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 Le jeudi, c'est permis ! [PV Eva]

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Augustin Chassagne
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MessageSujet: Le jeudi, c'est permis ! [PV Eva]   Sam 5 Déc - 19:33

Augustin fermait invariablement la librairie un jeudi après midi par mois. Il avait un rendez vous très spécial, qu’il n’aurait manqué pour rien au monde. Ces après midi là, Augustin pouvait courir, faire du vélo, visiter un musée...Mais pas tout seul. Un jeudi après midi par mois était consacré à son neveu,  Etienne Curinier, cinq ans et demi, vingt kilos d’énergie et un mètre quinze de malice. Est-ce nécessaire d’ajouter qu’Augustin adorait son neveu et qu’il était d’une coupable indulgence avec lui ? Non, vous l’aviez probablement deviné.

Tout avait commencé lors du traditionnel déjeuner dominical chez sa soeur. Valentine se plaignait qu’Etienne faisait du raffut tandis que ses soeurs prenaient leur cours de piano ou faisaient leur devoir. Et contenir un Etienne à la tranquillité était une tâche ardue, voire impossible. Augustin argua qu’à son age tendre, il était bien normal d’avoir besoin de se défouler, ce à quoi Valentine lui répliqua qu’Augustin avait beau jeu de prendre la défense de son neveu, vu qu’il ne se mouillait guère. Valentine avait raison, il dut le concéder, et proposa donc de jouer les tontons baladeurs un jeudi après midi par mois. Valentine devait très vite s’en repentir : son fils rentrait souvent épuisé, sale comme un gamin des rues, et malade de sucreries. Cependant le calme surréaliste qui régnait alors dans l’appartement valait bien ces menus désagréments.

Aujourd’hui était un grand jour. Aujourd’hui, il faisait beau et doux, et Augustin avait décidé que c’était le moment d’apprendre à Etienne à faire du vélo sans roulettes. Sa soeur vivant non loin du Jardin des Plantes, il était évident que ce serait le lieu parfait pour cet exploit international.
Il avait fallu dévisser les roulettes. Augustin, dans un orgueil tout à fait masculin avait refusé que le chauffeur s’en charge. Quand on était capable de faire cours à un amphi plein, de lire Suétone ou Platon dans le texte, ce n’était pas deux misérables roulettes qui allaient vous résister, que diable ! Valentine passa un moment fort divertissant à voir Augustin Chassagne, professeur agrégé de la Sorbonne, clef à molette dans la main, suant sang et eau pour retirer deux boulons et deux rondelles. Elle en rirait encore deux semaines plus tard…

Bref, nos deux aventuriers de la petite reine étaient là, prêts, devant une jolie allée de marronniers.  Augustin avait posé sa veste  et son chapeau sur un banc non loin, avait remonté ses manches, s’était assuré qu’aucun caillou traître ne vienne perturber cette première fois... Etienne avait enfourché son vélo, l’air farouche d’Hannibal sur son éléphant, prêt à traverser les Alpes.

“Écoute moi bien. Le secret de l’équilibre est la vitesse. Si tu ne pédales pas assez vite, tu tomberas. Je vais tenir ton vélo au début, le temps que tu roules à la vitesse voulue. Ensuite, je te lâcherai et tu continueras à pédaler. Tu sais comment on freine, n’est-ce pas ?” demanda-t-il, pris d’un doute subi.

Etienne jeta un regard blasé sur son oncle, jugeant inutile de répondre à une question si offensante. Après quelques secondes de réflexion, le garçonnet osa :

“Tonton Augustin, tu resteras à côté de moi, dis ?
-Sur mon honneur. Je vais courir, juste à côté. On y va ?”

Etienne reporta son regard sur l’allée qui devint tout à coup la piste du vélodrome de Paris  et inspira, nerveux.

“On y va.”

Augustin poussa le vélo en encourageant son neveu à pédaler aussi vite qu’il le pouvait. La bicyclette eut une trajectoire tout à fait erratique, obligeant Augustin à prévenir les promeneurs distraits.

“ATTENTION DEVANT ! Hé, matelot, tiens ton cap ! Le guidon, Etienne, le guidon ! Regarde où tu vas…”

Augustin lâcha le vélo deux secondes. Etienne s’en rendit compte et chut quasi instantanément.

“C’est pas grave. On recommence.
-Mais j’y arrive pas.
-Où tu as vu quelqu’un tout réussir du premier coup ? La persévérance est une variable incontournable.
-C’est quoi une variable ?
-Je t’expliquerais plus tard. Pour l’heure, sur Bucéphale, hardi conquérant !”

Le deuxième essai fut plus concluant, et Etienne réussit à pédaler une bonne dizaine de mètres sous les exclamations enthousiastes de son oncle. Courir et crier en même temps...Augustin n’avait plus vingt ans et n’était pas un sportif accompli. Il s’arrêta, les mains sur les genoux, reprenant son souffle, lorsqu’Etienne vit une dame blonde de dos, avec un manteau crème qu’il crut reconnaître. Il lâcha son vélo pour s’écrier avec une joie enfantine :

“MAMAN !”

Ce n’était pas maman. Etienne le réalisa lorsqu’il attrapa le dit manteau avec sa menotte pleine de sable et que la jolie dame se retourna.

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MessageSujet: Re: Le jeudi, c'est permis ! [PV Eva]   Mar 8 Déc - 22:51

C’était le jour de congés d’Eva ; le premier depuis des semaines. Entre le Courrier Parisien, qui lui prenait une bonne partie de son temps, et le SD qui lui mettait la pression depuis les attentats des Champs Elysées, la jeune femme n’avait pas eu beaucoup de temps pour elle. Tout Paris était à cran, elle le sentait jusque dans l’air, elle le voyait sur les visages, elle l’entendait dans les silences pesants dans les cafés. Paris avait été une si jolie ville, un beau gâchis. Elle ne s’attendait pas à revoir la capitale d’antan, pourtant en elle subsistait l’espoir qu’un jour, la splendeur reprendrait un tant soit peu ses droits. En attendant, elle se baladait dans un mois de mai trop gris.
Elle avait pris son manteau et avait décidé de marcher un peu. Errer dans les rues lui permettait de réfléchir à sa situation, à ses objectifs, à la façon de les atteindre. Gabriel commençait à poser problème, à soupçonner quelque chose de louche dans leur relation. Emy n’avait toujours pas craché le morceau sur la taupe résistante au sein du Courrier Parisien. Cabanel était naïf mais pas idiot, et elle n’avait rien obtenu de lui. Pas plus que de Brunel. En résumé, toutes ses pistes ne menaient nulle part, et Bergmann commençait à perdre patience. Elle était dans une situation délicate, et pour ne rien arranger, des imbéciles avaient eu l’idée de faire exploser des citoyens innocents. Personne ne l’avait prévenue quand elle avait été envoyée ici que les choses seraient de plus en plus compliquées.
Elle était dans perdue dans ses pensées et ses errements la menèrent au Jardin des Plantes. Elle aimait cet endroit ; il était empreint d’une sérénité qu’on trouvait rarement ailleurs. C’était une bouffée d’oxygène au milieu d’une capitale frénétique. Eva sourit : finalement, tout n’allait pas si mal.

« Maman !! »

La main qui saisit la sienne obligea la jeune femme à se retourner. Elle se figea à la vue du petit garçon qui lui faisait face. Thomas. Le cœur d’Eva s’emballa. Non, ce n’était pas Thomas. Son fils n’avait qu’un et demie, et le petit garçon qui venait de lui lâcher la main, penaud, en avait au moins quatre. Elle avait cru, pendant un instant. Mais son fils était quelque part, sûrement en Allemagne, loin d’elle. Et de toute façon, même s’il s’était trouvé à Paris, il aurait surement été incapable de reconnaitre sa mère. Elle ne l’avait tenu que quelques jours dans ses bras, des jours qu’il avait oublié depuis. Qui appelait-il maman désormais ? Si elle le retrouvait, l’appellerait-il Eva jusqu’à la fin des temps ? Elle adressa un sourire rassurant à ce petit garçon inconnu, qui désormais la fixait paniqué, se rendant compte de sa méprise, puis leva les yeux à la recherche de ce qui pouvait ressembler à un parent. Justement un homme arrivait en courant dans sa direction, grand, brun, élancé, essoufflé. Lorsqu’il fut arrivé à sa hauteur, le garçonnet courut se planquer dans ses jambes, ce qui arracha un nouveau sourire à Eva.
« Visiblement, vous et moi avons un enfant dont j’ignorais l’existence », lança-t-elle en blaguant à l’inconnu, persuadée d’avoir affaire au père. Conviction que l’enfant ébranla bien vite, de toute sa fougue.
« C’est pas mon papa, c’est tonton Augustin ! Et toi tu n’es pas ma maman ! »

Eva blêmit. Elle jeta un regard désolé à l’homme qui s’appelait donc Augustin, mais n’était pas le géniteur du garçon. Elle avait l’air ridicule maintenant. En même temps, le gamin ressemblait à son oncle, comment pouvait-elle deviner ? Elle s’adressa au petit garçon, toujours planqué dans les jambes de tonton Augustin.

« Non, je ne suis pas ta maman, mon grand, tu as raison. »

Puis releva les yeux vers l’homme, un petit sourire timide aux lèvres.

« Toutes mes excuses, j’ai cru que c’était votre fils. Vous, euh…je me sens un peu bête dans tout cela. »
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MessageSujet: Re: Le jeudi, c'est permis ! [PV Eva]   Jeu 10 Déc - 1:11

Sacrebleu ! Jamais deux minutes ! Vous voulez juste récupérer un peu d’air avant de ressembler à une cucurbitacée trop cuite, et pffuit, le môme fait une bêtise. Du coup, vous pouvez faire une croix sur vos précieuses secondes de pause pour aller réparer les dégâts. Et de se remettre à courir pour empêcher que la bévue ne s’élargisse jusqu’à devenir parfaitement irrécupérable.

Sale gosse ! Il aurait sa peau !

Etienne avait abordé une jeune femme. Comme ça, parce que ce nigaud avait cru voir sa mère. Comme si Augustin et lui ne l’avait pas laissé une heure plus tôt dans son appartement, contente de pouvoir répondre à son courrier, en paix. En même temps, c’est bien ce qu’Augustin enviait à l’enfance : la capacité de croire que les miracle existaient et que l’improbable était réaliste.
Il lui fallait reconnaître au moins ça au neveu : il avait du goût. La jeune femme n’était pas belle au sens classique du terme, mais elle était jolie avec ses grands yeux bleus innocents, une douceur dans les traits fort séduisante, et un sourire timide. Une délicate princesse russe... Oui, Natacha Rostov devait avoir exactement ce regard là. Son manteau lui allait à ravir, soulignant juste ce qu’il fallait de courbes féminines. Rien de pire que les planches à pain, du point de vue chassagnien.
Elle lui lança une plaisanterie et Augustin commença à sourire. Le sens de l’humour en plus ? Et bien, il ferait mieux de sortir avec Etienne plus souvent !
Il n’eut pas le temps de répliquer que le garçonnet remettait les choses à leur place, sur un ton des plus impolis. Et ça, Augustin ne pouvait laisser passer.

“Etienne, excuses toi immédiatement. Ce n’est pas ainsi qu’un gentilhomme se comporte avec une dame, inconnue qui plus est. Franchement, tu imagines le chevalier Lancelot s’adresser ainsi à la reine Guenièvre ?”

L’enfant pris son oncle au mot et regarda Eva, les yeux écarquillés :

“Vous êtes la reine Guenièvre ?”

Augustin sourit largement:

“Qui sait... Alors, ces excuses, chevalier Etienne ?”

Etienne baissa la tête.

“J’ai pas été gentil. Pardonnez moi.”

Augustin passa une main presque paternelle dans les boucles de son neveu, et reporta son attention sur l’inconnue, qui semblait mal à l’aise. Le ton qu’elle avait employé pour lui dire qu’elle n’était certes pas la mère...Il y avait un tout petit tremblement dans la voix, où Augustin rêvait ? Peut être n’avait-elle pas d’enfant ou ne pouvait-elle pas en avoir ? Peut être son fiancé était prisonnier ou mort à la guerre ? Comment pouvait-on être aussi jeune et avoir des regrets, déjà ! Foutue époque ! Elle était à l'âge où l’on devait se promener dans un parc, pendue au bras d’un godelureau, qui ferait son fanfaron et qui essayerait de lui voler un baiser derrière un arbre. Paris au mois de mai était fait pour ça. Pas pour qu’on promène sa solitude...
Et voilà qu’elle s’excusait maintenant d’une erreur tout à fait légitime. Augustin eut un sourire courtois. Pourquoi avait-il l’impression qu’un rien pouvait l’effrayer ?

Errare humanum est, perseverare diabolicum... Etienne est le fils de ma soeur, et nous avons les mêmes yeux, lui et moi. La méprise est compréhensible. Non, je ne suis que le tonton Augustin… Mais je réalise que je suis aussi impoli que lui. Augustin Chassagne.” conclut-il en lui tendant la main.

Il devait avoir l’air fin en bras de chemise, le cheveu décoiffé, les joues roses et le bas de pantalon poussiéreux. Oh, après tout, il devait avoir l’air de ce qu’il était : un oncle qui faisait faire du vélo à son neveu. Il n’était pas à la Sorbonne ou dans sa boutique...Cependant, les vieux réflexes avaient la vie dure. Heureusement qu’il portait au moins une cravate, comme toujours. Mais Augustin ne pouvait se défaire du sentiment qu’il n’était pas dans la pleine mesure de sa dignité à cet instant précis.


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MessageSujet: Re: Le jeudi, c'est permis ! [PV Eva]   Mar 15 Déc - 17:17

Tonton Augustin semblait tout autant à l'aise qu'Eva. La jeune femme se sentit désolée pour le petit marmot, qui s’appelait donc Etienne, et se fit réprimander ; mais ce sentiment se transforma vite en satisfaction amusée lorsqu’elle se vit comparer à la célèbre reine Guenièvre. Le tonton savait parler aux femmes, de toute évidence.

« Vous êtes la reine Guenièvre ? »

La journaliste ne put retenir un rire éclatant devant l’expression hébétée du jeune Etienne. Ce garçon était décidément trop mignon, et avait une naïveté attachante. Elle n’avait rien de Guenièvre, même si elle aurait bien voulu. La quête du Graal avait ce petit quelques chose de romantique et de mystérieux. Et le Roi Arthur et ses chevaliers étaient dépeints comme de valeureux chevaliers au physique intéressant. Elle se baissa à la hauteur d’Etienne lorsqu’il lui présenta ses excuses, et lui adressa un sourire chaleureux.

« Il n’y a pas de souci, messire Etienne. Vous restez mon chevalier préféré », ajouta-t-elle avec un clin d’œil, avant de se relever et d’adresser un sourire redevable à Augustin. Il n’était pas le père, mais il se comportait de façon plutôt paternelle avec le petit, et celui-ci lui lançait des regards pleins d’admiration et d’affection. Il y avait visiblement entre ces deux-là une affection considérable et profondément ancrée. Une affection qui était belle à voir, attendrissante, et rendait Augustin respectable, attachant même, aux yeux d’Eva. Le petit Etienne, quant à lui, avait déjà dérobé son cœur avec ses grands yeux et son franc parler.

Augustin lui répondit en latin, par une locution dont Eva ne comprit rien. Tonton était donc un intellectuel. L’inverse de la journaliste, qui avait déjà un peu de difficultés avec certains mots français (le vocabulaire se perdait vite et se rattrapait difficilement), alors apprendre les proverbes en langue étrangère…. Pourquoi les français se sentaient-ils obligés d’utiliser leur langue morte au lieu de leur belle langue actuelle ? Comme si le latin avait une signification plus grande que le français. La langue de Paris était déjà assez compliquée comme cela, pas besoin de la complexifier avec des proverbes de guerre latins. Est-ce qu’elle s’exprimait en ancien allemand, elle ?

Eva tendit la main à Tonton Augustin Chassagne, le sourire aux lèvres. Que de politesse, c’en était presque flatteur.

« Eva Jürgen. Désolée d’avoir interrompu votre activité vélo. Vous aviez l’air…impliqué », ajoutat-elle en souriant. Il faut dire que le grand brun avait les joues rouges, une coiffure qui devait être impeccable mais qui était désormais un peu bancale, et des vêtements qui avaient subi les tortures du Jardin des Plantes. Et même comme cela, il dégageait une certaine prestance, un charisme tranquille.

« J’apprends à rouler sans les petites roues ! », annonça Etienne avec un air fier, en bombant le torse.
« Ah oui ? C’est fort ça ! »
« Tu veux que je te montre ? »

Eva adressa un regard interrogateur à Augustin, mais déjà le petit avait cavalé vers son véhicule et se plaçait dessus, concentré. Elle haussa les épaules et invita Augustin à s’asseoir sur un banc en face.

« Excusez-moi, je vais me ridiculiser encore plus avec ma question, mais le latin et moi, nous ne sommes pas très amis. J’ai vécu trop longtemps en Allemagne, je crois. Que veut dire ce proverbe que vous avez utilisé ? »

Son amour-propre en prenait un coup d’avouer son inculture, mais après tout, tonton Augustin semblait de bonne foi, et mieux valait avouer son erreur que d’être hypocrite. De son côté, le petit Etienne avait du mal à rester en équilibre sur sa selle, mais essayait avec témérité. Eva se mordit la lèvre. Peut-être ne devrait-il pas être seul, peut-être aurait-elle dû l’empêcher d’y aller. Son instinct maternel l’incitait à aller l’accompagner, mais elle ne connaissait pas ce marmot, elle n’en avait pas le droit. Un jour peut-être elle aiderait son fils à faire du vélo.
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MessageSujet: Re: Le jeudi, c'est permis ! [PV Eva]   Mer 16 Déc - 22:50

Pour Etienne, l’affaire était entendue, la belle dame ETAIT effectivement la reine Guenièvre. Sinon comment expliquer qu’elle soit aussi gentille et qu’elle ait un rire si léger ? L’imagination enfantine coure plus vite que le vent. Il était le Chevalier Etienne, et ce n’était plus un petit vélo qu’il devait dompter mais un étalon des écuries royales. Il devait chevaucher son destrier pour aller tuer le vilain dragon qui en voulait à la vie de Dame Guenièvre.
...Autant dire qu’il n’était pas prêt de lâcher sa monture pour le moment. Ce qui allait donner à Augustin et à sa rencontre cinq bonnes minutes de répit. Au mieux.

Quant à Augustin, si il n’avait pas l’imagination aussi fertile que son neveu, il ne s’en trouvait pas moins charmé par les manières douces de la jeune femme. Il se retrouva à sourire largement sans véritable raison. Ce devait être son rire...Ou son sourire chaleureux. Ou ses yeux bleus délicats. Augustin ne savait plus bien.
Elle se présenta et Augustin faillit soupirer. Une allemande. On pense tomber sur Guenièvre et on se retrouve devant  Loreleï. Pour beaucoup, cela aurait pu changer la tournure de la situation, car il existait des personnes assez bêtes  en France, pour tourner les talons sur le champs, à la mention d’un nom germanique, mais pas Augustin. Pas lui, qui admirait la bonne littérature, qui avait donné des cours à Berlin et  à Vienne quand elles étaient encore des capitales de culture florissantes. Pas lui qui était incapable de mettre les personnes dans des cases et ne jamais les en sortir. Pas lui qui jugeait sur les actes avant tout.
Mais en ces temps compliqués, il aurait été plus simple qu’Eva fut française. Simple constat.

“Enchanté, Frau Jürgen. C’est incroyable, vous parlez français sans aucun accent.(Et de poursuivre en allemand). Ce qui n’est pas mon cas du tout.”

En effet, il avait un accent français des plus identifiables lorsqu’il passait à la langue de Goethe. La grammaire pouvait être impeccable, le vocabulaire aussi...Pour les oreilles, c’était une autre histoire. Et  c’était valable pour toutes les langues pratiquées par l’ex-professeur Chassagne.

Il rit, un peu gêné et se recoiffa sommairement avec les doigts.

“Avec les enfants, on ne peut pas faire semblant, ils le détectent tout de suite. Soit vous allez carrément dans leurs jeux, soit vous lisez votre journal. Pas de demi-mesure. Et puis, faire du vélo sans roulettes est un grand moment dans sa vie. Je suis content d’en faire partie.
J’ai deux nièces également, qui sont plus grandes. Avec elles, je fais plutôt dans le culturel : musées, pièces de théâtre, concerts…”


Augustin tout en parlant à Eva, jetait de brefs coups d’oeil sur Etienne, pour vérifier qu’il ne s’éloigne pas trop. Sa soeur lui arracherait vif les entrailles,  pour se faire des cordes de violon avec ses boyaux, si il perdait son fils en plein Paris. Le gamin bataillait mais insistait. Augustin ne put qu’approuver intérieurement : la persévérance était une vertu non ?

La suite le surprit un peu. D’abord, la mention “ j’ai vêcu trop longtemps en Allemagne” lui fit comprendre son erreur grossière. Elle n’était donc pas allemande. Et bien, il avait donc le fanfaron pour rien. Ensuite qu’elle assume son ignorance et qu’elle cherche à y remédier plut fort à notre cher professeur.

“Vous n’êtes pas ridicule. Si on ne pose pas de questions, on n’apprend rien. Et c’est là que l’on devient ridicule. Vous me suivez ?”

Augustin s’assit donc à côté d’elle, et entreprit de pallier à l’ignorance latine d’Eva Jürgen.

“Alors littéralement : se tromper est humain, persévérer dans l’erreur est diabolique...Cette maxime est attribuée à Sénéque, mais franchement, j’en doute. Tout d’abord, je vois mal un auteur latin parler du diable. Cette notion là ne voulait rien dire pour eux. Ils ne croyaient pas à l’enfer comme les chrétiens l’ont fait par la suite. Je serais plutôt d’avis que cette expression doit remonter au Moyen Age et tardif, qui plus est. Quand on a commencé à faire peur aux gens avec le Purgatoire, voyez vous. Avant, c’est peu probable. Voire impossible.( Il secoua la tête)
Et puis, le terme latin “errare” peut avoir deux significations : soit se tromper, soit errer. Et là, vous allez me dire, mais si on utilise le verbe “errer”, ça ne veut plus rien dire. Sauf…(En parlant, il leva un doigt tout à fait professoral) Sauf si on comprend le terme comme “errer dans le péché”. Et là, tout s’éclaire, vous ne trouvez pas ? Errer dans le pêché est humain, persévérer dans le pêché est diabolique. Ça sent bon l’encens et l’inquisition, ça, non ? Tout à fait médiéval.
Evidemment, il aurait été plus juste de citer Cicéron, dans le cas qui nous concerne : “Cujus vis est errare, nullius nisi insipientis, in errore perseverare”. L’erreur est une chose commune, seul l’ignorant persévère dans l’erreur. Mais ça a moins de gueule qu’”errare humanum est”, à bien y réfléchir.”


Puis, Augustin réalisa qu’Eva n’en demandait sûrement pas tant. Il eut une mine confuse et un petit sourire d’excuse.

“Quel veinard, je suis ! Vous n’êtes pas tombée raide morte d’ennui...Pardonnez moi.”

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MessageSujet: Re: Le jeudi, c'est permis ! [PV Eva]   Sam 9 Jan - 23:22

Augustin était sans nul doute un homme bien élevé, qui savait parler aux femmes qu’il rencontrait avec les bonnes manières qui flattaient toujours celles-ci. Rien que pour cela, Eva l’appréciait. Et puis, à voir la façon dont il se comportait avec son neveu, ce regard empli d’affection, elle l’appréciait d’autant plus. Le hasard faisait parfois de belles choses. Elle s’assit donc à ses côtés avec grand plaisir. La jeune femme n’osa pas relever sa remarque sur son accent français ; le nom de famille aux sonorités très allemandes qu’elle portait pouvait évidemment prêter à confusion. Son teint clair, ses cheveux blonds et ses yeux bleus également. Même son prénom pouvait très bien être d’origine germanique. Comme si la génétique et la chance avaient prévu l’intérêt futur de la jeune Eva pour ce pays. En revanche, elle fut surprise lorsqu’Augustin enchaina sur quelques mots d’allemand. Il avait beau ne pas s’en vanter, son accent était loin d’être si mauvais. Eva entendait tous les jours des gens massacrer cette langue beaucoup plus violemment que son interlocuteur. Ce qu’elle s’empressa de lui dévoiler avec un sourire.
« J’ai vu bien pire, vous savez. »

Et elle l’écouta attentivement lorsqu’il parla de sa relation avec son neveu, l’apprentissage du vélo, ses nièces. Ainsi donc il jouait également Tonton Augustin avec les jeunes filles. Ce devait être drôlement bien, d’avoir un oncle présent pour nous faire découvrir les choses de la vie. Eva n’avait jamais eu cela. Elle n’avait toujours eu que ses parents, et ceux-ci n’avaient jamais assez de temps pour lui faire découvrir quoi que ce soit. Et puis, après, ses fréquentations n’étaient pas du genre à faire découvrir autre chose qu’une nouvelle astuce pour voler et truander. Emil lui avait fait découvrir l’art, un peu : la poésie, le cinéma, la musique. Trop peu pour qu’elle puisse réellement en parler. Ce qu’elle savait, elle l’avait appris seule ; et c’était bien dommage. Les neveux et nièces d’Augustin auraient la chance d’être accompagnés. Thomas était-il accompagné dans sa découverte de la vie ? Elle l’espérait, très fort.

Vous n’êtes pas ridicule. Si on ne pose pas de questions, on n’apprend rien. Et c’est là que l’on devient ridicule. Vous me suivez ?
Elle le suivait. C’était une façon originale, mais bienveillante de présenter les choses. Augustin était définitivement un intellectuel. L’inverse d’elle. Mais une aubaine pour elle, il était de toute évidence prompt à la pédagogie. Elle n’eut plus honte d’avoir posé la question, tout à coup. Elle était juste contente de pouvoir apprendre quelque chose.
Et pour apprendre, elle apprit. En fait, au lieu simplement de lui traduire l’expression, le grand brun se lança dans un exposé sur l’étymologie, l’Histoire et la philosophie de ce proverbe. D’abord hébétée, Eva fut très vite intriguée. L’homme savait clairement de quoi il parlait, et non seulement il semblait expert, mais en plus passionné. Et il avait cette façon de ponctuer ses paroles de gestes qui confinait au fascinant. Eva écouta son exposé avec grand intérêt, buvant l’explication, enregistrant l’explication. Tout cela, pour un proverbe d’une langue morte ? Peut-être la jeune femme devrait-elle changer son avis sur le latin et son utilisation, finalement. La langue ancienne recelait plus d’intrigues et de charme qu’elle n’y paraissait. Ses préjugés venaient d’en prendre un sacré coup, tout comme son inculture.

Quel veinard, je suis ! Vous n’êtes pas tombée raide morte d’ennui...Pardonnez moi.
Eva resta silencieuse un instant devant le sourire gêné d’Augustin. Puis elle ne put retenir le rire qui franchit ses lèvres, haut et clair.
« Excusez-moi, je ne me moque pas de vous », dit-elle ensuite, un sourire aux lèvres.  « Au contraire, j’ai trouvé ça très intéressant. Je ne savais pas qu’un si petit nombre de mots pouvait contenir autant d’Histoire et d’interrogations. Et grâce à vous, je ne deviendrai pas diabolique en persévérant dans mon erreur. D’ailleurs, pour vous éviter de vous diaboliser vous aussi, je ne suis pas allemande. Enfin, je le suis par mariage. Je suis née ici même. C’est un peu….compliqué », ajouta-t-elle en haussant les épaules. Oh oui, compliqué était le mot. Mais peu importait, elle n’était pas là pour parler d’elle. Elle s’arrêta une seconde, son attention portée sur Augustin. Il ne payait pas de mine, ce grand brun un peu gauche. On aurait dit qu’il ne savait pas bien quoi faire de son corps. Mais dès que son esprit s’exprimait, alors l’homme brillait.
« Vous êtes professeur, n’est-ce pas ? Vous avez une telle façon d’exprimer les choses ! Je n’ai pas eu l’occasion de voir beaucoup de professeurs en action, mais si je devais les imaginer, ils auraient les mêmes gestes que vous. »

Elle n’avait pas dit ça comme une offense, au contraire. C’était plutôt un compliment. Pour Eva, qui n’avait jamais vraiment été à l’école, les professeurs étaient des gens intelligents et cultivés, le genre qui rendait les choses insignifiantes tout à coup pleines d’intérêt.
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MessageSujet: Re: Le jeudi, c'est permis ! [PV Eva]   Mer 26 Oct - 22:20

J’ai vu bien pire, vous savez.

Augustin lui sourit franchement.


Vous êtes diablement indulgente. Merci de brosser quelque peu mon égo. J’en ai bien besoin au vu de ma mise déplorable.


Une manière de s’excuser de sa tenue. Il n’était pas à son avantage, vraiment pas. Même si on aimait les grand escogriffes bruns d’un certain âge. Ce qui réduisait considérablement la population féminine de Paris, hélas.
Et puis, elle partit à rire. Un rire délicat et...délicieux. Augustin était prêt à ne vraiment pas lui en vouloir, voire à en rajouter si elle pouvait avoir encore ce rire si rafraîchissant. Il en était tout rassoté, ce grand nigaud. Allons, allons, Chassagne, on garde le dos droit, on reste un gentleman et on pense à la ligne bleue des Vosges… Bleue comme ces charmants yeux qui le fixaient...Non, non, on se reprend. Ce n’est parce qu’on est à Paris, un jour de congé, que c’est le mois de mai, que les magnolias embaument l’air d’un parfum tentateur, qu’il faut tomber dans la bluette !
Augustin tourna son regard vers Etienne qui bataillait avec son vélo d’un air décidé. Il pédalait comme si sa vie en dépendait, et ma foi, il arrivait à tenir droit presque trente secondes. Ce n’était plus qu’une question de minutes avant que le garçonnet réussisse à faire du vélo comme un grand. Resterait à apprendre à tourner sans rencontrer un arbre…


J’ai tendance à m’emballer, je l’avoue. Les mots ont leur histoire propre, et ce sujet ne finira jamais de me passionner. Les mots, les livres...sont une grande partie de ma vie.



La plus grande à ne pas douter. Quand elle essaya de s’expliquer, Augustin lui répondit simplement.


Vous n’êtes pas obligé de me donner des éclaircissements. C’est le moi de mai, il fait beau, soyons juste Eva et Augustin qui viennent de faire connaissance sur un banc du Jardin des Plantes, voulez vous ? Nous ne sommes pas contraints d’évoquer des choses désagréables ou compliquées.



Et voilà, elle était mariée...Mais bien sûr, qu’est ce qu’il croyait ? Que le bon Dieu allait être aussi affable avec lui ? Non, puisqu’Il avait un malin plaisir à transformer la vie amoureuse d’Augustin Chassagne en tour de grand huit sans beaucoup de sommets, malheureusement. Le wagon de l’amour roulait à ras la moquette, les trois quart du temps. Il aurait pu être moine, que cela aurait été pareil...Quoique les moines n’allaient quand même pas à Pigalle de temps à autres, non ? Non, peu probable…
Le décor était planté. Augustin Chassagne pouvait remballer ses envies de conter fleurette au fond de sa poche, et mettre son mouchoir par dessus. Il n’était pas le genre à courtiser la femme d’un autre. C’eût été en dessous de sa dignité. Il avait des principes sur lesquels il ne dérogeait pas. Sinon, il n’aurait plus été lui même. Le monde pouvait bien devenir fou, il fallait que certains hommes tiennent le cap. Augustin était de ceux là, qui perpétuaient une certaine politesse surannée, une courtoisie hors d’usage, toute française au demeurant.


Je l’ai été, en effet. A la Sorbonne, et dans différentes villes d’Europe dont Berlin. Je suis libraire, maintenant, près de Bastille. C’est une vie beaucoup plus calme. Il n’empêche que je me retrouve à pérorer régulièrement pourvu que je trouve un auditoire attentif. Chassez le naturel…



Etienne Curinier revint vers eux. Il avait du sable dans les cheveux, sur la joue, un genou écorché et une petite moue crispée qui rendait évidente son envie de pleurer ainsi que sa farouche volonté de n’en rien faire. Misère ! Augustin avait tourné la tête moins d’une minute et le petit s’était fait mal.
Augustin sortit un mouchoir de sa poche et le passa sur le museau du gamin.


Ce sont les risques du métier, Messire Etienne. Allez, viens, je vous invite, toi et la reine Guenièvre à manger un bon beignet pour fêter ton courage ! Avec une limonade en prime ! J'espère que vous aimez la limonade ? dit-il avec un grand sourire malicieux.

Oui, parce qui n'aimait pas les beignets ? A ces quelques mots, le sourire perçait sous les yeux pleins de larmes du garçonnet. Une overdose de saccharose ! Merveilleux ! Fabuleux ! Cela guérissait tout...De l'humiliation au genou écorché...

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MessageSujet: Re: Le jeudi, c'est permis ! [PV Eva]   Dim 30 Oct - 0:58

« Vous n’êtes pas obligé de me donner des éclaircissements. C’est le moi de mai, il fait beau, soyons juste Eva et Augustin qui viennent de faire connaissance sur un banc du Jardin des Plantes, voulez vous ? Nous ne sommes pas contraints d’évoquer des choses désagréables ou compliquées. »
Eva sourit. Elle aimait la façon de penser d’Augustin. C’était simple. En effet, ils pouvaient juste être Eva et Augustin. Elle n’avait pas besoin d’être la fausse journaliste, la vraie espionne, la mère sans enfant, la veuve de criminel. Elle était juste Eva, et elle avait une conversation agréable avec Augustin. Qui n’était pas le père du petit garçon qui se battait avec son vélo, doué d’une persévérance admirable. Et qui avait eu une vie professionnelle animée, comme elle. Professeur à la Sorbonne, ce n’était pas rien. Elle comprenait mieux maintenant son érudition, sa façon d’expliquer les choses en les rendant vivantes. Son amour des livres et du latin, aussi. Toutes ces choses qu’elle avait manqué dans sa vie, préférant courir les rues et voler les gens. Ce n’est pas qu’elle regrettait sa vie. Elle avait connu l’adrénaline, l’euphorie, l’amour. Mais elle aurait peut-être gagné à s’éduquer un peu. Mais à l’époque elle fuyait tout ce qui touchait à la connaissance comme la peste. Elle ne s’était jamais considérée comme une intellectuelle. C’est Emil qui l’avait instruite, par la poésie d’abord. Lui était un érudit, enfin, pas un érudit comme Augustin, mais il avait été éduqué, il connaissait des choses. Et il les avait apprises à Eva, il lui avait surtout appris à aimer connaitre. Depuis Emil, elle s’intéressait, même si elle se sentait parfois bien idiote. Et la jeune femme se demandait pourquoi un professeur d’université se retrouvait libraire. Elle aurait voulu lui demander si c’était un choix ou une obligation. Mais elle se retint de poser la question : il était juste Augustin, et elle était juste Eva. Elle se contenta donc de hocher la tête en souriant.
« L’auditoire est attentif parce que vous savez capter son attention. »

Ce fut à ce moment que le jeune Etienne revint, larmes aux yeux. L’instinct d’Eva lui fit faire un mouvement vers l’avant, vers le petit, pour le consoler. Mais Augustin déjà avait sorti un mouchoir et s’occupait de son neveu, et Eva stoppa son élan. Elle ne pouvait décemment pas se montrer maternelle envers un enfant qu’elle ne connaissait pas. Elle sentait que le manque de son propre enfant se faisait de plus en plus pressant. Elle était là depuis plusieurs mois et elle n’avait toujours pas revu Thomas. Alors elle faisait un transfert sur tous les enfants qu’elle croisait. Ca devenait gênant.
« Ce sont les risques du métier, Messire Etienne. Allez, viens, je vous invite, toi et la reine Guenièvre à manger un bon beignet pour fêter ton courage ! Avec une limonade en prime ! J'espère que vous aimez la limonade ? »
Le gamin passa des larmes au sourire en une seconde. Tonton Augustin savait trouver les mots. Eva admirait la façon dont cet homme se comportait envers son neveu. Beaucoup d’affection, et d’attention. Emil n’avait pas eu le temps d’être père, mais s’il avait pu, comment aurait-il été, quel genre de père ? Et Augustin, n’avait-il pas d’enfant, qu’il s’occupait de son neveu ? Des questions qui n’avaient pas leur place ici, alors Eva hocha la tête et se leva.
« Avec plaisir, Tonton Augustin. »

Et elle se joignit au duo. Etienne semblait avoir oublié toute douleur et sautillait joyeusement, son vélo à côté de lui. Il était mignon. Les enfants avaient une force de résilience incroyable. Ils la perdaient en partie une fois devenus adultes. Dieu savait pourtant que les adultes auraient bien besoin de cette force. Tout à coup il se tourna vers elle, avec l’air des enfants qui ont une question importante à poser.
« Tu es vraiment une reine ? »
Eva ouvrit des yeux surpris, avant de lâcher un petit rire.
« Non, messire. Malheureusement. Juste Eva. », conclut-elle en lançant un regard à Augustin.
La réponse sembla satisfaire qui reporta son attention sur son vélo, qu’il poussait à côté de lui en chantonnant une comptine qu’Eva ne connaissait pas. Cette dernière regarda de nouveau Augustin. Il se dégageait de lui une certaine élégance. Elle devait faire tache à ses côtés.
« Vous savez, j’aimerais bien passer à votre librairie. Je cherche un livre en particulier. J’ai beaucoup de mal à le trouver. Baudelaire. Emil, c’était mon mari, il l’aimait beaucoup. Il m’a transmis son amour pour la poésie. C’est plus ou moins tout ce que je lis. Vous aimez la poésie ? »
Elle n’était pas une grande lectrice. Elle avait du mal à se plonger dans un roman. Mais la poésie l’emportait ailleurs. Plus qu’une œuvre d’art ou un film. La façon dont les hommes avaient manié les mots était magnifique. Emil l’avait instruite à la poésie française d’abord, puis italienne, puis allemande, puis anglaise et russe. Les poèmes l’emmenaient aussi dans une époque plus heureuse. Avant le sac de nœud qu’était devenue sa vie.
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Augustin Chassagne
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MessageSujet: Re: Le jeudi, c'est permis ! [PV Eva]   Dim 30 Oct - 21:57

L’auditoire est attentif parce que vous savez capter son attention.

Augustin eut un petit rire.

Question d’habitude, je suppose. Essayez de capter l’attention de jeunes gens qui n’ont qu’une idée en tête souvent : sortir et inviter des jeunes filles à danser. Croyez moi, pour les intéresser à la littérature, il faut être inventif !

Qu’est-ce qu’il pouvait regretter cette période de sa vie ! Voir les visages s’illuminer d’intérêt, se pencher en avant pour boire les paroles et enfin, finir par obtenir le respect qui vous était dû non par la fonction, mais par la passion que vous aviez réussi à insuffler… Une vraie drogue ! Bien sûr, ces anciens élèves passaient le voir, Emy, Rachel, Leblanc...Mais ce n’était rien à côté d’un amphi plein aux oreilles attentives.

Quand Etienne revint pleurnichant, Eva eut un geste vers lui, comme seul une vraie mère pouvait avoir. Quels mystères pouvait-elle bien cacher ? Comme Augustin avait promis le silence, il se mordit la lèvre et retint sa question.

Avec plaisir, Tonton Augustin.

Diantre ! Je ne suis pas si vieux !  Je n’ai que quarante ans...D’accord, je ne suis plus à la fleur de l’âge mais je ne suis pas encore fané. La preuve : je cours dans les allées du Jardin des Plantes ! dit Augustin moitié en riant.

Etienne eut un petit reniflement dédaigneux à cette déclaration spontanée. Bien sûr que si, de son point de vue, Tonton Augustin était affreusement vieux. Il avait dû connaître le Roi Arthur en personne, à n’en pas douter !
A la réponse d’Eva à la question innocente de Messire Etienne, Augustin fit un clin d’oeil à la jeune femme et se pencha sur son neveu.

En fait, Etienne, toutes les femmes sont des reines. Quelque fois, elles l’ont oublié, et c’est à nous, les hommes de leur rappeler, en les traitant toujours comme telles. Il faudra t’en souvenir.

Il n’était jamais trop tôt pour apprendre la galanterie selon Augustin. C’était une marque de civilisation, à bien des égards.

Ils se dirigeaient vers le kiosques et les quelques tables et chaises posées sous des arbres, où l’on pouvait manger une sucrerie et boire un verre. Etienne était dans son monde d’enfant, la douleur oubliée et Eva lui fit alors, la plus délicieuse des demandes.
Le visage d’Augustin afficha un sourire ravi.

Ma librairie est place de la Bastille : Au Livre Penseur. La devanture est verte, vous ne pouvez pas la manquer. J’ai bien entendu “Les Fleurs du Mal”, si c’est celui là que vous cherchez. Si c’est un autre, je peux le commander, si il n’est pas sur une liste Otto, bien sûr.

Il n’allait pas avouer de but en blanc à une femme inconnue qu’il trafiquait des livres interdits ! Il avait peut être envie d’insouciance, mais il n’était pas idiot. La confiance était une denrée rare, ces derniers temps.

Bien sûr que j’aime la poésie ! Qui ne l’aime pas ? J’ai la plupart des grands poètes français...et les antiques. J’ai toujours eu une faiblesse pour les poètes latins. Je vais vous avouer...Celui que je préfère entre tous est Paul Verlaine…
Et il se mit à réciter :

Ô triste, triste était mon âme
À cause, à cause d’une femme.
Je ne me suis pas consolé
Bien que mon cœur s’en soit allé,
Bien que mon cœur, bien que mon âme
Eussent fui loin de cette femme.
Je ne me suis pas consolé,
Bien que mon cœur s’en soit allé.
Et mon cœur, mon cœur trop sensible
Dit à mon âme : Est-il possible,
Est-il possible, - le fût-il, -
Ce fier exil, ce triste exil ?
Mon âme dit à mon cœur : Sais-je
Moi-même que nous veut ce piège
D’être présents bien qu’exilés,
Encore que loin en allés ? Ô triste, triste était mon âme
À cause, à cause d’une femme.
Je ne me suis pas consolé
Bien que mon cœur s’en soit allé,
Bien que mon cœur, bien que mon âme
Eussent fui loin de cette femme.
Je ne me suis pas consolé,
Bien que mon cœur s’en soit allé.
Et mon cœur, mon cœur trop sensible
Dit à mon âme : Est-il possible,
Est-il possible, - le fût-il, -
Ce fier exil, ce triste exil ?
Mon âme dit à mon cœur : Sais-je
Moi-même que nous veut ce piège
D’être présents bien qu’exilés,
Encore que loin en allés ?



Un temps de silence, où Augustin pinça les lèvres, puis secoua légèrement la tête comme pour en faire sortir les pensées importunes et mélancoliques. De fait, il avait loupé une information essentielle : Eva avait parlé de son époux au passé...

C’est toujours poignant, Verlaine. Il sait si bien parler du coeur humain, vous ne trouvez pas ?

Quelquefois, les mots des autres aidaient à mettre du baume sur les maux. Augustin trouvait que ce réconfort là était absolument nécessaire.

Ils arrivèrent et prirent une table libre. Augustin tira une chaise pour Eva, et aida Etienne à grimper sur la sienne.  Et tout naturellement, alla commander trois limonades et trois beignets...

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MessageSujet: Re: Le jeudi, c'est permis ! [PV Eva]   Lun 31 Oct - 0:05

« En fait, Etienne, toutes les femmes sont des reines. Quelque fois, elles l’ont oublié, et c’est à nous, les hommes de leur rappeler, en les traitant toujours comme telles. Il faudra t’en souvenir. »
Bon sang, cet homme savait s’exprimer. Et fichtrement bien, en plus de ça. Si Etienne était éduqué par Augustin, il finirait en réel gentleman. Cela manquait un peu, en ce moment. Les femmes avaient beau être un peu plus respectées qu’au temps des parents d’Eva, les progrès étaient encore à faire. La jeune femme n’était pas spécialement de celles qui se réclamaient féministes. Elle n’avait pas de cause de ce genre. Elle était respectée dans son métier, au Courrier. Et assez au SD pour qu’on ne lui marche pas trop dessus et qu’on la laisse relativement tranquille. C’était le principal pour elle. Mais cela faisait toujours plaisir d’entendre un homme dire que toutes les femmes étaient des reines. Ca faisait du bien à l’ego.
Augustin avait donc une librairie avec une devanture verte place de la Bastille. Eva nota ça dans un coin de sa tête, bien décidée à y venir. Et elle hocha la tête quand le libraire évoqua les Fleurs du Mal. Un beau recueil. Magnifique.

« Bien sûr que j’aime la poésie ! Qui ne l’aime pas ? »
Augustin était de nouveau animé de passion. Il semblait aimer la poésie encore plus qu’Eva ne l’aimait. Normal, pour un homme dont le métier était de vendre de la littérature, et qui avait pour habitude d’en faire son programme annuel. Mais ça allait au-delà de ça. C’était une passion sincère, qui était belle à voir. Et quand il se mit à réciter Verlaine, Eva ne put détacher son regard de l’homme. Emil lui récitait des poèmes, parfois. Il disait que la poésie était faite pour être déclamée, pas pour être lue silencieusement. Il avait raison. Les mots de Verlaine prenaient tout leur sens quand ils étaient dits à voix haute. Et Augustin avait un certain talent pour leur donner vie. Le silence se fit, qu’Eva ne brisa pas. Elle savourait le moment, les yeux posés sur Augustin. Le hasard faisait parfois de belles choses ; de belles rencontres. Des moments de calme et de splendeur au milieu de l’obscurité.
« C’est toujours poignant, Verlaine. Il sait si bien parler du coeur humain, vous ne trouvez pas ? »
Elle n’aurait pas dit mieux.
"Je ne connaissais pas celui-là. Il est très beau, et vous lui faites justice admirablement."
Elle ne savait pas quoi dire d’intelligent. Alors autant se taire. Ils s’installèrent, et pour continuer comme un réel gentleman, Augustin tira la chaise derrière elle avant de la laisser seule avec le petit Etienne, qui la dévisageait. Elle lui sourit, consciente que le gamin allait repartir à la charge avec une question.

« Tu as quel âge ? »
« 24 ans. »
Etienne sembla réfléchir très fort, puis il compta sur ses doigts, sous le regard amusé d’Eva.
« Il est plus vieux que toi, tonton. »
« C’est exact. »
« Il n’a toujours pas de femme, tonton. Alors qu’il est déjà vieux. »
« Il n’a peut-être pas encore trouvé chaussure à son pied. », répondit la jeune femme avec un haussement d’épaules. Voilà que le gamin allait tergiverser sur la vie amoureuse de son oncle. Il avait laissé trainer ses oreilles dans des conversations d’adultes.  
Augustin était de retour avec trois limonades et trois beignets, qu’il déposa sur la table. Eva le remercia en prenant son verre, et Etienne choisit ce moment pour se tourner, déterminé, vers son oncle.
« Je trouve que Eva, elle ferait une jolie chaussure pour ton pied. En plus elle est jeune. »
La jeune femme manqua de laisser tomber son verre de surprise, avant de partir d’un éclat de rire. Le petit Etienne avait des idées derrière la tête. Il la regardait, incrédule. Il ne comprenait pas ce qu’il avait dit de si drôle. Comment le pourrait-il ?
« Mais quoi ! Il t’as offert une limonade, c’est qu’il t’aime bien ! », renchérit le petit, essayant de se défendre, presque vexé qu’on rit de ses affirmations.
Tout était plus simple pour les enfants. Ils voyaient l’amour partout. Elle adressa un regard et un sourire amusés à Augustin.
« C’est vrai que vous m’avez offert une limonade. Et un beignet. Ca commence à faire beaucoup, Augustin. Ajoutez un café à ça et les gens vont commencer à jaser. »
Elle appréciait ces moments d’innocence. Cela ne la dérangeait pas d’être considérée comme une belle chaussure pour le pied d’Augustin. Elle n’avait pas l’habitude qu’un enfant joue les agences matrimoniales. Elle n’avait pas l’habitude qu’on la regarde autrement que comme la journaliste allemande. Son patronyme faisait fuir la moitié des hommes. Son métier l’autre moitié. Augustin voyait les choses plus simplement. Et elle n’avait pas à jouer les espionnes et aller à la pêche aux informations. C’était libérateur. Etienne s’était définitivement renfrogné, mécontent qu’on se moque de ses plans.

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MessageSujet: Re: Le jeudi, c'est permis ! [PV Eva]   Dim 27 Nov - 21:09

Il existe des silences rares. Le silence qui suit la beauté, celui qui laisse retomber l’émotion, pour en tisser une autre plus subtile. C’était parce qu’elle avait son regard sur lui et qu’il y lisait une certaine admiration dans ces yeux bleus limpides. Cela n’était pas exactement l’admiration des étudiants. Celle là, il la connaissait bien. Dire qu’il en avait l’habitude aurait été fat, bien que fut assez proche de la vérité. Non, il y avait dans les yeux d’Eva, en plus de l’admiration, de la nostalgie et l’ombre du bonheur enfui. Augustin connaissait bien cette expression pour l’avoir vu régulièrement dans son miroir quand il pensait à Agnès.
Le silence amenait la connivence et c’était bien trop tôt, à son goût. Augustin détourna le regard vers Etienne pour garder contenance alors qu’Eva le félicitait.


Il y en a de merveilleux. Je vous prêterai volontiers un de ses recueils, si vous le souhaitez.


Augustin attendit sagement sa commande alors qu’Eva et Etienne conversait. Cela lui laissa du temps pour jeter des coups d’oeil à loisir sur la blonde jeune femme, sous prétexte de garder un oeil sur son neveu, évidemment. Augustin, reluquer une femme ? Allons bon ! Il était au dessus de ça, bien entendu… Elle avait de bien jolies jambes, enfin, le peu qu’il en voyait et le reste qu’il devinait. Ses genoux étaient parfaits : juste ce qu’il fallait de rondeur et de muscles qui signaient la marcheuse. Eva n’avait pas la silhouette sèche et maigre. Augustin appréciait un minimum de courbes chez une femme. Oui, bon allez, il aimait surtout les courbes chez une femme. Comme quoi, on pouvait être un rat de bibliothèque et avoir un oeil de lynx concernant certains détails.
Eva avait une beauté rêveuse, décida-t-il. Ce n’était pas la beauté des stars de cinéma, plutôt celle des muses et des elfes ...Telles qu’il se les imaginait. Il la voyait bien alanguie sous un saule, un pied baignant dans une onde pure, la chaleur de l’été collant une robe bleue à son corps voluptueux…


Non, mais, ça va pas la tête ! Il fallait qu’il se reprenne, voyons ! Et fissa ! Il n’était pas dans la Drôme au coeur de l’été, mais à Paris, au printemps, et cette femme, il venait à peine de la rencontrer. Alors, on se sort de ces rêveries dangereuses, mon petit Augustin, on ramasse sa commande et on se colle un sourire de gentleman bien sous tout rapport sur le museau.


Il posa les beignets et les limonades et ses fesses sur une chaise, alors qu’Etienne fit la déclaration la plus malvenue (vraiment ?) qui soit. Augustin se sentit confus et passa une main dans ses cheveux en ayant un petit rire tout à fait faux.
Elle riait bien sûr ! Quelle idée absurde ! Alors pourquoi Augustin se sentit stupidement contrarié ?


Etienne, je suppose que tu as écouté ta grand-mère,  ces derniers temps,n’est-ce pas ?


Etienne hocha la tête, toujours boudeur. Augustin soupira.


Ma mère est navrée que je ne sois pas marié à  mon âge et souhaite ardemment que je lui donne des petits enfants. Elle n’est pas très subtile sur le sujet, hélas. expliqua-t-il à Eva. Puis à Etienne :


Tu es très gentil, et c’est flatteur pour moi. Mais Eva est une charmante jeune femme et je suis bien trop vieux pour elle. Je peux boire une limonade avec elle et même un café, je doute qu’on pense autre chose que son vieux parrain la sorte prendre l’air…
Si j’avais dix ans de moins, bien entendu, votre réputation serait tout à fait compromise.
finit-il en plaisantant.


Il eut un sourire tout à fait matois et son oeil s’alluma d’une lueur malicieuse.


Comme ce n’est pas le cas, vous allez devoir prendre un café, un de ces jours.


Et voilà...Comment poser ses pions, l’air de ne pas y toucher. Vouloir la revoir ne prêtait pas à mal, n’est-ce pas ? Augustin pouvait tout à fait revoir Eva de temps à autre, en tout bien tout honneur. Vouloir la compagnie d’une jolie femme n’était pas un crime, si on tournait sept fois sa langue dans sa bouche, et qu’on gardait bien ses mains dans ses poches.  Vouloir des moments d’insouciance était une nécessité en ces temps troublés.
Et quelque chose disait à Augustin qu’Eva en avait bien besoin.
Etienne eut un sourire tout à fait triomphant, le bougre, en mordant dans son beignet...

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MessageSujet: Re: Le jeudi, c'est permis ! [PV Eva]   Dim 11 Déc - 13:15

« Etienne, je suppose que tu as écouté ta grand-mère,  ces derniers temps,n’est-ce pas ? »
Eva pinça les lèvres pour contenir le sourire amusé qui s’affichait encore sur son visage. Le petit Etienne boudait franchement, et elle se doutait que sa remarque ne devait pas être très confortable pour Augustin. Elle s’en amusait beaucoup, pour sa part. Elle trouvait l’acte du jeune garçon absolument mignon. Empreint d’une telle innocence qu’on pouvait aisément lui pardonner sa maladresse.
Augustin évoqua sa mère et sa subtilité, et la jeune journaliste hocha la tête en signe de compréhension. Un homme célibataire à l’âge d’Augustin faisait forcément le malheur de sa mère. A croire que le seul but des femmes était de marier leurs enfants le plus vite possible. Eva avait la bonne excuse d’être veuve, elle pouvait toujours invoquer le deuil pour que les ragots s’étouffent. Et elle n’avait pas le souci de devoir supporter sa mère. Elle s’en fichait bien, pour sa part. L’amour n’était pas de ces choses que l’on provoque. Il était de ces choses libres par nature. Et Augustin devait avoir ses raisons de ne pas être marié. Des raisons qu’elle ne chercherait pas à savoir.
Augustin s’adressa de nouveau au petit Etienne, qui affichait une moue plus boudeuse que jamais. Eva sourit à la façon dont il lui parla. Il semblait prendre les choses avec beaucoup de philosophie. Surtout, il y avait énormément d’affection dans la façon dont Augustin expliquait les choses à son neveu. La jeune femme ne se permit pas de remarques. C’était entre le libraire et le jeune garçon. Elle assistait à la scène, simple témoin. Elle sourit néanmoins au compliment que lui adressa Augustin indirectement.
« Si j’avais dix ans de moins, bien entendu, votre réputation serait tout à fait compromise. »
La jeune femme lâcha un petit rire. Les réputations se faisaient et se défaisaient à une telle vitesse, elle l’avait appris bien tôt. Elle en jouait, parfois. Certaines personnes tenaient à leur réputation. D’autres cherchaient désespérément quelqu’un qui passerait au-dessus d’elle. Elle savait faire les deux. Un moyen comme un autre de s’attirer la confiance de quelqu’un. Alors, la réputation, elle en savait quelque chose. Et elle avait appris à se ficher éperdument de la sienne, pour ne pas tomber dans le même piège que ses victimes.

« Comme ce n’est pas le cas, vous allez devoir prendre un café, un de ces jours. »
Au sourire d’Augustin répondit celui d’Eva. Elle n’était pas tout à fait idiote, et elle avait bien senti que la maladresse d’Etienne avait bien arrangé Augustin pour l’inviter à le revoir. Quelles étaient les intentions du libraire, elle n’aurait su le dire, et à bien y penser, elle n’en avait que faire. Cet homme avait quelque chose de charmant, et passer un peu de temps en sa compagnie ne serait clairement pas une corvée. C’était agréable, d’être juste Eva, parfois. Elle acquiesça d’un signe de tête.
« Avec plaisir. »
Etienne releva la tête à ces mots, et sa moue boudeuse se transforma pendant une seconde en un sourire satisfait qu’il adresse à Eva, avant de revenir à une grimace vexée qui était, d’un coup, beaucoup moins convaincante. La jeune femme fit semblant de ne pas remarquer le manège, et entreprit de boire sa limonade. Ils parlèrent de littérature et de poésie pendant quelques minutes. Jusqu’à ce qu’Eva lève les yeux vers la pendule accrochée à l’étal du vendeur de limonade et ait un mouvement de sursaut.
« Scheisse ! »
Elle mit la main devant sa bouche puis s’excusa en souriant.
« Pardon, c’était peu poli. Je n’avais pas vu le temps passer. J’ai un rendez-vous que je ne peux pas manquer. »
Elle se leva et déposa un baiser sur le crâne du jeune Etienne.
« Messire Etienne, ce fut un plaisir de vous rencontrer. »
Elle s’avança ensuite vers Augustin, puis, après une seconde d’hésitation, déposa un baiser sur la joue du libraire.
« Un plaisir de vous rencontrer également, Augustin. Pour ce café, je passerai à la librairie. Bientôt. Merci pour tout. »
Puis elle s’éloigna, non sans un dernier regard à la petite table, au neveu et à son oncle. Merci pour tout. Pour ces instants hors de la vie un peu chaotique qu’elle traversait. Pour lui avoir permis d’être juste Eva. Pour la promesse de réitérer cela. Elle soupira et se dirigea vers le siège du SD. Bergmann l’attendait pour un rapport. Elle n’était plus juste Eva.
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