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 Eclats de voix [Irina & Thibaud]

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MessageSujet: Eclats de voix [Irina & Thibaud]   Mer 30 Sep - 21:54

« MAIS J’EN AI RIEN A FOUTRE, SMOLENSKI ! »

Le cri avait fusé, et tout le QG d’Honneur et Armée put l’entendre distinctement. Thibaud, l’auteur de cette exclamation toute subtile, se passa une main dans les cheveux rageusement. Il ne les portait plus rasés comme il en avait eu l’habitude pendant des mois, mais légèrement plus longs. Cela le perturbait encore un peu parfois lorsqu’il observait son reflet, mais il trouvait que cela lui donnait un air moins militaire. Plus « civil ». Dieu sait pourquoi son allure civile le préoccupait ces derniers temps. Peut-être parce qu’une bombe avait explosé et qu’il se sentait un peu coupable. Ils avaient planifié toute l’opération, il y avait participé. Il avait agi en vrai stratège militaire, pensant aux résultats, envisageant quelques victimes collatérales. Sauf que Glucks était vivant et que les victimes collatérales se comptaient par dizaines. Quand il avait mis un visage, un nom sur ces morts, il s’était senti honteux d’avoir planifié une telle opération, sans penser qu’il mettait des civils en danger. S’embêter avec les morts, ça n’était pas dans les habitudes de Thibaud. Tout le monde mourait, lui avait-on appris en Russie, n’y pense plus. Mais là, c’était différent. Alors être un pur militaire ne lui convenait plus tout à fait.
C’était dans cet état d’esprit, morose, qu’il était ce jour-là, et Irina avait fait exploser la colère qu’il avait sentie monter depuis longtemps. La petite brune se tenait justement en face de lui. Elle avait un sacré caractère, du genre qui rendait dingue l’ouvrier parfois. Comme à l’instant. Ils avaient un désaccord, un vrai, un sérieux. Et aucun des deux n’était du genre à laisser tomber.

« Ecoute, Irina, Guillaume a confiance en ton jugement. Dieu sait pourquoi d’ailleurs. Mais pour ce qui est de ce genre d’opération, je crois que mon expérience est supérieure à la tienne. On parle d’une couverture là, pas d’un sabotage en pleine nuit. On va être exposés. Ton plan ne marchera jamais. »

Le groupe résistant préparait une opération sous couverture afin de récolter des informations concernant un traître parmi les résistants. A priori, il était au SOE, mais sa traitrise avait entrainé le désastre du défilé des Champs Elysées, et Guillaume et Thibaud s’étaient fait le serment d’aider à trouver et juger l’enfoiré qui avait trahi la cause. Sauf que Guillaume avait chargé Irina d’élaborer un plan, qu’Irina avait élaboré un plan absolument grotesque, et qu’elle essayait de le faire adopter par Thibaud qui devait mener l’opération. Et que Thibaud n’avait pas envie de suivre ce plan, persuadé qu’ils se feraient tous griller au bout de deux minutes et que tout ce qui l’attendait, c’était le peloton d’exécution. Le résistant se voyait mourir de façon nettement plus héroïque, pas en suivant les idées farfelues d’une aristocrate tsariste.

« Laisse-moi gérer cette opération et va faire l’inventaire de stocks, c’est plus dans tes cordes, OK ? Je crois même que certains uniformes ont besoin d’un peu de couture. »

Thibaud conclut sa tirade par un petit sourire moqueur. Il savait que cela ferait tiquer sa camarade, mais il était d’humeur à chercher la bagarre, alors autant aller jusqu’au bout. De toute façon, les tsaristes étaient belliqueux de base.
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Irina Smolenski
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MessageSujet: Re: Eclats de voix [Irina & Thibaud]   Lun 9 Nov - 22:09

« MAIS J’EN AI RIEN A FOUTRE, SMOLENSKI ! »

Je relevai les yeux brusquement, fixant celui qui avait osé m’interrompre d’une manière si impolie. Evidemment, c’était Thibaud, et cela ne m’étonnait pas plus que ça. Je connais le tempérament de Pelletier, et il avait l’air particulièrement sur les nerfs depuis l’opération qui avait mal tourné. Mais ce n’était pas une raison pour m’interrompre en pleine explication sur un plan que j’avais échafaudé toute la nuit dernière, dont mes cernes marqués malgré le maquillage étaient les seuls témoins.

Je tirais sur ma cigarette avant de continuer mon explication comme si de rien n’était, essayant d’ignorer l’aura massacrante de Pelletier que je sentais devenir de plus en plus lourde. J’avais misé sur un plan simple mais efficace : puisque nous étions pratiquement sûrs que le traître qui était responsable des morts du défilé des Champs-Elysées faisait partie du SOE, j’avais pensé que nous pourrions travailler avec Elsa, la tête pensante de la Brigade, histoire de vérifier les membres qui semblaient louches à nos deux organisations. Si la taupe était vraiment au SOE, il valait mieux enquêter sur les Anglais sans leur approbation ; De toute façon, ils nous suspectent sûrement de leur côté également. Aussi étrange que cela puisse paraître, j’avais prévu qu’Honneur et Armée et que la Brigade collaborent entre eux ; Après tout, nous avons le même problème et je suis sûre que nous pouvons trouver la solution ensemble. Je savais que cela n'allait pas plaire à tous les membres d'Honneur et Armée mais c’est une situation de crise, nous n’avons pas le choix. Nous sommes dans le même camp, non ? Autant être alliés.

« Ecoute, Irina, Guillaume a confiance en ton jugement. Dieu sait pourquoi d’ailleurs. Mais pour ce qui est de ce genre d’opération, je crois que mon expérience est supérieure à la tienne. On parle d’une couverture là, pas d’un sabotage en pleine nuit. On va être exposés. Ton plan ne marchera jamais. »

Je soupirais discrètement derrière ma cigarette. Il ne pouvait pas s’en empêcher. C’était encore Thibaud qui faisait des siennes. Malgré le visage calme que j’affichais, ma jambe trahissait mon agacement en tapant un rythme soutenu sous la table. J’essayais de garder mes nerfs pour moi, car je savais que me mettre en colère était l’un des passe-temps préférés de Pelletier, et je n’allais pas lui faire ce plaisir. Je relevai les yeux en direction des pupilles du Français quand il ajouta d’un air provocateur :

« Laisse-moi gérer cette opération et va faire l’inventaire de stocks, c’est plus dans tes cordes, OK ? Je crois même que certains uniformes ont besoin d’un peu de couture. »

Oh le saligaud. S’il croyait que je ne voyais pas au travers de son petit jeu, il se fourrait le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Le pire c’est qu’il savait que cela allait m’énerver ; Il avait apparemment bien choisi son jour pour la bagarre. J’écrasais d’un geste nonchalant ma cigarette finie avant d’en allumer une seconde, puis je lançai d'un air hautain :
 
« C’est vrai que Monsieur possède l’expérience nécessaire pour ce genre d’opération. Nous avons déjà pu le constater avec la bombe des Champs-Elysées. Laissons-le faire, et puis si cela tourne mal, cela ne fera que la deuxième fois. »

Il avait voulu me provoquer, mais il savait à qui il se frottait. Je savais où frapper, où faire mal. Tout le monde s’en voulait vis-à-vis de cette opération, et encore plus Pelletier, qui était en charge. Je ne voulais pas lui faire trop de mal là-dessus, mais le connaissant, se battre était le seul moyen pour lui d’arrêter de prendre toute la responsabilité, et d’enfin se laisser aller. Et puis quoi de plus normal qu’une querelle entre nous deux ?

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MessageSujet: Re: Eclats de voix [Irina & Thibaud]   Dim 29 Nov - 14:49

A la réflexion, il y était peut-être allé un peu fort. Irina avait à cœur de préparer des opérations qui tenaient la route, et en général elle ne comptait ni son temps ni son énergie quand il s'agissait d'Honneur et Armée. En témoignaient les cernes qu'elle avait tenté de masquer sous son maquillage, et qui dupaient sûrement une bonne partie des effectifs du réseau. Mais le communiste était persuadé que le plan de la princesse était voué à foirer de façon monumentale. Un pressentiment, peut-être accentué par l'espèce de paranoïa que le jeune homme entretenait envers les autres réseaux. L'idée de collaborer avec la Brigade ne lui plaisait pas du tout. Après tout, il y avait un traitre dans l'un des réseaux : il venait soit du SOE, soit de la Brigade, soit d'Honneur et Armée. Et puisqu'il ne venait pas d'Honneur et Armée – Thibaud en était sûr et certain, il venait de l'un des deux autres. Irina, comme beaucoup d'autres, était persuadée que la Brigade était hors de tout soupçon, mais ce n'était pas le cas de son camarade. Et Elsa Auray, qui dirigeait la Brigade, ne lui inspirait pas confiance. Il faut dire qu'elle ne faisait absolument aucun effort pour paraître ne serait-ce qu'aimable. Une porte de prison était plus conviviale que cette petite rousse. Cela n'aidait pas à créer des liens incitant à la collaboration. Mais pour une raison qui échappait à l'ouvrier, la princesse semblait s'entendre parfaitement avec Elsa. Les femmes, ces créatures échappant à toute logique humaine.

En tout cas, Irina ne sembla pas apprécier les remarques sarcastiques de Thibaud. Ce qui pouvait se comprendre. Thibaud était d'une humeur massacrante depuis les attentats des Champs Elysées. La colère se battait en duel avec la culpabilité. Et la princesse russe en était très bien consciente. D'ailleurs elle n'hésita pas à en jouer.
 
« C’est vrai que Monsieur possède l’expérience nécessaire pour ce genre d’opération. Nous avons déjà pu le constater avec la bombe des Champs-Elysées. Laissons-le faire, et puis si cela tourne mal, cela ne fera que la deuxième fois. »

Thibaud se figea net. Là, elle avait appuyé là ou ça faisait mal. L'envie lui prit de lui envoyer son poing dans la figure, après tout c'était comme ça que les hommes réglaient leurs comptes en général. Mais Irina n'était pas un homme, c'était une aristocrate, et Thibaud avait encore un semblant de bonnes manières.Il se contenta de lancer un regard noir à Irina.

« Tu te crois maline, Irina ? On est tous autant responsables pour ce désastre. La Brigade tout autant d'ailleurs. »

Il n'en croyait pas un mot, en réalité. Il se sentait responsable, seul responsable. Le massacre de tous ces parisiens lui pesait sur le cœur, de plus en plus lourdement chaque jour. Mais il n'acceptait pas qu'Irina puisse l'accuser ainsi devant une partie de ses hommes.

« Et si tu te plantes, et qu'Auray nous laisse tomber ? La Brigade, ils ne pensent qu'à eux, c'est leurs règles, leurs hommes. Ca ne me plait pas du tout. Si tu te plantes, tu met tous nos hommes en danger. T'as pensé à ça, entre deux copinages ? »

Il haussa les épaules.

« Moi, j'irai pas en prison pour la rousse. Et je pense qu'il vaudrait mieux pas que tu t'y retrouves, ils n'aiment pas particulièrement les russes. Parait que vous leur défoncez la figure à l'Est. »
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MessageSujet: Re: Eclats de voix [Irina & Thibaud]   Lun 28 Déc - 20:29

Cet éclat dans ses yeux, je le voyais. J’avais l’habitude des hommes, et ce regard ne trompait pas : il avait envie de fermer son poing, et de me le lancer à la figure de toutes ses forces. Ce n’était pas le premier à me regarder de cette manière, bien sûr, mais sans odeur de vodka ni encouragements des frères d’armes, je commençais à me sentir coupable. Il avait mal comme l’intégralité d’Honneur et Armée, c’était clair comme de l’eau de roche. J’avais ma part de responsabilité aussi ; Comme dans toutes les opérations de notre organisation. Parfois, je refaisais le scénario dans ma tête, qu’est-ce qu’on aurait bien pu faire pour arrêter le traître, ou ne serait-ce même pour l’apercevoir. Je ne pouvais pas croire qu’il était membre de notre groupe, ou du moins je ne voulais pas. Si c’est le cas, cela pourrait briser totalement l’incohérence de notre combat, ainsi que la confiance que nous plaçons en nos hommes et nos femmes. Et si la taupe fait partie de la Brigade ou du SOE, cela serait très mauvais pour eux également. Bref, ce n’était pas seulement une crise au sein d’Honneur et Armée, mais bien une catastrophe pour l’ensemble des réseaux de la Résistance.

« Tu te crois maline, Irina ? On est tous autant responsables pour ce désastre. La Brigade tout autant d'ailleurs. »

Ça me faisait mal de l’admettre, mais il avait raison. Tous les réseaux étaient responsables, et c’est pour ça que j’avais pensé à Auray. C’était bien la seule personne digne de confiance au sein de la Brigade, et puis elle me rappelait un peu Guillaume dans son attitude sérieuse et distante. Je n’ai jamais dit que la Brigade n’était pas suspectée ; En vérité, ni la Brigade ni le SOE ni même Honneur et Armée n’étaient hors de tout soupçon. La vérité, c’était que personne ne savait rien sur cette taupe. Qui que ce soit, il ou elle nous avait tous bernés, et peu importe son identité au fond, il peut au moins se vanter d’avoir semé la zizanie au sein des réseaux.

« Et si tu te plantes, et qu'Auray nous laisse tomber ? La Brigade, ils ne pensent qu'à eux, c'est leurs règles, leurs hommes. Ça ne me plait pas du tout. Si tu te plantes, tu mets tous nos hommes en danger. T'as pensé à ça, entre deux copinages ? »

Je voulus répondre avec toute ma spontanéité – un joli mot pour mon impulsivité – mais le tabac de ma cigarette m’irrita les cordes vocales et je fus prise d’une quinte de toux. Je fumais beaucoup trop depuis quelques temps. Guillaume m’avait déjà fait la remarque, et avait mis cela sur le compte du stress dû à la situation dans laquelle se trouvait le réseau que nous avons créé. Depuis ce qui s’était passé sur les Champs-Elysées, c’était le seul moyen que j’avais trouvé pour éviter de m’arracher les cheveux à trouver une solution qui ne mettrait pas en péril toute l’organisation.
Reprenant mes esprits, je répondais d’un ton blasé, chose assez rare pour être remarquée.

« Ecoute Pelletier, si t’as une autre idée, ne te gêne pas. »

J’ajoutai quelques secondes après, l’œil plus vif et la voix plus convaincue :

« Mais sache qu’être divisés ne va pas nous aider. Ce n’est pas le moment d’être égoïste. Ou paranoïaque. On se bat assez comme ça contre les Boches, on n’a pas besoin d’une guerre interne. »

« Moi, j'irai pas en prison pour la rousse. Et je pense qu'il vaudrait mieux pas que tu t'y retrouves, ils n'aiment pas particulièrement les russes. Parait que vous leur défoncez la figure à l'Est. »

Alors que je rapprochais mes lèvres du bout de ma cigarette, je ne pus retenir un ricanement. Je ne savais pas moi-même si c’était de la fierté nationale mal placée – si seulement il m’en restait un peu – ou si c’était juste la pensée de voir les Boches se faire humilier par des communistes alors qu’ils les traquaient en France. En tout cas, relâchant un nuage de fumée blanche, je répondis avec un sourire au coin des lèvres :

« Prévois la vodka pour le Cherche-Midi. Je ne voudrais pas me retrouver dans la même cellule que toi sans alcool. »
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MessageSujet: Re: Eclats de voix [Irina & Thibaud]   Sam 16 Jan - 18:18

Le ton montait et l’ambiance s’en faisait sentir. Thibaud le devinait bien, il voyait les visages des autres membres de l’auditoire se décomposer petit à petit, leurs regards fuyants ceux d’Irina comme du jeune homme. Lorsque la princesse et l’ouvrier se prenaient le bec, les personnes alentour avaient tendance à fuir. Comme s’ils risquaient quoi que ce soit ; il n’y avait qu’Irina qui risquait quelque chose, à trop ouvrir sa grande gamelle.
« Ecoute Pelletier, si t’as une autre idée, ne te gêne pas. »
A vrai dire, non, Thibaud n’avait pas d’autre idée. Cela ne changeait rien au fait que celle d’Irina était une mauvaise idée. C’était peut-être la seule valable à l’heure actuelle, mais elle était mauvaise. Et dans ces cas-là, valait-il mieux agir selon un mauvais plan ou ne pas agir du tout ? Thibaud était persuadé de la seconde solution. Irina, de toute évidence, de la première. Et il serait difficile, voire impossible, de la faire changer d’avis, comme chaque fois que la princesse avait une idée en tête.

« Mais sache qu’être divisés ne va pas nous aider. Ce n’est pas le moment d’être égoïste. Ou paranoïaque. On se bat assez comme ça contre les Boches, on n’a pas besoin d’une guerre interne. »
Pour le coup, Irina avait raison. Thibaud ne tenait pas tant que ça à diviser les membres d’Honneur et Armée. Il jeta un coup d’œil circulaire dans la pièce. Etait-ce ce qu’il était en train de faire ? Mener une guerre interne ? Il venait d’engueuler Irina en pleine réunion, d’essayer de saper son autorité. Après tout, c’était ce qu’il faisait chaque fois, que ce soit avec elle, avec Joseph ou avec Guillaume. Il était de ceux qui n’hésitaient pas à affirmer leur jugement. Mais cette fois-ci, peut-être était-il allé loin. Peut-être trop. Alors lorsqu’Irina esquissa un rire à l’évocation de la défaite allemande à l’Est, il sourit lui aussi. Son sourire s’agrandit à l’évocation de vodka ; il venait d’avoir une idée. La réunion prit fin quelques minutes plus tard, lorsque la princesse eut fini d’expliquer les détails du plan. Thibaud resta silencieux tout du long.

La soirée tomba et chacun vaquait à ses occupations. Thibaud s’approcha d’Irina, posa une bouteille de vodka acquise au marché noir ainsi que deux petits verres sur la table devant elle, et s’installa en face. En silence, il déboucha la bouteille et versa le liquide dans les deux verres.
« Si on doit aller en taule, autant s’entrainer maintenant. »
Il adressa un sourire à la princesse et passa une main dans ses cheveux. Il ne savait pas trop comment aborder la chose, donc soupira un coup et y alla franchement.
« Je suis désolé pour tout à l’heure. J’aurais pas dû me comporter comme ça envers toi. J’aime toujours pas ton idée, mais je n’aurais pas dû l’ouvrir devant les autres. »
Il haussa les épaules. En espérant qu’elle comprenne que parfois, son sang chaud lui jouait des tours. Que parfois, il parlait plus vite qu’il ne réfléchissait. C’était, sûrement, la raison pour laquelle Guillaume et Irina dirigeaient ce réseau. Mettez Thibaud Pelletier aux commandes, et tout le monde se fait prendre et exécuter en deux mois de temps. Guillaume, lui, il savait être un leader, celui qui élabore des plans réfléchis mais fonce en homme d’action. Et Irina, sous ses airs d’aristocrate russe, était de la même trempe, au fond, selon Thibaud. Elle cachait juste bien son jeu.

« C’est quand même con, qu’on soit aussi souvent en désaccord toi et moi. »

Con, parce que Thibaud respectait Irina, l’appréciait même. Elle était un élément de valeur et un sacré bout de femme, et il en était pleinement conscient. Il avait peut-être justement du mal avec les sacrés bout de femme, trop en avance sur leur temps.
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MessageSujet: Re: Eclats de voix [Irina & Thibaud]   Dim 7 Fév - 22:47

« Si on doit aller en taule, autant s’entrainer maintenant. »

On ne peut pas dire que la discrétion de l’ouvrier est réputée, et pourtant il avait réussi à me faire sursauter en posant deux petits verres sur la table sur laquelle j’étais encore en train de réfléchir à un meilleur plan en me tenant la tête. Moi qui croyais être seule, c’était raté. Les autres membres d’Honneur et Armée avaient décampé depuis plusieurs minutes, ou peut-être des heures ; Cette histoire me prenait tellement la tête que j’en perdais la notion du temps. Quand je relevai les yeux en direction de Thibaud, celui-ci était déjà en train de déboucher une bouteille de vodka, qu’il avait dû payer une fortune au marché noir. Je ne pus m’empêcher d’esquisser un sourire. Pelletier avait un caractère de cochon, cela ne faisait aucun doute. Jamais d’accord, toujours le type à discuter un ordre. Mais il n’était pas un mauvais bougre au fond. On peut même dire que c’était un homme bon, disons juste qu’il était… brut de décoffrage.

« Avec nous deux dans une cellule, le Cherche-Midi ne risque pas de faire long feu. »

Je bus mon verre d’alcool cul-sec, comme le veut la tradition. Je n’avais pas bu de vodka depuis longtemps, probablement depuis la dernière dispute avec la tête de mule qui était en face de moi. Alors qu’il passait une main dans ses cheveux, je remarquai qu’il les avait laissés pousser et que cela lui allait bien. Cela lui donnait un air moins conventionnel, plus sauvage, plus Pelletier en somme.

« Je suis désolé pour tout à l’heure. J’aurais pas dû me comporter comme ça envers toi. J’aime toujours pas ton idée, mais je n’aurais pas dû l’ouvrir devant les autres. »

Si je n’avais pas bu mon verre avant qu’il ne sorte sa réplique, je me serais volontiers étouffée de surprise. Si je m’attendais à recevoir des excuses de l’ouvrier un jour ! Lui qui d’habitude n’est pas prêt à revenir sur ses coups de gueule, Thibaud Pelletier en chair et en os mettait un mouchoir sur son orgueil. Je ne pensais pas être encore vivante pour voir ça.

« Ah ça, j’avais cru comprendre que tu ne l’aimais pas, mon idée. Mais j’accepte tes excuses. Quoique, tu peux les répéter, juste une fois ? Que j’en profite. Ça arrive tellement souvent ! »

Mon ton était moqueur, mais mon sourire était sincère. Une autre facette de Pelletier se montrait là, dans cette station qui nous servait de QG, un verre de vodka à la main. Qui l’eut cru ? N’importe quel membre de l’organisation qui nous verrait parler chiffon n’y croirait pas ses mirettes. C’est vrai que nos querelles étaient réputées pour être flamboyantes et sans issue, à moins que Guillaume s’en mêle. Mais nous n’étions pas ennemis, bien au contraire : nous sommes tous les deux un peu trop similaires l’un l’autre. Nous mettre dans la même pièce en cas de désaccord, c’est comme jeter une allumette dans une forêt ; Il ne faut pas s’étonner s’il y a des conséquences. Thibaud était bien différent de Guillaume, en tous points. Alors que mon patron savait trouver les mots pour calmer mes ardeurs, l’ouvrier adorait ajouter de l’huile sur le feu. A trop avoir le sang chaud, nous risquions de nous brûler tous les deux.

« C’est quand même con, qu’on soit aussi souvent en désaccord toi et moi. »

J’allumai une énième cigarette et ricanai. Je devais avouer qu’il avait raison, pour une fois. C’était un homme essentiel à Honneur et Armée, et ce n’était pas pour rien que Guillaume l’avait choisi. Il avait des compétences uniques et puis, il faut dire que c’est le meilleur sur le terrain. Mais il se laissait emporter par ses sentiments, et il le savait. Quand il n’était pas d’accord avec une décision, il fallait qu’il ouvre sa trappe. En ce point-là, je n’avais pas de leçon à lui donner, et il montrait par ce verre de la réconciliation qu’il pouvait faire son mea culpa s’il le voulait.

« C’est vrai, c’est con. Mais ce ne serait pas drôle si tout se passait dans le calme, tu ne crois pas ? »

Je versai de l’alcool dans nos verres respectifs, mais ne but pas le mien de suite. Je devais lui demander une faveur, mais était-ce le bon moment ? Je n’avais pas le choix, le risque était trop grand pour attendre. Je n’avais plus eu de nouvelles de Trinkl depuis quelques semaines, et cela ne m’inspirait rien de bon. Et si le chef de l’Abwehr avait des informations sur moi ? Et s’il avait découvert Honneur et Armée ? Je n’avais laissé aucune preuve, ni dit un mot, mais je savais qu’il avait son propre réseau, et je me méfiais de ses fouines comme de la peste. Je devais agir et vite, histoire de protéger un maximum de personnes. J’avalai le contenu de mon verre avant de lancer d’un ton solennel :

« Pelletier… »

Je soupirai, laissant mon orgueil de côté à mon tour.

« Je veux que tu me promettes de prendre ma place si jamais il m’arrive quelque chose. Ne laisse pas Guillaume tout gérer seul. »

J’ajoutai, en esquissant un sourire au coin des lèvres :

« Il a besoin d’une tête de mule à ses côtés. »
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MessageSujet: Re: Eclats de voix [Irina & Thibaud]   Jeu 25 Fév - 22:52

« Avec nous deux dans une cellule, le Cherche-Midi ne risque pas de faire long feu. »
Thibaud ne put s’empêcher de sourire à cette remarque. Oui, la prison ne tiendrait pas longtemps avec les deux camarades en son sein. Il s’imaginait bien faire tourner les gardiens en bourrique avec la complicité d’Irina. Ils en feraient un sport national. Ce serait presque drôle, en fait, d’atterrir au Cherche-Midi.
L’aristocrate se permit même de le taquiner sur ses excuses. Thibaud soupira, mais ne répondit pas. Il l’avait mérité, amplement même. Elle avait le droit de profiter de cet instant de gloire. D’autant plus que l’ouvrier ne s’excusait effectivement pas souvent. Il admettait déjà rarement ses erreurs, alors l’assumer à voix haute… Irina pouvait presque s’avérer chanceuse, à la réflexion. Et puis, comme elle disait, s’ils ne s’engueulaient pas, la vie serait tout de même vachement plus emmerdante. Leurs disputes, c’était un peu l’animation phare de la station Arsenal. Tous les membres d’Honneur et Armée savaient que Smolenski avait un sacré caractère, et que Pelletier était un casse-bonbons professionnel. Cela n’étonnait plus personne d’entendre leurs éclats de voix, en fait.
C’est en voyant Irina servir les verres mais ne pas se saisir du sien que Thibaud comprit qu’il y avait quelque chose qui tracassait la princesse. Il aurait dû le remarquer, dans son regard, sa voix, son ironie. Maintenant, c’était évident. Cela le devint encore plus lorsqu’elle l’appela avec un air si sérieux qu’il ferait frémir un comptable. L’ouvrier reposa le verre qu’il venait de prendre, s’attendant au pire.
« Je veux que tu me promettes de prendre ma place si jamais il m’arrive quelque chose. Ne laisse pas Guillaume tout gérer seul. »

Thibaud en resta bouche bée, silencieux pendant plusieurs secondes. Il n’en revenait pas d’entendre ça de la part d’Irina. Elle ne s’avouait jamais vaincue. D’ailleurs c’était presque une devise chez Honneur et Armée. On n’abandonne pas, on ne pense pas à la défaite. Irina, c’était celle qui motivait les troupes. La princesse que tout le monde pensait invincible. Elle ne montrait pas une faiblesse, et si elle n’avait pas été aussi jolie, on aurait même pu croire qu’en réalité elle arborait un organe masculin. Elle était plus couillue que certains hommes du réseau. Elle ne se plaignait jamais. Et là, elle parlait carrément du pire. Et elle lui demandait, à lui, de prendre sa place et de veiller sur Guillaume. Il passa une main dans ses cheveux, gêné. Les confidences et autres expansions sentimentales, c’était pas son truc.
« Franchement Irina, je suis pas sûr d’être le mieux placé pour seconder Guillaume. Je suis trop tête brûlée. Je sais pas mener des hommes, tu vois. Toi t’es douée pour ça, ils te respectent, ils te suivent. Et Guillaume, et ben….je crois que c’est de toi dont il a besoin. »
Il était sincère. Il appréciait travailler avec Guillaume, il était honoré de la confiance que le chef du réseau lui accordait. Mais Thibaud n'était pas un leader. Il n'en avait pas l'étoffe, et il n'en avait pas non plus vraiment envie. C'était beaucoup de responsabilités. Beaucoup de réflexions et de décisions à prendre sur le long terme. Thibaud, il agissait, il réfléchissait ensuite. Il ne saurait pas diriger Honneur et Armée et accomplir ce que Guillaume et Irina avaient accompli ensemble. Eux étaient des leaders nés. Il eut un léger sourire, tentant de dissiper l’ambiance morose qui s’installait.
« Mais t’es une fichue aristocrate russe. Il ne va rien t’arriver. Tu nous enterreras tous. Pas vrai ? »

Soudain, il s’assombrit. Peut-être qu’Irina était réellement inquiète, et peut-être qu’elle avait une bonne raison d’être inquiète.
« T’as des problèmes ? Tu t’es fichue dans la mouise ? Tu veux que je t’aide ? »
Ils avaient beau s’engueuler à tout bout de champ, Thibaud respectait Irina, et plus encore, il l’appréciait. Il ne connaissait aucune femme comme elle. Et si elle avait un problème, aussi petit ou gros soit-il, il était prêt à se tenir à ses côtés et à l’affronter avec elle. Ils étaient camarades, ils mourraient ensemble ou survivraient ensemble. C’est comme ça que Thibaud envisageait Honneur et Armée. Les soldats étaient solidaire jusqu’au bout, c’est comme ça qu’on lui avait appris en URSS. Même si le soldat en question était une femme. Un sacré bout de femme.
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MessageSujet: Re: Eclats de voix [Irina & Thibaud]   Mar 12 Avr - 21:06

Et ben ça alors, je ne pouvais pas croire que ma requête m’aurait permis l’impossible : surprendre Thibaud jusqu’à le rendre silencieux. Cela ne me rassurait pas du tout, au contraire ; Je comprenais sa réaction, surtout que cela fait quand même quelques temps que nous nous connaissons. Mais il fallait que je sois sûre de compter sur lui, ne serait-ce qu’au cas-où ma mission avec Trinkl ne se finirait pas comme prévue. Le fait est que j’avais mis ma vie en danger en toute conscience, et s’il fallait une tête à couper, autant que ce soit la mienne et pas celles des membres d’Honneur et Armée. Si torture il y a, je suis forte, je sais qu’aucun mot concernant l’organisation ne sortira de ma bouche. Mais les Boches ne s’arrêtent jamais : s’ils arrivaient à trouver des informations compromettantes, j’étais prête en prendre l’entière responsabilité, quitte à me retrouver au Cherche-Midi ; Mais s’ils parvenaient à obtenir des noms ou des points de rencontre d’une source anonyme – consentante ou non, peu importe, le résultat était le même – là il y avait de quoi s’inquiéter. Avant que le pire n’arrive, je préférais assurer mes arrières. Pelletier était loin d’être parfait, mais j’avais confiance en lui, et jamais il ne trahirait Guillaume ou Honneur et Armée. Jamais de la vie.

« Franchement Irina, je suis pas sûr d’être le mieux placé pour seconder Guillaume. Je suis trop tête brûlée. Je sais pas mener des hommes, tu vois. Toi t’es douée pour ça, ils te respectent, ils te suivent. Et Guillaume, et ben….je crois que c’est de toi dont il a besoin. »

Etrangement, je ne me faisais pas de souci en ce qui concernait Guillaume. Il restera fort jusqu’au bout, et il arrivera à mener la barque si jamais il m’arrivait quelque chose. Mais je savais aussi qu’il serait capable de se mettre lui-même en danger si j’étais dans les mains des Allemands. Il gardait peut-être une apparence froide et solide aux yeux du monde, mais il ne laisserait jamais tomber une amie. Pourtant, si les Boches se servaient de moi comme appât et que Vial se faisait attraper par ma faute, je ne pourrais jamais me le pardonner. Thibaud, lui, aurait peut-être un peu plus de recul… Quoique, il serait capable de vouloir faire péter le Cherche-Midi pour me faire évader. Heureusement que Guillaume le calmerait… comme il calme mes ardeurs à moi. Au fond, je sais qu’il a besoin d’une tête de mule à ses côtés, et Thibaud semblait coller au poste.

« Mais t’es une fichue aristocrate russe. Il ne va rien t’arriver. Tu nous enterreras tous. Pas vrai ? »

Je ricanai en soufflant du nez, tout en levant mon verre jusqu’à mes lèvres. Alors que la vodka envahissait ma gorge, j’eus une pensée pour mes parents, eux qui avaient sacrifié leur fortune pour survivre et offrir une nouvelle vie à leur fille. Il leur arrivait de se sentir nostalgique de leur vie d’avant, surtout quand le reste du monde était en guerre. Mais ils ne pouvaient pas rester. Pas avec l’autre moustachu de bolchévique, comme disait ma mère – alors que mon père râlait dans son coin de table, planqué derrière son journal. Moi, tant qu’il emmerdait l’autre moustachu de nazi, je m’en fichais. J’avais bien assez de problème comme ça, sans me mêler de géopolitique.

« Justement. Je suis russe, Thibaud. »

C’était pas la joie entre les Nazis et les Bolchéviques en ce moment, et il y avait plus de communistes dans le Cherche-Midi que d’inscrits sur les listes du Parti. La plupart des soi-disant « communistes » incarcérés avaient été attrapés dans les manifestations ou dénoncés par X collabo. Si ça se trouvait, tous ces gens ne croyaient pas plus en l’idéologie bolchévique que moi. Mais il fallait se rendre à l’évidence : il ne faisait pas bon être russe à Paris ces jours-ci. Dans le quartier orthodoxe, c’était le principal sujet de conversation. Il ne passait pas un jour sans que j’entende des rumeurs comme quoi les soldats allemands allaient descendre dans les appartements et fouiller les tiroirs dans l’espoir de trouver n’importe quel indice compromettant. J’avais beau en rire et me dire qu’en tant qu’aristocrate je ne risquais rien de ce côté-là, il n’empêchait que le fait que le petit appartement dans lequel je logeais soit cambriolé et fouillé de fond en comble ne me plaisait pas. Pas du tout même. Ils ne trouveraient rien qui concerne Honneur et Armée, mais si Trinkl lance une enquête sur mes moindres faits et gestes, cela va vite m’énerver.

« T’as des problèmes ? Tu t’es fichue dans la mouise ? Tu veux que je t’aide ? »

Je relevai le regard en direction de Pelletier, juste en face en moi. Nous restâmes quelques secondes à nous fixer dans le blanc des yeux. Il était sincèrement inquiet pour moi. Il avait compris la solidarité au sein de l’organisation – solidarité dans laquelle j’espérais qu’il n’y ait pas de traitre – et je lui en remerciais silencieusement. Sous cette peau de crocodile se cachait un petit cœur qui battait ; Comme quoi, nous n’étions pas si différents.

« Non, non, ne t’inquiète pas. C’est juste que… Faut qu’on trouve qui est la taupe, et avant que l’Abwehr ne s’en mêle. Si elle fait partie d’Honneur et Armée et qu’elle livre des infos, on est tous sur la sellette. Toi et moi peut-être plus que les autres…Camarade. »

Ma mission avec Trinkl était strictement confidentielle. Seul Guillaume était au courant – et bien qu’il n’approuvait pas du tout que je fasse tout mon possible pour avoir des informations directement de l’Abwehr, je n’avais pas l’intention d’abandonner. Seulement, il y avait une taupe au sein de la Résistance parisienne, et la trouver était devenu une priorité. Je ne voulais pas croire qu’elle fasse partie d’Honneur et Armée, qu’elle ait dupé Guillaume et les autres X. Mais il fallait se rendre à l’évidence : notre organisation n’était pas exclue dans la liste des suspects potentiels. Malheureusement.

« T’as quelqu’un de suspect en tête ? Je sais que t’as du flair pour ce genre de chose. » lui demandais-je d’un œil curieux.

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MessageSujet: Re: Eclats de voix [Irina & Thibaud]   Mar 6 Sep - 11:23

« Justement. Je suis russe, Thibaud. »
Le jeune homme ouvrit la bouche, pour la refermer aussitôt. Il savait qu’Irina avait raison. Elle était russe. Et une aristocrate en plus de ça. Elle faisait une cible privilégiée des contrôles allemands partout dans la capitale. Elle avait bien une tête de princesse en plus, ce qui n’arrangeait rien. Elle pouvait se faire contrôler à tout moment et se faire envoyer en prison pour une raison futile à tout moment. Et à ce moment-là, Guillaume se retrouverait seul à la tête d’Honneur et Armée. Thibaud ne pouvait même pas imaginer le réseau sans Irina. Elle était un sacré bout de femme.
Alors il lui demanda si elle avait des problèmes. Parce qu’elle pouvait très bien en avoir, et depuis longtemps, mais cela venait juste de lui effleurer l’esprit. Il s’imaginait Guillaume, Joseph et Irina invincibles, comme protégés par une sorte d’aura, sous le seul prétexte qu’ils étaient les têtes du réseau. Mais les têtes de réseau étaient justement ceux que cherchaient à faire tomber les nazis.
« Non, non, ne t’inquiète pas. C’est juste que… Faut qu’on trouve qui est la taupe, et avant que l’Abwehr ne s’en mêle. Si elle fait partie d’Honneur et Armée et qu’elle livre des infos, on est tous sur la sellette. Toi et moi peut-être plus que les autres…Camarade. »
Thibaud grimaça. L’abwehr. Il n’aimait pas l’Abwehr. Aimait-il seulement une institution allemande, ceci dit ? Il était capable de détester la saucisse juste parce qu’elle s’appelait « de Francfort », au point où il en était actuellement. Mais la taupe, un membre d’Honneur et Armée ? Cela lui paraissait incongru. Il y avait déjà réfléchi, et plusieurs fois. Il n’était pas le plus doué pour réfléchir, mais quel que soit le scenario qu’il envisageait, cela ne collait pas avec une taupe d’Honneur et Armée. Ces hommes, ceux qui faisaient partie du réseau, étaient loyaux et fidèles à Guillaume. Enfin, à X-1, ou Masséna, ou quel que soit le nom par lequel ils connaissaient leur chef. Ils étaient surtout loyaux à la cause. Ils savaient pour quoi ils se battaient. Ce n’était pas des enfants qui s’étaient engagés pour l’idéalisme ou parce qu’ils s’ennuyaient et ne savaient pas quoi faire d’autre. Ce n’étaient pas des rustres en recherche d’adrénaline. C’étaient des hommes conscients de la menace derrière la porte, conscients de risques, et conscients surtout que ce qu’ils faisaient, au sein de ce réseau, était juste et devait être fait. Thibaud ne voyait pas un de ces hommes les trahir.

« T’as quelqu’un de suspect en tête ? Je sais que t’as du flair pour ce genre de chose. »
Le jeune homme haussa les épaules.
« Mon flair me dit que ce n’est pas un des nôtres. Je pencherais pour la Brigade, si tu veux mon avis. Ces bonhommes-là, ce sont des hippies. Ils sont inconscients. Et leur chef est inconscient. Cela ne m’étonnerait pas que l’un d’eux ait été pris par l’appât du gain. Mais avec Guillaume on va enquêter partout. Et on va le débusquer, le traitre. Et il verra que ce n’était pas le bon choix à faire. »
Il sourit, un sourire un peu carnassier. De là où il avait fait son éducation, on tuait ceux qui trahissaient les leurs. Et on les faisait bien souffrir avant. Il finit son verre et le reposa sur la table.
« Bien, cette discussion fut pleine de surprises. Il est temps que je déguerpisse, je crois. Tu m’as foutu le cafard avec tes idées. Mais ne t’en fais pas, on fera en sorte qu’il ne t’arrive rien. Camarade. »
Et sur un nouveau sourire, celui-ci amical et chaleureux, Thibaud se leva et rentra chez lui. Toute la route qui le séparait de la planque d’Honneur et Armée à sa chambre, il pensait. Il réfléchissait. A Irina, à ce qui se passerait si elle était arrêtée. Au coup que cela porterait au réseau. Au coup que cela lui porterait, à lui. Il n’aimait pas l’vouer, mais il appréciait beaucoup la princesse. Il n’imaginait pas leur petit quatuor –Guillaume, Irina, Joseph et lui- fonctionner sans un de ses membres. Tout s’écroulerait si l’un d’eux venait à être arrêté, ou pire. La bataille n’aurait pas la même couleur. Alors il devait protéger Irina. Et les autres. Même s’il ignorait comment.
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