intenables et prenaient trop de risques pour que Hans songe à leur laisser la bride au cou. Profitant de l'arrivée de Franziska pour faire les présentations, Jaeger se fendit d'un rire à la réaction du français.

"Cette jeune perle est unique Edouard. Et je me garderais bien de la partager. Mais ma femme étant pour partie française, je ne saurais être totalement objectif quant à l'endroit où l'on trouve les plus belles, aussi séduisante que soit mon assistante."

Adressant un clin d'œil en direction de la jeune femme, il reprit, toujours d'un ton aussi léger.

"Et bien entendu, vous pouvez m'appeler Hans, cela va sans dire."

Avant qu'il n'ait le temps d'ajouter quoi que ce soit, une nouveau venu fit son apparition. Son sourire s'accentua alors qu'il reconnaissait Reigner. Dire qu'il n'appréciait guère cet homme était un euphémisme parfait pour le peu de goût qu'il avait à se trouver en sa compagnie. Pour autant, Reigner semblait vouloir être de toutes les soirées importantes et l'éviter relevait de la gageure.

"Monsieur Reigner. Le plaisir est bien évidemment partagé. Mon épouse ne doit pas être loin, je suis étonné qu'elle ait échappé à votre regard acéré."

Et ravi aussi, il fallait être honnête. Si Hans s'efforçait de ne pas être jaloux, il avait tout de même du mal avec celle qu'il considérait comme un véritable joyau. Tournant les yeux, il la chercha du regard quelques instants avant de reporter son attention sur ses interlocuteurs. Après tout Cabanel était celui qui l'intéressait le plus et il ne comptait pas manquer l'occasion de savoir de quel bois était fait son nouvel homologue. C'était sans compter le discours du général Lengefeld qui les empêcha, une fois de plus, de reprendre leur conversation.

Levant les yeux au ciel en direction de sa secrétaire, Hans reporta tout de même son attention sur son homologue français quand il l'interrogea à propos du général. Il laissa filer un silence avant de souffler, non sans malice.

"Je vous laisserais vous faire votre idée de notre nouvel ami. Une nomination à Paris peut paraitre un cadeau du ciel pour certains comme une véritable corvée pour d'autres. Il vous sera utile de deviner qui se classe dans quelle catégorie avant de chercher à négocier."

Au reste des propos du français, il fronça les sourcils, se penchant à son tour, intrigué. Il n'eut pas le temps de répondre quoi que ce soit que le pianiste commençait à faire des siennes. Après l'avoir remercié intérieurement d'éloigner Reigner, l'allemand se contenta de souffler, à mi-voix et l'air le plus naturel du monde.

"Tout peut se discuter. Je ne suis pas quelqu'un d'hermétique, surtout si les arguments en valent la peine."

Pas le temps d'ajouter quoi que ce soit qu'une importune se chargea une fois de plus de les interrompre. Décidément, impossible d'aligner plus de deux phrases ce soir. A croire qu'il s'agissait d'un complot, probablement fomenté par ces fichus militaires pour éviter qu'Hans ait la mainmise sur Paris avant eux. Le service étant tout de même d'une rare qualité, Cabanel lui fut enlevé sans même avoir le temps de ciller et Jaeger laissa échapper un soupir.
Il n'eut même pas le temps de chercher Klara des yeux qu'elle apparut devant lui comme par enchantement. Le sourire ravi qu'il lui décocha était sincère et il hocha brièvement la tête à ses propos.

"Ma foi, j'espère tout comme toi ma chère qu'il nous reviendra vite. Le monde entier semble vouloir se l'accaparer. Mais l'épicentre semble particulièrement plein de promesses."

C'est alors que Reigner fit, au grand dam de Jaeger, son retour, accompagnée d'une charmante inconnue.

"Enchanté mademoiselle Deschamps. Cette soirée est pour l'heure pleine de surprises, d'excellents petits fours d'après mon épouse mais que je n'ai pas eu la chance de goûter moi-même et de bonne compagnie. Pour l'heure, je m'estime plutôt satisfait. Quant au reste… J'aurais personnellement plutôt tendance à vouloir plus de vin après avoir un entendu un discours de ce genre. Vous ne croyez pas ?"

A ces mots, il profita du passage d'un serveur pour troquer un verre vide contre un plein et esquissa un large sourire à l'attention du français. C'est le moment que choisit Klara pour s'éloigner en direction des petits fours, laissant Hans passablement intrigué et, autant qu'il se l'avoue, légèrement agacé. Pour autant, son sourire ne se fana pas et il reporta son attention sur la jeune mademoiselle Deschamps. Avant même d'avoir songé à réfléchir à une conversation d'usage, le général Lengefeld s'approcha d'eux.

Jaeger ! Alors, qu'avez-vous pensé de mon discours ? Et pourquoi ne m'aviez-vous pas parlé de ces fameuses statuettes ? Le vin est bon ?"

Il ne semblait même pas avoir remarqué la présence de la jeune femme. Se retenant de lever les yeux au ciel, Hans rétorqua, non sans sourire.

"Votre discours a été à votre image général.  Quant aux statuettes, je rêverais moi-même de les voir de mes propres yeux. Il faudra faire la queue je suppose."

Levant son verre,  le sourire de l'allemand se fit plus large en réponse à sa dernière question, alors qu'il espérait que le général trouverait rapidement une autre proie ou qu'on viendrait le tirer de là avant qu'il ne soit à court de bons mots avec lui. Décidément, il n'aimait vraiment pas les militaires, c'était tout bonnement devenu viscéral, même quand ils semblaient de bonne humeur comme ce soir.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Sam 26 Déc - 15:39

Normalement, quand on était l'hôte de la soirée, quitter les festivités alors même que l'on venait de vous faire un charmant petit discours n'était pas particulièrement bien vu. Cabanel était même sûr que sa chère épouse qui devait le chercher partout avait quelque chose à redire sur le sujet. Si elle avait été là, sans doute lui aurait-elle expliqué à quel point c'était déplacé, irrespectueux et embarrassant d'abandonner les invités et de ne pas les gratifier de votre présence indispensable. Elle n'avait pas tort d'une certaine manière, il lui faudrait arrêter de penser qu'il n'était que le conseiller de l'ambassadeur, la petite main qui le remplaçait de temps en temps lors des négociations mais ne prenait jamais toute la lumière. Désormais, dans cette immense pièce de théâtre qu'était l'occupation de Paris, il n'était plus dans le fonds avec le reste des chœurs mais sur le devant de la scène, avec tous les projecteurs braqués sur lui. Seulement voilà, Madeleine n'avait pas conscience de toutes les priorités qui préoccupaient son époux. Et on pouvait dire tout ce qu'on voulait mais éloigner l'une des chefs de la résistance les plus recherchés de la capitale du gouverneur Lengefeld en était une. Et pendant qu'il ôtait sa chemise avec nervosité, non sans mal car ses doigts tremblaient trop pour réussir à enlever les boutons du premier coup, il songea non sans ironie que ces fameux invités étaient bien loin de se douter que leur ambassadeur délivrait des informations en douce à la résistance et sauvait la peau des chefs de réseaux – encore que, Ian n'était pas encore sortie de ce guet-apens saine et sauve, rien n'était gagné. Au moins avait-elle arrêté de le menacer avec une arme, on progressait.

Visiblement, elle n'était pas là pour assassiner un haut dignitaire comme lors de la dernière réception au quai d'Orsay ou sur les Champs-Elysées (une chance, car c'était quand même lui qui était dans sa ligne de mire en l'occurrence et dans ce genre de situation, les statuettes étaient plus dangereuses que protectrices), car en le voyant enlever la chemise pleine de champagne, elle détourna les yeux et s'éloigna vers la fenêtre pour jeter un coup d’œil vers l'extérieur :
- J'ai un message de Londres pour vous..., commença-t-elle
- Ah, ils se sont souvenus de mon existence, marmonna l'ambassadeur dans sa tenue fort peu décente devant une jeune femme – même si celle-ci n'en avait rien à faire.
- Ils vous envoient bientôt une nouvelle radio.
S'il avait été croyant (ce qui aurait nécessité l'existence de Dieu, déjà), il aurait pu sauter en l'air en s'exclamant « Alléluia », tant il était heureux que l'on ait trouvé une remplaçante à Alice Boulanger (il espérait que la sélection avait été un peu plus sérieuse). Mais au bout d'un an de bons et loyaux services (bon d'accord, il n'avait pas trouvé beaucoup de réseaux ni beaucoup d'informations, mais était devenu ambassadeur, c'était déjà pas mal), il avait appris à se méfier des bonnes idées de Londres. D'ailleurs, si c'était là la seule information qu'Elsa Auray avait à lui transmettre, elle n'aurait pas pris le temps de s'infiltrer dans une soirée à laquelle Edouard avait omis de lui envoyer un carton d'invitation. Il sentait venir le coup fourré et d'ailleurs, ça ne tarda pas.
- Quelqu'un sera parachuté dans deux ou trois jours, continua la chef de la Brigade en se retournant vers lui avant de le confirmer dans ses horribles soupçons : la date sera confirmée à la radio. Quand vous entendrez « le chat a neuf vies », c'est que le parachutage est prévu pour le lendemain, pendant la nuit, au croisement de la rue des Apprentis et du chemin de Limon à Igny.
Edouard en resta abasourdi, tant et si bien qu'il en oublia de revêtir une nouvelle chemise. En soit, il aurait pu être étonné de voir la jeune femme lui parler aussi longtemps et sans le menacer avec une arme, mais sur l'instant, il avait oublié Elsa et préférait tenter de prendre conscience de ce qu'on était en train de lui demander. Visiblement, la jeune résistante se méprit sur son air de poisson sorti hors de l'eau, car elle s'approcha d'une carte accrochée au mur pour y désigner un point, à savoir la commune d'Igny dans le sud de l'Ile-de-France, tout en lui donnant de nouvelles indications qui parlaient de balisage et de lampe torche – ce qui ressemblait vaguement à un code pour celui qui y était allergique.
- Est-ce vous avez compris ? Je ne pourrai pas vous refaire passer de message d'ici-là, termina-t-elle d'un ton définitif, visiblement sans attendre de questions. Pas étonnant, elle devait avoir plus l'habitude de donner des ordres aux types de son réseau qu'à un pauvre diplomate perdu dans les méandres de l'espionnage.

Cabanel resta silencieux une courte seconde et ne put s'empêcher de passer la main sur son visage en fermant les yeux, dans le vague espoir que cela s'avérerait être un simple cauchemar. En les rouvrant, il n'y aurait plus qu'Alice Boulanger pour lui faire une remarque acerbe sur son manque de décence. Il se voyait déjà lui répondre qu'elle n'avait pas à s'introduire n'importe comment dans son bureau. Mais au lieu de cela, quand il ouvrit les paupières, Elsa Auray se tenait toujours devant lui avec sa sempiternelle mine impassible qui donna envie à Edouard de la secouer. Mais comme il s'agissait de ne pas perdre toute contenance (déjà qu'il tremblait devant une jeune femme, plus aucun amour propre), il finit par répliquer d'un ton goguenard :
- Le chat a neuf vies, sérieusement ? Pour qui me prennent-ils ? Je n'ai pas le temps d'aller chercher des parachutés à l'autre bout de la région, ni même d'écouter la BBC... Ils veulent ma mort ou quoi ?
Ce n'était certainement pas auprès de la chef de la Brigade qu'il fallait chercher du réconfort, mais c'était plus fort que Cabanel, l'indignation était trop forte – et surtout, pour la première fois depuis des jours, il pouvait enfin parler en toute liberté avec quelqu'un, combien même celle-ci n'avait pas très envie de tenir la conversation.
- Je suis un simple informateur, je ne suis jamais allé chercher un parachutage, je n'ai aucune idée de comment cela fonctionne, continua-t-il, de manière plus pressée, en fronçant les sourcils, tout en se disant qu'il frôlait le ridicule à faire une scène à une simple messagère, qui se trouvait être une résistante accomplie, à dix ans de moins que lui, pourquoi ne pas envoyer un vrai réseau ?
Il s'interrompit brusquement car il lui sembla entendre un bruit de pas plus loin dans le couloir (qui était assez pratique pour être en bois et grincer quand on avançait dessus, comme quoi, les architectes pensaient à tout) et se remémora d'un coup l'endroit où il se trouvait, et surtout qui s'y trouvait. Le genre de personnes très intéressées par un parachutage à venir dans la clairière d'Igny. Balisage A.
- Mais où sont passées donc mes chemises ? Gronda-t-il, soudain, en ayant l'impression d'être complètement schizophrène (mais au moins jouait-il pas trop mal la comédie, il fallait juste espérer qu'il n'avait plus son air de merlan frit), vous pourriez m'aider !
Cette fois-ci, c'était certain, on se dirigeait droit vers son bureau et pour donner le change, il se mit à farfouiller dans ses affaires pour tomber sur de vieilles cravates et de vieux costumes qui devaient bien dissimuler une chemise blanche à revêtir. Tournant une dernière fois la tête vers Elsa Auray, il lui lança néanmoins :
- Désolé, je sais que ce n'est pas votre faute et que vous n'y êtes pour rien.

Ainsi, au moment où la porte pivotait sur l'intrus (visiblement frapper n'était pas une politesse d'usage pour tout le monde), Edouard Cabanel était prêt à l'accueillir avec tout le naturel du monde. Il restait à espérer que c'était aussi le cas d'Elsa Auray. Histoire qu'elle ne gâche pas une nouvelle fois une fête, et sa fête d'intronisation surtout.

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même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Lun 28 Déc - 17:58

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Un véritable panier à crabes cette assemblée, un panier dans lequel Reigner avait l'impression qu'il n'avait cessé plonger ses mains à l'aveugle depuis qu'il était arrivé, pour y piocher au hasard lequel allait le pincer. Les visages amis (et auxquels l'avocat n'avait pas à cacher une fracassante trahison) se faisaient définitivement de plus en plus rares dans ces petites sauteries et Alexandre, se voyant face à Klara et à son ambassadeur de mari qui avait l'air de vouloir lui aussi donner son avis sur la soirée, songea brusquement au travail en retard qu'il avait abandonné en partant. Dire qu'il était venu pour soutenir Eddy, et que ce dernier trouvait plutôt le moyen de s'enfuir avec une petite domestique (ce qui, connaissant Cabanel, aurait pu faire sourire Alexandre... dans une autre situation). Non, définitivement, son bureau lui manquait. Ne manquait plus qu'un Claussat ou un Caron, et il aurait croisé à peu près toutes les personnes qu'il préférait éviter en temps normal. Et encore, il prit garde à ne pas trop vérifier leur absence (espérée) dans la foule : ils étaient capable de se matérialiser sous son nez. Il avait de toute façon fort à faire avec le petit groupe au sein duquel il se trouvait et c'est avec une ironie non dissimulée qu'il sourit aux propos faussement innocents de Klara Jaeger.

- Qui vois-je ? Ce cher Maître Reigner ! s'exclamait celle-ci. J'ai l'impression que nos routes ne se sont pas croisées depuis des décennies. C'est amusant comme le hasard nous joue des tours parfois, n'est-ce pas ?
- N'est-ce pas ? répondit-il avant de lui présenter Sixtine, à elle et à ce cher (ou non) Hans qui s'était en effet joint à eux.
- Tenez Mademoiselle, il me semble que vous n'avez plus de boisson. Enchantée de faire votre connaissance !
- Enchanté mademoiselle Deschamps, lança l'ambassadeur d'Allemagne. Cette soirée est pour l'heure pleine de surprises, d'excellents petits fours d'après mon épouse mais que je n'ai pas eu la chance de goûter moi-même et de bonne compagnie. Pour l'heure, je m'estime plutôt satisfait. Quant au reste… J'aurais personnellement plutôt tendance à vouloir plus de vin après avoir un entendu un discours de ce genre. Vous ne croyez pas ?
- Si l'on peut appeler ça un discours, marmonna Alexandre. Le côté martial de la chose vous a déplu ? J'ai ce qu'il faut pour ma part.
Et comme son charmant interlocuteur se saisissait lui aussi d'un verre, il leva ironiquement le sien, avant de s'intéresser à nouveau à Klara qui s'adressait à lui.

- Au fait, Maître Reigner, puisque vous semblez être lésé sur les petits fours... et si vous m'accompagniez pour pouvoir y goûter ? Je vous présenterais à des connaissances tout à fait charmantes.
Alexandre connaissait assez Klara pour savoir qu'il y avait plus qu'une invitation mielleuse à aller déguster des petits fours et faire de nouvelles rencontres, et qu'au fond, son ancienne camarade ne lui laissait guère le choix. Il retint un soupir, qu'il cacha derrière un sourire tout à fait affable, et accepta de la suivre. Telle qu'il la connaissait, elle devait probablement avoir des reproches à lui faire, et il se doutait assez bien de quel genre de reproches il pouvait s'agir.
- Sais-tu que certain disent que la licorne fut créée par sorcellerie pour permettre aux preux chevaliers de se combattre en tournoi les mains dans les poches ? demanda t-elle sous l’œil perplexe de Reigner. Je suppose que tu avais un agenda chargé pour que nous ne nous soyons pas croisés jusqu'aujourd'hui.
Il ne put s'empêcher de songer qu'en effet, il était fort occupé à espionner son meilleur en évitant de le trahir auprès de son beau-père, entre deux affaires de marché noir, des pianistes à sauver, et le vague espoir d'avoir des nouvelles de sa famille. Mais si une chose était certaine, c'était que la femme de l'ambassadeur n'était pas la personne à qui raconter tout cela. Il se saisit donc d'un petit four en laissant échapper un sourire en coin avant de répondre.
- C'est que je suis très demandé, les avocats efficaces ne courent pas les rues ces derniers temps, lança-t-il avec une note d'humour. Néanmoins, je ne dois pas être le seul à blâmer : la femme de l'ambassadeur du Reich doit avoir un agenda chargé, elle aussi, n'est-ce pas ? Et puis tu étais occupée à te renseigner sur l'apparition des licornes.

Ce n'était pas tout à fait fair-play de sa part – heureusement, il n'avait pas pour habitude de l'être. A vrai dire, le reproche voilé qu'il devinait derrière les petites répliques de Klara n'était pas infondé. Il l'avait évitée, comme il évitait tout ce qui ressemblait un peu trop à un Allemand, mais elle particulièrement, pour la simple et bonne raison qu'ils avaient été amis, sans doute. Et qu'il ne voulait pas franchement renouer avec la femme de l'ambassadeur d'Allemagne. Lequel ambassadeur ne le portait en plus pas dans son cœur.
- Mon agenda a l'air de te contrarier... T'aurais-je manqué, madame je-pars-jouer-les-amoureuses-transies-en-Allemagne ? reprit-il en lui tendant un petit four.
Il affichait toujours ce même petit rictus ironique. Après tout, rien ne fonctionnait jamais mieux pour ne pas avoir à donner des explications que de pousser son interlocuteur à en fournir lui-même.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Jeu 14 Avr - 16:00

« Irina, quel plaisir de vous voir ici ! Comme d'habitude, votre tenue vous va à ravir. Excellent choix de couleur ! »

Perdue dans mes pensées, je n’avais pas fait attention à la présence d’Ange-Marie près de moi. Cela faisait tellement longtemps que nous ne nous étions pas vues toutes les deux que je ne sais pas si je l’aurais reconnue si elle n’avait pas fait l’effort d’aller vers moi pour discuter. Toujours mon verre de champagne à la main, je lui souris et lui répondis :

« Merci Ange-Marie. Votre tenue est très jolie également. La célébrité vous va à ravir ! »

Je n’eus pas vraiment le temps de demander de ses nouvelles avant d’être interrompue par un jeune homme flatteur, qui avait plus d’yeux pour elle que pour moi – je ne pouvais pas lui en vouloir ; Après tout, la jeune femme blonde faisait tourner bien des têtes. Alors que je m’apprêtais à les laisser tranquillement se faire la cour, l’enjôleur lança :

« Je constate que vous êtes remise de vos émotions. J'ai cru comprendre vous aviez vu les événements de près ! Comme quoi, heureusement que les soldats ne sont jamais loin... »

Si Guillaume aurait vu mon visage à ce moment-là, il aurait tout de suite compris que derrière ce sourire poli - qui semblait décidément me coller à la peau ce soir – se dissimulait habilement une forte envie d’envoyer mon poing dans la figure de ce pauvre jeune homme qui ne semblait au courant de rien. Gardant mon self-control légendaire, je me contentai de boire une gorgée d’alcool en acquiesçant. Un volcan dans un corps de bonne petite fille bien élevée, ma marque de fabrique en quelque sorte.

Autour de nous, tous les invités se sont tus d’un seul coup, se préparant au discours de Gerhardt Lengefeld, le « gouverneur » de Paris. Comme si ces Boches croyaient vraiment pouvoir gouverner Paris ! J’aurais dû rester au bras de Vial un peu plus longtemps ; Au moins j’aurais pu m’indigner en râlant dans ma barbe inexistante, comme j’avais l’habitude de faire. Essayant de calmer mon envie de mettre une bombe dans le visage de Lengefeld et de ses comparses – je ne risquais pas de faire la même erreur deux fois – je bus une seconde gorgée de champagne. De la vodka pure aurait été plus efficace pour effacer ce discours terrible de ma mémoire. Mais que voulez-vous, je suppose que les Boches ne tiendraient pas longtemps debout, ce qui pourrait expliquer ce qui se passait côté Soviétique.

A peine avais-je eu le temps de verser la boisson dans ma bouche que quelques notes de jazz retentirent au piano. La surprise était telle que j’avalai de travers, me faisant tousser en crachant mes poumons. M’excusant auprès de la star de cinéma et du jeune brun qui me tenaient compagnie, je préférais me retirer afin de reprendre mes esprits. Passant devant mon patron, je ne pus m’empêcher de lui chuchoter : « Entraînant, n’est-ce pas ? » de sorte qu’il soit le seul à pouvoir l’entendre.

Continuant mon chemin comme si de rien n’était, je récupérai mon vison auprès des employés de maison postés à l’entrée de la salle de réception et sortit prendre l’air frais tout en fouillant dans mes poches histoire de trouver de quoi fumer. En tirant une première bouffée de tabac – la meilleure après une telle soirée – je repensais à cet air américain que ce jeune pianiste avait osé jouer au beau milieu d’hypocrites et d’Allemands. Son culot me fit sourire – sincèrement, fait assez rare pour être souligné. Il fallait encore que j’en parle à Masséna, mais je pense qu’il aurait sa place au sein d’Honneur et Armée. Il avait du cran, et j’aime les gens qui osent.

Dès qu’il ne me restait plus qu’un mégot à jeter par terre, je rentrai dans le hall et confiai mon vison une seconde fois aux valets, témoins de la valse des employés chargés de satisfaire l’appétit des invités et la bonne organisation de la fête. Avant de passer le pan de la porte, je me suis aperçu qu’il serait préférable de prendre ses précautions avant de boire une autre flûte de champagne. Partie à la recherche des toilettes pour dames, je pris le premier couloir que je vis, en ne sachant pas où j’allais. Il y aurait bien quelqu’un pour me renseigner non ? En attendant, je scrutai chaque porte, admirait la décoration des lieux – pas vraiment à mon goût mais peu m’importait sur le moment. Je tournais à gauche, à droite, je revenais sur mes pas, guettant la moindre lumière.

Alors que je m’apprêtais à abandonner l’idée – quitte à trouver n’importe quel prétexte pour m’assoir – et à faire demi-tour, j’entendis une voix masculine marmonner des mots que je ne pouvais pas distinguer de là où j’étais. Plus je m’avançais vers la seule pièce éclairée du couloir, plus je me méfiais : sur qui allais-je tomber ? Très sincèrement, peu m’importait, du moment où cet homme pouvait me renseigner sur l’emplacement de ces foutues toilettes. En plus, le parquet en bois grinçait, et j’étais plus inquiète pour l’état de mes talons que pour ce qui j’allais rencontrer. Arrivée à destination, je faisais face à une porte entrouverte. Ne me démontant pas – ce n’était pas mon genre – je l’ouvrai un peu plus d’un léger geste de la main. Je fis un pas dans la pièce, qui ressemblait à un bureau. Je n’étais pas seule ; Il y avait un homme dont le bas de la chemise était plus ou moins bien rentrée dans son pantalon, et une jeune femme rousse, vêtue de l’uniforme de celles qui s’occupaient de la salle de réception. Ayant peur d’avoir interrompu le couple dans un moment intime, je dis d’une voix prudente :

« Euh… Excusez-moi, mais je cherche les toilettes. Pouvez-vous me renseigner ? »

Ce n’est qu’en attendant la réponse de l’homme que je m’attardai sans même le vouloir sur le visage de la serveuse rousse. Elle ressemblait comme deux gouttes d’eau à Ian, chef de la Brigade. Ce regard froid et blasé me confortait dans l’idée que cela ne pouvait être qu’elle. Elle n’était pas réputée pour être friande des infiltrations, mais sait-on jamais avec la paranoïa qui touchait les réseaux en ce moment, elle préférait peut-être s’occuper des missions elle-même. Ne voulant pas briser sa couverture, je retenais toute mon attention envers ce Cabanel que j’avais eu du mal à reconnaître ; Un paradoxe quand on sait qu’il est la seule raison pour laquelle Vial avait bien voulu jouer le jeu.
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[INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy

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