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 Aparté de deux Apaté (PV Ingrid)

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Emilie Parizeau
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MessageSujet: Aparté de deux Apaté (PV Ingrid)   Dim 27 Nov - 22:40

Un compliment sur mon allemand sans accent, une minauderie faussement modeste, quelques remarques sur le climat festif que veut instaurer l’occupation. Il y a-t-il quelque chose de plus prévisible qu’un dîner mondain chez les Courville? Personnellement, je ne pense pas. Comme beaucoup de petites filles, j’ai rêvé devant les grands appartements du XVIèmes arrondissement. Je pensais que ces gens avaient une vie incroyable. Mais leur privilège ils les paient au prix fort. Pas en argent, ça non, ce n’est jamais un problème pour eux. Mais en ennui et en hypocrisie. Pendant que mon voisin de droite pérore sur ses exploits pendant la grande guerre, guerre qu’il a perdu ne l’oublions pas, mon regard erre un peu autour de la table. Cette abondance, c’est d’une indécence ! Les gens sont rationnés, on meurt de faim en France. Mais les allemands, eux, c’est plutôt l’abondance qui causera un jour leur mort. Qu’est ce que j’aimerais que l’un de ces fats meurt étouffé par son orgueil. Cette pensée mauvaise faillit être exhaussé quand Herr Krebs commence à tousser et à devenir tout rouge. Visiblement une bouchée de riz sauvage qui ne passe pas. Dans ce genre d’incident, il s’agit de ne surtout pas avoir les lèvres qui remontent ou l’oeil qui pétille de malice ! Il n’empêche que je regarde la scène avec une délectation muette, en mimant l’effarement. Mais imaginez ! Le chef de la propagande qui leur chez ma belle-mère ! Le drame que ça créerait. Ça lui ferait les pieds à l’aristo. Malheureusement il survit et s’excuse pour le dérangement. Toujours un peu écarlate et ridicule, il avale de l’eau sous le regard plein de sollicitude de madame Courville.

C’était sans doute l’évènement le plus distrayant du dîner. Le seul évènement distrayant en fait. Sinon vivre ces réceptions, c’est comme lire à l’infinie les même histoires. Et pas des histoires que l’on aime. Heureusement le repas prends fin et je peux m’éclipser en prenant pour prétexte un maquillage à retoucher. Ma belle-mère coule en ma direction regard mauvais. Peut être croit-elle que la consanguinité aristocratique empêche son rouge à lèvre de baver. Malheureusement ce n’est pas le cas et elle aussi ferait mieux d’aller se retoucher discrètement.

Ce n’est que dans la pièce carrelé de blanc et sous la lumière impitoyable que je constate que me remaquiller était pour ainsi dire inutile. Et de toute façon j’ai les mains qui tremblent un peu trop pour réussir à retoucher convenablement mon rouge à lèvre. Pourtant il faut le faire. Ce n’est pas la première soirée avec des allemands et malheureusement pas la dernière. Aller Emilie ! T’es une fille courageuse tu vas pas te laisser abattre pour si peu. Un peu de rouge à lèvre pour détourner l’attention de tes cernes, un peu de mascara, tu remontes tes fausses lunettes et tu ajustes ta robe. C’est bon ! On fonce.

Le long couloir qui sépare la salle de bain du salon public est la fierté secrète de mon fiancé. On y entasse, on y empile et on stock des oeuvres d’arts. Sans logique apparente un tableau du XVII côtoie un vase Ming ou une oeuvre infiniment plus moderne. Il y a des portraits de famille arrogants qui proclame que cette famille est là depuis des siècles, et qu’elle compte bien parasiter le système pour des siècles encore. J’évite consciencieusement le regard réprobateur d’un ancêtre armé jusqu’au dent. Encore un qui doit se figurer que j’ai mit le grappin sur sa descendance avec ce mystérieux talents érotiques. Au centre du couloir, là où l’exposition est la plus avantageuse, trône la prunelle des yeux de Louis. Mon fiancé a passé des heures à en faire les honneurs. Un tableaux majestueux du Tintoret que le peintre a peint spécialement pour un de ses ancêtres: « La mort d’Actéon » Il est quelque peu étrange que cette oeuvre se trouve dans le couloir menant à la salle de bain. On en conclura ce qu’on voudra mais je pense que Louis s’inquiète un peu trop pour sa venue pour être honnête. Mais moi-même j’aime cette peinture, sans doute grâce au sourire en coin d’une Artemis plus amusée que revancharde. Il parait que Domenico, le fils du Tintoret, s’est inspiré d’une de ses maitresse pour les traits de la figure mythologique. Et qu’elle en a été furieuse. J’aurais prit la chose comme un compliment.

En travers de mon chemin se dresse un obstacle imprévu. La chevelure rousse que je distingue dans la pénombre n’est certainement pas celle d’un Courville. Et ils étaient les seuls à avoir le droit de se rendre dans cette partie des appartements. Sourcil d’autant plus froncé que c’est ici que je cache ma radio, je reconnais le major Lorre. Que personne n’appelle par son grade car il s’agit d’une femme, à quoi cela servait-il de lui en donner un alors? Je vous le demande. Mais les hommes ont des raisons qui échappent à la raison et aux femmes.

Un sourire aimablement ferme, et ne reflétant en rien mon envie de la faire passer par le fenêtre, je m’approche donc d’Ingrid. Nazie rousse et spécialiste de la culture, je la connais uniquement de vue. Ce qui est bien assez pour déterminé que cette femme suffisante et perfide est une parfaite allégorie de ce régime malsain. Autant dire que ma belle-famille l’adore. Sauf Louis, ce qui est une agréable surprise. Mais tout adoré qu’elle soit, elle ne peut pas se permettre de trainer dans la partie privée des appartements de mon fiancé. Surtout si près de ses oeuvres d’arts et de ma radio. Aussi je l’interpelle aussitôt en allemand. Je préfère m’arracher la bouche en prononçant cette langue gutturale que la laisser massacrer la langue de mes ancêtres.

- Major Lorre, seriez-vous égarée?

Une façon discrète de lui rappeler qu’elle est peut être en terrain conquis mais que même les nazies n’ont pas encore abolie la propriété privée française. Je décale l’air de rien une boite à bijoux en argent, très ouvragée et totalement inutilisée. Il s’agit aussi d’attirer son regard à l’opposé du portrait qui dissimule ma radio. L’air de rien, mon regard s’égare sur le portrait et il me semble que c’est moi qu’Artemis adresse son sourire en coin. Puis je regarde les statuettes, anciennes mais je ne sais plus de quand, qui entourent le portrait.
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MessageSujet: Re: Aparté de deux Apaté (PV Ingrid)   Mar 6 Déc - 12:17

Les autorités nazies n'étaient pas connues pour leur clémence à l'égard de leurs opposants, grands ou petits, et pourtant la désobéissance ne décroissait pas. Notamment dans le milieu culturel, où il ne se passait pas une semaine sans qu'on n'entende parler voire qu'on ne saisisse à et là des œuvres qui n'avaient pourtant plus lieu d'exister. Certains vieux militaires de carrière avaient beau affirmer le contraire, il fallait déployer bien plus d’efforts à tuer une idée qu’un régiment.
A l'image du régime qu'elle représentait, Ingrid Lorre n'avait pas la réputation de traîner avec elle des états d'âme. Les temps avaient beau devenir instables, les convictions ne vacillaient pas. Elle s'étonna donc elle-même lorsque, une fois rentrée, elle tapota du bout des doigts un exemplaire d'un roman de Stefan Zweig, assez récent pour qu'elle ne l'ai jamais lu, subtilisé plus tôt dans la journée avant que le reste du carton dans lequel il se trouvait ne soit mis au feu. L’acte avait été purement irrationnel, guidé par aucun esprit de contradiction, simplement par une pulsion de pure curiosité qu’elle hésitait à présent, comme cela ne lui été pas arrivé depuis très longtemps, à assouvir. Rien qu’un chapitre, dont personne ne saurait jamais rien, cela ne pouvait pas faire de mal. Elle fut tiraillée un moment entre l’envie de se replonger dans les pages d’un auteur qu’elle avait un jour grandement admiré et cette raison qui lui rappelait qu’une interdiction n’avait pas vocation à faire des exceptions. Sans surprise la seconde l’emporta finalement et ce fut sans remords qu’elle regarda l’ouvrage se consumer dans la cheminée. Il fut presque complément réduit en cendres lorsqu’enfin Maximilian rentra et avait définitivement disparu quand il vint la chercher dans le salon afin qu’ils se rendent ensemble à l’événement auquel ils avaient été conviés.

L’appartement était déjà agité quand le couple arriva et, après être resté soudé juste le temps nécessaire pour faire bonne figure, se sépara pour prendre deux directions opposées. S’il y avait une chose dont Ingrid était certain c’était bien que même lorsque ce mariage serait intérieurement mort il parviendrait à sauver les apparences. Le temps n'était de toute façon pas à perdre en considérations inutiles, il s’agissait pour le moment de rappeler à tous les présents que le jour où elle manquerait une mondanité serait sans doute celui où elle aurait six pieds sous terre.
Les Courville faisaient preuve d’une évidente bonne volonté en organisant cette soirée, par ailleurs réussie dans l’ensemble, mais semblaient avoir le défaut de ne pas savoir convenablement trier leurs invités. Ou de croire naïvement que ceux qui avaient un jour été d’une quelconque importance à Paris l’étaient encore autant. Si bien que parmi les officiers Allemands qui avaient pris la peine de se déplacer, preuve de l’estime qu’ils témoignaient à la famille et d'une certaine bonne volonté – relativement du moins –, on trouvait de grands noms de la collaboration, chose tout à fait normale et communément acceptée, mais également quelques illustres inconnus qui s’évertuaient à vouloir être quelqu’un quand bien même la chose était peine perdue. Qu’ils le veuillent ou non certains étaient et resteraient irrémédiablement dans le camp des perdants et il était particulièrement insupportable de les voir ramper pour tenter d’en sortir. C’était notamment le cas de cette femme, bavarde intarissable qui ne disait-elle près ou de loin rien à Ingrid et par extension n’était donc personne. Comment était elle seulement parvenu à lui adresser la parole en première instance... Elle avait beau s’accrocher à pleines griffes à son prestige passé, matérialisé par une fourrure hors de prix et une robe qui l’était tout autant mais peinait à cacher qu’elle était presque démodée, son manque d’intérêt à la France de la collaboration était criant. Elle aurait été l’épouse d’un minable dactylographe que son statut serait pour ainsi dire reste le même. Et, comble de la tragédie, à défaut d’être utile elle ne parvenait pas même à se montrer intéressante. Pourtant ce n'était pas faute d’essayer. Au moins pouvait-on lui reconnaître un véritable sens de l’effort. Mais la bonne volonté ne tirait pas de compassion à Ingrid qui, par politesse cependant, ne s’était pas encore enfuie. Sauf que la politesse avait ses limites et assez rapidement cette certaine Marie Gourmet les trouva.

« Mon mari a toujours eu une passion pour les animaux exotiques, particulièrement les crocodiles, il a d’ailleurs... »

Cette fois l’importune n’eut pas le temps de d’étendre plus longtemps sur cette fascination tirée d’on ne saurait jamais où pour la savane ou autres forêts tropicales – à quelque chose près c’était du pareil au même – car fut coupée par l’Allemande qui, d’un ton glacial et ayant perdu le sourire qu’elle gardait pourtant en quasi toutes circonstances, déclara enfin ce qu’elle se retenait de dire depuis une bonne poignée de minutes.

« Excusez-moi, est-ce qu’à un seul moment j’aurais par mégarde donné le moindre signe de vouloir discuter avec vous ? Si c’est le cas j’en suis sincèrement désolée, la chose était totalement involontaire. »

Ainsi elle rappela qu’elle n’était pas n’importe qui et, avec l’air sûr qu’arborait ceux qui savaient ce qu’ils valaient, s’éloigna sans un mot d’adieu. Ingrid ne chercha par ailleurs à se mêler à aucune autre conversation, toutes bien entamées, et entreprit de mettre la main sur son mari pour lui signifier qu'elle souhaitait rentrer et le convaincre de l’accompagner. Ce dernier échange l’avait contrariée et on l’avait bien assez vue pour ce soir. Rester plus longtemps aurait en plus pu être pris comme une marque de véritable sympathie pour la famille Courville alors qu’il n’en existait aucune. Elle avait toujours trouvé au père des dents bien trop longues, considéré la mère comme ridicule tant elle voulait se faire bien voir et le fils tout au plus amusant de loin. Quant à la dernière arrivée, une fiancée dont elle se demandait bien d’où on avait pu la sortir, elle ne lui s'inspirait tout simplement rien. Une pointe de lassitude liée au trop-plein de rigidité qu’elle dégageait à des kilomètres à la ronde, tout au plus.
Résolue, donc, à rejoindre Maximilian, elle fut déçue qu’il lui faille plus qu’un regard pour le trouver. Son humeur avait définitivement tourné quand elle longea les murs de la salle de réception pour ne surtout pas été importunée. Mais en une fraction de seconde sa curiosité fut piquée quand son regard se posa par pur hasard sur une porte très légèrement entrouverte, tapissée exactement de la couleur des murs de sorte à ce qu’on ne la remarque à peine. Et, pour s’être promenée plus d’une fois dans des demeures qui avaient bien des secrets à cacher, Ingrid ne résista pas à la tentation de s’engager dans le couloir sur lequel elle s’ouvrait. Ce qui fut très certainement la meilleure décision de sa journée.
A peine eut elle pénétré dans le couloir qu’elle fut choquée, dans le meilleur sens du terme, par le foisonnement de bijoux artistiques qui se trouvaient ici. Sur les deux commodes nombre de bibelots étaient disposés, d’une horloge finement ciselée à une boîte incrustée de pierres dans lesquels se reflétait, par effet de ricochet dans un miroir au moins centenaire, la faible lumière qui émanait de la pièce remplie d’invités. Mais ce qui attrapa son regard ne fut pas la rareté évidente d’un vase qu’on semblait avoir oublié là, ni l’état de conservation admirable d’un fauteuil hors d’âge, mais l’anarchie scandaleuse avec laquelle étaient disposés les tableaux qui tapissaient le couloir, littéralement du plancher au plafond. Au milieu de ces romantiques qui côtoyaient sans raison un Vierge tout droit sortie de la Renaissance il n’y avait bien qu’une scène antique qui ressortait un peu, accrochée de sorte à ce qu’elle dispose d’un peu d'espace qui la mettait en valeur. Après un rapide coup d’oeil, réflexe presque conditionné, qui visait à s’assurer grossièrement qu’il n’y avait dans cette collection aucun artiste interdit – cela aurait valu à la famille un très mauvais quart d’heure –, Ingrid s’en approcha, l’oeil brillant. Mais elle ne put prendre le temps de l’apprécier qu’elle fut dérangée par une voix qui venait de s’élever.

« Major Lorre, seriez-vous égarée ? »

Allemand irréprochable mais une voix féminine qui ne lui disait rien, étrange. D’autant que toutes les femmes d’officiers ou presque étaient invitées à l’appeler par son prénom. Brusquement elle se redressa, les sourcils légèrement froncés, et posa les yeux sur cette fiancée dont elle l’avait plus d’une fois entendu surnommée parvenue. Gentille accusation qui lui allait au fond assez mal, les arrivistes ayant pour trait commun un certain éclat qui lui manquait. Et comment s’appelait-elle, déjà ? Odile ? Non, quelque chose de proche. Odette, lui semblait-il. Mademoiselle Chauvet, cela elle en était certaine. Demoiselle à qui, celle-ci n’ayant qu’un pied sur deux chez les Courville, Ingrid imaginait mal rendre des comptes.

« Non. »
Les silences qu’elle imposait souvent après une réponse catégorique mettaient généralement ses interlocuteurs peu à l’aise. Ce qui ne sembla ici pas le cas, chose qui froissa un peu son ego. Mais elle reprit sur son ton habituel, presque chaleureux, d’aucuns jugeraient mielleux, accompagné d’un visage souriant, dont on se fiait trop souvent aux traits adoucis, et d’un regard qui cependant demeurait perçant.
« La porte était entrouverte et je n’ai pas résisté à la tentation de venir voir, j’espère que vous pardonnerez l’intrusion. » Et si ce n’était pas le cas elle s’en moquait assez. Comme pour s’imposer un peu plus elle passa de l’allemand au français. « C’est une collection magnifique. » Elle se tourna de nouveau en direction du tableau, l’observa encore quelques secondes, puis revint vers Odette. « Un Véronèse ? » Ou peut-être Titien. Elle n’était pas bien sûre et la faible luminosité n’aidait pas à trancher sur la maîtrise des couleurs, mais le peintre avait beaucoup d’un maître vénitien. Comme quoi la cité avait fourni à l’humanité bien plus que ses célèbres intrigants politiques, au point peut-être de dépasser sur beaucoup de points sa rivale Toscane.

« Dommage de conserver de si belles œuvres cloîtrées ici. »
Étrange, surtout. Les magnats parisiens n’hésitaient d’habitude pas à afficher au monde ce que leurs familles avaient mis des siècles à accumuler, surtout quand ils étaient, en théorie au moins, immunisés. Et quand ils avaient des choses à cacher ils le faisaient généralement mieux. Mais elle accepta, pour le moment au moins, de concevoir une simple excentricité, le grain de folie du collectionneur qui ne voulait garder que pour lui ses biens les plus précieux.  
« Mais contrairement à nous elles ont au moins la chance de se voir offrir un peu de répit. »
Du menton elle désigna la pièce grouillante d’à côté. On avait beau aimer s’étourdir dans les mondanités il arrivait à chacun de s’en fatiguer, brièvement au moins. Et pincée comme elle l’était Odette faisait sans doute partie de ceux pour qui la survie en société relevait plus de la nécessité que du plaisir.

₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪
    None are more hopelessly enslaved than those who falsely believe they are free. Hopefully I am the spirit that always denies.

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MessageSujet: Re: Aparté de deux Apaté (PV Ingrid)   Dim 18 Déc - 23:24

Je me rapproche du major que l’on distingue à peine dans la pénombre. Machinalement, une de mes mains se porte sur le secrétaire de bois précieux où Louis a empilé avec une anarchie apparente différents éléments de décoration. Je me suis tellement habituée à voir des sautoirs reposés sur des boites à priser ouvragés que je les devine sans les voir. Je dois reconnaitre à la boche, un certain sang-froids. Ou une absence totale de manières. Lorsque l’on a bien été élevé on ressent toujours une certaine gêne à être surprise à fouiner dans un appartement qui n’est pas le sien. Mais pas elle. Elle pousse l’occupation jusqu’au coeur des appartements. C’est tout simplement détestable cette façon qu’elle avait de violer ainsi l’intimité des gens.

« Non. »

Et le pire est que visiblement dans une inversion des rôles risibles elle tente de me mettre mal à l’aise. Une belle tentative. Mais dusse ma modestie en souffrir, je dois confesser que je suis au dessus de ces petits jeux de patiences. Des années à servir dans la résistance, ça laisse des marques. Aussi je laisse le silence s’attarder. Tout au plus je remonte les lunettes qui ont glissé le long de mon nez et je maintiens mon sourire aimable. Sourire qui est bien plus facile à maintenir alors que je m’imagine l’adresser à l’Artemis amusée qui nous contemple depuis sa toile et semble au fond bien plus vivante que l’allemande.

« La porte était entrouverte et je n’ai pas résisté à la tentation de venir voir, j’espère que vous pardonnerez l’intrusion. »

Tiens donc, elle se décide brutalement à lâcher avec des explications qui ne sont pas des excuses et que je me sens libre de ne pas écouter et d’ignorer totalement. Elle estime sans doute pouvoir se passer de mon pardon. Je ne peux pas lui donner tort. Et d’ailleurs je l’en remercie quelque peu. Il n’y aucune limite à l’hypocrisie que je peux déployer en une soirée mais quand même. Un mensonge de moins c’est toujours ça de prit.

« C’est une collection magnifique. »

Enfin un point sur lequel on peut tomber d’accord sans trop de problème. C’est d’une voix admirative que je reconnais :

- Vraiment incroyable, surtout quand on connait son histoire.

Une des grandes fiertés de cette famille. Chaque pièce posée ici a un passé important plus ou moins relié aux Courville ou à leur apparenté. D’ailleurs le désordre apparent s’explique par ce passé, mais aussi un peu par la nature désordonnée de Louis. Mais par exemple, il m’a expliqué un jour avec un mélange d’agacement et de morgue que le sautoir qui repose sur le secrétaire a été accueilli au sein de la famille de consanguins dégénérés lorsque la fille illégitime d’un de ses ancêtres est devenue la maitresse d’un cardinal à Rome. Tout ce qu’il reste de cette pauvre fille, c’est ce sautoir hors de prix et quelques lettres qui sont rangés dans le secrétaire. Et par esprit d’association et romantisme, ils ont choisit de ne pas les séparer. Par contre, je n’ai pas vraiment comprit pourquoi les lettres de cette pauvre fille se retrouve dans un secrétaire premier Empire dont il a hérité par sa grand-tante espagnol.

Je relève les yeux vers le tableau. Pour une fois je dédaigne un peu la déesse vengeresse pour observer le lévrier sombre qui bondit dans un coin. Je n’ai jamais aimé cette race maladive. La façon dont ces bestioles vous fixe avec leurs grands yeux tristes me dégoute un peu. C’est quelque chose de difficile à expliquer mais quand je vois ces sacs d’os, je sens juste mon agacement augmenter. Un peu comme quand je vois un allemand qui se sent un terrain conquis chez moi. Sous les coups de pinceaux de l’artiste, pourtant, je sens une certaine admiration naitre pour les animaux de chasse. Sans doute parce que l’on voit les muscles qui saillent et roulent sous le pelage noir. Dans le clair obscur et alors qu’il bondit le limier noir parait vivant, pour une fois et non plus aux portes de la mort. Représenté par un véritable artiste, on ne sent plus une bête moribonde mais un animal plein de vie et de cruauté. Ce qui n’est pas vraiment une vue réjouissante quand on y pense. Mais un témoignage du talent de l’artiste. Seulement il faudra bien plus que le talent d’un vénitien pour rendre une allemande agréable à mes yeux. Quoiqu’il en soit je la corrige doucement :

- Du Tintoret. Une de ces dernières oeuvres. Elle n’est pas très connue parce qu’elle n’a jamais quittée cette collection privée.

Ce qui est, je le reconnais sans grande peine, un gaspillage. J’observe une fois de plus Artemis tout en continuant d’éviter le regard de sa victime. Le pauvre chasseur pourtant nous implore de prendre pitié de son sort et l’on sent une certaine humanité dans les grands yeux paniqués du cerfs. Plus d’humanité chez lui que chez mon interlocutrice qui souligne :

« Dommage de conserver de si belles œuvres cloîtrées ici. »

Parce qu’elles seraient sans doute mieux dans les collections privées des hauts dignitaires du Reich? La réplique me brûle la langue mais je la contient en pensant à quelque chose de plus agréable. Quelques mots de Voltaire me reviennent à l’esprit. Allié grandeur française et résistance à l’oppression intellectuelle voilà qui me plait. Le sourire que je lance à la major est brutalement plus sincère et amusé. Et ce n’est pas sa remarque sur le fait de pouvoir échapper aux mondanités qui va me le faire perdre. Je note avec un certain amusement :

- Oh, je ne sais pas. À en juger sur pièce, cette Artemis serait du genre à apprécier être le centre de l’attention.

Il suffisait de voir son sourire sarcastique. Elle serait la reine des mondanités. Le genre de femme qui éclipserait la rousse narcissique me faisant face. Finalement c’est peut être une chance pour le major Lorre que personne ne s’avise de lui faire de l’ombre. Elle le vivrait tellement mal pauvre petite chose. Je désigne du pouce un ancêtre qui nous fixe sévèrement un peu plus loin :

- Par contre celui là, c’est sans doute un service rendu à l’humanité que de nous priver de sa compagnie.

Quel dommage en revanche que je doive croiser son regard désapprobateur dès que j’éprouve le besoin d’aller aux toilettes en pleine nuit. Tout en continuant de fixer Artemis je récupère le collier de la fille illégitime devenue maitresse ecclésiastique et joue machinalement avec les pierres précieuses. Le bijoux est glacé sur ma peau et je me demande combien de temps avant qu’il ne se réchauffe convenablement. Quoique vu l’atmosphère chaleureuse de ma discussion avec le major Lorre, je parierais sans doute sur jamais. Finalement j’hausse les épaules et souligne :

- Enfin, Louis est un romantique. Il aime à mettre ensemble les oeuvres, comme il le sent. Dommage donc qu’il ait une telle sympathie pour la compagnie de personne désagréable.

Nouveau regard haineux en direction de l’ancêtre qui me le rends à la puissance mille. Je remonte encore un petit plus mes lunettes sur le bout de mon nez. Finalement, je souligne :

- Sa mère était très heureuse de votre présence ce soir, major Lorre.

Comme toute bonne collabo qui se respecte, elle ne perds jamais une occasion de faire de la lèche aux allemands qui pourrissent notre air.

- Mais elle risque de faire un ulcère si vous restez trop longtemps avec une arriviste comme moi.

Autant dire qu’elle était cordialement et poliment invité à me laisser le champ libre et aller détruire la vie de quelqu’un d’autre loin de moi. Le plus loin possible quoi. Surtout que ma radio transmission ne se trouvait pas loin et que je ne tenais pas particulièrement à ce qu’elle poursuive trop avant ses investigations.
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MessageSujet: Re: Aparté de deux Apaté (PV Ingrid)   Lun 26 Déc - 16:29

A la correction de la jeune femme quant à l’auteur du tableau, Ingrid haussa d’abord les sourcils, légèrement étonnée, puis se tourna de nouveau vers l’œuvre afin de saisir les détails qui lui avaient échappé. Peine perdue cependant, la caractéristique principale était à chercher dans une lumière émanant des personnages qui, dans la pénombre ambiante, ne se laissait pas capter par le regard. Quelque peu déçue, elle perdit de son visible enthousiasme pour retrouver une attitude plus neutre, dont elle savait pertinemment que derrière les sourires trop francs, rarement simplement polis, demeurait une aura froide. Le visage aux expressions capables de sympathie, parfois presque de compassion, et les élans d’esthètes ne suffiraient sans doute jamais à faire oublier la sévérité qui de lointaine réputation était devenue ce qu’elle dégageait pour beaucoup. Ce que, loin de la contrarier, elle trouvait assez commode. Les efforts déployés pour parfois se défaire, lorsque les circonstances le demandaient, de son air implacable en rassuraient certains et permettaient de tisser de bonnes et utiles relations ; au contraire, le trait hostile régulièrement tiré plus que nécessaire rappelaient aux autres qu’il valait mieux garder quelques distances. Ce qui aurait pu paraître pour de la volatilité était en réalité une nécessité pour différencier efficacement les amis, appelons-les ainsi, du reste. S’agissant d’Odette, elle se contentait pour le moment de neutralité, qui, car presque intéressée, parvenait à ne pas tendre vers l’insensibilité. Car avant de se décider pour l’attitude qui serait à terme la plus adaptée aussi fallait-il observer.
Etonnante, cette mademoiselle Chauvet. Elle faisait mentir la projection – unique mais qui se voulait quasi certaine – faite par Ingrid. Voyant que c’était elle qui l’avait surprise elle avait spontanément parié sur un regard d’abord froid puis qui l’éviterait, tout au plus deux phrases lâchées, dont peut-être même une d’excuses quand bien même elle était plutôt en droit d’en demander. Mais au lieu de briller par sa transparence elle surprit par son habileté à rebondir avec légèreté sur une remarque lâchée sans pourtant attendre de réponse. Ingrid suivit des yeux le geste esquissé par la blonde et acquiesça, presque amusée, en constatant l’expression coincée – et il s’agissait d’un euphémisme – de l’ancêtre. Elle ne chercha cependant pas à répondre, préférant à présent observer avec attention le plissement de nez colérique qu’esquissa Odette, mouvement sec qui tranchait avec les courbes particulièrement douces de ses traits. Et pourtant le froncement expressif lui allait bien mieux que l’indifférence qui lissait tant son visage qu’elle lui donnait de loin des airs de poupée inanimée. Le mépris affiché, même s’il ne le fut que pour quelques secondes, fut donc saisissant et appris à Ingrid qu’en plus d’une tête pensant Odette était donc un être doté de sentiments. Ce qui immédiatement lui plu. Non pas qu’elle s’était à un quelconque moment inquiétée pour la Française – son équilibre psychique la laissait de marbre –, mais sans qu’elle n’ait besoin de rien creuser, sans même avoir envisagé de le faire, son interlocutrice lui livrait une évidente faille : le poids d’une famille hors d’âge auquel elle ne se faisait pas. Rien qu’Ingrid ne s’imagine exploiter, mais une information toujours bonne à prendre. Et qui par ailleurs lui faisait se demander ce qu’elle pouvait bien trouver à son fiancé pour tenir ainsi tête au poids de la généalogie. Reconnaître à Odette une certaine force de caractère, également. Un fond seulement, cependant. Elle ne la connaissait pas assez pour savoir si ces fiançailles étaient le reflet d’une histoire qui n’était pas qu’une amourette, d’une escroquerie dans laquelle Odette jouait admirablement son rôle, ou d’une passade où elle s’obstinait mais qui tôt ou tard aurait raison de ses nerfs. Ingrid commençait à divaguer très loin dans les suppositions quand elle fut directement interpellée, ce qui lui ramena les deux pieds sur terre.  

« Sa mère était très heureuse de votre présence ce soir, major Lorre. Mais elle risque de faire un ulcère si vous restez trop longtemps avec une arriviste comme moi. »

Ainsi elle confirmait que son inadéquation au sein de la famille n’était pas qu’une impression mais bien un sentiment partagé par la matriarche. Ce qui, quand on la connaissait un minimum, n’était peut-être pas un mal. Car à trop essayer de se faire bien voir de tout ce qui portait un nom à consonance germanique l’aristocrate en devenait au mieux un peu ridicule, au pire, et c’est là que se situait le point de vue d’Ingrid, profondément exaspérante. Elle répondit en baissant légèrement la voix, comme pour une confidence.

« Je la crois bien trop occupée à tenter d’exister aux yeux de certains de mes compatriotes bien plus influents que moi pour remarquer mon absence. » Elle ajouta avec un demi sourire complice. « Et arriviste, sans doute ne pouvez-vous pas l’être plus qu’elle. »

Rarement on avait croisé une femme plus désespérée et désespérante que madame de Courville. Peut-être s’était-elle moins imposée dans la famille que sa future belle-fille mais elle déployait des trésors d’effort pour mettre les deux pieds dans les cercles de l’occupant, ce qui n’était pas mieux. Ingrid ne partagea cependant pas le fond de sa pensée, préférant laisser à Odette le soin de la deviner. A l’occasion il faudrait cependant qu’elle la partage avec l’intéressée car la tête qu’elle aurait tirée en l’entendant aurait sans doute valu le détour. La prochaine fois qu’elle se montrerait trop pitoyable, peut-être.
Il aurait fallu être stupide pour ne pas voir dans la remarque d’Odette une invitation à retourner à côté. Ou être doté d’une propension à ignorer ce que bon lui semblait, ce qui était le cas d’Ingrid. Elle se contenta donc de quelques pas de côté, laissant son regard traîner sur quelques bibelots posés sans logique apparente. Puis ses yeux se relevèrent pour se poser sur Odette et, la tête légèrement penchée de côté, elle l’observa avec attention pendant quelques secondes, songeuse. Puis elle lâcha ce qui ressemblait à une évidence.

« Votre situation est délicate. Il est souvent difficile de se faire sa place dans un monde qui n’est pas le sien, surtout quand on est une femme. »

Et quand bien même elle n’avait jamais trop eu de problèmes avec sa famille de son mari, Ingrid savait de quoi elle parlait. Car la moindre responsabilité, quand on était une femme plantée dans un milieu qui ne brillait pas par son progressisme en matière d’égalité des sexes, n’attirait pas que la bienveillance. C’était même laid, certaines bassesses d’esprit et autres piques parfois lancées l’air de rien. Heureusement elle savait répondre, ne se le permettait cependant pas toujours mais se prétendait alors imperméable. Et puis, Dieu merci, pour beaucoup l’idée qu’une femme ait pu se hisser là où elle se trouvait aujourd’hui faisait plus peur que ne rebutait totalement.
Bien qu’elle n’en dise rien ses propos étaient ainsi guidés par l’expérience personnelle qui faisait finalement naître un peu de compassion.

« Toute votre vie vous aurez beau tenter de justifier votre présence, vous trouverez toujours quelqu’un pour la remettre en question. Vous serez mariée depuis dix ans et un vieux vicomte – ou sans doute vicomtesse, au fond les femmes sont les pires, vous rappellera que vous n’êtes ici que par accident. »

Il fallait donc croire avec ferveur que le jeu en valait la chandelle. Des décennies à venir de regards emplis de dédain, cela ne faisait assurément pas envie. A moins peut-être d’être totalement insensible à ce que les autres pouvaient bien dire et penser, ce qui, après une brève mais percutante observation, ne semblait pas être le cas d’Odette.
Ingrid se permettait beaucoup, elle en avait conscience. Traîner au milieu des œuvres et à présent commenter, sans que l’intéressée ne le lui ait demandé, la position d’une femme qu’elle ne connaissait pour ainsi dire pas, les reproches auraient pu commencer à s’accumuler. Dans d’autres conditions – face à n’importe qui d’autre ou presque, pour être exacte –, elle aurait déjà retrouvé les mondanités ou la porte d’entrée. Mais aujourd’hui, la faute peut-être à une faiblesse du cœur due à son propre mariage qui prenait l’eau, à la lassitude des discussions superficielles qui étaient le lot de ce genre de soirée, ou bien à une fiancée dont la singularité venait de la frapper, elle se sentait mue par une forme de commisération. Un sentiment qu’elle n’aurait pour autant pas pu nommer, en réalité elle continuait de parler sans chercher à savoir pouvoir.

« Votre stratégie pour exister aux yeux du monde est cependant singulière. »
Ce qui ne constituait pas un reproche. Enfin si, techniquement. Ingrid n’avait jamais adoré les femmes effacées, dont la seule ambition était de s’afficher au bras de leur mari, et avait toujours mis un point d’orgue à s’en dissocier au maximum. Mais les choses remises dans leurs contextes, c’est-à-dire en considérant que la tentative d’existence d’Odette à Paris constituait une espèce d’acte de courage – relatif, encore une fois, mais l’aplomb sous-tendu demeurait –, alors la remarque en était véritablement une et ne masquait de critique.
« Se fondre en attendant de faire partir du décor… Je suppose que cela vaut la peine d’être tenté. »
Car de mémoire elle n’avait jamais entendu parler d’Odette comme une femme pleine d’éclat. Il lui avait tout au plus semblé, lors d’une soirée de ces dernières semaines, entendu quelqu’un la qualifier de « gentille », ce qui était sans doute l’un des pires compliments.
« Schiller écrivait que les paroles sont toujours plus audacieuses que les actes. En continuant à faire face aux Courville en faisant profil bas public vous allez finir par lui donner tort. »
Ce serait alors en continuant d’avaler quelques couleuvres qu’elle finirait par triompher. Vue sous cet angle, la situation d’Odette prenait presque une dimension tragique, pleine d’un admirable pathétisme, qui tira à Ingrid un rictus amusé.

« Mais à trop vous cacher derrière ces lunettes certains pourraient tout de même en arriver à croire que vous avez quelque chose à dissimuler. »

D’amoureuse simplement soucieuse de ses intérêts à véritable intrigante il n’y avait qu’un pas. Et l’œil insistant d’Ingrid demandait, sans qu’elle n’ait besoin d’ouvrir la bouche, à la jeune femme si elle n’en était pas une. Il n’y avait cependant pas de mauvais sentiments dans son insistance, seulement de la curiosité.

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MessageSujet: Re: Aparté de deux Apaté (PV Ingrid)   Ven 6 Jan - 23:02

Curieux jugement. En soit considérer ma belle-mère comme une arriviste est un beau contre-sens. Comme elle aime à le répéter sa famille représente « mille ans d’histoire ». Donc elle n’arrivait nul part, elle daignait se présenter. Et elle fréquentait les gens par bonté de son coeur mais pas pour gagner quelque, elle n’avait pas besoin de gagner quelque chose. Mais il y avait effectivement en elle une forme d’obséquité sociale, une tendance à ramper devant plus fort et à écraser le plus faible qui puait un peu. Et c’était dit avec sentiment et respect, on s’en doute. Je suis un narrateur objectif, madame. Mais il était surprenant qu’Ingrid s’en rende compte (je suis quelqu’un de familier dans ma tête). Pour moi, orgueilleuse comme elle l’était Ingrid était nécessairement le genre de personne à ne pas se rendre compte qu’on est hypocrite et mielleux avec elle. Quoique.. Ma belle-mère doit sans doute estimer que le major Lorre ne mérite pas son obséquiosité. C’était une insulte en quelque sorte. En tout cas nul doute que la major la prenait pour telle. Ça faisait chaud au coeur de voir que quelqu’un partageait ma piètre opinion de mon entourage. Même si c’était une allemande. Une militaire allemande. Donc la lie de l’humanité.

Lie de l’humanité qui d’ailleurs s’accrochait à mon couloir désert comme une tâche, de vin, s’accroche à une nappe de dentelles blanche. Devrais-je lui mettre du sel dessus pour qu’elle comprenne que je n’appréciais pas de passer du temps avec elle. Après tout, si elle était devenu ce qu’elle était c’était que cette femme avait un certain sens politique. Et un certain sens politique devait lui indiquer que faire la causette avec moi n’allait pas la mener bien loin. Quoiqu’il en soit, je me contente de chercher des yeux une cigarette, accessoire indispensable pour tenir toute cette conversation. Et j’écoutes ses commentaires. Une légère surprise passe sur mon visage. Je ne pensais pas que ma situation intéresse réellement qui que ce soit. En tout cas pas cette femme. Sans doute était elle une boulimique de l’intérêt. Mon cas l’intéressait parce que je me trouvais sous ses yeux. Nul doute que dès lors que je quitterais son champ de vison son intérêt, et son semblant de compassion s’évanouiraient. Enfin, on prenait ce qu’on pouvait prendre. Et tant que l’attention de la rousse se concentrait sur moi, elle ne se concentrait pas sur le tableau qui dissimulait ma radio.

« Votre situation est délicate. Il est souvent difficile de se faire sa place dans un monde qui n’est pas le sien, surtout quand on est une femme. »

Et s’intégrer dans un pays qui n’était pas le sien, elle le vivait comment la boche? Il n’empêchait que je me reconnaissais dans ce qu’elle disait, et ce qu’elle identifiait visiblement comme une expérience personnelle. J’avais grandi dans un environnement militaire et masculin, si l’on exceptait mon passage dans un pensionnat de bonne soeur. Mais même cette enfance ne m’avait pas vraiment préparé à intégrer l’armée à Londres. Pour s’imposer dans un milieux masculin, il fallait avoir une grande gueule et un sang-froids important. Alors oui, on pouvait être une petite chose mignonne. Mais ça ne nous avançait pas. J’ai préféré être une emmerdeuse dont les gens devait respecter de grès ou de force les opinions. C’était épuisant et les gens ne m’aimait pas. Mais on m’écoutait. Est-ce que le major Lorre a eut la même tactique? Je paris que non. Elle doit être le genre à se montrer gentille pour grimper. Ennuyeux, efficace et si terriblement réducteur. Il n’empêche. Les femmes comme elles devaient écrire leur mémoire, histoire d’inspirer les générations futures. Elle inspirait sans doute un vague sentiment d’horreur au vu de ses opinions, l’oppression de la réflexion est une chose terrible. Mais au moins elle montrait comment on s’élève. Entre autre par le mariage, ce qui n’est pas glorieux mais sans doute pas le pire. Après tout le mariage ce sont les coucheries institutionnalisées. Et si c’était assez bien pour Catherine de Médicis, c’était assez bien pour une allemande tyrannique.

« Toute votre vie vous aurez beau tenter de justifier votre présence, vous trouverez toujours quelqu’un pour la remettre en question. Vous serez mariée depuis dix ans et un vieux vicomte – ou sans doute vicomtesse, au fond les femmes sont les pires, vous rappellera que vous n’êtes ici que par accident. »

Une fois de plus, je suis forcée de reconnaitre la justesse de son analyse. C’était quand même plus dur de détester les gens lorsqu’il s’intéressait à vous. Surtout avec une certaine justesse. Seulement, la justesse n’était pas totale. Je saisis le paquet de cigarette que j’avais repéré entre un incunable du XVIème siècle et une statuette étrusque. Évidemment les deux objets précieux appartenaient à Louis, où au moins à sa famille, mais le petit paquet de papier blanc qui contenait le graal était le mien. Je l’avais égaré une semaine plus tôt. Et bonne nouvelle, il en restait plein à l’intérieur. Un enthousiasme tabagé s’empara de moi, au point même que je poussais l’amabilité à proposer une clope à Ingrid. Une fraternisation avec l’ennemi que je suis sensée détesté. Mais finalement, il y a un moment où mensonge et réalité se rejoignent un peu. Et ce n’était pas un crime que de donner un peu de tabac à une femme moralement ignoble. Tout en allumant mes cigarettes, le briquet se trouvait juste à côté du collier de perle avec lequel j’avais joué un peu plus tôt, je me permis de contester un petit peu le major. D’une part, elle énonçait quelque chose de faux et d’autre part ça me permettrait de confirmer un petit peu mon rôle. Sans oublier qu’affronter, même dans le cadre d’un débat de rien du tout, l’ennemi allait ajouter un peu de piment à ma soirée. Je soufflais un peu de fumée vers le plafond, le seul élément banal dans cette pièce remplie d’oeuvres d’art hétéroclites. Puis calmement, je contestais Ingrid :

- Un accident suppose le hasard. Je suis ici par choix. Celui de Louis et le mien. Qu’une vieille comtesse pense l’inverse et me croit forcer de me juger… Eh bien je trouve ça plus triste pour elle que pour moi. Je ne suis pas femme à m’attacher à la stupidité et aux préjugés.

Comme tout dans ma vie c’est un curieux mélange de mensonge et de vérité. Le mépris qui m’entoure dans ce milieux aristocratique me laisse indifférente. Mais est-ce que ce serait vraiment le cas si j’avais été amoureuse de Louis? Être méprisée par la famille de l’homme que l’on aime doit être plus dur que de l’être par celle d’un collègue. Sans compter qu’il est plus facile de supporter une situation que l’on sait provisoire que d’endurer ça sur le long terme. J’ajoute d’un ton pince-sans-rire :

- Enfin dans dix ans et après ma troisième comtesse peut être que mon avis rejoindra le votre.

Enfin si je devais faire semblant d’être marié à Louis pour dix ans, je serais malheureuse. Et puis dix ans d’occupation allemande quoi. Je grinçais tellement des dents à chaque fois que je voyais un germanique pourrir la capitale que je risquais de perdre une ou deux molaires au cours de ces dix ans. Et puis ça signifiait que j’aurais fait un mauvais boulot, moi et tout les autres. Surtout les autres. Je n’étais pas imbu de moi-même au point de croire que le mouvement résistant était basé sur moi uniquement. Ou même que j’y étais essentielle.

« Votre stratégie pour exister aux yeux du monde est cependant singulière. Se fondre en attendant de faire partir du décor… Je suppose que cela vaut la peine d’être tenté. »

Je ne dirais pas que c’était une stratégie pour exister. C’était plutôt une improvisation permanente qui visait à me faire le moins d’ennemis possible et à économiser mes forces pour le vrai combat. C’était assez amusant de voir la façon dont les gens interprétait ma passivité. Et ça en disait long sur mon interlocutrice. Elle était femme à élaborer des plans et des stratégies en permanence. Y avait-il quelque chose qui ne soit pas froids et calculé derrière ses yeux froids? ou bien est-ce que tout chez elle était toujours aussi calculée? C’était assez contradictoire avec la femme qui citait Schiller. Il ne s’agissait pas vraiment d’un calculateur, lui. Enfin de ce que j’en savais. Les écrivains allemand n’était pas ma spécialité. Mais Marie avait aussi eut sa période d’admiration de Schiller. Mais après quelques verres je ne retenais pas tout ce qui concernait ce grand esprit allemand.

« Schiller écrivait que les paroles sont toujours plus audacieuses que les actes. En continuant à faire face aux Courville en faisant profil bas public vous allez finir par lui donner tort. Mais à trop vous cacher derrière ces lunettes certains pourraient tout de même en arriver à croire que vous avez quelque chose à dissimuler. »

Que répondre à ça? Finalement les mots viennent plus aisément qu’ils ne le devraient et en allumant ma seconde cigarette je note avec un sourire :

- Ils détestent tous que je fume, c’est pour ça que je prends bien garde à ne jamais le faire sous leur yeux.

J’observe un moment Artemis qui continue à nous narguer avec ses airs de diva sur la toile figée. Bizarre de voir que c’était celle qui était la plus à l’aise ici. Enfin, je suppose que pour elle cette discussion était plus intéressante que la mort d’un voyeur qui se déroulait devant elle depuis des siècles.

- Vous savez que vos questions pourraient me mener à vous reprocher une curiosité assez mal placé. Mais je ne voudrais pas que vous pensiez que j’ai quelque chose à cacher.

Il était difficile de manquer l'ironie de ma dernière phrase. Ça ne servait à rien de le souligner. Mais au moins ça aurait le mérite d’avoir poser les termes de la discussion. Cette femme se mêler de ce qui de toute évidence ne la regardait pas. Ce qui me poussait à me demander pourquoi est-ce que je continuais à lui parler. Peut être parce qu’elle avait une forme de pertinence et de lucidité dans son analyse de ma fausse situation qui me soulageait. Peut être juste parce que j’aimais pouvoir parler à découvert. Et avec un second sens.

- Louis est toujours très précautionneux dans les oeuvres qu’il choisit. Il prétends que la moindre faute de goût se repère vite et détruit tout le tableau. Et sans le moindre doute sa mère a les même considérations hégémonies en matière de comportement en société.

J’offre un sourire tout en dent à l’occupante face à moi. Un sourire de louve parmi les louves. Un sourire qui faisait dire quand j'étais enfant que j'étais de la mauvaise graine et que je ne serais jamais maitrisé

- Je sens le regard des vieilles vicomtesses qui pèse jour après jour sur moi.

Je sentais surtout le poids de l’oppression, de la restriction de la pensée, des gens qui parlaient allemand, de la perte de souveraineté et des restrictions alimentaires. Toutes ces choses sont à la fois semblable et différentes du regard de la vicomtesse. Une atmosphère étouffante et omniprésente qui vous poursuit jour après jour.

- En réalité, elles guettent chaque faute de ma part. Parce que la faute, c’est tout ce qu’on voit, comme une oeuvre de second rang au milieux d’oeuvres aussi inoubliable que cette Artemis.

Et les allemands cherchent sans fin des résistants. Pour les tuer. Pour maintenir leur hégémonie et c’était une réalité insoutenable avec laquelle je vivais jour avec jour.

- Seulement je ne commet pas d’erreur.

Seulement tu ne m’as pas encore trouvé sale allemande. Comme ma belle-mère tu attends que je me trompe, que ça soit évident et que je tombe. Et moi je ne tombe pas. Je ne me trompe pas de fourchette en mangeant et je ne laisse personne soupçonner ma place dans la résistance. Bon évidemment cette tirade est un peu gâchée par le fait que ma radio se trouve littéralement à deux mètres de la rousse. Et cette possibilité suffisait à me donner des sueurs froides. Ma bravache serait carrément pathétique si on me démasquait maintenant. Mais je ne compte pas m’arrêter aussi vite.

- Et je la vois qui rage jour après jour alors que je ne commet pas d’erreur. Et ça croyez moi, c’est déjà une belle revanche.

Parce que je ne doute pas de ma victoire un jour. Pas sur cette famille à la consanguinité dangereuse et aux habitudes plus figés que celle des personnes d’ailes et de papier, eux rien ne les bougerait jamais. Mais par contre je n’avais aucun doute sur notre victoire sur le troisième Reich. Et cette victoire souterraine que nous allons obtenir en nous fondant dans la masse. Nous allions l’avoir parce que nous faisions à la perfection ce que les allemands attendaient de nous en détruisant en sous-main tout les fondements de leur pression. Cette victoire serait un travail de longue haleine mais je ne doute pas qu’elle surviendra. Et j’aurais contribué à ma façon. Aussi j’achève dans un sourire :

- La victoire dans la perfection, c’est une forme d’accomplissement en soi. Qu'en pensez-vous?
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MessageSujet: Re: Aparté de deux Apaté (PV Ingrid)   Lun 23 Jan - 19:50

Quel drôle d’endroit pour oublier ses cigarettes. On perdait rarement quoique ce soit dans un couloir, toute galerie d’art était-il. Mais Ingrid ne chercha pas à comprendre et en alluma volontiers une entre deux phrases. Elle céda cependant rapidement la parole pour ensuite afficher un sourire amusé. Curiosité certes, mal placé c’était beaucoup dire. Malgré ce que pouvait en penser Odette il n’y avait rien de transgressif à soulever une évidence. A moins, justement, qu’elle ne dissimule quelque chose. Ce qui ne semblait pas être le cas. Au contraire, une fois lancée on n’arrêtait plus la demoiselle.
Et au fur et à mesure qu’elle parlait Ingrid l’imaginait, assise dans une robe discrète, autour d’une assiette de gâteaux secs et à la main une tasse de thé fade, avec dans la voix un accent de fausse retenue qui convainquait presque les vieilles hôtesses mais ne suffisait à terme pas à cacher une naissance modeste.

La figure d’Odette, posée et policée, contrastait avec toutes ces toiles qui l’entouraient, sur lesquelles on avait fixé le chatoyant, le fugace, le passionné. Il y avait dans son air de poupée peu à saisir, simplement le calme, si bien qu’on pouvait se demander s’il y avait à voir une sincérité de soi ou au contraire un masque bien maîtrisé. Quelques minutes plus tôt Ingrid aurait opté pour la première option, attribuant à Odette peu de qualités en dehors de son joli minois. Mais à mesure qu’elle s’ouvrait un peu, révélant un esprit bien plus affuté qu’on pourrait lui prêter et surtout une rage de vaincre, il devenait presque évident qu’elle savait se jouer de son entourage. Pleine d’une assurance insoupçonnable et pourtant Odette parvenait au quotidien à dégager ce charme difficile à exprimer, propre à un certain rang et qu’Ingrid jugeait parfaitement irritant, fait de discrétion, de sourires surtout pas trop grands et d’esprit qu’il s’agissait de ne pas trop dévoiler. En découvrant l’aplomb dont elle pouvait faire preuve Ingrid envisagea que ce que la jeune femme montrait au monde relevait finalement non pas d’un profond inintérêt mais au contraire habileté tout à fait louable. Ou peut-être dérangeante, cela restait à déterminer. Admirer une force de caractère ou avoir le déplaisir de constater qu’elle aussi avait également été trompée, elle ne savait pas encore définitivement vers quel sentiment pencher. Quoiqu’une légère préférence allait pour le moment au premier. Toujours était-il que sa simplicité apparente revêtirait désormais un air de mystère.
En quelques minutes seulement la pièce, si tant est qu’on pouvait appeler un corridor ainsi, fut emplie d’une odeur bien caractéristique, celle qui se perdait dans les moindres recoins et s’accrocherait durablement aux toiles huilées. Ingrid avait écouté d’une oreille attentive, tirant au passage peu sur sa cigarette, juste assez pour qu’elle ne s’éteigne pas. Elle s’étonna d’ailleurs de voir Odette en attraper une nouvelle quand il lui avait semblé avoir à peine entamé la sienne.

« La victoire dans la perfection, c’est une forme d’accomplissement en soi. Qu'en pensez-vous? »

Avant d’ouvrir la bouche Ingrid attendit quelques secondes, les yeux levés au plafond comme s’il lui fallait réfléchir intensément à la réponse. Finalement cette dernière fut simple, peut-être un peu brutale mais avait au moins le mérite de l’honnêteté.

« Je pense qu’il faut être présomptueuse pour revendiquer la perfection. »

Ce genre de déclaration ne venait en effet pas sans une certaine arrogance. Le commun des mortels se contentait en général de penser sa supériorité très fort et ne l’annonçait pas comme une banalité. Cette prétention lui déplut d’ailleurs assez. Elle aurait préféré qu’Odette en reste à une certaine assurance sans verser vers l’orgueilleux. Affiché, ce trait de caractère n’était pas bien joli. Ce qui était une des raisons pour laquelle Ingrid le cachait auprès de ceux qui comptaient derrière une simple exubérance passionnée.
Elle continua d’un ton un peu sec, comme si elle s’était sentie personnellement touchée par les propos d’Odette.

« Et je vous souhaite de l’annoncer sans y croire réellement, auquel cas le premier faux pas serait douloureux pour votre ego. »

Ingrid la fixa un moment sans ciller, presque durement, puis tira sur sa cigarette, tourna légèrement la tête pour en souffler la fumée et revint vers Odette, à qui elle adressa une figure soudain bien plus aimable. En un instant elle retrouva un timbre beaucoup plus chaud et un sourire presque doux.  

« Mais bien sûr j’espère surtout que vous arriverez jusqu’à votre mariage sans encombre et que votre victoire aura été plus qu’une prédiction lancée en l’air. »

Elle n’avait tout de même pas le cœur à lui souhaiter d’échouer simplement pour prouver son point. Pour autant elle ne put s’empêcher une dernière remarque qui trahissait une certaine désillusion.

« Ou plus exactement que vous aurez réussi à poser la première pierre. Sans vouloir me faire oiseau de mauvais augure je maintiens que le chemin sera long. »
Ingrid en savait malheureusement quelque chose. Elle écrasa sa cigarette à demi consumée dans le cendrier, d’un geste sec, laissant supposer que le sujet commençait à l’agacer.
« Mais l’amour est une grande banalité. »  

En quelques minutes elle avait assez donné en trivialité pour deux bons mois au moins. Elle s’arrêta donc ici, refusant de devenir cette femme aigrie ressassant des lieux communs. Elle était encore bien trop jeune pour cela.

« Je suis désolée de vous avoir retenue. Mais vous parlez m’a fait plaisir. Vous êtes une personne étonnante. »

Enfin elle s’apprêta à partir, jugeant qu’elle en avait assez vu et entendu. Avant d’ouvrir la porte qui menait à la salle de réception elle se ravisa cependant et se retourna vers Odette. Cette courte discussion venait en effet de lui faire conclure qu’on ne voyait pas assez la Française. Non pas qu’Ingrid tienne à ce qu’elle prenne soudain une place prépondérante au milieu de mondanités – elles restaient une chasse gardée et elle n’avait aucune envie de partager un peu plus l’attention, d’autant plus qu’Odette ne semblait pas en demander. Mais esprit propagande obligeait elle lui trouvait la bonne allure pour incarner un peu plus activement les valeurs du moment.

« Avant que j’oublie, faites vous partie du groupe d’amitié franco-allemande ? »
Car elle n’avait pas souvenir de l’y avoir vue. Mais encore une fois il n’était pas impossible qu’elle se trompe, après tout il était admis qu’Odette entretenait une personnalité tout sauf rayonnante.
« J’y pense car j’ai aperçu madame Jaeger tout à l’heure. Il faudra d’ailleurs que je lui parle de vous, même si vous la connaissez sans doute déjà. »
Tout le monde connaissait Klara et Klara connaissait tout le  monde. Mais à présent qu’Ingrid suspectait que beaucoup se cache sous les apparences de la blonde il devenait justifiable de faire partager sa trouvaille à ceux qui en valaient la peine. Et nul doute qu’une figure phare de l’Amitié, doublée d’une femme charmante, se prendrait d’intérêt pour le spécimen Odette.
« Mieux, dans quelques jours vous devriez venir déjeuner avec nous. Rien de très formel, au contraire une occasion d’échapper à ce genre de soirée. »
Même si sur le papier n’importe quel moment entouré d’une poignée de nazies n’était pas exactement rassurant. Surtout que le « nous » supposait un comité par si restreint.
« Et nous pourrons parler de ce vous pourriez faire en plus de jouer à la parfaite fiancée. »  
Et avant de devoir endosser le rôle de parfaite mère de famille. Avec un peu de chance la jeune femme avait encore du temps devant elle avant de tomber dans un rôle qu’Ingrid jugeait tristement réducteur.
« Si cela vous convient je vous donnerai une date d’ici la fin de la semaine. »
Mais elle voyait de toute façon mal comment une occasion de sympathiser un peu avec les femmes qui comptaient à Paris (ou plutôt à Berlin, mais dans les circonstances actuelles l’un impliquait l’autre) pouvait se refuser.

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Aparté de deux Apaté (PV Ingrid)

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