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 On choisit pas sa famille [Hasko]

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MessageSujet: On choisit pas sa famille [Hasko]   Mar 10 Nov - 12:24

17 octobre 1942


« Je n'ai plus revu Hasko depuis quelques jours maintenant. L'un de ses camarades croisé hier m'a appris qu'il avait été rapatrié sur Berlin pour blessure grave. Mais malgré tous mes efforts, je n'ai pu en savoir davantage. »

Tu relis encore une fois ces lignes, presque anodines au milieu de la longue lettre reçue la veille, et ton cœur tressaute à nouveau. À première lecture, tu n'avais pu retenir un hoquet de stupeur et les mots t'atteignent toujours aussi violemment. De ces longues missives qui te parviennent régulièrement, tu oublies parfois la provenance. Parce qu'elles n'évoquent ni la boue, ni le froid, ni le sang, ni la peur, tu en oublies la guerre qui retient Oswald loin de toi. Jamais il n'évoque ces tourments, te parlant seulement de camaraderie, de solidarité entre les hommes. Et ces omissions te conviennent à merveille. De l'horreur qui se déroule à l'Est, à des kilomètres d'ici, tu ne veux rien savoir. Tu ne veux pas imaginer. Tu ne veux pas faire face à l'idée qu'il puisse, un jour proche, être de ceux que l'on portera en terre.
Alors cette nouvelle soudaine, brutale... Tu ne parviens pas à l'assimiler. Les mots suivants n'ont que peu d'importance, sont une évidence. Bien sur que tu prendras soin de lui, que tu feras ton possible. Tu te serais démenée pour n'importe lequel de tes amis dans cette situation, alors ton Hasko... Quels qu'aient pu être vos différents par le passé, il reste ton beau-frère. Ta famille.

Toutefois, figée devant la porte qui t'a été indiquée, tu n'es plus si sure des raisons de ta présence. Tout ici sent la maladie et la mort. Les plaintes des blessés te parviennent à travers les portes closes, râles de douleurs insoutenables. Tu voudrais tellement tourner les talons... Il y a des mois de cela - des années, maintenant ! - lors de l'entrée en guerre, tu avais hésité à te faire garde-malade, à proposer ton aide à n'importe lequel des hôpitaux de la ville pour apporter soins et soutien aux valeureux hommes qui se battent pour la grandeur de l'Allemagne.
Un seul pas dans le hall du premier d'entre eux t'en avait dissuadée. C'est sur la chaleur boisées des parquets, dans le décor des tentures lourdes, les mains sur un clavier que tu t'épanouis. Certainement pas dans ces lieux trop propres, trop blancs, hantés par la peur et la mort. La lumière trop crue des néons te blesse les rétines, l'odeur âcre des chairs abîmées et des remèdes administrés te donne la nausée.

Aujourd'hui pourtant, tu n'as pas le choix.
À regrets, tu finis par poser ta main sur la poignée de la porte, songeant avec effroi à tous les miasmes qu'ont du y déposer les mourants auparavant. Et tandis qu'enfin, tu clanches, tu te promets de jeter tes gants à la lessive sitôt ressortie de cette antichambre des enfers.
Il est là. Silhouette trop reconnaissable. Trop pâle au milieu des draps immaculés, trop immobile. De ton poing fermé, tu retiens un cri d'horreur. Tu le dévisages la gorge nouée, glissant avec effroi sur le bandage tâché qui couvre une bonne partie de son visage. L'infirmière qui t'a menée là t'a expliqué qu'il n'était conscient que depuis la veille. Et sur l'instant, tu t'es réjouie de ce qui apparaissait comme une bonne nouvelle. Mais de le voir ainsi... tu te prends à espérer qu'il soit endormi, t'offrant ainsi la possibilité de fuir cet endroit.
Tu hésites. Tu tergiverses, n'osant partir quand tu en meurs d'envie. Et comme pour mettre fin à ton dilemme, il ouvre finalement les yeux. L’œil, celui qui n'est pas couvert de ce bandage affreux. Et tu t'avances tout doucement jusqu'à son lit.

« Hasko ? C'est... C'est moi. Katharina. »
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Hasko Landgraf
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MessageSujet: Re: On choisit pas sa famille [Hasko]   Dim 29 Nov - 23:35

Il rêvait.

Il était encore sur le front Est et il courrait, il zigzaguait dans les rues en ruines de Stalingrad. Il fuyait quelque chose. Les russes, les orgues de Staline, les blessés qui devenaient si vite des morts qu'il ne pouvait pas sauver, le regard sévère de Grüper, l'Allemagne toute entière qui lui criait qu'il avait failli, peut-être aussi ses propres idéaux et son impuissance. Le communisme n'était pas ce qu'il semblait être. Est-ce qu'il y croyait encore ? Hasko ne savait pas bien. Il n'avait pas de camarades du parti, de membres de la IIIe Internationale. Il avait vu des soldats aussi pouilleux et mal en point que lui, que les hommes de sa compagnie. Qui devenaient comme les soldats allemands des cadavres gelés dont la neige dévoraient le visage. Folie de deux hommes emportés par les tourments de l'Histoire...Staline valait-il mieux qu'Hitler ? La blague, c'était aussi un tyran. Et très honnêtement, il y avait fort à parier que le fait que Landgraf soit communiste indifférait profondément les russes qui leurs avaient tiré dessus. Ils ne renonçaient jamais. Rien ne comptait, sinon de tuer. Il ne les voyait pas, mais il les craignait. L'ennemi invisible. La pire chose qui puisse exister. Il n'était pas leur ennemi, parce qu'il ne croyait pas au Reich. Pourtant, il fallait qu'il se batte. Sinon il mourrait.

Il fallait qu'il coure, sinon il mourrait.

Peut-être que ce n'était pas la mort qu'il fuyait, simplement la douleur, mais elle le rattrapait à chaque fois, et il avait mal, et il ne voyait rien, et le sang l'aveuglait. Il courrait quand même, depuis que la bombe avait frappé. Mais ça ne s'était pas passé comme ça, il était tombé, il ne s'était pas relevé, il ne pouvait pas le faire. Ca s'était forcément passé autrement.

Il ouvrit brusquement les yeux. Essaya d'ouvrir les yeux fut plus juste, car il sentit rapidement une horrible douleur. Bien entendu. Il savait ça. Il lui manquait un œil, mais il lui semblait qu'il était encore là. Et une douleur fantôme prenait sa place, quelque chose du genre. Il aurait voulu arracher les bandages, se voir dans une glace, il avait essayé de le faire le jour d'avant, mais il en était foutrement incapable. Se lever demandait un effort surhumain qu'Hasko n'était pas en état d'accomplir. Les médecins lui avaient donné de la morphine en quantité importante. Trop pour qu'il puisse être parfaitement conscient – de toute façon, il ne pouvait rien faire d'autre que dormir, il était trop épuisé – mais pas assez pour que la douleur ne se remette pas à le ronger dès qu'il se réveillait.

Il fallait qu'il remette en ordre les pièces du puzzle. Hasko fit un effort de concentration important pour lutter contre les effets de la morphine et ne pas se remettre à somnoler.  Il était là depuis plusieurs jours. Il avait repris conscience hier. Il ne connaissait cependant pas la date exacte. Les médecins – c'était Friedrich Söberling qui était venu le voir, un de ses professeurs à l'école militaire – avaient précisé qu'il avait perdu définitivement un œil, mais que ses jours n'étaient plus en danger.  Il allait se remettre, il avait juste besoin de repos. Un général – ou un ministre, il ne savait plus - était venu le décorer, alors qu'il était encore inconscient. Il voyait encore la boite de la Croix de Fer posée sur la table de chevet, à coté de lui. Gantzer était venu le voir. Sa mère et ses sœurs aussi. Il ne les avait pas vues, il était inconscient.

Et maintenant, il y avait Katharina.

« Tu en fais, une tête...je suis vraiment...si affreux que ça ? »
Oui, en effet, il ne devait pas être très beau à voir. Il s'en doutait. Surtout pour quelqu'un qui n'avait jamais le front de l'Est – parce que la vérité, c'est que Hasko Landgraf était un miraculé. « J'ai eu...de la chance. C'est ce que les médecins....disent. » Il tenta de se redresser sur son lit, sans réel succès. « Le général qui est venu...lui, a dit que j'avais eu du courage... » Ni l'un ni l'autre n'était vrai. Mais il n'avait ni la force, ni l'envie de les contredire aujourd'hui, il rétablirait la vérité une autre fois. «  Ils m'ont donné la croix de fer. »

Comme si ça pouvait suffire. Comme si ça pouvait effacer toutes ces années où ils avaient pris des chemins différents et où ils étaient devenus étrangers l'un à l'autre. Katharina avait une amie, une vraie ami, et il ne savait pas si elle l'était encore, ni ce qu'il pouvait dire. Hasko aurait préféré la voir à un moment où il aurait été plus alerte, moins fatigué. Mais d'une certaine manière, il était dans son élément. Les hopitaux, secs et propres, bien allemands, où il avait appris son métier, lui étaient familier, les murs lui parlaient, le rassuraient. Il était à peu près en sécurité ici. Il n'était plus à l'Est.

« De quoi j'ai l'air ? »
Il esquissa un sourire. Peut-être qu'elle lui avait pardonné, et qu'elle avait appris par elle même ce qui lui était arrivé, ou peut-être était-ce son frère qui lui avait dit. Il s'en fichait. Katharina restait une figure familière et rassurante, plus qu'un officier de la Gestapo, peu importaient ses idées ou l'intention d'Oswald derrière tout cela. Et peu importait aussi, d'ailleurs, son désaccord avec ledit Oswald, il restait son frère, et soudainement, il fut maladivement inquiet pour ce frère qui était au front avec lui.

« Et Oswald ? Tu sais comment il va ? Toujours à Stalingrad ?... »
Il fit une pause. Il mourrait de soif, mais il n'y avait pas d'eau autour de lui. « Je sais que mère est venue me voir, mais je n'étais pas... réveillé. Je n'ai de nouvelles de personne, je dois dire. » Sauf des officiels, et des journaux. Un article par-ci par là de propagande. Triste d'en être rendu à ça.

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L'innocence aura raison du crime.
Tu ne dois pas pleurer. Tu es un Landgraf. Nous ne pleurons pas. Nous nous battons. + ms.palmer
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