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 [Aux alentours de l'Ecole militaire] Rencontre au sommet

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Guillaume Vial
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■ topics : FERMÉS
■ mes posts : 327
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■ profession : Lieutenant-colonel dans l'armée française, représentant l'armée de Vichy auprès des Allemands - accessoirement chef du réseau Honneur et Armée

PAPIERS !
■ religion: Protestant
■ situation amoureuse: Célibataire
■ avis à la population:

MessageSujet: [Aux alentours de l'Ecole militaire] Rencontre au sommet   Sam 11 Juin - 22:28

En fermant un instant les yeux, peut-être aurait-il pu croire que les choses n'avaient pas changé, que l'Occupation n'était pas passée par là et que le drapeau à la croix gammée ne flottait pas droit devant lui, maculant la Tour Eiffel. Peut-être aurait-il pu se laisser aller à penser qu'il sortait tout juste de cours avec le colonel De Gaulle qui leur avait expliqué l'importance que représentait l'armement lourd dans les guerres modernes et qu'il venait d'échanger quelques désaccords avec Gaspard Thomas. Que l'activité qui bruissait derrière lui était celle d'une École militaire qui terminait une longue journée de travaux divers, d'équitation et de discussions stratégiques en vue de former les futurs officiers du pays. Que les bottes qui frappaient le pavé étaient françaises – et que d'ailleurs, elles n'avaient pas à aller frapper le pavé des rues parisiennes. S'il avait fermé les yeux, le lieutenant-colonel Vial aurait pu en effet être transporté à peine quelques années plus tôt quand, en sortant de St-Cyr et d'une mission au Proche-Orient, il avait intégré les rangs de cette école pas tout à fait ordinaire. L'avenir, s'il recelait déjà des promesses de guerre contre l'Allemagne (penser le contraire aurait été bien naïf), ne paraissait pas si sombre que cela. A l'époque, la France avait la meilleure armée du monde, des officiers brillants et une force morale que personne ne voulait remettre en cause. Seulement voilà, Guillaume Vial, qui n'était guère enclin à la mélancolie, ne fermait plus les paupières. Il aurait aimé pouvoir le faire, effacer un instant la bannière nazie qui barrait de sa couleur rougeâtre la Tour Eiffel, comme blessée de son orgueil, les uniformes vert-de-gris qui ne cessaient de passer devant lui, dans un bruit de bottes qui frappaient les pavés et un peu de l'humiliation qu'il ressentait, mais il ne pouvait pas. Que ce soit un effet de sa paranoïa latente ou d'autre chose, d'un sentiment qu'il n'aurait pu nommer, il avait les yeux grands ouverts, fouillant du regard chacun des endroits et des recoins qu'il connaissait si bien, notant ça et là ce qui avait changé comme l'ajout d'un contrôle de sécurité, se prenant en pleine figure la réalité, aussi douloureusement qu'une gifle. Peut-être n'était-ce pas qu'un effet de sa paranoïa, même si celle-ci le conduisait depuis qu'il s'était engagé dans la résistance et plus encore depuis quelques semaines, depuis qu'on cherchait les auteurs d'un attentat sur les Champs-Élysées, à observer plus attentivement les alentours, à surveiller ceux qui l'approchaient, ceux qui le suivaient... Peut-être qu'il avait besoin de se repaître de l'horreur pour en prendre conscience. Peut-être que voir son ancienne école, celle qui avait fait sa fierté, et en partie celle de la France, occupée par les Allemands pour en faire une simple caserne, lui rappelait sans cesse pourquoi il continuait à se battre dans la clandestinité, en passant outre sa hiérarchie et ses ordres. Une gifle salutaire en quelque sorte. D'autres que Guillaume, plus cyniques, auraient pu souligner à quel point la situation était ironique : après tout, c'était dans cette École militaire qu'avaient été formés les officiers qui avaient perdu la guerre.

Malgré les regards en coin, mi-méprisants, mi-amusés qu'on coulait sur lui, le lieutenant-colonel Vial, dans son uniforme français, gardait son air impassible en avançant vers la sortie. Il ne frémit même pas en entendant une moquerie lancée par un jeune soldat de faction à un camarade au propos du « Français qui osait se montrer ici », pour ne pas briser la croyance répandue que les Français ne pouvaient pas baragouiner deux mots d'allemand – alors qu'il comprenait parfaitement la langue, et se contenta de passer devant eux, la tête haute sans laisser échapper une remarque. On aurait pu penser qu'avec le temps, il avait fini par s'habituer à ces remarquables désagréables, mais en vérité, on ne pouvait s'habituer à être la cible des quolibets et le symbole de la défaite. S'il était impassible, c'était au prix d'un effort sur lui-même. S'il supportait sans mot dire l'humiliation, ce n'était que parce qu'il savait qu'un jour, il prendrait sa revanche. En attendant, il venait de passer un long après-midi dans le bureau d'un commandant militaire à commenter une carte qui indiquait des dépôts d'armes de feu l'armée de Vichy, dont il ne portait à l'heure actuelle l'uniforme plus que par courtoisie, puisque cette armée n'existait plus. Un après-midi à ronger son frein et à ralentir au maximum les opérations de récupération d'armes qui pouvaient servir aux Allemands pour frapper les forces alliées, en faisant mine de mal comprendre ou de ne pas tout savoir, alors qu'il notait scrupuleusement dans son esprit les lieux des cachettes où Honneur et Armée pouvait aller puiser de quoi combattre les Allemands avant que ceux-ci n'y débarquent eux-mêmes. Il détestait cette situation, lui qui était un militaire et qui avait toujours haï la comédie. Il avait toujours privilégié ce qui était droit, honorable et direct, combattu les mensonges, dit ce qu'il pensait. Au lieu de cela, il était contraint de faire le mariole devant des types qu'il n'estimait pas et qui étaient couverts de médailles acquises Dieu seul savait comment durant les campagnes de Pologne, de France ou de Russie. Une croix de fer ornait la poitrine du commandant du jour pour ses exploits contre les Soviétiques, un peu de fer qui n'était pas allé trouer  celle d'un combattant russe, récompensant les attaques et les massacres, le sang injustement versé. Lui-même arborait la francisque que lui avait valu sa spectaculaire évasion d'un camp de prisonniers en 1940, comme une autre grinçante plaisanterie dans ce petit jeu, alors que les seules médailles qui pouvaient compter à ses yeux étaient les invisibles que lui conférait l'armée des ombres. La seule consolation à mener ce double-jeu, c'était qu'il n'avait pas besoin d'être cordial ou chaleureux comme ces politiques sans nom, tous plus volontaires pour se vautrer dans la fange. Sa froideur était celle d'un militaire et cela suffisait amplement pour se faire estimer de tout un chacun. Et pendant ce temps, il pouvait méditer sa revanche. Il finirait bien par leur faire avaler leurs remarques et leurs croix gammées de fer, jusqu'à ce qu'une armée française nouvelle, de nouveau victorieuse, ne reprenne sa place à l’École militaire. Jusqu'à ce que la Tour Eiffel arbore de nouveau, avec fierté, le drapeau tricolore.

Ce fut empli de cette résolution lancinante que Guillaume Vial sortit de son ancienne école et du majestueux bâtiment louis-quatorzien pour rejoindre une rue animée de fin d'après-midi, non sans pousser un soupir qui fit la seule concession à ses sentiments sur ses traits figés. Les heures qu'il venait de passer avaient été très longues sous le regard des ennemis et il lui fallait agir désormais très vite pour voler quelques armes au nez et à la barbe des Allemands qui avaient cru bon de l'informer de leur calendrier de main-basse sur les dépôts de l'armée française. Il devait notamment informer son réseau que l'une de leurs cachettes habituelles, un terrain militaire du sud du département de la Seine, allait prochainement être fouillé. Ils allaient avoir besoin de camions et de bras surtout. Ôtant son képi, avançant à larges enjambées vers le dédale des rues du VIIe arrondissement pour s'éloigner du Champ-de-Mars, Vial était plongé dans ses réflexions. On lui avait appris à devoir prendre des décisions rapides, il n'avait pas pour habitude de décevoir ses instructeurs. Peut-être que s'il prévenait Irina, l'information circulerait plus rapidement dans le réseau ? Sa secrétaire qui n'avait malheureusement pas été invitée à la rencontre de l'après-midi avait des ressources et une débrouillardise illimités qui leur seraient très utiles pour le déménagement. Il en était là de ses réflexions lorsqu'il s'arrêta à un passage piéton pour laisser passer plusieurs voitures et jeta, par réflexe, un regard aux alentours. Certaines personnes observaient son uniforme, assez étonnant ces derniers temps, il fallait en convenir, d'autres s'arrêtaient davantage au détail de sa décoration vichyste, avant de se détourner – car après tout, en cette année 1943, mieux valait ne pas trop en voir. Mais l'attention du lieutenant-colonel ne s'arrêta pas sur eux, au contraire, elle s'attarda davantage sur une jeune femme non loin qui ne semblait pas l'avoir vu. Elle était plutôt quelconque avec sa robe coloré, ses longs cheveux bruns remontés sur la nuque comme c'était la mode, et ses traits fins, du genre à ne pas se faire remarquer. Toutefois, sa silhouette avait quelque chose de familier. Pourquoi lui disait-elle quelque chose ? Se pouvait-il qu'il l'ait déjà vu ? Alors qu'il reprenait sa route, contrarié, il se sentit soudain glacé. Il se souvenait. Quelques jours plus tôt à peine, cette même femme se trouvait à la sortie de son travail. Il n'avait alors pas prêté attention à elle, mais il avait noté sa présence, comme il regardait autour de lui où qu'il se rendait.

D'aucun aurait pu penser à une coïncidence, mais Vial n'y croyait pas. On ne survivait pas en se fiant à l'aléatoire quand on était chef de réseau de résistance. En l'espace de trois ans, il avait appris à se méfier de tout le monde, même du visage innocent d'une jeune femme qui semble se promener dans une rue de Paris sous le soleil du mois de mai. La fourberie se cachait en chaque être, les espions à la solde des nazi pouvaient être n'importe qui. Se pouvait-il qu'on le fasse suivre ? Alors même qu'il se dirigeait tout droit vers Irina ? Guillaume résista à l'envie de se retourner pour mieux la dévisager, pour mieux s'assurer qu'elle était toujours là, afin de ne pas la laisser penser qu'elle était découverte. Il aurait pu essayer de la semer grâce aux nombreux passants, mais il voulait en avoir le cœur net. Arrivé à un kiosque à journaux, il s'arrêta, discuta un instant avec le vendeur et lui donna une pièce pour récupérer la seule et unique feuille qui restait au Courrier Parisien en ces temps de pénurie de papier. Du coin de l’œil, il vit la jeune femme le dépasser et s'arrêter à son tour devant une échoppe. Faisant mine de s'intéresser aux horreurs que régurgitait le journal à la solde de Vichy et des Allemands, il poursuivit son chemin, passa non loin d'elle et tourna brusquement dans une rue un peu moins animée. Un nouveau coup d’œil en arrière confirma sa théorie : elle était toujours là. Elle le filait. Avec une discrétion et un savoir-faire certain d'ailleurs, elle ne pouvait prévoir à quel point son sujet était sensible à la paranoïa. Mais Vial n'était pas d'humeur à décerner des lauriers, le cœur dans sa poitrine s'était affolé et son poing se serra nerveusement sur le journal qui se froissa dans un bruissement sinistre. Qui lui donnait des ordres ? Qui pouvait bien l'avoir découvert ?

S'il avait pu y penser à tête reposée, Vial aurait sans doute choisi de lui échapper ou de rentrer prudemment chez lui pour ne pas éveiller d'éventuels soupçons, mais en l'occurrence, toute la rage qu'il avait accumulé durant l'après-midi s'empara brusquement de lui. Il voulait savoir, il ne pouvait pas devenir une simple proie aux prises avec quelqu'un qui maîtrisait davantage le jeu que lui. Or, il commençait à mieux connaître les alentours, puisqu'ils s'approchaient d'un lieu sûr pour Honneur et Armée, il décida donc d'agir. Avec vélocité, il força soudain le pas, tourna au dernier moment dans une ruelle adjacente puis de nouveau dans une autre, avant qu'elle n'eut le temps de le suivre. Comme il l'espérait, cette dernière qui bordait le mur d'une vieille église et un jardin de l'autre côté était totalement vide. Prêt à bondir, il se plaça dans l'angle mort de la rue et patienta. Il n'eut pas à attendre longtemps, à peine quelques minutes plus tard, des bruits de talons rapides se firent entendre et à l'instant où la jeune femme, sans doute à sa recherche, passait devant lui, il lui saisit le bras et la plaqua violemment sur le mur rugueux de l'église. Si la rencontre entre son dos et la pierre fit un choc sourd, Guillaume ne lui laissa pas le temps de pousser un cri car il la bâillonna d'une main et de l'autre la maintenait fermement contre lui pour lui éviter de se débattre.
- Vous me suiviez, souffla-t-il, pourquoi ?,
Il ôta sa main de bouche mais alors qu'elle tentait d'échapper à sa poigne, il plaça son avant-bras sur sa gorge, jusqu'à lui attirer un gémissement de souffrance. Elle avait beau être mal en point avec son souffle court, ses joues rouges et ses yeux affolés, il ne relâcha pas la pression pour autant et s'écria d'une voix plus forte et plus colérique :
- Répondez-moi ! Qui vous emploie ?,
D'une secousse, il l'étrangla à moitié avant de libérer ses cordes vocales pour qu'elle puisse enfin tout lui dire. Il n'avait pas de temps à perdre avec elle, aussi était-il prêt à mettre tout en œuvre pour qu'elle ne rechigne pas trop. Et si elle était à la solde des Allemands, il n'aurait aucune pitié. Après tout, elle ne serait que la première étape de sa revanche.

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Résister, s'il le faut, c'est combattre, et puis vainqueur ou vaincu, c'est résister quand même, c'est-à-dire rester semblable à ce que l'on est jusque dans la défaite, jusque dans les fers. [CHAMSON]
(c) crackle bones
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