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 Les ennuis, on sait quand ça commence... mais pas quand ça termine (topic unique)

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Béatrice Beauclair
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Féminin

■ topics : OUVERTS
■ mes posts : 149
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■ profession : Membre des services secrets de Vichy, infiltrée à l'Abwehr, chargée de la surveillance de la Luftwaffe à Orly.

PAPIERS !
■ religion: Protestante, comme l'ensemble de sa famille, mais elle s'est éloignée de sa foi.
■ situation amoureuse: Mariée, mais peu fidèle, et surtout autant attirée par les femmes que les hommes.
■ avis à la population:

MessageSujet: Les ennuis, on sait quand ça commence... mais pas quand ça termine (topic unique)   Mar 1 Mar - 1:08

C'était un fait : il y avait des façons moins agréables de se faire convoquer. En pleine guerre, certes, mais pas seulement. Même en temps normal, on ne recevait pas souvent ses convocations sous forme d'une invitation à déjeuner au Maxim's, par coursier qui plus est. Pourtant, c'est avec perplexité, voire méfiance, que Béatrice avait considéré la courte missive qu'on lui avait remise le matin même, car dans les quelques lignes que comprenait celle-ci, le lieu où on ne lui donnait pas réellement le choix de se rendre ou non ne pouvait qu'apparaître secondaire. Très secondaire même, compte tenu du fait que la personne qui se trouvait derrière cette lettre n'était autre que Léon Claussat, l'homme de Vichy que l'on disait (pour le moment) acquis à Laval, celui de toutes les intrigues possibles et imaginables, et accessoirement le beau-père de l'homme qui ignorait être le véritable père de Rose. Bref, le genre de personne qui s'évitait scrupuleusement en temps normal, et dont Béatrice avait particulièrement peu envie de faire la rencontre dans sa situation actuelle. Elle avait beau ne connaître ce Claussat que de nom, il n'était nul besoin de faire partie de ses intimes pour se douter qu'il était de ceux qui ne faisaient jamais rien sans avoir une idée derrière la tête, ni les moyens d'obtenir ce qu'ils voulaient. Et c'était là la question principale : que lui voulait-il ? Pour une membre des services secrets français infiltrés chez les Allemands, qui ne savait plus exactement si elle travaillait pour premiers ou pour les seconds, la réponse pouvait s'avérer préoccupante - et le mot était faible. Troublée, voire vaguement inquiète, Béatrice avait néanmoins essayé de ne pas se perdre en conjectures : après tout, elle découvrirait bien assez tôt de quoi il était question, car s'il y avait une seule chose dont elle était certaine, c'était qu'elle ne pouvait ce soustraire à cet entretien. Après tout, pour elle qui attendait au plus ou moins d'espoir un signe de ses anciens collègues, ceux restés à Paris et surtout, partis en Afrique du Nord, peut-être n'était-ce pas une si mauvaise nouvelle... Du moins, c'est ce dont elle avait essayé de se convaincre, sans grande conviction, comme si elle savait déjà pertinemment qu'elle ne cherchait là qu'à se rassurer. Car au fond, elle était presque certaine que ni Paillole, ni Rivet n'avaient quoi que ce soit à voir avec Claussat. Et quoi qu'elle puisse espérer, ce n'était définitivement pas une bonne nouvelle.

Elle se montra néanmoins ponctuelle et à l'heure dite, l'espionne perplexe mais qui se gardait bien de le montrer pénétra dans l'imposante salle du Maxim's où un majordome en costume s'empressa de venir l'accueillir avec toute l'obséquiosité que l'on devait à ceux qui avaient encore les moyens ou les relations nécessaires pour se permettre un repas ici. Béatrice, qui n'avait en réalité ni les uns, ni les autres, lui jeta un coup d'œil peu amène avant de chercher parmi les tables déjà occupées celle qui pouvait la concerner. 
- Je peux vous aider, madame... ?
- Beauclair. Je suis attendue...
répondit-elle sans avoir le temps d'aller plus loin. 
- Ah, oui, monsieur Claussat vous attend. Suivez-moi s'il vous plaît.
Béatrice haussa un sourcil. Présomptueux ou fin connaisseur, en tout cas il n'avait visiblement pas douté de sa venue, à tel point d'ailleurs que la table vers laquelle la mena le majordome était déjà surmontée, en plus de ses deux couverts, par deux verres de vin remplis et deux assiettes bien garnies. Dominant le tout, un homme se leva, et adressa à la nouvelle venue un sourire affable, qu'elle trouva un peu trop satisfait pour être tout à fait honnête. 
- Madame Beauclair, juste à l'heure ! s'exclama-t-il avant de renvoyer l'employé d'un geste impérieux. J'espérais que vous répondriez à mon invitation, je suis ravi de ne pas m'être trompé. J'ai pris la liberté de commander, j'espère que ça vous conviendra.
L'accueil, quoi qu'enthousiaste, mit immédiatement Béatrice à l'aise, et si elle répondit avec un sourire de façade qu'elle n'était pas moins ravie que lui de se trouver là, ce ne fut définitivement que pour donner le change. A l'instant où elle s'assit, ses vagues espoirs étaient oubliés, et le restaurant, cette manière de l'accueillir, la commande déjà passée... tout cela sentait à des kilomètres son homme entrain de mener la danse, et Claussat agissait avec une assurance qui ne lui disait rien qui vaille. Seulement, elle était là désormais, et il fallut bien consentir à jouer le jeu des politesses ne serait-ce que pour donner l'illusion qu'elle était tout à fait à l'aise. Comme quelqu'un n'ayant rien à cacher, et par conséquence, aucune raison de s'inquiéter. Ce qu'elle était, évidemment, et même si les politesses en questions lui semblèrent s'éterniser bien plus longtemps que de nécessaires.

- Il est excellent, n'est-ce pas ? se félicitait Claussat après avoir goûté au vin et enjoint Béatrice à faire de même, et en s'attaquant à son plat.
- En effet, répondit cette dernière qui n'y avait pas prêté la moindre attention. Elle se saisit de sa fourchette pour imiter son compagnon de table inattendu, mais lasse, la reposa et planta son regard dans celui de Claussat. Je suis flattée par votre invitation, mais, sans vouloir paraître brusque, allez-vous me dire ce que je fais ici ? Lâcha-t-elle soudain, abandonnant toute affectation.
Il y eut un instant de silence, pendant lequel l'homme politique termina une bouchée de foie gras, tandis que Béatrice le dévisageait avec insistance. Un long instant si l'on devait en croire la jeune femme, qui en avait assez de se demander ce qu'on lui voulait et de tourner autour du pot à commenter des mets qui ne lui en faisaient plus réellement envie. Claussat l'avait probablement compris, du moins c'est ainsi qu'elle interpréta sa façon de reposer tranquillement ses couverts, et de s'appuyer lentement contre le dossier de sa chaise en esquissant un nouveau sourire satisfait avant de se décider enfin à reprendre la parole. Béa, face à lui, n'avait pas bougé d'un cil.
- Vous avez raison, venons-en au fait : j'ai une sorte d'offre d'emploi pour vous, madame Beauclair. Une offre intéressante, dirais-je même, que vous n'avez aucune raison de vouloir refuser.
Nous y voilà, songea l'intéressée, dont les traits se durcirent brusquement. Elle croisa les bras devant sa poitrine, et à son tour, se laissa aller contre sa chaise, bien plus détendue en apparence qu'elle ne l'était réellement.
- J'ai déjà un travail, rétorqua-t-elle froidement. Je ne suis pas certaine d'être intéressée.
- Oh je vous connais, Béatrice... Vous permettez que je vous appelle Béatrice (ce n'était pas une question). Bien mieux que vous ne me connaissez, comme vous vous en doutez. Et si vous prenez le temps de m'écouter, vous verrez que vous avez tout intérêt à accepter.
La jeune femme hésita un instant sur la conduite à tenir. Elle n'avait aucune envie de savoir ce qu'un type comme Claussat pouvait bien avoir à lui proposer, elle avait bien assez de problèmes comme ça et idéalement, elle aurait sans doute dû se lever, le remercier pour le vin et s'en aller sans en entendre plus. Mais quelque chose dans son attitude, à commencer par l'assurance avec laquelle il parlait, l'inquiéta. Et pendant une seconde, elle se demanda ce qu'il entendait vraiment par « je vous connais » et surtout, quels moyens il avait d'être certain qu'elle ne pourrait rien lui refuser.

Ce fut la seconde de trop. Quittant son semblant de nonchalance, Claussat se redressa, croisa ses mains sur la table et la fixa avec un sérieux glaçant.
- Je vais prendre votre silence pour de l'intérêt. Et pour répondre aux questions que vous vous posez, je vais vous dire ceci : je sais que vous n'êtes pas qu'une simple auxiliaire de navigation à Orly. Vous travailliez pour les services secrets avant la guerre, et vous avez probablement continué après l'armistice. Et par services secrets, j'entends les Travaux Ruraux de Paillole, évidemment, pas le BMA. Ce qui est fort dommage, vous auriez probablement été dans une situation moins compliquée si ça avait été le cas.
Il se permit un rictus fataliste pendant Béatrice tentait de rester de marbre. Pourtant, si ses traits affichaient toujours autant de froideur, elle s'était encore raidie, en témoignait ses mains crispées sur ses bras toujours croisés.
- Oh, j'oubliais, poursuivit Claussat : vous avez infiltré l'Abwehr, n'est-ce pas ? Sauf que vos amis des TR sont partis depuis novembre, et vous ont laissée sans personne à qui faire vos rapports. Un choix regrettable, si vous voulez mon avis, et puisque je suis, comme vous pouvez le constater, au courant de tout cela, j'en viens à cette fameuse proposition : travaillez pour moi, Béatrice. Pas le BMA, ni Vichy ou aucun autre service : vous n'aurez à répondre qu'à moi seul. Et de mon côté, je m'assurerai qu'il ne vous arrive rien... Vous savez comme les Allemands traitent leurs traîtres ? ajouta-t-il presque négligemment, comme s'il ne faisait là que la plus badine des remarques.
La première pensée qui traversa l'esprit de la jeune femme dans le court silence qui s'installa fut qu'elle aurait dû décliner l'invitation dès le départ, ou quitter les lieux plus tôt. La seconde, que ça aurait été une décision tout aussi regrettable que d'être venue, et qu'il n'y avait simplement pas de bonne solution. Au moins, elle comprenait désormais ce qu'essayait de faire Claussat : ni plus ni moins que tenter de récupérer les quelques restes des services pour se constituer ce qui ressemblait à un petit réseau personnel d'espions à sa solde. Or ne répondre qu'à lui – et donc ne dépendre que de lui sonnait désagréablement aux oreilles de la jeune femme, qui, à court de solution, prit enfin la décision qui s'imposait. Elle gratifia son interlocuteur d'un coup d’œil aussi froid que méprisant et se leva.
- Je ne suis pas intéressée, asséna-t-elle. Merci pour le vin, et bon appétit.

Là-dessus, elle fit mine de vouloir s'éloigner, mais la voix de Claussat s'éleva aussitôt dans son dos.
- Ce sont vos enfants, n'est-ce pas ? Béatrice s'interrompit presque malgré elle, consciente qu'elle lui donnait ainsi une raison de poursuivre.
- La raison pour laquelle vous n'êtes pas partie vous aussi, ce sont vos enfants, Rose et Guillaume, si je ne m'abuse. C'est très louable de votre part de vouloir les protéger, fit l'ancien député en faisant négligemment tourner le vin dans son verre. Vous m'avez l'air d'une mère exemplaire... Il serait dommage que l'on confie à d'autres le soin de s'occuper d'eux, qu'en pensez-vous ? 
Elle se tourna lentement vers lui, cette fois clairement en colère. Les menaces plus ou mois nuancées du discours de Claussat ne lui avaient pas échappées jusque-là, mais s'il y avait une chose que l'on ne pouvait faire sans toucher réellement Béatrice, c'était s'en prendre à ses enfants. Elle était bien loin de la mère sur-protectrice ou très présente que cette affirmation pouvait laisser supposer, mais Rose et Guillaume n'en étaient pas moins les prunelles de ses yeux, les deux êtres auxquels elle se raccrochait quand le reste allait mal. Claussat ignorait probablement cela, en revanche, il venait de d'obtenir l'attention de la jeune mère qui lâcha entre ses dents : 
- Vous ne toucherez pas à mes enfants. 
Il y avait une note menaçante dans cette affirmation qui laissa Claussat de glace. 
- Qui parle d'y toucher ? On vous les prendra, rétorqua-t-il comme s'il énonçait une évidence. Ne me faites pas l'injure de penser que je ne pourrai ou ne voudrai pas le faire si nécessaire. Je vois plus de raisons qu'il n'en faut de vous les retirer les confier à quelqu'un plus capable que vous d'assurer leur protection.
Béatrice était tout à fait revenue sur ses pas, et se trouvait désormais debout à côté de Claussat qui n'avait pas daigné se lever. Elle ne put abattre violemment son poing sur la table au risque d'attirer l'attention des autres occupants du Maxim's qui se trouvaient être surtout des officiers allemands, aussi y posa-y-elle ses deux mains à plats pour se pencher sur son interlocuteur, comme si elle avait été en position de force, ce qui ne manquait pas d'ironie. 
- Vous aurez vos rapports, déclara-t-elle sourdement avant de poursuivre en appuyant sur chaque mot : mais ne vous avisez pas d'approcher mes enfants.
Claussat eut un troisième sourire satisfait, qu'elle aurait tout donné pour effacer de son visage. À défaut de pouvoir l'attaquer avec le couteau qu'il avait abandonné à côté de son assiette pour lui passer l'envie de sourire, Béatrice se redressa, poings serrés, et tourna les talons.
- A la bonne heure, eut le temps d'ajouter Claussat. Vous voyez, je savais que vous seriez intéressée. Nous nous reverrons bientôt, Béatrice.
- Madame Beauclair, siffla-t-elle pour toute réponse.
Il ne répliqua pas, ou alors elle ne l'entendit pas, trop occupée à s'éloigner aussi rapidement que les apparences le permettaient. Mais elle eut beau passer enfin en sens inverse les portes du Maxim's, le rictus satisfait de Claussat la poursuivit pendant de longues minutes. Béatrice poussa un long soupir. Et dire qu'elle pensait que les choses pouvaient difficilement empirer. Elle ignorait à quel point elle était loin du compte.

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En vain pour me sauver je lève mes pieds lourds
Des flots de plomb fondu subitement les baignent, à des pointes d'acier ils se heurtent et saignent (...) Soutenant un pendu ; d'effroyables sorcières dansent autour, et moi, de fureurs carnassières

©️BESIDETHECROCODILE
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