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 Manèges et momies [PV Eddy]

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MessageSujet: Manèges et momies [PV Eddy]   Lun 27 Avr - 21:34

Eva soupira, puis jeta un regard vers la façade imposante du Louvre. Tout autour d’elle, les gens passaient. Certains d’entre eux se pressaient vers l’entrée du musée, d’autres en sortaient. Eva, elle, restait plantée là. Elle savait pertinemment qu’à un moment, elle devrait se décider à entrer. Mais elle n’en trouvait pas encore le courage. Comme si elle n’avait que ça à faire, passer son après-midi au milieu de vieilleries.

Eva n’aimait pas les musées, elle n’avait jamais aimé ça. Si elle y allait, c’est parce qu’on lui avait dit qu’Edouard Cabanel se trouvait ici quasiment dès qu’il avait du temps libre. Et Eva devait approcher Cabanel ; enfin, se rapprocher de lui, plus précisément. Depuis l’attentat de mai, le SD était à cran. De Mazan était parti on ne sait où, peut-être poussé vers la sortie, et Edouard Cabanel l’avait remplacé au pied levé. Sauf que Berlin voulait éviter à tout prix un autre désastre politique que fut le défilé de Glucks. Et on lui avait confié, à elle, la charge de surveiller Cabanel, d’entrer dans ses secrets et de voir s’il était vraiment l’homme fidèle à Vichy qu’il prétendait être. Evidemment, Eva avait été tout de suite la candidate idéale : jeune femme plutôt jolie, supposée cultivée, ayant une bonne position, et célibataire ; officiellement, elle devait lier une relation de confiance avec l’ambassadeur. Officieusement, elle avait vite compris qu’on l’avait choisie pour sa capacité à charmer Cabanel et, si besoin, nouer un peu plus qu’une simple relation de confiance. Idée qu’elle repoussait en son for intérieur avec conviction. Cabanel était un homme charmant, certes. Mais Eva commençait déjà à ressentir du dégoût à l’idée de passer des nuits avec Gabriel pour de l’information, alors si Cabanel venait agrandir la liste, c’était un poids en plus sur sa conscience.

Après plusieurs minutes, elle se décida enfin à se diriger vers l’entrée, paya son ticket et pénétra dans l’antre de l’art à Paris. Il manquait de nombreuses œuvres ; Berlin prenait les pièces maitresses méticuleusement pour les ajouter à la collection allemande. Mais Eva ne s’en émouvait pas plus que cela ; ce qu’il y avait en exposition l’aurait laissée relativement indifférente de toute façon. Elle erra ainsi un petit moment dans les galeries, faisant semblant de s’intéresser aux peintures et aux sculptures. Et puis enfin, au détour d’une antiquité peinte par un italien au nom suspect, elle aperçut Cabanel. Il semblait émerveillé par tout ce qu’il voyait, le chanceux. Elle s’avança vers lui avec un grand sourire. Le manège pouvait commencer, acte premier, scène deuxième, levé de rideau, la grande usurpatrice testait une fois de plus son stratagème. Et dire que Cabanel était peut-être inconscient de ce qu’il risquait.

« Monsieur l’ambassadeur ! Quelle surprise ! »

Elle attendit qu’il la vit pour lui faire un petit signe de la main. Arrivée à sa hauteur, elle remit rapidement une mèche de cheveux rebelles en place.

« Bonjour ! C’est drôle qu’on se retrouve ici. Vous vous souvenez de moi ? Eva Jürgen, on s’est rencontrés à votre soirée d’officialisation. »

Il avait plutôt intérêt à se souvenir d’elle. Eva avait savamment orchestré son approche lors de la soirée donnée en l’honneur du nouvel ambassadeur de Paris. Elle avait fait son petit numéro de charme, et elle avait senti que cela fonctionnait plutôt bien. L’ambassadeur, s’il n’était pas forcément intéressé ou charmé, était tout du moins intrigué. Ils avaient échangé un verre et quelques paroles, somme toute anodines, sur la nouvelle fonction d’Edouard et le métier d’Eva. La journaliste avait soigneusement évité toute question politique ou toute évocation des attentats. Le but n’était pas de mettre l’ambassadeur mal à l’aise, au contraire. Elle était repartie de cette soirée plutôt fière d’elle, et déterminée à faire plus ample connaissance avec cet ambassadeur, et mener sa mission à bien. Elle avait pas mal de pression de ses supérieurs, et Dieu savait qu’il ne valait mieux pas froisser ces messieurs, et cette mission était le meilleur moyen de montrer qu’elle était sérieuse. Surtout avec le désastre que devenait la mission Courrier, puisqu’elle n’avait pas encore débusqué la moindre taupe, et sa bourde avec Morris (encore non découverte, heureusement).
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MessageSujet: Re: Manèges et momies [PV Eddy]   Jeu 22 Oct - 23:44

Édouard Cabanel se laissa tomber sur un banc, poussa un profond soupir et ferma les yeux pour savourer au maximum cet instant de tranquillité. Ces moments-là avaient été bien rares au cours des dernières semaines qu'il venait de passer et il savoura pleinement le silence environnant, remerciant pour une fois le ciel – enfin du moins, Isis, Osiris et toute la Smala – que tous les visiteurs allemands du Louvre n'aillent guère jusqu'au département égyptien. D'ailleurs, à la réflexion, ce silence était un peu suspect puisqu'il avait amené sa petite fille avec lui pour lui montrer quelques sarcophages, qu'elle devait pourtant connaître par cœur puisqu'elle avait l'habitude de suivre son père dans tous ses déplacements dans sa seconde maison. Seconde pour le moment, car Edouard envisageait sérieusement de s'y installer si Madeleine continuait à le harceler pour avoir, au choix, de nouveaux avantages en tant qu'épouse d'ambassadeur ou des informations sur toutes les minutes qu'il passait loin d'elle, comme s'il se précipitait tout de suite dans les bras d'une maîtresse, ce qui, en soit, n'aurait pas été une perspective désagréable mais il avait déjà assez à faire pour en plus devoir prendre des heures à consacrer à une autre femme. Très franchement, en ces temps-là, le département d'art égyptien lui semblait beaucoup plus accueillant que sa propre maison où s'installait même de temps en temps son beau-père, Léon Claussat, avec toujours un bon mot pour lui rappeler ce qu'il lui devait. Au moins, on n'y manquait pas de statuettes égyptiennes malgré les départs des grands chefs d’œuvre dans des caches de province. Sinon peut-être un peu d'alcool mais vu son état de lassitude extrême, il valait mieux éviter de boire, même un peu, sinon il allait finir en chantant et dansant sur les sarcophages.
Non au moins, personne ne pouvait le dénicher, là où il se trouvait. Personne pour le féliciter à l'envi de son nouveau poste dont il se serait volontiers départi pou Debenoist ou De Boynes. Personne pour lui demander où on en était de l'affaire des prisonniers, pour lui rappeler qu'il avait des rendez-vous et plus aucune secrétaire pour échanger même un seul message avec Londres. La prochaine était censée arriver prochainement mais en attendant, l'informateur pour la France libre qu'il était se trouvait seul pour gérer une situation ingérable. À la réflexion, il valait peut-être mieux aller boire un verre, avec Reigner par exemple, qui n'était pas le dernier à se laisser corrompre par une nouvelle bêtise à aller faire au Caribou. Mais à défaut d'en trouver le temps, il s'était échappé quelques heures au musée du Louvre avec sa petite Léonie pour éviter d'avoir à supporter son épouse une minute de plus. Courageux mais pas téméraire, l'ambassadeur de Vichy ! Encore que, la mort à cause de Madeleine serait peut-être la plus douce qu'on pouvait lui offrir à l'heure actuelle.

Mais s'il s'était arrêté sur un banc en laissant Léonie s'éloigner pour jouer au milieu des œuvres d'art, s'il avait lentement adossé au mur en détendant tous ces muscles un à un et s'il s'était décidé à arrêter les faux-semblants, à laisser tomber ce sourire hypocrite et ce flegme qu'il ne ressentait plus guère, il n'était pas là que pour se faire plaisir. Il savait qu'il y avait encore eu de nouveaux arrivages de caisses au département d'art oriental, prouvant que les Allemands continuaient à piller les familles juives avec l'aval de Vichy. Et maintenant que son cousin était parti en province, il ne lui restait plus que Garance Boilly pour tenter d'y voir plus clair. Il pensait tomber sur elle assez facilement mais la jeune femme n'avait pas encore pointé le bout de son nez, ce qui ne pouvait tarder davantage, Garance vivait littéralement entre ces murs. En attendant, personne ne faisait attention à lui dans ces lieux, il était un anonyme comme les autres, à la découverte des quelques œuvres encore présentes, dans un temple de la culture dont la culture était partie. Hélas pour lui et le reste de sa journée, sa tranquillité serait de courte durée. Mais il avait tout de même de la chance dans son malheur car la personne qui l'avait repéré – et qui était même là pour lui, mais cela il n'était pas destiné à l'apprendre, était une jolie fille.

Rouvrant un instant les yeux pour découvrir que Léonie avait définitivement disparu (ce qui ne l'inquiéta pas, il était décidément un père indigne, mais il partait plutôt du principe que c'était si elle avait un problème qu'on l'aurait entendue), il maudit Madeleine d'avoir allumé Radio-Paris juste avant son départ non seulement à cause des inepties qu'il avait pu y entendre (et ce n'était pas que la cuisine des rutabagas) mais surtout parce qu'il se prit à chantonner à mi-voix une agaçante chanson qu'il y avait entendue :
- « Chantons, chantons Paris, le beau village
Gardons, gardons ses airs dans notre cœur
 ».

- Monsieur l'ambassadeur ! Quelle surprise !
S'interrompant brutalement – il avait déjà la réputation de vivre avec des statuettes égyptiennes, il allait s'éviter celle de chanteur de cabaret raté, même si Vichy aurait sans nul doute apprécié de savoir que son ambassadeur était, officiellement du moins, un fervent admirateur de Chevalier –, il se releva d'un bond en se demandant bien qui avait pu le surprendre. C'était une toute jeune femme aux traits fins qui lui adressait un signe de la main et s'avança d'un pas décidé vers lui en remettant ses mèches blondes en place derrière son oreille.
- Bonjour ! C'est drôle qu'on se retrouve ici. Vous vous souvenez de moi ? Eva Jürgen, on s'est rencontrés à votre soirée d'officialisation.
Pour être tout à fait honnête, Edouard mit un certain temps à la remettre. Il avait rencontré un grand nombre de personnes lors de cette soirée, toutes plus affables les unes que les autres – en plus de personnes qu'il n'avait pas du tout envie de voir là ou qui n'auraient pas du être là (merci Londres) –, aussi la jeune femme ne l'avait pas particulièrement marqué malgré son charme certain. Il répondit toutefois à son salut avec un sourire poli et laissa son regard courir le long de sa silhouette jusqu'à remonter à ses grands yeux bleus. Jusqu'à ce qu'il se souvienne d'elle, brusquement.
- Ah mais oui, bien sûr, nous avons bu un verre ensemble lors de cette soirée ! S'exclama-t-il, soudain beaucoup moins sur la défensive, car dans son souvenir, un peu incertain, certes (alors qu'il n'avait pas bu ce soir-là, c'était un comble), elle avait été fort agréable, vous êtes une journaliste du Courrier Parisien, n'est-ce pas ? Méfiez-vous, à vous retrouver ainsi sur mon passage, je vais finir par soupçonner que vous me poursuivez...., oui, poursuivit-il en notant son regard d'incompréhension, pour écrire un article sur moi. Mais je ne suis pas certain que l'ambassadeur au naturel au sein des collections égyptiennes du Louvre fasse un très bon article, les Parisiens n'iront guère se passionner pour mes passe-temps.
Bon visiblement, ça ne l'avait pas fait beaucoup rire et se sentant ridicule à trop expliquer sa plaisanterie, il lui suggéra plutôt de faire quelques pas en sa compagnie, parmi les sarcophages égyptiens que l'on n'avait pas réussi à déplacer lors des déménagements en province :
- Je suis en tout cas ravi de retrouver un visage ami, disait-il, mais dites-moi, vous travaillez bien avec Emy Hale, n'est-ce pas ? Il me semble la connaître...
Lui qui détestait Emy Hale épia la réaction de sa voisine, tout en se demandant de plus en plus ce qu'elle trouvait vraiment en sa compagnie. Ces quelques pas étaient-ils vraiment désintéressés ? Après tout, Edouard pouvait bien profiter de ces quelques instants avec une jeune femme charmante d'apparence agréable, sans conséquence. À un moment où il se sentait terriblement seul, c'était même plutôt une bonne chose. A condition de s'en débarrasser au bon moment, il n'avait pas l'intention de l'avoir dans les pattes au moment où il retrouverait Garance.

- Le département égyptien est vraiment le département que je préfère, expliqua-t-il avec un petit sourire, je pense que ce n'est un secret pour personne, surtout depuis que le gouverneur a fait son discours lors de la soirée où nous nous sommes rencontrés. Il a vraiment un grand intérêt pour toutes les avancées archéologiques de notre temps, j'ai pu d'ailleurs évoquer l'invention du concept de « Mésoamérique » avec lui par le père de mon ami Reigner, il est un homme de goût et...
Il avisa alors Garance Boilly à une embrasure de porte, venue visiblement pour l'aider et hésitant sur la conduite à tenir en le voyant avec une femme. Edouard ne put s'empêcher de pousser mentalement un juron en songeant qu'il avait été stupide de ne pas faire partir plus vite Eva Jürgen. Il ne valait mieux pas que cette dernière ait connaissance de l'amitié qui l'unissait avec l'attachée de conservation, les journalistes avaient tendance à fouiner partout et à trahir aussi vite (Emy Hale lui en avait donné la preuve), aussi préféra-t-il, aussi lança-t-il en direction de Garance, afin de lui indiquer de quitter les lieux :
- Ah Boilly, vous êtes là ! C'est vraiment mal fait les accrochages dans la salle des états, je ne sais pas qui était derrière... Vous ? Ah ben voilà, on voit très mal les tableaux, ils sont terriblement mal éclairés, il y a un reflet affreux qui empêche de voir la nature morte de Téniers. Vous devriez aller voir...
Garance, ayant visiblement compris où il voulait en venir, fit tout de même mine de maugréer dans sa barbe avant de s'éloigner et de laisser l'ambassadeur seul avec la jeune journaliste :
- Je suis désolé mademoiselle – vous êtes bien une demoiselle, n'est-ce pas ? Je suis terriblement impoli mais vous savez, en France, l'essentiel c'est de râler. Ça fait bon genre. Je parle, je parle et je ne vous écoute pas, veuillez m'excuser. Avez-vous l'habitude de venir au Louvre ? C'est la première fois que je vous vois ici, pourtant je suis sûre que vous avez du goût et que vous appréciez l'art, n'est-ce pas ?
Il se fendit d'un sourire charmeur et se passa les mains dans les cheveux pour lui faire une proposition qu'il aurait jugé, s'il avait été à sa place, particulièrement enthousiasmante :
- Si vous le désirez, je peux vous faire une petite visite. Cela me permettra peut-être de retrouver ma fille qui est partie jouer un peu plus loin en plus.
Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'une jolie femme s'intéressait à lui et aux œuvres du Louvre, il devait en profiter et sortir tous ses atouts. Il n'était pas certain qu'Eva, en face de lui, soit aussi enjouée à cette idée. Mais voilà ce qu'on risque à vouloir séduire l'ambassadeur de Vichy ! Ce n'était certainement pas lui qui allait faciliter la tâche à la jeune espionne...

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
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MessageSujet: Re: Manèges et momies [PV Eddy]   Lun 2 Nov - 14:19

Visiblement, Cabanel n’avait pas remis Eva de suite. C’était déjà un mauvais départ, la journaliste s’étant appliquée à se rendre plutôt sympathique et mémorable à la soirée d’officialisation de l’ambassadeur. Mais, au bout de quelques secondes, il sembla se souvenir, et se souvint même de son amabilité. Eva se décrispa, et lui adressa pour toute réponse un grand sourire. Cabanel tenta même une blague, enfin Eva comprit que c’était une blague lorsque l’ambassadeur se sentit obligé de l’expliquer. De toute évidence, il était bien plus doué en politique qu’en humour, mais la jeune femme força un petit rire en haussant les épaules. Effectivement, les parisiens en avaient autant à faire des balades d’Edouard Cabanel dans les galeries du Louvre que de la dernière robe de Frau Jaeger. Et encore.

"mais dites-moi, vous travaillez bien avec Emy Hale, n'est-ce pas ?"

Eva se figea l’espace d’un instant. La prenait-il pour une idiote finie ? Elle savait pertinemment que Cabanel et Emy se connaissait. Elle savait aussi pertinemment qu’ils entretenaient des relations plus que houleuses. Emy avait plusieurs fois pesté contre l’ambassadeur, qui était un incompétent, un abruti fini, un égocentrique, et j’en passe. Et elle n’allait quand même pas mettre sa collègue en porte-à-faux pour faire ami-ami avec Cabanel. Son manque de conscience n’allait pas jusque là.

« Oui, nous sommes effectivement collègues. Mais elle ne m’a jamais parlé de vous ».

Pieux mensonge, Dieu l’en garde. Mais elle accompagna cette hérésie d’un sourire angélique, histoire de compenser un minimum. Et en espérant que cela close la conversation sur Emy, qui était probablement un terrain risqué. Trop risqué pour l’instant pour que cela serve ses intérêts. Heureusement, visiblement Cabanel se contenta de son explication, et elle accepta volontiers de faire quelques pas avec lui. Après tout, elle était là pour ça, elle ne s’était pas coltiné les galeries égyptiennes du Louvre pour le plaisir de voir des momies et des statuettes.

Cabanel ne cessait de parler. Emy avait peut-être raison quand elle disait que l’ambassadeur était égocentrique… mais Eva l’écoutait patiemment. Après tout, l’homme semblait cultivé, et n’était pas inintéressant, bien que le concept de mésoamérique soit totalement abstrait pour la journaliste. Néanmoins, son flot de paroles fut interrompu brusquement. Eva avisa alors une femme à la porte, qu’elle ne connaissait pas du tout, mais que visiblement Cabanel connaissait très bien. Intéressant. La connaissait-il à cause de ses très nombreuses heures passées au Louvre, ou par d’autres biais ? Visiblement, la jeune femme brune travaillait pour le musée. Fausse alerte, dans ce cas, ce qui rendit Eva plutôt déçue. Elle qui croyait avoir des informations faciles…elle devrait creuser un peu plus néanmoins du côté de cette Boilly. Une fois la brunette partie, Eva reporta son attention sur l’ambassadeur. Enfin, il s’intéressait à elle. C’était une petite victoire pour la journaliste, elle avait réussi à attirer son intérêt. Elle sourit en coin avant de répondre.

« C’est un peu les deux, en fait. Mais peu importe. Je n’ai pas vraiment l’habitude de venir. J’essaie, quand j’ai le temps, mais le musée est grand, et rempli de richesses. Je dois avouer que c’est la première fois que je viens dans la galerie égyptienne. J’ai été intriguée par vos éloges lors de votre soirée d’officialisation, j’ai décidé de venir pallier à mon inculture. »

Elle rit légèrement. Ca, de l’inculture, elle en avait. Elle avait dû mettre les pieds au Louvre une fois depuis son parachutage à Paris, avant aujourd’hui. Les musées ne l’intéressaient pas. Elle s’ennuyait assez vite à regarder des vieilleries exposées dans leurs cages de verre. Oh, elle comprenait l’importance de se souvenir du passé de notre civilisation, sans aucun doute. Elle admirait ces gens qui passaient leur vie à chercher des traces de nos ancêtres. Mais pour sa part, elle n’était pas de ceux qui aimaient regarder dans les siècles passés. Elle préférait la science et le futur. Son propre passé la pourchassait bien assez comme cela, elle n’allait pas rajouter les dieux égyptiens au programme. Néanmoins, une visite guidée par l’ambassadeur français himself ne pouvait être qu’une bonne option. Elle pourrait ainsi le cerner un peu mieux, et le faire parler. Mais une ombre vint se greffer au tableau : la fille Cabanel. Bon sang, il avait amené une chiarde.

« Votre fille, monsieur ? Oui bien sûr, faisons donc cela. Je serais ravie de profiter de vos connaissances. Et de faire la connaissance de mademoiselle Cabanel. Elle apprécie le musée autant que vous ? »

Elle espérait bien que oui, ainsi elle ne serait pas dans leurs pattes. Eva n’avait clairement pas besoin d’une gamine qui monopoliserait l’attention de son père. Il y avait peut-être moyen de la perdre ? Dans un sarcophage, ou sous un banc. Voire l’amener discrètement dans la galerie grecque et la perdre au milieu des statues. Elle avait complètement oublié que Cabanel avait des enfants. Quelle idée de les amener au musée. Si elle avait eu un fils, elle ne lui aurait pas infligé cela. Si elle avait eu un fils…
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MessageSujet: Re: Manèges et momies [PV Eddy]   Sam 12 Déc - 0:23

Cela faisait bien longtemps qu'une femme ne s'était intéressée à Edouard Cabanel. Bien trop longtemps si on voulait son avis sur la question, d'ailleurs. Il avait beau être marié depuis plus de dix ans désormais, Madeleine n'avait rien d'une épouse très aimante et très affectueuse, au contraire. L'amour qu'il ressentait pour elle s'était émoussée dès les premiers mois après la cérémonie où il avait juré devant le maire de la prendre pour femme (tout simplement parce que les Cabanel comme les Claussat n'avaient pas grand chose à faire des prêtres et de Dieu), et il avait pris l'habitude d'aller voir ailleurs, si l'herbe y était plus fraîche et surtout si les bras y étaient plus chauds et les baisers plus doux. Sauf que depuis le début de la guerre, Edouard avait arrêté de jouer le joli cœur auprès des secrétaires et de ses amies d'enfance. Tout avait changé. Sa vie semblait s'être prise dans une sorte de tourbillon infernal qui ne faisait que le mener aux limites de l'acceptable, de la décence et de la moralité. Le tourbillon avait élimé sans aménité les avatars de son passé, son vieux pote Reigner, les camarades de son parti politique qui l'avaient mis à leur ban et ses conquêtes auxquelles il n'avait plus vraiment l'envie de sourire. Il était loin le Cabanel arriviste, tête à claques, charmeur qui invitaient quelques jeunes femmes pour lesquelles il avait eu des coups de cœur à l'hôtel, celui qui tombait amoureux d'un simple regard d'un joli visage, d'une silhouette voluptueuse et qui se lassait après quelques semaines. Ses multiples compromissions avec Vichy, les procès de l'infamie et son moral parvenu à un niveau assez bas ne l'incitaient pas à se laisser aller à des débauches futiles et faciles. Et puis, pour être tout à fait exact, il n'avait surtout pas le temps. Les jolies femmes, en plus de vous occuper l'esprit, avaient fortement tendance à grignoter vos heures de libre. Lesquelles se comptaient désormais sur les doigts d'une main en ce qui concernait Edouard qui avait bien tant de responsabilités (plus ou moins désagréables) en tant qu'ambassadeur de Vichy (non en fait, plutôt très désagréables). Il menait même déjà une double vie à cause de Londres dont les agents étaient même plus exigeants qu'une amante (et moins aimables), puisqu'il se devait de récolter informations et en plus de les transmettre à la fin de ses journées de travail à la radio (de travail, oui, c'était un travail à plein temps d'aller raconter des mensonges à la fois aux Allemands et aux Parisiens). Et quand il était chez lui, Madeleine, dont la joie de vivre et la gentillesse ne s'amélioraient pas à mesure qu'il grimpait les échelons (elle était persuadée qu'il avait une maîtresse, un comble) avait tendance à lui mettre chien et enfants sur les bras. En bref, s'il voulait encore dormir la nuit, il s'en tenait à une vie sentimentale calme, voire un peu monotone.

Du coup, quand Eva Jürgen sembla lui manifester un peu d'intérêt, il ne put s'empêcher de s'en sentir un peu flatté, de manière ridicule. Elle était jolie, avec son visage fin et ses boucles blondes qui tombaient sur ses épaules. Elle avait même deux beaux yeux bleus pour lesquels bien des hommes avaient du se damner. Et surtout, elle lui était d'une compagnie agréable, et semblait s'intéresser à l'art, il aurait été fou de refuser de discuter et de passer un peu de temps avec elle. Évidemment, il n'était pas exclus que sa motivation à venir lui parler n'avait été que due qu'à son poste d'ambassadeur à lui et à son travail de journaliste à elle. Mais dans tous les cas, Edouard n'avait pas l'intention de lui raconter des choses trop confidentielles, l’Égypte était un terrain neutre et combien même, il savait bien sa leçon, les oreilles étaient partout, même éventuellement derrière ces sarcophages de l'Ancien Empire (voire dedans, mais Edouard ne savait pas que les aviateurs canadiens y trouvaient cachette). Et si le régime de Vichy et l'occupation nazie avaient un avantage, c'est que la censure s'exerçait sur les journaux parisiens avec une efficacité redoutable. On ne pouvait plus écrire grand chose de négatif sur lui – combien même Eva allait avoir du mal à trouver des ragots croustillants sur sa passion pour l'Egypte antique. A moins que ce soit vraiment ridicule une passion pour l'Egypte antique ? Il lui faudrait songer à poser la question un jour. Eva en tout cas ne semblait pas être particulièrement proche d'Emy Hale, d'après la réponse laconique qu'elle lui fournit à son propos. Une chance ! Si Emy avait eu l'occasion de vitupérer à son égard, la belle journaliste n'aurait sans doute pas eu l'envie de lui adresser la parole – alors que d'ailleurs, c'est plutôt lui qui avait toutes les raisons d'en vouloir à Hale. L'ambassadeur était bien loin de se douter que l'intérêt de la journaliste n'était pas franchement motivé par un article ! Même si la découverte de ses activités illicites pourrait bien lui valoir une pleine Une...
- Je n'ai pas vraiment l'habitude de venir, expliquait Eva avec un demi-sourire et une voix douce, j'essaie, quand j'ai le temps, mais le musée est grand, et rempli de richesses. Je dois avouer que c'est la première fois que je viens dans la galerie égyptienne. J'ai été intriguée par vos éloges lors de votre soirée d'officialisation, j'ai décidé de venir pallier à mon inculture.
Edouard se fendit d'un large sourire et laissa même échapper un rire :
- Oh, le discours du gouverneur aura donc eu au moins un effet positif ! Vous avez bien fait de venir, on ne passe jamais assez de temps parmi les œuvres de l'humanité. Et encore, vous auriez du voir le Louvre avant que ses principaux chefs d’œuvre ne soient évacués en province... Le musée est tellement vide depuis. J'aurais tellement aimé vous montrer La Joconde !
Et en plus, il devait payer l'entrée, à l'inverse des soldats allemands, une honte de l'occupation. Mais évidemment, il garda cette pensée pour lui, se contentant de poursuivre avec un air plus sérieux, un peu à contre cœur :
- Mais évidemment, les œuvres reviendront quand la guerre sera finie et... que les Allemands auront ramené la paix en Europe.
Ce qui n'était donc pas demain mais Eva, aussi charmante soit-elle, n'avait pas besoin de connaître les véritables pensées d'Edouard sur la question. Combien même ses propres paroles le dégoûtaient. Quitte à être en bonne compagnie et à se détendre, autant laisser toutes ces bêtises de collabo au bureau, n'est-ce pas ? Ou dans la bouche de Félix Aurèle, encore mieux.

Heureusement, ils changèrent de sujet pour évoquer la petite Léonie qu'Edouard avait définitivement perdue dans les salles du Louvre, en père indigne qu'il était. En espérant qu'elle n'avait pas trouvé le moyen d'escalader un sarcophage ou de poursuivre les momies jusque dans les recoins interdits du musée (les Allemands étaient tellement sur les dents depuis l'attentat des Champs-Elysées qu'ils étaient capables de prendre la gamine curieuse aux milles questions pour une espionne en plus), il écouta d'une oreille distraite ce que lui disait la journaliste avant de lui répondre en avançant un peu dans les salles :
- Oh je vous en prie, appelez-moi Edouard, quand on m'appelle « monsieur », j'ai l'impression d'être mon propre père, tout vieillot et défraîchi. Nous n'avons pas besoin de tant de ronds-de-jambe. Et la mademoiselle, c'est Léonie, une abominable petite fille qui adore échapper à ma surveillance...
Bon d'accord, il ne la surveillait pas non plus, mais sur le principe !
- Elle vous passerait l'envie d'avoir des enfants ! Plaisanta-t-il, sans savoir qu'il mettait les pieds dans le plat, et qu'en plus, son humour n'était définitivement pas celui de la journaliste.
Mais heureusement pour Eva Jürgen dont on aurait pu attendre le commentaire, au même moment, une petite tornade blonde de sept ans se précipita vers son père pour lui tirer la manche, n'ayant visiblement eu aucun accident grave à base de chute ou d'arrestation sommaire, ce qui rassura tout de même légèrement Cabanel qui avait toujours eu un petit faible pour Léonie parmi ses trois enfants. Et qui accessoirement, n'aurait pas vraiment apprécié de se faire étrangler par son épouse parce qu'il passait plus de temps avec une jolie femme qu'avec sa propre fille.
- Et bien la voilà, s'exclama Edouard en lui saisissant la main, où étais-tu passée ?
Léonie allait visiblement répondre mais elle s'interrompit brusquement en considérant Eva qui se tenait à côté de son père et plissa les yeux d'un air suspicieux que n'auraient pas renié les policiers.
- J'étais allée voir la momie, rétorqua-elle de sa voix fluette avant de s'adresser directement à la dame, mais vous êtes qui, vous ? Je vous ai jamais vu avec papa, même à son travail...
- Allons, sois polie, Léonie, mademoiselle Jürgen est une... Une journaliste, finit par répliquer Edouard, embarrassé, dis-lui bonjour.
- Bonjour, s'exécuta la fillette avec une mine renfrognée, vous faites un article sur papa ? Qu'est-ce que vous racontez sur lui ?... Parce que papa, il dit que les journalistes ne peuvent plus vraiment écrire ce qu'ils veulent depuis la guerre.
- Cela leur évite de raconter trop de bêtises, plaisanta à nouveau Edouard en lançant une bourrade à la petite qui paraissait toujours perplexe, non sans jeter un coup d’œil amusé vers Eva en lui demandant à mi-voix pardon de l'impolitesse de sa fille préférée avant de retourner vers la gamine, mais tu ne voulais pas que je te montre le sphinx de Tanis ?
Après un accord enthousiaste de Léonie qui en oublia ses interrogations journalistiques et tout ce que son père avait pu dire sur le sujet (cela lui apprendra à trop parler devant ses enfants), ainsi qu'Eva Jürgen, Edouard proposa à Eva de les accompagner vers la salle où demeurait le sphinx :
- Il est bien trop lourd à déplacer, le directeur du Louvre n'a pas pu le faire partir en province pour éviter les bombardements, mais il est majestueux, vous allez voir.
Léonie était maintenant partie un peu en avant en sautillant, ce que Cabanel mit à profit pour se retourner vers sa compagne imprévue :
- Figurez-vous que je me suis déjà rendu à Tanis dans ma jeunesse, j'ai passé plusieurs mois en Egypte en compagnie d'archéologues de la mission française. C'est un endroit absolument magnifique, dès que l'on creuse le sol, c'est pour dénicher des merveilles incroyables. J'ai moi-même fait quelques fouilles pendant cinq ou six semaines, et me retrouver dans le département d'art égyptien ici... C'est un peu revivre ces bons moments.
Il avait pris le ton de la confession, espérant surtout, sans se l'avouer, impressionner un peu la jeune journaliste. Après tout ce n'était pas tous les jours qu'une jolie femme s'intéressait à lui, et il fallait bien en profiter un peu ! Pauvre Eva, sur le sujet de l'Egypte, Edouard était intarissable...

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
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MessageSujet: Re: Manèges et momies [PV Eddy]   Ven 8 Jan - 19:43

Le pieux mensonge de la journaliste avait semble-t-il fonctionné, et Cabanel ne put s’empêcher de se lancer dans une tirade sur la beauté du Louvre avant. Eva sourit, amusée ; l’homme semblait réellement passionné des œuvres d’art. L’inverse d’elle, en somme. Et évidemment, les œuvres reviendront à la fin de la guerre. La jeune femme ne répondit pas à cette remarque, mais ne put s’empêcher de se demander si Cabanel était si naïf que cela ou si sa réponse était purement consensuelle. La consensualité était une vertu en cette période, il fallait le dire, et d’autant plus pour un homme comme Edouard Cabanel. En tant qu’ambassadeur fraîchement nommé, il valait mieux pour lui qu’il lèche un minimum les pieds des l’occupant, sinon il risquait de se retrouver écarté comme De Mazan. Ou mort comme d’autres. Néanmoins, Eva espérait qu’il était conscient que si les Allemands gagnaient la guerre – et c’était ce que tout le monde disait, à défaut de le penser-, jamais le Louvre ne reverrait la Joconde, ni aucune des œuvres envoyées vers l’Est. C’était triste à dire, mais c’était comme cela. Partout où le Reich passait, il s’appropriait. Les belles œuvres du Louvre allaient sûrement devenir les belles œuvres de l’Altes Museum.
Ils avancèrent presque naturellement, l’un à côté de l’autre, à la recherche donc de la gamine Cabanel, qui n’était pas du tout prévue au programme. Cette petite embêtait bien Eva. Pauvre d’elle, qui n’avait rien demandé pour être la cible de l’agacement de la journaliste. Mais la jeune femme voulait être seule avec son père pour lui tirer quelques vers du nez, elle n’avait pas franchement envie de faire du Kindergarten.

"Oh je vous en prie, appelez-moi Edouard, quand on m'appelle « monsieur », j'ai l'impression d'être mon propre père, tout vieillot et défraîchi. Nous n'avons pas besoin de tant de ronds-de-jambe."
Eva émit un petit rire, qui ressemblait plutôt à un gloussement. On en était déjà à s’appeler par les prénoms ? A ce rythme-là, dans deux heures elle l’appellerait Eddy et lui ébourifferait les cheveux. Néanmoins, c’était bon signe ; un premier pas vers la confiance et les révélations.
"Très bien Edouard, ce sera donc Eva pour vous. Allons retrouver Fraulein Leonie."
"Elle vous passerait l’envie d’avoir des enfants !"
Eva contint sa réaction avec brio, mais son cœur manqua un battement. Quand elle voyait un enfant, aussi terrible soit-il, cela ne lui passait jamais l’envie d’en avoir. Cela lui rappelait juste qu’elle devait récupérer le sien. Cabanel ne pouvait pas le savoir, évidemment. Il avait simplement voulu faire de l’humour, elle ne pouvait pas lui en tenir rigueur. Mais elle aussi aurait rêvé pouvoir courir après Thomas dans les galeries du Louvre. Parlant de courir après, une trombine blonde surgit devant eux et sauta directement sur Edouard ; cela ne pouvait donc être que ladite Léonie, qu’ils n’avaient finalement pas dû chercher bien longtemps. Eva lui adressa un sourire amical alors que la petite se tournait vers elle, mais n’eut droit qu’à un interrogatoire en bonne et dûe forme. L’héritière Cabanel avait de toute évidence un sacré caractère. Restait à savoir si elle le tenait de son père ou de sa mère.

"Parce que papa, il dit que les journalistes ne peuvent plus vraiment écrire ce qu'ils veulent depuis la guerre."
Eva leva les sourcils, surprise. Papa Edouard avait donc un petit caractère également, ou en tout cas il n’avait pas la langue dans sa poche devant ses enfants. Et il semblait plus réaliste qu’avec le retour de la Joconde. Effectivement, les journalistes ne peuvent plus vraiment écrire ce qu’ils veulent. Voire plus du tout. Eva se voyait chaque jour écrire des sujets imposés par Gabriel Meilland. Elle osait parfois ouvrir sa grande bouche et protester, mais elle ne pouvait se le permettre que parce que Meilland et elle avaient une relation particulière, et qu’elle savait que les Allemands empêcheraient le rédacteur en chef de la licencier. Ou de la tuer. Mais à part elle, quiconque s’opposait trop fortement aux choix du rédacteur en chef risquait sa place et un petit mot glissé aux autorités en place, ce qui n’augurait rien de bon en général. Journaliste était un métier presque mort, en réalité ; Eva avait parfois l’impression d’être spécialisée en propagande. Il fallait juste attendre la fin de la guerre, peut-être le contrôle serait-il moins lourds. Ou pas, en fait. D’ailleurs, peu lui importait, à elle, elle ne serait sûrement plus journaliste une fois la guerre terminée.

Cabanel rattrapa le coup avec une boutade et un pardon lancé du bout des lèvres, et changea de sujet aussitôt. Le sphinx de Tanis était visiblement un bon moyen d’attirer l’attention de l’héritière ailleurs que sur Eva, ce qui ne déplut pas à la journaliste le moins du monde. Suite à l’invitation de l’ambassadeur, elle se dirigea donc avec eux vers ledit sphinx. Elle aurait sûrement à faire une mine émerveillée une fois arrivée devant, mais en attendant, Léonie s’éloigna un peu, et Cabanel en profita pour raconter un peu de sa vie. Ainsi donc, il avait participé à des fouilles. Cela expliquait un peu mieux sa passion pour les objets antiques confectionnés par des civilisations disparues. C’était une confidence intéressante, et Eva nota cela dans un coin de sa tête. Il fallait en profiter. Elle tourna un regard plein d’intérêt flambant vers son interlocuteur.
« Vous êtes allé en Egypte ? C’est incroyable ! Vous avez dû voir des choses fabuleuses".
Ce n’était pas tout à fait un mensonge. Voyager à des centaines de kilomètres devait être fabuleux. Découvrir une autre culture devait être fabuleux. Eva ignorait si elle aurait saisi l’occasion, si tant est que cette occasion se soit présentée. Mais Cabanel avait de la chance. Elle poursuivit sur un ton intéressé.
« Mais dites-moi, Edouard, comment un passionné d’archéologie comme vous s’est retrouvé sous les projecteurs du monde politique ? Ce sont deux mondes bien différents, tout de même. Bien qu’on pourrait facilement associer certains hommes politiques à des momies… », ajouta-t-elle avec un sourire amusé. Elle pensait à Lengefeld, mais ne dirait jamais cela devant Cabanel. On ne savait pas jusqu’où allait la défiance de l’ambassadeur envers l’Occupant, autant être prudente.
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Manèges et momies [PV Eddy]

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