❝v o s . p a p i e r s❞ ■ religion: Aucune car traumatisé des dimanche matin à la messe ! ■ situation amoureuse: Dans une relation passionnelle et fusionnelle avec mon chien ■ avis à la population:
« OH… MON…DIEU !!!! DITES MOI QUE C’EST UN CAUCHEMAR !! » Allongé dans mon lit sur le ventre, j’avais du mal à saisir ce qui était en train de se produire. Tout ce que je savais, étais que ces cris m’avaient donné un mal de crâne intense. Trop pour que je ne m’inquiète pas de mon état. Bien que j’avais encore les paupières mi-closes, les rayons du soleil qui venaient de brutalement envahir ma chambre commencèrent à m’éblouirent.
« JESUS MARIE JOSEPH, PARDONNEZ-LUI SES PECHES ET LAISSER MOI ME REMETTRE DE CETTE VISION SATANIQUE !! »
Je fronçai les sourcils, parvenant enfin à ouvrir les yeux, je tournai la tête pour découvrir l’expression choquée et horrifié de ma grand-mère, qui était présentement en train de faire un signe de croix et de lever les yeux au ciel. Josette, ma grand-mère maternelle, française d’origine, était une catholique des plus pratiquante. La vision qu’elle devait avoir, avait sans doute dû bouleverser tout ses principes religieux, elle qui prônait sagesse et chasteté. J’étais sans doute encore beaucoup trop endormi pour réagir à ce qui se passait. La vieille dame finit par quitter la pièce, jurant contre moi, et c’est à ce moment là que je me relevai légèrement ce qui me permit de me rendre compte de la gravité de la situation. Deux superbe femmes étaient présentement allongé à côté de moi, et vu les cris de grand-mère, elles ne devaient sans doute pas porter de col roulé. Et on n’avait sans doute pas dû faire du tricot la veille… Je soupirais. A vrai dire j’en savais rien. Ma mémoire semblait être quelque peu altérée. J’avais peut être trop bu, pour échapper à l’ennuie de cette soirée mondaine à laquelle je m’étais rendu. A vrai dire, que je m’en rappelle ou pas de changerait rien du tout, cette situation c’était déjà bien trop de fois produites.
« Mesdemoiselles, vous pouvez disposez s’il vous plait. » Dis-je poliment, afin d’éviter cependant que ma grand-mère ne fasse une crise cardiaque. Mieux valait éloigner le mal. Bien que celui-ci semblait déjà avoir été fait. Josette venait régulièrement chez moi afin de faire un peu de ménage, ou tout simplement pour venir me faire des sermons. Bref, aujourd’hui semblait cependant être un très mauvais timing. A peine avais-je pris la parole, que les deux filles se rhabillèrent sous mes yeux encore endormis et filèrent rapidement. Il faut dire que le ton que ma grand-mère avait adopté avait du les impressionné. Cette femme était très autoritaire, un peu folle sur les bords, si bien qu’elle avait tendance à faire peur au gens. Même moi par moment. Même si j’avais l’habitude de ses réactions bien souvent excessive. Après tout j’étais adulte, je pouvais contribuer seul à mes besoins et n’étais plus au crochet de ma mère, je pouvais bien faire tout ce que je voulais non ? Pas à ses yeux sans doute, elle qui était tant attaché à sa morale.
Je l’entendais toujours crier à l’extérieur de la pièce, répétant mainte et mainte fois les mêmes choses du genre « C’est honteux ! » « Il faut faire quelque chose ! » Parti comme c’était, j’allais surement en avoir pour la matinée. Je soupirais une nouvelle fois, appréhendant déjà le quart d’heure qui allait s’en suivre, où j’allais devoir supporter ses reproches et ses leçons de morales. Et parce que mamie était trop têtue et acharné, je savais que quoi que je fasse, j’aurais du mal à la faire s’arrêter et à faire en sorte qu’elle parte. Je crois bien, non même plutôt je suis sur, que Josette est la seule personne dans ce monde à qui je n’arrive pas à m’opposer. Quand elle s’énervait, c’était tellement intense que ça me faisait presque peur.
« PIOTR ! ICI !! TOUT DE SUITE !! »
Je sursautai lorsque je l’entendis crier devant ma chambre. J’avais l’impression d’avoir à faire à une tornade, une furie, qu’il était impossible de calmer. Je me levai de mon lit, et enfila rapidement un caleçon, doutant fortement que ma nudité ne contribuerait qu’à faire empirer l’ouragan qui venait de débarquer chez moi. J’attrapai également mes cigarettes au passage et me rendit d’un pas hésitant dans l’immense séjour. Josette avait fait exprès sans doute de laisser la porte entrouverte, car elle se ferait un malin plaisir d’ameuter tout le quartier pour aller raconter mes exploit sexuels afin que je finisse par me sentir coupable. Je la connaissais par cœur. Mais je m’en fichais de ce que les gens pensaient de toute façon. De ce côté-là, ma réputation de Don Juan était déjà faite depuis des années.
Lorsque je sortis, Josette me lança un regard noir. Elle avait beau être très petite et pas très costaude, elle me faisait quand même peur quand elle me regardait de la sorte. Si bien que lorsqu’elle me fit signe de m’installer sur le canapé, je m’exécutai immédiatement n’osant pas protester.
« PIOTR ! Il faut vraiment que tout cela cesse ! Ton comportement me fait honte ! Quand cesseras-tu de jouer avec les filles ? C’est honteux ! HONTEUX ! HONTEUX ! »
Me dit-elle. Et ce n’était que le début sans doute. J’aurais bien aimé lui expliquer que je n’y pouvais rien, que les deux filles qu’elle avait vu ce matin était venue à moi sans que je n’ait rien demandé, mais à mon avis elle ne me croirait pas. Bien que c’était vrai. Hier soir, j’avais sans doute dû être trop bourré pour tenter de séduire qui que ce soit. Et puis c’était tellement facile et toujours pareil que je ne me donnais plus cette peine.
« NON MAIS DEUX FEMMES ? Et où est passé celle de l’autre fois ? C’est quoi cette attitude ? Tu ira en enfer si tu continue comme ça ! Il faut que tu te ressaisisses !! Ce comportement olé olé a assez duré !!! Je comprends que tu a certain besoins… d’homme… et que tu… »
« Mamie, s’il te plait ne commence pas avec ça. »L’interrompis-je, n’ayant absolument pas envie d’entendre la fin de sa phrase. Avoir cette conversation avec elle ? Trop gênant !
« Laisse-moi parler !!! » Me dit-elle d’un ton sévère. « [color=salmon]Je disais donc que je comprend que tu a certain besoin… » Ajouta-t-elle d’un ton soudainement beaucoup plus doux, que ça cachait sans doute quelque chose. « Mais il faut vraiment que cela cesse ! Que tu te trouve une femme ! Et UNE seule ! Sois sérieux un peu ! Tu n’es plus un enfant ! En plus tu es l’ainé, tu devrait donner l’exemple ! Et arrêter d’avoir cette attitude miséricordieuse ! »
Je soupirais. Ce discours, je l’avais déjà entendu des millions de fois. Le rêve le plus cher de Josette? Que je me marie ! Et qu’elle soit arrière grand-mère ! Moi qui détestais les gosses, elle pouvait attendre.
« Et puis tu sais… La nièce du curé est une fille très respectable et charmante. Je sais qu’elle t’aime bien en plus. Tu devrais l’inviter au restaurant. Et si tu ne le fait pas, je le ferais à ta place ! »
Je soupirais encore. Visiblement on avait pas du tout la même vision du mot charmante, puisque la fille en question était… Bref, loin d’être à mon gout. Et encore, si elle savait parler ça serait sympa, mais une des rare fois où je l’avais vu, elle n’avait pas su en placer une, et avait faillit s’étouffer lorsque j’avais allumé une cigarette devant elle. Soit disant parce qu’elle était « allergique ». Bref, si je ne voulais pas avoir sa mort sur la conscience, il ne fallait plus jamais que je la revois. Enfin, c’était l’excuse que je sortirais à Josette si besoin. Cette pensée, me fit rendre compte mon manque de nicotine. J’allumai une clope, alors que Josette était toujours en train de parler –crier – en tournoyant et marchant dans la pièce, pendant que moi j’étais toujours installé sur le canapé, sauf que je ne l’écoutais plus. Trop absorbé par la douceur de cette fumée. La vieille était en train de parler dans le vent. Et je la laissais faire.
« SORS MOI CETTE SALETÉ DE TA BOUCHE OU JE MET LE FEU ! » Dit-elle brusquement, sur un ton encore plus fort que précédemment, si bien qu’elle me fit sursauter une nouvelle fois. Elle était bien trop tarée pour que je ne prenne pas ses paroles aux sérieux, je savais qu’elle en serait capable, si bien que j’éteignis – vraiment à contrecœur – la cigarette tout en soupirant. Alors que Josette continuait ses sermons, répétant encore la même chose que précédemment. J’essayais de penser à autre chose, n’ayant pas envie d’écouter encore son discours. Si bien que je n’entendait que quelque mot par ci par là –toujours les même – « honteux » « révoltant » « abominable » « ces deux pauvres jeunes femme » « mariage » « enfant » « responsable » « montrer les exemple… » Et ça n’en finissait pas… Elle répétait encore et encore la même chose, ne cessant d’évoquer ce qu’elle avait vu à mon réveil, en disant qu’elle ne s’en remettrait pas. Et moi j’étais ailleurs. Divaguant. Sauf que le bruit de la sonnette de ma porte d’entrée, me ramena à la réalité. J’espérais profiter de cette visite – qui que ce soit – pour que la vieille me laisse en paix. Visiblement, le bruit elle ne l’avait pas dérangé puisqu’elle continuait ses sermons, qu’elle répétait en boucle sans se soucier de ce qu’il y avait autour.
« ENTREZ ! » Dis-je suffisamment fort, afin que ma voix ne soit pas couverte par celle de Josette. Et puis de toute façon, la porte étant entrouverte la personne avait sans doute du bien m’entendre. Je sursautai une fois de plus – décidément cette journée s’annonçait mouvementée – lorsque je vis qui était venu me rendre visite. Ma surprise était telle que je ne bougeai pas de mon siège pendant un moment. Là aussi c’était un très mauvais timing… Moi qui croyais que Ksénia m’avait oublié depuis le jour de notre rencontre, j’avais cessé d’attendre qu’elle vienne me voir. Oui c’était assez surprenant mais je l’avais attendue… Ne cessant de repenser à cette fille si différente des autres, qui m’avait déjà fait écrire tout un livre sur son personnage. Visiblement, mon air ahurie avait du interpeller grand mère, qui avait enfin finit par la fermer. Et se tourna vers la demoiselle blonde située à l’entrebâillement de la porte.
« Piotr, qui est-ce ? Oh non, seigneur ! Ne me dite pas que… Oh je suis désolée mademoiselle ! » Dit-elle en s’approchant d’elle. « Mon petit-fils n’est qu’un idiot !!! Je suis navrée que vous ayez entendue cela ! »
Je tressaillis à l’entente de ces paroles. A coup sur, Ksénia avait du malheureusement entendre mes exploit pas très fameux. Je devinais facilement qu’il n’y avait rien de plus pour la faire fuir. Zut !
« Piotr je ne savais pas que tu avais une compagne. Mais c’est d’autant plus honteux !!! Oh mademoiselle, pardonnez-le, il est fou ! Il est en pleine crise de démence ! Il ne sait plus ce qu’il fait ! Il perd la tête ! »
Je soupirais. C’était plutôt elle qui perdait la tête là carrément ! Josette semblait être sur le point de s’arracher les cheveux, pensant que la visiteuse devait être ma petite amie, et que je venais de la tromper la veille, gâchant encore une fois une de mes relations. Sauf que ce n’était absolument pas ça. Je finis par me lever, essayant d’adopter un ton ferme en prenant la parole.
« Grand-mère, tais-toi ce n’est absolument pas ça ! Ksénia..hum..Je suis désolé que tu… »
« Non mais Piotr ne me parle pas sur ce ton, et je t’en pris habille toi !!! »
Me cria Josette, en me balançant une chemise qui se trouvait à sa portée à la figure. Que j’enfilais immédiatement, parce qu’en plus de ce que la vieille racontait, je devais avoir l’air tout sauf convenable. Mais bon, qui aurait prévu qu’une telle situation arriverai ? Je crois qu’il n’y avait rien de plus… Loufoque ? Embarrassant ? Gênant ? Les mots ne manquaient pas. Pourtant, j’essayais de conserver mon assurance habituelle, et je l’entraina fermement Josette vers la porte. Elle avait déjà suffisamment fait des siennes pour aujourd’hui.
« Grand-mère va-t-en ! Et non Ksénia ..Reviens!! » Dis-je en constatant que quand je m’étais approcher jusqu’au pallier, « la bohémienne » tentait de s’enfuir. Bien qu’il y avait probablement de quoi l’avoir effrayée, entre les cris de la vieille qui bougeait dans tout les sens, la discréditation que je venais d’avoir, ma tenue et j’en passe. Je n’avais cependant pas envie qu’elle parte aussi vite qu’elle était venue. Pas après avoir autant espéré la voir.
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« La guerre, on ne la fait pas : c'est elle qui nous fait. ».
Dernière édition par Piotr Volkov le Mar 3 Aoû - 22:50, édité 1 fois
Il s’était écoulé exactement trois semaines et quatre jours depuis le jour où mon rêve s’était concrétisé et retrouvé sous mes yeux, dans la rue commerçante du quartier nord. Bien que j’aie son adresse inscrite sur sa carte qu’il m’avait donnée, je ne m’étais décidée à demander à Paul, le seul connaissant mon illettrisme, de me lire l’adresse afin de m’y rendre. Je savais pourtant qu’il aurait accepté, toujours prêt à me venir en aide, de quelconques façons que ce soit. Mon rêve continuait d’émerveiller mon sommeil bien que le mystère y fut moins présent. Piotr était plutôt comme mon sauveur maintenant, mais je ne voulais pas qu’il en soit de même en vérité. Je ne souhaitais pas l’attendrir par pitié, encore moins par besoin d’aider, ce que j’avais remarqué comme étant un moyen pour lui de ne pas se culpabiliser d’être si riche alors que des gens comme moi n’avait rien. Chaque jour, je m’étais remémorée notre conversation, son air à la fois détaché et démuni qui m’avait interpelée. Je me souvins aussi de son rire, qui, soudain était devenu aussi chantant que le rire chantant que j’entendais dans mon rêve. Ainsi, j’avais eu l’impression que ma compagnie lui plaisait. Le regard qu’il portait sur moi m’était nouveau et je devais reconnaître qu’il m’avait plu, son regard. Je dus même reconnaître que cela me manquait… Mais, je n’osais pas arriver chez lui, à l’improviste. J’avais même cette peur grandissante qu’il m’ait déjà oubliée. Me concernant, je me rappelais de tout dans les moindres détails. Son visage, si parfait, qui cachait pourtant des souffrances dissimulées par son air négligé. Sa cigarette lui donnait un côté garçon rebelle qui, je devais l’avouer, me plaisait, tant cela était l’opposé à la classe sociale à laquelle il appartenait. Je vagabondais ainsi, pendant ces trois semaines et quatre jours entre le pont, où je le voyais dans mon rêve, et cette rue, où nos chemins s’étaient croisés. Cependant, je ne le revis jamais. J’étais alors tiraillé entre cette peur qu’il m’ait oublié, cette retenue qui m’empêchait d’aller frapper à sa porte, et avec cette envie de le revoir, d’entendre à nouveau sa voix, d’admirer encore son visage. Il m’intriguait et je voulais savoir, par-dessus tout, pourquoi mon esprit avait rêvé de lui tout ce temps, bien avant que je ne le rencontre la première fois. Je savais qu’il me suffisait de me rendre à son adresse qu’il m’avait, en plus, donnée sans que je ne lui demande. Cela montrait-il quelconque intérêt pour moi ? Mais lequel ? Je ne savais pas vraiment quoi penser de lui. Je ne pouvais pas imaginer ce que j’espérais. Je ne pouvais pas croire que l’on pourrait trouver un centre d’intérêt commun qui nous rapprocherait et qui nous permettrait de nous connaître mieux. Ces proches verraient notre rapprochement d’un mauvais œil, de toute évidence, à cause d’où j’arrivais. Quoi qu’il en soit, en me réveillant en pleine nuit, après avoir rêvé de Piotr pour la énième fois, je m’étais décidée. Quand le soleil se serait entièrement levé, j’irai à son adresse. Celle où j’étais sûre de l’y trouver. Ce fut la raison pour laquelle, malgré le couvre-feu, je partis en pleine nuit rejoindre Paul. Je savais que je l’y trouverais endormi dans sa cabane. Tant pis, ça valait le coup de le réveiller. La peur d’être surprise par une patrouille allemande s’était envolée tant j’étais excitée et nerveuse à la fois de revoir mon beau russe.
Quand j’arrivai aux abords de la mare, je suivis le reflet de la lune dans l’eau qui me permit d’arriver jusqu’aux pieds de l’échelle de la magnifique cabane de Paul. Les souvenirs revinrent. Je me rappelai de la fois où je lui avais avoué ne pas savoir lire. La fois où nous avions passé la nuit à se raconter des histoires drôles, et avions passé la journée à moitié endormis pendant que sa mère lui avait confié un travail ; tels des gamins nous avions continué nos bêtises. La fois où je l’avais rencontré, ici même et que je m’étais effondrée dans ses bras alors que je ne le connaissais qu’à peine. Cette même fois où j’avais fait l’amour avec un homme qui ne désirait pas que du sexe mais aussi de la tendresse. Ce souvenir m’arracha cependant une grimace. Ce ne fut qu’après que nous nous étions rendus compte que ce n’était pas le coup de foudre que nous avions connu cette nuit là, mais plutôt un besoin réciproque l’un de l’autre. Personne n’avait su ce qu’il s’était passé dans cette cabane et nous tenions à ce que ce secret reste intact, par honte ou plutôt par honte de notre bêtise humaine. Je montai les marches et je posais un pied sur le bois de la cabane. Paul était bien là, endormi dans son lit qu’il avait lui-même fabriqué aussi. Je m’approchai de lui, serrant fort dans ma main la carte de Piotr où était inscrit où le retrouver. Arrivée à hauteur de Paul, je souris. Il était semblable à un bébé et quand je le réveillai doucement, il me regarda des yeux ronds et crut que quelque chose m’était arrivée tant sa panique le sortit aussitôt du sommeil. « Tout va bien, ne t’inquiètes pas » l’avais-je rassurée en riant. « C’est juste que… j’étais trop impatiente, je ne pouvais pas attendre d’être certaine que tu sois réveillé… et puis tu étais le seul à qui je pouvais demander ça. Voilà… » Je lui tendis la carte, il la prit, et me regarda d’un air toujours étonné. « C’est quoi l’adresse, s’il te plaît ? C’est loin à pieds d’ici ? C’est quel genre d’habitations là bas ? Oh pardon… lis moi juste l’adresse, je me débrouillerai » me repris-je alors que ma curiosité avait pris le dessus. Cependant, ma gaité redescendit vite lorsque Paul changea littéralement d’expression. Il passa de la surprise à l’angoisse, de l’angoisse à l’énervement, de l’énervement à l’anxiété.
« 68, avenue Bourbon, quartier des Marais. Non d’un chien ! Mais… c’est hyper cher là bas ! » Il retourna aussitôt la carte pour voir qui habitait à cette adresse. « Tu comptes aller chez le journaliste le plus réputé de tout Paris ? Mais pourquoi ? Tu le connais depuis quand ? Tu ne connais pas sa réputation ou quoi ? Il veut juste passer du bon temps avec toi ! Quelle honte, donner sa carte à la première venue, sachant comme il est, il n’a pas pu rester indifférent à tes… enfin ton… corps. N’y vas pas ! Je t'interdis d'aller chez lui! Compris ? n’y va pas ! Ce sera comme au bordel ! Sauf qu’il n’y aura pas d’autres prostitués et qu’il ne te paiera pas. »
Je restai là, la bouche entrouverte. Je ne savais quelle expression apparaissait sur mon visage mais moi, je me sentie vidée de toutes réactions. Si je m’étais attendue à ça… jamais. Ainsi Paul pensait que Piotr voulait simplement abuser de moi et il n’avait pas cherché plus loin. De plus, qu’il évoque mon passé me rendit mal. Je pensais que Paul en avait fait abstraction, mais là, j’avais la certitude qu’il ne me regardait plus comme avant mais comme la prostitué qui se cherchait toute seule des ennuis. Il n’avait pas voulu savoir pour quelles raisons je souhaitais aller chez lui et resta de marbre face à mon engouement que j’éprouvais pour le journaliste. Je ne sus quoi répondre, aucun mot ne sortit. Je respirai un bon coup, toujours sous le choc. Je tendis la main, Paul me remit la carte.
« Je dois y aller Paul, vraiment. Tu comprendras. Ce n’est pas ce que tu crois, il n’est pas comme ça, pas avec moi. Je t’assure, aie confiance. » Face à son expression toujours renfermée, je compris que je ne pourrais l’adoucir. « Paul, ne m’oublie pas, ne t’en fais pas. Je vais revenir… plus tard. » Sachant délibérément que je ne parviendrais pas à le faire changer d’opinion, je lui désobéis. Rien ne nous avait opposé jusque là et pourtant, j’étais pour la première fois attirée par un autre que mon protecteur, celui que je pouvais même considérer comme mon grand frère. Ce fut la gorge serrée et les larmes aux yeux que je partis en courant, comme pour calmer ma rage. Je connaissais le quartier, il n’était pas très loin d’ici. Je courus, sans m’arrêter, sans me sentir fatiguée jusqu’à la bonne rue. Quand je me retrouvais devant le numéro 68, je me rendis compte que j’étais essoufflée. Aucune larme n’avait coulées sur mon visage tant je me sentais en colère, contre Paul. J’espérais que Piotr saurait trouver les mots pour me calmer et qu’encore une fois, celle que j’étais vraiment ressurgirait devant lui. C’était bizarre, nous nous étions vus qu’une seule fois, et pourtant, il me connaissait vraiment. Il savait qui j’étais vraiment alors que d’autres ne connaissait que la Ksénia que j’avais été forcée de devenir, à force de vivre au jour le jour dans la rue. Je reconnus, sur la boîte devant l’immeuble, les mêmes lettres inscrites sur la carte. J’en déduisais que ces mots là voulaient dire pour le premier « Piotr » mais le deuxième restait, son nom, restait inconnu à mon oreille. J’enregistrai le numéro de son appartement et je montais les marches. Quand je fus arrivée à quelques pas du palier, j’entendis à l’intérieur une voix d’une femme, plutôt âgée, en colère. Je collai mon oreille contre la porte et je pus entendre distinctement la conversation que je n’aurais jamais du entendre :
« … cesseras-tu de jouer avec les filles ? C’est honteux ! HONTEUX ! HONTEUX ! » J’ouvris des yeux ronds. Je repensais aux paroles de Paul et je déglutis. Rien que de penser à son prénom m’arrachait le cœur et ses paroles, si elles étaient finalement vraies ? S’il n’avait pas exagéré ? Si sa jalousie n’en était pas et qu’il manifestait réellement un dégoût pour Piotr ? « NON MAIS DEUX FEMMES ? Et où est passé celle de l’autre fois ? C’est quoi cette attitude ? Tu ira en enfer si tu continue comme ça ! Il faut que tu te ressaisisses !! Ce comportement olé olé a assez duré !!! Je comprends que tu a certain besoins… d’homme… et que tu… » continua t-elle. C’est alors que je reconnus le ténor magnifique de mon beau rêve, cependant, je le trouvais irrité et très agacé. « Mamie, s’il te plait ne commence pas avec ça. » « Laisse-moi parler !!! Je disais donc que je comprends que tu aies certains besoin… » Je fronçai les sourcils, et je cillai pour me convaincre que je n’avais pas envie de pleurer. « Mais il faut vraiment que cela cesse ! Que tu te trouve une femme ! Et UNE seule ! Sois sérieux un peu ! Tu n’es plus un enfant ! En plus tu es l’ainé, tu devrait donner l’exemple ! Et arrêter d’avoir cette attitude miséricordieuse ! » continua la vieille femme sur un ton de sermon. J’entendis un faible soupir. De Piotr, évidemment. « Et puis tu sais… La nièce du curé est une fille très respectable et charmante. Je sais qu’elle t’aime bien en plus. Tu devrais l’inviter au restaurant. Et si tu ne le fait pas, je le ferais à ta place ! » continua t-elle, toujours aussi décidée à changer Piotr, qui, je m’en doutais, devait arborer ce même air qu’il avait pris avec moi, au début. « SORS MOI CETTE SALETÉ DE TA BOUCHE OU JE MET LE FEU ! » Malgré les horreurs, ou plutôt, la vérité, que j’entendais, je ne pus m’empêcher d’avoir un faible sourire. Il avait du allumer une cigarette et c’était ainsi que je l’imaginais. Négligé et surtout las des règles que sa société lui imposait. Mais là, ç’allait bien plus loin que tout ce que j’aurais pu imaginer. Ainsi, il s’amusait avec les femmes. La rumeur de Paul était en fait vraie. Piotr ne pourrait me le nier. J’avais pourtant ressenti, malgré son air charmeur, qu’il avait vraiment ressenti quelque chose de nouveau envers moi… Visiblement, pour lui, les femmes n’étaient qu’un jeu. J’étais perdue dans mes réflexions mais je distinguais de temps à autre quelques mots dans la dispute de la mamie. Sa grand-mère ? Je n’imaginais personne d’autre oser dire de telles choses à un jeune homme comme lui.
Alors je décidais de montrer à Piotr que je savais tout, que j’avais compris qui il était. Lui montrer que j’avais décidé de venir le voir, mais que son image qu’il m’avait donnée était fausse. Je voulais aussi lui montrer que je n’étais pas comme toutes ces filles qui ne résistaient pas à son charme. Je n’y avais pas résisté. Mais, j’étais bien décidée à ne pas succomber à ses ébats qu’il collectionnait comme on collectionne des timbres pour un collectionneur… Sauf que lui, n’était pas passionné. Ça devait juste être un passe-temps, un besoin vital de montrer qu’il n’était pas impuissant. Finalement, je reconnus en lui ceux que j’avais l’habitude de côtoyer, avant, au bordel. Je ravalai une nouvelle fois mes larmes. Je n’allais pas pleurer. Pas maintenant, pas devant lui. D’abord Paul qui me décevait. Puis, Piotr. Décidemment, les deux seules personnes pour qui je continuais de m’accrocher à la vie m’avaient déçue, en une heure d’espace. Je m’aperçus alors que la porte était entrebâillée. J’aurais voir la scène, de mes propres yeux. Je voyais parfaitement Piotr, assis dans un canapé. Le salon était dans un désordre monstre. Il ne portait qu’un caleçon. Je ne voyais pas la vieille femme. Piotr semblait dépassé par les évènements. Je me dis alors qu’il paierait encore un peu plus cher si je me manifestai. Aussitôt, sans même réfléchir, je sonnais. Je vis l’air à la fois étonné et soulagé de Piotr. Je soufflai un bon coup pour me ressaisir et j’arborai un air de confiance totale en moi, alors qu’au fond, j’étais dépitée, plus que triste et le néant reprenait le dessus.
« ENTREZ ! » cria Piotr. Et j’obéis. Timidement, mais marquée d’une assurance qui était fausse, évidemment, j’entrai. Je ne fis qu’un pas sur le perron mais cela suffisait pour que la vieille dame, que je voyais désormais très bien puisse me voir. Piotr, quant à lui, sembla surpris, confus, honteux, heureux, tout ça à la fois. Etait-il réellement heureux de me voir ? Ou simplement ravi de ne plus avoir à supporter les braillements de la mamie ? Souhaitait-il vraiment abuser de moi comme l’avait dit Paul ? Pourtant, au fond de moi, je ne pouvais me convaincre de tout cela. J’avais vu en lui un bon fond et j’en étais certaine : si j’avais rêvé de lui, autant, depuis tout ce temps, ce n’était pas un hasard. Ce n’était encore pour souffrir, mais plutôt comme une aide, un appel au secours. Là, à cet instant précis, j’avais la certitude qu’il avait besoin de moi, comme moi de lui. C’était peut-être idiot mais je n’avais pas peur. Je n’avais peur qu’il m’inflige les mêmes douleurs que tous ces hommes que j’avais rencontrés dans mon passé, si jeune que j’aie été. Alors que j’avais baissé la tête jusque là, je levai les yeux, d’un coup, vers Piotr. Je le fixai, ne le lâchait pas des yeux. Je voulais qu’il ressente ma colère, mon dégoût que j’éprouvais en surface pour lui, bien que mes réels sentiments étaient tout autre. J’ignorais la mamie qui s’était remise à hurler. Je n’avais entendu que les mots « mademoiselle », « petit-fils » puis plus tard, « une compagne » , « il est fou ». Je clignai des yeux quand je compris totalement le sens de ses propos. Le malentendu était si gros que même Piotr ne sut comment réagir. Il soupira et finit par articuler :
« Grand-mère, tais-toi ce n’est absolument pas ça ! Ksénia..hum..Je suis désolé que tu… »
Je pensais alors que le malentendu allait se calmer mais la grand-mère de Piotr, donc, ne lui en laissa pas le temps. Elle ne voulait rien savoir tant elle était certaine des conclusions qu’elle avait elle-même si rapidement conclues.
« Non mais Piotr ne me parle pas sur ce ton, et je t’en pris habille toi !!! » lui avait-elle répondu en lui jetant une chemise qu’elle avait trouvé là, dans le salon. À cet instant précis, je ne sus pas vraiment ce que je faisais. Je sus juste que j’avais envie de me jeter sur Piotr et de le taper de mes faibles poings contre son torse. J’avais conscience que je risquais de ne pas lui faire mal, mais j’étais certaine que ce geste me défoulerait. J’avais aussi conscience que si je le faisais, je pleurerais toutes les larmes de mon corps. Je ne voulais pas lui montrer que j’avais été atteinte par la scène à laquelle je venais d’assister. Piotr s’était approché de moi et je pensais qu’il était dangereux que je me trouve si près de lui tant je bouillais de rage. Alors, je tournai les talons et dévalai les escaliers quatre à quatre. Je n’étais pas assez loin encore et je pus donc entendre Piotr crier « Grand-mère va-t-en ! Et non Ksénia ..Reviens!! » Je stoppai net. Quelque chose que j’avais perçu dans sa voix, un sentiment que je ne sus identifier m’empêchait de descendre plus les escaliers. Alors je fis demi-tour. Je ne pensais pas que Piotr était descendu car je n’avais pas entendu des pas dans les escaliers mais en cas, je restais prudente et je m’assis contre le mur, à quelques marches de la porte de chez lui. Je tremblais de tous mes bras, remuée par le chagrin, l’angoisse et surtout la colère. Je vis alors la silhouette de Piotr s’approcher de moi. La grand-mère de Piotr semblait un peu s’être calmée et passa devant moi, sans rien me dire et ne tarda pas à arriver en bas des escaliers. Le silence revint lorsque j’entendis la porte de l’immeuble claquer. Je ne savais pas ce qu’avait bien pu lui dire ou faire Piotr mais il avait réussi à la chasser et j’avais vite compris que ce n’était pas une mince affaire avec elle. Mais, quand je sentis Piotr se baisser pour être à ma hauteur, ça en fut trop. Je ne voulais plus partir, non. Je voulais m’assurer que tout ce que j’avais entendu par sa grand-mère et par Paul était vrai. Je souhaitais qu’il me dise le contraire, qu’il se justifie, qu’il me retienne. S’il faisait tout ça, j’aurais alors la certitude qu’il était bien différent des autres, oui, car jamais un homme ne s’était excusé et n’avait pris la peine de me retenir. Ils s’en fichaient. Seul mon corps comptait, et encore. J’étais pour eux une personne dénuée d’âme et de conscience. Pourtant la larme qui coula le long de ma joue à cet instant prouva le contraire. Je m’étais calmée et la peur de le perdre, lui, qui portant venait de briser mon rêve, avait vaincu la colère. Cependant, je ne pouvais m'empêcher que peut-être, j'avais perdu Paul à jamais et que Piotr allait me décevoir, vraiment Je l'avais tellement idéalisé aussi, c'était stupide, gamin et surtout entièrement de ma faute si je me retrouvais seule, encore Maintenant, je ne souhaitais qu’une chose. Que ceci ne soit qu’un cauchemar et que le rêve que je faisais tant de lui devienne réalité… Je tournais la tête vers lui, lentement, sans la soulever du mur. Je plongeai mon regard plein d’attente dans ses yeux qui, de suite, me rassurèrent, malgré toutes les paroles que j’avais entendues à son sujet. Mais mon Dieu, qui était-il, bon sang ? Qui était-il pour que mon désir et mon opinion ne soit modifiés par rien ? Comment se faisait-il que j’avais une si grande confiance en lui ? Pourquoi je sentais que son regard disait vrai et les paroles étaient fausses ? Pourquoi avais-je senti en lui une autre personne que celle qu’il souhaitait paraître ? Pourquoi, surtout, avais-je rêvé de lui, autant alors que je ne le connaissais pas ? J’eus un mouvement de tête de gauche à droite ce qui me fit perdre son regard. Toutes ces questions qui se bousculaient dans ma tête ne m’effrayaient plus, non. Je ne voulais pas vraiment de réponses pour certaines… Car je savais que sa présence suffirait à calmer mes interrogations. Je savais qu’il avait besoin de moi, comme moi de lui, je le sentais, aussi inexplicable que soit la situation. Mon cœur eut un raté quand je croisai à nouveau son regard. Depuis trois semaines et quatre jours, j’avais attendu cet instant.
❝v o s . p a p i e r s❞ ■ religion: Aucune car traumatisé des dimanche matin à la messe ! ■ situation amoureuse: Dans une relation passionnelle et fusionnelle avec mon chien ■ avis à la population:
Je crois bien qu’il n’y avait pas plus mauvaise situation que celle qui était en train de m’arriver. Déjà, n’importe quelle situation qui impliquait ma grand-mère ne pourrait pas être très bonne. Mais là… Je ne tenais pas particulièrement à ce que Ksénia m’aperçoive sous mon plus mauvais jour. Bien qu’il était réel, et faisait partie intégrante de ma personnalité, j’étais presque gêné qu’elle pense que je n’étais qu’un collectionneur de femme. Pire encore, qu’elle pense sans doute que c’était pour ça que j’avais voulu la revoir ? Que je lui avais simplement donner ma carte pour tirer mon coup un de ces jours ? Non pas que ça m’aurait déplut, mais ce n’était absolument pas mes intentions. Ksénia ne m’inspirait pas ce genre de choses. Sa bonté, sa gentillesse, était trop grande à mes yeux pour que je puisse agir n’importe comment avec elle. J’avoue, je faisais n’importe quoi, avec qui je veux, quand je veux, j’étais un sacré con, égocentrique en plus de ça, toujours prêt à râler, bref, pas vraiment une lumière. Pourtant, sa présence me donnait l’impression qu’elle m’apaisait, me rendait meilleur. C’était peut être stupide, idiot et même incompréhensible de penser pareille chose d’une inconnue, pourtant tel était l’effet qu’elle avait eu sur moi. Notre conversation échangée le jour de notre rencontre, m’avais fait réfléchir. Je m’étais dit que peut être certaine personne sur cette terre était réellement bonne, et gagnait à être connue, peut être que tout les gens n’étais pas si mauvais que ça. Comme elle par exemple. Son comportement, son allure, m’avais immédiatement fasciné. Intrigué. Et j’en passe. Tout ce qui se dégageait d’elle attisait ma curiosité, parce qu’elle était tellement différente. Différente des gens que je croisais habituellement. Différente de toute ces filles. Différentes de ces personnages que j’inventais tantôt dans mes écrits. J’aurais aimé pouvoir la revoir, pour ne serait-ce qu’en savoir un peu plus sur elle, satisfaire cette curiosité. D’où le fait que je lui avait fournit mon adresse. Pourtant, bien que j’eusse espéré la voir dans les jours qui suivent, elle ne vint jamais. Ni la semaine d’après et non plus celle d’après. Si bien que je n’espérait plus jamais la revoir. Mon imagination débordante, avait fait d’elle un ange dans mon livre. Forcément, les anges ne viennent pas tout les jours à vous sur terre, avait-je penser avec humour, d’où le fait que je m’étais dit que je la reverrais probablement jamais. Plus sérieusement, en écartant mes idées farfelues, j’avais finit par me dire qu’une fille comme elle, ne pourrait avoir envie de voir un garçon comme moi. Parce que les pauvres avait généralement un certains mépris pour nous, et refusait de se mélanger. Peut être qu’elle aussi finalement. Maintenant qu’elle avait eu son argent, elle n’avait finalement rien d’autre à attendre de moi et se fichait totalement de ma personne. Une telle indifférence m’agaçait, parce que je n’y était point habituée, cependant, j’avais finit par accepter cette idée. N’étant pas du genre à espéré plus, ou en attendre trop, ça m’allait très bien, de toute façon ça changerait quoi ? Rien. Et c’est ainsi que j’eut vaquer à mes activités de journalistes et mondaines, essayant tant bien que mal de ne pas sombrer dans l’ennui profond de mon existence qui se répétait de nouveau. Journal. Article. Bar. Mondanité. Soirées. Dormir. Manger. Femmes. Et rien d’autre. Tel un film qui se reproduisait perpétuellement. Toujours le même. Sans grand changement.
Alors pourquoi avait-elle décider de venir maintenant ? En tout cas ma stupeur devait très bien se témoigner. Non pas que je ne voulais plus la voir, mais c’était trop… inattendu. Et surtout, le mauvais moment. Si j’avais su que c’était elle, sans doute je ne lui aurais pas dit d’entrer avec un air plein d’entrain, histoire de profiter d’une visite pour éloigner la vieille. Je dévisageais la jeune femme en clignant des yeux alors qu’elle se mise à me fixer l’air en colère. Visiblement, elle avait dû entendre les propos de Josette, et ça lui avait déplut. J’étais mal à l’aise, ne voulant pas qu’elle pense que j’avais de mauvaises intentions avec elle. Mais après tout, je l’avais bien prévenu que je n’étais pas forcément quelqu’un de bien, pourtant s’était-elle alors attendu au contraire pour paraitre énervé à l’entente de cette histoire ? A vrai dire je n’en savais rien. Ni de pourquoi était-elle venue après trois semaines. Un besoin d’argent urgent peut-être ? J’avoue, je pensais au pire, mais il était dans ma nature de me méfier, même d’une des meilleures personnes que j’aie put rencontrer. En tout cas j’étais assez curieux des raisons qui l’avait amené ici. Etait-ce pour ça que je me mit à lui dire de revenir ? Sans doute. Même si en plus il y avait sans doute une partie de moi qui voulait la retenir, parce que j’étais content finalement qu’elle soit ici. Seulement arrivé sur le perron de ma porte, je la vit s’enfuir à sa venue et descendre rapidement les escaliers. Je soupirais, pensant qu’elle était déjà peut être partie. Je restait alors là, sans bouger, ni rien faire, en profitant pour boutonner les boutons de ma chemise. Josette me lança un regard noir. Finissant par prendre la parole à voix basse « Non mais qu’est-ce que tu attends ?!! Tu pourrais au moins essayer de la rattrapper !! » Elle profita de cet instant pour me donner un coup de sac, ce qui me fit déclencher un « Aie ! » Ce fut à mon tour de lui lancer un regard noir. « J’aimerais bien, mais ma grand-mère est toujours là, essayant encore de me foutre la honte. C’est pas en restant ici que tu vas m’aider à me racheter… » Dis-je . A vrai dire, j’avais très bien compris que la vieille avait cru que Ksénia était ma copine, et qu’elle était en très déçue que je l’avais soit disant trompée, car celle-ci avait sans doute dû pour elle représenter un potentiel mariage, et surtout, des potentiel morveux à garder –Josette avait une certaine capacité à se faire des idées rapidement. Je savais que si je voulais la dégager, il fallait alors que je la prenne par les sentiments. Je savais déjà qu’avec mes paroles, cela suffirait puisque cela supposerait que je voulais me rattrapper et que j’avais donc plus besoin d’elle pour ça, puiqu’elle m’avait déjà fait la morale. Bref, mes mot eurent l’effet attendue, puisque Josette s’en alla alors, n’osant pas plus s’opposer à moi lorsque je lui lançait mes regards irrités.
J’en profitai alors pour sortir à mon tour vers les escaliers, et constata avec surprise que Ksénia était installée sur les marches, la tête contre le mur. Je m’avançais d’un pas hésitant, poussant un soupir de soulagement lorsque la porte de l’immeuble claqua, ce qui voulait dire que mamie n’était plus là. Je me sentais soudain beaucoup mieux à l’aise, car sa présence m’oppressait. Je finis par m’avancer un peu plus, pour finir par finalement m’installer à côté de la jeune femme. Tout en la regardant, je restais silencieux un instant. Je me sentis soudainement très mal lorsque l’observateur que j’étais, remarqua une larme couler sur sa joue. Je ne voulais pas être la cause de sa tristesse. Je restai silencieux, essayant de trouver mes mots et de réfléchir. Le tact n’étant pas véritablement mon point fort. Consoler les gens encore moins puisque le gaffeur que j’étais empirait toujours la situation lorsqu’il essayait. Je la fixait du regard, tandis qu’elle détourna le sien du mien. Brusquement, je fut tenté d’essuyer cette larme qui avait coulé sur sa joue, m’approchant doucement. Mais je me reculai lorsqu’elle me regarda de nouveau. Ce n’était sans doute pas très approprié ce que j’avais voulut faire. Et ça n’arrangerait sans doute pas mon cas. Je fronçai les sourcils, réfléchissant de nouveau. Ne sachant que dire. D’autant plus que je n’avais aucune idée depuis combien de temps elle était là, et surtout ce qu’elle avait bien put entendre. Sans doute rien de très glorieux. Mais à vrai dire j’avais réussit à ne pas la faire partir complètement, et c’était déjà ça. Je crois. Et puis de toute façon, maintenant que j’étais à côté d’elle, si elle voulait se lever, je pourrais facilement l’en empêcher. Car j’était du genre têtu.
« Hum… Je t’avais dit que je n’étais pas quelqu’un de bien. » finis-je par dire avec un petit rire, qui était plus là pour détendre l’atmosphère qu’autre chose à vrai dire. J’étais pas très doué pour les explications à vrai dire, d’autant plus que je ne savais ce que ça pourrais représenter pour elle si je m’excusait ou pas. Bien que ce que je venais de dire, n’allait sans doute pas contribuer à lui faire penser le contraire de ce qu’elle avait entendu, mais bon je ne désirait pas spécialement faire semblant pour bien paraitre. Car après tout, ce que la vieille avait dit sur mon comportement était la vérité. Bien qu’elle ait fortement extrapoler, je ne pouvais nier que j’étais un séducteur qui passait souvent du bon temps avec les femmes, n’attendant rien d’autre d’elle. En revanche, je pouvais toujours essayer de lui expliquer qu’elle ne faisait pas partit du lot. « J’aurais sans doute préféré que tu n’assiste pas à cette scène. J’imagine que tu dois sans doute me prendre pour un crétin. Et que tu dois certainement penser que j’ai voulu que tu me rendes visite pour… » Je m’interrompis volontairement dans ma phrase. Voulant employer les bons mots, n’étant pas certain qu’un vocabulaire trop familier ferait l’affaire. « … J’ai voulu parce que je serais le genre d’homme qui voudrait profiter des jeunes femmes à la rue. Je m’interrompis une nouvelle fois. Appréhendant un peu sa réaction, car j’étais sans doute encore plus en train d’en rajouter une couche qu’autre chose. « J’aurais put y penser c’est vrai, et je l’avoue. » Je me stoppai de nouveau. Il y a des jours, où j’aurais préféré être moins franc. Mais bon je n’avait pas envie de lui mentir ou de faire semblant devant elle. « Pourtant ce n’est absolument pas ce qui m’ait venue à l’esprit lorsque je t’ai rencontrée. Crois le ou non, je te promets que c’est vrai. » Dit-je l’air sincère, et ce n’était pas très dur puisque c’était la vérité. Bien que les vrais raisons m’échappaient quelques peu, ou alors je refusais de les admettre facilement. Préférant être dans le déni, puisque ce que m’inspirait Ksénia était tellement inhabituel. Ce n’était pas mon genre d’admirer humainement autant quelqu’un. « D’ailleurs, je ne sais pas ce qui t’as finalement poussé à venir me voir, et quoi que ce soit, j’espère que tu ne vas pas repartir tout de suite. Dis-je avec un petit sourire. « Et puis si c’est ce que tu veux, tu risque de te faire harceler par ma grand-mère en retournant dehors. Et vu que je préfère t’éviter ça, tu peux toujours rentrer. Je laissa échapper un petit rire en évoquant mamie, algré ça je ne plaisantait pas. Je savais pertinamment qu’elle ne devait pas encore être partie et qu’elle poserait sans doute des tas de question à la jeune femme si elle était amenée à sortir. Après ces paroles, je finis par me lever, ne comptant pas spécialement rester ici. Songeant au fait que la grand-mère était peut être en bas en train d’écouter, et qu’elle avait fait exprès de claquer la porte pour que je puisse croire qu’elle n’était pas là. La curiosité, c’était de famille donc je savais qu’une telle option était tout à fait possible. Maintenant que j’étais debout, j’en profitais pour me placer devant elle, me baissant légèrement pour lui tendre ma main afin de l’aider à se relever. Peut-être n’avait-elle pas envie de la saisir et plus envie de me voir, mais en tout cas, j’aurais au moins tenté quelque chose.
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« La guerre, on ne la fait pas : c'est elle qui nous fait. ».
Assise dans l’escalier, le calme revenu, je ne pus m’empêcher de me qualifier d’idiote. D’une part, j’avais ignoré les remarques de Paul qui, finalement, n’étaient pas si mauvaises. Ensuite, j’étais partie, fâchée et en conflit avec celui qui me redonnait pourtant le sourire dans les moments difficiles, et Dieu sait combien j’en avais besoin, de Paul. J’étais partie chez Piotr, j’avais couru jusqu’à chez lui. J’avais été assez idiote pour croire qu’il aurait été là pour me consoler, me rassurer. Stupide réaction. Comme si un inconnu pouvait comprendre ce que je vivais. Inconnu. Voilà ce qu’il était et pourtant, au fond de moi, je ne le considérais pas comme tel. Je détestais mon rêve qui m’avait donné l’impression de le connaître vraiment. Satané rêve qui n’avait fait que me démolir maintenant que je l’avais vu, réellement. Rien ne se passait comme cela devait l’être. Toutes les nuits, il était là, avec moi, à me dire des mots doux qui me réconfortaient. J’étais dans ses bras et là était la seule chose qui comptait à mes yeux. De l’avoir rencontré, j’avais pensé qu’il en serait ainsi dans le futur. Maintenant que je savais qui il était vraiment, à savoir un pauvre type qui profitait des filles, je me détestais d’avoir été encore une fois si naïve et d’avoir cru à son bon fond. Mais pourtant, j’étais persuadée du contraire. Persuadée qu’il n’était pas celui que sa grand-mère prétendait être, ni même celui qu’il prétendait lui-même être. De l’espoir, encore ? Non, bien plus fort que cela. Une intuition, une certitude. Je n’avais jamais ressenti un sentiment de confiance comme celui-ci pour personne auparavant. Encore à cause de ce rêve ? Je n’en savais rien, et je m’en moquais. Pour la première fois de mon existence, j’étais sûre de moi sur un point : Piotr ne pouvait être celui qui venait de se dévoiler à moi. Je continuais indéniablement à croire qu’il était celui que j’avais fini par découvrir le jour de notre rencontre. J’avais bien conscience cependant que ces activités n’étaient pas angéliques mais je m’en moquais.
Mon passé non plus n’était pas très glorieux, même si, pour ma part, je ne l’avais pas souhaité. Mais lui, je ne savais rien de lui, si ce n’était qu’il était très riche, immigré et qu’il avait du vivre ce bouleversement très difficilement, à mon instar. S’il se cache derrière ses cigarettes, son air rebelle et les femmes, c’était qu’il se sentait mal, au fond. Bon, je lui trouvais certainement des excuses, mais je ne pouvais prétendre le croire lorsqu’il m’avait dit « je ne suis pas quelqu’un de bien » … Non, les gens « mauvais », bien que je continue à croire que personne n’était totalement « bon » ou « mauvais », ne pouvaient dire haut et fort qu’ils étaient ainsi. C’était pour cacher des faiblesses ? Un passé douloureux à supporter ? J’étais déterminée à comprendre ce qu’il n’allait pas chez Piotr. Son pessimisme n’était pas digne d’un homme de son âge, encore moins d’un riche de son âge. Ceux que j’aurais qualifiés de « normaux » auraient plutôt levé la tête haut en se vantant de leurs comptes bancaires et en roulant dans de magnifiques voitures accompagnés de très belles demoiselles de la même catégorie qu’eux. Pourquoi Piotr se renfermait-il sur lui et ne vit-il pas comme tous les jeunes de son âge ? Ou mieux… Pourquoi n’était-il pas marié et responsable d’une famille. Vingt-quatre ans était pourtant l’âge idéal pour un homme. Visiblement, sa grand-mère partageait mon point de vue sur la chose. Contrairement à elle, je savais pourquoi ce n’était pas le cas. Piotr tenait trop à son indépendance, c’était certain. Ses écrits et son métier semblaient être tout pour lui et je ne pouvais l’imaginer se consacrer à une famille… ni à une femme. Je soupirai ce qui m’arracha une grimace. Pourquoi ? Non, non, non… ce n’était pas pour moi que je pensais à femme. Une fille comme moi n’avait rien à faire avec un garçon comme lui. Même si j’étais ouverte d’esprit, il m’était impossible d’imaginer un couple d’un jeune bourgeois – même s’il n’en paraissait pas – avec une fille de la rue vivant en paix. Les commérages seraient bien trop pesants et en cette période de trouble avec les armées allemandes, ce n’était pas le moment de s’amuser à fricoter avec « n’importe qui ». C’était peut-être pour cela que Piotr avait voulu que l’on se revoie. Pour exciter son envie de Don Juan en brûlant contre le feu du danger que je représentais. Une fille à la rue devait pour lui changer des filles qu’il avait l’habitude de mettre dans son lit. Un nouvel essai sans doute. Sauf qu’il ignorait mon passé de prostitué et j’avais appris à cerner ces hommes, désireux de sexe plus que tout. Je grimaçai. Pourtant, Piotr n’avait aucune allure de ces hommes là. Avec moi, en tout cas, je n’en savais rien pour les autres filles qui avaient croisé son chemin, il était respectueux, gentil et surtout, je me sentais bien avec lui. Sinon, je ne serai pas venu sonner à sa porte ! Tout se mélanger dans ma tête. Je pesai le pour et le contre afin de savoir si mes idées le concernant étaient bafouées à cause de mon rêve ou si, je voyais vraiment juste.
J’arrêtai là mes réflexions puisqu’il venait de me rejoindre. Je le sentais à la fois gêné et apaisé. C’était étrange d’arriver à savoir ce qu’il ressentait. Bizarre dans le sens où déceler les sentiments des gens ne m’avait jamais posé problème, mais plutôt que ses sentiments étaient contagieux. Que m’arrivait-il avec lui ? J’aurais du m’enfuir après tout ce que j’avais entendu. Si ça se trouvait, il allait me faire du mal, me forcer à repenser à ce passé au bordel. La seconde partie de moi ne voulait pas partir, quitte à en payer le prix. Je voulais savoir qui il était vraiment car il m’était impossible de le penser ingrat et méprisant comme sa grand-mère l’avait fait entendre. Je ne réagis pas quand il s’était mis à ma hauteur. Je n’émis aucun geste lorsque je vis sa main se lever dans ma direction comme pour atteindre ma joue, d’un geste tendre, pour essuyer mes larmes. Mon cœur s’était accéléré et je ne pus m’empêcher d’être déçue lorsqu’il laissa sa main retomber dans le vide, sans qu’il ait atteint mon visage. Je ne réagis pas tout de suite non plus lorsqu’il prit enfin la parole, pour briser la glace qui s’était soudain installée entre nous.
« Hum… Je t’avais dit que je n’étais pas quelqu’un de bien. » Il eut un petit rire mais je ne reconnus pas ce rire que nous avions partagé quand nous nous étions rencontrés. Celui-ci dissimulé un malaise, bien qu’il essaye de détendre l’atmosphère. Je n’avais vraiment pas le cœur à rire et je restai de marbre à sa remarque. Ça l’amusait vraiment d’être ce gars là ? Jouer avec les femmes devait sans doutes beaucoup l’amuser alors. Je m’étais bien trompée sur son compte et je me sentis vulnérable. Il assumait ce qu’il était, très bien. Cependant, il ne savait pas qu’il avait devant lui une prostitué qui essayait de s’en sortir, malgré tout. Je n’étais pas la bonne personne. Celle qui connaissait les souffrances qu’évoquait ce monde là. Lui, ne devait pas connaître tout ça, du moins, il n’en paraissait pas. Ce sujet était le plus difficile à aborder avec moi. C’était pourquoi, bien que mes larmes continuaient de couler sans bruit et trahissaient mon état d’âme, je ne lui adressais pas la parole et j’avais les yeux rivés en face de moi de façon à ne pas croiser son regard.
« J’aurais sans doute préféré que tu n’assiste pas à cette scène. J’imagine que tu dois sans doute me prendre pour un crétin. Et que tu dois certainement penser que j’ai voulu que tu me rendes visite pour… » Il marqua une pause. Si je trouvais ses justifications maladroites, il en faisait. Ce qui ne m’était jamais arrivée. Un homme m’adressant des excuses. Jamais de ma vie je n’aurais pu imaginer ça un jour. Je les croyais tous les mêmes, complètement insensibles face aux larmes d’une femme. Là, il ne savait pas vraiment la raison de mes larmes car tout était un peu lié. Si j’avais simplement surpris cette conversation, je serais simplement partie de colère, mais je n’aurais pas pleuré. J’aurais alors retrouvé Paul et quelques blagues m’auraient fait oublier cette mésaventure. Là, je n’avais plus personne. Si, Evangéline, mais je ne la connaissais pas encore assez pour oser lui exprimer le fond de mes pensées. Mon rêve, Piotr, la dispute avec Paul, mon passé, quand j’étais partie d’Ukraine, tout ça. J’étais seule, à nouveau. Je sentais Piotr de plus en plus mal à l’aise car je le voyais réfléchir. Il cherchait vraiment à calmer la situation et cherchait les meilleurs mots.
« … J’ai voulu parce que je serais le genre d’homme qui voudrait profiter des jeunes femmes à la rue. » Il marqua une pause. « J’aurais put y penser c’est vrai, et je l’avoue. » Cette fois, s’en fut trop. Pleurant toujours, je ne pus me retenir.
« Pardon ? Excuse-moi, mais c’est légèrement ce que la situation sous-entendait. Ta grand-mère n’a pas été ambigüe du tout. J’ai parfaitement compris. Vivre à la rue ne signifie pas être idiot ! Tu avais certainement envie de changer de jouet. Utiliser cette fois une fille qui te semblait inoffensive, une fille seule, pommée ! Lui faire un peu de charme, espérer qu’elle daigne venir chez toi un jour. Puis, ensuite, coucher avec elle. Pour voir si c’était différent d’une fille à papa blinder de tunes qui n’a pas peur qu’une mèche de ses cheveux parte de travers ! C’était quoi ton intérêt, hein ? Exciter tes envies avec une fille qui n’a pas appris à vivre dans les manières bourgeoises ou bien violer – ce mot est approprié – les lois mises en place pour les allemands. Tu dois te dire que c’est excitant de braver les nouvelles règles et de fricoter avec une étrangère. De la baiser avec cette peur excitante que les allemands apprennent cela et que ça t’attire des ennuis ! C’était quoi tes 200 francs, une avance ?! »
J’avais été vulgaire et j’avais débité cette tirade d’un trait. Malgré les larmes ma voix ne tremblait pas, certainement stimulée par la colère. Pourtant, les larmes redoublèrent après que j’aie parlé. Mes paroles, j’en avais conscience, avaient été dures. Elles pouvaient avoir deux répercussions possibles. Qu’il me mette dehors ou qu’il cherche à s’expliquer, encore. J’espérais qu’il choisirait la seconde option. Cependant, je ne m’en voulais pas de lui avoir dit cela. Si ça le faisait réagir, c’était tout ce qui m’importait, vraiment. Parce que même si je pensais certaines de mes conclusions, je continuais à croire qu’il ne me voulait aucun mal. J’eus même l’audace de me souvenir que j’avais pensé, avant d’arriver chez lui, que j’avais besoin de lui, comme lui de moi.
« Pourtant ce n’est absolument pas ce qui m’ait venue à l’esprit lorsque je t’ai rencontrée. Crois le ou non, je te promets que c’est vrai. »
Je ne renchéris pas. Je voulais le laisser galérer, lui montrer que je ne lui sauterais pas au cou pour lui demander pardon. Il l’avait cherché, après tout. Ses beaux yeux n’allaient pas m’attendrir à ce point et je savais me contrôler. Il n’était pas question que je cède et c’était pour cette raison que je continuais de fixer le mur qui se trouvait devant moi. *Pourquoi j’ai l’impression qu’il cache quelque chose qui me ferait du bien ? Pourquoi j’ai l’impression qu’il est celui que j’attendais ? Pourquoi ai-je ce sentiment que nous étions faits pour nous rencontrer ?* Encore des questions qui se bousculaient dans ma tête.
« D’ailleurs, je ne sais pas ce qui t’as finalement poussé à venir me voir, et quoi que ce soit, j’espère que tu ne vas pas repartir tout de suite. »
Je restai muette. Déjà, je ne savais pas vraiment pourquoi j’étais venue. J’avais plus qu’envie de le voir, c’était un besoin. J’avais besoin de le voir, comme si cette visite était plus que ma propre vie. C’était fort ce que je ressentais pour lui. Ça me faisait même peur. Mais cette peur attisait mon envie de le revoir, encore. Cette peur stimulait une adrénaline que je n’avais jamais ressentie auparavant, même dans mes rêves. Je ne lui répondis rien mais j’avais levé la tête dans sa direction et j’avais plongé mon regard dans le sien. Il n’aurait certainement pas besoin que j’ouvre la bouche pour qu’il comprenne que mon désir n’était pas non plus de franchir cette porte qui me ramènerait à la dure réalité.
« Et puis si c’est ce que tu veux, tu risque de te faire harceler par ma grand-mère en retournant dehors. Et vu que je préfère t’éviter ça, tu peux toujours rentrer. »
Il eut un bref rire en évoquant sa grand-mère. En effet, j’avais compris qu’elle n’était pas une mince affaire et que s’en débarrasser relever d’un travail d’Hercule. Je ne ris pas mais je lui adressai un faible sourire. Après cela, Piotr se leva, sans pour autant me quitter des yeux. Il se déplaça pour me faire face et me tendit sa main. J’eus la vision de quand il m’avait pris ma main et l’avait baisé tel un gentleman et moi une bourgeoise le jour de notre rencontre. Un sourire éclaira mon visage et je détournai la tête, gênée. J’hésitais un instant. Et s’il avait su me convaincre qu’il ne me voulait aucun mal mais qu’en vérité, une fois en haut, ce serait ces véritables intentions qui prendraient le dessus. Ces véritables intentions… après tout, je n’en étais pas certaine. La peur toujours présente en moi, à la fois de ce qu’il m’attendrait si j’acceptais d’entrer et celle qui naissait dès que je réfléchissais à ce lien si étrange qui m’unissait à lui. Etait-ce réciproque ou bien avait-il simplement pitié de moi ? Je ne pourrais tolérer ça, par fierté. Au point où j’en étais, en glissant ma main dans la sienne qu’il me tendait, je le fixais du regard et je lui demandai, audacieuse :
« Dis-moi simplement pourquoi tu m’as donné ta carte l'autre jour. Et pourquoi tu insistes pour que je reste. »
Je savais pertinemment que la question était difficile. Cependant, dans le ton de ma voix, on pouvait saisir que la réponse qu'il me donnerait me serait très importante. J'avais besoin d'être rassurée, comme toujours. J'avais surtout besoin de savoir pourquoi il se montrait aussi gentil avec moi, finalement. Pourquoi un homme de sa classe sociale pouvait faire part d'amabilité avec une fille comme moi? Je voulais surtout savoir si je percevrais dans sa voix cet air qui vous montre qu'on est sincère. Je savais aussi que s’il me l’avait posée, je n’aurais su quoi répondre pour la simple et bonne raison que je ne le savais pas vraiment. Je pensais alors au rêve… C’était pour cela peut-être ? Il était parti sans savoir ce qu’avait été cet espoir qui s’était réalisé… Sa curiosité était-elle si importante ? Je me résous de croire que oui, afin que mes autres idées s’apaisent et que je ne doute plus de lui.
❝v o s . p a p i e r s❞ ■ religion: Aucune car traumatisé des dimanche matin à la messe ! ■ situation amoureuse: Dans une relation passionnelle et fusionnelle avec mon chien ■ avis à la population:
C’était assez étrange. Nous ne nous étions vu qu’une seule fois, et étions sans doute de parfait inconnu l’un pour l’autre. Pourtant, je ne savais pourquoi cela m’avais tant importé de la revoir. En un instant, elle avait réussit à captiver mon attention, et même me captiver tout court. J’aurais aimé pouvoir discuter plus longtemps avec elle, afin d’oublier de nouveau mon monde en l’espace d’un instant. Comme cela avait été le cas l’autre fois. Ce monde qui m’ennuyait tant, je m’étais bien rendu compte que les gens à l’extérieur de ce dernier était peut être beaucoup plus intéréssant. Comme elle. Et j’avais réellement eu envie qu’elle vienne me voir, afin d’essayer de la connaitre. Rien de plus. Rien de moins. Je n’avais pas cherché plus loin, et n’avait absolument aucune idée malsaines envers elle. Ce qui était peut être étrange certes, mais c’est comme si elle me faisait redevenir le Piotr bon et simple que j’étais autrefois. Avant que mon existence ne devienne si fade et amer à mon gout. Son allure de Cendrillon me fascinait, me charmait même et je la trouvais particulièrement jolie. Et malgré ça, je n’avais toujours aucune mauvaise idée en tête. C’était un peu étrange, et tellement inhabituel que je me comporte ainsi. Mais je crois bien que quelque part, je ne pourrais jamais me permettre d’envisager plus que d’avoir de simple conversation avec elle. Elle ne mériterait jamais plus d’un idiot comme moi. Et moi je ne la mériterais probablement pas de toute façon. D’où le fait que je ne voulais absolument rien de sa part. Hormis simplement satisfaire ma curiosité sur sa personne, et j’avais le sentiment que c’était peut être déjà trop pour elle. Elle n’aurait peut être probablement pas envie de parler plus à un petit bourgeois prétencieux de mon genre. Car en général, c’est l’image de moi qu’avait les gens comme elle. Et c’était d’ailleurs pour ces raisons, que j’avais rapidement compris qu’elle ne répondrait probablement jamais présente à mon invitation. D’autant plus, qu’étant donné la réputation que j’avais dans le tout Paris, si elle était intelligente, elle aurait facilement put savoir que j’étais Piotr le journaliste à scandale. Il suffisait juste de demander aux gens pour le savoir. Ma réputation n’était pas des meilleures, et j’avais même souvent fait exprès de l’envenimer, car les racontards que les gens faisaient à mon sujet, m’amusaient toujours beaucoup et me divertissait. Mais forcément, ce qu’on disait de moi n’était pas toujours à mon avantage, et j’imaginais très bien la bohémienne prendre peur, et finalement se dire que je n’étais qu’un crétin. Parce que je part du principe que les gens se fient souvent à ce qu’on raconte, trop même malheureusement, mais même si elle me paraissait différente au premier abord, je la mettrait tout de même dans cette catégorie. Juste parce que je trouverais ça logique qu’elle se méfie de moi, après avoir entendu ce qui se disait à mon sujet . D’ailleurs, je l’avais moi-même prévenu, bien qu’elle n’avait pas semblé m’écouter, à présent, elle avait lapreuve vivante que je n’étais pas vraiment une bonne personne. Pas comme elle. Ironie du sort, les plus riches étaient-il les méchants alors qu’ils avaient tout, et les plus pauvres les plus gentils, bien qu’ils n’avaient rien ? Après tout, cette théorie pourrait être vrai. Je suis certain que des personne beaucoup plus démunie que moi, valent mieux que ma personne, et sont sans doute plus heureux. Après tout, l’argent ne fait pas le bonheur, et ça je l’ai bien compris.
Après avoir viré mamie, je ne tardai pas à aller rattraper la jeune femme. Je n’avais pas envie qu’elle parte avec cette image de moi, et se fasse des idées surtout concernant mes intentions vis-à-vis d’elle. Ça aurait été une autre, je l’aurais laissé partir sans problème, mais là, ce n’était pas ce que je voulais. Là aussi c’était étrange. Je ressentais le besoin de lui prouver qu’avec elle je n’étais pas si mauvais. Et c’était sans doute le cas. Je n’avais pas envie qu’elle parte triste ou en colère à cause de moi. Ses soucis quotidiens devaient sans doute être suffisant pour que je n’ait pas envie d’en rajouter une couche. D’autant plus qu’elle semblait avoir beaucoup plus d’espoir et de foi en la vie que moi. J’étais un peu déconcerté de voir une larme couler le long de sa joue, préférant de loin la voir sourire. Même si quelque part, ça me toucha, et m’intrigua aussi. Elle avait beau avoir été très souriante avec moi l’autre fois, je décelais dans son regard, ses gestes qu’elle avait dû avoir un lourd passé, que la vie ne lui avait probablement pas fait de cadeau. Alors peut être que ce qu’avait dit grand-mère à mon sujet, l’avait touché quelque part pour qu’elle semble de nouveau triste. Peut être lui rappellais-je quelqu’un de son passé. Et peut être le fait de voir le véritable moi l’avait déçu également ? Je n’en savais rien, mais j’essayais cependant de maladroitement détendre l’atmosphère, ce qui n’eut visiblement aucun effet puisqu’elle resta silencieuse. L’observant toujours, j’étais visiblement mal à l’aise de ce silence, et surtout de voir qu’elle pleurait toujours. S’il y avait un moyen de pouvoir faire cesser ces larmes, j’aurais aimé le trouver. Je pris la parole d’un ton calme, essayant de lui expliquer, enfin plutôt de lui avouer clairement qui j’étais. Que j’aurais largement put penser à ce qu’elle croyais de moi. Tel n’était pas le cas, mais avec une autre, j’aurais put peut être agir de la sorte. Bien que non peut-être pas, j’avoue ne pas être un symbole de sagesse, mais je n’ai jamais tenté quoi que ce soit avec des filles en détresses de la rue en me servant de mon argent. Déjà je détestais que celui-ci intervienne dans mes relations, et si j’avais besoin de charmer quelqu’un, je préférais utiliser mon charme plutôt que des billets déjà. Et puis je fréquentais d’avantage les filles de mon monde, plutôt que les autres. D’ailleurs, je ne crois pas avoir déjà adressé la parole à une fille comme Ksénia, enfin peut-être cela m’ait arrivé, mais la plupart des « bohémienne » que j’aurais put croiser, se serait enfuie après avoir pris mon argent de toute façon. Bref, je continuai dans mes paroles, mais cependant, à peine eux-je baissé la voix, que Ksénia m’interrompit. L’air en colère. Et encore, c’était peut être un euphémisme en colère.
« Pardon ? Excuse-moi, mais c’est légèrement ce que la situation sous-entendait. Ta grand-mère n’a pas été ambigüe du tout. J’ai parfaitement compris. Vivre à la rue ne signifie pas être idiot ! Tu avais certainement envie de changer de jouet. Utiliser cette fois une fille qui te semblait inoffensive, une fille seule, pommée ! Lui faire un peu de charme, espérer qu’elle daigne venir chez toi un jour. Puis, ensuite, coucher avec elle. Pour voir si c’était différent d’une fille à papa blinder de tunes qui n’a pas peur qu’une mèche de ses cheveux parte de travers ! C’était quoi ton intérêt, hein ? Exciter tes envies avec une fille qui n’a pas appris à vivre dans les manières bourgeoises ou bien violer – ce mot est approprié – les lois mises en place pour les allemands. Tu dois te dire que c’est excitant de braver les nouvelles règles et de fricoter avec une étrangère. De la baiser avec cette peur excitante que les allemands apprennent cela et que ça t’attire des ennuis ! C’était quoi tes 200 francs, une avance ?! »
Je déglutis. Manquant de ravaler ma salive de travers. Décidément, en à peine une matinée, j’avais réussit à me faire remettre à ma place deux fois. Par ma grand-mère, et une fille que je ne connaissais presque pas. J’étais presque choqué de voir Ksénia s’énerver ainsi, contre moi. Ce n’était pas tout les jours qu’une fille osait me parler aussi directement il faut dire. Pendant qu’elle avait prononcer son discours, je m’étais efforcé de ne pas la regarder, ne supportant déjà plus de la voir pleurer. Si elle avait voulu me faire culpabiliser c’était gagné. Je ne me sentais pas très à l’aise, et resta silencieux. L’air cependant toujours aussi calme. Je n’étais pas spécialement en colère de l’entendre dire ça, plutôt agacé, mais agacé contre moi-même. J’aurais du être probablement clair dès le départ concernant ce qui m’avait poussé à vouloir la revoir. Ça lui aurait évité de se faire des idées fausse. Certes, j’adorais désobéir aux règles, mais si j’avais voulu faire chier les allemands, j’aurais fait bien pire que fricoter avec elle. Je peux vous l’assurer. Je resta encore sielncieux quelque minutes, gardant mon air habituellement serein, n’ayant pas envie de lui donner l’impression que ces paroles m’avaient déstabilisé. C’était le cas, mais j’étais trop orgeuilleux sans doute pour vouloir le montrer, moi qui préférait garder ce que je ressentais pour moi.
« Si je voulais coucher avec une fille, je n’irais certainement pas la payer pour ça. » Dis-je clairement et calmement. Mon argent ne me servait pas à ce genre de chose, et je savais très bien me débrouiller sans lui pour faire ce que je voulais. Je n’aurais cependant pas imaginé qu’elle puisse penser que mes 200 Francs étaient une avance, c’était ridicule ! Elle avait vraiment l’air d’avoir eu besoin d’argent, et après avoir fait sa bonne action, j’estimais qu’elle les méritait, donc je le lui les avait donné sans rien imaginer. « Jamais je n’aurais imaginé ça, avec toi. Je n’y est même pas penser à vrai dire. Et étant du genre plutôt franc, si j’aurais voulu quelque chose de toi de cette manière, je peux t’assurer que je t’aurais dit dès le départ. Ou du moins je te l’aurais clairement fait comprendre. Et surtout, je n’aurais pas autant espéré que tu viennes si c’était pour ces raisons ! Ajoutais-je d’un air beaucoup plus ferme. Je n’avais aucune idée si ce que je venais de dire suffirait à lui faire penser que ce qu’elle venait de dire était faux, mais en tout cas c’était la stricte vérité. En général je ne suis pas du genre à tourner autour du pot, et dès que j’attend ce genre de chose d’une femme, je sais être beaucoup plus entreprenant. Déjà, le simple fait que je sois là à tenter de m’expliquer, témoignait bien que je n’étais pas là pour ça non ? Je n’aurais jamais pris cette peine dans le cas contraire et serais vite passé à autre chose. Je soupira. Je n’était décidément pas très doué pour les excuse et pour m’expliquer.
Je poursuivis en lui exposant que je n’avais aucune mauvaise intentions à son égard. Lui avouant que je ne voulais pas qu’elle parte. Tant bien que même elle restait muette. Je détestais cette situation et avait la stricte impression que mes propos ne l’intéressait même pas. Qu’elle ne voulait rien entendre. Ou alors qu’elle s’en fichait peut être royalement de tout ça ? Je n’arrivais pas à me faire à cette idée, sinon elle n’aurait pas pleuré tout de même ? A moins que je n’étais même pas la cause de ces larmes, et c’était probablement vrai. Quelque chose d’autre avant de venir avait du l’atteindre non ? encore une fois, j’étais curieux de savoir. Je tentai même d’évoquer la grand-mère afin de voir si au moins j’arrivais à la faire rire, car je détestais qu’on reste indifférent face à moi, et c’est ce qu’elle semblait faire sur le moment. Cependant le fait de voir un faible sourire sur son visage me redonna espoir, et me fit me lever pour lui tendre ma main et lui proposer de venir. Je remarqua qu’elle venait de sourire, ce qui me fit chaud au cœur, avant qu’elle ne prenne ma main que je lui tendait et ajoute : « Dis-moi simplement pourquoi tu m’as donné ta carte l'autre jour. Et pourquoi tu insistes pour que je reste. » Je fronçai les sourcils. Ne répondant pas tout de suite à sa question. En profitant à la place pour l’aider à se relever en l’attirant vers moi. Aussitôt, je lâchai sa main et me recula, de peur que mon geste soit mal interprété. J’essayais de réfléchir à ce que j’allais pouvoir lui dire, car à vrai dire, les véritables raisons étaient également un peu floue pour moi aussi. Je me grattai la tête en la regardant. « Je…Hum.. » Je me racla la gorge, hésistant. « Je .. En fait .. Il y a quelque chose chez toi qui me fascine… » Ajoutais-je en marquant une pause. Je ne savais pas si c’était très approprié de lui parler de mes écrits sur elle, la façon dont je la percevais, le fait que je l’admirais, que j’étais curieux sur ce qu’elle était, alors je me tue le temps d’un instant pour réfléchir à ne pas dire n’importe quoi. « Et j’avais tout simplement envie de te revoir…Sans arrière pensés !Tu sais ma vie est bien monotone et ennuyeuse, et je pense que ça me fait du bien de voir des gens… nouveaux. » Ajoutais-je sincèrement. Ne sachant trop comment elle allait prendre mes paroles qui pourraient très bien la vexer en plus. Et qui pouvais simplement laisser penser que j’avais envie d’élargir mon cercle d’amis et de voir des personnes différentes. Des gens comme elle. Ce n’était pas totalement faux, mais la vérité se serait plus rapprochée du fait que ça me ferait du bien de voir une personne aussi douce et gentille qu’elle. Elle tout court plutôt. Parce que les autres gens je m’en foutais. « Je sais très bien que je ne suis pas le genre d’homme très fréquentable, mais euh … J’aimerais beaucoup avoir une…amie comme toi. »Je fronça les sourcils. Ce n’était pas tout à fait les mots qui m’étaient venus à l’esprit à vrai dire, mais je ne voulais vraiment pas qu’elle continue à se faire des idées à mon sujet, qui serait en accord avec ce qu’avais dit la vieille, alors bon, là au moins il serait certain qu’un «ami » ne veuille pas ce genre de chose. Bien que le terme était un peu maladroit peut-être, enfin pour ma part. « Mais je ne vais pas t’obliger hein ! Mais si tu veux bien me suivre dans mon humble demeure, ça me ferait très plaisir. » Dis-je en rigolant, d’un air beaucoup plus assuré cette fois ci. J’étais beaucoup plus doué pour faire de l’humour, plutôt que pour jouer au grand timide.
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« La guerre, on ne la fait pas : c'est elle qui nous fait. ».
Je me sentais si étrange, avec lui. J’étais moi-même, franche, fragile, idiote. Mais cette partie de moi, celle qui faisait que j’en avais assez de mon existence me semblait bénigne et j’avais cette grande impression que je pourrais m’en sortir. J’osais croire que vivre à la rue ne ferait bientôt partie que de mon passé. Les bonnes personnes que je devais rencontrer étaient certainement déjà entrées dans ma vie, maintenant. Depuis huit ans que je vivais en France, il avait fallu que je rencontre trois personnes importantes. Un qui me considérait comme sa sœur et pour qui j’étais quelqu’un d’important même si, à l’heure qu’il était, je ne savais pas s’il me pardonnerait ; une pour qui j’étais devenue très vite sa meilleure amie et Piot qui avait nourri mon espoir et me forcer à luter contre l’envie de me laisser sombrer. Mais il m’était impossible de le lui révéler. J’avais fini par le cerner et je savais que ce genre de confession le ferait bien rire et qu’il n’y croirait pas du tout. Un rêve plutôt étrange, répété si souvent… Il pourrait ne pas me croire, il pourrait me traiter de folle alors, plutôt que de perdre, ce qui était devenu ma plus grosse hantise, je préférais me taire. Et ce genre de secret lui aurait prouvé combien je tenais à lui et combien j’avais besoin de lui, et ça, il était hors de question que je le lui montre. Les hommes, ils m’avaient tous bien eus à vouloir leur ouvrir le cœur ou en leur accordant ma confiance dès le départ. Ce qui m’amusait le plus, finalement, c’était de faire comme si je restais impassible aux paroles de Piotr, comme si je ne m’intéressais pas du tout à lui. Cela dit, il était assez intelligent pour penser le contraire. Si ça avait été vraiment le cas, je n’aurais pas pleuré en apprenant son visage qu’il cachait. Oui, le visage qu’il cachait, car, pour moi, ce comportement n’était pas digne de sa vraie nature, son vrai lui. J’avais cette certitude, et quoi que quiconque aurait pu faire, je continuais inlassablement d’y croire. Et si je m’étais désintéressée à lui, je ne serais tout bonnement pas venu chez lui ! Quoi qu’il en soit, j’étais là, dans ces escaliers d’un immeuble des plus huppés de tout Paris. Bizarrement, je ne m’y sentais pas mal à l’aise. Tant que Piotr était là, le décor m’importait peu. Je chassais vite cette idée de ma tête. J’avais fini par ne plus m’attacher ou m’autoriser d’avoir des sentiments, quels qu’ils soient, pour les hommes et voilà que Piotr produisait l’effet contraire sur moi. Pourtant, sa réputation que Paul m’avait apprise ou encore les propos de la grand-mère du principal intéressé auraient du me faire fuir, encore plus que d’habitude. Et j’étais là. La peur n’était pas tout à fait envoler cependant, mais je compris qu’il ne s’agissait pas de cette peur qui m’avait habitée tout ce temps. C’était plutôt la peur de l’inconnu, peur de ce nouveau sentiment qui naissait au creux de mon estomac. Un malaise qui faisait du bien. Et ce rêve étrange, cette impression de déjà le connaître ne me rassurait pas beaucoup car j’avais conscience que c’était peut-être cela qui me jouait des tours et me donnait la certitude qu’il était quelqu’un de bien. Cela dit, je m’en moquais. J’étais prête à le suivre partout où il le voudrait, trop consciente que les trois semaines précédentes avaient été douloureuses. Vivre dans le doute de le revoir m’avait été insupportable et c’était pourquoi, malgré ma retenue habituelle, j’avais décidé de la laisser de côté et de me rendre à son adresse. Je savais que je ne risquerais rien avec lui. Je le sentais, sans savoir pour quoi.
Mes hypothèses s’avérèrent être bonnes lorsque je sentis Piotr gêné et qu’il chercha à se justifier. Ainsi, je savais qu’il était différent. Que j’avais pris très vite une importance – quelle qu’elle soit – dans sa vie ce qui me rassura. Qu’il me rattrape avant que je parte aussi. Même si je n’avais pas dévalé les escaliers et claquer la porte et que j’étais restée assise dans ces escaliers, trop triste pour pouvoir même avoir le courage de le laisser. Je ne voulais pas ça. J’avais juste besoin de lui maintenant, rien de plus. De toute façon, je n’avais plus rien. J’avais eu raison de croire que mon rêve était un signe du destin. L’avenir qui nous attendait m’était impossible à deviner tant nous étions différents mais moi, je savais que je ne pouvais pas vivre sans lui. Comme une partie de moi, je n’étais pas assez forte sans lui. Comment réagirait-il s’il lisait dans mon esprit ? Il prendrait peur, certainement. Une inconnue s’accrocher ainsi à soi ne doit pas être quelque chose de rassurer. À sa place, j’aurais très peur même. Mais comme je me montrais plutôt réticente envers lui, jamais il ne pourrait se douter de mes véritables sentiments, même si, je devais l’avouer, les cacher m’était de plus en plus difficile. J’avais profité de mes larmes, de ma rage intérieure que j’avais depuis ma dispute avec Paul, puis, des paroles de sa grand-mère pour lui hurler dessus et lui dire, c’était vrai, des mots blessants. Je ne pensais pas tout, loin de là, mais ma tirade allait le faire réagir, c’était certain. J’avais aussi compris que Piotr était bon manipulateur et qu’il était assez aisé pour lui de ne pas dévoiler ses sentiments, et de cacher sa vraie personnalité. Cependant, moi, je n’étais pas dupe. J’étais si déterminée à déceler le vrai Piotr, que j’étais prête à y donner corps et âme. Pourtant après que j’eus parlé, et le fait qu’il ne me regarde jamais dans les yeux ne m’avait pas aidé, je n’avais pas su détecter ce qu’il avait ressenti. Je le devinais seulement surpris lorsque je le vis avaler sa salive un peu trop fortement pour que ce soit naturel. Qu’il semble rester insensible me donna même l’envie de le secouer, de le taper de mes poings sur son torse de toutes mes forces, exactement comme un peu plus tôt. Mais je savais que c’était idiot, inutile et que ce serait injustifié face à un (presque) inconnu – je devais me persuader de ça même si pour moi, il était tout sauf inconnu.
Le ton calme et clair sur lequel il s’exprima juste après m’énervait. J’étais tout le contraire. Je me sentais même tremblante. J’étais de nature impulsive maintenant ? Apparemment, c’était un sentiment nouveau que je ne me connaissais pas et que Piotr pouvait faire naître en moi. « Si je voulais coucher avec une fille, je n’irais certainement pas la payer pour ça. » Je ne répliquai rien. Il n’avait pas écarté le fait qu’il couchait avec la première venue. Je ne voulais pas céder et j’attendais de voir ce qu’il avait encore à me dire. Je savais qu’il était sincère mais une partie de moi ne pouvait s’empêcher d’être méfiante, encore. Maudit soit mon passé, celui qui m’avait rendue si peu sûre de moi, et vulnérable aussi. Je me détestais, j’étais si… mauvaise en fait. Bien plus que Piotr qui, pour donner des couleurs à sa vie tranquille pratiquait des activités pas très orthodoxes… Ah la religion… Sa Mamie semblait y apporter beaucoup d’importance, elle. Mais lui, pas le moins du monde. Un point de plus qui nous reliait. Je ne levai pas les yeux vers lui, je restais là, de la même façon que si j’avais été seule. « Jamais je n’aurais imaginé ça, avec toi. Je n’y ai même pas pensé à vrai dire. Et étant du genre plutôt franc, si j’aurais voulu quelque chose de toi de cette manière, je peux t’assurer que je t’aurais dit dès le départ. Ou du moins je te l’aurais clairement fait comprendre. Et surtout, je n’aurais pas autant espéré que tu viennes si c’était pour ces raisons ! » Je levai brusquement la tête au mot « espérer ». De l’espoir, envers moi ? J’oubliais le reste de ses paroles. Mon esprit ne capta que ce mot. Ainsi, lui aussi, tout comme moi, voulait qu’on se revoie. J’avais bien fait de le faire attendre, d’attendre un peu avant de venir sonner chez lui. Je le fixai toujours des yeux et j’essuyais la dernière larme qui continuait de couler sur ma lèvre. Il avait du comprendre car j’avais subitement levé la tête à cet instant précis. Il était donc idiot de ne pas réagir à ses paroles.
« Tu… espérais, vraiment ? Mais… pourquoi ? Tu te crois être une personne non fréquentable mais… » Je m’arrêtai là, sentant ma gorge se serrer quant aux pensées de mon passé. C’était trop dur pour moi d’en parler, mais me libérer un peu, après tout, ce n’était peut-être pas si mal. J’avalai fortement ma salive et me contrôlai pour que le voile qui s’était à nouveau installé devant mes yeux ne se transforme pas en larmes qui inonderaient mon visage, déjà bouffi par les larmes de la matinée. « Je… je ne suis pas quelqu’un de bien. Tout ce que je touche… ça se transforme en malheur. Tout ce que je fais, ça m’a toujours détruit à petit feu. J’ai juste la certitude que le néant ne m’emportera pas tant que… » je fronçai les sourcils et m’arrêtai un instant. En vérité, la suite de ma phrase appropriée aurait été ‘tant que tu seras là’ mais c’était idiot, il ne comprendrait pas. Alors, j’optai pour : « je ressentirais ce dégoût que je représente et l’infâme personne que j’aie du devenir ». J’en avais peut-être trop dit, ou pas assez. En tout cas, je me savais incapable d’en dire plus. Par honte, par mépris de moi-même. Par horreur de mon passé. Rien que d’y penser, je me sentais si mal. Les larmes qui coulaient encore montrait bien cela. « Oh… je suis désolée. Tu vas me prendre pour une madeleine. Je ne pleure jamais devant les gens, je me déteste. » Je venais de m’excuser. Ça pouvait peut-être paraître absurde de s’excuser pour de la tristesse que j’avais besoin d’évacuer, mais tant pis. C’était ainsi. Je me sentais si imbécile face à lui qui resplendissait.
Piotr avait réussi à me convaincre qu’il n’avait aucune mauvaise intention à mon égard. J’en étais certaine mais je ne lui en fis pas part. Il ne pourrait que se montrer plus vigilent. Cependant que j’avais recouvré mon calme, ou du moins que la présence de Piotr et ses paroles m’avaient quelques peu rassurée, je souris à l’évocation de sa grand-mère. Pauvre mamie qui s’était imaginée tant de choses. Pourrions-nous former un couple plausible finalement ? Je stoppais net cette idée. Je n’aurais même pas du l’avoir. Je n’étais pas prête à vivre une histoire d’amour, si ce n’est que je détruirais l’homme en question. Mon passé m’avait trop traumatisée, je ne pourrais jamais aimer. Et personne ne pourrait aimer une fille comme moi. J’étais juste un jouet, un objet. Je ne méritai même pas que Piotr perde son temps avec moi. Je ne méritais pas non plus mon âme. Je devais être un corps que le néant aurait choisi pour abri. Tant je me considérais ainsi, j’avais eu besoin de savoir pourquoi Piotr voulait que je l’accompagne dans son appartement. Et surtout pourquoi, après notre rencontre, il avait souhaité me revoir. Visiblement, ma question l’avait un peu dérouté et je le sentis gêné. L’air qu’il prit le rendit encore plus beau. Et j’osais même croire qu’il s’agissait là de son vrai visage, le vrai Piotr me faisait face. Je le fixais mais discrètement. Je ne voulais pas qu’il sente mon regard figeait sur lui. Je me surpris en train de l’admirer alors que lui, cherchait les bons mots. Un sourire amusé illumina mon visage encore triste. « Je…Hum.. » commença t-il. Je devinais que ses pensées étaient embarrassantes et qu’il ne savait comment les formuler. Je me mordis la lèvre, amusée et… charmée. Il profita de cet instant de silence pour m’aider à me relever et m’attira à lui. Je me laissai faire mais il ne tarda pas à se reculer, comme gêné par notre distance qui n’était plus vraiment respectée. Je n’avais pas envie de la respecter. J’avais senti mon cœur s’accélérer ce qui m’avait provoqué un sentiment positif que je ne sus déterminer. Je ne bougeai pas mais je fronçai les sourcils, comme agacée par son comportement. Il se racla la gorge et moi, je ne l’aidai pas, attendant de savoir ce qu’il avait à me dire. « Je .. En fait .. Il y a quelque chose chez toi qui me fascine… » Je changeai aussitôt d’expression. Je clignais plusieurs fois des yeux ce qui traduisit ma surprise. Je ne comprenais pas comment c’était possible. J’avais bien saisi que ce n’était pas le journaliste qui parlait. Ce n’était pas le journaliste qui essayait de créer un reportage sur les filles à la rue qui s’adressait à moi, non. C’était bien Piotr, j’en étais certaine. Piotr qui ne faisait pas cas de ma situation. Bien que j’en étais sûre, je ne lui fis pas part. « Piotr… c’est… » Je ne savais pas pourquoi j’avais ouvert la bouche, j’étais tout simplement sans voix. « Tu.. comment peux-tu ressentir de la fascination à mon égard ? ça devrait être l’inverse… enfin je veux dire… fasciné c’est peut-être fort comme terme non ? » De plus, c’était moi qui ressentais ça à son égard ! « C’est Piotr ou le journaliste qui parle ? » ne pus-je m’empêcher d’ajouter en détournant les yeux. Je sous-entendais par là que si c’était le journaliste, je ne tenais pas à passer pour une bête en cage que l’on regarderait et apprendrait son mode de vie. « Piotr, j’ai cette impression là aussi, pour toi. J’ai l’impression que le visage que tu montres à tout le monde n’est pas le bon. Je ne sais pas pourquoi j’en suis certaine. Même toi, à force d’être ici, tu t’es persuadé d’être ce gars là » Je n’avais pas pu retenir mes paroles. J’avais envie qu’il sache que j’étais sûre qu’il avait un bon fond. Au Diable ma retenue et ma méfiance ! J’étais prête à en payer les conséquences, tant qu’il était là, dans ma vie.
« Et j’avais tout simplement envie de te revoir…Sans arrière pensés ! Tu sais ma vie est bien monotone et ennuyeuse, et je pense que ça me fait du bien de voir des gens… nouveaux. » Je ne répondis rien. J’étais trop flattée pour cela. C’était si étrange qu’aucun mot ne pouvait exprimer la situation présente. Ainsi, j’avais rêvé d’un visage inconnu que j’avais fini par rencontrer et qui, en plus, partageait cette envie que l’on apprenne à se connaître et que l’on passe du temps ensemble. « Piotr, moi aussi, j’avais envie de te revoir… Mais, s’il te plaît, si tu veux que je sois moi-même, je vais devoir te demander quelque chose… » Je m’arrêtai un instant et je plongeai mon regard dans le sien, comme pour lui faire comprendre qu’il s’agissait d’un pacte important pour moi. « Je ne veux pas que tu me considères comme une clocharde ou une… pauvre fille ou une pauvre ou quoi que ce soit qui évoquerait ma situation. Juste que tu penses à moi comme Ksénia, rien de plus… » Je m’approchai de lui et effleurai sa main gauche de ma main droite. Je devais lever le visage pour pouvoir continuer à le fixer dans les yeux.
« Je sais très bien que je ne suis pas le genre d’homme très fréquentable, mais euh … J’aimerais beaucoup avoir une…amie comme toi. » Nous eûmes la même réaction. Froncer les sourcils. Ce qui déclencha malgré moi un petit rire et je baissai la tête enfin d’échapper à son regard qui me perturbait un peu. Le mot « amie » était bizarre mais je ne savais pas comment nous qualifier. En tout les cas, je ne pouvais le laisser croire qu’il n’était pas fréquentable. « Tu es loin d’être celui que tu prétends être. Si tu étais si invivable ta mamie ne prendrait pas le risque de passer chez toi. » Je m’arrêtai là pour lui sourire, complice. « Sérieusement, ta vie ne peut être pire que la mienne et tu es forcément meilleur. » Je n’en dis pas plus, consciente que j’en disais beaucoup trop. De plus, il pourrait avoir des doutes sur moi, des mauvais doutes, et je ne voulais pas. Je me considérais comme une victime mais il pourrait me prendre pour une criminelle. Bref, ma dernière phrase était idiote et pouvait signifier tant de choses.
« Mais je ne vais pas t’obliger hein ! Mais si tu veux bien me suivre dans mon humble demeure, ça me ferait très plaisir. » Je lui souris, relevant le regard vers lui. Il affichait lui aussi un large sourire et je sentis mon cœur se réchauffer. « Ne t’en fais pas. Si vraiment je finis par voir que tu es si infréquentable que tu le dis, je prendrais mes jambes à mon cou pour me préserver, c’est promis » riai-je, pour le taquiner et en lui jetant un regard moqueur mais surtout très amusé. « Tu es très doué, tu sais… pour me faire passer du rire aux larmes. Ou plutôt, des larmes au rire... Je te suis dans ton humble demeure alors… » finis-je en me décalant afin qu’il passe en premier dans les escaliers. J’avais repris ses mots en riant, lui faisant bien comprendre que Piotr, le vrai Piotr, était celui qui me plaisait…
❝v o s . p a p i e r s❞ ■ religion: Aucune car traumatisé des dimanche matin à la messe ! ■ situation amoureuse: Dans une relation passionnelle et fusionnelle avec mon chien ■ avis à la population:
Sérieusement, je me demandais bien ce qui pouvait rester Ksénia à rester ici, après qu’elle ait entendue toutes ces mauvaises choses à mon sujet. Bien que je lui avais demandé de revenir après qu’elle eu tenté de partir, je ne m’étais pas attendu à ce qu’elle reste finalement. Moi qui m’étais en fin de compte, fait à l’idée que je ne la reverrais pas et qu’elle s’en fichait royalement d’ailleurs. Pourtant, tel ne semblait pas être le cas puisqu’elle semblait bouleversée. Ne sachant comment réagir face à ses larmes. J’étais bien sur gêné, je n’aimais pas voir les gens pleurer. Non seulement parce que j’étais un piètre consolateur, mais aussi parce que ça m’attristait dans le fond. Enfin c’était surtout le fait de la voir elle triste, qui me rendait peut être triste quelque part. Sa vie ne devait sans doute pas être rose et bien plus difficile que la mienne. Je m’imaginais encore des choses à son sujets, sur sa vie, son passé, mais j’étais tellement curieux que j’étais obligé d’agir ainsi. Son regard en disait long sur les choses qu’elle avait traversé, si bien que je pouvais deviner aisément que quelque chose d’autre que moi la poussait à pleurer en cet instant. Il y avait forcément quelque chose dans son passé, peut être un homme ( ?) ou je ne sais quoi qui l’avait traumatisée pour qu’elle pleure en cet instant. Peut-être par mes agissement lui avait inconsciemment fait rappelé ce passé ? Ou peut-être alors s’était-elle fait des idées à mon sujets, si bien qu’elle était triste que je soit à des milles lieux d’un prince charmant ? Je ne savais pas si cette dernière idée était plausible, mais je trouverais ça assez étrange que je puisse la déçevoir et que ça l’atteigne à ce point pour uniquement rejeter la faute de son chagrin sur moi seul. Même si c’était un peu ce que je faisais, car je me sentais un peu coupable qu’elle ait vu cette image de moi. Je savais que ma grand-mère n’avait pas totalement tord, et que parfois j’avais tendance à dépasser les bornes avec les femmes, les considérant comme de vulgaires objets. Mon comportement était parfois honteux, je l’admet, et j’étais un peu trop mal à l’aise par rapport à ça devant elle pour pouvoir trouver les bons mots qui la réconforterait. Pourtant j’aimerais être en mesure de le faire et de pouvoir faire cesser sa tristesse. Pas seulement celle qu’elle ressentait en cet instant, mais celle qu’elle devait ressentir depuis fort longtemps. A défaut d’être heureux, je préférais contribuer à celui des autres. Généralement mon argent y parvenait, d’où le fait que je le donnais à qui le voulait. Seulement avec Ksénia, peut être que les 200 Francs n’avaient pas suffit à la satisfaire ? Peut-être voulait-elle plus ? Ou peut-être voulait-elle autre chose venant de ma part ? A vrai dire, je ne pensais pas suffisament avoir de bonnes choses en moi pour être certain de la dernière option. Encore une question de plus que je me posait à son sujet. Tout ce mystère autour d’elle m’intriguait. Et milles questionnement autres à son sujet résonnaient dans ma tête. Ça bouillonait à l’intérieur, tant je réfléchissais. J’essayais en apparence de rester de marbre, comme souvent, et il me semble que j’y arrivais plutôt bien. Je n’avais aucunement envie qu’elle devine, quoi que ce soit que je ressentais à son égard. Ça aurait été bien trop perturbant. Et je n’avais pas envie non plus qu’elle sache que ses larmes m’atteignaient. Car non seulement, ça sonnerait comme stupide pour un esprit éclairé et extérieurqui penserait ridicule qu’être triste parce qu’une petite pauvre pleurait sur son sort car ce qui lui arrivait était la fatalité et qu’il en fallait bien des heureux et malheureux dans un monde. Pourtant, je ne pensais pas du tout de cette façon. Ce qui m’inquiétait un peu. Ça me perturbait même. Moi qui aimait être fort, et pensais l’être, n’avait aucunement envie de ressentir de la peine pour quelqu’un, voyant ça comme une faiblesse sans doute. Ce genre de tourment faisait généralement beaucoup trop souffrir, et l’égoïste que j’étais n’étais pas prêt à s’inquiéter autant pour une personne. Même avec ma famille j’avais du mal à le faire par moment, me refermant sur moi-même, comme toujours. Le simple fait que je ressentais le besoin de me justifier m’inquiétait également. Mon habitude était de laisser courrir les choses qui se disaient à mon sujet, sans rien faire. Pourtant là je n’accepterais pas qu’elle pense que j’avais des idées malsaines envers elle.
Je pris la parole d’un ton calme, et pas très assuré. Essayant de réfléchir à mes mots, car mon côté assez impulsif et blessant pourrait facilement dire quelque chose de travers. D’où le fait que je m’exprimais assez doucement et clairement. J’essayais de ne pas trop montrer d’émotion dans mes propos, conservant le même ton, et insistant de temps à autre sur certain mot. J’essayais de garder mes yeux rivés ailleurs que sur elle, quand je finis par lui avouer que j’avais espérer la revoir. Mais bon, c’était la seule façon que j’avais trouvé pour lui faire comprendre l’intérêt que je lui portais, bien que je n’aimais pas vraiment le fait de lui avoir avoué. Je la regarda du coin de l’œil, levant la tête à cet instant, je ne put m’empêcher de la regarder à mon tour lorsqu’elle intervint. « Tu… espérais, vraiment ? Mais… pourquoi ? Tu te crois être une personne non fréquentable mais… »Me dit-elle en s’interrompant. J’haussa les sourcils, intrigué par ce qu’elle venait de dire, en la fixant avec une certaine attention. Je regrettais presque d’avoir porté mon regard sur elle, lorsque je vis ses yeux humides, je fronça les sourcils, lorsque je vis qu’une nouvelle fois ça m’atteignais. « Je… je ne suis pas quelqu’un de bien. Tout ce que je touche… ça se transforme en malheur. Tout ce que je fais, ça m’a toujours détruit à petit feu. J’ai juste la certitude que le néant ne m’emportera pas tant que… »Avais-je bien compris, ou mon audition me faisais des défauts ? Elle, pas quelqu’un de bien ? Elle qui semblait si douce, et que mon imagination avait comparé à un ange ? Je n’arrivais pas à croire ses paroles. Je faillit intervenir, mais elle continua la suite de sa phrase, alors que je la regardais d’un regard de plus en plus intrigué. « je ressentirais ce dégoût que je représente et l’infâme personne que j’aie du devenir » J’ouvris les yeux ronds, assez surpris par ses propos, et toujours aussi curieux. Que voulait-elle dire ? qu’était-elle devenue pour parler d’elle ainsi ? Je n’osais croire qu’elle était une si « infame personne » comme elle le prétendais. Je n’y croyais même pas d’ailleurs. A vrai dire, tout ce que je voyais, c’était une fille douce et fragile à la fois, qui m’avais montré en un instant, bien plus de qualité humaines que j’ai l’occasion d’en voir habituellement. Je brulais d’envie d’en savoir plus, ne comprenant pas pourquoi elle prétendais pareilles idioties sur elle. Cependant je me tue, en voyant de nouveaux ses larmes qui me refroidissaient et m’empêchait d’en placer une. Au lieu de trouver un truc intelligent ou réconfortant à dire, je resta silencieuxavant qu’elle ne vienne s’excuser.« Oh… je suis désolée. Tu vas me prendre pour une madeleine. Je ne pleure jamais devant les gens, je me déteste. » « Ne te déteste pas pour ça ! Il n’y a aucun mal à pleurer. Ne t’excuse pas ! »Ajoutais-je vivement sans réfléchir face à ses propos qui n’avait pas lieu d’être. « Je ne te connais pas, mais tu es loin d’être une infâme personne à mes yeux. » Ajoutais-je doucement par peur de faire quelque chose de travers une nouvelle fois. Je ne savais pas si cette phrase que je venais de dire allait la rassurer ou non, mais c’était totalement ce que je pensais. « Je ne sais pas ce qui te fais dire ça, mais je ne te crois absolument pas. » Dis-je l’air convaincu par mes propos. Bien que c’était peut être déplacé d’être aussi certain de ça, alors que je ne savais pratiquement rien d’elle. Mais c’était l’effet qu’elle me faisait. Je détournai le regard, la voir pleurer était quelque chose que je n’aimais pas. « Je suis désolé, je suis absolument nul pour consoler les gens. » Ajoutais-je en fixant un point face à moi. Je regrettais aussitôt mes propos, sentant que ce n’étais absolument pas la meilleure façon pour faire cesser ses larmes. Je soupirais, fatigué de mon idiotie par moment. Puis je la regarda de nouveau, sauf que cette fois-ci, cette vision ne put m’empêcher de m’approcher en me mettant en face d’elle et de venir poser délicatement ma main sur sa joue pour essuyer ses larmes en la fixant un peu plus près. Je ne savais pas trop ce que je faisais mais mon autre main caressa ses cheveux. Je m’étais sans doute trop emporté. Si bien que je le regrettais presque, une fois que je réalisait pleinement la façon dont ce geste pouvait être interprété, en pensant surtout à la mauvaise. Je me recula immédiatemen. L’instant d’après j’étais même debout, essayant de garder profil bas, sans montrer aucune émotion. Je préférais rester de marbre, plutôt qu’elle sache que… « Hum…Désolé. Je fais souvent ça. » Encore une fois, je regrettais un peu ce que je venais de dire. C’était totalement stupide, et faux surtout. Et en plus ça laissait supposer que je m’amusais à consoler très souvent les filles. Je n’irais pas perdre mon temps à faire ça d’ailleurs. Mais sur le coup, j’avais été tellement confus de mon geste, que j’avais finis par sortir la première chose qui me venait à l’esprit pour justifier ça. Crétin !
L’instant d’après, je ne savais toujours pas si mes explications avait tenu la route. Et surtout réussit à la convaincre que je n’attendais absolument rien venant d’elle, dans le sens que la situation l’avait laissé sous entendre. J’avais finit par tenter de lui expliquer, les raisons qui faisaient que j’avais voulu la revoir. Chose assez difficile pour moi, car cela m’échappait même un peu. Et je doute qu’en répondant « Je ne sais pas » elle apprécie, donc j’essayais de réfléchir –une nouvelle fois – à ce que je pouvais bien dire. J’avais l’impression qu’à force de trop chercher mes mots, je perdait un peu mes moyens et surtout ma vrai nature à côté d’elle, moi qui était beaucoup plus confiant d’habitude. Je finis lui avouer qu’elle me fascinait. Et c’était le mot exact. Tout m’intriguait et me rendait curieux chez elle, mais dans le bon sens. « Piotr… c’est… » Débile ? Vexant ? Déplacé ? Je ne savais ce qu’elle allait penser de mes mots, étant conscient du fait qu’être fascinée par une fille de la rue, quand on a tout ce qu’on veux et qu’on est très riche peut sembler étrange. « Tu.. comment peux-tu ressentir de la fascination à mon égard ? ça devrait être l’inverse… enfin je veux dire… fasciné c’est peut-être fort comme terme non ? »Me dit-elle, à vrai dire dans un sens elle pouvait avoir raison, mais ce n’était pas le cas pourtant. « C’est Piotr ou le journaliste qui parle ? »J’haussa les sourcils, surpris de cette question. N’arrivant pas à trouver le rapport entre mon métier et.. Ah mais oui ! Je venais de saisir ! Ma profession, aurait put contribuer à m’intéréssé elle pour un de mes inombrable article, et c’était d’ailleurs ce qui m’avait poussé à lui parler au premier abord. Mais là, c’était plus tout à fait ça. « Piotr, j’ai cette impression là aussi, pour toi. J’ai l’impression que le visage que tu montres à tout le monde n’est pas le bon. Je ne sais pas pourquoi j’en suis certaine. Même toi, à force d’être ici, tu t’es persuadé d’être ce gars là » Me dit-elle entretemps, alors que j’étais silencieux depuis tout à l’heure. J’émit un petit rire à ses paroles, ajoutant instinctivement « Euh, tu es voyante pour dire ça ? » Dis-je amusé, bien qu’elle n’avait peut être pas tord, je refusais de l’admettre. Car si elle venait de dire ça, cela supposais que j’avais un autre visage avec elle alors ? J’avais beaucoup de mal avec cette idée, sachant qu’on était presque que des inconnus, je trouvais ça bizzare. « Je me demande bien ce qui te fait penser ça. Surtout après ce que tu viens d’entendre. Mais ne te fais pas d’illusions, si ce n’est pas déjà fait je finirais forcément pas te décevoir. Ajoutais-je d’un air franc avant de poursuivre. « C’est ce que je fais toujours. » Pour une fois, mon ton était beaucoup moins neutre qu’à mon habitude, et déçelait une certaine tristesse. Combien de gens avais-je déçu par mes agissements ? Mon frère ? Ma sœur ? Mes amis ? Je préférait mettre Ksénia en garde, une bonne fois pour toute. N’ayant pas envie qu’elle s’accroche trop à des idées qui pourraient être fausse, et surtout, je n’avais pas envie de la blesser. Bien que c’était peut être déjà fait aujourd’hui malheureusement. Je n’avais pas envie que ça recommence. Mais j’espérais que le fait que je lui avouais que j’avais envie de la revoir, suffisait à la réconforter. « Piotr, moi aussi, j’avais envie de te revoir… Mais, s’il te plaît, si tu veux que je sois moi-même, je vais devoir te demander quelque chose… » Me dit-elle en plongeant ses yeux dans les miens. Inconsciemment ça me fit perdre un peu la raison et me déstabilisa. Je fronça les sourcils, attendant ce qu’elle voulait me dire. « Je ne veux pas que tu me considères comme une clocharde ou une… pauvre fille ou une pauvre ou quoi que ce soit qui évoquerait ma situation. Juste que tu penses à moi comme Ksénia, rien de plus… » Me dit-elle alors que je sentis sa main effleurer la mienne, ce qui me fit baisser les yeux. Fronçant de nouveau les sourcils. Je ne savais pourquoi, mais son contact me fit presque frémir. Et même que c’était le cas. Mais je trouvais ma réaction d’un ridicule. Ce genre de chose n’était pas supposé me faire de l’effet. Je me repris en main en finissant par lui répondre. « Euh oui, bien sur. Répondis-je d’un air peu assuré. A vrai dire, j’avais présentement complètement oublié qu’on n’était pas de la même classe sociale. Et puis ça ne comptait pas vraiment ça de toute façon. Je finis par la suite, par lui avouer que j’aimerais bien avoir une amie comme elle. L’idée étrange, mais je crois que ça serais toujours mieux que rien, et qu’elle finisse par partir parce qu’elle était vexée. Ou n’avait pas envie de fréquenter un mec de mon genre. « Tu es loin d’être celui que tu prétends être. Si tu étais si invivable ta mamie ne prendrait pas le risque de passer chez toi. » Me dit-elle avec un sourire, ce qui me fit sourire à mon tour. « Justement c’est pour ça qu’elle vient. Elle veux me reprendre en main. Et surtout faire mon ménage, et je peux t’assurer que de ce côté-là, je ne suis pas du tout un exemple. Je rigolai. C’était vrai, si la vieille ne viendrait pas pour remettre de l’ordre, je n’osait imaginer l’état de mon appartement. Elle était tellement maniaque qu’elle se sentait obligé de venir la Josette. « Sérieusement, ta vie ne peut être pire que la mienne et tu es forcément meilleur. » « Et pourquoi je serais meilleur que toi ? »Dis-je aussitôt, pas du tout convaincu par ses propos. « Ma vie te parait peut-être mieux, mais ça ne fait pas du tout de moi quelqu’un de meilleur. La preuve, j’ai tout ce que je veux, et pourtant je m’ennuie dans ma vie. Je crois bien que quelque chose doit clocher chez moi. dis-je sincèrement, en émettant un petite rire, la situation m’amusait. Je me trouvais même un peu absurde de dire ça, mais c’était strictement vrai. Tout l’argent que j’avais ne rendais pas pour autant mon existence plus intéressante. « Ne t’en fais pas. Si vraiment je finis par voir que tu es si infréquentable que tu le dis, je prendrais mes jambes à mon cou pour me préserver, c’est promis » Me dit-elle ensuite, ce qui me fit sourire, une nouvelle fois. « Tu es très doué, tu sais… pour me faire passer du rire aux larmes. Ou plutôt, des larmes au rire... Je te suis dans ton humble demeure alors… » Je lui souria de nouveau, à vrai dire, ça me faisait plaisir d’avoir réussit à la faire rire, je ne demandais que ça d’ailleurs, et c’était beaucoup plus agréable pour moi de la voir ainsi plutôt que pleurer. « Je le savais, j’aurais du faire clown. » Plaisantai-je une dernière fois, avant d’avancer pour finalement aller ouvrir complètement la porte d’entrée et me mettre sur le côté pour la faire passé avant moi. « Après vous très chère. Je rigolai avant de finalement la suivre à l’intérieur en refermant la porte complètement, car je sais très bien que Josette serait capable d’espionner. « C’est un peu le foutoir. Mais je peux te faire visiter si tu veux. » Dis-je aussitô, ce qui justifiait l’état de l’appartement pas très rangé. La pièce principale était une sorte de grand salon, ouvert sur une cuisine ainsi qu’une salle à manger, avec un escalier au milieu qui menait à l’étage. J’imaginais que ça devait paraitre assez grand, mais la première idée qui me vint, était que ça devait surtout lui paraitre très désordonné. C’était le cas. Il y avait des journaux de partout, des livres et je ne sais quel autres truc. Bref, un jour il faudrait vraiment que j’apprenne le rangement.
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« La guerre, on ne la fait pas : c'est elle qui nous fait. ».
Après tout ce que j’avais vécu, j’aurais du partir après avoir assisté à la scène de morale de la grand-mère de Piotr. Cela aurait du me rappeler ces hommes qui fréquentaient le bordel, ces hommes sans cœur venant là juste pour leur plaisir sans se soucier qu’il s’agissait bien de femmes, et non d’objets. J’aurais du repartir au hasard dans la rue, rejoindre mon banc sur mon pont, fermer les yeux et rêver, à nouveau de ce visage si parfait que je pouvais imaginer comme bon me sembler qu’il pouvait bien être. Cependant, j’en avais marre de mes fantasmes et de ma plonger dans la rêverie. J’étais malheureuse, dans la réalité. Piotr, quand je l’avais vu dans la rue commerçante, avait été à l’opposé de celui que je m’étais inventé, à partir de son physique. Je venais d’être surprise d’entendre qui il pouvait être. Je ne savais dire si j’avais été déçue, en vérité, ça m’importait peu. Je voulais simplement me sentir avec lui et ce fut certainement pour cette raison là que je ne m’étais pas décidée à quitter son immeuble. Le sentiment que j’avais besoin de lui ne faisait que grandir et je compris que j’importais aussi à ses yeux. Je n’avais jamais vécu ça, je ne savais pas vraiment ce qui nous arrivait. Ce n’était pas de l’amour, juste un besoin d’être l’un avec l’autre. En tout cas, moi, je le ressentis comme ça. Mon cœur palpitait de plus en plus fort à chaque fois qu’il soulevait des paroles ambigües. Ce n’était pas l’amour. Je n’avais pas ressenti le coup de foudre quand je l’avais vu et ce n’était toujours pas ça – bien que je ne l’ai jamais vécu, le véritable amour, j’étais certaine que ce n’était pas cela. J’étais juste fascinée par mon rêve. Par mon inconscient qui s’était révélé prémonitoire. Désormais mon rêve prenait une autre tournure, maintenant que je l’avais rencontré. Depuis trois semaines, je dormais plus paisiblement, ou du moins le rêve allait plus loin. Quand il commençait à s’éloigner, il faisait à chaque fois demi-tour et s’agenouillait devant moi. Il posait sa main que je trouvais chaude – par rapport à mon corps glacé – sur ma joue d’un geste tendre. Après cela, il s’asseyait, me posait doucement sur ses genoux, prenait mes mains dans les siens et ses bras m’enlaçaient. Je laissais tomber ma tête sur son épaule, les yeux fermés. Il se penchait alors vers moi et me susurrait tendrement : « Ne t’en fais pas, je suis là maintenant, plus personne ne te fera de mal » et il m’embrassait timidement. Quand je m’étais réveillée, la première fois après avoir rêvé ça, je m’étais posé des questions. J’avais douté de ce que j’attendais de lui. J’avais un peu été perdu. Maintenant, je m’étais résignée à croire qu’il était impossible que l’amour naisse entre nous deux et que ce rêve n’était qu’un fantasme qui n’aboutirait pas. De toute évidence, j’avais trop peur de faire confiance, trop peur des hommes, trop peur de mes sentiments, trop peur de moi-même. Je me détestais trop pour pouvoir être aimée et pouvoir comblé un homme, Piotr à l’occurrence, qui lui, devait être aimé comme il le méritait, parce qu’il était quelqu’un de bien, malgré ces tendances de Don Juan… J’en étais persuadée, ma mise en garde naturelle face aux gens était baissée face à lui. Je me sentais moi, je ne me cachais pas, bien qu’il ne connaisse pas mon passé dont j’avais honte et le mot est faible.
Depuis que Piotr m’avait rejointe dans les escaliers, je sentais que ça allait mieux. J’avais l’impression qu’en sa présence, j’étais plus forte qu’avant. Même si je pleurais facilement car je repensais à mon passé lorsqu’il se disait quelqu’un d’infréquentable, je me sentais apaisée par sa présence. Il était persuadé d’apporter que des mauvaises choses aux gens, il se décrivait comme cynique et mauvais. Ça me rappelait trop moi… c’était assez étrange. Je le voyais rester de marbre face à moi et mes larmes. Je devinais qu’il était gêné et moi, ça me rendit coupable. Je ne voulais surtout pas qu’il se crispe ou bien qu’il se sente pour responsable. Je ne voulais pas qu’il pense qu’il avait nuit à ma personne, bien au contraire… Quand il s’exprima à moi, je remarquai qu’il tâchait de ne pas me regarder dans les yeux. Je crois que si je devais lui révéler que je mourrais d’envie de le revoir, j’aurais réagi de la sorte. J’en fus cependant très surprise qu’il ressente la même chose à mon égard. Quand je lui fis la remarque, j’insistai sur ma personnalité et surtout sur le fait que tous les gens pour qui je m’étais pris d’affection avaient été malheureux. Je pleurais à chaude larmes, ne sachant pas m’arrêter. Des mots d’excuses sortirent de ma bouche naturellement, sans que j’aie réfléchi.
« Ne te déteste pas pour ça ! Il n’y a aucun mal à pleurer. Ne t’excuse pas ! » répondit Piotr, aussitôt, l’air désolé lui aussi par mes propos. « Je ne te connais pas, mais tu es loin d’être une infâme personne à mes yeux. » ajouta t-il, en chuchotant cette fois. Je le sentais hésitant et je m’en voulais. C’est vrai que face aux larmes, on se sent un peu impuissant et face à une inconnue – ou presque, ça devait être pire. Il ne semblait pas trop savoir s’y prendre pour consoler les gens. Sa maladresse m’amena à conclure qu’il ne faisait pas ça souvent et ça me flattait. « Je ne sais pas ce qui te fais dire ça, mais je ne te crois absolument pas. » me déclara t-il, l’air complètement convaincu. Au moment où je voulus lever la tête pour croiser son regard, il détourna le sien. Je ne savais pas quoi répondre, par peur de le mettre encore mal à l’aise, et puis, à ça, je ne pouvais répondre quelque chose de sensé. « Je suis désolé, je suis absolument nul pour consoler les gens. » ajouta t-il, en fixant un point loin devant lui, sans me regarder, donc. Je ne pus m’empêcher de sourire à sa remarque et j’insistai afin de croiser son regard. « Tu ne devrais pas être à le faire, je ne devrais pas non plus pleurer comme ça, c’est… déplacé » le rassurai-je.
Piotr soupira. L’ennuyai-je ? Me trouver t-il complètement dérangée de pleurer ainsi ? Je ravalai fortement ma salive. Je ne l’avais pas lâché des yeux et je le vis porter à nouveau son regard sur moi. Cette fois-ci, il ne resta pas de marbre, devant moi. Il s’assit face à moi – peu d’espace nous séparait – et posa doucement sa main sur la joue et je sentis son doigt effacer les larmes qui continuaient de couler sur ma joue. Je sentis mon pouls s’accélérer quand son autre main vint caresser mes cheveux. Je sentis mes yeux devenir plus secs et mon chagrin s’éloigner, d’un coup. À cet instant, j’avais plutôt envie de poser mes lèvres sur les siennes mais je chassai très vite cette idée de ma tête. J’étais juste désespérée et avait besoin de réconfort, ce n’était pas un baiser que je voulais, juste du réconfort… Je m’étais mis ça dans la tête car je ne voulais pas m’attacher et éprouver des sentiments à son égard. Comme si mes gestes trahissaient mes décisions psychologiques, je fis glisser doucement ma main sur la sienne qui était toujours posée sur ma joue. Je n’eus pas besoin de parler pour qu’il comprenne que j’allais mieux, j’étais sûre qu’il avait compris. Nous n’eûmes pas besoin de parler non plus tant l’instant parut prendre une autre dimension à mes yeux. Non, je ne voulais pas m’attacher. Son geste était tendre et me plaisait. Jamais personne – mise à part Paul peut-être – me manifestait un tel intérêt et surtout un respect comme celui-ci. Au bordel, malgré mes larmes, certains n’hésitaient pas à s’adonner à leurs expériences sans se soucier de mon état moral… J’avais déjà subi des coups et mon corps s’était déjà trouvé recouvert de bleus. Deux jours plus tôt, d’ailleurs, j’y avais remis les pieds et ce fut une grosse erreur puisque je me retrouvai face à un allemand qui venait aux prostitués. Il m’avait abordé d’un mauvais français et voyant que je lui résistai, il m’avait attrapé violement par le poignet et avait fini par me… violer. Ce n’était pas la première fois que cela arrivait, et je ne savais pas ce qui m’avait passé par la tête que de me rendre là bas. Les filles sûrement… car malgré ça, dans ce monde, des filles étaient gentilles et méritaient de sortir de là. Mais elles avaient peur de mourir si elles vagabondaient au hasard dans la rue. Si j’avais réussi à me sortir de ça, c’était peut-être que cette peur n’était plus en moi. J’avais toujours mal au poignet et… *Oh, non…* Je retirai aussitôt ma main de celle de Piotr et il dut prendre cela comme un geste réticent à son égard puisqu’il me relâcha directement et un instant plus tard, il se trouvait debout, gênée et la situation était semblable au début. Cependant, malgré mon geste, il était trop tard. L’énorme hématome qui était apparu sur mon bras n’était plus recouvert par ma veste qui s’était remontée quand j’avais pris la main de Piotr dans la mienne. Aussitôt, je cachais ma tête dans mes jambes et mis mes bras sur ma tête. Je ne voulais pas m’expliquer mais il ne pourrait rester de marbre face à ça. Il ne pourrait pas non plus croire à une éventuelle chute. On voyait très bien que quelque chose m’avait serrée et blessée volontairement. C’était évident… Piotr avait lancé un « Hum…Désolé. Je fais souvent ça. » face à ma réaction mais c’était forcément avant de découvrir l’état de mon poignet.
Plus tard, quand la situation ce fut calmée, je fus touchée et je cillai tant j’étais surprise qu’il puisse être fasciné par moi. Je n’avais trop su comment réagir et j’avais conscience que mes propos étaient quelques peu confus et peu clairs. Je sentais le beau russe tout aussi gêné que moi ce qui ne m’aidait pas. Quand, d’un ton affirmé, je lui demandais s’il s’agissait d’un sentiment personnel ou professionnel, il haussa d’abord les sourcils et je vis parfaitement qu’il ne jouait pas la comédie. Cela n’avait pas du lui effleurer l’esprit ce qui me rassura sur ce fait. Je profitai de la situation pour lui avouer que je ne ressentais pas du tout ce qu’il disait être, j’avais plutôt l’impression d’avoir une personne sensible, généreuse et douce, tout le contraire de ce celui qu’il décrivait être ou encore ce que sa grand-mère croyait avoir comme petit fils. Je fronçai à mon tour les sourcils à cette idée. Piotr, quant à lui, retrouva son air amusé, ce visage que la gêne et le malaise avaient remplacé l’instant d’avant. Je retrouvais là cet air qui m’avait tant plu dans la rue commerçante, ce sourire et ce visage qui vous redonne espoir et que pour rien au monde vous ne voulez quitter. Piotr, qui avait donc retrouvé sa jovialité, déclara : « Euh, tu es voyante pour dire ça ? Je me demande bien ce qui te fait penser ça. Surtout après ce que tu viens d’entendre. Mais ne te fais pas d’illusions, si ce n’est pas déjà fait je finirais forcément pas te décevoir.» Je répondis du tac au tac : « Pas voyante, observatrice » répondis-je, avec l’air de lui expliquer précisément la situation. J’avais pris un air blasé, exprès, pour le faire rire – je voulais entendre son rire… « Observatrice car j’ai là face à moi quelqu’un qui est loin d’être le mec insensible, complètement cynique et désorienté… Je ressens plutôt une gentillesse, une douceur que je ne connais pas des hommes. Tu ne me décevras pas, pas si tu restes celui que tu es vraiment, en fait, celui que tu caches à tout le monde… » Je me mordis les lèvres. Et s’il interprétait mal mes propos et qu’il pensait que je n’avais vécu que des souffrances avec les hommes ? S’il arrivait à cette conclusion, il voyait juste. Mais je ne voulais pas que mon passé soit dévoilé à lui, pas déjà. « C’est ce que je fais toujours. » continua t-il sur un ton qui se voulait beaucoup plus triste. « Hééé… » dis-je doucement avec douceur en me levant pour me sentir le plus à sa hauteur possible bien que je sois de vingt centimètres plus petite. Je levai mon bras sur son visage et lui posai tendrement ma main sur sa joue. Je plongeai mon regard dans le sien et je repris. « Tu n’as pas droit de dire ça. Tous ces gens n’ont pas pris la peine de lire en toi. Tu es intéressant, tu me fais rire, et ce n’est pas chose facile.. » fini-je d’un petit rire. Son regard avait perdu son petit air rieur qui me plaisait tant et sa tristesse devait certainement être causée par des souvenirs passés. « C’est pas facile, hein, je sais… » Après ça, je ne pus m’empêcher de poser légèrement ma tête sur son torse et de faire glisser ma main de sa joue à son dos. Au Diable ma retenue habituelle. Je voulais lui montrer que j’étais là et que nos douleurs respectives pourraient être atténuées si nous étions assez forts ensemble. Je ne voulais pas qu’il prenne mal mon geste, juste comme un signe de réconfort. Pour la première fois, le silence ne fut pas pesant mais plutôt apaisant. J’entendais son cœur battre dans sa poitrine. Je le trouvais un peu rapide mais c’était agréable à écouter. Je fermai un instant les yeux et me permit de repenser à cette scène de mon rêve…
Cependant, j’ouvris à nouveau les yeux quand une idée me vint à l’esprit. Je ne voulais pas qu’il ait pitié, qu’il me considère comme une fille démunie et sans repères. J’avais la tête sur les épaules malgré tout ce qui m’arrivait. Quand je lui fis par de mes doutes, j’effleurai sa main et je le sentis frémir légèrement. Il baissa les yeux, je me mordis les lèvres. Quelque chose était en train de se produire entre nous, c’était certain. Je sentis un nœud se former dans mon estomac. J’avais peur de l’inconnu, peur de le perdre aussi comme j’avais perdu toutes ces personnes qui comptaient pour moi. Après que je le sentis un peu déboussolé, il me répondit « Euh oui, bien sur. » et quelques secondes durent s’écouler avant que je ne me rappelle la teneur de ma question.
Quand nos évoquions nos envies respectives de se voir et le désir que je reste chez lui, je n’hésitais pas à lui faire comprendre que je ne le considérais pas du tout comme apparemment la plupart des gens qu’il connaissait. J’évoquai sa mamie, pour lui faire part de mes pensées sous forme de blague. Il sourit et me répondit : « Justement c’est pour ça qu’elle vient. Elle veux me reprendre en main. Et surtout faire mon ménage, et je peux t’assurer que de ce côté-là, je ne suis pas du tout un exemple. » Je riai. « Ne t’en fais pas pour ça, ce n'est pas comme si je vivais dans un quatre étoiles, hein… » répondis-je en grimaçant. Je n’avais pas été gêné en évoquant ma vie dans la rue. Non, je n’avais pas du tout ressenti de la honte ou un malaise. J’en avais ri… Quand j’évoquai la chose avec plus de sérieux, il rétorqua : « Et pourquoi je serais meilleur que toi ? » Mon regard s’assombrit un peu. « Ma vie te parait peut-être mieux, mais ça ne fait pas du tout de moi quelqu’un de meilleur. La preuve, j’ai tout ce que je veux, et pourtant je m’ennuie dans ma vie. Je crois bien que quelque chose doit clocher chez moi. » dit-il l’air sincère, avec un petit rire. Je lui adressai un sourire, en tentant de paraître amusée, mais ce n’était pas le cas. « Tu sais, ça ne peut pas être pire que ce que j’ai fait dans ma vie pour survivre… » Je marquai une pause, et je me concentrai sur sa situation à lui, plutôt que la mienne. « Si tu t’ennuies, c’est peut-être parce que tu ne fais pas ce qui te plaît vraiment… Tu t’es créés un personnage, avec une réputation. C’est pour cacher ton vrai toi ! » Et là, j’avais affirmé ça en haussant la voix, certaine de mes propos. Je préférai le vexer un peu sur le coup plutôt qu’il croie que je renonçai à croire qu’il était quelqu’un de bien, vraiment.
Mais, je n’oubliai pas de lui dire que grâce à lui, je retrouvais le sourire. Voilà un point de plus qui faisait qu’il avait une bonne influence sur moi ! Ce à quoi il répondit après m’avoir fait part de son sourire des plus magnifiques, l’air amusé: « Je le savais, j’aurais du faire clown. » Nous étions à présent en train de monter les escaliers. Je riai encore et lui répondis, en entrant dans son jeu : « Oh les pauvres, non, tu as bien fait de ne pas avoir céder à ta vocation. Tu imagines, condamné à vie à porter un nez rouge ? » Je riai toujours et nous arrivâmes au palier de son appartement. Piotr ouvrit la porte tel un groom d’hôtel et m’invita à entrer d’un « Après vous très chère. » Décidemment, j’aimais son manque de sérieux. Je lui adressai un grand sourire et entrai dans l’immense salon. Mon hôte referma la porte entièrement, je tournai la tête pour le voir faire puis je regardai un peu tout à la fois. C’était un vraiment foutoir mais je m’en moquai, j’aimais même plutôt ça, c’était vivant. Les meubles semblaient d’une grande valeur et je ne tardai pas à porter les yeux sur l’immense bibliothèque. J’écarquillai les yeux, fascinée par sa collection. « C’est un peu le foutoir. Mais je peux te faire visiter si tu veux. » me dit soudain Piotr. Je tournai le regard de la bibliothèque pour le poser sur lui. « Avec plaisir. Foutoir ou pas, je trouve ça parfait. » Je désignai du menton la bibliothèque et je souris son propriétaire. Je ne voulais cependant pas aborder le sujet. Je serai passée par inculte si je n’arrivais pas à donner mon avis sur telle ou telle œuvre, bien que j’en avais entendu beaucoup par la fenêtre du théâtre de la ville. Mon illettrisme allait m’handicaper à un moment donné, j’en étais consciente, mais je ne voulais pas lui dire ; j’avais honte. Je portai à nouveau mon regard sur Piotr pour oublier mes idées perturbantes. « Je te suis » déclarai-je l’air carrément emballée par la visite. Et c’était vrai. J’avais hâte de découvrir Piotr, son univers.
❝v o s . p a p i e r s❞ ■ religion: Aucune car traumatisé des dimanche matin à la messe ! ■ situation amoureuse: Dans une relation passionnelle et fusionnelle avec mon chien ■ avis à la population:
Je ne savais pas trop ce que Ksénia attendait de moi, si déjà elle attendait quelque chose, mais je suppose qu’elle était finalement resté dans les escaliers parce qu’elle avait peut être besoin de moi. Bien que je ne sache comment l’aider autrement qu’en lui donnant de l’argent, je savais très bien qu’elle avait besoin d’aide. Ce n’était pas dans mes habitudes d’aller secourir les demoiselles en détresse, mais je voulais la voir sourire de nouveau et faire cesser ses larmes. Bien que je m’y prenais sans doute très mal pour ça, j’essayais au moins de m’expliquer et de m’excuser sur ce qu’elle avait entendu de moi. La voir triste m’était même insupportable. Je ne savais pourquoi ça me touchait tant, moi qui étais souvent froid et distant habituellement, avec elle ça semblait différent. Je ne saurais l’expliquer, mais c’était comme si sa douce présence me faisait rendait meilleur, me faisait redevenir le Piotr simple d’autre fois. Pas l’égocentrique que j’étais devenu. Et je n’avais pas envie d’être celui là devant elle. C’était peut être bête, surtout face à une presqu’inconnue, mais c’était ainsi. Je n’attendais absolument rien venant d’elle, ne sachant ce que sa présence pourrait m’apporter, ne sachant trop comment la considérer. Je n’avais pas spécialement besoin qu’elle soit mon amie, ni qu’elle soit plus, puisque je ne voulais me faire aucune idée, j’avais juste besoin de sa présence, même si ce n’était que pour un cour instant, je saurais toujours m’en contenter. Parce qu’avec elle, je pouvais être vrai, sourire, rire. Comme si le fait qu’elle ne vienne pas de mon monde, m’aidait peut être à être moi-même ? J’étais tellement ancré dans ma situation, dans mes fréquentations, dans la haute société, que j’avais sans doute oublié qu’en dehors de toutes ces mondanités, il existait un autre monde, d’autre gens. Différents de nous. De tout ceux que j’avais l’habitude de croiser. Des gens vrai, sincère, simple. Comme elle. Sa simplicité, sa modestie, son naturelle, ne la rendait que plus intéressante et charmante à mes yeux. Elle n’avait pas besoin de tout ces artifices que les femmes de mon milieu mettaient pour capter mon attention. Et surtout, elle ne la cherchait pas. Des tas d’autres filles en auraient sans doute profité à sa place –j’imagine – afin d’avoir encore un peu plus d’argent. Mais elle, ne semblait rien réclamer de plus, ce que je trouvais assez admirable.
Je ne savais pas vraiment si ma façon de m’y prendre était la bonne. D’autant plus que j’étais hésitant, et ça devait forcément se voir que consoler les gens n’était pas vraiment mon fort. J’espérais cependant que ça suffirait, bien que j’en doute vraiment. Je ne savais pourquoi elle s’excusait de pleurer, bien que je n’aimais pas la voir ainsi, c’était tout à fait normal qu’elle se lâche. Enfin j’imaginais que dans sa situation, il y avait de quoi verser quelques larmes. Et je ne la blâmais absolument pas pour cela. . « Tu ne devrais pas être à le faire, je ne devrais pas non plus pleurer comme ça, c’est… déplacé » Me dit-elle après que je lui eu avoué que j’étais un assez mauvais consolateur. J’haussai un sourcil, avant de répondre vivement « Ce n’est absolument pas déplacé ! Ne t’en veux pas pour ça. Même si je n’aime pas te voir pleurer, tu peux le faire si ça te soulage. Lui dis-je sur un ton qui se voulait plus doux à la fin de ma phrase.
Après avoir finalement daigné la regarder, je ne résistai pas à l’envie d’essuyer délicatement ses larmes, lui caressant même ses cheveux. A vrai dire je n’avais même pas réfléchit aux conséquences de mon geste. Peut-être qu’elle trouverait ça totalement déplacé, et me chasserait. D’où le fait que je regrettai quelque peu le fait de me laisser aller aussi facilement à mes envies. Ce n’était pas cependant un geste avec des idées malsaines derrières. Je voulais juste qu’elle s’arrête de pleurer et pouvoir la consoler. Je fus surpris de voir qu’elle déposa finalement sa main contre la mienne. Un frisson s’empara de mon corps, et j’abandonnai l’idée de reculer en l’espace d’un instant pour rester ainsi, à lui caresser la joue et ses cheveux. Je la regardais, soulagé qu’au fur et à mesure des secondes qui s’écoulaient, plus aucune larme n’apparut sur son visage. J’avais envie de la serrer dans mes bras, et de continuer à la consoler pour qu’elle ne cesse de pleurer. Cependant je calma mes ardeurs, non seulement parce que ça paraitrait encore plus déplacé que ce que j’étais en train de faire et puis parce que ça n’était pas dans mes habitudes de me montrer aussi tendre avec une femme. D’autant plus que nous nous connaissions à peine, ça serait sans doute inapproprié de ma part d’essayer d’aller plus loin dans mes gestes, bien que quelque part je crois bien que j’en mourrais d’envie. Je divaguais dans mes pensées tout en la regardant afin de m’assurer qu’elle allait mieux. Ou du moins qu’elle ne pleurait plus. Je n’avais aucune idée du temps qui s’écoulait, et combien de temps nous restions ainsi, peut être quelques minutes ou plus ? A vrai dire je n’y pensais même pas. J’étais dans un autre monde. Enfin jusqu’à ce qu’elle retira brusquement sa main posé sur la mienne. Ce qui me fit sursauter. Je pensa immédiatement à l’idée que j’étais sans doute aller trop loin en allant jusqu’à lui caresser les cheveux. Ça n’avait pas du lui plaire. Et je me reculai immédiatement me remettant debout. Confus, gêné. Je n’avais pas envie qu’elle se fasse des idées à mon sujets, bien qu’il y avait sans doute de quoi. Je me sentais mal à l’aise et m’excusa. J’espérais qu’elle ne m’en veuille pas, et ne pense pas une nouvelle fois que j’avais des idées derrière la tête à son sujet. Ça me gênerait. Cependant je n’eus pas plus le temps de méditer sur la question lorsque je vis un énorme bleu sur son bras. Qui s’apparentait fortement à un coup. Je fronçai les sourcils. Je ne savais ce que j’éprouvais face à ça. Inquiétude ? Curiosité ? Choc ? Colère ? Tristesse ? A vrai dire, aussi étrange que ça l’étais, je ressentais en cet instant un peu tout ça à la fois. Si parfois j’avais tendance à mal me comporter avec les femmes, jouant le séducteur, en revanche j’avais toujours détesté lorsqu’on levait la main sur elle. C’était bien quelque chose qui m’insupportait, me dégoutait, et même me rendait furieux. Comment pouvait-on aller jusqu’à battre une femme ? Et surtout comment pouvait-on aller jusqu’à battre une femme comme Ksénia ? Elle qui me semblait si fragile, innocente et merveilleuse. Cette idée m’énervait, et me faisait mal au cœur. Parce que bien sur, dans ma tête, je ne m’imaginais pas qu’elle s’était faite un tel hématome toute seule. Et moi et mon imagination fulgurante pensait déjà aux pires choses. Et ça m’énervait tellement d’avoir vu ça, que je ne put m’empêcher de me rapprocher de nouveau, pour saisir vivement son bras et prendre la parole sur un ton assez froid « Qui t’as fait ça ?! » Quel que soit cette personne, j’avais envie de lui faire aussi mal qu’elle lui avait fait mal à elle. Et pas uniquement parce que je portais un quelquonque intérêt à cette fille – bien que ça ne faisait qu’augmenter ma colère – mais parce que je ne supportais pas de voir une telle chose avec quelquonque femme. Ça aurait été une autre, j’aurais agit de la même manière et aurait envie de cogner l’homme qui avait osé violenter une femme. Ce genre de sujet ne me laissais pas insensible, depuis le jour où plus jeune j’avais surpris un amant de ma mère la battre. Forcément, moi et mon comportement impulsif n’avait réellement pas intérêt à croiser le chemin de l’homme qui s’en était pris à Ksénia. Ça ne pourrait que mal finir entre moi et lui me connaissant. « Dis-le moi que j’aille lui régler son compte ! Ajoutais-je sur un ton assez mauvais lorsque je remarqua qu’elle n’avait pas répondu à ma question. Je m’en fichais pourtant complètement de savoir l’identité de la personne, si c’était un amant, son frère, son père ou je ne sais qui, dans mon moment de colère, j’avais juste envie de frapper cette personne. C’était plus fort que moi. Je m’énervais peut être trop vite, et passait trop rapidement aux conclusions sans doute, mais l’idée qu’on puisse faire mal à une aussi charmante personne me rendait vraiment furieux. Et sur le coup, j’étais tellement hors de moi que je m’en fichais royalement qu’elle pense que ma colère était due au fait que j’éprouvais quelque chose à son égard, bien plus que de l’intérêt. Bien que ce soit peut être le cas, à vrai dire j’en savais rien, tout ce que je savais c’était que j’avais intérêt à me calmer, car je bouillonnais de rage et n’avait pas envie que la jeune femme me prendre pour un fou à m’énerver comme ça. Alors que peut être sa blessure était un accident ou autre… Il est vrai que si c’était le cas, je devais sans doute avoir l’air bien bête en cet instant.
L’instant d’après, j’avais finis par me calmer, et retrouver mon tempérament blagueur phase à ce qu’elle m’avait dit en la traitant de voyante. « Pas voyante, observatrice » Me dit-elle alors que je fit une moue totalement pas convaincu par ses propos tout en écoutant la suite de ce qu’elle avait à me dire. « Observatrice car j’ai là face à moi quelqu’un qui est loin d’être le mec insensible, complètement cynique et désorienté… Je ressens plutôt une gentillesse, une douceur que je ne connais pas des hommes. Tu ne me décevras pas, pas si tu restes celui que tu es vraiment, en fait, celui que tu caches à tout le monde… »Je n’étais toujours pas convaincu de ce qu’elle disait, et la tronche que je tirais devait bien en témoigner. Cependant, ce qu’elle venait de me dire, me laissa supposer que si moi j’étais gentil et doux, les hommes qu’elle avait du fréquenter ne devait pas être des lumière ? Probablement, je n’avais aucun doute sur ça c’était clair, encore plus après avoir très bien remarquer l’hématome qu’elle avait sur son bras. Ma capacité à raisonner était suffisamment rapide pour que j’en vienne aux conclusions. Il était clair qu’un homme, ou plusieurs l’avait énormément fait souffrir, je ne savais de quelles manières précisément, mais en tout cas, ça ne m’étonnait pas qu’après avoir connu des ordures comme je m’imaginais qu’elle avait croisé, qu’elle pense que moi j’étais gentil. Cependant, si je n’étais pas comme eux et qu’avec les femmes je ne m’attaquais physiquement jamais à elle, je savais qu’en revanche moralement il m’était arrivé de joué avec leur sentiment. Je ne savais d’ailleurs si un tel comportement était-il mieux ? Décidément j’étais vraiment un crétin. Je n’étais pas fier de ce que j’avais put faire, et je préférais réellement la prévenir.«Ecoute, ce n’est pas parce que les hommes que tu as connus devaient sans doute être plus mauvais que moi, que je suis forcément quelqu’un de bien. Tu dois sans doute me trouver gentil, simplement parce que je suis moins pire qu’eux. »Lui répondis-je, trouvant que c’était une explication tout à fait plausible. Car je n’arrivais pas à comprendre comment elle pouvait dire que j’avais un bon fond, alors qu’elle avait déjà eu l’occasion de voir une partie de mes mauvais côtés ? J’avoue, dans le fond, j’étais peut être quelqu’un de bien, mais je n’avais pas forcément envie de le montrer. Ne faisant pas suffisamment confiance autour de moi pour ça, je me méfiais trop des autres sans doute. Je venais précisément de repenser à ma famille, lorsque j’affirmai que je décevait toujours les gens. Particulièrement les gens auquel je tenais le plus. Ce n’était pas un scoop, j’étais tellement dans mon travail, que je n’avais même plus de temps à consacrer à ceux que j’aimais et je savais très bien que mon frère et ma sœur me détestait pour ça. Et même ma mère m’en voulait, bien qu’elle le montrait sans doute moins. « Hééé… »Me dit-elle en se relevant et s’approchant. Repenser à mes souvenirs, m’avait sans doute rendu moins jovial qu’à mon habitude. Ce fut sans doute pour cette raison qu’elle approcha sa main de ma joue en prenant la parole « Tu n’as pas droit de dire ça. Tous ces gens n’ont pas pris la peine de lire en toi. Tu es intéressant, tu me fais rire, et ce n’est pas chose facile.. » Ses paroles me firent sourire et son geste ne me déplaisait pas, bien que je détestait être consoler, n’ayant jamais supporté de paraitre quelque peu triste devant quelqu’un. Et je n’arrivais pas à m’ouvrir suffisamment émotionnellement parlant aux autres pour que ça puisse arriver souvent. « C’est pas facile, hein, je sais… » Ajouta-t-elle, alors que je m’aprêtait à lui dire que de toute façon ce n’était rien, et que c’était pas grave. Cependant, avant que je ne puisse ajouter quelque chose, elle s’approcha un peu plus de moi en posant sa tête contre mon torse, et mettant sa main dans mon dos. Je n’osais bouger tellement j’étais surpris d’un tel rapprochement. Les battements de mon cœur s’accélérèrent. J’avais brusquement perdu toute envie de lui dire que j’allais très bien et n’avait pas besoin d’être consoler, pour la simple et bonne raison que je ne voulais pas qu’elle bouge. J’avais entre temps soulevé mes bras, ne sachant où les mettre, par peur de faire une maladresse qui la conduirait à se reculer. Cependant, d’un geste réticent, je finis par déposer timidement une de mes main sur son dos, et l’autre dans ses cheveux que je me mis progressivement à caresser. Finissant par au bout d’un moment, d’un geste peut être maladroit, par la serrer contre moi un peu plus fort. Je ne savais qui était cette fille, pour qu’elle puisse m’apaiser si facilement, sachant trouver les bons mots. Le fait est que ça marchait, et que de la sentir contre moi me faisait ressentir d’étranges choses. Ce qui me rendait à la fois confus et serein. Je ne devais sans doute pas penser à ce genre de chose, alors que ses gestes étaient simplement du réconfort. Un réconfort mutuel dont elle et moi devions avoir besoin, rien de plus. Du moins c’est ce que je ne cessais de me répété dans ma tête.
Par la suite, toujours quelque peu déboussolé, je lui affirmai difficilement que oui, j’essayerai de ne pas la considérer comme une fille de la rue. A vrai dire, je venais de voir que je pouvais très facilement oublier nos situations des plus différentes. Donc ce qu’elle me demandait ne serait sans doute pas très difficile pour moi. « Ne t’en fais pas pour ça, ce n'est pas comme si je vivais dans un quatre étoiles, hein… » Me dit-elle ensuite, après que j’eu évoquer que mamie venait ici pour faire le ménage. « Hum oui, désolé. » répondis-je parce que je venais de percuter que j’avais parler d’un sujet, qui ne la concernait peut être pas si elle n’avait pas de lieu d’habitation ou alors peut-être vivait-elle dans un lieu pas très élaboré ? A ce propos, j’aurais aimé en savoir plus cependant, je me tut, par peur de la mettre mal à l’aise si j’évoquais sa situation. Même si à vrai dire, je me demandais bien où elle rentrais le soir, ce qu’elle faisait, ou elle allait ? Je gardais encore une fois, tous mes questionnements pour plus tard lui avouant qu’en réalité, ma vie n’était pas tellement passionnante. Je considérais que j’avais déjà presque tout vu, tout vécu si bien que je n’avais plus grand-chose de nouveau à faire, d’où l’ennui profond qui s’était installé dans ma vie, qui avait quelque peu perdu son sens à mes yeux. « Tu sais, ça ne peut pas être pire que ce que j’ai fait dans ma vie pour survivre… » J’haussa les sourcil, curieux. Peut-être trop encore une fois. Je m’en voulais tellement de me plaindre, et de n’être satisfait de tout ce que j’avais devant elle, je trouvais mon comportement un peu déplacé. «Oui sans doute. Je devrais vraiment me taire. C’est vraiment absurde de ne pas être satisfait dans une situation comme la mienne. »Dis-je d’un ton las. Je n’avais absolument aucun effort à faire pour avoir tout ce que je voulais de mon côté, je devrais en être heureux, reconnaissant. Pourtant je trouvais que tout ce qui m’entourait était trop facile, trop accessible, si bien que je n’avais aucun plaisir à disposer de tout cet argent. » Si tu t’ennuies, c’est peut-être parce que tu ne fais pas ce qui te plaît vraiment… Tu t’es créés un personnage, avec une réputation. C’est pour cacher ton vrai toi ! » Repris-t-elle alors que j’haussais les épaule, trop têtu pour avouer qu’elle avait peut être raison. « Si je ferais réellement ce qui me plait, je crois bien que je ne serais pas ici à te parler de toute façon. » A savoir écrire des articles beaucoup plus engagé et dénonciateur que ceux que j’était obligé d’écrire à l’instant même. J’avais voulu être journaliste, pour faire quelque chose de ma vie, m’engager pour être utile à ce monde, mais aujourd’hui tout mes efforts était vain, puisque je ne pouvais exercer mon métier rêvé comme je le voulais réellement. Ça me dégoutait presque. Bien que je m’étais fait à l’idée, je crois bien que tout mes rêves de gloire avaient tellement été noircit, qu’à présent je n’en avais même plus. « Et ne dis pas ce que tu ne sais pas, je ne cache rien du tout. » Dis-je sur le même ton déterminé qu’elle avait pris pour dire le contraire. Avec mon caractère, parfois un peu fort, j’avais toujours éprouvé un certain plaisir à contredire les gens, c’était plus fort que moi. Je n’avais pas envie que Ksénia me considère différemment des autres personnes. Je n’étais sans doute pas prêt à ouvrir ma réelle personnalité à elle, par méfiance ou orgueil sans doute. La carapace que je m’étais forgé m’empêchait de dévoilé mes faiblesse et de souffrir, ça m’allait très bien, et je n’avais absolument pas envie que ça change et de la briser. Bien que Ksénia, devait sans doute avoir un don certains pour rendre les gens plus doux, avec son côté si attendrissant. Et ça semblait être le cas avec moi aussi.
« Oh les pauvres, non, tu as bien fait de ne pas avoir céder à ta vocation. Tu imagines, condamné à vie à porter un nez rouge ? » Dit-elle alors que je montais les escalier. Je me retourna pour rire une nouvelle fois et ajouter l’air rieur « Hum ouai, pas très sexy. Ça aurait sans doute été le drame de ma vie. » Je rigola de nouveau avant d’entrer à l’intérieur, la faisant passer devant moi. J’avais l’impression que mon appartement était un réel désastre. Avec tout les trucs qui trainaient, on aurait presque put le confondre avec une brocante. J’avais tellement de meuble, de bibelot, et de trucs inutiles qui s’entassaient si bien que ça faisait très désordre. « Avec plaisir. Foutoir ou pas, je trouve ça parfait. » Je souriais à ses paroles, cela m’amusait de la voir émerveillé pour si peu à mes yeux. Enfin j’imaginais que peut être pour elle, c’était impressionnant, mais moi c’était tellement ordinaire que je ne trouvais rien de parfait là dedans. « Je te suis » Me dit-elle d’un air enthousiaste, ce qui me fit sourire de nouveau. « Avant ça, je peux te laisser attendre quelques minutes ? Il faut que je me change. » Dis-je en constatant que ma tenue n’était absolument pas approprié, bien que je l’avais oublié je préférais tout de même paraitre un minimum convenable. « Si tu veux tu peux t’assoir en attendant, et tu peux même prendre un livre aussi. » Ajoutais-je, ayant parfaitement remarqué qu’elle m’avait semblée très intéréssé par mon immense bibliothèque qui lui permettrait sans doute de s’occuper pendant que je m’habillerais. « J’espère que tu n’as pas peur des chiens par contre. Ne sois pas surprise si tu vois le miens débarquer. Il est un peu fou quand il voit des nouveaux visiteurs. » Dis-je en rigolant, préférant la prévenir au cas où mon chien aurait l’idée de lui sauter dessus. A vrai dire à cet instant, il devait sans doute être caché dans une des nombreuses pièces sans doute en train de dormir. « Bon Je ne serais pas long. Je lui fit un petit clin d’œil, en me dirigeant vers les escalier que je dévala pour rejoindre la salle de bain d’un pas rapide.
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« La guerre, on ne la fait pas : c'est elle qui nous fait. ».
Je ne savais pas vraiment pour quelle raison je n’avais pas envie de faire semblant devant Piotr. J’avais le sentiment de légèreté, et mes larmes coulaient toute seule, sans que j’aie besoin de les retenir, pour une fois. J’en avais marre d’afficher un visage radieux dans la rue pour le paraître alors qu’au fond, la terreur de la dureté de la rue me rongeait. Piotr m’avait abordée dans la rue comme une mendiante au départ mais quand nous nous étions mis à parler, j’avais compris qu’il ferait abstraction de ça. Et j’aimais ça. Avec lui, je n’avais pas besoin de mettre en avant la véritable personne que j’étais. Non, je n’avais pas besoin parce qu’il avait de suite vu cette personne là. De mon côté, j’avais été fascinée par la façon dont il me considérait. Je ne m’étais pas trompée au premier abord. Maintenant que j’étais avec lui, à quelques pas du pallier de sa porte, je cernai bien l’homme qu’il était. Si différent de tous ceux que je connaissais. Même de Paul. Ce n’était pas pareil, ce qui se passait avec Piotr et avec Paul. Piotr était doux et maladroit à la fois ce qui me plaisait. Je sentais qu’il ne voulait pas me brusquer et j’avais besoin de ça. De temps, d’un besoin de prendre confiance. Piotr dégageait quelque chose d’indescriptible, une chose dont je ne pouvais plus me passer, comme une drogue. Ma pudeur était dévoilée tant mes larmes montrait mon vrai visage. Tout le poids de mes huit ans accumulés dans la rue ressortait à cet instant. C’était douloureux mais il fallait que je passe par là. J’avais même le sentiment que c’était plus simple, avec Piotr d’y faire face. Dans son regard, je ne voyais pas un désir obsédant que je lisais tant dans ces hommes répugnants que j’avais pu croiser au bordel. Non, pas l’ombre d’une idée obscène ne traversait ses iris d’un bleu pur comme je n’avais jamais vu. Il m’inspirait protection et réconfort. Même si je le connaissais qu’à peine, je sentais que quelque chose de réciproque était en train de se produire. Cette impression qu’il avait besoin de moi comme moi de lui ressurgit soudain et je ne pus m’empêcher de penser encore une fois que mon inconscient l’avait déjà deviné. Mon inconscient m’avait fait rêver de lui afin que je m’accroche à la vie. Pour que l’espoir me maintienne vivante et que je le rencontre un jour…
Je me sentais si idiote à pleurer là, sans réellement savoir pourquoi tant de souvenirs se bousculaient dans ma tête. Je fis la remarque à Piotr qui était face à moi, et tentait de me consoler tant bien que mal. Quelle gentillesse, je ne méritais pas ça. Je le sentais maladroit et hésitant et j’en fus touchée. Rien que le fait qu’il me porte de l’attention me suffisait, même ça, je n’y avais jamais eu droit de toute mon existence. Je le vis sourciller à ma remarque et il répondit, d’un air qui montrer sa confiance en lui. « Ce n’est absolument pas déplacé ! Ne t’en veux pas pour ça. Même si je n’aime pas te voir pleurer, tu peux le faire si ça te soulage. » Sa voix et son visage dégageait plein de douceur et de réconfort. À lui tout seul, il me réchauffait le cœur et semblait faire fuir mes remords. Je le regardais en clignant rapidement des yeux. Je sentais les gouttes de larmes qui se déposaient sur mes cils déjà tous mouillés. Je ne répondis rien mais mon regard en disait long. Je le remerciais de ne pas me juger, de me laisser faire sortir tout ce qui s’était accumulé en moi. De plus, le fait qu’il n’aime pas me voir dans cet état m’alla droit au cœur. Il était bien le premier à remarquer ma souffrance, tous les autres se moquaient bien de mes états d’âme et m’infligeaient les mêmes souffrances.
Nos regards se croisèrent et ça m’apaisa peu à peu. Les larmes coulaient toujours sur mes joues mais je tremblais moins et je sentais que j’étais un peu plus sereine. Mon cœur s’emballa à nouveau lorsque Piotr déposa doucement sa main sur ma joue et qu’il me caressait les cheveux de son autre main. Cependant, malgré le rythme accéléré de mon poult, je me sentais bien. J’aurais voulu rester là pour l’éternité tant son geste de douceur était agréable. Je caressai sa main et laissai ma main sur la sienne. J’aimais ce nouveau contact qui était plus concret, je pense. Je ressentis une drôle de sensation dans mon ventre et des frissons me parcoururent le corps. C’était si étrange, inconnu mais je ne me posai pas de questions. J’avais la tête trop occupé à penser à Piotr, à ses doigts dans mes cheveux, sa main sur ma joue qui effaçait mes larmes et mes yeux qui devenaient plus secs. De temps en temps, nos regards se croisaient et j’avais l’impression que nous nous parlions. Juste d’un simple regard. Il semblait me dire qu’il était là, je le remerciais et lui montrais toute l’affection que je ressentais déjà pour lui. Je mourrai d’envie de glisser mes doigts dans ses cheveux et d’appuyer mon front contre le sien, en fermant les yeux. J’aurai aimé sentir ses lèvres frôler les miennes et se promener le long de mon cou et mes joues pour me rassurer mais c’était totalement déplacé. Je chassai cette idée de ma tête qui, pourtant, je le sentais bien, reviendrait très vite. L’instant me sembla ne durer que quelques secondes mais je pense qu’en vérité, nous restâmes un instant assez long ainsi. Aucune parole ne fut prononcer, chacun était perdu dans ses pensées et nos gestes ne changèrent pas, restèrent doux et apaisants. Du moins, ce fut le cas jusqu’à ce que je me souvins que j’avais un énorme hématome sur le poignet et je savais ma veste relevée, il n’aurait aucun mal à le voir. Ce fut plus brusquement que je le voulus que je repoussai sa main. Piotr sursauta mais je ne m’en préoccupais pas au départ. Je voulais cacher cette horrible marque d’agression mais il était trop tard. Je m’en voulais de l’avoir repoussé de la sorte mais je m’étais affolée. Je ne voulais pas qu’il découvre les horreurs que je vivais parfois dans la rue. Il avait du prendre mon geste pour lui tant je lisais de la culpabilité sur son visage et il avait presque fait un bond en arrière et se tenait maintenant debout, à une distance que je détestais entre nous. Cependant, je savais que mon geste n’avait servi à rien. Il n’avait pu rater l’énorme blessure sur mon poignet. Il fronça alors les sourcils, il venait de découvrir. Je me recroquevillai sur moi-même dans l’escalier. Je cachai mon visage. J’allai devoir m’expliquer, je n’en avais pas envie.
Il s’avança brusquement vers moi et saisit mon bras ce qui m’obligea à me lever et lui faire face. Je soutiens son regard malgré le malaise qui était né en moi. J’attendais, prête à envisager toutes les hypothèses qu’il aurait faites à mon sujet. « Qui t’as fait ça ?! » J’avais senti une certaine colère dans ses paroles et je baissai les yeux comme un enfant qu’on aurait pris en faute. Pourquoi rentrait-il soudain dans cet état à la vue d’un hématome sur mon bras ? Qu’avait-il pensé ? Que voulait-il faire ? Etait-ce pour moi ou bien avait-il vécu des choses qui faisaient appel à la violence ? Mes questions restèrent en suspens. Il tenait toujours mon bras où l’hématome était alors mis en évidence. Il ne me faisait pas mal mais la situation était déconfortable. « Dis-le moi que j’aille lui régler son compte ! » insista t-il. Je fronçai les sourcils. Je ne pouvais pas imaginer qu’il risque à se blesser pour moi ou à s’attirer des ennuis avec les Forces de l’Ordre. C’était étrange qu’il veuille me venger. Je le regardai alors droit dans les yeux d’un air grave et sérieux. « Non » dis-je sèchement. « Non » répétai-je. « Tu n’as pas à faire ça, je te l’interdis même. C’est dangereux, il… il est dangereux, il me fait peur, il me menace et me suit souvent… » avais-je alors lâché. « C’est un allemand qui… que je croise parfois près du bordel… il… il me suit en filature et dès qu’il n’y a plus personne il vient vers moi et me fait du mal. Je ne comprends pas ce qu’il me crie mais ça m’effraie. C’est il y a trois jours, j’ai essayé de le repousser. Il m’a saisi par le poignet, me l’a serré fort et m’a bloquée contre un mur. J’ai mal tout en bas du dos aussi. Je ne sais pas dans quel état il est, je n’ai pas pu voir mais je… souffre. Après, il… a abusé. De moi. » Ma respiration était haletante et je regardai à nouveau Piotr dans les yeux. Que m’était-il arrivé ? Pourquoi lui avais-je révélé cela alors que je n’en parlais à personne ? Comment allait-il réagir ? J’avais peur d’aggraver mon cas, peur que l’allemand s’en prenne aussi à lui, maintenant, par ma faute. « Ne fais rien, je t’en supplie, je ne m’en remettrais pas s’il te faisait aussi du mal, je t’en pris, oublie ce que je viens te dire » Ma voix tremblait par l’angoisse. Mes épaules se levaient fortement tant ma respiration était rapide et courte.
Quand l’incident fut clos, l’atmosphère s’était détendue et je parvins même à rire avec le beau russe. Cependant, la conversation était sérieuse. J’évoquai le fait que je ne le voyais pas comme celui qu’il se décrivait. Voyante ? Pas du tout, il se trompait. Même s’il me l’avait dit en rigolant, il l’avait dit et je voulais le convaincre qu’il n’arriverait pas à me faire penser comme tous les gens de son entourage. Je tentais tant bien que mal de sortir quelques arguments mais je le sentis déterminé et sûr, lui aussi. « Ecoute, ce n’est pas parce que les hommes que tu as connus devaient sans doute être plus mauvais que moi, que je suis forcément quelqu’un de bien. Tu dois sans doute me trouver gentil, simplement parce que je suis moins pire qu’eux. » J’écarquillai les yeux, choquée par ses propos. « Non » lançai-je, d’une voix certaine. « Je ne te compare pas avec eux. Je sens quelque chose de… spécial. Tu comprends ? Et ne parle pas de ces hommes là, tu ne sais pas de quoi tu parles. » J’avais peut-être été blessante dans ma dernière phrase mais je n’avais pu me contrôler. Parler de mon passé m’était douloureux. Je ne savais pas s’il avait compris que j’étais plus ou moins une prostituée. Ce mot là m’arracha une grimace qu’il dut voir. Je ne voulais pas évoquer le sujet, simplement parce que j’en avais trop honte. Quelques secondes s’écroulèrent et je sentis que Piotr se crispait pendant que ses yeux perdaient de leur brillance et s’assombrissaient. Il m’avait dit qu’il décevait toujours les gens. Je ne pouvais le laisser dire ça. Après quelques mots de réconforts, je ne pus m’empêcher de le serrer dans mes bras. Je sentis qu’il maintenait ses bras en l’air, ne sachant certainement pas trop où les mettre. Ma tête était posée contre son torse et j’avais fermé les yeux. Son cœur battait plus vite que la normal et un petit sourire s’esquissa sur mon visage. Il devait en être pareil pour moi. Doucement et timidement, je sentis sa main se poser sur son dos. Comme pour l’encourager, je bougeai mes doigts dans son dos. Quand son autre main vint progressivement caresser mes cheveux, j’eus de nouveau des frissons. Quand je sentis qu’il me serrait plus fort dans ses bras, je fis glisser ma main qui n’était pas dans son dos le long de son torse et je l’arrêtai sur son ventre. La situation m’apaisait et me calmer et après toutes ces émotions que j’avais déjà vécue ce matin, j’en avais besoin. J’avais vu juste en venant chez Piotr. C’était lui qu’il me fallait. C’était lui que j’attendais, depuis toujours. Personne n’avait réussi à m’apaiser comme ça depuis huit ans que j’étais à Paris. Son étreinte me coupait du monde, des malheurs que j’avais vécus. J’avais le sentiment que plus rien ne pourrait m’arriver, maintenant. Pourtant, je savais que je ne pourrais pas toujours être avec lui. Je n’avais pas le droit de m’attacher si vite. Pourtant, je ne résistai pas. Je ne savais pas ce que je ressentais pour lui mais c’était fort, unique.
Après ça, j’eus besoin d’être sûre qu’il ne faisait pas ça par pitié. Nous étions encore un peu gêné et sonné par nos rapprochements soudains mais il me répondit qu’en effet, il ne me considérait pas comme tel. « Hum oui, désolé. » me répondit-il après que j’eus relevé que je ne vivais pas dans le luxe et que je pouvais supporter un appartement en désordre. « Non, c’est rien » le rassurai-je, tout sourire. Très vite, nous évoquâmes nos vies respectives, bien que j’aie passé la mienne sous silence. Il me confia qu’il s’ennuyait dans son quotidien. J’en profitai pour parler du personnage qu’il s’était fabriqué autour de lui pour peut-être se protéger. Il ne releva pas, haussant simplement les épaules. Je souris. J’avais compris qu’il était du genre têtu et que s’il n’avait rien à dire, il pensait peut-être que j’avais raison. « Si je faisais réellement ce qui me plait, je crois bien que je ne serais pas ici à te parler de toute façon. » Je ne compris pas ce qu’il avait voulu dire par là. Je ne le lui demandai pas et ne répondis rien non plus. Ce genre de conversation ne m’intéressait pas vraiment. Je ne voulais pas le forcer à se confier ou à me révéler sa vie. « Et ne dis pas ce que tu ne sais pas, je ne cache rien du tout. » Je souris à nouveau alors que sa réflexion aurait du me faire avoir la réaction inverse. « Si tu le dis… » le laissai-je penser. Mais j’avais pris un ton ironique, qui montrait plutôt que je m’amusais de son entêtement. Je lui lançai un regard amusé.
« Hum ouai, pas très sexy. Ça aurait sans doute été le drame de ma vie. » dit-il alors que nous étions partis dans nos délires de Piotr version cirque. Nous rîmes tout en montant les escaliers d’un pas décidé. Il me fit passer devant lui afin que j’entre la première dans son appartement. Super désordonné mais l’endroit donnait l’impression d’un petit nid douillé. Il devait être bon de s’y reposer ici le soir. Je l’imaginai rentrer du journal, abattu par ses articles qui avaient du être censurés. J’étais sûre qu’il était comme ça. J’ouvris grand les yeux, et un large sourire apparut sur mon visage. Sa bibliothèque et cet espace si grand me faisait rêver. L’escalier montrait que l’appartement s’étendait encore à l’étage. Quand je lui avouais que son logement me plaisait beaucoup, il me sourit. Je devinais qu’il était content de ma remarque mais autre chose était apparu dans son regard, je ne sus deviner ce qu’il s’agissait. Il me proposa de me faire visiter. J’acceptai avec entrain. « Avant ça, je peux te laisser attendre quelques minutes ? Il faut que je me change. » Je le dévisageai alors, ayant complètement oublié sa tenue. Je me pinçai les lèvres de façon pas du tout discrète quand je remarquai alors qu’il était seulement vêtu d’une chemise assez longue qui cachait un peu son caleçon… et c’était tout, il n’avait rien d’autre sur lui. « Hmm Hmm, oui bien sûr. Je t’attends là. » lui dis-je toujours aussi amusée par la situation. « Si tu veux tu peux t’assoir en attendant, et tu peux même prendre un livre aussi. » ajouta t-il. « Oh, oui, c’est gentil… Ne t’en fais pas » lui répondis-je sachant pertinemment que je n’allais pas bouquiner en l’attendant. « J’espère que tu n’as pas peur des chiens par contre. Ne sois pas surprise si tu vois le miens débarquer. Il est un peu fou quand il voit des nouveaux visiteurs. » Il rigola et je souris. Son regard dégageait à nouveau cette joie de vivre que j’avais connue dès notre première rencontre et je fus contente de retrouver ça. Il était tellement beau ainsi. « Non, je n’ai pas peur des chiens. Je préfère quand même les chats » rigolai-je pour le taquiner. « Bon Je ne serais pas long » finit-il par me dire en me lançant un clin d’œil. J’opinai d’un mouvement de tête et je lui souris, en réponse au clin d’œil. Il monta les escaliers d’un pas rapide.
Quand je me retrouvai seule dans l’immense pièce principale, je marchai vers le fond de la pièce. Je frôlais les livres du bout de mes doigts en passant près de la bibliothèque et je m’arrêtai devant son bureau. Ou plutôt, devant un tas de feuilles, livres et journaux dans tous les sens qui cachaient un bureau. Je fis l’indiscrète et regardai les manuscrits, juste pour voir à quoi ressembler son écriture. J’étais incapable, évidemment, de déchiffrer les mots. Mes yeux s’ouvrirent grands quand je reconnus « Ksénia » sur l’un d’eux. Je déchiffrai plusieurs fois le mot, mais c’était bien ça, j’en étais sûre. C’était le seul mot que je savais lire, mon prénom. Je ne pouvais pas me tromper. Alors je me mis à parcourir les feuilles qui étaient rassemblaient avec celle là et je retrouvais mon prénom écrit à plusieurs endroits. Devais-je lui en parler ? Je mourrais d’envie de savoir ce qu’il disait sur moi, ce qu’il racontait. Mais ce serait peut-être embrassant pour lui, si j’évoquais ça… et il ne comprendrait pas que je ne sache pas ce qu’il avait dit sur moi et je ne voulais pas lui dévoiler mon illettrisme, pas maintenant, j’avais trop honte. Il était si intelligent et cultivé, je paraîtrais nulle et faible à côté de lui. J’entendis bouger à l’étage et je reposai les manuscrits. Je m’écartai du bureau et sur ma droite, je vis une porte entre-ouverte. Je poussais doucement la porte et entrai. Là, un piano, encore plus beau que celui qui me faisait dans la vitrine du magasin de musique. Je m’assis sur la siège de l’instrument et fit glisser mes doigts sur le noir brillant où était inscrit deux mots en lettre d’or. Je restai un instant admirative devant le beau piano, comme un enfant découvrant le plus beau cadeau qu’il aurait pu avoir un jour de Noël. Je balançai mes cheveux sur le devant de mon épaule gauche et mes doigts de ma main droite vinrent tapoter les notes du piano, doucement, une après l’autre, séparément, chaque note après un petit instant de silence. C’était ridicule mais je ne savais jouer… Mon regard était perdu dans mes rêveries pendant que mes doigts continuent de se promener entre les touches blanches et noires du magnifique piano de son beau propriétaire…
❝v o s . p a p i e r s❞ ■ religion: Aucune car traumatisé des dimanche matin à la messe ! ■ situation amoureuse: Dans une relation passionnelle et fusionnelle avec mon chien ■ avis à la population:
Je n’arrivais pas à m’imaginer clairement ce que Ksénia avait bien put vivre durant toute sa vie, cependant je devinais facilement que ça ne pouvait avoir été que quelque chose de difficile. Et puis le simple fait de se retrouver totalement démunie, sans argent devait être assez dur. Bien que je ne savais absolument pas ce que ça pouvait faire. Dans mes vieux souvenirs, en Russie, ma famille peinait à se nourrir avec la révolution, je me rappelais que c’était difficile aussi, d’où le fait que nous avions finit par quitter le pays. J’imaginais que pour elle, ce devait sans doute être pire. J’éprouvais une sorte de culpabilité, à me retrouver à côté d’elle, moi et mes multiples richesses que je disposais à ma guise. Le monde était vraiment inégalement répartit et me semblait injuste. Injuste, car comment une jeune femme aussi fragile et gentille pouvait se retrouver dans une telle situation ? Alors que quelqu’un comme moi avait tout ? Vraiment, tout ce qui arrivait sur cette terre ne me semblait pas normal. Ces innocents juifs qu’on tue, capturent, et ces nazis qui font ce qui veulent et répandent terreur un peu partout, pendant que des malheureux innocents souffrent ? J’observais souvent tout ce qui se passait autour de moi, dans les rues, dans Paris, conscient de la réalité des choses et de la cruauté du monde qui m’entourent. Il m’arrivait très souvent de tenir un carnet de bord, et de décrire tout ce que je voyais. Ça me dégoutait tellement… J’espérais quelques part, que plus tard, dans plusieurs années, à ma mort, mes écrits seront retrouvé et feront prendre conscience aux gens que rien ne va, et les inciterons peut être à mieux se comporter ? Mes espoirs étaient peut être vain. A force de voir autant d’atrocité, pas étonnant que je sois devenu d’un tel pessimisme sur les hommes. Mon métier me contraignait à les observer, et mon côté assez curieux avait fait que je voyais absolument tout ce qui se passait. Je me renfermais dans mon univers, afin d’oublier tout ce que je voyais à longueur de journée, c’était plus facile ainsi. Dans le cas contraire, je sais très bien que j’aurais été tenté d’agir pour faire changer les choses, en me sentant un peu plus concerné par toutes ces horreurs, cependant, je savais très bien que je ne pouvais rien faire. Ce qui m’énervais, et je me détestais à rester ainsi, à mener un train de vie des plus luxueux, pendant que tant d’autres personnes crèvent de faim. En plus de ça, je voyais toujours autour de moi des gens aussi égoiste, qui n’en avait rien à faire des pauvres, et je me mettais à les détester également. Je crois que quelque part, je me sentais coupable d’avoir tout ce que je voulais, alors que ce n’était pas le cas de tout le monde. D’où le fait que je n’avais jamais vraiment osé entretenir des relations avec les gens de la rue, essayant de ne pas me mélanger à eux. C’était idiot comme comportement, car ces gens là étaient comme vous et moi. Si ce n’est mieux. Ksénia en était la preuve vivante. Sa personne me semblait dôté d’une bonté que je voyais rarement autour de moi. De nature très observatrice, je savais facilement décelé ce genre de chose et je savais que je ne me trompais absolument pas à son sujet. En lui parlant, je m’étais bien rendu compte que j’avais été très stupide de ne pas vouloir nouer des liens avec des gens comme elle. Simplement parce que je me sentais honteux d’avoir toutes ces richesses à moi tout seul.
Les larmes de la jeune femme, me faisait d’autant plus rendre compte que la vie devait être injuste. Je la trouvais bien forte et courageuse, d’espérer que sa situation s’arrangerais comme elle me l’avait dit l’autre fois, alors que moi à sa place, j’aurais facilement baissé les bras. Parce que j’étais un lâche, et que j’avais du mal à faire face aux choses. Enfin autrefois, ça aurais peut être été différent, puisque je m’étais battu pour faire ce que je voulais, mais à présent, je trouvais que tout mes efforts n’avait aucun sens, puisque je n’étais pas heureux. Et j’avais perdu toute envie de l’être et toute force à présent je crois bien. M’enfin, encore une fois je me trouvais bien idiot, car Ksénia devait sans doute être beaucoup malheureuse que moi, éternel insatisfait ! Il me semble que j’en avais toujours demandé, et voulu trop, richesses, gloire, argent, femmes… Si bien que je ne savais m’en contenter. Alors que peut être, était-ce finalement des choses simples qui permettrait de me combler ? Je n’en savais rien à vrai dire, et je méditais sur toutes ces questions pendant un long moment sans doute. Le temps, d’essayer de consoler comme je le pouvais, la jeune ukrainienne qui me faisait aspirer à beaucoup de douceur à son égard. Elle me semblait tellement fragile et frêle, que je ne pouvais m’efforcer à vouloir agir autrement. C’était elle, qui me donnait envie d’être tendre et réconfortant. Car je n’étais absolument pas de ce genre je le sais bien. La preuve, la dernière fois que j’avais essayé de consoler quelqu’un, j’avais donné à la personne uniquement une petite tape dans le dos, qui l’avait fait s’étouffer, et elle m’avait donné une gifle en me traitant de nul et de crétin. Parce qu’en plus il avait fallut qu’elle pleure à cause de moi. Enfin tout ça pour dire que je trouvais mon comportement actuel vraiment étrange, je n’arrivais pas à me comporter avec Ksénia, de la même manière que je me comportais avec les autres. Je ne savais si c’était une bonne ou mauvaise chose, mais en tout cas ça me rendait d’autant plus curieux. Sur moi, et sur elle. Me demandant ce qu’elle avait de si différent pour que je me comporte ainsi ? ça m’intriguait réellement tout ça. C’était tellement inhabituel, si bien que je ne pouvais m’empêcher de trouver tout ça vraiment bizarre. Mes mains continuais de caresser doucement ses cheveux blonds, j’avais tellement peur de faire un faux pas, un mauvais geste, que j’y allais vraiment lentement. Moi qui était pourtant du genre tellement entreprenant, là, je n’aurais osé faire plus, car ce n’était pas vraiment le bon moment, bien que je sentais que ce n’était pas l’envie qui me manquait, je n’avais pas envie de gâcher cet instant, et de la rendre triste de nouveau à cause d’un simple désir naissant à son égard. Je n’avais pas envie que mon comportement habituel de séducteur viennent brouiller les choses, je ne voulais absolument pas de cela. Cependant, je ne pus m’empêcher de penser que j’en avais sans doute déjà trop fait lorsqu’elle se recula brusquement. J’avais peur qu’elle me trouve totalement déplacé, et ça devait sans doute être le cas vu la façon dont elle s’était écarté. Je me tins rapidement éloigné d’elle, afin d’être certain de ne plus vouloir faire une autre connerie du genre de ce qu’elle venait de faire. Elle semblait tellement perturbé, que je pensa immédiatement que c’était parce que je m’étais trop approché d’elle, j’en fut quelque peu vexé d’ailleurs, pensant qu’avec elle je devrais vraiment garder mes distances.
Cependant, ma résolution, je ne tardai pas à ne pas la tenir, mais là, c’était un cas de force majeure disons. J’avais rapidement remarqué le coup qu’elle portait sur son bras, et m’étais approché de celui-ci pour l’observer attentivement. J’étais furieux de voir une telle chose. La violence envers les femmes, était quelque chose qui me fâchait très rapidement. Et j’avais aussitôt, eu envie de faire exactement la même chose avec l’homme qui s’en était pris à elle. Mon impulsivité m’avait bien des fois attiré des ennuis, mais je me fichais royalement de ça, je ne pouvais rester sans rien faire en voyant pareille chose. Je demandai immédiatement à mon interlocutrice l’identité de l’homme qui allait sans doute payer cher s’il venait à croiser mon chemin. Cependant je récolta un simple « Non » venant de sa part. Je lui lança un regard insistant avant qu’elle ajoute de nouveau un autre « Non »ce qui me fit lui lancer un regard noir tant j’étais énervé. « Tu n’as pas à faire ça, je te l’interdis même. C’est dangereux, il… il est dangereux, il me fait peur, il me menace et me suit souvent… »poursuivit-elle, ce qui me rendit d’autant plus furieux car ça confirmait d’autant plus les conclusions que je m’étais faites. « C’est un allemand qui… que je croise parfois près du bordel… il… il me suit en filature et dès qu’il n’y a plus personne il vient vers moi et me fait du mal. Je ne comprends pas ce qu’il me crie mais ça m’effraie. C’est il y a trois jours, j’ai essayé de le repousser. Il m’a saisi par le poignet, me l’a serré fort et m’a bloquée contre un mur. J’ai mal tout en bas du dos aussi. Je ne sais pas dans quel état il est, je n’ai pas pu voir mais je… souffre. Après, il… a abusé. De moi. »J’écarquillais les yeux, à la fois furieux, surpris, choqué encore une fois. C’était encore pire que ce que je pensais. Je m’imaginais la scène et ça me fit réellement mal au cœur, une douleur aussi violente que celle que j’avais ressentit lorsqu’on s’en était pris à ma mère. Déjà que je ne portais pas les allemands dans mon cœur,là c’était pire. Et me dire que l’un d’entre eux s’en était pris à elle, me donnait limite des envies meurtrière. Ça me faisait tellement mal de me dire que Ksénia souffraitvéritablement et qu’on puisse faire du mal à une fille comme elle. C’était honteux. Je comprenais pourquoi je préférais souvent rester à l’équart de ce qui se passait, je ne supportais pas d’entendre ce genre de chose. Non seulement il lui avait fait mal physiquement, mais en plus il l’avait violée… Cette dernière idée me rendait totallement fou. « Ne fais rien, je t’en supplie, je ne m’en remettrais pas s’il te faisait aussi du mal, je t’en pris, oublie ce que je viens te dire » Poursuivit-elle, alors que je ne l’écoutait que d’une oreille, plongeant mon regard dans le vide, la seule chose que j’avais envie de faire c’était de taper dans cet allemand aussi fort que je pouvais pour évacuer toute ma rage et cette douleur qui s’emparait de moi. Entendre pareille atrocité, me faisait tout autant souffrir. Je ne devais sans doute pas prendre cette histoire autant à cœur, pourtant je me sentais concerné, je voulais l’aider et faire quelque chose. Je ne pouvais supporter l’idée qu’elle puisse souffrir de nouveau. « Tu me racontes ça et tu veux que je ne fasse rien ?! » Ajoutais-je d’un ton presque agressif encore chamboulé par ce que je venais d’entendre. Je lui lâcha son bras aussi vivement que je l’avais saisit. Comment pouvait-elle penser que j’arriverais à oublier ça ? Au contraire, j’avais l’impression que cette scène que je m’imaginais me hanterait. « Tu veux peut être que j’aille l’applaudir alors ? » Lui dis-je d’un air hautain sans vraiment réfléchir. « Tu n’imagine pas ce que ça peux me faire d’entendre ça. Tu n’aurais jamais dû me le dire ! Car tu sais très bien que j’arriverais à le retrouver, je sais tout dans cette ville ! » Dis-je sur un ton tout aussi en colère que précédemment. J’avais tellement de relation ici, mon métier faisait que je mettais mon nez un peu partout, donc pour moi, traquer un allemand était presqu’un jeux d’enfant. D’autant plus que si il continuait de la suivre, ça serait d’autant plus facile pour moi de le trouver. J’étais suffisament borné pour me dire qu’il fallait que je le retrouve et que j’aille le frapper. Il m’importait réellement de lui faire payer son comportement, et surtout qu’il arrête de la suivre. Ce mec là ne me faisait absolument pas peur, et ce n’est pas comme si je ne savais pas me battre. Je me perdit totalement dans mes pensées, prévoyant des plans pour faire ce que j’avais à faire dans ma tête. Je serrais les poing, essayant de me calmer pour finalement ajouter d’une voix plus douce qu’auparavant « Ne t’en fais pas il ne te touchera plus, je te le promets. » Je tenais généralement toujours mes promesses et celle-ci je la tiendrais. Je m’en fiche que ça ne plaise pas à Ksénia que j’aille retrouver cet allemand, et je m’en fiche qu’elle trouve que je m’énervais trop vite, et me prenait pour un fou à cause de ça. Elle pouvait penser et dire ce qu’elle voulait, ça ne changerait rien à ma détermination de faire cesser le comportement de cet homme. Elle ne s’imaginait pas que j’allais le laisser continuer quand même ? N’importe quel homme de censé aurait agit comme moi, je le savais, donc pour une fois je trouvais mon comportement tout à fait approprié. C’était rare que j’agisse ainsi, mais j’avais juste envie de la protéger et qu’il ne lui arrive rien d’autre. Je ressentais ce besoin. Ce besoin très fort. Beaucoup trop fort pour que je ne trouve pas ça normal. Tout était tellement brouillé dans ma tête, et je me sentais encore plus confus maintenant ma colère passé. Pourquoi ça me faisait autant mal de me dire qu’un allemand avait osé posé ses salles pattes sur elle ? De la voir souffrir ? Cette fille provoquait vraiment quelque chose en moi que les autres n’arrivaient pas à faire. Plus les minutes passaient, plus je m’en rendais compte et plus je voulais que tout cela cesse tellement ça me brouillait l’esprit. C’était comme un feu ardent qui grandissait en moi, une flamme qui s’allumait, et ne pouvait irrémédiablement s’éteindre, ce qui me frustrait d’autant plus. Je crois bien que je manquais de sommeil, et je ne cessais de me répéter que demain ça ira mieux, je devais sans doute être encore saoul ou un truc comme ça. Ouai, ça ira mieux demain, espérons le. Plus tard, après m’être enfin calmé, bien que je pense que je n’arriverais sans doute pas à oublier de sitôt ce qu’elle m’avait confié la conversation dévia sur moi, qui lui prétexta que ce n’était pas parce que j’étais moins pire que d’autre que j’étais forcément quelqu’un de bien. Visiblement, ma remarque n’avait pas sembler lui plaire puisqu’elle m’adressa un « Non »avant de poursuivre « Je ne te compare pas avec eux. Je sens quelque chose de… spécial. Tu comprends ? Et ne parle pas de ces hommes là, tu ne sais pas de quoi tu parles. »Je fronça les sourcil face à ces paroles, avant de lancer « Crois moi je sais très bien de quoi je parle. Des types malsains, bourrés de frics, qui se croivent tout permis et n’hésite pas à aller profiter des femmes innocentes de la rue j’en vois tout les jours. » Dis-je l’air sur de moi. « Qui te dis que je ne suis pas l’un d’entre eux hein ? » J’étais determiné à lui prouver qu’elle avait peut être tord, enfin surtout je voulais lui faire comprendre qu’elle n’avait pas à se faire des idées à mon sujet. Ça m’agaçait en réalité qu’elle ne soit pas assez méfiante. Elle avait toute les raisons de l’être après la scène qu’elle avait vu. « Et si je te dis ça, c’est que je n’ai pas envie de te décevoir si tu parviens à me connaitre un peu plus. » Dis-je l’air plus posé et sincère. Je ne voulais pas qu’elle m’idéalise trop, et qu’après elle soit finalement déçue de voir qui j’étais réellement, d’où le fait que je n’arrêtais pas de la contredire.
Je réfléchissais à la situation, j’aurais aimé la questionner un peu plus sur ces hommes, afin de savoir ce qu’elle était, bien que j’avais ma petite idée. A vrai dire, qu’elle soit une prostituée ou pas ne changeais rien de ce que je pensais d’elle. J’imaginais qu’elle n’avait pas choisit cette vie-là. A vrai dire, je passais peut être encore une fois au conclusion, m’imaginant des trucs sur elle peut être faux, mais j’avais suffisament été attentif à ce qu’elle m’avait dit pour comprendre. Et je connaissais suffisament bien Paris pour savoir que beaucoup de filles à la rue faisaient comme elle. Encore une fois, j’étais très observateur de ce qui se passais autour, si bien que je pouvais facilement deviner ce genre de chose. Un instant plus tard, alors que j’étais perdu dans mes réflexions, Ksénia s’était rapprochée de moi, j’étais surpris qu’elle vienne se blottir dans mes bras, et je ne voulais tellement pas qu’elle parte que je n’osais bouger. Finissant par finalement la serrer un peu plus fort contre moi, apréciant son contact et sentant qu’elle avait sans doute besoin de réconfort. Je frémissais lorsque je sentit sa main s’attarder sur mon torse, puis sur mon ventre d’un geste très doux, ne bougeant toujours pas. Caressant toujours ses cheveux d’une main. Je ne savais depuis combien de temps je ne m’était pas adonné à ce genre de geste avec une personne autre que mon chien, mais ça me rendait plus calme. Je n’avais pas besoin de plus et restais là, sans bouger, un long moment sans doute. Encore une fois, dans une autre situation et avec une autre femme, j’aurais osé me montrer beaucoup plus entreprenant, mais là le simple fait de la serrer dans mes bras me suffisait. Je ne savais ce qui était en train d’arriver, mais je trouvais ça étrange. Je chassais cette idée de mon esprit, afin de penser à autre chose pour ne pas être encore plus confus. Ma première pensée alla vers la cigarette. Je soupira lorsque je ressentit déjà le manque de nicotine qui était constant chez moi. Enfin sauf les minutes précédentes, étrangement je n’y avais point pensé, ne sachant pas encore que la fille qui se tenait dans mes bras deviendrait bientôt une autre de mes addictions. « Non, c’est rien »Me dit-elle après que je m’étais excusé pour une raison que j’ignorais déjà car je n’arrivais pas à penser correctement pour le moment. Repensant à elle dans mes bras. Je sortis à cet instant une cigarette et l’alluma avant de la porter à mes lèvres pour tenter de retrouver la raison. Je n’étais pas convaincu et très attentif à ce qu’elle m’avait dit. Puis elle ajouta finalement « Si tu le dis… » d’un air amusé. Je lui souris à mon tour, un peu fier quand même d’avoir eu le dernier mot. Puis quelques minutes plus tard après quelque plaisanteries, je la convia à entrer avant de finalement lui dire qu’il fallait que je m’éclipse un instant. « Hmm Hmm, oui bien sûr. Je t’attends là. » Dit-elle avant que je ne l’invite à prendre un livre. « Oh, oui, c’est gentil… Ne t’en fais pas »Me répondit-elle alors qu’ensuite je la prévint que mon chien était là et pourrais sans doute débarquer à l’improviste à tout moment. « Non, je n’ai pas peur des chiens. Je préfère quand même les chats » «A mince, toi et moi ça va pas le faire alors. » Dis-je en rigolant bien évidemment, puis après cette dernière blague dite, je fila remonter les escaliers. J’en profitai pour prendre une courte douche et me changer en mettant un simple pantalon et une chemise blanche. Je redescendis quelques minutes après, avec une allure beaucoup plus convenable, et constata que Ksénia était sortie du salon pour aller dans une autre pièce qui me servait de bureau et où j’y mettais mon piano. Je m’approcha, restant sur le seuil de la porte, l’observant, elle avait vraiment l’air fasciné par l’objet, que je trouvais pourtant quelconque. Je souria, amusé de la voir jouer des notes au hasard, je l’observa quelques instant, avant de finalement émmetre un petit rire et ajouter : « Encore un peu d’entrainement et tu deviendra une grande virtuose. « Dis-je pour plaisanter, l’air taquin, en souriant et m’approchant pour m’assoir à côté d’elle. « Fais comme moi. » Dis-je en déposant ma main droite sur l’instrument et glissant trois de mes doigts sur les touche assez doucement afin qu’elle puisse faire de même de son côté. Ce qui donnait au final l’air de au clair de la lune, bon d’accord, ce n’était pas quelque chose de très élaboré et je savais jouer des choses beaucoup mieux, mais au moins ça lui permettrait d’apprendre un air. « Pas mal pour un début. » Dis-je en souriant et tournant ma tête en sa direction quelques minutes plus tard après que nous ayons joué. « ça faisait tellement longtemps que quelqu’un n’avait pas touché à ce piano. Je suis sur qu’il te serais plus utile qu’à moi. » dis-je en soupirant, sachant que depuis plusieurs semaines je n’avais eu le temps de m’adonner à ma passion, je n’arrivais plus à jouer comme autrefois, peut-être de ça aussi je m’en étais lassé ? C’est triste à dire, mais parfois j’ai vraiment l’impression que c’est le cas.
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« La guerre, on ne la fait pas : c'est elle qui nous fait. ».
Si je devais décrire ma vie en un mot, ce serait certainement cauchemar qui me viendrait à l'esprit. Cauchemar car le bonheur n'avait jamais frappé à ma porte. Et ce n'était pas peine de l'avoir attendu. La survie, la solitude, l'incertitude que ma petite tribu comme je les appelais était encore au complet, en Ukraine. Le néant concernant son cousin, mon amour de cousin que je n'avais pas revu, forcément, depuis huit ans que j'avais quitté l'Ukraine. Ma vie devait être meilleure que là bas. Elle fut pire. Bien pire. J'étais promise aux paillettes, à la richesse, au luxe. Mais c'est finalement les trottoirs qui m'ont gardée en vie. Vendre mon corps, et cela à onze ans, était la chose la plus traumatisante qu'il m'ait été obligé de faire. Et ensuite, l'envie de se laisser partir, de se laisser mourir. À chaque fois, un détail me raccrochait à la vie. D'abord, ce fut l'espoir d'avoir un jour des nouvelles de ma famille. L'espoir que l'un d'eux pourrait me retrouver. Finalement, j'avais fini par croire qu'ils avaient le sentiment que je les avais trahis et qu'ils n'avaient pas envie de me chercher. Mais je refusais de croire que mon cousin avec qui nous partagions tout étant enfants pouvait m'abandonner. Alors, je m'étais accrochée à cet espoir. Quand je me rendis compte que les années avaient passé, que ça faisait maintenant sept ans que j'étais à Paris, seule, sale, démunie, que je ne me respectais même plus moi-même, j'avais compris que tout était fini. Je ne mangeais presque plus rien, mon corps s'affaiblissait de jour en jour. Pourtant, le temps passa et alors, voilà trois mois maintenant que j'avais commencé à rêver de cet homme qui marchait sur ce pont, au bord de la Seine, face à la Tour Eiffel. Cet homme que j'appelais tantôt Mon Rêve, tantôt, Mon Espoir. Cet homme dont je ne connaissais que son apparence. Cet homme dont j'ignorai s'il était réel ou non. Il avait été le fruit de mon combat contre celle qu'on appelle la Faucheuse, il m'avait empêchée de tomber dans le Néant de mon existence. Cet homme dont la certitude que je le rencontrerai un jour m'avait maintenue vivante. Cet homme, grâce à qui, j'étais vivant, aujourd'hui. Cet homme là était différent des autres. Piotr était devenu réel. Il ne me faisait pas de mal, il veillait même à ce qu'on ne m'en fasse plus. Quelque chose se passait en moi. Je ne savais pas dire ce que c'était mais je ressentais quelque chose de fort, comme si, je ne pouvais plus m'éloigner de lui, comme si, enfin, j'avais trouvé ma raison de vivre, ici, à Paris, loin de l'Ukraine. Je n'avais pas l'habitude qu'on s'occupe de moi et sa maladresse me plaisait, sa douceur m'apaisait. Même sa colère qu'il manifesta soudain lorsque je lui dévoila la cause de mon hématome au poignet ne m'effraya pas. Non, j'étais rassurée mais j'avais peur, aussi. Comme si ces deux sentiments pouvaient être possibles, c'était idiot.
« Tu me racontes ça et tu veux que je ne fasse rien ?! » s'emporta t-il alors. Il relâcha brusquement mon bras, aussi vite qu'il l'avait saisi. Je restai face à lui, clignant des yeux plus rapidement que la normale, par reflex, tant j'étais soudain impressionnée par sa colère. « Tu veux peut être que j’aille l’applaudir alors ? » déclara t-il, d'un air hautain qui me fit mal. J'avalai rapidement ma salive et je baissai les yeux. C'est en regardant mes pieds que je dis, d'un ton doux, d'une voix presque inaudible: « Arrête ça. » Décidément, j'avais le don de mettre en colère les gens aujourd'hui. Je n'en valais pourtant pas la peine, pas du tout, même. « Tu n’imagine pas ce que ça peux me faire d’entendre ça. Tu n’aurais jamais dû me le dire ! Car tu sais très bien que j’arriverais à le retrouver, je sais tout dans cette ville ! » riposta t-il. Je ne savais comment le calmer et retrouver Piotr qui me rassurait, qui m'apaiser. Ma respiration devint soudain plus sacadée, j'angoissai de le voir ainsi. Je ne comprenais pas pourquoi il se mettait dans cet état là, pour moi, alors que je n'étais qu'une pauvre fille martyrisée par un allemand. Il ne me connaissait pas finalement, pourquoi voulait-il s'attirer des ennuis juste pour moi? Je ne pouvais pas comprendre ça. « Je... je ne sais pas ce que tu as vécu qui fait que tu entres dans une telle colère mais, je t'assure, je ne dis jamais ça à personne, je ne sais même pas pourquoi je te l'ai dit, je n'aurais pas du. Tu n'as pas à .. à faire des recherches ou.. ou à me venger .. pour quelle raison d'abord? Je suis qui, hein, pour toi, je suis qui d'abord? » Les interrogations que je venais de dire à voix haute malgré moi résonnèrent dans ma tête. Je les avais prononcées avec plus de haine que le reste, n'ayant pas pu me retenir jusqu'au bout. « C'est injustifié. Tu m'fais peur. » En réalité, je n'avais pas peur. Je me posais juste des questions. Je ne savais pas pourquoi j'avais dit cela mais au moins, ça aurait peut-être l'avantage de le faire se calmer. Je le vis serrer les poings et son visage était tendu pendant que son regard était perdu dans le vide. J'attendais, face à lui, ne bougeant pas d'un pas. Je voulais qu'il se calme. « Ne t’en fais pas il ne te touchera plus, je te le promets. » Sa voix s'était adoucie et je sentis ses paroles pesantes. Je ne savais pas de quoi il était capable en disant ça, mais je le sentais grave. J'ouvris la bouche et inspirai pour parler, pour protester. J'avais déjà froncé les sourcils. Cependant, je renonçai. Le visage qu'il affichait me donnait envie de me blottir contre lui, tel un bambin afin d'être certaine que plus rien ne pourrait m'arriver. C'était la sécurité et la protection dont j'avais toujours eu besoin que Piotr me donnait l'impression de dégager.
Plus tard, la tension avait disparu. Nous en vînmes à parler de lui et je soutenais le fait qu'il était différent. Quand il fit un sous-entendu concernant les hommes qui profitaient des femmes, je pris la remarque droit pour moi - et elle l'était - et ça me fit mal, mal de me rappeler les souffrances que j'avais vécues. Je m'étais alors adressée à Piotr plus sèchement que je ne l'aurais voulu. Mes paroles n'échappèrent pas à Piotr qui fronça les sourcils. « Crois moi je sais très bien de quoi je parle. Des types malsains, bourrés de frics, qui se croivent tout permis et n’hésite pas à aller profiter des femmes innocentes de la rue j’en vois tout les jours. Qui te dis que je ne suis pas l’un d’entre eux hein ? » J'haussai un sourcil. Je n'eus pas le temps de répondre cela dit car il enchaîna avec « Et si je te dis ça, c’est que je n’ai pas envie de te décevoir si tu parviens à me connaitre un peu plus. » Là, je ne pouvais accepter ses paroles là. Bien entendu, je savais bien qu'il avait des défauts, j'avais d'ailleurs commencé à en découvrir quelques uns, mais je préférai ça. Je me sentais un peu plus normal que face à un homme qui montrait que son hypocrisie et sa soif de... besoin d'homme. Au moins, Piotr était sincère. Si cependant, je relevai ce point là, il aurait encore trouvé une excuse pour montrer qu'il avait raison. Alors, ce fut autre chose qui sortit de ma bouche: « Tu veux que je t'dise? Va te faire voir.» Je le regarderai froidement, mais je me mordis aussitôt les lèvres, pour retenir mon élan d'hilarité. Sa tête avait été trop drôle lorsque je l'avais insulté... « Non, mais sérieusement! Je ne comprends pas comment tu peux dire ça. Ces mecs là, tu crois vraiment qu'ils seraient rentrés dans une colère si intense à la vue d'un hématome sur une femme? Tu crois vraiment qu'ils chercheraient à dire "Ne m'approche pas, je vais te faire du mal, je suis un sale type" ? Hein, tu l'crois ça? Moi, pas. Et puis d'abord, je ne t'ai jamais vu dans ce genre d'endroits...» avais-je lâché d'une traite, certaine que c'était là de bons arguments. « Je me serai souvenue de toi si tu étais venu dans ce genre d'endroits...» finis-je par dire à mi-voix, entre la tritesse et la nostalgie. Je venais de repenser à tout ce mal que je m'étais donné pour voir un jour apparaître son visage en vrai, ce visage qui me hantait que je ne voyais qu'en rêve! J'avais été partout où j'aurais pu l'imaginer le trouver. Théâtre, Opéra, soirées chics, moulin rouge, partout. Je n'avais pas pensé au bon endroit, cela dit: la seule épicerie vendeuse de tabac. Pourtant, je le voyais sa cigarette entre les lèvres chaque nuit... Mais j'avais fini par ne pas y penser tout simplement parce que j'avais fini par me dire que ce n'était que folie de ma part. Qu'il ne pouvait pas être réel... Je me faisais juste à l'idée qu'il se trouve enfin devant moi, mais cela était encore un peu flou et fascinant pour moi. Pourtant, je ne pouvais partager ce secret. C'était trop "privé", trop fort, et surtout stupide...
Je me moquai alors de ce qu'il pouvait bien penser sur ce que j'étais. Pour la première fois, mon passé ne me bloquait pas. Je ressentais même un apaisement profond que jamais je n'avais ressenti. Je sentis Piotr se perdre dans ses pensées et moi, à cet instant, j'eus juste envie de me blottir dans ses bras, me sentir protégée. Je ne réfléchis pas et je posai ma tête contre son torse. Je le sentis hésitant, mais l'hésitation était due à une maladresse que j'avais besoin qu'un homme ait à mon égard. Je fermai les yeux un instant, portée par ses doigts qui caressaient doucement mes cheveux et les battements de son cœur, plutôt rapprochés mais qui me reposaient. Je sentis qu'il resserrait son étreinte et j'en fus satisfaite. Je me moquai de tout en cet instant, je voulais juste rester ainsi, encore longtemps. J'étais bien, je me sentais protégée, sereine et ça faisait du bien d'éloigner mes soucis, juste le temps d'une tendresse. Ce sentiment de besoin réciproque revient dans mes pensées. C'était étrange, bizarre. C'était inconnu ce qui avait le don de me faire peur. Malgré la peur de l'inconnu, je restais calme. Je me moquai de comment aller évoluer les choses, si ce n'était que je n'imaginais pas mon futur sans Piotr. Peu importe la place qu'il aurait dans ma vie, je voulais le garder près de moi. Ce rêve n'était pas un hasard, j'en étais sûre. Bien que je ne comprenne toujours pas ce qu'il signifiait, je croyais en un message de mon inconscient. Je fis descendre mon bras qui était libre le long de son torse pour finalement l'arrêter sur son ventre. J'eus des frissons et je passai cette même main dans son dos aussi, joignant mes deux mains ensemble. Je déposai alors un léger baiser sur son torse pendant que je sentais que ses doigts dans mes cheveux étaient devenus moins hésitants, mais doux, simplement.
Quelques instants plus tard, alors que j'étais encore confuse du câlin que nous venions d'échanger - et je ne comprenais pas pourquoi, c'était étrange, cette sensation - Piotr sortit une cigarette, la mit entre ses deux doigts et la mit à la bouche. J'admirais son geste parce qu'il me rappela le rêve, encore une fois, c'était exactement pareil. Limite, là, j'eus peur. J'avais rêvé exactement de lui comme il était pour de vrai, j'avais de quoi trouver ça effrayant étant donné que je ne le connaissais pas quand je rêvais de lui, au début. Pendant qu'il fumait, il m'adressa un sourire satisfait qu'il montrait qu'il était content d'avoir eu le dernier mot. « La partie n'est pas finie. On verra ça plus tard » dis-je l'air tout aussi amusée en lui prenant sa cigarette du bout de mes doigts, directement de sa bouche. Je la portai à mes lèvres, toujours le regard rieur, et j'en tirai une taff. Je me rappelai la fois où Paul m'avait initier à la cigarette et où j'avais toussé tout ce que je pouvais. Je m'amusai de l'expression que dégagea Piotr à cet instant et je soufflai la fumée, vers son visage, exprès. Ce n'était pas courant de voir une femme fumer. De plus est, une femme qui ne cracha pas ses poumons après qu'elle ait aspiré le tabac. C'était assez décalé et provateur que de voir une femme fumer, c'était pourquoi, ça m'amusa. J'affichai toujours une mine très amusée et je finis par dire, après ce long silence: « Je ne comprends pas comment tu peux être accro à ce truc... » Je lui tendis sa cigarette du bout des doigts, l'air dégoûtée mais mon visage hilare montrait que tout ça était ironique.
Après que nous étions entré dans son grandiose appartement, il m'invite à m'installer dans un canapé avec un livre - je ne montrai en rien mon incapacité à lire - ou ce que je voulais. Je le remerciai poliment et avant qu'il ne monte à l'étage, il me précisa qu'il avait un chien. Je blaguai en avouant préférer les chats, pour le taquiner. «A mince, toi et moi ça va pas le faire alors. » dit-il en rigolant. Je ne répondis rien, il était déjà monté. Cela dit, cette dernière phrase me fit travailler la tête. Comment ça "toi et moi" ? Il nous mettait donc dans un "nous" possible? Mais quel genre de "nous"? Tout était flou dans ma tête. Je me rappelai les tourtereaux que je voyais parfois s'embrasser sous la Tour Eiffel. Je pensais aussi à Paul avec sa petite sœur, à mon cousin avec moi. Moi-même avec mon frère et ma sœur... Tant de "nous" existaient sur Terre. Je chassai cette idée de ma tête et filai dans le salon. Après que j'eus découvert les manuscrits portant mon prénom, je m'étais dirigée vers le magnifique piano de Piotr. Je tapotai un peu comme une idiote avec mon index droit sur des notes au hasard et je me perdis dans mes pensées, ne pensant plus vraiment à mes doigts qui glissaient sur les notes. Je ne savais plus combien de temps s'était écoulé depuis que Piotr était monté mais je me surpris en train de m'imaginer revenir chez lui plusieurs fois, à ses mains à lui sur le piano pendant que moi, j'afficherai un sourire radieux, le tenant par le cou et lui déposant un baiser quand il aurait fini le morceau qu'il interprétait. Je soupirai et secouai la tête. C'était absurde, ridicule. Je ne pourrais jamais éprouver de l'amour pour un homme, tel qu'il soit, à cause de toutes ses souffrances qui m'avaient perdue, à vie, pour toujours. Ses douleurs qui m'avaient anéantie, rendue infâme, impure et répugnante. « Encore un peu d’entrainement et tu deviendra une grande virtuose. » Je sortis de mes songes, me ramenant à la réalité. Je tournai la tête vers Piotr qui était revenu. Je lui souris, ne répondant rien à sa plaisanterie, tant mes pensées m'avaient soudain un peu chamboulée. En même temps qu'il avait parlé, Piotr vint s'asseoir près de moi au piano, à ma gauche. Sa main droite vint se poser sur les notes. Mon cœur eut un raté quand j'observai sa main. Ses doigts étaient fins et longs, exactement dessinés de la façon dont mon rêve l'avait esquissé. « Fais comme moi. » me dit-il en déposant ses doigts sur trois touches du piano, suffisamment doucement pour que je retienne ce qu'il faisait. Je reconnus alors "Au clair de la Lune". J'eus un sourire. Ma mère me la fredonnai un russe ou en ukrainien, cela dépendant, quand j'étais petite. J'avais reproduit la même chose avec tous les petits frères et sœurs que j'avais. Tous mes souvenirs revinrent mais j'essayai de ne pas le montrer. Je reproduisis les mêmes notes que celui que je ne devais plus appeler "mon rêve" m'avait montrées. « Pas mal pour un début. » me dit-il après un léger instant de silence après que nous ayons joué. Il tourna la tête vers moi et nos visages ne furent plus qu'à quelques petits centimètres l'un de l'autre. Je plongeai mon regard dans le sien et je sentis mon cœur s'emballer. Je sentis ma respiration s'accélérer pendant que mes yeux faisaient des navettes entre sa bouche et ses yeux. Quelques secondes passèrent et je finis par tourner à nouveau la tête vers le piano. Un petit silence pesant se posa sur nous et quand la voix de Piotr s'éleva dans la pièce, je fus soulagée. « ça faisait tellement longtemps que quelqu’un n’avait pas touché à ce piano. Je suis sur qu’il te serais plus utile qu’à moi. » me dit-il dans un soupire. « Pourquoi tu ne joues plus, alors? Non, moi, je ne sais pas jouer. Et en plus, je n'ai nul part où le mettre... » répondis-je sur le même ton qu'il avait employé. Je n'avais eu aucune honte à évoquer ma situation de sans abri et c'était plutôt agréable de savoir que Piotr n'allait pas me juger, il s'en moquait royalement que je vive dans la rue ou non et c'était réellement plaisant de ne pas être regardée comme une prostituée, aussi. Je déposai à nouveau mes doigts sur le piano et reproduisai une nouvelle fois les notes que Piotr m'avait montrées. En même temps, je me mis à fredonner doucement au Clair de la Lune en russe. Quand les seules notes que je connaissais furent passées, je contiuai à chanter doucement, d'une voix que je savais douce et reposante, en posant délicatement ma tête sur son épaule. « Tu ne vas pas te laisser abattre par je ne sais quoi qui te ronge. Tu vas t'y remettre au piano... » dis-je aussi doucement que j'avais chanté, une fois la berceuse terminée. J'avais tourné mon visage vers le sien sans me reculer ce qui ne laissait pas beaucoup d'espace entre nos deux visages. Aussitôt, j'eus le sentiment qu'il n'était pas heureux dans sa vie et que notre rencontre n'était pas le fruit du hasard. Une nouvelle fois, et ce pour la énième fois, je pensai que nous avions besoin l'un de l'autre. Quelque chose de fort et inconnu se passa dans ma tête et dans tout mon corps. Je plongeai mon regard dans ses yeux bleus foncés et je me sentis tout de suite apaisée.
❝v o s . p a p i e r s❞ ■ religion: Aucune car traumatisé des dimanche matin à la messe ! ■ situation amoureuse: Dans une relation passionnelle et fusionnelle avec mon chien ■ avis à la population:
J’avais toujours eu un assez fort caractère et une capacité à m’énerver plus rapide que les autres. Beaucoup trop rapide. Ma mère me le reprochait souvent d’ailleurs, me disant que je devais sans doute être plus calme, avoir plus de self control, faire du yoga… Bien sur je ne l’écoutais jamais, car comme à mon habitude je n’en faisais qu’à ma tête. Parfois j’étais trop impulsif dans mon comportement, si bien que parfois certaine situation avaient tourner au vinaigre à cause de cela. Je ne savais combien de fois je m’étais attiré des ennuis en me battant il y a quelques années. Je me rappelle même avoir finit au poste de police une fois, en défendant une femme dans la rue que son mari battait, j’avais juste voulu rendre à celui-ci la monnaie de sa pièce. Ma grand-mère m’avait fait la morale après cet incident pendant des mois entiers, même aujourd’hui il lui arrive de m’en reparler, me reprochant de me mêler de ce qui ne me regarde pas. Mais que voulez-vous, à défaut de m’occuper de ma vie et de me prendre en main, je préfère aller fouiner dans celle des autres, et je l’ai toujours fait. Même si parfois c’est juste pour m’amuser et ne pas m’ennuyer, par moment il m’arrive d’avoir de bonnes raisons autre que mon divertissement. Parfois c’est même presqu’un jeu pour moi, même si d’autre c’est véritablement sérieux. Comme lorsque ça traite de violence envers les femmes. Je sais très bien que de ce côté-là ma mère en a tellement bavé pour que ça me touche réellement aujourd’hui. Si aujourd’hui elle est seule et célibataire, c’est parce qu’elle a de bonne raison de l’être. Les hommes qu’elle a put fréquenter étaient tellement de véritables ordures… Pas étonnant qu’aujourd’hui je ne les supporte pas, de façon générale. Il faut dire que je n’ai jamais eu de très bon exemple quand j’étais gosse, le seul homme que j’ai put avoir pour modèle, en avait strictement rien à faire de moi et était tout aussi c*n que les autres. D’où aujourd’hui le fait que je me méfie un peu trop de tout le monde, il n’y a que mes amis et ma famille en qui j’arrive à faire totallement confiance. Le fait de voir un allemand, s’en prendre aussi cruellement à Ksénia ne faisait que confirmer tout ce que je pensais des hommes, des allemands. J’en avais tellement marre de voir ce genre de chose, que je ne pouvais qu’en être énervé. Ça me rendait dingue, furieux. Et le fait que me dire que cette fille, était tout ce qu’il y avait de plus charmant et adorable était un peu la goutte qui faisait déborder le vase, et ce qui m’avait fait m’emporter aussi rapidement. Ça me faisait vraiment mal de me dire qu’elle avait été battu et souffrait. Pour ça, j’aurais peut être préféré ne jamais avoir à la rencontrer, voulant éviter ce genre de situation que j’avais l’impression d’avoir déjà beaucoup trop vu. C’était égoiste de ma part de penser une telle chose, certes, mais j’avais la certitude que Ksénia avait besoin de quelqu’un qui pouvait l’aider et que je n’étais pas assez bien pour ça, pour elle. J’avais moi-même tellement du mal à m’occuper de moi, ne prenant pas du tout ma vie en main, en fumant, sortant, et buvant à tout bout de chant. Une vrai vie de débauche, pas vraiment à prendre pour exemple. C’était clair que ces temps-ci, ma vie était devenue une vrai mascarade et que je faisais totalement n’importe quoi. J’en était parfaitement conscient, d’où le fait que j’avais une vision pas forcément bonne de moi-même ces temps ci. Et que j’étais persuadé que Ksénia n’avait pas besoin d’un « ami » comme ça, qui ne ferait que lui attirer des problèmes. La preuve, je la connaissais à peine, et j’avais tout de même déjà envie de frapper l’homme qui lui ferait du mal. Ce qui en y réfléchissant, ne pourrait que rendre la situation peut être pire. Je méditais sur ces questions, persuadé qu’elle n’aurait peut être jamais du venir me rendre visite, je n’aurais peut être jamais du vouloir la revoir, et je n’aurais peut être jamais du l’approcher. Tout ça n’était que peut être une erreur ? J’y songeait, bien que je me trouvais honteux de penser ça, alors que je savais très bien au fond de moi, que rencontrer une fille que je trouvais déjà autant merveilleuse était de loin une des meilleures chose qu’il ait put m’arriver ces temps-ci. Sa simple présence me faisait du bien, et je savais que j’éprouverais le besoin de la revoir de nouveau. Pour avoir déjà ressentit ce besoin pendant les semaines qui s’était précédemment écoulé. Besoin que j’avais comblé en écrivant à son sujet. L’erreur était-elle inévitable alors ? Je chassais cette idée de mon esprit, n’aimant pas vraiment penser de nouveau à ce terme. De toute façon je n’arrivais plus à réfléchir correctement, tellement je pensais encore et encore à cet allemand. « Arrête ça. »Me dit-elle d’une petite voix, alors que je m’étais vite emporté, et j’étais trop en colère pour l’écouter de toute manière , poursuivant mes paroles sur un ton des plus glacial. Je ne réfléchissait absolument pas au fait que ça pouvait lui faire peur, et qu’elle me verrait sans doute d’une autre manière après m’avoir vu énervé. A vrai dire ça n’avait pas vraiment d’importance, au moin elle comprendrait peut être une bonne fois pour toute que je n’étais pas vraiment quelqu’un de simplement gentil et calme, celui qu’elle avait cru que j’étais. A vrai dire je m’en fichait, tout ce qui comptait c’était de faire payer cher à cet ordure. Elle ne comprenait peut être pas que maintenant qu’elle m’avait dit ça, maintenant que je la connaissais, je ferais tout pour l’empêcher de recommencer. Même si le prix à payer était qu’elle ne veuille plus me parler après avoir fait l’idiot. Me connaissant, je crois bien que j’étais capable de la suivre pour être certain qu’elle aille bien, même si ça me ferait passer pour un fou. Je m’en fichais là aussi, je voulais juste qu’elle aille mieux. « Je... je ne sais pas ce que tu as vécu qui fait que tu entres dans une telle colère mais, je t'assure, je ne dis jamais ça à personne, je ne sais même pas pourquoi je te l'ai dit, je n'aurais pas du. Tu n'as pas à .. à faire des recherches ou.. ou à me venger .. pour quelle raison d'abord? Je suis qui, hein, pour toi, je suis qui d'abord? »Je la dévisageais face à ces paroles, surpris qu’elle me pose une telle question. Je n’avais même pas de réponse claire à lui formuler, ne sachant même pas ce qu’elle représentait pour moi. Je savais qu’elle me fascinait, que je l’admirait, et que sa souffrance me rendait triste, que j’avais voulu à tout prix la revoir, mais de là à savoir ce qu’elle était pour moi, je n’en savais trop rien. « On s’en fiche de ce que tu es, là n’est pas la question.Je ne peux juste pas tolérer un tel comportement ! Et si tu m’en a parlé, c’est bien parce qu’il y a une raison, tu veux que cela cesse ! Sachant que je suis un journaliste qui vois tout et qui sais tout, tu t’attend bien à ce que je puisse le retrouver hein ?! C’est bien pour ça que tu m’en a parler de toute façon ? » Lui dit-je d’un air insistant, ayant du mal à voir une autre raison que celle-ci qui l’aurait pousser à m’avouer ce qu’elle subissait. Mais finalement, elle avait peut être eu raison de toute façon. « C'est injustifié. Tu m'fais peur. » Je rigola nerveusement à cette remarque, conscient que j’avais bien du l’effrayer en m’emportant aussi vite, mais ça m’importait peu de toute manière. « Pour moi c’est tout à fait justifié ! Je ne veux pas qu’on te fasse de mal ! Et si je te fais peur, pourquoi tu reste là sans bouger hein ? Ça aussi c’est injustifié. » dis-je en reprenant ces dernier mot sur le même ton qu’elle avait adopté, je la fixais avec intensité, pour essayer quelque peu de l’impressioner. Je ne cherchais pas à lui faire peur, juste à lui prouver qu’elle devrait quelque peu se méfier de moi, bien que je n’oserais jamais lui faire du mal, je voulais lui faire savoir qu’elle devrait être plus prudente avec les gens en général, ne voulant pas qu’elle soit de nouveau en danger. Et tant que je serais dans les parages, c’était clair qu’elle ne le serait pas. Me dire qu’elle puisse de nouveau avoir mal me ferait mal à moi aussi. Je ne savais pourquoi d’ailleurs, et pensais que j’étais peut être égoiste une nouvelle fois, à vouloir la protéger, simplement parce que me dire qu’on s’en prenait à elle me faisait souffrir. Je me trouvais vraiment riddicule. « Je ne suis vraiment pas la personne à qui tu aurais du dire ça. » Dis-je presque tristement, avant de lui promettre qu’il ne la toucherais plus. De toute évidence ma colère, le fait que je lui fasse peur, témoignait bien de mes propos.
Après la tempête, j’étais déterminé à lui prouver encore une fois qu’il fallait qu’elle se méfie de moi. Si j’étais aussi borné, c’était parce qu’à présent, je ne voulais vraiment pas lui faire du mal ou la faire souffrir, parce que j’avais l’habitude de tout gâcher autour de moi. Je voulais la mettre en garde, avant qu’il ne soit trop tard. Avant que je finnisse par m’attacher à sa présence pour de bon, et que je sois incapable de ne plus la revoir de nouveau. « L’erreur » revenait dans ma tête. Je détestais ce mot, tout comme la petite voix au fond de moi qui me disait « Laisse là partir, tu n’es pas assez bien pour elle, tu es trop idiot », je m’imaginais présentement ma grand-mère en train de me dire ça, ou alors un petit ange, alors que mon mauvais côté me disais « Arrête de te dénigrer, fait ce que tu veux, tu sais très bien que cette fille te plait, profite de la vie. Tu t’en fiche si tu ne la mérite pas. » JE fronçais les sourcils, décidément, les deux petite voix m’énervait autant l’une que l’autre. Je soupirais, trouvant vraiment que j’étais en train de compliquer les choses tout seul, réfléchissant encore une fois beaucoup trop, en raisonnant trop vite sur des choses que je ne pouvais expliquer en réalité. J’aurais fait sans doute un très bon scientifique, moi qui voulait tenter d’expliquer tout ce qui passait autour de moi dans ma tête. Mais là, le problème c’est que je n’y arrivais pas, je n’arrivais pas à savoir, comprendre pourquoi j’avais tant besoin qu’elle soit près de moi, tant besoin d’elle au fond. « Tu veux que je t'dise? Va te faire voir.» J’écarquillai les yeux l’air complètement ahurit parce qu’elle avait osé me répondre de la sorte. Enfin surtout ce qui me surprenait, c’était le regard qu’elle m’adressa, qui me faisait penser à celui de ma grand-mère lorsqu’elle était en colère après moi. « Non, mais sérieusement! Je ne comprends pas comment tu peux dire ça. Ces mecs là, tu crois vraiment qu'ils seraient rentrés dans une colère si intense à la vue d'un hématome sur une femme? Tu crois vraiment qu'ils chercheraient à dire "Ne m'approche pas, je vais te faire du mal, je suis un sale type" ? Hein, tu l'crois ça? Moi, pas. Et puis d'abord, je ne t'ai jamais vu dans ce genre d'endroits...»Je ne répondit rien, encore un peu choqué qu’elle puisse m’impressionner en quelque sorte, la laissant poursuivre. « Je me serai souvenue de toi si tu étais venu dans ce genre d'endroits...»J’haussa les épaule en ajoutant « ça c’est parce que je n’ai pas besoin de payer pour baiser. » Affirmais-je sans aucune retenue, et surtout sans réfléchir au fait que je venais de parler vulgairement devant elle, et que ce n’était pas du tout un comportement, et une chose à lui dire. « Hum je suis désolé. » dis-je voulant me rattrapper sachant que me comparer à eux était effectivement peut être déplacé. J’étais différent d’eux, mais je n’étais pas un saint non plus. « Ecoute, je veux juste te prévenir que… Que mon monde de vie est un peu… Décalé. Du coup, je ne pense pas être quelqu’un que tu devrais fréquenter à cause de ça. Regarde moi, je fume, je bois, et je me drogue même… Par moment. » Je fronça les sourcils, peu fier de mes exploits pour combattre mon ennui, mais je préférais être franc plutôt que lui cacher la vérité. « Je fou mal vie en l’air. A petit feu. Je me lasse de tout et ne fait rien de bien censé. LA seul chose que je fais correctement c’est mon travail. Et encore… Je ne le fait pas comme je le souhaite. Si bien que même ça, ça m’ennuie. Et je sais que je n’arriverais pas à supporter cette situation, et serait capable un jour de gâcher ça. Et le pire c’est que ça ne me fera absolument rien, parce que je m’en fou de tout et n’éprouve plus rien. » Je soupirais baissant les yeux, je n’avais put m’empêcher de lui dire toute la vérité à mon sujet, et tout ce que je ressentais ces dernier temps. Si là, je ne l’avais pas fait fuir ça relèverais du miracle. « En sachant ça, comment tu pourrais bien voir un bon fond en moi ? Je ne suis pas assez bien pour toi. LA seule chose de bien que tu peux recevoir de moi c’est de l’argent pour t’aider à t’en sortir… Sans rien en échange bien évidemment. » Voilà, la vérité était dite. Cruelle vérité. Je ne me sentais pas en mesure de l’aider convenablement, même si je le voulais très fort, pour la simple et bonne raison que moi aussi j’avais besoin d’aide si je voulais un jour me reprendre véritablement en main. Mais ça, je n’étais pas prêt à l’admettre devant elle.
Cependant mes doutes, questionnement, et les deux stupides voix dans ma tête qui raisonnaient toujours s’envolèrent lorsqu’elle fut dans mes bras. Je n’avais pas ressentit un désir de tendresse depuis longtemps, bien que j’étais perpétuellement en contact avec les femmes, ce n’était pas de cette manière là. Je n’avais pas besoin de plus pour me sentir comblé en cet instant.Tout ça était suffisant pour réussir à me vider de mes pensées, qui avait parfois tendance à déborder. Je restais là, impassible, sans bouger, ne voulant pas que cet instant cesse. Je frémis une nouvelle fois lorsque ses lèvres frôlèrent mon torse, et profita de cette instant pour rapprocher doucement son étreinte de moi en sentant ses cheveux, qui avait un doux parfum inconnu, envoutant. Je ne savais si je restait ainsi parce que j’avais besoin d’un contact de ce genre ou parce que j’avais besoin de son contact, mais au bout d’un moment je commençais de nouveau malgré moi à réfléchir. Les petites voix revinrent. Je les maudissaient. Le petit ange me disait « Ecarte toi avant que tu n’y prenne trop gout, ne profite pas de la situation » tendis que le diable me répétait «N’écoute pas cet idiot d’ange. Fait ce que tu fais habituellement, laisse toi aller… » Cette dernière pensée me fit tilt. Je n’avais pas envie d’agir comme à mon habitude avec Ksénia, si bien que je finis par m’écarter d’elle au bout d’un instant. Sans qu’elle ne sache pourquoi. Moi je le savais, j’avais peur de perdre le contrôle et que ça aille beaucoup plus loin. Me connaissant, je sais très bien que j’en était capable, et ça serait vraiment très idiot, sachant que tout ce que je voulais c’était sa douceur et juste sa présence. Je me mit par la suite à fumer, pour m’apaiser, la fumée me rendait plus calme, moins tendu et les battements de mon cœur revinrent à la normale. En plus, j’eu le dernier mot sur une conversation, ce qui me rendait tout content et joyeux. Un vrai gamin. « La partie n'est pas finie. On verra ça plus tard » J’haussa les épaule, avant de la regardé l’air interloqué lorsqu’elle pris carrément ma cigarette. J’avais trop besoin d’elle pour qu’on me la prenne, je n’avais pas envie que me la fume namého. Bien qu’une telle réaction était stupide, mais bon la cigarette était la seule chose avec qui je n’était pas très partageur, pour la simple et bonne raison, qu’à mon grand malheur, les rationnement de tabac était limité en temps de guerre. « Je ne comprends pas comment tu peux être accro à ce truc... » Je soupira de soulagement à l’entente de ces paroles, reprenant un air normal autre que cet air d’ahuri que j’avais pris précédemment. Je souriais de bonheur lorsqu’elle me rendit ma cigarette, prenant cette fois ci un air amusé. « Ne comprend jamais alors, je n’ai pas envie de te voir fumer. Ça ne te vas pas. » dis-je d’un air taquin, aspirant une grand bouffé de fumée, tirant un air radieux, comme si je venais d’entrer au paradis. « Ahh tu ne peux pas savoir à quel point je l’aime. » dis-je totalement en extase devant une simple cigarette, l’air béat comme si j’étais amoureux. Oui j’étais définitivement amoureux de cette chose.
Trêve de plaisanterie, une fois à l’intérieur j’en profitai pour me changer et me refaire une petite beauté. Enfin surtout m’habiller, bien que j’étais quelqu’un de totalement impudique je n’avais pas envie de choquer Ksénia en restant ainsi lui disant que j’aspirais secrètement à ce que tout le monde vivent tout nu. C’était certain, là j’aurais passé pour un taré finit, déjà qu’elle devait me trouver un peu loufoque comme mec. Je me demanderais d’ailleurs ce que ça serait quand elle me verrait entretenir une conversation avec mon chien. J’espérais que ça n’arriverais jamais. J’étais trop débile devant un animal. Je crois bien que c’était la seule raison pour laquelle elle avait de quoi avoir peur de moi. Bref, heureusement, j’adopta un comportement sérieux lorsque je revint, et lui montra comment jouer au clair de la lune au piano. Enfin si on pouvait qualifier ça de sérieux. Bref, je souriais en voyant qu’elle avait réussit à faire comme moi. Finissant par être déstabilisé lorsqu’on se fixa mutuellement dans les yeux, laissant planer un silence. Je l’observais, admirant son visage de poupée, enfin jusqu’à ce qu’elle ne tourne la tête. Je clignai des yeux bêtement pour me reprendre. Avant de finalement parler, pour dire quelque chose, n’étant pas vraiment fan des gros blanc qui en disait long. Je lui avoua que ce piano n’avait pas été touché depuis longtemps. « Pourquoi tu ne joues plus, alors? Non, moi, je ne sais pas jouer. Et en plus, je n'ai nul part où le mettre... »Me dit-elle en soupirant. « Oh bah tu sais, il peux rester dehors, ça lui fera du bien de prendre l’air. » Dis-je en plaisantant espérant l’avoir fait au moins sourire, bien que la blague était un peu nullissime. « Je ne joue plus car je n’ai pas vraiment le temps ni l’envie pour ça. » Dis-je en toute franchise en haussant les épaule. Finissant par regarder ses mains qui reproduisait de nouveau l’air que je venais de lui apprendre souriant lorsqu’elle se mise à chanter. Elle avait vraiment une très jolie voix qui me charmait. J’essayais de rester concentrer sur ses paroles, après qu’elle eu posé sa tête sur mon épaule pour ne pas perdre le fil de la conversation, sachant que j’arrivais trop facilement à être distrait. Je n’avais pas envie que les petites voix reviennent me hanter. « Tu ne vas pas te laisser abattre par je ne sais quoi qui te ronge. Tu vas t'y remettre au piano... »J’haussa les épaules, marmonnant un petit « Mouai » Avant qu’elle ne me déstabilise de nouveau, en me fixant droit dans les yeux et rapprochant son visage. Mon cœur battait de nouveau plus vite, et immédiatement, j’éprouva pour la première fois depuis que je la connaissais, l’envie violente de l’embrasser. Violente parce que c’était une idée que je n’arrivai à contrôler. Pourtant, embrasser une femme était quelque chose que je faisais rarement, si je n’avais absolument aucun problème à faire l’amour, je considérais qu’un baiser était beaucoup trop synonyme de sentiments pour que je puisse en donner. D’où le fait que là, cette envie m’effrayait. J’étais trop occupé à réfléchir pour me rendre compte que j’avais finalement approché mes lèvres de son visage. Sans le toucher et restant sans bouger mes lèvres à quelque centimètre des siennes. Je recula brusquement allant carrément m’écarter à l’autre bout du tabouret, lorsque je me rendit compte de ce que je faisais. J’avais l’impression de passer pour un adolescent qui n’osait pas donner son premier baiser, c’était débile, mais j’avais peur de faire face aux sentiments qui risquaient d’arriver si je continuais dans ce sens là. « Tu veux que je te joue quelque chose ? » Ajoutais-je rapidement, uniquement dans le but d’éviter une situation plus que génante, sachant que ma réaction pourrais être considéré comme étrange, et que là, elle devait bien se dire que j’avais brusquement voulu l’embrasser, et qu’en plus ça se trouve elle m’en voudrait d’avoir voulu essayer, sachant que j’avais parlé « d’amis » tout à l’heure. Enfin bref, avant même qu’elle ne me réponde je me mis à jouer un truc. Ça aurait put le faire si c’était une mélodie. Seulement ce n’était absolument pas romantique ou quoi que ce soit que je jouait. Et c’était fait exprès. Je m’étais mis à jouer le French Cancan au piano de mes deux mains, sur un rythme très rapide. Franchement, je crois que là je ne pouvais vraiment pas faire pire. Même ça c’était pire que me voir discuter avec mon chien. Pour vous dire à quel point mon intervention devait être bizarre.
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« La guerre, on ne la fait pas : c'est elle qui nous fait. ».
À force de souffrir, on finit par ne plus rien vouloir ressentir. Au bout d'un moment, quand on est seule, on ne peut plus se relever après un coup bas. Même l'espoir se voit anéanti. Pourtant, celui qui avait fait que j'étais vivante aujourd'hui avait enfin payé, j'en avais l'impression. Mais je me forçai à ne pas ressentir si c'était bien ou mal que cet homme là soit devenu réel et non plus rêvé. Rêvé? Je ne savais pas vraiment s'il me faisait rêver. Je savais que ce que je ressentais face à lui était brouillé par ce rêve encore si présent dans ma tête. Je rêvais toujours de lui d'ailleurs, chaque nuit, bien que désormais, je le connaissais, il me protégeait. Je pensais alors que finalement, c'était ce nouveau rêve qui me faisait peur. J'avais peur parce que jamais un homme n'était capable de tendresse avec moi, ou simplement, de parler, de prendre en considération que j'existais finalement. À force de passer pour un fantôme du point de vue des hommes, j'avais fini par en devenir un. Un fantôme infâme, qui ne ressent plus rien si ce n'est la froideur de la vie et de l'avenir infini qui s'offrait à moi. J'avais peur de tout, tout signifiait crainte douleur si j'y touchais, si j'appréciais, si... j'aimais. Je me refusais de penser à la dernière option. Pourtant, quand je voyais Piotr tellement en colère face à moi, je ne pouvais me dire que j'étais la même chose que pour tous les autres à ses yeux. Il ne me considérais pas comme fantôme et avec lui, je retrouvais mon âme et même l'envie de vivre à l'infini, car l'existence n'était alors plus un fardeau. J'aimais qu'il souhaite me défendre. C'était de ça dont j'avais besoin, en fait. Une protection. Simplement, et rien de plus. J'insistais sur cet aspect là de notre relation car tout ce qui entrait dans mon cœur finissait toujours par brûler et à être réduit en cendre. J'avais toujours tout loupé dans ma vie. Ce rêve si puissant me faisait peur. Piotr effleurant mes lèvres, j'avais l'air sereine et heureuse, dans ses bras. Quand je repensais à l'image bien net du rêve, j'eus une sensation étrange dans mon ventre. Une sensation que jamais je n'avais eue auparavant et une nouvelle fois, je préférais me concentrer sur autre chose sachant pertinemment que si je me rapprochais trop de lui, je le détruirais; réduit en cendre, voilà ce qu'il serait si mon cœur brûlant et dangereux, trop impur, osait s'éprendre de sa beauté et de sa moralité encore pure. Il avait beau me dire ce qu'il entendait, pour moi, il restait quelqu'un de bon. De toute évidence, face à moi, tous étaient bons... mis à part les hommes sans scrupules qui m'avaient rendue telle que j'étais aujourd'hui. Ces hommes là n'avaient pas fini de me détruire, non, puisque la colère dans laquelle était entrée Piotr était due à eux, à mon hématome qui se voyait trop. C'était de ma faute. Si je m'étais tue, Piotr n'en aurait rien su et il serait resté calme et doux; ce dont j'avais simplement besoin.
Je ne savais pas comment réagir alors je m'emportai en lui montrant bien que je ne comprenais pas son comportement que je trouvais injustifié. Je lui demandai, sans attendre une véritable réponse mais plus par colère, ce que j'étais pour lui et qu'il n'avait pas à se mettre dans ses états là, juste pour moi. « On s’en fiche de ce que tu es, là n’est pas la question.Je ne peux juste pas tolérer un tel comportement ! Et si tu m’en a parlé, c’est bien parce qu’il y a une raison, tu veux que cela cesse ! Sachant que je suis un journaliste qui vois tout et qui sais tout, tu t’attend bien à ce que je puisse le retrouver hein ?! C’est bien pour ça que tu m’en a parler de toute façon ? » J'ouvris les yeux ronds quand je compris que ses questions étaient purement rhétoriques puisqu'il en était certain. Cependant je m'emportai et complètement vexée par ses paroles lui répondis d'un ton qui se voulait déçu mais surtout rempli de haine, mais je n'hurlai pas, trop touchée par ses paroles pour en trouver l'énergie. « Tu crois vraiment que je suis revenue te voir pour me plaindre? Sous prétexte que tu es journaliste, j'allais venir vers toi en te suppliant de m'aider? Te voir prendre des risques, peut-être même mettre ta vie en danger pour moi? Je me fous de ton métier, je me fous même de tout ton fric et de tes relations. Je n'ai pas besoin de ton aide. Je ne le recroiserais pas. » Bien entendu, je n'en savais rien. Je savais que me promener seule dans le quartier du bordel - et comme j'y étais obligée car j'y trouvais à manger assez souvent - je savais parfaitement que l'allemand n'aurait aucun mal à me faire à nouveau du mal, pour la énième fois. C'était de ma faute. Il ne faisait pas ça aux autres. Il était comme ça qu'avec moi, parce que j'avais essayé de lui résister à plusieurs reprises. Quand j'avais parlé j'avais fixé Piotr dans les yeux. J'essayais de ne paraître rien, mais en vérité, j'étais triste. S'il savait la raison pour laquelle j'avais été poussé à revenir...
Piotr rigola nerveusement quand je lui fis comprendre que son comportement était, je trouvais, injustifié et quelque peu trop impulsif. « Pour moi c’est tout à fait justifié ! Je ne veux pas qu’on te fasse de mal ! Et si je te fais peur, pourquoi tu reste là sans bouger hein ? Ça aussi c’est injustifié. » Il me fixa à son tour avec intensité et plutôt que son regard m'effraie, je me sentis plus courageuse, comme si d'un regard, il était capable de me redonner confiance en moi. Et puis, à sa question j'avais nulle réponse. Je ne m'étais même pas posée la question et l'idée de le fuir ne m'avait pas traversé l'esprit tellement l'idée de le quitter me provoquait une douleur violente au fond de moi. Je ne devais pas m'accrocher à lui, je devais continuer à être indépendante. Cependant, je ne voulais pas fuir la conversation et c'est en baissant la tête que je murmurai un faible « Je ne sais pas... » . Je ne savais comment il allait le prendre mais pour moi, il traduisait mon incompréhension de ce rêve récurent chaque nuit qui le mettait en scène identiquement à chaque fois. Pourquoi mon inconscient avait-il dessiné son visage si parfaitement dans les moindres détails? Un hazard? Je n'y croyais plus depuis longtemps, encore moins depuis que je l'avais rencontré. « Je ne suis vraiment pas la personne à qui tu aurais du dire ça. » me dit-il presque tristement. Je fronçai les sourcils parce que je n'aimais pas le voir ainsi. J'avais peur qu'il fasse vraiment tout pour que l'allemand ne me touche plus et d'un, ça me mettait mal à l'aise, de deux, j'étais profondément mal car je savais que l'allemand pourrait le dénoncer. Piotr aurait de gros ennuis et sa vie serait menacée par les temps qui courent. S'il lui arrivait quelque chose, j'aurais sa mort sur la conscience. Si je le perdais, je sentais déjà que je ne pourrais m'en remettre. J'ignorais cette dernière conclusion, me rappelant que ce que je ressentais présentement pour lui était brouillé par le rêve. « Prends soin de temps, s'il te plaît » lui dis-je simplement, en prenant bien soin d'éviter son regard.
Quand l'orage fut passer, Piotr me parut soudain têtu et borné quand nous évoquions sa personnalité mais aussi les hommes que j'avais pu connaître. Bien qu'il ne s'agisse pas d'histoires d'amour, et que j'essayais de les gommer de ma mémoire, ces hommes qui simplement, désirer un corps féminin, Piotr les évoqua. Comment pouvait-il se comparer à eux? En disant qu'il n'était pas comme eux mais n'était pas quelqu'un de bien pour autant. Bien ou pas, intérieurement, je comprenais qu'il avait quelque chose qui me fascinait et me retenait sur son pallier. Quand je l'insultai, il écarquilla les yeux ce qui ne me permit plus de garder mon sérieux. Quand j'argumentai sérieusement sur ce que je pensais à son sujet il haussa simplement les épaules et me dit: « ça c’est parce que je n’ai pas besoin de payer pour baiser. » Je ne le regardai pas mais je fis des yeux ronds, face à moi, ignorant Piotr. Aussitôt, je le sentis gêné mais je ne répondis rien. Que fallait-il répondre à ça? C'était vrai, je le savais. Il était beau, jeune et intéressant. De nombreuses filles devaient rêver de passer une nuit avec lui. Du moins, une fille qui n'avait pas vécu les horreurs que ma vie m'avait données. Quand on passe toute son adolescence dans un bordel, l'acte sexuel n'a plus du tout la même valeur à vos yeux. D'ailleurs, je ne savais pas ce que c'était que faire l'amour. C'était certainement pour cette raison que je n'arrivais pas à appeler ça, comme ça. Pour moi, l'acte était plutôt synonyme de dégoût, drogue et pervers. Tout sauf sentiment et amour. Je grimaçai en pensant aux dernier mot. « Hum je suis désolé. » me dit-il alors que je fronçais toujours les sourcils, soudain honteuse de ce que j'étais moi-même. Il avait compris ce que j'étais. Je me sentis soudain très mal. Je ne savais quoi répondre. « Ecoute, je veux juste te prévenir que… Que mon monde de vie est un peu… Décalé. Du coup, je ne pense pas être quelqu’un que tu devrais fréquenter à cause de ça. Regarde moi, je fume, je bois, et je me drogue même… Par moment. » Il fronça les sourcils, je sentis aussitôt qu'il n'était pas fier. Je tournai la tête vers lui, déterminée« Ah parce que toi, tu devrais fréquenter une fille de bordel, et ça, ça te poserait pas de problème. Je pense que j'ai déjà vu beaucoup de choses en matière de drogue et d'alcool, alors arrête d'essayer de me repousser. Tu te traites de quelqu'un de complètement démuni de tout. ça m'insupporte que tu me considères comme quelqu'un d'innocent. J'ai tellement fait de choses pour ma survie... D'horrible. Et l'allemand tu devrais même le laisser continuer à me faire tout ça. Je le mérite quelque part. » Je le regardai, le regard paniqué. En vérité, je me maudissais, je me détestais. Je n'aimais pas celle qui par la force des choses, j'étais devenue. Je ne me supportais pas et plonger mon regard dans le sien était en fait un moyen d'essayer de trouver de l'aide, de l'apaisement. « Je fou ma vie en l’air. A petit feu. Je me lasse de tout et ne fait rien de bien censé. LA seul chose que je fais correctement c’est mon travail. Et encore… Je ne le fait pas comme je le souhaite. Si bien que même ça, ça m’ennuie. Et je sais que je n’arriverais pas à supporter cette situation, et serait capable un jour de gâcher ça. Et le pire c’est que ça ne me fera absolument rien, parce que je m’en fou de tout et n’éprouve plus rien. » Il baissa les yeux et je le sentis triste. Aussitôt ma tristesse redoubla violemment comme si j'étais capable de ressentir le mal qu'il éprouvait. Mon cœur se mit à battre très fort. J'étais à la fois fascinée et soucieuse face à ce nouveau sentiment. « En sachant ça, comment tu pourrais bien voir un bon fond en moi ? Je ne suis pas assez bien pour toi. LA seule chose de bien que tu peux recevoir de moi c’est de l’argent pour t’aider à t’en sortir… Sans rien en échange bien évidemment. » Je le devinais triste. Cela fit tilt dans ma tête. « Tu es triste. Face à ta situation, tu es triste. Comme moi, face à la mienne. Tu as ce sentiment d'être impuissant, d'être tombé au plus profond de ce qui était pire le plus possible. Tu penses que plus rien ne pourra t'aider à revenir celui que tu étais avant. Tu espères au fond qu'on viendra à ton secours. Et si on s'était trouvé pour ça? » J'avais parlé de ça en pensant à moi, à ce que je ressentais au plus profond de m'être mais ça correspondait aussi à Piotr, j'en étais certaine. Mon interrogation était celle que je me posais. Je n'avais pas de réponses et je doutais que Piotr puisse en donner une. Mais pourtant, ce sentiment de moitié et de besoin l'un de l'autre restait fort, j'en étais de plus en plus convaincu. Je ne me confiais jamais à personne sur mon passé au bordel, c'était trop douloureux, j'en avais trop honte. Pourquoi est-ce si simple de me libérer avec lui?
Je m'étais sentie mal en prononçant ses paroles et je n'avais pas pu résister à aller me blottir contre lui. J'avais besoin de le sentir contre moi pour puiser en lui cette force de m'en sortir. Le sentir hésitant et incertain me rassura. Ses gestes étaient doux et me réconfortaient. J'eus à nouveau cette même sensation bizarre dans le ventre. Quand je le sentis plus sûr quand il caressait mes cheveux, je ne pus m'empêcher de déposer légèrement mes lèvres sur son torse. J'entendais les battements de son cœur qui étaient rapprochés et je souris timidement, apaisée d'être dans ses bras, de sentir son odeur rassurante et douce même si parfumée de tabac, mais ça ne me gênait pas. Je ne l'avais pas imaginé autrement, quand je n'avais que le rêve pour me faire une idée. Il resserra son étreinte autour de moi et je restai sans bouger. J'aurais voulu que ses bras restent enlacés autour de mon dos où mes hématomes ne me faisaient plus mal en cet instant là, bizarrement mais au bout d'un instant, Piotr se recula doucement, sans me brusquer. Je ne bronchai pas et respectai son choix. Je le sentis soudain préoccupé mais je ne réagis pas vraiment. Je commençais à avoir l'habitude de le voir se perdre dans ses pensées. Il sortit alors son paquet de cigarettes, en sortit une, rangea le paquet et l'alluma. Je ne pus m'empêcher de la lui piquer pour l'embêter après qu'il eut été content d'avoir eu le dernier mot sur notre discussion. Il parut complètement interloqué pour réagir ce qui éveilla encore plus mon envie de rire. Quand je lui tendis de nouveau, il parut soulager ce qui cette fois, je ne pus m'empêcher de rire en lui avouant que je n'aimais pas ça et que je ne comprenais pas son addiction. « Ne comprend jamais alors, je n’ai pas envie de te voir fumer. Ça ne te vas pas. » dit'il l'air taquin. Ô que j'aimais retrouver cet air là sur son visage qui lui allait si bien et qui le rendait encore plus beau. Je chassai cette idée de ma tête. Je ne devais pas le trouver, je ne pouvais pas le trouver, je n'avais pas le droit. Mon cœur était de braise et je ne voulais pas qu'il soit réduit en cendre, pas lui. Piotr semblait être complètement en extase et son air béat me fit rire à nouveau. « Ahh tu ne peux pas savoir à quel point je l’aime. » Il fit une moue tout simplement super comique et je ne pus m'empêcher de rétorquer: « Non mais j'vous jure, complètement démuni face à une cigarette. Arrête, t'as l'air idiot. Non mais j'suis sérieuse, arrête de la dévorer des yeux. ça sert à rien de lui faire les yeux doux, elle sera pas plus longue à se consumer » rigolai-je tout en essayant de lui voler à nouveau sa cigarette.
J'avais retrouvé plus d'assurance et voir Piotr en extase devant une simple cigarette avait été assez fort pour me remettre de bonne humeur. Une fois dans son appartement, je ne pus résister à l'envie de toucher à son magnifique piano. Quand Piotr redescendit après avoir enfilé une chemise blanche qui lui allait à ravir et un pantalon simple mais classe à la fois, il s'assit tout près de moi au piano et me joua quelques notes de "Au clair de lune" qu'il m'invita à reproduire. Je le fis sans trop de mal, certainement parce qu'il était un très bon professeur. Je me mis à chantonner la berceuse et comme tout était calme et détendu, je ne résistai pas à l'envie de poser ma tête sur son épaule. Quand je relevai la tête vers lui, nous nous fixâmes dans les yeux un instant qui me sembla durer une éternité. C'était plus pesant que les autres fois où nos regards s'étaient croisés pour la simple raison que là, nous n'essayions pas de nous convaincre ou de s'impressionner. Je fus quelques peu déstabilisée et je tournai les yeux. Un silence pesant s'installa. Ce fut Piotr qui le rompit et j'en fus soulager. Il soupira en m'avouant qu'il n'avait plus tellement le temps et l'envie de jouer du piano. Il trouvait ça regrettable, je le sentais. Et je lui fis la remarque qu'il ponctua d'un simple « Mouai ». Je venais d'entre-ouvrir la bouche pour répondre mais quand je tournai de nouveau mon regard vers le sien, je refermai ma bouche tant je fus déstabilisée. Mon visage était désormais très proche du sien et je le voyais dans tous les détails. C'était ses yeux que j'aimais par dessus tout, il dégageait tant de choses dans son regard. Son vécu qu'il m'avait un peu raconté déjà se ressentait et les gens qui le côtoyait n'était pas assez attentif à la beauté de son regard et ce qu'il s'en émanait. Si seulement ils y avaient prêté attention, ils auraient pu voir la beauté de son âme dans son miroir qu'était ses yeux. Nous nous quittâmes pas un instant des yeux, ne bougeâmes pas non plus. Mon cœur battait vraiment vite et je ne pouvais plus le contrôler. J'avais envie de déposer mes lèvres sur les siennes mais je ne pouvais céder à la tentation. Si je l'embrassais, il serrait trop tard, je ne pourrais plus me passer de lui, c'était certain. Je ne voulais pas le réduire à néant, je ne voulais pas qu'il ait en lui ce que j'avais en moi. Il était si beau et moi si impure que mes lèvres contre les siennes lui auraient fait perdre un peu de lui, à cause de moi, parce que mon contact était sale. Pourtant, je baissai les yeux lorsqu'il se recula brusquement, créant même une distance entre nous deux qui avait disparu depuis l'instant où nous nous étions laissés aller à quelques tendresses dans l'escalier. Je ne sus quel sentiment j'éprouvais à cet instant. C'était spécial et malgré ce que j'essayais de me persuader, mon corps disait le contraire. Je ressentais encore le besoin de plonger mon regard dans le sien, de sentir son visage près du mien... « Tu veux que je te joue quelque chose ? » J'avais à peine capté ses paroles, tant j'étais déboussolée. De toute façon, il ne me laissa pas le temps de répondre qu'il se mit à jouer un air de French Cancan. J'avais entendu ses musiques là, l'été, en passant sous la fenêtre du Moulin Rouge. Je ne réagis même à cette soudaine stupidité de sa part car je ne voyais pas vraiment ce que ça venait faire là. Mais s'il avait été aussi désarçonné que moi dans cette situation, je pouvais comprendre. Mais c'était impossible. Il ne pouvait pas avoir ressenti la même chose aussi forte que j'avais ressenti. J'avais peur face à ce sentiment jamais ressenti, si inconnu. J'avais peur de l'inconnu. Je n'avais plus peur pour moi, j'avais peur pour lui. J'avais peur de m'éprendre pour lui et d'être trop égoïste pour lui dire de partir loin, de ne plus me revoir. Je savais qu'il était trop tard. Prise soudain de nervosité, je me levai brusquement. La rapidité de mon geste m'arracha une grimace de douleur. J'avais oublié la blessure de mon dos provoquée par l'agression de l'allemand. Je portai ma main sur mon dos mais j'avais mal. Je m'avançai un peu plus vers la porte par laquelle j'étais entrée et je m'arrêtai devant un miroir qui était là, sur ma gauche que je n'avais pas vu en entrant. Je m'y approchai, toujours le visage crispée par les lancements que je sentais dans mon dos. Là, pour la première fois depuis longtemps, je vis distinctement ce à quoi je ressemblais. La fille qui se tenait face à moi avait perdu la blondeur doré de ses cheveux qui en plus, étaient devenus épais à cause des nœuds. Mes yeux étaient maquillés de cernes violettes en dessous et je me trouvais bouffie malgré les creux qui s'étaient un peu formés dans mes joues. Mes lèvres étaient abimées tant par les coups que j'avais pu recevoir que par la résistance dont ma peau devait faire preuve à chaque température et temps qu'il faisait à l'extérieur. Je passai ma main où mon poignet était blessé doucement sur ma joue, puis sur ma lèvre. Quand je fixais à nouveau mon reflet dans les yeux, je vis une larme perler le long de ma joue. « Tu vois la chose infâme que je suis.. ? » pleurai-je doucement, sans colère, ni sans haine, ni sans tritesse. Comme si soudain, le néant avait pénétré en moi. Je cherchais soudain à croiser le regard de Piotr. L'océan que dégageait ses yeux me donnait une impression de protection et pendant que je me regardai à nouveau dans le miroir, je pris la main de Piotr dans la mienne et le tira à moi. Je me voyais, horrible, infâme, impure, réduite à celle qui était loin d'être moi, dans les bras d'un prince que je ne méritais pas.
❝v o s . p a p i e r s❞ ■ religion: Aucune car traumatisé des dimanche matin à la messe ! ■ situation amoureuse: Dans une relation passionnelle et fusionnelle avec mon chien ■ avis à la population:
Quelque part, je crois que depuis la première fois où j’ai posé mon regard sur Ksénia, je savais qu’elle avait besoin d’aide. L’espoir qu’elle entretenait montrait qu’elle avait une certaine volonté de s’en sortir, parce que c’était tout ce qu’il lui restait. Je lisais dans ses yeux ses souffrances, beaucoup trop nombreuses pour que je n’y puisse pas prêter attention. J’aurais aimé y être indifférent, comme j’étais indifférent à tout, mais ça m’avait été impossible. Je ne sais pas si c’était ma trop grande curiosité, mais quelque chose me poussait toujours à vouloir lire plus loin en elle, en savoir plus. Je ressentais quelque chose en elle, que je ne voyais jamais chez les autres. Je ne savais pas ce que c’était, mais ça m’intriguait. Tant bien que même elle avait une apparence presque miséreuse et semblait totallement démunie, je n’arrivais pas à voir en elle une simple fille de la rue, dépassant la simple apparence physique, je ressentais tout simplement qui elle était. Mon imagination voyais-t-elle juste ? En tout cas pour ce qui est du côté souffrance je ne m’étais pas trompé. Ce qu’elle m’avait confié, me laissait facilement supposé qu’elle avait du vivre des choses terribles. Bien plus que moi, et ma vie qui devait lui paraitre totallement fleurissante à côté de la sienne. En apparence du moins. Je n’avais probablement jamais souffert comme elle, pourtant mon existence était totallement dénué de sens et vide de tout. Puisque je ne ressentais rien, et feignait me foutre de tout. J’avais parfois l’impression d’être un fantome, ou encore un robot, qui n’éprouvait rien, et agissait toujours mécaniquement, reproduisant quotidiennement les même gestes. Je n’avais aucun but, aucune perspective d’avenir particulière, si ce n’est que vouloir toujours plus de pouvoir, pour échapper à l’ennui qui malgré tout était là. Malgré toute mes distraction, il y avait toujours ce vide en moi que personne ni rien ne pouvait combler, comme si je ne vivait plus, comme si j’étais mort. Car oui je ne vivais plus, je me contentait seulement d’exister. Ce qui est bien différent. L’obscurité s’emparait de moi, les ténèbres m’arrachaient. Je baignait dans le luxe, accumulant tout les péchés possible et inimaginable, dont j’étais peu fier. J’avais l’impression parfois, que le diable était en moi, cherchant juste à se distraire et s’amuser. J’acceptais cette situation, et les autres aussi, puisqu’ils savaient qui j’étais et que je me foutait royalement d’eux. Ils voyaient très souvent en moi une mauvaises personnes, un petit con, qui se la pète avec toute ses richesses, ses femmes, et tout le reste. Personne ne cherchait à voir plus loin, et ça aussi je l’acceptais très bien. Je ne voulais pas que les gens voient plus que celui que je montrais, je m’étais faites cette images, pour ne pas souffrir et croire que ça suffirait. Parce que je n’aimais pas m’ouvrir aux autres. Alors qu’une fille, sortie tout droit des rues sans doute les plus insalubre de Paris, finisse par me considérer autrement, pense que j’avais un bon fond, et lisait en moi beaucoup plus loin sans doute que quiquonque, ne pouvait que d’autant plus m’intriguer. D’où le fait que je décelait en elle quelque chose de bon, même beaucoup plus que de la simple bonté. Ma conception du monde est assez simpliste : d’un côté il y a les méchants, qui font le mal, qui vivent le mal, qui font souffrir, et je me considérais appartenir à cette catégorie, pour tout les cœurs que j’avais détruits simplement parce que ça m’amusait, et pour toute les vie que j’avais pourris en écrivant des articles houleux, simplement parce que ça aussi ça m’amusait. Et de l’autre côté, il y a les bons, qui font le bien, ou tente de le faire, mais encore subisse le mal des plus mauvais. Incontestablement je placait Ksénia dans cette catégorie, qui subissaient. Elle n’avait pas choisit ce qui lui arrivais, alors qu’à la différence moi si. Elle aurait beau me contredire, me dire que je me trompais, je savais que j’avais raison. Et encore une fois, j’étais très borné à croire mes théories. Mon constat était peut être trop fataliste, mais si personne n’agissait, rien ne changerait.
Je ne pouvais prétendre à ce que ma colère actuelle, était un acte de bonté destinée à vouloir la protéger. La rage s’émanant de moi était beaucoup trop vive pour que ce soit quelque chose de bien. J’étais en colère contre ce genre d’homme, parce que je m’y incluait dedans quelques part. Certes, je ne battait pas, et ne forçait aucune femme à coucher avec moi physiquement. Mais moralement, je savais que mes arguments faisait que j’avais du déjà me montrer assez insistant pour avoir des femmes. En rusant, principalement, jouant de mon charme, en fesant des promesses qui n’aboutiront jamais. Jamais je ne forçait une femme à quoi que ce soit, mais par cette ruse dont je faisais preuve, c’était presque tout comme, sachant que mes talents pour manipuler marchait très bien. Alors certes, je n’étais pas comme ces hommes, et ne m’y prenait pas comme eux, mais nos but était les même au final, alors quelque part, je ne pouvais m’empêcher de nous comparer. Ce qui me rendait encore plus en colère, car ça me terrifiait de me dire que j’avais finit par leur ressembler, que j’avais finit par ressemblé à ceux que petit j’avais tant de fois détester pour agir de la même manière avec ma mère. J’en avais quelques part honte, mais je n’osais pas l’admettre clairement, ce qui rendrait les choses encore plus réelles. Ça me faisait d’autant plus mal de me dire, que Ksénia voulait de mon aide, qu’elle attendait peut être quelque chose de moi en m’avouant ses souffrances, alors que je n’étais pas du tout un homme plein de bon sens. Loyal, gentil, doux comme elle devait en avoir besoin. Même si sa présence me donnait envie de l’être, je ne m’en sentais pas capable, pas encore. Pour me rassurer, je m’étais dit que mon métier devait sans doute être la raison pour laquelle elle m’avait parlé. Pour la simple et bonne raison que j’aurais eu du mal à croire autre chose, ne voyant pas comment elle pourrait réellement avoir envie d’être consolé par un homme comme moi. « Tu crois vraiment que je suis revenue te voir pour me plaindre? Sous prétexte que tu es journaliste, j'allais venir vers toi en te suppliant de m'aider? Te voir prendre des risques, peut-être même mettre ta vie en danger pour moi? Je me fous de ton métier, je me fous même de tout ton fric et de tes relations. Je n'ai pas besoin de ton aide. Je ne le recroiserais pas. » Me répondit-elle en colère, j’en fut désorienté. Parce que ce que je m’étais dit, je le savais était totallement absurde, étant donné que j’étais consient que Ksénia n’était absolument pas le genre de personne, à aller voir quelqu’un par intérêt, non ça c’était moi, et c’est probablement la façon dont j’aurais agit à sa place. Je baissais les yeux pour ne pas avoir à croiser son regard. Je ne croyais absolument pas la fin de sa phrase, de toute évidence je savais qu’elle avait besoin de moi, ou au moins de quelqu’un pour l’aider à surmonter ça. Le hasard voulait peut être qu’elle m’ait choisit moi, puisque j’étais apparemment la seule personne à qui elle avait parlé de cet allemand. Et je ne croyais pas au fait qu’il ne la suivrait plus, pour la simple et bonne raison qu’elle m’avait elle-même dit qu’il la suivait très souvent, et qu’en général une telle ordure n’arrête pas subitement de faire du mal sans raison. Cependant, je me tu, préférant lui laisser croire qu’elle avait finit par me convaincre, plutôt qu’elle sache ce qui se passait dans ma tête, et la douleur qui m’animait chaque fois que je repensais à cet homme. Je ne cessais de repenser à elle, fragile et innocente, dans les bras de ce monstre. Ça me faisait mal, mal au cœur, d’imaginé pareille atrocité. Bien que je resta silencieux, ma colère était toujours présente, et jaillissais intensément à l’intérieur de moi. Je me promettais intérieurement de la suivre quand elle partirait, ou si quand j’étais occupé envoyer des hommes, car je savais très bien qu’à partir de cet instant, je ne cesserait de m’inquiéter pour elle.
« Je ne sais pas... »Me répondit-elle alors que je lui avais demandé pourquoi elle restait ici si je l’effrayait. « Ce n’est pas une réponse ça ! » Dis-je aussitôt, l’air sévère avec toujours ce même air insistant que je le lui lançais. Me demandant surtout pourquoi ma colère ne la faisait pas fuir, comme ça aurait très bien put être le cas. Surtout après avoir subit des violences de la part des hommes, je me doutais que me voir m’emporter si vite pouvait lui faire rappeler le comportement de l’ordure,qui pour lui faire autant de mal devait bien s’énerver souvent. Cette pensée me fit grimacer. Et me fit serrer du poing. Décidément, j’avais l’impression d’être beaucoup trop impulsif,et me connaissant, si ça continuait, je ne pourrait m’empêcher d’aller frapper l’homme sans réfléchir. D’où le fait que je ne me sentais pas être la bonne personne, me connaissant, j’irais foncer droit dans le tas au lieux de réfléchir murement à ce que je pourrais faire. Quelqu’un de sensé aurait eu une réaction sans doute plus calme, et plus posé. Mais bon, quelque part, je n’étais pas une personne sensée. Un silence régna avant qu’elle n’ajoute : « Prends soin de toi, s'il te plaît »Ma première réaction, face à de tel mot fut de rire, ne pouvant pas me contenir, je finis par ajouter après cela. « Moi prendre soin de moi ? J’ai pas besoin de ça, regarde je vais bien. Je suis pas une mauviette non plus. » Dis-je presque vexé dans mon égo, parce que ses paroles laissaient sous entendre à mes yeux que j’étais faible. « Non toi prend soin de toi. Ne fais pas de bêtises. »Dis-je d’un air qui se voulait à la fois ferme et protecteur. Sentant ma colère quelque peu passé pour le moment.
Quelque minutes plus tard, mon calme retrouver, je ne put m’empecher de lui témoigner à voix haute, la comparaison que je m’étais faites entre moi et ces hommes. Bien que je ne me servais pas de mon argent pour satisfaire mes besoins, et ne faisait aucun geste aggressif, cela n’empêchait que j’avais parfois tendance à traiter les femmes comme des objets. Qui étaient là juste pour que je couche avec. Comme ils le faisaient avec elle. Me dire ça me rendait fou, et honteux. Je savais très bien que jamais je ne pourrais lui faire ça à elle, mais après tout j’aurais très bien put le faire aussi non ? J’en était vraiment pas fier du tout. Pour tout ce que j’avais fait, pour ma façon d’agir. Mes actes n’étaient pas vraiment très glorieux. Mais je préférais le lui avouer. La franchise, était une seule des chose que je ne pouvais me repprocher.« Ah parce que toi, tu devrais fréquenter une fille de bordel, et ça, ça te poserait pas de problème. Je pense que j'ai déjà vu beaucoup de choses en matière de drogue et d'alcool, alors arrête d'essayer de me repousser. Tu te traites de quelqu'un de complètement démuni de tout. ça m'insupporte que tu me considères comme quelqu'un d'innocent. J'ai tellement fait de choses pour ma survie... D'horrible. Et l'allemand tu devrais même le laisser continuer à me faire tout ça. Je le mérite quelque part. »Je soupira d’exaspération, totallement en désacord avec ses propos. « Je m’en fiche bien de ce que tu as put faire pour survivre. Ça ne compte absolument pas. Parce que la différence entre toi et moi, c’est que toi tu n’avais pas le choix. Tu devais survivre. Tu n’as pas choisit ce qui t’es arrivé, alors ne me dit pas que tu mérite ça ! Pas devant moi, je te l’interdit ! L’autre n’avais pas à te toucher ! » dis-je en m’emportant quelque peu, totallement outré qu’elle puisse considérer qu’elle méritait ça, personne ne le mériterait, et encore moins elle je le savais. « Parce que moi au contraire, tout ce que je fais, je l’ai choisi, simplement pour mon bon plaisir ! Pour m’amuser. Comme eux le font. » Dis-je l’air plus que jamais déterminé. « Ce que tu as du vivre doit être terrible, et tout ce que tu as put faire n’est certainement pas ce que tu voulais. Pour moi tu es totalement innocente. » Dis-je d’un ton soudainement plus doux, en allant caresser tendrement sa joue tout en la fixant droit dans les yeux d’un regard totallement convaincu. Je finis par retirer ma main en baissant les yeux et lui confessant ce qui se passait dans ma vie, qui était totallement absurde et n’avait rien de bon. « Tu es triste. Face à ta situation, tu es triste. Comme moi, face à la mienne. Tu as ce sentiment d'être impuissant, d'être tombé au plus profond de ce qui était pire le plus possible. Tu penses que plus rien ne pourra t'aider à revenir celui que tu étais avant. Tu espères au fond qu'on viendra à ton secours. Et si on s'était trouvé pour ça? » Me dit-elle aussitôt que j’eu finis de prendre la parole. Je fronça les sourcils, encore une fois j’étais trop fier pour admettre clairement ma tristesse et mon impuissance dans ce monde, je venais de me rendre compte que je m’étais soudainement beaucoup trop libéré. Comme je ne le faisais jamais. Et je n’aimais pas ça, dévoilé ce que je ressentais était quelque chose que j’avais toujours détesté faire. Je fronça les sourcils, me disant que j’aurais du me taire. Je ne voulais pas qu’elle pense que j’avais besoin d’aide, ça serait absurde de dire ça face à une démunie, alors que moi j’avais tout. « Je n’ait pas besoin qu’on vienne à mon secours. » Dis-je fermement, n’acceptant pas forcément l’idée que j’avais peut être besoin de quelqu’un, et peut être même bien besoin d’elle. De sa présence apaisante. Je savais que c’était vrai, mais je trouvais cette idée beaucoup trop étrange pour que je l’accepte. « On ne sait absolument pas trouvé pour ça. Mais juste par simple hasard. » Poursuivis-je l’air tout aussi déterminé. Pourquoi moi qui détestait les attaches aurais-je besoin de quelqu’un, et qui plus est, pourquoi aurais-je besoin d’une fille ? Particulièrement d’elle ? Je ne comprenais pas.
En tout cas, je compris l’instant d’après que j’avais besoin de sa douceur, c’était certain, pour me rendre compte que son contact et la sentir dans mes bras était bénéfique. Bénéfique, parce que ça me donnait l’impression que je pouvais ressentir enfin quelque chose, qu’importe la nature de ce sentiment, le vide en moi s’en était allé en l’espace d’un instant. Rendant mon cœur plus léger. C’était bon et terrifiant à la fois, si bien que je m’écarta, pour que cela cesse, ne voulant pas trop y prendre gout, et parce que mes voix intérieurs me disaient que je n’avais pas le droit à ça. Pas l’être cruel que j’étais. Enfin peut être pas en cet instant, mais au moins avait été. Mon amour de cigarette me fit apaiser tout mes questionnement, et bien que je fut jaloux en l’espace d’un instant qu’elle me la pique, la voir fumer m’avait amusé. Et je retrouvais coincé entre mes lèvres une de mes raisons de vivre, et non, je ne suis pas du tout accro hein. Mais j’étais tellement bien avec une cigarette. Je pourrais passer ma vie entière avec une cigarette, à fumer. Le pire c’était que je serais capable de m’en contenter vu que je ne voulais rien de plus. « Non mais j'vous jure, complètement démuni face à une cigarette. Arrête, t'as l'air idiot. Non mais j'suis sérieuse, arrête de la dévorer des yeux. ça sert à rien de lui faire les yeux doux, elle sera pas plus longue à se consumer » « Qu’ech che t’en chais ?[b] » Dis-je de manière incompréhensible puisque j’avais parlé en même temps que j’avais gardé ma clope, ce qui était loin d’être classe je l’avoue, mais ça me fit rigoler lorsque je retira cette dernière de ma bouche. « [b]Mon paradis est une cigarette. Je suis fou de cette chose j’y peu rien. Ne soit pas jalouse. » Dis-je l’air taquin de manière plus compréhensible cette fois, avant de fumer de nouveau « mon paradis ».
Une fois à l’intérieur, lorsque je fut changé, je lui avait montrer comment jouer un petit morceaux assez facile, avant de finir par lui confier que malheureusement, plus personne n’y touchait à ce piano. C’était triste qu’un si bel objet ne serve à rien, mais bon c’était comme ça. Après cette confession, je tourna le regard vers elle, et je put l’admirer de plus près. Elle avait un visage de poupée et des traits presqu’angélique que je ne pouvais pas mieux remarquer qu’à présent. Sa peau était lisse, son nez fin, ses yeux magnifiques, et je ne savais que dire de ses lèvres qui me tentaient. JE me surprenait moi-même à vouloir les gouter, et j’avais beau me concentrer pour penser à autre chose, je n’arrivais à m’ôter l’idée de vouloir l’embrasser. Et ce n’était pas un désir quelconque, qui m’animait habituellement. Là, j’en rêvais, c’était presque quelque chose d’irréversible, comme un aimant, je voulais encore plus m’approcher. La tentation était tellement forte. J’étais tout près d’y céder lorsqu’ultimement, je rapprocha mes lèvres sentant son souffle se mélanger au miens. Mon cœur battait plus vite que la normale. S’en était déjà trop pour moi, je sentais qu’il serait mieux, qu’il serait vraiment préférable que je recule et que je ne me laisse pas aller pour cette fois. Alors que ma devise habituelle était « le meilleur moyen de résister à la tentation est d’y céder », là je sentais que je ne pouvais pas, que je n’étais pas prêt à lui donner ce baiser fougueux et passioné que je voulais faire, parce qu’il aurait beaucoup trop de sens à mon gout, signifierait beaucoup trop de chose que je ne voulais pas connaitre. Je me recula net, effrayé par l’idée que je puisse de nouveau éprouver quelque chose. J’étais totalement déstabilisé, et ne voulait pas me laisser aller si facilement, parce que ça n’avait pas de sens. Il fallait vraiment que je me vide l’esprit, et cesse de constamment penser à elle. Quoi de mieux pour cela que de jouer l’air le plus riddicule que j’avais en tête ? C’était totallement stupide, mais je n’avais pas envie d’instaurer une atmosphère qui prêtait beaucoup trop à confusion sur ce que j’avais voulu faire. Je ne saurais y faire face et pouvoir clairement lui dire que j’éprouvais le désir intense de l’embrasser. Ça sous entendrait beaucoup trop de choses à mon gout. J’espérais juste ne pas l’avoir vexé, en me reculant si brutalement. J’essayais de jouer et de me vider l’esprit. C’est pour ces raisons qu’il m’arrivait souvent dans mon passé de jouer des heures entière du piano, parce que c’était un bon moyen d’évasion, qui me permettait de fuir la réalité. J’essayais de rester concentré, mais je n’y arrivais plus lorsque je remarqua qu’elle s’était levé brutalement. Mon cœur fit un bond. Je savais que je l’avais vexé, mais au point qu’elle veuille partir ? Oh non, je ne le voulais pas. Même si c’était ce qu’elle aurait du faire depuis tout à l’heure, en découvrant qui j’étais réellement, c’était mieux pour elle d’être loin de moi, j’en étais certains. Mais par égoisme, je voulais la retenir. C’était tout ce que j’étais, égoiste. Je me retourna pour enfin osé la regarder, pensant qu’elle s’était déjà éloigné. Je fut presque soulagé, et pas vraiment à la fois, par la peur de ce qu’elle provocait en moi, de la voir devant mon miroir. Je la sentit triste, de la voir se contempler. S’attardant sur les endroits où elle était blessé, je voyais de nouveaux ses larmes couler, lorsqu’elle ajouta : « Tu vois la chose infâme que je suis.. ? » Je fronça les sourcils, comment pouvait-elle dire une chose pareille ? ça me révoltait, car ce n’était pas du tout la façon dont je la percevait. Malgré ses haillons, et vêtements usés, malgrés ses marques de coups visible, malgré son allure frêle de bohémienne, comme je l’avais qualifié, je la trouvais véritablement très belle bien que son physique ne soit pas particulièrement mit en valeur, je comprenait pourquoi l’allemand et sans doute d’autres hommes la désirait. Elle devait sans doute leur plaire, et à moi aussi. Je chassais cette idée de mes pensées, ne voulant pas me risquer de penser comme eux. Car je la voyais incontestablement d’une toute autre manière. Je resta silencieux et sans bouger, la regardant et ne sachant comment m’y prendre pour lui exprimer sans trop en dire le font de ma pensée concernant ses paroles. Quand elle me pris la main, je me retrouva à côté d’elle devant la glace, n’y prêtant guère d’attention car je la contemplais elle. Je n’osais dire quelque chose, de peur d’agir une nouvelle fois stupidement. Cependant, j’avais peur qu’elle prenne mon silence parce que j’étais en accord avec ce qu’elle avait dit. « Non ! » Dit-je soudainement, de manière très brusque et ferme, sur un ton qui se voulait dur, pouvant enfin réagir. Je l’avais même saisit par les épaule en cet instant, pour qu’elle se tourne en ma direction face à moi, au lieu qu’elle continue de regarder l’objet. Je lui lança un regard tout aussi déterminé que mon ton de voix. « Ne dis pas ces stupidités devant moi ! » Dis-je en finissant par la lâcher en la faisant de nouveau se mettre face au miroir, et je me plaça derrière elle, en penchant ma tête face à sa hauteur. « Ce que je vois, c’est une jeune femme fragile, qui n’a visiblement que très peu d’estime pour elle. » dis-je en me penchant légèrement sur le côté, pour aller d’une main essuyer ses larmes de chaque côté, puis je me redressa face au miroir. « Alors qu’en réalité elle est beaucoup plus belle et merveilleuse qu’elle ne le pense ! » dis-je l’air ferme, avouant malgré moi ce que je pensais, encore une fois je m’étais invonlontairement confié à elle sans réfléchir sur ce que je ressentais, ça me troublait. Si bien que je ne tarda pas, à faire de nouveau peut être une bourde enrecommençant à blaguer de nouveau. « Et ce que je vois c’est un mec qui devrait peut être se couper les cheveux ! » Dis-je en rigolant en passant ma main dans ma chevelure en me regardant, en m’approchant un peu plus près du miroir en la détournant et déposant ma main sur ma barbe naissante « Et qui devrait peut être se raser aussi. Grand-mère trouve que j’ai l’air de sortir de prison comme ça ! » dis-je de nouveau en rigolant et me reculant. « Sans parler des sourcils ! » Je rigola une nouvelle fois, tournant la tête pour voir si j’avais au moins eu le mérite de la faire rire avec mon humour parfois particulier.
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« La guerre, on ne la fait pas : c'est elle qui nous fait. ».
Malgré toutes les horreurs que j'avais vécues, ce rêve m'avait donné envie de survivre. Pas vivre car j'avais l'impression que ma vie s'était arrêtée le jour où je m'étais retrouvée seule dans Paris. J'avais retrouvé une raison de vivre grâce à cela et cet homme, Piotr à l'occurence m'avait fascinée. Quand je l'avais rencontré, il m'avait paru à la fois décalé mais sensible, même s'il ne voulait rien en paraître. Malgré les mises à garde de Paul, je ne pouvais me résoudre à croire qu'il pouvait être mauvais et être celui que sa réputation lui donnait. J'avais fini par retourner chez lui, à la fois nourrit entre l'envie violente de le revoir et le désir de comprendre pourquoi je l'avais vu tant de fois en rêve. J'étais certaine que c'était lui, je ne me trompais pas. J'avais limite peur de mes songes nocturnes, ou plutôt, que celui dont je rêvais existait réellement. Sans même savoir que j'existais, il avait été source de tant de force qu'il ne pouvait imaginer. Je ne pouvais pas le lui avouer et ce n'était pas l'envie qui m'en manquait par moment. Surtout lorsqu'il se considérait si mauvais. ça m'insupportais, me mettait hors de moi. J'étais si détruite. J'avais besoin que l'on me rassure, aussi honteuse que je trouvais cette idée. Je ne pouvais plus supporter d'être frappée par cet homme, je n'arrivais plus à y faire face seule, c'était trop dur. J'avais peur de me retrouver seule et démunie, encore une fois, dans les rues de Paris. Je n'avais jamais pu et réussi surtout à parler des violences que je subissais et le fait que Piotr soit le seul à qui j'ai pu m'en libérer me faisait un drôle d'effet. Pourquoi m'étais-je senti si bien que j'avais pu dévoiler cela? La colère dans laquelle il était entrée était inédite pour moi. Je n'avais jamais pu voir quelqu'un se comporter ainsi pour moi. Est-ce réellement pour moi ou bien avait-il repensé à des souvenirs douloureux à la vue des coups que je portais? Je n'avais là aucune réponse. Dans ma tête, l'allemand, mon rêve, la première fois que j'avais vu Piotr, le bordel, tout revenait à la fois, si bien que la seule conclusion que j'en tirais était que j'étais une fille complètement sans repères, démunie, devenue moins que rien, qui s'était rattachée à un rêve stupide qui venait de devenir réalité. Pourtant ce que je ressentais à son égard me semblait plus fort qu'un simple appel à l'aide. Oui, je ressentais quelque chose d'étrange, jamais vécue. Les hommes me faisaient fuir, tous. Seule la gentillesse et la douceur de Paul avaient changé la règle mais après m'être par la suite fait harceler à plusieurs reprises par l'allemand, j'avais appris à me méfier de nouveau. L'histoire m'avait appris une leçon, se méfier, toujours de la rue et de ses passants. C'était seulement la deuxième fois que je voyais Piotr et même face à sa colère, je n'eus pas envie de partir. L'idée ne me vint même pas tant m'éloigner de lui m'était devenue une idée insupportable. C'était plutôt ça qui m'inquiétait. Et si je finissais par complètement m'accrocher à lui? Si je ne trouvais plus la force de partir pour ne pas le détruire lui? J'aurais voulu sortir de ce corps que je détestais, que je trouvais sale et impur au possible. Seulement, mon âme s'en était imprégnée, il était trop tard pour ça.
Cependant, dans ses bras, deux sentiments se mêlèrent. L'impression que j'étais meilleure à ses côtés, que je pouvais m'en sortir, qu'il n'était pas trop tard. D'un autre côté, je pensais que ce que je faisais là n'était pas chose que je méritais. Je ne méritais pas d'un homme comme lui, je ne méritais rien, personne. Ses bras qui m'enlaçaient étaient comme un bouclier qui réchauffait mon cœur et éloigner mes craintes, mes douleurs. J'aurais aimé que cet instant là dur une éternité tant tout s'évaporait et la paix avait pris la place la plus dominante en moi. Comme si je ressentais en lui un besoin puissant d'être à ses côtés, comme s'il ne pouvait y avoir que lui pour me faire reprendre quelque peu confiance en moi. Après que Piotr se soit écarté doucement, il évoqua le fait qu'il ne pouvait pas ignorer que l'on puisse frapper ou avoir un tel comportement avec moi. Cependant, alors qu'il était toujours aussi en colère, il évoqua le fait que j'avais pu revenir à lui simplement par intérêt. Je ne supportais pas qu'il puisse penser cela et je lui en fis la remarque. Je me faisais du mal de lui balancer ses paroles là à la figure parce que je n'en avais pas envie, j'étais trop fatiguée de me justifier, de me défendre sans cesse. Là, j'avais seulement envie de me reposer, ne plus penser à ça, m'en éloigner. J'avais un peu ressenti cela dans cette rue commerçante ou Piotr était apparu. C'était pour cette raison là que j'étais revenue, et pour cette raison inexplicable de trouver des réponses à toutes ces questions qu'éveiller en moi ce foutu rêve. Entre folie et signe inconscient, que fallait-il croire? Piotr baissa alors les yeux et je pensais qu'il avait été touché par mes paroles. Mais en fait, il n'en montra rien et ne répondit rien. Ce qui me fit encore plus mal. Finalement, la colère qu'il manifestait montrait son intérêt envers moi. Là, son silence me fit ressurgir tous mes doutes dans ma tête. L'apaisement que je cherchais à ressentir en sa présence s'était envolé à cet instant car, finalement, il n'était peut-être pas la personne qu'il me fallait pour dépasser mes souffrances. Cependant, je ne pouvais me faire à l'idée. C'était trop douloureux car ce même sentiment que je ressentais pour lui était bien plus fort. Ce qui n'était pas mieux. J'avais peur que de rester près de lui ne me détruise encore plus, tant je l'aurais détruit lui. J'avais tellement réduit à rien ce qui m'était cher que j'étais persuadée qu'il en serait de même pour Piotr. J'étais cependant trop égoïste pour me l'avouer. Voilà ce qui se passait. Je savais qu'il était dangereux, si Piotr ressentirait une affection pour moi au fil du temps, dangereux pour lui de rester dans ma vie. Mais il était trop tard, j'étais trop faible pour trouver la force de tourner les talons et de ne plus le revoir, jamais.
Piotr réussit une nouvelle fois à me déstabiliser lorsqu'il voulut savoir pourquoi, s'il m'effrayait, je n'étais pas partie. Je n'avais pas réponse et lui avouais. Bien que je sentais que j'étais comme un aimant dépendant de lui, je ne pouvais lui donner cette explication que je trouvais complètement absurde et surtout, je ne pouvais me l'avouer. « Ce n’est pas une réponse ça ! » dit-il, toujours aussi en colère. Il me fixait dans les yeux de son air insistant qui me fit cligner des yeux. Je perdais mon côté impulsif face à lui, je n'arrivais pas à me mettre en colère. Comme s'il avait pris en lui toute la rage que j'avais d'habitude enfouie au fond de moi. Son impulsivité était forte et je ne comprenais comment il pouvait ressentir cela quand il voyait celle que j'étais. Piotr fronça les sourcils et serra les poings. Je ne savais pas quelles étaient les pensées qui lui traversaient l'esprit mais j'eus un mauvais pressentiment. Je ne réfléchis pas lorsque je lui dis, d'une voix incertaine de prendre soin de lui. De suite, il rigola. D'un rire qui ne dégageait aucune joie, mais plutôt de l'ironie. « Moi prendre soin de moi ? J’ai pas besoin de ça, regarde je vais bien. Je suis pas une mauviette non plus. » Je fronçai les sourcils et ne trouvais aucun mot pour lui manifester le fait que j'étais en total désaccord avec ses paroles. « Non toi prend soin de toi. Ne fais pas de bêtises. » Je sentis le ton de sa voix beaucoup plus doux que précédemment. Qu'est ce que cela pouvait-il bien lui faire de toute façon? Je baissai les yeux, ne voulant rien répondre qui aurait pu attiser à nouveau sa colère face à cet homme. Oui, cet allemand car ce n'était pas contre moi qu'il était en colère, ce que je ne comprenais pas vraiment.
Plus tard, je ne supportais pas le fait qu'il ose se comparer aux hommes fréquentant les bordels. De plus qu'il se considère comme pire qu'eux mêmes ne put retenir. J'étais alors hors de moi, mais mon impulsivité habituelle ne voulait pas surgir. C'était si... étrange. Cependant, j'eus l'impression que mes arguments ne lui firent aucun effet parce qu'il soupira et je sentis bien qu'il désapprouvait totalement mes paroles. « Je m’en fiche bien de ce que tu as put faire pour survivre. Ça ne compte absolument pas. Parce que la différence entre toi et moi, c’est que toi tu n’avais pas le choix. Tu devais survivre. Tu n’as pas choisit ce qui t’es arrivé, alors ne me dit pas que tu mérite ça ! Pas devant moi, je te l’interdit ! L’autre n’avais pas à te toucher ! Parce que moi au contraire, tout ce que je fais, je l’ai choisi, simplement pour mon bon plaisir ! Pour m’amuser. Comme eux le font. » Là, il touchait certainement un point qui était vrai. Jamais je n'aurais choisi cette vie si j'en avais eu le choix. Mais si lui faisait ça, c'était parce qu'il voulait trouver un sens à sa vie. Je ne répondis rien, soulever mon passé m'était toujours très douloureux et ça en était assez. « Ce que tu as du vivre doit être terrible, et tout ce que tu as put faire n’est certainement pas ce que tu voulais. Pour moi tu es totalement innocente. » dit-il, soudain plus doux. Il vint me caresser la joue en plongeant son regard dans le mien. Je n'arrivais pas à être convaincue de ses paroles mais je l'oubliais tant son geste m'apaisa. Je fermai un instant les yeux. Quelle tranquilité, soudain... Je ne lui cachai pas alors que pour moi, il restait quelqu'un de bien et je ne comprenais pas qu'il se rabaisse autant, c'était absurde, il n'avait pas à faire ça. Je ne pus m'empêcher de lui faire part du sentiment que j'avais l'impression que j'avais besoin de lui, comme lui, de moi, comme si notre rencontre était une évidence. Bien entendu, j'employais des mots beaucoup moins forts à haute voix. « Je n’ait pas besoin qu’on vienne à mon secours. » dit-il en baissant les yeux. Geste qui trahit ses paroles. « Oui. Je sais. Je disais ça aussi, avant » Je le fixais dans les yeux, d'un air qui voulait dire qu'il ne pourrait me faire changer d'avis à son égard. C'était vrai, en plus. Depuis toujours j'avais repoussé les aides qui s'étaient offertes à moi. À chaque fois je les avais éloignées avec détermination, par fierté, sûrement. L'homme est stupide avec ses défauts, ça lui bouffe la vie! J'avais désormais mis tout ce qui restait de moi entre parenthèse, déterminée à m'en sortir, vraiment, pour ne plus jamais sombrer à nouveau. « On ne sait absolument pas trouvé pour ça. Mais juste par simple hasard. » J'eus un sourire en coin qui retenait mon envie de rire, soudain. Ce n'était pas un rire joyeux ou un sentiment de légèreté que je ressentis à ce moment, juste la sensation étrange que je ne pouvais croire au hasard. Je plongeais à nouveau mon regard dans le sien et pensant au rêve que je faisais. S'il savait. Il ne dirait plus que notre rencontre était le fruit du hasard, ça, je ne pouvais pas y croire. J'ouvris la bouche, fronçai les sourcils et finalement, refermai la bouche. Non, je n'avais rien à dire. Seulement, il avait du remarquer mon hésitation soudaine. je baissai la tête, la mit entre mes bras. Ce rêve... Que voulait-il dire? Je n'arrivais pas à le formuler à haute voix, pas au principal intéressé... C'était si... étrange que ça pouvait faire peur. Je pouvais lui faire peur. Je soupirai longuement et là, il ne pouvait que se dire que quelque chose de louche clocher en moi.
J'étais détruite, là, c'était certain. Piotr semblait l'être tout autant même si sa situation ne lui avait pas encore permise de l'admettre, comme moi j'avais été forcé de le faire. Quoi qu'il en soit, la douceur qu'il dégageait m'apaiser. J'avais besoin de lui et je ne pouvais le nier même si ça m'effrayait. J'eus même l'impression de me forcer à penser que j'étais mauvaise avec lui. Car, c''est ce que j'étais. Mais sa présence faisait partir ce sentiment et c'est ce qui était le plus dangereux. Alors que je nous sentais tous les deux déboussolés, Piotr sortit une cigarette. Ah, sa cigarette. Je compris vite qu'il en était accro, surtout quand je vis le regard qu'il lui lançait, comme si ça avait été une personne. La situation m'amusait beaucoup et je fus heureuse de voir que Piotr avait retrouvé son humeur et sa bonne humeur que j'aimais tant lui voir. Je ne me gênai pas alors pour le rendre taquin et j'usais de cette tactique pour qu'il en fasse de même, même si là, je devais avouer qu'il avait vraiment de quoi rendre hilare qui compte le croisait dans cet état. « Qu’ech che t’en chais ?[b] » me dit-il, la cigarette à la bouche, toujours aussi extasié. Je riais vraiment cette fois-ci. Il retira la cigarette de sa bouche et reprit: « Mon paradis est une cigarette. Je suis fou de cette chose j’y peu rien. Ne soit pas jalouse. » me dit-il taquin. Jalouse? Je répondis aussitôt: « Ton paradis? Whouah, carrément. Et nooon, jalouse de çaa, non mais ne prend pas tes désirs pour des réalités » Je me mis à rire de plus belle, bien que les sous-entendus commençaient à devenir un peu lourds.
Après que nous fûmes montés et que Piotr fut revenu de se changer, nous étions installés au piano. Après qu'il m'ait montré comment jouer un morceau, la situation était complètement différente de celle que nous avions passée dans les escaliers. Quand il plongea son regard dans le mien, j'oubliais tout ce qui se passait autour de moi. Rien ne comptait à part cet instant. Ma respiration s'accéléra lorsqu'il avança doucement son visage du mien et que nos lèvres ne furent plus qu'à une distance infime. Si infime que je pouvais même sentir son souffle contre ma bouche. Si j'avais à peine bougé, j'aurais pu les effleurer. Dès l'or, je luttai contre l'envie d'enfouir mes doigts dans ses cheveux et de laisser aller mes lèvres contre les siennes. La tentation était si intense que j'avais du mal à ne pas y céder mais je n'avais pas le droit, je ne pouvais pas. Un baiser signifiait trop de choses. Je n'en avais jamais donné un parce que je le désirais plus que tout. Le premier à qui j'en avais donné un était Paul mais je m'en étais voulue très vite. C'était une affection forte que je ressentais pour lui, rien de plus. Quand je m'en étais aperçue, c'était trop tard. Mais là, ce n'était pas parce que je doutais de ce que ressentais que je ne voulais pas l'embrasser. Non, c'était parce que je savais que si j'y céder, je ne pourrais plus m'en passer. L'aimant qui naissait en moi aurait enfin trouvé sa moitié et ne pourrait s'en défaire. Or, si nous devenions deux aimants dépendants, ce serait fini. Il serait pris au piège dans l'infâme chose que j'étais devenue. Je fus à la fois soulagée et frustrée lorsque Piotr, soudain, se dégagea de cette situation. Pour quelle raison avait-il fait ça alors que c'était lui qui s'était rapproché? Doutait-il, lui aussi? Je ne comprenais plus, je ne le comprenais plus plutôt. Son comportement était si différent de celui qu'il se décrivait être. C'était pour ça que je ne le croyais pas. Ses gestes trahissaient ses affirmations. Alors qu'il voulut rendre la situation moins pesante, il s'était mis à jouer un air entraînant qui n'avait rien à voir avec la scène. Je m'étais levée soudain, sans vraiment savoir pourquoi et ce que je comptais faire. Ce n'était pas Piotr que je fuyais, mais plutôt les tas de questions qui se bousculaient dans ma tête. Je voulais chasser cette tentation qui existait encore. Cette folle tentation que d'enfouir mes doigts dans ses cheveux et de les laisser aller ça et là pendant que les lèvres seraient occupées avec les siennes. Je me détestais d'avoir ce désir. Je me dégoûtais. Finalement, peut-être que je n'étais bonne qu'à ça? Satisfaire les hommes et leurs désirs que je décris comme naturels. Je n'étais bonne à rien d'autres. La preuve, je désirais la même chose de Piotr. Ou plutôt, non. Je savais que c'était différent mais je n'arrivais pas à l'expliquer.
Quand je me retrouvais face au miroir, je ne pus m'empêcher de me demander comment je n'arrivais pas encore à faire fuir les hommes. Tout aurait été si simple si tel avait été le cas. Je me trouvais tant changé que je n'arrivais plus à me connaître. Alors finalement, le physique était le reflet du caractère, de l'âme. Je n'étais plus la même. Je ne savais pas qui j'étais. J'avais peur. J'étais triste, choquée. Je n'avais pas pu retenir à nouveau mes larmes et cette fois, je n'hésitais pas à prendre la main de Piotr afin de l'attirer à moi. J'avais compris que son contact m'apaisait et là, j'en avais besoin. Je devais dépendante, c'était affreux, j'avais peur, si peur d'être prise au piège et d'encore aggraver ma vie, comme si c'était possible. Ce fut d'une voix sans sentiment que je fis part à Piotr de mon état d'âme. J'étais dos à lui, et ce fut son reflet qui fronçait les sourcils que je vis alors dans le miroir. Le silence qui était soudain revenu était lourd, mais triste. Il était différent de celui où nos visages s'étaient trouvés si près l'un de l'autre. « Non ! » dit-il brusquement comme s'il ne comprenait que maintenant le sens de mes paroles. Ce fut à cet instant même qu'il me prit par les épaules, m'obligeant à lui faire face et délaissant le reflet de cette inconnue que je détestais. Il plongea son regard dans le mien mais l'expression qu'il dégageait était aussi différente que précédemment. Là, je sentais qu'il voulait faire entendre qu'il avait raison. Mais pas de la même façon que quand il défendait ses idées de façon bornée. « Ne dis pas ces stupidités devant moi ! » me dit-il en se mettant derrière moi. Nous faisions tous les deux face au miroir et il pencha bientôt son visage à mon niveau. Nos deux joues se touchaient et mon cœur eut un raté au même instant où une sensation bizarre passa vite dans mon ventre. Dans le miroir, je ne regardais plus mon reflet, mais le sien. Je regardai ses yeux, tout aussi beaux en reflet. « Ce que je vois, c’est une jeune femme fragile, qui n’a visiblement que très peu d’estime pour elle. » Je baissai les yeux vers le sol. Mon cœur s'accéléra encore, et je gardai mon silence. Des larmes coulaient toujours sur mon visage et Piotr se pencha légèrement sur un côté pour me les essuyer. je fermais encore les yeux, profitant de ce moment de douceur. Piotr se redressa, face au miroir et, pour ne pas le quitter des yeux, je fixais nos reflets. Sa beauté ressortait encore plus à côté de mon visage hideux. Son air décalé était ce que j'appréciais le plus chez lui. Ses cheveux en bataille refirent jaillir en moi cette tentation d'y glisser mes doigts sauvagement. Je me mordis la lèvre inférieure, toujours en train de contempler son reflet. À cet instant, je compris que je n'étais pas une prostitué en attente, si je pouvais dire ainsi. Quand je me surprenais quelque peu rêveuse alors qu'il était juste derrière moi et que je pouvais l'admirer, je compris que ce désir là était nouveau et que je devais désormais oublier ce qu'avait été mes jours de bordel. Je sortis de mes pensées très vite quand Piotr reprit la parole. « Alors qu’en réalité elle est beaucoup plus belle et merveilleuse qu’elle ne le pense ! » Mon cœur eut un nouveau raté et je baissai très vite les yeux. Jamais une telle parole ne m'avait été adressée et venant de Piotr, elle me faisait doublement .. plaisir ? Je ne savais pas en fait tant ce sentiment était nouveau. Je ne trouvais rien à dire et je trouvais que j'étais idiote que de rester muette de cette façon. Alors, je traduisis mon état d'âme par un geste, doux, simple. J'appuyai ma tête contre son torse et je cherchai ses mains pour y glisser les miennes... Heureusement, Piotr, qui était soit démuni face à mon silence, soit gêné, se mit à blaguer de nouveau. « Et ce que je vois c’est un mec qui devrait peut être se couper les cheveux ! » Je souris enfin. Je me mordis les lèvres quand il passa sa main dans ses épais cheveux. C'était mon désir si puissant. Je serrai les poings pour m'aider à me retenir. Il s'avança alors vers le miroir et passant sa main sur son visage pour toucher sa petite barbe naissante. « Et qui devrait peut être se raser aussi. Grand-mère trouve que j’ai l’air de sortir de prison comme ça ! » Il rigola à nouveau et se tourna vers moi. Je lui souris et j'échappai un petit rire. « Sans parler des sourcils ! » ajouta t-il en en rigolant et se retournant vers moi. « J'ai l'impression que si tu écoutes ta grand-mère, tu finis prêtre, non? » plaisantai-je à mon tour. « Pourquoi couper tes cheveux? ça te va bien. Complètement décalé avec le commun de ta société... Et puis... » mais je me tus, ne sachant comment formuler mes paroles. Je ne voulais pas admettre que je le trouvais très beau. Que ce que je pensais de lui dépasser d'ailleurs la physique. C'était si étrange, puissant. Je pensais aussi que dans le rêve, il avait ses cheveux là, en désordre et plus longs que la normale. Je ne l'imaginais pas autrement. Soudain, ça n'avait strictement rien à voir mais quand je sentis mes douleurs dans le dos que je ne savais pas à quoi elle ressemblait, j'eus le désir de les apaiser. Tout de suite l'idée d'un bain chaud me vint. Je n'en avais pas pris depuis une éternité... Je regardai Piotr, à la fois honteuse. Je n'aimais pas oublier la politesse mais là, j'en avais trop envie, soudain. « Piotr .. désolée .. mais heu, comment dire.. Bon. Est-ce que tu me prêterais ta salle de bain le temps que je prenne un bain? Je sais, désolée, ce n'est pas polie mais c'est juste que je souffre en bas du dos et j'ai pensé que .. enfin prendre un bain m'apaiserais un peu.. » Je fis une moue désolée et gênée en attendant sa réponse.
❝v o s . p a p i e r s❞ ■ religion: Aucune car traumatisé des dimanche matin à la messe ! ■ situation amoureuse: Dans une relation passionnelle et fusionnelle avec mon chien ■ avis à la population:
Je n’étais définitivement pas certain que c’était bien qu’elle se soit confié à moi. Je prenais cette situation trop à cœur. S’en était presque riddicule. Mais je ne pourrais supporter qu’il lui arrive de nouveau quelque chose de mal, je ne sais pourquoi, mais je n’accepterais pas de me dire que cet allemand pourrait de nouveau la toucher. C’était fort probable, et si c’était le cas ça allait sans doute très mal finir entre lui et moi. Toute cette rage que j’avais en moi, parce que je voyais Ksénia souffrir, j’avais eu la soudaine envie de la déverser sur cet homme. Je ne voulais pas jouer les chevaliers servant, les sauveurs, ou le bon samaritain qui saurait rendre justice au x cruauté que notre monde subissait, non. Je voulais juste la faire cesser de souffrir, pour ne plus avoir à regarder son regard rempli de tristesse qui en disait beaucoup plus que ses paroles. Je n’arrivait pas à supporter de la voir ainsi. Ça me fendait le cœur, me touchait réellement, et même me faisait mal. Comme si sa tristesse était la mienne à présent. C’était vraiment très étrange à mes yeux. Moi qui croyait pouvoir ne plus rien ressentir pour quiquonque, ou n’importe quoi, voilà que là, j’étais réellement en colère, et triste pour elle. Moi qui croyais que je n’arrivais plus à ressentir ce genre de chose, bien que ces émotions étaient assez négative, j’avais envie de m’y accrocher, simplement pour me dire que je n’avais peut être pas totallement perdu mon âme. Que j’étais peut être quelqu’un finalement. Pas ce robot que j’étais devenu qui se foutait de tout. Qui était vide d’émotion. Je me disais que si je pouvais éprouver ça, peut être un jour pourrais-je éprouver de nouveau de la joie également ? Je n’y comptais pas trop à vrai dire. Ou du moins n’espérais plus. J’avais déjà attendu beaucoup trop de chose de la vie, pour me permettre de vouloir ça. Bien que la colère dans laquelle j’étais entré m’effrayais moi-même, ça m’intriguait. Je savais que je n’aimais pas voir les femmes battues, à cause de certains traumatismes de mon enfance, mais était-ce au point de vouloir faire la peau à cet allemand, et être prêt à tout pour qu’il ne la touche plus jamais ? Je savais qu’il y avait un peu plus que ça, sinon je n’éprouverais pas autant ce grand besoin de la savoir en sécurité. Et puis je ne me poserait pas autant de question à son sujet. Tout chez elle m’intriguait, me fascinait, me rendait admiratif, soucieux, et beaucoup trop de chose à la fois pour que ça ne commence pas à sérieusement m’inquiéter. C’était inédit, et peut être était-ce une mauvaise chose ? En tout cas je me disais que oui, je refusais de m’attacher à sa personne, il en était hors de question même. Je n’avais pas envie d’éprouver des sentiments pour une femme, ça me détruirait, parce que l’ingrat que j’étais ne pourrait jamais combler toutes les attentes d’une femme. J’étais trop égoisite pour ça. D’où le fait que je me disais, qu’il fallait sans doute que je ne la vois plus, si je commençait déjà à me comporter de manière assez étrange avec elle. Si je commençais à autant m’inquiéter pour elle. Seulement, c’était peut être déjà trop tard pour que j’arrête de la fréquenter. Trop tard, parce que je ne cesserais désormais de me faire du soucis pour elle, et de vouloir m’assurer qu’elle allait bien. Je savais que je ne pourrais m’oter cette idée de la tête. Enfin du moins je n’en avais pas la force je pense. Ça aussi, ça me perturbait, j’avais l’impression d’être si faible en m’inquiétant déjà pour une personne. C’était mauvais, très mauvais. Parce que s’il lui arriverait quelque chose je ne le supporterais pas. C’était imcompréhensible, j’étais déjà suffisament mal en point pour vouloir ce genre de chose. D’où le fait que je conservais encore dans mon esprit, l’idée qu’il fallait qu’on cesse de se voir, pour que ni elle, ni moins ayons à souffrir, et que se rencontrer était une très mauvaise chose. C’étais cruel de penser ça, mais face à ce flots d’émotions, et de questionnement qui jaillissaient en moi à cause d’elle, qui me rendait totallement désorienté, je ne pouvais m’empêcher de me dire que j’aurais préféré ne pas la connaitre, afin de rendre les choses plus facile. En même temps, une autre partie de moi pensait tout le contraire, et disait que c’était l’une des meilleures choses qu’il puisse m’arriver. D’où le fait que j’avais du mal à savoir où j’en étais, et ce que je voulais.
Je tentait de comprendre pourquoi Ksénia ne partait pas, elle avait sans doute toute les raisons possible de le faire. Ce n’était sans doute pas très approprié de ma part que je m’énerve autant, et surtout que je me mêle de ce qui ne me regardait pas, en voulant m’immiscer dans ces histoires. Mais bon, je n’y pouvais rien si je ne pouvais rester de marbre face à son récit. Elle voulait sans doute juste du réconfort, et parler, pas que quelqu’un aille la venger de manière si peu démocratique, comme j’avais envie de le faire. Je voyais qu’elle restait silencieuse face à mes propos et c’était sans doute mieux que ce sujet soit clos pour le moment, elle n’avait sans doute pas envie de voir un homme de plus en colère, et c’est ce que bêtement je faisait. Peu après, j’arrivais finalement à rester silencieux, et paraitre plus calme et apaisé. Ce n’était pas totallement le cas, car au fond de moi je bouillonait encore, ne pouvant m’empêcher de repenser à son doux visage baigné de larmes, qui m’avouait ce que l’homme lui avait fait. Je crois bien que je n’arriverais sans doute pas de sitôt à me sortir cette image de ma tête. Pourquoi ça me faisait si mal ? Je n’en savais rien. Mais j’étais certain d’une chose, quoi qu’il arrive, je tiendrait ma promesse et ferait tout pour qu’il ne la touche plus.
Lorsqu’elle en arriva à me confier qu’elle avait fait des choses horrible pour sa survie, j’insista clairement sur le fait que ce n’était pas de sa faute. Elle semblait s’en vouloir, alors qu’elle n’avait pas de quoi. Ce qu’elle avait été ne faisait absolument pas d’elle une personne mauvaise pour moi. Au contraire, moi je l’admirait même pour le courage dont elle avait du faire preuve. Ça n’avait pas dû être facile, comme je lui confia en lui caressant doucement sa joue sans peut être véritablement me rendre compte de mon geste, qui avait été naturel. Et comme je le lui affirma, je ne comprenais pas pourquoi elle pensait que j’avais besoin d’aide, car ce n’était pas du tout le cas. « Oui. Je sais. Je disais ça aussi, avant » Me dit-elle fermement, en me fixant du regard. Nos situations ne pouvait être comparable pour moi, ce qu’on avait vécu chacun était bien trop différent. A ma place, elle aurait sans doute dû être heureuse d’ailleurs. J’haussa les épaule, pas très convaincu, ne voulant véritablement pas qu’elle pense que j’avais besoin de son secours. Ou du secours de n’importe qui. Je voulais juste sa présence. Je ne savais si c’était véritablement un besoin, ou une envie, ou bien peut-être les deux. Cela m’amusa presque, qu’elle pensait qu’on s’était trouvé pour une raison précise. Comme si notre destin était de s’être rencontré. J’étais encore une fois, peut être un peu trop terre à terre, mais personnellement, je ne croyais absolument pas en ce genre de choses. Pour moi, ce qui nous arrive, n’est dû qu’au fruit de nos volonté, et de nos actes. Pas parce que c’est écrit à l’avance. J’avais voulu en l’abordant m’attarder, et lui donner un peu d’argent. J’aurais très put ne pas le vouloir et passer mon chemin, ce qui aurait changer le cours des choses, tout simplement. Je tournai la tête en sa direction, voyant qu’elle s’apprêtait à me dire quelque chose, avant de se rétracter. Je lui lança un regard curieux, afin que peut être ça l’aide à exprimer le fond de sa pensée, cependant cela ne du avoir aucun effets, puisqu’elle se tut et resta silencieuse.A mon grand regret, qui aurait bien aimé savoir ce qu’elle avait voulu dire. D’autant plus que j’eu l’impression, qu’elle n’avait absolument pas envie de me parler sur l’instant, puisqu’elle plaça sa tête entre ses bras. Je fronça les sourcils, finissant par rester silencieux, et me perdre dans mes songes.
Après nos étreintes, qui était sans doute plus dû à un besoin de réconfort qu’à autre chose, d’ailleurs qu’est-ce que ça pouvait être d’autre hein ? J’étais un peu perdu lorsque je me recula, ayant besoin d’un autre réconfort. Tout aussi bon. La nicotine. Je restais béat devant ce simple petit truc, je devais avoir l’air d’un idiot, mais j’aimais tellement ça. Bien que je l’avoue, j’avais aussi chercher à la faire rire avec mes bêtises. Allant même jusqu’à dire que c’était mon paradis« Ton paradis? Whouah, carrément. Et nooon, jalouse de çaa, non mais ne prend pas tes désirs pour des réalités »Me dit-elle en rigolant. Je fis une moue faussement boudeuse à cause de ce qu’elle venait d’affirmer, puis je termina tranquillement la fameuse clope, avant que nous rentrions à l’intérieur.
Cela ne me surpris guère, que Ksénia avait finit par s’installer sur mon piano. Tentant de lui apprendre quelque chose, je ne savais pas comment la situation avait finit par dévié et je ne savais pas comment j’avais finis par me retrouver à quelque centimètres de son visage et de ses lèvres. Je ne savais pas non plus, pourquoi j’avais eu autant et si soudainement envie de l’embrasser. L’envie d’y résister était là, mais également le contraire. Je ne savais définitivement pas comment agir simplement avec elle. Ma tête me disais de m’éloigner au plus vite, car il n’était pas bon de jouer à ce jeu là, mais tout le reste me disais autre chose. Et j’étais trop confus pour ne pas agir bizarement, comme soudain je l’avais fait en m’écartant, et jouant un air riddicule. D’autant plus qu’elle s’était soudainement levée, ce qui me fit regretter de l’avoir aprocher de trop près quelques instants auparavant. Qu’est-ce que ça aurait été si j’avais fini par céder à mes envies ? Je n’osais l’imaginer, mais je pensais qu’elle ne voulait pas ce genre de chose. Elle n’avait probablement plus envie d’avoir quelquonque contact avec un homme après les traumatismes qu’elle avait subit, et je la comprenais très bien si c’était ça. Je ne supporta pas de la voir de nouveau pleurer de nouveau, ce qui me fit me remémorer l’image d’elle et de l’allemand que j’avais toujours en tête. Ça me fit mal de nouveau. Je ne comprenait pas pourquoi elle se qualifiait « d’infâme » de « chose » , surtout devant moi qui ne la considérait pas ainsi. S’en était presqu’insultant si elle pensait que je la voyais de cette manière. Alors que je me retrouva à côté d’elle devant le miroir, j’essaya de la rassurer de façon naturelle également cette fois-ci. Comme si avec elle je n’avais même pas besoin de réfléchir aux conséquences de mes gestes qui étaient comme innés. Pourtant, Dieu seul sait que ce n’est pas dans mes habitudes d’être aussi tendre. Je lui avouais ce que je pensais d’elle, du plus profond de moi. Je ne disais pas ça seulement pour la consoler, mais parce que c’était ce que je pensais réellement. Je ne savais ce que ça lui avait fait, si ça lui avait fait plaisir, l’avait rassuré car elle resta silencieuse. Elle posa sa tête contre moi, et saisit mes mains, ce qui me fit penser que cela ne lui avait peut être pas déplut. Je n’osa rien dire d’autre et resta muet, de toute façon je pense que j’en avais assez dis, et préféra continuer sur le ton de la plaisanterie, en parlant de moi, mes cheveux, ma barbes et ma grand-mère. Pour cette fois, l’effet produit avait été le bon puisque je vis qu’elle riait légèrement. « J'ai l'impression que si tu écoutes ta grand-mère, tu finis prêtre, non? » Je fit un petit signe de tête pour acquieser, avec un petit sourire en coin. « Oui, prête, moine, curé ou quelque chose comme ça. Pour elle c’est soit ça, ou je me marie et fait des gosses. Donc heureusement que je ne l’écoute jamais. » Dis-je en rigolant. Plutôt mourir qu’accepter une petite vie rangé que ma grand-mère voulait tant que j’aie, elle considèrait, que soit-disant, la mienne était trop excentrique et que je devrais soit me consacrer à Dieu, ou à des enfants. Je ne savais laquelle idée était la pire, parce que dans les deux cas c’était vraiment terrible. « Pourquoi couper tes cheveux? ça te va bien. Complètement décalé avec le commun de ta société... Et puis... »Je souris, vu le nombre de fois où l’on m’avait dit de me couper les cheveux, et que je ne l’avait pas fait. La vérité était que j’étais trop féniant pour ça je pense, et puis mon plus grand cauchemar serait de finir chauve ou rasé, d’où le fait que j’évitait les coiffeur, surtout depuis le jour ou petit ma mère m’y avait emmener, et que c’était exactement ce qui c’était produit. Je m’étais retrouvé presque dégarnit à cause d’une erreur de la coiffeuse. Un vrai traumatisme… Je garda cette anecdote pour moi, avec un petit sourire en coin, tout en ouvrant les yeux pour attendre la fin de sa phrase. Cependant elle ne dit rien. A mon grand regret encore. J’aurais peut être voulu par orgeuil, et à cause de ma fierté, qu’elle me complimente physiquement, comme beaucoup de femme le faisaient. Je n’ajouta rien, au risque de passer pour prétentieux, bien que j’avoue, j’avais tendance à l’être par moment. Je regarda ailleurs, me trouvant bête d’espérer ce genre de parole, je n’en avait pas besoin, et puis qu’est-ce que ça pouvait me faire qu’elle ne dise pas ça de toute manière ? Je retourna mon regard vers elle, lorsque je la vit prendre la parole. « Piotr .. désolée .. mais heu, comment dire.. Bon. Est-ce que tu me prêterais ta salle de bain le temps que je prenne un bain? Je sais, désolée, ce n'est pas polie mais c'est juste que je souffre en bas du dos et j'ai pensé que .. enfin prendre un bain m'apaiserais un peu.. » Je la fixa un moment tout restant silencieux, car en réalité j’étais encore dans mes songes précédents. Quand je finis par tilter que rien dire allait la mettre mal à l’aise. « Ah euh oui. » Répondis-je un peu confus, mais absolument pas pour la même chose. « Ne te gène pas. Suis-moi je vais te montrer où c’est. » Dis-je finalement en me dirigeant vers le séjour, pour monter les escaliers, avant de regarder furtivement si elle me suivait bien. Je finis par aller ouvrir la porte de la salle de bain, enfin une salle de bain, car celle que j’avais choisit était la plus grande des deux car il y avait une grande baignoire très confortable… Mon chien semblait être d’accord avec ça, puisqu’il y avait élu domicile, et devait précédemment être en train de dormir dedans. Enfin jusqu’à ce qu’il ne finisse pas me sauter dessus. « Roh dégage. » Il m’avait tellement surpris qu’il avait presque manqué de me mettre à terre ce débile. Bonjour la honte si j’aurais été écrasé par mon chien devant une fille. Même si je l’aimais plus que tout. Mon chien hein. « Kiki arrête ! Allez va-t’en ! » Dis-je lorsque le labrador avait commencé à s’approcher de Ksénia en lui faisant un regard doux pour se faire caresser. Je n’avais pas vraiment envie qu’il lui fasse peur, déjà qu’il bougeait dans tout les sens et sautait partout. D’habitude il n’aimait pas les filles. Bien sur il fallait encore une fois qu’avec elle ce soit différent. Décidément. Je soupirais, sachant pertinemment que ça allait probablement me compliquer la vie tout ça, beaucoup trop. Sachant que je n’arriverais sans doute pas à pouvoir m’éloigner d’elle, j’étais trop faible pour ça. Le sentiment de ne pas avoir le contrôle de la situation grandissait en moi et me dépassait totalement. Je m’approcha vers la baignoire que je rinça avant de faire couler l’eau,en regardant celle-ci l’air songeur, avant d’y mettre des produits moussants. J’étais perturbé à l’idée qu’elle allait prendre un bain chez moi, sachant que je serais à proximité. Enfin non, bien sur je n’allais pas la regarder, mais déjà, rien que d’être dans une pièce extérieur serait trop. Me connaissant, j’aurais tout de même forcément envie de la rejoindre, parce que je ne savais pas me tenir, parce que c’était dans ma nature et que j’éprouvais en plus de ça une sorte d’attraction à son égard. Bien que ce soit différent des autres, ça serait dangereux que je ne puisse me contrôler, au risque que ça la vexe. Parce que j’imaginais encore une fois, qu’elle n’avait certainement pas envie d’un contact d’un homme qui serait autre que du réconfort. C’était compréhensible en plus, et je n’avais pas envie de faire de faux pas qui pourrais la décevoir. Par moment j’aurais bien aimé ne pas avoir à sans cesse penser comme un homme. Perdu dans mes songes, j’étais resté silencieux, et n’avait même pas remarqué que l’eau était toujours en train de couler. Je l’arrêta subitement remarquant que ça débordait. Je me releva, étant donné que je m’était accroupit, et je sortit une serviette du placard que je lui tendis. « Voilà. Fait comme chez toi surtout. » Dis-je en souriant. Essayant de la mettre à son aise. Je remarquais qu’elle me regardait, pour la simple et bonne raison que je n’avais pas bougé d’un poil, alors que j’aurais déjà du être sortit de cette pièce. Je me repris en haussa la voix, persuadé que je ne devrais vraiment pas rester ici. « Quand tu auras finis je serais partit. Je ne peux pas rester ici… J’ai beaucoup de travail. » Dis-je d’un ton presque froid, afin d’être certain qu’elle me croie. Certes, j’avais du travail, mais aujourd’hui était normalement un jour de congé, donc ça aurait put attendre, mais finalement peut-être pas. Enfin bref, c’était une bonne excuse de ma part pour expliquer mon envie si soudaine de partir. « Je ne sais pas à quelle heure je vais rentrer, probablement tard. Mais tu peux rester ici si tu veux. Ça me rassurerait. Et puis en plus il faut que quelqu’un tienne compagnie à Kiki, il n’aime pas être seul sinon il risque de saccager tout l’appartement. » Dis-je en restant sérieux, à vrai dire, c’était peut être mal mais là je lui mentait. Mon chien n’avait pas besoin de compagnie, puisqu’il avait l’habitude de mes absences, mais bon, c’était la seule excuse qui m’était venu à l’esprit pour que je soit sur qu’elle reste. Parce que je n’avais pas envie qu’en sortant elle recroise cet allemand. Etant donné que j’avais pris un air grave, et faussement très inquiet pour mon appartement, je pensais qu’elle allait sans doute m’écouter. « Je te laisse. » Dis-je furtivement, en lui déposant un baiser sur le front – je n’avais pas put m’en empêcher – avant de sortir rapidement de la pièce, avec le chien que je laissa dans le couloir. Puis je rassembla mes affaires et me dirigea vers le journal afin d’essayer de travailler. C’était un bon moyen de me changer les idées en tout cas.
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« La guerre, on ne la fait pas : c'est elle qui nous fait. ».
Décidément, je ne me comprenais pas. Je me comportais de façon inédite avec Piotr. D'abord, j'avais accepté son argent. Ensuite, je lui avais parlé sans jamais vouloir que cet instant cesse. Et maintenant, j'étais revenue chez lui avec des envies qui surgissaient violemment en moi par moment. Comme l'envie d'être dans ses bras, l'embrasser tendrement, glisser mes doigts dans ses magnifiques cheveux. Je ne ressentais jamais ça pour personne, j'avais même peur de tous les contacts physiques avec un homme, d'ordinaire. Je ne savais pas si c'était parce qu'il était encore un peu fictif pour moi, à cause du rêve ou si c'était vraiment que j'avais une attraction particulière pour lui. En tout cas, avoir rêvé de lui me fascinait toujours. Je n'arrivais cependant pas à lui en parler. C'était si étrange, même pour moi qui avait vécu ça. Il ne comprendrait pas, je l'avais deviné étant bien trop terre à terre pour qu'il ne me prenne pas pour folle. J'en avais parlé seulement à Evangéline qui avait compris mais je la savais assez rêveuse et décalée pour qu'elle comprenne. Seulement, dévoiler cette partie là de moi à Piotr était difficile. J'en avais honte. J'avais peur qu'il considère que je tenais à passer du temps avec lui juste parce qu'il avait été pour moi porteur d'espoir et de survie. C'était ridicule. J'en avais conscience. Mais je savais que tant que je ne me serais pas libérée de ça, je continuerai à me sentir différente en présence de Piotr. Etait-ce un mal ou un bien ? Je n'en savais rien. Quoi qu'il en était, désormais, je continuais à faire le même rêve chaque nuit, même si celui-ci avait changé depuis que l'on s'était rencontré. Chaque nuit, je me rêvais enlacée dans ses bras. Il me protégeait et était si doux avec moi. Nous semblions amoureux. Je chassai cette idée de ma tête. Je me détestais à rêver ça, je ne pouvais pas. Ce n'était pas imaginable, pas du tout, même. Je n'étais pas la personne qu'il lui fallait. J'avais perdu ma joie de vivre, celle qui l'aiderait à retrouver la sienne. Je le noierai encore plus que de l'aider à sortir la tête de l'eau. Cependant, même si je pensais que j'étais une bien mauvaise personne pour lui, je n'avais pu m'empêcher de revenir à lui. Et ça, c'était mal de ma part. Mon egoïsme, mon rêve, mes sentiments ? Malheureusement, je crois que la troisième solution n'était pas à négliger alors que, pourtant, j'étais très habile à les mettre de côté d'habitude. Encore une nouveauté que la présence de Piotr provoquait.
Sur le pas de sa porte, j'avais apprécié qu'il m'écoute. Je n'avais pas compris sa colère, puis, je m'étais sentie protégée et beaucoup mieux. Je l'avais cru quand il m'avait dit que l'allemand ne me toucherait plus. Je l'avais cru, oui, même si je n'avais pas aimé le ton sur lequel il l'avait dit; comme s'il était prêt à tout pour s'en assurer. C'était effrayant. Puis, mes peurs s'étaient envolées lorsque je m'étais retrouvée dans ses bras. Mon cœur s'était enflammé et encore une fois, je m'étais détestée. J'avais peur de le détruire, de le réduire en cendres. Par ma faute. Je me sentais trop faible pour trouver la force de partir. C'était trop tard, un sentiment qui naissait était plus fort que l'envie de fuir, pour nous préserver. Puis, j'avais été à deux doigts de révéler le rêve quand il avait affirmé ne pas croire un seul instant au destin ou quelque chose qui y ressemblerait en tout cas. Puis, je m'étais détendue quand Piotr avait à nouveau blagué. Quand je m'étais retrouvée seule en bas pendant qu'il était monté se changer, je n'avais pu m'empêcher de m'installer au piano. Quand Piotr m'avait rejointe, j'avais aimé qu'il m'apprenne à jouer quelques notes. Ce n'était pas vraiment le fait de jouer enfin des notes qui voulaient dire quelque chose, mais plutôt que ce soit Piotr qui le fasse. Je m'étais sentie émerveillée, si bien que quand nos visages s'étaient retrouvés si près, j'avais eu un mal fou à ne pas rompre ce petit espace pour aller déposer mes lèvres sur les siennes. L'envie avait été violente, comme celle de fourrager mes doigts dans ses cheveux. L'ambiance avait soudain été beaucoup plus lourde, et Piotr, certainement un peu confus avait joué un air franchement pas du tout accordé à la scène qui venait de se produire. Comme pour changer de situation, je m'étais levée brusquement et là, j'avais découvert mon reflet, vieilli et amoché de huit ans de souffrance. Toute mon innocence d'enfant avait disparu et je ne voyais plus qu'une "chose" qui ne méritait pas qu'on y porte quelconque intérêt. Pourtant, Piotr ne semblait pas me voir ainsi, et c'était peut-être ce que j'aimais chez lui. Pour lui, je n'aimais pas un simple objet que l'on peut violenter comme on l'entend mais bien une femme à part entière. Je ne savais pas pourquoi, mais dès que je repensais à cela, je mourrais d'envie de le serrer dans mes bras encore et encore. Représentait-il pour moi l'affection que j'avais toujours désiré? Je n'avais pas la réponse tant il me semblait que la situation était bien plus complexe. Il me complimenta et je ne sus quoi répondre. Je me laissais à nouveau aller à un geste tendre en posant ma tête contre son torse et glisser mes mains dans les siennes. Je crois que Piotr s'était remis à dire des bêtises dans le seul but de ne pas replonger dans une situation délicate. Après s'être avancé devant le miroir, il décréta qu'il devrait peut-être se couper les cheveux sous peine que sa grand-mère le dispute encore. Je lui fis la remarque comme quoi sa grand-mère semblait vouloir qu'il ait une vie bien rangée. Il confirma en ajoutant: « Oui, prête, moine, curé ou quelque chose comme ça. Pour elle c’est soit ça, ou je me marie et fait des gosses. Donc heureusement que je ne l’écoute jamais. ». Je ne répondis rien à cela. J'aimais son côté décalé mais pour ce qui était de la vie rangée, j'avais tellement connu des souffrances que je rêvais juste d'avoir une maison, un mari qui m'aime et surtout des enfants. Cela me manquait tellement de ne plus avoir des bambins courir dans tous les sens autour de moi. Les enfants dégagent tant de bonheur, je trouve. Puis, quand je sortis de mes pensées, je lui avouais que ses cheveux coiffé de façon pas peigné - je souris à cette idée - lui allait très bien. Je le trouvais même plutôt beau. J'allais le lui dire mais je stoppais ma phrase en plein milieu. Piotr resta silencieux, en attente. Mais je ne repris pas. Je le sentis perdu dans ses pensées quand je lui demandais, gênée, si je pouvais prendre un bain. « Ah euh oui. » répondit-il confus, mais je pensais que c'était pour une autre raison puisqu'il faisait la même moue avant que je lui demande. « Ne te gène pas. Suis-moi je vais te montrer où c’est. » dit-il finalement en se dirigeant vers le séjour. Je lui emboîtais le pas. Merci.. répondis-je enfin alors qu'il montait déjà les escaliers. Il tourna rapidement sa tête vers moi, avant que je sois à nouveau face à son dos. Il finit par ouvrir la porte de l'immense salle de bain. Sur le fond, une baignoire qui était encore plus grande que celle de chez Evangéline. Une salle de bain qui me parut coûter chère. Je n'eus pas le temps d'analyser plus la pièce car le chien de Piotr venait de sauter de la baignoire en question pour saluler son maître en lui sauter dessus ce qui manqua de peu de renverser ce dernier. Je me mordis les lèvres pour ne pas rire et je regardais le sol. « Roh dégage. Kiki arrête ! Allez va-t’en ! » dit-il quand le joli labrador s'était avancé vers moi, soudain plus calme et semblait vouloir être caressé. Je posais ma main entre ses deux oreilles et le caressais. Je souriais. Ce chien là était un vrai nounours. Le chien se remit à sauter partout, il avait l'air heureux, lui. Piotr soupira et je fronçai les sourcils. La scène était plutôt agréable et détendue, je trouvais. Piotr mit le bain à couler. Je restai là, debout, ne sachant quoi dire et faire. Surtout que je trouvais Piotr complètement pensif et ça me gênait. Encore plus quand le bain se mit à déborder, que j'entre-ouvris la bouche, clignais des yeux mais que finalement, Piotr ait coupé l'eau, d'un coup. « Voilà. Fait comme chez toi surtout. » me dit-il après m'avoir tendu une serviette qu'il avait pris dans l'armoire. « Merci » lui dis-je simplement en lui souriant. Je me mis à le regarder sans expression, en attendant qu'il bouge. Il semblait un peu bête sur le coup et ça me fit sourire. Je me pinçai les joues et le fixais à nouveau. Ne devrait-il pas sortir, logiquement? « Quand tu auras finis je serais partit. Je ne peux pas rester ici… J’ai beaucoup de travail. » déclara t-il soudain, d'un ton certain. « Oh heu, mais.. si tu t'en vas alors je... » commençai-je confuse qu'il ait accepté que je prenne tout de même un bain malgré le fait qu'il devait s'absenter. « Je ne sais pas à quelle heure je vais rentrer, probablement tard. Mais tu peux rester ici si tu veux. Ça me rassurerait. Et puis en plus il faut que quelqu’un tienne compagnie à Kiki, il n’aime pas être seul sinon il risque de saccager tout l’appartement. » avait-il continué ce qui répondait à mes interrogations, même si je trouvais ça un peu bizarre qu'il me confie son appartement. Cependant, ça me fit plaisir et je lui adressai à nouveau un sourire. « Oh heu oui, bien sûr. Ne t'en fais pas. Pour ton chien. D'accord, je.. je t'entendrais alors » répondis-je, un peu confuse en tentant de trouver les bons mots. Ceux qui ne soulèveraient aucun sous-entendu, bien sûr. « Je te laisse. » dit-il en me déposant rapidement un baiser sur le front avant de quitter la pièce, Kiki dans les bras. Je n'eus pas le temps de réagir. Seul mon cœur s'accéléra soudain et je sentis mes joues s'empourprer, mais, heureusement, Piotr était sorti.
Je tendis l'oreille jusqu'à entendre la porte d'entrée se fermer. J'étais seule - avec Kiki - dans l'immense appartement de Piotr. Cela me fit bizarre. Je ne sus comprendre ce que je ressentais vraiment et puis, je n'avais pas envie d'y réfléchir. J'allais fermer la porte, me déshabillais et montais dans la baignoire. Je m'y allongeais et je fermai les yeux. Que c'était bon de prendre un bain, quel confort. Je l'avais oublié. La seule fois où j'avais pris un bain depuis que je ne me prostituais plus romontait à ma rencontre avec Evangéline, et encore, je n'avais pas pris le temps de me relaxer tant je devais faire vite pour que ses parents ne me voient pas. Je pris alors le savon qui était là pour faire mousser le bain. Je me lavai les cheveux, plusieurs fois, puis frottais délicatement tout mon corps en grimaçant quand je passais sur le bas de mon dos. J'y restais longtemps, mais je ne sus déterminer le temps exact, je n'avais pas d'heure. J'attachais la serviette au dessus de mes seins afin qu'elle me couvre tout le corps et je pris soin de peigner délicatement mes cheveux, sans les brosser pour ne pas défaire les boucles qui s'étaient soudain reformées. J'écarquillai les yeux, heureuse de voir mes cheveux comme cela. Je souris au miroir, même. Je me sentais mieux. Quand je descendis, toujours en serviette, Kiki était tranquillement allongé sur le canapé. Je m'approchais de lui et le caressais. Je posai même ma tête sur lui et il vint poser sa tête contre la mienne. Je souris encore. Moi qui n'aimais pas vraiment les chiens d'habitude... Je me relevai bientôt, et Kiki me suivit. Au moins, j'aurais de la compagnie en attendant que Piotr revienne. Je décidai de laver mes vêtements. Je les frottais plusieurs fois avec du savon dans l'évier de la salle de bain avant de les laisser sécher sur la fenêtre que j'avais ouverte. Je n'avais pas trop cherché, mais j'étais sûre qu'un étendoir n'était pas chose facile à trouver chez Piotr. Je souris, je crois que je commençais à connaître le russe...
Comme je comptais bouger et ne pas rester à rien faire pendant la journée, je repris mes sous vêtements qui étaient secs et je les mis. Seulement, le reste de mes vêtements était encore mouillé. Je me dis alors que je pourrais emprunter une chemise à Piotr et la remettrait dans le placard une fois que mes vêtements seraient secs. Je me dirigeais au hasard vers les pièces, ouvrant et refermant les portes. Je tombais sur une autre salle de bain, une pièce ne contenant qu'un lit qui ne semblait d'ailleurs pas utiliser vu comme il était fait au carré. Enfin, je reconnus ce qui pouvait être la chambre de Piotr. Je souris à la vue de quelques livres empilés à même le sol, la couette du lit formait une boule posée sur le matelas. Bref, la chambre ressemblait à son propriétaire. Je m'avançai vers l'immense armoire que j'ouvris. Je fus surprise de voir que les chemises étaient empilées en ordre d'un côté, les pantalons de l'autre, et tout avait sa place. Je mis cet ordre parfait sur le compte de sa grand-mère. Je m'emparais de la chemise qui était le plus en dessous. Une très belle chemise à grands carreaux. Je me surpris en train de penser qu'elle devait aller à ravir à Piotr, qu'il devait être encore plus beau dedans. Je soupirais. Ce genre de pensées devenaient plus nombreuses, ça m'exaspérait. Je revêtis la chemise et me contemplais dans le miroir qui était sur la porte de l'armoire. Mon visage s'étira d'un immense sourire quand je remarquai que la chemise me couvrait jusqu'à moitié cuisses. C'était vrai que je semblais être une petite souris à côté de lui.. Je levai les yeux au ciel. Il fallait que j'arrête de penser à Piotr, sans arrêt. Mais en même temps, j'étais dans son appartement, alors bon. Bref, non, il fallait que j'arrête un point c'est tout. Quand je redescendis, Kiki se mit à tourner autour de moi. Il semblait heureux et je ris en me baissant pour attraper sa tête entre mes deux mains. Je lui dis qu'il était un chien gentil. Je me relevai, tout sourire et me déplaçais dans l'appartement. Je visitais, en quelques sortes. Et chaque pièce, aussi spacieuses et dotées d'une touche de richesse, m'émerveillait encore plus. Puis, je commençais à m'ennuyer. Je repassais sur le piano, je rejouais les notes puis je me levai soudain, avec l'envie de me rendre utile.. Mais j'hésitais un instant. Piotr le prendrait-il mal? Je voulais lui faire plaisir. Je voulais tout ranger. Finalement, je me dis qu'il ne pourrait nier le fait que ça partait d'un bon sentiment. Je commençais par la cuisine, Kiki me suivant toujours partout où j'allais. Puis, une fois que tout brillait et que tout fut organisé, je m'attaquais au salon. J'y passai tout le début de l'après-midi à faire cela. Je m'étais passée d'un repars, ayant pertinemment l'habitude d'en sauter un voire plusieurs par jour. Et je n'avais pas faim. Je passai devant le bureau où quelques heures plus tôt, j'avais découvert les manuscrits de Piotr portant mon prénom. Je le laissai tel quel, ne voulant pas toucher à son travail mais surtout pour ne pas devoir me justifier. Cela dit, je ne pourrais pas en savoir plus et je trouvais là que mon incapacité à lire était bien gênante. C'était peut-être pour ne pas le lui révéler que je ne voulais pas parler des écrits aussi. Je fis la salle de bain, celle qui était plus petite aussi. Je rangeai les livres qui étaient par terre dans sa chambre sur sa table de nuit et ne touchais pas à la couette. Non, ça aurait trop changé, et ça n'aurait plus ressemblé à Piotr. Comme son bureau que j'avais laissé en désordre, ou encore tout plein de petits détails, comme ça. Ainsi, tout était propre et rangé mais ça restait incontestablement l'appartement de Piotr. Je souris, satisfaite de moi, en admirant tout ce que j'avais fait. Kiki vint se frotter contre mes jambes, attendant des caresses. Je les lui donnais avant de me rendre compte que là, j'avais faim. J'eus soudain envie de préparer un plat, comme je le faisais en Ukraine quand nous arrivions à acheter de quoi bien se nourrir. Je me dirigeai vers le frigidaire, m'attendant à trouver des plats tout fait. Mais visiblement, mamie était passée par là. Je riais toute seule en attrapant les légumes tous frais, quelques œufs et... après quelques recherches dans les meubles, je finis par trouver de la farine et de quoi assaisonner. Je réfléchis un instant ce qui m'était possible de faire avec tout cela. Je me rappelai alors une spécialité ukrainienne que ma mère faisait. Ukrainienne? Russe peut-être... Je ne savais plus tant nos cultures se mélangeaient si bien. Si c'était russe, Piotr allait apprécier. Il aurait certainement faim en rentrant, je lui laisserai une assiette à se réchauffer. Je me lançais dans les préparations. Cela m'avait manqué, c'était certain. Même le ménage et le rangement. À vivre démunie de tout la rue vous apprend que vivre dans une maison est en fait, un cadeau du ciel. Quand c'était en train de cuir, je remplis la gamelle de Kiki qui semblait avoir faim, lui aussi. Quelques instants plus tard, je pus goûter à mon plat. Je pris le temps de savourer malgré ma faim. Cela faisait si longtemps que je n'avais pas mangé ainsi. Je pus même manger un fruit en dessert. Tant de plaisirs que j'avais oubliés. Quand j'eus fini toute la vaisselle, je me rendis compte que le soleil commençait à se coucher. Je regardais l'heure. Il était déjà presque 21h30. Je regardais alors par la fenêtre et je soupirais. Piotr me manquait. Je devais le reconnaître, j'avais soudain envie de le sentir près de moi, comme ce matin quand nous nous étions serrés dans les bras ou quand je m'étais vue dans le miroir et que j'avais enlacé mes mains dans les siennes. J'étais fatiguée aussi. C'était peut-être pour cette raison que je désirais des tendresses. La fatigue. Cependant, je n'en fus pas convaincue car n'était pas des tendresses que je voulais. C'était ses tendresses, à lui. Je me mordis les lèvres. Que m'arrivait-il? C'était si nouveau, étrange et inattendu.
Je me dirigeai alors vers sa chambre, en faisait à peine attention à Kiki qui m'avait suivie. Arrivée dans sa chambre, je m'allongeais sur son lit. Kiki ne tarda pas à me rejoindre. Il posa sa tête sur mes jambes et je vins lui caresser la tête, entre ses oreilles. Je soupirais encore. Je me dis que quand j'entendrais la porte, je me dirigerai dans la salle de bain pour revêtir à nouveau mes vêtements rapiécés. Pour l'instant, je me sentais si bien dans son vêtement à lui que je ne voulais pas l'enlever. Je défis la boule de polochon, accessoirement, sa couette, que je posais sur mes jambes et la remontais jusqu'à ma taille. Kiki aboya et je ris. Il ne tarda pas à sortir sa tête de sous la couette mais resta là, près de moi. Ma main était toujours posée sur sa tête. Je laissai tomber mes cheveux en cascade au hasard sur moi quand j'enfouis ma tête dans son oreiller. Je reconnus son odeur avec celle de la cigarette beaucoup moins présente. Son odeur à lui, sans tabac, quoi. J'inspirai fort et mon cœur se mit à battre la chamade. J'avais renoncé à laisser mes idées noires de côté, me rendant évidemment compte que finalement, ce sentiment me faisait du bien. La preuve, j'avais passé la journée à sourire. je souris, toujours les yeux fermés, en repensant à mon visage si près du sien, de ses lèvres à hauteur des miennes, de son souffle contre ma bouche, de ses doigts enlacés aux miens, de son torse sur lequel j'avais déposé un baiser, de sa leçon de piano... Bientôt, je me retrouvais dans le froid de Paris, emmitouflée dans ma vieille couverture, sur les genoux de Piotr qui me susurrait des mots doux et rassurants à l'oreille. Ses lèvres se baladant de mon cou, à ma joue, au coin de mes lèvres, tendrement. Mon cœur se réchauffait suffisamment pour que j'oublie le froid de la rue. Oui, je m'étais endormie. Et pour la énième fois, même loin du pont de la Tour Eiffel, je rêvais. Toujours ce même rêve...
❝v o s . p a p i e r s❞ ■ religion: Aucune car traumatisé des dimanche matin à la messe ! ■ situation amoureuse: Dans une relation passionnelle et fusionnelle avec mon chien ■ avis à la population:
Fuir les choses était ce que je savais le mieux faire. Quand quelque chose m’effrayais, il fallait tout de suite que je m’en éloigne pour ne pas avoir à affronter ce danger. C’était lâche comme attitude, mais c’était ainsi que j’agissais. Je sentais parfaitement que quelque chose d’étrange était en train de naitre en moi à l’égard de Ksénia, et c’était le genre de chose auxquelles je ne savais faire face. Surtout pas en ce moment. J’étais dans une période où je fuyais toutes mes responsabilités, faisait ce que je voulais, et surtout ne prenait absolument pas ma vie en main. Je fumais et avait une dépendance à la nicotine beaucoup trop forte pour que ça ne me tue pas un jour. Il en était de même avec l’alcool, et enfin je commençais même peut être à avoir une certaine dépendance à certaines drogues, que je prenait par moment pour éviter de stresser pour mon travail. Mais aussi pour m’évader de ce monde, fuir encore une fois. Parce que tout ce qui se passait en ce moment me dépassait complètement. Je ressentais le besoin d’être ailleurs, d’échapper à ce monde sachant que je ne saurais y survivre sans mes occupations. Si je ne m’étais pas forgé cette carapace que je m’étais forgé, je pense que je n’aurais pas survécu. Me connaissant, j’aurais déjà écrit des articles sur les allemands pour les dénoncer, j’aurais abriter des juifs chez moi, aurait monter un réseau de résistance, et aurait finalement été abattu par les allemands, pour m’être trop engagé pour sauver la vie des autres, au dépend de la mienne. Voilà pourquoi j’avais voulu devenir si froid et insensible. Parce qu’au plus profond de moi, j’avais un bon fond, qui pourrait me détruire. C’était absurde, je l’avoue, j’étais jeune et riche, je pourrais facilement me contenter de la vie que j’avais. Pourtant ce n’était pas ce que je voulais. Ce que je voulais, c’était devenir journaliste « pour sauver le monde » comme je le disais étant petit, car mes écrits aiderons et informeront les populations en difficultés. J’avais toujours voulu faire quelque chose d’utile pour les autres de ma vie. Voilà que mes rêves étaient brisés, réduit à néant à présent. Malgrés tout mes efforts, rien ne se passait comme je l’avais voulu, et c’est pour cette raison que désormais des efforts, je n’en faisais absolument plus. Je sentais ma vie vide de sens, inutile. Je me plongeais dans la déraison, me noyant avec tout cet argent que je n’arrivais pas plus à gérer. Particulièrement quand tout les gens autour de moi n’étaient intéressé que par ça, quand j’essayais de baisser mes gardes, de faire confiance aux autres, ils parvenaient très souvent à me trahir pour tenter de profiter de mon fric. Et ceux qui au contraire n’avait pas besoin de ça, n’était que des hypocrites qui me fréquentaient parce que ça faisait partit des mondanités auxquelles ils devaient assister, ils n’avaient pas le choix. Les riches devaient se fréquenter entre eux pour bien se faire voir. Je n’approuvais pas forcément ce genre d’idées, d’autant plus que je ne me sentais souvent pas à ma place dans ce milieu si aisé. Je savais que je ne pourrais faire confiance à ce genre de personne, et j’avais finit par ne plus faire confiance en personne. Pas d’attache. Pas de sentiments. Je savais que ça ne ferait que me faire souffrir. La meilleure solution que j’avais trouvé, était de briser les femmes avant qu’elles ne me brise. Les déceptions que j’avais connu me faisait agir ainsi à présent. Ça avait plutôt bien marché, et j’avais finis par ne plus être déçu, ne plus souffrir, puisque je n’attendais rien des autres. Pour ces raisons, j’en venais à me sentir comme impuissant, face à cette fille de la rue, qui provoquait en moi de la colère, de la douceur, de la tendresse, de la peur, et tout un tas d’autres sentiments qui se mélangeaient. Comment juste une seule et unique personne, parvenait-elle à me faire me sentir autrement ? Comment parvenait-elle à me faire ressentir des choses ? Comment parvenait-elle à autant me captiver ? Que m’avait-elle fait bon sang ! Je n’avais pas besoin de ça enfin ! Du moins j’en était persuadé, et trop têtu pour envisager le contraire.
Quand j’avais su, qu’elle avait également put faire naitre désir et attirance en moi, il fallait que je parte tout de suite. Parce que je ne savais résister à une femme qui me plaisait. Et ça ne pourrait que mal finir si ça continuait. Je n’avais pas envie qu’elle pense que je la considérais comme une prostituée, et qu’en échange d’un bain, de mon hospitalité, ou n’importe quoi, je pourrais plus facilement me laisser aller. Si son passé avait été autre, peut être ça aurait été plus facile. De même, ça l’aurait été si je ne la considérais pas comme un ange, comme une femme totalement innocente que je ne mériterais jamais et auquel je n’avais le droit de toucher. J’étais trop néfaste pour ça, je ne pourrais que lui nuire. Et encore une fois, c’est sans doute ce que je devrais faire avant qu’elle ne le fasse, parce que peut-être qu’elle aussi finirait-elle par me briser ? Face à ses sentiments naissant en moi, elle avait toute les cartes en main pour le faire, le simple fait qu’elle quitte mon appartement me rendrait déjà triste. Je soupirais face à cette idée. Il fallait tout de suite que je raye le mot « sentiments » de mon vocabulaire, et faire comme si de rien n’était en pensant à elle comme une amie. Si je voulais la revoir. En sortant, je n’avais cessé de méditer sur ça. Et même une fois arrivé au boulot, j’avais du mal à me défaire de mes pensées. J’avais été distrait pratiquement toute la journée. Me compliquant la vie à moi seul en mettant en place des plans plus que farfelus pour essayer de m’en tenir à mes résolutions. J’avais d’abord penser à venir lui présenter quelques charmant amis à moi, qui lui plairait certainement et qui serait sans doute mieux que moi pour elle et pour l’aider. Ce plan aurait put fonctionné si je n’avais pas envisagée l’idée que je puisse être jaloux. Un autre de mes plans, consistait à ramener une très vieille amie chez moi, et me faire passer pour en couple, afin de mettre les choses au clair entre nous. Cependant, connaissant la vieille amie en question, ce plan n’aurait jamais put fonctionner, et elle aurait tout de suite fait fuir Ksénia. J’avais finalement pensé à l’idée de me tondre, comme ça elle me trouverait peut être totalement moche et répugnant, et l’amitié coulerait de source. Je soupirais, lorsque je me rendis compte que j’étais carrément entrain de marquer ces idées sur un papier, et que mon assistante le remarqua et se moqua même de moi. Au final, je m’étais dit que tout mes plans étaient peut être inutile, puisqu’elle ne m’envisagerais peut être jamais de la même façon que je l’envisageais elle. Je repensais à son fameux ami poète, n’excluant pas l’idée qu’ils étaient peut être plus que des amis, vu la façon dont elle en parlait. Et puis après tout, dans mon roman je les avais fait tomber amoureux et ils allaient très bien ensemble en plus. Bien que ce couple était le pur produit de mon imagination.
De toute façon, je finis rapidement par revenir à la raison et oublier mes questionnements et idées stupides lorsque le patron me donna beaucoup de travail à faire. Cela finit par me changer les idées, et je passa pratiquement toute ma journée à écrire. Bien que j’avais détesté ce que j’écrivais puisque les articles parlaient de la bravoure des soldats allemands, un autre évoquait les juifs de façon négative, et un autre parlait du nouveau gouvernement français. Je me dégoutais moi-même en écrivant de pareilles choses. Propagande oblige, les articles actuels tournaient souvent sur ce genre de sujet, d’où le fait que ça m’énervait. Mais pour garder ma place, il fallait que je me taise, d’autant plus que les allemands venaient chaque jour au travail pour contrôler ce que j’écrivais. J’en étais très mécontent, mais garda ma colère pour moi, sachant pertinemment qu’un jour au l’autre je finirais bien par craquer. Mon métier était tout ce que j’adorais, mais là, il finissait par me faire me détester moi-même. Il y a à peine quelques moi, j’avais encore suffisamment de liberté pour écrire sur des sujets qui me passionnaient réellement, mais là, je n’avais pas cette liberté, puisque la liberté de presse n’existait plus de toute façon. Je broyai du noir le reste de la journée, finissant par le soir écrire des choses qui me plaisaient réellement. Etant donné que je faisais la fermeture du journal, je me retrouvait toujours le dernier à partir, et j’en profitais pour écrire mes articles dénonciateur en cachette. Celui de ce soir évoquait l’intimidation que les allemands utilisaient pour faire marcher la propagande, j’évoquais les nombreux licenciement de journalistes engagés, mais également les mystérieuses disparitions de ceux qui avait finit par osé dénoncer l’occupant dans leur articles. C’était arrivé à quelques amis à moi, personne n’avait plus de nouvelle d’eux. J’imaginais que ces pauvres hommes avaient finit par être fusillés. C’était terrible. Et c’est peut être ce qui m’arriverait, si le bout de papier que j’avais devant moi tombait entre de mauvaises mains ? Sur cette dernière pensée je regarda par la fenêtre, me rendant compte qu’il faisait déjà nuit. Il était déjà plus de 22heures passées à ma montre, et le couvre feu n’allait plus trop tarder. Quand je sortais, grâce à certaines relations j’avais déjà eu la possibilité d’avoir un laissez-passer, mais pour aujourd’hui c’était trop tard, et puis ces derniers étaient difficiles à obtenir. Si je ne voulais pas me faire repérer, mieux valait que je rentre rapidement. Etant à pied, j’allais sans doute devoir être très rapide pour arriver avant 23heures. Je rassemblai vite mes affaires et le fameux article pour sortir. Bien sur je croisai des allemands dans les rues, j’essayai de me montrer agréable et poli, afin d’échapper aux fouilles qu’ils avaient l’habitude de faire. Je ne sais pas si j’avais été idiot ou distrait, mais franchement, c’était risqué d’avoir emporté l’article avec moi, j’aurais sans doute mieux fait de le cacher dans mon bureau, ou autre part. Je soupira légèrement lorsqu’à peine à quelques rues de chez moi, un allemand me demanda ce que je faisais là en sachant qu’il ne restait plus beaucoup de temps avant le couvre feu. J’essayai de lui répondre clairement avant qu’il ne me fouille et me suspecte de quelque chose. Je lui inventai une histoire totalement fausse, racontant que je sortais de chez une des mes amantes, qui était mariée et que j’avais rapidement du partir de chez elle avant que son mari n’arrive. Avec une touche d’humour je lui décrétai que les femmes mariés m’avaient toujours attirés, parce qu’elle représentait l’interdit. Par chance, il semblait être d’accord, m’affirmant qu’il adorait l’interdit amoureux, et plus particulièrement les femmes qui lui résistaient, car il n’aimait pas la facilité. Il continua ses confessions, m’avouant qu’il était fou d’une femme qui ne voulait pas de lui. Coup du hasard ou non, je ne put m’empêcher de penser à une certaine personne, prenant ici le mot « fou » au sens propre. L’allemand semblait détendu, et sur ces dernières paroles, il me conseilla de vite partir et me dit même qu’il avait été ravi de parler avec moi. Je resta cordial, le quittant en souriant. C’était un sourire sacrément forcé. Car cette conversation me rappella qu’un allemand trainait dans les rues et voulait s’en prendre à Ksénia. Ça aurait été un sacré hasard s’il s’agissait de lui, mais cette histoire me perturbait tellement que j’avais l’impression qu’à chaque allemand croisé ça allait être lui. Arrivé devant chez moi, je fus assez soulagé d’avoir échappé à un potentiel danger. Songeant à me montrer plus prudent pour l’avenir. Il était tout juste 23 heures, je l’avais échappé belle tout de même. Car passé ce délai, c’était la prison pour la nuit. Bref, j’ouvris la porte et j’eus un mouvement de sursaut lorsque je vis l’état de mon appartement. Il était si bien rangé que j’avais l’impression qu’une tornade était passée par là. Je pensai d’abord à ma grand-mère qui songeait sérieusement à remettre de l’ordre là dedans. Ma mésaventure de ce soir, m’avait presque fait oublier que Ksénia était peut être toujours ici. Ou peut être pas. Etait-ce elle qui avait tout si bien rangé et nettoyer ou la vieille avait osé revenir ? Etrangement si c’était elle qui avait tout rangé ça m’énerverait, mais si c’était la jeune femme ça me ferait plaisir. Voyant que tout été vide, je ne pus m’empêcher de penser au fait qu’il était tard, et que peut être elle était partie voyant que je n’était pas revenu. J’aurais parfois aimé être plus ponctuel , faire attention à l’heure de temps en temps. Je soupirais, déjà inquiet à l’idée qu’elle était retourné dans la rue. Je regardai dans les pièces du bas, mon bureau, le salon, partout pour voir si elle était là mais ça semblait vide. Je ne put m’empêcher de m’attarder à la cuisine lorsque je vis un plat de fait. Etant donné que je mourrais de faim, et que ma conduite avait souvent tendance à être guidé par mon estomac, je n’hésitai pas une seconde de plus avant de me diriger vers le plat tout prêt pour me servir. Encore plus lorsque je vis que c’était une spécialité russe que j’adorais et que je n’avais pas mangé depuis un sacré moment. Ma grand-mère maternelle étant d’origine française ne savait pas faire ce genre de chose, donc je devinai que ce n’était pas elle qui était passé par là. En tout cas ça avait été tellement bon, que l’assiette n’avait définitivement pas fait long feu avec moi. Une fois que j’eu terminé je remonta les escaliers, me dirigeant d’abord vers la chambre d’amis, pensant que Ksénia s’y était peut être endormie. Je ne fut pas rassuré lorsque je vit cette dernière totalement vide. Je regardai dans les autres pièces, la salle de bain, le salon du hauts, de plus en plus inquiet au fur et à mesure que je voyais que tout était vide. La seule pièce que je n’avais pas encore regardée était ma chambre située au fond. Mais bon, si Ksénia avait voulu dormir, elle ne serait sans doute pas allé par là bas, encore plus avec le désordre et mon lit tout défait. Sans compter que le chien avait la mauvaise habitude de se mettre sur le lit et de prendre toute la place. J’imaginais qu’elle n’irait sans doute pas dormir avec lui, encore plus parce que Kiki était agressif quand quelqu’un d’autre que moi dormait avec lui. Le chien devait sans doute être là bas vu que la porte était entrouverte et que je ne l’avais vu nulle part. Cependant sur le moment, je m’en fichais royalement du chien. J’étais prêt à retourner dehors et braver le couvre feu pour chercher la jeune ukrainienne et m’assurer qu’elle allait bien. Et tanpis si je risquais de croiser des allemands et de finir la nuit entre leur main. De toute façon dans un poste de police, ou ici, je n’arriverais pas à dormir tant que je saurais Ksénia à l’extérieur, ne cessant de m’imaginer elle et l’allemand, encore une fois. J’étais absolument prêt à partir et dévala les escaliers, quand je revins sur mes pas pour aller prendre au moins un manteau. Car malgré l’été qui approchait, les nuits restaient fraiche et j’en avais fait les frais tout à l’heure en sortant en chemise. Je me dirigeai alors vers ma chambre, je remarquai d’ailleurs que la petite ampoule était allumée et telle ne fut pas ma surprise lorsque je vit Ksénia et Kiki dans le même lit, dormant paisiblement l’un comme l’autre. Soulagement et peur s’emparèrent soudainement de moi. Soulagement parce que je savais qu’ici il ne lui arriverait rien. Peur parce que je me demandais bien ce que j’allais pouvoir faire là. Je n’avais pas la moindre idée de pourquoi elle dormait dans mon lit, et en plus en portant une de mes chemises. Voulait-elle que je la rejoigne ou quoi ? Non, ce n’était pas possible, il fallait que j’arrête de me faire des idées. Mon regard s’attarda sur ses cheveux, tout propre et ondulé. Peut-être était-ce l’effet du bain, mais ils me semblaient plus blonds qu’à l’habitude et j’avais envie de les caresser. J’oubliai rapidement cette idée, voulant me tenir à mes résolutions. Tout en essayant d’être discret et silencieux, je m’approcha de la fenêtre pour aller fermer les volets. Je m’attardai quelque minutes, pour observer en bas les quelques soldats allemands qui trainait par là. Je fermai vite les volets lorsque l’un d’entre eu leva la tête et m’avait repérer en train de les épié. Je tournai la tête lorsque j’entendis Ksénia prononcer mon prénom. « Piotr. » me dit-elle, et par réflexe je lui murmura un « Oui ? » assez doucement, bien que je regrettait un peu de l’avoir réveillé. Cependant je fut surpris de voir qu’elle fermait les yeux, et prononça une nouvelle fois mon prénom. Comme si elle rêvait de moi. Je l’observai afin de voir si elle était éveillé ou non, et elle prononça une nouvelle fois mon prénom. Elle semblait dormir paisiblement, et parlait dans son sommeil. Mais pourquoi rêvait-elle de moi d’ailleurs ? J’en était quelque peu surpris. « Piotr j’ai tellement peur, aide-moi. » Finit-elle par dire, alors que je l’observais les yeux écarquillé. Je ne put m’empêcher de m’approcher d’elle, essayant de faire le moins de bruit possible, et j’arrivai finalement sur le côté du lit en remontant doucement la couverture, ce qui réveilla malheureusement Kiki qui aboya et cela fit bouger Ksénia. Je chassa le chien pour le faire se mettre sur la place d’à côté lui faisant de gros yeux pour qu’il se taise. Et je remonta la couette jusqu’à ses épaule, m’approchant sans réfléhir de son oreille en disant doucement « N’ait pas peur, dors. », puis je lui caressa les cheveux, elle bougea légèrement, en essayant de saisir quelque chose à côté d’elle. Kiki en profita pour vouloir se faire caresser et s’approcher d’elle. Pas con le chien. D’autant plus que Ksénia se rapprocha de lui, en le serrant légèrement dans ses bras. Brusquement j’aurais aimé être à la place du chien c’était certains, bien que c’était peut être une idée mal placé. Je l’observai quand soudain elle prononça de nouveau mon prénom, en caressant Kiki, comme si c’était moi. Non, il fallait que j’arrête définitivement de me faire des idées et que je sorte de cette pièce. C’était peut être pas très approprié mais la scène m’avait donné envie de rire. Car d’un côté, c’était tout de même assez drôle à voir avouons-le. Je me mordit les lèvres pour me retenir d’éclater de rire, surtout en voyant la tête du chien qui faisait son fier. Peut-être était-ce mon imagination mais j’avais l’impression qu’il souriait et voulait me rendre jaloux. Ça marchait plutôt bien, même si c’était ridicule d’être jaloux d’un chien. J’avais brusquement de nouveau envie d’éclater de rire, si bien que je sortit rapidement de la pièce pour aller dans l’autre chambre et finir par rigoler. Pas trop fort j’espère, mais je n’y pouvais rien moi si ça m’avait amusé. Je m’allongeai sur le lit sans le défaire et regardant le plafond. Réfléchissant. Ce traite de chien ne m’avait même pas rejoint, alors qu’habituellement il voulait uniquement rester avec moi. « Pff quel profiteur celui-là, non mais il se prend pour qui. » Murmurais-je pour moi-même sans vraiment m’en rendre compte, en profitant pour saisir de quoi écrire dans la commode de la chambre. C’était totalement idiot, débile, ce que j’allais faire, mais j’écrivais les pensées de mon chien. Ça m’arrivait lorsque je m’ennuiyait, je lui avais déjà d’ailleurs consacré tout une histoire que j’écrivais de son point de vu, m’imaginant être à sa place. Dans l’histoire, Kiki était amoureux de moi, parce qu’étant donné qu’il n’aimait que les hommes, j’en avait conclu qu’il était gay. Mais là, j’avais comme un doute et je me mis brusquement à décrire sa rencontre avec Ksénia.
Citation:
J’ai toujours cru que les femmes ne m’attiraient pas. Du moins que je ne pourrais pas m’attacher à elle. Cependant, avec elle ce fut absolument différent. Dès les premiers instants où je l’ai vu, et après avoir passé toute ma journée avec elle, j’étais certain qu’elle me plaisait. Et de mes sentiments. Son sourire, ses cheveux, son beau visage, la gentillesse qu’elle dégageait à mon égard me fit totalement craquer. En plus elle était intéressante, pas comme les autres, et j’adorais parler avec elle.
Je m’arrêtai sur la dernière phrase, finissant par la rayer d’un gros trait noir. Evidemment que là, je n’étais plus en train de décrire ce que Kiki ressentait, mais plutôt ce que moi je ressentais. Je soupirais. Me trouvant totalement idiot de masquer mes pensées et de les dires à travers de celle d’un chien. Il fallait vraiment que je dorme. Je posai le papier et le stylo sur ma table de chevet, éteignant la lumière pour essayer de dormir, car là je me disait que la fatigue me faisait faire de drôle de chose. Je profita avant de m’endormir, pour m’allumer une cigarette dans l’obscurité, me glissant en même temps sous la couette et défaisant ma chemise. Je n’osais pas retourner dans ma chambre de peur de faire du bruit pour aller saisir un tee shirt, tanpis. Je regardai de nouveau le plafond visible grâce aux lumières extérieures tout en faisant quelques rond de fumer, trouvant la situation bien étrange. Et dire que ce matin je m’étais réveillé avec deux femmes dans mon lit, et avec une autre me criant dessus. Ce n’était pas demain que j’aurais ce genre de surprise, heureusement. Surtout que cette journée avait été beaucoup trop épuisante pour que je veuille la revivre.
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« La guerre, on ne la fait pas : c'est elle qui nous fait. ».
Je me sentais mourir de froid. La couverture était trop petite et j'avais beau la tirer de tous les côtés, elle ne pouvait jamais couvrir mon corps entier, aussi recroquevillée que je l'étais. Mes lèvres étaient violettes et je ne les sentais plus. Mes dents claquaient ce qui me raidissait. Les frottements de la couverture contre ma peau m'arrachaient même des grimaces de douleur. Mes doigts étaient glacés, je ne pouvais presque plus les bouger. Mes yeux étaient remplis de larmes mais elles ne coulaient pas, comme si elle prenait l'état de glace dès qu'elles commençaient à couler sur mes joues. Soudain, je le vis arriver. Son visage était différent de celui que je lui avais vu. Là, il semblait plus heureux de vivre et il ne semblait pas abattu par tel ou tel mal. Il semblait libre et heureux. Piotr s'avança au bord du pont, s'y accouda. Il sortit son paquet de cigarette de la poche de son manteau. Je l'enviai. Il n'avait pas froid, lui. Je dégageais la couverture de devant mes yeux pour l'admirer, encore une fois de plus. Il alluma sa cigarette et, de nouveau accoudé, la fuma tranquillement. Comme d'habitude, après avoir fini, il reprit son chemin. Soudain, comme je m'y attendais, parce qu'il le faisait à chaque fois désormais, il fit demi-tour et ne tarda pas à passer à ma hauteur. « Piotr. » n'avais-je pu m'empêcher de murmurer, malgré mes dents qui tremblaient. J'avais puisé les dernières forces qu'il me restait pour cela. Cependant, je fus étonnée que cette fois-ci, il me répondit. D'habitude, tout était silencieux à cet instant, pas cette fois vu qu'il m'adressa un « Oui ? » en s'approchant de moi. Il vint, comme toujours se placer derrière moi et m'attira à lui afin que je sois blottie contre lui, la tête sur son torse, assise sur ses genoux en tailleur. La chaleur de son corps commençait peu à peu à me réchauffer mais j'avais toujours ce sentiment de vulnérabilité dont j'étais devenue sujette depuis bien trop longtemps maintenant. Ma respiration était toujours saccadée mais la présence de Piotr m'apaisait un peu. « Piotr j’ai tellement peur, aide-moi. » dis-je, comme à chaque fois. D'habitude, il se contentait de m'embrassait sur la joue, le long de mon cou, au coin des lèvres pour me rassurer mais aussi parce qu'en fait, nous semblions amoureux mais malheureux. De ma situation peut-être ? Encore pour changer, un aboiement de chien résonnait au loin alors que les autres fois, tout était silencieux autour de moi. En tout cas, cette fois, il me répondit d'un « N’ait pas peur, dors. » et je sentis qu'il me caressait les cheveux mais je ne voyais pas distinctement son geste. Je détournai légèrement mon visage et dus faire pivoter mes jambes pour que mon visage fasse face au sien. Je déposai doucement un baiser sur les lèvres tièdes et fronçant les sourcils. J'avais, en même temps, passé mes mains que j'avais jointes derrière son dos. Je reposai à nouveau ma tête contre son torse et je finis par m'endormir.
Je sursautai. Un coup de feu venait de retentir. Je me redressai et me frottais les cheveux le temps de comprendre où j'étais. J'avais encore fait ce même rêve. Mais il avait encore subi des modifications. Allait-il en être ainsi à chaque fois que je le verrais? Au même instant que j'avais fait ce constat, je pensais à ce qui m'avait subitement tiré de mon sommeil. Ou du moins, un cri dans la rue, un cri que l'on venait d'étouffer, me le rappela très vite. Ce n'était pas de le rêve, mais bien dans la réalité que j'avais entendu un coup de feu. Maintenant j'entendais des menaces, d'une voix dont je ne connaissais pas la langue mais quand je reconnus la voix, j'eus des nausées. Je me levai d'un coup, en me dirigeant vers la salle de bain où je m'accroupis, affolée devant les toilettes. La voix menaçante n'était autre que celle de l'allemand qui me violentait. J'en étais certaine tant il m'avait traumatisée. Soudain, je me souvins que je m'étais endormie dans le lit de Piotr. Je pensais aussi qu'un crime venait de se produire dans la ruelle de derrière l'appartement de Piotr. Seules dans les pièces de ce côté là, on aurait pu entendre. Je pensais soudain que je n'avais pas entendu Piotr entrer et que le couvre-feu était largement passé. Je pris peur. Je sentis mon cœur battre la chamade, mon corps entier s'était mis à trembler. Je m'imaginais toutes sortes de scènes, ne voulant pas ouvrir la fenêtre pour voir ce qu'il s'était réellement passé. Je me redressai dans la salle de bain et je faillis tomber quand je remarquais que mes jambes flageolaient. Je revins alors vers la chambre, mais je fis vite demi-tour, sachant que Piotr n'y était pas. Je ne l'avais pas entendu entrer, chose qu'il aurait du faire, venir dans sa chambre, et ça m'inquiétait, moi qui avais le sommeil si léger dans la rue. J'allais descendre l'escalier lorsque Kiki fit une mine triste. *Quoi ? Qu'est ce qu'il y a?* pensai-je mais je trouvais aussitôt la réponse lorsque Kiki alla se frotter contre la porte de la chambre d'ami que j'avais aperçue dans l'après-midi. Il me regarda en levant les oreilles. Il revint alors vers moi et attendis que j'ai posé ma main sur la poignet pour descendre. J'ouvris doucement la porte et je vis une douce lumière éclairer la pièce, puis, une odeur de tabac. J'étais toujours aussi paniquée mais je finis d'ouvrir la porte et j'avalai rapidement ma salive quand je découvris Piotr. Soulagement et anxiété se mêlèrent alors. D'abord, je pensais que mes craintes n'avaient plus lieu d'être. Ensuite, que Kiki était très intelligent. Mais pourquoi était-il parti? Comme s'il voulait que l'on se retrouve seuls. C'était bizarre. Une sensation bizarre parcourut mon estomac quand me rappelai que je ne portais qu'une chemise à lui qui m'arrivait à mi-cuisses et hmm, un sous-vêtement, seulement en bas, mes seins étaient nus sous la chemise ouverte, un peu décolletée. Je m'en souvins et je pressai ma main sur le haut de la chemise pour cacher totalement ma poitrine. Piotr me faisait face, silencieux. Je savais qu'il était très tard et que ma venue l'avait surpris. Je pris alors la parole, d'une voix tremblante, encore sous le choc du coup de feu.
« Tu es là. » dis-je d'une voix rassurée mais toujours sous le choc. « J'ai... enfin, un bruit m'a réveillée en sursaut et.. comme je ne t'ai pas entendu entrer, j'ai... enfin, en plus c'était des allemands, dehors, et la voix... je... je la connaissais » Je baissai la tête, n'ayant pu m'empêcher de lui révéler ce qui m'avait donné la nausée, à cause de ma panique soudaine, un instant plus tôt. Je m'avançai de quelques pas vers Piotr, oubliant la chemise qui ne cachait pas tout mon corps. D'ordinaire, habillée ainsi et face à un homme, j'aurais eu peur. Là, au contraire de le voir face à moi me procura du réconfort. Je respirais fort, il devait incontestablement sentir ma panique. J'avançais encore, doucement, en regardant le sol et je ne tardais pas à arriver contre le lit. Je m'y assis, regardai Piotr dans les yeux et sans attendre qu'il réagisse à mon rapprochement soudain, je passai mes jambes sous la couverture et posai ma tête contre son torse. Mon cœur se mit à nouveau à battre fort mais le sentiment était différent. Je soupirais. Ce soupir était entre l'angoisse, le réconfort, le soulagement après la panique. Il n'était rien arrivé à Piotr. Il était bien rentré. L'allemand devait être parti, ou, s'il était encore dans la ruelle, je n'avais pas peur. Je me sentais en sécurité à cet instant. Je passai ma main sur le torse de Piotr et l'arrêtai à hauteur de son nombril où je faisais glisser mon pouce comme un geste de tendresse. Mon autre main était le long de mon corps. Peu à peu, mon corps tremblait moins et je repris complètement mon calme au bout de quelques instants. Je fermai les yeux, mais je n'avais plus sommeil. J'avais bien trop connu un moment de panique qui m'empêcherait de retrouver le sommeil cette nuit là. « Piotr? » dis-je en redressant la tête pour voir son visage. « j'ai eu peur... » continuai-je d'un souffle, dans un murmure. « Quand je l'ai entendu, en bas et que je ne te croyais pas rentré. À cause de ce que tu m'as dit ce matin le concernant. Oh... je m'en voudrais tellement s'il t'arrivait quelque chose » Je baissai à nouveau la tête que j'appuyais contre son torse. je voulais éviter de croiser son regard. C'était vrai. J'avais eu peur que le coup de feu soit pour lui, peur qu'il lui soit arriver quelque chose par ma faute. Je ne ressentais jamais de la culpabilité envers les autres. Jamais il ne m'était arrivé d'avoir peur pour quelqu'un depuis que j'étais à Paris. J'avais compris qu'avec Piotr, tout était différent. Tout. Même mon cœur qui battait différemment à son contact ou encore ce besoin de le savoir non loin. C'était si étrange, inhabituel. Je le serrais contre moi et restais silencieuse. Je sentais son cœur battre en rythme avec le mien, comme si nos cœurs étaient en fait, le même. Comme si sa vie était mienne. Une sensation étrange me parcourut tout le corps et je tentais de l'ignorer. Alors, je ne pus m'empêcher de glisser ma main dans la sienne et d'enlacer ses doigts. Je déplaçai même sa main, qui était dans la mienne, sur ma joue et je lui déposai un baiser. Je ne savais pas ce que je faisais mais ma méfiance et ma réticence habituelle n'avait plus lieu d'être. Protégée, voilà ce que je ressentais. Ne pas se sentir objet, là était toute la différence. Mon âme jaillissait à nouveau à la surface. Celle qui me permettait de ressentir et non plus me cacher dans une carapace pour me préserver. Bien que cette carapace avait fini par n'être plus assez forte, avec le temps...