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 « The Truth is always the right answer » (terminé)

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MessageSujet: « The Truth is always the right answer » (terminé)   Mer 21 Juil - 14:19


Elsa & Reinhard



Étonnant combien une simple arrestation pouvait amener maintes informations concernant un groupe entier de résistants. Mais pour l’instant, une seule personne m’intéressait, celle que l’on m’avait mentionné en premier et chez qui tout m’indiquait que son caractère fort entreprenait les opérations les plus risquées. Attachée à une chaise, les mains nouées dans le dos, une jeune fille avait parlé sans condition, bien forcée par le bourreau qui se tenait devant elle. Quant à moi, j’étais à côté, m’accroupissant en face d’elle pour me mettre à sa hauteur, et posant le panel de questions desquelles j’attendais des réponses bien assidues et bien précises. Je parvins à obtenir une vague description d’Ice, apprenant qu’entre eux cela se prononçait « Icé », et que cette femme - oui, une femme - était mince, élancée, et très rousse. Avec ce petit détail, je n’aurais sans doute pas de mal à la reconnaître, si ? Elle n’était ni brune ni blonde, ce qui était déjà un avantage dans la brume et la foule parisienne, où la majorité arborait cette couleur de cheveux.

On m’avait convié à une sorte de réception, aujourd’hui, et j’appris sans surprise réelle que des troubles fête seraient de la partie. Il n’y aurait que des allemands, officiers et soldats, les seuls qui n’en seraient pas allaient être le personnel de l’établissement, ceux qui allaient servir le buffet et travailler en cuisine, par exemple, de ce que j’en déduisais. Et Ice serait là, avec deux de ses larbins. Je le sus précisément parce que cette jeune fille que j’avais réussi à coincer et faire arrêter devait en être, de l’opération. Posant ma main sur son épaule en toute courtoisie, je la remerciais d’un « Merci beaucoup », avant de détourner les talons, sans scrupules de la laisser là, attachée à la merci des autres officiers. Je me doutais bien de ce qui allait finir par lui arriver, elle était si jeune, et elle avait fait les mauvais choix. C’était assez fréquent, ce genre de cas, néanmoins ils agissaient en pleine conscience de leurs moyens et causaient à la fois du tort au civils et aux allemands, il n’était pas vraiment question de les laisser perpétuer cette infâme tradition qui s’installait, et encore moins de les voir nous chasser par la force de leur belle ville. Ce moment allait arriver bien assez vite pour qu’ils commencent maintenant.

Je rentrais directement dans mon appartement, histoire de prendre une douche et de revêtir un beau costume pour ce soir. Un uniforme de gala, voilà qui ferait l’affaire, avec toutes les belles décorations, le cordon de tireur et les écussons. Lorsque j’arrivais devant le point de rendez-vous, j’attendis quelques secondes, fumant une cigarette en profitant de l’air frais de la soirée. Je levais les yeux afin de lire ce qu’il y avait sur l’enseigne : Le Mirador. Il ne m’avait pas fallu très longtemps pour me rendre à Paris Nord, et je ne savais pourquoi je sentais que la soirée n’allait pas être un simple gala de charité. Nous étions venu fêter un évènement tout particulier : la femme du Général Schutzstaffel responsable du quartier, restée à Berlin, venait d’annoncer à son époux la naissance de leur premier enfant. Vous vous doutez bien qu’à l’arrivée de cette lettre, ce dernier n’avait pu qu’organiser une soirée où tous les officiers présent sur Paris seraient conviés. Que du beau monde, et la cible parfaite pour une tuerie en masse. Je pénétrais dans le hall d’entrée, et un commis à l’accueil, allemand - ce qui ne m’étonna que moyennement - vint m’accoster. Je me présentais alors à lui, le devançant.

« Guten Abend. Reinhard Fehmer, ich bin ein Gast des Generals. »

« Bonsoir. Reinhard Fehmer, je suis un invité du général. » ; L’homme me gratifia du regard et me fit pénétrer dans la salle de réception, m’invitant à passer une bonne soirée. J’hochais la tête légèrement, le remerciant, et entrai avec les autres convives. On m’offrit instantanément une flûte de champagne, que je pris délicatement entre mes doigts avant de la porter à mes lèvres. J’étais dans les derniers à être arrivé, mais fort heureusement je n’allais pas avoir à saluer chacune des personnes présentes, car toutes n’étaient pas aux faits de mon existence, quoique tous ici semblaient me connaître, ne serait-ce que de vue, comme je les connaissais eux-mêmes qu’en surface. Je m’approchais lentement, me fondant dans la masse, vers le Général qui semblait déjà bien prisé. Il m’adressa un salut militaire auquel je répondis promptement, avant de dire.

« Herr General, Gratulation für deine Kind. »

« Monsieur le Général, félicitations pour votre enfant. » ; ce à quoi il me répondit un simple « Danke Schön », avant de partir discuter avec ses semblables. Je n’en fus que plus content encore que je ne le portais pas spécialement dans mon cœur, à vrai dire j’allais sûrement avoir bien mieux à faire que de bavarder, ce soir. Je savais qu’Ice serait de la partie, et je m’attardais sur la coiffure de toutes les charmantes demoiselles et dames conviées à la réception : à la recherche d’une rousse. Je n’en vis d’abord aucune, mais je surveillais les alentours avec assiduité, bien déterminé à ce que tout se passe bien. Méfiance et observation étaient de mise pour un évènement qui était sensé se dérouler dans le calme le plus plat. Je détaillais avec attention les membres du personnels que je pouvais voir, mon regard se posa sur un jeune homme qui faisait le service. Il regardait autour de lui avec un air incertain, et ceci ne m’échappa pas. Je reportais le breuvage de mon verre à mes lèvres et profitais du goût. Mon œil était à l’affût de la moindre mèche de cheveux rousse qui se dévoilerait devant moi, allez, Ice, qu’attends-tu ?



Dernière édition par Reinhard S. Fehmer le Mer 28 Juil - 13:05, édité 1 fois
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Elsa Auray
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MessageSujet: Re: « The Truth is always the right answer » (terminé)   Jeu 22 Juil - 19:59

Il régnait une certaine agitation, ce soir là, sur le grand hôtel parisien. A l’heure où d’ordinaire seules les fenêtres des quelques chambres occupées laissaient encore passer de fines raies de lumières, c’était l’ensemble du luxueux Mirador qui semblait illuminé, résonnant d’un brouhaha inhabituel qui couvrait même le bourdonnement tranquille d’une rue pourtant fréquentée, l’heure du couvre-feu n’étant pas encore passée. Travailleurs attardés, badauds plus ou moins pressés, flâneur en soirée, tous semblaient avoir, l’espace d’une nuit, laissé la vedette à l’imposant bâtiment, se faisant plus discrets… et moins nombreux, sans doute. Car à part les principaux intéressés, qui, parmi les parisiens ayant l’habitude de se promener par ici, se risquerait à traîner trop longuement aux abords d’un véritable rassemblement d’officiers nazis ? Un rassemblement festif, certes, mais les hommes que l’on voyait entrer et sortir de l’hôtel n’en restaient pas moins ces menaçantes ombres aux uniformes si reconnaissables – ornés de quelques décorations de plus – que l’on prenait tant de précautions à éviter, même lorsqu’ils étaient seuls. Alors quand c’étaient tous les officiers de la capitale qui étaient conviés au même endroit, inutile de préciser à quel point les rues aux alentours de l’hôtel pouvaient êtres calmes. Même les autres clients du Mirador avaient décidé de faire de cette soirée une occasion pour passer la nuit ailleurs que dans leur chambre – à moins que l’on ne les y ai forcés, afin de réserver l’endroit. Oui, festive ou non, une salle de réception remplie d’uniformes nazis poussait les gens à s’éloigner. Sage décision. Spécialement ce soir-là où les allemands n’allaient pas être les seuls à faire la fête. Mais cela, personne ne s’en doutait alors laissons les gens s’éloigner pour les raisons auxquelles ils pensaient.

Faire la fête était un bien grand mot pour ce que s’apprêtaient à faire les quelques – trois, à vrai dire ; ou plutôt quatre mais ça, il n’y avait qu’un agent des services secrets allemands pour le savoir - personnes sachant pourquoi il était bon, ce soir, de se tenir loin du Mirador. Mais à leur façon, Loïc, Émile et Elsa allaient, eux aussi, fêter la naissance du premier enfant du général Schutzstaffel. Un feu d’artifice improvisé en l’honneur du nourrisson, une manière bien à eux de lui souhaiter la bienvenue. En lui retirant un père qui ne l’aura jamais seulement vu. Morbides festivités. Il avait fallu à la froide chef de la brigade tout son cynisme pour formuler les choses de cette façon, au grand dam des camarades ayant eu à l’écouter. Mais l’occasion était trop belle pour y manquer. Un tel rassemblement de nazis ne se produisait pas souvent, surtout lorsqu’il réunissait les officiers les plus importants. Ils le savaient très bien, se trouver tous au même endroit au même moment n’était pas prudent mais parfois, les allemands dérogeaient à la règle pour quelques rares occasion. Le général avait estimé que l’apparition de sa descendance en valait la peine, grand bien lui en fasse – ou plutôt grand mal, mais il ne s’en doutait sûrement pas. Elsa n’avait pas hésité un instant lorsque Émile lui avait appris la nouvelle, malgré les dangers qui présentait l’opération. Si quelque chose dérapait, au moindre faux pas, à la plus petite indiscrétion, il y aurait assez de nazis que les résistants soient sûrs de ne pas s’en sortir libres, sinon vivants. Aussi la jeune femme avait-elle désigné d’autorité Loïc et Lise pour l’accompagner, deux personnes sur lesquelles elle savait parfaitement pouvoir compter à l’action. Du moins, jusqu’à ce que Lise ne se fasse arrêter. La veille, pour avoir été suivie après la récupération d’un colis destiné à la brigade.

Il y avait danger à maintenir la mission, la jeune française pouvant avoir parlé. Mais il était hors de question, pour Elsa, de laisser passer l’évènement, idée à laquelle les autres membres avaient aussitôt adhéré. Il fallait tenter. En changeant quelques détails, sans doute, à commencer par remplacer Lise par Émile. Lorsqu’il avait été nommé, ce dernier n’avait pu dissimuler une certaine angoisse. Jusque là, il n’avait fait qu’obtenir des informations pour la brigade, discrètement. Poser une bombe, on ne le lui avait jamais demandé. Seulement voilà, le jeune homme connaissait l’hôtel et surtout les traits d’un grand nombre des officiers qui risquaient d’être présents tandis que tous ignoraient jusqu’à son existence. Pour savoir où placer la bombe exactement afin de faire un maximum de dégâts parmi les plus importants, ces connaissances seraient précieuses. Malgré les doutes de certains – dont Loïc qui, décidément, n’avait confiance qu’en peu de gens – quand à l’inexpérience du parisien, Elsa n’était absolument pas revenue sur son choix. Émile endosserait le costume d’un des serveurs devant s’occuper de la salle de réception du Mirador tandis que Loïc prendrait le rôle d’un groom et Elsa celui d’une lingère. Une domestique travaillant à l’hôtel avec réussit à leur procurer pour la soirée les clefs des chambres se trouvant juste au dessus de la salle qui accueillerait les nazis ainsi qu’un double de celle dans laquelle le général avait demandé à ce qu’on lui prépare un lit et une ligne pour pouvoir téléphoner à Berlin à dix heures.

Le plan était simple : lorsqu’il montait, Loïc et Elsa se rejoignaient au premier étage. L’espagnol – qui, on s’en doute, ne s’appelait pas du tout Loïc – se chargerait de déposer la bombe cachée dans les draps que lui remettrait Elsa. Il s’agissait d’aller la placer dans une des pièces dont ils avaient les clefs, au dessus du buffet. L’endroit avait subit, quelques temps plus tôt, un dégât des eaux qui en rendait le sol moins solide. Ce qu’ils avaient mis dans le détonateur devrait suffire achever de le fragiliser, le faisant ainsi s’écrouler en partie dans la salle de réception. Au dessus des tables des principaux officiers. Les dégâts seraient moindres, évidement, que si la bombe avait directement était posée dans la salle, mais l’opération s’était rapidement avérée impossible. Trop risqué, bien trop aléatoire et surtout, inutile de songer faire cela discrètement au milieu de tous. Pendant que Loïc installerait l’explosif, Elsa devrait trouver la chambre du général, rentrer avec son double des clés et quelques draps sur le bras et l’abattre sur le champ. La détonation devait avoir lieu juste avant l’explosion, afin que personne ne puisse réagir. Là était la difficulté. Une fois arrivés à l’étage, Loïc et la froide rousse devraient compter trois minutes à partir de leur séparation. L’espagnol allumait la mèche au bout d’une trente et avait ainsi quatre vingt dix secondes pour s’éloigner de la pièce. Elsa, qui serait assez loin, tirait trente secondes avant l’explosion. « Trop de chiffres, trop aléatoire… » avait murmuré Émile, inquiet, lorsque la chef avait exposé le plan, ce à quoi elle avait simplement répondu que lui ne bougeait pas de la salle avant d’avoir entendu le coup de feu et se tirait de là aussitôt après.

Le soir avait fini par arriver. Les trois jeunes gens s’étaient rendus à l’hôtel avant le début de la soirée, officiant dans leur rôle comme de simples membres du personnel. Émile servait, surveillant les différents groupes d’officiers ; Loïc déambulait en veillant à la propreté des lieux et au confort des invités ; Elsa n’avait pas quitté les salles de services, notamment la blanchisserie où elle et la complice lui ayant procuré les clefs se relayaient pour veiller sur la bombe. Vêtue de l’uniforme obligatoire, elle allait et venait quand ce n’était pas à elle de surveiller, ayant l’air affairée mais épiant attentivement tout ce qui pouvait bien se passer. Et rien ne dérogeait à ce qui était prévu jusqu’à ce que Émile ne la croise, prétendument sortit pour aller chercher de quoi remplir les coupes des invités. Alors qu’elle allait passer devant lui comme une simple collègue, le jeune homme, nerveux, l’arrêta. Ils étaient seuls, aussitôt se permit-il de lui chuchoter :
« Les plus importants sont en dessous de la suite douze, au niveau de la salle de bain. »
Elsa hocha la tête. Loïc en serait avertit lorsqu’ils se rejoindraient à l’étage. Elle entreprit de tourner les talons, mais Émile la retint, s’attirant ainsi un regard sévère. Ils n’étaient pas sensés avoir ce genre de discussion.
« Attends, j’ai vu quelque chose qui va t’intéresser. Siegfried, il est là aussi, fit-il rapidement, arrachant au regard froid de la jeune femme une lueur indéfinissable.
- Tu ne le quitte pas des yeux et au moindre mouvement, tu te débrouilles pour me prévenir. Maintenant retournes-y. »
Le jeune homme hocha doucement la tête, laissant la fausse lingère un instant pensive. Siegfried, l’ombre qu’elle traquait depuis un certain temps sans jamais pouvoir l’attraper. Pourquoi l’agent des services secrets allemands se trouvait-il ici ? Un simple invité ? Ou alors y avait-il une autre raison plus… inquiétante ?

Elle songea à Lise, arrêtée. Avait-elle dit quoi que ce soit sur la mission de ce soir ? Elle s’était préparée à cette éventualité en changeant certains détails plus ou moins importants, mais les grandes lignes restaient les mêmes. Peut-être n’était-ce là qu’une coïncidence, mais la froide clandestine savait parfaitement que les coïncidence, dans cette guerre, n’étaient souvent qu’illusion. Rien n’était totalement le fruit du hasard, mais elle n’avait aucun moyen d’être sûre d’elle. Une silhouette se présentant dans son champs de vision l’interrompit dans ses pensées. En allemand, une femme presque aussi rousse qu’elle s’adressa à elle, lui demandant visiblement une direction. Elsa, qui ne comprenait de l’allemand que les ordres que l’on entendait si souvent résonner dans les rues et quelques termes divers et variés, lui indiqua vaguement la direction de la salle, ce à quoi l’allemande répondit d’un signe de tête reconnaissant avant de se diriger vers l’endroit où avait lieu le buffet. La jeune résistante, elle, reprit la route de la blanchisserie, songeuse. Pendant ce temps, un tranquille espagnol continuait à traîner en cuisine, surveillant l’heure, se demandant comme s’en sortait son troisième compagnon. Bientôt, il faudrait y aller. Il ignorait qu’à cet instant, Émile, tout en servant des coupes de champagne, jetait l’air de rien des regards autour de lui, surveillant discrètement l’un des invités, profondément nerveux.

Il le sentait, quelque chose n’allait pas fonctionner. Quel détail avait bien pu leur échapper, qui pouvait se douter se douter de ce qui se tramait ? Ce Siegfried, dont la présence lui semblait n’augurer rien de bon, peut-être. Il pensa à Ice, dont il n’avait jamais su le véritable nom, et Loïc qui se préparaient sûrement à monter à l’étage. Vingt deux heures venait de sonner, dans cinq minutes, ils s’y retrouveraient. En haut du même escalier, il y en avait deux. Alors le compte à rebours commencerait. Trois minutes. Trois minuscules minutes. Quelques chose n’allait pas marcher. Une allemande, aussi rousse que sa chef, vint lui demander une coupe de champagne qu’il lui servit aussitôt, avant de jeter un nouveau regard à la salle, puis à l’horloge qui, inéluctablement, continuait sa route, les rapprochant de l’action et de son sale pressentiment. Vingt deux heures trois. Du coin de l’œil, il aperçut la silhouette qu’il surveillait sortir de la salle, au niveau d’un des escaliers. L’opposé à celui qu’allaient emprunter ses camarades. De nouveau, cette mauvaise impression. Saisi d’un instant de panique, il se dirigea à son tour vers la sortie, l’autre, se forçant à garder un rythme normal. Les choses allaient mal tourner. Pendant ce temps, Elsa pressa le bouton de l’ascenseur, appuyée sur un petit charriot chargé de draps. Enfouis entre les étoffes, les explosifs attendaient. Alors que la cabine s’élevait, Loïc grimpait rapidement les marches qui le séparaient de son point de rencontre avec la jeune femme. Son amie, depuis longtemps. Plus que sept marches. L’ascenseur, lui, arriva, cédant le passage à une lingère rousse. Elle patienta un instant, faisant mine de lisser un pli sur son uniforme puis releva la tête, apercevant une silhouette familière. Distraitement, elle déposa un trousseau de clefs portant le chiffre douze sur le tas de draps, après en avoir pris un sur son bras.

Mais brusquement, les choses changèrent. Alors que Loïc la rejoignait, posant les mains sur le charriot pour le pousser dans la bonne direction, des pas précipités se firent entendre dans l’escalier d’où il venait. Le compte à rebours n’avait pas encore commencé, il fallait entendre d’avoir fait quelques mètres avant que chacun ne s’éloigne dans sa direction. Émile, lui, accéléra sa course en voyant les deux jeune gens dos à lui, déjà en route. L’homme qu’il surveillait depuis quelques minutes n’allait pas tarder à se retrouver face à eux, arrivant de l’autre côté.
« ICÉ ! appela-t-il soudain, trop fort, beaucoup trop fort, perdant ses moyens. »
Elsa, qui avait entendu la course dans son dos, se crispa brusquement, sans toutefois qu’aucune émotion ne vienne bouleverser ses traits impassibles. La marche précipitée ne lui avait pas échappée, elle était déjà aux aguets. Mais jamais, au grand jamais il ne fallait faire ce que venait de faire Émile. Jamais de nom, c’était une des règles de bases. Toutefois, elle se doutait qu’il se passait quelque chose. Malgré sa nervosité, elle savait qu’il n’aurait pas agit ainsi pour rien. Alors, elle prit le risque de se retourner, arrêtant d’un geste Loïc et ses draps chargés de leur lourd colis. Ses prunelles froides rencontrèrent celles, paniquées, d’Émile qui s’arrêta en haut de l’escalier, essoufflé. Pas une seconde ne s’était écoulée depuis qu’il l’avait appelée.
« Il monte, … commença-t-il, avant de s’interrompre, les yeux soudain posé sur un point derrière elle. »
Il ne fallut qu’un rien de temps à la froide rousse pour comprendre. Violement, elle tourna la tête, suivant le regard de son compagnon, sur la silhouette qui venait d’apparaître au coin du couloir. Son arme quitta vivement sa ceinture, pointée sur lui. Elle savait de qui il voulait parlait, elle savait que l’homme qui montait, comme il avait essayé de le lui dire, ne serait autre que ce Siegfried qu’elle lui avait demandé de surveiller. Pourtant, lorsque ses prunelles se posèrent sur lui, un éclat intense brilla dans leur bleu glacé.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
Alfred de Vigny ©️ .bizzle


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MessageSujet: Re: « The Truth is always the right answer » (terminé)   Sam 24 Juil - 12:36

La foule rassemblée autour et dans le grand restaurant hôtel se mêlait et entretenait des discussions de tous les ordres. Ainsi, entre officiers - et ils n’étaient principalement que des hommes - on parlait de politique, du régime, des forces armées sur Paris, en prenant bien soin de taire au possible les opérations résistantes qui nous menaient la vie dure. Rien ne servait de parler de sujets qui contrarient, nous étions là pour passer une bonne soirée, après tout. Alors si tous étaient sans doute au courant des explosions et maintes expéditions de sabotage, personne ne semblait vouloir le mentionner. Les femmes, quant à elles, faisaient office de figures, elles se faisaient belles pour accompagner leurs maris respectifs et se contentaient d’hocher du chef tandis que les paroles affluaient de la bouche de leurs conjoints et dans des discussions que l’on jugeait typiquement « masculines ». Nous ne considérions pas que les femmes aient un grand intérêt à converser politique alors que dans notre régime elles n’avaient aucun pouvoir dans ce domaine. C’était triste à dire, mais ce soir encore, elles ne faisaient que les belles, pour le plus grand plaisir de nos yeux ravis. Certains officiers n’avaient pas vu de femmes, de vraies femmes, depuis fort longtemps. L’occupation sur Paris ne leur permettait pas de rentrer chez eux, voir leurs familles, mais il en restait encore quelques-uns - comme moi - qui n’avaient rien à perdre. Alors rentrer au pays ou rester ici, quelle importance ! Je m’étais aussi fait ma petite vie parisienne, je ne partirais que si on me demandait de le faire. Après, je ne savais pas encore si j’en partirai vivant ou non, là résidait tout l’essentiel de la question. En tout cas, je savais que ce n’était pas ce soir que j’allais mourir.

Mon trépas n’était pas encore assez proche, j’avais encore cette volonté de me battre et je trépignais d’impatience d’autant plus que je savais qu’Ice était sans doute dans les parages. Celle que je traquais tant, depuis plusieurs semaines, elle était là, à portée de main. Jamais je n’avais été sans doute aussi proche du but, j’allais l’atteindre et avec un peu de chance, la victoire serait mienne. Mais il fallait jouer la carte de la prudence. Si je savais alors que j’avais déjà été plus proche d’elle, que j’avais même déjà pris un café en sa compagnie et que j’avais bavarder avec la jeune rousse… Je m’en serais sans doute aucun déjà mordu les doigts, imaginez un peu la coïncidence et la belle occasion manquée. Fort heureusement, cette chance allait se présenter à moi pour la seconde fois, c’était à moi désormais de bien vouloir la saisir. Le vouloir était une chose simple, mais le pouvoir différait amplement.

Une salle remplie d’uniformes nazis devait être une sorte de paradis pour les résistants. Pas dans le sens où ils se délecteraient de la vision de tant d’ennemis avec sympathie, non, mais plutôt dans le sens où ils allaient pouvoir se frotter les mains et se féliciter d’en avoir tué autant d’un seul coup. J’ignorais encore comment ils allaient s’y prendre, mais le fait de savoir des résistants français dans l’enceinte du bâtiment ne présageais rien de bon, à mon grand dam. Mais tout le monde n’était pas là pour faire la fête, deux clans allaient s’opposer front à front ce soir, il n’était pas question de se ravir du buffet ni même de m’abandonner à des danses rythmées et des valses hypnotiques. D’après les dires de la jeune femme que nous avions arrêtée, et les confessions qu’elle nous avait livrées cette nuit - on aurait pu croire là à des confessions sur l’oreiller mais ce n’était pas du tout le cas - Ice ne viendrait pas seule. J’observais alors dans les moindres recoins de la pièce, si des personnes n’avaient pas l’air suspectes.

« Was überwachen Sie ? », m’avait demandé un officier de la Gestapo.

Je l’avais regardé avec un air absent. Que répondre à la question « Que surveillez-vous ? », en même temps ? Nous étions en temps de guerre, il y avait absolument tout à surveiller. Du moindre petit coin de rue aux recoins les plus sombres de la ville, mais il fallait commencer en premier par surveiller nos arrières, car c’était toujours en les traquant que les résistants nous poignardent dans le dos. Je répondis d’un air faussement amusé, un rictus dérangé sur les lèvres, comme si je rejetais dans mes paroles tout le ridicule que je trouvais à cet homme de m’avoir posé cette question idiote.

« Nichts, alles. Einfache Sicherheit. »

« Rien, tout. Simple sécurité. », ma réponse était brève et hachée. Je n’avais aucunement envie de discuter avec l’homme, et j’ignorais encore pourquoi je refusais de lui avouer que je traquais une résistante. Était-ce sans doute parce que je tenais personnellement à la coincer par moi-même - et tant mieux si je pouvais attraper quelques-uns de ses petits camarades avec - ou plutôt parce qu’il ne faisait pas partie du Sicherheitsdienst et qu’il n’avait aucunement besoin de savoir ce genre de choses, si son rôle était de faire figure dans la rue en uniforme et matraque à la main. Mes yeux balayaient la salle un court instant. Trop de monde et trop concentré, des personnes étrangères se feraient remarquer bien trop vite pour qu’elles restent dans les parages. Ils joueraient là un jeu bien trop dangereux. Imaginez un seul instant être dans la même pièce qu’une bonne centaine de vos ennemis, si ce n’est plus. C’était comme abandonner quelques musaraignes dans un pré, à la merci des aigles qui tournoient en faisant des cercles dans le ciel, prêts à fondre sur leurs victimes potentielles pour n’en faire qu’une bouchée. Mais non, l’aigle n’était pas comme cela, l’aigle s’emparerait d’abord de sa victime qu’il ramènerait dans son nid. Nous étions des aigles, nous, les allemands. Car si nous n’étions pas en passe d’une balle dans le corps de nos « victimes », nous préférions les ramener dans nos antres pour les faire parler. Ne jamais jouer avec son dîner, certes, mais je me complaisais à soutirer des informations avec les figures les plus importantes de la résistance. Et je savais que cette Ice en faisait partie.

Un jeune homme en habits de service déambulait dans la salle et veillait au confort des invités. Mes suspicions se portaient sur lui, était-il de mèche avec Ice ? Il y avait des chances, mais le personnel n’était pas composé que de trois ou quatre uniques personnes, hélas. Je le vis se diriger en-dehors de la pièce de réception, en haut d’un escalier. Je me glissais lentement à travers la masse de personnes agglutinées et me frayais un chemin jusqu’à ces mêmes escaliers. J’ignorais encore ce que j’allais trouver en haut, au premier étage, mais j’étais sur le qui-vive. Je me retournais lentement, regardant d’un œil surplombant la salle. Je remarquais une petite tête rousse, mais je me rendis bien vite compte qu’elle n’était pas française sinon allemande, pour peu que je la connaissais comme étant la riche femme d’un des officiers ici présent. C’est alors que mes oreilles devancèrent mes pas, tandis que j’arrivais en haut des marches. Il avait suffit de deux secondes, et de deux syllabes. « Icé », comme on m’avait dit qu’ils prononçaient entre eux. Je tournais brusquement la tête dans la direction de l’appel qu’on lui avait lancé.

« Icé, il monte ! », avait averti une voix masculine.

Il ? Qu’entendait-il par « il »? Je me doutais bien qu’il devait sans doute parler de moi, puisque j’étais le seul à monter les escaliers à l’heure qu’il était. Je précipitais le pas, trop pressé de voir ce qui se passait. Je parvins au premier étage, complètement. J’arrivais droit en face d’une jeune femme qui me tournait le dos. Rousse. Mon cœur palpita plus vite l’espace d’un instant, sans doute étais-je à l’apogée de l’excitation. C’était toujours comme ça quand je m’apprêtais à faire face à mes adversaires, depuis aussi longtemps que je les traque. La jeune femme se retourna vivement, je savais qui elle était, je savais parfaitement que son pseudonyme hantait mes pensées et mes dossiers même, depuis quelques temps. Elle était enfin là, en face de moi. Et là, ce fut le déclic. Mince, je connaissais cette demoiselle ! Je ne pus que marquer mon étonnement par un mot, et un seul.

« Elsa ? », dis-je à voix basse pour moi-même.

Mes yeux écarquillés la dévisageaient. Il ne fallait cependant pas que je laisse ma surprise prendre le dessus. Non, qu’importe qu’elle soit une amie de Caroline, et qu’importe tout cela : elle était Ice. C’était elle que je recherchais depuis si longtemps, elle que je tentais de coincer… Si j’avais su plus tôt qui elle était, cela m’aurait évité bien des peines et bien des instants perdus. C’est alors qu’un engrenage infernal se fit dans ma tête, et alors je réalisais tout. J’avais déjà pris un café avec la jeune femme, je l’avais déjà croisé et c’était pour cette raison qu’elle semblait avoir porté tant d’intérêt au dossier que je tenais dans les mains ce jour-là. Je serrais les dents, et en même temps ma main glissait le long de ma ceinture pour aller chercher l’arme qui y était accrochée. Mais toute l’action se passait comme au ralenti, et dans un battement de cœur je voyais toute la scène se dérouler devant mes yeux. Il y avait Elsa/Ice, mais aussi cet homme non loin d’elle qui se dirigeait déjà en toute hâte devant la jeune femme…
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Elsa Auray
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MessageSujet: Re: « The Truth is always the right answer » (terminé)   Dim 25 Juil - 23:43

Elsa, si, avant ce soir, on lui avait annoncé qu’elle avait pris un café, un jour, avec l’homme qu’elle traquait depuis si longtemps aurait certainement rit. Enfin non, pas même un sourire sûrement, mais ses pensées auraient sans doute été équivalentes. La situation semblait si invraisemblable : deux ennemis farouches attablés autour d’une même table, d’une boisson chaude et bavardant comme deux personnes totalement normales – ou presque. Oui, les pensées d’Elsa en auraient rit. A tort. Car elle était loin d’être drôle, la longue seconde qui s’écoula lorsque la résistante et le SS se dévisagèrent ; lorsque Ice et Siegfried se trouvèrent enfin face à face. Siegfried. Un rire s’échappa, en effet, de la gorge de la jeune femme, mais un rire jaune, profondément dénudé du moindre amusement alors que ses prunelles glacées croisaient celles de l’allemand. Reinhard Fehmer. L’homme au dossier suspect dont s’échappaient photos et coupures de journaux et qu’une jeune danseuse avait, quelques temps plus tôt, largement arrosé de thé. Un civil. Les mots de Caroline revinrent s’imposer dans l’esprit de la résistante, cinglants, cyniques. Un civil, oui. Un civil qui savait traquer et faire tomber les camarades. Un civil qui, ce jour-là, dans un commissariat aux environs de l’Hôtel de Ville, portait sous son bras une pochette sur laquelle on aurait pu marquer « ICE », Elsa en était certaine. Tout avait un sens, maintenant. La photo de Marc, l’article datant du lendemain de sa mort et cette feuille annotée en allemand, parsemée de son pseudonyme. Son rire, bref, unique marque de sa surprise, s’éteignit. Ce qu’elle pouvait avoir été stupide.

Un éclat intense, indéfinissable passa dans son regard tandis que, à son tour, Fehmer pointait sur elle le canon de son arme. Une seconde, à peine, s’était écoulée depuis qu’elle s’était retournée. Une seconde de profond étonnement. Elsa raffermit sa prise autour de son revolver, redevenue glaciale. Siegfried était ce qu’il était. Ce n’était pas une raison pour perdre pied. Pas un instant elle ne songea à la relation de l’allemand avec Caroline, simplement au fait que son attitude, lorsqu’elles l’avaient croisé, s’expliquait aussi clairement que la présence du dossier. Peut-être y en avait-il une, finalement, qui avait saisi l’ironie de la situation ce jour là. La froide rousse n’alla pas plus avant dans ses pensées, sinon pour laisser s’y installer un nouveau doute. La danseuse savait-elle que son « civil » n’en était absolument pas un ? Certainement, cela n’expliquait que trop sa hâte à vouloir s’éloigner de lui, et sa chef avec elle. Or, si elle savait, le face à face qui se jouait ce soir-là, dans un couloir de l’hôtel Mirador, n’aurait jamais du se produire. Or, si elle savait, Elsa aurait du le savoir également, quoi que cela puisse signifier pour son amie. Mais ceci était une autre histoire, bien moins urgente à régler que ce qui se passait là, à cet instant. Brusquement, rompant la torpeur surprise dans laquelle étaient plongés l’ensemble des acteurs de cette scène, Loïc eut un mouvement. Déjà, le doigt d’Elsa effleurait la détente de son arme, malgré son hésitation à tirer. Si elle le faisait, la détonation attirerait trop vite, inutile de songer aller abattre le général et encore aller poser la bombe. Mais y avait-il une seule autre solution ?

Peut-être. Mais Loïc, lui, ne prit pas le temps de la chercher. Cet homme, il ne le connaissait pas, jamais il ne s’était retrouvé attablé à un café avec lui. Il l’avait déjà vu, ce même jour, mais sa mémoire n’en avait pas gardé un souvenir assez net pour que, là, dans l’urgence, il n’y songe seulement. Tout ce qu’il voyait, lui, c’était cette arme pointée sur la jeune femme et cet allemand, sur le point de tirer, ou du moins parfaitement prêt à le faire. Nul besoin d’être devin pour savoir ce que ça signifiait ; c’était soit l’un, soit l’autre. Soit son amie, soit ce Siegfried qu’ils traquaient depuis trop longtemps pour que ça ne se termine comme ça. Il n’était pas question de le laisser gagner cette partie-là, et encore moins de le laisser tuer Elsa. Il avait une dette, envers elle, même s’il ne lui en avait jamais parlé. Il était là, il s’en souvenait parfaitement, le jour où Marc était mort. Et ce soir-là, sur les rails d’une sordide station, il n’avait rien pu faire pour sauver son ami. Lorsqu’ils étaient revenu, il l’avait bien vue, la douleur, derrière le masque glacial de la froide rousse. Il la connaissait trop pour encore se laisser tromper. Alors s’était sentit mal, et cette sensation ne l’avait jamais réellement quitté. Il savait qu’elle n’aimerait pas qu’il pense ainsi, mais c’était comme ça. Et cette fois-ci, il pouvait encore faire quelque chose, même si c’était stupidement risqué. Tant pis.

Émile, quant à lui, avait pincé les lèvres, se rendant compte de sa bévue. Cette seconde de silence, il la passa à regretter le moindre des mots qu’il venait de prononcer tout en observant la scène qu’il avait déclenchée, en partie. Jamais de noms, c’était la règle. Comment avait-il pu être assez stupide pour l’oublier ? Finalement, il avait raison. Les choses tournaient mal. Lui aussi, il le sentait, du face à face auquel se livraient sa chef et cet espion allemand, seul un en ressortirait vivant si rien ne se faisait. Sauf qu’il ne savait pas, il n’avait aucune idée de ce qu’il fallait faire. Et ce temps, ces infimes fractions de seconde qu’il lui restait pour trouver ne lui suffirait pas, il le savait. C’est donc immobile, impuissant, qu’il vit Loïc se décaler brusquement vers la jeune rousse, tout en lui criant quelque chose.
« BARRES-TOI ! »
Et ce fut tout. Il n’avait même pas tourné la tête vers lui pour lui hurler ces deux mots, trop occupé à sortir son arme. Emile le vit bousculer Ice – puisque d’Elsa, il ne savait rien – son arme pointée sur ce Siegfried qui tombait si mal. L’espagnol pressa sur la détente. Emile ferma les yeux. C’était fini. Il avait tiré et maintenant, les choses allaient pouvoir reprendre un cours moins mauvais. C’était sans compter cette sale impression, toujours. Encore une fois, non, ça n’allait pas marcher, il le sentait, même s’il aurait bien voulu se persuader du contraire. Alors, pour une fois, il fit correctement ce qu’on lui demandait. Il tourna les talons et reprit sa course dans les escaliers. Il ne fuyait pas, non. Mais il se débrouillerai, en bas, pour faire diversion. Et après, seulement, il fuirait.

Il n’y eut pas de détonation. Du moins, pas tout de suite. Pourtant, il l’avait belle et bien pressée, cette détente, Loïc. Mais non, rien ne se passa. Simplement ce petit craquement sinistre, qu’il redoutait si souvent d’entendre alors qu’il allait tirer. Et cette fois, après des dizaines d’instants d’angoisse sans que rien ne cloche, l’arme s’était bel et bien enrayée. L’espagnol se mordit la lèvre et son regard se posa un instant sur Elsa, qu’il avait envoyée buter contre le mur, tout proche. Il n’eut pas le temps d’en faire plus. Soudain, un coup partit. La jeune femme serra brusquement les dents. Ce n’était pas son revolver, il était tombé lorsque Loïc l’avait poussé. Ce n’était pas non plus Émile, il n’en avait pas. La calcul n’était pas bien compliqué. Si aucun des trois résistant n’avait pu tirer, il ne restait plus que Reinhard. Le corps de l’espagnol fut agité du sursaut qu’elle connaissait si bien, pour l’avoir tant de fois vu animer ses propres victimes. Lentement, comme dans un rêve, sans qu’aucune émotion, toujours, ne vienne troubler ses traits impassibles, elle le vit tomber. Un rêve aux allures cauchemardesques. Proche, il tenta de s’accrocher à la jeune femme, dans un dernier élan de volonté. C’était tellement con, pensa-t-il, de mourir comme ça. A cause d’un foutu pistolet enrayé. Tout ce qu’il parvint à faire, ce fut entraîner Elsa dans sa chute avant qu’elle ne puisse faire quoi que ce soit, trop surprise. Combien de temps s’était écoulé depuis qu’elle avait reconnu Fehmer ? Quelques secondes, à peine.

Et pourtant, elle avait la sensation que plusieurs minutes avaient eu le temps de filer. Tout ce qui s’était passé s’était présenter à ses yeux comme au ralentit. Pour un peu, on se serait cru dans un mauvais film d’action. Mais, alors qu’elle chutait lourdement en même temps que le corps déjà sans vie de Loïc, les choses semblèrent reprendre leur vitesse normale. Brusquement, elle heurta le sol. Du sang coulait d’elle ne savait où, mais elle n’avait pas le temps de s’en soucier, malgré la pointe acérée qui sembla s’enfoncer dans sa poitrine. Loïc était mort. Le poids de son corps qui la bloquait contre la moquette blanche du Mirador, le liquide rubis qu’elle sentait couler dans son cou… Loïc ne pouvait qu’être mort. Elle se mordit la lèvre. Elle ne devait pas y songer, pas maintenant. Ne pas regarder ce visage crispé par la douleur qui semblait l’observer avec cette étrange fixité que donnait la mort. Elsa tourna la tête, ravala des émotions intruses à la situation. Rien, si ce n’est une infime lueur au fond de ses prunelles ne troubla l’impassibilité glaciale de ses traits. Brusquement, elle tourna la tête, se détachant du regard vide de l’espagnol. Son arme n’était pas loin, à portée de main, sous le drap qu’elle avait également lâché en tombant. Elle leva les yeux. Émile était partit, ne restaient plus qu’elle et Reinhard, encore debout. D’en bas, une rumeur se fit vaguement entendre. Émile avait-il réussit à faire diversion ? Une nouvelle fois, ses prunelles croisèrent celles de l’allemand, lançant deux traits de glace.

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« Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
Alfred de Vigny ©️ .bizzle


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MessageSujet: Re: « The Truth is always the right answer » (terminé)   Lun 26 Juil - 20:24

Si toute la crème des crèmes des officiers présents sur Paris n’était venue ce soir que pour féliciter le général de cette agréable nouvelle qu’avait été la naissance de son fils, je ne cachais pas que j’avais une autre raison en tête pour expliquer ma présence. Celle que je traquais depuis tellement longtemps allait être de la partie, et bien sûr je serais présent pour l’accueillir à bras ouverts. Ou pas. Je m’étais contenté de faire office de figure dans la salle de réception, guettant les alentours à la recherche de celle que j’attendais. Jusqu’à en tirer la conclusion qu’elle ne risquait sans doute pas de mener une opération de sabotage en plein milieu du hall d’entrée de l’hôtel, celui-ci étant bondé de nazis en uniformes et entraînés au combat comme personne. Des véritables machines de guerre, voilà ce qu’ils étaient, ou tout du moins aux yeux des français. Car parce que j’étais l’un d’entre eux, j’avais une vision toute autre : des fils, des pères et des frères, voila ce qu’ils étaient. Mais je savais que les français se hâtaient bien vite de mettre tous les soldats dans le même sac. « Tous les mêmes », avais-je déjà entendu dans les rues de Paris, alors que je me ‘promenais’ tranquillement à côté d’eux, et que j’aurais alors très bien pu les faire arrêter, si j’avais été assez sadique pour cela. Non, au lieu de ça, j’avais passé mon chemin, relevant personnellement le constat d’une France qui rejetait notre présence sur tous les points de vue.

La guerre n’apportait visiblement rien de bon. Mais pour l’Allemagne, c’était une belle revanche que nous prenions sur les affres de la Grande Guerre, nous récupérions nos dus à travers les bienfaits du parti national-socialiste. J’étais l’un de ces revanchards qui n’aspiraient qu’à une seule chose : la vengeance. Seulement, si le reste de mon pays - ou presque - en voulait aussi à la France, ce n’était pas mon cas. Nous étions emprunt du même état d’esprit, mais nous n’avions pas le même objet ; cela importait bien peu puisqu’une fois les armes entre nos mains, nous étions tous mis sur un même pied d’égalité et nous obéissions tous aux ordres lancés par un homme influent et ses sbires. Si j’avais su ce soir que la guerre allait m’offrir une autre de ses habituelles surprises, j’aurais certainement ricané d’avance de ce sort du destin. Ice, cette résistante que je traquais depuis plusieurs semaines, était en réalité Elsa Auray. Cette jeune rousse était l’amie de Caroline, pourquoi n’avais-je pas fait le rapprochement plus tôt ? Pourquoi ? Parce que je refusais de me l’avouer, mais je ne voyais toujours pas la rousse comme une potentielle ennemie. Je comprenais mieux, désormais, pourquoi cette jeune femme aux traits impénétrables avait voué tant d’intérêt concernant le dossier que je tenais dans les mains, ce jour-là, dans le café. Imaginez un peu à quel point la situation avait été comique.

J’avais dans mes mains le dossier concernant une certaine Ice, avec des notes griffonnées dans mon allemand natal, et celle que je traquais était assise en face de moi. Elle ignorait qui j’étais, mis à part mon nom, et réciproquement je ne savais rien d’elle si ce n’était en plus qu’elle portait trop d’intérêt à une simple pochette cartonnée. Et au milieu de tout cela, il y avait Caroline, qui était au courant de qui nous étions, autant son amie que moi. Les secondes étaient à la fois très longues et très courtes tandis que je réalisais à qui j’avais affaire. Ma main descendit instinctivement à ma ceinture, approchant dangereusement mon arme qui y était attachée. Il n’était pas question d’avoir des doutes : amie d’une personne proche ou non, elle n’était pas quelqu’un que je devais protéger, je ne devais pas hésiter une seule seconde.

« Tire ! », me dit une petite voix dans ma tête.

Était-ce ma conscience ou ma raison ? Je ne sus le dire. Tout ce que je pouvais constater fut ce jeune homme, typé espagnol, qui se dirigeait à grands pas vers la jeune rousse en lui criant quelque chose que je mis un peu de temps à comprendre, entre l’accent qu’il possédait qui m’échappait quelque peu et sa voix déformée par le hurlement qu’il avait infligé à ses cordes vocales.

« Barre-toi ! », avait-il scandé à l’intention de sa camarade.

Je ne réfléchis pas en appuyant sur la détente. Dans mon esprit, tout était clair, et cet acte était prémédité de trois secondes précisément : j’ignorais tout de cet espagnol, mais ce soir, là, devant les yeux de trois témoins qui se rencontraient malencontreusement, il allait tomber. Tendant le bras, sans le moindre tremblement, la balle qui s’était échappée de mon pistolet heurtait de plein fouet le torse de l’infortuné. Les traits tiré, concentré mais impassible, je ne me repentais pas le moins du monde de cet acte : tuer ne me faisait plus peur. Tuer ne me faisait plus rien, à vrai dire. Lui n’était qu’un pion dans tout ce jeu, et son rendez-vous avec la mort aurait été retardé s’il ne s’était pas évertué à vouloir se mettre devant son amie. Elsa avait perdu l’un de ses compagnons, aujourd’hui. Dans sa chute, celui-ci tomba sur la jeune femme, la bloquant au sol par son corps imposant qui s’était agrippé à elle, qui n’avait rien vu venir.

C’est alors qu’une vision cauchemardesque embruma mon esprit et ma concentration. La vision d’Elsa, coincé sous son camarade et le sang coulant dans ses cheveux… Je ne connaissais que trop bien cette impression, cette scène, pour l’avoir moi-même vécue, il y a de cela des années. Je serrais les dents, non, mon passé n’allait pas interférer dans cette arrestation, ce soir. Mon passé ne devait pas mettre des bâtons dans mes roues, il ne devait pas rendre mes tâches plus difficiles, ce n’était pas ainsi qu’il devait en être. Cependant, Ice me rappela l’enfant que j’étais, et son ami espagnol, ma mère. Je me raidis, non ! Hors de question de me laisser avoir. La scène avait beau être semblable, ce n’était rien d’autre qu’un mirage, une calomnie : nous étions loin d’être les mêmes. Loïc n’était pas plus ma mère que je n’étais Elsa, bien qu’au fond nous étions tous les deux des battants. L’air tiraillé sur mon visage partit bien rapidement, à mon plus grand ravissement.

La vision de cette cible que je traquais, là, bloquée au sol par le cadavre de son ami - et aussi sadique que cela soit de le dire - me réjouit. La tâche serait-elle donc si facile ? Méfiance. Je m’approchais d’elle d’un pas égal, mesuré, sachant que la demoiselle était bien trop prise sous le poids de son défunt camarade pour se relever et lutter. Mes bottes claquèrent sur le sol d’un son lourd, je me tenais à moins d’un mètre de la jeune femme désormais. Je ne me baissais pas, je ne lui ferais pas ce plaisir, mais la surplombant de toute ma hauteur je me contentais de dire d’une voix sifflante, presque énervante compte tenu du calme que je pouvais arborer dans un pareil cas de figure.

« Ainsi donc, tu es Ice ?! », lançais-je, n’attendant pas spécialement de réponse.

Je la dévisageais, les yeux bien ouverts dans cette expression qui me caractérisait si bien, alerte. Mes muscles étaient tous tendus, et ma mâchoire s’était serrée.

« Lève-toi. », lui ordonnai-je d’un ton froid.

La chose lui serait sans doute difficile, mais bientôt les conviés qui étaient restés en bas allaient monter, alertés par le bruit d’un coup de feu. Bientôt, quelques officiers me rejoindraient, au grand dam de la demoiselle. J’entendais déjà les bruits sourds des pas montant l’escalier, coordonnés malgré la surprise de la situation. Ils n’allaient pas bondir sur elle s’ils voyaient que je me tenais devant elle, et ne tireraient pas si j’étais encore là. Quelques secondes de répit encore pour elle, donc. Mon arme toujours bien en main, je ne quittais pas la résistante des yeux, malgré les personnes qui allaient sans doute s’agglutiner derrière moi. Toujours sur le même ton neutre, presque trop poli pour finalement un face à face qui aurait pu tourner en joute verbale ou en duel meurtrier, je posais cette question qui n’allait peut-être pas recevoir de réponse, mais quand même.

« Qu’avais-tu l’intention de faire, ce soir, Ice ? Ou plutôt devrais-je dire .. Elsa ? », susurrais-je.

J’étais animé par le désir de vérité, je menais une véritable traque du mensonge et démantelait les personnes qui au final se révélait beaucoup moins innocentes qu’elles en avaient l’air. Comment aurais-je pu savoir qui elle était, avant ce soir ? Mais j’aurais pu, c’est pour cette raison que je serrais les dents. J’avais eu des indices que j’avais mal utilisés, à cause de ma vie privée, encore. Décidément, c’était une véritable barrière pour moi, et une aide pour les résistants. La mâchoire serrée, l’air froid, j’attendais une réponse sans broncher. J’étais patient, calculateur, et j’avais tout mon temps.



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MessageSujet: Re: « The Truth is always the right answer » (terminé)   Mar 27 Juil - 2:24

Quelque chose de chaud s’échappait du corps dans vie de Loïc, coulant lentement sur le visage de la jeune femme. Déjà, quelques unes de ses mèches rousses éparses se teintaient de rouge sombre, alors qu’elle pouvait sentir sur ses lèvres se répandre le goût âcre et rouillé du sang. Elle détourna la tête, mais ce geste n’y changea rien : inlassablement, le liquide rubis s’écoulait, marquant comme à l’encre rouge la mort d’un ami sur ses traits de glace. Elsa en eut presque un haut le cœur, qu’elle réprima violement. La vue du sang, de l’absence définitive de vie l’indifférait. Il était hors de question que cela ne change. Surtout ce soir, surtout là, que le cadavre qui pesait lourdement et se vidait sur elle soit celui d’un ami ou non. Elle ne devait pas y prendre garde, il fallait voir Loïc comme n’importe lequel des membres de la brigade, rester aussi froide à sa perte qu’à celle des autres. On la lui avait tant de fois reprochée, cette insensibilité chronique. « Bon sang, essaye d’être un peu humaine parfois ! » avait-elle entendu, il n’y avait pas si longtemps de ça. Humaine. Elle en avait perdu à la fois l’envie et la capacité en même temps que le sourire, et tout ce qui avait pu faire d’elle une jeune fille agréable, avant. Alors non, le fait que Loïc ait été tué ne devait en aucun cas réveiller en elle ces émotions qu’elle avait si bien effacées et auxquelles elle ne laissait plus qu’une rare place, parfois, lorsque son masque impavide vacillait. Mais pas ce soir.

Il n’y eut donc rien, ou presque pour trahir ce que ressentit Elsa en sentant sur son corps le cadavre de l’espagnol. Un simple éclat, intense, indéfinissable, éphémère dans le bleu glacé de ses prunelles. Lorsque Marc était mort, pas une larme ne lui avait échappée. Elle ne commencerait pas maintenant. C’est totalement sec, donc, que son regard croisa celui de Reinhard. Ce dernier n’avait pas encore bougé, les yeux rivés sur l’amas sanglant que formaient Loïc et la jeune rousse. En le dévisageant, l’espace d’une infime seconde, elle ne manqua pas de noter le trouble qui s’était emparé de ses traits. Immobile, le regard fixé sur eux, l’allemand semblait néanmoins ailleurs. Comme si ce qu’il voyait derrière l’écran tiraillé de ses prunelles n’était plus tout à fait ce qui se trouvait réellement à ses pieds. Sans doute Elsa aurait-elle pu profiter de cet instant d’absence. Une seule seconde pouvait suffire à renverser une situation. Il ne fallait parfois qu’un rien pour changer les choses, changer la suite, aussi évidente puisse-t-elle paraître. Or, cet infime mais si important instant était nécessaire à la jeune femme. Elle tenta un geste, cherchant l’air et la liberté de mouvement sous la masse lourde qui pesait sur sa poitrine, écoulant d’incessants filets sanguinolents sur son visage. De roux, une partie de sa chevelure était passée au rouge, laissant de fines marques sur la moquette trop blanche du couloir. C’était peine perdue. Quelle ironie. En voulant la sauver, l’imposant espagnol allait la livrer tout bonnement aux mains des nazis. Finir comme ça, c’était si stupide.

L’incertitude avait de nouveau déserté le visage de Fehmer. Coincée, Elsa entendit le bruit à la fois lourd et feutré de ses bottes se rapprocher d’elle, presque trop tranquillement. Elle serra les dents. Elle avait trop longtemps traqué cette homme, le destin s’était déjà trop joué d’elle pour qu’elle ne le laisse remporter la victoire si facilement. En bas, la rumeur se faisait plus insistante. Les autres officiers s’interrogeaient, tergiversaient. Pourquoi cette détonation ? Dans quelques moments – si peu – ils monteraient. Il fallait qu’elle sorte de là avant. Après, les portes de l’hôtel Mirador ne s’ouvriraient plus sur d’autres horizons que ceux des bureaux des la gestapo. La résistante ne se faisait aucune illusion. Son dossier, celui de la nature duquel elle n’aurait jamais du douter ce jour-là, au café, ne pardonnerait pas. Les deux prunelles qu’elle posa sur Reinhard étaient glaçantes. L’idée de mourir, encore une fois, ne lui fit ni chaud ni froid. Elle savait, elle en était sûre, si elle ne mourait pas ce soir, la sentence ne serait que retardée. Inéluctablement, elle ne ferait que s’en rapprocher un peu plus. La guerre commençait à peine, si rares seraient ceux qui, des premiers combattants de l’ombre, en verraient la fin. Mais cette indifférence n’avait rien à voir avec de la résignation. Et ce n’était pas ce soir qu’elle tomberait. Pas comme ça, alors que sa cible se dressait au dessus d’elle. Méfiant et à la fois plein d’assurance, l’allemand n’était plus même à mètre de la jeune femme.

« Ainsi donc, tu es Ice ?! siffla-t-il. »
Sous le cadavre de Loïc, Elsa serra les poings, soutenant son regard avec une expression si glaciale qu’elle en devenait durement insolente. Pourquoi ne s’était-elle pas laissée aller à sa première impression, lorsqu’elle avait vu cette photo de Marc dans cette pochette ? L’heure n’était pas aux regrets mais malgré tout son sang-froid, elle ne pouvait s’empêcher d’enrager, sans que rien sur ses traits impassibles ne puisse la trahir. Lentement, elle tenta de remuer un bras, le droit, celui qui était du côté de son arme. Elle le sentit, elle pouvait le bouger. Imperceptiblement, pour ne pas éveiller les soupçons de Reinhard qu’elle ne voyait qu’entre les tâches rouges qui commençaient à lui brouiller la vue.
« Amusant, n’est-ce pas ? répliqua-t-elle, cynique au possible, s’autorisant ce même rire jaune que celui qui lui avait échappé lorsqu’elle l’avait reconnu. »
Amusant, oui, pour qui aimait l’humour noir. C’est qu’il y avait de quoi : leur rencontre au commissariat, le café, Caroline… Oui, profondément amusant, se laissa aller à penser la jeune femme, non sans une dose de froide ironie tandis que, lentement, son bras continuait à glisser contre le sol, remontant doucement vers le drap qui recouvrait le revolver. Les pas se firent plus proches, dans les escaliers. De ce qu’elle pouvait entendre, elle les situaient encore en bas. Quelques secondes, pas plus, et ils seraient là. Emile s’était-il échappé, comme le lui avait hurlé Loïc ? Elle l’ignorait, mais, sur un palier entre deux séries de marches, le jeune homme attendait, fermement. Faire diversion. Il n’avait rien vu, ne savait pas que l’espagnol était mort, ignorait pour qui avait été cette détonation. Mais faire diversion, gagner quelques précieux instants, il le fallait.

« Lèves-toi. »
La voix de Fehmer s’éleva de nouveau, autoritaire. Bloquée sous le cadavre qu’elle se devait d’ignorer, Elsa le toisa, sans prendre la peine de répondre. Amusant, encore une fois. Mais s’il croyait avoir gagné, s’il croyait déjà pouvoir lui donner des ordres, il se trompait. Elle n’aurait besoin que d’une seconde, une seule seconde lorsque le moment serait venu et, enfin, les choses pourraient peut-être se retourner. Ou pas. Ou il réagissait plus vite. Dans ce cas, tout serait fini et elle n’aurait certainement pas même l’occasion de voir à quoi ressemblaient les geôles de la gestapo. Tant mieux. La jolie rousse se faisait confiance, mais face aux interrogatoires, personne ne pouvait être sûr de rien. Mais elle n’aurait pas à se poser la question. Pas ce soir, en témoignait cette main qu’elle pouvait enfin bouger librement sous le corps de Loïc. Discrètement. Ne pas tout foutre en l’air à cause d’un mouvement trop brusque.
« Qu’avais-tu l’intention de faire, ce soir, Ice ? Ou plutôt devrais-je dire .. Elsa ? »
Et dire que, quelques mètres plus loin à peine, sous un tas de linges blancs, de puissants explosifs attendaient encore d’être déclenchés. Les trois minutes étaient-elle passées, déjà ? Où devraient-ils êtres, à cet instant, si tout s’était passé comme prévu ? L’espagnol s’éloignerait de la chambre douze, tandis qu’elle presserait la détente de son revolver. Le général s’était-il seulement rendu compte de ce qui se passait ? Ou discutait-il toujours tranquillement avec sa femme, ignorant que son fils ne devait d’avoir encore un père qu’à l’intervention d’un agent des services secrets allemands ?

« La même chose que toi, Reinhard, fêter une naissance, répondit-elle à la fois froide et ironique entre ses dents serrées. »
Elle le dévisagea encore un instant. Dans les escaliers, soudain, les bruits de pas s’arrêtèrent et des ordres en allemand fusèrent. Avec toute l’assurance possible dans une telle situation, un jeune serveur entreprit, l’air confus, d’expliquer aux officiers qu’un homme armé s’était enfuit. Ils s’embrouillait, parlait trop vite, balbutiait et butait sur ses propres mots. Faire diversion, gagner du temps. La rengaine tournait sans cesse dans la tête d’Emile, qui se demandait en même comment se faisait-il qu’il ne soit pas encore mort. Mais non, on l’écoutait et les secondes passaient. Alors il continuait parce que, ces secondes, il le sentaient, c’étaient ce qui sauverait ou non ceux qu’il avait laissé là-haut. Ou du moins celle, puisque Loïc ne pourrait plus être sauvé, désormais. Ce changement, dans les bruits qu’elle guettait, n’échappa pas à Elsa. Sans savoir, elle devina. Il fallait agir, maintenant. Son bras ne demandait plus qu’à sortir, le draps n’était qu’à quelques centimètres. Du coin de l’œil, elle le voyait, derrière le voile rouge qui lui recouvrait la vue. Elle devait tenter le coup, tout de suite, en espérant que Fehmer aussi se soit intéressé aux pas soudains stoppés des autres officiers. Une infime seconde d’inattention, même relative, il ne lui en fallait pas plus. Qu’avait-elle à perdre, après tout ? Si elle ne réussissait pas là, l’issue serait la même que si elle ne faisait rien.
« Mais les plans ont changé, ajouta-t-elle alors, sa voix fusant comme un trait de glace. »

Brusquement, elle lança son bras. Sa main glissa sous le draps, trouvant aussitôt la crosse du revolver qui lui avait échappé puis elle l’en extirpa, sans que personne n’ait eu le temps de faire quoi que ce soit. Cette fois-ci, elle n’hésiterait pas. L’arme était toujours chargée, parfaitement fiable. Alors, malgré le sang qui lui brouillait légèrement la vue, elle pointa vivement le pistolet sur l’allemand, toujours dressé au dessus d’elle, et appuya fermement sur la détente. Le coup partit, sans qu’elle n’ait pu viser correctement. Mais elle l’avait touché, elle le savait. Si près, pour la redoutable tireuse qu’elle était, le contraire relèverait de la stupidité. Mais il fallait encore sortir de là. S’aidant de son bras libre, elle poussa violement le corps de Loïc qui, sous l’effort déployé, roula sur le côté. De l’air. Elsa inspira puis se redressa, sans perdre de temps. Les voix s’étaient du nouveau tues dans les escaliers, c’était comme si le coup de feu résonnait encore dans le couloir. Essuyant vivement et sommairement le rouge qui gênait ses yeux bleus, ce fut à son tour de faire quelques pas dans la direction de Reinhard. Touché. A l’épaule. Douloureux, elle avait testé pour lui, il y avait un certain temps maintenant. Elle laissa un sourire qui n’en était pas un étirer froidement ses lèvres rougies de sang. Du pied, elle donna un coup dans le revolver de l’allemand qui alla glisser quelques mètres plus loin, et pointa le sien sur lui. Ses prunelles lançaient des éclairs si glacés qu’ils donnaient l’impression de pouvoir transpercer qui ils observaient.
« Inutile de te lever, lâcha-t-elle, sur un ton assortit à son regard, faisant référence à l’ordre qu’il lui avait donné. A la différence que lui n’avait absolument pas intérêt à tenter de se remettre sur ses pieds. »
Elle le dévisagea, encore, ignorant le liquide sombre qui perlait de ses mèches rousses. Elle aurait pu le tuer, en tirant. Elle le pouvait d’ailleurs toujours, il lui suffisait de presser encore cette même détente, comme il lui aurait suffit de le faire, lorsqu’elle s’était attablée en face de lui.
« Alors, café ou thé, cette fois ? »
Cynique. Encore. Mais son ton cachait également une sourde fureur, presque tangible, alors que son regard, l’espace d’un moment, s’était posé sur la dépouille de Loïc. Pour ça, il paierait.

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MessageSujet: Re: « The Truth is always the right answer » (terminé)   Mar 27 Juil - 20:49

Le fluide divin qui s’échappait des veines de l’ami d’Elsa m’indifféra. J’avais par le passé aperçu à maintes fois cette couleur pourpre inonder l’épiderme des victimes, dont la peau déjà blafarde devenait de plus en plus pâle jusqu’à sombrer dans la froideur éternelle. Quel lourd sort que le trépas, n’est-ce pas, mais celui-ci était parfois mérité. J’entendais par là que quiconque s’en prenait à ma patrie, mes collègues, était considéré comme un ennemi de la nation et donc comme un potentiel rival à abattre. Certaines exceptions étaient faites, et j’étais l’un des premiers à les tolérer, seulement certains ne nous laissaient parfois pas le choix. Comme ce jeune homme sur lequel je venais de tirer, par exemple. Il avait été prêt à me descendre pour protéger sa camarade, mais par chance j’avais été plus rapide. Dans ce genre de situation, c’était toujours le plus rapide qui se relevait, toutes les personnes présentes aussi bien dans la salle de réception que dans ce couloir du premier étage, là, le savaient. C’était peut-être même l’une des premières choses qu’il était utile d’enseigner : savoir agir, vite et bien. Cela incluait pas mal de facteurs externes mais dans le fond nous avions toujours à faire au même cas de figure.

Ice - dont le surnom m’évoquait maintenant cette jeune rousse répondant au nom d’Elsa Auray - semblait être indifférente à tout ce qui se passait, mais c’était une seconde nature chez elle de ne rien laisser transparaître de ses sentiments. Le sang de son ami coulait chaudement le long de son épaule et sur ses vêtements avant de s’épandre sur la moquette beige du couloir, et on ne pouvait rien voir sur ses traits. Impassible. Le néant, voilà ce qu’elle inspirait. Peut-être avait-elle été tellement blasée par toutes ces histoires de guerre, et la perte des siens - qu’en savais-je - qu’elle avait quelque part perdu assez d’humanité pour que ses lèvres puissent s’étendre en un sourire. Je ne prétendais pas qu’elle était inhumaine, loin de là, seulement que son âme était déjà tellement touchée par l’environnement dans lequel elle évoluait - et les nombreuses tragédies qui rythmaient notre quotidien à tous - qu’on ne pouvait plus l’atteindre à nouveau. Ou alors était-ce seulement un simple masque. Elle ne pouvait pas être aussi insensible qu’elle voulait s’en donner l’air. Mais on m’avait déjà tenu au fait de quelques cas catatoniques dans les camps de concentration. Un jeune homme, d’après certaines sources allemandes, avait été engagé par un Sonderkommando d’un Konzentrationslager, les fameux camps de concentration de notre territoire, et était sensé se débarrasser des dépouilles qui venaient de se faire gazer. Il avait commencé à exercer son travail, sans rechigner, cependant ce fut quand le commandant de sa section débarqua qu’il se raidit, fixant le vide devant lui comme s’il était déjà parti. Et mentalement il n’était déjà plus là, il était absent, il était déjà mort. Jusqu’où peut aller l’horreur que peut endurer l’esprit humain, et quelles en sont les limites ? C’est à se demander. L’impardonnable chef lui tira plusieurs balles dans le corps, mais les muscles s’étaient déjà raidis, et il se tenait toujours debout, là, sur ses deux pieds. Ce fut seulement quand une arme plus conséquente se pointa sur lui que les balles qui perforèrent sa peau le firent chuter. Il était déjà mort…

« Amusant, n’est-ce pas ? », demanda la jeune femme d’un air cynique.

Cette question n’obtiendrait pas de réponse de ma part. Je considérais là toute l’ironie que la jeune femme dans une position délicate et dangereuse pouvait mettre dans ses paroles. Ce n’était pas cela qui allait la sauver, mais je n’avais pas l’intention de la descendre. Voyez-vous, Elsa Auray - connue sous le pseudonyme d’Icé - était l’une de ces personnes qu’il me fallait capturer vivantes. Morte, elle ne me servirait plus à rien, ce ne serait qu’un macabre tableau ou un autre trophée à accrocher au mur. Mon domaine de prédilection était la torture, faire parler les gens avec des méthodes délicates - ou pas - et non la tuerie, ou les massacres en grand. Je laissais ce plaisir aux résistants, qui s’appliquaient à descendre les soldats et officiers un par un, sans autre contrepartie que la satisfaction d’avoir éliminé quelques ennemis de plus. C’étaient eux, les véritables prédateurs, les chasseurs. J’entrepris de questionner la rousse prise sous le poids de son défunt compatriote. Que venait-elle faire ici ? Ce à quoi elle ne manqua pas de répondre d’un air de défi « La même chose que toi, Reinhard, fêter une naissance. ». Je serrais les dents, ni elle ni moi n’étions là pour fêter quoique ce soit, et nous le savions aussi bien l’un que l’autre. Si ça aurait pu être un motif pour moi, il n’en était rien. Mes pupilles ne quittaient plus les faits et gestes de la jeune femme, tandis que les bruits des bottes allemandes se faisaient déjà entendre dans les escaliers.

« Mais les plans ont changés », termina la demoiselle, d’un air froid.

Cette intonation qu’elle avait prise n’envisageait rien de bon, au contraire. Cette phrase bourrée de sous-entendus annonçait déjà la couleur de la suite de l’entretien, même si on aurait pu croire qu’elle commentait encore ironiquement la situation dans laquelle nous nous étions plantés tous les deux. J’aurais du prévoir une demi seconde plus tôt ce qui allait se passer, j’aurais dû me douter qu’elle cachait sous les draps qu’elle portait une arme, celle qui pouvait parfaitement m’être fatale. Son bras s’élança, et je n’eus pas le temps de réaliser ce qui m’arrivait que déjà elle pressait la détente, tandis que ma main releva lentement mon arme, la pointant sur elle. J’avais été le plus rapide il y a quelques instants, mais je n’allais pas avoir cette chance une deuxième fois. J’aurais pu me prendre une balle entre les deux yeux, Elsa n’avait pas visé convenablement. Vue la vitesse avec laquelle elle avait brandit son arme et appuyé sur la détente, son tir ne pouvait qu’être aléatoire. Mon épaule, voila l’endroit où la balle choisit de se loger. La rousse était tellement proche de moi que le tir arriva d’autant plus violemment dans mon corps et me fit tomber à la renverse. Gisant au sol, je ne pouvais rien faire de plus que de me tenir l’épaule en regardant Elsa d’un air au moins aussi froid que celui qu’elle m’avait lancé quelques secondes plus tôt, et dont elle m’affublait toujours. D’un air de toute puissance, la résistante se dirigea vers moi, shootant dans l’arme que j’avais laissé tomber sous le choc mais que j’essayais tant bien que mal de récupérer. Mon épaule me faisait atrocement mal, et un rictus douloureux s’était installé sur mon visage. Je détestais ce genre de situation, être en position de faiblesse n’était jamais une chose agréable. Je laissais ma tête reposer sur le sol, dans un soupire las.

Elle m’indiqua qu’il était inutile de me lever, une réponse bien à elle à cet ordre que je lui avais donné. Elle me défiait pour m’agacer, pour m’énerver, mais cela ne fonctionnerait pas ainsi. Pas comme ça, elle ne m’aurait pas. Néanmoins, les dents serrées par la douleur et la haine, je ne pouvais m’empêcher de vouloir l’étrangler, faire en sorte qu’elle ne gagne pas cette partie. Parce qu’elle ne le méritait pas. Nous ne le méritions sans doute pas, tous les deux, mais je gardais en tête que je lui devais au moins une balle. On m’avait toujours appris à être gentil avec les dames, à tenir la porte pour qu’elles passent et dire « merci, madame », mais elle, exception faite, n’était plus une dame depuis longtemps. Sa haine vorace et son patriotisme acharné lui avait valu le rang de cible de la Gestapo, il nous la fallait vivante.

« Alors, café ou thé, cette fois ? », cingla la résistante.

Mes dents grincèrent, et la seule chose que je pouvais faire, là, allongé sur le sol et tenu en joue par son arme, était de la menacer. Cela ne servirait sans doute à rien, seulement j’étais du genre à toujours tenir mes promesses, et je m’étais fait celle de la coincer. Et quand ce jour-là viendrait, elle allait intérieurement - sinon ouvertement - me supplier d’arrêter ce supplice, et au mieux de mettre un terme à sa vie avant qu’elle ne se termine lamentablement dans une fusillade de rue. Non, les choses n’allaient pas -encore- se passer comme ça.

« La prochaine fois tu peux être certaine que je ne te manquerai pas, Elsa ! », était la seule chose que je trouvais à redire.

Ma voix était un râle rauque, typiquement masculin, mais la douleur avait pris le dessus et ma respiration se faisait halte. Je me tenais l’épaule pour m’éviter de perdre trop de sang et tentais de me redresser, assis, avec succès. Je devais lever la tête pour regarder la jeune femme. Infâme, abjecte soumission qu’elle m’imposait à son égard. Elle voulait me faire payer pour l’ami que j’avais tué, et je voulais lui faire payer pour cette balle dans l’épaule qu’elle avait daigné m’envoyer. Les bottes des soldats arrivaient, heureusement, vers nous. Tout n’était plus qu’une question de secondes. Mais tout s’était aussi joué sur une question de secondes.

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Elsa Auray
J'ai vu la mort se marrer et ramasser ce qu'il restait.



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MessageSujet: Re: « The Truth is always the right answer » (terminé)   Mer 28 Juil - 11:57

Voir ses ennemis souffrir, Elsa n’en avait jamais tiré de satisfaction particulière. Les voir morts, définitivement hors d’état de nuire, voilà ce qui comptait. Jamais elle n’avait gardé en vie l’une de ses victimes, du moins volontairement, pour pouvoir ensuite l’interroger et lui soutirer des informations. La résistance ne faisait pas de prisonniers, et la torture restait le domaine de la Gestapo, des SS, et de tous ces officiers chargés de faire parler les personnes arrêtées. Que pourrait-elle bien faire, elle, chef d’un mouvement résistant, d’un prisonnier ? C’était trop dangereux – ils avaient bien plus de moyens qu’elle n’en aurait jamais pour faire libérer leurs compatriotes – et qui pouvait seulement s’imaginer dans le rôle de bourreau quand tant de camarades n’avaient pas survécu aux interrogatoires allemands ? Dans leurs cellules, certains allaient même jusqu’à s’ôter la vie eux-mêmes, pour ne plus souffrir et ne pas risquer de parler. On pouvait avoir en soi toute la confiance du monde, sous les outils du bourreau, la donne changeait. Aussi Elsa resta-t-elle absolument indifférente à l’attitude et au rictus douloureux qui s’étaient emparés de Fehmer, se contentant de garder son arme braquée sur lui. Elle ne ferait pas la même erreur que celle qu’il venait de faire, en témoignait de revolver qui était allé buter contre un mur, quelques mètres plus loin, hors d’atteinte. Non, elle ne le garderait pas en vie, ne se contenterait pas de savoir qu’il allait en baver – elle ne le savait que trop bien. Loïc était mort, et sa dépouille se vidait encore de son sang au milieu de ce sordide couloir. Il n’y avait aucune raison que Reinhard ne s’en sorte mieux que lui.

Elle le dévisageait, impavide. Même le sourire froid qui avait d’abord étiré ses lèvres s’était éteint. Derrière elle, elle sentait la présence du corps de son ami, serrant les dents. Hors de question de se retourner. Elle devait l’ignorer. Jamais aucun sentiment ne devait interférer, encore moins ce soir, quand les bottes des officiers, après un brouhaha mêlé d’ordres en allemands, reprirent leur course dans les escaliers. Qu’était devenu Émile ? Était-ce vraiment lui qui avait réussi à les arrêter un instant, faisant gagner à la jeune femme de précieuses secondes ? Sans doute. Mais maintenant ? Des deux camarades avec lesquels elle était partie, l’un était mort et l’autre dans une situation qu’elle ignorait. L’échec restait cuisant. Et tout cela, encore une fois, à cause de l’homme qui souffrait – certainement – à ses pieds. De lui et du fait qu’elle ignore qui il était, alors qu’elle aurait du le savoir. Mais Caroline et son mensonge – par omission, certes – viendraient après. Combien de temps restait-il avant que les autres nazis ne débarquent ? Elle devait partir avant. Il n’y aurait pas plus idiot que de se faire prendre maintenant, alors que la situation s’était renversée quand elle pourrait encore gésir sous le cadavre de l’espagnol, à sa merci.
« La prochaine fois tu peux être certaine que je ne te manquerai pas, Elsa ! »

La voix rauque de l’allemand, hachée par la douleur, s’éleva. Sur les traits d’Elsa, rien ne changea sinon ce sourire froid qui refit son apparition – si l’on pouvait appeler cela un sourire. Elle l’observa s’appuyer contre le mur pour se redresser légèrement. Dans son regard, elle voyait brûler la haine et une chose était sûre, si elle n’avait pas été si infaillible à garder ses sentiments pour elle, sans doute exprimerait-elle la même chose. Pour toute réponse, elle fit glisser l’un de ses doigts sur la détente de son arme, sans toutefois encore appuyer dessus, ses prunelles glacées plantées dans les siennes. Elle resta un instant ainsi, avant de jeter un coup d’œil à l’épaule qu’il tenait fermement pour éviter que son sang ne s’écoule, tout comme le faisait celui de Loïc, qui reposait maintenant dans une marre rouge sombre. De sa main libre, elle essuya quelques gouttes de ce même fluide qui gênaient sa vue. De la blessure qu’elle lui avait infligée, son regard repassa à celui de Reinhard, dur.
« Et quelle prochaine fois, dis-moi ? lâcha-t-elle enfin, presque menaçante. »
Le sous entendu était clair. S’il espérait s’en sortir comme ça… Et puis soudain, les choses changèrent, encore. Décidément. Brusquement, les pas des autres officiers se firent plus proches, bien plus proches. Trop proches, même. Brusquement, Elsa tourna la tête. Au coin du couloir, se tenait déjà un homme, arme au poing, qui cria à ses congénères derrière lui quelque chose qu’elle ne comprit pas.

Toutefois, il n’y avait pas besoin d’être devin pour se douter de la teneur de cette réplique. C’était comme si le temps était de nouveau passé au ralentit. La jeune rousse, dont le revolver braqué sur Fehmer et le visage maculé de sang ne trompait absolument pas sur ses intentions, vit l’officier la mettre en joue. De nouveau, il hurla quelque chose, mais cette fois-ci, l’ordre lui était adressé, à elle. Qu’elle se rende ? Qu’elle lâche son arme ? Ses traits se crispèrent. Du nazi, ses yeux repassèrent à Reinhard. Au fond de ses prunelles dansait un avertissement, tout aussi clair que le sens de ses précédentes paroles. Alors oui, il y aurait une prochaine fois. Mais ce jour-là, lorsqu’ils se retrouveraient, il ne pourrait compter sur ses collègue pour venir le sauver. De justesse qui plus est. Ce regard lancé, elle se tourna de nouveau vers l’homme, qui cria de nouveau. Froide au possible, elle braqua rapidement son revolver sur lui et tira, sans aucune hésitation. Celui-ci, elle ne le manquerait pas. Cependant, avant même de chercher à savoir ce que son coup avait donné, elle tourna brusquement les talons et s’enfonça rapidement dans le couloir du premier étage du Mirador Au bout, il y avait une porte, puis un escalier de service. C’était par là qu’ils étaient sensés sortir, une fois la bombe explosée. Elle, mais aussi Loïc. Elle s’entailla violement la lèvre, goûtant de nouveau à l’âcre du sang qui la recouvrait. Au fond, elle enrageait, presque autant que les voix furieuses qu’elle entendait dans son dos.

Mais, cette fois encore, elle était la plus rapide. Comprenant à l’agitation qu’elle avait au moins touché l’officier, elle savait qu’elle avait de l’avance sur ses poursuivants. La porte de service ouverte, elle fonça dans les escaliers, sans se retourner. En bas, il y aurait cette petite salle dans laquelle était entreposé le linge des clients de l’hôtel, attendant de leur être rendu. Arrivée là, elle jeta un coup d’œil rapide autour d’elle. Son état était bien trop explicite, elle ne pouvait pas sortir comme ça, même de nuit. Son chemiser blanc maculé de traces rouges, ses traits sur lesquels le sang commençait à sécher… Vivement, elle s’empara d’un long manteau noir qui se trouvait à portée de main et l’enfila, en relevant le col, dissimulant ainsi à l’intérieur une partie de sa chevelure et de son visage. Au dessus, la course se faisait plus pressante. Ils ne tarderaient pas à deviner son échappatoire. Son arme en poche, elle reprit sa fuite, sortant de la lingerie, bousculant au passage la jeune femme qui lui avait procuré les clefs – et qui comprendrait certainement. Plus que quelques mètres et elle sortait. Ils ne devaient pas encore avoir eu le temps de faire surveiller toutes les issues. Violement, elle ouvrit une seconde porte de service et l’air doux de la soirée l’enveloppa aussitôt. La voix était libre. Sans cesser de courir, d’abord, elle s’enfonça dans les ruelles, puis revint, une fois hors d’atteinte, à un rythme normal. Il allait falloir marcher longtemps, avant de rentrer. Être sûre qu’elle n’était pas suivie. D’ailleurs, elle ne rentrerait pas. Non, pas maintenant. Ce soir, elle se rendait chez une amie. Caroline et elle avaient quelque chose à tirer au clair.

FIN

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