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 [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy

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Elsa Auray
J'ai vu la mort se marrer et ramasser ce qu'il restait.



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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Sam 30 Avr - 14:35

Le silence qui suivit ses paroles poussa enfin Elsa à observer Cabanel. Elle le trouva abasourdi, comme si ce qu'elle venait de lui dire n'était qu'une énorme aberration. C'en était bien une, à la réflexion, mais comme bon nombre des demandes de Londres qui n'avait visiblement pas toujours conscience de la réalité du terrain. Pourtant, la jeune femme ne s'attendait pas à voir l'ambassadeur se décomposer, elle pour qui tout cela étaient devenues quotidien. Elle ne s'attendait pas à la moindre réaction, d'ailleurs, et sans cette courte seconde de silence, elle aurait probablement déjà quitté ce bureau où rien ne garantissait qu'ils seraient tranquilles indéfiniment. Et il y avait longtemps que les membres de la Brigade s'abstenaient d'exprimer quoi que ce soit qui ressemblait à de la nervosité face à elle ; mais Cabanel n'était pas un membre de la Brigade.
- Le chat a neuf vies, sérieusement ? Pour qui me prennent-ils ? Je n'ai pas le temps d'aller chercher des parachutés à l'autre bout de la région, ni même d'écouter la BBC... Ils veulent ma mort ou quoi ? répliqua-t-il d'un ton goguenard qui ne masquait pas son indignation.
Elsa n'avait pas bougé d'un cil. Elle fixait toujours aussi froidement l'ambassadeur, mais ce qui ressemblait à un instant de panique la laissait, elle, vaguement désemparée. Comme si elle avait oublié que tout le monde n'était pas tenu à l'indifférence glaciale qui était la sienne. Pendant une seconde, elle songea à la situation de Cabanel, au numéro de pantomime qu'il lui fallait probablement jouer, et à la difficulté que pouvait représenter le fait d'aller chercher un parachutage. Si elle ne s'adoucit pas pour autant, au moins n'y eut-il dans l'attitude de la jeune femme aucune trace du mépris qu'une telle réaction aurait pu lui inspirer.
- Je suis un simple informateur, je ne suis jamais allé chercher un parachutage, je n'ai aucune idée de comment cela fonctionne, poursuivait Cabanel. Pourquoi ne pas envoyer un vrai réseau ?

Parce que Londres n'avait aucune confiance dans les vrais réseaux. Parce que les réseaux en question avaient leurs propres psychoses, leurs propres difficultés, leurs traîtres à trouver. Parce qu'Elsa ne pouvait s'exposer en allant récupérer une radio dans une commune aussi éloignée et qu'elle ne savait plus exactement à qui faire assez confiance déléguer cette mission. Mais le craquement du parquet dans le couloir coupa court à toute discussion, la chef de la Brigade se tendit, jetant un regard vers la porte. Quelqu'un venait, et elle n'était toujours pas sortie. Elle embrassa la pièce du regard à la recherche d'une solution, mais elle savait déjà qu'il n'y en avait pas d'autre que celle pour laquelle opta Cabanel – avec une réactivité étonnante, la même que celle qui avait sauvé la mise à Elsa après la mort de Hansmüller.
- Mais où sont passées donc mes chemises ? Vous pourriez m'aider !
Aussitôt, elle se mit elle aussi à fouiller à ses côtés, et ne répondit à son mot d'excuse que par un regard appuyé qui signifiait plus ou moins que l'affaire était oubliée. Ils avaient un autre problème à régler. Au moment où Elsa mettait la main sur quelque chose qui ressemblait à une chemise, elle entendit clairement la porte du bureau s'ouvrir. Tendue, elle se redressa, le vêtement à la main. Il n'y avait plus qu'à espérer que le nouveau venu ne la reconnaîtrait pas. Ou que cette statuette qui la toisait depuis la bibliothèque et qu'elle pouvait espérer atteindre serait assez contondante.
- Euh… Excusez-moi, mais je cherche les toilettes. Pouvez-vous me renseigner ?

Ce n'était pas un officier allemand. Non, la femme à laquelle appartenait cette voix était familière à Elsa quand son regard croisa celui de X2, elle comprit que celle qui était le bras droit du chef d'Honneur et Armée l'avait aussi reconnue. Les choses auraient pu sembler comiques : l'ambassadeur, surpris dans une situation équivoque avec une des domestiques de l'ambassade par une des invitées, tous trois appartenant plus ou moins à la résistance... sans toujours le savoir. Si elle était plutôt insensible à ce genre d'humour, la résistante rousse fut néanmoins très vaguement soulagée. Elle dévisagea un court instant cette alliée inattendue, mais décida qu'il n'était pas question de briser la couverture de qui que ce soit. Elle laissa Cabanel répondre à la question à laquelle elle n'avait pas la réponse avant de lui tendre la chemise qu'elle avait gardée à la main.
- Encore désolée pour cet accident. Pour votre chemise, souvenez-vous, monsieur Albert Courtlong, c'est un bon teinturier.
C'était tout ce qu'elle pouvait faire de plus pour l'informateur de Londres, à qui elle ne jeta plus un regard jusqu'à être sortie du bureau, ignorant délibérément X2. Elsa n'avait de toute façon plus qu'une chose en tête : sortir de cette ambassade. N'ayant que très vaguement eu le temps de repérer les lieux, la jeune femme avait prévu de repartir par où elle était venue, ce qui impliquait de traverser la salle où la fête battait son plein en sens inverse. Elle n'avait plus qu'à se rendre invisible, telle la domestique pour laquelle elle se faisait passer, et à compter sur l'adage qui voulait que plus la ruse était grossière, plus elle avait de chances de réussir.

Ce ne fut pas un soldat allemand qui se trouva être son chemi, mais quelqu'un de bien plus inattendu. Alors qu'elle faisait un détour pour éviter Lengefled, Elsa jeta un coup d’œil autour d'elle... et le regard qu'elle croisa fut celui de X1. En uniforme de l'armée de Vichy. Si elle se détourna rapidement, l'ignorant comme elle l'avait fait avec X2, elle ne put que s'interroger. Que faisaient-ils là tous les deux ? Elle avait du mal à imaginer qu'ils puissent officiellement faire partie des invités, mais après tout, elle ignorait tout de X1 et des membres de son réseau. Songeuse, elle poursuivit néanmoins sans s'interrompre, pressée d'en finir, jusqu'à sortir à nouveau de la salle. Elsa aurait dû se sentir enfin moins tendue : elle n'avait plus qu'à sortir. Mais elle n'était pas seule dans ce couloir, et avant d'avoir pu le réaliser pleinement, une main se referma brusquement sur son bras. Elsa n'avait pas d'arme, les statuettes de Cabanel étaient loin, et il n'y avait rien à proximité dont elle put se saisir. Elle tenta violemment de se dégager, en vain, mais lorsqu'elle se tourna vers la silhouette à ses côté, celle-ci ne portait pas l'uniforme allemand qu'elle redoutait de voir. C'était un français, et pas n'importe lequel. Elle vrilla un regard glacé sur X1 qui la lâcha enfin, juste avant de lui demander ce qu'elle faisait là.
- Et vous ? répliqua abruptement la jeune femme qui avait vu sa dernière heure de liberté arriver.
Elle s'éloigna d'un pas en jetant par réflexe un nouveau regard autour d'eux. Elle n'avait pas de temps à perdre à bavasser avec lui, tout X1 soit-il.
- J'avais un contact à voir. Maintenant laissez-moi, n'est pas le lieu pour discuter, je dois sortir.
Même si, en faisant preuve d'un peu d'ironie, on aurait pu se demander si l'endroit n'était pas plus plein de résistants que d'ennemis.

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Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Dim 1 Mai - 17:03


Alerte !


Ce n'est pas avec le discours du gouverneur que l'ambiance a pu se réchauffer à l'ambassade, pourtant, le brouhaha un instant apaisé a finalement repris toute sa place, et chacun vaque désormais à ses occupations et à ses petits fours. Les conversations oscillent toujours entre les événements des Champs Elysées et la nomination du nouvel ambassadeur, mais au fil de l'avancée de la soirée (et du champagne toujours renouvelé peut-être), certains se laissent parfois aller à évoquer des sujets plus sympathiques. Pour un peu, on se détendrait presque – du moins, ceux qui ne jouent pas à cacher des résistants dans leur bureau. Lengefeld lui-même, après avoir offert à tous les invités un visage fermé (que certains qualifient en douce de tête d'enterrement), semble de meilleure humeur. Il faut dire qu'il a croisé une jolie domestique, et qu'il sait apprécier la vue des jolies femmes.

Mais alors que le fameux journaliste Jean-Pierre Puerno tente de soutirer à Félix Aurèle un avis sur le magnifique village de potiers de La Borne, dans le Berry d'où il est natif, le calme relatif de la soirée est sur le point d'être perturbé. Soudain, des sirènes bien connues se mettent à retentir : l'alerte au bombardement ! Voilà qui a de quoi mettre un coup d'arrêt à la soirée, dont l'ambiance est à nouveau brusquement refroidie. Et si les soldats et autres officiers présents ont l'habitude de réfléchir promptement et dans le calme, pour la plupart des convives, en revanche, l'angoisse est à son comble : il faut vite rejoindre les caves, ou l'abri aménagé dans les jardins de l'hôtel de Matignon. Un petit vent de panique se lève sur l'ambassade (dont on ignore où se trouve le maître des lieux qui a disparu après un accident de champagne !) même si l'on entend encore aucune bombe tomber... Reste à espérer que l'évacuation se fera dans le calme !



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- Ceci est le dernier rebondissement de l'intrigue ! N'hésitez pas à participer, et à faire évoluer la situation !
- Vos posts doivent si possible être courts, autour de 1000 mots maximum.
- Vous pouvez placer des [url=d%C3%A9fis]défis[/url] dans vos messages !
- Si vous avez la moindre question, n'hésitez pas à demander au staff... et surtout, amusez-vous ammu

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Sam 7 Mai - 22:35

Si cela n’avait pas fait suite à un si tragique événement elle aurait sans doute regardé avec un certain amusement les têtes tomber du côté de l’administration française. Puisqu’à défaut de prendre part au jeu politique il y avait toujours une forme de divertissement à l’observer de loin, d’autant plus lorsqu’il n’avait rien de contrariant et menait même à la nomination au poste d’ambassadeur d’un homme qu’on appréciait sincèrement.
Mise d’excellente humeur par l’idée même de cette soirée qui marquerait, du moins elle l’espérait, la fin définitive de l’épisode de l’attentat avec une annonce ferme du gouverneur, Ingrid se noya donc volontiers dans les mondanités. Robes de soirées et  bottes cirées dans une salle remplie d’alcool, assurément le milieu naturel dont tout le monde rêvait. Grâce à une agréable compagnie qu’elle choisit ce soir exclusivement germanophone – et le champagne qu’elle sirotait en continu aidant, elle tiqua finalement à peine face à l’absence d’évocation du sort des prisonniers par Lengefeld. Comble d’un excellent état d’esprit elle ne s’offusqua même pas en entendant raisonner quelques mesures musicales bien trop jazziques pour ne pas être indécentes et se promit simplement de suggérer à l’avenir de garder loin de tout événement le pianiste. Quelle admirable mansuétude.

Cependant, la conversation à laquelle elle prenait part menaçait désormais de tourner à la stratégie militaire, sujet qu’elle trouvait passionnant du moment qu’on ne lui en parlait pas, ce qui la convainquit de s’éclipser. Elle poussa l’indépendance jusqu’à faire seule un détour à la recherche d’une nouvelle coupe plutôt que d’attendre que l’alcool ne vienne à elle, chose qu’elle regretta rapidement. D’abord car il n’y personne pour prendre avec elle les paris sur le sujet de la discussion de Jean-Pierre Puerno – la production fromagère d’Auvergne, peut-être ? A moins qu’il se soit dernièrement passionné pour l’élevage des bulots en Charente. Mais surtout car elle n’eut aucun mari au bras duquel se rassurer lorsque retentit soudain la sirène d’alarme. Face au bruit strident le cœur manqua un battement, mais persuadée que la panique n’avait jamais mené à rien et se faisant ainsi digne représentante de la rigueur allemande, Ingrid demeura calme et chercha du regard quiconque pouvait avoir autorité pour orienter la foule. Malheureusement la mesure n’était vraisemblablement pas quelque chose dont tout le monde était capable et, alors que les civils commençaient à peine à s’agiter, elle fut lourdement bousculée par ce qui ressemblait à une véritable hystérique. Marie-Antoinette et ses robes à ne pas passer les portes n’aurait pas été si empotée ! Mais la faute à un peu trop de champagne bu Ingrid n’était pas beaucoup plus adroite et se contenta de trébucher pour se rattraper ensuite sur le premier venu. Heureux hasard, ce fut contre Alexandre Reigner qu’elle s’échoua, soit une de ces quelques personnes dont la vue lui ôtait l’envie de toute remarque trop mauvaise. La faute au respect qu’il imposait naturellement, sans doute. Ou peut-être une distance entre eux qui empêchait autant les indélicatesses qu’on pouvait lancer à un inconnu que les familiarités.  Au lieu d’attaquer celui qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment – l’idée qu’elle soit dans la bousculade plus fautive lui traversa l’esprit mais ne donna rien de concret – Ingrid se contenta donc d’une remarque fielleuse et générale.

« Les Français sont définitivement d’une maîtrise d’eux qui laisse à désirer. »

Pointe d’aigreur lancée – cela faisait toujours du bien, elle s’efforça, au nom des apparences qui même en cas d’alerte au bombardement se cultivaient encore un minimum, de retrouver un sourire forcé.

« C’est un plaisir de vous croiser, mais je devrais retrouver… »

Trop occupée à chercher du regard n’importe quel officier allemand qu’elle ne détestait pas trop, elle n’envisageait pas de finir sa phrase et comptait simplement s’éloigner. Ce qui était sans compter sur une cheville foulée par l’accrochage et qui manqua de lui faire perdre l’équilibre au premier pas fait. Et au vu de la cohue qui virait au général elle préféra s’abstenir de se lancer dans une vadrouille sur un pied. Pas outre mesure ravie par le changement de plan mais nécessité faisant loi, Ingrid se tourna donc de nouveau vers Alexandre à qui elle adressa un sourire trop mielleux pour être sincère (et pourtant très habituel).

« Tout compte fait je vais peut-être vous accompagner. Vous me prêteriez votre bras ? »

Ce que ses compatriotes n’avaient pas en goût de l’ordre l’avocat avait habituellement le mérite de le compenser en bonnes manières, à défaut de réelle sympathie. Il ne pourrait donc décemment pas l’abandonner en pleine agitation, principe de convenance obligeait. Et pour s’assurer du respect de la courtoisie Ingrid imposa sa main sur l’avant-bras d’Alexandre. Savait-on jamais. Toujours à tenter de comprendre où exactement ils étaient censés se diriger, elle en profita pour noter le manque d’immédiatement dans la réaction des hauts responsables. Plus sur le ton du reproche que de la question elle demanda donc :  

« Où est Cabanel ? »
D’ailleurs elle se répondit dans la foulée, y allant en une conjoncture qui ne semblait au fond pas si improbable.
« A tenter de sauver ses statuettes plutôt que ses invités, je suppose… »

Panique à Matignon et ambassadeur introuvable, il y avait tout de même des titres qui sonnaient mieux pour un diplomate à peine nommé. Ne manquerait plus qu’il soit le premier arrivé à l’abri !
Mais en attendant d’y mettre les pieds il fallait encore l’atteindre, ce qui laissait entrevoir un trajet court mais rendu pénible par une angoisse trop sonore des convives. Avançant à côté, elle leva le regard vers Alexandre pour s’adresser cette fois directement à lui, changeant de sujet sans transition.

« Je passais jusqu’à maintenant une très bonne soirée, j’espère qu’il en allait de même pour vous. Et les quelques mots du gouverneur ont été très chaleureux, n’est-ce pas ? »

Ou de l’art de la banalité au milieu de la panique. Et par ailleurs la première question dont elle ne comptait pas ignorer ouvertement la réponse. Quelques mots qui à défaut d’être judicieux dans le contexte avaient donc mérite d’une sincérité aimable.

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Edouard Cabanel
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Dim 8 Mai - 10:58

Quand on pensait qu'on ne pouvait avoir encore plus de malchance, on trouvait souvent le moyen de tomber encore plus bas. Du moins, quand on s'appelait Edouard Cabanel et qu'on avait l'insigne honneur – dont il se serait volontiers passé – d'avoir été nommé ambassadeur de Vichy et d'organiser des festivités pour célébrer cette nomination. Il n'avait jamais vraiment cru qu'un vieux monsieur barbu l'observait de là-haut (surtout que le seul homme à la barbe fournie qu'il avait connu était son grand-père, un bouffeur de curés qui ne reposait probablement pas dans les cieux), mais avec la guigne qu'il avait ces derniers temps, Cabanel allait finir par croire que quelqu'un s'acharnait sur lui. A cette allure-là, il allait finir la guerre zélé croyant ; enfin, si on partait du principe qu'il serait encore en vie à la fin de la guerre, ce qui n'était pas gagné – son existence à la fin de cette soirée paraissait déjà fort compromise. Déjà qu'il devait tenter de gérer les suites d'un attentat raté, que le nouveau gouverneur de Paris était visiblement plus doué pour les menaces que pour la diplomatie (cela promettait pour la qualité des échanges), que les pianistes tentaient des rébellions absurdes, on lui avait renversé une coupe de champagne sur la chemise et une résistante (toujours armée et prête à le descendre à chaque fois qu'il la voyait) lui donnait des ordres à propos d'un parachutage. Très franchement, Edouard trouvait qu'il y avait déjà un certain niveau dans la malchance. Mais en plus, voilà que quelqu'un avait décidé de les surprendre dans le bureau de l'ambassadeur ! Edouard, qui s'était mis à fouiller dans un placard à la recherche d'une hypothétique chemise blanche, dans un retour de présence d'esprit, ne put s'empêcher de songer qu'au moins, s'il ne survivait pas à cette soirée, cela lui éviterait la suite des événements. Comme chercher un parachutage en pleine banlieue parisienne et plus absurde encore, tenter d'entendre à la BBC combien de vie avait le chat.

En tout cas, l'inconnu du couloir, quelque fut son identité, ne tentait pas d'être très discret, ce qui éliminait une tentative d'espionnage, du moins Edouard l'espérait-il. Il se prit à espérer que ce serait seulement son épouse qui les surprendrait pour lui faire une scène de ménage, ou mieux encore, Alex qui avait fui le reste des invités après avoir sauvé la tête du pianiste. Mais au lieu de cela, la porte s'ouvrit soudain en grand sur une jeune femme qu'il ne se souvenait pas avoir déjà vue.
- Euh.. Excusez-moi mais je cherche les toilettes. Pouvez-vous me renseigner ?
Si Cabanel n'avait pas été si paranoïaque – et si gêné, il aurait pu éclater de rire devant la situation. Il venait d'être surpris en pleine conversation avec une employée de l'hôtel Matignon (ou qui paraissait l'être) et à moitié nu, surtout. Mais la gravité de l'instant et la perspective peu réjouissante qu'il lui fallait maintenant gérer la situation bloquèrent toute velléité de moquerie. Un brin inquiet, il coula un regard vers la chef de la Brigade, mais celle-ci, fort heureusement, ne s'était pas saisie d'une arme quelconque (ou pire de l'une de ses statuettes égyptiennes qui envahissaient les commodes et les tables de son bureau) pour trucider la nouvelle arrivée. Tant mieux, Edouard voulait bien ne pas avoir de chance, il préférait tout de même éviter d'avoir à expliquer la présence d'un cadavre dans son bureau en pleine fête.
- Vous n'êtes pas au bon endroit, madame, répondit-il rapidement, de son ton le plus naturel possible, quand il était surpris torse nu avec une femme du moins, c'est ici mon bureau, il est privé. Vous n'auriez pas du quitter le rez-de-chaussée. Mais je vais vous indiquer des toilettes.
D'un geste nonchalant, comme si tout était normal, il indiqua à celle qui était censée n'être qu'une employée de maison de sortir, ce qu'elle fit sans demander son reste, un masque impassible toujours plaqué sur son visage. Edouard se demanda un instant comment elle comptait sortir de l'ambassade, mais il n'eut pas le temps d'y songer davantage, ni même de repenser à la mission qu'elle lui avait confiée. La priorité était désormais d'enfiler une chemise pour raccompagner poliment mais fermement cette femme à l'étage inférieure. Elle n'avait pas l'air d'une espionne, mais savait-on jamais, il n'appréciait pas trop que l'on traîne autour de ses dossiers. Même si en soit, les compromissions de Vichy avec l'occupant n'était qu'un secret de polichinelle. Voire pas du tout un mystère.

- Permettez juste que j'enfile une chemise, madame, continua-t-il d'une voix badine, vous allez pouvoir me suivre, mais je n'ai pas...
Une alarme stridente retentit soudain à leurs oreilles, interrompant l'ambassadeur en plein milieu de sa phrase. Ainsi donc le vieux barbu là-haut aurait-il décidé qu'un cadavre, ce n'était pas assez ? Mieux valait-il tous les tuer dans un bombardement, tant qu'à faire ? Cabanel avait à peine le temps que se dire qu'à défaut d'être une bonne nouvelle pour lui, ça le serait pour la résistance qui éliminerait ainsi les officiers allemands et leurs homologues français, la sonnerie qui prévenait de l'imminence d'un raid aérien se mit à sonner avec encore plus de violence, lui rappelant qu'il fallait avant tout se mettre à l'abri. Et dire qu'il n'était même pas avec ses invités pendant un tel moment ! Poussant un juron entre ses lèvres, il revêtit rapidement une chemise, remit sa cravate et sa veste, conscient d'avoir l'air parfaitement débraillé et en deux pas fut auprès de la jeune femme toujours inconnue pour la pousser par le dos :
- Je crains que nous ne devions nous rendre dans l'abri le plus proche, madame, lui dit-il avec un léger sourire qu'il voulait réconfortant (même si elle n'avait pas l'air spécialement effrayée), si cela ne vous dérange pas, j'aimerais redescendre dans les salons pour m'assurer que tout le monde a bien évacué. Ce n'est pas le chemin le plus court, mais cela se fait rapidement.
Il n'était pas certain qu'elle ait bien compris ce qu'il venait de lui raconter à cause du bruit, mais il ne lui laissa pas le temps de protester en lui faisant sans doute prendre le chemin inverse par lequel elle était arrivé, sans oublier de fermer à clé la porte de son bureau derrière lui.
- J'ai un service à vous demander, madame, cria-t-il à moitié alors qu'ils descendaient les escaliers et qu'ils voyaient poindre les premiers signes de panique, pourrions-nous être d'accord pour ne pas évoquer ce que vous avez vu ?... Ma femme en serait très blessée...
Ce n'était pas la raison principale pour laquelle Cabanel tenait à garder le silence sur ses activités secrètes mais ce n'était pas totalement faux après tout. Si elle le croyait coureur de jupons, ce n'était pas un mal.
- Je suis désolé de vous demander cela, madame... Je ne sais même pas quel est votre nom, je suis navré.
Ils commençaient à entendre des bruits de pas et des clameurs affolées de la part des invités que l'on faisait évacuer, alors que les lumières s'éteignaient les unes après les autres. Edouard, détachant un instant son attention de la jeune femme qu'il accompagnait, se fit la réflexion qu'il n'avait jamais vu autant d'inquiétude à cause de l'imminence d'un raid aérien, les Alliés étant plutôt réputés pour toucher les zones industrielles. Mais peut-être craignaient-ils tous un bombardement punitif pour l'échec de l'attentat ? Ou tout simplement une erreur de trajectoire du pilote anglais, comme cela arrivait souvent ? Edouard se dit que mourir ici à cause d'une bombe, ce serait quand même le comble de la malchance, même s'il avait bien envie de dire ses quatre vérités au barbu là-haut.

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Dim 8 Mai - 12:55

Guillaume Vial s'ennuyait ferme. Un verre à la main, il observait d'un œil peu amène les personnes présentes ce soir-là à l'hôtel Matignon, en une foule peu bigarrée qu'il qualifiait intérieurement de ramassis de collabo, même si en l'occurrence, c'était les Nazis qui menaient la danse au sens propre comme au figuré. Quand il avait appris la défaite puis l'armistice signée par Pétain en 40, il avait cru que les Français sauraient au moins sauver l'honneur. Que l'Occupation demeurerait acceptable quand elle n'était pas une totale compromission à l'ennemi. Au lieu de cela, les Vichyssois, qui pouvaient bien s'étouffer de leur lâcheté, recevaient les Allemands dans les hôtels particuliers et dans les fêtes, dans une mascarade écœurante. Ce soir-là, à l'ambassade de Vichy, c'était l'une de ces occasions dont l'administration française s'était saisi pour lécher les bottes de l'occupant, les mêmes bottes qui l'écrasait, comme une victime en viendrait à vénérer son bourreau. Et le pire, c'est que tout cela se faisait en riant et en buvant.

En tout cas, le lieutenant-colonel Vial et ses humeurs sombres se trouvait bien seul. Irina Smolenski, qui l'avait pourtant traîné jusque-là, l'avait abandonné dès les premières minutes de leur arrivée, Dieu seul savait pour quoi faire. Même Juliette Langlois, sa cousine, après avoir échangé quelques mots avec lui avait fini par s'éclipser à force d'essuyer des rebuffades pour une danse. Vial aurait pu se mêler davantage à la foule mais il ne connaissait que peu de monde. Il avait bien aperçu Ingrid Lorre mais elle était déjà entourée de nombreux officiers allemands qui ne disait rien qui vaille au Français. Cette situation n'était pas un mal en soit : la plupart des Allemands ignoraient qui il pouvait bien être et il se fondait facilement au décor, malgré son uniforme français qui lui attirait parfois des sourires ironiques. Le contraire aurait été plus inquiétant au vu de ses activités secrètes. Il pouvait ainsi facilement laisser traîner des oreilles de manière  judicieuse, d'autant qu'il parlait et comprenait parfaitement la langue de Goethe. Malheureusement pour lui et son ennui, ni les officiers ni les représentants français ne disaient rien de bien intéressant. Même Lengefeld, entr'aperçu au buffet, ne lui avait pas permis de se mettre quelque chose sous la dent, trop occupé qu'il était à poser des questions sur les petits fours à une jolie jeune serveuse. Non, définitivement, cette soirée s'avérait être du temps perdu. À part peut-être pour mettre un visage sur le nouveau gouverneur de Paris, à défaut de celui de nouvel ambassadeur qui n'avait pas encore pris la parole.

Guillaume se disait justement qu'il ne connaissait personne dans cette foule d'invités, quand un visage connu attira soudain son attention. Pas parmi ces femmes bien habillées qui babillaient au bras d'hommes en uniforme, non, mais parmi les domestiques, toutes vêtues de la même robe censée les noyer dans la masse. Vial aurait reconnu entre mille ces deux yeux bleus et ce masque d'indifférence que montrait toujours Ian, la chef du réseau de la Brigade, même au milieu d'une fête organisée par Vichy dans laquelle elle n'avait aucune raison d'être. Il n'eut pas le temps de s'interroger davantage, en un battement de cil, Elsa Auray avait disparu. Que diable fabriquait-elle ici ? Était-elle dans une mission quelconque ? Et si oui, si elle prévoyait réellement quelque chose d'envergure ce soir-là, dans le pire endroit où on pouvait être quand on était dans la clandestinité (parce que même au Meurice, il n'était pas certain qu'il y eut autant d'uniformes verts-de-gris), pourquoi ne l'avait-elle pas informé ? Il ne l'avait pas revue depuis les événements des Champs-Élysées, et il se doutait bien qu'elle jouait son propre jeu, mais pour une raison qu'il ne comprenait pas, cela brusquement l'agaçait au lieu de le laisser dans une froide indifférence. Posant son verre sur un plateau qui passait, il traça son chemin à travers la foule pour la suivre. Arrivé à l'autre bout de la salle, il crut l'avoir perdue, mais sa fine silhouette, au mépris du ballet incessant des domestiques qui allaient et venaient vers les cuisines, venait de sortir par une porte opposée. Sans hésiter, Guillaume fut sur ses pas, quittant à son tour l'atmosphère joyeuse, musicale et illuminée du salon.

Il fut d'abord surpris par l'obscurité du couloir étroit dans lequel il s'était engagé. Mais ses yeux s'y habituant rapidement, il rattrapa en quelques pas Elsa qu'il saisit de sa poigne ferme, visiblement au grand étonnement de celle-ci qui sursauta.
- Que faites-vous ici ? Comment osez-vous ? Lâcha-t-il d'un ton pressé.
L'ayant visiblement reconnu, malgré son uniforme et son absence de barbe, elle lui lança un regard noir qui le poussa à ôter sa main de son épaule, avec autant de brusquerie que s'il s'était brûlé. Les reproches et les questions qui lui brûlaient les lèvres moururent dans sa gorge, mais son regard bleu demeurait sans doute brûlant d'interrogations muettes. Après tout, elle n'avait pas besoin de lui, ni de Churchill qui avait prononcé ses mots pour savoir que « Construire pouvait être le fruit d’un travail long et acharné alors que détruire pouvait être l’œuvre d’une seule journée ».
- Et vous ? répliqua abruptement la jeune femme, j'avais un contact à voir. Maintenant laissez-moi, n'est pas le lieu pour discuter, je dois sortir.
Guillaume était bien conscient de l'urgence de la faire sortir de là, mais il ne voulait pas la lâcher tant qu'elle ne lui avait pas davantage expliqué les raisons de sa venue. Elsa n'aurait pas pris autant de risques si cela n'avait pas été important. Et tant qu'à faire, si elle avait placé une bombe sous l'orchestre, il aurait aimé être au courant avant d'y laisser sa peau.

Toutefois, les explications tournèrent court quand une alarme stridente se mit à sonner, les poussant tout deux à jeter des coups d’œil alentour, inquiets, comme s'ils venaient d'être pris en faute. Vial ne fut pourtant pas long à comprendre ce dont il s'agissait. Il se souvenait comme d'hier des premiers temps de la guerre, quand ces sirènes ne cessaient de rugir, pour avertir d'un raid aérien imminent et de l'arrivée de bombardiers à hauteur de Paris. La défense anti-aérienne ne pouvait bien que cela, une fois que les avions étaient là, éteindre les lumières, lancer l'alarme et se calfeutrer en attendant que ça passe. Mais si les bruits qui parvenaient jusqu'à eux indiquaient qu'un semblant de panique avait fait jour dans la pièce à côté, les deux résistants restèrent immobiles et impassibles, non sans se jeter des regards en chien de faïence.
- C'est vous ? Finit par lâcher Guillaume, vous avez déclenché l'alarme ?
Elle n'eut pas le temps de répondre que des silhouettes d'hommes, venus de l'autre bout du couloir, devinrent visibles et se rapprochaient d'eux. Instinctivement, Guillaume fit reculer Elsa contre le mur et se plaça devant elle, en se retenant d'une main contre le mur, juste à côté de la tête de la jeune femme. Ils étaient très proches ainsi, bien plus qu'ils ne l'avaient jamais été, mais Guillaume, malgré n'en avait cure. Toute son attention était focalisée sur les nouveaux arrivants qui ne devaient pas voir le visage de Ian. Il se détendit imperceptiblement en reconnaissant des uniformes français et non allemands, mais ne relâcha pas sa vigilance pour autant.
- Lieutenant-colonel Vial, c'est vous ?  S'exclama l'un d'eux, qu'il connaissait en effet de nom.
- Ben alors, Vial, répliqua en écho son compagnon, plus gradé, ce n'est pas le moment de conter fleurette aux serveuses !
- Promis, je vous rejoins dans un instant, répliqua Guillaume avec un léger sourire, alors que ses collègues s'éloignaient vers le grand salon pour évacuer avec le reste des invités.

Dès qu'ils disparurent à sa vue, le sourire de Vial s'évanouit et il s'éloigna d'Elsa Auray. Ce n'était plus le moment de discuter, ni même celui de noter qu'elle savait désormais son nom, il lui fallait quitter cet endroit avant qu'ils ne soient tous renfermés dans une petite pièce en sous-sol avec la moitié des officiers allemands de la ville. Jetzt stehen die Kartoffeln auf dem Tisch, jetzt werden sie auch gegessen, comme disait sa mère, ou quand le vin est tiré, il faut le boire, maintenant qu'il était mêlé à cette affaire et qu'on l'avait vu avec elle, il n'avait d'autre choix que de l'y aider. En soit, cette alarme qui détournait l'attention était peut-être une chance.
- Par là, suggéra-t-il en lui désignant le bout du couloir qui s'éloignait encore de la grande salle où ils seraient emporté par la foule, je vous accompagne, je vous couvre.

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Résister, s'il le faut, c'est combattre, et puis vainqueur ou vaincu, c'est résister quand même, c'est-à-dire rester semblable à ce que l'on est jusque dans la défaite, jusque dans les fers. [CHAMSON]
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Petite sauterie à l'ambassade de Vichy   Sam 26 Nov - 17:05

Elsa avait fait le pari que tout se passerait bien ; après tout elle n’avait jamais qu’à entrer, voir Cabanel et sortir. Pas de sabotage, pas d’assassinat, ni même d’information à obtenir, elle n’avait qu’à se rendre invisible et le demeurer pour quelques dizaines de minutes à peine. En près de trois ans de clandestinité, elle avait eu le temps d’apprendre à passer inaperçue dans une foule, et pourtant. Elle n’était pas seule dans ce couloir – ce minuscule couloir de service que personne n’avait aucune raison d’emprunter, encore moins sur ses talons. Elle n’était pas passée inaperçue. Elle avait fait un mauvais pari. Et maintenant, elle était coincée dans ce couloir, elle était désarmée et quand bien même elle aurait eu de quoi se défendre, même le terme d’infériorité numérique sonnait ridicule tant elle n’avait aucune chance de s’en tirer si vraiment elle avait été repérée. Autant dire que lorsqu’elle se retourna pour faire face à son poursuivant, la jeune résistante était prête à toutes les réactions désespérées. X1 échappa de peu à un coup (qui n’aurait probablement été d’aucune utilité) mais écopa en revanche d’un regard glacial en paiement de la frayeur qu’il venait d’infliger à une Elsa peu disposée à lui fournir la moindre explication. Elle aussi, pourtant, aurait été curieuse de savoir ce que faisait le chef d’Honneur et Armée en uniforme et une coupe de champagne à la main dans une soirée organisée par l’ambassade de Vichy. S’il faisait réellement partie de l’armée, ou d’une quelconque administration, voilà qui expliquait beaucoup de choses quant à ses contacts et les informations qu’il détenait. Mais l’heure n’était réellement pas aux confidences et comme pour le leur rappeler, une alarme stridente se mit soudain à retentir dans l’ambassade. Elsa jeta un regard contrarié autour d’elle. Il ne manquait plus qu’un bombardement – Londres ne lui facilitait vraiment pas la tâche.

- C'est vous ? l’interrogea X1, vous avez déclenché l'alarme ?
Un bon moyen de détourner l’attention, ça n’aurait pas été une mauvaise idée, songea la jeune femme qui n’eut pas le temps de démentir. Brusquement, des voix se firent entendre et des silhouettes se dessinèrent non loin dans le couloir. Elle fut tentée de s’éclipser pour de bon dans un des recoins les plus proches, et d’en profiter pour se soustraire aux questions du chef d’Honneur et Armée, mais il réagit plus rapidement et la poussa contre le mur avant de s’y appuyer à son tour. Ils étaient très proches, dans une position équivoque qu’elle devina destinée à faire illusion mais qui fit se crisper Elsa presque aussi violemment que la présence de potentiels Allemands à quelques pas. Pendant une courte seconde, elle envisagea de se dégager, mais force était de constater qu’au point où ils en étaient, c’était la meilleure solution. Elle dut se contenter de fixer l’épaule de Guillaume, dont la carrure avait l’avantage de la dissimuler presque entièrement, et de se concentrer sur les nouveaux arrivants.
- Lieutenant-colonel Vial, c'est vous ?  demanda un homme en uniforme français.
- Ben alors, Vial, répliqua un autre, ce n'est pas le moment de conter fleurette aux serveuses !
Elsa ne put s’empêcher de lever les yeux vers celui dont elle connaissait désormais l’identité – ce qui n’était jamais bon dans la résistance. Lieutenant-colonel Guillaume Vial. Durant l’instant qu’elle prit pour l’observer, elle nota enfin ces détails qu’elle n’avait pas eu le temps de relever : rasé de près, cintré dans son uniforme, à part pour ses yeux bleus sévères et son expression fermée qui s’était, pour l’occasion, agrémentée d’un léger sourire, il ne ressemblait plus vraiment au X1 se faisant passer pour un parisien des quartiers populaires qu’elle avait l’habitude de rencontrer. Il avait l’air encore plus grave ainsi. Voilà donc qui était le chef d’Honneur et Armée : un militaire, travaillant d’une façon ou d’une autre pour Vichy. Elsa baissa la tête, pour mieux se soustraire aux regards des collègues de Vial, sans savoir si elle était satisfaite ou contrariée d’en savoir enfin plus sur lui.

Les uniformes s’éloignèrent enfin, non sans leur jeter des regards goguenards et Elsa se détendit imperceptiblement dès lors que Guillaume s’éloigna, faisant elle-même un pas de côté, avant de le gratifier à nouveau d’un regard glacial.
- Par là, lança ce dernier en désignant le bout du couloir, je vous accompagne, je vous couvre.
La chef de la Brigade aurait pu lui répondre qu’elle n’avait pas besoin de lui, mais puisqu’il était au courant de sa présence ici, autant mettre toutes les chances de son côté pour ne pas se retrouvée enfermée entre quatre murs avec tous les représentants de la collaboration et des autorités allemandes. Elle hocha la tête et ils prirent tous les deux la direction indiquée par X1. Alors qu’ils s’arrêtaient au bout du couloir pour vérifier si personne ne venait, Elsa se tourna vers lui.
- Je n’ai rien déclenché, souffla-t-elle, considérant qu’elle lui devait un minimum d’explication. J’ai rencontré un contact, c’est tout.
Qu’il n’aille pas s’imaginer qu’une bombe allait exploser quelque part. Elle le fixa un instant, pour lui prouver sa franchise, puis ils reprirent leur avancée prudente mais aussi rapide que possible dans les arrières-couloirs de l’ambassade de Vichy, guidés par le vacarme de l’évacuation du reste des invités, couvert par les sirènes. Il fallait faire vite : non seulement pour qu’Elsa sorte de là, mais Guillaume devait rejoindre les autres pour ne pas paraître suspect – même si sa soi-disant entrevue avec l’une des domestiques de la soirée lui fournirait probablement une bonne excuse. Alors qu’ils passaient devant une pièce où des manteaux avaient été abandonnés, probablement ceux du personnel, la jeune femme s’arrêta.
- Attendez, une minute.
Elle pénétra dans la pièce, attrapa au hasard une veste trop large pour sa silhouette mais assez longue pour dissimuler son uniforme, retira la coiffe réglementaire qui eut pour effet de faire tomber son chignon, et tenta de dissimuler ses cheveux reconnaissable sous un chapeau trouvé sur un des porte-manteaux. Lorsqu’elle ressortit de la pièce, la domestique avait disparu, Elsa s’était glissée du mieux qu’elle le pouvait dans un énième costume destiné à la faire passer inaperçue. Elle échangea un rapide regard avec X1 – ou plutôt Guillaume Vial – et songea, comme elle l’avait pour Cabanel, que lui aussi n’avait pas un habit facile à endosser. La clandestinité avait ses avantages, dont celui de ne pas avoir à faire semblant – la plupart du temps du moins. Mais comme toujours, ces considérations sortirent bien vite de son esprit : la sortie n’était plus très loin, à quelques mètres de là si elle en croyait la porte de service qui se dessinait sur le mur d’en face.  

Ils y parvinrent rapidement, et comme rien de suspect ne bougeait à l’horizon, plus rien ne retenait Elsa. Elle se tourna néanmoins une dernière fois vers le chef d’Honneur et Armée qui assuraient leurs arrières.
- Il faut qu’on parle de ce qui s’est passé sur les Champs-Elysées, asséna-t-elle froidement. Rapidement.
Et la discussion ne s’annonçait pas particulièrement agréable, les deux réseaux avaient de quoi s’en vouloir. Mais comme X1 lui répondait qu’il reprendrait contact, Ian estime qu’il n’y avait rien à ajouter. Et c’est sans un regard en arrière qu’elle sortit enfin. Dans la rue, le vacarme de sirènes n’était couvert par aucun bruit de moteur : le bombardement était loin, ou alors il s’agissait d’une fausse alerte. Elle ne s’attarda pas, car si c’était le cas, on finirait bien par faire sortir les invités, la soirée venait probablement de tourner court. Quant à X1, tous deux étaient loin d’en avoir terminé : il fallait falloir mettre les choses à plat. Mais d’ici-là, il était grand temps qu’elle rejoigne l’ombre qu’elle n’aurait pas dû quitter, et comme un souffle d’air, Elsa disparut.


INTRIGUE TERMINEE

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
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