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 Résultats Concours de RP#3

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MessageSujet: Résultats Concours de RP#3   Sam 30 Avr - 16:32

Avec le moi de mai vient le printemps (enfin, c'est censé, mais vu la météo, je commence à en douter). Et il était plus que temps de dévoiler les résultats du concours de Noël. Mieux vaut tard que jamais parait-il, dans notre cas ce sera mieux vaut très tard que jamais gnhehe les berniques en chef s'excusent d'ailleurs de ces énormes délais.

Au vu du nombre de participations, nous n'avons pas souhaité élire de vainqueur. Nous préférons mettre en avant les membres qui nous ont envoyé leur participation. Merci à vous, nous avons ri, été émues, limite versé une petite larme en lisant vos oeuvres. Elles méritent toutes de gagner, et c'est ce que nous avons décidé. En effet, vous gagnez tous 5 points d'office sur la battle des berniques, afin de faire avancer votre équipe vers la victoire!!! face

Vous pouvez dès à présent profiter des textes de nos participants. Nous espérons que vous prendrez autant de plaisir à les lire que vos berniques en chef en ont eu, et nous espérons surtout que pour le prochain concours rp, nous aurons d'aussi beaux textes!!
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MessageSujet: Re: Résultats Concours de RP#3   Sam 30 Avr - 16:33

Participation de Edouard Cabanel


Il entendait des bruits de voix derrière lui, mais curieusement étouffées, comme des sortes de borborygmes indéfinissables (il était fier de connaître ce mot, même s'il n'était pas tout à fait sûr de son sens). De toute façon, ça ne l'intéressait pas, il l'avait décidé. Ce gros bonhomme ventru (d'où les borborygmes) à la fine moustache qu'on lui avait présenté sous le nom de « Père » (même si personne d'autre ne l'appelait ainsi, ce qui était un mystère en soit) pouvait bien lui dire tout ce qu'il voulait, il ne l'écouterait pas. Il avait un tout autre centre d'intérêt. Pour le moment car à son âge, sa capacité d'attention était encore assez faible au grand désespoir de la vieille gouvernante qui ne cessait de lui faire des mimiques étranges apparemment pour le pousser à se mettre sur ses deux jambes quand il était si pratique de se déplacer à quatre pattes (mais les grandes personnes étaient si déconcertantes, parfois). Et ce nouveau centre d'intérêt était assez exceptionnel pour le détourner non seulement de son jouet, un petit avion de bois qu'il faisait rouler au sol (et laisser traîner partout au désespoir de Père qui avait failli en avaler sa moustache et se briser le cou la dernière fois qu'il en avait fait la rencontre malencontreuse), mais aussi de la douce odeur de pain d'épice qui arrivait à ses narines – apparent résultat du travail de la madame de la cuisine. Il aurait pu s'en lécher les babines par avance, comme le gros matou de la famille qui crachait dès qu'il le voyait. Alors pensez bien, ce n'était pas une discussion enquiquinante (il aimait bien les sonorités de ce mot) qui allait le distraire.

Ceci dit, cela signifiait surtout que personne ne s'intéressait à lui, ce qui arrangeait bien ses affaires. Parce qu'il avait beau ne pas toujours comprendre ce que Père voulait (rarement, même... Il n'était pas encore assez âgé pour être de mauvaise foi), il avait le sentiment que le monsieur à moustache ne serait pas d'accord pour le laisser faire. Mieux valait s'échapper avec discrétion. Les yeux toujours fixés sur la porte du jardin restée entrouverte, il décida qu'il était temps de prendre les choses en main. Il se redressa donc avec détermination et avec précaution (il s'agissait tout de même de ne pas se rompre le cou à son tour, quelle idée on avait eu de l'affubler de cette longue chemise blanche, pleine de dentelles !), il hissa tout son poids sur ses deux petits pieds. Ses jambes dodues chancelèrent mais il tint bon. Voilà, ça n'avait rien de très compliqué, il ne voyait pas pourquoi les grandes personnes en faisaient toute une histoire. En prenant garde à ce que la mode enfantine ne cause pas son trépas soudain (Père avait utilisé ces mots pour parler du vieux tonton qui le faisait pleurer à chaque fois car il piquait et insistait toujours pour un baiser, il les avait bien aimés), il avança lentement, en vacillant, mais sans se décourager. Allons, on allait enfin lever le mystère, il ne fallait pas abandonner maintenant !

En une minute à peine, il se glissa par la porte et fut saisi par un froid glacial pour lequel il n'était pas préparé (quand il disait que les dentelles, ce n'était pas efficace !). Mais il en fallait plus pour l'impressionner. Quand maman montait dans son avion, elle n'avait jamais peur non plus. Ce n'était pas elle qui était effrayée par un jouet qui traînait par terre ou par un vieux matou qui crachait et griffait. Et lui, il était un peu comme maman, ça tombait bien. Et il lui suffit de quelques pas pour enfin atteindre l'objet de sa fascination, et pour se rendre compte que c'était différent de tout ce qu'il connaissait déjà. Un même blanc couvrait le perron, et puis tout le reste du jardin et même les branches du cerisier où la vieille gouvernante retrouvait parfois un monsieur à qui elle faisait des baisers mais qui ne la faisait pas pleurer, lui. Un blanc qui avait rendu silencieuse toute la campagne comme si les oiseaux s'étaient cachés dessous. Ce blanc, donc, ça s'écrasait sous ses chaussures, en faisant un son déconcertant. Il s'entraîna à imiter le son. Splitch. Sloutch. On aurait dit des borborygmes. Pour poursuivre son investigation, il voulut se pencher pour toucher (et éventuellement goûter, c'était de son âge) mais son équilibre défaillant décida de lui jouer des tours. Il tomba dans le blanc, sur le perron, comme Père sur le petit avion.

C'était terriblement froid, glacial même. Il ne connaissait pas encore le mot qui convenait le mieux, ce qu'il n'eut pas le temps de regretter car il se mit à sangloter. Il avait même mal au genou droit. Ce n'était pas si bien en fait tout ce blanc. Il aurait même dit que c'était une malédiction, même s'il ne savait pas très bien le sens de cette expression. Si cela se trouvait, on ne lui avait rien dit mais ça allait rester comme ça pour toujours. Comme dans les contes que lui racontait la vieille gouvernante. Cette pensée abominable le fit pleurer encore plus fort, tant et si bien qu'il n'entendit pas une grande personne arriver. Deux mains douces le saisirent soudain, le soulevèrent du sol et sans vraiment comprendre, il atterrit dans les bras de maman qui le serra contre elle.
- Chenapan ! S'exclama-t-elle, en rentrant dans la maison où régnait la douce chaleur de la cheminée et en refermant la porte derrière elle, chenapan qui marche quand on ne le regarde pas ! Tu voulais aller voir la neige ? Si tu es sage, je t'apprendrais à faire un bonhomme de neige, mon petit Edouard. Seulement si tu promets de ne pas faire mourir ton père d'inquiétude !
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MessageSujet: Re: Résultats Concours de RP#3   Sam 30 Avr - 16:34

Participation de Augustin Chassagne

La Magnanerie Noël 1930

Ils l’attendaient tous devant le perron, impatients. Elie Chassagne, la cinquantaine à peine entamée et élégante, Odile Chassagne, souriante dans sa robe de soie verte, Valentine et son ventre arrondi, et Antoine fier comme Artaban, le bras autour de la taille de sa jeune épouse. L’après-midi tirait à sa fin, et la voiture qui était allée chercher Augustin Chassagne à la gare de Montélimar, arrivait enfin dans la cour, ce 24 décembre 1930. Augustin en sortit, les traits las.
Il avait débarqué du “Voyageur d’Orient” le matin même à Marseille, après plusieurs jours en mer depuis Beyrouth. Et avant cela, il avait fait l’interminable voyage depuis Téhéran. Pour être ici, ce jour de Noël, avec sa famille, à la Magnanerie, propriété familiale non loin du Poët-Laval, petit village de la Drôme.
Alors, oui, il était fatigué, le costume chiffonné, frissonnant dans le froid de l’hiver après des mois de chaleur orientale. Quoi de plus normal ? Mais il n’y avait pas que ça… Il y avait pire. Mais le pire devait être dissimulé en ce jour de fête. Le pire n’avait pas sa place ici, dans la douceur du cocon familial.

Ce fut Odile qui ne put se refréner davantage et qui descendit les marches pour serrer son fils dans ses bras. Il était grand, son tout petit, mais elle lui donna quand même une série de baisers ravis comme s’il avait encore cinq ans. Il était parti depuis plus de deux ans, dès son doctorat de littérature en poche, le fils prodigue. Il était parti à peine sa soeur mariée, pour la Perse lointaine. Alors, pensez, quel retour attendu !
Il y eut ensuite les bras de Valentine qui pleura bien un peu de joie. Les hormones de la grossesse que voulez vous...Et Antoine qui l’enserra dans une accolade virile avec force tape sur l’épaule, Antoine qui souriait derrière ses lunettes, heureux de retrouver son vieil ami, heureux d’être marié à une femme qu’il adorait, heureux d’être bientôt père, heureux, forcément heureux. Et Augustin, qui, au milieu de toute cette joie, n’arrivait pas à garder son sourire, avait eu envie de s'agripper à la robe de sa mère pour s’y laisser couler...Par chance, les larmes dans ses yeux pouvaient s’expliquer par l’émotion des retrouvailles. L’honneur était sauf.

Et puis, il ne fallut qu’un regard. Elie Chassagne croisa le regard de son fils et sut que quelque chose n’allait pas. Il lui donna une poignée de main solide, puis glissa sa main sur son épaule.

“Rentre, et va te reposer, fils. Tu auras bien le temps de nous raconter. On soupe comme toujours à 19H30.”

Noël…. Noël et le sapin majestueux qui trônait dans le salon lambrissé, Noël et l’odeur des bredala alsaciens confectionnés sous la supervision d’Odile, Noël et la voix cristalline de Valentine chantant “O Peuple fidèle” au piano... Noël... La fête qu’Augustin avait toujours préféré. Et là, assis dans son bain bien chaud, il essayait juste de ne pas pleurer comme un idiot, la chaleur ayant dénoué ses muscles tendus, laissant les noeuds de son âme à vif. Respirer pour se reprendre. Se composer un visage amène et participer à la fête.
Alors Augustin se rase de près. Il s’habille avec un beau costume gris tout neuf, une chemise blanche, un gilet et une belle cravate bleue. Il se coiffe avec soin. L’image de sa psyché lui dit qu’il est chic et plutôt bel homme. Pour ce que ça a servi, mon Dieu…

C’est l’heure du souper, des petits plats dans l’argenterie, du bon vin qui patiente dans les carafes, des bougies qui éclaboussent de lumière les sourires des convives. Augustin joue le jeu à la perfection : il embrasse sa mère, taquine sa soeur, raconte les ruines de Persépolis, Ispahan, le souk de Beyrouth, l’université...Et toujours sur lui, le regard d’Elie, le patriarche qui n’est pas dupe.
Ils ont fait un sort à la bûche de noël, quand Elie se tourne vers son fils :

“Il faut que je te fasse goûter un petit cognac vieux de vingt ans qui ira très bien avec un bon cigare.”

Elie jette un sourire d’excuse à Antoine qui lève un sourcils mais saisit que le père a besoin d’un peu de temps seul avec son fils.
Raclement de chaise sur le sol, et voilà les deux Chassagne qui se dirigent vers le bureau qui sert de fumoir aux hommes. Le cognac coule lentement dans les deux verres, le père a donné un cigare au fils et maintenant, il s’assoit face à lui dans son vieux fauteuil. Elie voit très bien la tension qui habite Augustin : la raideur des épaules, les gestes vifs, les joues crispées. Il attend. Il attend que la brûlure du cognac fasse son office et qu’Augustin finisse par appuyer son dos sur le fauteuil. Qu’il lâche un peu de lest.
Il en est foutrement fier de son gamin. D’accord, il n’a pas choisi de devenir ingénieur, mais quelle importance quand ce fils ne vous a jamais déçu sur tout le reste ! Un homme de parole, Augustin. Et quel érudit ! Qu’on lui propose un poste à peine diplômé sur les recommandations du recteur de la Sorbonne, bien sûr qu’Elie était fier.
Les cigares disparaissent en volutes grises, et Elie attend. Pas un mot. Juste ce regard bienveillant qui ne juge pas...Augustin finit quand même par poser sa tête et croiser ses jambes. Elie esquisse un sourire, puis :

“Qu’est ce qui ne va pas, fils ? C’est bien gentil à toi de ne pas avoir voulu inquiéter ta mère et ta soeur, mais maintenant, peut être que tu pourrais te payer le luxe d’être sincère ?”

Le verre de cognac s’est arrêté à mis chemin de la bouche d’Augustin. Il dévisage son père, stupéfait. Ah, crénom, il avait oublié ! Oublié qu’il était impossible de cacher quoique ce soit au regard perspicace de son père et ce, depuis toujours. Sous ses yeux bleus, si semblables aux siens, Augustin avait toujours fini par avouer : oui, c’était lui qui avait gobé les oeufs en douce, oui c’était lui qui avait fait pleurer Valentine, oui c’était lui qui avait collé son poing sur la joue d’un camarade, oui, c’était lui qui avait mis une grenouille dans la panière à linge…

“Je suis tombé amoureux, je n’ai pas pu l’épouser. Voilà, c’est tout.”

Les deux derniers mots ont été étranglés dans sa gorge. Respirer...Respirer pour accepter le poignard qui lui déchire le coeur à chaque fois qu’il pense, ou parle d’Agnès. Aimer à ce point, est-ce seulement possible ? Quand l’autre est devenu un tel sujet de dévotion, le minimum, dans les cieux, aurait voulu qu’on passe sa vie à le chérir. Mais qu’est-ce que vous avez foutu, là-haut ? C’était pourtant pas compliqué de rendre les heureux, ces deux-là !

“Ah...Et pourquoi ?”

Augustin souffre. Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir. Il souffre comme un damné. Elie voit bien que le problème c’est que ce n’est pas tout, justement. Ou que ce n’est pas rien. Elie ne connaît qu’une manière face à une plaie purulente : percer, évacuer le pus, et cautériser. Et sans anesthésie, que la leçon porte. Elie ne sait pas encore dans quelle blessure innommable, il a mis le couteau…

Augustin est un bon fils, Augustin obéit, alors Augustin raconte. Il raconte la beauté d’Agnès : de ses yeux verts troublants à la finesse de ses mains, de sa chevelure de miel à ses jambes sublimes. Il raconte les traits d’esprit d’Agnès, son caractère primesautier et fantasque, son talent pour la peinture, ses fragilités de jeune fille et son sauvage entêtement. Il raconte une lumineuse promenade dans un jardin, les pauvres baisers furtifs qui vous laissent ivre, et l’amour entre eux qui enflent démesurément jusqu’à envahir tout l’espace. Il raconte la famille d’Agnès : noblesse de robe, militaire depuis des générations, catholiques pratiquants et antisémites. Une famille qui n’a pas pu gober que leur fille se fasse courtiser par un protestant aux idées larges qui ne savait pas par quel bout attraper un fusil...Une famille qui a exilé leur fille au loin en la fiançant au passage à un obscur cousin...Une famille qui a réussit à obtenir la “mutation” du Professeur Chassagne pour Berlin…
Augustin, misérablement, finit par pleurer. Pas les petits pleurs qu’on tamponne délicatement avec un mouchoir, pas les pleurs où il suffit de bien inspirer pour les calmer...Non. Les bons vrais gros sanglots qui signent le bris du coeur et l'hémorragie de chagrin et que ce n’est pas prêt de s’arrêter, et que, peut être, ça ne s’arrêtera jamais, parce que des fois, Dieu a un drôle de sens de l’humour.

Il y a d’abord la main de son père qui vient se poser sur sa nuque et qui lentement l’attire inexorablement contre le veston paternel. Il y a ce père désemparé par la douleur de son fils, qui comprend néanmoins que les mots sont dérisoires, et qui maladroitement tente une caresse réconfortante. La main ouverte qui passe dans la chevelure, lentement, patiemment, qui dit l’affection paternelle, qui donne du temps aux larmes, le temps que ça s’apaise. Parce qu’Elie sait bien, lui que tout finit par s’apaiser.

“Je ne vais pas te mentir. Il est possible que tu n’aimes jamais plus de cette façon là. Il est possible que tu n’oublies jamais cette femme. Tu sais, nous les Chassagne, on ne sait rien faire à moitié. Tu apprendras à vivre avec ce chagrin, Augustin. Tu es assez fort pour cela. Il faut que tu sois assez fort pour cela. En attendant…”

Elie se détourne de son fils pour aller vers son bureau et ouvrir un tiroir. Il en sort un petit écrin qui lui tend. Augustin passe sa manche sur ses yeux. On ne voit rien à travers la peine. En ouvrant l’écrin, il découvre une bague : un beau rubis enchâssé dans un anneau d’or ciselé. Il observe son père sans comprendre.

“C’est la bague de fiançailles de ton arrière grand mère. Un jour, tu trouveras une femme digne de la porter. C’est mon cadeau de Noël...L’espoir. Parce que tu ne peux pas renoncer à l’amour à 27 ans, Augustin. Oui, un jour, il y aura une femme. Il faut que tu te mettes bien ça en tête et que tu gardes espoir.”

Augustin regarde le rouge de la gemme qui flamboie devant ses yeux. L’espoir, hein ? L’espoir que rien n’est jamais perdu, que rien n’est jamais joué, que la vie prend souvent des chemins de traverse, qu’il reverra Agnès un jour peut être, et qu’il pourra l’aimer. L’espoir, ce truc fou qui défie la logique. Augustin a finalement un lent sourire qui illumine son visage. Il se lève. Le père et le fils s’étreignent longuement. Augustin est de retour à la maison, enfin. Et c’est noël.
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MessageSujet: Re: Résultats Concours de RP#3   Sam 30 Avr - 16:35

Participation de Eva Jürgen

24 décembre 1938, quelque part en Allemagne. Eva n’a pas retenu le nom de la ville ; de toute façon, ces patelins allemands sont imprononçables. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’ils allaient y rester pendant un moment avant de retourner en France, comme ils le faisaient toujours. Emil n’avait pas encore décidé de la marche à suivre exacte, mais elle s’en fichait pas mal ; l’heure n’était pas aux stratégies de cavale, mais aux festivités. Alex était sorti acheter de quoi boire ; Jean et Milo jouaient aux cartes, comme à leur habitude. Eva sortit du salon du petit appartement qu’ils louaient, et se dirigea vers la cuisine. Emil était affairé à couper les légumes en petit morceau. Il s’était auto-proclamé cuisinier pour la soirée, volant la vedette à Eva qui s’occupait de nourrir les cinq bouches de la bande en temps normal. Mais, comme il l’avait si bien dit, « à soirée exceptionnelle, rôle exceptionnel ». La jeune femme resta ainsi, silencieuse, à le regarder, jusqu’à ce que ce soit lui qui sente sa présence et se retourne, lui adressant un sourire. Lâchant son couteau, il s’approcha d’elle et l’embrassa tendrement.

« Ma femme m’espionne ? » lâcha-t-il avec un sourire amusé.

Eva lui rendit son sourire au centuple. Ils s’étaient mariés quelques mois plus tôt, au milieu du printemps. Pourtant, elle ne s’était toujours pas faite à l’idée qu’elle était désormais Eva Jürgen, épouse d’Emil Jürgen. Sa vie avait pris un tournant dont elle n’aurait jamais pu se douter il y a encore cinq ans, quand elle fuyait la misère de son foyer. D’ailleurs, chez elle, ils n’avaient jamais fêté Noël : ils ne pouvaient pas se permettre un tel écart, de telles folies culinaires. C’était avec ces quatre hommes, cette bande un peu mal assortie mais liée par quelque chose de plus fort que l’amitié, qu’elle avait connu les fêtes de fin d’année.

« Tu as besoin d’aide ? » répondit-elle après un nouveau baiser. Emil lui répondit par la négative, et Eva, après une moue déçue, le laissa tranquille et rejoignit Jean et Milo dans le salon. Jean était français, comme elle, mais plus âgé de quatre ans. Grand brun ténébreux, il était visiblement issu d’une famille bourgeoise du Nord de la France. Mais il était addict à l’adrénaline, et sa vie de château ne lui permettait pas d’assouvir ses pulsions ; il avait donc fui, un jour qu’Emil était venu emprunter quelques biens familiaux, et ils avaient formé un duo détonant. Milo, quant à lui, était un blond aux yeux verts peu causant, originaire de Munich. Il était ami avec Emil depuis l’enfance, mais n’avait rejoint la bande qu’après Jean ; il avait tenté une carrière d’avocat, s’était planté en beauté et avait décidé que le trafic de bijoux était plus intéressant. La relaxe du meurtrier de ses parents alors qu’il passait le barreau y était probablement pour quelque chose ; Milo avait perdu sa foi en la justice. Eva ne pouvait que le comprendre : elle-même n’avait jamais cru dans le système judiciaire, ni dans la justice tout court d’ailleurs. Le monde n’était pas juste, comment les hommes pourraient-ils créer un système juste ?

Le soir vint, et avec lui revint Alex, les bras chargés de boissons aux noms tout aussi imprononçables que les villages allemands. Il fut accueilli avec des hourras enthousiastes et les cinq compères se mirent à table. Le repas fut le théâtre d’histoires improbables et d’anecdotes hilarantes, chacun y allant de sa petite remarque sur ses Noël d’enfant. Eva ne dit rien ; elle n’avait rien à raconter. Mais elle écoutait attentivement et éclatait de rire, souvent. Elle n’avait que 19 ans, mais ses compagnons étaient tous plus âgés, et ils avaient vécu des choses incroyables. Lorsque Jean se lança dans une imitation de sa mère, son ventre lui faisait mal à force d’être pliée en deux.
« Bon, c’est pas tout ça, mais on passe au dessert ? », lança Alex
Eva vit Emil blanchir en une seconde. Le chef de la bande perdait rarement la face ; c’était le roc. Mais là, il était livide.

« Le dessert. Scheisse », souffla-t-il.
« Tu as oublié le dessert ? » demanda Jean, horrifié. Eva ne comprenait pas pourquoi le dessert était si important ; après tout, ils venaient de trucider une pauvre dinde et d’engloutir trois kilos de légumes. Ils pouvaient bien se passer de dessert, non ?

Visiblement non. Eva soupira alors qu’elle enfilait son manteau. Les hommes étaient déjà prêts, dans l’entrée, outils à la main. La blondinette ne pouvait pas croire qu’ils allaient vraiment faire ça. C’était insensé. Voire totalement taré. Mais Emil avait proposé, et les autres avaient abondé dans son sens, alors Eva n’avait pas eu d’autre choix que d’accepter. Ils allaient donc commettre un nouveau braquage. Leur cible : la boulangerie du coin de la rue, qui arborait fièrement une charlotte aux fraises dans sa vitrine.

Tels cinq ninjas, la petite bande se dispersa autour de la boulangerie. Eva n’ayant personne à charmer, elle s’occupait de faire le guet avec Milo, et de détourner l’attention de quiconque passerait trop près du lieu du délit. Les minutes passaient, et les autres ne revenaient pas. La jeune femme commençait à s’inquiéter, mais n’osait pas jeter un coup d’œil à travers la vitrine, de peur d’être trop peu discrète.

« Bordel, mais qu’est-ce qu’ils fichent ? » pesta-t-elle entre ses dents.

Soudain, un couple approchait, bras dessus bras dessous, tout en rires et en baisers. De vraies guimauves, qui agaçaient Eva plus qu’autre chose. Sauf que ces guimauves là venaient droit dans la direction de la boulangerie, et s’ils s’approchaient trop près, les compères à quatre pattes en train de forcer la serrure de la porte de derrière. Le sang d’Eva ne fit qu’un tour. Elle attrapa Milo par le bras, l’attira vers elle et se mit à rire aux éclats, s’agrippant au manteau de son ami avec une exagération feinte à merveille. Les guimauves ne virent qu’elle en passant et ne prêtèrent aucune attention à la boulangerie. Dès qu’ils furent assez loin, Eva se tut, adressa un clin d’œil à un Milo interloqué, puis se remit à l’affut. Deux minutes plus tard, Emil ressortait en riant, un carton à la main.

Tout ça pour une charlotte. Mais il fallait avouer qu’elle était sacrément bonne. Les rires étaient de nouveau de mise, alors que Jean racontait l’épopée dans la boulangerie, à devoir éviter les sacs de farine et les baguettes préparées pour le lendemain.

« A notre meilleur casse », déclara Alex en levant son verre
« A notre meilleur casse », répondit Eva en chœur avant de boire. Pendant que les autres continuaient leurs conversations, elle écoutait, pensive. C’est vrai qu’ils étaient mal assortis. Et pourtant ils fonctionnaient bien, tous ensemble. Son regard croisa celui d’Emil, qui lui adressa un sourire affectueux auquel elle répondit avec tout l’amour du monde. Encore quelques années et ils arrêteraient. Ils auraient encore un tas d’autres Noëls. Elle se sentait bien au milieu de ces infortunés de la vie. Elle ne s’était jamais sentie aussi bien avec personne. C’était donc ça, une famille.
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MessageSujet: Re: Résultats Concours de RP#3   Sam 30 Avr - 16:35

Participation de Calixte Chastain

La pluie tombe doucement sur les pavés de la capitale, tellement légère qu’elle semble par moment flotter dans l’air, donnant une fausse impression de flocons fondus, recouvrant le sol d’une couche sombre et brillante. Il fait déjà nuit mais ça n’a rien d’étonnant. Plus surprenant, c’est l’absence de gens dehors. Ou alors, ils se pressent, le col relevé et la tête enfoncé dans leur cou comme s’ils se flétrissaient sous l’eau ou qu’ils pensaient qu’en se baissant, ils seraient moins mouillés. Stupide. Je remet ma capeline de laine en place. Elle est moche et pleine de boue mais chaude et vaguement imperméable.

Un feu rouge m’arrête devant une maison. A l’intérieur, tranchant avec le gris et le noir du soir, de grandes fenêtres montrent toute la puissance de l’électricité. Un feu de cheminée complète l’atmosphère chaleureuse du lieu. Je vois un arbre enguirlandé et de belles boules de verres, moins grandes cependant que celles qui ont bercé mon enfance. Quand j’étais petite, l’arbre était immense, les guirlandes aux longs poils, sorte de boa pour arbre, pendaient dans une harmonie en deux couleurs, souvent du rouge et du blanc. Avec une étoile dorée en haut et des gros paquets cadeaux en bas. Là, je vois quelques paquets mais pas grand chose. Les gens n’ont pas de biens à acheter cette année. Les allemands ont tout pris. Mais ils ont l’air contents, les gens. Y a deux enfants, des garçons, une mère, un père et un jeune homme dont je sais pas s’il est juste logé ou un ami ou un fils d’un premier mariage peut-être. Le feu passe au vert. Je démarre, laissant en plan mes interrogations. J’ai pas vraiment le temps de toute façon. Tourner à droite, passer le pont. Puis tout droit, devant le Louvres, passage par l’Opéra Garnier. Derrière ses bois et ses dorures se passent un Opéra je crois, pour les gens qui ont du temps à perdre jusqu’à minuit et veulent le perdre à paraître. Je me demande s’il y a beaucoup de gens dans les églises et si la Messe de Notre-Dame sera émouvante cette année. On a jamais été très pratiquants dans ma famille. Une perte de temps. Je ne suis pas loin de penser comme eux. Il est ridicule de n’aller prier qu’une fois par an, sous prétexte que ça fait bien. Pas d’église donc pour moi, mais un début de montée. Je me met en danseuse, consciente que ce n’est que le début. La chaussée, glissante, tangue sous chaque coup de pédale. Je me surprends à sourire. Sans raison. Juste comme ça. Parce que ça monte et que ça veut dire que je suis presque arrivée.

Onze heures sont passées quand j’arrive devant ma porte cochère. Je monte doucement mes six étages et pousse la porte qui grince toujours autant, gonflée de froid et d’humidité. Dans ma petite chambre, j’ai pas mis de sapin. J’ai mis une petite pousse toute pourrie que j’ai bouturée du jardin de l’hôpital pis planté. Je ne sais pas ce que c’est mais c’est vert et ça fout pas des épines partout. Comme j’ai pas de déco, j’ai fait une tresse avec deux rubans en tissu que j’ai récupéré chez le fripier pour trois fois rien. La seule lumière est celle de l’ampoule qui pend du plafond. Ca m’est égal. Comme c’est fête, on a eu à l’hôpital une petite brioche individuelle avec deux grains de sucre dessus. Je me rappelle des banquets de mon enfance, l’oie rôtie, les grands et leur champagne, les belles robes et les discussions tintant comme le cristal parfois bousculé d’un couteau maladroit. Je me souviens aussi des silences – on ne parle pas à la table des adultes – et de l’inconfort de mes robes. Mes cheveux longs tressés en une coiffure sophistiquée me faisaient ressembler à une poupée. De mon fauteuil, à l’époque, je me souviens que j’enviais les Noëls de l’office, lorsque le personnel de maison riait et jouait, qu’on entendait sur le bois rouler les dés d’ivoire. Les robes étaient moins belles, la lumière plus crue mais l’émotion, elle, était là. Noël.

Assise sur un oreiller, le dos contre le pied métallique du lit, face à ma fenêtre donnant sur Paris, j’entends les cloches sonner minuit dans une cacophonie d’églises qui me font lever la tête de mon bouquin. Je souris à la Ville que je vois se dérouler à mes pieds. Mon premier Noël seule. Mon premier Noël libre. Ma tasse se lève en un toast silencieux. Je ne regrette rien. Joyeux Noël.
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■ mes posts : 2313
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■ profession : Ambassadeur de Vichy à Paris

PAPIERS !
■ religion: Ne croit qu'à la politique. Dieu ? ça fait longtemps qu'il n'existe plus, non ?
■ situation amoureuse: Coincé dans un mariage malheureux avec Madeleine Claussat. Trop occupé à cause de son beau-père pour avoir le temps d'aller voir ailleurs.
■ avis à la population:

MessageSujet: Re: Résultats Concours de RP#3   Lun 2 Mai - 12:11

Oh merci à tous les participants, c'était vraiment très chouette, j'ai dévoré toutes les participations ! Trop l'esprit de Noël, ça fait du bien, même à retardement mdr


Je m'en vais utiliser les points gagnés à bon escient cutevil !

₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪


« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
J.K. Rowling (c) .bizzle


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