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 Des mesures à prendre

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MessageSujet: Des mesures à prendre   Jeu 14 Jan - 13:47

Commençait à se faire tard. Bientôt, la journée des travailleurs toucherait à sa fin. Avec les sorties d'usine, les rues allaient se remplir de gens aux tenues à la propreté aléatoire en fonction de leur position. Dehors, le pavés résonneraient des rires joyeux des étudiants enfin libéré du joug de leurs professeurs -pauvres petites choses – du pas fatigué des travailleurs, du piétinement des premières queues. Plus tard viendraient les bagarres. Lorsque l'alcool et la mauvaise nourriture auraient échauffés les bras et les esprits. Bientôt, la journée des travailleurs toucherait à sa fin. Et la tranquillité relative de la jeune femme aussi.

Retroussant les manches de sa tenue blanche et bleue terne d'infirmière, rattachant derrière sa frange la collerette ridicule indiquant son état, Callie détacha son regard de la fenêtre et se rendit machinalement au lavabo se laver les mains. La journée à l’Université s'était plutôt bien passée pour une fois. Elle n'avait vu que quelques flemmards, un vrai cas d'une vraie maladie qu'elle avait adressé, et bien à l'hôpital, quelques bobos rapidement soignés, un jeune qui avait besoin de parler, se demandant comment faire pour ne plus être qui il était, et sa demi-douzaine de crise d'angoisse ou de panique à gérer, qu'il s'agisse d'un partiel, d'une visite allemande, du peu de nouvelles d'un proche. Elle n'avait que peu à offrir à ces gens là qu'un peu de temps, d'espace, un sac en papier et une compréhension qui n'était chez elle qu'intellectuelle. Elle vivait dans la peur, comme les autres, celle d'être reconnue, celle d'être enchaînée dans sa vie d'avant, celle d'être méconnue et prise pour un autre par les allemands mais cette peur ne la paralysait pas, cette peur lui permettait d'aller de l'avant. Enfin. Cela faisait aussi partie de se travail. Compassion, douceur, compréhension lui avait-on apprit. Une raison supplémentaire de devenir médecin pour ne plus être obligée de feindre ces sentiments qu'elle ne ressentait qu'assez peu. Elle sécha ses mains, avala son verre d'eau, attrapa la liste de ses patients et fit un point.

Elle avait vu les trois premiers. Nettoyé le quatrième. Fait les points de deux, vérifié le pouls de six et changé les draps des lits vidés pendant la nuit. On ne se demandait pas où étaient passés les personnes dedans. C'était l'une des premières choses que l'on vous apprenait à la Pitié Salpêtrière. Elle avait ensuite pris une petite pause bien méritée de dix minutes, officiellement pour manger quelque chose qu'elle avait passée à regarder par la fenêtre. Elle attrapa son bout de pain intouché, le cacha soigneusement dans son casier et se relava les mains. Elle avait deux choix. Elle pouvait aller aider à la préparation des repas ou prendre un nouveau patient pour sa nouvelle liste. Ouais. Donc en fait elle n'avait pas de choix. La cuisine, c'était vraiment pas assez formateur à son goût.

Descendant tranquillement vers l'accueil, son nom, « Callie » gentiment brodé sur sa blouse, elle jeta un coup d’œil aux quelques personnes attendant patiemment leur tour. Ils n'étaient pas trop nombreux ; Pas encore. Ils le seraient plus tard et son shift de ne se terminait aux petites heures de la nuit. Bah. Elle sourit, pas encore fatiguée, plutôt heureuse du défi.

« Personne suivante s'il vous plaît, suivez moi. »

Elle ne regarda pas l'homme qui se leva, conduisant le patient dans une petite pièce aseptisée contenant un brancard, une toile pour mesurer – le truc qu'elle détestait par dessus tout, comme si elle était capable de mesurer un homme fait sans monter sur une chaise avec sa taille qui n'atteignait pas le mètre soixante - , une balance à aiguille, des tiroirs tout plein, une chaise, un bureau moche, une autre chaise. Elle indiqua la chaise qui n'était pas près du bureau moche et attrapa une feuille questionnaire qu'elle posa sur son support en bois.

« Bonjour, je suis Callie, infirmière, je vais m'occuper de vous et prendre les premières information avant que le médecin ne passe, pourriez-vous s'il vous plaît m'indiquer votre nom, votre prénom, votre date de naissance et la raison pour laquelle vous êtes ici ? »

Elle attrapa un crayon et là, seulement, le regarda.
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MessageSujet: Re: Des mesures à prendre   Mar 19 Jan - 20:05

Assis sur la chaise dans la salle d'attente de l'hôpital de la Salpetrière, Thibaud trépignait. Sa jambe sursautait de façon continue depuis cinq minutes, alors que son bras posé sur l'autre jambe lui faisait un mal de chien. Il regarda encore une fois l'énorme coupure qui lui courait du coude sur un bon 10 centimètres, espérant qu'elle disparaitrait comme par magie. Raté, elle était encore là. Il soupira, força sa jambe à s'arrêter, et ferma les yeux.

Il n'était qu'un idiot. Il avait voulu aller trop vite, au lieu de bien faire. Il était parti cet après-midi pour une opération de sabotage de train de marchandise, quasiment une opération routinière au sein d'Honneur et Armée. Thibaud était quasiment le saboteur en chef; il en avait l'expérience et une expertise certaine. Et pour ne rien gâcher, il aimait particulièrement l'idée de faire sauter des trains remplis de marchandises volées à de braves gens au profit de l'occupant allemand. Il avait pris avec lui Joseph, comme à son habitude. Les deux compères avaient beau ne pas toujours être d'accord, il fallait admettre qu'ils s'entendaient à merveille lorsqu'il s'agissait de boulot. Ils étaient arrivés à l'endroit prévu, avaient sorti leurs affaire et commencé leur merveilleux système de sabotage. Et c'est là que Thibaud avait voulu aller trop vite, avait coincé un mécanisme, et s'était ouvert le bras avec du fil de fer en essayant de le décoincer.

La blessure, dans l'absolu, n'était pas grave. Mais elle était assez profonde pour nécessiter un passage pr l'hôpital. Du moins d'après Joseph, que Thibaud n'avait pas réussi à empêcher d'aller voir Guillaume. C'était Guillaume qui lui avait ordonné d'aller à l'hôpital, le menaçant de lui barrer l'accès à la station d'Honneur et Armée s'il ne s'exécutait pas dans la journée. Et ainsi il était là, à attendre qu'un médecin veuille bien s'occuper de lui. Il fut donc soulagé lorsqu'il entendit que c'était à son tour. Son soulagement se transforma vite en méfiance lorsqu'il se rendit compte que son médecin était une femme. Une femme? Quelle idée. Thibaud avait beau travailler avec Irina, une princesse russe qui avait maintes fois prouvé qu'elle savait se servir d'une arme et élaborer des stratégies, une femme qui s'était maintes fois prouvée être à l'égal d'un homme, l'ouvrier restait sceptique quant aux femmes exerçant des métiers d'habitude réservés à la gent masculine. Les femmes ouvrières, les femmes résistantes, les femmes avocates, les femmes médecins...cette époque était étrange et voyait émerger d'étranges choses. A vrai dire, Thibaud était assez old school, dans le mauvais sens du terme. Il aurait nettement préféré avoir un homme en face de lui. Mais puisqu'il ne semblait pas avoir de choix, il suivit la demoiselle jusqu'à une salle d'auscultation. Femme qui, d'ailleurs, ne lui adressa pas un regard avant de lui avoir posé tout un tas de questions. L'ouvrier leva un sourcil amusé. Infirmière, donc. Et visiblement pas très sympa, en plus de ça. Au moins, il pourrait voir un médecin. Un vrai, s'entend.

"Bonjour Callie. Thibaud Pelletier. Né 5 juillet 1907. Et la raison pour laquelle je suis ici est évidente, je crois", ajouta-t-il en désignant de l'oeil son bras. Il sourit à la jeune infirmière. Elle était jolie. Si elle souriait, elle serait encore plus jolie.

"D'autres choses que vous désirez savoir sur moi, ou c'est mon tour? Je vous ai donné mon nom, je pourrais avoir le vôtre?"

C'était peu délicat, mais tant qu'à faire, autant faire passer ce mauvais moment avec un peu de galanterie et de séduction. Elle devait avoir l'habitude, et en être blasée, mais lui ne l'était pas. Et surtout, il était persuadé, à force de la regarder, qu'elle lui disait quelque chose.
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MessageSujet: Re: Des mesures à prendre   Jeu 21 Jan - 10:51

Le type en question était grand déjà, d’à peu près son âge et vaguement regardable, avec une plaie sur le bras qu’on aurait dit qu’il avait essayé de tester la lame d’un couteau émoussé mais sur tout l’avant bras pour être bien certain qu’il coupait aléatoirement. Ca avait pas l’air de le déranger plus que ça vu qu’il souriait. Y en avait qui arrivaient blessés, penauds, presque suppliants de ne pas avoir à s’arrêter parce qu’ils risquaient au mieux de perdre des jours de salaire, au pire de perdre leur emploi. Y en avait qui arrivaient mais furax de s’être fait mal, ou d’avoir été blessés parce que parfois les bagarres étaient pas à mains aussi nues qu’on le disait. Y en avait qui arrivaient pas et étaient amenés de force par des collègues, conscients ou pas. Lui, visiblement, il était du genre à arriver en souriant et à montrer son bras comme de rien. Donc un chieur. Elle connaissait bien ce type de patient parce qu’elle en était une aussi, de chieuse, et que chez les Poulbots c’était genre à qui aurait la plus grosse bosse et pleurerait le moins. Au moins, Thibaud Pelletier – qu’elle orthographia lt à la fin – il faisait ça de pas trop mauvaise grâce.

Une fois les informations notées sur le questionnaire débile qu’on l’obligeait à remplir, Callie fixa un moment le trentenaire, essayant de décider s’il était vraiment crétin ou si elle allait lui donner le bénéfice du doute et lui répondre pour de vrai. La décision prise, elle haussa mentalement les épaules.

« Ca veut rien dire vous savez. Y en a qui arrivent la gueule en sang et si on ose s’approcher pour essayer de nettoyer le bazar ils vous hurlent dessus qu’ils viennent pour un rhume. De toute façon, j’suis obligée de demander, c’est le protocole. Donc, blessure longiligne au bras, ouverte… le médecin va me demander de la mesurer donc vous étonnez pas si j’arrive avec un règle. Sinon, mon nom c’est Callie. C’est sur la blouse là. C-A-L-L-I-E. Et si vous voulez vraiment savoir c’est un diminutif pour Calixte. Sauf que j’ai pas l’intention de devenir bonne-sœur alors on va aller au plus court. »

Elle n’aimait pas spécialement son prénom pour tout un tas de raison, la principale étant qu’il était trop sophistiqué pour son milieu et à moins d’avoir eu par hasard un père qui aimait les noms à la con des bouquins comme Fantine dans les Misérables et bien ça trahissait un peu la haute et les trucs greco-latins quand même. Elle se serait appelée Marie ou Françoise, elle n’aurait peut-être pas cherché à changer, quoi que, mais Calixte, sérieux, c’était tout pourri. Enfin. Pelletier l’était pour rien dans tout ça, du coup, elle lui fit un petit sourire – pas le grand qui éclairait tout son visage mais quand même – et attrapa une bassine pour la remplir d’eau claire. La plaie, allait falloir la nettoyer.

« Je vais m’approcher et vous nettoyer le bras. L’eau va être tiède, ça risque de piquer un peu. Je préviens avant que vous ne me balanciez ledit bras à la figure. Vous vous êtes fait ça comment ? Vous êtes né en…1907 vous avez dit ? Vous n’avez pas été vacciné contre le tétanos je présume ? A moins que vous n’ayez fait l’armée depuis ? »

Malgré son sérieux, l’amusement vint jouer avec ses yeux, commençant à éclairer ses iris noisette de reflets verts. Pas encore les paillettes, mais pas loin. Elle le rebombardait. Bon, elle en avait besoin mais quand même.

« Vous avez le droit à une question toutes les trois que je vous pose à peu près ça vous va ? Tant que je peux travailler en même temps. Si vous voulez bien me donner votre bras Monsieur Pelletier… »
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MessageSujet: Re: Des mesures à prendre   Ven 29 Jan - 17:13

La petite avait l’air d’avoir un sacré caractère. Ca n’était pas pour déplaire à Thibaud. Les infirmières blasés, il en avait vu, et beaucoup trop. Il préférait celles qui montraient encore un semblant d’étincelle de vie. Il avait eu l’habitude de voir Victoire, la douceur incarnée, mariée à son boulot ou presque, si attachée à ses patients qu’elle se détruisait avec eux. Callie ne semblait pas de cette trempe là, au u de sa réponse. Thibaud grimaça lorsqu’elle évoqua que la plaie était ouverte. Il avait espéré s’en sortir avec un petit bandage et un sermon, mais visiblement, c’était nettement plus sérieux que ça. Callie –ou Calixte, donc, mais Callie lui allait mieux – commença à remplir une bassine d’eau et à le mitrailler de questions. L’ouvrier ne put retenir un sourire amusé.
« Pas de souci Callie je saurai contrôler mon bras. Je me suis fait ça au boulot. La chaine de montage c’est mauvais pour la santé. Et je sais que je fais vieux comme ça, mais croyez-le ou non, les vaccins existaient à mon époque ! »
Il adressa un clin d’œil à l’infirmière. Elle était nettement plus jeune que lui, mais il n’était pas non plus un papy, enfin !!
« J’ai donc été vacciné contre le tetanos. C’était il y a…plus de dix ans. En 1930 plus exactement. Après je ne peux pas vous garantir que je ne vais pas vous faire une méchante infection. Vous savez, de mon temps, les aiguilles stériles c’était pas encore à la mode. »
Et déjà Callie reprenait la parole. Elle ne s’arrêtait donc jamais ? Son mari, si tant est qu’elle en avait un, devait parfois rêver qu’elle se choppe une extinction de voix. Mais elle devait être elle-même consciente de son défaut, car Thibaud crut déceler un peu d’amusement dans son regard alors qu’elle s’amenait avec l’objet du crime, à savoir la bassine remplie d’eau qui était censée être tiède. Il sentait d’avance qu’il ne s’apprêtait pas à passer le meilleur quart d’heure de sa vie. Mais il était un résistant coriace, pas une chochotte, pas vrai ?

« Une toutes les trois ? C’est un ratio qui est franchement en ma défaveur. C’est pas très fair-play, mademoiselle. Mais tant pis. »
Il tendit son bras docilement, tout en serrant les dents d’avance, et lança bien vite sa question histoire d’oublier la situation inconfortable dans laquelle il se trouvait. Et avant que Callie ne lance un nouvel assaut de questions médicales.
« Donc, euh Callie, du coup je vais vous acheter Callie, ce sera mieux. Vous avez l’air toute jeune, contrairement à moi, évidemment. Vous faites ce métier depuis longtemps ? Pas que je mette en doute vos capacités, bien évidemment. J’ai juste l’habitude de voir des infirmières plus…âgées, à la Salpetrière. Remarquez, ça fait un bail que je n’étais pas venu. L’hôpital, c’est plutôt le genre d’endroit que j’essaie d’éviter. Alors que vous, vous y vivez quasiment. C’est assez ironique en fait votre métier. »
Et il se tut, conscient qu’il parlait simplement pour passer le temps et penser à autre chose. Mais il fallait aussi qu’il laisse l’infirmière se concentrer et faire son travail. Tant qu’à faire, il ne tenait pas à ce qu’elle se loupe et que sa plaie devienne pire que ce qu’elle était déjà. Une après-midi à l’hôpital c’était une chose. Des jours entiers d’observation à l’hôpital, c’était une épreuve que Thibaud ne tenait pas tellement à surmonter.
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MessageSujet: Re: Des mesures à prendre   Mer 17 Fév - 11:17

[HJ : Désolée pour le retard !]

Ouais, ça elle voulait le croire, les chaînes de montage c’était mauvais pour la santé. Elle comprenait l’intérêt du Fordisme hein, mais réduire les gens à des sortes d’automates qui répétaient les mêmes gestes toute la journée ça pouvait que mal se passer. On allait plus vite et puis l’attention partait en vrille et c’étaient blessures sur blessures. Du coup, cependant, elle avait la profession du type. Ouvrier dans une usine. C’était bizarre parce qu’il parlait bien pour un clampin de base et qu’il semblait avoir plus d’intelligence que ça. Mais bon, elle n’allait pas refaire le monde, elle avait autre chose à faire. Si elle pouvait refaire son monde à elle, et bien ce serait déjà pas mal. Elle s’approcha donc, avec son chiffon et sa bassine, commençant à tapoter les abords de la blessure, attentive à ne pas mettre de saletés dedans et à repérer des possibles foyers infectieux. Et à faire la conversation pour pas que le Monsieur réfléchisse trop à ce qui allait se passer ensuite. Le relationnel était important dans son corps de métier. Du moins c’est ce qu’on lui avait dit. Elle sourit à nouveau quand il protesta contre le ratio questions/réponses.

« Ah mais la vie est injuste vous ne trouvez pas ? Et puis mes questions à moi sont professionnelles, les votre sont personnelles, il faut bien mettre des limites. »

Mais déjà il enchaînait sur une question tout de suite justifiée par un petit monologue. Bah. Ce n’était pas la première fois qu’on mettait en doute son âge. Si elle devait se vexer là dessus, elle serait sans arrêt froncée comme une châtaigne. Elle était jeune. Elle faisait plus jeune encore. Elle avait grandit trop vite, comme beaucoup de gens de son âge. Tant pis. Tant mieux. Elle serait prête pour quand les allemands en auraient marre de boire de la piquette et de manger du frometon.

« Je fais plus jeune que mon âge réel. Et je fais ce travail depuis… » elle réfléchit rapidement. Elle était partie de chez ses parents à 20 ans, quand on avait voulu la marier mais elle avait fait ses classes vitesse grand V – avec la guerre, les gens étaient moins regardant sur les bonnes volontés et sa culture, ses études et le fait d’avoir grandit dans un milieu médical avaient rendus facile la partie théorique. « Quatre, cinq ans, quelque chose comme ça. Je n’ai pas vraiment compté. Les infirmières plus expérimentées sont en général sur les patients grave à cette heure-ci. Mais ne vous en faites pas, vous êtes assez amoché pour ne pas avoir été confié à une vraie petite jeune.. »

Les vraies petites jeunes elles ne restaient jamais longtemps. Elles arrivaient avec leur altruisme et leur envie de bien faire et se faisaient manger toutes crues par les médecins, les ivrognes, les bagarres et la vie. Seules restaient les dévouées, qu’on mettait généralement aux mourants ou à ceux qui avaient eu un choc psy, histoire qu’elles se perdent encore plus vite, les blasées qu’on mettait aux endroits où on avait besoin de peu de sentiments genre en chirurgie quand les gens devenaient de la viande, et les teigneuses, comme elle, qu’on foutait aux urgences parce qu’on savait que ça allait filer droit.

« Je vais mesurer votre plaie au bras, puis le médecin va passer, froncer les sourcils, dire que tout est mal fait, m’ordonner de faire des points et repartir aussi sec. Je vais avoir besoin de votre poids et de votre taille. Essayez de me donner une approximation convaincante. Vous êtes grand et je n’ai pas envie d’aller chercher l’escabeau pour vous mesurer.»

Elle posa sa bassine à présent remplie d’une eau rosée avec des reflets noirs et attrapa la règle qu’elle avait promise, mesurant la plaie au bras.

« 846 millimètres, presque 8 centimètres et demi. Pas mal… vous pensiez à quoi pour vous abîmer comme ça ? »

C’était une question impertinente aussi l’accompagna-t-elle d’un beau sourire qui éclaira son visage d’une lueur amusée et mutine. Ce qu’il y avait de bien à bosser dans le médical, c’était qu’on pouvait être curieux sans trop se faire jeter.
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MessageSujet: Re: Des mesures à prendre   Jeu 3 Mar - 16:32

Elle semblait savoir ce qu’elle voulait, la petite. Thibaud appréciait ça, et il se contenta de sourire et de hausser les épaules lorsqu’elle lui dit que la vie était injuste, sous-entendant par là que dans cette salle, c’était elle qui faisait les règles et qu’il était tombé dans sa petite autocratie tyrannique.
Il s’était visiblement trompé sur elle depuis le début. Callie n’était en réalité pas une petite jeunette sans expérience et sans caractère. Elle était infirmière depuis des années déjà. Ne jamais juger un livre par sa couverture. Son père lui avait dit ça un jour, enfin lui ou quelqu’un d’autre. Il aurait dû écouter ce conseil. Parce que là il passait pour un idiot à juger le travail d’une jeune femme qui savait pertinemment ce qu’elle faisait. D’un autre côté, cela le rassurait, lui qui n’était pas franchement à l’aise avec les hôpitaux, les urgences, les points de suture, les piqûres, ce genre de chose.

« Au temps pour moi. Je vous fais confiance. Et puis, je ne suis pas si amoché que ça….si ? »
L’ouvrier fit une grimace. C’est vrai qu’il ne s’était pas loupé. Les joies du métier. Il fallait aussi qu’il réfléchisse à une bonne excuse à sortir à Brunellière le lendemain, tiens. Parce que bon, si ici il ne pouvait pas dire qu’il s’était blessé en voulant saboter un système, il pouvait encore moins servir cet argument devant cet enfoiré de collabo qu’était Brunellière. Il allait devoir inventer un scenario bidon à base de jardinage chez sa mère. Brunellière se ficherait probablement de sa tronche, le traiterait d’incapable, le provoquerait une ou deux fois, et puis les choses pourraient reprendre normalement. Ca semblait une bonne idée. Il aurait peut-être dû s’entrainer à l’excuse du jardinage sur Callie tiens.
Il ouvrit des yeux écarquillés lorsqu’elle demanda sa taille et son poids. Sérieusement ? Il n’avait pas dit bonjour à sa balance depuis des lustres. Il réfléchit, tentant de se souvenir de sa dernière visite de contrôle chez le médecin. Il ne pouvait pas avoir bien grandi depuis, ni beaucoup grossi. Quoique, il avait peut-être pris un peu de muscle. La vie de résistant forge la carrure.
« 1 mètre 85, et je dirais 90 kilos. C’est approximatif mais j’espère que j’ai su vous convaincre », ajouta-t-il avec un clin d’œil. Il n’avait aucune idée de l’utilité de ces informations, et puis, le médecin aurait tout aussi bien pu faire l’approximation qu’il venait de faire, non ? Mais on ne discutait pas les ordres de la jolie Calixte.

Jolie Calixte qui arrêta enfin de lui mettre de l’eau sur le bras et se retourna pour poser la bassine, qui avait désormais une couleur peu ragoutante il fallait l’avouer, et se saisir d’une règle. Thibaud eut tout de suite à l’esprit une blague vaseuse concernant la mesure de quelque chose, mais se retint. Il fallait qu’il soit un gentleman, pour une fois. Les blagues de soldats, ce n’était pas fait pour les infirmières. 8 centimètres et demis. Effectivement, il n’y était pas allé à moitié. Il rendit son sourire à Callie avant de hausser les épaules avec un faux air coupable.
« J’ai été distrait par, et bien j’en sais rien, la beauté du printemps, mon prochain casse croûte, les messieurs très sympathiques qui passent dans l’usine en beuglant dans une langue à laquelle je ne pige pas un mot. Ce genre de choses. »
Il rit. Espérons que la jeune femme ne soit pas pro-allemande, parce que sinon elle ne prendra pas très bien cette dernière remarque. Remarquez, Calixte c’est un prénom bien français, donc elle n’est pas originaire de l’ennemi. D’un autre côté, rien n’empêcherait qu’elle ait rejoint l’idéologie de l’occupant. Ne manquerait plus que ça, que son infirmière se mette à défendre le petit brun à moustache et sa politique des affaires étrangères.

« Du coup, je dois attendre votre prochaine question avant d’en poser une, ou on considère que le poids et la taille sont deux questions distinctes ? Oui allez, considérons cela. Donc, dites-moi, Callie, vous êtes de Paris ou vous êtes venues découvrir la capitale et ses joies ? »
En réalité, la jeune femme lui disait quelque chose. Il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus, mais il était persuadé au fond de lui de la connaitre. Thibaud n’aimait pas avoir ces impression et ne pas pouvoir les décortiquer et en trouver la source. Alors il posait des questions presque anodines, histoire de découvrir le fin mot de l’histoire. Elle avait quelque chose de familier. Dans son visage, son regard. Quelque chose. Ou alors c’était un fantôme qui se transposait sur les traits de la jeune femme. Ou alors c’était sa blessure qui lui faisait avoir des hallucinations en plus de lui faire un mal de chien.
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