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 Il suffirait de presque rien... [Edwin]

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MessageSujet: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Mer 1 Avr - 22:52

Tu es épuisée.
Paris et les siens semblent être devenus fous. Aux prises à une hystérie collective, la ville lumière semble avoir cessé de respirer, retenant son souffle... mais dans l'attente de quoi ? Qu'espère-t-elle donc ta ville, à envoyer ainsi toutes ses ouailles dans l'enceinte de vos murs où rien ne les attend qu'un sourire désolé et un regard impuissant ? Vous ne pouvez rien pour eux. Pas plus aujourd'hui qu'hier. Et probablement pas plus que demain. Vous n'avez pas de vivres à leur fournir, aucune aide à leur prodiguer qui ne soit médicale. Aucune sécurité à leur garantir.
Même illusoire.
A force de les voir défiler, tu finis par penser que c'est en effet ce qu'ils recherchent auprès de vous. L'espoir. La furtive et chimérique impression que rien ne les atteindra ici, en ces lieux où la Mort est une vieille connaissance que vous contrecarrez quotidiennement.

Pauvres fous.
N'ont-ils pas encore compris que nulle part en cette France maudite ils ne trouveront repos et sûreté ? Qu'il n'y a rien à espérer de ces temps de privation ? Vous êtes des morts en sursis, tous autant que vous êtes. Condamnés à mourir de faim par un peuple barbare qui s'est autoproclamé élite et attribué droit de vie et de mort sur tout un chacun ? N'ont-ils pas compris que si espoir il peut y avoir, il viendra de cette Résistance qu'ils maudissent depuis deux semaines mais certainement pas de vos maigres capacités d'entraide qu'ils parasitent de leur présence ?
L'entrée du dispensaire est devenue un chaos sans nom, où ils se pressent, sans la moindre considération pour ceux qui ont réellement besoin de vos services. Ils s'amassent, meute bruyante, hurlante, qui crie son désarroi et sa peur jusqu'à vous assourdir, paralysant vos efforts, allongeant vos journées à n'en plus finir, confisquant toute l'énergie dont vous avez tant besoin et qu'il vous faut employer à les chasser. Parfois avec douceur, parfois sans ménagement quand la fatigue et l'agacement prennent le pas sur vos sourires professionnels.
Mais à vrai dire... Tu n'as plus vraiment la force de sourire. Ni même d'exiger d'eux qu'ils déguerpissent. Laissant aux plus virulentes de tes collègues le soin de lutter contre ces moulins à vent, tu te traînes de lit en lit, de malade en malade, de blessé en condamné. Horaires et gardes sont devenus des mots vides de sens. Vous restez tant qu'il est des patients pour avoir besoin de vous, tenez debout tant que c'est nécessaire. Pour mieux écrouler ensuite, la tête entre les bras, sur l'une des tables de votre salle de repos. Ou profitant d'un semblant d'accalmie pour vous éclipser sans bruit, ne prévenant qu'à mi-voix de peur de ne pouvoir partir.

C'est grâce à l'un de ces calmes qui précèdent de nouvelles vagues d'activité que tu t'es enfuie à pas de loup, n'informant de ton départ que le médecin de garde avant de te hâter de t'éloigner. A grands pas, tu as parcouru la longueur de la rue qui abrite vos locaux, plaçant entre vous une distance bienvenue. Tu l'aimes pourtant ton travail, tu t'y dévoues corps et âme. Mais ce soir, l'un comme l'autre sont arrivés au bout de leurs capacités. Et enfin, tandis que les cloches des églises proches sonnent vingt-deux coups, se répondant les unes aux autres en un concert apaisant, tu ralentis enfin. Ta marche se fait lente, trahissant ta fatigue. Seuls tes pieds continuent de s'activer, par automatisme, te rapprochant à pas lents de chez toi, abandonnés à leur sort par ton esprit parti dériver au loin, si loin dans les brumes de l'épuisement qu'il ne porte plus même attention à Paris qui t'entoure de ses merveilles autant que de ses dangers.


Dernière édition par Victoire Langremont le Jeu 2 Avr - 18:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Jeu 2 Avr - 4:17

Quel film était-il allé voir, déjà ?
Edwin était sorti du Grand Rex à peine une vingtaine de minutes auparavant, mais déjà les images devenaient floues. En réalité, toute cette séance lui avait semblé ressembler à une vaste comédie. Les actualités diffusées avant le film en lui-même l’avaient glacé pour le restant de la soirée. Via son beau-père Manfred, l’officier savait que les nouvelles venant de l’Est étaient des plus pessimistes. Cette réalité lui était encore plus dure à vivre sachant qu’il était toujours immobilisé à Paris. Parfois, il aurait voulu hurler sa rage de sa passivité forcée. Il s’agissait à ses yeux d’une torture des plus raffinées, couverte par un zèle de l’administration allemande, mais dont il ne doutait pas de venir à bout. L’avantage des hommes qui tombent sur le front, c’est qu’il faut bien finir par en chercher ailleurs. Et les volontaires ne couraient pas les rues. Depuis sa dernière visite au dispensaire, il avait eu bien du mal à faire fi des paroles de son infirmière. Elles l’avaient trouvé régulièrement éveillé au milieu de la nuit, suite à un cauchemar attirant ses vieux démons, portés par les souvenirs de la guerre. Il sortait brutalement du sommeil, souvent en sueur, les membres raidis par les crampes ou les tensions diverses. Il n'avait pas pleinement réalisé qu'il souffrait du choc post-traumatique. Mais ses nuits ne le lui pardonnaient pas. Il ne comprenait pas vraiment ce phénomène, se limitant à ce que les médecins qu’il avait dû consulter à Berlin par formalité lui avaient expliqué. Banal réflexe issu de la part enfouie dans tout homme ayant eu à subir les bombardements, le stress incroyable inéluctablement provoqué par la direction d’une armée, la peur de la mort. L’essentiel étant qu’il parvienne finalement à se rendormir. Ou du moins, parvenait. « Je ne vous aiderai pas à vous suicider ». Cette phrase prenait un malin plaisir à s’ancrer dans sa tête pour ne plus en ressortir. Pourquoi voyait-elle sa décision comme un suicide ? Remplir son devoir n’est-il pas différent du désespoir qui pousse à l’abandon éprouvé par les suicidaires ? Il n’était pas un lâche, ne souhaitait pas tourner le dos à son rôle de père, de frère, de fils. Pas plus qu’à celui de militaire. Il tâchait alors de se convaincre au bout de longues, longues minutes, que cette phrase n’était que le fruit d’une gamine trop jeune pour comprendre les tenants et aboutissants d’une situation impossible, d’un mois de mai morose pour les deux camps et trop révoltée contre les privations.

Ainsi, il avait accepté l’invitation des collègues officiers en compagnie desquels il logeait, pour fêter une date importante, selon eux. Quarante ans, ça n’est pas rien. Certes, ils le fêtaient un peu en avance, son anniversaire n’étant que le 24 mai, cependant ils avaient décidé de prendre les devants pour se changer les idées. Edwin savait qu’il n’était en effet pas le seul à broyer du noir en silence, et il avait accepté de bonne grâce de dîner tôt en compagnie de Friedrich et d’Otto, avant de se rendre au Grand Rex pour assister à la projection du dernier film de Josef von Báky. Outre la très bonne qualité du film, un casting extraordinaire et promu par le ministre de la propagande lui-même, les trois hommes étaient restés très attentifs à l’ensemble de l’œuvre, pour une fois peu marquée par le matraquage des esprits dont se targuaient d’ordinaire les films commandés ces dernières années. Ils ignoraient qu’Hippler en payerait le prix fort, envoyé sur le front comme simple soldat et démis de ses fonctions de directeur des films du Reich.

La mention trop récurrente de la Russie avait dissipé le plaisir du repas partagé en compagnie de ses compatriotes. Un regard de part et d’autre lui avait permis de constater qu’il n’était pas le seul à accuser le coup. Trop de mauvaises nouvelles affluaient en même temps, avec un luxe de constance. L’année 1943 semblait leur rire au nez.
Lorsqu’ils sortirent du cinéma, presque deux heures après y être entrés, Edwin comprit que Friedrich ne rentrerait pas avec eux. Il les salua avant de prendre résolument la direction du bordel qu’il fréquentait au moins deux fois par semaine. Otto et lui se gardèrent bien de lui adresser un quelconque commentaire sur cette habitude fâcheuse. Ils étaient libres de se saouler et de profiter des belles cuisses françaises, à défaut de côtoyer la boue gelée, le sang et les rafales de vent froid du côté des lignes allemandes. Un besoin urgent de vivre, de profiter des derniers instants de calme avant que la tempête véritable ne les balaye commençait à s’installer dans leurs esprits. Consciemment pour Friedrich. Inconsciemment pour Otto et Edwin, qui prirent alors la direction de l’immeuble parisien réquisitionné pour loger six des leurs. Ils n’étaient plus que quatre à y résider. Ils marchèrent en fumant, en silence la plupart du temps. Edwin se fit la réflexion que le chemin les ferait passer non loin du dispensaire dans lequel il n’avait pas remis les pieds. Il aurait pourtant dû s’y rendre dans quelques jours si ses habitudes étaient restées intactes.
Otto daigna d’ailleurs prendre des nouvelles de son état. Il y répondit sobrement, peu désireux de s’épancher sur la question, et son colocataire n’insista pas.

Au loin, une patrouille se fit entendre, et Edwin jeta sa cigarette après avoir tiré sur le filtre une dernière fois. Il n’aimait pas fumer devant ses hommes. Il ignorait pourquoi, en réalité. Peut-être cela lui donnait-il l’impression d’une indolence qu’il combattait vigoureusement parmi les rangs.

« Toujours pas de nouvelles, pour… ? »
« Non. »
« Hum. »

Otto regarda par terre, avançant le pas calqué sur celui d’Edwin.

« Vous allez y arriver. Ce n’est qu’une question de semaines. Même si j’imagine que votre requête… insistante, a de quoi surprendre. »
« Je ne vois pas en quoi. »
« Vous savez très bien en quoi. Mais c’est tout à votre honneur. »

C’est au détour d’une rue qu’ils tombèrent sur la patrouille, arrêtée près d’une jeune femme. Cette vision fit froncer les sourcils d’Edwin qui s’arrêta. Otto l’imita, son regard courant de son visage à la scène un peu plus loin. Visiblement, la demoiselle en question avait présenté des papiers qui tiraient une mine dubitative à celui qui l’avait interpellée pour la contrôler, malgré l’heure du couvre-feu qui n’était pas encore arrivée. Il n’était qu’un peu plus de dix heures, après tout. La discussion commença néanmoins à s’échauffer, pour une raison qu’il ne comprit pas. Il décida d’intervenir et s’avança alors. Les soldats l’aperçurent, et saluèrent, de même que l’homme auquel il s’adressa évidement en allemand :

« Repos. Quel est le prob… ? »

Les mots se figèrent dans sa gorge au moment où il posa les yeux sur le visage de Victoire. Allons bon. Il la fixa un moment, sentant les yeux d’Otto qui brûlaient son dos, et le sentiment de nervosité qui agita les hommes. Il reprit et acheva :

« Quel est le problème ? »
« Vous nous avez demandé d’être plus vigilant, par les temps qui courent… »
« Certes. Donnez-moi ces papiers. »

Il s’exécuta, et Edwin parcourut rapidement les quelques lignes, suffisamment pour comprendre que l’infirmière n’avait absolument rien à se reprocher pour l’heure.

« Eh bien ? Je ne vois rien de suspect. Par ailleurs, cette jeune femme travaille au dispensaire à proximité. »

Edwin parlait vite, presque gêné de parler dans sa langue natale face à Victoire, au vu de leur dernière conversation. Mais il était encore plus gêné en sachant qu’elle ne comprendrait pas un traître mot de cette conversation avant qu'ils n'aient déguerpi.

« Circulez. Continuez d’ouvrir l’œil mais inutile de virer dans l’excès de zèle. »

Son interlocuteur acquiesça gauchement et reprit contenance en donnant l’ordre à la patrouille de reprendre son chemin. Indécis, Otto fit signe à Edwin, faisant rapidement le lien.

« Je rentre. On se retrouvera plus tard. »
« Bien sûr, Otto. Soyez prudent. »

Car après tout, les rues n’étaient plus sûres pour personne. Lorsqu’enfin il put regarder à nouveau Victoire sans détours, ce fut pour se rendre compte qu’il ne lui avait toujours pas rendu ses papiers. Il les observa encore pour la forme avant de les lui tendre, coincés entre son majeur et son index.

« Ceci est à vous, je crois. Désolé pour tout ça. »

Il ne se sentait pas le moins du monde désolé, mais il lui semblait nécessaire de le formuler. La petite française était devenue à ses yeux l’image d’un chat échaudé, et qu’il ne fallait surtout pas caresser à rebrousse-poil. Peu enclin à une énième dispute, il préférait s’en tenir aux échanges courtois qui avaient toujours été les leurs jusqu’à présent.

« Vous rentrez tard. Heureusement qu’il n’est pas plus de vingt-trois heures. Ils auraient été capables de vous embarquer… Vous semblez épuisée. »
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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Jeu 2 Avr - 20:00

Ils sont arrivés sans crier gare. Sans qu'aucun bruit ne trahisse leur présence. Ou étais-tu simplement trop absorbée par la fatigue et ta marche lasse pour les entendre venir ? L'hypothèse semble improbable - comment ignorer le bruit martial des bottes sur le pavé ? - et pourtant. Il a fallut un aboiement guttural, appuyé d'une main autoritaire venue s'abattre sur ton épaule, t'imposant de t'arrêter et de te retourner pour que tu réagisses. Et quelle réaction... La surprise d'être ainsi interrompue dans ta démarche d'automate, le déplaisir de t'entendre ainsi interpellée, dans cette langue barbare à laquelle tu n'entends rien, le refus catégorique de sentir posée sur toi cette main allemande... C'est par un vif mouvement de recul que tu t'es dégagée de la poigne ferme de l'homme et il n'en fallait pas moins pour achever de le convaincre d'une culpabilité quelconque. Car après tout, qui donc sursauterait de la sorte de se faire brutalement interpeller dans une langue étrangère, sinon un individu louche aux intentions peu recommandables ? Qui donc sinon tout Français forcé de subir le joug allemand et les caprices incessants de ces foutus envahisseurs ? Les imbéciles. Pensent-ils réellement que ton inattention résulte d'un désir de te dissimuler ? Si réellement, tu avais été ce soir de retour d'un rendez-vous avec Marc, Barnabas, ou en chemin pour une quelconque mission, jamais tu ne te serais permis d'être aussi distraite. Jamais ils n'aurait pu te surprendre de la sorte ! Mais ils s'obstinent à t'interroger, aboyant dans leur langue disgracieuse des ordres et des questions auxquels tu serais bien en peine de répondre, et pour cause ! A défaut, tu leur as tendu tes papiers, tentant par des mots simples d'expliquer les raisons de ta présence en ces rues, seule, à une heure si tardive. A tout autre instant, tu aurais certainement pesté contre la stupidité de ces hommes tout juste bons à piétiner vos vies sans même prendre le temps d'apprendre votre langage. Ce soir, tu n'en as pas la force. Tout juste espères-tu qu'ils se lasseront sans décider de te mener au poste le plus proche d'où il te faudrait apporter preuve de ta bonne foi en appelant... En appelant qui d'ailleurs ? L'une de tes plus proches amies, de confession juive et ardente manifestante ? L'une de tes collègues, celles-là même que tu viens d'abandonner à leur sort, à charge d'un dispensaire surchargé ? Et tiens, pourquoi pas ton chef de réseau lui-même ? Ou mieux encore, pour que l'ironie soit complète, ton contact du Reigen, cet Allemand que tu fréquentes avant tout pour faire chuter la barbarie nazie ?

Ton esprit s'amuse à élaborer des théories sans queue ni tête, s'évadant vers d'autres lieux, d'autres heures, d'autres discussions tandis que discutent de ton sort ces maudits indécis qui se figent brusquement. Constatant vaguement leur immobilité soudaine, tu te tournes pour en chercher la cause du regard... et te raidis à ton tour. Grüper. Edwin Grüper en personne, en chair et en os, visiblement pas encore partie se faire trouer le cuir chez les Russes. Si tu n'étais pas aussi abasourdie, aussi détachée de la réalité, tu en éclaterais de rire. Car sur l'instant, tu ne songes pas qu'en sa qualité de Responsable de la Sécurité à Paris, il a toute autorité pour te débarrasser de ces hommes. Non, tu penses seulement que Dieu a définitivement un bien étrange sens de l'humour pour te placer ainsi sous le nez de l'Allemand le plus à même de savoir tout le bien que tu penses de ses compatriotes, le mieux placé pour supposer que tes activités puissent ne pas se restreindre à un sourire professionnel et quelques gestes médicaux. Son ton rauque t'extirpe de ta stupeur tandis qu'il se met à vociférer ce qui ressemble à une... réprimande ? Du moins est-ce l'impression que tu en eus, à voir le rustre qui t'avait arrêtée baragouiner quelques mots et tourner maladroitement les talons. Leur disparition rapide te fit hausser un sourcil stupéfait. Était-ce une impression ou Grüper venait-il, de toute évidence, de prendre ta défense, dénouant en un claquement de doigts une situation enlisée depuis plusieurs minutes déjà ? Circonspecte tu te tournes vers lui - pour constater le départ discret de son compagnon. Un instant encore, tes yeux se perdent dans le vague, et tu te demandant ce que tu pourrais bien dire à cet homme après votre dernière entrevue pour le moins houleuse. Quelques semaines se sont écoulées depuis mais le souvenir de votre discussion - si tant est que le mot puisse encore s'appliquer au vu de la véhémence des propos échangés - est resté gravé au fer rouge dans ton esprit. Parce que tu en as trop dit devant lui, parce que tu es allée trop loin. Beaucoup trop loin pour savoir quelle contenance adopter maintenant. Finalement, brisant le silence gênant que tu as laissé s'instaurer en évitant de lui répondre, tu te décides à sacrifier à la politesse la plus élémentaire que t'aient enseigné tes parents et tu le regardes, t'efforçant de composer un sourire aussi reconnaissant que possible.

« Je vous... remercie. Pour... enfin, merci. Nous avons des laissez-passer normalement, pour ne pas être inquiétés en rentrant de nos gardes mais... » Tu hausses des épaules désabusées, comme si tout cela n'était que de peu d'importance. « J'ai oublié de m'en prémunir. J'ai eu beaucoup de travail et... Vous semblez avoir beaucoup d'autorité sur ces hommes. » Tu bafouilles, tu t'emmêles, ne sachant trop que dire en pareille situation, passant volontairement sur l'inconfort de l'incident qui vient de se produire, espérant qu'il ne sera pas d'humeur à te tenir la jambe. Tout ce dont tu rêves pour le moment, c'est de pouvoir rentrer chez toi au plus vite pour aller t'effondrer sur ton lit.
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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Dim 5 Avr - 4:02

Il a l’impression que la jeune femme se trouve dans un état… hébété ? Comme si elle ne réalisait pas vraiment qu’elle aurait pu se faire embarquer sans cérémonie auprès des autorités allemandes les plus proches. Edwin a beau ne pas avoir oublié un mot de leur échange au dispensaire, l’officier reste un homme de l’instant. Il se focalise sur  ce qu’il voit, sans rester obnubilé par l'Avant, la plupart du temps. Le reste n’est que point de détail. Le sourire qu’elle lui rétorque est faux. Aussi faux que l’amabilité qui est la leur. Il déplore cette hypocrisie permanente, mais suppose qu’il s’agit là du moindre mal en temps de guerre. Et malgré son sérieux, malgré le peu de motifs de réjouissances que lui ont offert ces fameuses dernières semaines, un sourire presque amusé étire légèrement ses lèvres. Le « Merci » qu’elle lui renvoie semble arraché, provenir de très loin. Il aurait peut-être encore préféré qu’elle ne se fatigue pas à lui présenter une formule aussi creuse de reconnaissance élémentaire.

« Oui, je sais que vous autres personnels de soin disposez d’ausweis particuliers. Je suppose que vous les avez attirés parce que vous étiez seule. »

Et Dieu savait que les femmes françaises étaient loin d’être au-dessus de tout soupçon. On en arrêtait tous les jours. Résistantes, espionnes déguisées en maîtresses d’officiels allemands jouant aux Mata-Hari en puissance, passeuses de courrier… De tous les âges. Mais les plus jeunes étaient tenaces et pleines d’ardeur pour défendre leur pays. Téméraires.

« Au regard des derniers événements… Vous devriez vous attendre à des interpellations de ce genre, j’en ai bien peur, surtout si vous oubliez votre permis. Même si ce ne serait que pure formalité. Vos papiers sont en règle, après tout. »

Mais ce sera pénible. Ce sera considéré comme un grief de plus à l’encontre de leur nation et de leur statut d’envahisseur. Et  ce n’était pas avec ce genre de choses que le peuple vaincu s’apaiserait face à leur présence quotidienne, constante. Cette problématique pesait sur Edwin, qui commençait à craindre de plus en plus pour la vie de ses soldats et pour la possible escalade dans la violence et les attentats, à l’avenir. Et puis il y avait le risque, de plus en plus grand, que la police allemande ne s’enquiert plus des vérifications d’usage. Qu’importait que mademoiselle Victoire Langremont, infirmière de son état, dispose bel et bien d’un permis valable de circuler quelle que soit l’heure, de jour comme de nuit ? Pourquoi s’embarrasser inutilement en paperasse ? Une perte de temps. Une douce vengeance. Une arrestation aux conséquences mille fois plus graves que ce pourquoi elle avait été formulée au départ. Là encore, tous les jours, de tels cas étaient à constater. Et lui-même se sentait fatigué. Fatigué de devoir se méfier de cette population qui leur offrait une figure neutre par devant pour mieux les poignarder par derrière. Les hommes étaient las de cet état de tension permanente. Il ne pouvait même pas les en blâmer totalement pour cela.
Consignant sagement ses pensées derrière des traits impénétrables, il reprit posément :

« N’est-il pas possible que vous soyez accompagnée, en rentrant de vos gardes ? Ce serait peut-être plus facile. Une femme seule, la nuit… Cela a de quoi attirer la curiosité.»

Sa dernière réflexion l’avait amusée, et ce fut à son tour de hausser les épaules gentiment, surpris.

« Je suis leur supérieur direct, et s’ils ont des comptes à rendre, c’est à moi. La plupart sont terrorisés à l’idée de faire un écart, savez-vous ? Ils craignent d’être envoyés au front, Dieu sait où. Alors il est vrai que les problèmes de discipline sont rares. Mais, entre nous, je doute que le respect de la hiérarchie soit un sujet sur lequel vous aimeriez vous étendre maintenant. Quoi qu’il en soit, je ne serai malheureusement pas toujours là pour m’assurer que vous ne risquez pas un contretemps fâcheux. »

Il la scruta, avec un peu plus d’attention. Pas la peine d’être devin pour constater l’épuisement qui creusait des cernes sous ses yeux et rendait plus pâle sa peau déjà bien claire.

« Vous semblez prête à vous effondrer. Vous devriez vous ménager, mademoiselle. Mangez-vous assez ? »

Bien sûr que non. Il lui tendait sur un plateau l’argument du rationnement qui tiraillait un peu plus les nerfs des Parisiens.
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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Mar 7 Avr - 0:21

Pour difficiles à formuler qu'ils aient pu être, tes remerciement n'en étaient pas moins sincères. Malgré ton épuisement, malgré la faim, malgré cette chape de plomb qui voûte tes épaules et assaille tes paupières, tu as conscience de ce qu'il vient de t'épargner par son intervention. Une arrestation, même pour un motif aussi bénin, aurait pu avoir des conséquences catastrophiques. Plus encore qu'il ne peut l'imaginer. Alors tu voudrais sincèrement pouvoir lui exprimer ta reconnaissance. Mais tes mots sonnent faux, tu en as bien conscience. Aussi faux que cette situation de malaise un peu irréelle dont l'ironie te saute au visage.
S'il savait.
S'il savait qu'il vient d'éviter à une résistante de se faire coffrer sur le plus stupide des prétextes, sur un oubli aussi dangereux qu'impardonnable. S'il savait que de tous les Allemands écrasant ta ville, il est peut-être bien le seul non rebelle à trouver quelque crédit à tes yeux. Le seul que tu parviens à considérer comme un homme et non seulement comme un patient, un soldat. Un ennemi. S'il savait que c'est justement là que le bât blesse. Au fil des mois, tu as découvert derrière l'uniforme un homme courtois, cultivé, affable... Et que c'est exactement ce qui t'effraie, ce qui explique ta froideur des derniers temps. Mais expliquer tout cela... C'est au dessus de tes forces, ce soir tout particulièrement. Et par ailleurs, ce serait certainement très mal venu. A défaut, tu es soudainement décidée à te montrer aussi polie que possible. Une politesse sincère, se rapprochant de la cordialité qui s'était installée au cours de ses premières consultations. Ta façon à toi de le remercier pour ce qu'il vient de faire.
« Je sais bien, vous avez raison. D'ordinaire, je fais toujours très attention à ces documents. Ce soir est un regrettable oubli, les derniers événements... » Tu esquisses un geste las, évocateur de tout ce que tu peux penser des faits en question qui te harassent au quotidien.

La tête te tourne. D'un mouvement infime, tu répartis ton poids sur tes deux jambes, t'ancrant solidement au sol dans l'espoir de mieux éviter tout malaise mal venu. La conversation semble bien partie pour se prolonger et tu ignores combien de temps tu pourras tenir debout dans cet état d'éreintement avancé. Mais peu importe, tu as décidé d'être aussi aimable que possible et tu t'y tiendras. D'autant que bien malgré toi, sa sollicitude te touche. A lui, ce soir, tu n'as pas envie de rétorquer froidement qu'il est cause de tous les malheurs. L'accusation serait d'ailleurs des plus injustes étant donné son geste en ta faveur. Tu restes encore surprise de l'efficacité de son intervention. Le savoir Responsable de la Sécurité à Paris est une chose. Constater son influence en est une autre. Toutefois, il a entièrement raison de penser que ce n'est pas là un sujet sur lequel tu souhaites t'étendre. Autorisant un sourire timide à éclore sur tes lèvres, tu préfères rebondir sur sa précédente question. « D'ordinaire, je ne risque rien. Je connais bien ces rues. En outre, je n'ai personne à qui demander pareil service. Ou qui puisse faire pour moi la queue des heures durant devant les enseignes. Les tickets de rationnement... » Tu réfléchis une seconde à la manière de tourner ta phrase pour ne pas lui sembler accusatrice. « Les tickets de rationnement ne sont pas vraiment prévus pour des personnes seules et actives. » Tes mots sont simples, sans détour ni agressivité, mais reflètent bien tout le mal que tu as à te procurer de quoi manger. Une peccadille, pour lui qui se nourrit certainement à l'envi. Et pourtant l'un de tes plus gros problèmes actuellement, bien que tu t'efforces aussitôt de le minimiser. « Mais ce n'est rien. J'ai l'habitude. » L'habitude de souffrir de la faim, de n'avoir rien dans le ventre, de tenir des journées entières avec seulement quelques bouchées de pain. Mais toute habitude a ses limites et celles de ton corps ont été outrepassées depuis longtemps déjà. Tu sens brusquement venir l'étourdissement, portes deux doigts à ta tempe dans l'espoir vain de l'endiguer. Mais il est bien trop tard et sans crier gare tu vacilles, incapable de rester debout plus longtemps.
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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Jeu 23 Avr - 5:50

« C’est normal, vous avez autre chose à penser. Essayez simplement d’être plus vigilante, vous vous épargnerez ce genre de scènes désagréables. »

Elle parlait, il l’écoutait, mais quelque chose ne tournait visiblement pas rond. Les prunelles d’Edwin se firent de plus en plus attentives pour localiser ce qui lui paraissait troublant au sujet de l’attitude de Victoire. Sa fatigue, de plus en plus évidente, le mettait mal à l’aise et accentuait un élan de culpabilité vivace. Il pouvait oublier les effets du rationnement sur la population, lorsqu’il ne côtoyait pas les Parisiens autrement que brièvement, ou alors en compagnie d’individus hauts placés qui ne souffraient absolument pas du même manque que leurs congénères. Mais une petite infirmière perdue au beau milieu de la capitale et qui le soignait depuis des semaines… Il ne pouvait se dissimuler derrière ses œillères aussi facilement, en l’occurrence. Et cela le peinait de voir qu’elle arrivait à peine à tenir sur ses jambes, vacillante. Dans ce genre de situation, il aurait encore préféré la voir combative et retorse, prête à lui rétorquer tous ses arguments partisans en pleine figure plutôt que de constater aussi aisément la lassitude qui imprégnait chacun de ses gestes. Elle sourit, et ce sourire aussi semblait criant d’incohérence. Il jurait avec ce qu’il avait connu d’elle. Dans ce cadre précis, loin de l’intimité du dispensaire et de la relation évidente de patient à soignant, la donne aurait dû être redistribuée, la rendre encore plus amère. Or, ce sourire était presque un abandon. Un abandon temporaire, un lâcher prise qui l’interpellait. Peut-être parce que son attitude contrastait par trop violemment avec la dernière fois. Le spectacle le plongeait dans un malaise gênant et difficilement descriptible. Il aurait aimer retrouver la pleine distance, la neutralité qui le secouait face aux autres en temps normal. Mais la nuit n’aide jamais à ça. La nuit est traîtresse, adoucit certains tempéraments par l’indolence qu’elle instaure.
Elle lui répondit n’avoir personne pour la raccompagner, et il esquissa une moue à peine contrariée, qui se traduisit par le coin de ses lèvres retroussé. Là encore, trop de vérités étalés le plus naturellement du monde, qui le confrontaient à une réalité qu’il aimait à nier, à ignorer superbement.

« J’en ai conscience… Je ne sais que vous répondre, mademoiselle. J’espère simplement que vous parviendrez à… »

Cette fois, il saisit. Il saisit enfin la pleine explication des symptômes qu’il n’avait su analyser assez tôt. D’un geste vif et né d’un pur réflexe, il rattrapa le bras de la jeune femme pour lui éviter de glisser à terre, la soutenant d’une poigne ferme mais pas douloureuse.

« Attention… Restez avec moi. »

Il la maintint contre lui, venant soutenir de sa main libre le menton de Victoire, l’invitant doucement à relever la tête vers lui pour l’inciter à ne pas s’effondrer et si possible à voir si ses prunelles étaient devenues vitreuses ou non.

« Doucement… Vous forcez trop. Beaucoup trop. »

Edwin attendit de longues secondes, finissant par tourner la tête à droite et à gauche pour vérifier s’ils étaient seuls. Personne. La rue était totalement déserte, et il soupira, ignorant quelle était la meilleure réaction face à son malaise.

« Victoire… Vous vous sentez mieux ? Vous voulez essayer de vous asseoir ? »

Piètre solution, temporaire. Elle n’avait pas besoin de s’asseoir. Elle avait besoin de manger, un repas sain et équilibré, et surtout elle avait besoin de dormir de longues heures. De longues heures loin de la guerre, loin des malades et loin des queues interminables pour accéder aux commerces et à ses maigres ressources. Inconsciemment, sa voix se fit plus basse, moins dure.

« Vous n’avez personne, ici… ? Pas de famille qui pourrait vous aider… ? »

L’officier soupçonnait malheureusement la réponse.

« Laissez-moi au moins vous raccompagner chez vous. S’il vous plaît. Vous ne pouvez pas rentrer seule, vous n’y arriverez jamais dans cet état. »

S’ils étaient plus proches de son quartier, il l’aurait fait entrer dans les cuisines de la demeure réquisitionnée. Néanmoins, cette solution étant hors de question, il ne consentit à relâcher la pression sur elle que lorsqu’il fut sûr que le vertige était passé. Hésitant, il finit par se placer parallèlement à elle, lui tendant son propre bras pour qu’elle puisse s’y raccrocher. L’idée lui vint qu’il n’avait jamais vécu chose plus étrange depuis son arrivée à Paris. Des cerveaux perspicaces auraient pu lui suggérer qu’un attentat était nettement moins enviable, mais Edwin n’était que peu à son aise compte tenu du déroulement des choses.

« Vous habitez loin… ? »


Dernière édition par Edwin Grüper le Sam 30 Mai - 1:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Mar 28 Avr - 0:52

Tu aurais pu sentir l'étourdissement bien avant de chanceler. Tu aurais pu le voir venir depuis longtemps. Les causes, les symptômes... Les uns comme les autres étaient réunis depuis des jours déjà. Peut-être même des semaines. La faim, l'épuisement, l'angoisse... Tout y était. Mais tu n'as rien voulu voir. Toi qui jamais ne détourne le regard devant un patient - si grave que soient ses blessures - tu as ostensiblement fermé les yeux sur tes propres failles. Parce qu'il est tellement plus simple de les ignorer, de ne pas reconnaître que tu n'en peux plus. Tellement plus simple de t'oublier au profit des autres, de t'absorber dans les soins que tu prodigues pour ne pas admettre que tu as toi-même besoin d'aide.
Depuis trop longtemps ton corps malmené par de trop longues journées de labeur réclame sa part de repos et de quoi se sustenter. Sommeil et nourriture. Des besoins fondamentaux que tu as plus que négligé dernièrement, au point d'en faire un luxe. Des besoins qui se rappellent à toi ce soir, profitant que ce que tu t'accordes enfin un répit, avec une véhémence à la hauteur de l'indifférence que tu leur as manifesté.

Tu chavires donc, ne manquant de t'échouer au sol que par la poigne réactive du capitaine qui te retient contre lui de justesse. Contre lui. Ses doigts refermés autour de ton poignet trop frêle... Autant de contacts qui devraient te faire horreur, loin du cadre fermé du dispensaire qui vous force à une certaine proximité. Mais l'heure n'est plus à la révolte, plus à la haine. Plus à l'orgueil. Tu es bien trop épuisée pour pouvoir te passer de ce bras qui t'évite de sombrer, de ce regard pénétrant qui te force à rester consciente.
A cet instant, peu importe sa langue ou la couleur de son uniforme. Peu importe qui il est. Un vague instinct de conservation - ou est-ce ta conscience médicale ? - te souffle que sans lui, sans son bras pour te retenir, tu perdrais certainement connaissance sans plus de manières. Et tu pourrais difficilement choisir pire lieu et pire moment pour se faire. Alors, dans un refus de lâcher prise qui puise au plus profond de ta volonté, tu t'accroches à lui sans même y penser.
Quelques secondes. Pas plus. Le temps pour ton vertige de s'enfuir, d'estomper la brume floue qui brouille ta vision, d'affermir tes jambes tremblantes pour n'avoir plus besoin de son aide et enfin faire un pas en arrière.

Quelques secondes. Presque rien. Assez pour empourprer tes joues d'une teinte cramoisie que trahissent les lumières trop crues des réverbères fatigués. « Je... Je suis navrée, vraiment, je... » Les mots s'étranglent, vains. A quoi bon s'excuser d'un instant de faiblesse que tu n'as pas prémédité et encore moins souhaité ? D'un geste que tu voudrais ferme et assuré, ton poing se ferme, s'enfonce dans les poches amples de ta veste pour tenter de contenir son tremblement irrépressible, ton autre paume venant soutenir ton front las. Tes yeux se sont détournés et courent sur les pavés, sans raison ni but, fuyant seulement ce regard bleu acier, assombri par les ombres de la nuit, qui ne fait qu'accroître ton embarras. « Non, je... je n'ai plus personne ici. » Tu ignores pourquoi tu as précisé ce « plus » qui en dit long sur les jours heureux que tu as pu passer, flânant et courant par les rues de ta ville. Tu ignores pourquoi tu as tenu à lui répondre. Peut-être en vertu de ces bonnes manières qui t'ont été inculquées. Les mêmes qui le poussent à te manifester un intérêt poli. Ou est-ce une réelle préoccupation pour ta santé que tu as entendu dans cette voix qui semble se départir d'un rien de sa sévérité coutumière ? Quelque chose qui s'éloignerait de la plus stricte courtoisie qui encadrait jusqu'à lors vos rapports ? L'idée te fait frémir, allume une alerte flamboyante qui se fraie un chemin dans tes pensées embrumées. Cette rencontre fortuite, ton état de faiblesse avancé, l'absence du cadre familier du dispensaire autour de vous... Cette entrevue déroutante dépasse de bien loin tous les contacts que tu as pu avoir avec l'occupant hors de tes fonctions professionnelles. Et cela t'effraie.

« Ne vous en faites pas. Je vais bien. Ce n'est qu'un peu... de fatigue. » Doux euphémisme pour décrire ton épuisement. Et d'une délicatesse bien inutile. Le capitaine n'est certes pas homme à être dupe. Pourtant, tu t'obstines sur ta lancée, malgré le balbutiement de mots qui peinent à venir. « Je vais rentrer chez moi. Ce n'est... qu'à quelques rues d'ici. M'allonger un peu. Ça ira mieux demain. » Ça va toujours mieux demain. Tu esquisses un sourire que tu voudrais convaincant. Mais tes jambes flageolantes trahissent l'assurance que tu voudrais afficher et cette fois, c'est toi qui te rattrapes au bras qu'il te présente. « Pardonnez-moi, je... » Tu n'en peux plus. Simplement plus. Alors, abandonnant pour ce soir ta fierté, tes réserves occultées par la brume de ton esprit, tu désignes des yeux l'extrémité de la rue, murmurant d'une voix basse « C'est par ici... »
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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Sam 30 Mai - 2:04

Il gardera longtemps en lui le souvenir de cette petite demoiselle française accrochée à lui pour ne pas faillir, dans un geste aussi désespéré que né du réflexe, de l’instinct. Il a conscience d’avoir l’un comme l’autre touché à une dimension qui dépasse la guerre et les conflits entre nations pendant quelques instants. Quand, au fond, il ne reste plus que des êtres humains nés à la mauvaise époque, pions d’une volonté supérieure étrange et capricieuse. Il se demanda si les séquelles de ce moment perdureraient. Il l’imaginait déjà refuser son bras avec véhémence, l’entendre protester qu’elle pourrait parfaitement se débrouiller par elle-même pour puiser dans ce qu’il lui restait de forces et ainsi retrouver son logis. Oh oui. Il l’imaginait à la perfection. Il le craignait tout autant. Il anticipait tellement cette réaction qu’il se préparait déjà à réagir en faisant montre d’un mélange subtil entre agacement à peine révélé et froideur à toute épreuve. Une telle manifestation chez lui le surprit, mais l’heure n’était pas à ce genre d’introspection. Il la surveillait en effet comme le lait sur le feu, prêt à la rattraper de plus belle d’une seconde à l’autre. Elle ne trouva rien de mieux qu’à s’excuser, ce qui le fit siffler doucement entre ses dents, secouant la tête avec une pointe d’aménité. Navrée. Comme si elle avait délibérément provoqué ce malaise. Pourtant, malgré la bonne foi qui semblait se dégager de son infirmière attitrée, une autre idée, beaucoup plus déplaisante celle-là, se mêla aux autres. Les hypothèses volantes, passagères, les images d’un guet-apens, d’un complot organisé. Combien d’officiers allemands étaient menacés dans Paris ? Combien se feraient avoir, victimes d’une jolie résistante qui n’attendait que la proie morde à l’hameçon pour que surgisse ses comparses masculins ? Une belle victoire pour les terroristes, un moyen de réaffirmer leur volonté de lutter contre l’oppression. Des griefs supplémentaires de part et d’autres.

Répression. Mobilisation. Terreur.

Le vertige de ce tourbillon de mots, de pensées et de ce qui ressemblait à un délire né de la nuit, de leur solitude et de l’incongruité de la situation, manqua de le saisir à son tour. Non. Il devait taire cette paranoïa ambiante qui agitait suffisamment de ses propres compatriotes. Il ne faisait rien pour se mettre en danger plus que nécessaire, connaissait Victoire Langremont depuis un petit bout de temps maintenant… Il n’avait rien à craindre d’elle. Affamée, en piteux état et ses grands yeux verts rougis de fatigue, elle ressemblait plus à un chat de gouttière en perdition qu’à une Mata-Hari en puissance.

« Je vous en prie. Épargnez-nous ça et ne vous excusez plus. »

Quelque chose de nouveau éclot en lui, lorsqu’elle lui confirma qu’elle se trouvait seule dans la capitale, sans soutien familial d’aucune sorte. Mais ce ne fut rien en comparaison du geste de la jeune femme qui accepta son aide et s’attacha alors à son bras. Il crut qu’il ne parviendrait pas à bouger ses jambes tant la surprise le secoua en son for intérieur. La vie pouvait se montrer bien étrange. Tantôt elle les trouvait au bord d’un gouffre béant ne révélant que trop bien leurs différences évidentes, tantôt elle les voyait réunis le temps d’une respiration, sans heurt pour cette fois. Il se reprit et commença à marcher vers la direction qu’elle lui indiquait, veillant à adapter son allure à la sienne. Presque malgré lui, il souffla pour ne pas permettre au silence de s’installer :

« Vous êtes pâle à faire peur. Vous devriez cesser de travailler au moins quelques jours. Faire une pause. Vous allez finir par tomber malade à ce rythme, et c’est la pire chose qu’il pourrait vous arriver maintenant. »

Même si le printemps était installé, que les beaux jours revenaient définitivement, elle semblait si mince qu’un rien l’aurait décimée. Et son expérience lui avait suffisamment appris à ne pas sous-estimer la faiblesse de leurs enveloppes charnelles. Néanmoins, il se permit d’exprimer sur un ton un peu plus léger :

« Vous voyez… Cela nous fait au moins un drôle de point commun. Je peux au moins comprendre ce que vous ressentez. Vos parents vivent ailleurs en France ? »

La géographie du pays restait floue par endroits, pour lui. S’il connaissait parfaitement le nord et l’est de la nation occupée, il n’imaginait qu’à peine ce à quoi pouvaient bien ressembler le littoral méditerranéen, les bordures des Pyrénées ainsi que les plages bretonnes et normandes. Toutefois, la curiosité qu’il manifesta pour Victoire était bien réelle.

« Qu’est-ce qui vous a poussé à rejoindre la capitale ? »

Parler faisait du bien. Parler donnait l’impression que rien d’étrange ne se passait. Qu’il ne tenait pas une Française à son bras, une femme qu’il n’aurait jamais cru côtoyer en-dehors du dispensaire. Il se demanda même ce que ses hommes auraient pensé de le voir ainsi.
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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Sam 30 Mai - 18:10

Vous vous êtes mis en marche lentement. Autour, les lampadaires s'éteignent un à un, en prévision du couvre-feu tout proche, plongeant Paris dans une obscurité que ne vient troubler que l'éclat de la lune. La nuit est claire, ce soir, et en levant les yeux, tu pourrais apercevoir la queue de la Grande Ourse à moitié dissimulée derrière un toit voisin. Si tu te concentrais, peut-être même identifierais-tu le W de Cassiopée qui vous regarde du firmament, se riant de vous, duo improbable au cœur de la ville endormie. Mais tu ne vois rien de tout cela, toute entière concentrée sur tes pas, sur l'effort qu'ils exigent de ton corps épuisé, sur la force du bras qui soutient ta marche.
L'obscurité a porté dans son sillage un oubli bienheureux, l'apaisement inexplicable qu'elle seule sait susciter. L'oubli, presque, de l'identité de celui qui t'offre ce soir ton appui. Peut-être parce qu'elle atténue le poids de ce regard sévère qui t'intimide autant qu'il t'agace d'ordinaire. Ce regard perçant qui semble lire en toi comme en un livre ouvert, s'emparant de tes faiblesses et de tes limites avec une aisance déconcertante. Mais si perspicace et censé que puisse être l'officier, il ne peut prétendre à comprendre toute la difficulté de ta situation en un simple battement de cil et sa suggestion - pourtant fort raisonnable - fait aussitôt face à un refus sans appel. « Non. Je ne peux pas me le permettre. Il y a bien trop à faire. » Et bien trop à perdre. Mais par délicatesse, tu t'abstiens de lui rétorquer que tu n'as absolument pas les moyens de t'octroyer des jours de congé supplémentaires. Que l'ensemble de ton maigre salaire suffit à peine à te nourrir et qu'une journée de repos supplémentaire, ce serait plusieurs repas de moins.

Cette pensée morose te renvoie aux protestations de ton estomac affamé. Tes yeux se perdent dans le vide et tu revois les placards ternis de la chambre minuscule qui te sert de logement, tous désespérément vides. Congé ou non, il te faudra bientôt sacrifier un moment à ces maudites queues de rationnement qui se forment dès l'aube devant les magasins. Et pour ce soir... Peut-être pourras-tu aller frapper au rez-de-chaussée exceptionnellement, demander à Soledad si elle n'aurait pas quelques restes à te fournir contre l'un de tes tickets. De quoi tenir jusqu'au lendemain au moins. Et après... tu aviseras. Comme chaque jour depuis le début de cette foutue guerre. De toute façon, si difficile que soit ta situation, elle est bien plus enviable que celles de milliers de tes compatriotes qui ont à charge bien plus de bouches à nourrir et à peine un toit au dessus de leurs têtes. Et puis, tu as le dispensaire tout proche, ce que tu soulignes avec une pointe d'humour désabusé : « Ne vous en faites pas, je ne tomberai pas malade. Et quand bien même, je sais où me faire soigner. » Est-ce un rire jaune, le son désincarné qui s'échappe de tes lèvres sèches ? Ce ricanement sans âme qui puise au plus profond de ton envie de tout abandonner, de tout laisser tomber pour chercher un endroit où tu pourrais cesser de survivre pour... vivre. Simplement. Ce serait si facile... Il te suffirait d'un laisser passer pour la Dordogne et de rejoindre la ferme de tes cousins où se sont réfugiés tes parents depuis longtemps. Profiter des bienfaits de la campagne où l'agriculture et l'élevage assurent un minimum de denrées à mettre dans l'assiette. Elle est si douce la perspective de ne plus avoir faim. De ne plus être seule... Mais non. Si ardent que puisse devenir ton désir de rejoindre le Sud, tu sais que tu n'en feras rien : c'est à Paris que tu peux te rendre utile et donc là que tu dois demeurer.

« Je n'ai pas rejoins Paris, j'y suis née. Ce sont mes parents qui sont partis. Ils sont... » Tu t'interromps une fraction seconde, songeant qu'il ne serait guère avisé de lui donner des indications trop précises. « A la campagne. Et je suis restée. » Restée parce que tu es une indécrottable idéaliste qui espère encore pouvoir changer les choses. Si ce n'est pour toi, du moins pour les autres.

Jamais tu n'auras mis tant de temps à faire ce trajet familier, avançant à petits pas mesurés pour mieux te ménager. Mais après un dernier tournant, vous pénétrez finalement dans ta rue. Tu peux déjà distinguer, au bas de ton immeuble, le lourd rideau de fer qui clôt le bar-tabac de Soledad. Et une lueur à la fenêtre qui semble indiquer que ta voisine n'est pas couchée - le contraire t'aurait étonné de la part de cet oiseau de nuit. Tu devrais être soulagée de toucher enfin au but, pourtant tu ne signales pas immédiatement la proximité de votre destination à l'officier. Ses questions, sa sollicitude - qui semble sincère - te laissent curieuse. Alors avant de ralentir, tu t'autorises à l'interroger à ton tour. « Si je peux me permettre... Et vous-même ? Vous ne semblez pas spécialement heureux d'être ici, à Paris. »
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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Dim 5 Juil - 1:38

Tant d’amertume chez une personne aussi jeune l’interpella. Sa génération n’avait pas une jeunesse très gaie. La sienne ne le fut pas davantage et pourtant, l’officier fit un effort de mémoire consciencieux pour se remémorer son état d'esprit au même âge. Était-il aussi… désabusé ? Aussi… non pas résigné mais conscient des règles du jeu d’un monde cruel et impitoyable avec ceux qui pensaient faire fi de la dictature des restrictions ? Peut-être. La situation était à la fois différente et tragiquement semblable. Et à présent, il désespérait que ses propres enfants puissent bénéficier d’une vie plus calme. Rêver de paix était d’une hypocrisie sans nom pour un capitaine de l’armée allemande. Mais pour un père… Cette confrontation perpétuelle et silencieuse, ce duel de pensées en lui, n’était pas toujours évident à porter. Pourtant, comme pour tout, il le faisait sans un bruit, focalisé sur l’essentiel et reléguant en un second plan ce qui n’était pas urgent, ce qui ne mettait pas en péril la vacuité des tâches quotidiennes, l’administration allemande réglée comme la plus fiable des montres à gousset, la domination et la collaboration de l’État français.
Il nota la réponse évasive de la jeune femme, pas stupide au point de livrer l’adresse de sa famille à l’ennemi. Il aurait pu en sourire dans un autre contexte. Cependant, il trouva cette méfiance d’une tristesse à pleurer. Cette méfiance vitale, nécessaire lorsque deux nations s’affrontent avec une telle violence, mêlant dans le conflit plusieurs autres, parmi les plus grandes puissances mondiales. Quelle que soit l’échelle, le face à face était irrémédiable. Et vertigineux.
Elle ralentit l’allure, il s’y adapta, croyant qu’elle était la victime d’un nouvel accès de faiblesse. Tout en la surveillant avec attention, il répondit en penchant doucement la tête sur le côté, parce que ce qu’il prononçait sonnait pour lui comme l’évidence.

« Je connais peu de mes compatriotes spécialement heureux, comme vous dites, d’être à Paris, Fraulëin. Avec tout le respect que je dois à votre capitale. »

Il chercha ses mots quelques secondes avant de reprendre :

« Beaucoup des nôtres sont loin de leur famille. Certes, c’est toujours mieux pour eux que le front. Mais tout de même. Nous sommes… différents. »

Edwin lui offrit un regard à la fois bienveillant et un peu amusé, comme s’il songeait à leur dernière confrontation, et à cette manie qu’avait l’infirmière de toujours mettre leurs divergences en exergue. Il ne pouvait lui donner tort, et cette fois c’était lui qui touchait du doigt cette malheureuse réalité.

« Je détestais Paris, lorsque j’y suis arrivé. C’est vrai. Vous avez probablement dû en faire les frais. »

Il ne se rappelait que trop bien de sa première visite au dispensaire français, qu’il avait préféré à la Salpêtrière. Toutefois, il était au départ resté sur sa réserve avant de commencer à se détendre et à se montrer plus enclin à la politesse voire à la gentillesse avec Victoire Langremont.

« C’est difficile de s’adapter à un autre pays. La nourriture, les gens… Peut-être l’avez-vous déjà expérimenté vous-même. »

Il soupira.

« Et puis la guerre. Croyez-le ou non, je ne prends aucun plaisir à courir après les dissidents en permanence. Vous savez que j’aimerais retourner en Russie, sans compter que je n’ai pas vu Berlin depuis un moment maintenant. Mes enfants commencent à me réclamer. »

Après cet aveu, il se tut, conscient d’avoir parlé plus que de raison. Peut-être avait-il finalement besoin d’extérioriser ce manque partagé ? La dernière lettre de sa fille lui avait fendu le cœur. La petite traversait une mauvaise passe, et sa mélancolie transparaissait au travers des mots et d’une dernière formule d’amour qu’elle n’osait écrire que rarement à son père. Il l’avait relue, plusieurs fois, jusqu’à ce que sa vue se brouille, les larmes aux yeux. Si leur mère était encore en vie, il aurait pu faire abstraction de cet appel à l’aide, de ce besoin manifeste de présence parentale. Il se serait caché derrière l’idée qu’elle les aurait réconforté le soir, qu’elle aurait calmé les ardeurs de Jakob, rassuré Alina... Aussi formidable et attentionnée que soit sa sœur, le vide était bien trop grand à combler pour elle toute seule. Plus le temps passait, plus le capitaine s’en montrait inquiet et soucieux.

« Hum. Quoi qu’il en soit, vous devriez peut-être penser à rejoindre votre propre famille. Les temps sont durs, ici. Et les prochains mois ne vont pas aller en s’arrangeant. Vous le savez très bien. Vous ne pourrez pas vous permettre grand-chose lorsque vous n’aurez plus que la peau sur les os. À la campagne, vous serez bien mieux lotie, croyez-en mon expérience. »

C’était d’ailleurs bien grâce au domaine et à ses productions que les Grüper n’avaient pas souffert de la faim pendant la grande crise. Berlin n’avait alors jamais paru aussi inhospitalière. Tâchant d’emprunter un ton plus léger, il risqua :

« Avez-vous un fiancé qui vous attend, ailleurs en France ? »
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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Mar 14 Juil - 22:05

Tes pas ont lentement ralenti jusqu’à s’interrompre tout à fait. Tu ne lui signales pas, pourtant, la présence de votre destination à seulement quelques mètres de là. Cette porte banale cachée entre deux devantures fatiguées qui semblent regretter les jours meilleurs où ménagères et ouvriers venaient nombreux, animant l’endroit de leurs conversations et de leurs rires, en ces jours où la guerre était encore si loin. Mais ce soir, tout est silencieux. S’il demeure de la lumière à la fenêtre de Soledad, elle a d’ores et déjà verrouillé sa porte – à quoi bon ouvrir après le couvre-feu, quand ne foulent plus le pavé que les bottes des soldats allemands ? Sans doute est-ce sa façon à elle de résister. Ou de se protéger. Comment savoir, en ces temps, quelles motivations guident les actes de chacun ? Par la vitre brisée des vitrines d'une autre échoppe, le vent s’engouffre dans un sifflement sourd et sinistre. Il a depuis longtemps déjà balayé les débris de verre qui s’étaient attardés sur les présentoirs de bois sommaires que les pillages successifs ont vidé.
Et la porte… Cette porte qui dissimule derrière son battant l’escalier qui mène à ta minuscule chambre, cette porte à la peinture élimée, aux gonds grinçants que nul n’a pris la peine d’huiler depuis des mois, peut-être des années. Qui donc s’en préoccuperait ? Et pourquoi ? Vous avez appris, à force d’essais, à l’ouvrir sans trop de vacarme. Certains ont poussé le cynisme jusqu’à suggérer que son délabrement ne permettra à aucun soldat ennemi d’entrer sans que tout l’immeuble en soit averti. Une chance donc, bien infime, d’espérer pouvoir se mettre à l’abri le cas échéant… Infime. Et pourtant suffisamment puissante pour que tu te refuses à attirer l’attention du capitaine sur son existence. D’autant qu’il est déjà bien assez compromettant et humiliant d’avoir eu recours à son bras pour te guider jusqu’ici, dans cette ruelle qui a abdiqué la vie, comme tant d’autres dans Paris, pour ne devenir que le reflet du marasme interminable dans lequel vos vies ont basculé depuis ce jour de septembre 1939.  

Alors, non. Tu ne lui indiques pas votre destination. Tu préfères rester là, à l’écouter te parler de lui. Tu l’écoutes t’expliquer son désir de repartir, sa relation houleuse avec Paris, avec cette ville que tu aimes tant et qu’il espère quitter au plus vite. Tu l’écoutes, attentive et troublée. De l’entendre se livrer ainsi, homme en mal de son pays, père aimant exilé loin des siens, tu oublies quelque peu l’uniforme du soldat, la blessure du patient confié à tes soins pour le voir plus entier.
Plus humain.
Et cette humanité te touche, Victoire. Tu as bien trop d’empathie pour le blâmer d’un quelconque crime en ces minutes où il se livre avec une telle sincérité… Il s’excuse, même, à demi-mots, d’avoir été peut-être froid à ton égard lors de ces premières visites au dispensaire. Tu ne peux d’ailleurs te retenir de protester intérieurement, mais sans oser l’interrompre, de peur qu’il ne cesse de parler. Tu serais d’ailleurs bien incapable de t’expliquer sur cette étrange crainte. Tu ne souhaites pas qu’il se taise, voilà tout.
Peut-être un reste de l’idéalisme qui t’anime depuis l’enfance, l’envie de pouvoir affirmer que l’Allemagne n’est pas une patrie de barbares, mais le foyer d’homme et de femmes avec des rêves, des espoirs et des regrets. Des hommes et des femmes en tous points semblables à vous, n’eut été leur naissance de l’autre côté du Rhin. Tu te prends à rêver d’ailleurs, de ces endroits que jamais tu ne verras. C’est un doux sentiment que cette envie de croire en l’humanité de tous. Et sans doute sera-t-il rapidement chassé par les turpitudes de ton quotidien épuisant. Mais pour l’heure il est… étrangement confortable. Réconfortant, même. Tu as tant besoin de croire, ne serait-ce que pour quelques heures, que tout n’est pas que noirceur autour de toi.

Le temps des confidences prend fin, pourtant. Et il te faut renouer avec la réalité, avec cette nuit froide, avec l’éclairage tremblant qui illumine à grand peine vos traits mais suffit bien à dépeindre la misère des lieux. Une ample inspiration te rappelle combien tes jambes tremblent encore mais cette fois, ce n’est pas seulement la fatigue. La sincérité du capitaine te laisse émue et tu voudrais, ô tellement, pouvoir lui offrir autant en retour. Pouvoir lui parler des tiens, de combien ils te manquent, tous, à être si loin de toi. Pouvoir lui parler de tes espoirs et de tes rêves, de tout ce que la guerre a chassé sans ménagement. Pouvoir lui parler de ta vie, ici, dans Paris qui n’est plus que l’ombre d’elle-même… Mais il est bien des choses qu’il t’est impossible de dire.
Quoi qu'il arrive, jamais tu ne pourras lui dire que, oui, tu comprends son sentiment, son impression d'être différent, de n'avoir pas sa place ici. Que tu as ressenti exactement la même chose quand, exilée volontaire en Angleterre pour y continuer la lutte et la défense de ton pays, tu n'y as trouvé que méfiance et portes closes. Au moins n'étais tu pas seule, perdue, étrangère sur cette île pluvieuse. Mais ce sont là des informations qui ne manqueraient pas de te conduire tout droit dans les bureaux de la Gestapo. Car tout humain qu'il soit, il n'en reste pas moins Allemand, certainement autant dévoué à sa patrie que tu peux l'être à la tienne.
Pourtant, tu voudrais tant lui parler toi aussi... Alors, c'est presque timidement que tu commences, d'une voix douce et basse que le vent s'empresse de voler. « Vous n'avez rien à vous reprocher, vous savez. Pour le dispensaire. Vous avez toujours été correct, sans jamais de geste ni de mot déplacé et c'est bien plus que la plupart de vos... Que la plupart des autres patients. » Tu ignores pourquoi tu tiens autant à revenir sur ce sujet mais tu veux qu'il sache que jamais tu n'as eu la moindre raison de lui tenir rigueur de son comportement envers toi. « Travailler au dispensaire n'est pas tous les jours facile mais je vous assure que si nous avions davantage de visiteurs comme vous, polis et qui respectent leurs traitements, ce ne serait pas pour nous fâcher ! Malgré tout... »

Tu t'interromps une seconde, songeant à la Dordogne, à la ferme de pierre chaude construite par ton grand-père voilà des années et où ont trouvé refuge tes parents. Tu te souviens si bien de ta peur, en découvrant l’appartement familial déserté… et de ton soulagement, en découvrant une lettre envoyée là au cas où l’un de leurs enfants rentrerait au logis, te rassurant sur leur sort, narrant à demi-mots la lente migration vers le sud, à pieds, sur les chemins poussiéreux que survolait l’aviation ennemie. Tu leur écris, parfois. Rarement. Trop rarement au goût de ta mère. Mais il t’est difficile de trouver les mots pour parler de ton quotidien sans l’inquiéter outre mesure, difficile de leur dire combien tu aurais besoin de leur présence, de leur soutien et de leurs conseils pour t’aider. Alors plutôt que d’envoyer des missives vides de sens, tu ne dis rien, ou si peu. Juste de quoi leur dire que tu es toujours en vie et que tu ne te portes pas plus mal que la veille. Oui, ils sont certainement bien plus en sureté, bien mieux nourris là-bas, dans le corps de ferme enserré entre champs et forêts. Mais tu ne peux pas les rejoindre.
« Malgré tout, je me dois de rester. Parce que c’est ici que les gens peuvent avoir besoin de moi. Tant qu’il y aura des gens pour venir frapper à notre porte, je serai là pour les accueillir. Je ne vaudrais pas grand-chose si je fuyais, non ? Si je désertais à la première difficulté. » Tu as achevé ta phrase sur un sourire. Un vrai, bien que léger. Ce n’est pas de l’ironie, ni une moquerie qui renverrait à votre dernière conversation. Seulement un sourire sincère. Tu sais qu’il est parfaitement placé pour comprendre ta position. Mais ton sourire vacille sous le poids de sa question, s’efforce de tenir bon malgré la douleur qui te serre instantanément la gorge et te vrille le cœur tandis que tu murmures dans un souffle : « Non. Non, il n’y a personne… » Plus personne pour te prendre dans ses bras quand tu doutes, quand tu as peur, quand tu as froid. Plus personne pour rire avec toi, pour surmonter d’une parole optimiste les difficultés du quotidien. Plus personne auprès de qui te réfugier. Tu es seule… Si désespérément seule depuis que Marc t’a appris l’échec d’un parachutage attendu par les agents de la Gestapo…  

Ces sombres pensées se mêlent au bruit de bottes martelant le pavé dans le lointain et tu sursautes, cherchant du regard les uniformes. Mais ce n’est que le vent, farceur, qui porte à vos oreilles les échos d’une patrouille lointaine. Le seul Allemand qui s’offre à ton regard n’a pas bougé d’un pouce et t’observe, tout de sa rigueur militaire impeccable.  Et brusquement, l’incongruité de la situation te saute au visage. Tu retiens un petit rire nerveux, bataillant pour ne pas perdre ton mince sourire. « Je… Je suis presque arrivée, je n’ai plus qu’à monter chez moi. Alors… je ne vous retiens pas plus. Votre… votre ami doit surement vous attendre… C’était… très aimable à vous de m’accompagner jusqu’ici. Merci beaucoup. » Tu devrais monter, oui. Prendre congé. Tourner les talons. Et pourtant, Dieu sait pourquoi, tu en as tout sauf envie.
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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Ven 24 Juil - 16:04

L’officier est bien loin de s’imaginer en cet instant qu’il court un possible danger. Il ne peut parvenir à concevoir que Victoire est en réalité résistante. Si l’idée a pu l’effleurer, comme pour les milliers de Français croisés depuis son arrivée au pays, elle ne naquit pas réflexe moins que par pure volonté de s’interroger à ce sujet. Il la considère comme une victime collatérale de cette guerre, une affamée, comme eux l’ont été en leur temps. Elle ne mériterait pas ça. Mais la guerre apporte son lot d’injustices, et il a fini par comprendre que s’en émouvoir ne permettait guère de les terminer plus rapidement. Il est surpris de la trouver aussi ouverte. En réalité, Edwin s’attendait presque à ce qu’elle ne l’écoute que d’une oreille discrète, un peu lasse et surtout s’étonnant de le voir se plaindre alors qu’il dispose du gîte gratuit et du couvert à volonté. Pourtant, aucune trace de mesquinerie ne vient salir les traits fins et discrets de la petite française. Il aurait voulu lui dire qu’il trouvait remarquable son ouverture d’esprit et sa patience. Elle n’avait même pas là l’excuse du dispensaire qui l’obligeait à cacher ses pensées pour se consacrer à ses patients. Encore que, elle s’était montrée bien plus vive au dispensaire qu’ici. C’était une tout autre femme, et il se demanda si son estomac vide n’y était pas pour quelque chose. La combativité dépendait de l’énergie. Et l’énergie… on ne la trouvait pas à tous les coins de rue, en cette époque de troubles. Sa remarque sur la légèreté de certains congénères en quête de soin lui tira un sourire triste.

« Vous savez que vous avez le droit de porter réclamation face à de tels gestes inappropriés. Si un jour on vous ennuie et que je suis justement de visite au dispensaire… je me ferai un plaisir de remettre les choses à leur place, si vous voyez ce que je veux dire. Vous travaillez suffisamment dur pour en plus devoir subir ce genre de choses. Je me montrerai particulièrement intraitable vis-à-vis de mes compatriotes. »

Il inclina doucement la tête, rompant avec le bras de l’infirmière pour nouer ses mains dans son dos, sereinement.

« Moi, respecter vos traitements ? Je pensais que vous me trouviez trop léger quant à vos recommandations… »

La commissure de ses lèvres s’était retroussée, presque mutine. Il préférait prendre avec un peu plus d’humour leur dernière confrontation, surtout en la comparant à l’harmonie qui se dégageait de leurs silhouettes dans cette rue désertée de Paris.

« Il me semble normal de respecter les soignants. Je ne peux m’empêcher de penser au courage de vos pairs sur tous les fronts. Je n’ose imaginer les pertes sans la présence de la Croix-Rouge. Des médecins. C’est un domaine qui m’est totalement étranger. Ce qui me pousse à le respecter, inconsciemment. Je me sens tellement ignorant face au savoir du personnel médical, et c’est un sentiment qui doit étreindre beaucoup de soldats. »

Elle devait partir. Plus les mois s’écoulaient, plus les risques augmentaient pour elle. Pour sa santé physique et mentale. Pour son bonheur et sa tranquillité. Pourtant, il savait qu’il ne pouvait rien faire d’autre que lui prodiguer ces quelques conseils bien fades puisque provenant de l’ennemi incarné.

« Peut-être que votre famille a aussi besoin de vous. C’est justement lorsqu’on en est séparé qu’on s’en rend compte. Je parle par expérience personnelle. »

Son visage s’était refermé à nouveau, dépourvu de chaleur. Le spectre de la culpabilité ne flottait jamais très loin. Il pensa même à son père, dont l’absence lui avait si cruellement pesé.

« Vous vaudrez toujours quelque chose. Vous sacrifier et vous présenter en martyre ne servira pas à vous préserver vous. Il y a bien assez de malheur dans cette ville pour en rajouter davantage. Vous avez largement dépassé le cap des premières difficultés, comme vous dites. »

Et puis elle était seule. Désespérément seule. Edwin se sentit triste pour elle, avant de se retourner calmement quand elle sursauta en entendant une patrouille au loin. Il reposa un regard rassurant sur elle avant que celui-ci ne s’évade plus loin vers les bâtisses qui bordaient et fermaient la rue.

« Oh… Oui, exact, je suppose que c’est pour ça que vous vous êtes arrêtée. Je m’en vais et vous rends donc à votre liberté, mademoiselle. »

Ses bras se délièrent et il l’enveloppa d’un ultime coup d’œil dans un dernier soupir.

« Si vous avez besoin de quoi que ce soit… je peux vous fournir des vivres. Et si je ne peux pas vous l’ordonner, je vous demande instamment de prendre du repos. »

Avec délicatesse, il s’empara de sa main et l’effleura à peine de ses lèvres en guise de salutation,  avant de reculer et de se détourner. Il avait déjà fait plusieurs pas lorsque sa voix résonna, proférant l’évidence :

« Je ne souhaiterais pas une autre infirmière que vous. »
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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Mer 7 Oct - 22:58

Le rire n'est pas loin. Un rire pauvre, fatigué, mais un rire tout de même qui ne franchit pourtant pas ta gorge nouée. Seul un sourire désabusé vient souligner tes lèvres pour toute réponse à sa véhémence. Peut-on être si naïf ? Affirmer sans faillir que toute plainte légitime de ce genre sera entendue, que justice sera faite pour peu que tu le demandes. Oh, lui, dans son bel uniforme, dans toute sa fierté d'officier, sans doute le pourrait-il, oui ! Mais toi ? Toi qui n'est qu'une simple infirmière, une parisienne parmi tant d'autres, quelle clémence peux-tu espérer de l'Allemagne ? Ils sont sortis vainqueurs de ce conflit et c'est en tant que tels qu'ils vous traitent. Mépris et humiliation ne sont rien en regard de ce que vous pourriez avoir de pire à subir. Même les remarques déplacées que tes collègues et toi avez parfois à subir sont un mal bien bénin. Des compliments gouailleurs, tu en as connu bien avant les Allemands, tu en connaîtras après - s'il y a un après, ce que tu peines de plus en plus à imaginer. Comme autrefois, tu te contentes de conserver un visage impassible et d'accélérer le pas quand tu le peux. Non, ces hommes là ne sont ni pires, ni meilleurs que tes compatriotes. Ce n'est que leur accent et leurs origines qui rendent leurs mots plus insupportables qu'à l'accoutumée. Mais de cette haine qui couve en toi, de cette colère sous-jacente qui ne te quitte jamais vraiment, tu ne peux lui faire part. Tu ne le veux pas. Parce qu'il serait injuste de ta part de lui cracher au visage après sa sollicitude ce soir. Et par ailleurs... une fois déjà, tu as franchi les limites en sa présence et la menace qui grondait dans sa voix n'a jamais tout à fait disparu de ton esprit. Si humain qu'il puisse te sembler parfois, il demeure Allemand. Vainqueur. Il n'est pas un ami, ne le sera jamais, si louable que soit ses intentions, si cordiale que soit votre conversation.

Occultant volontairement le début de ses mots, tu raffermis ton sourire pour lui répondre. « Je n'y manquerai pas. D'ailleurs... » Le mot a jailli, appelant une suite qui ne vient pas. Sitôt envolé, sitôt regretté. L'espace d'une fraction de seconde, tu as hésité à évoquer Altenbach. Ce porc qui te poursuit de ses avances depuis des mois et dont chaque nouvelle apparition au dispensaire te terrifie. Tu ignores par quel miracle tu es parvenue à lui échapper tout ce temps et il serait plus que temps d'y mettre un terme. Mais tu ne peux pas. Il t'a vue soigner ce résistant. S'il venait à parler - et Dieu sait que tu n'as aucun doute sur le fait que cette ordure s'en ferait un plaisir - tu ne donnerais pas cher de ta peau. Tu ne peux pas te permettre de risquer d'attirer le moindre soupçon. Sans compter qu'en ces temps troublés où les autorités cherchent désespérément des coupables à blâmer suite à l'attentat, une telle accusation de complicité te vaudrait un aller simple et immédiat pour les bureaux de la Gestapo.
Alors, tu te ravises, retenant la fin de cette phrase qui ne vient pas et laisse s'installer un silence étrange. « Je n'hésiterai pas. ». La répétition vient, abrupte, brisant le violent sentiment de malaise qui s'est emparé de toi à la seule pensée du SS. Est-ce de l'avoir senti qui le pousse à ôter sa main de ton bras ? Impassible, il reprend son attitude de distance respectueuse qui te laisse plus fragile et plus déroutée encore. Tu devrais être ravie de ne plus sentir la chaleur de sa paume contre ta manche. Pourtant, tu as seulement... froid. Si froid... Tes bras se serrent sur ta poitrine pour mieux te protéger, bien que tu saches que la brise tiède du soir n'est en rien responsable.

Et soudain s'élève un rire léger. Bref, rauque, comme mal assuré après des semaines d'absence, mais un rire tout de même. Dont tu es la première surprise. Ton sourire s'est fait plus large, venant faire briller une étincelle amusée dans tes yeux. « Je pourrais compter sur les doigts d'une main les patients qui respectent vraiment leurs traitements. Et quelque chose me dit que vous en faites partie. » Tu jettes un rapide regard vers sa jambe avant d'ajouter, avec une malice qu'il ne te connaît certainement pas : « À moins l'amélioration que je perçois ce soir ne soit que l'effet du beau temps. »
Toute épuisée que tu sois, il est des réflexes qui la vie dure. Examiner inconsciemment les gens que tu croises en fait partie. Tu oses croire que c'est ce qui fait de toi une bonne infirmière, cette attention que tu prêtes aux personnes que tu côtoies quotidiennement. Ton empathie bien plus que toutes les connaissances médicales du monde, si indispensables soient-elles.  « Vous savez, c'est un savoir... comme un autre. Il peut être magnifique aujourd'hui, et terriblement frustrant demain quand nous nous révélerons impuissants. Et comme tout savoir, il vient avec son lot de responsabilités. Que je ne saurais pas renier, quoi qu'il advienne. » Tes yeux cherchent les siens, fermes malgré la fatigue. Il te semble qu'un souffle suffirait à te balayer. Mais sur ce point au moins, tu te sais capable de tenir contre vents et marées. « Même s'ils me manquent, ils n'auront jamais autant besoin de moi que tous ceux que je peux soulager en restant ici. Il y a bien trop de gens qui souffrent à Paris, je ne peux pas leur tourner le dos. Je n'en ai pas le droit. » Tu ajoutes, le ton hésitant : « Vous comprenez... ? » Ta voix s'est éteinte sur la question, qui reste en suspend, comme une supplication. Tu te rends compte en ce soir d'épuisement combien tu as besoin de la compréhension de ceux qui t'entourent - fut-ce cet officier allemand. Tu as besoin qu'ils cessent, tous autant qu'ils sont, de t'encourager à partir, à fuir. Leurs inquiétudes sont peut-être fondées mais elles te fragilisent, fissurent la carapace de certitude que tu as forgé pour tenir le coup.

« Ne vous inquiétez pas pour moi. Je n'ai besoin de rien, une nuit de sommeil et tout ira mieux. Et... je ne finirai pas en martyre. » Pas tout de suite... susurre une petite voix nasillarde au fond de tes pensées. Mais tu te diriges lentement et surement vers le poteau d'exécution. Tes paupières se ferment, se plissent, pour chasser l'image obsédante et effrayante qui danse derrière tes pupilles. Mais avant que tu n'aies pu en dire davantage, il se détourne, après un ultime geste qui te laisse... abasourdie, les joues empourprées. Et immobile. Bien qu'il se soit déjà éloigné de plusieurs pas, tu n'esquisses pas un geste pour rejoindre ton immeuble. La montée des étages te décourage par avance alors, tu restes là, à regarder sa silhouette se détacher sur le halo tremblotant des réverbères.
Et en réponse à son aveu, les mots sortent, spontanés. Émus. Sincères.
« Et je n'aurais échangé ma place pour rien au monde. »
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MessageSujet: Re: Il suffirait de presque rien... [Edwin]   Jeu 8 Oct - 9:56

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