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 [Vincennes] Recherche femme, brune, avec un bouquet de fleurs à la main

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Edouard Cabanel
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■ profession : Ambassadeur de Vichy à Paris

PAPIERS !
■ religion: Ne croit qu'à la politique. Dieu ? ça fait longtemps qu'il n'existe plus, non ?
■ situation amoureuse: Coincé dans un mariage malheureux avec Madeleine Claussat. Trop occupé à cause de son beau-père pour avoir le temps d'aller voir ailleurs.
■ avis à la population:

MessageSujet: [Vincennes] Recherche femme, brune, avec un bouquet de fleurs à la main   Dim 8 Jan - 21:13

- Je dois… Faire quoi ?
C’était sorti tout seul – mais Edouard Cabanel n’avait cure du regard plein de mépris que lui lançait sa secrétaire en cet instant. D’ailleurs, Caroline pouvait bien lever tous les yeux au ciel qu’elle voulait, non seulement Edouard ne s’en était jamais formalisé, mais en plus, en l’occurrence, il était trop occupé à déchiffrer encore et encore le texte du message qu’elle avait reçu par la radio et dont elle avait gracieusement traduit le charabia dans un langage à peu près courant. Si elle n’avait pas fait d’erreur (et hélas, Edouard ne l’aurait jamais avoué, même sous la torture mais Caroline n’était pas du genre à se tromper – en ce qui concernait la radio du moins), les Anglais étaient sacrément tombés sur la tête. Cabanel ne savait pas si c’était tout le thé qu’ils buvaient ou le fait de se prendre des bombes sur le crâne de manière assez régulière, mais il y avait clairement quelque chose qui ne tournait pas rond chez eux.
- Les Anglais m’envoient encore essayer de retrouver quelqu’un au… Au…
Rien à faire, ça ne sortait pas. A la réflexion, il se demandait s’il n’avait pas toujours su que quelque chose clochait au royaume d’Angleterre. Déjà, ils avaient un roi, ce qui montrait qu’ils n’avaient pas peur du ridicule. En plus, ils mangeaient cette gelée infâme qui n’avait même pas de qualificatif en français. Et enfin, il lui avait envoyé pour secrétaire et complice Caroline Ancel alias Clémence alias la personne la moins indiquée pour un job de dactylographe et qui avait la fâcheuse tendance à lui taper sur les nerfs. Preuve qu’ils manquaient singulièrement de discernement.
- Au zoo de Vincennes, confirma celle-ci, en lui reprenant le papier pour le détruire, devant l’enclos des ours blancs. Votre contact sera une femme et elle portera un bouquet de fleurs à la main.
Edouard attendit un instant qu’elle daigne éclater de rire mais Caroline, les yeux rivés sur le papier, ne pipa mot. C’était donc sérieux. Au bout d’un an et demi de travail pour Londres, on aurait pu penser qu’il avait déjà tout vu. Il avait crapahuté dans la boue dans un cimetière pour recueillir Caroline tombée du ciel en pleine nuit (s’il avait su). Il avait dû sortir sa précédente secrétaire du bureau d’un officier allemand où elle avait été enfermée. Il devait supporter ce fichu poste d’ambassadeur de Vichy pour essayer de trouver des informations sur la sécurité de l’Atlantique (alors que franchement, tout le monde savait que les diplomates étaient les derniers mis au courant de ce genre de choses). Bref, il trouvait qu’il avait déjà fait beaucoup d’efforts. Et voilà qu’on lui demandait de se rendre à un rendez-vous au zoo de Vincennes avec une personne qu’il n’avait jamais vu devant l’enclos des ours blancs. Au moins, il devait reconnaître qu’ils ne manquaient pas d’imagination. Churchill devait bien rire du loin de son bunker en inventant ces absurdités.

- Vous avez bien noté ? Insista Caroline en se redressant et en commençant à ranger le bureau de l’ambassadeur (histoire qu’on ne puisse y retrouver des codes, une radio, bref ce genre d’objets qui n’avaient rien à faire là), un jeudi à 15h30. Et surtout, vous ne vous découvrez pas, vous discutez le plus naturellement avec elle sans lui montrer que vous êtes son contact.
Edouard soupira en tirant sur le nœud de sa cravate et en se laissant tomber sur le canapé de son bureau, au milieu de deux dossiers et de deux statuettes égyptiennes laissées là par la femme de ménage.
- M’en fous, j’irai pas, grommela-t-il entre ses dents.
- Pardon ? répliqua Caroline en levant un sourcil.
- C’est plutôt une mission pour vous, ça, dit Edouard en faisant mine de feuilleter un dossier, je suis ambassadeur, par Isis ! Je n’ai pas le temps de crapahuter entre les éléphants et les ours blancs, j’ai du travail moi aussi. Que s’imaginent les Anglais ? Surtout pour me donner des missions aussi absurdes que celle-ci ? On n’aborde pas une femme comme ça quand on ne la connaît pas.
Pouah, ce dossier concernait l’inauguration d’une future exposition sur la franc-maçonnerie qu’on lui demandait de bien vouloir patronner. De dépit, l’ambassadeur en lâcha ses papiers pour découvrir un sourire sur les lèvres de Caroline.
- Je vous fais rire ?
- Oh non, dit-elle trop vite pour être honnête avant de rajouter non sans perfidie : c’est juste que je ne peux pas m’y rendre à votre place, cette mission ne vous est pas confiée par les Anglais mais par la France libre. Ce message nous vient d’Alger.
En un instant, elle avait déchiré les papiers et laissé la radio sur le bureau en lui faisant signe qu’il pouvait bien se débrouiller tout seul pour celle-ci. Laissant un Edouard ébahi se demander si finalement manger du pudding pendant trois ans n’avaient pas conduit les Français libres à tomber à leur tour sur la tête.

Le jeudi après-midi suivant, grâce à la bonne volonté de cette chère Caroline qui lui avait accordé quelques heures de liberté dans son agenda (et qui avait dû se mordre les lèvres pour ne pas rire quand il était parti du bureau), Edouard Cabanel errait donc dans le zoo de Vincennes, bondé d’enfants en cette journée de congé. Mais force était de constater qu’il n’était pas fasciné par les biches et les lions (qui n’étaient pas dans le même enclos, rassurez-vous), même quand son petit dernier, Gaston, qu’il avait emmené avec lui pour avoir une excuse pour aller au zoo, lui tirait sur la manche pour les lui montrer, en babillant joyeusement. Il était plutôt fasciné par une toute autre sorte d’animal, le genre espion sous couverture, résistant aux fleurs qui s’était mêlé à la foule des Parisiens mais ce genre-là avait tendance à ne pas se laisser voir au premier coup d’œil.
- Tu ne veux pas arrêter de causer une seconde ? demanda-t-il finalement excédé à son fils après qu’une jeune femme qu’il avait sans doute un peu trop fixée se soit détournée en rougissant.
Il ne manquait plus qu’on le prenne pour un pervers. Ou qu’on le reconnaisse. Voire même avec la chance qu’il avait, les deux. Il voyait déjà la une le lendemain du Courrier Parisien « L’ambassadeur Cabanel chasse des jeunes femmes au zoo de Vincennes », ce en quoi elle n’aurait pas été totalement fausse, pour une fois. Pas sûr par contre que ça fasse autant rire de De Gaulle que Churchill. Edouard, qui l’avait rencontré, avait trouvé qu’il manquait un peu d’humour. Entre autres qualités évidemment. Pour le moment, Cabanel ne lui demandait que de savoir ce qu’il faisait.
- J’peux pas, papa ! répondait un Gaston sautillant à ses côtés, quand j’cause pas, j’pense, pis comme j’pense tout haut, et ben j’cause tout l’temps
- Je pense tout haut, je cause tout le temps, corrigea automatiquement Edouard, distrait par l’apparition d’une jeune femme coiffée d’un chapeau et de grosses lunettes qui avait quelque chose à la main. Une fleur ? Non, un mouchoir, il devait vraiment se calmer. Et dire qu’il pensait ça en regardant une énième fois sa montre.
- Oh regarde papa ! Des autruches ! S’exclama le petit garçon en tirant son père derrière lui, comme elles sont belles.
Ce n’est pas forcément ainsi qu’Edouard aura qualifié ces énormes oiseaux déplumés qui les regardaient d’un air peu amène (comme s’ils lui disaient à lui personnellement qu’il n’avait rien à faire là, les autruches avaient-elles une conscience politique ?), mais il ne protesta pas, trop occupé à tenter de trouver une excuse pour s’approcher de l’enclos des ours blancs. Allez donc savoir où ils se trouvaient ceux-là.
- Tu ne veux pas continuer un peu ? Tenta l’ambassadeur, je crois qu’il y a des ours après.
- Oh non, j’aime bien les autruches, protesta le petit garçon, tu crois qu’on pourrait en adopter une ? On pourrait pas la mettre dans l’appartement, bien sûr, mais si on réfléchit bien, je suis sûr que je peux lui fabriquer une cabane dans le jardin de Vanves. Pour qu’elle n’ait pas trop froid cet hiver bien sûr.

Distrait par l’arrivée d’un soldat allemand qui lui fit relever la tête, Edouard se contenta d’acquiescer d’un grommellement (même si en réalité, il n’était pas certain que les autruches survivent à l’hiver et à ses Parisiens affamés) et se crispa quand l’homme en uniforme se rapprocha d’eux. Un coup d’œil aux alentours suffit à lui confirmer qu’il n’était pas le seul néanmoins : des mères de famille inquiètes avaient rappelé leurs enfants. Seul Gaston qui tentait de devenir la taille de l’autruche pour savoir si la cabane devait être grande ou non (cet enfant était désespérant) et l’Allemand ne semblaient pas se rendre compte du froid que ce dernier avait jeté. Londres… Enfin pardon Alger avait-il jeté Edouard dans la gueule du loup ? Qui était vraiment ce contact qu’il devait rencontrer ? Pourquoi ne devait-il pas dire se faire reconnaître avec un mot de passe absurde dont la résistance avait le secret ? Tant de mystères que le soldat allemand ne semblait pas prêt à lever. Armé d’une caméra, il se mit à filmer les autruches avec un enthousiasme déconcertant après avoir bousculé Cabanel :
- Excusez-moi, monsieur, je filme les animaux, c’est la première fois que j’en vois d’aussi beaux… Que vous avez de la chance, en France, tant de jolies bêtes !
Edouard faillit lui faire remarquer qu’il y avait pourtant un sacré zoo en Allemagne. Entre le roquet hargneux qu’ils avaient pour Führer et l’otarie volante (soit Goering), ils en tenaient même une couche. Mais il se contenta de répondre avec amabilité en récupérant son fils qui envisageait d’enjamber le fossé pour aller voir de plus près l’autruche qu’il comptait adopter (et avant que ce dernier ne se lance dans une conversation sur les mérites de l’animal avec le soldat allemand) :
- Ah oui, je comprends, c’est en Afrique qu’on en voit le plus. Dommage que vous ne puissiez pas vous y rendre.
Hum, ce n’était peut-être pas mieux comme remarque. Mais avant que l’Allemand ne saisisse ce qu’il avait dit, Cabanel quitta les autruches et les soldats amateurs de films pour trouver enfin les ours blancs et éventuellement son contact. Un coup d’œil sur sa montre lui confirma ce qu’il devinait déjà : à savoir qu’il était en retard. Par Isis ! Il ne restait plus qu’à espérer que la femme qui l’attendait soit un peu patiente, sinon il n’aurait plus qu’à rapporter une autruche de son expédition. Il voyait déjà la tête de Caroline.

Evidemment, les ours blancs étaient à l’autre bout du parc. Le temps que le père et le fils y parviennent, Gaston avait établi un plan pour s’emparer de son nouvel animal de compagnie (entre deux protestations sur le fait que son père le fasse à moitié courir) et la grande aiguille indiquait déjà 15h40. Arrivé devant la mare où les ours blancs se baignaient (probablement parce que le climat parisien était encore trop chaud en ce mois de septembre), l’esprit tranquille, eux, Edouard lâcha son fils en lui recommandant bien de ne pas quitter la barrière de l’enclos pour aller se cacher Isis savait où et se mit à chercher désespérément son contact. Franchement, ils n’auraient pas pu avoir rendez-vous un autre jour que le jeudi ? Il y avait des mères et des enfants à perte de vue (ou à peu près). Le seul avantage, c’est que les fleurs ne courraient pas les rues – même si les Parisiennes avaient sorti leurs robes les plus bariolées pour faire honneur aux derniers rayons de soleil de l’été. Edouard commençait à désespérer quand soudain il distingua quelques mètres plus loin, une femme brune et élégante, de dos qui tenait un bouquet de jolies orchidées blanches de la main droite. Même sans voir son visage, elle respirait la tristesse, celle de la femme qui s’était fait poser un lapin. Se dirigeant vers la sortie, elle s’apprêtait à jeter son bouquet dans une poubelle qui passait quand Edouard qui ne voulait la perdre dans la foule s’écria :
- Mademoiselle, mademoiselle, attendez !
Fabuleuse entrée en matière. Qu’allait-il pouvoir lui dire maintenant sans révéler qu’il savait qui elle attendait ? Traversant la foule, il s’approcha d’elle alors qu’elle paraissait marquer un temps d’hésitation :
- Je crois que vous avez perdu votre…, commença-t-il, saisi d’une brusque inspiration, sortant son mouchoir non utilisé de sa poche.
Mais elle s’était retournée et il en resta muet de stupéfaction. Ces traits, ces deux grands yeux noisette et ces lèvres un peu pincées…
- Béatrice ? Béatrice Vial ? Mon dieu, mais ça doit faire… Quelque chose comme huit ans, non ? Ne put-il s’empêcher de s’exclamer, mais que faites-vous ici ? Enfin que fais-tu ici ? Je ne sais pas si je dois te tutoyer ou non.
Il en balbutiait presque d’émotion – et il posait des questions vraiment absurdes aussi puisqu’il en connaissait très bien les réponses. Mais après tout, ce n’était pas tous les jours qu’on retombait sur une ancienne connaissance de jeunesse. Une chose était sûre au moins, c’est qu’il pouvait lui parler sans l’outrager, c’était toujours ça de gagné. Son ancienne maîtresse pouvait bien trouver normal qu’il lui fasse la conversation, après tout.


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« On peut trouver du bonheur
même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
d’allumer la lumière »
J.K. Rowling © .bizzle


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