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 “Toute opinion est transitoire et toute oeuvre est permanente.” Pv : Ingrid

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Henry Lockhart Jr
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MessageSujet: “Toute opinion est transitoire et toute oeuvre est permanente.” Pv : Ingrid    Mar 19 Jan - 20:25

Ingrid & Henry
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Le manuscrit entre mes doigts émet un léger crissement plaintif, douloureux. Je me mords la lèvre durant l'opération délicate qui consiste à le déplier sans le briser.
Le document est un acte juridique d'un coin du moyen orient. On me demande d'apporter des précisions. Gracieusement, cela va sans dire, mais j'étais trop curieux pour refuser.

Les couloirs du bâtiment se vident progressivement, j'entends les pas des étudiants qui terminent leur journée à la hâte.
Un sourire étire mes lèvres quand je me souviens que j'ai rendez-vous avec Margot. Danseuse, de profession, et particulièrement jolie si vous voulez mon avis.

Bon, le parchemin. Enfin ouvert sous mes yeux, le document me révèle ses secrets.
Correction : s'apprêtait à me les révéler.
Des bruits de pas différents me font relever le visage et j'ai l'immense joie de poser le regard sur un officier allemand.
Encore ?

" Si vous êtes venus me subtiliser ce parchemin je vous arrête tout de suite : j'ai obtenu l'autorisation de votre... "

" Gardez vos journaux professeur, madame Lorre veut vous voir. "

Ah ? Ah...
Je déglutis une étrange appréhension. Je crains cette femme, à juste titre, mais chacune de nos rencontres implique des conversations passionnantes qui me font - presque - oublier le dégoût qu'elle m'inspire.

" Maintenant. "

Ordonne-t-il en faisant tomber mon cartable sur le sol en souriant.

Après avoir récupéré mes effets - et pris soin de ranger le parchemin - j'ai suivi les soldats bien sagement, mains dans les poches et chapeau enfoncé sur les yeux.
Combien de malheureux disparaissent après une dernière promenade avec les occupants...

Je reconnais les rues empruntées puis le Louvre, merveilleusement gris ce soir. Le jeu de Paume s'offre à nous dans ce contexte pathétique et je retiens avec peine les remarques sarcastiques qui me brûlent les lèvres.
Nous finissons par entrer dans un vaste bureau. Déjà je remarque le carton plein de vieilleries, certaines sont déposées sut la large table.

Peintures, illustrations, esquisses.
Des nus, apparemment. Mais pas le moindre indice - depuis l'entrée - sur le rapport avec moi.

" Madame va nous rejoindre, tâchez de vous tenir correctement. Comme vous pouvez le constater, il est question de dessins vulgaires qu'il est nécessaire de supprimer ! "

" Laissez-moi deviner : Ingrid Lorre s'y oppose ? "

D’où la haine qui brille au fond des yeux de cet allemand. Il triture d'ailleurs son holster comme si dégainer et faire feu le démangeait.
Je prends note : ne pas provoquer l'officier.

" Madame ! Voici votre fameux spécialiste...faites vite. "

Je me retourne pour saluer la jolie rouquine d'un signe de tête, pincement de chapeau.
...ça risque de m'occuper un moment.

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MessageSujet: Re: “Toute opinion est transitoire et toute oeuvre est permanente.” Pv : Ingrid    Dim 24 Jan - 0:55

Les officiers allemands avaient généralement de commun un goût prononcé pour l’absence totale de contestation. Rigueur militaire, sans doute. Au demeurant il était rare que l’un se permette de passer outre la procédure établie. Peu habituée à ce qu’on se permette d’ignorer son avis, Ingrid avait donc été d’autant plus surprise lorsqu’un soldat avait débarqué en hâte dans son bureau pour lui annoncer que le lieutenant-colonel Ackermann venait d’arriver au Jeu de Paume et prévoyait d’effectuer son ménage dans les œuvres déposées par ses hommes sans même avoir pris le soin de les faire inscrire au registre. Oubliant aussitôt la programmation de l’opéra, elle était donc immédiatement montée dans une voiture qui en quelques minutes la déposa aux Tuileries.
Ah! Le vil. Du haut de toute son inflexibilité l’officier fixait sans ciller le pauvre soldat qui, dans sa dévotion, avait pris le courageux parti de se planter devant une série de tableaux et quelques cartons remplis de croquis et autres dessins inachevés en attendant l’arrivée d’Ingrid. Sans surprise la politesse de celle-ci ne reçut qu’un écho glacial, et sans gêne elle lui passait sous le nez afin d’aller mettre le sien dans ce qui avait de toute évidence été récupéré lors d’une arrestation. Cependant le pourquoi, où et qui ne l’intéressaient pas, seul ce qui se trouvait devant elle occupait son esprit. Rapidement elle repéra l’essentiel, désigna du doigt quelques portraits stupidement modernes à mettre à part, regroupa d’un côté d’une table des esquisses qui la laissaient encore perplexe, et de l’autre ce dont elle était certaine. Le tri grossièrement fait, elle se retourna vers l’homme et d’un mouvement de tête commença par indiquer les œuvres qui lui déplaisaient. Trop modernes, trop simplistes, qui ne répondaient tout bonnement pas aux exigences allemandes.  

« - Ceux-là sont atroces, je vous l’accorde, et seront détruits. Mais pour ce qui est du reste il faut qu’un spécialiste s’y attarde, le style est au moins intéressant quand il n’est pas admirable.
- Votre jugement est ridicule.
- Je comprends vos réserves, Oberstleutnant, mais vous assure que je connais mon travail. Il n’est pas utile de tergiverser : ceci prendra le prochain train pour Berlin et sera étudié là-bas.
- Sans vouloir vous offenser je crois que votre… sens artistique prend le pas sur votre raison. »

S’il eut été capable d’utiliser un ton encore plus méprisant sans doute l’aurait-il fait. Mais aussi fallait-il croire que chacun avait ses limites. Heureusement Ingrid était encore loin d’avoir atteint les siennes et parvenait sans mal à continuer d’afficher un sourire aimable en dépit d’une envie certaine de le menacer de tous les maux s’il continuait à se montrer aussi insultant.

« - C’est mon autorité en matière culturelle que vous offensez.  
- Au contraire, j’estime votre travail mais crois qu’en tant que femme vous vous laissez parfois emporter. »

Voilà donc où résidait le fond du problème : une croyance persistante dans la théorie des humeurs. Plutôt que de reconnaître l’engouement d’Ingrid pour l’art il préférait voir dans la passion une hystérie typiquement féminine, faiblesse de l’esprit de laquelle découlait une impossibilité morale de se soumettre au jugement d’une femme, toute nommée par Berlin était-elle. Suspectant cependant que l’homme prenne le moindre haussement de voix – ou même remarque qui remettait en cause sa vision pour le moins étroite de ce qui tramait dans la tête d’Ingrid – pour une confirmation de sa pensée, elle fit le choix d’ignorer la remarque pour en rester à l’essentiel.  

« - Ces cartons partiront pour Berlin.
- Votre obsession pour ces dessins est ridicule. »

Et lui devenait profondément insupportable. Mais soit, aux grands maux les grands moyens. Puisqu’il refusait de baisser les armes on trouverait quelqu’un d’autre qui le ferait taire. Sachant aussitôt de qui elle avait besoin, elle fit signe à un des hommes qu’elle avait sous son autorité – et qui lui avait la docile et bonne idée de ne pas la remettre en cause.

« Allez chercher Lockhart. »

Face au haussement de sourcils suspicieux d’Ackermann elle prit la peine de s’expliquer. Tout en ne manquant pas de se faire remarquer que pour quelqu’un qui osait vouloir avoir son mot à dire en matière culturelle le fait de ne pas connaître le nom d’un professeur pourtant reconnu n’aidait pas sa crédibilité.

« - Un historien réputé de la Sorbonne, dont l’avis sera nécessairement le bon puisque lui porte le pantalon.
La remarque ne plu pas, et de toute évidence la perspective d’avoir à attendre ledit historien en compagnie d’Ingrid non plus.
- Si vous le permettez un de mes hommes et moi-même irons le trouver. »

Vraisemblablement las d’argumenter face à elle, il ne lui laissa cette fois pas le temps d’ouvrir la bouche et fit immédiatement signe à deux de ses hommes de le suivre.
Ackermann parti, le moment aurait sans doute été opportun pour faire déplacer les dessins, puisqu’après tout elle en avait le pouvoir légitime. Mais songeant que ce ne serait que le moyen le plus certain d’avoir à supporter indéfiniment l’autre psychorigide, et que de toute façon Henry Lockhart aurait vite fait de lui donner raison et ainsi de clore l’affaire, mieux valait attendre. Puisque tout Américain qu’il était, l’historien avait tout de même pour lui un œil d’expert et des jugements qui généralement lui plaisaient. Pour patienter elle prit donc le parti d’aller faire quelques pas dehors, demandant simplement à ce qu’on la prévienne lorsque le professeur arriverait. Chose qui ne tarda pas. Elle ne tourna en effet pas longtemps en rond avant qu’on ne lui suggère de rentrer, celui qu’elle attendait venant de se montrer. Bien heureuse de le trouver, elle s’avança vers lui d’un air sincèrement avenant.  

« - Ah! Professeur, je suis ravie de vous voir. Merci infiniment de vous être déplacé si vite.
Quand bien même elle savait pertinemment qu’on ne lui avait pas laissé le choix. Mais les méthodes n’avaient pas d’importance, le résultat seul importait.
- Venez, j’ai besoin de votre avis. »

Sans prêter attention à Ackermann et son air de bulldog mal apprivoisé elle rejoignit la table sur laquelle étaient étalés les objets de désaccord et suggéra à Henry de les observer avec attention. Ils n’eurent cependant pas le temps de réfléchir plus de quelques secondes, un raclement de gorge sonore leur rappela que l’officier s’impatientait déjà.

« - Le coup de crayon me rappellerait presque celui de Flandrin, ou peut-être même d'Ingres.
Elle croyait dans tous les cas déceler une esthétique néo classique qui méritait au moins qu’on s’y attarde. Et afin de convaincre l'autre lancer quelques noms connus aiderait sans doute.  
- J’aimerais les expédier à Berlin afin qu’un spécialiste les observe plus en détail… Mais de prime abord, qu’en pensez-vous ? »

Quand bien même le professeur avait pour domaine de prédilection l’archéologie, il était bien assez érudit pour confirmer ce que suggérait l’Allemande. Et quand bien même il aurait eu la drôle d’idée de douter, le regard insistant qu’elle lui lança suggérait qu’un avis contraire aurait été mal pris.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: “Toute opinion est transitoire et toute oeuvre est permanente.” Pv : Ingrid    Mer 27 Jan - 20:34

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Ravie de me voir hein ? Moi aussi. Je crois.
Je laisse mon regard se poser dans le sien quelques instants avant de réaliser que si je suis rarement capable de lire aisément dans les yeux d'une femme, je serai sans doute incapable d'y parvenir un jour avec Ingrid Lorre.
Ses yeux n'en restent pas moins jolis.

Retirant mes mains des poches, je la suis sans me faire prier jusqu'aux responsables de cette convocation autoritaire. J'apprécie relativement les esprits clairs et précis - qui compensent souvent le manque d'organisation dont je suis victime - mais cette femme a le don de m'agacer. Au delà de sa nationalité, de son rôle dans l'occupation, de sa grotesque position sociale et de son pouvoir abusif, je crois avoir un problème avec son intonation. La tonalité de sa voix. A moins qu'il s'agisse de ce sourire aussi parfait qu'hypocrite.
Je prends sur moi et me concentre sur les dessins.

Crayons, fusains, sanguines, craies. Pas de peinture, à première vue. J'aime voir les traits superposés qui témoignent de l'inspiration de l'artiste. Celui qui a tracé la silhouette de cette femme, par exemple, a clairement surestimé d'abord la courbe de sa cuisse avant de la rabattre, d'un demi centimètre, préférant insister sur l'arrondi extérieur.
Fasciné, je penche le visage sur le côté pour mieux observer quand l'officier me sort de mes rêveries en faisant claquer le talon de ses bottes.

« - Le coup de crayon me rappellerait presque celui de Flandrin, ou peut-être même d'Ingres.

J'acquiesce lentement en dégageant une toile perdue sous les croquis. Effectivement, la technique semble proche de ce qu'ont pu faire Ingres ou Flandrin, son élève. Je fronce les sourcils en attrapant une autre feuille sur laquelle "Homère déïfié" d'Ingres est en partie redessiné. Joli.

La griffe en bas des toiles ne me dit rien et aucun de ces objets n'est une œuvre officielle, mais l'artiste était doué et probablement même un professionnel connu dans le milieu. Une nette altération du vernis utilisé sur le tableau ou de significatives craquelures me laissent penser que ces projets datent du siècle dernier. Ils ont au moins cinquante ans, peut être même plus, mais cela mérite une véritable analyse.

" Eh bien..."

- J’aimerais les expédier à Berlin afin qu’un spécialiste les observe plus en détail… Mais de prime abord, qu’en pensez-vous ? »

Ce que j'en pense ? Ou ce qu'elle m'autorise à penser ?
Je déteste l'idée qu'Ingrid balance à Berlin les trouvailles à son goût. Mais dans un sens, s'ils ne partent pas à Berlin, ces travaux seront détruits. Déjà tant de gaspillage, d'affront, de bêtises.

...
A nouveau je hoche la tête avant de glisser un regard jusqu'au militaire.
La tournure de notre conversation ne lui plait pas. Je ne suis pas ici pour débattre avec une passionnée d'art, je dois donner un avis rapide et certain.

Je me permets d'abord de laisser un soupire s'échapper d'entre mes lèvres. J'aurai surement tenté de récupérer une partie de ces dessins si l'officier nous avait laissé seuls. Avec miss Lorre comme unique adversaire, je suis sûr de trouver des arguments de taille.
Mais elle n'est pas seule, et je n'ai pas la moindre idée de la méthode à employer pour amadouer ce type. Ce ne doit pas être envisageable. Même pour Lorre, qui visiblement a eu besoin de m'appeler au secours pour espérer avoir le poids nécessaire ;

" Je suis d'accord, faites les observer par un spécialiste. Ne les détruisez pas. Ces illustrations pourraient appartenir à un autre élève d'Ingres, ou de Flandrin, qui sait. "

" Mais vous n'en êtes pas sûr. Madame, je vous rappelle que les convois à destination de Berlin sont réglementés et surtout limités en terme de place. Réfléchissez à l'impact sur votre réputation si vous vous entêtez à envoyer des brouillons qui n'ont aucune valeur ? "

Prenant plaisir à menacer - indirectement mais très clairement - la responsable du groupe culture, Ackermann laisse apparaitre un sourire abject sur son visage d'inculte macho. Tout pour plaire.

" Pas faux, dans ce cas mettons-nous d'accord : conservons ces dessins à Paris. Je pourrai éventuellement les étudier ou faire venir un spécialiste et... "

Et l'homme, sans se défaire de son sourire, s'approche de nous en saisissant la cross de son arme pour la pointer sur mon torse.

" Ce n'était qu'une proposition. "

Dis-je en osant détourner le regard pour chercher celui d'Ingrid. Cette sadique pourrait bien faire durer le suspens mais je sais ce qu'elle en pense : sa fierté, ses qualités d'experte et son indomptable caractère n'iront ni dans le sens d'Ackermann, ni dans le mien.
Elle veut que tout ça parte à Berlin.

{Ne t'excuse pas c'était parfait clap amour }

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MessageSujet: Re: “Toute opinion est transitoire et toute oeuvre est permanente.” Pv : Ingrid    Sam 6 Fév - 12:51

Voilà enfin quelqu’un de raisonnable. Le jugement d’Henry fut accueilli avec un franc sourire et un hochement de tête satisfait. Fière d’avoir à présent l’expertise doctorale de son côté, l’Allemande se retourna vers son compatriote et releva légèrement le menton, voulant se donner de ces airs qu’on prenait après une conquête réussie. La prétention naturelle, renforcée par l’acquiescement de l’enseignant, la poussait à se sentir indéniablement supérieure. Une fois de plus le goût de l’art, le seul qui n’ait jamais eu d’importance, écraserait l’ignorance avilissante du soldat, cela semblait évident. Une théorie bancale et condescendante émergea au passage dans l’esprit d’Ingrid, avançant que l’officier était sans doute trop peu doué avec les femmes pour jamais en avoir vu une qui vaille nue, expliquant son incompréhension méprisante pour la représentation des corps. L’idée avait plus d’impertinence que de sérieux mais l’amusait assez pour qu’elle ne la juge pas parfaitement infondée. Elle justifia également un regard soutenu non sans un certain amusement, dont le fond égayé ne dura cependant pas. Car si elle avait la décence de garder silencieuse les remarques insultantes, ou pire menaçantes, lui semblait avoir à cœur de s’entêter toujours plus. Plutôt que de prendre l’avis d’Henry comme preuve de son tort il ne choisit que de relever le manque de certitude formelle, ce qui lui permit de soulever la prétendue démarche illogique qu’Ingrid prévoyait de mettre en place.  
Bien sûr elle retint avant tout de l’intervention d’Ackermann le commentaire sur son crédit entaché, auquel elle s’apprêta à répondre froidement avant d’être coupée dans son élan par l’historien dont la spontanéité l’étonnant sincèrement.

« Pas faux ? »

Sans prendre encore en compte la fin de la phrase, qui pourtant allait à l’encontre de l’idée qu’elle avait en tête et qu’elle attendait de lui qu’il approuve, elle se figea un instant, tiquant à présent sur le fait qu’Henry se permette d’approuver une critique proférée à son égard. L’ego légèrement froissé, elle regarda indifféremment le lieutenant-colonel pointer son arme sur l’Américain afin de le faire taire, approuvant momentanément la démonstration de force. Quoique les raisons des Allemands pour cette animosité ouverte divergeaient ils s’accordaient au moins presque sur la forme. Lorsque ses yeux croisèrent ceux d’Henry, qui d’un coup semblait – à juste titre – moins rassuré, elle se contenta d’un haussement d’épaules presque désintéressé.

« Merci à vous deux de vous préoccuper de ma réputation mais je pense être en mesure de la gérer seule. »

Son regard glissa de l’enseignant à l’officier et après quelques secondes d’un silence qui semblait entendu s’adressa à lui en allemand, sans grande conviction cependant.

« Le professeur est un invité, pas encore un suspect, vous vous seriez aimable de cesser de le menacer. »

La suggestion ne fut pour l’instant pas entendue. Mais sans se préoccuper de l’arme toujours pointée en direction d’Henry, elle se retourna vers lui et eut un sourire dont la douceur ne collait pas au contexte.

« Mais notez que nous ne nous mettons pas d’accord. Continuez simplement de suggérer et je trancherai. »

Deux pas en arrière et elle afficha un air franchement amusé, reprenant sa langue maternelle pour interpeller Ackermann.

« Cette insupportable audace américaine, n’est-ce pas ! »

Non pas que lui soit pour autant un ambassadeur désigné de la bienséance allemande ! Mais la remarque au ton franc d’Ingrid eut au moins le mérite de lui tirer un tressaillement des lèvres cette fois plus diverti que simplement mauvais. La hauteur prise par rapport à la nationalité du chercheur et le stoïcisme manifeste de Lorre vis-à-vis de son sort contentèrent finalement le gradé, qui daigna ranger mon arme.
Dès lors qu’Henry fut de nouveau libre de ses mouvements elle posa une main sur son bras pour lui suggérer de l’accompagner légèrement à l’écart. Plutôt que de s’excuser pour la légère montée d’adrénaline qu’il venait sans doute d’expérimenter – cela lui aurait au moins remis les idées en place ! – elle rattrapa le fil de la discussion comme si de rien n’était.  

« Ne le prenez pas mal mais si j’estime les spécialistes parisiens je ne les connais pour autant pas assez pour leur faire toute confiance. »

Au demeurant il fallait bien reconnaître que l’idée n’était pas totalement ridicule. Et si la solution proposée était loin d’être idéale, peut-être qu’elle pouvait se révéler passablement valable. Quoiqu’elle veuille encore se persuader que son plan était de loin meilleur – tout était bonifié lorsqu’on incluait l’Allemagne dedans – elle se résolu donc à reconnaître à mi-mot la pertinence de la pensée d’Henry.

« Mais supposons que votre proposition soit une alternative acceptable. Vous connaîtriez quelqu’un qui pourrait rapidement analyser et estimer les dessins ? »
Avant qu’il n’ait le temps de répondre elle ajouta un détail qui lui semblait essentiel.
« Etant bien sûr entendu que vous vous porteriez garant et seriez donc personnellement responsable s’il devait arriver leur arriver quoi que ce soit. »

Inutile d’ajouter que le moindre feuillet manquant, ou quelconque autre tentative de subtiliser à l’occupant ce qui était confié, serait interprété comme une offense à l’Allemagne et jugé en conséquence. Le monde académique étant selon Ingrid peu fiable, mieux valait exposer dès le début la portée qu’aurait la sottise. Quand bien même elle estimait Henry et le jugeait en théorie assez raisonnable pour s’abstenir de toute absurdité, l’habitude la poussait à mettre les choses au clair. Et savait-on jamais, au nom de la passion on pouvait parfois se laisser aller à des comportements inattendus, qu’il fallait donc ici étouffer avant même qu’ils ne se manifestent.

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MessageSujet: Re: “Toute opinion est transitoire et toute oeuvre est permanente.” Pv : Ingrid    Mar 16 Fév - 16:09

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« Merci à vous deux de vous préoccuper de ma réputation mais je pense être en mesure de la gérer seule. »

Ce n'était pas mon intention, évidemment, mais approuver la théorie du militaire apparait comme une prise de position aux yeux de la belle. Je réalise la maladresse de ma tactique un peu tardivement. Inutile de chercher à mettre des points avec lui, je sais que j'ai plutôt intérêt à garder la carte artistique de mon côté, ce qui implique de ne pas froisser Madame.
Sa réaction est immédiate et nous prenons tous les deux un coup sur le nez. Sauf qu'il est indolore pour l'allemand qui assume parfaitement son attaque déguisée.

Je me souviens alors quelques luttes, joutes verbales et autres jeux de mains violents. Mon premier réflexe lors d'un combat, c'est chercher à cerner mon adversaire. Sa personnalité, son caractère. Ça aide à mener le duel, anticiper les réactions de l'autre et surtout utiliser ses faiblesses. Mais je ne suis pas sûr de devoir considérer Ingrid comme une ennemie ;
Allemande, elle fait partie des envahisseurs, elle gère une propagande écœurante et manipulatrice. Ma naïveté me pousse pourtant à espérer qu'elle est plus saine qu'elle n'en a l'air.

Lorsque l'arme se détourne de mon torse je reviens à la réalité et l'oxygène à mes poumons. La conversation qui parvient à mes oreilles est difficilement compréhensible, ne manquerait plus qu'ils s'associent contre l'américain que je suis...

Maîtresse des lieux, miss Lorre me revient enfin, impériale et détachée du reste comme si seul l'avenir des dessins méritait son attention. Hm, ce qui est certainement le cas, en fait.
Après m'avoir fait part de ses doutes à l'encontre des spécialistes parisiens, elle dépose sur mes épaules - pourtant larges - une responsabilité démesurée, accablantes. Mais sans surprise. Il faut que je déniche un français capable d'estimer les dessins trouvés et qui accepte de confier leur sort à Ingrid Lorre. Autant dire : qui accepte de les remettre aux allemands ;

- [...] seriez donc personnellement responsable s’il devait leur arriver quoi que ce soit.

La menace résonne un temps dans mon crâne et mes paupières clignent plusieurs fois avant que je ne parvienne à détourner mes yeux des œuvres pour revenir à mon bourreau. Enfin, elle n'a pas besoin de masquer son visage et il n'est pas l'heure pour elle d'affuter sa lame.
Question de temps simplement. Une pénible appréhension me laisse penser que je ne trouverai jamais le bon spécialiste... Et si...

" Ne tentez rien de suicidaire, professeur. "

Ce qu'on me demande est suicidaire. Et je déteste voir ce vautour s'approcher de nous, la distance suggérée par Ingrid était parfaite. Aussi, je tourne le dos à l'officier pour m'adresser à elle avec le peu de courage que j'arrive encore à afficher :

" Je crains de ne pas être en mesure d'accorder plus de confiance que vous aux spécialistes parisiens. "

Il n'y a pas d'options, le choix ne m'est pas proposé. J'ai une tâche à accomplir et il faut absolument qu'elle convienne aux commanditaires.

" ...Il n'y a pas de temps à perdre, je peux rassembler quelques artistes et les faire venir dans une dizaine de jours ? "

" Quelques artistes ? Faites venir un spécialiste, et je vous le souhaite : le bon spécialiste. Ces horreurs ne sont pas en exposition ! "

Fichtre mais qu'on lui donne un verre d'eau ! Je me retourne lentement pour poser sur lui un regard dubitatif. Tant que je serai missionné par Ingrid, je suis un peu sous sa protection. Non ?
J'attends que l'enragé cesse d'aboyer pour à nouveau m'adresser à elle.

" Quand doit-on se revoir ? "

Parce que je n'imagine pas un autre représentant de la propagande pour décider si oui ou non l'avis du spécialiste parisien est acceptable.
Si j'ai une chance de m'en sortir, je la devrais surement à Ingrid.

{Tout ça pour ça, je m'excuse pour l'attente et la qualité, cette réponse est minable. cache }

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MessageSujet: Re: “Toute opinion est transitoire et toute oeuvre est permanente.” Pv : Ingrid    Mer 2 Mar - 15:36

L’esprit de contradiction était décidément un défaut profondément insupportable. Mais chez Ackermann au moins doublement plus que s’agissant d’Henry. Ce dernier avait au moins des suggestions décentes à proposer comme alternatives quand l’autre se contentait d’apposer un refus catégorique à tout ce qu’on lui soumettait. Par la force des choses et au nom du bon sens Ingrid se trouvait ainsi à soutenir la position d’un Américain face à un Allemand, une situation face à laquelle elle n’aurait jamais cru finir par se trouver. Sachant pertinemment que ce faisant elle ne ferait sans doute pas taire son compatriote elle prit donc le parti d’Henry.

« Faites comme vous l’entendez, professeur. S’agissant du comment vous avez toute autorité. »

Cependant il n’aurait pas tout son temps. Quand il demanda une précision sur une prochaine rencontre elle en profita donc pour fixer une échéance qui semblait plus convenable. Car laisser croire à quiconque que le Reich accepterait autre chose qu’un travail rapide et efficace ? Inimaginable. Il fallait bien une témérité d’Outre-Atlantique pour envisager le lambinage.

« - Certainement pas dans dix jours.
- Tout de même… »

Incroyable, ils tombaient d’accord sur quelque chose ! Mais dans la mesure où il était question de rendre le travail de l’historien ouvertement plus difficile l’accord n’était pas étonnant. Au demeurant elle continuait d’endosser le rôle de l’indulgente – notion cependant toute relative.  

« Mais ne vous inquiétez pas, je comprends tout à fait que vous vous ne vouliez pas travailler dans l’urgence.
La prétendue compréhension ne se traduisit cependant pas en actes.
Disons donc cinq jours, cela me semble raisonnable. »

Elle avait en réalité bien conscience que le laps de temps frôlait le déraisonnable quand on exigeait un travail bien fait, mais afin de ne pas froisser l’officier une exigence d’apparence drastique lui semblait nécessaire. Au moins il ne pourrait pas l’accuser de se montrer complaisante avec Lockhart, qu’elle arrivait par ailleurs presque à plaindre compte tenu de la charge qui s’alourdissait encore un peu sur ses épaules. Mais le sentiment s’apparentait au fond plus à un neutre constat qu’une réelle compassion. Après tout, universitaire doublé d’un Américain, il pouvait s’estimer heureux de s’en sortir sans qu’on exige de lui plus qu’un simple rendu à l’Allemagne. Quoique difficile la tâche à accomplir devait ainsi relever plus d’un honorable devoir que d’un véritable fardeau ; il n’avait certes rien demandé mais n’était somme toute pas si mal loti.

« Si passé ce délai vous ne me présentez aucun résultat concluant je me verrai dans l’obligation de reconnaître mon mauvais jugement et de me ranger du côté de l’oberstleutnant. »

L’acceptation de soumission à l’autorité masculine tira un léger hochement de tête satisfait à son représentant, vraisemblablement réjoui de constater qu’Ingrid acceptait in fine l’ordre établi. C’était bien sûr sans compter sur un orgueil qui, derrière un assujettissement qui lui assurait de ne jamais froisser personne, se refusait à admettre le moindre tort. Sous la résignation la certitude d’être dans le vrai et un entêtement qui ne faiblissait pas. Mais cette obstination arrogante devrait au moins, avec le secours du désir quasi maladif d’Henry de se faire le sauveur de tout ce qui témoignait du passé, assurer le salut des œuvres. Quoique le haussement d’épaules résigné qu’elle esquissa face au professeur laissait pour le moment croire à une renonciation fataliste.
Après quelques mots échangés en allemand avec l’officier, tout au plus des banalités brillantes d’hypocrisies sur toute l’estime qu’elle avait pour lui et sa prétendue volonté de se ranger à terme de son côté, Ingrid demanda à un soldat d’aller déposer le carton dans sa voiture. Alors qu’Ackermann s’éloignait finalement, en se montrant bien sûr avare en politesses, elle se laissa enfin aller à un soupir sonore, passa une main lasse sur son front mais s’efforça ensuite de retrouver son habituel sourire pour se retourner vers Henry.

« Permettez-moi de vous raccompagner à l’université. »

Comme tout ou presque ce qui sortait de sa bouche la permission n’était qu’une façade pour l’exigence et déjà elle posait une main sur l’avant-bras d’Henry afin qu’il l’escorte dehors, jusqu’au véhicule dont le coffre venait de se refermer sur les objets du désaccord.  
Une fois assise à l’arrière, les portières closes et avec pour seule présence tierce celle d’un chauffeur dans lequel elle avait toute confiance, Ingrid tourna la tête en direction de l’Américain pour lui lancer un regard presque grave.

« Vous vous doutez que je n’ai aucune intention de lui donner raison. »

Au cas où il ait osé douter de son dévouement pour l’art voilà qui devrait le rassurer. Malgré ce qu’elle avait pu laisser penser la volonté de faire parvenir à Berlin tout ce que la France avait de plus beau à offrir restait inébranlable, à l’image du désir de compromis d’Henry qui traduisait un attachement tout particulier aux trésors de ce pays conquis. En dépit des soupçons naturels que sa nationalité inspirait à l’Allemande, elle devait ainsi confesser une certaine sympathie pour cet aspect de l’homme ; au moins une estime pour son entêtement à sauver ce qui en valait la peine. Elle le connaissait finalement peu mais appréciait au moins un trait de sa personnalité.

« Tout comme lui ne manquera sans doute pas de s’obstiner et s’arrangera pour que les dessins n’atteignent pas Berlin. Et plus par envie de bien faire que de nuire, ce qui est d’autant plus regrettable. »
Puisqu’Henry se trouvait maintenant directement concerné autant qu’il soit clairement informé. Tout le travail qu’il déploierait pour prouver la valeur de chaque esquisse ne suffirait sans doute pas à les assurer de monter dans un train. Après tout un ordre de n’importe quel homme une fois qu’Ingrid aurait le dos tourné suffisait, hiérarchie niant toute égalité des sexes obligeait, à défaire ce qu’elle aurait plus tôt exigé. Ici elle ne sembla pourtant pas s’en formaliser, préférant même digresser un peu plutôt que se plaindre.
« Il n’a pas mauvais fond mais se lance parfois dans de drôles de croisades… Se prendre pour un esthète quand on peut sans doute à peine lister les couleurs primaires, si cela ne nous causait pas tant de tort ce serait risible. Et plutôt que de crier au manque de style il pourrait au moins avoir la décence de reconnaître qu’un jour où il avait trop bu il a été frappé d’une vision divine qui lui a ordonné de se faire le garant des bonnes mœurs, n’est-ce pas ? »  

Bonnes mœurs qu’elle approuvait au demeurant vivement – la débauche allait pour les Français, s’agissant des représentants de Berlin elle voulait vainement exiger des attitudes irréprochables –, sauf quand leur défense tournait clairement à la bigoterie et s’immisçait dans son travail.
Toujours à fixer Henry, elle se rappela qu’elle avait plus important à lui déclarer que son avis tranché sur l’officier qu’ils venaient de quitter.

« Mais à vous raconter cela j’en perds le fil de ce que je voulais réellement vous dire… »
Sans détourner le regard elle fronça légèrement les sourcils, cherchant à se rappeler de quoi il s’agissait. Et heureusement retrouva vite le propos qu’elle voulait lui tenir.
« J’avais donc une idée, mais il est peu probable qu’elle vous plaise. »

Mais il n’était après tout plus à ça près. Après quelques menaces et autres sueurs froides un plan bancal était peu de choses. Et qui ne risque rien n’a rien, disait l’adage ! Quoique dans les circonstances actuelles il valait sans doute mieux de ne pas le brandir sous le nez d’un étranger qui n’était assurément pas le moins surveillé des services allemands. Mais baste, s’il se trouvait encore à Paris c’était sans doute qu’il ne détestait pas vivre dangereusement.

[Je l’ai trouvée parfaite ta réponse, en tout cas elle m’a inspirée ♥ - même si de base je voulais être concise, mea culpa]

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MessageSujet: Re: “Toute opinion est transitoire et toute oeuvre est permanente.” Pv : Ingrid    Mer 21 Déc - 10:22

Ingrid & Henry
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« Permettez-moi de vous raccompagner à l’université. »

La belle s'empare de mon bras avant que je ne puisse lui offrir et nous rejoignons ainsi le véhicule mis à sa disposition. Outre le charme indéniable d'Ingrid Lorre qui pourrait rendre ce tête à tête agréable, j'ai la vague impression que les choses vont empirer pour moi. Pourquoi prendre la peine de me raccompagner ? J'ose espérer qu'elle a simplement du temps à combler, quitte à trouver le plus pénible des divertissements. Même américain.

Nous prenons place et je tente de me faire petit. Vaine tentative, vous vous doutez. Mon chapeau dans la main et la mâchoire contractée sous l'inquiétude, j'écoute l'allemande prendre la défense de l'officier. Je n'ai pas d'avis à donner. Pour une fois, je n'en ai aucun. Que ses réactions soient le fruit d'une totale allégeance ou d'une certaine dégénérescence - dont nombreux Berlinois sont atteints - reste le dernier de mes problèmes. Ou presque. Mon opinion sur ces choix extrêmes est claire mais si je me contente de réfléchir avec la passion de l'art, je suis juste blasé.

En ce qui concerne la mission qui m'a été attribuée, son caractère impossible m'épuise déjà. Elle a raison, après tout, il s'entêtera à faire détruire les esquisses quand bien même je réussis à obtenir l'avis favorable de dizaines d'artistes ! Ce qui ne sera pas le cas. Vous pensez bien que ceux encore en mesure de s'exprimer ne souhaitent pas vraiment le faire ;
Tout en assimilant les propos qu'elle articule, mes pensées naviguent péniblement à la recherche d'un plan mais toute idée est vite avortée : quel spécialiste interroger ? Qui acceptera de se présenter devant des militaires pour une analyse artistique ? ...

Finalement, Ingrid semble retrouver le cours de ses pensées. Nos regards ne se sont pas quittés - je ne suis pas assez fou pour baisser ma garde - mais je trouve une nouvelle étincelle dans ses pupilles. Et, bizarrement, mon angoisse redouble.

« Mais à vous raconter cela j’en perds le fil de ce que je voulais réellement vous dire… »

Aïe.
Cette amorce me déplaît autant qu'elle attise ma curiosité. Je fronce un peu plus les sourcils et attends impatiemment la suite.

« J’avais donc une idée, mais il est peu probable qu’elle vous plaise. »

" Je suppose que mon goût importe peu ... Que voulez-vous ? "

Légèrement amer, voire totalement méfiant, je n'en cache rien et attends que la prochaine pierre me tombe sur le coin de la gueule. L'intérêt persiste néanmoins. Ingrid Lorre a une idée ? Une idée qu'elle veut partager avec moi ? Elle reste une femme d'art et je me raccroche à ce seul point positif de sa personnalité.
Ça, et ses yeux.

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MessageSujet: Re: “Toute opinion est transitoire et toute oeuvre est permanente.” Pv : Ingrid    Mar 27 Déc - 18:52

Parmi les qualités d’Henry, son évidente incapacité à mentir correctement tenait une bonne place. Alors que beaucoup auraient feint la curiosité, au pire l’indifférence, lui ne cacha pas une seconde son scepticisme. A raison, d’ailleurs, quand on considérait ce qui avait été demandé de lui jusqu’à maintenant. Quoiqu’en dehors de délais certes serrés – mais au fond elle admettait la possibilité qu’ils ne soient pas tenus, chose qu’elle gardait bien sûr pour elle afin de s’assurer que la pression motive Henry –, Ingrid jugeait avoir été toujours raisonnable. Un peu raide, peut-être, et certainement pas ouverte à la discussion, mais au fond pas trop demandante. Face à la défiance de l’historien son sourire devint presque amusé, quand bien même la situation n’était pas exactement propice au rire.

« Ne soyez pas si méfiant, ça ne vous causera aucun tort. »

Du moins en pure théorie. Quant à la pratique, ne tiendrait qu’à Henry de s’assurer que le plan se déroule sans encombre. La faute à une trop grande assiduité au théâtre, peut-être, elle laissa s’installer un silence qui frôlait le dramatique avant de reprendre en commençant par se répéter.

« D’une part vous allez donc réunir quelques spécialistes qui, entendons-nous bien, aurons dans les semaines et mois qui viennent toujours un avis favorable aux intérêts du Reich. C’est-à-dire un avis qui suivra le mien. »
L’esprit de contradiction n’avait jamais été un trait de caractère qu’elle appréciait. Et l’estime qu’elle portait à quelques éminents spécialistes s’arrêtait généralement là où la discorde commençait. Elle battit des cils et pencha légèrement la tête pour ajouter un demi-compliment.
« Vous qui êtes un professeur si réputé n’aurez aucun mal. »

Il fallait bien un peu de flatterie, même si elle n’avait pas l’air totalement sincère, pour lui faire avaler le reste. Reste qui dans l’absolu n’était pas si terrible – une question de perspective, sans doute –, mais dont l’originalité un peu tordue valait bien de tenter de le présenter de la façon la plus avenante possible.

« Mais d’autre part, et je ne vous demande cela que dans l’intérêt de l’art, vous allez mettre la main sur quelqu’un qui sera capable d’imiter ces dessins. »

Et c’était là que les choses se compliquaient. Aller trouver une poignée d’intellectuels était une chose déjà peu aisée, mais convaincre quelqu’un de prendre part à une activité pas exactement légale en était une autre. Car même si Ingrid se targuait d’avoir mainmise sur tout ou presque ce qui touchait à l’art, en cas de faux pas elle ne pouvait décemment pas couvrir les faussaires, tous complices étaient-ils. Mais le préciser aurait été faire insulte aux capacités de raisonnement d’Henry. Avant de laisser place aux hypothétiques et, elle le reconnaissait presque, légitimes protestations de l’Américain, Ingrid jugeait nécessaire de construire un peu plus en détail son raisonnement.  

« Comme je vous l’ai dit, jamais je ne donnerai raison à Ackermann, du moins pas dans les faits. Mais pour ce qui est de la forme, j’ai peur de dépenser bien trop d’énergie à justifier mes choix, si bien qu’en attendant le malencontreux hasard qui le renverra loin de Paris le plus judicieux serait peut-être de me ranger de son côté. »
Il ne l’embêterait pas bien longtemps mais pendant qu’il en était capable il continuerait à le faire bien, c’était évident. Aussi valait-il mieux faire taire les débats maintenant et ruser un peu pour obtenir le résultat escompté. Avec un air décidé elle hocha la tête et conclut donc :
« Nous allons donc brûler les faux pour lui donner l’illusion qu’il a gagné et envoyer discrètement les originaux à Berlin. »

Ce qui, dans la mesure où il n’était question que de rendre plus facile un transit vers l’Allemagne qui dans tous les cas aurait fini par avoir lieu, n’était selon Ingrid pas même moralement discutable. Juste techniquement pas ce qu’il y avait de plus simple. De toute façon la fin justifiait les moyens, qui ici étaient tout au plus tortueux, au fond si peu malhonnêtes. La véritable perfidie de l’idée d’Ingrid, si vraiment il fallait en trouver une, résidait sans doute dans le fait qu’elle voyait au passage un procédé pour s’assurer de la sujétion d’Henry. Qu’il refuse et elle se verrait dans l’obligation de prendre des mesures contre lui ; qu’il tente un jour de l’accuser d’avoir été à l’origine de quelques faux et, le poids de la parole du modèle nazi qu’elle était aidant, elle retournerait les accusations contre lui et lui ferait regretter d’avoir tenté de lui porter préjudice. Mais il n’y aurait en principe aucune raison d’en venir à de telles extrémités.  

« Vous trouverez parmi vos étudiants ou connaissances quelqu’un qui ferait ce travail de copie vite et bien, n’est-ce pas ? »
Elle n’attendit cependant pas la réponse avant de reprendre, se rappelant qu’elle avait oublié un détail.
« Bien sûr rien de tout cela ne devra jamais être su. »
Même si elle ne souhaitait mandater Henry que dans l’intérêt de la culture Ingrid n’avait pas pour autant envie que ces méthodes peu orthodoxes s’ébruitent. Et quand bien même elles viendraient à se savoir, elle dépenserait alors toute l’énergie nécessaire à se dédouaner de toute responsabilité et à l’imputer au plus proche bouc-émissaire, à savoir ce cher professeur Lockhart. Mais ledit professeur s’en doutait sans doute. Mais au lieu de s’étendre sur 1) le caractère peu sûr de l’idée, 2) le piège qu’elle aurait par ailleurs pu être, 3) les modalités pratiques. Elle considéra qu’il valait mieux donner l’impression que le choix était véritable et que tout effort méritait salaire.  
« Mais votre effort sera reconnu à sa juste valeur. Nommez ce qui vous semble un... retour, disons, adéquat et je ferai mon possible. »

Dans la mesure du raisonnable et compte tenu du fait qu’il était un Américain au milieu de la France occupée, évidemment. De toute évidence il ne faudrait pas compter obtenir la direction de l’université ou autre poste délirant mais imaginer plus réaliste. Car Ingrid était disposée à un peu d’efforts mais pas à faire des miracles, surtout pour répondre à une bonne volonté d’Henry qui n’était somme toute pas flagrante.

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MessageSujet: Re: “Toute opinion est transitoire et toute oeuvre est permanente.” Pv : Ingrid    Ven 30 Déc - 18:56

Ingrid & Henry
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Ingrid Lorre. Vile arriviste au service du rebut de l'humanité. Une forme de gâchis, si mon avis vous intéresse. Dans d'autres circonstances - qu'il aurait certainement fallut modifier dès sa tendre enfance - un caractère passionné et passionnant tel que le sien aurait été un esprit sincèrement artistique et ouvert aux libertés de chacun ;

Je l'observe sans l'observer, mes yeux dessinent ses traits durs pour y déceler un peu de sensibilité, de compassion. Aucune âme n'est totalement dépourvue de bienveillance. Aucune âme humaine, j'entends. Chez elle, je n'en vois guère.

La belle me rappelle les conditions de notre arrangement, sans omettre les clauses implicites qui me semblaient pourtant évidentes. Son compliment m'arrache un sourire mauvais mais j'incline le visage pour l'accepter. Une façon comme une autre d'insister sur ce qu'elle souhaite. Tous ces arguments en faveur de l'art devant Ackermann pour maintenant clamer sa soumission à un être abject et désaxé. C'est ridicule !
Lorre veut que je trouve des artistes prêts à tolérer et défendre chacun de ses caprices.

« Mais d’autre part, et je ne vous demande cela que dans l’intérêt de l’art, vous allez mettre la main sur quelqu’un qui sera capable d’imiter ces dessins. »

" Madame ? "

Non, je ne comprends pas. Les nazis n'ont pas besoin de chercher des coupables à punir, ils n'ont qu'à se baisser pour piocher parmi les innocents à leur merci. Je penche le visage sur le côté tandis qu'elle développe et ses intentions se profilent à l'horizon à mesure que je rassemble les morceaux du puzzle.
Bien entendu les dessins retrouvés ne partiront jamais... Ackermann les fera détruire malgré l'opinion d'Ingrid. Qu'importe son rôle, elle n'a pas l'influence nécessaire, pas suffisamment de poids pour sauver quelques malheureux croquis.

« Mais votre effort sera reconnu à sa juste valeur. Nommez ce qui vous semble un... retour, disons, adéquat et je ferai mon possible. »

Un nouveau sourire étire mes lèvres et je détourne le regard afin de me persuader que ceci n'est pas pure imagination. Je dois donner mon prix ? Sérieusement ? Tout ce que je gagne, c'est un trajet direct jusqu'à ma tombe. L'hypocrite et respectable responsable miss m'insulte et me soumet à un exercice qui n'a aucune solution favorable. Pour moi. Mais c'est bien le dernier de ses soucis ;

Tout signe d'amusement quitte mon visage quand mon poing fermé vient se poser sous mon menton. Je soupire, patiemment, dans l'espoir de refouler les contrariétés qui m'envahissent et menacent de me faire prendre un ton moins cordial.

" Trouver un type assez fou pour venir défendre ces dessins me paraît impossible ! Mais vous dégoter un...un...un faussaire ?! Je ne fais pas partie du milieu artistique, madame... "

Insolent, dépassé, je me détache du dossier pour me rapproché d'elle tandis que ma main s'apprête à lui saisir le bras.

" ...vous ne trouverez personne. "

Je lui rends sa mission suicidaire.

Mon geste s'arrête avant que mes doigts ne frôlent son vêtement. La haine fait demi-tour devant la prise de conscience. Merde. Je déglutis et me rassois en me coiffant de mon chapeau comme pour masquer cette bavure.
Cette p*tain d'occupation à fait taire la plupart des maîtres. Les disciples encore dans les parages ne risqueront jamais d'utiliser un crayon...

" Si le seul moyen de sauver ces œuvres reste le voyage jusqu'à lui, les cartes son dans vos mains. "

Oui je me défile. Du moins j'essaye, sans y croire. Ingrid n'aura qu'un mot à dire pour que je regrette cette effronterie mais il me fallait tenter. A nouveau j'analyse ses traits, ses yeux, le mouvement de ses doigts. Peut-elle changer d'avis et envisager de convaincre Ackermann ou je ne sais quel autre crétin ?

Je devine le chauffeur à l'avant qui tend l'oreille et veille, certainement prêt à en découdre. Ou pas. Mais tous les allemands sont menaçants, aussi, je daigne rendre les rennes de " l'entretien " à mon interlocutrice.
Me calmer s'avère être une bonne idée. Si elle m'en laisse encore l'occasion.

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MessageSujet: Re: “Toute opinion est transitoire et toute oeuvre est permanente.” Pv : Ingrid    Sam 21 Jan - 10:16

Quel décevant manque d’enthousiasme. Prévisible, certes, mais décevant. Elle laissait à Henry une opportunité – du moins si on regardait les choses avec beaucoup de recul et en omettant une liberté de choix présentée comme assez relative –  et lui ne voulait y voir que les mauvais côtés. Certes un brin de danger, peut-être plus, mais deux regards tournés vers un même objectif et une collaboration aurait sans doute pu être soudée par un soupçon de confiance (mais surtout pas plus). Dommage, il faudrait donc que les choses se gâtent. Car non content de protester Henry le faisait en plus en manquant cruellement de retenue. C’était bien Américain, de ne pas être capable de maîtriser ses nerfs. La perte soudaine de sang-froid d’Henry, caractérisée par des gestes brusques, une voix qui s’élevait et surtout des paroles mal mesurée, fit ouvrir de grands yeux à Ingrid. Cela faisait longtemps qu’on ne s’était pas permis ce genre de ton avec elle, surtout quand « on » n’était pas un haut dignitaire nazi. A mesure que l’historien se rapprochait d’elle son visage se fermait. Et quand il eut presque osé l’effleurer son sourire, jusqu’à maintenant minutieusement entretenu, disparu, ne contrebalançant plus un regard froid. Quelle désagréable atmosphère d’impasse.
Une fois qu’Henry se fut tu elle le regarda de longues secondes sans ciller, cherchant un instant à deviner ce qui pouvait bien se cacher dans sa tête. Mais la situation la contrariait trop, de sorte à ce qu’Ingrid n’ait finalement ni l’envie ni la patiente de faire preuve de déduction, de subtilité, ou d’inventivité pour décrypter le fond des pensées de son interlocuteur. Elle constatait simplement un refus, autrement dit une perte de temps. L’ayant laissé finir son élan protestataire, elle reprit un premier point qui lui semblait essentiel.

« Ne me prenez pas pour une idiote. Quand bien même vous n’êtes pas un artiste vous évoluez dans un microcosme dont les frontières sont minces. »

Mais le fond du problème ne résidait pas dans le manque de volonté d’Henry à faire fonctionner son carnet d’adresses. Le souci n’était pas tant son objection rationnelle, cette première réaction de surprise quant à difficulté purement logistique de ce que demandait Ingrid, mais il tenait à la réplique spontanée qui avait suivi, à cet instant frappant de sincérité durant lequel il l’avait renvoyée à une dépendance presque précaire. En deux phrases il soulevait un désagréable paradoxe, celui qui donnait à Ingrid tous les pouvoirs théoriques mais la laissait en pratique démunie si elle ne parvenait pas à convaincre un tiers. En l’absence de complicité elle aurait certes pu atteindre son but, par des moyens détournés, mais en se heurtant à une difficulté évitable. Cependant elle refusait d’admettre la pertinence d’un propos emporté bien qu’elle en soit consciente. Quand la vérité était trop cinglante mieux valait l’occulter. Ou du moins la retourner. Au lieu de se présenter comme démunie elle choisit donc de rappeler que le contexte lui donnait tout de même un moyen de pression non négligeable. Puisque la sympathie feinte ne fonctionnait pas elle en reviendrait à cet air glacial qu’elle se retenait au quotidien de trop afficher.

« Et pensez-vous vraiment être en position de négocier, professeur Lockhart ? »

Elle avait détaché bien plus que nécessaire les syllabes du titre et nom d’Henry, laissant claquer la dernière sur le bout de sa langue.
Ingrid n’aimait pas sentir ce besoin de requérir à des menaces à peine voilées pour obtenir une adhésion de façade. Il y avait quelque chose de bas à en arriver à ce genre de méthodes. Mais nécessité faisait loi et elle n’était de toute façon plus à un spectre de représailles près. Pour la première fois depuis le début de leur échange elle laissa donc place à une authenticité brutale, celle qui faisait regrettait les notes auparavant trop mielleuses.  

« Si on vous a fait croire que j’étais quelqu’un qui acceptait la contestation, particulièrement venant d’un citoyen dont la nation est ennemie à la mienne, alors on vous a trompé. » Imitant Henry, elle se pencha légèrement vers lui, lentement cependant, jusqu’à poser sur son bras une main qui n’avait rien d’amical. « Et je vous déconseille de supposer qu’en tant que femme j’éprouverais une sorte de compassion naturelle et aurais quelques remords à participer à rendre votre situation… délicate, disons. Surtout n’allez pas m’inventer quelques valeurs morales, vous seriez déçu de découvrir la vérité à vos frais. »

A tête reposée sans doute aurait-elle jugé qu’agir contre Henry aurait surtout été une perte de temps et d’énergie. Quoique quelques coups de fil pour lui faire perdre son poste, soit parmi les choses qu’il devait chérir le plus, auraient peut-être valu le coup si on avait pu photographier sa tête au moment où il comprendrait que la serrure de son bureau venait d’être changée. Mais toujours était-il qu’il n’était pour le moment que question de lui rappeler qu’il ne faisait pas bon de contrarier l’occupant.
Jugeant avoir été suffisamment transparente, Ingrid se redressa, dégagea sa joue d’une mèche de cheveux qui venait d’y tomber, puis adressa à Henry un sourire dont le naturel était mal placé.

« Mais soit, prenez le temps de réfléchir à ma proposition. Après tout ce n’est pas comme si la situation était urgente. »

Hors contexte il aurait été difficile de saisir l’ironie de son propos. Ici il cherchait bien sûr à rappeler à Henry qu’un train pour Berlin ne restait jamais éternellement en gare.  
Elle adressa au chauffeur quelques mots d’allemand et une poignée de secondes plus tard la voiture fut arrêtée au bord de la route, à quelques rues encore de l’université.

« A l’occasion vous me ferez donc part de votre décision, je ne suis pas difficile à trouver. »

La réaction qu’aurait Henry l’intriguait assez. Un pari l’aurait même presque divertie. Etait-il le genre d’homme qui face à l’ultimatum choisirait la bravade ? Serait assez fou pour croire qu’il lui était possible de filer en douce ? Ou la raison le rattraperait-il ? Pour peu il serait question d’un jeu, au fond peu aléatoire mais assez périlleux, plein de sentiments normaux comme la surprise, la peur, une quasi gaieté mais pas encore d’ennui.

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