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 Théâtre du monde [Pv Hélène]

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Ingrid Lorre
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MessageSujet: Théâtre du monde [Pv Hélène]   Sam 9 Juil - 16:01

La poussière argentée, qui se soulevait à chaque pas un peu trop sec d’un comédien, dont on voulait débarrasser les planches mais qui revenaient toujours immanquablement, la fit sourire. Entre deux alexandrins, silence qui suspendait l’audience au bout des lèvres d’une héroïne dont la peine semblait vivante, quelques reflets qui se refusaient à retomber renforçaient le goût d’intemporel de la scène. Une pièce tirée d’un autre siècle, un cadre au charme certain, l’ensemble se savourait, sans impatience, voulait faire interdire la fuite des heures. Et le plaisir de l’instant tenait pour beaucoup à une solitude choisie. Car lorsqu’on assistait à une première il était plus question de se montrer que d’aller voir. On devenait volontairement plus théâtral que la pièce elle-même. On bavardait parfois quitte à ne plus entendre ce qui se disait devant soi – la chose lui plaisait peu mais à contrecœur elle imitait le reste de l'assemblée. Et bien sûr on s’intéressait trop peu au jeu d’acteur, plutôt occupé à déployer bien des efforts à satisfaire dans son propre rôle.
Depuis qu’elle était à Paris, Ingrid sortait trop souvent du théâtre, opéra et autre cinéma avec la sensation que les circonstances ne lui avaient pas assez laisser apprécier l’œuvre. Alors elle revenait souvent, une spectatrice au milieu de la foule, pour regarder sans avoir plus à penser propagande et censure entre les mondanités. Et présent que la saison touchait à sa fin le public se pressait un peu moins au théâtre de l'Atelier, pour autant les éloges ne tarissaient pas.

Alors que les trois coups retentissaient, que les murmures se taisaient, un instant elle se demanda si elle n’avait pas eu tort de la laisser se produire, cette Andromaque. Une femme qui refuse de se soumettre au vainqueur, un parallèle presque frondeur avec la situation actuelle aurait pu être fait. Mais elle balaya cette pensée, jugea que la question ayant déjà été posée et tranchée il n’y avait plus lieu de s’en inquiéter. Après tout il fallait chercher trop loin pour y voir le moindre mal, et un intérêt personnel pour Racine avait fini de la convaincre que ce classique avait tout de l’art et rien de l’engagement.

Parmi les comédiens, tous talentueux, une jeune femme, qui donnait vie à Céphise, retint particulièrement l’attention d’Ingrid. Alors qu’elle s’était laissée un peu glissé dans son fauteuil, agréablement bercée par les mots, Ingrid se redressa un peu, la curiosité piquée au vif. Le visage, qui n’avait pourtant pas attiré son attention à la première, avait quelque chose de neuf, plaisait assez car ne cédait pas à la tentation de l’exhibitionnisme des traits que la tragédie pouvait parfois appeler. L’attitude convainquait. Et, surtout, le ton sonnait admirablement. Il lui semblait que sa voix s’était d’abord essayé un peu, puis avait pris ampleur et fermeté, faisant finalement entendre des notes pleines, qui atteignaient des oreilles déjà captivées. Des sons charmants, l’attaque vive de certaines syllabes, une façon délicate de tomber parfois dans le registre des graves. La jeune femme parlait peu mais séduisait par une maîtrise d’un registre, aussi et surtout par une façon tout à fait personnelle mais convaincante de jouer.
Alors que la pièce venait de se terminer, plébiscitée par les applaudissements d’un public conquis, Ingrid fut convaincue qu’elle se devait de rencontrer celle qui venait de lui taper dans l’œil. On félicitait trop souvent les figures connues, les premiers rôles, mais personne ne méritait d’être plus encouragé que ceux qui n’étaient pas encore bien installés. A rien ne servait de trop de donner de compliments aux divas, à force de croire en leur talent elles pourraient être tentées de se laisser aller à la médiocrité, mieux valait en garder pour ceux et celles qui représentaient l’avenir de leur profession.
Pour sortir elle ne se pressa donc pas, laissant les autres spectateurs se diriger vers les portes en y allant gaiement en commentaires, et quand presque tous furent dehors elle interpella une ouvreuse, qu'elle salua poliment et sur les lèvres un éternel sourire avant de formuler son souhait.

« J’aimerais parler à l’interprète de Céphise. Pourriez-vous lui demander de me retrouver dans le hall ? »

Sans doute aurait-elle pu s’immiscer dans les coulisses, de quoi appeler un reproche mais elle se le serait permis, cependant elle n’avait jamais trop eu envie de s’attarder dans l’envers du décor. Les lumières, les costumes, les figures maquillées, c’était du théâtre ce qu’elle voulait retenir et elle préférait donc ignorer consciencieusement ce qui se passait derrière le rideau. Il n’y avait bien que les comédiens qui attisaient une sincère curiosité, mais ceux-là pouvaient prendre la peine de se traîner hors de leur loge.
La jeune femme hésita un instant, trouvant la demande sans doute incongru, puis, peut-être car elle venait de reconnaître Ingrid ou simplement par conscience professionnelle, prononça un « bien sûr » franc et tournait déjà les talons. Dans son dos une voix s'éleva cependant, comme pour feindre l'esprit flexible derrière l'exigence.

« Mais ne la pressez pas, j’attendrai. »

Ce qu’elle fit, les bras croisés et le regard qui suivait les quelques-uns qui se dirigeaient toujours  vers la sortie. Il lui était aisé, les mains vides, de se tenir immobile et sereine. De nature impatiente, quoique même dans ces cas c’était souvent une attitude paisible qu’elle affichait, ce soir l’attente lui posait peu problème, consciente qu’on ne pouvait demander trop de rapidité à celle qui quelques minutes plus tôt était encore sur scène. Ingrid eut cependant la sensation de ne pas attendre longtemps, quelques minutes à peine et déjà elle reconnaissait la silhouette qui venait en sa direction.

« Bonsoir mademoiselle. »
Aussitôt elle tendit la main pour serrer chaleureusement celle d’Hélène.
« Ingrid Lorre, enchantée. Je travaille à la Propagandasteffel, section culture. »

La précision était peut-être inutile, généralement la présence dans un théâtre, l’accent allemand allant avec une figure aimable et des cheveux roux qui la précédaient suffisaient à la situer. Et surtout, la présentation n’expliquait pas pourquoi elle paraissait si enthousiaste à l’idée d’échanger quelques mots avec Hélène. Car jusqu’à preuve du contraire ceux qui se plaignaient le plus d’elle étaient les metteurs en scène dont elle était directement sur le dos, pas les comédiens qu’elle se contentait habituellement de regarder en coin. Mais puisqu’à chaque règle son exception – ou plutôt à ses propres règles leurs exceptions, pour ce qui étaient des autres elle tolérait assez mal les détournements – la voilà qui laissait transparaître un contentement sincère.

« J’ai beaucoup aimé votre jeu. Et si je suis loin d’être experte j’ai tout de même un jugement sévère et ne complimente jamais au hasard. »

Pour faire dans l’euphémisme. Mais qu’importe les détails, demeurait qu’elle était ravie de pouvoir échanger quelques mots avec cette actrice pour qui elle imaginait déjà de beaux projets se dessiner. Car quand on avait sous la main un joli diamant encore brut, il fallait s’empresser de le tailler avant que d’autres s’en chargent.
Un instant elle si figea, resta les yeux grands ouverts à fixer Hélène en silence, l’observant sans grande gêne et lui trouvant des traits un peu plus fins que ce qu’elle s’était imaginé de loin. Puis elle détourna le regard pour regarder sa montre et conclure qu’il était encore tôt.

« Vous me laisseriez vous offrir un café ? »

A quelques pas d’ici il y aurait bien un établissement susceptible de servir autre chose qu’une eau chaude insipide. Et au pire, quelques pas après être restée assise si longtemps ne pourraient pas faire de mal.

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Hélène Perrin
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MessageSujet: Re: Théâtre du monde [Pv Hélène]   Sam 8 Avr - 14:11



théâtre du monde




Le lourd rideau tomba, balayant la poussière de la scène, mettant une barrière entre le souffle court des comédiens et les applaudissements des spectateurs. Hélène releva la tête, les yeux brillants, embués de larmes. Son sourire pouvait difficilement encore s’agrandir, et avec lenteur, elle se redressa, porta ses mains à ses joues, brûlantes, et éclata de rire. Encore euphorique, elle entendait la clameur de la foule de l’autre côté du velours, et sil elle n’avait pas été aussi raisonnable, elle aurait d’elle même ouvert à nouveau les pans pour revenir saluer.

Depuis que la saison avait commencé, ce soir avait probablement été sa meilleure performance. La jeune femme aimait croire qu’elle avait un don naturel pour la scène, pas aussi évident que sa sœur, mais tout aussi tangible. Mais la réalité des planches lui avait appris que sans travail, pas de gloire, et à l’approche des examens à la Sorbonne elle avait redoublé d’efforts pour clore sa saison en beauté avant que Néron ou Ida ne décident de la remplacer pour lui permettre de réviser en paix.

Sortant doucement de sa bulle, elle reprit contact avec la réalité, avisant son aînée les bras déjà chargés de fleurs et de cadeaux. La France était sûrement en guerre, mais rien n’était trop beau pour les yeux d’Ida Bernhardt… Hélène soupira, et alla féliciter le reste de la troupe, acteurs et techniciens. C’était ceux qu’elle n’oubliait jamais, les visages de l’ombre, mais pourtant qui la connaissaient et la traitaient avec gentillesse et respect depuis son arrivée à Paris. Et puis, enfin, elle se dirigea vers les deux étoiles, le couple infernal et échangea ses congratulations avec eux. La fatigue commençait à se faire sentir et le désir d’aller se reposer la commanda à retrouver sa loge.

La pièce était un beau succès, elle était heureuse que Néron ait pu la monter, jouant au nez et à la barbe de l’Occupant une allégorie de leur résistance. C’était presque trop beau pour être vrai, mais Ida avait l’habitude de tempérer ses ardeurs en lui rappelant que peu de spectateurs sauraient faire le parallèle : c’était facile pour eux car la pièce était orientée de cette manière, et ils s’y connaissaient suffisamment bien ; mais l’important était dans la représentation et la persévérance. Pourtant la plus jeune sœur Perrin n’en démordait pas : comme Andromaque, son pays se relèverait et redeviendrait souverain.

Alors qu’elle venait de se poser dans la loge qu’elle partageait avec les autres seconds rôles, et qu’elle s’apprêtait à se démaquiller, on frappa à la porte. « Entrez ! Oh, bonjour Cécile. Comment vas-tu ? As-tu aimé la pièce ? Je nous ai trouvés fantastiques ce soir ! » Hélène tutoyait tout le monde au théâtre : la plupart des petites mains de l’Atelier avait son âge, ou presque, ou bien la connaissait assez pour se permettre cette familiarité. Et en l’occurrence, Cécile avait à peine vingt ans. Oui, la blonde Hélène était ici chez elle, et l’aura protecteur qu’Ida émettait à son égard faisait d’elle sinon la reine, au moins la petite princesse de la troupe. Sa sœur était insupportable à bien des égards – après tout elle n’avait d’yeux que pour elle-même ou son reflet dans le grand miroir – mais elle avait tout mis en œuvre pour qu’Hélène trouve ses marques dans ce qui était devenu sa seconde maison.

« Mademoiselle Hélène, il y a quelqu’un qui voudrait vous voir. Elle vous attend dans la salle, sur le côté. Je crois que c’est une allemande »

Avec un soupir, Hélène acquiesça silencieusement. C’était toujours la même chose : dès que quelqu’un venait la féliciter elle, c’était presque toujours un allemand… pourquoi est-ce que son propre peuple ne pouvait reconnaître son génie ? Elle hésita à la faire attendre plus que raison, mais finalement décida que plus vite ce serait expédié, mieux ce serait. Avec rapidité, l’étudiante se démaquilla et se changea, prête à affronter les compliments venus d’une bouche ennemie. Ce n’était pas un exercice qu’elle appréciait, loin de là. Pourtant, et ce dès les premières fois, Ida et Néron l’avaient mise en garde. Tu ne dois pas te montrer réticente, avaient-ils dit. Au contraire, sois accueillante, fais bonne figure. Le théâtre grouillera peut-être d’allemands, mais ce sera notre couverture. Vu l’activité qui se trame ici, nous ne pouvons pas nous permettre d’attirer le soupçon. Et ils avaient raison, d’un point de vue rationnel. Ils prenaient assez de risques avec le Réveil sans ajouter une méfiance supplémentaire due aux humeurs changeantes d’une adolescente réfractaire.

Alors, avec le temps, Hélène avait ajouté un nouveau répertoire à son jeu : la comédienne flattée, l’ingénue courtisée. En soi, ce n’était pas très difficile : elle se contentait de copier le comportement d’Ida et de le rendre moins extravagant. Souvent ce n’étaient que des compliments formels ; parfois il s’agissait d’invitations ou de vraie admiration. Mais jamais elle ne s’éternisait, prétextant une certaine timidité ou un emploi du temps chargé. Elle détestait le simple fait de prétendre, ça avait déjà tout d’une trahison pour elle. Pourtant, elle avait rarement le choix, et il lui fallait bien trop souvent à son goût devenir hypocrite pour ne pas sacrifier ce pour quoi ils travaillaient si durement.

La prestation de ce soir avait été éprouvante, et Hélène ne se sentait pas prête à endosser un nouveau rôle aussi vite, troquant le masque de la confidente de la forte Andromaque pour une actrice de carton-pâte. A contre-cœur elle se pressa : faire attendre un allemand, citoyen ou officiel, aurait été impoli et elle ne voulait vraiment pas s’attirer d’ennui. La blonde la remarqua immédiatement : la chevelure flamboyante aurait pu être l’élément distinctif, mais en réalité, chaque comédien un peu éveillé connaissait le visage de Frau Ingrid Lorre. Une longue figure très digne et droite, l’attitude d’une force tranquille : jamais Hélène n’avait eu à faire à elle en personne, mais les bruits se répandaient de coulisses en coulisses, semaient la rumeur de son intransigeance. Bizarrement, songea Hélène, sa présence ici et surtout, son désir de la saluer elle – et non Ida ou les autres – constituaient à la fois un honneur et un facteur d’angoisse. Lorre n’était pas n’importe quelle allemande, n’importe quelle officielle : avec la Propagandasteffel, elle pouvait faire ou défaire l’Atelier.

« Bonsoir madame. Merci… merci pour votre compliment, ça me touche beaucoup. » Rien de plus vrai : malgré la détestation viscérale qu’elle éprouvait pour ceux qui humiliaient son pays, Hélène n’était pas sotte. Une telle reconnaissance signifiait beaucoup pour elle, et pour son travail. Se sentant obligée de meuble le court silence qui s’installait, elle se mit à parler – s’arrêtait-elle jamais ? « Céphise n’est qu’un personnage secondaire, mais j’espère avoir lui avoir fait honneur. » « Vous me laisseriez vous offrir un café ? »

La question laissa Hélène bouche-bée – heureusement, elle sut se montrer assez réactive pour faire passer son ébahissement pour un simple étonnement. Ça sentait le piège à des kilomètres, un tête à tête avec Ingrid Lorre… Un peu déstabilisée, Hélène chercha un soutien du regard ; Arthur, sa sœur, Néron, qu’importe. Mais personne ne vint à son secours, elle devrait se débrouiller seule. Si elle se sentait en danger ? Bien sûr. Bien sûr ! Si aux yeux du monde elle n’était qu’une étudiante, comédienne à ses heures perdues, elle était également membre de la section propagande de La Brigade, écrivait, faisait imprimer et distribuait un journal clandestin et sa meilleure amie était juive. Hélène savait qu’en toute bonne logique elle ne risquait rien et que personne ne pouvait se douter de ces activités illégales : elle prenait suffisamment de précautions pour que sa double-vie reste bien cloisonnée. Mais le moindre doute…

Refuser serait suspect. Ou possiblement mal interprété, ce qu’elle souhaitait éviter à tout prix. Si l’Atelier pouvait recevoir la bénédiction de Lorre, et qui plus est grâce à elle, alors ce serait un pas de plus vers la sécurité. En fait, se dit-elle, elle ne pouvait pas prendre la liberté de se donner le choix.

Alors, avec son plus beau sourire, elle accepta. « Bien sûr, avec plaisir. Il y a quelques cafés encore ouverts, ce serait un honneur. Laissez-moi quelques minutes pour aller récupérer mon sac, dire au revoir… je suis à vous dans cinq minutes. Vous pouvez m’attendre dehors, si vous le souhaitez, je ne serai pas longue. »

Souriant, elle fit un effort démesuré pour ne pas se mettre à courir en revenant vers les coulisses, mais dès qu’elle fut hors de vue de la rousse, c’est ce qu’elle se mit à faire, cherchant une figure connue. « Néron ! Néron ! » appela-t-elle en chuchotant, une pointe de panique dans la voix. « Oui, ma belle Céphise ? » « Néron s’il te plaît… j’ai été invitée par Ingrid Lorre à aller boire un verre. Dis à Ida de ne pas m’attendre, d’accord ? On devait rentrer ensemble, et, ah, aussi, dis-lui de laisser la porte ouverte cette-fois, je n’ai pas mes clés ; et de ne pas laisser traîner ses accessoires de théâtre partout dans le salon, c’est insupportable quand je rentre la nuit ! Souhaite-moi bonne chance ! »

Sur ce, elle fila récupérer ses affaires, et rejoignit Lorre à la sortie, après avoir lancé quelques baisers dans l’air à ses amis et collègues. L’adrénaline lui faisait tourner la tête, conjuguée à l’anxiété, aussi profita-t-elle de l’air frais pour reprendre son souffle. « Me voilà ! Alors, nous pouvons aller là-bas, dit-elle finalement en indiquant un troquet dont les lumières brillaient au fond d’une rue adjacente. Cela vous irait-t-il ? »

Décidemment, la politesse feinte trouvait un drôle d’écho dans la bouche d’Hélène.

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Dernière édition par Hélène Perrin le Mer 19 Juil - 17:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Théâtre du monde [Pv Hélène]   Sam 13 Mai - 16:19

Dès lors qu’ils n’étaient plus sur scène les comédiens perdaient un peu de leur aura. Restait souvent un charisme indéniable, une forme de beauté toujours particulière, mais ce fond de mystère si envoutant s’évaporait et à peine descendus des planches ils avaient perdu le caractère extraordinaire de leur personnage. C’était de base pour cela, car elle les admirait tant sur scène, qu’Ingrid n’avait jamais trop cherché à rencontrer les acteurs. En prime elle avait à trop de reprise était déçue par les grands airs qu’ils se donnaient souvent quand, bien que peut-être brillants dans leur art, ils étaient au fond assez normaux. A force de déceptions elle avait donc revu ses attentes à la baisse et n’était désormais plus désagréablement surprise lorsqu’elle en croisait un. Malgré ces a priori elle avait aujourd’hui pourtant été curieuse. Il fallait dire qu’elle avait dans son entourage plus de divas exaspérantes que de jeunes premières, si bien qu’elle en était venue à se demander si ces dernières ne constituaient pas une espèce toute différente.
Céphise, en tout cas, lui fit une impression mitigée lorsqu’elle arriva en face d’elle. D’abord elle regretta que sa voix n’ait pas l’assurance de tout à l’heure et de ne pas retrouver l’exacte manière dont elle avait minutieusement détaché les syllabes, l’aisance avec laquelle elle avait aligné ses alexandrins. Cependant la jeune femme dégageait une fraîcheur particulièrement engageante, mêlait à sa surprise un éclat qui faisait plaisir à voir. Au lieu de cette attitude surfaite que trop de ses pairs affichaient elle avait une présence qui respirait le naturel et donnait à sourire. Sourire qu’elle avait d’ailleurs de radieux, ce qui, après deux heures de tragédie, était une vraie surprise.
Face aux quelques secondes d’hésitation d’Hélène Ingrid s’efforça de ne pas lui lancer un regard un peu plus appuyé. Bien qu’un refus l’eût étonnée, sans doute même vexée, elle aurait voulu, pour une fois, que sa question en soit véritablement une. Heureusement la blonde ne tarda pas à répondre, non sans un certain enthousiasme plaisant à constater.  

« Bien sûr, avec plaisir. Il y a quelques cafés encore ouverts, ce serait un honneur. Laissez-moi quelques minutes pour aller récupérer mon sac, dire au revoir… je suis à vous dans cinq minutes. Vous pouvez m’attendre dehors, si vous le souhaitez, je ne serai pas longue. » 

Son empressement poli avait quelque chose de charmant mais tourna au comique quand, une fois qu’elle eut disparu, on put entendre dans le couloir le bruit de son pas de course qui filait vers les coulisses. Un léger sourire sur les lèvres, Ingrid s’éloigna à l’opposé pour sortir en attendant la jeune femme. Une fois dehors elle sortit un étui à cigarettes, en tira une et l’alluma sans hâte, plus pour s’occuper que par réelle envie. Dans une profonde inspiration elle apprécia tout de même la première bouffée à sa juste valeur, mais plus encore l’odeur de tabac froid qu’elle sentait incrustée sur le bout de ses doigts. Le rougeoiement ténu de la braise se refléta un instant dans ses yeux, rapidement éclipsé par une fumée bleutée qui voila son visage.
Devant le théâtre une clarté diffuse tombait des réverbères, éclairant une place encore relativement agitée, principalement remplie par quelques couples qui s’attardaient et dont la conversion tournait sans doute autour de la pièce qu’ils venaient de voir. Elle resta cependant insensible à ces deux jeunes gens qui s’éloignaient à présent et dont les mains se cherchèrent, ou à ces autres, pas beaucoup plus vieux, à qui il fallut une éternité avant de se séparer avec un simple baiser sur la joue. Pourvu que la comédienne se presse car ce qu’observait Ingrid avait au fond bien peu d’intérêt. D’ailleurs quel était son nom, encore ? Malgré l’effort de mémoire elle ne parvint pas à s’en rappeler. Il fallait dire qu’à côté de celui du metteur en scène et de la diva qui jouait le rôle-titre il était difficile de s’imposer ou même d’exister. En attendant la comédienne Ingrid fit quelques de côté, jusqu’à se trouver nez-à-nez avec la large affiche qui présentait la pièce et ses acteurs. Elle y lu alors le nom d’Hélène Perrin, écrit pas bien gros, et de la tête fit un léger signe d’acquiescement.
Jamais loin, la pensée de Goethe lui revint alors : pour comprendre pleinement les grandes créations il ne suffisait pas de les voir dans leur état d’achèvement, il fallait les avoir surprises dans leur genèse. Il en était peut-être de même pour les artistes. Pour mieux apprécier la précision d’un geste, le roulement si caractéristique d’une consonne, tous ces détails qui deviendraient un jour tant de raisons d’un succès, il fallait avoir vu leurs prémices. Et puis la sensation d’avoir avant tout le monde mis la main sur un diamant brut n’était pas peu plaisante.
Le regard de nouveau tourné vers la place qui continuait de se vider, Ingrid fut tiré de sa pensée par la voix d’Hélène.

« Me voilà ! Alors, nous pouvons aller là-bas. Cela vous irait-t-il ? »

Là-bas ne vaudrait jamais un établissement du premier arrondissement mais vu où elles se trouvaient on ne pouvait pas faire la difficile. Et puis Ingrid ne s’attardait pas à Montmartre pour la qualité de ses boissons.

« Je suppose que ce n’est pas là qu’on trouvera un café digne de ce nom mais cela fera l’affaire. »

Elle laissa tomber par terre sa cigarette qui n’avait pas fini d’être consumée et l’écrasa du bout du pied avant de se diriger vers le café. Il n’était pas bien loin, juste ce qu’il fallait pour que l’absence de discussion soit un peu gênante mais pas bien étrange. Une fois devant l’endroit Ingrid tira sur la porte et fit signe à Hélène de la précéder, le tout en lui souriant d’une façon parfaitement lisse et polie.
N’ayant pas particulièrement envie de s’infliger un mauvais ersatz de café, en passant devant le serveur elle lui demanda deux tasses de son thé le plus buvable puis alla s’asseoir à une table un peu à l’écart. Une fois installée elle put enfin consacrer toute son attention à la comédienne.

« Hélène Perrin… Je suis étonnée de ne jamais avoir entendu parler de vous. »
Elle la fixa un instant avec beaucoup d’attention. A présent qu’elle en avait véritablement l’occasion elle détailla sans s’en cacher, comme elle en avait la désagréable habitude, chaque trait du visage d’Hélène. En plus d’une jolie bouche aux coins frémissants, ses yeux, d’une couleur que la lumière trop orangée rendait difficile à déterminer, attiraient puis retenaient l’attention. Après quelques secondes de silence Ingrid se redressa finalement, comme si de rien n’était, et haussa les épaules avec nonchalance.    
« Mais mieux vaut tard que jamais. »

Elle ne manquerait tout de même pas, si elle croisait une quiconque personnalité du théâtre dans les jours à venir, de reprocher sur le ton de la plaisanterie qu’on lui ait caché ce talent si longtemps. Mais les blâmes viendraient plus tard, pour le moment il y avait à découvrir.

« Quelle âge avez-vous ? 23, 24 ans ? »
Elle attendit la confirmation, constata son erreur à peu de choses près et conclu en conséquence.
« Assez pour commencer à vous rendrez compte qu’une vie de théâtre n’est pas la plus facile et encore trop peu pour avoir perdu tout espoir de percer véritablement. » Pour ne pas paraitre trop fataliste elle adressa un sourire bienveillant à Hélène et continua. « En tout cas vous auriez raison de croire en vous. Vous êtes assez douée pour vous forger une très belle carrière. Mais on vous l’a très certainement déjà beaucoup répété. »

Elle s’était peut-être même déjà attiré quelques admirateurs, cela ne l’aurait en tout cas pas étonné. Malheureusement faire tourner les têtes de quelques hommes capables de s’amouracher de tout ce qui était jeune et joli ne suffisait généralement pas pour se hisser vers les plus grands rôles.
Toujours par habitude Ingrid sorti une nouvelle cigarette, d’un geste en proposa une à Hélène mais n’alluma pas encore la sienne. Du bout des doigts elle effleura la roulette de son briquet, fit jaillir une fois la flamme dans le vide, sans y prêter attention, avant de venir brûler le bout de la cigarette portée à ses lèvres. Pour ne pas souffler la fumée à la figure d’Hélène elle tourna légèrement la tête tout en s’adressant à la jeune femme.

« Parlez-moi de vous. Je suis curieuse de savoir ce qui vous a poussé sur les planches. »

Elle s’attendait à une histoire un peu banale d’envies d’évasion et de rêve de gloire mais était assez curieuse de la façon dont Hélène pourrait bien la raconter. Avec un peu de chance elle y mettrait les formes et saurait véritablement retenir une attention qui lui était déjà presque entièrement acquise.

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MessageSujet: Re: Théâtre du monde [Pv Hélène]   Mer 19 Juil - 18:33



théâtre du monde


Hélène observait Ingrid à la dérobée, bien que réflexion faite, elle ne se montrait peut-être pas extrêmement discrète. La manière dont elle souffla sa fumée, écrasa sa cigarette. Son regard aussi dur qu'un diamant, la forme de ses pommettes, le feu de ses cheveux. Ingrid Lorre était une belle femme, mais elle faisait à Hélène l'effet d'une reine de glace. Un peu comme Ida, finalement... mais en beaucoup plus féroce. Elle ravala une réplique, jugeant que ce n'était pas utile de préciser que là-bas était un lieu qu'elle appréciait et auquel elle se rendait souvent. Et qu'elle n'avait pas non plus les moyens de descendre dans les grands hôtels. Oh, elle aurait-pu, eut-elle eut le culot de s'attirer les bonnes grâces d'un officier allemand et de rentrer dans son jeu. Nombreuses étaient les jeunes françaises de son âge qui s'adonnaient à ce genre de pratiques, voyant dans cette manoeuvre le moyen de s'attirer les bonnes grâces de l'occupant et peut-être quelques avantages. Mais bon, en tant que rédactrice et surtout distributrice d'un journal clandestin, elle ne se voyait pas vraiment comment rendre crédible ce jeu là.

Muette pendant le trajet, jusqu'à ce qu'elles trouvent une table un peu isolée, Hélène ne cessait de penser à comment faire de ce piège une bonne soirée. Ou, à défaut, un moment supportable. « Hélène Perrin… Je suis étonnée de ne jamais avoir entendu parler de vous. » La jeune femme esquissa un sourire gêné, consciente que Lorre la détaillait avec une attention beaucoup trop aiguë. « Je ne peux pas en dire autant » murmura-t-elle doucement, tentant une boutade. Si la jeune femme tenait de feindre une certaine assurance, elle se sentait mal à l'aise. Ingrid n'était pas la première allemande, ni représentante du régime à venir la féliciter, ni même à lui proposer un café en tête à tête, mais elle était certainement la plus impressionnante de tous. Et aussi la plus influente. Cela troublait beaucoup la blonde qui, si l'animosité qu'elle éprouvait pour la responsable culture de la Propaganda était bien réelle et parfaitement vivace, ne souhaitait pas la décevoir. Au-delà de ses propres intérêts, il y avait également le sort de l'Atelier entre ses mains. Et donc, principalement, du Réveil.

Et puis, d'habitude, beaucoup de ces admirateurs étaient des hommes. Il était alors plus simple de sortir la carte de la petite française jouant la séduction, minaudant oh- juste un peu, pour se sentir plus à l'aise et avoir l'impression de mener la danse. Les hommes étaient tous les mêmes, elle pouvait poser son masque d'actrice et en enfiler un autre. Mais avec Frau Lorre, ce serait inutile, elle le sentait, et cela entraînait la fatale conséquence de la rendre presque muette... une grande première pour elle. Sûrement une bénédiction inconnue pour Ingrid. « Vingt-cinq, je suis du mois de mai. » Le reste de la tirade la surprit complètement, et lui fit plisser les yeux, froncer les sourcils. Hélène avait laissé sa subtilité accrochée avec son costume - ce qui lui permettrait d'être plus authentique. C'était Ida (encore une fois) qui le lui avait appris : quand il fallait mentir, ou rester sur ses gardes pour ne pas trop en dévoiler, mieux valait coller le plus possible à la réalité, et se montrer sous son véritable jour. Un mensonge ou un comportement trop appliqué se remarquait toujours. Elle se racla la gorge, haussa les épaules. « Je suppose que vous avez raison... mais la difficulté ne me fait pas peur, ajouta-t-elle immédiatement, comme inquiète que la rousse ne la pense pas à la hauteur. À la hauteur de quoi, d'ailleurs ? « Je fais du théâtre depuis que je suis enfant, si je n'avais pas confiance en moi, je ne serais pas en train de collecter les meilleurs seconds rôles sur des planches. À Paris. Et à vrai dire, on ne m'a trop rien dit. Son hésitation fut palpable, et elle se dépêcha de continuer. « Je suis également étudiante, en lettres. Je ne sais pas si... je ne sais pas si je ferai carrière dans le théâtre. Il y a beaucoup d'autres choses sur lesquelles je me concentre aussi... je suis pompier volontaire, par exemple. Et j'écris pour un journal de propagande, contre le régime nazi et pour une France libre, aussi. Intéressant n'est-ce pas ? Toutes ces activités prennent beaucoup de temps et m'en laissent finalement peu pour envisager une carrière sur les planches autre que celle que j'ai déjà. Cependant... je ne dirai pas non, si l'occasion se présentait. Au théâtre, ou bien au cinéma. » C'était un appel lancé en l'air, mine de rien. Elle se rappelait sa déception après la proposition d'Agnès Doliveux, et il était à parier qu'Ingrid Lorre s'alignait sur le même genre d'idées, mais qui sait ? Elle pouvait également représenter une opportunité pour pénétrer ce milieu.

Hélène refusa la cigarette tendue par Ingrid, et sourit. « Vous risquez d'être déçue, alors. C'est une trajectoire assez ordinaire, comme la plupart d'entre nous. J'avais une soeur passionnée par ça, j'ai bêtement suivi, et j'ai aimé. C'est mon passe-temps favori d'aussi loin que je m'en souvienne. Faire semblant d'être une autre, apprendre des textes et faire rire, sourire ou pleurer le public... qu'il se soit agi de mon ours en peluche ou bien de mes parents. J'ai fait mon lycée à Paris, obtenu mon baccalauréat, et je poursuis mes études à la Sorbonne. Les opportunités étaient plus nombreuses à Paris, venir ici est la plus belle chose qui me soit arrivée. Dommage que le contexte soit celui de la guerre, glissa-t-elle l'air de rien. Donc j'ai rejoint la troupe de l'Atelier, d'abord pour des rôles de figuration et puis maintenant, j'en suis là. J'espère un jour être autre chose d'un nom en bas de l'affiche mais je doute que nos acteurs soient très enclins à laisser leur place. »

Simple et efficace, elle espérait en avoir dit suffisamment pour satisfaire la curiosité d'Ingrid, mais pas assez pour avoir dévoilé quoique ce soit sur sa vie privée. C'était un récit parfaitement banal raconté de manière détachée - elle ne comptait pas du tout investir du temps et de l'énergie à raconter une vie qui n'avait, en soi, absolument rien d'exceptionnel. Et elle préférait ne pas enjoliver les choses.

Le serveur leur apporta leurs thés, et Hélène se risqua à poser une question. Après tout, il lui semblait qu'elles se trouvaient là pour une discussion, et non pour un interrogatoire.

« Enfin, voilà. Le mystère d'Hélène Perrin éclairci. Mais j'ai plus confiance dans ce que me réserve le futur, mon passé est vraiment sans intérêt. Et vous ? Êtes vous jamais montée sur les planches ? Si ce n'est pas indiscret, bien sûr. »

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Théâtre du monde [Pv Hélène]

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