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 [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris

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MessageSujet: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Dim 20 Nov - 18:32

[INTRIGUE GÉNÉRALE]
Une nouvelle statue à Paris
(File d’attente devant le Grand-Palais pour le cirque Rancy.
Photographie anonyme, avril 1944.
© LAPI / Roger-Viollet)

03 Septembre 1943 - 15h
L’automne commence à pointer le bout de son nez dans la capitale. Les feuilles délaissent les branches, les cols se referment autour des cous, les gens se pressent un peu plus dans les rues pour retrouver la chaleur de l’intérieur. Mais on ne laisse pas la morosité et la routine s’installer. Car les Allemands ont prévu une grand évènement...


Aujourd'hui, c’est un grand jour pour Paris ! Les officiels sont sur leur 31, à l'image de l’ambassadeur de Vichy et de l’ambassadeur d’Allemagne. La foule a répondu présente à l’appel diffusé sur toutes les ondes et dans tous les journaux et affiches. De grandes barrières ont été mises en place autour d'une immense et mystérieuse forme recouverte d'un drap et gardée par les officiers allemands et la police française, qui scrutent attentivement les badauds. Car aujourd'hui... On inaugure la statue du Sportif, dernière création en date du célèbre artiste Arno Breker, près du Grand Palais ! Quel honneur pour la capitale de recevoir un tel présent du sculpteur préféré du Reich. Enfin, les Parisiens grincent un peu des dents. Si ce n'est la preuve que les Allemands ont pris le pouvoir à Paris...

Ils grincent d’autant plus des dents que l’on attend Gerhardt Lengefeld depuis déjà une heure. Mais l’homme ne semble pas vouloir daigner venir. Pourtant, la cérémonie d’inauguration ne peut pas démarrer sans lui. Il est l’homme qui doit dévoiler l’œuvre aux yeux de tous. Les officiels commencent à trépigner, les officiers allemands à s’inquiéter et la foule à sérieusement s’impatienter.

Alors pour passer le temps, on s’éloigne des barrières et on va s’amuser. Le Grand Palais est ouvert. A l'intérieur, un cirque a pris place et derrière les quelques barrières, quelques lions, tigres et éléphants se reposent, au grand bonheur des enfants.
Devant le bâtiment, une fête foraine a été installée avec des animations destinées aux plus jeunes comme aux adultes. Épreuves de force, tours de magie, lancer de boules, loteries, il y en a pour tous les goûts. Peu à peu, les Parisiens délaissent le drap blanc qui entoure la statue et viennent tenter leur chance aux jeux. On espère se vider un peu l’esprit et on essaie de gagner des lots qui pourront remplir les placards ou s’échanger au marché noir. On veut surtout passer le temps.

Les officiers, tentant d’abord de juguler la foule et de les astreindre à rester sur place pour attendre Lengefeld, ont bien dû abandonner et laisser les gens partir. En espérant que lorsque l’homme de la journée arrivera, les gens accepteront de délaisser l’amusement pour revenir et admirer la statue !


PLAN DES LIEUX :
 


Règles :

- Ceci est une intrigue générale, tout le monde peut donc poster.
- Les posts doivent être obligatoirement courts, pas plus de 1000 mots.
- Nous attendons donc Gerhardt Lengefeld, qui ne semble pas vouloir se décider à arriver. Vous pouvez décider de rester à attendre, voire vous mettre à chercher partout après ce cher Gégé (si vous êtes officier allemand), ou bien profiter des animations proches. De toute façon, a priori on ne devrait pas découvrir la statue de suite gnhehe.
- Merci de bien préciser au début de chaque post l'endroit où se trouve votre personnage (en gros autour de la statue, à l'intérieur du Grand Palais où se trouvent les animaux du cirque ou devant le Grand Palais où se trouve la fête foraine).
- Il est interdit de jouer l'arriver de Gégé, ou d'attenter à sa vie d'une façon ou d'une autre. On tient à notre Gégé en vie pour l'instant face

- Si vous avez la moindre question, n'hésitez pas à envoyer un MP à l'un des admins !

Bon jeu  dance  !

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Lun 28 Nov - 23:34

L'automne, quelle belle saison pour une femme comme Margarete. C'est l'occasion pour elle d'être encore plus nostalgique que d'habitude. Elle aime cette saison pourtant. Paris est une merveille avec les arbres qui commencent à rougir, l'ambiance générale … On pouvait presque imaginer que ce n'était plus la guerre.
Mais quand on s'appelle Madame Halder, c'est difficile en voyant arriver son mari en uniforme tous les soirs.
Il était pourtant 14h ce jour là et Klaus était déjà de retour. L'inauguration d'une statue était prévue et toute la petite famille devait évidemment s'y trouver. Margarete laissait son mari se préparer, elle buvait son thé à la fenêtre perdue dans ses pensées. Elle l'écoutait sans trop lui porter d'attention jusqu'à ce qu'il vienne lui même la tirer de ses songes en se plaçant à côté d'elle.

« Vous n'allez pas garder cette tenue ? »

C'était une question sans être une question. Il lui demander plutôt de mettre autre chose. Klaus voulait qu'elle soit plus habillée, ils allaient voir Lengefeld qui venaient exprès pour l'inauguration. Margarete n'en avait rien à faire et déplorait le fait que le Reigen n'est pas eu plus de contacts avec les autres organisations résistantes. Ce jour aurait été idéal.
Elle ne lui répondit pas et se contenta de lui remettre sa tasse de thé à moitié vide dans les mains avant d'aller se changer. L'ignorance est le plus beau des mépris et elle sait très bien en user.

Elle était donc partie se changer et avait opté pour une robe avec des manches longues dans les tons ocre. Elle ne tenait pas à avoir froid et cela irait parfaitement avec le manteau marron qu'elle s'était acheté il y a peu. Habiter Paris n'avait pas que des désavantages, surtout pour une femme comme Margarete qui adorait la mode. Elle avait également dressé ses cheveux en chignon et avait assorti un foulard avec sa tenue, les temps étaient frais.

« Louis ! Il est temps de te préparer ! Tes affaires sont sur ton lit ! »

En mère aimante, Margarete avait tout préparé pour son fils. C'est en arrivant dans le salon qu'elle vit Klaus agenouillé en train d'ajuster la cravate de son fils. Elle resta un instant dans l'entrée à regarder la scène sans vraiment savoir si elle devait sourire ou pleurer. Depuis qu'elle avait revu Thibaud il y a quelques mois, la ressemblance de son fils avec son vrai père lui venait toujours autant à l'esprit.

« Cessez donc de lui parler français Margarete ! Et notre fils s'appelle Ludwig. Je vous ai aussi demandé d'arrêter cela. Voilà monsieur ! Vous êtes enfin prêt, nous pouvons y aller si votre mère a terminé de se faire belle pour voir Gerhardt Lengefeld. »

Margarete se mit à rire et adressa une phrase à son mari sur un ton des plus sarcastique.

« Klaus, voyons, vous savez bien que la seule personne pour qui je me fais belle, c'est pour vous. Louis, viens me donner la main, je ne t'ai pas eu avec moi cette semaine ! »

Elle attrapa la main de son fils et embrassa son front en laissant une trace de rouge à lèvres qu'elle s'empressa de faire disparaître avec son pousse.

Peu avant 15h, la famille arriva là où tous les officiels devaient se retrouver. Alors que Klaus saluait tout le monde chaleureusement, Margarete se contentait de sourire avec politesse en gardant bien contre elle la main de son fils. Elle avait bien besoin d'un remontant mais personne n'avait prévu à boire pour faire passer le temps. Klaus n'aimait pas d'ailleurs le fait qu'elle donne toujours la main à son fils et qu'elle l'infantilise. Il considérait qu'à 12 ans, Ludwig n'avait rien à faire dans les jupes de sa mère. C'est d'ailleurs Margarete qui avait pu éviter l'envoi de son fils chez les jeunesses hitlériennes. Elle n'aurait pas eu la force d'être séparé de lui comme ça.
Louis non plus n'aimait pas être entouré, il préférait être seul avec sa mère qu'avec les amis de son père. Lengefeld n'arrivait pas et l'impatience ainsi que l'incompréhension commençaient à se faire ressentir chez les officiels pourtant bien disciplinés.
Cela faisait maintenant une heure que tout le monde l'attendait et qu'il n'était pas là. Le foule commençait à s'impatienter tout comme le petit garçon qui ne faisait que demander à sa mère la permission d'aller voir les animaux du cirque dans le Grand Palais. Il est vrai qu'elle lui avait promis cela plus tôt dans la journée. Margarete était incapable de résister à son fils, surtout lorsqu'il la regardait avec des yeux implorants.
Elle soupira un instant devant le visage de son fils puis s'adressa à Klaus.

« Ludwig ne tient plus en place, nous allons voir les animaux au Grand Palais, nous serons de retour rapidement. »

Klaus Halder avait lui aussi du mal à résister à son fils lorsqu'il faisait cela, il est vrai. Il acquiesça donc et les laissa partir. Margarete ne se fit pas prier et tira son fils hors de cette horde de gens qu'elle qualifiait volontiers d'hommes et de femmes sans cœur.


Louis était content de son caprice, Margarete était satisfaite de l'éloignement. C'est en arrivant devant la cage des lions que Louis lui posa une nouvelle question :

« Maman, pourquoi Adolf Hitler a pris un aigle pour symbole ? »

Margarete Halder regarda son fils un instant et ne trouva rien à lui dire sur le moment. Les enfants avaient de ces questions …

« Parce que c'est un homme qui se croit supérieur à tout le monde et au dessus de tout. Comme l'aigle quand il vole. » Elle fit alors un clin d'oeil à son fils. « Ne le répétez pas à votre père. »

Ils mirent alors à regarder la cage en face d'eux puis se tourna à nouveau vers sa mère.

« Alors moi, je préfère le lion. Il est sage et réfléchit et ne s'énerve que pour protéger les siens. »

Margarete serra alors son fils contre elle. Elle était peut être un lion à sa façon alors.

« Tu sais, un vieux proverbe que ton grand-père m'a donné un jour dit : Sag’ nicht alles was du weisst, wisse nicht alles was du liesest, glaube nicht alles was du hörest, tu’ nicht alles was du kannst*. Le führer devrait l'appliquer un peu plus. »

*Tout ce que tu sais, ne le dis pas, tout ce que tu lis, ne l’adopte pas, tout ce que tu entends, ne le crois pas, tout ce que tu peux, ne le fais pas

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Jeu 1 Déc - 19:59

A COTE DE LA STATUE

Plus Edouard Cabanel regardait la grande masse recouverte d’un drap blanc sur lequel il était supposé tirer – événement qui aurait dû avoir lieu depuis une heure environ comme l’indiquaient les mines impatientes des Parisiens et celles défaites de son cabinet autour de lui --, moins il avait envie de découvrir ce que ce cher Arno Breker avait prévu pour la capitale française. « Un cadeau exceptionnel », avait cru bon de préciser son interlocuteur à Vichy en lui apprenant la nouvelle au téléphone quelques semaines plus tôt. Il fallait dire que l’ambassadeur Cabanel avait eu du mal à manifester son enthousiasme, même si cela faisait plusieurs longs mois qu’il jouait la comédie à la perfection et dupait à la fois ses chefs officiels (qui fonçaient comme des poulets sans tête droit dans le mur mais à Vichy) et ceux qui avaient réellement de l’autorité (qui ne valaient pas mieux mais qui étaient à Paris). Pour sa défense, depuis maintenant plus de trois ans, les Allemands occupaient les lieux, ponctionnaient sans vergogne les ressources françaises, employaient les usines du pays pour leur effort de guerre et par-dessus le marché, envoyaient leurs factures d’hôtel directement sur son bureau. Et que leur offraient-ils en échange ? Quelques festivités censées prouver l’amitié franco-allemande mais qui ne tromperaient personne et qui s’ouvraient donc sur ce « cadeau exceptionnel » du Reich à son allié français. A savoir une statue d’Arno Breker, le sculpteur préféré des nazis, et qui avait fortement tendance à ne représenter que des hommes qui avaient passé beaucoup trop de temps dans des salles de musculation. Cabanel qui, comme amateur d’art préférait plutôt les statues égyptiennes qui dataient de plusieurs millénaires avant Hitler et qui ne faisaient pas partie de ses soutiens, avait donc marmonné une réponse au téléphone, du genre « merveilleux » ou « incroyable », ce qui avait convenu au type de Vichy. Même s’il mourrait d’envie de demander « et sinon, vous leur avez demandé quand ils comptaient nous rendre notre bronze, notre charbon et notre or ? ». Mais son interlocuteur s’était contenté de cette réponse (il devait avoir l’habitude de ne pas déclencher des vagues d’enthousiasme lors de ses appels) et lui avait juste expliqué ce dont il en retournait. A savoir que l’ambassade de Vichy se chargerait de l’organisation des festivités et payerait. Bien sûr. Et évidemment, il devait faire acte de présence au moment du dévoilement de la statue, voile sur lequel il devait donc tirer en compagnie du gouverneur de Paris, sous le feu des photographes et des journalistes – pas de tout poil, juste ceux autorisés par la censure, en compagnie du gratin de la collaboration et de l’occupation. A ce moment-là de la conversation téléphonique, pour dire la vérité, Edouard avait eu envie de raccrocher au nez de son interlocuteur. Ou de prétexter une coupure de courant, Hitler dans son bureau ou le réveil de ses statuettes égyptiennes (ce n’était pas les idées qui avaient manqué). Mais il avait écouté jusqu’au bout, en acquiesçant et en essayant de résister à la tentation de se pendre avec le fil du téléphone.

Voilà pourquoi il se trouvait à deux pas du Grand et du Petit Palais (et d’un cirque et d’une fête foraine mais c’était moins élégant) en souriant d’un air faux, en attendant que Lengefeld daigne se montrer dans ses propres festivités. Les mains dans les poches de son manteau, il essayait de ne pas trépigner sur place, tout en jouant les girafes pour distinguer dans la foule quelqu’un qui pourrait l’informer ce qui se passait.
- Des nouveautés ? demanda-t-il d’un air sombre à Brechen… Quelque chose, un amateur d’art, officier allemand de son état dont il ne parvenait jamais à se souvenir du nom.
- Hélas non, répondit celui-ci avec un large sourire comme s’il s’agissait du meilleur jour de sa vie, on m’a confirmé que Herr General avait quitté son hôtel mais je n’en sais pas plus.
Cabanel se demanda s’il devait s’inquiéter de cette absence. La dernière fois qu’un Allemand avait eu un problème à Paris lors d’une cérémonie officielle, son prédécesseur avait connu un sort qu’il ne tenait personnellement pas à tester. Avant de se dire que Lengefeld était surtout probablement en train de le faire mariner pour prouver à tous qui était le chef ici-bas.
- Quelle jolie fête que vous nous avez préparée, continuait Bre… Non décidément, ça ne voulait pas lui revenir, les gens ont vraiment l’air heureux d’être là.
En jetant un coup d’œil alentour, Edouard se fit la réflexion que les gens en question faisaient les cent pas, s’interpellaient d’un air exaspéré ou avaient simplement déserté pour aller voir les animaux du cirque et les jeux de la fête foraine. Brechen… Avait un curieux sens de l’observation. Enfin bon, on n’avait jamais prétendu qu’il était très futé, après tout, il croyait que Cabanel était son meilleur ami et qu’il fallait lui tenir compagnie.

Heureusement, Edouard Cabanel pouvait toujours compter sur ses vrais alliés pour faire diversion et lui éviter de devoir fournir une réponse :
- Papa ! Papa ! Il faut absolument que tu viennes voir ça !
Une petite main tira sur son coude pour qu’il sorte la sienne de sa poche et s’en saisit. C’était Gaston, évidemment, son petit dernier, trois bonnes années au compteur – lui aussi – et bien plus excité par le reste des événements que par la probable venue du gouverneur de Paris et la statue affreuse de Breker (le respect se perdait). Comme le petit garçon le tirait pour l’entraîner plus loin, Edouard eut un sourire d’excuse pour son interlocuteur et suivit Gaston un peu plus loin.
- Tu n’étais pas avec Alexandre ? Je ne t’avais pas laissé avec lui et tes sœurs pendant que ta mère et moi parlions avec les grandes personnes ? Lui glissa-t-il d’un ton sévère, alors que plus personne autour de lui ne leur prêtait attention et qu’ils avaient atteint la limite de la fête foraine.
Force était de constater que Madeleine s’en sortait beaucoup mieux que lui pour les mondanités. Elle devait encore être en train de parler avec les pires crapules de Paris, de sortie cette journée-là.
- Non mais papa, lui expliqua Gaston du ton le plus sérieux du monde, je crois avoir vu des pommes d’amour. Des pommes d’amour ! Tu peux m’en prendre une, s’il te plaît ?
Chacun ses priorités, on ne jugeait pas. Edouard tenta vainement de résister quelques secondes avant de se laisser entraîner dans la foire à la recherche de pommes d’amour qui venaient probablement de sacrifier les derniers grains de sucre que l’on trouvait encore sur Paris.
- Bon d’accord, céda-t-il, mais dès que j’ai retrouvé Alex, tu restes avec lui et je retourne auprès des grandes personnes, d’accord ?
Il ne manquait plus que Lengefeld finisse par arriver et que l’ambassadeur soit introuvable. Il était sûr que ça lui vaudrait bien un appel furieux de Vichy.


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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Sam 3 Déc - 19:52


Une nouvelle statue à Paris
Les statues meurent-elles aussi ? [Intrigue générale]



Faire acte de présence : tel était devenu le mot d'ordre du directeur de la Continental Films depuis son entrée en fonction. Cela était valable pour tous les événements un tant soit peu culturels qui animaient la vie parisienne des forces d'occupation. Double avantage à honorer ces moments de sa présence : il s'agissait d'abord de se donner une image de fidélité et d'honnêteté irréprochable auprès du tout Paris - mais surtout des supérieurs hiérarchiques et autres éminents confrères d'outre-Rhin ; mais sa présence à ces événements, quelque insignifiants soient-ils, avait aussi le mérite d'être l'occasion de conversations enrichissantes et parfois utiles sur le long terme.

L'inauguration de la statue d'Arno Brecker était un de ces événements immanquables. Les Parisiens étaient censés de montrer extrêmement honorés de ce gracieux don du Reich qui rehaussait le paysage urbain. Il était manifeste que les urbanistes parisiens récents auraient eu tout à gagner à être formés en Allemagne auprès des brillants architectes du Reich qui avaient apporté ordre et splendeur à Berlin ces dernières années. Ici, dès que l'on sortait des grands boulevards haussmaniens, l'anarchie gagnait les rues... raison de plus pour mettre en avant tout ce qui pouvait redonner un peu de superbe à ces rues. Quoi de mieux qu'une statue ?

Wilhelm Feigel avait donné des ordres : l'inauguration se devait d'être filmée par une équipe d'opérateurs répartis autour du carrefour. Il fallait surprendre le moment où l'étoffe tomberait et révélerait la sculpture, et surtout l'arrivée de Gerhardt Lengefeld. Les préparatifs avaient été intenses, de nombreux techniciens étaient mobilisés, des preneurs de son traînaient leur lourd attirail afin d'enregistrer les ovations de la foule.

Pour le moment cependant, point d'ovation. Il faisait frais pour un après midi de Septembre. Wilhelm Feigel se tenait près de la statue en compagnie de ses collègues de la Propaganda qui s'étaient évidemment déplacés pour l'occasion ; non loin de là, on voyait plusieurs représentants de l'Abwehr, mais aussi de plusieurs services administratifs allemands et français, et des représentants de Vichy. Lengefeld se faisait attendre. Certains Allemands faisaient mine de ne pas sentir le temps passer et poursuivaient leurs discussions coutumières ; d'autres fronçaient les sourcils et regardaient l'heure, l'air interrogateur et peut être un peu inquiet. Une partie de la foule quittait déjà le carrefour ; cela n'empêchait pas à Feigel de se sentir agacé par ce qu'il en restait. Sans prendre part aux discussions de ses collègues, il affectait un air léger et distrait, en tentant de se mettre sur la pointe des pieds pour chercher ses équipes du regard. Alors même qu'il se souciait de savoir s'ils avaient bien pris place autour du lieu, il fut interpellé par une sentinelle qui lui amenait un jeune français. Celui ci travaillait aux studios ; à quel poste, Feigel ne s'en souvenait plus au juste. Sans doute un technicien subalterne, comme ceux qui préparaient les décors avant un tournage, ou ceux qui conduisaient les acteurs au lieu de tournage. Un commis. Peu importait. Le garçon avait vraisemblablement quelque chose d'important à lui dire.

- Oui ? s'enquit le directeur de la Continental sans amabilité aucune. Le garçon avait intérêt à avoir une bonne raison pour venir le trouver ainsi au milieu de ses collègues.

- Monsieur, commença le jeune homme en français, l'équipe d'opérateurs postés près du Grand Palais rencontrent un problème technique qu'ils essaient de régler depuis vingt minutes. Je ne suis pas sûr qu'ils seront en mesure de tourner.

Feigel leva les yeux au ciel. Quelle idée de venir le déranger à ce sujet ? Il n'était pas technicien et ne pouvait tout simplement rien pour eux. Il gronda :

- Vous n'avez donc pas une once d'initiative, vous autres ? Vous auriez gagné du temps en fonçant directement au studio pour remplacer le matériel, au lieu de venir me trouver ici !
- Mais nous l'avons fait ! Pour le moment, nous sommes sans nouvelles, et je ne sais pas...
- Je ne veux pas le savoir ! rétorqua Feigel avec plus d'animosité. Dîtes simplement à l'équipe que je considère dès à présent que leur place au studio dépend du bon déroulement de cet après midi !

Devant les menaces proférées, le gamin partit sans demander son reste. Feigel serrait les dents. Il aimait, de temps en temps, jouer les patrons despotiques, et il n'allait pas laisser cet incident gâcher son après midi. Il espérait toutefois que malgré l'attente, les opérateurs ne rateraient pas l'arrivée de Lengefeld. C'est qu'il avait des actualités filmées à fournir, et elles devaient être diffusées dans les salles obscures dès la semaine suivante.


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Il faut porter en soi le chaos pour engendrer une étoile qui danse - Friedrich Nietzsche
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Mar 6 Déc - 0:20

À côté de la statue

Pour être parfaitement honnête, Hasko Landgraf n'avait pas réellement compris pourquoi on l'avait invité, ou plutôt que le type de la Propaganda qui l'avait appelé avait exigé qu'il vienne à l'inauguration de la statue du sculpteur préféré du Führer, Arno Breker. Si encore on lui avait demandé de jouer les médecins, ne serait ce que pour rassurer le gouverneur, ou de manière plus pragmatique gérer les multiples petits bobos et autres malaises qui allaient forcément surgir dans cette fête foraine, Hasko aurait pu mieux comprendre. Mais le général Lengefeld n'était pas homme à se soucier du sort des parisiens, et ne semblait pas redouter un attentat qui l'aurait mis en danger. Ce qui semblait l'intéresser c'était de montrer qui était le chef dans le coin. Hasko songea avec ironie que si pour montrer la grandeur du Reich on commençait à montrer des statues monumentales d'hommes nus - ça ne pouvait être que ça, Breker semblant être affligé d'une navrante obsession pour la démesure et la nudité - ce dernier devait vraiment se trouver mal en point. Ce qui était, d'ailleurs, à peu près la seule consolation de Landgraf, mal à l'aise parmi tous ces gradés froids et partisans actifs de l'Occupation.

En apparence il ne différait guère de ces derniers. Champion d'escrime à l'école militaire et héros de guerre, Hasko supposait qu'il devait faire bien dans le décor. Il ne donnait pas longtemps avant que la propagande ne lui demande de s'investir plus dans les festivités et de participer à une quelconque compétition d'escrime où il faudrait évidemment faire gagner l'Allemagne. Il leva les yeux au ciel. Dieu que tout cela était pénible.

Sanglé dans son uniforme, Hasko déambulait dans la fête foraine. Il avait déjà jeté un coup d'œil au cirque et s'en revenait pas à pas vers la statue. Le gouverneur était en retard, quelle chance. L'une des seules raisons pour laquelle le médecin avait accepté de laisser son bloc opératoire était qu'il pourrait essayer de glaner quelques informations en écoutant Lengefeld discrètement. L'autre était que Margarete devait être la et qu'il ne serait pas tout à fait seul. Mais de fait, le général n'avait aucun sens de la ponctualité. Quant à Margarete, Hasko ne l'avait tout simplement pas croisée. Il se sentait donc bien seul au milieu d'uniformes hostile s, même s'ils ressemblaient au sien.

À la vérité, il aurait sans doute pu s'amuser. Mais c'était une option difficile à imaginer, qui lui paraissait presque incongrue : entre les opérations et Reigen, Kaiser avait oublié ce que ça faisait d'avoir du temps pour lui. Il avait du mal à ne rien faire, à se poser, à attendre. La patience n'était pas dans la nature de Hasko Landgraf au départ, mais les soucis, l'urgence et la précarité de sa situation n'avaient rien arrangé. Il se sentait inactif et déplacé : serrer des mains, sourire devant des appareils photos, ce n'était pas pour lui. D'où sa fuite vers les attractions. Mais il sentait bien qu'il aurait été plus utile ailleurs, à l'hôpital par exemple. Aussi décida-t-il de jeter un œil vers l'exposition : peut-être trouverait-il quelqu'un qui aurait des informations et qui pourrait lui dire si cela valait le coup de rester. Pas d'officier connus en vue, tout du moins d'un grade l'autorisant à ne pas avoir peur de sous-entendre qu'il comptait partir. Ayant aperçu Édouard Cabanel, il songea qu'au pire il pourrait interroger l'ambassadeur. Même si un certain mépris s'était installé entre eux, même si c'était devenu un petit vichyste ambitieux, Hasko pouvait quand même espérer qu'il serait plus accessible que les gradés qui traînaient dans le coin.

Mais de retour à la statue, d'ambassadeur, point. On lui indiqua cependant sa secrétaire, Caroline Ancel. Il s'approcha d'elle et s'arrêta net. Il la connaissait, il en était presque sûr. Mais pas sous ce nom. Ce qui était pour le moins étrange. Et s'il se trompait ?

Non, impossible. C'était bien elle. Karolina Pakoslawski, dite Kapa ou Kap', la photographe. Hasko fréquentait beaucoup le milieu artistique parisien lorsqu'il étudiait à la Sorbonne. Il avait croisé des noms devenus célèbres et d'autres entrés en résistance. Kap', il l'avait perdue de vue après son retour en Allemagne, et n'avait entendu parler d'elle que de loin en loin lorsqu'elle couvrait la guerre civile espagnole. Qu'était-elle devenue depuis 1939, Hasko n'en savait rien. Il l'imaginait bien résistante, elle aussi, et certainement pas secrétaire de Édouard Cabanel, sous un faux nom qui plus est. Il y avait quelque chose de louche là-dessous, et il décida de tirer ça au clair, finement. Il l'aborda donc poliment et dans un bon français, scrutant sa réaction :

« Excusez-moi, mademoiselle, je cherche l'ambassadeur Cabanel, sauriez vous où il est ? On m'a dit que vous pourriez me renseigner. » Il ajouta d'un ton neutre : « Ne nous serions nous pas déjà rencontré ? Je crois me rappeler de vous du temps de mes études à la Sorbonne, vers 32, non ? À moins que votre visage ne me soit familier à cause des photographies officielles. Vous devez être familière des appareils photos si vous travaillez avec M. Cabanel. » La référence à la photographie était tout à fait volontaire. Il sourit et ajouta : « Oh, mais j'oublie les bonnes manières : capitaine Hasko Landgraf, chirurgien de l'hôpital de la Salpêtrière. »

Le doute ne serait plus permis à la moindre réaction suspecte. Resterait à découvrir ce que cela cachait.

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L'innocence aura raison du crime.
Tu ne dois pas pleurer. Tu es un Landgraf. Nous ne pleurons pas. Nous nous battons. + ms.palmer


Dernière édition par Hasko Landgraf le Mar 6 Déc - 15:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Mar 6 Déc - 12:21

Près de la statue

Lorsque l’accord d’Arno Brecker avait été confirmé une vague de pur bonheur avait traversé Ingrid, pour n’être égalée que lorsque que le chef d’oeuvre était arrivé à Paris. Évidemment un peu d’anxiété avait fait son chemin lorsqu’il avait s’agit d’organiser un événement à la hauteur de l’extraordinaire honneur qu'était celui d’accueillir officiellement le travail d’un des, si ce n’était le, plus grands artistes Allemands. Mais, et ce malgré l’antagonisme qu’ils se vouaient au fond, tous les services de la capitale étaient parvenus à s’entendre pour mettre sur pied une après-midi qui, sur le papier du moins, devait être parfaite. Comprenons : suite à la demande/l’ordre des autorités nazies l’ambassade de Vichy avait organisé des festivités presque vivement approuvées par lesdites autorités, propagande en tête. Un liasse populaire pour acclamer le cadeau du Reich et ensuite une fête foraine pour divertir un moment  les masses, voilà qui sonnait très bien. Il y avait bien eu des mines moroses du côté des chargés de la sécurité, qui n’accueillaient qu’avec un enthousiasme limité l’idée de rassembler d’innombrables personnes dans un endroit si proche du dernier désastre, mais ils s’étaient vite résolus pour dépenser leur énergie à déployer un plan qu’ils juraient à présent infaillible.
Si bien évidemment quelques mauvaises langues – Ingrid les qualifieraient de rationnelles – s’étaient fait entendre pour prendre les paris sur l’endroit où flancherait l’organisation française, aucune n’avait cependant osé prédire que le faux pas serait à chercher du côté de la rigueur allemande. Des siècles à se tailler une réputation de ponctualité à toute épreuve et il fallait que face au tout Paris LE représentant de Berlin trouve le moyen d’arriver en retard... Et avec un absence aussi prolongée Lengefeld avait intérêt à être mort pour que son excuse soit considérée comme acceptable. Malgré tout le respect et la pointe de crainte qu’elle lui vouait, Ingrid souhaitait en effet de cher général d’être présentement six pieds sous terre. Mais dans sa grande mansuétude elle ajouta, rien qu’une seconde puis balaya très vite et définitivement l’idée, qu’après une vie de débauche sa grande mort avait bien mérité de finalement rencontrer la petite, inspirée par ce cher monsieur Faure. Car au bout d’une heure d’attente les sujets de discussion commençaient à tarir l’imagination devenait bien trop fertile et dérangeante. Par pitié faite que le général tombe du ciel.
Après avoir tenté de masquer son impatience aux côtés de certains de ses collègues elle ne résista pas à un long soupir, définitivement déçue par la tournure qu'avait pris ce qui devait être une magnifique célébration. Désintéressée par le débat sur le dernier film à la mode – le sujet avait depuis très longtemps épuisé –, Ingrid tourna la tête vers le responsable direct de ce qui lui avait permis de passer le dernier quart d’heure. La voix de Wilhelm Feigel, jusque lors resté de côté, venait en effet de s’élever contre un pauvre messager qui eut vite fait de repartir sans demander son reste. Ce qui, vu de l’extérieur, était presque amusant – tout était question de circonstances. Et surtout, le visage lassé de Wilhelm lui laissait à croire qu’elle n’était pas la seule à s’ennuyer mortellement. Jugeant que quitte à ruminer, autant le faire à deux, elle fit quelques pas pour le rejoindre. La relation entre les deux compatriotes avaient beau ne pas être un long fleuve tranquille, elle était loin d’être assez détériorée pour qu’ils feignent l’indifférence ou, pire, qu’ils refusent de pester ensemble autour d’un sujet servis sur plateau d’argent. Ils n’allaient tout de même pas laisser passer une occasion sous prétexte que ça et là ils se regardaient un peu de travers.

« Faire passer cette après-midi pour une réussite sera sans doute parmi vos plus grands tours de force. »

Un acte de propagande dans sa plus grande splendeur, qui éclipserait presque les trésors d’imagination que la presse déployait dernièrement pour transformer des rumeurs de défaite orientale en un signe de victoire imminente.
D’un air impérieux Ingrid croisa les bras pour mieux juger la foule qui s’éloignait vers la fête foraine, sans chance d’être retenue. Attendre encore un peu n'était pourtant pas la mort. Au noms de la grande – la propagande était définitivement dénuée de sens de la mesure –  amitié franco-allemande les indignes parents auraient au moins pu faire semblant de retenir leurs progénitures. Mais visiblement même les plus illustres et estimés collaborateurs semblaient croire la retraite acceptable. .

« Les français ont décidément la débâcle dans le sang. Si on perd jusqu’à l’ambassadeur... »


Car elle jurait que c’était bien lui qu’elle venait de voir filer, tiré par son fils. Patienter quelques minutes de plus ne demandait pourtant pas un effort surhumain. Avec un peu de chance les caméras seraient au moins en état de marche pour saisir la tête du gouverneur quand il remarquerait que le délégué de Vichy avait choisi de la snober. Voilà qui aurait été drôle. Enfin... Elle appréciait tout de même assez Cabanel pour lui souhaiter d’être de retour avant. Mais, après avoir trépigné d’impatience pendant des semaines, Ingrid était bien trop blasée pour le reconnaître.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Mar 6 Déc - 21:02

Eulalie déambulait dans la foule. Elle n'avait pas spécialement envie d'être là, au milieu de tous ces allemands, à admirer la production d'un sculpteur qu'elle considérait comme à peine médiocre. Cette pseudo reprise de l'esthétique grecque pour servir les intérêts du Reich... C'était si insultant qu'elle en avait des frissons dans le dos. Elle aurait aimé rester chez elle, avec un livre et une tasse de thé, mais l'Opéra lui avait fait gentiment comprendre qu'elle avait intérêt à se montrer pour entretenir l'image d'étoile montante qu'elle était en train de se forger.
Allons bon, voilà qu'elle allait jouer les objets de communication auprès des officiers Allemands. N'était-elle donc rien de plus qu'un tract publicitaire ? Eulalie aurait beaucoup aimé rétorquer à son directeur artistique un cinglant "M'en fout, j'irai pas". Mais elle était trop bien élevée et consciente que sa réputation était encore fragile. Si elle se brouillait avec l'Opéra, elle se fermerait les portes de la musique et n'aurait plus qu'à retourner en Bretagne la queue entre les jambes.
Avec un air de résignation, Lalie s'installa devant son miroir, boucla ses cheveux, farda ses yeux et rosit sa bouche.

Pour sortir, elle avait opté pour une chemise à manches longues en satin bordeaux, des petits gants de dentelle beige, une jupe beige à taille montante près du corps qui s'arrêtait à mi-mollets et des petits escarpins. Pour finir, elle passa un chapeau et un châle noir et partit pour le Grand Palais.
A pied, ce n'était pas très loin de sa demeure, aussi en profita-t-elle pour se balader, le nez en l'air, observer les badauds et écouter les musiques festives qui se faisaient de plus en plus proches.

Elle se fondit dans la foule assez rapidement et se dirigea presque tout de suite vers le zoo. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas vu d'animaux... Lalie passa un temps fou à admirer la force tranquille des éléphants, la beauté violente des lions et l'espièglerie des petits singes. Elle fut même surprise lorsqu'un perroquet un peu coquin vint s'accrocher aux grilles de la volière, juste devant son nez, pour quémander un quelconque quignon de pain.
Eulalie observa les enfants, et se laissa aller à rêver. Est-ce qu'ils avaient conscience de la guerre qui se déroulait ? Est-ce qu'ils avaient conscience que les années qu'ils vivaient allaient changer considérablement la face du Monde ?
Elle était également considérablement étonnée de voir que beaucoup de parisiens étaient au rendez-vous, riches ou moins riches, vieux ou moins vieux... Malgré la division qu'instaurait l'Occupation, les Parisiens savaient encore rester fédérés, du moins en apparence, au cours de ce genre d'événements.

Comme si, malgré les privations et le rationnement, les couvre-feu, les délations, la dictature imposée par Vichy et le Reich, la ville lumière ne pouvait s'éteindre totalement. En ressortant de la ménagerie, au contact de l'air frais, la jeune femme ne put s'empêcher de fredonner pour elle-même, de sa voix de rossignol.

- Paris sera toujours Paris, la plus belle ville du Monde... Malgré l'obscurité profonde, son éclat ne peut être assombri. Paris sera toujours Paris, plus on réduit son éclairage, plus on voit briller son courage, sa bonne humeur et son esprit, Paris sera toujours Paris...

Elle s'avançait au milieu des gens, avec un air déjà plus guilleret, revigorée par sa chansonnette. Sans s'en rendre compte, elle passa près du Docteur Landgraf qui discutait avec une autre femme. Arrivée près de la statue, elle s'apprêta à rebrousser chemin quand deux officiers Allemands l'arrêtèrent pour un contrôle de ses papiers. Eulalie ne laissa rien paraître mais sentit sa nuque la brûler. L'avaient-ils entendue chanter ? C'était tout de même peu probable... Elle ouvrit son sac et alla prendre son portefeuille mais son visage se décomposa soudain lorsqu'elle ne rencontra que le vide. D'un coup très fébrile, elle chercha une seconde fois.

- At- Attendez... Ils doivent avoir glissé au fond...

Les officiers s'impatientaient. Eulalie sentait son coeur s'accélérer. Il n'y avait pas de portefeuille.
Soudain elle revit la commode de son entrée, lorsqu'elle était partie, et se rappela l'objet qu'elle avait laissé en évidence pour finalement oublier de le prendre. D'une voix blanche, elle bégaya.

- Oh non... Je les ai oubliés chez moi !

Un des deux hommes, une armoire à glace taciturne, soupira et la fusilla du regard.

- On va devoir vous emmener pour vérifier tout ça. Venez avec nous.

Eulalie sentit ses jambes flageller soudain alors que ses joues devenaient cramoisies.

- Messieurs enfin, attendez ! Je peux aller les chercher... Je n'habite pas loin.... C'est un malentendu !

Ils semblaient ne pas vouloir l'écouter et commençaient déjà à se positionner autour d'elle pour l'emmener. Eulalie ne savait plus où se mettre et serrait son petit sac à main avec force. Elle s'en voulait terriblement d'avoir commis une telle étourderie. Freinant des quatre fers à l'idée de devoir suivre les allemands, elle commença à regarder désespérément autour d'elle, cherchant un visage connu ou même une personne suffisamment altruiste pour lui venir en aide.

- Venez avec nous mademoiselle ! Je ne le répéterai pas une troisième fois !

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Dim 11 Déc - 20:08

Près de la statue

Pourquoi avait-elle accepté cette mission, déjà ? Parce qu’elle ne se souvenait pas avoir signé pour faire le pied de grue au pied d’une statue d’homme très probablement nu, cernée de tout un tas d’officiels nazis et collabos auquel manquait toutefois le plus officiel, à savoir Lengefeld (et ce depuis une heure). Elle ne se souvenait pas non plus avoir la mémoire fragile, elle n’avait donc certainement pas signé pour ça : elle s’en rappellerait, et elle aurait refusé. Même les nuits de Blitz avaient quelque chose de moins désespérant que cette cérémonie qui ne commençait pas, sans doute parce qu’au moins, on les vivait entouré de têtes amicales. Caroline lança un regard à la ronde. Brenchen-chose époussetait son uniforme, non loin d’une jeune sentinelle qui se balançait discrètement d’une jambe sur l’autre en essayant visiblement de ne pas montrer qu’il commençait à avoir mal aux pieds. De l’autre côté, un responsable de la Propaganda passait un savon à un subalterne qui n’osait plus lever les yeux, tandis que quelques mètres plus loin, Ingrid Lorre (qui ne l’avait heureusement pas vue) discutait le plus naturellement du monde mais jetait des coups d’œil autour d’elle, trahissant son impatience. La foule, quant à elle, s’étiolait et Caroline surprit même les regards goguenards que s’échangeaient deux Parisiens campés bien droit sur leurs jambes, bras croisés, visiblement amusés par la tournure que prenaient les évènements. Autant dire que les visages amicaux se faisaient rares, et même Cabanel (qui était celui qui pouvait passer pour le plus amical, la situation était vraiment désespérée) venait de s’éloigner en direction des attractions. Sa pseudo-secrétaire lui en voulut, sans savoir si elle l’enviait de quitter les lieux, d’être avec son fils ou si elle lui en voulait par principe. Un peu des trois, surtout du dernier sans doute même si pendant un court instant, l’esprit de Caroline s’envola vers la campagne anglaise où elle avait laissé sa petite Alice, qu’elle n’emmènerait pas de sitôt à la fête foraine. Ce qui était stupide comme pensée : elle n’avait aucun goût particulier pour les fêtes foraines, et puis franchement, quitte à emmener un enfant à ce genre de festivités, autant s’être débarrassé des Allemands avant.  

Mademoiselle Ancel, puisque c’est son identité officielle, poussa un soupir exaspéré en voyant la silhouette de son (hélas) unique allié d’ambassadeur disparaître définitivement, et traita mentalement ce foutu gouverneur de tous les noms. Herr General commençait à taper sur les nerfs de tout le monde : rien que pour ça, Caroline était certaine que certains pensaient sérieusement à l’assassiner – en tout cas, elle y songeait. Voilà qui aurait fait un bon exutoire pour les siens, de nerfs, mis à rude épreuve depuis qu’elle était revenue à Paris. Mais alors qu’elle s’imaginait sautant à la gorge du gouverneur de Paris (avec tête décomposée de Cabanel en plus, rien que pour ça, ça en valait presque le coup), la vie si bien faite s’arrangea pour faire monter d’un cran la tension qui l’habitait continuellement (quelle générosité). Alors qu’elle envisageait d’aller voir, elle aussi, ce qu’il y avait de si intéressant du côté du cirque et des pommes d’amour, Caroline croisa un regard qu’elle n’aurait jamais dû croiser ici. Elle se figea alors que cintré dans son uniforme, un Allemand s’avançait vers elle. Et pas juste un Allemand : Hasko Landgraf, ex-étudiant à la Sorbonne, ex-communiste et hélas, ex-connaissance du temps où elle était polonaise, photographe et… bref, certainement pas secrétaire à l’ambassade de Vichy. Elle serra les dents en constatant qu’il avait lui aussi un moment d’arrêt (donc qu’il l’avait probablement reconnue), et eut de nouveau des envies de meurtres, mais elle pensait plutôt à Buckmaster d’un coup. Quelle idée de la renvoyer à Paris. Pourquoi avait-elle accepté déjà ?

- Excusez-moi, mademoiselle, l’apostropha ce très malvenu souvenir de jeunesse, je cherche l'ambassadeur Cabanel, sauriez-vous où il est ? On m'a dit que vous pourriez me renseigner.
Oui, tenez, bonne question : où était ce fichu Cabanel quand on avait besoin de lui pour faire diversion ? Et pourquoi Hasko avait-il l’air d’être devenu un nazillon comme les autres ?
- Malheureusement non, répondit-elle avec un sourire plutôt naturel, et dont elle aurait pu être fière si elle n’était pas entièrement crispée. Peut-être que monsieur Brechen…macher (elle avait failli dire « chose ») vous renseignera mieux que moi ?
Elle allait lui designer ce cher Fritz mais hélas, Landgraf se souciait désormais assez peu de retrouver l’ambassadeur (qu’une statuette l’assomme celui-ci).
- Ne nous serions nous pas déjà rencontré ? Je crois me rappeler de vous du temps de mes études à la Sorbonne, vers 32, non ? À moins que votre visage ne me soit familier à cause des photographies officielles. Caroline laissa échapper un petit rire (nerveux) qui pouvait heureusement passer pour une réaction amusée à cette dernière réplique. Oh, mais j'oublie les bonnes manières : capitaine Hasko Landgraf, chirurgien de l'hôpital de la Salpêtrière.
Bon, Caroline avait un problème. Et un problème qui l’obligeait à répondre en plus. Depuis quand était-on si direct dans ce genre de situation ? Et avait-on idée de faire des sous-entendus aussi fumeux ? Elle le dévisagea un court instant. Il avait ce regard insistant qui signifiait assez clairement qu’il guettait sa réaction. Elle songea qu’il était donc temps de réagir et parvint miraculeusement à sourire.
- Caroline Ancel, je travaille à l’ambassade, se présenta-t-elle à son tour. Je crois que les photographies officielles vous jouent des tours. Je n’habitais pas à Paris à l’époque.

Elle se tut un court instant sur cet énorme mensonge (mais qui respectait à la lettre la vie de Caroline Ancel, née dans une obscure région du centre de la France). Plus elle y pensait, moins cette situation collait avec l’image qu’elle avait d’Hasko, avec qui elle avait passé un certain nombre de soirées à critiquer les nazis entre deux verres au bar de la Coupole. Et puis elle réalisa brusquement qu’elle avait déjà entendu parler d’Hasko Landgraf depuis son arrivée à Paris. Pas dans des circonstances qui la satisfaisaient beaucoup plus, hélas.
- Oh mais Landgraf… c’est vous le héros de guerre ?
Piteuse diversion pour le faire parler de lui, plutôt que d’elle, avant de s’échapper. Mais derrière son air d’abrutie (ou presque) effarée de rencontrer un héros de guerre allemand qui avait fait parler de lui en Pologne (retour des envies de meurtre), Caroline avait très conscience du danger. Il l’avait reconnue. La photographe polonaise, un brin (voire plus) communiste et d'ascendance juive qu’elle était avant avait un sérieux problème.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Dim 11 Déc - 20:44

Dans la fête foraine

Rachel Lévi n’avait aucune envie de se mêler à la foule qui ne manquerait pas de se précipiter aux festivités prévues par l’occupant et l’ambassade de Vichy. Elle avait accueilli la nouvelle de l’inauguration de la statue d’Arno Breker et de la fête foraine qui devait s’ensuivre avec une certaine indifférence – il fallait dire qu’elle avait bien d’autres soucis en tête depuis le début du mois de septembre et qu’elle n’avait pas de temps à perdre à aller acclamer le gouverneur de Paris ou une quelconque initiative des occupants. Comme si on pouvait endormir toute une population avec du pain et des jeux ! Elle avait bien envie de montrer qu’ils se fourraient le doigt dans l’œil, tous, s’ils pensaient qu’offrir trois manèges et une statue d’un homme nu (une maigre récompense pour tout ce que la France donnait à l’Allemagne) feraient oublier les restrictions, les arrestations et le mécontentement. Mais alors que la date fatidique avançait, que les mentions à l’événement fleurissaient sur les affiches dans les rues et que même ses amis en philosophie avaient perdu leur décontraction légendaire pour évoquer le fait que peut-être, il y aurait de la barbapapa et une actrice allemande à la mode (franchement, ils croyaient quoi ? Qu’une actrice allait dévoiler une statue de sucre ?), à son grand désappointement, elle avait dû se rendre à l’évidence. Ça marchait. Les manifestations avaient cessé d’elles-mêmes, et la résistance jouait les filles de l’air depuis que leurs dernières actions avaient eu des conséquences funestes. Aussi, les Parisiens semblaient partis pour aller faire la fête avec leurs occupants. Grand bien leur fasse, cela faisait maintenant longtemps que Rachel n’était plus qu’une demi-Parisienne, une demi-Française, selon la foutue étoile jaune qu’elle devait porter en permanence. Elle n’irait pas. Point.

- Tu es bientôt prête, Rachel ?
La jeune femme poussa un soupir exaspéré et jeta un dernier coup d’œil critique dans la glace, vers sa silhouette maigrichonne dans une robe trop grande pour elle et sa coiffure d’où s’échappaient des mèches rousses rebelles qui lui tombaient dans les yeux. Pas le temps de faire davantage : selon les informations qu’elle avait reçues, cela faisait déjà une heure que la statue avait été dévoilée par le gouverneur de Paris et l’ambassadeur de Vichy (les étudiants en philosophie en seraient pour leurs frais, ils étaient moins beaux et probablement moins court vêtus qu’une actrice), à ce rythme-là, il n’y aurait plus rien à se mettre sous la dent dans la fête foraine. Et puis surtout, sa petite sœur de treize ans, Sarah, prête depuis qu’elle était sortie de son lit le matin même ou à peu près puisqu’elle avait déjà enfilé ses jolis souliers vernis trop petits pour ses pieds (mais les seuls encore élégants qu’elle possédait) au petit déjeuner, battait avec impatience les secondes de son talon en attendant Rachel. Une mesure qui commençait à lui taper sur le système.
- Oui, c’est bon, dit-elle en sa direction en mettant ses chaussures au talon de bois, c’est bon, j’arrive !
Qu’est-ce qui ne fallait pas faire pour faire plaisir à sa petite sœur ! Elle avait beau dire sur tous les tons qu’elle ne mettrait jamais les pieds dans des festivités aussi ridicules, elle avait fini par céder devant l’insistance de Sarah et son regard plein d’espoir quand elle avait appris qu’il y aurait probablement des jeux et des manèges. Rachel avait eu beau dire que ne pas s’y rendre, c’était une sorte d’acte de rébellion, de résistance, ni Sarah ni leurs parents ne l’avaient seulement écoutée. Il n’y avait pas à dire, devant la perspective de s’en mettre plein la panse, les principes pesaient peu.

Les deux jeunes filles se rendirent aux festivités à pied, et en contournant le Petit Palais, elles purent constater qu’une bonne partie des Parisiens s’étaient donné rendez-vous là. Si au loin, on distinguait des uniformes verts de gris autour d’un cordon de sécurité (et d’une immense meringue que Rachel soupçonna être l’œuvre pas encore dévoilée – mais que fabriquaient les officiels ?), les Parisiens étaient majoritaires autour des stands qui proposaient de la nourriture venue tout droit de la province et des manèges pour les enfants dont les chevaux tournaient déjà au grand plaisir des plus petits. « C’est un malheur du temps que les fous guident les aveugles », songea-t-elle avec dépit, tout en ôtant sa propre veste avec son étoile jaune et en faisant enlever la sienne à Sarah pour les glisser dans son sac. Avant de se rendre compte qu’elle citait Shakespeare maintenant. Malheur ! Voilà que lorsqu’elle s’efforçait de plus penser au fils Andrieu qui avait décidé de la suivre partout – et qui, Dieu merci, ne la filait pas comme son ombre cette journée-là, elle se mettait à faire des références à son auteur préféré. A ce rythme, elle allait finir par se demander où il était et ce qu’il faisait de sa vie, alors qu’elle s’était promis de ne conserver envers lui qu’une stricte indifférence pour ne pas lui donner des idées. Enfin ceci dit, il ne pouvait pas savoir si elle pensait à lui. Tout cela commençait à devenir compliqué et…

- Dis, pour passer plus inaperçues, on pourrait s’appeler par de faux noms, qu’est-ce que tu en penses ? S’enthousiasma Sarah qui sautillait déjà d’impatience, je serais… Louise et toi, Marie, d’accord ?
Rachel eut à peine le temps d’acquiescer pour lui faire plaisir, que déjà la pseudo « Louise » s’élançait en la traînant derrière elle. Le temps de passer un barrage de sécurité et elle salivait devant des pralines. Rachel farfouillait dans son porte-monnaie pour lui en prendre quelques-unes tout en bataillant avec des mères de famille qui voulait lui prendre sa place dans la queue (on ne perdait pas les bonnes habitudes) quand elle sursauta violemment en croyait distinguer une silhouette connue. Le fils Andrieu ? Sérieusement ? Qu’est-ce qu’il fichait là ? Elle se détourna pour cacher son visage mais ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil dans sa direction. Pas de doute, c’était bien lui.

On n’avait pas le temps de déterminer s’il avait des pouvoirs magiques, il fallait fuir. Elle quitta la queue, empoigna sa sœur qui protesta d’un « Marie ! » outragé, preuve qu’elle avait de la présence d’esprit, cette petite, et lui fit faire le tour d’une attraction dans l’espoir de perdre Maxime.
- Que t’arrive-t-il ? Haleta Sarah qui courrait à moitié à côté d’elle.
- Rien, rien, ça me semblait plus intéressant ici.
Enfin presque, il y avait surtout la tente d’une voyante qui tentait d’attirer le chaland pour lire les lignes de la main, semblait-il. Si ses prédictions intéressaient peut-être les dirigeants de Vichy, Rachel n’avait pas forcément très envie de se voir dévoiler son avenir. Elle fit volte-face brusquement, mais là juste devant elle, Maxime Andrieu lui souriait d’un air goguenard, visiblement très fier de lui. A court de solution, Rachel poussa sa sœur dans les griffes de la voyante pour l’éloigner en lui glissant une pièce et s’approcha à grands pas de son poursuivant :
- Andrieu, toi ici ! S’écria-t-elle d’un ton tout sauf ravi, je ne pensais pas que tu appréciais ce genre de festivités, ça ne manque pas trop de champagne et d’uniformes ? A moins que ma présence te suffit à ce point pour oser te mêler au bas peuple ?
Quelque chose lui disait que cette attaque en règle n’allait pas la débarrasser de lui. Qu’est-ce qu’elle avait dit déjà ? Ah oui, l’indifférence. Mais rien à faire, il était trop tête à claques pour garder son calme.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Lun 12 Déc - 18:33

FÊTE FORAINE

Face au morceau de miroir sale dans lequel elle distinguait à peine son reflet, Elsa enfonça un béret sur sa tête et y dissimula le mieux possible quelques mèches rousses qui auraient pu la trahir. Enfin, elle enfila la vieille veste en cuir de Marc et abaissa par réflexe la visière de sa casquette. Ainsi, Ian ressemblait plus à un adolescent trop maigre perdu dans des vêtements d’adulte qu’à la chef d’un réseau de résistance, de loin en tout cas, et elle avait au moins besoin de ça pour la sortie qu’elle s’apprêtait à faire. En plein dans la gueule du loup, une fois de plus, alors que s’il y avait bien un endroit qu’elle aurait dû éviter aujourd’hui, c’était la place où l’on allait inaugurer la nouvelle statue d’Arno Breker offerte à Paris. Mais comme pour lui rappeler qu’elle était à court d’options, un toussotement rauque retentit soudain dans le dos d’Elsa, qui serra les dents. Elle n’avait pas le droit d’en vouloir à son fils d’être tombé malade, mais après une nuit entière à écouter son état se dégrader, la placide résistante ne supportait plus ce bruit, et même ses nerfs d’acier commençaient à céder. Pour la énième fois, elle se rappela pourquoi elle avait si mal accepté la naissance de Maksim, puis tenté l’abandonner : ce genre de situation. Un cas d’école : elle allait prendre un énorme risque pour lui, et pourtant, il n’était pas question de ne pas le prendre. Si elle ne faisait rien, son état allait encore empirer et elle était incapable de s’y résigner.

En un mot, c’est l’inquiétude qui poussait Elsa. Après une légère hésitation, elle posa une main sur le front brûlant de Maksim et remonta la couverture sous laquelle il grelottait, avant de se détourner. Elle répugnait à le laisser seul mais elle n’avait pas pu prévenir Nicolas (à qui, seul, elle faisait assez confiance pour veiller sur son fils). Devant l’urgence de la situation, de toute façon, personne ne pouvait rien pour elle dans la Brigade : elle avait besoin rapidement de médicaments et de tickets de rationnement. La seule personne capable de l’aider et à qui elle pensait pouvoir se fier était sur le point de tirer sur un drap pour dévoiler la statue de Breker en compagnie de tout ce que Paris comptait d’officiels nazis. Une fois de plus, c’était au milieu de la foule qu’Edouard Cabanel serait le plus abordable. Si elle partait maintenant, et si l’exemplaire du Courrier Parisien laissé ouvert sur la table disait vrai sur l’horaire de l’inauguration (et là-dessus, au moins, on devait pouvoir faire confiance au premier quotidien de propagande de la ville) elle devrait arriver juste après la cérémonie. La fête foraine et le cirque auraient tôt fait d’attirer l’attention des badauds et des officiels, et si tout se passait bien, elle pourrait voir l’ambassadeur. Puisque les Allemands avaient trouvé un nouveau moyen – efficace – d’endormir les consciences en remplissant les ventres et les yeux, autant en profiter.

Après un dernier coup d’œil vers le petit garçon endormi, Elsa sortit. Pas question de prendre le métro où les contrôles devaient être renforcés, elle marcha d’un bon pas vers les Champs-Elysées. Parvenue aux abords du Grand Palais, elle se retrouva brusquement noyée dans la foule, plus nombreuse qu’elle ne l’avait imaginée, qui déambulait entre quelques manèges et des comptoirs pris d’assauts où l’on se jetait sur les gaufres et autres denrées rares. Une courte seconde, elle croisa le regard d’une femme qui avalait goulûment une bouchée de pomme d’amour. Le mépris froid mais profond avec lequel Elsa la jaugea devait sans doute quelque chose au souvenir de Maksim qui toussait et tremblait de fièvre toute la nuit, en partie parce qu’elle ne parvenait pas à lui trouver assez de tickets. La chef de la Brigade eut la désagréable sensation d’être passée dans un autre monde, dont l’atmosphère enjouée était aussi factice que déplacée et grotesque. Du pain et des jeux, voilà un adage qui ne démentait jamais son efficacité.

Elsa s’arracha à ces considérations peu encourageantes pour l’avenir et tenta de repérer dans la foule un visage qui ressemblerait à celui de l’ambassadeur. Mais alors qu’elle s’arrêtait auprès d’une tente pour écouter la conversation de deux hommes qui se plaignaient du retard de Lengefeld qui reportait indéfiniment la cérémonie, quelque chose l’attrapa par le poignet, et avant d’avoir eu le temps de réagir, Elsa se retrouva face à une silhouette aux dimensions imposantes, enveloppée dans quantité de foulards, qui s’adressa à elle avec un accent exotique trop prononcé pour être vrai.
- La petite demoiselle veut-elle savoir ce que l’avenir lui réserve ? Donnez-moi cette main, je vais tout vous révéler.
La demoiselle en question avait déjà son idée sur son avenir et n’avait surtout pas le temps de se faire raconter des salades par une voyante ridicule, mais la poigne de celle-ci était tellement puissante que la jeune femme ne put se dégager avant qu’on ne commence à lui lire dans les lignes de la main.
- Oui… voyons… Quelle belle ligne de vie et… Oh mais que vois-je ? … Oui oui oui c’est bien ça… Oui mademoiselle, ne désespérez pas : vous ne le savez pas encore, mais l’homme de votre vie se trouve sous votre nez ! Oui oui oui…
Elsa cessa d’écouter. Alors qu’elle levait la tête, agacée, essayant de profiter de cet arrêt pour repérer Cabanel, elle s’aperçut qu’il y avait bien un homme juste sous son nez, mais qu’il s’agissait de X4, l’un des membres d’Honneur et Armée. Elle haussa un sourcil (si elle avait encore eu un sens de l’humour, elle aurait pu trouver la coïncidence moyennement enthousiasmante). A défaut d’être l’homme de sa vie, à en juger par la façon dont il la fixait, il allait singulièrement la lui compliquer, la vie. Elle n’avait absolument pas de temps à lui consacrer aussi arracha-t-elle sa main à la voyante sans se soucier de ses protestations et tenta de disparaître à nouveau dans la foule. Constatant qu’il la suivait, elle se planta derrière la tente de sa grotesque diseuse de bonne aventure, et se retourna brusquement pour lui faire face.
- Qu’est-ce que vous voulez ? demanda-t-elle âprement.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Ven 16 Déc - 15:52

Vers la statue

Drôle de situation : il y avait des gens que Hasko Landgraf aurait imaginé ne jamais revoir, ou en tout cas, s'il l'avait souhaité, c'était en d'autres circonstances et d'autres lieux que ceux de cette grotesque opération de propagande nazie qui lui donnait vaguement envie de chanter l'Internationale en signe de protestation – chose toute à fait inconsciente qui le tentait tout de même bien, comme à chaque fois qu'on le trainait voir de hauts responsables dont il n'avait que faire. Le côté tête brulée et provocateur de Hasko Landgraf était bien connu au sein de la Wehrmacht. Le fait qu'il soit toujours disposé à rendre service, et qu'il ait été en Russie, sur le Front, le rendait sympathique aux yeux des soldats. Pauvres bougres, il n'avait rien contre eux pour la plupart, car ils étaient majoritairement tous dans la même galère. Mais pour les chefs, le médecin savait bien ce qu'il valait : bon instrument de propagande, mais détesté. Ni lui, ni ses supérieurs, même lorsqu'ils lui avaient donné la croix de fer n'étaient dupes. Tout le monde savait qu'il avait été envoyé dans un bataillon disciplinaire pour insubordination. Il aurait aimé le dire, parfois, aussi bien aux parisiens qu'à la Propaganda, qui ne cessait de l'ennuyer.

Concrètement, Hasko avait estimé beaucoup de gens croisés à Paris lors de ses études, mais ils semblaient décidés à faire n'importe quoi. Cabanel en était un bon exemple. Dire qu'il semblait le mépriser parce qu'il portait un uniforme allemand ! Au moins, lui, il dirigeait un mouvement de résistance. C'était un comble pour quelqu'un comme Edouard de n'avoir rien fait, pire, de participer activement à la dictature. Et pas à n'importe quel poste en plus, ambassadeur de Vichy ! Bon, pour l'occasion, il voulait bien mettre leurs différents de côtés – savoir s'il pouvait partir et être plus utile ailleurs ne prendrait que l'échange de deux phrases.

Cependant, il n'avait pas prévu du tout le cas Kap'. Il en était à présent quasiment sûr. La réaction gênée, et la simple voix, l'expression du visage. Il allait dire quelque chose sur la Pologne, mais ce n'était guère prudent et il décida de ne pas insister. Il ne savait pas comment ni pourquoi la photographe s'était retrouvée secrétaire d'Edouard Cabanel, ni ce qui l'avait amenée à changer de nom. Dans tous les cas, à trop insister, il finirait par s'attirer des ennuis : mieux valait se satisfaire provisoirement de cette explication, quitte à mener sa petite enquête par lui-même par la suite. Car si elle l'avait reconnu elle aussi, cela pouvait devenir dangereux...Même si la perspective de passer pour un héros de guerre ne l'enthousiasmait que moyennement, c'était une couverture sûre dont il risquait d'avoir besoin encore un moment. Pourtant, il ne put s'empêcher de ronchonner un peu lorsqu'elle évoqua son statut de héros de guerre :

« La propagande aime bien me voir comme ça, en effet. Disons que quand j'ai perdu mon œil en sauvant mon capitaine à Stalingrad, j'ai racheté mon envoi dans un bataillon disciplinaire sur le front Est. Ce serait plus crédible. Mais vous pouvez appeler ça héros de guerre pour simplifier. »


Il ne pouvait pas en dire plus : mais ça, ce n'était pas mentir, c'était confirmer le mythe de la rédemption que la Propaganda essayait de vendre à son sujet, tout en le nuançant. On n'aurait pas réellement pu dire si cela lui déplaisait ou non d'être utilisé ainsi par le régime. Hasko avait débité tout cela d'un ton très neutre, qui ne signifiait rien du tout. Il ajouta d'un ton tout aussi dégagé, regardant la place autour de lui, n'y trouvant pas trace de l'ambassadeur Cabanel :

« Je suppose que Edouard ne nous fera pas la grâce de revenir, je vais me mettre en quête de sa personne, viendrez vous avec moi ? »


Ce n'était pas vraiment un choix qu'il lui offrait : refuser aurait semblé suspect, il le supposait, et il voulait voir ce qu'elle comptait dire à son sujet à Cabanel une fois qu'il se serait un peu éloigné. La paranoia était sa meilleure chance de survie depuis qu'il était entré dans Reigen, et encore plus aujourd'hui. De fait, cependant, Edouard Cabanel ne se trouvait nulle part. Soudainement Landgraf entendit quelques éclats de mois à quelques mètres : lorgnant sur les deux soldats qui produisaient ce bruit peu agréable, il reconnut Eulalie Vernier. Fronçant les sourcils, il lança à Caroline Ancel :

« Excusez moi, j'en ai pour une minute. »


Puis il s'avança à la rencontre des soldats, lançant d'une voix assurée – en français :

« Oh, mademoiselle Vernier, je vous cherchais justement ! »
Il posa une main sur l'épaule de la jeune femme, avant d'ajouter en allemand à l'intention des soldats, qui le saluèrent d'un salut militaire respectueux : «  Que se passe-t-il, messieurs ?
- La dame n'a pas ses papiers, Herr Hauptmann. Nous devons l'emmener pour vérifier son identité.

- Oh, je vois. Mademoiselle Vernier est avec moi, je peux confirmer son identité, est-ce que ça ne suffit pas ?
- Pardon, Herr Hauptmann, mais...

- Excusez-moi, est-ce qu'à un seul moment, j'aurais par mégarde donné le moindre signe de vouloir discuter avec vous ? » Son ton était agacé. «  Je suis votre supérieur, messieurs, si je dis quelque chose vous obtempérez. » Il se tourna de nouveau vers Eulalie et reprit en français, laissant les deux soldats en plan, s'éloignant avec elle : « Je crois qu'il serait plus prudent que vous restiez avec moi pour l'instant. » Il lui adressa un sourire : « Une chance que j'ai été là, je ne pensais pas que nous nous reverrions ! Ils n'ont pas été trop désagréables avec vous, j'espère ? »

Avec tout cela, plus nulle trace de Kapa ou de Cabanel. Tant pis, pour l'instant, vu que le gouverneur n'arrivait pas et qu'il n'avait rien à faire, il pouvait bien passer un peu de temps avec Eulalie Vernier.



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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Sam 17 Déc - 18:24

Fête foraine
Thibaud passait nonchalamment entre les stands, observant les forains vanter leur attraction et les parisiens s’essayer au jeu. Il n’avait pas spécialement envie de participer à la fête foraine, mais s’y balader, sentir la joie et la bonne humeur ambiantes lui faisait du bien au moral.
A la base, il venait juste regarder l’inauguration. La dernière grande manifestation qu’avait compté Paris ne s’était pas bien passée. C’était un doux euphémisme, d’ailleurs. Le défilé de mai avait tourné au massacre. Et c’était un peu de sa faute. C’était une bombe résistante qui avait explosé dans la foule. Une opération qu’ils avaient organisée, avec Honneur et Armée, et qui avait tué des civils. Alors il s’était forcé à venir cette fois-ci. Pour vérifier que tout irait bien. Pour surveiller et repérer un éventuel signe d’un autre désastre. Il était bien conscient que son geste, dans l’absolu, était inutile. Mais cela lui permettait au moins d’avoir bonne conscience.

Ainsi il était là, au milieu des stands, puisque Lengefeld ne semblait pas vouloir se pointer à l’inauguration. Quel blaireau, celui-là. Les nazis se croyaient tellement tout permis. Remarque, les forains étaient bien contents de ce retard, puisque la foule qui se pressait devant les barrières s’était transférée vers chez eux. Cela leur permettrait peut-être de mettre du beurre dans les haricots, comme disait l’autre.
C’était alors qu’il était perdu dans ce genre de pensées que Thibaud l’aperçut. Il fronça instantanément les sourcils et se mit à suivre la silhouette. Elle avait un certain talent pour se déguiser et passer inaperçue, il devait bien lui donner ça, à Elsa. Elle prenait toutes les précautions, et personne ne semblait faire attention à elle, sauf lui. Enfin, personne, sauf lui, et la vieille voyante qui lui tint la jambe pendant plusieurs secondes. Assez pour que Thibaud puisse l’atteindre. Assez pour qu’elle l’aperçoive, plante là la voyante et s’engouffre de nouveau dans la foule. Thibaud soupira. Elle n’était pas au courant, mais pister les gens, c’était un peu parmi ses spécialités. Alors il la suivit, consciencieusement, jusqu’à ce qu’elle se retourne et l’agresse.

- Qu’est-ce que vous voulez ?
Thibaud lui adressa un sourire largement exagéré.
« Mais bonjour à toi aussi, Elsa. D’ailleurs, je dois t’appeler comment ? Ian, ou Elsa Meyer ? »
Il la tira par le bras sans ménagement et l’emmena légèrement à l’écart de la foule, loin des potentielles oreilles indiscrètes.
« J’ai un peu l’impression que tu t’es fichu de nous. Et ça m’a un peu foutu en rogne quand j’ai découvert ton petit manège. »
Surtout qu’il avait fallu que ce soit Diderot qui leur donne l’information. Diderot, ce petit fonctionnaire de l’Ambassade. Un pleutre, un minable, un lâche, qui avait essayé de leur filer entre les doigts, qui avait presque fait dans son pantalon quand Guillaume et Thibaud étaient venus le trouver au sortir du travail pour le cuisiner un peu. Un homme que Thibaud méprisait de tout son être. Et c’était lui qui lui avait dit qui était vraiment Ian. Lui qui avait révélé à Thibaud que ce petit bout de femme rousse était celle qu’il cherchait depuis un moment déjà. L’ouvrier planta ses yeux dans ceux de la jeune femme.
« Qu’est-ce que tu dirais d’arrêter les mensonges et les tromperies, et qu’on parle sérieusement ? Bordel, je te cherche depuis un bout, Elsa. »
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Dim 18 Déc - 18:37


Une nouvelle statue à Paris
Les statues meurent-elles aussi ? [Intrigue générale]



Autour de la statue

Nulle crainte à avoir quant à la perspective d'un bain de foule : la populace qui se pressait auparavant sur le carrefour se clairsemait, si bien que l'on pouvait respirer. Quel ennui... si on avait déployé les grands moyens pour capturer les instants clés de la cérémonie sur pellicule photographique, c'était précisément pour obtenir cet effet de foule dont le cinéma du Reich était si friand. Pour le moment, c'était manifestement raté. Mais il ne fallait pas perdre espoir ; les perdreaux reviendraient sans doute au moindre signe de mouvement près de la statue. Avec l'arrivée de Lengefeld, justement. Et voilà que l'on revenait au même problème. Mais que faisait-il donc ?

Wilhelm Feigel n'avait eu que peu de contacts directs avec cet homme, bien qu'il l'apercevait souvent lors de rassemblements et d'événements parisiens divers et variés. Il ne le connaissait pas assez pour connaître le caractère de l'homme et être en mesure de conjecturer quoi que ce soit sur les raisons de son absence. Quelque nouvelle importante pouvait le retenir dans ses quartiers. A moins que Herr Lengefeld aime tout simplement se faire attendre... mais c'était difficile à croire, il était d'ordinaire ponctuel, et possédait la rectitude qui convenait à son rang dans la hiérarchie.

« Faire passer cette après-midi pour une réussite sera sans doute parmi vos plus grands tours de force, » murmura la voix de sa collègue de la Propagande derrière son épaule. Ingrid Lorre, en bonne gradée de la Wehrmacht, était aux premières loges pour cet événement symbolique. Elle s'était approchée sans faire preuve d'une discrétion particulière, mais il n'y avait pas pris garde avant qu'elle n'ouvre la bouche ; à croire qu'il avait cessé un moment de prêter attention à ce qui l'entourait pour mieux laisser ses pensées vagabonder. Sa chère collègue partageait quelques points commun avec le directeur de la Continental - au moins celui d'être profondément ennuyée par ce type d'événement organisé pour la forme et qui, au fond, n'intéressait que les têtes de Vichy qui pensaient impressionner l'aigle allemand en mettant les petits plats dans les grands. Et ce jour-là ne se présentait effectivement pas comme une réussite.

- J'admets que rien n'est encore gagné. Mais je persiste, répondit-il avec le même humour las. Si sa collègue continuait ses réflexions pince-sans-rire et lucides, Wilhelm était totalement disposé à la suivre sur ce terrain-là. Il était toujours plus distrayant de se plaindre à deux.

- Je commence à me croire partisan des causes perdues, conclut-il plus bas, avec un sourire. Il pensait à d'autres événements que l'équipe des actualités de la Continental avait couvert, avec davantage de succès.

Mais il réalisa à l'instant même où il parla le double sens qui pouvait être décelé dans ses paroles. Être accusé de défaitisme était bien la dernière chose dont il avait besoin aujourd'hui. Il eut un petit rire contrit, espérant que son interlocutrice ne ferait pas preuve d'un zèle excessif en relevant cette bévue.

« Les français ont décidément la débâcle dans le sang. Si on perd jusqu’à l’ambassadeur... »

Effectivement, on apercevait Cabanel qui filait au loin, entraîné par un fils vraisemblablement impatient de profiter des joies de la fête foraine qui, paraît-il, avait été installée près du Grand Palais. Feigel n'y avait jamais mis les pieds ; il détestait ce genre d'endroit. Cette remarque d'Ingrid lui donna l'occasion d'enchaîner avec un nouveau rire discret :

- Que voulez-vous, il y a bien un moment où le Blitzkrieg accomplit parfaitement son office, mais pour la suite, tout est dans Machiavel. Des jeux, des jeux, des jeux. Les Italiens et les Allemands orchestrent, les Français jouent... déclara-t-il avec nonchalance, en regardant ce qui se passait un peu plus loin, à sa gauche.

Il avait aperçu la jeune Eulalie Vernier en pleine conversation avec deux officiers. Conversation n'était pas le terme exact: la demoiselle avait l'air embarrassée et les deux hommes se montraient insistants. Elle tentait de s'expliquer, même si Wilhelm était trop loin pour entendre ce qui se passait. Il fut tenté de fausser un instant compagnie à Ingrid pour aller faire ce qu'il savait le mieux - se mêler de ce qui ne le regardait pas -, mais un autre s'en chargea avant lui, sembla négocier avec les deux officiers qui discutèrent un peu, mais finirent par céder, ou du moins, l'homme leur subtilisa la jolie Française et s'éloigna avec elle. Il n'était pas inconnu à Feigel : quand il se retourna, le chef de la propagande cinématographique reconnut son visage. Mais comment s'appelait-il, déjà ? On avait décrété qu'il était un héros de guerre suite à ses exploits sur le front russe. Feigel ne savait pas de quoi il s'agissait au juste, il ne s'intéressait pas vraiment aux chroniques des combats ; mais son collègue au groupe presse de la Propagande, Krebs, voulait en faire son égérie. Le jeu classique : prenez un soldat réputé pour quelque exploit, jeune et présentable, vous en ferez une vedette. Wilhelm se tourna vers Ingrid et lui désigna l'homme :

- Mais ne serait-ce pas le nouveau poulain de Krebs, à côté de Mlle Vernier ? Avez-vous déjà eu l'occasion de le rencontrer ?

Mais celui là ne semblait pas être du genre à se complaire dans la célébrité. On pouvait se tromper, mais il faisait plutôt discret. Taiseux. D'ailleurs, il n'avait pas apparemment montré un réel enthousiasme devant les offres de Krebs qui trépignait pourtant d'impatience à l'idée des interviews à succès qu'il pourrait publier s'il acceptait. Ah, ça c'était bien Krebs ! Il ne reculait devant aucun sensationnalisme.

- J'irais bien les saluer en attendant. Je me demande ce qu'ils pensent de la fête...

Wilhelm était surtout curieux de voir qui pourrait mentir avec le plus d'habileté en faisant mine de se réjouir de perdre tout l'après midi à rester planté sous une statue recouverte d'un drap. Il aimait bien la jeune cantatrice, mais il lui prenait comme une envie de la voir développer des trésors d'ingéniosité et d'imagination pour montrer son ravissement devant cette cérémonie si méticuleusement organisée. Car comme on dit, qui aime bien châtie bien...


HRP: Hasko, j'ai vu ce lien avec Krebs dans les prédéfinis, s'il n'est plus d'actualité ou s'il a changé, dis le moi, je modifierai mon post !

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Mer 21 Déc - 17:52

Une nouvelle statue à Paris.
(⚡)


Fête foraine

Pour authentifier des dessins et officialiser leur statut d’œuvre - auprès d'un certain officier et de la dame Lorre - il faut commencer par trouver des artistes. Leur parole vaudra mieux que celle de l'amateur que je suis ; malheureusement les artistes ne courent pas les rues...déjà sur le principe, alors sous l'occupation encore moins.

Comble du paradoxe, ce sont les boches qui me demandent l'expertise de véritables professionnels. J'en suis là, à courir après ces connaisseurs introuvables - qui se cachent bien. Ce qui joue fortement en ma défaveur, c'est le néant de mon réseau artistique depuis de trop longs mois. Les quelques braves défendeurs de l'art ont rejoint la résistance et ne risquent pas de m'aider à léguer des dessins à Hitler.
Ils ont à la fois mon respect, et ma colère. Je vais me prendre une balle dans le crâne sans même essayer de sauver les dessins : l'absence d'aide me condamnera déjà largement.

Ne me reste que ce 3 septembre pour espérer. J'ai contacté le dernier peintre de ma courte liste. L'homme ne vit pas de son art, il est ainsi peintre de formation et réputé de manière très relative. N'empêche, il est plus artiste que moi. Et tout ce que j'ai trouvé. Pas de réponse, pas même un accusé de réception, mon courrier est resté un caillou dans l'eau mais si le type a un minimum de curiosité vis à vis des œuvres à analyser... il viendra.
Rendez-vous devant le palais, à la fête foraine.

Je déambule mains dans les poches et chapeau sur la tête entre les attractions, amusé par les cris des enfants, avant de sentir mon cœur se serrer lorsque je reconnais la jeune veuve Rouze. Son époux a été tué dans d'étranges circonstances - celles de la guerre - l'an dernier. D'un hochement de tête je la salue et continue de flâner, feignant un air détendu alors que je surveille l'arrivée de Francis.
Francis qui n'arrive pas et les soldats allemands sont trop nombreux à mon goût.

Perdu dans mes pensées, le regard dans le vague sur un fond de pommes d'amour parfumées, je percute quelqu'un. Sous la surprise et le choc, la personne laisse tomber ce qu'elle tenait dans un bruit étouffé par la poussière ;

" Excusez-moi ! La gourmandise me perdra. "

Dis-je avec un sourire en désignant le stand appétissant. Mon air sympathique reste calculé. L'idée, c'est de ne contrarier personne.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Ven 23 Déc - 17:17

Fête foraine

- Alexaaandre, regarde, c’est des pommes d’amour ?
Le simple fait de savoir que l’on pouvait vendre des pommes d’amour dans une ville où le sucre était presque plus rationné que le tabac aurait pu constituer en soi une excellente raison de tout laisser tomber pour aller voir ça de plus près. Alexandre, hélas, avait sous les yeux un trésor autrement plus précieux (façon de parler) que les derniers restes du stock de sucre parisien, à savoir Rose et Léonie Cabanel. Et ne pas perdre de vue les deux filles d’Edouard dans la foule toujours plus dense de la fête foraine se calculait à la seconde près, il était certain que s'il les quittait du regard un instant, les gamines auraient disparu. Il tira donc sur le bras du petit Gaston qui s’était arrêté pour l’entraîner avec lui derrière les filles qui avaient pris de l’avance.
- Mais je suis sûr que c’est des pommes d’amour ! Alexaaandre, je peux en avoir une, s’il te plaît ? tenta tout de même le petit garçon.
- Plus tard, Gaston.
S’il ignora les protestations du petit dernier de la fratrie, Alexandre ne s’en demanda pas moins quelle mouche l’avait piqué d’accepter de jouer les gouvernantes pour les enfants d’Eddy pendant que ce dernier s’amusait à inaugurer des statues dépourvues d’intérêt (voire franchement de mauvais goût, si l’on voulait son avis). Aux dernières nouvelles, Rose, Léonie et Gaston étaient censés avoir une mère mais évidemment, Madeleine préférait faire des mondanités plutôt que de s’occuper de ses propres gamins. Ce n’était jamais qu’une raison de plus pour la détester, quand bien même Alexandre savait très bien que la principale raison pour laquelle il ne pouvait supporter l’épouse d’Edouard n’avait rien à voir avec une séance de gardiennage pour enfants dissipés. La véritable raison était beaucoup moins mignonne, se déplaçait avec une canne plutôt qu’une pomme d’amour, portait la moustache et s’appelait Claussat.

Une ombre passa sur les traits d’Alexandre. A vrai dire, du côté de Claussat du moins, il y avait plusieurs semaines maintenant qu’il avait la paix et s’il n’était pas mécontent de ne plus avoir à subir leurs entretiens, il ne pouvait s’empêcher de se demander si ce répit ne cachait pas quelque chose. Dans le doute, il préférait ne pas trop s’en réjouir, mais cette accalmie inespérée lui avait permis de se reprendre, et de considérer sa situation un peu plus froidement. Aucune solution miracle ne lui était apparue, et il était toujours dans l’impasse mais maintenant que l’aspect désespéré des choses était clairement établi, Alexandre s’accrochait vaguement à l’espoir de trouver de quoi épargner à la fois sa famille et son meilleur ami. En attendant, c’est de la famille de ce dernier dont il devait se soucier, de ses filles plus précisément, qui s’étaient faufilées jusqu’à une attraction qui consistait à lancer des petites balles dans des paniers pour tenter de remporter une peluche. Reigner, qui avait plus ou moins promis quelque chose à un moment donné, paya deux essais à chacune des filles et les observa se concentrer pour réaliser les meilleurs tirs possibles avec un certain amusement. Fugace, l’image de ses propres enfants l’arracha à la scène qu’il avait sous les yeux. De la même manière qu’il n’avait pas vu le duo infernal des beaux-pères depuis longtemps, il ignorait tout de l’été qu’avaient passé Isis, Octave et Louise. S’il tâchait avec un succès irrégulier de ne pas trop y songer, leur absence et l’absence de nouvelles lui pesaient plus qu’il ne voulait le montrer. Mais un cri de victoire l’empêcha de s’enfoncer plus loin dans la mélancolie, et Alexandre se retrouva bientôt avec un nouveau problème : Léonie et Rose avaient gagné une peluche, mais lui, en revanche, avait perdu Gaston.

- Où est votre frère ? demanda-t-il vivement aux gamines sans trop savoir ce qu’il espérait.
- On peut aller faire un autre jeu ?
- Oh dis, tonton Alex, est-ce qu’on peut essayer de trouver une voyante ? Tu crois qu’il y a une voyante ?
- Nan, c’est nul la voyante, moi je veux une autre peluche !
A l’évidence, Alexandra n’aurait aucune aide de ce côté. Il réprimanda vaguement les aînées Cabanel, en attrapa une à chaque main et tenta de sonder la foule à la recherche du petit Gaston. Pourquoi s’inquiétait-il de mentir à Edouard sur ce que lui voulait son beau-père ? Son ami allait avoir assez à lui reprocher quand il lui annoncerait que son petit dernier avait disparu dans une foule pleine d’uniformes allemands et de passants peut-être encore moins fréquentables. Il lâcha un juron qui lui valut une remarque outrée de Rose, qui suggéra d’aller regarder dans la tente de la voyante. Mais si la diseuse de bonne aventure sembla rencontrer un certain succès (était-ce le rejeton Andrieu qu’il venait de voir non loin ?) nulle trace de Gaston. Reigner commençait sincèrement à redouter de devoir se lancer dans une chasse à l’enfant – et un enfant particulièrement remuant – quand Léonie s’exclama :
- Papa !
Ils suivirent des yeux la direction qu’elle pointait du doigt et au plus grand soulagement d’Alex, Eddy se trouvait bien dans la queue devant le comptoir qui vendait des pommes d’amour, et son fils était avec lui.
- Edouard ! appela-t-il pour attirer son attention avant de se frayer un chemin jusqu’à lui. Je vois que tu as retrouvé le fuyard, ajouta-t-il une fois qu’il l’eut rejoint, en tenant toujours les deux filles par la main. Tu n’es pas en train de te pâmer devant ta statue ? Lengefeld n’a toujours pas osé se montrer ? Chauve et lâche, ça fait beaucoup pour un seul homme.
Il n’était pas totalement chauve, en réalité, mais passons. De toute façon, Léonie et Rose ne lui laissèrent pas le temps d’épiloguer : elles voulaient absolument montrer leur peluche à leur père, avant de réclamer d’aller voir les animaux du cirque.
- La prochaine fois, fais-moi plaisir, embauche une gouvernante. Ou demande à ta femme de se montrer vaguement utile, maugréa Alex (avec un brin de mauvaise foi : s’il devait être totalement honnête, il aimait bien les enfants d’Eddy qui le considéraient comme un « tonton », Gaston compris même s’il ne le connaissait pas réellement). A ton avis, combien de temps notre cher gouverneur va nous faire attendre ? Pas que je sois impatient d’entendre son discours probablement très spirituel et chaleureux…  
Il leva les yeux au ciel sans se donner la peine de finir sa phrase et baissa les yeux sur Gaston qui mordait à belles dents (pour un enfant de trois ans) dans sa pomme d’amour si durement gagnée. Et enfin, seulement, nota le calme inquiétant qui s’était fait autour d’eux. Léonie et Rose, à leur tour, avaient disparu.
- C’est pas vrai. Tu as pensé à les momifier ? C’est ridicule, mais au moins, ils ne bougeraient plus.

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Quand on n'espère plus, c'est alors qu'on ne doit pas désespérer.
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Eulalie Vernier
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Mar 27 Déc - 15:30

Eulalie se voyait déjà envoyée à la Gestapo voire pire. Elle se maudissait intérieurement d'avoir fait un oubli aussi grossier que celui de ses papiers. Cette fois-ci, son inconscience risquait de lui coûter très très cher...
Elle rougissait, sentant quelques regards se tourner vers elle. Si on la reconnaissait et que cet incident parvenait aux oreilles de l'Opéra, la direction ne manquerait pas de venir lui en toucher deux mots. Avec un simple oubli, elle pouvait déjà fragiliser sa carrière en plein essor ! Quelle pitié ! Eulalie n'arrivait plus vraiment à articuler face aux deux officiers vindicatifs et sentait même quelques larmes de gêne et de honte piquer ses yeux. Alors qu'elle s'apprêtait à nier une dernière fois, faiblement, tête baissée, une main rassurante se posa sur son épaule, la faisant sursauter légèrement. La voix qui l'accompagnait ramena presque le sourire aux lèvres de la cantatrice. Ce timbre à la fois chaud, militaire et décidé, dans un impeccable français, ne pouvait appartenir qu'au docteur Landgraf !

Les officiers semblaient déjà circonspects et eurent l'air d'avoir peur de l'homme venu à son secours quand ils balbutièrent les raisons de leur tentative d'arrestation. A son grand plaisir, le chirurgien en chef se porta garant d'elle et envoya bouler les officiers une seconde fois avant de l'entraîner dans la foule. La jeune chanteuse, infiniment reconnaissante, dédia un joli sourire au militaire. Elle ne l'avait pas revu depuis cette soirée à l'opéra et elle devait s'avouer qu'elle était plutôt enchantée de pouvoir discuter à nouveau avec lui.

- Vous avez raison, grâce à vous j'ai été tirée d'un bien mauvais pas ! Ne vous en faites pas, ils n'ont pas été réellement offensants... Un peu intimidants peut-être mais je suppose que leur fonction veut cela.

Elle rougit et passa une main dans les boucles de ses cheveux avec une moue réprobatrice.

- Je m'en veux d'avoir commis une pareille idiotie. Oublier ses papiers le jour d'un rassemblement officiel... Je dois vous paraître bien idiote !

Elle observa le militaire, dans sa tenue impeccablement repassée. Elle se rappela soudain avoir lu un article sur lui, il y avait quelques temps. On saluait ses prouesses de héros de guerre et on l'érigeait en héros, figure de modèle pour quiconque souhaitait devenir un citoyen exemplaire du troisième Reich. Cela n'avait fait qu'amplifier les sentiments contraires d'Eulalie vis à vis de cet homme. Il avait l'air d'être galant et d'une grande bonté mais tout portait officiellement à croire qu'il était intimement lié au Reich... Quels éléments relevaient de la façade ? Quels éléments dénotaient ses véritables pensées ? Impossible pour la jeune chanteuse de savoir. Mais elle était certaine d'une chose, la compagnie de cet officier lui plaisait, étrangement.

- Je suis heureuse que l'inauguration de cette statue ait réussi à vous faire quitter votre table d'opération, autrement nous ne nous serions jamais recroisés. Elle regarda un peu en l'air avant de reprendre. Avez-vous eu l'occasion de visiter la ménagerie ? Ils ont des animaux de toute beauté. J'aime particulièrement les oiseaux exotiques... On dirait que rien ne parvient a altérer la couleur de leur plumage.

La dernière fois qu'Eulalie s'était rendu au zoo, c'était avant la guerre. Depuis, son emploi du temps avait été trop chargé et ses déplacements bien trop restreints pour qu'elle puisse s'adonner à de pareils loisirs. Elle supposa que l'officier Landgraf avait lui-même des occupations qui ne lui laissaient que peu le temps de se distraire.

- J'imagine que vous avez dû avoir beaucoup de travail à l'hôpital ces derniers temps... Mon oncle a à peine touché terre.

Eulalie écouta l'officier parler de son travail. La jeune chanteuse le devina fatigué mais également préoccupé et peut-être frustré, pour une obscure raison. La vie en hôpital devait être bien plus difficile que ce qu'elle pouvait imaginer... Entre les accidents civils et les officiers blessé, l'homme devait avoir vu passer toutes sortes d'horreurs...
Elle repensa ensuite, encore une fois, à cet article qu'elle avait lu dans le journal. Eulalie décida de tenter le tout pour le tout et se hasarda à tâter le terrain.

- J'y pense, j'ai vu un encart à votre sujet dans le journal... J'ignorais que vous étiez champion d'escrime et que vous aviez un tel statut de héros dans votre pays.

Elle avait l'air à la fois impressionné et quelque peu sur la défensive. Elle ne connaissait pas encore assez Hasko pour lui accorder sa totale confiance. Alors qu'elle l'écoutait, au milieu de leur déambulation, elle vit un couple s'approcher d'eux et pâlit légèrement quand elle se rendit compte qu'il s'agissait de madame Lorre et de Wilhelm Feigel. Ce responsable de la propagande était certes un homme cultivé mais elle le trouvait des plus insistants avec elle et ne tenait guère à croiser sa route alors qu'elle se trouvait en compagnie de l'officier Landgraf. Quant à Ingrid Lorre... Cette femme inspirait une grande peur à la jeune cantatrice. Elle devinait les mauvaises intentions dans chacun de ses mouvements, elle sentait son regard instigateur juger chacune de ses actions, elle redoutait ses paroles qui soufflaient la pluie comme le beau temps sur le plus petit de ses faits et gestes.

Elle ne put s'empêcher de crisper doucement ses mains quand elle réalisa qu'ils venaient dans leur direction. Elle chuchota presque à l'attention de son compagnon :

- Il semblerait que Monsieur Feigel et Madame Lorre viennent dans notre direction... Les connaissez-vous ?

Façon douce et polie s'il en était de lui demander ce qu'il pensait de ces deux oiseaux de malheur.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Mar 27 Déc - 20:33

« Les Italiens et les Allemands orchestrent, les Français jouent... »
Toute occasion pour railler l’occupé était bonne et le trait d’esprit de Wilhelm, qui au milieu de cette cohue parisienne en aurait sans doute blessé à raison plus d’un, fut apprécié à sa juste valeur par Ingrid, dont le sourire amusé avait été retrouvé.
« Je n’aurais pas dit mieux. »

Elle remarqua cependant que Wilhelm s’était soudain désintéressé de tout ce qu’elle aurait pu ajouter à la conversation – peu passionnante, certes, mais jusqu’à preuve du contraire ce n’était pas une raison – pour reporter son attention un peu plus loin. Repérant la scène qui attirait visiblement le regard de son collègue, Ingrid haussa les sourcils avec ce qui semblait être un mélange d’étonnement, de dédain et sans doute un fond – ou plus – de je-m’en-foutisme. L’âme chevaleresque ne se dévoilait pas d’un coup et une Eulalie Vernier qui tentait de se débattre entre deux soldats inspirait à l’Allemande assez peu de choses, en tout cas trop peu pour que ne naisse la moindre petite once d’envie d’intervenir. De toute façon quelqu’un d’autre le ferait très bien – Feigel le premier, à en croire l’insistance avec laquelle il regardait la trop jolie cantatrice. Mais Wilhelm n’eut pas le temps de démontrer toute la magnanimité qu’il pouvait déployer pour un beau minois, un autre s’en chargea à sa place.

« Mais ne serait-ce pas le nouveau poulain de Krebs, à côté de Mlle Vernier ? Avez-vous déjà eu l'occasion de le rencontrer ? »
Tout ce qui touchait de près ou de loin à la presse voulait spontanément lui tirer une grimace, sans doute principalement à cause de celui qui l’incarnait, mais au lieu de laisser entrevoir toute expression de dégoût elle plissa légèrement les yeux afin de reconnaître l’homme que désignait Wilhelm. Chose qui ne fut pas bien compliquée dans la mesure où il avait dernièrement été planté à un peu partout dans le décor.
« Landgraf, je crois. Je ne lui ai jamais parlé, j’ai principalement entendu Krebs s’en plaindre. »
Les marionnettes qui osaient avoir un avis et, comble de l’exaspérant, l’exprimer étaient particulièrement éreintantes, elle en convenait.

« J'irais bien les saluer en attendant. Je me demande ce qu'ils pensent de la fête... »
Qu’elle était largement perfectible ? Ou peut-être que le plus risible n’était pas à chercher du côté forain mais plutôt chez ces officiers et autres collaborateurs qui faisaient le pied de grue en attendant le messie ? Quoique vu de loin ils avaient tout simplement oublié qu’ils se trouvaient au milieu de ce qui devait être une célébration. Ce qu’elle ne manqua pas de faire remarquer en soupirant.
« Ils penseraient sans doute qu’elle serait meilleure si on ne les embêtait pas. »
Ce qui, justement, était une raison valable pour saisir la perche tendue par Wilhelm. L’expérience parlait d’elle-même : une valeur sûre pour chasser l’ennui était assurément de s’imposer auprès de ceux qui s’y attendaient et surtout le voulaient le moins. Elle esquissa donc un sourire complice en se tournant vers Wilhelm.
« Mais je vous parie n’importe quel service, à faire valoir cette semaine, qu’elle est bien meilleure menteuse que lui. »
Et dans la mesure où elle avait une liste de coup de fils qui croissait bien plus vite que son envie de les passer Eulalie était priée d’être à la hauteur de ses attentes.

Une fois au niveau du duo – en quelques coups de coude à peine ils avaient réussi à se faufiler jusqu’à eux – Ingrid se tourna dans un premier temps vers la jeune femme, à qui elle adressa un sourire chaleureux.
« Mademoiselle Vernier, quel plaisir de vous croiser ici. »
Elle ne poussa pas le vice à prétendre que le hasard faisait bien les choses. D’autant qu’Ingrid avait par le passé mal caché que ledit plaisir de l’apercevoir était à géométrie variable et n’obéissait à aucune règle identifiable. Quoique l’observation aurait peut-être permis de conclure que les regards noirs étaient proportionnels à la mise en beauté d’Eulalie et pondérés par le nombre d’officiers allemands mariés qui lui tournaient autour. Ou quelque chose du genre. Aujourd’hui cependant Ingrid paraissait normalement aimable et pareillement disposée à l’indiscrétion. Mais pour le moment elle se contenta de se tourner vers le médecin.

« Hauptmann Landgraf, n’est-ce pas ? Je crois qu’aucun de nous deux n’a encore eu le plaisir de vous rencontrer officiellement. Ingrid Lorre, responsable de la propagande culturelle, enchantée. »
Laissant à Wilhelm le soin de se présenter, elle se tourna de nouveau vers Eulalie et lui adressa un regard très appuyé.
« Chevalier servant en plus d’être un héros national, ce jeune homme cumule décidemment toutes les qualités. Vous avez l’œil, mademoiselle. »
Le sous-entendu ne cherchait même pas la subtilité, abandonnée en même temps que le respect de l’espace vital d’autrui. Mais quand bien même elle n’avait pas spécialement en tête de les laisser si facilement tranquille – et elle suspectait fortement Wilhelm d’être sur la même longueur d’ondes qu’elle –, Ingrid avait des manières, ou au moins savait s’en donner. Feignant de se rendre compte de son intempestivité elle se redressa, ouvrant de grands yeux, pour mieux s’adresser aux deux jeunes gens que la Propagande venait de prendre en griffes. Car pour déterminer qui des deux maîtrisaient le mieux le mensonge aussi fallait-il leur donner l’occasion de broder un peu.

« Mais j’espère que nous n’interrompons rien ? C’est que de loin vous sembliez presque… Préférer la compagnie à la fête, je dirais. »
Ce qui, compte tenu du fait qu’Eulalie l’avait à peine faussée à deux soldats peu enclins à la discussion, était très certainement normal. Quant à Hasko, qu’on tentait de balader d’occasion en occasion, n’importe quelle conversation ne lui rappelant pas son statut de brave était sans doute un bol d’air frais. Mais la compassion était dans ce contexte – et surtout du point de vue de spectatrice – moins distrayante qu’un efficace mélange de curiosité mal placée et d’insistance qui ne l’était pas beaucoup plus. « Rassurez-nous, ce grand jour ne vous ennuie pas ? »

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Mer 28 Déc - 12:31

Eva étendit sa robe sur ses jambes pour la cent quatrième fois de la matinée. Elle était tendue. Pire que cela, même. Elle ne se sentait pas à sa place. Autour d’elle, tous ces gens avaient l’air à l’aise, là, sur cette tribune. Les gens importants. Les dignitaires de l’ambassade, les officiers allemands, tous se tenaient droit, ou discutaient à voix basse entre eux. Mais elle, qu’est-ce qu’elle fichait là ? Elle n’avait pas sa place sur cette tribune. Elle devrait être dans la foule. Cachée, comme à son habitude. Alors elle reste figée sur place, triturant ses mains et sa robe, jetant des coups d’œil autour d’elle. Lengefeld a déjà un retard phénoménal. Elle peut sentir le frémissement d’impatience qui s’empare inexorablement de la foule. Même de Boynes, à côté d’elle, commence à trépigner. Il soupire et cela arrache un sourire à la jeune femme. Cela fait peu de temps, quelques semaines tout juste, qu’elle a changé de poste. Qu’on l’a transférée du Courrier Parisien à l’ambassade, afin d’y être l’assistante de Pierre de Boynes. Une aubaine pour le SD qui souhaite garder Vichy sous surveillance. Elle a eu un été chargé, pas une minute à elle. De Boynes n’est pas toujours évident professionnellement, mais il est plutôt charmant et la traite bien, et c’est toujours mieux que Meilland. Et puis, il y a Edouard Cabanel, qui partage avec elle sa passion étrange pour l’Egypte antique et se trouve être un véritable gentleman. Mais elle se demande si elle ne préférait pas le Courrier, plus anonyme, moins….pompeux. Ce monde d’apparences n’est pas le sien. Elle doit enfiler un masque et jouer un rôle chaque matin, et certains jours, cela lui pèse et la fatigue. Aujourd’hui plus que les autres, alors qu’on s’apprête à inaugurer la statue d’un antisémite notoire. Qui n’est pas si doué que ça, d’ailleurs.

« Mademoiselle Jürgen, m’en voudriez-vous de m’éclipser discrètement ? », lança Pierre à la jeune femme qui le regarda, surprise.
« Du tout, monsieur. D’ailleurs, m’autoriserez-vous à m’éclipser aussi ? »
De Boynes sourit, avant de hocher la tête. Eva sourit à son tour et descend dans la foule. Là, au milieu des gens, elle se sent respirer un peu mieux. Les parisiens ont déjà commencé à délaisser les barrières pour aller passer du bon temps aux stands de fête foraine installés non loin du Grand Palais. Nettement plus intéressant que de faire le pied de grue devant une statue recouverte en attendant que le Gouverneur daigne enfin faire l’honneur de sa présence. Avec un peu de chance, il a fait une attaque cardiaque et on ne reverra jamais. Par les mouvements fluides, issus d’années à se glisser dans les foules, Eva se fraye un chemin parmi les parisiens, avec la ferme intention d’aller participer elle aussi aux différents jeux de la fête foraine.

Pourtant, après quelques mètres, elle s’arrête. Immobile, elle observe l’homme qui se tient à quelques mètres d’elle. Augustin. Des sentiments contradictoires surgissent en elle, et la joie de le voir le dispute à la culpabilité.
Elle avait promis qu’elle passerait à sa librairie. Il devait l’inviter à prendre un café. Et puis, elle n’était jamais passée. Elle avait essayé, mais on l’avait transférée du Courrier à l’Ambassade, elle avait eu des tonnes de travail, et puis….elle ne sait pas trop. Elle n’avait pas osé, après quelques semaines. Elle avait eu de moins en moins l’impression de pouvoir être « juste Eva ». Elle s’était trouvée stupide de vouloir revoir le libraire, alors que sa vie était si compliquée, alors que de toute évidence, l’attachement n’était pas un luxe qu’elle pouvait s’offrir. La guerre n’avait que deux issues, et dans les deux cas, Augustin ne pouvait pas faire partie de sa vie. Personne ne le pouvait. Il suffisait de voir avec quelle facilité on lui avait coupé le Courrier. En quelques jours, elle avait dû changer de collègues, et elle n’avait plus vu Emy. On n’autorisait pas les espionnes à tisser des liens. Et elle ne souhaitait pas donner de faux espoirs à Augustin, lui faire croire qu’ils pourraient être amis, et devoir l’abandonner là quand on l’enverrait à Vichy, ou qu’on la ferait retourner en Allemagne. Elle était fatiguée de s’attacher aux gens et de les perdre à cause de sa vie.
Et pourtant, maintenant, il était là, et elle se trouvait ridicule de ne pas être allée le voir. Elle se rappelait cet après-midi passée en sa compagnie, avec le petit Etienne. Une bulle de sérénité. Pourquoi n’était-elle pas allée chercher cela de nouveau ? Elle franchit timidement les quelques mètres qui la séparaient du libraire.
« Bonjour, Augustin. »
Elle sourit, un sourire gêné et amical à la fois. Un sourire qui reflétait son trouble, bien malgré elle. Elle avait l’impression de l’avoir trahi en ne venant jamais, en ne donnant pas de nouvelles. Elle baissa les yeux vers sa robe et la lissa, une cent cinquième fois.
« Je, je crois que je vous dois des excuses. J’ai eu un été….un peu fou, et je… »
Elle releva les yeux et soupira. Comment lui expliquer tout cela ? Elle ne pouvait pas s’expliquer. Elle ne pouvait pas lui dire qu’elle avait peur de fréquenter les gens, quand elle les appréciait, parce que tôt ou tard cela mettait quelqu’un en danger. Elle ne pouvait pas lui dire qu’elle n’était pas qui elle prétendait être et que cela l’empêchait de nouer des relations saines. Alors elle sourit et haussa les épaules.
« J’ai été dépassée par les évènements, et après, je n’osais plus venir, je me suis dit que c’était trop tard. »
Ce qui n’était pas tout à fait un mensonge. Pas tout à fait la vérité non plus. Mais ça irait, pour l’instant.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Ven 6 Jan - 12:25

Fête foraine (à l'écart)

De tout ce qui tombait mal dernièrement dans le quotidien d’Elsa, croiser X4 à cet instant précis était probablement l’évènement le plus malvenu. Elle n’avait jamais eu beaucoup de contacts avec lui, sinon lors des opérations communes de leurs deux réseaux, mais ce n’était pas uniquement parce qu’ils avaient généralement mieux à faire que de discuter. La jeune chef gardait volontairement ses distances avec lui depuis qu’il lui avait annoncé qu’il la cherchait – ou du moins qu’il cherchait Elsa Meyer, qu’elle avait nié être. Elle ignorait ce qu'il lui voulait, s'il était communiste comme elle le pensait, peut-être avait-il un lien avec ses parents, mais ce n’était qu’une raison de plus pour garder le silence sur son identité, au-delà même de toutes les règles de sécurité qui lui interdisaient de la dévoiler au premier venu. Il y avait de toute façon bien longtemps qu’Elsa Meyer avait cessé d’exister aux yeux de Ian. Elle avait disparu, comme tout ce qui avait précédé la guerre, derrière de si nombreux remparts, derrière tant d’autres identités que la jeune femme elle-même l’avait oubliée. Ce n’était certainement pas à X4 de venir remuer tout cela. Elsa était loin de se douter qu’il en savait beaucoup plus que lors de leur première entrevue, mais quelle que soit la raison pour laquelle il semblait vouloir lui parler, ce n’était ni le lieu, ni le moment.

Et pourtant, il la suivait. Elle devait réussir à voir Cabanel rapidement, sans les faire repérer tous les deux, et il la suivait. Excédée, son sang-froid ordinairement à toute épreuve ayant déjà été entamé par l’état de son fils, elle dut se résigner à lui faire face en espérant évacuer le problème rapidement.
- Mais bonjour à toi aussi, Elsa. D’ailleurs, je dois t’appeler comment ? Ian, ou Elsa Meyer ?
Sidérée, la chef de la Brigade resta une seconde de marbre. Venait-il vraiment de prononcer ce nom ? Venait-il vraiment de prononcer ces deux noms, là, au beau milieu d’une fête foraine probablement gangrénée d’agents allemands ? Si elle avait été armée et moins maîtresse d’elle-même, elle l’aurait très volontiers abattu sur le champ tant pour son inconséquence que pour répondre à un irrépressible besoin de le faire taire. Au lieu de cela, elle n’eut d’autre choix que de se laisser entraîner à l’écart, ne pouvant résister à sa poigne.
- J’ai un peu l’impression que tu t’es fichu de nous, continua-t-il alors qu’elle posait sur lui un regard terriblement glacial. Et ça m’a un peu foutu en rogne quand j’ai découvert ton petit manège. Qu’est-ce que tu dirais d’arrêter les mensonges et les tromperies, et qu’on parle sérieusement ? Bordel, je te cherche depuis un bout, Elsa.
- Et vous n’êtes pas le seul, alors maintenant, taisez-vous ! lui intima-t-elle entre ses dents serrées par la colère, puisqu’il était devenu inutile de nier.

Elle jeta un regard autour d’eux pour vérifier que personne ne leur prêtait attention puis le fixa avec dureté. Il avait beau la prendre de haut, elle avait beau devoir lever la tête pour lui faire totalement face, elle n’était pas impressionnée, ni par sa carrure, ni par l’air hargneux avec lequel il la dévisageait.
- La sécurité et le cloisonnement, ça vous parle ? Et la discrétion ? Vous avez vu où on est ? lâcha-t-elle abruptement. Il n’y a plus d’Elsa Meyer ne devriez pas avoir cette information, qui vous l’a donnée ?
Sa voix trahissait sa crispation. Elle s’interrompit, bien consciente que ce n’était pas non plus le lieu ou le moment de procéder à un rappel des règles de sécurité ou de se laisser perturber par la sourde colère qui l’avait brusquement étreinte à l’idée que quelqu’un savait et se permettait de répandre l’information. Elle réalisa qu’il y avait probablement une réponse très simple à sa question : Honneur et Armée avait mené son enquête sur elle. Et maintenant qu’elle savait que X1 – ou Guillaume Vial puisqu’elle connaissait sa véritable identité maintenant – travaillait officiellement avec les Allemands, elle se doutait que le réseau devait avoir des contacts et des moyens pour trouver ce genre d’information. Ce n’était pas non plus le moment d’exiger plus d’explication.
- Je ne suis pas là pour discuter avec vous. Dites-moi ce que vous voulez, et vite.

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Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Dim 8 Jan - 21:11

Fête foraine

Alors qu’il faisait la queue pour payer une pomme d’amour à son fils, à quelques dizaines de mètres d’un endroit qu’il n’aurait jamais dû quitter (il paraît que sa présence était indispensable – il soupçonnait toute la clique des collabo parisiens de vouloir qu’il serve de paravents entre eux et le gouverneur de Paris), Edouard Cabanel se faisait la réflexion qu’il n’aurait jamais dû confier ses enfants à Alexandre. Ce n’était pas qu’il n’avait pas confiance en lui – même s’il venait de prouver qu’il avait perdu le petit dernier, il fallait bien le dire -, mais il ne se sentait franchement pas être un bon ami en profitant du fait qu’Alex soit seul pour lui faire garder ses mômes. Malgré les efforts des deux amis, entre deux verres au Caribou, aucune avancée concrète ne leur avait permis de savoir où le beau-père d’Alex avait enterré sa fille et ses petits-enfants. Edouard s’en voulut d’avoir quand même clairement manqué de tact. Après tout, Alex n’avait pas revu ses enfants depuis une éternité. Et voilà qu’il était obligé de courir derrière trois garnements en pleine fête foraine.
- Papa, tu peux me donner ma pomme d’amour ? Réclama Gaston, qui avait des préoccupations bien plus terre à terre que son père.
Bon après il y avait aussi des enfants qui donnaient des envies de les perdre dans des fêtes foraines et de ne jamais les retrouver.

Edouard allait demander au petit garçon où se trouver sa gouvernante d’un jour quand il entendit une voix l’appeler. Isis merci, ce n’était pas un membre de son équipe qui venait l’informer qu’il faisait poireauter Lengefeld enfin arrivé aux pieds de la statue – même si ça n’aurait été que justice, mais Alex lui-même qui arrivait au bon moment :
- Je vois que tu as retrouvé le fuyard, constata celui-ci, visiblement soulagé, pendant que Gaston se faisait penaud (ce qui était compliqué en croquant dans une pomme), tu n’es pas en train de te pâmer devant ta statue ? Lengefeld n’a toujours pas osé se montrer ? Chauve et lâche, ça fait beaucoup pour un seul homme.
- Oui, heureusement qu’il m’a retrouvé,  répondit Edouard d’un ton faussement sévère car en réalité, il était bien content d’avoir le droit à un visage ami après une heure d’attente au milieu des officiers allemands et des collabo comme Félix Aurèle avant de poursuivre un peu désabusé : je ne suis pas sûr que ce soit le problème d’oser. Lengefeld ose tout. A travers les innombrables vicissitudes de la France, le pourcentage d'emmerdeurs est le seul qui n'ait jamais baissé. Et avec l’arrivée d’Allemands, je dirais même qu’il a sacrément augmenté. Non, ne répétez pas ce mot les enfants.
Les enfants ne leur laissèrent pas le temps de parler davantage. Léonie et Rose voulurent absolument montrer à leur père leurs découvertes.
- A ton avis, combien de temps notre cher gouverneur va nous faire attendre ? Pas que je sois impatient d’entendre son discours probablement très spirituel et chaleureux…, finit par pouvoir placer Alexandre.
- Ne m’en parle pas… Personne n’en sait rien, même pas les membres de l’administration du Gross Paris. J’espère juste qu’il va finir par réapparaître, je ne tiens pas à être tenu pour responsable de la disparition sans laisser de traces de Lengefeld. Sans compter que j’ai un discours à prononcer moi aussi, termina Edouard avec une grimace, tu sais le genre qui glorifie l’amitié franco-allemande bla bla bla.

Edouard allait lui résumer l’étendue de l’hypocrisie de Vichy pour se faire plaindre (et pour envisager de réclamer un verre au Caribou dans la soirée) quand il remarqua que le calme s’était fait autour d’eux.
- C’est pas vrai,  s’exclama Alex en remarquant lui aussi la disparition de Rose et Léonie (Gaston, lui, continuait à s’accrocher à son père de sa petite main bien collante de sucre), tu as pensé à les momifier ? C’est ridicule mais au moins, ils ne bougeraient plus.
- Le problème, c’est que ça nécessiterait de les tuer, répliqua Edouard au tac au tac, avant que Gaston ne puisse trouver l’idée excellente, mais ce n’est pas possible ! Je ne vais jamais pouvoir retourner auprès des officiels. Das ist eine kolossale Konspiration, dit-il en singeant l’accent allemand.
Il fit signe à Alex qui allait protester qu’ils allaient chercher ensemble puis se remémorant que les deux petites filles voulaient aller voir le cirque, il entraîna Alexandre et Gaston à sa suite. Avec un peu de chance, ils arriveraient à temps pour éviter qu’elles ne finissent dévorées par un lion.
- En réalité,  confia-t-il à Alexandre alors qu’ils se faufilaient entre les Parisiens qui grignotaient et s’amusaient devant les stands, je suis plutôt content d’être là. L’ambiance commençait à être pesante au pied de la statue. Avec un peu de chance, ils se seront tous étripés à mon retour. Au pied d’une statue d’un homme nu de Breker, du meilleur effet.
Il avait échappé de peu à une voyante qui avait agrippé son bras en commençant à lui prédire que « bientôôôôt vous allez connaître un grand danger… » (Edouard préférait ne pas en savoir plus quitte à choisir), et toujours devant, il coupa la queue du grand palais pour pénétrer sous la verrière et chercher ses deux filles.

- On peut peut-être se séparer ? Et si tu les vois, tu…, commençait-il à suggérer quand il distingua deux petites blondes devant la cage aux lions, laisse tomber, elles sont là.
Rose avait entraîné sa sœur visiblement, laquelle était restée muette de stupéfaction devant les félins qui baillaient négligemment. Mais Rose, du haut de ses dix ans, s’était détournée des animaux pour s’approcher d’un petit garçon à peine plus âgée qu’elle, visiblement pour lui faire la conversation.
- Léonie ! Rose ! Vous n’avez pas à vous enfuir comme ça, je me suis inquiété ! Gronda Edouard en faisant irruption dans la scène avant de se rendre compte qu’il connaissait la mère du petit garçon, au moins de vue.
Madame Halder. Magnifique. Ses enfants avaient toujours le choc pour trouver des amis inattendus. Mais quand même, le fils du chef des SS sur Paris, c’était fort.
- Oh pardonnez-moi, madame Halder, lança-t-il en direction de Margarete, non sans laisser un regard mauvais à ses filles qui se firent toutes petites, j’espère qu’elles ne vous ont pas trop dérangés, votre fils et vous. Hum… Vous me reconnaissez ? Je suis Edouard Cabanel, l’ambassadeur de Vichy et voici un ami, Alexandre Reigner. Que faites-vous ici, si loin de la statue et de la cérémonie ?
Se pouvait-il qu’elle ait fui, elle aussi ? Même les Allemands étaient parfois plein de surprises ! En tout cas, une chose était sûre, elle n’avait peur de rien. En tant qu’épouse notoire d’un des pires allemands de l’armée d’occupation, elle était une cible facile pour les potentiels résistants.

Cirque


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Il suffit de se souvenir
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Sam 14 Jan - 23:36

« Et vous n’êtes pas le seul, alors maintenant, taisez-vous ! »
Thibaud lâcha un petit sourire satisfait. De toute évidence, Elsa n’était pas ravie de le voir. C’était un peu l’effet recherché, en même temps. Elle l’avait mené en bateau et il était légèrement en colère. Contre elle, contre lui-même aussi en partie, mais c’était Elsa qui faisait les frais de cette colère dans tous les cas. Néanmoins, elle avait raison ; il était très imprudent de lui parler au milieu de tous les badauds, de balancer son nom comme ça. Même pour lui, c’était imprudent. Il n’avait pas vraiment besoin qu’on se pose des questions sur sa conversation avec une silhouette de petit gabarit.
« La sécurité et le cloisonnement, ça vous parle ? Et la discrétion ? Vous avez vu où on est? Il n’y a plus d’Elsa Meyer ne devriez pas avoir cette information, qui vous l’a donnée ? »
L’ouvrier se contenta de hausser les épaules. Comme s’il allait balancer une source, elle le prenait pour qui ? Quoique, il ne portait pas franchement Diderot dans son cœur. Il pourrait tout aussi bien donner malencontreusement le nom du fonctionnaire à la jeune femme. Ce qui se passerait après, comment elle décidait de gérer le cas de ce lâche, ce n’était plus tellement son problème. L’idée était fort tentante. Pourtant Thibaud résista et ne dit rien. Guillaume n’approuverait pas vraiment s’il lâchait une info. Irina le tuerait, probablement. Il ne savait pas qui des deux était le plus effrayant et dangereux. Ils étaient ex-aequo. Quoique. Irina dans ses bons jours était ex aequo avec Guillaume dans ses mauvais. La princesse russe était capable de le tuer sans laisser de traces mais tout en faisant savoir que c’était elle.
« Je ne suis pas là pour discuter avec vous. Dites-moi ce que vous voulez, et vite. »
Le jeune homme soupira.
« Je ne suis pas là pour discuter avec toi non plus, j’ai mieux à faire que discuter avec une bonne femme au milieu d’une fête foraine. Ceci dit, tu peux me tutoyer, après tout, on a partagé des merdes ensemble. »
Il faisait allusion au ratage complet de l’attentat qui visait Glucks au défilé qui avait eu lieu en mai. Elsa comprendrait probablement de quoi il parlait. Ou pas, et tant pis, il s’en fichait bien. Elle dormait peut-être bien avec, pas lui. On l’avait entrainé à tuer sur demande. Mais il ne supportait pas les dommages collatéraux, surtout s’ils étaient civils et innocents. Il s’était même demandé si Elsa n’était pas la taupe, après tout, elle était au courant de tout. Mais malgré son sale caractère, la jeune rousse semblait digne de confiance. Quelque chose dans les tripes de Thibaud le lui disait. Il écoutait ses tripes, elles le trahissaient rarement. Quoique. Ses tripes ne l’avaient pas prévenu du pacte germano-soviétique et de la fin du communisme en Occident.
« Tes parents. Les Meyer. Je voudrais leur parler. Ils sont importants. On partage les mêmes idéaux et j’aurais besoin…de leur aide. S’il te plait. »
Ca lui faisait mal d’admettre qu’il avait besoin d’aide. Mais c’était la vérité. Il avait fondé pas mal d’espoir dans les Meyer. De vrais communistes. Des gens qui pourraient l’aider.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Sam 11 Fév - 19:05

Régulièrement, Margarete Halder regarder sa montre afin de ne pas manquer l'arrivée du général. Il serait inconvenant de ne pas être là. Son fils ne semblait pas décider à partir et elle ne pouvait lui résister.
En y réfléchissant bien, Margarete Halder n'avait presque jamais gronder son fils. Peut être une fois en Allemagne lorsqu'il était plus jeune. Elle préférait rire de ses bêtises et laissait à Klaus le rôle du méchant dans l'histoire. C'était sa petite satisfaction. Elle était incapable de le fâcher, elle s'en voulait trop de lui mentir sur la véritable identité de son père. Elle se rattrapait donc en le couvrant de présents. Cela ne plaisait évidemment pas à Klaus mais elle se débrouillait toujours pour le faire céder. Elle était assez douée pour cela.

C'est en se dirigeant vers une autre cage qu'une fillette arriva devant son fils afin de lui faire la discussion. Elle était d'ailleurs très sérieuse en parlant des animaux avec Louis ce qui amusa fortement Margarete qui se pencha vers elle.

« Bonjour mademoiselle … Tu es seule ? »

Elle n'a pas le temps d'entendre sa réponse qu'une voix semble déjà l'appeler. Rose. Elle sourit en se redressant pour se tourner vers le père visiblement inquiet.
Merveilleux, il s'agissait d'Edouard Cabanel, l'ambassadeur de Vichy. Evidemment qu'elle le reconnaissait, elle l'avait suffisamment croiser lors de soirées mondaines sur Paris. Margarete ne le connaissait pas vraiment d'ailleurs, elle préférait se méfier. Elle sortit alors son plus beau sourire en lui tendant la main.

« Monsieur Cabanel, quelle surprise ! »

Elle adressa un signe de tête en guise de bonjour à l'homme qui l'accompagnait.

« Enchantée monsieur. Oh non nullement nous étions en train d'admirer les lions, Louis adore les animaux ! »

Oui, oui, bon, c'est vrai elle est loin de la statue. Mais en même temps à part attendre il n'y a rien à faire. C'est dur pour un enfant de rester comme ça sans rien faire.

« La même chose que vous je suppose, je distrais mon fils, l'attente est trop longue pour lui. Je suis certaine que le général comprendra … Mais dîtes moi c'est une véritable tribu que vous avez là ! A cet âge c'est tellement facile de les perdre ! »

Elle se pencha alors sur le fils de l'ambassadeur.

« Et vous monsieur, comment vous appelez-vous ? »

N'avoir eu qu'un seul enfant est certainement son plus grand regret. Elle aurait aimé en avoir d'autres et il n'était pas trop tard. Mais donner une descendance biologique à Klaus Halder était pour elle hors de question. Les rares fois où il la touchait la dégoutait assez pour renoncer à ses désirs de maternité.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Dim 12 Fév - 17:07

Fête foraine (à l'écart)

Aujourd’hui était un jour sans – ou plutôt, un jour avec toutes ces choses qu’Elsa s’efforçait d’oublier ou au moins de laisser de côté. Son fils malade alors qu’elle refusait (et redoutait) d’avoir à agir comme une mère. Un pari risqué pour demander de l’aide alors qu’elle ne prenait jamais de risques inutiles. Et ce nom d’avant la guerre qu’on cherchait à exhumer alors qu’elle avait tout fait qu’on l’oublie. Toutes ces choses qu’elle avait bannies, par lesquelles elle ne pouvait pas se laisser troubler, parce que c’était la guerre, et que c’était là tout ce qui comptait. En levant un instant la tête pour observer la foule de la fête foraine dont X4 les avait éloignés, et dans laquelle elle n’avait toujours pas repéré l’ambassadeur, Elsa se demanda si elle n’aurait pas mieux fait de chercher une autre solution. Depuis que le réseau avait perdu son médecin, entre autres, et qu’elle-même avait dû renoncer à certains de ses contacts ainsi qu’à l’aide de sa précédente logeuse pour limiter au maximum les dégâts, les difficultés quotidiennes s’étaient encore alourdies. Mais n’avait-elle pas cédé un peu trop vite à l’inquiétude ? Mettre en danger la couverture de Cabanel et leur vie à tous les deux n’était pas digne de sa prudence ordinaire, et en cherchant autre chose, elle aurait pu s’éviter une rencontre dont elle se serait bien passée. Elle qui n’avait pas pour habitude de douter au milieu d’une opération, se prit à regretter sa décision. Et pourtant, elle n’était pas au bout de ses peines.

- Je ne suis pas là pour discuter avec toi non plus, j’ai mieux à faire que discuter avec une bonne femme au milieu d’une fête foraine. Ceci dit, tu peux me tutoyer, après tout, on a partagé des merdes ensemble, lança X4 à Ian qui ne jugea pas utile de répondre, quand bien même le terme « bonne femme » assorti d’un tutoiement qu’elle n’avait pas l’intention d’employer lui valut l’un de ces regards glacials et méprisants dont elle avait le secret et qui remplaçaient sans difficulté tout éclat de colère. Tes parents. Les Meyer. Je voudrais leur parler. Ils sont importants. On partage les mêmes idéaux et j’aurais besoin… de leur aide. S’il te plait.
Elsa se figea à nouveau. Tout son corps se raidit, jusqu’à la façon dont elle dévisageait X4. A cet instant, elle ne voulut rien sinon le faire taire. Parce qu’il n’avait pas le droit d’aborder ce sujet, et parce ce qu’il disait n’avait aucun sens. A cet instant, elle songea très sérieusement à tourner les talons et à le planter là pour ne pas avoir à répondre. Depuis près de trois ans, Elsa s’interdisait ne serait-ce que de penser à sa famille, et plus encore, d’en parler. Alors l’évoquer avec X4 dépassait de très loin les limites tacites qu’elle avait établies entre elle et le reste du monde. Surtout aujourd’hui. Et pourtant, c’est d’une voix on ne peut plus froide et détachée qu’elle lâcha la seule réponse qu’elle pouvait lui faire :
- Je vous suggère d’aller les chercher en Allemagne. S’ils sont encore en vie. Votre source ne vous a pas raconté ça ?

Elle le fixa une seconde puis leva la tête pour scruter à nouveau la foule, à quelques pas. Il fallait qu’elle mette fin à cette conversation, elle ne pouvait pas rester là, elle devait absolument trouver Cabanel avant que Lengefeld ne finisse par arriver. Elle avait besoin de mettre fin à cette conversation. Mais elle avait beau se retrancher derrière toute l’indifférence du monde, quelque chose dans les paroles de X4 la perturbait. Pourquoi pensait-il ses parents « importants » ? Elsa savait ses parents militants, elle les avait vus rencontrer d’autres membres du Parti, elle savait qu’ils avaient déménagé à Paris pour éviter des ennuis. Mais jamais rien ne lui avait laissé penser qu’ils avaient une quelconque importance. Et alors qu’elle aurait dû partir, elle se tourna à nouveau vers X4.
- Pourquoi eux en particulier ? Pourquoi est-ce qu’ils étaient importants ? questionna-t-elle âprement, même si c’était réellement la première fois depuis le début de cette conversation qu’elle accordait un véritable intérêt à ce qu’il allait dire.
Elle ne voulait pas en parler, certes. Mais elle ne pouvait pas juste s’en aller alors qu’un sombre inconnu ou presque en savait visiblement plus qu’elle.

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Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Sam 25 Fév - 16:38

« Je vous suggère d’aller les chercher en Allemagne. S’ils sont encore en vie. Votre source ne vous a pas raconté ça ? »
Thibaud se figea sur place, son sang se glaçant et un frisson lui parcourant l’échine. Non, sa source ne lui avait clairement pas raconté cela. Il lui avait parlé des Meyer. Pas de ce qui leur était arrivé. Et pourtant, il aurait dû y penser. Des communistes. Si les communistes se faisaient prendre, ils finissaient généralement dans un train en partance pour l’Allemagne, et on ne les revoyait jamais. Lui-même devait garder secrètes ses convictions politiques et idéologiques pour survivre. Brunellière n’attendait qu’un pas de travers pour le dénoncer.

Sa mission s’en trouvait mise à mal. Tout son plan tombait à l’eau. Quand il avait appris que la jeune femme rousse avec un sacré caractère était la fille Meyer, après des mois et des mois à les chercher en vain, il avait repris espoir. Peut-être pourrait-elle l’aider. Peut-être pourrait-il rencontrer les Meyer. Peut-être pourrait-il….mais non. Rien de tout cela. Et il se sentait idiot, bon sang, ce qu’il se sentait idiot. Il avait presque agressé Elsa, pour lui parler de ses parents, alors qu’ils étaient probablement morts, quelque part en Allemagne. Le jeune homme restait là, pantois, comme un con, incapable de dire quoi que ce soit d’autre. Il avait merdé.
« Pourquoi eux en particulier ? Pourquoi est-ce qu’ils étaient importants ? »
La voix d’Elsa qui s’élevait à nouveau fit reprendre un semblant de consistance à Thibaud, qui soupira.
« C’est confidentiel. Pas important. »
Il détourna le regard quelques instants avant de le reporter sur Elsa, et de soupirer à nouveau. Après tout, pourquoi ne pas lui dire ? Ca n’avait plus aucune importance. Les Meyer n’étaient plus là. Et après tout, c’était sa famille. Elle avait le droit de savoir, peut-être. Guillaume ne serait peut-être pas ravi que Thibaud dévoile ses plans à une femme d’un autre réseau. Après tout, la Brigade et Honneur et Armée n’étaient pas les meilleurs amis au monde. Mais elle le méritait, d’une certaine manière.
« Tes parents avaient des…noms. Des contacts de gens dans les groupes communistes. Je cherchais ces noms, de gens qui auraient pu nous aider. Et je comptais sur l’aide des Meyer pour ça. Mais j’ignorais ce qui leur était arrivé. »
Le jeune homme passa la main dans ses cheveux, un peu mal à l’aise.
« Je suis désolée, de ce qui leur est arrivé, c’est moche. Et de t’avoir brusquée comme ça. Je savais pas. J’suis pas….j’suis pas le mec le plus délicat du monde. J’espérais juste vraiment que tu puisses nous aider. »
Il regarda ses pieds brièvement. Thibaud n’aimait pas admettre ses erreurs. Il n’aimait vraiment pas ça. Sa fierté en prenait un sacré coup.
« Je vais te laisser partir, du coup. T’as probablement mieux à faire. Mais ce serait bien, tu sais, qu’on se fasse un peu confiance, les vôtres et les nôtres. On pourrait se filer des coups de main au lieu de se regarder en chiens de faïence. On aurait beaucoup à y gagner. On combat le même ennemi, tu sais. »
Le jeune homme esquissa un sourire discret, poli, presque amical. La Brigade n’était pas ses meilleurs amis, mais avec l’évolution de la situation sur le front de l’Est, l’occasion était peut-être belle pour s’allier ? Il faudrait qu’il en parle à Guillaume et Irina.
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Jeu 30 Mar - 20:35

Si ça n’avait tenu qu’à lui, Maxime se serait plutôt volontiers passé de cette inauguration. Non seulement applaudir Lengefeld et Cabanel pour avoir tiré sur un drap n’avait strictement aucun intérêt pour lui (et Maxime accordait beaucoup d’importance à son intérêt) mais en plus, la dernière sortie officielle en pleine foule à laquelle il avait assisté avait bien failli lui coûter un bras et tant qu’à faire, il ne mourait pas d’envie de retenter l’expérience pour rien. Mais Cabanel ayant visiblement décidé que s’il devait se coltiner l’évènement, il n’y avait pas de raison que les autres y échappent, Maxime était bien là, non loin du Breker toujours recouvert de son drap, à attendre que le gouverneur daigne se montrer. Et ce depuis une heure, constata-t-il en jetant un œil à sa montre. Il soupira, et eut une pensée pour son père. Camille Andrieu avait profité des derniers mois pour revoir ses convictions et réétudier ses allégeances. Après avoir dédaigné à la fois les ingrats de Vichy et les Allemands, l’ancien député avait finalement trouvé son compte du côté de l’occupant et il trouvait, quant à lui, que son fils ferait très bien de se montrer en compagnie du gouverneur, même pour une vague inauguration. Il en serait pour ses frais en apprenant que Lengefeld ne s’était finalement jamais montré, songea Maxime, qui ne se trouvait actuellement même plus à côté de l’ambassadeur de Vichy puisque ce dernier s’était éclipsé avec un de ses gamins. Il ne restait non loin plus que la secrétaire de Cabanel, Caroline Ancel, qui avait l’air encore moins ravie que lui de se trouver là.

Le temps commençait à se faire long et Maxime se mit à scruter la foule qui se délitait progressivement autour de la statue pour converger vers les pralines et les gaufres de la fête foraine. Les Allemands avaient frappé juste pour calmer les ardeurs parisiennes : au ventre, et montré ainsi que les vieilles recettes ne sont jamais totalement désuètes. Un instant, il se demanda s'il ne pourrait pas apercevoir Rachel Lévi dans la foule des Parisiens. S'il n'avait encore rien trouvé d'assez tangible et satisfaisant pour prouver ce dont il était certain - à savoir qu'elle écrivait dans le Réveil -, Maxime n'avait pas pour autant renoncé à la suivre comme son ombre dès qu'il en avait l'occasion, persuadé d'avoir tout le temps qu'il voulait. Il était sûr de lui, et convaincu qu'elle finirait par faire un faux pas. Ce jour-là, il aurait gagné et en attendant, il en apprenait un peu plus sur Rachel, ses habitudes ou sur Racine et il ne s'en portait pas plus mal. Maxime ne doutait pas de lui au point de rester parfaitement indifférent à l'idée de s'afficher avec une juive affublée (parfois) de son étoile jaune.
- Andrieu ! l'interpella soudain un de Boynes contrarié, allez me chercher Cabanel, Lengefeld ne devrait plus tarder.
Ni lui ni personne n'en savait rien, et le gouverneur qui se prenait pour le roi du monde était bien capable de ne jamais se montrer. Mais s'il arrivait alors que l'ambassadeur était parti se promener entre les pralines et les pommes d'amour... Andrieu esquissa un sourire en imaginant la scène. Il fit un signe à de Boynes et s'éloigna à son tour du Breker qui ressemblait toujours plus à une meringue qu'à un homme nu.

C'était peu de dire que la fête foraine et ses quelques marchants avait plus de succès que l'inauguration qui traînait en longueur. La foule était beaucoup plus compacte, vivante, et se disputait pour savoir à qui revenait la place dans la file d'attente pour les gaufres. Maxime se prit à lorgner sur les étals dans le vague espoir de mettre la main sur un bout de chocolat que même la fréquentation assidue du marché noir ne lui permettait plus de trouver depuis des semaines. Mais avant d'avoir pu prouver qu'on pouvait à la fois avoir l'arrogance de se considérer au-dessus de la plèbe abusée par du pain et des jeux, et s'y joindre pour quelques carrés de chocolat, le jeune homme cru reconnaître une silhouette familière dans la foule. Ce n'était pas Cabanel qu’il n’était pas près de retrouver, ni son frère qui traînait pourtant sans doute dans les parages. Les longs cheveux roux et les yeux clairs qu'il venait d'entr'apercevoir appartenaient plutôt à cette chère Rachel, qui le vit aussi car elle se détourna brusquement et chercha à s'éloigner. Andrieu eut un rictus satisfait à l’idée qu’il n’aurait peut-être pas totalement perdu sa journée. Cabanel se retrouverait bien tout seule ; il entreprit plutôt de suivre Rachel et de se planter juste derrière elle, goguenard, tandis qu’elle poussait une adolescente qui devait être sa sœur sous la tante d’une voyante.

- Andrieu, toi ici ! l’apostropha la jeune femme, je ne pensais pas que tu appréciais ce genre de festivités, ça ne manque pas trop de champagne et d’uniformes ? A moins que ma présence te suffit à ce point pour oser te mêler au bas peuple ?
- C’est vrai que si je ne devais vivre que de champagne, je passerais moins de temps avec toi… rétorqua Andrieu avec un sourire narquois en la dévisageant.
Elle avait l’air à peu près aussi ravie de le voir que les huiles l’étaient d’attendre Lengefled, mais le fixait toujours avec cette détermination qui transformait presque toute cette situation en défi pour Maxime. Un défi avec une dénonciation et des arrestations à la clé.
- Mais même si je sais que tu aimes croire que je fais tout en fonction de ton emploi du temps, figure-toi que je ne te cherchais pas. C’est toi qui me tombes dessus, ajouta-t-il, sans être le moins du monde perturbé par le moindre scrupule.
Il lança un regard vers la tente dans laquelle Rachel avait presque littéralement jeté sa sœur, étouffa un ricanement.
- Tu consultes les voyantes maintenant ? Une incertitude sur ton avenir, peut-être, tu n’es plus si certaine que tu n’as rien à me dire ?
Maxime savait très bien, au fond, qu’elle ne parlerait pas d’elle-même – pas ici, pas maintenant en tout cas. Mais il s’était engagé dans une partie qu’il ne pouvait ni ne voulait abandonner.

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