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 Quiproquo au Champ de Courses || Emilie

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Eulalie Vernier
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Un opéra : histoire où un baryton fait tout pour empêcher un ténor de coucher avec la soprano.
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MessageSujet: Quiproquo au Champ de Courses || Emilie   Ven 30 Déc - 13:13

Le ciel était particulièrement bleu en cette fin de mois de septembre. Joseph Vernier, accompagné de sa femme Rénata, de leur fils Eugène et de leur nièce Eulalie. Ils avaient décidé de s'accorder une sortie à l'hippodrome de Longchamp pour assister au Prix de la Forêt, réservé aux chevaux de deux ans et plus. Ils avaient tous revêtus leurs habits du dimanche. La jeune cantatrice avait relevé ses cheveux en un agréable chignon bouclé, agrémenté d'un chapeau qui lui retombait légèrement sur le front. Sa robe qui s'arrêtait aux genoux était taillée dans un beau tissus quadrillé façon tartan, à manches longues et col montant orné d'une lavalière. Perchée sur ses petits escarpins, elle avait un air discret mais très élégant qui ne manquait pas de susciter l'admiration de ces messieurs.
Alors qu'ils cheminaient vers les places qui leurs étaient attribuées, Eugène bougonnait, plus qu'à l'accoutumée.

- A travers les innombrables vicissitudes de la France, le pourcentage d'emmerdeurs est le seul qui n'ai jamais baissé !

Joseph éclata de rire alors que Rénata haussait les yeux au ciel.

- Allons bon, si le métier de chirurgien t'insupporte déjà alors que tu es seulement en internat, tu auras tôt fait de nous faire un ulcère !

Eulalie pouffa discrètement puis regarda son cousin.

- La vie à l'hôpital est-elle donc si insupportable que cela ?

- Elle le serait beaucoup moins si j'étais supervisé par le Docteur Landgraf. Cet homme a beau être allemand, c'est un véritable battant ! Et même avec un seul oeil, il a sauvé plus de vies en 6 mois que mon imbécile de supérieur dans toute sa carrière !

Rénata lança une tape discrète à l'attention de son fils pour lui faire comprendre qu'il exagérait alors que Joseph se contentait de rire encore et toujours. Eugène était rouge de frustration. Eulalie tenta de calmer le jeu et par la même, de cacher son trouble à l'évocation du docteur.

- Je suis sûre qu'il doit bien exister pire que ton chef dans le service de l'Hôpital.

- Ah je ne te le fais pas dire ! Il y a cette vieille bique de dactylographe au secrétariat... Marie-Antoinettede son prénom ! Une antiquité, on dirait une véritable momie, sèche et aussi aimable qu'une porte de prison. En plus elle passe sa vie à traîner dans ses pattes cet espèce d'insupportable bichon... Je voudrais bien la coller à la retraite si j'en avais le pouvoir !

Rénata, outrée que de tels propos sortent de la bouche d'un garçon aussi bien élevé, plaça sur la tête de ce dernier un soufflet bien senti, sous les rires du père et de la cousine. Grommelant un peu, Eugène décida de ne pas en rajouter alors qu'ils arrivaient à leurs places. La course était sur le point de commencer... En sa qualité d'héritière de la noblesse suisse, bien qu'elle n'ait plus son titre, Rénata avait été conviée à prendre part à un apéritif en compagnie des jockeys et du Tout Paris. Et sa famille n'y échapperait pas non plus.

Eulalie regarda les chevaux s'élancer sur la piste avec un certain émerveillement. Bien qu'elle n'ait jamais pu monter sur l'un d'entre eux, elle appréciait l'élégance de ces bêtes qui pouvaient être tantôt d'un calme placide, tantôt d'une vivacité concurrençant celle du guépard. Les jockeys semblaient ne faire plus qu'un avec leur animal et transperçaient l'air à toute allure, sous ses yeux ébahis. Un jour, elle aimerait beaucoup avoir l'occasion de profiter d'une balade à cheval... Peut-être lorsque les conflits se calmeraient.

Une fois la course terminée, la famille s'éclipsa pour rejoindre le jardin privé qui avait été aménagé. Des petits chapiteaux abritaient des tables ornées de nappes blanches et de fleurs. Des femmes déambulaient dans leurs belles robes et leurs chapeaux raffinés. Rénata aperçut bien vite une connaissance et entraîna avec elle son Eugène de fils, sans doute dans l'espoir de trouver quelque chaussure à son pied pour un éventuel mariage.
Joseph sembla vouloir s'éclipser pour manger un morceau et se tenir le plus loin possible de ces dames, laissant Eulalie seule dans la foule. La jeune femme, un peu perdue, décida de s'asseoir à une table et de prendre une tasse de thé. Elle s'assit à côté d'une vieille dame qui semblait un peu ailleurs et resta pensive.

Si elle était venue aujourd'hui, ce n'était pas seulement pour profiter du plein air. C'était également parce qu'elle avait reçu une missive étrange, semblable aux messages codés qu'on lui faisait parvenir quand elle devait récupérer une oeuvre.

" P.S. : Un de mes amis vous admire sincèrement. Il espère pouvoir vous apercevoir au Champ de Courses de Longchamp ce dimanche. Vous serez la bienvenue à notre table après le Prix de la Forêt si le coeur vous en dit. "

Qui était donc ce mystérieux ami ? Où se cachait le résistant ? Eulalie, l'air de rien, scrutait la foule dans l'espoir d'y voir un quelconque signe quand la voix chevrotante de la vieille femme à côté d'elle la fit sursauter.

- Heureusement que cette guerre prendra bientôt fin...

- Je... Je vous demande pardon ?

- Ah, mais c'est parce que vous n'êtes pas au courant de la grande nouvelle... Je ne devrais pas vous le dire mais vous m'avez l'air d'être une jeune femme de confiance.

Eulalie marqua un temps d'arrêt. Se pouvait-il que le résistant soit cette vieille dame ?
D'un air espiègle, celle qui devait facilement être octogenaire se pencha vers elle et lui dit sur le ton de la confidence :

- Adolf Hitler envisage très sérieusement d'abandonner la guerre pour se lancer dans l'horticulture... D'ici quelques mois Paris sera à nouveau libre !

Eulalie était circonspecte. Comment une telle information avait-elle pu parvenir aux oreilles de cette respectable personne ? Et celà paraissait si peu probable... Enfin, on parlait tout de même de l'horrible Führer qui faisait trembler l'Europe entière !

- Vous en êtes certaine ?

La vieille dame hocha vigoureusement la tête. Elle avait l'air plus sérieux que jamais.

- Evidemment, est-ce que j'ai une tête à ne plus savoir ce que je dis ? Ecoutez, mon fils travaille de façon très rapprochée avec le gouvernement Allemand, ce que je tiens sont des informations de source fiable !

Eulalie ne savait plus quoi penser... C'était totalement invraisemblable, mais après tout, cette guerre était tout aussi invraisemblable, mais pourtant bien réelle. Les sourcils froncés, elle allait questionner davantage la vieille dame quand une femme d'un âge beaucoup moins avancé, accompagnée d'un homme qu'elle trouva plutôt bien fait de sa personne. Il devait certainement être un jeune parent de son interlocutrice...

- Allons madame de La Grandière, j'espère que vous n'essayez-pas encore de distraire la jeunesse avec vos histoires abracadabrantesques ?

La vieille femme sembla s'étouffer de colère.

- Comment ça des histoires ?! Mon fils m'a bien confirmé que...

La dame lui coupa la parole et fit signe à un groom de venir chercher la vieille femme. Celle-ci se laissa faire, un peu désorientée, alors que la nouvelle venue lui parlait d'une voix douceureuse. Soudain très silencieuse, elle se laissa reconduire plus loin par les hommes de service, sous le regard interloqué de la cantatrice.
La dame s'assit ensuite avec l'homme qui l'accompagnait et lui dédia un sourire qui lui parut un peu trop affable.

- Pauvre madame de la Grandière... Elle n'a plus toute sa tête depuis que son fils n'est plus de ce monde... Je suis madame de Courville et voici mon fils Louis.

La jeune femme sourit doucement et inclina la tête avant de se présenter à son tour.

- Enchantée de vous connaître. Je m'appelle Eulalie Vernier, je suis Seconda Donna à l'Opéra de Paris.

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MessageSujet: Re: Quiproquo au Champ de Courses || Emilie   Lun 2 Jan - 21:58

Ça doit être délassant d’être fondamentalement stupide. Prenez Anne de Vaugirard assise en face de moi. Il s’agit sans doute de la créature la plus écervelée que je n’ai jamais vu.  Ce n’était pas une insulte mais une simple constatation. Cette fille avait la conversation d’une moule asphyxiée. Chez elle les lieux communs lui tenait lieu de réflexion. Recracher les idées, au demeurant guère brillantes, de son papa et de sa maman était le seul effort de conversation qu’elle pouvait effectuer sans se fouler le cerveau. Je suis méchante. Mais j’accusais un stress assez important qui comme souvent me rendait irritable. Tout avait commencé à 22h hier soir, lorsqu’en deux chapitres de « Jane Eyre » (je voulais relire tout les chefs d’oeuvre de la littérature anglaise avant qu’ils soient censurés), j’avais reçu un message codé. Et codé avec les pieds si vous permettez mon avis professionnel. Je me demandais si un ivrogne avait codé ce message, ou juste un débutant. Quatre heure et un paquet de cigarette plus tard j’avais décodé ce rébus. Enfin en théorie. Seulement soit j’étais devenue nulle en code soit ce message avait aucun sens. Une véritable tannée qui allait me prendre un paquet de clope supplémentaire et quelques heures. Entre deux considérations sur le temps à Londres et le cycle de reproductions des opossums, je compris que je devais prendre contact avec quelqu’un au champ de course. Au champ de course… Je ne sais pas quel idiot à coder ce message mais je sais très bien qui a eut l’idée de me refiler une mission aussi pourrie. Trouver un sauveur de tableaux au champ de course ! C’est sans doute un idéaliste cultivé qui a conçu cette mission. On galère à unifier les réseaux de résistance et tout à coup me voilà forcée de risquer ma couverture pour des tableaux. C’était juste ridicule. Et j’avais perdu ma nuit à déchiffrer un message codée par un incapable pour ça.

Brutalement je prends conscience que l’on attends quelque chose de moi. Donc je choisit de participer à la conversation avec élégance, discretions et intérêts :

- J’ai rien compris, ça doit être génial mais j’ai rien compris.

Miracle de la stupidité, Anne ne retient que le mot génial et repart de plus belle dans son analyse de la chronique mode de Micheline Puerno. Apparemment les capelines à carreaux vont redevenir à la mode. J’ignorais que les capelines à carreaux aient jamais été à la mode. Mais il vaut sans doute mieux ne pas l’avouer à cette femme. Ses maigres facultés intellectuelles sont entièrement absorbés par la maitrise minutieuse du monde de la mode et du mauvais goût et je m’en voudrais qu’elle se sente obliger de me faire part de son savoir. Aussi alors qu’elle m’explique ce revirement inattendu et heureux dans le monde de la mode.

- Tu as parfaitement raison Anne, ce sera difficile de combiner cette tendance avec la mode du rose et du vert émeraude.

Puis j’ajoutes avec un sourire, faux mais si chaleureux :

- Excuse moi, Louis m’attends.

- Oh bien sûr ! Vous formez un si beau couple. Et tu as tellement de chance.

Ouais, ouais c’est ça. Actuellement le seul avantage que je vois à mes fiançailles à un aristocrate au sens de l’humour douteux est sa loge à Longchamps. Loge qui malheureusement va de pair avec mon fiancé et sa mère. Mère qui a un oeil plus futé que Micheline Puerno pour les fautes de goûts qui n’existent que dans sa tête. Ainsi mon retard de trois minutes fut une faute inadmissible (notez que j’aurais été à l’heure on m’aurait reproché de ne pas respecter le quart d’heure de politesse), la hauteur de mes talons fut critiquée, sans mentionner une remarque sur mon mascara pas adapté à l’évènement. Un moment mère-fille comme on en fait plus. Louis évidemment n’aide pas, enchainant blague idiote sur allusions lourds. Qui est le débile qui a cru à la crédibilité d’une romance entre une femme comme moi et un homme comme lui. Sans doute le même qui m’a refilé cette mission. Bref. Je supporte avec vaillance 43 minutes de discussions puis enfin je peux me rendre à mon mystérieux rendez-vous. Je trouve le résistant. Je noue contact. Je prétexte une migraine. Je rentre. Le plan est d’une simplicité et d’une efficacité redoutable. Seulement ce sont les plans les plus simples qui sont les plus aisément gâché. J’aurais pût apprécier la présence de Louis à mes côtés, ou en tout cas ne pas y être totalement allergique. Mais franchement je n’avais aucune envie d’être accompagnée par ma belle-mère. Pourquoi est-ce qu’elle n’allait pas trainer avec ses vrais amis les aristocrates? Pourquoi est-ce qu’elle s’infligeait la compagnie d’une belle fille qu’elle détestait profondément?

Je compris tout de suite pourquoi en arrivant à la table et une fois les présentations effectuées. Une chanteuse d’opéra, excessivement jolie, se trouve à table. Assise juste en face de Louis, comme par hasard.

- J’appartiens aux amis de l’opéra, c’est comme ça que je connais mademoiselle Vernier. Elle est incroyablement talentueuse.

Et prodigieusement célibataire sans le moindre doute. Étrange. Les aristocrates ne supportent pas les bourgeois enrichis mais n’ont aucun problème avec les artistes sans le sous. Un paradoxe de plus dans un monde si absurde et figée qu’il en devint abstrait. Je porte ma cigarette à mes lèvres et souris à Louis. Il me le rends avec un mélange d’ironie que je ne sais pas lire. Puis il coupe la parole de sa mère qui récitait des lieux communs sur les qualités de chanteuse de la blonde :

- Et voici ma fiancée, Odette Chauvet.

Bravo le service invention des identités secrètes ! C’est tellement laid comme prénom. Tellement laid. Mais je trouve quand même le moyen de sourire et de serrer amicalement la main d’Eulalie. Et je peux même me laisser à un léger mouvement d’humeur en lui serrant la main un peu plus fort que prévu. Au pire, on croira qu’il s’agit là de la jalousie d’une fiancée un peu trop possessive. Et puis, j’ai mauvais caractère avec cette identité. Ou mauvais caractère tout coeur. Quelle importance ont ces choses?

Bref. Bref. Je suis à la table à l’heure dite. Même s’il y a là des invités que je n’avais pas prévu et dont je me passerais volontiers. Maintenant, il ne me restait plus qu’à orienter subtilement la conversation sur les chroniques de Micheline Puerno. Je ne sais pas qui est l’abruti qui choisit nos missions et nos moyens de reconnaissances mais le brouillard anglais a sévèrement nuit à ses capacités de réflexions. Eh ! Une minute ! Mon message puait l’amateurisme. Peut être est-ce un leurre? Ou pire. Peut être que mon contact a un code différents. Dans le doute, attendons de voir qui parles de quoi. Si un jour ma belle-mère arrête de jouer à l’entremetteuse, c’est vraiment gênant. Pour tout le monde. J'écrase ma cigarette alors qu'elle se lance dans une discussion sans queue ni tête sur l'art contemporain. Et c'est là que la catastrophe se produit. Par une association d'idée qu'elle seule comprends, elle passe des oeuvres de Picasso aux capelines à carreaux. Merde. Merde. Merde. Et en plus j'étais trop occupée à faire semblant d'écouter les discussions sur la piètre qualité du vin pour lui couper la parole à temps. (Je n'écoutais pas les discussions sur la qualité du vin, mais ces gens fumaient et j'aime les fumeurs). Quoiqu'il en soit cette femme lance :

- Et dans son article de la semaine dernière Micheline précise bien que c'est plus qu'un mouvement passager. Vous devriez essayer Eulalie, ça mettra votre visage en valeur.

Cette femme fait de ma vie un enfer. Et elle y arrive très bien quand elle n'essaie pas.

...

...

Une minute. Si une capeline vous mange la moitié du visage, comment le fait d'en porter une, mets votre visage en valeur? Je dis ça, je dis rien. Mais la proie des ambitions matrimoniales de ma belle mère devrait peut être se vexer.
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MessageSujet: Re: Quiproquo au Champ de Courses || Emilie   Sam 4 Fév - 22:12

Eulalie se sentait terriblement mal à l’aise. Face au trio qui s’était invité à sa table, elle se sentait résolument de trop. Déjà, Madame de Courville avait l’air bien trop intéressée par elle, la pauvre chanteuse se sentait comme une souris prise dans les griffes d’un chat. L’homme qui s’était posté en face d’elle, son fils, n’était pas désagréable mais avait un air d’imbécile heureux qui la faisait se questionner sur sa capacité à rester sérieux lors des événements officiels. Quant à la blonde, dont il était flanqué, celle-ci avait un air vraiment renfrogné qui la déstabilisa un peu. Elle avait l’impression de lui avoir déplu avant même d’avoir ouvert la bouche. Pour autant, elle lui serra la main et lui accorda un sourire délicat, faisant preuve de ses meilleures manières.

- Enchantée mademoiselle Chauvet.

Ainsi donc, ce noble avait une fiancée. Pourquoi diable alors Madame de Courville s’était-elle montrée aussi insistante pour la placer en face de lui ?
Eulalie passa nerveusement sa main sur sa nuque raide et pensa soudain que la colère qui semblait habiter la fameuse Odette devait trouver son origine dans une certaine forme de jalousie. Et si Madame de Courville souhaitait défaire l’union à venir de son fils avec cette femme et l’utilisait dans cette entreprise ?
Eulalie pesta intérieurement. Elle commençait à en avoir la barbe d’être la cible de toutes les mères en désespoir de trouver un beau parti pour leur fils. D’abord Madame Chassagne, maintenant elle, sans compter les dizaines d’allusions lors d’événements plus ou moins officiels auxquelles elle tentait de se soustraire le plus élégamment possible. Elle commençait à songer de plus en plus sérieusement à la perspective de trouver un époux pour mettre fin à ce jeu de spéculations, mais un mariage avait le potentiel de briser sa carrière autant que de la faire décoller. Et puis personne actuellement dans les hommes qui auraient pu lui plaire ne trouvait l’idée de lui faire des avances.

Elle écouta parler Madame de Courville d’art et tiqua quelque peu. C’était osé de parler d’Art contemporain, surtout d’artistes comme Picasso, ouvertement conspués par le Reich. Une telle prise de position pouvait-elle être seulement le fruit d’une conversation mondaine ? Lalie repensa au message qu’elle avait reçu et se mis à cogiter. Et si la réalité était ailleurs ? Et si Madame de Courville n’était pas une femme désireuse de contrôler la vie affective de son fils mais plutôt le fameux admirateur qu’elle devait rencontrer ? Peut-être essayait-elle de s’assurer que Lalie était bien la personne qu’elle recherchait ?
La cantatrice hésita, pesant chacun de ses mots, puis finit par sortir une phrase qu’elle espéra suffisante pour se faire identifier sans se mouiller.

-L’Art Contemporain m’est assez peu familier… J’ai l’impression que beaucoup d’œuvres sont emplies de significations cachées nécessaires à leur compréhension, et que je suis parfois bien en peine de décrypter. Cependant, je reste convaincue que leurs œuvres ont autant le droit d’être admirées que d’autres, plus conventionnelles. Elles sont l’héritage culturel que nous laisserons à nos enfants, d’une certaine manière…

Eulalie rougit un peu et reporta son attention sur sa tasse de thé. Elle eut peur un instant d’avoir été trop franche ou inconvenante. Elle aurait aimé que son cousin soit avec elle et que Madame de Courville cesse de la regarder de façon si insistante. Heureusement, celle-ci changea vite de sujet en lui parlant des capelines à carreaux de Micheline Puerno. Eulalie hocha la tête d’un air entendu alors qu’elle ne pipait pas un traître mot de ce qu’on lui racontait. Elle aimait être bien apprêtée mais faisait peu de cas des chroniques de mode qui traînaient dans les journaux, préférant se fier à son seul goût. Elle sourit aimablement quand la femme lui dit qu’une capeline à carreaux l’habillerait à merveille tout en essayant de s’imaginer avec un couvre chef aussi ridicule. Eulalie préférait les petits chapeaux, elle se sentait trop voyante avec des accessoires aussi encombrants.

- Je crains de ne pas avoir suffisamment de style pour porter une pièce aussi forte Madame… Il faut un port de tête affirmé pour se permettre d’arborer quelque chose d’aussi avant-gardiste. Cependant, je gage que cette mode des carreaux s’étendra bien vite aux autres vêtements de nos dressings.

A l’entendre tenir une conversation de la sorte, qui aurait cru qu’Eulalie avait grandi les pieds dans la boue et les mains dans la mer, quelque part entre Dinan et Saint Malo. La jeune femme regarda à nouveau Louis et Odette et se proposa d’aller chercher du thé pour eux tous, afin de s’éclipser un moment. Elle détestait être au centre de l’attention quand elle n’était pas sur scène et goûtait fort peu aux discussions frivoles de ces nobles dames.



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