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 "Mère, vous êtes embarrassante"

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Eulalie Vernier
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Un opéra : histoire où un baryton fait tout pour empêcher un ténor de coucher avec la soprano.
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MessageSujet: "Mère, vous êtes embarrassante"   Dim 30 Oct - 18:59

On était dimanche, vers 10 heures du matin. Dans un petit temple, très discret, dans un quartier proche de l'Opéra, une petite communauté protestante s'était réunie, comme à l'accoutumée, pour se réunir dans un moment de prière et faire front ensemble dans ces temps d'adversité.

Eulalie avait revêtu une robe à manches courtes rose pâle avec un bel imprimé fleuri et un peu de dentelle sur le col. Elle datait de 1939 mais lui allait toujours comme un gant. Ses cheveux avaient été tirés dans un délicat chignon et couverts par un petit chapeau assorti.
Le pasteur, un homme affable, parla d'entraide, de fraternité, de résistance face au chagrin et à la peur.
Ils chantèrent ensembles quelques cantiques et la jeune femme fut appelée pour interpréter seule "A Toi la Gloire".
La jeune femme n'hésitait jamais à chanter pour l'assemblée. Elle ne pensait pas que sa voix devait être réservée à ceux capables de se payer un siège à l'Opéra. La musique appartenait à tous et tout le monde avait besoin, aujourd'hui, de pouvoir se ravir autour d'un chant bien interprété.

Lalie ne pensait vraiment pas à se donner en spectacle lorsqu'elle chantait pour l'assemblée. Tout ce qui comptait à ses yeux, c'était la musique et l'espoir qu'elle pouvait transmettre dans sa voix.

Bientôt, le culte se termina et l'assemblée se dispersa. Lalie discutait avec le pasteur en sortant, s'enquérant des besoins de la paroisse et de l'aide qu'elle apportait aux plus démunis. Toute absorbée par ce que l'homme lui racontait, elle ne vit pas la femme d'un certain âge qu'elle allait bousculer et ne se rendit compte de son erreur qu'au moment où son épaule rentra en contact avec celle de cette dernière.

Eulalie se stoppa net et reconnu Madame Chassagne. Elle la connaissait de vue, c'était quelqu'un de très actif dans la paroisse. A ses côtés, une femme et deux hommes d'âge mûr accompagnés d'enfants qui devaient très certainement être de sa famille. Confuse, Eulalie rougit jusqu'aux oreilles alors que le pasteur riait doucement.

- Madame Chassagne, pardonnez moi ! Je suis vraiment désolée, Monsieur le Pasteur et moi-même étions tous à notre discussion et je n'ai pas regardé où j'allais... Je ne vous ai pas fait de mal au moins ?

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Augustin Chassagne
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MessageSujet: Re: "Mère, vous êtes embarrassante"   Dim 30 Oct - 20:35

Le dimanche matin, le rituel était immuable. La famille Chassagne au grand complet allait au temple. Sans être des farouches pratiquants, il était impensable de louper le culte et le déjeuner dominical qui s’ensuivait.
Les trois enfants avaient été baignés, coiffés et habillés de frais. Les adultes avaient fait de même : robe sage, gants et chapeaux pour ces dames, costume impeccables et cravates pour ces messieurs.
Et comme à chaque fois, avant d’entrer dans le temple, Odile Chassagne vérifiait l’état de ses troupes, époussetant les vestons, remettant d’aplomb les rubans, et recoiffant sommairement...Oui, même son grand dadais de fils qui avait quarante ans, n’échappait à son oeil d’aigle. Il soupirait mais ne disait rien. Sa mère avait sa façon bien à elle de veiller sur sa couvée: fils, fille, gendre et petits enfants. Tout cela n’était que de l’amour, au final.

Ils arrivaient un quart d’heure en avance pour saluer le monde qu’ils connaissaient, demandant des nouvelles des uns et des autres avant de prendre place.
Le lieu était incroyablement reposant. Au fond, Augustin aimait cette parenthèse hebdomadaire. Un peu de calme et de paix, cela ne se refusait pas.

La cérémonie se déroulait comme d’habitude. Le sermon était réconfortant. Augustin se dit que le pasteur frôlait par moment la sédition : parler de fraternité et de résistance fut-elle spirituelle, était assez gonflé par les temps qui couraient.  Mais cela faisait incroyablement du bien. Il était bon que les chrétiens s’accrochent à certaines valeurs et ne perdent pas de vue le cap que le christianisme avait donné, à la base : secourir les humbles et pardonner aux vilains.
Augustin, dans son humanisme, ne pouvait qu’approuver. Cela lui redonnait de l’espoir : l’espoir qu’un jour cette drôle de guerre finirait et qu’ils continueraient à aller au temple, en famille, le dimanche, dans une France apaisée.

Le culte touchait à sa fin et ils allaient entonner “A Toi la Gloire”, lorsqu’une jeune fille, aussi épaisse qu’un haricot vert sans fil, de rose vêtue, s’avança et commença à chanter. Augustin en rata le début du cantique et écarquilla les yeux. Cette jeune fille avait une voix d’ange, absolument admirable. Il avait entendu ce cantique, un bon millier de fois, mais jamais il ne l’avait trouvé aussi poignant...et aussi stimulant ! Valentine et lui échangèrent un regard, et il crut bien voir quelques larmes dans les yeux de sa soeur.
Quand ce fut fini, il y eut ce silence respectueux devant le Grand Art, assez inhabituel dans le temple, avant que le pasteur prononce la bénédiction et l’envoi.

Sa mère fendait la foule pour dire quelques mots au pasteur lorsqu’elle percuta tout à fait inopinément (mon oeil) la dite jeune fille à la voix d’or.


Ne vous excusez pas pour si peu, ma chère enfant ! Je n’ai pas le plaisir de vous connaître… commença Odile avec un grand sourire affable.


Le pasteur présenta Eulalie Vernier dans les règles de politesse communément admises. Eulalie put sentir le regard scrutateur et finalement approbateur de Mme Chassagne. A l’évidence, elle aimait ce qu’elle voyait.


Enchantée. Vous avez une voix ravissante, mademoiselle Vernier. Laissons donc ce brave Pasteur Chambon. Il faut absolument que je vous présente ma famille. Ma fille n’a pas tarit d’éloges à votre égard depuis la fin du culte.


Et sans qu’Eulalie ait pu protester, Odile Chassagne lui prit le bras comme si elles étaient de vieilles connaissances pour se diriger là où se trouvait sa famille. Hélas, il n’y avait qu’Augustin qui attendait sa mère… Antoine, Valentine et les enfants attendaient sur le perron.


Augustin, permets moi de te présenter Mademoiselle Eulalie Vernier. Mademoiselle Vernier, mon fils, le professeur Augustin Cassagne, agrégé de la Sorbonne. Quel dommage que Valentine et sa famille soient déjà sorties ! Car mon fils, hélas, n’a pas la joie d’avoir sa propre famille. Alors qu’il pourrait faire plaisir à sa vieille mère avant qu’elle ne rejoigne Le Créateur, ne croyez vous pas ?


Augustin se retint de lever les yeux au ciel comme un adolescent rebelle. Allons, bon ! Sa mère remettait ça ! A chaque fois qu’elle trouvait une jeune fille convenable et bien sous tout rapport, elle jouait les entremetteuses ! Il fallait dire qu’elle n’encaissait pas que son unique fils soit encore célibataire, avec toutes les qualités indéniables qu’il avait ! Et puis, il n’était pas vilain homme et, il était un parti intéressant. Non, vraiment, c’était à n’y rien comprendre ! Puisqu’Augustin semblait incapable de s’occuper de son propre bonheur, n’était-ce pas le devoir d’une mère de s’en assurer ? Si, bien entendu ! Augustin avait entendu très régulièrement son imparable argumentation.
Bref, pour l’heure, c’était embarrassant, aussi fit-il celui qui n’avait rien remarqué avant de saluer la jeune Eulalie.

Enchanté de faire votre connaissance, Mademoiselle Vernier.  Votre voix de soprano est magnifique. Je suppose que vous l’avez travaillé ? Votre façon de vous tenir trahit la chanteuse professionnelle...Ce qui ne diminue en rien ses qualités naturelles, bien sûr dit-il aimablement.


Voilà, il avait été courtois...Sa mère allait-elle être satisfaite ? Ou telle une tique sur un chien n’allait-elle pas lâcher prise aussi facilement ?

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MessageSujet: Re: "Mère, vous êtes embarrassante"   Lun 31 Oct - 9:38

Eulalie était très embarrassée, mais visiblement, son interlocutrice ne parut pas gênée de leur légère collision. A vrai dire, la jeune cantatrice avait l'impression que celle-ci était même arrivée à point nommé. Elle allait ouvrir la bouche pour se présenter mais le pasteur la devança avec sa bonhomie habituelle.

Madame Chassagne, je vous présente Mademoiselle Eulalie Vernier, une de nos fidèles paroissiennes.

La jeune femme inclina un peu la tête comme pour la saluer en sentant désagréablement son regard de faucon la scruter. Autant elle n'avait aucune peur des jugements lorsqu'elle chantait, autant dans la vie de tous les jours, elle préférait passer inaperçue. Mais au vu de la moue approbatrice qui fendit le visage de la femme qui venait de débouler dans son espace vital de la plus étrange des façons, Lalie pensa qu'elle ne devait pas avoir déplu.
Sans avoir eu le temps d'ajouter quoi que ce soit, elle fut emportée loin du bon pasteur (qui semblait lui jeter un air assez désolé) par sa nouvelle connaissance qui l'avait saisie par le bras comme une amie de longue date.

Rencontrer sa famille ?! Comment ça ? Mais... Elle avait prévu de rentrer chez elle et de passer un après midi tranquille, entre un bon livre et une séance de gammes !

Lorsqu'elles arrivèrent sur le perron, Eulalie fut surprise de ne pas trouver la trace de la fameuse fille dont madame Chassagne avait fait mention. A la place, se tenait un homme de haute stature qui impressionna tout de suite la jeune femme. Il était plus âgé qu'elle, d'au moins 15 ans et son visage n'était pas beau mais il avait un charme personnel, très particulier, l'oeil réfléchi d'un intellectuel, un maintien assuré, l'air courtois. Elle se sentit très bête en face de lui.

Madame Chassagne ne manqua pas de le lui présenter. C'était son fils. Un professeur de la Sorbonne ? Voilà qui expliquait l'impression qu'elle avait eue en le voyant... Eulalie rougit quand la femme insista sur le fait que ce dernier n'était pas encore marié. Est-ce qu'elle était en train de... De jouer les entremetteuses ?
Passée de rose à pivoine, Lalie ne savait plus où se mettre et peinait à regarder l'homme dans les yeux. Elle aurait voulu filer mais n'avait pas envie de passer pour une malotrue.

Lorsque le dénommé Augustin s'approcha pour la saluer, elle manqua de faire un pas en arrière mais se retint. Au fond, il avait l'air plus blasé par la génitrice que foncièrement intéressé par elle... Qu'est-ce qu'un homme de sa stature et de sa maturité aurait-il pu trouver à une jeune fille comme elle ? Elle fut cependant surprise par sa perspicacité. Il avait vu qu'elle était professionnelle... Pourtant, elle le masquait du mieux qu'elle le pouvait. Ce n'était pas son genre de débarquer au milieu d'une assemblée et de se pavaner en montrant ostensiblement qu'elle appartenait au prestigieux Opéra de Paris.

Oh je... Merci beaucoup Monsieur Chassagne, vous avez vu juste. Je suis chanteuse de profession.

Elle espérait qu'en jouant sur l'ambigüté, la mère penserait qu'elle se produisait dans un cabaret et qu'elle arrêterait ainsi de la poursuivre de ses avances gênantes. Mais c'était sans compter sur la curiosité sans borne de l'interlocutrice.

Ooooh, une artiste, que c'est adorable ! Et où donc travaillez-vous ?

Lalie rougit doucement. Elle ne pouvait plus vraiment reculer. Elle aurait bien voulu citer un nom de cabaret pour se donner un air de crédibilité dans son mensonge mais elle n'en connaissait, en vérité, aucun. Et même si elle espérait se soustraire au plus vite des filets de Madame Chassagne, elle refusait de se calomnier pour autant. Alors, d'une toute petite voix, elle balbutia la vérité.

Je suis soliste à l'Opéra.

Evidemment, cela ne manqua pas d'engendrer chez la mère les airs ravis auxquels elle s'attendait. Un peu désespérée, elle lança un regard à Augustin, comme un appel au secours. Tous les deux étaient embarrassés par la situation mais c'était tout de même sa mère ! N'y avait-il donc aucun moyen de l'arrêter ?
Lalie allait prendre congé mais la bonne dame ne semblait pas disposée à lâcher son bras.

Vous devez avoir tant d'histoires fabuleuses à nous raconter ! Venez donc avec nous, nous discuterons beaucoup mieux attablés autour d'un café !

La bouche encore entrouverte de surprise, Lalie se retrouvait en moins d'un quart de secondes à suivre Madame Chassagne qui avait pris la tête du groupe, prenant soin de la laisser un peu derrière en compagnie d'Augustin. Elle ne savait plus où se mettre, elle n'osait pas regarder cet homme qui l'impressionnait mais elle se devait de faire la conversation. D'une voix timide, elle essaya d'être courtoise.

Vous avez enseigné à la Sorbonne donc ? Dans quel domaine... ?

Lalie aurait aimé aller en faculté mais la musique l'avait possédée avant. Elle avait une grande attirance pour les gens instruits.

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MessageSujet: Re: "Mère, vous êtes embarrassante"   Dim 27 Nov - 19:46

Sa mère avait l’art d’ignorer l’embarras des autres quand ça l’arrangeait, de façon tout à fait stupéfiante. C’était quasi de l’art à ce stade. Augustin eut clairement pitié de la jeune Eulalie qui rougissait comme si on avait frotté ses joues avec du piment.
Quand elle avoua qu’elle était chanteuse  à l’Opéra, Odile Chassagne eut l’air d’un chat devant un bol de crème fouettée. C’était foutu, sa mère ne lâcherait plus prise, désormais. Pauvre enfant !
Enfin, autant être cordial et gentil, cette jeune fille ne méritait pas moins, de toute façon.


Les Chassagne allaient souvent, à la sortie du culte, dans un joli café parisien typique, boire un coup avant de rentrer chez eux pour le repas dominical. Tout le monde savait donc pertinemment où aller. Odile Chassagne fit exprès de marcher un peu plus vite afin de laisser Augustin et Eulalie seuls à l’arrière. La manoeuvre était tout à fait transparente et Augustin soupira. Le rouge de l’embarras lui monta au front, à vrai dire. Tout à fait indigne de sa condition et de son âge de rougir comme un collégien, mais que voulez vous ! Augustin était assez délicat dans ses relations humaines pour s'embarrasser de voir quelqu’un d’autre être embarrassé tout autant. Cercle vicieux qui promettait un joyeux concours de joues façon “pomme d’amour”.
Elle n’osait pas le regarder...Augustin avait une vue panoramique sur son chapeau des plus déconcertantes.


J’ai enseigné la littérature française et ensuite je suis devenu le bibliothécaire de la Sorbonne...Jusqu’à ce que j’ouvre ma propre librairie.


Voilà, autant faire passer ça sur le compte d’un amour immodéré des bouquins. Ce n’était qu’un demi-mensonge, non ? Vrai que les livres était sa passion, moins vrai qu’il avait choisi de quitter délibérément la Sorbonne. Mais il n’avait pas vraiment dit ça, n’est-ce pas ? C’était à peine sous entendu.
Eulalie avait beau avoir l’innocence gravée sur la figure, il valait mieux se méfier. On ne savait ce que cachait un joli visage, de nos jours. Augustin n’allait pas avouer à une inconnue aussi douce paraissait-elle qu’il était franc maçon.


Ma boutique est près de Bastille. J’ai des ouvrages de toute sorte. Vous aimez lire ?


Si ce n’était pas le cas, Augustin se ferait un honneur et un plaisir de l’initier au bonheur d’ouvrir un bon livre...Qu’est-ce qu’il y avait de meilleur au monde, franchement ? On pouvait vivre mille vies à travers les livres, visiter tous les pays et aiguiser son esprit jusqu’à ce qu’il soit plus affûté qu’un katana. Tout ce qui était nécessaire à la jeunesse, en somme.


Oui, parce qu’Odile, sa chère mère pouvait bien vouloir le caser avec une jeune fille en fleur, Augustin trouvait que les jeunes filles allaient fort bien avec les jeunes gens et pas du tout avec les libraires quarantenaires.D'accord, Eulalie était charmante, d'accord elle était protestante pratiquante...Augustin comprenait fort bien pourquoi sa mère trouvait qu'elle était la candidate idéale. Odile n'attendait que ça, de faire sauter sur ses genoux des petits Chassagne qu'elle pourrait emmener à l'école du dimanche comme on appelait le catéchisme chez les réformés.
Non, une femme d’un âge plus avancé lui conviendrait mieux. Divorcée ou veuve...Ce n’était pas ce qui manquait, hélas. Eulalie pouvait bien avoir le charme délicieux des fleurs à peine éclose, Augustin avait trop d’honneur pour cueillir cette rose là.



Vous êtes depuis longtemps à l’Opéra ? J’y vais quelquefois avec ma soeur ou mes nièces, mais j’avoue ne pas vous avoir reconnu. L’effet du maquillage et des costumes, sans doute...Et le fait que je ne suis pas très physionomiste.


Augustin eut un sourire d’excuse. Il n’en était pas encore à porter des lunettes de vieux, quoi qu’il commençait à un peu tendre les bras pour lire. Mais c’était parce que la clarté n’était pas parfaite à la librairie...Oui, ce devait être pour ça.


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MessageSujet: Re: "Mère, vous êtes embarrassante"   Dim 4 Déc - 19:42

Monsieur Chassagne avait l'air d'être un homme aimable, en tout cas, il n'était pas déplaisant. Elle sentait qu'il était aussi déconcerté qu'elle par sa situation. Timidement, elle tenta de se renseigner sur son métier pour avoir un sujet de conversation. Elle sourit doucement lorsqu'il lui annonça qu'il avait été professeur à la Sorbonne en littérature française. Il devait avoir des choses passionnantes à transmettre ! Bien qu'elle se soit spécialisée dans l'étude de la musique, Eulalie aurait aimé pouvoir tout apprendre, tout connaître. Si elle avait eu plus de temps, elle serait volontiers partie étudier l'Histoire, l'Art et les Lettres.

- Oh, vous avez une librairie ? C'est fantastique, les livres se font tellement rares... Où est-elle donc ?

Il lui donna l'emplacement et la jeune femme rougit. Bastille... C'était loin de l'Opéra et réputé pour être un quartier populaire assez mal famé. Officiellement elle n'y avait jamais mis les pieds mais officieusement, elle s'y rendait de temps en temps pour des réunions d'artistes dans des troquets bien cachés dans les rues sinueuses autour du Faubourg Saint-Antoine.
Elle tourna son visage vers lui à sa question. Elle affichait un petit air aimable et gêné.

- J'aime beaucoup la lecture mais je n'ai pas lu énormément de livres dans ma vie... La plupart étaient en rapport avec les Opéras dans lesquels j'ai figuré.

Elle pris un air quelque peu pensif et commença à les énumérer en les comptant sur ses doigts pour s'assurer de ne pas en oublier un seul.

- Il y avait La Dame aux Camélias pour La Traviata de Verdi, Dom Juan pour Don Giovanni de Mozart, Le Mariage de Figaro pour Les Noces de Figaro, Mozart encore... Ah et Manon Lescaut pour l'opéra éponyme de Puccini... Et Carmen, pour l'opéra de Bizet. Je crois que c'est à peu près tout.

La jeune femme ne put retenir un petit rire.

- A m'entendre, on dirait que je ne lis que pour mon métier ! Elle leva soudain ses yeux vers le ciel avec un sourire pensif. J'ai beaucoup aimé lire L'île au Trésor pourtant... Et je crois que 5 Semaines en Ballon est mon livre préféré.

Elle retourna son regard vert sur le pavé avec un air un peu plus guilleret. Le peu de livres qu'elle connaissait devait paraître bien ridicule face à la connaissance sans bornes dont semblait doté Monsieur Chassagne.

- Je n'ai commencé à lire qu'à l'âge de 14 ans... A vrai dire, j'ai appris le français comme une langue étrangère. Chez moi, nous parlions tous breton, sauf lorsque nous allions chez l'institutrice...

Contrairement à un enfant parisien, la jeune femme avait donc appris bien plus tard le vocabulaire nécessaire à la compréhension d'ouvrages littéraires. Elle avait aussi omis de dire que ses parents, qui payaient déjà pour ses leçons de piano, n'avaient jamais eu suffisamment d'argent pour lui offrir un livre digne de ce nom. Elle avait donc réellement commencé à assouvir sa curiosité avec les quelques livres regroupés dans la bibliothèque des étudiants du Conservatoire.
Elle fut presque surprise lorsqu'il lui demanda depuis combien de temps elle était à l'opéra. Soudain, son regard se fit vague. Elle repensa à ses années de chanteuse avant la guerre, à son amitié avec Simone. Sa précieuse Simone, partie bien trop tôt...
Elle répondit plus doucement, avec un petit sourire, bien que sa voix parut plus étranglée.

- J'ai commencé à étudier à l'Opéra quand j'avais 14 ans... Cela va faire presque 10 ans maintenant. Je suis montée sur scène pour la première fois en 1938 en tant que soliste, avant j'étais dans les choeurs... Depuis, je suis assez souvent présente sur scène. Il est cependant probable que vous n'ayez jamais vraiment prêté attention à moi, les maquillages sont très trompeurs et je ne suis encore que seconda donna.

Elle eut un petit sourire d'excuse. Bien que tout le monde lui rebâchait à longueur de temps que sa voix avait de quoi surpasser celle des prime donne de l'Opéra de Paris, Eulalie n'aimait pas se sentir constamment portée aux nues, elle n'aimait pas se dire qu'elle occultait les autres chanteuses qu'elle trouvait tout aussi talentueuses qu'elle. Eulalie vivait la musique de façon passionnée mais savait, dans le même temps, rester très humble face à elle.

- Et vous Monsieur Chassagne, aimez-vous la musique ?

La jeune fille paraissait déjà un peu plus confiante. Elle était dans une situation presque burlesque mais au moins, son interlocuteur promettait d'être passionnant.
Devant eux, c'était presque comme si la mère Chassagne se frottait les mains. Son stratagème semblait avoir fonctionné, la discussion allait bon train et ils arrivaient presque au café... Parfait !

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