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 Jeux de dupes.

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Elsa Auray
J'ai vu la mort se marrer et ramasser ce qu'il restait.



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MessageSujet: Jeux de dupes.   Sam 3 Juil - 2:52


CAROLINE LISIEUX & REINHARD FEHMER & ELSA AURAY
« Tout l'art de la guerre n'est que duperie. »

Les portes de la rame se refermèrent sur les passagers, dans leur bourdonnement habituel tandis qu’un autre son bien connu indiquait de départ du métro. A l’intérieur, pour une fois, aucun besoin de se tasser. L’heure n’était pas à l’affluence, en cette après-midi de juin, et la majeure partie des passagers avaient tranquillement pu trouver de quoi s’asseoir. Il faut dire que les souterrains du métro n’étaient plus aussi sûrs que l’on voulait bien le croire et, comme après chaque « incident » qui s’y produisait, les gens avaient tendance à mettre en peu de temps, juste le nécessaire pour ne plus se méfier, avant d’y retourner en masse. Sait-on jamais ce qui pouvait se passer… Après tout, les mauvaises choses n’arrivaient pas qu’aux autres. Du moins, c’est ce que certains se plaisaient à penser, laissant ainsi aux autres les bénéfices de leur méfiance – à savoir, les places vides. Ce qui, pour une partie de la population, pouvait s’avérer être un réconfort comme un autre ce qui, en ces temps de guerre, demeurait un évènement à ne pas laisser passer. A chacun sa manière de ne pas voir aussi sombres qu’elles pouvaient l’être. Mais toujours était-il qu’il n’y avait que peu de monde dans la rame qui quitta la station Concorde en direction de château de Vincennes, et qu’au milieu de ces parisiens vaquant tous à leurs propres occupations, se trouvait cette jeune femme aux cheveux aussi roux que son air était distant et dont les prunelles bleus, semblables à deux mers glacées, fixaient sans les voir les inscriptions de sécurité placardée à côté de la porte.

Elsa avait bien autre chose en tête que la façon la plus rapide et prudente de sortir de la rame puis des souterrains en cas d’incendie ou autres accidents du même genre. Les problèmes que le métro parisien connaissait plus régulièrement depuis quelques mois et qui avaient tendance à faire fuir les passagers, elle en était trop souvent à l’origine, plus ou moins directe, pour les redouter, comme ne pourrait jamais en témoigner le général nazi abattu quelques temps plus tôt, sur le quai bondé d’une autre station. Non, ce à quoi elle pensait, froidement assise sur cette banquette dure et usée, n’avait plus rien à voir avec ce qui s’était passé, mais bien avec ce qui devait arriver, d’ici quelque heures si tout se passait comme les choses étaient prévues. Ce qui, à bien y réfléchir, n’était jamais une certitude mais son esprit resta indifférent à cette idée. Depuis quelques mois, de toute façon, les certitudes lui étaient devenues rares, à elle comme à bon nombre, certainement, des autres passagers de cette fameuse rame de métro ou du reste de la population parisienne et française. Les mains de la clandestine se posèrent doucement sur le petit sac de cuir à l’intérieur duquel, entre une fausse carte d’identité et une vieille clé reposé un pistolet à barillet, chargé. Certitude ou non, si les choses ne tournaient pas comme prévu, il y avait toujours une solution.

Rapidement, le métro laissa derrière lui la station du Louvre. Dans dix minutes, Elsa descendrait pour retrouver au pied de l’Hôtel de Ville l’une des personnes avec lesquelles elle s’attendait certainement le moins, il y avait à peine quelques temps, à aller tenter de s'infiltrer dans un commissariat français pour récupérer des informations sur un camarade arrêté. Camarade, c’était le mot, car c’ était une jeune fille communiste qu’elle et Caroline s’apprêtaient à tenter de faire évader. Tombée la veille en ayant été contrôlée avec deux grenades dans ses poches, elle n’avait pas encore été transférée dans une quelconque prison. En cellule, dans un bâtiment plus petit et moins gardé, il était encore possible de la dérober aux interrogatoires musclés de la Gestapo ou de la police qui ne devaient certainement pas être ravis qu’une gamine de seize ans ait tenté, pour ne pas avoir à parler, de faire exploser l’une de ses grenades dans le bureau même où elle se trouvait, les emportant avec elle. Jeanne, la résistante en question, devait d’ailleurs avoir déjà passé quelques sales moments pour ce coup d’audace. Dommage, la grenade, abîmée, n’avait pas sauté. Et les officiers, humiliés d’avoir été se cacher sous leur bureau quand la jeune fille était restée immobile, ne s’étaient pas privé d’une bonne vengeance. Elsa avait hésité : l’entreprise était risquée. Mais encore possible. Alors, avec les quelques informations qu’elle comptait récupérer avec Caroline, autant tenter le coup. La vie de Jeanne le valait bien.

L’arrivée à la station Hôtel de Ville vit la froide clandestine sortir de la rame, à l’instar de deux hommes. Comme l’un d’eux, elle s’alluma une cigarette et emprunta les grands escaliers qui menaient à la rue dont on entendait déjà le bourdonnement incessant. Au dessus, la vie semblait bien plus agitée, ce que lui confirma sa sortie du souterrain. En bon lieu assez fréquenté de Paris, l’endroit fourmillait. Sans paraître y accorder la moindre importance, Elsa prit à droite en sortant, en direction d’une rue transversale où, normalement, devait se trouver Caroline. De là, elles iraient ensemble au commissariat et alors il ne tiendrait plus qu’à elle, et à ce petit brin de chance qui jouait partout, de réussir ce coup de poker. Des volutes de fumées se perdirent devant les traits pâles de la jeune femme. La vie de Jeanne le valait bien. Aussi tourna-t-elle la tête vers le coin auquel elle avait rendez-vous. A quelques pas, son amie arrivait également et les deux jeunes femmes se retrouvèrent rapidement côte à côte sur le trottoir. Sans s’arrêter, obliquant simplement dans la direction qui l’intéressait, Elsa adressa un signe de tête à Caroline en guise de salut. Plus encore à l’action que dans le reste du quotidien, elle s’épargnait les mots inutiles et ainsi, les pertes de temps. Sauf quand, parfois, la chose devenait nécessaire.

C’est donc dans un silence relatif, au milieu de ces rues assez fréquentées, que les deux résistantes gagnèrent la bâtiment qui les intéressait, à savoir le commissariat qui avait en charge du quatrième arrondissement. Elsa s’arrêta à quelques pas, s’appuyant contre un mur tout en continuant à fumer, presque avec flegme. Elle entrerait, mais pas tout de suite. D’abord, Caroline devrait sortir de son bureau le commissaire ; ce qui tombait bien puisque ce dernier semblait avoir un faible pour cette danseuse qu’il était plusieurs fois venu admirer à l’opéra. Simplement le temps pour la jolie rousse de s’introduire dans la pièce et d’y trouver le dossier concernant Jeanne avec les informations nécessaires : quelle cellule, les dates de son transferts et autres détails du même genre. Ses prunelle, éternellement froide, suivirent des yeux la silhouette de son amie qui pénétra dans le bâtiment, disparaissant ainsi à sa vue. Dans cinq minutes, elle entrait. Normalement, la voie devrait être libre. Dans le cas contraire, elle aurait toujours une question à poser au policier de garde, ou des annonces, des coupures de journal à observer. Hors de question de sortir pour y retourner, la chose pourrait paraître suspecte. Appuyée contre son mur, Elsa compta les secondes dans sa tête. Sa cigarette achevée, elle jeta le mégot puis se dirigea à son tour vers le bâtiment.


[Voilà *o* J'espère que ça regroupe bien tout ce qu'on a dit °.° Désolée pour les fautes, trop tard pour relire correctement u_u]

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
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MessageSujet: Re: Jeux de dupes.   Sam 3 Juil - 14:52

On m’avait appelé de bonne heure pour travailler sur un dossier qui se complétait petit à petit concernant ce résistant « I ». J’avais donc quitté ma chambre de bonne heure et était arrivé dans les locaux de la police française, où une demoiselle prénommée Jeanne avait été arrêtée dans la nuit, elle avait apparemment tenté un attentat contre des officiers allemands au sein même du bureau de la Gestapo. La jeune demoiselle devait d’ailleurs être en train de subir une série d’interrogatoires de la part de mes congénères, mais je n’étais pas mêlé à cela. Je travaillais sur un plan plus large encore, un dossier plus musclé qu’une simple enfant de seize ans, grenade à la main. Non, moi je tenais entre mes mains le dossier de celui que certains surnommaient « la Glace » dans cette idiome mondialement reconnu, cet homme - ou cette femme, qui savait ? - qui pourrissait la vie des forces armées parisiennes.

Assis à une table, j’étudiais méticuleusement le dossier que l’on m’avait confié. J’ouvrais les documents, analysant les photos prises sur les lieux d’un putsch, dans un métro. Un officier allemand avait été tué, ce jour-là, et si nous ne retrouvions pas celui qui avait commis un tel crime, je n’avais aucun doute sur le fait qu’il y allait en avoir d’autres. Je me servais un thé - et non pas un café, puisque je n’appréciais pas tellement cela - et lisait attentivement les rapports rédigés par les secours et les policiers arrivés sur place. Les photos montraient des têtes de jeunes personnes, suspectées, et pour l’un d’entre eux, mort. Un certain Marc, civil ou partie intégrante de la résistance ? C’était précisément ce que je cherchais à savoir. Mais il n’était pas seul, ce n’était pas possible, de telles excursions se font toujours à plusieurs, jamais de coups seuls.

J’avais passé quelques heures à trier et observer les informations, les photos et les rapports, je commençais légèrement à sentir des suppositions et des idées tourbillonner dans ma tête. Me frottant un instant le visage dans mes mains, je sortais de ma poche mon paquet de cigarette, et m’en allumais une. Rien de tel pour décompresser qu’une bonne cigarette allemande. Qui plus est, j’étais seul dans cette pièce close, la fumée ne gênerait personne. Enfermé entre quatre murs avec mes pensées et ce précieux dossier. J’avais annoté toutes les pièces de la chemise cartonnée de mes observations, qui pouvaient donner une piste, n’importe quoi qui ferait avancer les choses.

Au bout de plusieurs heures, je me levais enfin. L’atmosphère silencieuse commençait à se faire lourde, je desserrais le col de ma chemise en ôtant l’un des boutons. Rien d’extravaguant, mais je privilégiais le confort dans ce genre de moments. On m’informa que le supérieur qui devait arriver et reprendre le dossier annoté ne viendrait que dans quelques heures, j’avais sans doute le temps de rentrer chez moi me rafraîchir un peu. C’est quand je me levais, dossier à la main, et me dirigeais dans le couloir du bâtiment que j’heurtais de plein fouet une jeune demoiselle, visiblement pressée. La chemise cartonnée que je tenais s’ouvrit et les feuilles s’éparpillèrent aux pieds de la rousse. Encore sous l’effet de surprise, je n’oubliais cependant pas de m’enquérir de l’état de la demoiselle et de m’excuser bien entendu de ce léger accident. Je m’adressais à elle dans la langue française, car nous étions après tout dans un bâtiment français.

« Mademoiselle, pardonnez-moi, je suis confus. Est-ce que ça va ? »

J’attendis qu’elle me réponde avant de me baisser et de commencer de ramasser ce qui s’était échappé du dossier. J’espérais que la demoiselle ne serait pas assez curieuse pour observer le contenu, il fallait dire que c’était plutôt confidentiel. J’attroupais tous les documents et les glissais dans leur enveloppe initiale. Me redressant une fois que ce fut chose faite, je glissais la chemise sous mon bras, et observais la jeune femme comme si je la connaissais, alors que ce n’était pas du tout le cas.






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MessageSujet: Re: Jeux de dupes.   Sam 3 Juil - 15:34

Marchant dans les rues parisiennes, je me demandais encore ce qui m'étais passé par la tête. Tout était arrivé si vite ces derniers jours. Ma vie avait changé, un tel tournant ne pouvait être que déconcertant. Il y a quelques semaines encore, ma vie se réduisait à l'opéra, la danse, et les quelques sorties que je faisais de temps à autre, que cela soit dans le cadre de mon travail ou non. Maintenant, je faisais parti d'un réseau de résistance, et de plus, je cachais un lourd secret à mes propres camarades, à Elsa. Détentrice d'un secret trop lourd pour moi, mais que jamais je ne me devais de divulguer. Pour le protéger... Je ne cessais d'y penser. C'était sans doute pour cela que, bien que je ne la connaisse pas, quand Jeanne s'était faite arrêtée, je m'étais immédiatement portée volontaire pour aider à la délivrer. Bien sur, je me doutais de ce que Elsa et les autres pensaient. J'étais la petite nouvelle, à l'air fragile, qui n'avait pas conscience de ce qu'elle faisait exactement en levant la main. Oh que si, j'en avais conscience. J'avais même minutieusement réfléchis avant d'exposer mes arguments, imparables. Le commandant du commissariat avait un faible pour l'étoile montante que j'étais entrain de devenir. A de nombreuses reprises, il m'avait envoyé des fleurs, des chocolats... Il m'avait même invité à diner. Pourtant, j'avais décliné la plupart des présents et des invitations. Maintenant, il était temps de changer de tactique...

On disait les danseuses versatiles et intéressées? Il était temps que je devienne le stéréotype. On ne nous faisait pas suivre des cours de théâtre pour rien. L'idée s'était vite imposée dans ma tête. Détourner l'attention du commandant. Jouer les belles, les aguicheuses. Pendant ce temps, Elsa n'aurait aucune difficultés à entrer dans le bureau. Il était temps de prouver ce dont j'étais capable. Tout se déroulerait pour le mieux, et Jeanne serait sauvée. Il le fallait. Je n'attendis pas Elsa très longtemps au lieu du rendez vous. Sans un mots, nous nous dirigeâmes vers le commissariat. Oui, j'en étais capable, et oui, je réussirais. Faire le plus de "bruit" possible, que tout le monde me remarque, et oubli Elsa, pendant qu'elle chercherait les renseignements dont nous avions besoins. Devant le commissariat, Elsa s'arrêta. Je savais qu'il fallait que j'entre seule. Je lui lançais un petit sourire, plus assuré que ce que je ressentais réellement, avant de murmurer "tout ira bien". Je me figurai les portes de l'établissement comme les rideaux de l'opéra. Il était temps d'entrer en scène...

A l'intérieur régnaient une agitation et un bazar organisé. Chacun vaquait à son occupation, allant de gauche à droite, classant, répondant au téléphone, tapant à la machine. Peu d'allemands. Principalement des français. Rien d'étonnant. Je marquais un temps d'arrêt, parcourant rapidement l'endroit du regard, avant de repérer la porte du bureau qui m'intéressait. Je traversai l'espace, faisant en sorte de prendre une démarche qui attirait l'attention. J'avais horreur de ça. J'arrivais devant le bureau, ignorant le secrétaire, mais au moment où j'allais frapper, celui-ci m'arrêta.

-Je peux vous aider, mademoiselle?

Je m'arrêtai, faisant comme si je venais à peine de remarquer sa présence. Mon coeur battait à tout rompre. Elsa venait de pénétrer à son tour dans l'endroit, l'air de rien. Affichant un sourire de star, et les manières affectées et maniérées des divas, je me tournais vers le jeune homme qui venait de m'arrêter.

-Je suis ici pour voir votre commandant.

Il haussa les sourcils, me regardant avec agacement. Ce qu'il pensait se lisait sur son visage. "Encore une potiche intéressée...". Parfait. Exactement l'effet que je voulais donner.

-Je regrette, mais il ne reçoit que sur rendez vous.

Je lui décochais un regard noir. S'il pensait que j'allais me laisser démonter ainsi... M'approchant vers le bureau, je me penchais exagérément vers l'impudent, avant de susurrer, presque menaçante, mais sans perdre mon sourire carnassier, et léger à la fois.

-Lieutenant... Je ne suis certes pas un grand stratège militaire, mais je peux vous assurer que si vous ne me laissez pas franchir cette porte dans la seconde, vous ne risquez pas de gravir les échelons de votre hiérarchie avant longtemps...

Mon regard noir et mon ton le firent sourire. J'avais envie de le gifler. Ce qui d'ailleurs, ne serait peut être pas une mauvaise idée, cela attirerait l'attention de tous... Je m'apprêtais à mettre l'idée à exécution, quand la porte du bureau s'ouvrit. Le commandant franchit le seuil, et se figea en voyant la scène qui se déroulait devant son bureau, avant de, me reconnaissant, afficher un immense sourire.

-Mademoiselle Lisieux! Quelle surprise!

-Commandant... répondis-je, un immense sourire au lèvres - qu'est ce que je pouvais me dégouter à cette instant précis - Je craignais de ne pas pouvoir vous voir. On m'a dit que vous ne receviez pas...

Il foudroya son secrétaire du regard, et le jeune homme, confus, baissa les yeux. Et toc!

-Que puis-je faire pour votre service, ma chère?

-J'ai à vous entretenir d'une affaire... importante.

Mentir, mentir, à quel plaisir... Il s'effaça pour me désigner son bureau, mais vite, je l'en empêchais.

-N'avez vous aucun endroit plus... discret? Vous êtes bien placé pour savoir que les murs ont des oreilles.

Je lui lançai un regard aguicheur, et je le vis presque rougir. La cinquantaine passé, les temps grisonnantes, un air débonnaire, mais des mains moites, des yeux luisants et un sourire fourbe. Il ne s'étonna même pas de ma demande. Ne jamais trouver les femmes stupide... Grossière erreur.

-Suivez moi, dit-il en me proposant son bras, que je pris avec un air de reine des lieux. Restait à se débarrasser du petit sous fifre.

-Oh, et, je prendrai bien une orangeade. Par cette chaleur.

Je me mis à m'éventer exagérément avec ma main libre. Le lieutenant me regarda, se demandant si c'était bien à lui que je parlais. Son chef lui décocha un regard assassin, agrémenté d'un geste lui disant de se presser. Il s'exécuta, alors que nous nous dirigions vers les escaliers montant à son appartement. La voie était libre, à toi de jouer Elsa.
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Elsa Auray
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MessageSujet: Re: Jeux de dupes.   Sam 3 Juil - 19:35

Les portes du commissariat se refermèrent sur Elsa, et le bourdonnement incessant de la ville fit place à fourmillement fébrile d’agitation qui régnait dans le bâtiment. Chacun était occupé, vaquait à son travail ou à ses occupations diverses et variées. Le couloir était encombre de passages réguliers, les un portant une pile de dossiers, les autres une feuille à faire parapher ou d’autre encore une tasse de café destinée à adoucir leurs heures de travail à venir ou bien celles de leur supérieur. Rien que de très normal, en somme, pour ces bureaux de police. Il faut dire qu’ils avaient beaucoup à faire : continuer à faire ce qu’ils faisaient pendant la guerre, en y rajoutant les contraintes de l’occupation allemande et de ses conséquences. Aussi la jeune femme ne s’étonna-t-elle pas de devoir s’effacer pour laisser passer un homme pressé suivi de deux secrétaires avant de pouvoir jeter un regard autour d’elle. Le policier chargé de l’accueil était occupée avec un coupe et une vieille dame attendait son tour. Pas de soucis de ce côte là, donc, il n’aurait pas le temps de lui porter la moindre attention. Faisant quelques pas dans la pièce, comme pour se diriger vers les bureaux, elle fouilla l’endroit des yeux pour repérer Caroline – ou si elle n’était déjà plus là, la salle qui l’intéressait. Rapidement, ses grands yeux bleus rencontrèrent la silhouette de son amie, occupée à discuter du pourquoi du comment avec un officier. De là où elle était et au milieu de l’agitation ambiante, la résistante ne pouvait tout saisir de la conversation mais elle en comprit rapidement les tenants et aboutissants.

Sans avoir l’air de leur adresser la moindre attention, elle réfléchissait déjà à un moyen de détourner l’homme de son poste. Elle avait confiance en Caroline – autant que faire se pouvait, quand on savait à quel point confiance et Elsa étaient deux notions contradictoires – mais préférait se méfier, comme avec chaque nouvelle recrue, de son inexpérience. C’est d’ailleurs pourquoi elle n’avait d’abord pas songé à elle pour cette mission, particulièrement aléatoire – en témoignaient les difficultés qui faisait le lieutenant. Pourtant, les arguments de la danseuse avaient rapidement eut raison de son hésitation. Connaître le commissaire, lui avoir même tapé dans l’œil, était une carte dont elle ne pouvait priver l’entreprise. Commissaire qui, d’ailleurs, sortit de son bureau alors que la jeune femme s’était penchée vers l’officier réticent. Arrivée à point nommé. Elsa fit mine de s’intéresser aux coupures de journaux qui se trouvaient affichées sur le mur auquel elle faisait face mais, tout en déchiffrant vaguement les lignes consacrées à des évènements divers et variés, elle ne lâcha pas un instant du coin de l’œil ce qui se passait devant le bureau, attentive. Mais Caroline n’avait rien exagéré quant à ce que pensait d’elle le commissaire en question, aussi réussit-elle à l’attirer rapidement hors de lieu, en envoyant également le lieutenant lui chercher un rafraîchissement. Ce dernier s’exécuta sous le regard noir de son patron et, en quelques secondes, le couloir fut vide.

Elsa fit mine d’avoir voir d’autres coupures, prétexte à jeter un rapide regard autour d’elle. Personne ne semblait lui accorder la moindre attention. Bien. Tournant les talons, elle se dirigea donc rapidement vers le bureau qui l’intéressait. Pas trop vite, il ne fallait pas éveiller les soupçons. Juste assez pour ne pas trop traîner, qui sait combien de temps Caroline pourrait retenir sa proie ? Au moins dix minutes, c’était ce qui était convenu – et risqué. On ignorait où se trouvait le dossier de Jeanne, même s’il ne devait pas être loin, l’arrestation remontant à la veille. Toutes ces pensées effleurèrent froidement l’esprit de la jeune femme. Encore quelques pas, et il faudrait faire attention à ne pas être remarquée dans la pièce. Pourtant, Elsa n’eut pas le temps d’aller jusque là. Brusquement, sans qu’elle ne puisse seulement voir la chose venir, elle heurta une silhouette qui arrivait face à elle. Surprise, elle chancela un instant, recouvrant difficilement son équilibre tandis qu’une pochette s’ouvrait, déversant quelques feuilles qui volèrent jusqu’au sol. Mais la jeune femme parvint à rester debout, levant machinalement les yeux vers l’homme qu’elle venait de percuter et qui s’adressa rapidement à elle.
« Mademoiselle, pardonnez-moi, je suis confus. Est-ce que ça va ? »

L’accent qui enveloppait ces mots prononcés en français fit aussitôt tiquer Elsa. Un allemand. Elle le détailla un infime instant. Il n’était pas en uniforme et pourtant, elle avait du mal à imaginer un civil se trouvant dans un commissariat, dossier sous le bras. Toutefois, ne perdant rien de sa présence d’esprit :
« Tout va bien, répondit-elle placidement. »
Sa voix froide ne différait pas de son ton habituel, mais peut-être y avait-elle ajouté un peu plus de courtoisie. Inutile de s’attirer des ennuis maintenant. L’incident étant clos, elle s’apprêtait à tourner les talons et à s’en retourner à ce pourquoi elle était là mais, par réflexe, ses prunelles se baissèrent sur les feuilles qui gisaient à ses pieds et que l’allemand commençait à rassembler dans sa pochette. Observatrice, elle repéra tout de suite cette photographie sur laquelle s’arrêta un instant son regard perçant. Brusquement, elle se crispa. Marc. Cette pensée s’était à peine formulée dans son esprit que l’homme ramassait la photo et la glissait à son tour dans la pochette, trop tôt pour qu’elle n’ait eu le temps de vraiment s’arrêter dessus. Elle suivit son mouvement, un éclat indéfinissable mais intense au fond des yeux, muette. Il y eut un instant de silence. Marc ? Que ferait un allemand dans un commissariat avec un dossier contenant des photos de Marc ? Aussi impossible que farfelu.
« Désolée, j’espère que ce n’était pas important, ajouta-t-elle, un brin moins froide, en désignant le dossier dont on voyait dépasser quelques bouts de feuille légèrement cornées avec parmi elle, la fameuse photo. »

Une nouvelle fois, un éclat passa dans ses prunelles glaciales. Il fallait qu’elle s’en aille, maintenant. L’image qu’elle avait vue s’imposa à elle. Elle n’était sûre de rien, tout avait été bien trop vite. C’était stupide, elle le savait. Et même si cette photo était bien celle à laquelle elle pensait, elle n’avait pas le temps de s’en occuper. Elle avait son propre dossier à récupérer et une gamine de seize ans à sauver. Marc était mort, il pouvait attendre. Sauf si cela voulait dire que l’on faisait des recherches sur lui. Mais à quoi bon ? Perdue dans ses propres raisonnements, Elsa finit tout de même par réaliser la personne qu’elle avait face à elle et redressa la tête, ses traits un instant troublés revenant à leur froideur initiale. Pourtant, il fallait qu’elle sache…

[Ouf, je poste au moment où je pars XD]

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MessageSujet: Re: Jeux de dupes.   Sam 3 Juil - 22:09

« Wollen Sie Kaffee ? » était la seule chose que l’on m’avait demandé depuis que j’étais arrivé sur les lieux. Inutile de dire que face à une pareille situation, on se sent bien seul. Cependant les mots avaient défilés devant mes yeux, et les lignes avec eux, au fur et à mesure que je parcourais attentivement le dossier de l’affaire « Résistance ». Bien sûr, rien n’était écrit sur cette pochette cartonnée d’un jaune terne que l’on confondrait aisément avec du brun passé, rien qui ne pouvait trahir aux yeux de tout le monde ce qu’il contenait réellement. Même les autorités françaises n’étaient pas aux faits de l’existence d’un tel dossier, je présumais qu’ils pensaient tous que je venais travailler sur une affaire d’emprisonnement ou de justice. Il fallait dire que ma chemise soigneusement rabattue au col, impeccablement, et mon pantalon bien repassé, rien ne pouvait laisser présumer que j’étais en réalité un officier de guerre. Oh, bien sûr, je n’étais pas qu’un simple soldat, et je ne servais plus sur le front depuis bien longtemps. Les jeunesses hitlériennes avaient été bien assez strictes avec cela, les gros duels et corps à corps sanguinaires ne se présentaient plus à moi depuis belle lurette. Mais qui savait, après tout, peut-être aurai-je l’occasion de me battre prochainement, ce qui au final m’indifférait totalement.

« Ich schlafe nicht » : Je ne dors pas. Je n’étais pas en train de rêver, les choses que j’avais lues était belles et biens réelles. Je ne cachais pas mon envie de coincer celui qui me causait tant de tort, en particulier ces derniers temps. Ces tentatives de corruption du système se multipliaient avec les jours qui passaient, et un climat d’instabilité se faisait fortement ressentir dans les esprits parisiens. Je me demandais comment était la situation, à Berlin. Je me demandais ce que faisaient mes camarades restés sur place pour obéir aux ordres impétueux du Führer. Que faisait mon père à l’heure qu’il était ? Toutes des choses que j’avais quasiment oubliées en arrivant ici, et ce dossier qui me remettait les yeux en face des trous : la guerre, encore et toujours, des vies tombaient si vite. Même les vies allemandes, apparemment, nous qui semblions être si imbattables dans les rues de Paris, nous venions d’avoir à nouveau la preuve que le pouvoir est passible de s’ébranler prochainement. Il s’effrite peu à peu, je craignais d’avance le jour où nous y passerons tous. Mais ce dernier n’était pas encore arrivé, les uniformes militaires allemands courraient encore fièrement les rues, ce n’était pas un petit clan de résistants qui allaient nous mener la vie dure. Quoiqu’ils paraissaient coriaces, bien que j’avais déjà vu pire.

Je m’extirpais de mes dernières pensées quand je quittais la salle aménagée pour réfléchir et méditer les dossiers. Comme ce genre de petits bureaux silencieux dans les bibliothèques, là où en général on se retrouve seul avec soi-même et avec l’objet d’étude, où rien ne peut vous perturber. Sauf que dans ce genre de situation, j’arrivais facilement à déconnecter quand le quotidien m’oppressait. Je me faisais du soucis pour Caroline, ces derniers temps, nous ne nous étions pas revus depuis que je lui avais annoncé que je lui avais menti, et par le fait depuis que je lui avais avoué qui j’étais réellement. Mais ces pensées s’évaporèrent de mon esprit quand j’heurtais de plein fouet une demoiselle, dans le couloir. Elle semblait un peu étourdie par le choc, mais je m’excusais rapidement. Elle sembla juste jeter un œil curieux aux photos qui s’étaient éparpillées à ses pieds, mais rien qui sembla l’inquiéter tant que ça. Elle s’excusa à son tour, affirmant espérer que ce n’était pas important. Je lui adressais un petit sourire, tournant poliment la tête de droite à gauche comme pour étayer mes dires.

« Non, ça va aller. Et puis ce n’est pas perdu, de toute façon, tout est encore là ! »

Je tapotais la chemise cartonnée du doigt, appuyant le fait qu’elle était bien là. Elle paraissait plus légère que les lourdes informations qu’elle contenait, mais ce petit dossier se remplissait au fur et à mesure. À l’époque, j’étais loin de me douter que j’avais devant moi celle que je traquais depuis tout ce temps. Mais j’étais poli et courtois, comme je l’étais toujours devant les personnes qui me paraissaient innocentes - et là je me trompais ardemment, mais peu importait -. Je n’entendis pas tout de suite le claquement des talons que je ne connaissais que si bien s’avancer dans notre direction..

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MessageSujet: Re: Jeux de dupes.   Sam 3 Juil - 23:01

Dix minutes, dix petites minutes... Autant dire une éternité. A l'étage, dans le petit salon de mon "hôte", je ne cessais de regarder ma montre. J'étais morte de peur. S'il redescendait avant le temps demandé par Elsa, ce serait la pire des catastrophe, au contraire, si j'arrivais à le retenir... Seul le tapotement de mes ongles contre l'accoudoir du voltaire dans lequel j'étais installé trahissait ma nervosité. Mon visage était impassible, seul un sourire léger et affecter l'éclairait. Mais mon regard était fermé, concentré sur le moindre bruit qui pouvait venir de l'extérieur. J'avais inventé une histoire de paquet, devant me parvenir de la zone libre, contenant des affaires précieuses et dont j'avais peur qu'il n'arrive pas en un seul morceau.

-Des costumes de scène très anciens, vous comprenez. Je ne veux pas qu'ils soient malmenés...

J'entendais à peine ma propre voix, déblatérant sans y penser une histoire que j'avais presque appris par coeur. Le commandant me regardait, semblant boire la moindre de mes paroles. Je me demandais s'il n'aurait pas été jusqu'à embrasser le sol que je foulais juste pour me mettre dans son lit. Merci, mais non merci. Je n'étais pas encore prête à faire ça, et espérais ne jamais l'être. Il ne manquerait plus que j'y sois obligée ... Ne pas parler trop vite, cela pouvait hélas arriver. La porte s'ouvrit, et ma voix mourut. Pourtant, aucun bruit de panique n'était venu d'en bas. Nerveusement, je resserrais ma main autour de mon petit sac, dans lequel se tenait le révolver que l'on m'avait donné. "Au cas où..." J'avais préféré ne pas demander "au cas où quoi?", tellement les possibilités étaient diverses et plus inquiétantes les unes que les autres. Abattre quelqu'un, ou me suicider... Cette penser me fit frémir. J'aimais tellement la vie.... A mon grand soulagement, ce n'était que le lieutenant m'apportant mon verre. Mais s'il redescendait maintenant... Encore une petite minute... Je n'avais pas le choix, il fallait que je le retienne. Alors qu'il me tendit le verre, j'eu un gémissement étouffé, me mettant à papillonner des paupières, et prenant ma tête entre mes mains.

-Mademoiselle Lisieux?

Quelques secondes tout au plus à tenir encore.

-Ooooh... répondis-je en renversant la tête contre le dossier du fauteuil, continuant de singer mon malaise.

-Je vais aller appeler un médecin... murmura le subalterne.

Celui là ne me portait pas dans son coeur... Qu'il se rassure, c'était réciproque. Ses paroles me firent l'effet d'une douche glacée. Me redressant vivement, je m'écriais:

-Non!

Les deux hommes me fixaient avec étonnement. Me rendant compte de ma bévue, je me laissais de nouveau aller contre le dossier du fauteuil.

-Je veux dire, non, ce n'est rien, c'est habituelle. Avec cette chaleur, le stresse des répétitions, le nouveau spectacle. Tout cela est terriblement traumatisant. Mais ce n'est que passager, d'ailleurs je me sens déjà beaucoup mieux.

Je bondis sur mes pieds, tous mes moyens retrouvés. Les dix minutes étaient largement écoulées. Je me dirigeais vers la porte, mon sourire de diva aux lèvres, et, avant de sortir, lançait au commandant:

-Je vous fais confiance pour notre petite affaire. A bientôt.

Une fois la porte passée, un soupire de soulagement m'échappa. D'un pas mesurer, je rejoignis l'escalier principal redescendant à la salle commune, cherchant Elsa du regard. J'étais au deux tiers de l'escalier quand je l'aperçus. Tout s'était bien passé apparemment. Problème, elle n'était pas seule, et cette silhouette, je la connaissais bien. Depuis les escaliers, je me figeai. Oh non, tout mais pas ça! Elsa était entrain de parler à Reinhard?!?!? Mais que faisait-il ici? Au même moment que nous? Et précisément avec mon amie? Je crus que le sol allait se dérober sous mes pieds. La Haut, quelqu'un devait m'en vouloir, le contraire était impossible. Les deux seules personnes qui ne devaient SURTOUT PAS se rencontrer dans Paris se trouvaient maintenant face à face devant moi, et ils se parlaient. Il fallait que je trouve une idée et vite! Je dévalais plus que je ne descendis les marches qui restaient, mon cerveau bouillonnant pour trouver une idée.

-Elsa, appelais-je, j'ai ce qu'il me fallait, nous pouvons y aller. Oh... Bonjour Reinhard...

Dans n'importe quelle occasion, cela m'aurait fait une joie immense de le revoir, il n'imaginait pas à quel point... Mais pas ici, et encore moins maintenant. J'allais devoir faire les présentations, sinon, cela risquait de paraitre étrange. J'avais conscience d'être plus pâle qu'à l'accoutumée, mais que faire d'autre que de maintenir les convenances pour que le rideau ne tombe pas?

-Elsa Auray, Reinhard Fehmer. Elsa est une amie d'enfance, dis-je à l'intention, de Reinhard, Reinhard est le jeune homme dont je t'ai parlé Elsa...

Oops, la gaffe. Maintenant Reinhard allait savoir que je parlais de lui à mes amies - à une en fait, mais cela permettrait peut être à Elsa de faire le lien avec la conversation du café. Je ne voulais qu'une chose, partir, et le plus vite possible.

-Nous y allons Elsa? Ravie de t'avoir revue Reinhard.

Mais ça aurait été trop facile...
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MessageSujet: Re: Jeux de dupes.   Mar 6 Juil - 16:00

La logique, la raison, la prudence et bien d’autres encore auraient voulu que Elsa tourne les talons, laissant s’éloigner l’allemand qui lui faisait face, pour tenter, malgré le temps perdu, de trouver ce fichu dossier. Le prendre, il n’y avait pas d’autre solution. Elle n’aurait pas le loisir de le survoler pour trouver uniquement ce qui l’intéressait, à moins que Caroline n’ait une idée sur la façon de retenir plus longtemps que prévu le commissaire. Ce qu’Elsa ne pouvait savoir. Or, si on s’en tenait au dix minutes prévues, il était plus que temps d’y aller. Pourtant, la jeune femme ne bougeait pas, sans cesse rappelée à cette image furtivement aperçue. Elle avait beau essayer, rien de plus clair ne lui apparaissait ; elle ne pouvait en aucun cas être certaine de ce qu’elle avait vu. Prise de doutes et de questions sans réponses possibles, elle le dévisageait froidement, sans rien trahir de ce qui se tiraillait dans sa tête. Et la même rengaine, toujours : pourquoi un allemand porterait-il un dossier comportant, entre autres, une photo de Marc ? Qui était cet homme ? Son assassin ? Non. Elsa n’avait vu Fentsch, l’officier qui l’avait tué, qu’une fois, mais une chose était certaine, ses traits étaient gravés dans sa mémoire. Elle se souvenait parfaitement de lui et celui qu’elle avait face à elle ne lui ressemblait en aucun cas. Alors pourquoi ? Le visage qui se trouvait sur cette photo était-il vraiment celui de Marc ?

Un léger sourire effleura les lèvres de l’allemand suite à la réplique de la jeune femme. Son accent, toujours le même, semblable à celui que l’on entendait sans cesse courir par les rues de Paris, la tira une nouvelle fois de ses pensées.
« Non, ça va aller. Et puis ce n’est pas perdu, de toute façon, tout est encore là ! »
Intérieurement, Elsa se maudissait de n’avoir prêté attention qu’à cette image. Le reste, même vaguement aperçu, aurait pu être pu la fixer lorsque les documents s’étaient retrouvés éparpillés à ses pieds. Voilà où menaient les sentiments. L’homme tapota sur sa pochette tout en parlant, attirant l’attention de la résistante sur une des feuilles qu’il avait, dans sa hâte à tout rassembler, laissé dépasser. L’espace d’un instant, ses prunelles se posèrent sur ce bout de papier et le détaillèrent, cherchant quoi que ce soit pouvant la mettre sur la voie. Une brochure de journal. De là où elle était, elle ne pouvait rien voir d’autre que la date de ce dernier. Une nouvelle fois, le doute l’assailli. Elle connaissait cette date. Parfaitement. Celle où un officier allemand avait abattu un jeune terroriste qui posait une bombe sur un chemin de fer. Enfin, celle du matin suivant. Les journaux ne s’étaient pas privé d’en faire quelques articles, le lendemain. La presse, contrôlée par les occupants, avait parlé de ce dangereux jeune homme, juif et communiste qui plus est, à l’origine de plusieurs terribles assassinats enfin mis hors d’état de nuire. Elle connaissait ces articles. Venaient ensuite quelques noms. Trois prétendues victimes de Marc. Celles d’Elsa, en fait, mais cela, la presse l’ignorait.

Néanmoins, à cette date-là comme aux autres, nombre d’articles étaient parus, traitant de tout autre chose. La jeune femme ne croyait que peu aux coïncidences. Mais cette fois, la chose semblait si farfelue… Et, à supposer que ce dossier concernait Marc d’une façon ou d’une autre, qui encore pouvait bien s’y trouver ? Les services de renseignement notaient souvent les fréquentations de leurs cibles. S’y trouvait-elle, elle aussi, pour ses relations avec son ancien amant ? Les choses s’embrouillaient et toutefois, la clandestine restait de marbre. Elle ne rendit pas son sourire à son interlocuteur, les prunelles toujours posées sur cette petit brochure de journal qui, mal rangée, menaçait de s’échapper de la pochette. Quelques secondes à peine s’étaient écoulées depuis la réplique de l’allemand. Et elle n’avait toujours pas ce qu’elle était venue chercher.
« Attention, ça glisse, fit-elle en désignant la feuille volante qui s’obstinait à ne rien lui révéler d’autre que le jour duquel elle datait. »
Elle ne fit néanmoins pas un geste pour la retenir, le laissant faire au détenteur du dossier – sa conduite risquerait de finir par lui sembler étrange, or il ne fallait, qui qu’il puisse être, surtout pas qu’une telle chose arrive.
« Décidément, c’est un dossier rebelle, fit-elle sur un ton badin qu’elle n’employait jamais – mais aux grands maux les grands remèdes, dirait-on – non sans un cynisme qu’elle seule pouvait comprendre. Vous collectionnez les vieux articles ? »

Elle lança la question en l’assortissant d’une vague moue, encore loin du simple sourire, qui jurait avec la froideur du reste de son visage. Elle risquait beaucoup, dans une situation pareille, à dire de telles choses. Néanmoins, elle soutint sans ciller le regard de l’allemand, comme si elle n’avait rien dit qui ne soit autre que naturel. Il fallait qu’elle en sache plus, quelque soit la manière de la faire. Peut-être n’était-ce rien mais elle ne pouvait s’empêcher de penser que ça pouvait être aussi beaucoup de choses. Un instant, elle songea à celui qu’elle traquait depuis un moment, déjà. Cet homme de l’ombre qui les débusquait. Mais ses pensées s’arrêtèrent là. Et pourtant. Comment pourrait-elle seulement se douter que ce Siegfried n’était autre que la personne avec laquelle elle discutait en ce moment même ? Comment pourrait-il imaginer que, s’il était sa cible, elle était celle que la pochette qu’il tenait sous son bras concernait. Le hasard sait si bien duper les hommes… Tandis qu’elle le dévisageait, attentive derrière sous masque impassible, elle vit son regard se poser derrière elle. Tout de suite, son attitude changea et le regard perçant de la jeune femme ne le laissa en aucun cas échapper. Elle ne comptait pas se retourner, jusqu’à ce qu’une voix dans son dos ne la contraigne à le faire.
« Elsa, j'ai ce qu'il me fallait, nous pouvons y aller. Oh... Bonjour Reinhard... »
Ainsi appelée, elle fit volte-face en direction de Caroline qui se dirigeait vers eux à grands pas. Les dix minutes demandées étaient largement passé. Intérieurement, Elsa bouillait. Le commissaire n’était pas encore descendu mais inutile de songer encore à tenter quoi que ce soit.

D’ailleurs, la seconde partie de la réplique de son amie tourna de nouveau ses pensées en direction de l’allemand et de son intriguant dossier. La jeune femme dévisagea la nouvelle arrivante, sans qu’une once de surprise ne vienne la trahir. Elle le connaissait. Et semblait en avoir pâlit, nota Elsa qui ne laissait jamais passer ce genre de détails.
« Elsa Auray, Reinhard Fehmer. Elsa est une amie d'enfance, Reinhard est le jeune homme dont je t'ai parlé Elsa... »
Elle mit quelques secondes à peine à trouver à quelle occasion Caroline pouvait lui avoir parlé de ce Reinhard. Leur conversation au café lui revint rapidement en mémoire. Ainsi c’était lui, le fameux « civil » comme s’était empressé de préciser son amie après lui avoir avoué avoir eu une aventure avec lui. Elsa adressa un signe de tête courtois au jeune homme. Un civil, allemand qui plus est, dans un commissariat de police un tel dossier – s’il s’agissait bien de cela – sous le bras ? Pourquoi trouvait-elle cela étrange… ? Elle songea à ce qu’elle avait dit, ce jour-là, la désapprouvant : « Les salauds ont aussi parfois l’air de civils ». Et cela, elle ne pouvait pas le savoir mais, elle ne croyait pas si bien dire.
« Nous y allons Elsa ? Ravie de t'avoir revue Reinhard. »

Il y avait quelque chose de change dans l’attitude de Caroline. Son empressement à partir pouvait complètement être du à la mission mais elle semblait également vouloir à tout prix écourter la conversation. D’ailleurs, elle n’avait pas l’air si ravie que cela de revoir le fameux Reinhard. Tout comme lui ne semblait pas particulièrement rayonnant. Mais elle n’avait pas le temps de se pencher là-dessus.
« Certaine que tu n’as rien oublié ? répondit Elsa en déposant ses prunelles dans celles de son amie. »
La nuance insistante qui se fit dans son regard bleu était à peine visible. Pourtant, Caroline devait comprendre. Comprendre que tout ne s’était pas passé comme il le fallait et qu’elle n’avait le dossier qu’elles étaient venues chercher. Le reste, inutile de le lui faire savoir. Derrière la danseuse, les pas et voix de deux hommes se firent entendre dans les escaliers. Commissaire et lieutenant descendaient. Pas un trait ne changea sur le visage d’Elsa qui, pourtant, jura intérieurement. Laissant un instant de côté Caroline et Fehmer, tout en faisant mine de suivre ce qui se disait, elle garda un œil sur les deux policiers. Peut-être ne retournaient-ils pas au bureau ? Espoir vain, mais Elsa ne perdit toutefois pas son temps en les épiant. Leur conversation, elle s’en rendit compte, tournait autour de ce qui l’intéressait. Le secrétaire rapportait à son patron que les allemands ne parvenaient pas à arracher autre chose à la demoiselle de la cellule sept qu’un silence obstiné et qu’à ce rythme, elle ne tiendrait pas deux jours leurs interrogatoires. Quarante huit heures. C’était le temps durant lesquels devaient rester muets les camarades, au minimum, avant de lâcher leur adresse, afin que les autres puissent « nettoyer » leur chambre et êtres au courant. Cellule sept. Bien, voilà ce qu’elle voulait savoir. Le commissaire rentra dans son bureau et le lieutenant se réinstalla à sa place. De dossier il n’était plus question. Elsa, détournant les yeux, revint à ce qui se passait à côté d’elle. Maintenant, il était temps d’y aller.
« Bon, alors allons-y, fit-elle froidement, non sans jeter un énième sur la pochette de Reinhard. »
Mais il était dit que ce jour-là, les choses ne se passeraient pas comme prévu.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
Alfred de Vigny ©️ .bizzle


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MessageSujet: Re: Jeux de dupes.   Mer 7 Juil - 17:34

L’attitude de la jeune française face au dossier que je tenais était assez surprenante. Elle qui paraissait si froide et désintéressée, pourquoi prêtait-elle autant d’attention à la moindre photo ou au moindre bout de papier corné qui pouvait dépasser du dossier que je venais de renverser à ses pieds ? Je n’en avais aucune idée, mais soit je devenais fou après toutes ces heures de travail acharné à traquer une personne qui au final m’échappait à tous les coups, soit son attitude était réellement passible d’être suspectée, et mes soupçons n’en seraient alors que plus justifiés encore. Mais que pouvait bien avoir cette jeune femme en rapport avec toute cette histoire ? Qu’est-ce qu’elle faisait dans les parages, d’abord ? Et pourquoi était-elle seule, comme si elle faisait diversion ? Je ne poussais pas ma réflexion plus loin, je n’avais pas envie de me pencher plus en profondeur sur quelque chose qui à mes yeux frôlait peut-être simplement l’innocence. Sans doute étais-je las des longues minutes de réflexion intense portée sur ce dossier qui n’aboutissait pas. C’était fort possible. « Attention, ça glisse », fit-elle en désignant une feuille volante qui menaçait de s’échapper au moindre courant d’air. Je la remerciais d’un signe de tête gratifiant, mais mon regard était assez douteux concernant sa condition. Qui était-elle réellement ? Pourquoi s’obstinait-elle à porter son attention sur ce dossier ? Toutes des questions que je n’oserais d’ailleurs pas poser, ou que je n’avais peut-être pas envie de poser. D’un ton banal et innocent, presque badin, elle poursuivait : « Décidément, c’est un dossier rebelle ! », et à cela je ne pus m’empêcher de m’exclamer d’un air pensif, un sourire aux lèvres.

« Vous n’avez pas idée ! »

Derrière ce sourire se cachait toute l’aversion que j’avais envers cette personne qui pourrissait la vie des soldats allemands dans les rues parisiennes depuis quelques semaines. Mais jamais, ô non jamais, cela ne paraîtrait sur mon visage. L’échec était quelque chose que je supportais très mal, et rien que le fait de sentir que ma proie me glissait toujours entre les mains m’agaçait. Ne l’attraperais-je donc jamais ? L’opération était d’autant plus difficile que cette personne était discrète, sans compter que je ne connaissais absolument rien d’elle. Pas la moindre information, si ce n’était qu’elle semblait prendre un malin plaisir à faire de notre vie un enfer. Heureusement, je la traquais, mais quelque part dans le fond je me sentais aussi traqué - si à l’époque je pouvais seulement savoir quel sort elle me prédestinait à moi aussi - comme elle mettait en danger mes compatriotes. La demoiselle, dont les cheveux roux contrastaient avec les tons bleus de ses yeux, me demanda si je collectionnais les vieux articles. Bien entendu, je ne pouvais en dire plus au risque de me trahir, alors conscient que je ne faisais pas d’effort particulier pour engager et poursuivre la conversation, je me contentais d’un simple.

« En quelques sortes… »

Je ne montrais sur mon visage rien qui ne pouvait me trahir. Un air ferme et déterminé, une allure toujours encline de prestance, nul autre qu’un homme propre sur lui et sévèrement travailleur. La jeune femme avait l’air d’avoir un caractère bien trempé, car même la petite moue qu’elle arborait ne rivalisait pas avec ce regard pénétrant et ferme qu’elle maintenait. C’était comme si elle me lançait involontairement un défi du regard, et j’appréciais cette attitude impétueuse et provocante de la part d’une française qui visiblement ne reculerait pas devant les allemands. Si le hasard savait si bien duper les hommes, il en était tout autant des femmes. Qui aurait pu deviner à cet instant que si cette demoiselle me fixait avec autant de détermination, c’était elle que je recherchais dans le fond. Elle que je traquais, elle qui était la clé, la solution finale du dossier que je tenais sous le bras. Mais mes pensées furent directement brouillées par l’arrivée de Caroline, qui de toute évidence ne s’attendait pas non plus à me voir. Il fallait dire que notre dernière rencontre ne s’était pas tellement bien déroulée, disons qu’une certaine information avait certainement encore du mal à passer. Ce que de toute évidence je pouvais comprendre, et ce que je comprendrais certainement un jour lorsqu’elle me rendrait la pareille, même si de ça je n’étais pas encore au courant. Caroline ne semblait pas très ravie de me revoir, et j’en pinçais les lèvres, l’observant se diriger vers nous, sans broncher.

« Caroline, si je m’attendais.. »

Que diable faisait-elle dans un endroit pareil ? Et quel était le sens de ces mots, ceux qu’elle avait prononcé à l’attention de son amie, « j’ai ce qu’il me fallait ».. Mais que lui fallait-il qu’elle puisse venir rechercher dans un endroit pareil ? J’étais si surpris de la voir à cet instant que je ne compris pas tout de suite que la jeune femme avec qui je parlais - et qui semblait si suspecte à s’intéresser de trop près au dossier, peut-être me faisais-je des illusions - était en réalité une amie d’enfance de Caroline, nommée Elsa Auray. Je répondis tout aussi courtoisement qu’elle à cet hochement de tête qu’elle m’adressa, échappant un petit « enchanté » entre mes lèvres. Ce qui m’interloqua, c’est que la ravissante demoiselle Lisieux me présenta à son amie comme « le jeune homme dont elle lui avait parlé »… Ainsi donc elle lui avait parlé de moi ? Un sourire s’étendit sur mes lèvres l’espace d’une seconde, mais je me ravisais bien vite. Je n’eus pas le temps de répliquer que déjà elle voulait s’en aller, prétextant être ravie de m’avoir revu. Quoi, c’était tout ? Tout ce dont j’avais droit après cette période de silence qui avait suivi notre dernière rencontre, au parc ? Ne méritais-je pas au moins quelques instants improvisés en sa compagnie, pour profiter quelques minutes du vide qu’elle avait créé dans ma vie. Je tenais beaucoup à elle, ce n’était pas un secret, elle le savait, et elle m’avait manqué pendant cette pseudo absence qu’elle s’était offerte jusqu’à aujourd’hui. Et tandis qu’elles s’apprêtaient toutes deux à quitter l’endroit, j’interceptais Caroline, me mettant volontairement en travers de son chemin de sorte qu’elle n’avait pas le choix.

« Cela fait longtemps que je n’ai pas eu l’honneur de te voir.. »

Je regardais successivement son amie qui suivait la conversation sans piper mot, puis la belle danseuse, avant de poursuivre d’un ton sympathique mais d’un regard prudent. Ce n’était pas mon genre de soupçonner trop fortement les personnes auxquelles je tenais, mais la raison de la présence des deux jeunes femmes dans de pareils lieux m’étais inconnue. J’éviterai d’évoquer le sujet, parce que je ne tenais en plus pas à faire évoluer de trop consistants soupçons chez Elsa. Poursuivant, je dis.

« Laissez-moi au moins vous offrir un café. »

Malgré nos attitudes respectives, cela me faisait plaisir de revoir Caroline, bien que j’aurai préféré que ce soit dans d’autres circonstances, et qu’elle ne me voit pas au travail, c’est-à-dire avec un dossier consistant dans la main qui étalait les aventures de ses camarades parisiens. Ou tout du moins ceux qui me causaient volontairement et directement du tort, en s’acharnant sur les officiers présents dans les rues. Certains d’entre eux étaient même très jeunes, ce que certains ne semblaient pas comprendre. Il y avait des pères et des fils dans les rues de Paris, mais je ne pensais pas seulement aux parisiens et français, car ces derniers étaient aussi allemands, bien que le peuple ne voyait en eux qu’un uniforme, qu’une impitoyable machine à tuer. Je partageais deux points de vue, mais à trop côtoyer Cassandre ou même Caroline, je ne pouvais m’empêcher de voir la balance pencher parfois dans l’opinion qu’un pays occupé était avant tout un territoire à défendre. J’étais à la fois l’Occupant, et indirectement je ressentais l’empathie des sentiments des Occupés. Et je savais que Caroline n’avait jamais montré d’aversion à être vue en ma compagnie, car tous me pensaient être un civil allemand, non pas un soldat. J’ignorais s’il en était de même pour sa camarade Elsa, qui ne savait rien - ce que j’espérais bien que je faisais confiance à mon amie - mais j’avais le temps, et peut-être le besoin, de passer un peu de temps avec elle, et cette amie d’enfance qui semblait discrète mais sympathique, bien que je ne la connaisse pas. Et ô combien je ne la connaissais pas, sinon peut-être n’aurais-je pas arboré pareille attitude envers elle…

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MessageSujet: Re: Jeux de dupes.   Lun 12 Juil - 14:28

Mon pire cauchemar était entrain de se dérouler sous mes yeux. J'allais me réveiller, il le fallait! Qui savait ce qu'ils avaient pu se dire, et depuis combien de temps ils étaient là, face à face. J'avais l'impression qu'entre le moment où j'avais aperçu Reinhard et Elsa depuis l'escalier, et celui où je les avais rejoint, le temps s'était déroulé au ralentis, comme pour m'empêcher d'atteindre mon objectif à temps, empêcher je ne sais quelle catastrophe. A la manière dont ils se regardaient, rien ne semblait avoir transparut, mais le dossier que tenait Reinhard semblait être le centre d'intérêt de leur conversation. Pitié, qu'il ne s'agisse pas du dossier dont nous avions besoin pour sortir Jeanne de là. Ce serait vraiment trop gros comme coïncidence négative. Je voyais bien dans le regard d'Elsa qu'elle était surprise par mon empressement. Reinhard pouvait le mettre sur la révélation qu'il m'avait fait lors de notre dernière rencontre, mais Elsa risquait de me poser des questions... Peut être... Et c'était absolument ce que je devais éviter. Si c'était le cas, il faudrait que j'invente quelque chose. J'avais horreur de mentir à mes amis, surtout que depuis le temps qu'on se connaissait, elle devait savoir quand je ne disais pas la vérité... Mais la guerre nous avait changée toutes les deux, alors, peut être que je ne risquais rien, seulement peut être.

Reinhard avait d'abord semblé surprit de me voir, puis ravi, mais ma volonté de filer le plus vite possible avait l'air de le blesser. Surtout ce que je ne voulais pas. Tout ce que je désirais, c'était les protéger, tous les deux, quoi qu'il advienne. Et surtout, les protéger l'un de l'autre. Je savais, bien sur, qu'Ice était Elsa, mais la présence de Reinhard ici, à cette heure, avec ce dossier, combinée à ce que je savais sur sa réelle identité... Se pourrait-il qu'il soit... Que ce soit celui qu'Elsa voulait abattre? Ce Siegfried dont elle m'avait parlé, était-il possible que lui et Reinhard ne fassent qu'un? Je fermais les yeux un bref instant. Il fallait que j'arrête de réfléchir pour le moment, ou j'allais devenir folle. Pour l'instant, il fallait absolument qu'Elsa et moi sortions le plus vite possible de cet endroit, et que Reinhard nous laisse. Alors que je venais de dire à Elsa que nous partions, elle eut une réponse et un regard étrange:

-Certaine que tu n’as rien oublié ?

Je fronçais les sourcils. Qu'essayait-elle de me dire? Qu'elle n'avait pas eut assez de temps, qu'elle n'avait rien trouvé? Ou pire, que le dossier qu'avait Reinhard était bien celui auquel je songeais. Je ne répondis pas. Le commissaire et son lieutenant venaient d'apparaitre, et mes pensées furent détournées par Reinhard:

-Cela fait longtemps que je n’ai pas eu l’honneur de te voir...

-J'ai été assez occupée récemment, entre les dernières représentations de Carmen et les nouvelles répétitions. C'est d'ailleurs un miracle que j'ai eut le temps de sortir aujourd'hui.

Ton froid, sec, et léger à la fois. La diva était toujours dans la place. J'avais horreur de mon comportement. Reinhard le trouverait surement étrange, et non habituel. Comment risquait-il de l'interpréter? Mystère. Je risquais de le blesser, et m'en voulais énormément d'avance, mais je n'avais pas le choix, pas maintenant. Heureusement, Elsa vint à ma rescousse:

-Bon, alors allons-y.

Intérieurement, je poussais un soupir de soulagement. Enfin, mon calvaire allait s'achever. Après un dernier sourire à Reinhard, je fis demi tour, et, suivant Elsa, nous nous dirigeâmes vers la sortie, mais Reinhard me barra le passage. Je me sentie blêmir. Avait-il découvert quelque chose? J'essayais de rester stoïque, mais c'était réellement difficile. Je t'en pris Reinhard, n'insiste pas, oublis moi une bonne fois pour toute... S'il te plait...

-Laissez-moi au moins vous offrir un café.

Je ne sais pas ce que j'ai bien pu faire de mal dans ma vie pour mériter cela, mais je m'en repentais un million de fois à cet instant précis. Déglutissant, un instant sans voix, je fini par réussir à articuler, bégayant un peu sous le coup de la surprise:

-Oh... euh... Hé bien... Je... Je ne sais pas...

Refuser franchement aurait parut aussi étrange à Elsa qu'à Reinhard. Après tout, pour Elsa, il avait été mon amant, et nous étions restés en bon termes, et je ne voulais pas, pour le moins du monde, blesser Reinhard. Dilemme horrible. Mes yeux allaient de l'un à l'autre, sans savoir quoi répondre. Du regard, je demandais l'avis d'Elsa. Quoi de plus naturel, après tout? Elle était elle aussi concernée par l'invitation. Dis non, je t'en pris, dis non! Sors nous de ce guêpier au plus vite.
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MessageSujet: Re: Jeux de dupes.   Mar 13 Juil - 23:30

Sur un dernier signe de tête dont la froideur effaçait certainement une grande part de courtoisie, Elsa tourna les talons. D’une manière ou d’une autre, il fallait qu’elle en sache plus sur ce Fehmer et son intriguant dossier – même s’il se pouvait parfaitement que ça ne soit rien de ce à quoi elle pensait. Mais rester plus longtemps ici, avec une pareille attitude, risquerait d’attirer ses soupçons et qui savait qui pouvait bien se cacher derrière ce « civil ». Oh, elle le savait. Sans le savoir. L’ironie de la situation, que personne ne semblait avoir saisi, en aurait sans doute fait rire plus d’un si les enjeux n’étaient pas aussi élevés. Qui de la résistante ou du nazi en réchapperait était la seul question qui se poserait s’ils venaient à découvrir la vérité. Mais ce n’était pas chose faite, aussi n’est-ce qu’avec quelques doutes que la jolie rousse fit quelques pas en direction du commissariat, sans foncièrement se douter de la personne qu’elle laissait derrière elle. Elle avait ce qu’elle voulait maintenant. Il n’y avait plus qu’à agir, et rapidement. Jeanne risquait d’être transférée sous deux jours, à moins qu’elle ne succombe aux interrogatoires, comme semblait l’avoir évoqué le secrétaire. Demain. La brigade avait dans ses rangs quelqu’un connaissant les cellules du commissariat pour y avoir d’abord travaillé, puis passé quelques sales moments. Une famille juive prévenue, peut-être deux. Comme quoi, dans ce monde brutalisé, il restait encore quelques personnes capables d’humanité.

Mais la question de l’action se poserait plus tard. Pour l’heure, il fallait sortir d’ici mais, on le sait, il était écrit quelque part que les choses ne se passeraient pas comme elle le devaient. Du début, à la fin. En faisant volte-face, Elsa entendit Caroline la suivre, puis d’autres pas, plus rapides. Elle leva les yeux sur l’allemand qui venait de s’interposer entre la danseuse et la sortie, sans lui laisser aucune possibilité de le contourner. La jeune femme darda un regard dur sur Reinhard. Quoi ? Qu’avait-il deviné pour faire ça ? Que voulait-il savoir de plus quand la conversation semblait close ? L’espace d’un instant, l’idée de s’être montrée trop insistante traversa l’esprit d’Elsa qui posa discrètement et tout naturellement une main sur sa sacoche. Sacoche contenant – tout naturellement ? – le revolver qui ne la quittait jamais. Elle ne le savait que trop, les choses pouvaient vite mal tourner.
« Cela fait longtemps que je n’ai pas eu l’honneur de te voir... »
La jeune femme passa de l’allemand à son amie. Que s’était-il passé pour qu’elle ne mette tant d’empressement à le fuir – en témoignait son attitude hâtive et la façon dont elle venait encore de pâlir. Pourtant, de ce qu’elle avait pu comprendre lorsqu’elle lui avait parlé du jeune homme, ils semblaient être restés amis ; et même assez attachés l’un à l’autre. Alors quoi ?

La réponse que fit Caroline à cette question semblait dissimuler une angoisse qu’Elsa ne pouvait mettre totalement sur le compte de la mission qui touchait à sa fin. Revenant à Reinhard, elle soutint une seconde son regard posé sur elle, froidement silencieuse. L’espace d’un instant, la brève vision de la photo s’imposa à son esprit, floue et toujours obstinément incapable de résoudre le moindre de ses doutes. De quelle illusion était-elle victime ? Celle causée par ces sombres souvenirs dont elle ne parvenait à se défaire, ou bien celle du faux civil allemand qui allait lui échapper ?
« Laissez moi au moins vous offrir un café. »
Il y eut un instant de silence. Silence de Fehmer attendant une réponse, silence de Elsa sachant qu’on ne s’adressait pas directement à elle… et silence étrange de Caroline qui sembla, aux yeux perçants de son amie, se troubler un peu plus qu’elle ne l’était déjà. A la fois surprise et angoissée, comme si elle redoutait quelque chose.
« Oh... euh... Hé bien... Je... Je ne sais pas... »
La jeune femme croisa le regard de la danseuse qui, après avoir erré un instant entre elle et l’allemand rencontra le sien, interrogatif. Etait-ce réellement un avis qu’elle lui demandait ? Ou bien y’avait-il autre chose ? Elsa finit par détourner les yeux pour finalement les poser sur l’homme au dossier. La proposition qu’il venait de lancer était sans doute une occasion d’en savoir plus sur lui et sur ce qu’elle avait cru voir. Du moins, s’il ne s’agissait pas de ce à quoi elle pensait, auquel cas il ne leur dirait certainement rien – ou n’importe quoi, d’ailleurs il faudrait être inconscient pour ramener la conversation directement là-dessus.

« Pourquoi pas ? On a tout notre temps, répondit-elle enfin, toujours aussi froide. »
Elle posa à nouveau les yeux sur son amie. Dans les siens, la nuance de nouveau, était à peine perceptible. Pourtant elle était bien là, et elle ne lui laissait pas le choix. Que la chose lui aille ou non, ce n’était pas ce qui importait à Elsa. Il fallait qu’elle sache ce qui se tramait dans ce dossier, quitte à ne rien y trouver de particulier ; quitte à ce que la danseuse passe un moment avec Reinhard même si elle semblait ne pas foncièrement y tenir.
« On vous suis, déclara-t-elle une fois qu’elle fut certaine que ceci était clair pour la danseuse et que cette dernière eut répondu. »
Les deux jeunes femmes emboîtèrent donc le pas à l’allemand, Elsa légèrement en retrait, redevenant la clandestine glaciale et silencieuse que l’on connaissait. Il n’y avait dans le fait de laisser Caroline et Fehmer légèrement devant aucune intention de les laisser tranquilles, ou autre sentiment du même genre. Non, la seule raison pour laquelle elle faisait cela, c’était pour pouvoir à son aise fouiller la rue du regard, cherchant une silhouette parmi celles des passants. Et lorsqu’elle le reconnu, Loïc lui adressa un signe discret. La rousse n’en avait pas parlé à son amie, mais elle avait demandé au jeune homme de se placer non loin de commissariat, au cas où les choses tourneraient mal. Elle avait confiance en Caroline, mais pas en son inexpérience. Loïc non plus, c’était pourquoi il s’était proposé pour se trouver là, si besoin il y avait.

Imperceptiblement, Elsa hocha la tête, signe qu’elle avait les informations qu’elle voulait, qu’il pouvait rentrer et qu’ils verraient la suite plus tard. Elle le vit froncer les sourcils à la vision de l’allemand, mais détourna les yeux sans y prêter attention. De nouveau, mieux valait ne pas se faire trop insistante. Le petit groupe continua donc sa route, la jeune femme aussi silencieuse que pouvait l’être une statue, suivant sans en avoir l’air ce qui se disait, et à la fois plongée dans ses pensées. Jeanne, le dossier, ses doutes… tout cela lui effleurait plus ou moins froidement l’esprit sans qu’elle ne parvienne, en ce qui concernait Fehmer du moins, à fixer ses idées. L’entrée dans le café l’interrompit un moment dans ses réflexions. Elle détaillait l’endroit scrupuleusement, l’air de n’y jeter qu’un vague coup d’œil quand ses prunelles brunes rencontrèrent de nouveau la silhouette de Loïc, entré un instant après eux et se dirigeant vers une table contre la vitrine. Si elle ne fronça pas les sourcils, elle n’en pensa pas moins. Pourquoi les avait-il suivis ? Après lui avoir adressé un regard significatif, elle se retourna vers Reinhard et Caroline.
« Excusez moi, je reviens, fit-elle avant de tourner les talons, les laissant seuls. »
Sans se presser, elle se dirigea vers les toilettes, sachant parfaitement que Loïc aurait compris sa précédente œillade et finirait pas la rejoindre, sans que cela ne puisse paraître suspect. Elle laissa une porte se refermer derrière elle et s’arrêta dans le couloir qui suivait cette dernière. Au bout d’une minute, l’endroit s’ouvrit de nouveau et le jeune homme fit son apparition.

« Tu n’es pas sensé être là, fit aussitôt Elsa, glaciale.
- Vous non plus, qu’est-ce qui se passe ? C’est qui ?
- Cellule sept, transférée dans deux jours maximum. Vois avec Marcel.
- Mais…
- Maintenant vas-y. »
Son était sans appel, si bien que le jeune homme se contenta de lui lancer un regard intense avant de s’en aller. La jolie rousse attendit un moment, puis sortit à son tour, cherchant des yeux l’endroit où se trouvaient Reinhard et Caroline. Avec flegme, elle les rejoignit non sans jeter encore un regard qui se voulait vague sur le dossier, maintenant posé sur une des tables.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
Alfred de Vigny ©️ .bizzle


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MessageSujet: Re: Jeux de dupes.   Mer 14 Juil - 12:36

« J’ai été assez occupée récemment, entre les dernières représentations de Carmen et les nouvelles répétitions. C’est d’ailleurs un miracle que j’ai eu le temps de sortir aujourd’hui. ». Je ne pouvais pas prétendre connaître Caroline sur le bout des doigts, non, certains détails de sa vie m’échappaient encore, mais je la voyais autrefois assez souvent pour deviner qu’elle était en train de me mentir. Si elle avait le temps de sortir pour se rendre au poste de police pour aller voir je ne savais qui d’ailleurs, elle avait sans doute le temps de m’accorder un café, non ? Ou même cinq minutes et quelques mots volés, juste pour qu’au moins je puisse avoir de ses nouvelles. Mais non, en attendant, après notre dernier « entretien », ça avait été le trou noir. Je n’étais pas dupe pour comprendre que la pilule n’était pas encore passée, la danseuse m’avait bien dit qu’elle avait besoin de temps pour digérer la nouvelle, mais je ne pouvais me résoudre à ne plus la revoir. Alors les représentations de Carmen et les nouvelles répétitions ne laissaient pas le miracle de sortir seulement une heure par jour. J’y avais déjà assisté, je savais que c’était un boulot monstre, mais j’avais quand même eu le temps de l’inviter à dîner. Quand on cherchait le temps, on finissait toujours par en trouver, alors qu’elle ne me dise pas que c’était un « miracle » qu’elle ait eu le temps de sortir aujourd’hui, parce que j’étais très loin de croire au miracle. J’ignorais encore si je devais me réjouir qu’elle me serve un mensonge plutôt que de m’avouer la vérité, mais cela se voyait gros comme le nez au milieu de la figure. Je ne savais pas si j’aurais préféré un « Je ne voulais plus te voir après ce que tu m’as appris parce que tu n’es pas celui que je pensais ». Non, tout compte fait, le mensonge était parfois l’issue la plus simple. La vérité elle, aurait sans doute débouché sur une dispute ou en tout cas une joute verbale plus ardue.

« Occupée ? Je vois. »

Mon ton était plein de soupçons, et je pensais qu’elle avait parfaitement compris que je ne la croyais pas un seul instant. J’étais quelque part déçu qu’elle m’évite comme elle le faisait, mais je ne pouvais pas tellement lui en vouloir, j’étais mal placé pour cela. Caroline sembla comme soulagée quand elle entreprit de sortir du bâtiment, son amie la soutenant, mais je n’entendais pas les choses de la même manière. Elle m’avait évité pendant trop longtemps pour que je la laisse filer sous mes yeux une nouvelle fois. C’était certes très égoïste de ma part, mais je n’en avais rien à faire, après tout je m’étais inquiété pour elle pendant plusieurs jours, elle pouvait bien m’accorder quelques minutes. D’un pas déterminé, je lui barrais donc le passage. J’étais insistant, peut-être même que j’étais lourd, mais dans le fond tout cela m’importait bien peu. L’estime que la danseuse devait avoir pour moi à cet instant était certainement déjà bien basse, alors un peu plus ou un peu moins. Le teint de la jeune femme blêmit, elle était gênée, c’était clair. Son amie, Elsa, quant à elle, ne semblait pas perturbée le moins du monde de toute cette situation. Si elle avait montré une attitude soupçonnable vis-à-vis du dossier que je tenais toujours sous le bras, son visage fermé ne laissait en rien paraître ses émotions. Si je savais à cet instant qu’elle était ce résistant français que je recherchais..

Ce fut elle qui, néanmoins, accepta ma proposition de café, tandis que Caroline s’évertuait à bégayer un simple « Je ne sais pas » qui ne se résumait à rien. De toute façon j’avais bien l’intention d’insister si elles avaient refusé, toutes les deux. J’avais quelques scrupules à ne m’intéresser que plus à Caroline qu’à son amie, je ne tenais pas à ce qu’elle soit mise à l’écart. Le regard de la danseuse envers Elsa semblait la supplier de décliner l’invitation, ce qui, par chance pour moi, n’arriva pas. J'adressais à cette jeune femme dont je ne connaissais rien mis à part son prénom un regard sincère et sympathique. Nous sortîmes donc et nous dirigeâmes en direction du café. En sortant dehors, Elsa resta en retrait - pour faire je ne savais quoi d’ailleurs - me laissant marcher seul devant avec la belle rousse. Les mains dans les poches, le regard droit, je brisais le silence d’une voix relativement basse, histoire d’être entendu principalement de la jeune femme à mes côtés.

« Caroline… tu n’es pas tant occupée que tu le prétends. »

Je ne la regardais pas, pourtant je m’adressais bien à elle. Je ne ressentais pas le besoin de m’assurer qu’elle m’entendait en penchant la tête, parce que je savais parfaitement qu’elle comprenait ce que je disais. Je rajoutais, toujours à voix basse, pas encore en chuchotant, mais pas loin.

« Tu n’as toujours pas digéré la nouvelle, n’est-ce pas ? »

Mon regard fuyait à l’horizon, balayant les rues des yeux, toujours les mains enfoncées dans mes poches. Je jetais un bref coup d’œil derrière nous pour m’assurer qu’Elsa suivait toujours. En regardant de l’autre côté de la rue, je remarquais un jeune homme à l’attitude étrange, qui semblait faire des signes ou je ne savais quoi. Mais je n’y prêtais pas trop attention, bien trop concentré sur ce que Caroline allait me dire. Nous pénétrâmes ensuite dans le café, et nous assîmes à une table. Je lançais un regard curieux à Elsa qui s’excusa pour s’absenter quelques instants. Je posais le dossier dans un coin de la table, devant moi, ayant pris soin de ne rien laisser dépasser. Je profitais de l’absence temporaire de son amie pour me pencher au-dessus de la table et parler à Caroline.

« Je t’ai déjà dis que j’étais désolé.. Je sais que ça te dérange qu’il en soit ainsi, mais je ne pensais pas que ce soit une raison suffisante pour que tu m’évites.. »

J’étais conscient que ce n’était pas le genre de nouvelle que l’on digère facilement, surtout après des mois de relation amicale - si tant est que l’on puisse nommer la chose ainsi. Quelque part, dans le fond, oui j’aimais Caroline Lisieux, mais je ne pouvais me restreindre à le lui avouer, puisque j’essayais de me persuader du contraire. Nous entretenions des rapports amicaux, quoique ternis ces derniers temps par ma faute, et cela semblait nous convenir parfaitement. Je ravalais donc ces sentiments qui fleurissaient en moi, et demeurait un homme fier, et qui plus est « pris » par une autre jeune demoiselle française. J’avais l’impression d’être dans un téléfilm pour adolescents, s’en était même ridicule. Je poursuivais, posant ma main d’un air pensif sur celle de Caroline qui était restée sur la table, la regardant droit dans les yeux.

« Tu me manques beaucoup, Caroline. »

À peine quelques secondes après cela, Elsa revint, et instinctivement ma main se retira et je me redressais, reprenant une position un peu plus formelle. J’ignorais ce que la danseuse avait bien pu dire à son amie à propos de moi, maintenant que je savais qu’elle m’avait mentionné, mais je ne tenais pas à ce que la jeune femme se fasse de fausses idées, et puis je ne voulais pas qu’elle se sente gênée ni quoique ce soit : c’était la moindre des politesses. Je regardais le serveur débarquer vers nous et nous demander quelle allait être notre commande.

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MessageSujet: Re: Jeux de dupes.   Mer 14 Juil - 16:43

J'avais l'impression que j'aurais pu lancer des feux de détresse, Elsa les aurait tout autant ignorés. Je la connaissais assez pour me douter que quelque chose n'allait pas. Et le fait qu'elle avait semblé très intéressée par le dossier n'y était pas étranger, j'en étais certaine. Elle prit un ton détaché, comme si de rien n'était, pour répondre pour nous deux:

-Pourquoi pas ? On a tout notre temps.

Je croisais son regard, avant de fermer les yeux un instant. Rester calme, pas de panique, ni se crise de nerf. J'aurais pu targuer du fait que pour ma part, je ne pouvais pas m'attarder, que j'avais des choses à faire, mais le regard de Reinhard semblait me hurler quelque chose comme "Je ne te laisserai pas partir, et surement pas comme ça!". De plus, les laisser seuls, en tête à tête? Il n'y fallait pas songer. Si jamais il y avait un sous entendu, quelque chose, l'un d'entre eux était fichu, et ça, je ne pouvais pas le permettre. Elsa Auray, si jamais tu survis à cette guerre, qu'aucune balle allemande ne t'abime, et que je m'en sors aussi indemne, je t'achève! Traitresse, fausse soeur... Quand tu regards, elle me fit comprendre que je n'avais pas le choix, mes yeux la foudroyèrent, ce qu'heureusement, Reinhard ne vit pas. Deux pires ennemis, et ils arrivaient encore à faire alliance commune, sans le savoir, contre la seule personne qui connaissait leurs deux secrets et voulait les protéger. Si Racine avait vécut à cet instant, nul doute, il aurait adoré ça.

-On vous suit.

Merci Elsa, vraiment... J'avais l'impression de monter à l'échafaud. Dans la rue, Elsa se mit légèrement en retrait, ce qui m'étonna. Si elle tenait tellement à cette chemise en papier cartonné, elle connaissait nombre d'angles d'attaque pour engager la conversation. Une silhouette se dégagea dans la rue, et je le reconnus: Loïc. Je serais les poings. La confiance règne... De toute la bande, il était la personne qui croyait le moins en moi. Toujours agréable de se sentir testée en toute circonstance. Refoulant ma colère, je continuais d'avancer à côté de Reinhard. De sa voix, basse, de manière à ce que moi seule l'entende, il murmura:

-Caroline… tu n’es pas tant occupée que tu le prétends.

Je me tendis un peu plus, si c'était possible. C'était exactement le genre de discussion que je voulais à tout prix éviter. J'en avais assez de mentir, d'inventer, et surtout, de me faire reprocher je ne sais quoi, alors que je cherchais juste à le protéger, ce que jamais il ne devait savoir. Je ne répondis rien. Qu'y avait-il à répondre? Non bien sur, je n'étais pas si occupée. Mon mensonge avait été bancale et trop rapide. Devant mon mutisme, il ajouta:

-Tu n’as toujours pas digéré la nouvelle, n’est-ce pas ?

Je laissais échapper un petit rire froid, désabusé, et répondis tout aussi bassement que lui, après m'être assurée qu'Elsa n'entendrait pas:

-Il est vrai qu'apprendre qu'une personne en qui on avait une confiance aveugle n'existe pas est assez difficile à assimiler.

J'étais dure, et je me sentais mal de rejeter toute la faute sur lui, pour détourner l'attention de mes réelles motivations à garder un silence obstiné ces derniers temps, mais c'était ce que je pensais devoir faire, du moins à cette instant précis. Peut être, surement même, avais-je tort, et la suite le démontrerait, mais pour l'instant, je n'avais pas de meilleure idée. Des yeux, je vis Loïc faire un signe que je connaissais bien. Il devait parler à Elsa, ce qui signifiait qu'elle allait nous laisser seuls. Merci Elsa, non, vraiment, c'est exactement ce dont je n'avais pas besoin... Effectivement, à peine entrés dans le café et installés à une table, mon amie s'éclipsa:

-Excusez moi, je reviens.

Je la suivi des yeux un instant, elle se dirigea vers les toilettes. Quelques instants plus tard, Loïc l'y rejoignait. Ils ne perdaient rien pour attendre tous les deux. Reinhard, lui, ne semblait pas avoir perdu de vu son objectif, à savoir que tout redevienne comme avant entre nous. Mais plus rien ne pourrait être comme avant. Ne pouvait-il pas s'en rendre compte? Cela me déchirait intérieurement: d'un côté mon réseau, mon pays, ce que je pensais devoir faire, et Elsa. De l'autre, lui, tous ces moments merveilleux que nous avions passés ensembles et... je me refusais de me l'avouer, mais il y avait aussi mes sentiments pour lui. Entre amour et amitié, et la balance penchait imperceptiblement de plus en plus pour le premier sentiment. Mais il était avec une autre, et elle le rendait heureux. Du moins elle avait intérêt.

Avec tout cela, j'aurais dû, sans hésiter, me ranger du premier côté, et, qui sait, même abattre Reinhard de mes propres mains. Mais, car il y a toujours un "mais", j'en étais totalement incapable. Avoir sa mort sur la conscience me détruirait. Le savoir en vie, loin, était toujours préférable à la vue de son cadavre froid et ensanglanté à mes pieds.

Reinhard finit par briser le silence:

-Je t’ai déjà dis que j’étais désolé.. Je sais que ça te dérange qu’il en soit ainsi, mais je ne pensais pas que ce soit une raison suffisante pour que tu m’évites...

Il posa sa main sur la mienne, et j'en frémis. Sa peau était douce et chaude, et ce simple contact m'aurait certainement fait tout lâcher si je n'avais pas cette peur constante qui m'habitait depuis que je savais qui il était en réalité. Je laissais un instant mon empressement et mon agacement de côté, pour le regarder dans les yeux, tristement, et résignée.

-Ce ne sont pas des excuses que j'attend. Tu es ce que tu es... Et si je l'avais su avant, sans doute rien ne se serait passé, et nous n'aurions pas cette conversation, mais il est trop tard pour revenir en arrière n'est ce pas?

Après une pause, il conclut

-Tu me manques beaucoup, Caroline.

Je restais sans voix. Que répondre à cela? Lui aussi me manquait, mais si je je lui avouais, il ne comprendrait pas pourquoi je ne voulais plus le voir, et lui dire que ce n'était pas réciproque était un mensonge trop énorme pour que je puisse le dire, et de toute manière, il ne m'aurait pas crue. Cette fois ci, Elsa revint à point nommé, et Reinhard retira sa main de la mienne. Le serveur s'approcha de nous pour prendre notre commande. Je demandai un thé, j'en avais bien besoin à cette instant. Reinhard et Elsa commandèrent à leur tour, et il s'éloigna. J'avais vu mon amie loucher une fois de plus sur cette fichue pochette en papier cartonné. Comment faire pour qu'elle sache ce qu'il y avait dedans, et ce le plus vite possible, sans éveiller les soupçons de Reinhard qui semblait déjà bien peu confiant, tout cela pour que nous puissions filer le plus vite possible. Le faire tomber? Non, il était juste bon endroit pour qu'aucun mouvement involontaire ne puisse le renverser. Je me creusais rapidement les méninges, quand soudain, en voyant un autre serveur apportant leur commande à une table voisine m'offrit la solution sur un plateau - sans mauvais jeu de mot. Mais bien sur...

Reprenant un ton de conversation pour le moins banal, l'air de rien, je brisais le silence qui s'installait, et qui semblait pour le moins tendu:

-C'est quand même une grande coïncidence que de se trouver au même endroit au même moment, Paris est si grand... On croirait presque qu'il y a une force extérieure qui nous manipule.

Ton léger, air d'ingénue, presque sotte. J'espérai que mes compagnons mettraient ma désinvolture sur le fait qu'étant la seule à les connaitre tous deux, je voulais engager une conversation la plus bateau possible, pour qu'ils fassent plus ample connaissance. Le serveur revint, disposant nos commandes. Je pris ma tasse, et la portait à mes lèvres, avant de faire mine de prendre mon sac. D'un mouvement calculé, je heurtais à peine ma pochette à ma tasse, qui se reversa... En direction du dossier... Et l'inonda largement.

-Quelle maladroite! m'exclamai-je. Je suis vraiment désolée.

Gagné !
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Elsa Auray
J'ai vu la mort se marrer et ramasser ce qu'il restait.



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■ profession : Fausse étudiante, à la tête de la Brigade

PAPIERS !
■ religion: Juive, paraît-il, mais il y a bien longtemps que Dieu n'existe pas pour elle.
■ situation amoureuse: Définitivement de glace.
■ avis à la population:

MessageSujet: Re: Jeux de dupes.   Dim 18 Juil - 12:01

Si prompt qu’il fut à l’en retirer, la main de Reinhard posée sur celle de la danseuse n’échappa pas à Elsa. Elle l’observa se redresser, parfaitement inexpressive avant de prendre un instant pour dévisager Caroline dont l’attitude vis-à-vis de l’allemand aurait pu la laisser totalement indifférente. Oui, s’il n’y avait pas eu ce dossier. Dossier qui rendait, au contraire, tout ce que touchait au jeune homme intéressant ; dont l’empressement de la danseuse à le quitter et la façon dont elle avait fusillé Elsa du regard quand celle-ci avait accepté l’invitation. Peut-être ne fallait-il y voir qu’une simple histoire d’aventure et autres idioties du genre, peut-être cela n’avait-il aucun rapport avec les documents se trouvant à l’intérieur de la pochette qui n’avaient peut-être eux-mêmes aucun intérêt. Mais ce n’étaient là que des suppositions et la jeune femme avait besoin de certitudes. Et si Marc était vraiment dans ce dossier, si la coupure de journal était celle à laquelle elle pensait… Tout pouvait être imaginé. Alors, sans relever le moins du monde ce qu’elle venait de voir, elle s’installa à côté de son amie cherchant sans en avoir l’air une façon d’orienter discrètement la conversation dans le seul sens qui lui importait. Tranquillement, elle accrocha sa sacoche au dossier de sa chaise, de façon à ce que personne ne puisse, par exemple, donner un coup dedans. Ce qui s’y trouvait était loin d’être un jouet et porter une arme lorsque l’on était parisien n’était pas foncièrement bien vu de tous. Autant éviter un éclat.

C’est donc sans savoir que l’une des personnes à laquelle elle destinait une de ses véritables balles se trouvait assise presque en face d’elle qu’Elsa laissa le silence s’installer. Juste un instant, le temps que le serveur ne s’approche d’eux pour prendre leur commande. Elle demanda le même café noir que d’ordinaire, se prenant à espérer que, pour une fois, on ne lui servirait pas un ersatz de quelque chose pouvant vaguement y ressembler. Il n’y avait pas que chez les humains que la guerre faisait des victimes, le breuvage favoris de bon nombre de français était également bien malmené. Du moins, c’est ce que l’on pouvait penser… non sans une certaine dose de cynisme à bien y réfléchir. Enfin, au regard de la situation, le cynisme, un peu plus ou un peu moins… Oui, l’ironie n’était pas ce qu’il manquait ce jour-là mais les principaux intéressés eux-mêmes ne semblait pas l’avoir remarqué. Pas plus que le garçon qui, les trois commandes notées, tourna les talons sans savoir qu’il laissait derrière lui un trio au cocktail pour le moins explosif – sans mauvais jeu de mot – malgré le silence un brin électrique qui s’y installa de nouveau. Tendu. Oui, sans doute était-ce le mot qui convenait le mieux à l’ambiance qui se mit à peser sur la petite table, sans que personne ne fasse d’abord quoi que ce soit, ne serait-ce que pour lancer un semblant de conversation. Reinhard et Caroline semblaient se trouver dans une impasse ; Caroline devait sûrement en vouloir profondément à Elsa de l’avoir mise dans cette situation ; Elsa n’y accordait pas la moindre importance, trop occupée à soupçonner Reinhard qui, de son côté, n’était certainement pas en reste dans ce domaine non plus. Tendu, le silence.

Et aucun mot de plus n’avait été prononcé quand le serveur revint, plateau en main. Il offrit un sourire de circonstance en même temps que sa tasse à la froide clandestine qui ne lui retourna rien d‘autre qu’un regard indifférent avant de s’attarder un instant sur le breuvage sombre qui tournait dans la coupe de porcelaine. Dans sa tête, idées et suppositions s’entremêlaient, teintées de doutes et de questions qui ne trouvaient pas de réponses. Et derrière ses traits impavides, tout en elle était tendu vers le dossier qui l’avait poussée à se mettre dans une telle situation. Situation dont elle ignorait tous les tenants et aboutissants, d’ailleurs, tout en étant certaine d’avoir les choses en main – du moins, en partie. Ô, sarcastique illusion. Mais qui aurait pu deviner en le voyant ainsi tous les trois que, d’Elsa ou de Fehmer, il aurait suffit d’une initiative légèrement audacieuse pour mettre fin la traque que se vouaient sans le savoir une résistante et un SS ? Qui aurait pu se douter un seul instant, surtout, de ce qu’une telle action aurait évité ? Personne. Et pourtant, pour se passer de l’avenir houleux qui pointait, se laisser aller à de simples soupçons en aurait plus que valu la peine. Mais on ne le sait que trop bien, les choses ne se passent jamais comme elle l’auraient du, aussi chacun resta-t-il plongé dans ses propres doutes, jusqu’à ce qu’enfin, Caroline ne se décide à briser le silence.
« C'est quand même une grande coïncidence que de se trouver au même endroit au même moment, Paris est si grand... On croirait presque qu'il y a une force extérieure qui nous manipule. »

De sa tasse dont elle n’avait pas encore bu la moindre gorgée, les prunelles glacées d’Elsa se posèrent sur son amie – qui ignorait pas, elle, ou pas complètement, à quel point ses paroles étaient justes – et la dévisagèrent un instant. Il y avait dans son ton quelque chose de trop désinvolte pour être totalement naturel ou honnête. On aurait sans mal pu voir là un simple envie de lancer une conversation pour dissiper la lourde ambiance qui s’était installée, Caroline étant la seul à les connaitre tous deux, mais les mots venaient trop tardivement pour n’avoir aucun autre dessein. Pourquoi n’aurait-elle pas parlé plus tôt si ce n’était que pour dire ça ? Toutefois, la jeune femme n’eut pas le temps de se pencher plus avant sur la question. D’un geste maladroit – croyait-elle – la danseuse saisi son sac et heurta légèrement ce dernier à sa tasse de thé. Elsa, qui avait de nouveau détourné les yeux vers son café, tourna vivement la tête. D’abord vers son amie, puis rapidement, son regard tomba sur le liquide brun qui s’écoulait maintenant sur la table… ainsi que sur la pochette qui occupait tant ses pensées. Immédiatement, toute son attention s’y concentra. Le fin carton, imbibé de liquide, ne tarda pas à laisser se découvrir le premier document qu’il recouvrait – document dont les prunelles perçantes de la jeune femme ne perdirent pas un aspect. Un feuille. Une simple feuille sur laquelle, malgré le breuvage brûlant dont elle était recouverte, se devinaient aisément les lignes écrites à la main… en allemand. De l’allemand, oui, elle en était certaine. Sauf que, au milieu de ces lettres dont les assemblages n’avaient aucun sens à ses yeux, la jeune femme devina un mot. Un seul, revenant plusieurs fois. « Ice ».

Tandis que son amie s’excusait, la rousse leva les yeux. Ce faisant, son regard glacial croisa celui de Reinhard, dont elle ne se détourna pas. Ses prunelles restèrent ainsi plantées dans les siennes une longue seconde, aussi dures que froidement impassibles. L’espace de cet infime instant, elle le jaugea, le défia même, au fond, cherchant le moindre indice pouvant mettre fin à ses doutes redoublés. Ice. Que faisait ce mot au milieu de ces lignes allemandes. Etait-ce une simple coïncidence, une de plus, que le nom sous lequel elle était connue dans cette guerre souterraine ne se retrouve là, dans ce dossier ? Quel était le terme allemand pour dire glace ? Elsa n’en avait strictement aucune idée, peut-être le disaient-il ainsi. Dans le cas contraire, était-ce vraiment elle l’objet des notes prises sur cette feuille imbibée de thé et rapidement devenue illisible par endroits. Mais toujours elle pourrait le deviner, ce mot. Au même moment que Reinhard, elle détourna finalement les yeux pour les poser sur Caroline, perçants. Son geste maladroit n’aurait pu mieux tomber. A tel point que l’on pouvait se demander s’il avait été aussi fortuit qu’elle voulait bien le laisser croire. Mais la question se poserait plus tard. Elsa allait ouvrir la bouche, quand un des garçons de café, ayant aperçut l’accident, se précipita vers eux, torchon blanc à la main, visiblement dans le but de limiter les dégâts, un brin trop tard – oui, trop tard, mais à quel point, personne ne semblait en avoir conscience.
« Oh, petit accident. Je vais arranger ça. J’espère que personne ne s’est brûlé ! lança-t-il d’une voix avenante avant de poser sa serviette sur la flaque de thé. »
La jeune résistante porta tranquillement sa propre tasse à ses lèvres, songeant que si personne ne s’était encore brûlé, cela ne tarderait plus si les choses continuaient dans ce sens. Tout en remarquant qu’elle avait pour une fois du vrai café dans sa tasse, elle observa le serveur se démener un instant avec la nappe, puis passer à la flaque qui recouvrait le dossier, commençant par vouloir se saisir de ce dernier.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
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MessageSujet: Re: Jeux de dupes.   Mar 20 Juil - 12:40

La jeune rousse que Caroline me présenta en temps qu’Elsa Auray semblait être une demoiselle relativement spéciale. Je lui aurais porté plus d’attentions si je n’avais pas été omnubilé par le fait de retrouver ma danseuse dans de telles circonstances. Elsa était assez inexpressive, elle semblait… amorphe, vide, ou alors portait-elle un lourd secret. Mais je m’emballais sûrement, sans doute était-elle juste timide. Tout compte fait, à bien la regarder : non, il y avait autre chose. Mais je n’y prêtais pas grande attention. Les paroles de Caroline avaient été bien trop catégoriques et claires pour cela.

« Il est vrai qu’apprendre qu’une personne en qui on avait une confiance aveugle n’existe pas est assez difficile à assimiler. »

Paf. Dans les dents, Reinhard. Elle avait raison, seulement il aurait alors fallu qu’elle comprenne que je n’aurais pas eu le privilège de sa compagnie si je lui avais tout avoué tout de suite. Et je ne l’aurais pas fait, d’ailleurs, c’était un secret que j’étais sensé garder et pourtant elle était au courant, alors qu’elle n’était pas plus qu’une simple civile parisienne. Si seulement je savais ce que j’allais pourtant apprendre, très bientôt. Ainsi donc elle avait une confiance aveugle en moi, j’étais navré d’avoir failli à ce point d’honneur. Mais le mal était fait, de toute façon, il n’y avait plus de retour en arrière possible. Je ne répliquais pas, et il n’y avait rien à redire, de toute manière, elle avait entièrement raison et je voulais bien plaider coupable sur ce point. C’était de ma faute, je lui avais caché une immense vérité dès le départ alors que j’avais conscience de ce qu’elle ressentait à l’égard des officiers et militaires allemands.. J’espère seulement qu’elle me pardonnerait un jour, je n’étais pas prêt pour renoncer à elle.

Elsa nous laissa un instant seuls, tous les deux. L’occasion de m’excuser et de dire ce que j’avais à dire. J’avais posé ma main sur la sienne, vidant mon sac. Bien sûr, j’omettais volontairement le fait que mes journées sans voir son sourire étaient moins belles, plus ternies, mais l’heure n’était pas au romantisme, ça suffit ! Mais ce n’était pas des excuses que la jeune femme attendait. Comme elle le disait si bien, j’étais ce que j’étais. Par contre, la suite était déjà plus embêtante, froissant

« Et si je l’avais su avant, sans doute rien ne se serait passé, et nous n’aurions pas cette conversation, mais il est trop tard pour revenir en arrière, n’est-ce pas ? »

Ainsi donc, elle regrettait ? Là était toute l’ironie du sort, parce que je ne regrettais pas un seul de tous les moments que nous avions passé ensemble. Cette pseudo amitié que nous avions entretenue pendant si longtemps, et pendant tout ce temps je n’avais fait que de me mentir à moi-même, appréciant sa compagnie. J’ignorais là encore cette phrase, trop tranchante pour que je ne daigne y répondre, me contentant simplement de lui avouer qu’elle me manquait. Et Dieu savait à quel point j’étais sincère en lui en touchant mot. Elsa choisit ce moment précis pour revenir parmi nous, je retirais donc rapidement ma main, croisant le regard de Caroline. Nous commandâmes tous trois notre boisson, et j’oubliais quelque peu cette pochette que j’avais soigneusement placée dans un coin stratégique de la table et qui allait être la malheureuse victime d’un attentat à l’inondation. Caroline brisa le silence qui commençait à s’installer petit à petit.

« C’est quand même une grande coïncidence que de se trouver au même endroit au même moment, Paris est si grand… On croirait presque qu’il y a une force extérieure qui nous manipule. »

Si je savais alors à quel point l’ironie se plaçait dans la situation, me retrouver attablé avec deux résistantes, je crois que j’aurais ri instantanément du ridicule de la scène. Me voilà donc en bonne posture.. Je répondis d’un air évasif, laissant le serveur nous porter commande.

« Ce n’est rien de le dire… »

Je ne me rendais pas compte alors de combien j’étais ironique dans mes paroles, et ce sans même m’en apercevoir. C’est alors que la tasse de Caroline glissa sur la table, et le thé se propagea amplement sur toute la surface du bois, inondant mon dossier. Scheisse! Il ne manquait plus que ça. Mon regard désabusé se posa sur la danseuse, et je me levais pour éviter de m’en mettre dessus à mon tour. La jeune femme s’excusa bien, mais c’était trop tard, les yeux d’Elsa étaient rivés sur les quelques mots griffonnés en allemand qui dépassaient de mon dossier. J’ignorais si elle pouvait ou non lire et comprendre l’allemand, et j’espérais bien que non, quel vilain vice que la curiosité, parfois ! Mon regard croisa la froideur de celui d’Elsa durant l’espace d’une seconde, avant que je ne me concentre sur le dossier. J’essayais d’en sauver ce que je pouvais, je me voyais déjà suspendre tous les articles sur un fil à linge pour essayer de retirer les conclusions que j’en avais faites après de longues heures, assis sur une table, face au silence. Les lèvres pincées, je regardais un serveur venir éponger le tout, un peu trop tard, peut-être. J’avais saisi le dossier avant que le serveur ne puisse s’en emparer pour le sécher, et par le fait découvrir toutes les informations dont il regorgeait. J’allais me faire taper sur les doigts par mes supérieurs, mais fort heureusement j’avais une mémoire vive et fraîche, je pourrais retirer les mêmes conclusions, dans un délais peut-être plus bref. Certainement pas avant une heure, en tout cas, mais j’obtiendrai certainement un délai. Cet « Ice » n’allait pas s’en tirer ainsi !

Fin


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