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 [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris

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Gerhardt Lengefeld
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Lun 8 Mai - 20:47

Gégé is (enfin) coming

Gerhardt Lengefeld s’était réveillé de fort mauvaise humeur. Non seulement il avait passé la nuit seul et se réveillait donc sans personne dans son lit (alors qu’avec son charme fou, personne ne pouvait lui résister, il ne comprenait pas ce qui s’était passé la veille au soir) mais en plus il était attendu dans la journée à une inauguration stupide (il avait d’ailleurs oublié quelle était la chose à inaugurer). Franchement, est-ce qu’il avait une tête à tirer sur des draps pour révéler des horreurs dont tout le monde se passait bien ? Enfin, on lui avait dit que c’était obligatoire – le cadeau venait de Berlin, paraît-il – et en plus, les Français ne semblaient pas pouvoir se débrouiller sans lui – c’est dire s’ils étaient incapables, aux dernières nouvelles, le premier abruti savait comment tirer sur un drap.

Aussi une minute avant l’heure à laquelle il était attendu sur place, Gerhardt se décida enfin à lâcher les dernières nouvelles du front (mauvaises de toute façon) pour ôter son peignoir et revêtir son uniforme d’apparat. Inutile de dire qu’il était légèrement en retard – oaf, une petite heure et demi, à peine – quand il débarqua devant le Grand Palais. Là l’attendait une immonde meringue blanche et une foule toute aussi immonde, notamment composée d’Ingrid Lorre qu’il ne pouvait voir en peinture (c’est le cas de le dire), et de Brenchenmacher qu’il n’aimait pas non plus. En revanche, nulle trace de l’ambassadeur de Vichy – allez savoir où cet abruti était parti se planquer (bien un truc de Français, ça, même pour tirer sur des draps, ils sont lâches).

Alors que tout le monde se précipitait sur lui, il marmonna une vague excuse qui comprenait les mots « problème », « route » et un juron en allemand. Il s’approcha de la petite estrade dressée pour l’occasion et du micro pour lâcher un :
- Bon il est où Cabanel ?
Il ajouta à voix plus basse pour Krebs qui venait de le rejoindre : « j’ai pas envie de parler français, ramenez-le moi pour le discours ». Puis se rendant compte que tout le monde le regardait et semblait attendre quelque chose, il dit d’une voix de stentor dans le micro :
- Laissons l’ambassadeur faire son discours. J’ai une annonce importante à faire après.

Là-dessus, il croisa les bras sur son torse et jeta des regards mauvais sur tous les visages qui se présentaient à lui.

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Alexandre Reigner
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Dim 14 Mai - 17:42

Edouard et Alexandre étaient au moins d’accord sur une chose : le pourcentage d’emmerdeurs en France était d’une constance effrayante. Reigner le savait d’autant mieux qu’il était avocat, et qu’en plus d’en rencontrer beaucoup, il se comptait parmi eux. Un instant, il se demanda si on ne pourrait pas aussi y ajouter les enfants qui fuyaient dès qu’on détournait le regard plus d’une demi-seconde, mais à bien y réfléchir, il préférait passer des heures à courir après Gaston que subir trois minutes d’entretien avec des types comme Lengefeld. Ou Aurèle. Ou Claussat. Bref, les enfants de Cabanel, aussi impossibles à garder à l’œil fussent-ils, ne pouvaient décemment être rangés dans la même catégorie que les pires emmerdeurs que la France connaissait à ce jour. Même s’ils s’étaient apparemment donné le mot pour faire tourner le monde entier en bourrique – en particulier Alex qui était à peu près aussi doué pour s’occuper de mômes que son propre père (celui qui ne s’était occupé de personne depuis le fin fond de l’Amérique du Sud, donc) ; et Eddy qui avait déjà fort à faire avec ses discours absurdes sur la pseudo-amitié franco-allemande, les généraux en retard, et les pommes d’amour prises d’assaut. Et alors que pour une fois, Reigner proposait une solution qui allait dans le sens de la lubie égyptienne de son ami, ce dernier lui opposa immédiatement ses considérations hautement terre-à-terre :
- Le problème, c’est que ça nécessiterait de les tuer.
Alex marmonna pour lui-même qu’à cet instant précis, il ne voyait pas où était le problème.
- Mais ce n’est pas possible ! poursuivit Eddy. Je ne vais jamais pouvoir retourner auprès des officiels. Das ist eine kolossale Konspiration.
- Je comprends, tu étais en si bonne compagnie. Tu sais que ton accent est magnifique, d’ailleurs ? Tu ne dois pas beaucoup dépareiller dans les conversations, ironisa Alexandre en lançant un regard autour de lui.
Point de têtes blondes en fuite à l’horizon. L’avocat lâcha un soupir. Heureusement, Léonie et Rose avaient exprimé assez bruyamment la probable destination de leur fuite : ils n’auraient qu’à fouiller le cirque.

Ils entreprirent donc de partir à la poursuite des futures momies en fuite, et tandis qu'ils faisaient de leur mieux pour lutter contre la foule, Cabanel reprit la parole.
- En réalité, je suis plutôt content d’être là. L’ambiance commençait à être pesante au pied de la statue. Avec un peu de chance, ils se seront tous étripés à mon retour. Au pied d’une statue d’un homme nu de Breker, du meilleur effet.
L'image tira un rictus à Alex.
- Peut-être que c'est le but de Lengefeld, on n'est jamais trop créatif pour inventer de nouveaux modes de purge, grimaça-t-il alors qu'ils arrivaient en vue du cirque. Bon, elles sont où à ton avis ?
- On peut peut-être se séparer ? Et si tu les vois, tu…, commença Eddy avant de s'interrompre, laisse tomber, elles sont là.
Suivant son regard, Reigner repéra en effet deux petites silhouettes trop blondes pour ne pas être des Cabanel, plantées devant la cage aux lions. Ils n'avaient plus qu'à les récupérer avant que ces derniers ne décident d'en faire leur goûter, ce que l'ambassadeur s'empressa de faire, tout en tirant toujours derrière lui le petit Gaston qui regardait les lions avec de grands yeux, sa pomme d'amour figée à quelques centimètres de sa bouche.
- Oh pardonnez-moi, madame Halder, lança soudain Eddy, s'attirant immédiatement un regard perplexe d'Alex, qui ne découvrit qu'une seconde plus tard qu'ils étaient bel et bien nez à nez avec l'épouse de Klaus Halder, ce qui aurait laissé l'avocat profondément indifférent si le nom de Halder n'évoquait pas un si sinistre personnage.
Il laissa Cabanel faire les présentations, répondant par un même salut bref à celui que lui adressa Margarete. Il eut un rapide sourire en entendant Eddy lui demander ce qu'elle faisait si loin de la statue et songea que décidément, la place qui devait être au cœur de l'événement allait se désertifier en moins de deux à ce rythme. Lengefeld allait être ravi - s'il arrivait un jour.

- Tonton Alex, t’as vu les lions ? lui glissa la petite Rose, profitant du fait que son père semblait soudain plus occupé à bavarder qu’à la gronder, tandis que Gaston, de son côté, pas timide pour deux sous, répondait avec enthousiasme à Margarete Halder.
« Tonton Alex » allait s’intéresser aux animaux de la jungle avec les deux fugueuse, quand un brouhaha confus sembla gagner la foule – ce qui n’indiquait généralement rien de très bon. Il se redressa pour jeter un regard aux alentours. On ne saurait dire si c’était une bonne nouvelle ou non, mais à la façon dont on se mettait soudain à converger à nouveau vers la statue de Brecker, Reigner en déduisit que le général avait fini par daigner se pointer.
- Prêt à te faire engueuler pour avoir fait attendre sa majesté le gouverneur de Paris ? glissa-t-il à mi-voix à Edouard.

Spoiler:
 

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Wilhelm Feigel
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Dim 14 Mai - 21:23


Une nouvelle statue à Paris
Les statues meurent-elles aussi ? [Intrigue générale]



Rien de mieux pour passer le temps que quelques commérages, et la situation s’y prêtait à merveille. Les deux corbeaux avaient trouvé leurs proies et les regardaient avec un air curieux et mauvais. D’abord Mlle Vernier, l’ange de l’opéra, qui n’était que froideur en présence de Feigel - on pouvait la comprendre, toute jeune Française avait de bonnes de raisons de se méfier de l’empressement poli des occupants -. Et à côté d’elle, celui qu’on avait dernièrement adoubé comme héros de la nation. Landgraf. Un nom aristocratique, à l’image de l’importance qu’on lui donnait ces derniers temps dans les média.

« Ils penseraient sans doute qu’elle serait meilleure si on ne les embêtait pas. »

Fiel eut un petit rire. Que de tact, que d’humanité et de délicatesse de la part de sa collègue, qui l’avait habitué à moins de prévoyance envers ceux qu’elle n’appréciait que modérément, et ils étaient légions. Wilhelm allait lui en faire la remarque, mais elle poursuivit:

«  Mais je vous parie n’importe quel service, à faire valoir cette semaine, qu’elle est bien meilleure menteuse que lui. »

Et le directeur de la Continental salua cet heureux retournement de la part de sa collègue.

« Ah, je vous retrouve ! J’ai cru un moment que l’attente était venue à bout de votre sens de l’humour. »

Et d’un même mouvement, les deux Allemands franchirent les quelques mètres qui les séparaient du couple. Tiens, du « couple »… c’est vrai que la paire était bien choisie. Si Krebs voyait cela, il brûlerait sans doute d’envie d’inclure la demoiselle dans la propagande hebdomadaire dont l’on abreuvait Paris. Ce serait griller les étapes, peut être, mais après tout, le moindre signe était bon pour alimenter la rumeur.

Ingrid Lorre ne s’encombra pas de finesse pour aborder le duo qui, effectivement, se trouvait peut être mieux sans eux. S’il la laissait faire, elle allait déployer des trésors d’hypocrisie pour mettre mal à l’aise les jeunes gens. Même ses salutations à la chanteuse avaient quelque chose de faux. Elle s’adressa cependant à Landgraf d’un ton plus neutre. Elle n’avait pas encore eu le temps de développer quelque grief à son égard. Il imita sa collègue sans tarder - pas question de paraître effacé dans ce dialogue -, adressa un hochement de tête courtois à la chanteuse et serra la main au jeune homme avec chaleur:

« Mademoiselle, merci d’honorer cette cérémonie de votre présence !… Quel heureux hasard, Hauptmann Landgraf ! Je suis enchanté de vous rencontrer. Après tout, vous serez sans doute le héros d’un film de la Continental, dans un futur proche…! »

Aucun projet particulier en vue, mais avec Krebs, cela ne tarderait sans doute pas à se faire. Cette petite référence à la renommée du jeune homme fut une occasion offerte à Ingrid Lorre pour mettre les pieds dans le plat, et complimenter la demoiselle sur ses inclinaisons en matière d’occupants allemands. Si si, c’était bien cela, et à peine déguisé. Wilhelm fut prit d’une brusque envie de rire qu’il transforma en un simple sourire, exprimant son amusement tout en adressant un regard vaguement désolée à la destinataire de ce « compliment ». Feigel était de ces individus passablement agaçants qui donnent toujours l’impression d’être du côté de tout le monde à la fois.

C’est qu’Ingrid Lorre était lancée, et l’arrêter risquait de devenir de plus en plus difficile.

«  Mais j’espère que nous n’interrompons rien ? C’est que de loin vous sembliez presque… Préférer la compagnie à la fête, je dirais. »

Le regard surpris et légèrement crispé de leurs interlocuteurs donna à nouveau à Feigel envie de rire. Elle ne reculait décidément devant aucune indiscrétion, et ne tarda pas à nouveau à enchaîner. Ce qui n’était pas si mal, après tout. Obliger ces deux jeunes gens à répondre à la question précédente eut sans doute été pire. Ceux ci n’étaient d’ailleurs pas très loquaces, et Wilhelm préféra leur ôter la peine de répondre en se lançant dans un de ces discours convenus dont il avait le secret, comme si l’un de ces deux jeunes gens lui avait demandé de quelconques explications sur sa fonction ici:

«  Un grand jour, comme le dit Madame Lorre ! Nous allons d’ailleurs tâcher de le faire entrer dans l’histoire… Plusieurs opérateurs postés en divers endroits de la place vont filmer la scène. Ici, vous aurez à peine le temps de voir le drap tomber, mais vous verrez, le résultat sur pellicule sera étonnant ! Et d’ailleurs… »

Mais le micro produisit une sorte de raclement sonore, ne le laissant pas le temps d’achever sa tirade. D’un seul mouvement, le groupe se retourna vers l’estrade où devait apparaître le Gouverneur. Et effectivement, il était là. Avec une heure et demie de retard, mais tout de même. La cérémonie allait enfin pouvoir commencer; le Gouverneur annonça l’ambassadeur de Vichy.

« Vous m’excuserez… »

Le chef du service de propagande cinématographique porta ses regards par dessus les épaules de ses interlocuteurs, tentant de localiser ses opérateurs. Avaient-ils bien tout mis en marche, afin de capturer sur pellicule l’arrivée de Lengefeld ? Pas sûr, celle ci avait été si soudaine, et peu magistrale. Feigel en repéra un, non loin d’eux, qui lui adressa un signe positif de la main. Tout semblait en ordre de son côté. Quant à ceux qui étaient postés près du Grand Palais, qu’ils aillent au diable. Ils pouvaient bien se débrouiller. S’ils ne revenaient pas avec les images prévues, ils en répondraient.

Wilhelm revint aussitôt auprès du groupe.

« Tiens, Cab… Monsieur l’Ambassadeur n’est pas là ? »

En effet, celui qui avait été annoncé se faisait attendre. Feigel ne put s’empêcher de ressentir une joie secrète en constatant ce retard. Faire pire que le Gouverneur, voilà qui était tout bonnement impardonnable. Surtout que si le premier pouvait se permettre autant d’écarts qu’il le souhaitait sans en répondre à personne, le Français, lui, s’exposait à de sévères remontrances.




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Rachel Lévi
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Dim 21 Mai - 1:45

Franchement, parmi tous les gens qui participaient à la fête foraine, quelle était la probabilité pour tomber sur un Maxime Andrieu, tout sourire et visiblement fier de lui ? Rachel Lévi, si elle avait dû parier, n’aurait pas donné cher de cette éventualité. Mais il fallait croire que l’on aimait contrarier les parieurs car il venait de lui tomber dessus comme la misère sur le vieux monde. A bien y réfléchir, elle trouvait la comparaison particulièrement appropriée. En tout cas, elle avait l’impression de le croiser à chaque pas qu’elle faisait hors de chez elle. S’il voulait la hanter et la rendre complètement folle, il n’y avait pas à dire, c’était plutôt réussi. A ce rythme, elle allait finir par le voir chez elle ou dans chaque endroit sombre. Qu’espérait-il vraiment ? Loin de la décourager, ce harcèlement renforçait sa détermination. Même à écrire pour le Réveil, malgré le danger qu’il faisait peser sur elle. Elle ne voulait pas le laisser gagner, jamais. Bon, il fallait dire qu’elle avait toujours été une mauvaise perdante. Et que depuis sa plus tendre enfance, elle avait toujours voulu rabattre le caquet de ce type prétentieux et sans intérêt. Dire qu’à l’époque, elle avait cru pouvoir s’en faire un ami ! Les parents Andrieu avaient déjà bien pourri leur fils, et ça ne s’était pas arrangé avec l’âge.

Pour le moment, la seule satisfaction de Rachel, c’était que sa sœur était loin du regard inquisiteur de Maxime. Dieu sait ce qu’il aurait pu imaginer en comprenant à quel point elle veillait sur la petite et la protégeait. Il était bien capable de tout. Même de quitter les types dont il devait lécher les bottes pour se mêler au peuple parisien, preuve qu’il ne reculait devait rien ! Aux yeux de ces types, combien valait la peau d’une Lévi ? Assez cher, sans doute, avec les propriétés, les œuvres d’art, les livres… Assez pour valoir tous ces efforts de la part d’Andrieu. Que lui avait-on promis ? Hélas, ce n’était pas le lieu pour en apprendre davantage – et de toute façon, elle ne lui donnerait pas la satisfaction de la voir s’inquiéter.

- Même si je sais que tu aimes croire que je fais tout en fonction de ton emploi du temps, figure-toi que je ne te cherchais pas. C’est toi qui me tombes dessus, ricanait Maxime Andrieu, pas l’air particulièrement perturbé par son hypocrisie qui fit lever les yeux au ciel à Rachel. Même si elle devait bien convenir qu’étant donné qu’elle n’était pas censée venir, Andrieu n’avait pas pu adapter son agenda au sien.
- Mais bien entendu, ironisa-t-elle, non sans laisser un regard inquiet du côté de la tente de la voyante, je ne peux pas me passer de ta face de vendu et de tes paroles mesquines. Tu es tellement agréable et charmant, Maxime, que tout le monde recherche ta compagnie… Non mais s’il te plaît, quitte à me harceler, sois au moins honnête avec moi.
Son camarade de promotion à la Sorbonne ne l’écoutait déjà plus. Il avait surpris son regard vers le stand de la voyante et déjà sa bouche s’élargissait dans un sourire cruel :
- Tu consultes les voyantes maintenant ? Une incertitude sur ton avenir, peut-être, tu n’es plus si certaine que tu n’as rien à me dire ?
Garder son calme. Garder son calme. Respirer profondément et garder… Trop tard, Rachel ne l’avait pas vu partir celle-là. A peine une poignée de secondes après cette horrible question, le temps qu’elle réalise et qu’elle encaisse le choc, elle levait la main et le giflait avec toute la violence dont elle était capable. Elle eut à peine conscience du regard éberlué des gens qui passaient autour d’eux mais qui ne s’arrêtèrent pas. Rachel s’était promis de rester calme, de ne pas lui accorder la moindre importance, de ne pas lui concéder la moindre colère, mais elle n’avait pas pu résister. « Celui qui est lent à la colère vaut mieux qu’un héros », disait la Bible. Sauf qu’elle était arrivée à un point où elle estimait qu’elle avait été assez patiente.
- Espèce de salaud, lâcha-t-elle entre ses dents, même s’il savait très bien qu’il en était un, de salaud. Au moins, ça avait le mérite de la défouler.

- Rachel ? Murmura une voix près d’elle.
C’était Sarah, sortie de chez la voyante, et qui la considérait avec des yeux ronds, après avoir visiblement assisté à la fin de la scène. D’un geste décidé, Rachel prit sa main et l’entraîna derrière elle, pour fuir le plus loin possible de Maxime, dans l’espoir de quitter cette fête qu’elle trouvait de plus en plus étouffante. Son geste ne l’avait que momentanément soulagée. Elle recommençait à avoir peur, à se sentir piégée. Il fallait partir. Rentrer à la maison, s’y terrer, en attendant que l’orage passe. Rachel se rendit soudain compte qu’elle était entraînée dans un mouvement de foule contre laquelle elle ne parvenait pas à lutter et qui les conduisit vers la place où allait avoir lieu l’inauguration de la statue. Elle jura entre ses dents. C’était très exactement ce qu’elle voulait éviter. Le chemin de la sortie était de l’autre côté. Son sac qui contenait les deux vestes aux étoiles jaunes commençait à peser comme une pierre à son épaule. Elle se demanda s’il ne valait pas mieux s’en débarrasser, mais il était trop tard. Rachel et sa sœur se trouvaient déjà quasiment au premier rang de la foule assemblée en bas d’une estrade où un grand homme à l’air patibulaire lâchait quelques mots dans un micro. Elle ne l’avait jamais vu mais elle supposa qu’il s’agissait du gouverneur de Paris.

Par où partir ? Les Parisiens l’enserraient et pour une raison qu’elle ne s’expliquait pas, elle ne parvenait pas à tourner les talons pour jouer des coudes, comme si elle craignait de tourner le dos à ce type. Comme si ce simple départ allait la mettre en accusation, révéler qui elle était. La main de Sarah tremblait dans la sienne.
- ça va aller, lui chuchota-t-elle, nous allons laisser passer le discours puis nous rentrerons à la maison, d’accord ?
Sarah hocha la tête alors que Rachel relevait les yeux vers les officiels.
- Et bien, c’est plus gai dans un cimetière, lâcha-t-elle entre ses dents, pour elle-même.
Au même instant, elle croisa le regard d’un homme en costume, un Français, qui la fixait, d’un air impassible et elle se raidit. Bon dieu, ce type était un ancien ami de son père. Se pouvait-il qu’il l’ait reconnue ? Etait-elle donc si malchanceuse ? Elle le savait, pourtant, qu’elle n’aurait jamais dû venir !

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Vaincre les cauchemars
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Elsa Auray
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Dim 21 Mai - 19:06

Fête foraine

- C’est confidentiel. Pas important.
- Vous vous foutez de moi ? asséna Elsa du tac au tac, d’un ton qui signifiait très clairement qu’elle ne se contenterait pas de cette réponse.
Pendant quelques courtes secondes, elle fut en colère. Il n’avait pas le droit, lui, le type qu’elle connaissait à peine, de remuer ainsi le couteau dans une plaie qu’elle aurait voulu effacer, de la remettre face aux démons qu’elle avait mis toute son énergie à oublier, enfermer derrière un mur de glace – il ne pouvait lâcher ça et prétendre la laisser ainsi, sans lui en dire plus. Elle qui était si attachée au cloisonnement, au partage le plus limité possible des informations, n’avait que faire de ce secret-là. Elle devait savoir. La jeune chef fixa sur Thibaud un regard sans appel. Ce dernier poussa un soupir résigné, presque las.
- Tes parents avaient des…noms, lâcha-t-il enfin. Des contacts de gens dans les groupes communistes. Je cherchais ces noms, de gens qui auraient pu nous aider. Et je comptais sur l’aide des Meyer pour ça. Mais j’ignorais ce qui leur était arrivé.
Elsa le fixa sans répondre, impavide, revoyant presque malgré elle l’appartement familial, le défilé de camarades, les conciliabules dont on l’écartait avec sa sœur… Ses parents avaient-ils un quelconque rôle caché aux yeux de leurs filles pour connaître ces noms ? Au point d’intéresser, même plus de trois ans après leur disparition, un des hommes d’Honneur et Armée ?

Elle entendit plus qu’elle n’écouta les excuses de Thibaud, qu’elle n’avait pourtant cessé de fixer. D’autres souvenirs étaient venus s’imposer : l’impossibilité d’avoir des nouvelles de son père prisonnier, la nervosité de sa mère, son arrestation soudaine… Les Allemands n’avaient pas traîné. Ils les voulaient.
- … Mais ce serait bien, tu sais, qu’on se fasse un peu confiance, les vôtres et les nôtres. On pourrait se filer des coups de main au lieu de se regarder en chiens de faïence. On aurait beaucoup à y gagner. On combat le même ennemi, tu sais.
La chef de la Brigade revint brusquement au présent, à la fête foraine, ce qu’elle était venue faire là. Un court instant, elle détailla X3. Elle aurait pu lui en demander plus, mais ils n’avaient déjà que trop traîné. Elle aurait pu lui répondre qu’elle savait très bien, trop bien qui ils combattaient, mais se contenta de hocher la tête et sans rien ajouter, elle tourna les talons et retourna vers la fête dont ils s’étaient éloignés.

Quelques pas lui furent nécessaires à reprendre pied, à se remettre à scruter la foule à la recherche de Cabanel. Songeuse, encore troublée par sa conversation avec X3, les questions soulevées et les souvenirs remués – des souvenirs si bien refoulés que leur retour inattendu, ajouté à son inquiétude pour Maksim, perturbait Elsa plus qu’elle ne l’aurait imaginé. Un échange entre deux Parisiens attira enfin son attention. Ils avaient croisé Cabanel au cirque, et se demandaient ce qu’il fabriquait là-bas alors que Lengefeld était enfin annoncé. Elsa accéléra le pas vers le cirque, contrariée. Sa conversation avec X3 l’avait ralentie, et elle ne pouvait pas se permettre d’attendre que l’ambassadeur-émissaire de Londres ait fini son discours pour lui parler. Il fallait qu’elle le coince avant. Elle réprima un mouvement d’impatience lorsqu’un groupe de soldats droit devant elle la força à faire un détour. Et dire que si la Brigade n’avait pas perdu son médecin et les contacts de celui-ci, elle n’en serait pas là… Fatiguée, Elsa crut un instant qu’elle allait devoir renoncer lorsque, parvenue en vue du cirque, elle ne vit pas l’ambassadeur et mais un groupe au milieu duquel se trouvait l’épouse Halder attira finalement son attention. Cabanel était là, sur le point de partir. La résistante n’avait pas le temps de mettre au point un plan discret pour l’aborder. Elle fouilla dans une des poches de sa veste où restait une moitié de cigarette, parmi les rares que Nicolas et Jacques parvenaient à se procurer et dont ils faisaient profiter le réseau, et alla se poster sur le trajet de Cabanel – le seul possible et le plus rapide pour rejoindre l’estrade où il était attendu. Elle ôta son béret pour être certaine qu’il la reconnaisse (en espérant qu’il soit le seul) et le fixa pour accrocher son regard. Lorsqu’il fut à quelques mètres d’elle, elle s’avança et se planta devant lui en lâchant :
- Excusez-moi, vous auriez du feu ?
Un Parisien lambda ne demandait pas tout simplement du feu à l’ambassadeur de Vichy attendu pour prononcer un discours, mais au point où elle en était, Elsa estima que c’était un moindre mal. Coupant court à une éventuelle manifestation de surprise, elle reprit rapidement :
- Je ne serais pas là si j’avais un autre choix. Je… j’ai besoin en urgence de médicaments. Et de tickets. Est-ce que vous pouvez vous en procurer ? Pour demain, onze heures, entrée avenue Reille du parc Montsouris ?
Elle le fixa, tandis qu’il l’aidait à allumer sa cigarette. Elle qui tâchait toujours d’anticiper les urgences pour n’avoir besoin de personne avait rarement compté sur quelqu’un comme elle comptait sur lui à ce moment.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
Alfred de Vigny ©️ .bizzle


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Edouard Cabanel
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Dim 28 Mai - 0:19

A choisir, Edouard Cabanel préférait la compagnie des lions du cirque plutôt que des officiels de Vichy, tous rassemblés là dans l’espoir d’admirer un jour la splendide statue de Brecker – ou plus exactement, pour être vus des Allemands et échanger quelques ragots sur la station thermale, il fallait bien être honnête. Non seulement les lions n’avaient pas d’opinion ni sur la politique, ni sur les Allemands, ni même sur les prouesses de monsieur Brecker, mais en plus, Edouard se disait qu’être dévoré là maintenant, tout de suite, serait un moindre mal. Peut-être cela pourrait-il lui servir d’excuse pour avoir fait attendre le gouverneur de Paris ? Hélas, les lions le regardaient toujours d’un œil apathique quand une rumeur se mit à gronder à l’extérieur du Grand Palais, probablement du côté de la merveille venue de Berlin. Mince alors, Edouard allait devoir trouver une autre excuse.
- Prêt à te faire engueuler pour avoir fait attendre sa majesté le gouverneur de Paris ? Lui glissa Alexandre à l’oreille, toujours rassurant et plein d’optimiste. C’était vraiment un cadeau, un ami pareil.
- Je t’abandonne avec les lions et les enfants, lui répliqua Edouard non sans perfidie, je te laisse juger ce qui est le pire. Fais attention à Gaston et aux autruches. Il a une passion pour ces animaux.
L’ambassadeur de Vichy salua Mme Halder et son fils qui devraient probablement ne pas tarder à le suivre, pour faire bon visage auprès du gouverneur Lengefeld (pauvre gosse, le cirque était quand même plus drôle que cet espèce de pervers que Berlin leur avait refilé) avant de fendre la foule pour se diriger vers la sortie, non sans savoir envoyé un clin d’œil à Alex, dans l’espoir que celui-ci comprenne bien qu’ils se retrouveraient du côté du Caribou, par exemple, juste après cette cérémonie idiote. Si le message était passé, au moins, il pourrait essayer d’oublier tout ça avec un bon verre d’alcool bien fort.

- Excusez-moi, vous auriez du feu ?
Une voix (un peu trop) connue le coupa tout net dans son élan vers la statue du maître allemand et les pénibles explications. Que diable faisait-elle encore là, cette fois ? Surpris, Edouard posa le regard sur une jeune fille, qui aurait pu passer pour un garçon dans ses vêtements, si elle n’avait pas ôté son béret pour dévoiler sa chevelure d’un roux éclatant. Cabanel fut pris d’une brusque envie de la recoiffer immédiatement dans l’espoir qu’elle puisse échapper aux regards inquisiteurs des types qui faisaient la sécurité, mais il s’abstint, de peur de subir le sort de ce malheureux Hansmüller, dont la mort avait joyeusement ponctué sa première rencontre avec Elsa Auray. Etant donné que la dernière fois qu’il l’avait vue, c’était en plein cœur de l’ambassade, et pour lui annoncer qu’il devait aller chercher un colis anglais (à savoir la beaucoup trop remuante et bavarde Caroline) au beau milieu de la nuit en banlieue, il aurait dû s’attendre à tout. Mais la suite parvint tout de même à l’étonner :
- Je ne serais pas là si j’avais un autre choix. Je… J’ai besoin en urgence de médicaments. Et de tickets. Est-ce que vous pouvez vous en procurer ? Pour demain, onze heures, entrée avenue Reille du parc Montsouris ?
Il aurait dû se douter que tout ça finirait en rendez-vous. D’un air complètement absent, Cabanel tira une allumette de sa boîte et lui répliqua d’un ton pressé :
- Hum, oui, je peux essayer, mais ce n’est pas ce qui est le plus facile à trouver, les médicaments… De quel genre de médicaments avez-vous besoin ?... Et surtout, ça vous ennuierait de décaler plutôt ce rendez-vous au jardin des Tuileries ? La fontaine centrale ?
Il se félicitait de sa présence d’esprit quand il fut tiré par la manche :
- Cher monsieur Cabanel, j’ai l’impression que le gouverneur vous attend,  lui dit un homme aux énormes sourcils, que l’ambassadeur identifia vaguement comme l’un de ses employés même s’il avait plutôt l’air d’un notaire de province, Pillon ou Péju peut-être, il ne se souvenait jamais de son nom.
Le temps de se retourner et (à sa grande satisfaction) Elsa Auray s’était déjà évanouie dans la foule.
- Et bien alors, qu’attendez-vous ?  S’écria-t-il en direction de son employé, car il fallait toujours remettre la faute sur les autres, c’était une question de principe. A peine eut-il l’occasion de se rendre compte qu’il avait oublié de demander à la jeune femme ce qu’elle voulait comme tickets. On n’avait pas idée d’être aussi peu précis, aussi !

Revenu auprès de la statue dans le sillage de Pillon (ou Péju) qui avait révélé ainsi son utilité, celui de tracer des chemins dans le foule, Edouard Cabanel pu en effet constater que Lengefeld faisait le pied de grue près de la meringue géante, les bras croisés – vision qui, en d’autres circonstances, l’aurait beaucoup amusé, mais qui était légèrement inquiétante quand on connaissait le bonhomme. Mais au moins était-il là, ce qui laissait au moins l’espoir de pouvoir un jour se débarrasser de la cérémonie qui consistait à tirer sur ce drap ridicule.
- Où étiez-vous, Cabanel ?  Lui grommela Lengefeld quand il eut enfin sauté sur l’estrade à ses côtés pour lui serrer la main, de manière aussi chaleureuse que possible.
Le mieux était encore de mentir :
- J’étais allé voir si j’avais de vos nouvelles, général, nous nous inquiétions tellement de vous savoir en retard, vous qui êtes toujours la ponctualité même,  répondit-il d’un ton ingénu, en s’efforçant d’ignorer les regards perplexes de ses collaborateurs, comme Félix Aurèle qui avait peine à cacher son sarcasme.
La réplique eut au moins le mérite de faire mourir les reproches sur les lèvres de Lengefeld qui se contenta de dire du bout des lèvres, dans un allemand heureusement assez simple qu’Edouard comprit sans avoir besoin d’aide :
- Je vous laisse faire un discours et tirer sur ce truc. Je n’y touche pas, moi.
Edouard ne s’en formalisa pas – Lengefeld avait peut-être une secrète inimité pour Brecker, il pouvait comprendre, il n’aurait pas eu particulièrement envie de découvrir quoi que ce soit réalisé par Félix Aurèle par exemple -, mais il se tourna vers la foule la plus proche, largement composée de personnel en uniforme allemand, avec un sourire (forcé) aux lèvres :
- Allons, mesdames, messieurs, au nom de l’amitié franco-allemande, peut-être l’un d’entre vous voudrait-il bien m’aider à accomplir cette tâche ? Qu’en pensez-vous, gouverneur ?
Edouard Cabanel fit une pause, dans l’espoir que Lengefeld désigne quelqu’un et surtout dans celui de gagner du temps avant de devoir faire un quelconque discours improvisé.




AVIS : Si Hasko, Wilhelm ou Ingrid (ou un autre rourouge) s'ennuie, l'appel est lancé gnhehe

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même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Mar 13 Juin - 13:05

Près de la statue

Il était très loin des objectifs qu'il s'était fixé, il fallait bien l'avouer. Et maintenant, il ne pouvait plus tirer cette affaire au clair à propos de Karolina. C'était décidement une bien mauvaise journée sur le plan de la résistance, et elle aurait sans doute continuée à être d'un mortel ennui si Hasko n'avait pas croisé Eulalie Vernier. Il lui adressa un sourire amical :

« Ah, ne vous en faites pas, ce sont des choses qui arrivent, n'en parlons plus. Et puis cela nous a donné l'occasion de nous recroiser, le hasard est donc plutôt heureux. »


Il aimait bien la compagnie de la jeune femme. Eulalie Vernier ne lui était pas hostile comme la plupart des français : si une telle attitude de la part des occupés arrangeait souvent Kaiser, qui avait besoin de discrétion pour remplir son rôle, elle pouvait être vexante pour le résistant qu'il était, homme franc qui plus était, pour qui il était souvent pénible de jouer un rôle et de mentir en permanence. La conversation dériva vite sur l'hôpital, et il eut un sourire fatigué pour répondre :

« Je suis passé voir le cirque, en attendant le gouverneur, oui...je vous avoue que j'aimerai mieux être à l'hôpital. J'ai toujours des patients en attente, et je croule sous le travail. Nous manquons de moyens. » Lot collectif de toute l'armée ces temps ci, il fallait bien l'avouer. Landgraf aurait voulu faire plus, mais c'était impossible, surtout si de plus, on s'acharnait à lui mettre des bâtons dans les roues en l'invitant à toutes sortes d'évenements peu intéressants comme celui ci. « J'espère que le gouverneur finira par arriver, je voudrais bien repasser là-bas avant de rentrer ce soir... »

Lengefeld ne prenait cependant pas le chemin d'arriver. La conversation se poursuivit donc, revenant à son statut de héros de guerre. La Propaganda faisait décidement un peu trop bien son travail. Il aurait aimé ne pas avoir à se justifier en permanence. Surtout, curieusement, auprès de Eulalie Vernier, qui lui témoignait de l'amitié. Il n'avait pas non plus envie de mentir à la jeune cantatrice, mais ne pouvait lui révéler toute la vérité...cruel dilemme, qui s'imposait à lui à chaque fois qu'il parlait. Jauger la part d'hypocrisie qu'il devait adopter dégoutait Hasko Landgraf, son naturel honnête et profondément moral s'entêtant à considérer que c'était une attitude déplorable. Il prit le parti de bien le prendre, et se mit à rire

« Diable, vous êtes bien renseignée ! »
Il ajouta d'un air calme : « J'étais champion d'escrime de l'académie militaire, à Berlin, je suis très loin des titres olympiques de certains membres de l'armée. Baumann a été champion olympique d'athlétisme, si ma mémoire est bonne, après tout... » Et Krebs lui-même, tiens, avec ses courses automobiles... « Quant à mon statut de héros de guerre, on m'a donné la croix de fer parce que j'ai sauvé mon capitaine sur le front Russe. On ne raconte souvent que cette partie de l'histoire. Je suppose que dire que j'étais dans un bataillon disciplinaire ferait mauvais genre. »

Ils n'eurent pas le temps de s'attarder sur cette discussion : deux nouveaux venus se dirigeaient vers eux. Un instant, une légère grimace se peignit sur le visage de Hasko. Lorre et Feigel. Il évitait les gens de la Propaganda, mais ici, il ne semblait pas trop avoir le choix :

« De réputation seulement. »
Cela voulait tout et rien dire, mais au vu du peu d'enthousiasme qu'il déployait, il n'était pas difficile de comprendre qu'il n'avait pas d'affection particulière pour eux.  Il salua cependant militairement Ingrid, d'un ton neutre : « Major Lorre, enchanté. Je ne crois pas que nous ayons déjà été présentés, non, en effet, bien que j'ai eu l'occasion de rencontrer le Standartenfuhrer Lorre en Pologne. »

De manière très brève, cela dit, et sans plus d'opinion que cela. Hasko le disait d'ailleurs sans penser à mal, il ne connaissait rien de la vie de Maximilian et Ingrid Lorre. Quant à Feigel, il ne le connaissait que de loin. S'il aimait le cinéma, Hasko se tenait définitivement loin de la propagande et de l'utilisation qu'elle en faisait. Et puis de toute façon, il n'avait que peu l'occasion de se rendre dans les salles obscures. Néanmoins, connaissant peu Wilhelm Feigel, il se décida à être aimable avec le directeur de la Continental : se créer un ennemi de plus ne lui servirait à rien.

« Enchanté également, Herr Feigel. Je suis flatté, mais j'ai peur d'être mauvais acteur. Et puis il y a d'autres personnes dont le parcours serait bien plus intéressants à filmer que le mien. Je parlais tout à l'heure de August Baumann à mademoiselle Vernier, je serais curieux de voir un long-métrage sur sa vie, d'ailleurs... »


Les idées de Krebs, il en avait par dessus la tête, et il espérait sincèrement que celle ci ne lui viendrait pas aux oreilles. Plus il évitait ce dernier, mieux ça valait. La conversation, cependant, ne tarda pas à prendre un tour un peu tendu. Il n'aimait pas trop les sous-entendus de Ingrid Lorre, mais ne chercha guère à cacher son avis :

« C'est que j'ai des patients à l’hôpital, major, et que je ne suis pas aussi habitué que vous à ce genre d’événements...je n'y ai pas grand chose à faire, et je serais sans doute plus utile ailleurs. Je n'ai pas les talents de Herr Feigel pour filmer, moi. »

De l'art de dire la vérité sans la dire. Heureusement, le gouverneur venait d'arriver, et Cabanel apparu bientôt dans son sillage. Levant les yeux vers l'estrade, Hasko tenta de nouveau de repérer Karolina, sans aucun succès. Ennuyant. S'il montait sur l'estrade, comme le demandait l'ambassadeur, peut-être qu'il pourrait...hm, non, il n'avait définitivement pas envie de cotoyer le gouverneur. Il adressa un sourire aimable à Ingrid Lorre :

« Voilà un rôle qui vous siérait parfaitement, Major. Qu'en pensez-vous, mademoiselle Vernier ? »


Débarrassons nous d'elle et fuyons loin d'ici, semblait-il dire. Il espérait que Eulalie comprendrait.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Dim 18 Juin - 23:53



Une nouvelle statue à Paris


Fête foraine

« Hélène, dépêche-toi ! Tu es vraiment de mauvaise foi ces temps-ci, c'est infernal. Je ne tiens pas à être en retard ! » Encore assise sur le canapé du salon, un livre entre les mains, la tête blonde d'Hélène se leva à peine au son des réprimandes de son aînée. Tout juste un vague grommellement franchit-il ses lèvres alors qu'elle corne la page de son livre avec réticence, n'ayant rien d'autre pour marquer la fin - temporaire - de sa lecture. Page 183, oui, mais si elle oublie ? 183 ce n'est rien, ça ne lui rappelle rien, alors tant pis, elle cornera Emile Zola et c'est ainsi. La voilà qui file dans l'entrée, se donne à peine la peine de passer une main dans ses cheveux fraîchement coupés alors qu'elle enfile son manteau d'automne. Sa soeur, diva ultime, l'attend sur le perron. Même en repos, Suzanne Perrin se doit d'agir comme une grande dame... Retenant la remarque acide qui lui brûle les lèvres - sur le sac à main bien trop chers pour leurs origines modestes, les talons aiguille qui lui donnent un air très Parisien et les fausses perles à son cou, elle s'engouffre sans un mot dans la rue, les yeux verts toujours sombres, la peau blanche rougie par la petite brise.

Elle n'a pas envie d'aller à cette stupide célébration. Elle déteste les Allemands, elle abhorre Arno Breker et ses immondes créations, elle n'a pas envie de voir tout le gratin des occupant se faire applaudir, ni être obligée de faire semblant d'être ravie, et surtout, elle a du travail. Courir entre la caserne, les planches, l'imprimerie, les rues la nuit et les amphithéâtres n'est pas de tout repos et le retard, inévitable, s'accumule dans ses dissertations à rendre. Mais c'est Ida qui la persuade, allez ma chère, cela te fera le plus grand bien. Hélène proteste, elle n'a plus cinq ans, et surtout elle est encore en conflit avec sa soeur. Sourde à ses tentatives de réconciliation (quelle tête de mule...), elle se laisse pourtant convaincre en se disant qu'elle pourrait croiser des amis, là-bas. Tous les prétextes sont bons, après tout.

Ida et Hélène marchent en silence jusqu'au lieu de rassemblement, puis se perdent chacune dans la foule. Ida va parader, se montrer, représenter l'Atelier car après tout, c'est leur travail aussi. Montrer bonne figure, sourire quand il le faut, apparaître en public de préférence en compagnie d'allemands férus de culture. Chaque conversation aimable pour éloigner les soupçons des légendes arthuriennes ressuscitées... Hélène sourit à droite, à gauche, flâne sans avoir le coeur à dépenser de l'argent. Elle sait que les temps sont incertains et préfère se montrer rationnelle en économisant. La foule est compacte, et quelque part, la jeune femme remarque que la lassitude du quotidien vaut bien quelques heures de répit, même si, elle en est convaincue, personne n'est là pour cette statue. En passant à travers les conversations, elle glane quelques informations sans importance sur le retard des officiels. Même pas capables d'organiser leurs propres évènements... levant les yeux au ciel, mimique devenue habitude par la force des choses, elle s'arrête un instant afin de se repérer, perdue dans ses pensées, et désormais dans la foule.

C'est le bruit d'une gifle qui attire son attention, le claquement sec et violent d'une main contre la peau d'une joue et le silence qui s'abat sur les passants à proximité. Elle tourne la tête, fait valser ses boucles et avec stupeur, dévisage deux silhouettes qu'elle ne connaît que trop bien, dont les traits se précisent au fur et à mesure qu'elle comprend la situation. Rachel la main levée, et Andrieu le visage rouge. Incapable de saisir les échanges entre les deux étudiants, elle n'a que le temps d'apercevoir la rousse tourner les talons, une petite fille à ses côtés, avant que la marée humaine ne se referme, la coupant de sa vue. Etouffant un juron, Hélène joue des coudes et parvient à se rapprocher de l'endroit du crime. Pose juste la main sur l'épaule d'Andrieu, probablement toujours en train de digérer l'affront qui vient d'être fait (mais bon, à force de se pavaner avec sa tête à claques aussi...) et se pose devant lui un instant. « Bravo Andrieu, et merci, c'était magique. Très convaincant, tu ferais un superbe acteur. J'ai hâte d'être là pour la prochaine représentation. » Elle se veut légère, sans toutefois parvenir à masquer le mépris dans son regard qui trahit ses intentions hostiles. « Quel est le proverbe déjà ? Ah, oui, on récolte ce que l'on sème. Il me semble t'avoir déjà averti, au sujet de Rachel. Laisse-la tranquille, et retourne au diable, veux-tu ? »

D'une oreille distraite, elle entendit le murmure qui annonçait l'arrivée de Lengefeld ; or, elle venait de trouver mieux à faire que de se pâmer devant une oeuvre hideuse. Pour tromper l'ennui, quoi de mieux qu'une querelle improvisée avec son némésis ?
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Mer 5 Juil - 22:03

Ingrid avait longtemps été frappée d’une incapacité chronique à hiérarchiser ses enthousiasmes avant de conclure que mettre le nez là où ça ne la regardait pas – surtout là où ça ne la regardait pas ! – méritait tout de même une bonne place en haut de son classement. Bien consciente que les deux jeunes gens les auraient préférés, Wilhelm et elle, partout sauf ici, elle s’amusait donc de la situation. D’autant que son collègue n’était pas le dernier lorsqu’il s’agissait d’en rajouter une couche. Quoiqu’il fût pris d’une momentanée poussée de zèle qui le fit détourner son attention quelques secondes, le temps de s’assurer que son équipe n’avait pas déserté. En attendant, Ingrid écouta le médecin avec des hochements de tête attentifs un peu exagérée.

« C'est que j'ai des patients à l’hôpital, major, et que je ne suis pas aussi habitué que vous à ce genre d’événements...je n'y ai pas grand-chose à faire, et je serais sans doute plus utile ailleurs. Je n'ai pas les talents de Herr Feigel pour filmer, moi. » 
Mais au point où ils en étaient ses patients pouvaient bien se passer de lui quelques heures. Avec un large sourire plein de sarcasme Ingrid lui répondit donc :  
« Espérons donc que l’amitié franco-allemande ne mérite pas de discours trop longs et que vous pourrez rapidement vous éclipser. »

Dans sa grande diplomatie elle se retint d’ajouter un « en bonne compagnie » et se contenta d’un regard un peu appuyé en direction d’Eulalie. Heureusement pour le niveau de gêne record que cette discussion menaçait d’atteindre le gouverneur se décida enfin à arriver, traînant avec lui cet éternel air de mépris. Quel homme charmant. Mais l’art de la coordination entre autorités françaises et allemandes étant ce qu’il était, il fallut bien évidemment que dès que l’un arrive l’autre disparaisse, ce qui n’échappa à personne. Surtout pas à ceux qui ne manquaient pas une occasion – quand ils ne les cherchaient pas – de relever un couac de Vichy.

« Tiens, Cab… Monsieur l’Ambassadeur n’est pas là ? » 
« C’est vrai qu’il doit avoir beaucoup mieux à faire qu’honorer le gouverneur de sa présence... »

Lengefeld n’étant pas exactement un modèle de tolérance – il n’y avait bien que ses retards à lui qui, plus qu’acceptables, étaient apparemment normaux –, Cabanel avait intérêt à revenir avec une meilleure excuse qu’une pénurie de barbe à papa à gérer, ou à ne pas revenir du tout. Mais les suppositions sur les raisons de l’absence de l’ambassadeur n’eurent pas le temps de fuser, il venait d’avoir la bonne idée de remonter sur l’estrade, ce qui fit s’exclamer Ingrid sur le ton de la surprise.

« Oh, il n’est pas mort, fantastique. »
Et en plus il parvenait à afficher un enthousiasme et une force de proposition en dépit de l’air clairement antipathique du général (mais avait-il déjà eu un autre air, bien entendu en dehors de celui qu’il savait afficher face à tout ce qui avait moins de trente ans et portait un décolleté ?). Quelle leçon de diplomatie.  
« Allons, mesdames, messieurs, au nom de l’amitié franco-allemande, peut-être l’un d’entre vous voudrait-il bien m’aider à accomplir cette tâche ? Qu’en pensez-vous, gouverneur ? »

Compte tenu d’une absence totale d’envie de croiser ledit gouverneur de trop près Ingrid ne saisit pas l’occasion de s’afficher sur le devant de la scène, malgré un goût prononcé et même une tendance marquée au monopole de l’attention. Mais elle avait dernièrement trop dépensé d’énergie en hypocrisie face à Langefeld, au nom d’un peu de repos bien méritait elle laissait volontiers à quiconque l’honneur de tirer sur ce drap et continuerait de se complaire en retrait. Landgraf n’avait qu’à y aller, tiens, pour compenser la volonté très moyenne qu’il mettait dans ces festivités. Mais l’homme étant doté d’un minimum d’intelligence il avait également le bon réflexe de vouloir envoyer quelqu’un d’autre là où tous se seraient abstenus d’aller.

« Voilà un rôle qui vous siérait parfaitement, Major. Qu'en pensez-vous, mademoiselle Vernier ? » 
Que mademoiselle Vernier ne se sente pas obligée de répondre, les sollicitations n’y changeraient rien. Surtout que dans ce cas-ci elles ne flattaient même pas son ego, ce qu’Ingrid souligna volontiers.
« Quelle aimable manière de vous débarrasser de moi. »

Pendant qu’elle lançait à Hasko et Eulalie un immense sourire, elle entendit cependant dans son dos un aboiement qui manqua de lui faire grincer des dents. En l’entendant de cette bouche, même la grande amoureuse de sa langue qu’elle était devait reconnaître que l’allemand écorchait les oreilles.

« Je suis certain que madame Lorre daignerait vous aider, n’est-ce pas ? »
Non content d’être imbuvable le gouverneur était aujourd’hui susceptible et n’avait apparemment pas supporté qu’Ingrid ne dévoue pas son entière attention à ce qu’il se passait. Une injonction du gouverneur, c’était franchement cher payé pour quelques pauvres petites secondes passées à papoter. Lorsqu’elle se retourna vers lui avec un sourire si forcé qu’il sautait aux yeux – et pourtant une pratique quotidienne de la fausseté l’avait rendu très capable de feindre la sympathie – elle se retourna vers lui, pour mieux prendre de face l’air carnassier du général et la remarque cinglante qui allait avec.
« A moins que vous ne soyez trop occupée ? »

Pas du genre à se décomposer, au contraire, Ingrid ne s’embarrassa pas d’excuse et tourna même ce qui avait tout d’un ordre en une invitation que par courtoisie elle ne pouvait pas refuser. Puisqu’une attitude de dilettante était proscrite autant tirer le meilleur de la situation, au moins pour rappeler à ceux qui l’auraient entendu qu’il lui fallait plus qu’un ton un peu trop sec pour la déstabiliser.

« Je me plierai avec plaisir à l’exercice, ce serait même un honneur. »

Elle alla même jusqu’à porter une main sur son cœur pour insister sur la ferveur avec laquelle elle s’exécuterait, puis rejoint avec un entrain feint Edouard, qui était tout de même le cerveau de cette mauvaise idée. Tout en attrapant un pan de tissu et sans le regarder, pour préférer fixer photographe et caméraman officiels, elle marmonna à son intention :

« J’espère au moins être gratifiée d’un mot de remerciement dans votre discours. Nul doute que sans ma précieuse aide votre frêle poignet n’aurait su mener à bien cette lourde tâche. »

Franchement, il aurait mieux fait de rester perdu dans la foule. Et c’était pensé en toute amitié.

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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Sam 8 Juil - 15:15

Côté statue

Des mois que Caroline cherchait à mettre la main sur ses anciens camarades de PILOT, sans succès. Des mois, et le seul ancien camarade – au sens communise du terme, cette fois – que le sort trouvait le moyen de planter face à elle était Hasko Landgraf, reconverti en héro de guerre nazillon bien propre sur lui dans son uniforme de capitaine. La vie avait définitivement un sens de l’humour à pleurer, et qui risquait de coûter cher à la vraie-fausse secrétaire de Cabanel. Caroline avait observé assez de visages à travers l’objectif de ses appareils, surpris assez de gestes inconscients pour percer l’attitude impassible de Landgraf. Il l’avait reconnue. Ses questions innocentes ne l’étaient pas, pas plus que sa prétendue confusion avec les photographies officielles. Il l’avait reconnu, et il savait qu’elle savait qu’il savait – bref, elle avait un problème. Il n’avait plus qu’à aller raconter à ses supérieurs ce qu’il savait sur la secrétaire de l’ambassadeur de Vichy, et même si les Allemands avaient oublié qu’ils avaient tenté d’arrêter Kapa trois ans plus tôt, elle était fichue. Et Cabanel aussi, très probablement – idée qui déplut fortement à Caroline, qui se réservait le droit de l’assassiner avec une statuette pour évacuer sa nervosité. Certes, elle envisageait déjà le pire des scénarios, alors qu’après tout, elle aussi en savait de belles sur le jeune Hasko qu’elle avait rencontré. Mais l’avantage du pessimisme, c’est qu’on ne peut avoir que de bonnes surprises.

- La propagande aime bien me voir comme ça, en effet, répondait d’ailleurs l’intéressé. Disons que quand j'ai perdu mon œil en sauvant mon capitaine à Stalingrad, j'ai racheté mon envoi dans un bataillon disciplinaire sur le front Est. Ce serait plus crédible. Mais vous pouvez appeler ça héros de guerre pour simplifier.
D’accord. Donc la Wehrmacht connaissait déjà le passé de Landgraf – d’où le bataillon disciplinaire probablement ? – et elle n’avait rien sur lui. Caroline afficha un petit sourire crispé, celui que n’importe qui aurait pu avoir en se faisant rabrouer de la sorte, et s’appliqua à ne pas trop le dévisager. Pourtant elle aurait donné cher pour savoir ce qui se cachait derrière le ton désespérément neutre du docteur. Elle ne comprenait pas ce qu’il faisait là dans cet uniforme, ça ne collait pas à l’homme qu’elle connaissait, qu’elle savait fermement opposé aux nazis. Mais elle savait aussi qu’en dix ans, beaucoup de choses pouvaient se passer. La fausse secrétaire se contenta donc de jeter un regard furtif à l’œil de verre du capitaine avant de détourner le regard, tout en faisant mine de chercher quelque chose à répondre.
- Ah… et bien euh… bafouilla-t-elle en songeant que cette mademoiselle Ancel qui lui servait de couverture avait franchement l’air d’une abrutie.
- Je suppose que Edouard ne nous fera pas la grâce de revenir, la coupa Hasko, je vais me mettre en quête de sa personne, viendrez vous avec moi ?

Ce n’était pas une proposition, elle accepta donc et ils se mirent en quête de l’ambassadeur qui jouait les filles de l’air, mais pas pour longtemps, car Landgraf l’abandonna soudain pour aller tirer une jeune femme des griffes d’un soldat mal embouché (mais n’était-ce pas le cas de tous les soldats boches de la capitale ?) Caroline hésita un instant avant d’en profiter pour s’échapper – c’était suspect mais après tout, Landgraf la savait déjà suspecte. Elle fila donc dans la foule, pour se lancer seule à la recherche de Cabanel. Elle réalisa en cours de route qu’elle ne savait pas exactement ce qu’elle avait besoin de lui dire, qu’elle pourrait régler le problème de son côté et ainsi éviter d’avoir à lui révéler des éléments sur sa véritable identité. Mais elle ne s’arrêta pas pour autant, persuadée d’avoir aperçu sa silhouette entre deux stands de gaufres. Puisqu’ils risquaient tous les deux leur peau, après tout, elle ne pouvait pas ne pas le tenir au courant.

Hélas il s’avéra que la silhouette aperçue n’était pas la sienne, et Caroline s’enfonça en vain dans la foule de la fête foraine. Elle ne le vit qu’une fois parvenue aux abords du cirque, mais jura de lui envoyer non pas une mais dix statuettes au visage lorsqu’elle constata qu’il s’en allait. D’ailleurs, à bien y regarder, il n’était pas le seul à revenir vers l’estrade. Sa majesté du Gross Paris avait-elle fini par se montrer ? Caroline fit demi-tour et poussa un soupir exaspéré en constatant qu’en effet, Lengefeld était enfin arrivé. Elle se planta au pied de l’estrade, au moment même où Cabanel faisait une arrivée triomphante (ou pas) sur celle-ci. Exclue, l’idée de lui parler avant son discours. Elle n’avait plus qu’à patienter. Elle observa la foule un peu recomposée qui attendait qu’il se passe quelque chose, et sentit un regard fixé sur elle. Landgraf ? Elle se tourna, mais ce n’était l’opportun souvenir de sa jeunesse qui l’observait. C’était Lengefeld lui-même qui attendit qu’elle croise son regard pour lui envoyer un sourire qui se voulait probablement ravageur, ainsi qu’un clin d’œil. Haha. Il ne lui manquait plus que le libidineux gouverneur sur le dos pour que cette journée soit parfaite. Elle se déplaça légèrement pour être masquée par d’autres silhouettes…  ce qui lui permit d’avoir à nouveau dans son champ de vision ce cher Landgraf. Elle lui envoya un sourire tout ce qu’il y avait de plus innocent, et décida qu’il valait décidément mieux se concentrer sur ce qui se passait sous le feu des projecteurs – c’est-à-dire sur Ingrid Lorre qui venait d’y rejoindre Cabanel. Mais quel foutu panier à crabes.



Je suis libre comme l’air, si certains ne savent pas quoi faire \o/

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Eulalie Vernier
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MessageSujet: Re: [INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris   Mar 11 Juil - 23:04

La compagnie du Hauptmann Landgraf avait donné le sourire à la cantatrice. Elle le regardait avec un œil bienveillant. Depuis leur rencontre à l’Opéra, ses doutes concernant cet homme s’étaient amenuisés. Son corps entier la poussait à avoir confiance en lui. Ce fut donc sur le ton léger de la conversation qu’elle s’enquit de son état, de son travail. Elle était désolée d’apprendre qu’il était débordé à l’Hôpital. Son oncle lui tenait le même discours… Elle aurait tant voulu les aider, mais elle savait à peine tenir une seringue !

- C’est bien triste… J’espère que vous retrouverez vite des subventions… Quel dommage que le gouvernement ne prête pas plus attention aux services de santé. J’aimerais faire quelque chose pour vous, bien que je doute d’être très utile… Croyez-vous qu’il plairait aux convalescents et au personnel d’entendre un peu de musique ? Je pourrais venir chanter ou jouer du piano de temps en temps.

La jeune femme était visiblement très confuse de ne pas pouvoir apporter plus d’aide que cela. Rapidement, la conversation dériva sur les exploits militaires du bel allemand et Lalie haussa les sourcils lorsqu’il lui confirma les cancans qu’elle avait entendus à droite et à gauche. Le docteur était ainsi un redoutable épéiste… Et modeste de surcroit ! Elle hocha la tête lorsqu’il mentionna Baumann. En effet, la presse n’avait pas tari d’éloges à son sujet… Tout le monde le connaissait !
Lorsqu’elle entendit parler de son obtention de la croix de Fer, son visage parut circonspect, l’espace d’un instant. Cet officier si gentil venait de lui confier qu’il avait appartenu à un bataillon disciplinaire… Cela signifiait-il qu’il était plus ou moins hermétique aux idées du Reich ? Après tout, il lui avait confié son amour du jazz, sa déception quant à l’Allemagne qu’il avait connu autrefois. De surcroît, il avait fait ses études en France !

En cet instant, la jeune femme était persuadée qu’Hasko Landgraf était un homme bon.

Elle n’eut pas le temps de surenchérir, deux oiseaux de malheur venaient dans leur direction. La jeune demoiselle avait côtoyé les deux en soirées mondaines. Elle s’attendait à être prise en défaut à chaque instant. Cela ne l’empêcha pas d’arborer son plus aimable sourire et de saluer les deux allemands comme il se devait.

- Plaisir partagé, Major Lorre. Enchantée de vous revoir, Monsieur Feigel.

Lorsque le responsable de la propagande commença à parler d’un film sur la vie de l’officier, la jeune femme se sentit plutôt confuse pour lui. Hasko Landgraf lui semblait être un homme simple, et elle se doutait que servir d’icône au Reich ne faisait pas partie de ses projets. Elle le laissa se défendre avec un léger sourire et manqua de hoqueter à l’observation du major, qui fit monter un rose délicat sur ses joues blanches. La jeune femme ne se laissa pas déstabiliser longtemps et répondit avec un sourire affable.

- En effet Major, j’aime m’entourer des meilleures personnes possibles. C’est la garantie de toujours passer un excellent moment.

Phrase polie en apparence mais qui sous entendait bien que si Lalie n’avait pas voulu aller en direction de ces deux allemands, c’était parce qu’elle les trouvait de bien mauvaise compagnie. Les sous entendus du major l’avaient passablement agacée, elle se permettait donc une petite réplique aigre-douce. Après tout, comme disaient les anglais : Ne te brûle pas les doigts à vouloir moucher la chandelle d’autrui. Ingrid Lorre devrait prendre le temps d’y réfléchir, à l’avenir.
Mais la rousse renchérissait déjà, sous entendant à peine qu’elle venait d’interrompre un rendez-vous galant. La jeune cantatrice faillit répondre mais l’officier s’en chargea, mettant en avant ses inquiétudes vis à vis de ses patients à l’hôpital. Elle se contenta de hocher la tête avant de renchérir d’un air aimable.

- Nous étions d’ailleurs en train de réfléchir à un moyen d’alléger les souffrances des patients à la Salpêtrière grâce à de saines distractions… Peut-être seriez-vous intéressée à l’idée de faire un don afin que nous puissions mettre en place de nouvelles infrastructures pour vos compatriotes convalescents ?

Elle savait pertinemment que lorsque l’on parlait d’argent, les gens comme le Major Lorre avaient tendance à faire machine arrière. Elle espérait vivement lui avoir ôté l’envie de poursuivre cette conversation. Heureusement, ce fut Herr Feigel qui se chargea de couper court aux insinuations de la femme en expliquant par le menu comment la scène serait filmée. La jeune femme hocha poliment la tête, arborant le sourire aimable et candide dont elle avait le secret pour charmer ces messieurs. Elle aurait tout donné pour se retrouver loin de la foule en cet instant.

Soudain, l’assemblée fut secouée d’un mouvement qui interrompit le cinéaste en pleine explication. Sur la scène, on s’animait. Elle reconnut le gouverneur de Paris et le représentant de Vichy. D’un coup, elle se rappela cette soirée à l’Opéra, où elle avait failli être découverte dans son petit trafic de tableaux, au nez et à la barbe des allemands. Elle avait découvert que l’Ambassadeur était un être bien plus sensible et humain que ce que l’on prétendait et que le Gouverneur était décidément un sale bonhomme aux habitudes libidineuses déplaisantes. A la vue de ce dernier, elle pâlit d’ailleurs légèrement et ses mains se crispèrent sur son sac.

Elle se retrouvait soudainement paralysée devant cette scène. Devant cet homme qu’elle trouvait affreux. Elle aurait pu rester un long moment figée ainsi si l’officier Landgraf n’avait pas adressé la parole au Major pour lui suggérer de monter sur scène. Bien qu’elle ne manqua pas de souligner la manœuvre du jeune homme, preuve qu’elle n’était pas dupe, elle finit par se séparer de leur groupe.
La jeune femme se rendit compte que ses mains tremblaient presque d’angoisse. Elle leva son visage blanc vers celui de l’officier avec un air éperdu.

- Je crois que toute cette foule commence à m’angoisser... Je crains d’avoir un peu de peine à respirer. Cela vous gênerait-il si nous nous éloignions un peu de la scène ?

Elle regarda Feigel et lui adressa un sourire d’excuse.

- Veuillez m’excuser, je crains de devoir vous laisser retourner à vos occupations de réalisateur, Herr Feigel. Je serai ravie de visionner le film que vous ferez de cet évènement.

La jeune femme saisit doucement le bras de l’officier Landgraf afin qu’il puisse la mener un peu à l’écart. La tête quelque peu baissée, elle murmura pour eux seuls.

- Eh bien, c’était plus gai dans un cimetière…
Quel sacré personnage ce Major Lorre.


Elle eut l’impression que l’officier avait l’air absent. Par réflexe, la jeune femme leva les yeux vers lui et devina qu’il regardait quelqu’un, dans la foule. En suivant son regard, elle cru discerner une femme, brune, plus âgée qu’elle ne l’était. Ils se connaissaient sûrement ! Et si…

Une pensée vint glacer le sang de la jeune cantatrice. Elle ne pouvait même pas s’expliquer pourquoi cela lui faisait autant de peine. Pourtant, elle connaissait à peine l’officier, elle ne lui devait rien et lui non plus. Eulalie n’avait pas cessé de fixer cette femme mystérieuse, alors qu’elle avait détourné les yeux pour se concentrer sur la scène. D’une voix soudainement très blanche, elle ne put s’empêcher de poser la question fatidique.

- Connaîtriez-vous cette femme... ?

Eulalie se sentait soudain confuse. Son cœur battait plus vite, ses jambes tremblaient. L’arrestation évitée de justesse, la présence du Major Lorre et de Feigel, les questions gênantes, le Gouverneur, la foule de plus en plus dense, la chaleur du mois de juin et maintenant la perspective de savoir l’officier Landgraf avec une femme lui donnaient le tournis. Elle avait l’impression d’étouffer. Frénétiquement, elle tenta de s’éventer de sa main alors que son champ de vision se resserrait.

- Seigneur… S’il y avait moins de monde dans la foule, il y aurait plus de place pour chacun…

La seconde d’après, la jeune demoiselle Vernier sombrait dans l’inconscience, submergée par la chaleur étouffante, la foule et l’angoisse.

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[INTRIGUE GÉNÉRALE] Une nouvelle statue à Paris

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