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 On ne refuse rien au gouverneur de Paris ! [Eulalie]

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Edouard Cabanel
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■ profession : Ambassadeur de Vichy à Paris

PAPIERS !
■ religion: Ne croit qu'à la politique. Dieu ? ça fait longtemps qu'il n'existe plus, non ?
■ situation amoureuse: Coincé dans un mariage malheureux avec Madeleine Claussat. Trop occupé à cause de son beau-père pour avoir le temps d'aller voir ailleurs.
■ avis à la population:

MessageSujet: On ne refuse rien au gouverneur de Paris ! [Eulalie]   Lun 20 Fév - 17:42

- Quand même, je n’en reviens toujours pas que vous ne m’ayez pas convié.
Armé d’un cigare qu’il tenait dans sa main gauche, Gerhardt Lengefeld s’adressait à son voisin sans même le regarder, obligeant ce dernier à tendre l’oreille pour parvenir à comprendre ce qu’il racontait. Isis merci, le gouverneur du Gross Paris avait décidé de lui parler en français lors de cette soirée, ce qui permettait à Edouard Cabanel de déchiffrer ses paroles par-dessus les vocalises des chanteurs lyriques de l’opéra – et étant donné que l’heure était à La Flûte enchantée de Mozart ce soir-là, cela évitait une cacophonie en allemand qui aurait été fatale au faible don en langue germanique de l’ambassadeur de Vichy. Bon, bien sûr, Lengefeld avait un accent à couper au couteau, mais avec beaucoup d’efforts, on comprenait l’idée générale qu’il tentait de transmettre (et puis en tant qu’ancien diplomate, Cabanel était habitué à devoir toujours traduire un peu). Il n’y avait qu’un seul problème dans la situation : il ne pouvait pas faire mine qu’il ne comprenait pas, et donc il était obligé de répondre.
- Je suis vraiment navré, mon général, il s’agit d’une méprise, tenta-t-il donc en réponse, toujours par-dessus les paroles d’un baryton qui ne lui simplifiait pas la tâche, il s’agissait d’un événement strictement organisé par Vichy et je n’ai moi-même pas été invité.
Lengefeld eut un reniflement dédaigneux mais au moins, ne répliqua pas, ce qui soulagea un instant Cabanel (même si le geste que fit le gouverneur de Paris avec son cigare faillit mettre le feu à son costume). Luttant pour ne pas lever les yeux au ciel, l’ambassadeur chercha vaguement du réconfort du côté de son autre voisin mais le directeur de l’Opéra de Paris faisait le mort, sans doute dans l’espoir qu’on l’ait oublié et qu’on ne l’oblige pas à intervenir. Ce n’était pas là que Cabanel aurait du soutien. Et l’ambassadeur ne se donna même pas la peine de guetter un potentiel allié parmi les quelques personnes qui avaient pris place derrière eux dans la loge de l’Opéra et qui ne devaient pas voir grand-chose de la scène vu la carrure du général. Il avait cru comprendre que les trois quart d’entre eux ne savaient même pas aligner deux mots en français et quand bien même, ils n’auraient probablement jamais osé contrarier leur général.
- Votre épouse organisait et vous n’aviez pas une « incarnation » ?
Alors qu’une nouvelle soprano entrait en scène pour s’époumoner à son tour, Cabanel renonça à corriger le gouverneur de Paris qui confondait visiblement les incarnations et les invitations. En d’autres circonstances, cela l’aurait sans doute même amusé mais en l’occurrence, il se demandait surtout pour qui le gouverneur le prenait.
- Non, mon général, c’était une soirée exclusivement féminine organisée par l’Association de la protection de la jeune fille, cela aurait été étrange d’y être le seul homme, lui cria-t-il à moitié alors qu’on versait des larmes de crocodiles sur la scène de l’Opéra, ce qui ajoutait probablement au drame que vivait Lengefeld. Les Allemands avaient le sens un peu trop développé de la tragédie, on pouvait au moins leur reconnaître ça.
Le gouverneur poussa un grognement que Cabanel décida d’interpréter comme un acquiescement, et même s’il gardait les yeux fixés sur la jeune soprano, il sembla ne pas pouvoir s’empêcher de lancer d’un ton boudeur, comme un enfant à qui on avait refusé une sucette :
- Vous pourriez songer tout de même à me faire le parrain de cette association. Pour l’amitié franco-allemande, vous voyez.
Edouard voyait très bien de quel genre d’amitié franco-allemand parlait le gouverneur et il n’était pas particulièrement motivé par la perspective de lancer un homme d’âge mûr et libidineux au milieu de jeunes débutantes. Cela aurait fait terriblement mauvais genre. Il lança tout de même qu’il allait y réfléchir (qu’est-ce qu’on ne disait pas comme bêtises pour faire taire les imbéciles) et sortit un mouchoir pour s’éponger le front, sous l’œil mi-inquiet mi-compatissant du directeur de l’Opéra. La seule chose qui le consolait, c’est qu’après s’être fait gronder comme un petit garçon par le gouverneur, rien de pire ne pouvait lui arriver lors de cette soirée. Il se voyait déjà la fin de la représentation et du cocktail prendre sa voiture pour rentrer chez lui. Oter ce fichu costume pour s’allonger sur son divan au milieu de sa bibliothèque. Et ne plus penser à rien.

- Comment s’appelle-t-elle ?
Edouard se rendit compte qu’il avait fermé les yeux lorsqu’il les rouvrit devant cette question incongrue de son interlocuteur.
- Pardon ? Ne put-il que répondre, alors que ses rêveries de tranquillité, de divan et de statuettes égyptiennes lui échappaient.
- Elle, lui fit Lengefeld sans se retourner vers lui mais en lui désignant la jeune soprano, comment s’appelle-t-elle ?
Comment diable Lengefeld pouvait-il penser qu’il en avait la moindre idée ? Pour la première fois depuis le début de la soirée, l’ambassadeur de Vichy prêta toutefois attention à ce qui se déroulait sur la scène de la salle. Il avait beau connaître la musique – son père avait déjà sa loge à son nom des années plus tôt et les enfants Cabanel avaient pu en profiter à de nombreuses reprises --, il ne savait plus très bien ce qui se déroulait et où on en était. Et surtout, il était quasiment certain de ne jamais avoir vu cette très jeune femme. Il était impossible de distinguer avec précision les traits de son visage de là où ils se trouvaient – et le soldat qui possédait des jumelles les avait juste prêtées au gouverneur, mais elle semblait en effet irradier de jeunesse et d’énergie derrière un maquillage très voyant et son énorme costume. Elle chantait surtout avec une certaine assurance, feinte ou non, et surtout beaucoup de charme et de grâce. Bref, typiquement le genre de jeune femme que l’on n’avait pas envie de voir entre les pattes de Gerhardt Lengefeld.
- Et bien ? grogna Lengefeld, de manière bourrue, en rendant les jumelles à son soldat à tout faire, alors que la jeune femme sortait de scène.
- Et bien ? Fit Cabanel en écho en se tournant vers le directeur de l’Opéra qui ne savait plus où se mettre.
- Euh… Elle est présente à l’Opéra depuis peu, mais mademoiselle Eulalie Vernier est très douée.
Les trois hommes se retournèrent d’un bloc vers la scène mais la jeune soprano avait définitivement quitté les lieux et visiblement, l’entracte n’allait pas tarder.
- Parfait, répliqua le gouverneur de Paris d’un ton qui donna l’impression à Edouard de se trouver à côté d’un chat qui se pourléchait les babines, Cabanel, vous me la présenterez après la fin du spectacle. Nous pourrons lui… Déposer nos hommages.
Oh non. Encore une fois, Edouard ne prit même pas la peine de lui signaler que des hommages ne se déposaient pas, trop préoccupé par cette dernière lubie de Lengefeld. Evidemment, cela se faisait parfois de déposer des bouquets de fleurs dans les loges des comédiennes, danseuses ou chanteuses que l’on admirait, à la fin des représentations, mais de la part du gouverneur de Paris, Cabanel doutait de ses véritables attentions. Et en plus, il avait la désagréable impression que Lengefeld le prenait pour un entremetteur. Il allait se retourner vers le directeur de l’Opéra pour lui suggérer de faire venir la jeune fille lors du cocktail mais cet abruti s’était levé dès la tombée du rideau et fuyait lâchement pour ne pas avoir à répondre. A son tour, Gerhardt se redressa et tapota l’épaule d’Edouard avant de s’éloigner vers le foyer de l’Opéra où devait être servi un buffet et des coupes de champagne :
- Je compte sur vous, Cabanel, il me faudra des fleurs pour faire bonne impression.
Sans laisser le temps à l’ambassadeur de protester, Lengefeld se rengorgea et entouré de sa clique d’officiers, s’éloigna à son tour.

Edouard Cabanel poussa un soupir et sortit une cigarette de sa poche – il les gardait généralement pour de plus grandes occasions comme les discours de propagande à faire à la radio ou les missions de la résistance sous les bureaux des officiers allemands, mais il estimait qu’après ce début de soirée, il méritait bien de se détendre un peu. En soit, il pouvait bien refuser, trouver une raison quelconque pour échapper à cette demande mais il y avait juste un petit problème : ce n’était pas n’importe quelle demande. Il se voyait assez mal expliquer à Vichy que Lengefeld le détestait parce qu’il avait refusé de l’accompagner dans la loge d’une jeune femme à la sortie de La Flûte enchantée (alors qu’il lui avait déjà déplu à propos de soirées consacrées à l’Association de protection de la jeune fille). Et combien même cette idée le répugnait, pensait-il en tirant sur sa cigarette et en quittant la loge, il valait peut-être mieux pour elle qu’il soit présent pour que Lengefeld se conduise bien. En attendant… Où allait-il bien pouvoir trouver un bouquet de fleurs d’ici la fin de la représentation ?

Il y avait un monde fou dans le foyer, entre les hommes en uniforme allemand et les ténors de la collaboration en smoking. Seules quelques femmes bien habillées leur tenaient le bras, mais la grande majorité du public était masculine. Cherchant du regard quelqu’un qui pouvait l’aider, il distingua un jeune soldat peu gradé qu’il connaissait vaguement de vue pour l’avoir déjà vu coller sa vieille connaissance amateur de statuettes égyptiennes, Brechen… Quelque chose.
- Ah, Schnecke, j’aurais besoin de vous…
- Je m’appelle Schön
, monsieur l’ambassadeur, le corrigea le jeune homme d’un air pincé, que puis-je faire pour vous ?
- Il faudrait trouver un bouquet de fleurs pour le général Lengefeld, répliqua Edouard sans se soucier d’avoir traité son interlocuteur de limace, un beau bouquet de fleurs, évidemment.
Schön eut l’air de trouver étrange d’offrir un bouquet de fleurs au gouverneur mais il hocha la tête et dit qu’il allait voir ce qu’il pouvait faire. En attendant son retour, Edouard alla tromper son angoisse devant le buffet où il croisa malheureusement ce cher Félix Aurèle qui avait été convié à la soirée. Enfin convié, ce type était un genre de parasite qui s’infiltrait partout. Devant faire bonne figure devant les Allemands, les deux hommes échangèrent deux mots – à propos de la décoration de l’Opéra, c’était dire qu’ils avaient choisi un sujet neutre. Mais déjà, c’était la fin de l’entracte et Cabanel dut de nouveau aller s’enfermer dans la loge avec le gouverneur de Paris. Pendant les minutes qui suivirent, alors que Lengefeld semblait fasciné par le spectacle (ou alors il attendait le moment où sa soprano préférée reviendrait sur scène, allez savoir), l’ambassadeur ne put s’empêcher de ronger son frein, en espérant que le soldat allemand allait lui dénicher quelque chose. Avec un peu de chance, la mention de Lengefeld allait le motiver.

- Fini ! S’exclama le gouverneur en tapant dans ses mains, alors que les applaudissements fusaient dans la salle, réveillant du même coup Edouard Cabanel qui se tâtait à reprendre une cigarette, quel spectacle merveilleux. N’est-ce pas, Cabanel ?
- Hum hum.
- La langue allemande transporte tout, quelle beauté. Bon ça n’a rien à voir avec les spectacles de Berlin, mais vous faites de votre mieux en France. Êtes-vous prêt pour rendre visite à mademoiselle Verrier, Cabanel ?
- Vernier, corrigea l’ambassadeur, tout à fait, mon général.
Les deux hommes se levèrent de concert, alors que les soldats autour d’eux commentaient ce qu’ils venaient de voir dans un jargon que l’ambassadeur et sa maîtrise assez scolaire de l’allemand comprenaient mal et sortirent de la loge. Le directeur de l’Opéra de Paris leur indiqua avec forces gestes où ils pourraient trouver la loge de mademoiselle Vernier.
- Excusez-moi, les interrompit un sous-fifre allemand, un œil couvert d’un bandeau, en tendant un minuscule bouquet de trois fleurs vers Lengefeld, le sergent Schön m’a demandé de vous remettre ceci.
Le gouverneur le considéra de toute sa hauteur – ou alors c’est le soldat qui se ratatinait, Edouard ne sut pas vraiment --, mais avec un soupir, il se saisit du bouquet :
- Je suppose que ceci fera l’affaire, Weiss. La prochaine fois, pensez à déléguer ce travail à quelqu’un de moins imbécile que vous, je ne veux pas vous voir, je vous l’ai déjà dit.
En temps normal, l’ambassadeur aurait pu compatir, mais en l’occurrence, il sentit le rouge lui venir aux joues et siffla en passant devant Weiss :
- Vous n’auriez pas pu trouver un bouquet encore plus petit ? Incapable !
Mais déjà, Lengefeld semait ses officiers pour se diriger vers les coulisses et après un dernier regard noir vers le sous-fifre, Cabanel dut à moitié galoper pour parvenir à le suivre. A ce rythme, ils furent vite arrivés devant la loge qu’on leur avait indiquée, sous le regard à moitié perplexe et à moitié inquiet des employés de l’Opéra qu’ils croisaient sur le chemin.  Lengefeld bomba le torse, passa une main dans ses cheveux inexistants et arrangea vaguement ses médailles – ce qui aurait pu faire rire Edouard s’il ne désirait pas se retrouver à des kilomètres de là. Voyant l’œil goguenard du Français, le général lâcha :
- Et bien ? Qu’attendez-vous pour frapper ?
Il fallait bien s’exécuter. L’ambassadeur frappa quelques coups sur la porte, en espérant que le directeur de l’Opéra avait eu la présence d’esprit de prévenir sa chanteuse qu’il lui fallait fuir au plus vite ce soir après la représentation. Avec un peu de chance, elle n’était pas là. Hélas pour la soirée d’Edouard qui s’avérait mauvaise jusqu’au bout, la porte finit par s’ouvrir sur la jeune fille :
- Pardonnez-nous de vous déranger, mademoiselle, s’exclama Edouard avec un ton joyeux qui correspondait assez mal à son état d’esprit, nous voulions venir vous féliciter de votre travail. Herr le général Lengefeld (Lengefeld hocha la tête en lui tendant ses fleurs), je suis l’ambassadeur de Vichy, Edouard Cabanel….
- Pouvez-vous nous laisser entrer ? l’interrompit Lengefeld, l’œil brillant.
- Juste un moment, compléta Edouard en fronçant un instant les sourcils puis en récupérant son sourire diplomatique de circonstance – tout en résistant à l’envie d’allumer une nouvelle cigarette.
Sourire ou pas, il savait bien qu’Eulalie Vernier n’avait pas le choix. Malheureusement pour elle comme pour Edouard, on ne refusait rien au gouverneur de Paris.

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même dans les endroits les plus sombres.
Il suffit de se souvenir
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MessageSujet: Re: On ne refuse rien au gouverneur de Paris ! [Eulalie]   Ven 10 Mar - 16:42

La représentation de ce soir avait été un nouveau succès. Depuis le fameux dîner avec les notables de l'hôpital, la Flûte Enchantée avait été remise à l'affiche. La jeune cantatrice avait à nouveau donné tout son enthousiasme dans le rôle de Pamina. Cependant, cette fois-ci, une pointe d'anxiété avait perturbé ses pensées, sans en affecter sa performance. En effet, un peu plus tôt dans la journée, elle n'avait eu d'autre choix que de récupérer un tableau dans l'urgence. Une famille juive avait voulu sauver un trésor de famille avant de se le faire spolier par les Allemands. Elle ne savait pas de qui il s'agissait mais elle avait identifié la toile comme une oeuvre de jeunesse de Degas. Elle l'avait remisé dans sa loge, caché derrière ses vêtements en espérant que personne ne viendrait fouiller. Fort heureusement, quand elle revint, ses affaires n'avaient pas bougé.
Un peu plus tranquille, elle commença à défaire sa coiffure. Elle soupira de soulagement en déposant broches et épingles pour laisser, un instant, sa tignasse flotter sur ses épaules. Elle l'attacha ensuite avec un ruban de tissus avant de se déshabiller. La lourde robe égyptienne tomba sur le sol en faisant tinter les strass et pierres en tocs alors que la jeune femme se massait le cou avec ses épaules. Elle se pencha ensuite pour ramasser l'ensemble et le poser proprement sur un cintre avant d'enfiler un peignoir, le temps de se démaquiller. Du coin de l'oeil, elle fixa le paquet, dissimulé en partie derrière sa coiffeuse. Il dépassait de quelques centimètres, elle n'avait pas pu faire mieux, mais il était soigneusement enveloppé de papier kraft. Qui y aurait prêté attention ?

En fredonnant, elle commença à se démaquiller, débarrassant son minois des traces de fard lourd et collant nécessaires à ses apparitions sur scène. Elle aurait aimé quelque chose de bien plus sobre mais apparemment, cela ne plaisait guère. Elle saisit ensuite son fer à friser et se reconstitua en quelques mouvements une coiffure crantée assez élégante pour sortir. Elle repassa sa robe en mousseline verte et enfila ses bas avec le plus grand soin. Même pour elle, ces petits objets indispensables devenaient une denrée rare et elle n'avait pas intérêt à en filer un seul si elle voulait rester présentable. Au moment où elle attrapa son manteau, celui qui cachait en partie le tableau, la porte fut frappée.
Qui cela pouvait-il être ? Un admirateur ? On l'aurait prévenue, ce genre d'entrevues était normalement préparé à l'avance ! Un bref instant, son coeur battit un rien trop fort à la pensée qu'il aurait peut-être été question de l'aimable chirurgien de l'autre fois.

Nerveusement, elle sauta dans ses escarpins et se dirigea vers la porte qu'elle ouvrit avec un sourire affable.... Qu'elle se força à garder lorsqu'elle constata que les hommes qui se tenaient derrière n'étaient autres que le gouverneur de Paris et un de ses acolytes !

- Oh, bonsoir ! Puis-je faire quelque chose pour vous messieurs ?

Celui qui avait l'air le plus aimable se présenta avec un air guilleret. Intérieurement, la jeune femme se sentit craintive. Le gouverneur de Paris et l'Ambassadeur de Vichy, dans sa loge ! Elle se sentit flotter, l'espace d'un instant, en cherchant ses mots. Cependant, les fleurs -certes pitoyables, mais elle n'en fit pas cas- la rappelèrent à son rôle d'hôtesse mondaine. Elle les reçut avec son plus beau sourire et se força à regarder le général dans les yeux.

- Je vous remercie beaucoup pour cette attention et vous me voyez flattée par votre visite...

La question si rapide du gouverneur la pris de court. Sa loge disposait certes d'un coin salon mais elle ne pensait pas recevoir qui que ce fût d'important ce soir, rien n'était prêt ! Mais évidemment, il aurait été idiot (ou suicidaire) de vouloir faire attendre Herr Lengefeld. Un peu confuse, elle reporta son regard sur l'ambassadeur de Vichy.

- Oh euh... Eh bien je n'ai pas d'objection à ce que vous entriez ! Je vais nous faire porter de quoi nous désaltérer si vous le voulez bien.

Elle s'écarta de la porte pour les laisser entrer et leur désigna avec un geste gracieux, le coin de pièce dévolu aux invités. Il était un peu coupé du reste par un paravent et était meublé de deux fauteuils Louis XV et d'un guéridon. La jeune femme invita les hommes à prendre les fauteuils et alla chercher une chaise de plus modeste facture, en retrait dans un coin, pour pouvoir elle-même s'asseoir.

- Je vous en prie, mettez-vous à l'aise, je reviens de ce pas !

La jeune femme sortit un bref instant de sa loge et attrapa, par chance, le bras d'un groom qui passait par là. D'une voix un peu paniquée, elle lui glissa précipitamment :

- Le gouverneur de Paris et l'ambassadeur de Vicy sont dans ma loge... Vous serez très aimable de nous faire porter des rafraîchissements aussi vite que possible et d'avertir le directeur !


Le garçon sembla conscient de la situation, puisqu'il pâlit au moins autant qu'elle et courut dans le couloir pour exécuter sa tâche le plus rapidement possible. Avec un sourire, la jeune femme retourna en compagnie de ces messieurs et remplit ostensiblement un vase d'eau pour y placer les fleurs, afin de ne pas déplaire au vieux gouverneur. Puis elle revint s'asseoir, droite et élégante sur sa chaise, avec un sourire aimable pour ces deux hommes qu'elle avait tué en pensée déjà trois fois depuis le début de l'entrevue.

- Veuillez excuser le désordre de la loge, je n'attendais pas de visite ce soir... Je suis surprise que vous n'ayez pas été annoncés, le personnel de l'Opéra n'a pas été trop rustre à votre égard j'espère ?

La jeune femme ne savait pas quoi dire. Elle était perdue, on ne l'avait jamais préparée à recevoir des hommes d'une telle importance dans un des lieux les plus intimes qu'elle occupait. Elle ne savait pas où poser les yeux, comment se positionner. Elle voulait simplement rentrer chez elle et cacher le tableau le temps nécessaire.

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