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 Retrouvailles dont on se serait bien passé...

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Guillaume Vial
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■ profession : Lieutenant-colonel dans l'armée française, représentant l'armée de Vichy auprès des Allemands - accessoirement chef du réseau Honneur et Armée

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MessageSujet: Retrouvailles dont on se serait bien passé...   Sam 11 Juin - 22:29

D'un geste décidé, Guillaume Vial enfila la cagoule qui dissimulait les traits de son visage. L'heure était venue de passer à l'action. Il avait retardé au maximum le moment de lancer l'opération, afin d'être certain que tout était bien au point, d'envisager toutes les solutions et toutes les stratégies possibles, mais il ne pouvait désormais plus reculer. La mission avait été tant de fois envisagée, répétée qu'il aurait pu l'exécuter les yeux fermés, dans toutes les circonstances possibles. Après tout, on ne partait pas à l'assaut d'un lieu tenu par l'Abwehr en comptant sur la chance ou le hasard. Mais même si Guillaume ne pouvait l'admettre, il faudrait bien s'appuyer dessus en partie. Tout n'était pas prévisible, le plan le plus parfaitement huilé pouvait capoter à cause d'un simple retard, d'un minuscule grain de sable glissé dans son engrenage. Alors il leur faudrait se montrer prêt à improviser.

Vial raffermit sa prise sur sa mitraillette et d'un coup d’œil, vérifia que son pistolet se trouvait toujours à sa ceinture au cas où. Il regretta qu'à son attirail ne puisse manquer la pastille de cyanure que la France libre et le SOE fournissaient si complaisamment à leurs agents. Ceci étant, au vu de l'opération qu'il allait mener, la probabilité d'être arrêté vivant était particulièrement faible. Il n'avait de toute façon pas l'intention de tomber entre les mains des agents secrets de l'armée allemande, il ne souhaitait pas leur faire ce plaisir. Le nom de l'Abwehr était peut-être moins connu que celui des SS ou de la Gestapo mais ses employés étaient tout autant voire plus dangereux. Formés depuis des années dans les services secrets, bien avant le début de la guerre, et même la montée d'Hitler au pouvoir, ils étaient redoutablement efficaces. D'autant plus qu'ils n'étaient pas du genre à parader dans les rues de la ville en Citroën noire, à effrayer les passants avec leurs blousons de cuir et leur accent allemand développé. L'Abwehr se fondait dans le décor. Des dizaines de mouchards les tenaient informés, leurs agents parlaient un français parfait et vivaient sous des couvertures. Pire encore, ils employaient parmi eux des Français, prêts à trahir leur pays pour quelques tickets de rationnement ou plus probablement quelques francs de plus par mois. C'était peut-être ces gens-là que Guillaume méprisait le plus : les Allemands, encore, faisaient le travail qu'on leur demandait, celui pour lequel ils avaient des ordres, sans doute avaient-ils l'impression, en suivant le Führer de défendre leur patrie. Les Français qui avaient rejoint leurs rangs n'étaient rien qu'une pourriture dans leur propre pays. Ils n'avaient plus d'honneur, plus d'estime personnelle. C'était eux qu'il fallait éliminer, c'était eux les vrais ennemis de la nation. Quand la France serait libérée, c'était eux qui payeraient le prix de la vengeance en premier, pour tous les Français qu'ils livraient aux mains des Nazis. Du sang pour le sang. Guillaume avait beau suivre une religion qui pardonnait, il savait qu'il n'en aurait pas le courage, pas après tout ce qu'il avait vu. Coupables eux aussi, ces traîtres devaient être traînés devant les tribunaux de la résistance et payer le prix de leur forfait. Le danger de l'Abwehr était donc avant tout celui-là, celui de dresser les Français les uns contre les autres, de créer une fracture qui rien ne pourrait jamais combler – en cela, ils étaient doués. Et Vial n'avait aucune envie de leur accorder une autre victoire.

Son regard se posa sur son camarade à ses côtés, dont il sentait la nervosité. Joseph Colombel, un homme du génie, n'avait pas pour habitude de mener ce genre de guérilla – et comme Guillaume avant lui, il s'y résignait à contre-cœur. Il fallait pourtant à Guillaume ses compétences pour mener l'opération, il ne pouvait définitivement pas s'appuyer sur les jeunes garçons qu'ils venaient de former et qui n'avaient, de la discipline militaire et de son sang-froid, qu'une vague idée. Leur voiture était conduite par Irina Smolenski, sa secrétaire à la fois officiellement et officieusement, qui n'avait certes pas de formation dans l'armée mais qui montrait un calme et une détermination à toute épreuve. Elle jetait de manière régulière des coups d’œil dans le rétroviseur, des coups d’œil qui parurent légèrement inquiets à Vial, mais elle ne fit aucune remarque, le pied simplement appuyé sur la pédale de démarrage de la Citroën dans laquelle ils étaient tous assis. Sans doute aurait-elle voulu participer elle-aussi à l'opération, mais Guillaume avait été inflexible, il lui fallait des hommes très bien entraînés – et la chasse au faisan ou au renard ne comptait pas comme entraînement. Elle avait donc dû se résigner bon gré mal gré. Un instant, Vial croisa son regard maquillé, comme à son habitude et il hocha la tête pour la rassurer. Tout allait bien se passer. Tout allait bien se passer. Sinon, elle avait pour instruction de partir seule, de rentrer dans la clandestinité et de prendre la tête du réseau, Guillaume préférait ne rien laisser au hasard. Et même si elle avait pesté pour la forme, en disant qu'en cas de soucis, elle pourrait surtout être là pour leur « sauver les fesses », Vial savait qu'elle le ferait. Pour lui et pour leur combat, pour qu'il ne puisse pas s'arrêter.
- Quand vous voulez, dit-elle d'un ton calme, Martel vient de me faire un signe dans l'autre voiture. Ils sont prêts eux aussi.
- A mon signal, répliqua Guillaume en inspectant une dernière fois les alentours, tandis que tous, dans l'habitacle, se tendaient imperceptiblement.

Il fallait le reconnaître, la planque de l'Abwehr avait été bien choisie. Situé à l’extrémité du XVIe arrondissement, dans le village d'Auteuil, non loin de Boulogne, l'hôtel particulier sans doute construit par un architecte Art nouveau n'avait pas de voisins directs, ce qui permettaient aux espions d'aller et venir comme bon leur semblait, tout comme de tenir prisonniers des membres de la résistance, dont les hurlements sous le joug des tortures ne pouvaient venir déranger les oreilles délicates des riches habitants du quartier. De l'extérieur, même, derrière cette belle façade, il était difficile d'imaginer que les Allemands mettaient là au point certaines de leurs opérations secrètes et y interrogeaient certains de leurs prisonniers. Pourtant les sources de Vial à la préfecture et au Gross-Paris étaient formelles : l'hôtel, spolié à une famille juive dès 1941, avait été rétrocédé à l'Abwehr qui en avait un quartier général ; c'était dans l'une de ces anciennes pièces où avaient grandi deux petits garçons qui adoraient leur cheval à bascule et dont les papiers d'identité indiquaient « disparus » et dont les parents avaient été envoyés à Drancy que l'on avait enfermé Clovis, l'un des plus anciens membres de leur réseau, un jeune lieutenant de l'aviation qui avait été arrêté quelques jours auparavant, en train de fouiller dans des papiers confidentiels pour savoir où étaient enfermés les prisonniers civils de l'attentat des Champs-Élysées ; en raison d'une réunion décisive au Lutetia, le point de chute de tous les agents de l'Abwehr, l'endroit allait être quasiment désert tout l'après-midi. C'était armé des plans des lieux qui ressemblaient à une vraie passoire qu'Honneur et Armée avait préparé soigneusement son action pour libérer Clovis qui était destiné à se faire oublier au maquis – voire en Suisse. L'isolement et le calme de l'hôtel d'Auteuil avaient été l'atout des services secrets allemands allemands jusqu'à présent, mais ils allaient se retourner contre eux.

Alors, une dernière fois, une toute dernière fois, par acquis de conscience, le lieutenant-colonel Vial regarda aux alentours pour vérifier que personne n'approchait. La quiétude de l'après-midi ensoleillé, les arbres du bois de Boulogne qui ployaient sous un léger vent de printemps, tout cela, étrangement lui remémora Rueil-Malmaison et le domaine où il avait lui-même grandi. Il eut le regret de ne pas y être retourné depuis des semaines, peut-être même des mois, même si, comme à Auteuil, 1940 avait éparpillé les propriétaires du manoir et que les enfants Vial était bien trop âgés pour jouer à la guerre entre les chiens et l'étang de leur ancien parc, à l'époque où il récupérait toujours sa sœur dans sa propre équipe, bien trop âgés pour même continuer à nourrir des liens profonds, voire même pour continuer à se parler. C'était une belle journée, ce jeudi de mai 1943, et il aurait aimé la vivre au milieu des siens dans la demeure familiale. Ce n'était pas une journée pour mourir. Puis soudain, toutes ces pensées s'effacèrent, l'esprit du lieutenant-colonel se vida. Il n'y avait plus mélancolie, passé ou futur, il n'y avait plus que le présent. Il n'y avait plus que l'action.
- Dans cinq secondes, prononça-t-il avant de compter mentalement, et... Maintenant !

Comme dans un rêve, les quatre assaillants masqués bondirent de leurs voitures respectives, dans un silence glacial, seulement rompu par les pépiements des oiseaux et leurs souffles courts quand ils grimpaient les marches qui menaient jusqu'à l'entrée de l'hôtel. Vial s'était d'instinct placé en avant, il fut donc le premier à défoncer la porte d'entrée, mal verrouillée et fut accueilli par un jeune soldat allemand visiblement ébahi qui n'eut pas le temps de pointer son arme que déjà il s'effondrait, la tête trouée. Alors que Joseph le désarmait, Vial suivi de deux de ses comparses, filèrent dans le grand salon du rez-de-chaussée où l'Abwehr avait installé ses bureaux et où devait se trouver la dizaine d'employés encore présents en cet après-midi. Guillaume fut là encore le premier à pénétrer dans la pièce : le tout avait duré à peine quelques secondes, aussi les hommes et les femmes qui se trouvaient là sursautèrent tous violemment à l'entrée des hommes armés et cagoulés.
- Restez calmes, hurla Guillaume d'une voix forte en allemand, restez calmes et personne n'aura besoin de mourir, les mains en l'air, tous !
Dans un fatras de chaises, ils s'étaient tous levés, les mains au dessus de la tête, alors qu'une secrétaire en uniforme allemand poussait des cris de peur. Avec l'acuité d'un homme surentraîné, Vial analysait la situation avec un calme parfait, pointant le canon de sa mitraillette sur les uns et les autres pour les pousser à ne pas se montrer stupide. Visiblement, ce n'était pas là la fine fleur des espions nazis, beaucoup ne paraissaient n'être que des employés modestes occupés à des tâches de bureau. Un homme à la fine moustache, près de la fenêtre du fond de la pièce, semblait être la seule exception. Sans que Guillaume ne sût très bien si la scène se déroulait au ralenti ou en accéléré, il vit l'homme en question porter la main à sa poche pour en tirer un Luger et les viser, en un geste fou ou désespéré. Une salve de mitraillette le coucha au sol et le Luger vola à ses pieds, arrachant un hurlement au reste des personnes dans la pièce.
- Si vous ne voulez pas subir le même sort, ne faites rien de stupide ! S'exclama Guillaume en avançant dans la pièce et en détaillant chaque visage.
Arrivé au fond, il allait enfin demander qu'on le conduise à la pièce où était enfermé Clovis quand sa voix mourut dans sa gorge. Son regard s'était posé sur les traits d'une femme un peu à l'écart, dans l'ombre, qui baissait les yeux. La stupéfaction le cloua au sol et l'empêcha d'avancer davantage.
- Où est votre prisonnier ? Vite, dites-nous où il se trouve ! S'écria Joseph, dans un allemand plus scolaire, connaissant assez son chef pour savoir qu'il était temps de prendre la relève, alors que leurs deux autres comparses arrachaient les armes de poing à leurs otages pour éviter toute nouvelle mauvaise surprise.
Guillaume Vial n'écoutait plus vraiment. L'adrénaline qui parcourait ses veines battait aussi ses tempes, aussi se demanda-t-il s'il n'avait pas rêvé. Un mauvais cauchemar, c'était peut-être la seule raison valable pour expliquer la présence de sa petite sœur à l'Abwehr. Mais c'était la réalité, et il constata avec une froideur qui l'étonna lui-même, qu'il était en train de pointer son arme sur sa propre sœur. Les meilleurs plans recelaient parfois des surprises dont on se passait volontiers.

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Résister, s'il le faut, c'est combattre, et puis vainqueur ou vaincu, c'est résister quand même, c'est-à-dire rester semblable à ce que l'on est jusque dans la défaite, jusque dans les fers. [CHAMSON]
(c) crackle bones
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