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 La voix de cristal - Eulalie Vernier

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Eulalie Vernier
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Féminin

Un opéra : histoire où un baryton fait tout pour empêcher un ténor de coucher avec la soprano.
■ topics : OUVERTS
■ mes posts : 110
■ avatar : Mia Wasikowska
■ profession : Soliste soprano à l'Opéra de Paris

PAPIERS !
■ religion: Protestante
■ situation amoureuse: Célibataire
■ avis à la population:

MessageSujet: La voix de cristal - Eulalie Vernier   Lun 24 Oct - 7:57


Vernier Eulalie, Thérèse
Mia Wasikowska (c) Pinterest



   
Etat-civil
♠ Groupe Parisiens
explications : Eulalie ne fait partie d'aucun groupe de résistance, ne travaille pas pour les allemands et n'appartient pas aux forces de l'ordre.
♠ Âge du personnage
23 ans
♠ Nationalité
Française
♠ Statut
Célibataire
♠ Religion
Protestante
♠ Profession
Soliste soprano à l'Opéra de Paris
   


   
Interrogatoire

   ♠ A-t-il des manies ou des tics ? Quand Eulalie est nerveuse, elle fait pianoter ses doigts contre n'importe quel meuble à sa portée.
   ♠ Son livre préféré ? Cinq semaines en ballon de Jules Verne
   ♠ Son lieu préféré dans Paris ? L'Opéra de Paris
   ♠ Aime-t-il sortir et où ? Eulalie aime se promener dans les jardins et dans les musées. Lorsqu'elle a du temps libre, elle tente d'aller près du Louvre où elle se désespère chaque jour un peu plus de l'appauvrissement des collections.
   ♠ Comment vit-il les restrictions et les privations ? Par son statut, Eulalie est peu touchée par les privations. Bien sûr, elle mange moins qu'avant et se rationne mais les cadeaux de ses admirateurs et mécènes, qu'elle n'hésite d'ailleurs pas à partager, lui rendent la vie moins difficile.
   ♠ Son avis sur les Allemands et l'occupation ? Eulalie côtoie très souvent les officiers allemands lors de fêtes privées à laquelle elle est conviée pour chanter. Bien qu'elle soit consciente que tout n'est pas manichéen et que certains d'entre eux ne sont pas foncièrement mauvais, elle ne peut chasser de son esprit les violences qu'elle a pu voir en ville et les blessures infligées à certains de ses amis.
   ♠ Son avis sur les juifs ? Très présente dans le milieu artistique, Eulalie a beaucoup d'amis juifs et homosexuels. Elle a vu certains d'entre eux venir aux répétitions avec des blessures au visage alors que d'autres ne sont jamais revenus.
   ♠ Son avis sur les manifestations ? Eulalie comprend le mécontentement du peuple et le soutient, sans pour autant s'y impliquer.
   ♠ Son avis sur le gouvernement de Vichy et la politique de collaboration ? Eulalie ne sait pas trop quoi en penser. Elle le vit comme une humiliation mais elle ne peut s'empêcher de penser qu'au vu de la facilité des troupes Allemandes pour pénétrer les frontières françaises, résister n'aurait pas empêché l'ennemi d'occuper Paris et n'aurait fait qu'occasionner des pertes supplémentaires.
   


   
Qui suis-je ?

   
☆ Prénom/Pseudo ?
Emi
☆ Age ?
19 ans
☆ Etude/Travail ?
Etudiante en BTS Design Graphique
☆ Où as-tu connu YT ?
Vexilla Regis <3
☆ Un truc à nous dire ?
Let the game begin !
   


   



Biographie

   
Wagner, si l'on peut s'exprimer avec un peu de la grandiloquence qui lui convient, fut un beau coucher de soleil que l'on a pris pour une aurore. - Debussy


   

21 mai 1920

Un petit garçon en sabots et salopettes courait entre les maisons de pierres du village. Il semblait à la fois paniqué et très excité, comme s'il était investi d'une mission de la plus haute importance... Et c'était le cas. Il s'arrêta devant une petite bâtisse, entourée d'un maigre jardin. A la fenêtre, un oiseau en cage gazouillait. Le garçon sauta lestement par dessus la petite grille de bois et alla tambouriner contre la porte.

Hortense, Hortense ! Hortense, sors de là, viens vite !

Une femme aux petits yeux de chouette, la soixantaine bien entamée, sortit. Elle avait les cheveux en bataille et le haut de sa robe noire semblait froissée. La vieille s'était encore endormie sur sa table ! Le jeune garçon ne lui laissa pas le temps de poser de questions que déjà, il la tirait par la main.

Dépêche toi ! C'est Marie, elle est en train d'accoucher, vite vite, elle criait quand jsuis parti, ça me fait peur !

Cette nouvelle donna comme un coup de fouet à la vieille bretonne. Marie, la lavandière ? Mais son enfant était prévu pour le milieu du mois de mai ! Il avait un mois d'avance !
Comme une bourrasque, elle alla prendre un tablier dans sa cuisine et sortit en courant sans même prendre le temps de refermer la porte de sa maison.

Jean-François, reste chez-moi, et surveille Colonel !

Le jeune garçon fut assez soulagé qu'elle ne lui demande pas de l'accompagner ;  ce genre d'affaires de femmes ne l'intéressaient guère, voire même, l'intimidaient. Et puis, comme ça, il allait pouvoir jouer avec l'oiseau.

5 octobre 1920

C'était aujourd'hui que la Vaillante rentrait des bancs de Terre Neuve. Toutes les femmes du village attendaient avec impatience le retour de leurs hommes. Cette année, aucun d'entre eux n'avait péri en mer, personne n'avait eu à affronter la terrible visite du curé et du maire, graves dans leurs habits noirs, qui venaient annoncer l'horrible nouvelle.
Marie portait dans ses bras sa petite fille de presque cinq mois. Elle avait hâte de la présenter à son père... Les boucles blondes de la lavandière s'agitèrent au vent alors que l'enfançon semblait dormir paisiblement contre son sein. Son visage pâle et serein était déjà encadré par de solides mèches brunes et sous ses délicates paupières closes, deux yeux verts qui semblaient contenir la Terre entière.
Enfin, les femmes s'agitèrent. Le morutier avait dépassé le cap Fréhel et se dirigeait vers le port ! En criant et en agitant leurs mouchoirs, femmes et enfants dévalèrent la colline, en direction de Saint-Malo, pour assister à l'appareillage.

Pierre Vernier, plus agile qu'un sapajou, fut parmi les premiers à descendre. Il avait reçu par bateau postal une lettre qui lui annonçait l'accouchement de sa femme et depuis, il n'avait eu de cesse que de rentrer pour enfin découvrir sa fille.

Marie ! Marie, mon amour !

Il l'embrassa avec fougue en faisant attention de ne pas écraser entre eux leur petite fille. Celle-ci s'était d'ailleurs réveillée entretemps et gazouillait fièrement en plaquant ses mains potelées contre le manteau rigidifié par le sel de son père.
Pierre la saisit alors à bout de bras et partit d'un rire franc. Il était soulagé d'avoir eu une fille. Pour avoir connu le chagrin d'avoir perdu des amis en mer, il avait longtemps prié pour éviter que Marie ne donne de futurs mousse à son armateur.

2 janvier 1930

Marie et Pierre étaient fiers de leur fille. Non seulement elle rapportait d'excellentes notes de l'école mais le chef de la chorale ne tarissait pas d'éloges à son sujet. Bien que la famille fut de confession protestante, la solidarité du village prenait le pas sur de futiles querelles de religions. Ainsi, ils s'étaient mêlés aux catholiques pour les messes de la Noël et du Nouvel An et avaient pu entendre leur fille chanter quantiques après quantiques, accompagnée par le reste du choeur. Elle s'était si bien débrouillée qu'elle avait reçu un compliment de la part de chaque habitant sans exception, ce qui avait, évidemment, gonflé la petite fille d'un orgueil enfantin plutôt drôle à voir.

Tu penses qu'elle pourrait faire carrière dans la chanson ?

Marie buvait tranquillement son café, assise à côté de la cheminée. Elle avait l'air pensive.

Tu l'as entendue toi même... Eulalie a une très jolie voix... Peut-être qu'avec un peu de chance nous pourrions la faire entrer dans une école de musique ? Imagine qu'elle soit engagée dans un orchestre...

Pierre fit la moue. Il comprenait sa femme. Elle voulait ce qu'il y avait de meilleur pour leur enfant et voulait avant tout qu'elle puisse voir du pays. La lavandière n'avait en effet jamais quitté les alentours de Saint-Malo et rêvait de voir le Monde. Elle transposait ses rêves et ses espoirs sur sa fille mais... Étaient-ils vraiment prêt à la laisser se lancer dans une telle carrière, eux qui avaient si peu connaissance du monde de la musique et des arts en général ?

Mais si elle échoue, que deviendra-t-elle ? Je refuse de voir notre petite Lalie en vulgaire chanteuse de cabaret pour des marins avinés ! Et puis, comment veux-tu qu'elle entre dans une école de musique si elle n'a aucune notion théorique ? Je veux dire... Elle sait chanter mais je suppose qu'elle devrait aussi savoir lire et écrire les notes, non ?

Marie ne répondit pas tout de suite. Elle observait pensivement les dépôts de marc de café au fond de sa tasse. Ils n'auraient jamais les moyens de lui payer des cours chez un professeur particulier.

Et si nous demandions à Maël, le fils du postier ? C'est lui qui joue de l'orgue à la paroisse... Je suppose qu'il doit connaître quand même quelques petites choses... On avisera par la suite. De toute façon, Eulalie doit encore passer son certificat... Son diplôme sera une sécurité supplémentaire.

Son mari sourit et s'agenouilla devant elle. Il savait que sa femme faisait de grands efforts pour rester raisonnable alors qu'elle brûlait d'ambition pour sa fille.

Je te promet que cette saison, je vais attraper encore plus de poissons. Je vais gagner plus que les autres. Avec un peu de chance, l'armateur me fera une promotion l'an prochain et on pourra essayer d'économiser pour lui payer des cours avec un vrai professeur. Ça te va ?

7 juillet 1931

Eulalie avait revêtu ses vêtements du dimanche pour se rendre à Saint-Malo, dans le bâtiment de la sous-préfecture. Tous les jeunes enfants de la région qui avaient réussi le certificat d'études avaient été réunis pour se voir remettre leurs diplômes. Seule sa mère l'accompagnait. Son père était à nouveau sur les bancs de Terre-Neuve avec son équipage ; il avait été promu patron de doris deux ans auparavant.

La petite fille reçut son diplôme très dignement. Elle se força à garder un air grave tout au long de la cérémonie alors qu'elle mourait d'envie de courir dehors pour crier sa joie d'avoir réussi. Marie ne tenait pas plus en place mais pour une autre raison. Mis à part une poignée d'enfants, la plupart de ceux qui avaient réussi provenaient de familles autrement plus aisées que la sienne. Elle le voyait aux souliers neufs et vernis des petites filles, aux pantalons impeccables des garçons. La robe d'Eulalie, pourtant adorable avec sa petite dentelle, était de seconde main et sa mère avait dû la repriser par endroits. Elle sentait les coups d'oeils des autres qui jugeaient sa progéniture avec cet air condescendant tout à fait détestable propres aux habitantes d'une ville d'importance supérieure aux bourgades de campagne.

Après la remise des diplômes, il y eut un petit spectacle constitué d'une suite de numéros montés par chacun des diplômés. Des petites filles en robes neuves, parfaitement amidonnées, jouèrent des morceaux de musique savante au piano, avec la rigidité caractéristique deux ceux qui font de la musique, non pas pour vibrer avec elle, mais pour prouver leur virtuosité devant une assemblée. Enfin, ce fut le tour d'Eulalie. Elle, si réservée et timide, monta sans hésiter sur l'estrade. Elle perdait toute gêne quand il s'agissait de chanter. Maël, un jeune homme déguingandé de 8 ans son aîné s'installa au piano pour l'accompagner. La petite fille avait choisi Les Roses Blanches. Oh, bien sûr, tout était loin d'être parfait l'équilibre entre la voix et l'instrument laissait à désirer mais la petite Lalie mis tellement de coeur dans son interprétation qu'elle toucha le coeur de quelques membres mélomanes de l'assemblée, dont l'armateur de La Vaillante, plus connu sous le nom de Monsieur Louvet.

Plus tard, alors que l'assemblée commençait à se disperser, il pris à part Madame Vernier pour la féliciter des talents de son enfant.

Quelle voix exceptionnelle ! Vous gagneriez à la présenter aux concours d'entrée des écoles de musique !

La lavandière rougit de gêne devant l'enthousiasme de l'homme.

C'est à dire que... Lalie apprend vite mais elle n'a que de vagues notions de solfège. Nous économisons avec mon mari pour lui offrir des cours particuliers avant de la présenter aux concours mais cela représente un coût que nous ne pouvons affronter pour le moment.

Monsieur Louvet partit d'un rire tonitruant. Ce n'était pas un mauvais bougre et bien qu'il ne fut pas contre faire du profit, il ne négligeait pas pour autant ses employés et leurs familles.

Enfin, Madame Vernier, vous auriez dû m'en parler plus tôt ! Mon frère est un excellent pianiste et il vit à Saint-Malo. Cela fait quelques temps qu'il n'a pas pris de nouvel élève, je serais ravi de lui faire rencontrer votre Eulalie !

5 juin 1933

Les voyageurs se précipitaient sur le quai de la gare. C'était l'effervescence. Eulalie, bien sage dans son manteau bleu marine, avec son petit bérêt et ses cheveux sagement tressés avançait devant, suivie par sa mère qui portait leurs valises. Elles allaient à Paris, pour la présentation d'un concours qui pourrait lui ouvrir les portes de l'opéra de Paris. Pendant quelques jours, elles seraient gracieusement accueillies chez le grand frère de Pierre, Joseph Vernier, qui avait fait des études de médecine.

Les deux provinciales étaient impressionnées par la grandeur de la Gare de l'Est. Les armatures en fer, les géants d'aciers qui sifflaient leurs nuages de vapeur, les faces noircies des cheminots, les airs sévères des contrôleurs, tout était inédit pour elles. Avec l'air rêveur d'un enfant en pleine découverte, Eulalie ralentissait le pas alors qu'elle observait les personnes empressées qui l'entouraient. Les talons claquaient, les valises s'entrechoquaient au rythme des pas. Ce chaos si sophistiqué, si différent du petit village de campagne où elle avait grandi, tout la transportait.

Un coup sur l'épaule la fit sursauter. Sa mère, nerveuse à l'idée de la perdre.

Lalie ne t'éloigne pas, c'est beaucoup trop grand ici ! Si je te perdais, je ne suis pas sûre d'arriver à te retrouver !

Enfin, elles sortirent de la gare. Le bruit des autos, des tramways, des chevaux les surprirent tout autant que le klaxon qui les fit sursauter. Un homme à l'air affable, pourvu d'une moustache fournie, à l'aise dans son complet veston moutarde leur faisait de grands signes. Marie perdit quelques secondes à le reconnaître. Joseph ! C'était Joseph ! Dieu qu'il avait pris du poids depuis leur dernière rencontre ! Visiblement, la vie de médecin sédentaire lui avait réussi. Après de chaudes retrouvailles, Eulalie monta, pour la première fois de sa vie, dans une automobile.

4 août 1933

Pierre et Marie fixaient la lettre, posée sur la table. Ils n'en revenaient toujours pas. Pourtant, les mots étaient couchés noir sur blanc, sur ce papier à l'en-tête soigné aux couleurs de l'Opéra de Paris. Lalie était encore fourrée chez son professeur de piano, comment lui annonceraient-ils la nouvelle quand elle rentrerait ?
Après ses heures de leçons de chant académique, après des jours entiers à apprendre le solfège de la plus scolaire des manières, après avoir répété, pleuré, répété et répété encore, elle était arrivée au bout. Elle avait été reçue.

Oh, bien sûr, les Vernier ne s'inquiétaient pas du tout pour l'envoi de la jeune Lalie dans la capitale. Elle logerait à Paris, chez l'oncle Joseph, sa femme Rénata et leur fils Eugène. Mais allaient-ils se faire à l'idée de la voir quitter le nid, l'année de ses 14 ans ? Marie devrait à nouveau vivre seule les deux tiers de l'année dans son atelier de lavandière alors que son enfant serait à des kilomètres de là. Elle était contente d'avoir pu la pousser à réaliser ses rêves, mais elle ne réalisait que maintenant le manque que cela induirait dans leurs vies.

23 novembre 1938  

Eh bien, quel succès ! Regarde, les critiques parlent presque plus de toi que de Giulia qui tenait le rôle principal !

Simone agitait un journal devant les yeux de la jeune fille. A 18 ans tout juste, on lui avait confié le rôle d'Octavie dans l'opéra Cléopâtre de Jules Massenet. Normalement, Giulia Orecchia, une cantatrice italienne venue se produire quelques temps à Paris, aurait dû rafler tous les honneurs mais étrangement, la majorité des critiques ne manquaient pas de faire un aparté sur sa prestation.
Délicatement, la jeune chanteuse pris le journal des mains du Premier Violon de l'Orchestre et commença à lire. Ses yeux s'agrandissaient alors que du rose commençait à colorer ses joues.

Ça alors... Je ne pensais pas attirer autant l'attention. Lors de la répétition générale le chef avait pourtant martelé que je ne serais jamais prête pour le rôle.

L'espiègle Simone rit gentiment en s'asseyant à côté d'elle. Eulalie la trouvait d'une beauté incroyable. Elle était démonstrative, riait aux éclats avec une simplicité déconcertante. Oui, Simone rayonnait, elle irradiait comme un petit soleil, à l'opposition de la lune tranquille qu'était Eulalie. Quand on voyait les deux jeunes femmes ensemble, si complémentaires, on ne pouvait que conclure que les contraires ne pouvaient, effectivement, que s'attirer.

Un jour ce sera toi à la une des journeaux, en premier plan des affiches. Tu es la nouvelle voix de l'opéra français Lalie. Et je t'accompagnerai avec mon violon jusqu'à mon dernier soupir.

3 septembre 1939

Eulalie posa le journal et leva ses grands yeux verts en direction de sa meilleure amie. Elle savait qu'elle souffrait de ce que l'on écrivait dans les journaux, de ce que l'on disait dans les rues. Simone venait de voir son pays d'origine se faire envahir par les forces allemandes sans rien pouvoir faire. Elle se faisait un sang d'encre pour sa famille, pour ses amis.
La jeune chanteuse ne savait pas trop quoi dire. Elle n'avait jamais été très douée pour parler aux gens, elle préférait communiquer ses émotions avec la musique. Néanmoins, elle finit par se lever et attraper par la main la violoniste juive qui faisait les cent pas dans le salon.

Simone... Je ne pourrais jamais comprendre ce que tu ressent. Mais... Je t'en supplie, essaye de ne pas trop y penser, tu vas te faire du mal. Je... Si je peux faire la moindre chose pour t'aider...

Elle leva sur elle ses grands yeux noirs. Son visage d'ordinaire si souriant était fermé. Rien n'aurait pu apaiser la douleur de voir son pays natal ravagé par le feu et le sang.
Elles ne se dirent rien, prolongeant simplement le contact de leurs deux mains, dans le silence de la pièce. Le temps semblait suspendu, tendu sur une corde raide. Puis, soudainement, la violoniste éclata en sanglots dans les bras de la cantatrice.

14 juin 1940

Eulalie regardait depuis la foule. Elle observait ces troupes armées défiler en rang sur les Champs Elysées. Un an après la Pologne ils étaient arrivés ici. Elle n'en revenait pas. Bien à l'abri dans les coulisses de l'Opéra, elle en avait oublié la folie qui semblait ronger le Monde. Elle avait cru, à tort, qu'ils étaient en sécurité, protégés par ce grand mur construit aux confins de l'Alsace. Qui aurait pu prévoir que la France, si fière, serait tombée si vite à cause d'une erreur si grossière ?
Certains pleuraient, beaucoup fixaient le vague et quelques petites voix, encore discrètes, marmonnaient déjà leur mécontentement. Dans son milieu artistique, Eulalie connaissait de nombreuses personnes foncièrement opposées à la Collaboration. Elle ? Elle ne savait pas. Les Allemands étaient plus forts, il leur avait suffit de 5 semaines pour prendre leur capitale. Est-ce que résister aurait pu leur sauver la mise ou n'aurait fait qu'occasionner des pertes supplémentaires ? Maintenant que les choix avaient été fait, le peuple n'avait d'autre choix que d'avancer et tenter de vivre du mieux qu'il pouvait.

5 mars 1941

Je n'en reviens pas... Quelles brutes ! Je suis désolée Simone... On va essayer de réparer ton violon.

Eulalie fixait le visage de son amie avec horreur. Alors qu'elle rentrait d'une répétition, des soldats l'avaient rouée de coups avant de briser son instrument. Son étoile jaune l'avait trahie. La jeune chanteuse se sentait mal pour son amie, mais cette dernière repoussa gentiment ses mains avec un air désolé.

Ne t'en fais pas pour mon violon Lalie... Bientôt je n'aurais lus le droit d'en jouer, de toute façon. Petit à petit, les juifs sont chassés de leurs emplois, ils ne tarderont pas à s'attaquer à l'opéra.

Eulalie secoua la tête. Elle ne pouvait pas le croire. Elle ne pouvait pas imaginer que l'Humanité puisse tomber aussi bas.

Mais l'Orchestre c'est différent ! Nous ne faisons rien ici ! Nous ne sommes là que pour la beauté de la musique, la religion n'a rien à voir là dedans !

Simone trouva encore la force de rire alors qu'elle replaçait une de ses mèches de cheveux dans son chignon.

Tu devrais ouvrir les yeux... Le Monde est beaucoup plus sombre que ce que tu peux imaginer. Pour eux nous ne sommes que de la vermine. Ils ne s'embarrassent pas de sentiments, contrairement à toi. Je vais... Je vais tenter de fuir vers le sud avant qu'il ne soit trop tard. On ne se verra sans doute plus avant longtemps mais cela vaudra mieux que de ne plus se voir du tout...

Eulalie ouvrit la bouche pour protester. Simone ne pouvait pas l'abandonner, pas comme ça ! Elle était son amie la plus proche, la plus fidèle !
Mais elle n'eut pas le temps de parler. La violoniste l'attira à elle et posa langoureusement ses lèvres sur les siennes. Ce baiser n'était pas le premier de la jeune femme, qui avait eu quelques aventures discrètes depuis son arrivée à Paris, mais il était le premier qui lui était donné par une femme. Elle n'eut pas le temps de réaliser ce qui lui arrivait que déjà, leur étreinte se terminait. Simone noua prestement un foulard autour de sa tête, récupéra l'étui du violon cassé et sortit de la salle de répétition. Un instant, elle s'arrêta dans l'encadrement de la porte.

Tu vas me manquer Eulalie.

10 octobre 1942

Il était près de minuit. Eulalie était descendue discrètement dans la cage d'escalier, pieds nus, pour ne faire aucun bruit. Elle habitait au deuxième étage d'un bâtiment haussmanien plutôt coquet, dans un appartement de 5 pièces qui lui avait été légué par un généreux mécène. Seulement éclairée par la lumière de la lune qui filtrait à travers les fenêtres, elle se glissa comme une ombre dans la cour arrière. Un homme encapuchonné l'attendait, un paquet sous le bras. Quand il la vit, il hocha de la tête et le lui tendit en murmurant.

Cette fois-ci c'est un Delaunay. Quelqu'un passera le récupérer ici, même heure, dans trois jours. Merci.

La chanteuse ne dit rien. L'homme avait déjà disparu. Aussi vite qu'elle était descendue, elle remonta en toute discrétion chez elle. Par précaution, elle avait laissé la porte entrebaillée pour ne pas éveiller ses voisins par le claquement de celle-ci. Mieux valait prendre des précautions, aujourd'hui, tout le monde s'épiait.

Une fois son appartement sûrement refermé, elle se dirigea vers sa chambre et s'allongea à plat ventre sur le sol. Sous son lit, une trappe était dissimulée dans le parquet, juste assez grande pour l'épaisseur du tableau qu'elle glissa dedans. Encore un qui ne tomberait pas aux mains des allemands...

En soupirant, la jeune femme s'assit sur son lit. Rien à faire, son coeur battait toujours la chamade. Cela faisait plus de huit mois qu'elle recelait des oeuvres pour divers réseaux de résistance mais à chaque fois, le même émoi s'emparait d'elle.
Soudain, elle repensa à Simone. Elle se rappela ses pleurs, leur baiser. Elle se rappela la mine grave de l'orchestre, le surlendemain, quand on avait annoncé qu'elle ne reviendrait plus jamais. Elle l'avait toujours enviée, elle et sa spontanéité, sa vigueur de combattante. Malgré ses engagements, jamais Eulalie n'aurait pu rivaliser avec le courage dont Simone faisait preuve. Elle aurait fait une parfaite résistante. Si seulement elle avait été toujours là...

Eulalie fixa son visage pâle dans la glace. Ses mots résonnaient encore dans son esprit.

Tu es une artiste, pas une spectatrice. Agis.


   


Dernière édition par Eulalie Vernier le Jeu 27 Oct - 9:10, édité 4 fois
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Elsa Auray
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PAPIERS !
■ religion: Juive, paraît-il, mais il y a bien longtemps que Dieu n'existe pas pour elle.
■ situation amoureuse: Définitivement de glace.
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MessageSujet: Re: La voix de cristal - Eulalie Vernier   Mer 26 Oct - 22:27

Saluuut face

Honte à moi, je n'étais pas encore passée par ici pour te souhaiter officiellement la bienvenue sur Yellow :o Donc : bienvenuuuuuuuue !! ammu
Je vois que tu as déjà bien avancé ta fiche, mais n'hésite pas si tu as la moindre question gnhehe

Juste un détail, j'ai vu que tu as posté dans une fiche de lien : normalement il faut attendre d'être validé pour ça, mais tu peux contacter les gens par MP si tu le souhaites joy

A très vite gaga

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
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Edouard Cabanel
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■ religion: Ne croit qu'à la politique. Dieu ? ça fait longtemps qu'il n'existe plus, non ?
■ situation amoureuse: Coincé dans un mariage malheureux avec Madeleine Claussat. Trop occupé à cause de son beau-père pour avoir le temps d'aller voir ailleurs.
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MessageSujet: Re: La voix de cristal - Eulalie Vernier   Mer 26 Oct - 22:41

Bienvenuuuuue parmi nous !!


J'ai suivi tout ce qui s'est dit avec ma collègue ci-dessus et ça m'a l'air très prometteur face. Je vois que tu as bien avancé déjà, bon courage pour la fin tout de même gaga ! Si tu as le moindre souci, n'hésite pas à nous contacter.

Au plaisir de te lire gnihi, à très vite !

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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
J.K. Rowling © .bizzle


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Augustin Chassagne
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MessageSujet: Re: La voix de cristal - Eulalie Vernier   Mer 26 Oct - 23:16

Bienvenue, Eulalie ! cutehi

Très jolie plume, agréable à lire... J'aime beaucoup le perso, simple et déterminée. L'avatar est juste parfait ! Ta fiche est prenante, de fait. Vivement la suite ! 089

Je veux un lien, d'ailleurs, à l'occasion.... cool

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Eulalie Vernier
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MessageSujet: Re: La voix de cristal - Eulalie Vernier   Mer 26 Oct - 23:48

Ooooh merci à vous touuuus heart

Elsa : Merci encore ! Et désolée pour la boulette, je m'excuuuuse QAQ affolé

Edouard : Owh bah si j'ai un souci je n'hésiterai pas ! D'ailleurs j'vais te mpotter sous peu bounce bounce

Augustin : Ooooh tant de compliments ! gaga Je serai ravie d'avoir un lien avec ton personnage, ça promettrait des rps sympathiques ! (et puis Benedict quoi.... Hanlalalala hearrts )

Bisous à vouuuuus !

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Elsa Auray
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MessageSujet: Re: La voix de cristal - Eulalie Vernier   Ven 28 Oct - 14:48

Bonjour bonjour face

Me voilà pour m'occuper de ta fiche ! 8D
Alors j'ai beaucoup apprécié ma lecture, tu as une plume très agréable à lire ! En fait, je n'ai pas grand chose à redire sinon une petite nuance : tu parles d'amis d'Eulalie qui ont subi des violences physique... Fais juste attention à ne pas tomber dans l'excès :) A priori, les Allemands ne se livraient pas tellement à ce genre d'exactions dans la rue au hasard, en tout cas pas si fréquemment qu'on pourrait l'imaginer (même si ça a probablement pu arriver, j'en conviens) ! Bref, c'était juste une petite précision parce qu'il fallait bien que je trouve un truc à dire gnhehe *je sors*
Ceci étant dit, te voilà validée sur Yellow ammu Au plaisir de te retrouver en RP \o/




Toutes mes félicitations, ta fiche a su toucher le cœur de nos berniques en chef, tu es à présent VALIDÉ. Le sort t'a désigné pour rejoindre l'équipe des berniques de la mer : tu trouveras toutes les explications à notre battle épique des berniques en cliquant ici. Sauras-tu faire gagner ton équipe ?

Mais l'aventure ne fait que commencer ! Merci de venir réserver ton avatar afin d'être sûr de pouvoir le conserver et de te recenser dans les registres de notre préfecture du forum, étape indispensable si tu ne veux pas qu'il t'arrive tes ennuis ! Tu dois tout d'abord te faire ajouter à la liste des membres et de leurs DC ainsi que dans le who's who des Allemands si tu es concerné.

Cette première étape achevée, tu peux désormais te lancer dans le jeu ! Mais pour t'éviter tout problème, nous avons quelques parachutes de secours : tu peux te faire des amis (ou toute autre connaissance car tout bon Parisien doit avoir un carnet d'adresses bien rempli) ainsi que remplir une petite bibliothèque pour ne pas te perdre dans les dizaines de rp que tu ne manqueras pas d'ouvrir ! Et si tu souhaites des idées de rp, n'oublie pas que tu peux aller consulter la partie top-secrète des complots.

Tu ne connais pas très bien Paris et tu es perdu dans nos rues ? N'hésite pas à consulter le petit guide de Paris qui t'accompagne où que tu ailles.

Nous te rappelons que tu peux solliciter les berniques en chef pour obtenir un rang et un logement à  partir de 100 messages.

Allez, il ne te reste plus qu'à venir nous faire un petit coucou dans le flood ou sur Facebook !

Bon jeu parmi nous gaga

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
Alfred de Vigny © .bizzle


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La voix de cristal - Eulalie Vernier

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